Terrorisme : le New York Times trafique ses archives en ligne


Le New York Times trafique ses archives en ligne… On comprend mal, mais on se résigne, à ce que la presse traditionnelle n’estime pas autant que le public que les publications en ligne soient crédibles (notre chronique du 5 février 2002). Mais que penser lorsqu’un journal comme le New York Times trafique volontairement ses archives en ligne pour supprimer un article compromettant pour les autorités, et le remplacer par un article plus complaisant ?

Le 9 septembre 2001, le journaliste du New York Times, John F. Burns, signait un article portant sur une bande vidéo qui circulait depuis le mois de juin dans les cercles islamistes à travers le monde. D’une durée de deux heures, on voyait sur cette bande vidéo un Oussama ben Laden confiant déclarer que son intention était de tuer un grand nombre d’Étasuniens et de Juifs, vanter le courage du commando suicide qui avait perpétré l’attaque contre le cuirassé Cole à Aden en octobre 2000, et promettre que d’autres attaques auraient lieu.

Dans les heures qui ont suivi l’attaque du WTC, le 11 septembre, le New York Times a retiré l’article original de Burns et l’a remplacé par un second texte, en date du 12 septembre, moins critique des responsables de sécurité et davantage axé sur la question palestinienne comme motif de l’attaque.

C’est le site Democrats.Com, un site d’information politique à l’intention des électeurs inscrits, militants et candidats du Parti démocrate, qui a découvert le subterfuge. Democrats.Com est une entreprise fondée par deux spécialistes : David Lytel, principal artisan du premier site Web de la Maison Blanche (sous l’administration Clinton), détenteur d’un doctorat de l’université Cornell en communication politique et dont la thèse portait sur la communication politique et les médias interactifs ; Bob Fertik, fondateur de la société I-Progress (consultation auprès des organismes sans but lucratif sur l’utilisation d’Internet), co-fondateur des services en ligne Women Leaders Online, Women’s Voting Guide, et Political Woman Hotline.

Ce qui inquiète dans l’artifice du New York Times est le caractère délibéré de la substitution de l’article. L’adresse de l’article original (nytimes.com/2001/09/09/international/asia/09OSAM.html) redirige automatiquement le lecteur vers l’adresse du deuxième article (nytimes.com/2001/09/12/international/12OSAM.html) sans qu’il en soit fait mention. L’URL passe du 09/09 au 09/12 de manière « transparente ». De plus, l’article original ne figure plus dans les archives en ligne du journal. On constate également le changement de titre : « On Videotape, Bin Laden Charts a Violent Future » pour le premier article, « America the Vulnerable Meets a Ruthless Enemy » pour le second, et la lecture comparative révèle un tout autre ton d’écriture.

Pour ceux et celles que l’exercice intéresse, Democrats.Com publie l’article original de John F. Burns, et évidemment la seconde version figure toujours sur le site (et dans les archives revues et corrigées) du New York Times (inscription requise, sans frais). La « compagnie » lave-t-elle moins blanc qu’auparavant ? C’est ce qu’on peut en déduire en consultant le site Intellnet.Org (consacré au renseignement stratégique, et qui dispose d’une entente de reprise de contenu avec le NYT) sur lequel l’article du 9 septembre figure toujours en version originale.

Cette affaire soulève plusieurs questions. D’une part, un des canons de la presse étasunienne est pris en flagrant délit de manipulation d’archives. Combien de fois, dans le passé, a-t-on eu recours à de telles pratiques ? D’autre part, pour quels motifs a-t-on substitué un article par un autre, pourquoi a-t-on supprimé certains noms et événements des références ? Troisième élément : n’eut été de la vigilance de certains groupes face aux médias traditionnels, et qui s’exerce en grande partie sur Internet, aurait-on eu connaissance de cette manipulation d’archives ?

S’il y a concurrence pour la confiance du public entre médias en ligne et médias traditionnels, ces derniers n’ont certainement pas marqué de point avec cette récente affaire.

Source : Géopolintel

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