La Réforme des Nations Unies, un message adressé à tous les États du Monde


Archive du 8 mai 2006.

De nos jours, les débats sont animés à l’échelon mondial au sujet de la réforme et de la démocratie. Deux aspirations qui font l’objet de consentement de la part de tous, sauf des dictateurs ou des réactionnaires. Les premiers parce qu’il sont hostiles à toute démocratie et les seconds parce qu’ils s’opposent à toute réforme. Tous, ils réfutent cette aspiration quand elle est utilisée à des fins de propagande, de sélectivité, ou comme subterfuge visant d’autres buts.

Un engagement mondial sérieux à l’égard de la réforme et de la démocratie impose d’entamer ce processus au sein même de la plus haute instance mondiale incarnée par l’Organisation des Nations Unies. L’Assemblée Générale des Nations Unies est assimilée à un Parlement mondial et tant que cette instance ne fasse pas l’objet de réforme et de démocratie, aucun appel à la réforme et à la démocratisation des parlements nationaux et des gouvernements nationaux dans n’importe quel État ne produira d’effet. Alors, comment procéder en vue d’instaurer la réforme et la démocratie de l’Assemblée Générale des Nations Unies, Parlement du Monde ? La réponse est sans équivoque. Il est nécessaire d’investir ce Parlement des mêmes pouvoirs attribués au Congrès (Parlement) de tout État démocratique classique qui assume les fonctions d’organe législatif, le Conseil de Sécurité assurant les responsabilités d’instrument exécutif et la Cour Internationale de Justice le rôle d’instance judiciaire.

La Réforme proposée par le Secrétaire Général des Nations Unies dans ce sens est irrecevable et ne revêt aucun intérêt parce qu’elle n’est basée sur aucun fondement. Une réforme fondamentale majeure se traduirait concrètement par le transfert des attributions du Conseil de Sécurité à l’Assemblée Générale, de faire de ses résolutions, et non celles du Conseil de Sécurité, des résolutions obligatoires. L’Assemblée Générale est le forum des États membres. Tous les États, grands ou petits, sont représentés à pied d’égalité au sein de l’Assemblée Générale, ce qui n’est pas le cas dans le Conseil de Sécurité. Par conséquent, quelle est l’utilité de cette égalité entre les membres, si elle n’est qu’une façade ? Qu’elle est la différence entre l’Assemblée Générale et le Square Hyde Park à Londres, tribune pour  déclamer toutes sortes de discours à l’instar de Souk Oqadh à la Mecque aux temps préislamiques, qui fut une foire et une tribune pour la déclamation de poèmes satiriques et panégyriques.

Le Conseil de Sécurité doit être l’organe qui met à exécution les décisions émanant de l’Assemblée Générale. Sinon il faut supprimer l’Assemblée Générale, dans le but de réduire les dépenses et les coûts déboursés par l’État de siège et les États membres, pour ne maintenir que le Conseil de Sécurité, à condition de l’élargir, de reconsidérer ses nouvelles compétences et sa nouvelle composition, tout en respectant les arrêts de la Cour Internationale de Justice. Autrement quel serait l’argument de ceux qui s’opposent à cette approche radicaliste de la réforme de l’Organisation internationale lorsqu’ils critiquent un État dont le Parlement n’exerce aucun pouvoir législatif réel, ou dont le Gouvernement ignore les décisions du Parlement ou les verdicts de ses tribunaux ?! Comment, critiquer les États tiers et exiger d’elles des réformes démocratiques tout en s’opposant à la revendication de faire de l’Assemblée Générale des Nations Unies l’organe législatif effectif, dont dépend le Conseil de Sécurité pour la mise en œuvre des différentes résolutions ? Comment peut-on bafouer le droit international et prétendre en même temps à critiquer les États non démocratiques ?

