L’importance au niveau international de la grève générale grecque


par Alex Lantier pour WSWS

La grève générale grecque et le mouvement de protestation qui se poursuit contre les mesures d’austérité de l’Europe et du FMI négociées la semaine dernière avec le premier ministre grec George Papandreou, du parti social-démocrate Pasok, indiquent ce que seront en Europe et à travers le monde les luttes de classes à venir.

L’opposition à la politique de Papandreou est farouche au sein de la classe ouvrière grecque. Des centaines de milliers d’emplois doivent être éliminés, les travailleurs subir des réductions de salaire initiales de 20 pour cent ou plus et les services sociaux et les retraites liquidés.

La semaine dernière les marchés boursiers se sont effondrés, les investisseurs craignant que Papandreou ne soit pas capable de faire passer les coupes budgétaires en force et que les protestations contre la crise financière puissent s’étendre.

Ces événements ont des conséquences révolutionnaires au niveau international. Alors que la spéculation s’accroît contre le Portugal, l’Espagne et d’autres pays européens, il devient de plus en plus évident que les travailleurs dans le monde se trouvent en face d’un ennemi commun : une classe dirigeante parasitaire qui s’est enrichie à travers les mesures de renflouement du système financier et qui veut imposer des coupes énormes en matière d’emplois, de salaire et de prestations sociales et ce, partout dans le monde.

L’importance internationale des grèves en Grèce est à présent largement reconnue. Mentionnant le mouvement de protestation grec, l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman mettait en garde : « Rien à voir avec nous, d’accord ? Eh bien, moi je ferais attention à la pièce qui se joue là-bas. Il se peut qu’on vienne la jouer dans un théâtre près de chez vous. » Et il ajouta que, tout comme en Grèce, les ouvriers américains « [allaient] devoir accepter des réductions sévères de leurs prestations sociales et de leurs retraites… »

Tout comme aux Etats-Unis et dans d’autres pays européens, une bonne partie de la dette grecque vient du renflouement à hauteur de 28 milliards d’Euros qu’Athènes a voté pour ses banques. Alors que la classe dirigeante grecque a pour objectif d’extraire des travailleurs 30 milliards d’Euros au moyen de coupes budgétaires annuelles, les gouvernements de toute l’Europe, et celui des Etats-Unis, se préparent eux aussi à rayer des centaines de milliards de leurs budgets.

Cet hiver, les banques ont fait monter les taux d’intérêt sur la dette grecque, espérant réaliser des profits importants grâce au paiement des intérêts tout en donnant à Papandreou une excuse pour les coupes sociales qu’il envisageait d’imposer. Mais ce plan a échoué.

Devant le mouvement de protestation des travailleurs et le fait que les puissances européennes s’opposaient sur les termes des mesures de renflouement, les taux d’intérêts ont tellement grimpé que les banques ont pratiquement mis la Grèce en faillite. Même si la Grèce adhérait au plan de renflouement de l’Europe et du FMI à hauteur de 110 milliards d’Euros, elle serait ruinée. Selon certaines estimations, les coupes imposées par les européens et le FMI feraient chuter l’économie grecque de 30 pour cent. Une fois cela arrivé, la dette serait supérieure même aux 300 milliards environ dus à présent.

La crise grecque a fait boule de neige et s’est transformée en une crise européenne qui menace l’économie mondiale. Les banques deviennent de plus en plus réticentes quant à prêter de l’argent au Portugal, à l’Espagne, au Royaume Unis et à d’autres pays. Etant donné le rôle de la Grèce en tant que créancier, en tant que marché d’exportation pour la Bulgarie, la Roumanie et la Serbie et en tant qu’employeur d’ouvriers immigrés, la crise risque aussi de dévaster les pays déjà appauvris et instable des Balkans.

Comme ils craignent que les gouvernements européens n’aillent vers la banqueroute et que les banques ne perdent des sommes énormes, les banquiers refusent de plus ne plus de se prêter mutuellement de l’argent. Cela présage un nouvel étranglement du crédit. Le commissaire européen pour les affaires monétaires, Olli Rehn avertit de ce que « les conséquences d’une insolvabilité de la Grèce seraient similaires sinon pires » à celles de l’effondrement de la banque Lehman Brothers en 2008.

Le renflouement grec, payé aux banques créditrices de la Grèce serait extrait doublement de la classe ouvrière: une première fois des travailleurs dans les pays qui ont financé le renflouement et une seconde fois des travailleurs en Grèce, qui auront à repayer les prêts qui constituent ce renflouement. Dans les deux cas, on s’en servira comme prétexte pour imposer des coupes massives.

Alors que grandit le conflit social et que s’approfondit la crise capitaliste, la classe dirigeante va avoir recours à des formes de gouvernement de plus en plus ouvertement dictatoriales. Alors que de telles mesures ont été justifiées jusque-là sur la base de « la guerre à la terreur » elles seront de plus en plus dirigées contre une opposition sociale de masse.

L’hebdomadaire britannique Observer de dimanche a interviewé le Brigadier Stylianos Pattakos, le dernier membre survivant de la junte militaire qui a gouverné la Grèce de 1967 à 1974. Pattakos loua le bilan de la junte : « A notre époque, il n’y avait pas de dette. Pas une drachme ne fut gaspillée. Les Grecs ne sont pas disciplinés comme les allemands ou les anglais. Ils ont besoin d’autorité » dit-il. Et il ajouta : « Nous ne sommes pas à mi-chemin et pas à la fin de ces événements politiques… Nous n’en sommes qu’au début. »

Les travailleurs qui s’opposent au renflouement en Grèce et ailleurs sont devant une crise mondiale commune et ont besoin d’une stratégie internationale commune.

Une stratégie politique indépendante de la classe ouvrière entrera immédiatement en conflit avec les syndicats et les organisations petite bourgeoises qui oeuvrent à démobiliser l’opposition. En Grèce, les syndicats et leurs alliés, qui comprennent le Parti communiste grec et Syriza, sont déterminés à maintenir leur alliance avec Papandreou et leur rôle dans l’establishment politique. Ils ont promu la candidature de Papandreou et ils discutent régulièrement la situation politique et les termes du renflouement avec lui.

En faisant la promotion d’une perspective qui est celle d’influencer le Pasok de Papandreou ces milieux, comme leurs homologues des autres pays, cherchent délibérément à subordonner la classe ouvrière à l’Etat, à la politique nationaliste et au programme d’austérité des banques.

Le risque grandissant de la faillite d’Etat impose un choix net : soit la classe dirigeante gardera ses richesses en appauvrissant les travailleurs, soit les travailleurs exproprieront la classe dirigeante. Le défi auquel les travailleurs font face est celui de comprendre toutes les implications politiques et historiques des luttes qui sont devant eux.

Il faut que les banques deviennent des services publics de façon à ce que leurs argent passe sous le contrôle de la classe ouvrière et serve à financer les besoins sociaux et non le profit privé. Cela soulève très directement la question du socialisme révolutionnaire, car cela signifie la fin de la propriété privée des leviers de l’économie, du principe de profit et du système de l’Etat nation.

La tâche politique à laquelle font face les travailleurs en Europe n’est pas de faire pression sur les gouvernements bourgeois déterminés à imposer les coupes sociales mais de les faire tomber et de les remplacer par des Etats socialistes unis d’Europe.

(Article original publié le 10 mai 2010)

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Source : WSWS

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