Marée noire du Golfe du Mexique : BP orchestre tout


Cela fait désormais trois mois que la plate-forme pétrolière « Deep Water Horizon » a explosé au large des côtes américaines. Depuis, la gestion de la crise par la compagnie propriétaire de la plateforme BP a été sévèrement critiquée. S’associant à ces critiques, Reporters sans Frontières dénonce l’impossibilité pour la presse d’obtenir des informations vérifiables et indépendantes de celles de l’entreprise pétrolière. Si le 12 juillet 2010, suite aux pressions des médias américains, les restrictions imposées aux journalistes ont été levées, l’organisation note toutefois que l’information reste contrôlée par BP.

« Si jamais vous avez des problèmes avec un officier de police, vous lui demander s’ils sont réellement officiers de police ou payés par BP pour faire la sécurité. Certains policiers de Louisiane gardent leur uniforme alors qu’ils sont payés en extra par BP. » Mac McClelland

Les restrictions les plus importantes ont concerné le survol de la marée noire et l’accès au plage. Le 9 juin, il a été ainsi décrété par l’administration fédérale que les médias ne pouvaient pas voler à une distance inférieure à 3 000 pieds de hauteur (soit 914,4 mètres). Mais les « raisons de sécurité » invoquées n’ont pas convaincu l’agence de presse américaine Associated Press (AP), notamment, qui dans une lettre adressée à la Maison Blanche, rappelait que « les médias ont couvert la marée noire entre 500 et 1 000 pieds sans incident avant que cette mesure ne soit imposée ».

Cette mesure venait de plus s’ajouter aux restrictions d’accès aux plages. Nombreux ont en effet été les cas de journalistes menacés d’arrestation alors qu’ils voulaient se rendre sur des plages souillées. Puis, l’Etat de Louisiane a interdit, le 30 juin, d’approcher à plus de 20 mètres le lieu de l’explosion sous peine d’être poursuivi pour « félonie », l’accusation pour « félonie » prévoyant 1 à 5 ans d’emprisonnement et $ 40 000 d’amende (la Floride a adopté la même mesure le 3 juillet). Parallèlement l’entreprise BP interdisait d’accès de plages par ses agents de sécurité. Ted Jackson, photographe au Times-Picauyne affirme : « Ces restrictions étaient soi-disant faites pour des raisons de sécurité. Je ne pense pas que me mettre le faisceau d’une lampe torche dans ma lentille pour m’empêcher de prendre des photos soit fait dans le but de me protéger ».

BP a également donné des laissez-passer spéciaux à la presse. L’un des journalistes de l’Agence France Presse qui a couvert la marée noire au début de la catastrophe témoigne ainsi : « j’ai surtout été horrifié de voir la police ne laisser passer que les journalistes munis d’une autorisation de BP. La carte de presse n’y changeait rien. Et ce laissez-passer je n’ai pu l’avoir que le dernier jour de mon reportage. »

Devant les plaintes des journalistes, Robert Gibbs, attaché de presse de la Maison Blanche a répondu très officiellement début juin que « si les journalistes avaient des réclamations, ils pouvaient appeler un centre d’informations dirigé par le gouvernement fédéral et BP à Houma » (ville au sud-est de la Nouvelle-Orléans). Or, le rôle de ce centre est avant tout de gérer les opérations de nettoyage. Mais la confusion des genres ne s’arrête pas là puisque BP aurait embauché certains policiers, comme le confirme la journaliste Mac McClelland du magazine MotherJones : « Si jamais vous avez des problèmes avec un officier de police, vous lui demander s’ils sont réellement officiers de police ou payés par BP pour faire la sécurité. Certains policiers de Louisiane gardent leur uniforme alors qu’ils sont payés en extra par BP. »

Le 12 juillet 2010, les autorités américaines ont finalement réaffirmé la suprématie du 1er amendement, permettant à plus de médias d’obtenir une autorisation pour couvrir la marée noire. Mais l’Union pour les libertés civiles américaines (ACLU) rappelle que « le problème reste l’accès aux plages. Tout le monde devrait pouvoir y accéder. Cela reste un espace public ». Certes, elles sont nettoyées rapidement, du moins en apparence. Mac McClelland, du magazine MotherJones, raconte ainsi que « [elle] a dû [se] rendre en kayak sur l’une des îles, sans autorisation voir l’état d’avancement des choses. Si ce n’est pas visible, alors ce n’est pas nettoyé. » De plus, tous les médias soulignent qu’il n’existe toujours pas de contre-expertise sur les faits relatés par BP ni de sources indépendantes de celles de BP. Mac McClelland conclut ainsi : « Il n’y a aucune enquête parallèle. Tous les chiffres viennent de BP et rien ne prouve que ces chiffre soient exact. (…) Il n’y a pas d’excuse au fait que les autorités américaines ne demandent pas d’enquête séparée. BP orchestre tout ».

Sources Reporters sans Frontières, Interview de Mac McClelland, journaliste pour le magazine MotherJones.

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Source : affaires-stratégiques.info

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5 réponses à “Marée noire du Golfe du Mexique : BP orchestre tout

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  5. faite un tour du coté Japonais et chercher les patron qui s’occupe de l’eau et vous aller vite faire les liens incroyable.
    L’embrouille est plus grande qu’on ne pense.

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