L’Assemblée Générale composée de toutes les nations qui se sont unifiées pour asseoir la paix est tombée dans le discrédit. La place que la Charte lui octroie est avilissante. Elle occupe une place mineure. Peu de cas est donné aux délégués des États membres au sein de l’Assemblée Générale, chaque article de la Charte est piétiné du fait que toute initiative ou décision ne peut être appliquée sans consentement ou sans recommandation du Conseil de Sécurité. C’est un fait que le Conseil de Sécurité est l’expression de la dictature, tandis que l’Assemblée Générale est l’expression même de la démocratie. Le Conseil de Sécurité étant, par son petit nombre, assimilé à une junte militaire dictatoriale, un Conseil d’exception, étranger à toute forme de démocratie ou d’égalité.

Le Conseil de Sécurité n’est pas plus qu’un instrument despotique et abjecte, une gigantesque dictature alarmante ; il est le fouet entre les mains d’un bourreau cruel, dont les sentences, aussi injustices, partisanes et préjudiciables soient-elles, demeurent sans appel.

Aussi le Monde personnifie-t-il dans sa plus haute instance, celle des Nations Unies, la forme la plus éclatante de la dictature. Il est insensé de parler de réforme et de démocratie, quelles qu’elles soient, sans reconnaître cette évidence au plus haut niveau du monde, c’est-à-dire au sein des Nations Unies. Partant de cela, tous les discours dans n’importe quel État appelant soit à la démocratie ou à  la reforme du Conseil de Sécurité restent des discours creux.

Les Nations Unies sont l’Assemblée Générale car toutes les nations y sont représentées. Pourtant l’Assemblée n’est autre qu’un Hyde Park,  un décor… une comédie… une mascarade… des dépenses futiles… des déplacements épuisants pour les délégués des quatre coins du monde à destination de New York, venus compléter ce décor loufoque. Dans ce contexte caractérisé par l’absence de pouvoirs, de responsabilités, de considérations, la place est laissée à l’affront et au mépris des peuples qui mandatent leurs représentants à l’Assemblée Générale, sachant qu’ils n’ont aucune voix au chapitre quand il s’agit de questions qui touchent à la paix et la sécurité de leurs peuples. Toutes les décisions contraignantes émanent exclusivement d’un petit groupe au sein du Conseil de Sécurité. Le Conseil lui-même n’a pas un caractère international. En son sein, ce petit groupe est tributaire à son tour de la voix d’un seul État permanent qui a le droit de veto et qui, par une simple levée de la main, neutralisent toutes les compétences des Nations Unies, faisant fi de la volonté de plus d’une centaine d’États.

Réformer et démocratiser les Nations Unies passent par le transfert des attributions du Conseil de Sécurité à l’Assemblée Générale, rendre les décisions de cette dernière contraignantes ; et faire du Conseil de Sécurité  l’instrument d’exécution.

Voici quelques exemples de la problématique posée par l’élargissement du Conseil de Sécurité :

  1. L’Union Européenne : elle va vers un seul État unifié, un Ministre des Affaires Extérieures, un marché unique, une monnaie unique, une armée unique. A supposer que cet État fédéral détienne de nombreux sièges permanents au sein du Conseil de Sécurité, il en occupe deux en l’occurrence, et que l’Allemagne parvienne à avoir le siège pour lequel elle se porte candidate, l’Union cumulera de facto trois sièges permanents, ce qui n’est pas sans poser de sérieux problèmes sur le plan international. Et si l’Allemagne reçoit ce siège, qu’en pensera l’Italie ? qu’elle est traitée injustement, une autre problématique. A imaginer qu’un siège est accordé à l’Italie, est ce raisonnable que l’Union jouisse de quatre sièges permanents ? Ou que l’ex-Union Soviétique, les États-Unis d’Amérique (les États de l’Union) aient des sièges permanents ? Où en serons nous ? De quel droit la Grèce et la Turquie en seront elles privées ? Question qui s’imposera sous peu.
  2. L’Union Africaine : elle aussi va vers un État unifié, lui attribuera-t-on plus d’un siège ? On se retrouve devant la même problématique de l’Union Européenne. Une fois devenu un seul État unifié, ce qui ne saurait tarder, à quel État reviendra le siège de l’Union Africaine du moment qu’il appartient à l’ensemble des pays africains ?
  3. Ensuite si l’Inde, pays candidat, se voit attribué un siège, les tensions avec le Pakistan, pays nucléaires s’accroîtront. Cela servira-t-il la paix dans le Monde ? Bien au contraire ! Il en va de même pour le Japon, un autre pays candidat. Donner un siège au Japon conduira inexorablement à un bras de fer avec la Corée du Nord, autre État soupçonné d’être nucléaire, aussi avec la Chine et l’Indonésie. Supposons que l’Inde et le Japon reçoivent ce siège permanent, n’est-ce pas attiser des tensions dont les conséquences seront néfastes avec la Chine.
  4. Et disons que la Turquie arrive à ce siège permanent, pourquoi l’Iran et l’Ukraine en seraient-elles privées ? Et si l’Egypte, aussi pays candidat, l’obtienne, et probablement le mérite, comment réagirait Israël, son ennemi traditionnel qui usera du lobby israélien aux USA, et partout ailleurs pour s’opposer inéluctablement à l’Egypte. Un cas de figure grave pour la paix au Moyen Orient. Et en fin de compte, pourquoi contester ce droit à un pays comme l’Indonésie.

