Al-Qaida et la menace nucléaire: un mythe selon Alain Chouet, ex-directeur du Service de renseignement de sécurité à la DGSE


Suite aux déclarations du Président américain sur al-Qaida qui tenterait d’acquérir la bombe nucléaire (repris par le Nouvel-Obs), nous nous sommes permis de contacter Alain Chouet, ex-directeur du Service de renseignement de sécurité à la DGSE (Services secrets français) de 2000 à 2002, qui a bien voulu nous donner un avis sur nos interrogations.

Le contexte : Lors d’une récente intervention à la conférence sur les dangers de terrorisme nucléaire, Barack Obama a déclaré : « Nous savons que des organisations comme Al-Qaïda sont en train d’essayer d’obtenir une arme nucléaire, une arme de destruction massive qu’elles n’auront aucun scrupule à utiliser ».

Ces insinuations sont extrêmement graves. Pure propagande ou danger réel ? Qu’en est-il vraiment ? Voici donc l’opinion d’Alain Chouet, dont nous avions déjà évoqué l’intervention devant une commission du Sénat en janvier dernier, au cours de laquelle il déclarait qu’al-Qaida était morte en 2002 sous les bombardements américains de Tora-Bora[1].

Échanges avec Alain Chouet, ex-chef du renseignement à la DGSE

Paris, le 19 avril 2010

Reopen911 : La presse raconte qu’Al-Qaïda serait en train de tenter d’obtenir (voire de fabriquer ?) des engins nucléaires de destruction de masse. Clinton et Obama semblent sûrs d’eux et une nouvelle fois le dindon semble être ben Laden source de tous les maux de la Terre. Que pensez-vous de ces nouvelles déclarations publiques ?

A.Chouet : Fabriquer un engin nucléaire opérationnel ne me paraît pas dans les capacités des réseaux jihadistes actuels. Je les vois mal réussir au fond de leurs grottes miteuses là où des puissances nationales immenses, dotées de ressources financières importantes et d’un substrat technologique développé ont mis des années à fabriquer de tels engins.

Acquérir un engin tout fait reste possible, mais se pose le problème de l’entretien. Les isotopes utilisés dans les engins nucléaires ont une durée de vie « efficace » limitée. Les bombes atomiques, comme les yaourts, doivent être consommées frais. Sinon elles ne détonnent pas et se transforment au pire en « bombes sales » . Donc, passés quelques mois il faut renouveler le coeur. Ce qui ramène au premier problème.

Enfin se pose le problème des vecteurs. Comment apporter l’engin à l’endroit voulu et le mettre en oeuvre ? L’histoire des « valises » est une plaisanterie. Des engins « miniaturisés » existent, mais leur transport doit s’effectuer sous des protections assez massives et leur mise en oeuvre exige des personnels hautement qualifiés. Cela ne peut voyager ni en avion civil ni à dos de chameau.

Tout cela ne me paraît donc pas très sérieux sauf à imaginer une faillite totale des systèmes de sécurité et de surveillance occidentaux…

L’hypothèse d’une « bombe sale » (explosif classique dispersant des produits hautement radio-actifs et toxiques – les transuraniens sont en général des poisons violents) me paraît beaucoup plus sérieuse, surtout si les terroristes ne sont pas trop regardants sur la sécurité des servants. L’effet opérationnel réel ne serait peut-être pas très grand, mais l’effet psychologique serait dévastateur. Mais là encore se pose le problème du transport sur site de l’engin sans affoler tous les systèmes de sécurité. Les ressources éventuellement disponibles pour ce genre d’engin se trouvent essentiellement en Russie, dans certains pays d’Asie centrale et au Pakistan. Il faudrait quand même leur faire parcourir entre 5 et 10000km pour les apporter sur un site significatif.

Compte tenu des derniers « exploits » plus ou moins miteux du djihadisme international, sans exclure aucune hypothèse, celle d’un terrorisme nucléaire ne me paraît pour l’instant pas avoir beaucoup de consistance. C’est donc plutôt sur la stratégie et les motivations de ceux qui agitent la menace qu’il faut s’interroger. Il est vrai que, principe de précaution oblige, ils n’ont pas le droit de faire l’impasse sur l’hypothèse, mais il faut savoir raison garder.

ReOpen911 : Nous permettez-vous de publier vos propos ?

A.Chouet : Mes remarques n’ont rien de bien savant ni de bien original. Elles relèvent du simple bon sens. Faites-en ce que vous voulez. J’observe cependant que ceux qui hurlent aujourd’hui au loup sur ce sujet sont les mêmes qui affirmaient sans l’ombre d’une réserve que Saddam Hussein possédait des WMD [armes de destruction massive] en 2003. Je n’avais aucune sympathie pour le dictateur irakien et le monde est évidemment meilleur sans lui. Mais on ne l’a pas éliminé pour les bonnes raisons. En tant qu’homme de métier, je trouve ça grave. Et – au-delà des incantations – je ne vois pas clairement de preuve ou d’indice probant de ce que l’on affirme aujourd’hui sur le « nucléaire djihadiste« . Si vous en avez, je suis preneur.

Bien à vous.

A. Chouet

Notes

Lire notre article « La Qaïda est morte dans les trous à rats de Tora Bora en 2002 », paru le 19 mars 2010

Source : ReOpen911

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Une réponse à “Al-Qaida et la menace nucléaire: un mythe selon Alain Chouet, ex-directeur du Service de renseignement de sécurité à la DGSE

  1. qaida made by CIA wanted by FBI et kom le dit votre article qui est exact bin est die à Tora Bora le reste que du bla bla made CIA

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