DNI : Mission Impossible ?


La démission aux Etats-Unis du directeur national du renseignement Dennis Blair ravive les doutes des espions sur la pérennité de ce poste.

Si le président Obama a obtenu la démission de l’amiral Dennis Cutler Blair, la Maison Blanche n’a pas pris la peine d’expliquer les raisons qui ont amené à destituer l’homme placé à la tête des 16 agences de renseignement américaines. Bien que plusieurs éléments aient été avancés par les médias US à l’encontre du DNI (directeur du renseignement national, ndlr) démissionnaire, il semble difficile d’isoler sa responsabilité dans chacun de ces évènements.

Les plus récentes tentatives d’attaques terroristes sur le sol américain, en particulier celles de Times Square et du vol NW253 de Détroit, auraient été reprochées par l’administration Obama à la communauté du renseignement et à son directeur. Des reproches devenus récurrents depuis le 11 septembre, les agressions contre les Etats-Unis étant régulièrement dépeintes comme autant d’échecs collectifs portés par les agences américaines.

Une autre attaque aurait particulièrement irrité l’administration Obama, celle de la FOB Chapman en Afghanistan. L’attentat suicide pratiqué par un indicateur de la CIA avait entraîné la mort de sept américains sur cette base, tuant également un officier de renseignement jordanien (un médecin du nom de Khalil Abu-Mulal al-Balawi, ndlr). Dans cet attentat, la CIA a perdu une analyste de haut rang, considérée au sein de l’Agence comme la plus grande spécialiste de l’Afghanistan et des talibans, qui opérait alors comme chef de station. La base de Chapman était connue par les initiés comme un lieu particulièrement exotique, où évoluaient sous l’autorité exclusive de l’Agence un étrange mélange d’analystes, d’opérateurs provenant d’unités de forces spéciales parmi les plus secrètes, de contractors et d’officiers de renseignement étrangers. Les agents de la CIA y opéraient selon leurs propres règles, attribuant la sécurité de la base aux seuls gardes privés, dans ce qui a été décrit comme un certain sentiment d’invulnérabilité et d’impunité.

Si le coût de cette attaque apparaît comme particulièrement lourd, il semble déplacé de le reprocher au DNI, qui n’avait aucune autorité sur ces opérations de terrain. Il faut noter que ni Michael J. Sulick, le directeur des opérations (DNCS), ni Leon Panetta, le directeur de la CIA n’ont été amenés à démissionner suite à cet attentat.

Comme le révèle le New York Times, c’est peut-être un élément discret des relations franco-américaines qui a entraîné la chute de Dennis Blair. Peu avant sa démission, le DNI était très impliqué dans la négociation d’un accord de partage de renseignement et de non-agression avec la France. Ce pacte proposé par Blair visait autant à bénéficier des renseignements français, mieux implantés que la CIA dans certains pays d’Afrique et au Maghreb, qu’à instaurer une trêve dans la rivalité d’espions qui oppose les deux pays. L’accord fut finalement rejeté par le président Obama, le président français n’étant informé que tardivement de ce revers, alors qu’il croyait l’accord conclu.

Cet ultime désaccord entre l’administration Obama et Dennis Blair aurait marqué la fin de leur collaboration. Nommé en janvier 2009, Dennis Blair constituait un choix assez consensuel pour ce poste et rassurait la communauté du renseignement, alors que la nomination de Leon Panetta à la tête de la CIA faisait l’objet de vives critiques. L’éloignement entre le bureau du directeur national du renseignement (ODNI) et l’administration Obama ne fit que croître depuis son entrée en fonction, marqué notamment par les tensions entre Blair et Panetta, très proche du président.

C’est le général James Clapper, lui aussi pur produit du renseignement américain, qui remplacera Dennis Blair au poste de DNI. Un poste décidément bien difficile à tenir, souvent considéré par les agents comme une surcouche administrative sans réel pouvoir et négligé par une administration qui ne semble pas croire à son utilité.

La réforme du renseignement américain, instituée au lendemain du 11 septembre, semble incomplète, alors que rivalités entre directions et faible partage de l’information sont encore de mise. De leur côté, les acteurs du renseignement se sentent toujours considérés comme des boucs émissaires et continuent à appeler de leurs vœux une meilleure formation des décideurs à l’usage du renseignement, qui ne peut-être considéré comme une solution miracle au terrorisme.

Sur ce sujet: LA Times, ISN, Washington Post, CNN, New York Times

Source : Zone d’Intérêt

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