Les tentatives visant à l’élargissement du Conseil de Sécurité exposeront la paix mondiale à de nouveaux dangers, et pourront déclencher une guerre froide qui débouchera sur une vraie guerre. Par conséquent la réforme des Nations Unies, si elle vise l’instauration d’une démocratie et d’une paix mondiale, devra passer par le transfert des compétences du Conseil de Sécurité à l’Assemblée Générale. Seule mesure qui fera des Nations Unies une organisation démocratique, et relèguera au second plan les sièges du Conseil de Sécurité, mettant fin de la sorte à la course  à ses sièges.

Encore une fois, Les peuples doivent rester vigilants face à cette  réforme des Nations Unies qui ne concerne pas le Conseil de Sécurité.

Les Nations Unies ne sont pas le Conseil de Sécurité. Aujourd’hui, 190 États constituent l’Assemblée Générale. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, Les nations unies contre l’Allemagne étaient au nombre de quatre.

Elles avaient les mains libres. Il en va différemment de nos jours. Les 190 États membres des Nations Unies doivent pouvoir constituer leur Conseil de Sécurité qui n’est pas celui des quatre nations unies qui ont vaincu l’Allemagne. Les États membres, à travers  l’Assemblée Générale, doivent eux aussi exercer leur compétence en tant que 190 nations unies de tous les peuples du monde, d’où l’importance pour l’Assemblée Générale de voir le Conseil de Sécurité constitué comme elle le juge nécessaire de manière à servir les objectifs de sécurité et à être le législateur, le parlement international souverain.

Tel est l’exercice de la démocratie au plus haut niveau du monde. A défaut, tout discours sur son état dans le monde, qui demande aux États d’être démocratiques, sera peine perdue. Une vraie solution démocratique consistera à doter l’Assemblée Générale (190 Nations) de ses pleins pouvoirs énumérés dans la Charte, du 1er jusqu’au 19ème article, de lui permettre de créer son propre Conseil de Sécurité, en tant qu’instrument pour l’application des résolutions de l’Assemblée Générale. Sinon l’Organisation des Nations Unies sera vouée à la disparition et il faudra nous préparer à vivre dans un monde sans elle.

Vu l’enjeu de cette importante question dont dépend le futur du monde en matière de paix et de guerre, il s’avère indispensable de reporter toute prise de décision à ce sujet. Les dirigeants, les intellectuels, penseurs et professeurs de toutes les régions du monde sont appelés à examiner cette question avant de s’enliser dans des décisions improvisées prise à la sauvette, souvent complaisantes et irréfléchies, qui ne tiennent pas compte des retombées à court et à long termes, C’est une question très grave qui mérite plus d’une année d’étude, de débats et de sondages de l’opinion de tous les peuples du Monde, les premiers concernés.

Le Monde ira à sa propre fin si le Conseil de Sécurité est élargi. Si l’Assemblée Générale est marginalisée comme c’est le cas actuellement. On assistera à une vaste campagne appelant les États à se retirer des Nations Unies, et je serai personnellement à la tête de ceux qui demanderont ce retrait. J’en prend Dieu à témoin.

Ce discours se réfère à l’article 109 de la Charte des Nations et à son préambule.

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