Opération Hollywood (vidéo)


Mecanoblog vous propose un film-documentaire, Opération Hollywood, d’Emilio Pacull qui aborde la longue collaboration entre Hollywood et le Pentagone ayant permis aux studios américains de produire des films aux budgets gigantesques et à l’efficacité redoutable. Retour sur une association fructueuse où se mèlent connivence, échanges de bons procédés, propagande insidieuse voir censure. Ce film retrace les soubresauts d’une coopération fort complexe. Illustré de nombreux extraits de films (Patton, Pearl Harbor, Top Gun,  Apocalypse Now, Couvre-Feu, etc) et de témoignages de cinéastes, de militaires et de journalistes, Opération Hollywood radiographie plus de soixante ans de cinéma de guerre américain et y décrypte l’influence du Pentagone.

 » Je me demande combien de soldats américains tués en Irak se sont engagés parce qu’ils ont vu un film quand ils étaient mômes et qu’ils s’étaient dit : C’est génial, l’armée, je vais m’engager ! « . David Robb, journaliste.

Les degrés de la coopération

L’aide accordée par le Pentagone lors du tournage d’un film est plus ou moins développée. En réalité, il existe trois degrés de coopération :

– « Courtesy cooperation » : il s’agit d’une aide limitée ; elle se borne à une assistance technique et (ou) une fourniture d’images (plans de sous-marins, de troupes en action, d’avions en vol, etc.).

Exemples : Président d’un jour (Dave) d’Ivan Reitman (1993), L’Ombre d’un soupçon (Random Hearts) de Sydney Pollack (1999), U-571 de Jonathan Mostow (2000).

– « Limited cooperation » : en plus de l’assistance technique, une autorisation de tournage est octroyée dans l’une des installations des forces armées (base aérienne, camp d’entraînement, etc.) ainsi qu’un nombre réduit de personnel.

Exemples : 747 en péril (Airport 1975) de Jack Smight (1974), La Tour infernale (The Towering Inferno) de John Guillermin (1974). 

– « Full cooperation » : le degré ultime de la coopération ; en plus de l’assistance technique et des lieux de tournage, les forces armées fournissent un nombre important de personnel (généralement des membres du contingent pour la figuration) et du matériel (armes, tanks, porte-avions, etc.). 

Exemples : Ailes (Wings) de William Wellman (1929), Le Jour le plus long (The Longest day) de Kenn Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki (1962), Les Bérets verts (The Green berets) de John Wayne, Ray Kellog (1968), Windtalkers, les messagers du vent (Windtalkers) de John Woo (2001), etc.

Petit manuel à l’attention d’un producteur désirant réaliser un film de guerre

Produire un film de guerre est tout sauf une sinécure. Mais si l’on obtient l’aide du Pentagone, la tâche se révélera nettement plus aisée : accès à des équipements dernier cri, fourniture de figurants particulièrement disciplinés (les membres du contingent), etc.

Lecteur assidu de la  presse professionnelle, le Pentagone, à de rares occasions lorsqu’un projet retient son attention, contacte directement certains producteurs ; la plupart du temps c’est à vous qu’il appartiendra d’effectuer les démarches. Pour obtenir la coopération des forces armées vous devrez franchir un certain nombre d’obstacles … 

La condition préalable à toute collaboration : faire preuve d’autocensure. Il s’agit d’éviter soigneusement des sujets dits « sensibles », par exemple une mutinerie (voir USS Alabama (Crimson Tide)) ou encore l’exécution d’un officier par un autre membre de l’armée (voir Apocalypse now).  Peu importe la véracité des faits exposés, la qualité d’écriture du scénario, vous pourriez avoir entre les mains le « film du siècle », la future Palme d’Or ; il est hors de question d’évoquer un thème tabou pour les forces armées. Si malgré tout vous vous obstinez, votre projet sera immédiatement classé dans la catégorie des « show stoppers », selon le jargon employé par les militaires, et se verra refuser toute aide. 

Par conséquent, pour mettre toutes les chances de votre côté, observez strictement les critères de sélection du Pentagone :

– le film doit contribuer à améliorer la compréhension des forces armées et du département de la défense par le public.

– le film doit aider les forces armées dans leur politique de recrutement et de mobilisation.

– le film doit être authentique dans sa représentation des personnes, des lieux, des opérations militaires ou des événements historiques. Les représentations fictionnelles doivent donner une représentation réaliste de la vie, des opérations et des règles militaires. (A noter que ce critère s’applique même aux films de pure science-fiction. Voir l’exemple d’Independence day qui fut rejeté par le Pentagone en raison de se représentation « irréaliste » des forces armées.).

Le scénario (en plusieurs exemplaires de préférence) ainsi qu’une liste extrêmement détaillée de vos besoins, les dates précises du tournage, devront ensuite être communiqués à l’un des bureaux de liaison des forces armées à Los Angeles (le choix du bureau – armée de terre, marine, armée de l’air – dépendant du sujet de votre film). Le projet y sera examiné à la virgule près et, en concertation avec le service de Philip Strub au Pentagone, une aide vous sera alors peut être accordée. Bien évidemment cette aide n’est pas désintéressée ; il vous faudra non seulement rembourser toutes les dépenses effectuées par les forces armées (frais de transport du personnel, factures d’essence des avions de chasse, etc.), mais surtout laisser de côté votre « intégrité artistique ». Il est extrêmement rare que le Pentagone accorde son aide sans imposer au préalable des modifications au scripte original (voir, par exemple, Windtalkers).

Les termes de la collaboration seront ensuite consignés dans un contrat de production. Ne comptez pas effectuer des changements au dernier moment ; un officier désigné par le Pentagone suivra le tournage et le montage de votre film. Depuis « l’affaire » du Jour le plus long (The Longest day), en 1962, (le producteur Darryl F. Zanuck refusa, contrairement à ce qu’il avait promis, de couper une scène problématique), les films soutenus par les forces armées font, en effet, l’objet d’une stricte surveillance.

Une fois le film monté, la collaboration s’achève à ce stade la plupart du temps. Mais si le film est particulièrement « apprécié » par le Pentagone, il vous aidera même pour sa promotion. Ce fut notamment le cas de Pearl Harbor, où la première du film eut lieu sur un navire de guerre, à Hawaï.

Quoi qu’il en soit, n’oubliez surtout pas d’envoyer des invitations pour l’avant-première aux différents officiers qui vous ont aidé ; cela peut toujours servir pour vos futurs projets…

Si vous avez des relations hauts placées, ne tenez évidemment pas compte de ces conseils. Suivez alors l’exemple de John Wayne qui contacta directement le Président Johnson lorsqu’il voulut obtenir une aide du Pentagone pour son film Les Bérets verts (The Green berets).

Vous trouverez une mine d’informations détaillées sur le site d’Arte : Hollywood et le Pentagone

Lancer l’animation : Opération Hollywood

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