Arabie Saoudite : des activistes menacent de recours au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU


par Habib Trabelsi

L’« Association des droits civiques et politiques », auto-proclamée en octobre dernier en Arabie saoudite, a menacé, dans une lettre au roi Abdallah, d’avoir recours au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU pour réclamer la mise en place d’« une commission d’enquête » sur « les violations des droits humains par le ministère de l’Intérieur » dans le royaume et qui, selon elle, s’apparentent à des « crimes contre l’humanité ».

La lettre-fleuve, datée du 1er janvier, a été mise en ligne le 2 février sur le site de l’Association, une ONG composée initialement de onze militants, pour la plupart des  défenseurs  des droits de l’Homme et des universitaires. Elle est présidée par Dr. Abderahman ben Hamed Al-Hamed, professeur d’économie islamique à la Faculté de technologie au Qassim (centre).

La carotte…

Jouant sur le double registre de la flatterie et de la menace voilée, l’Association commence par souligner qu’elle « a brisé le mur de la peur » mais qu’elle aspire aujourd’hui à « une relation constructive avec le roi Abdallah », dont elle salue « les efforts pour les réformes, les libertés d’opinion, d’expression, de réunion et d’association, pour sa consolidation de l’indépendance du pouvoir judiciaire, sa transparence et sa franchise ».

Et aussitôt de lui demander de mettre en place « une commission crédible pour enquêter sur  les violations des droits humains individuels et collectifs depuis trente ans » par le ministère de l’Intérieur, qu’elle accuse de tous les maux.

Elle avance plusieurs arguments pour justifier sa requête: Elle estime notamment que « ces violations, pratiquées à grande échelle, ont dépassé toutes les limites par leur atrocité et s’apparentent à des crimes contre l’humanité », qu’« elles constituent une perversion de la charia et une déviance à la loi divine » et qu’« elles sont l’une des principales causes du terrorisme local et mondial, en particulier les attentats du 11 septembre 2001 » aux Etats-Unis.

L’Association prend le soin de préciser qu’elle ne remet pas en cause son allégeance à la famille régnante des Al-Saoud, en soulignant toutefois que « le trône saoudien – à l’ombre d’une monarchie constitutionnelle – est une garantie pour l’unité, la sécurité et la stabilité du pays ».  Et d’appeler les Saoudiens à « resserrer les rangs » autour de la famille royale.

Et le bâton

L’Association donne ensuite au roi Abdallah à choisir entre le camp des réformistes et celui de la vieille garde du régime.

« Votre réussite dans l’édification des piliers de la réforme politique donnera la preuve que la famille royale est capable de répondre favorablement aux changements politiques et sociaux », écrit-elle.

« Au début de votre règne, les citoyens s’attendaient à des réformes politiques et à l’arrivée au pouvoir de princes réformateurs et modérés. Or, ils ont vu la montée du courant de l’injustice, de la répression et de l’oppression », déplore-t-elle.

« Il vous appartient donc de donner la preuve que vous n’approuvez pas ces violations, en mettant en place une commission d’enquête, si vous ne souhaitez pas que le débat sur ces violations sorte de son cadre local », avertit-elle.

« Si vous n’êtes pas le soutien des réformateurs et des défenseurs des droits humains, le ‘fiqh al-daroura’ (la jurisprudence islamique, en cas d’urgence) nous autorise à recourir au Conseil des droits de l’Homme (de l’ONU), avant que le courant  oppressif et répressif ne leur porte son coup préventif, pour les incriminer et forger des charges contre eux », menace encore l’Association.

Une aubaine pour Saad al-Faqih

Dr Saad al-Faqih, le chef du Mouvement islamique pour la réforme en Arabie (Mira, opposition en exil à Londres), qui poursuit depuis des années ses sempiternelles spéculations sur la chute «imminente» du régime, son pire ennemi, n’est pas resté insensible au « défi » lancé au roi Abdallah, même s’il ne partage pas « le style » de l’Association, en particulier son allégeance à la famille régnante.

« Toute action susceptible de combattre l’injustice est la bienvenue », a déclaré M. Faqih à « Saudiwave », en précisant toutefois souhaiter que l’Association « s’adresse directement au peuple pour le conscientiser ».

M. Faqih est persuadé que le roi Abdallah qui, selon lui, « n’a aucune volonté réelle de réforme, ignorera  superbement la lettre qui connaîtra le même sort que les lettres précédentes ».

Il Faqih fait notamment référence à un mémorandum-réquisitoire d’une rare violence, adressé en septembre dernier au roi par trois activistes qui réclamaient le jugement des responsables du ministère de l’Intérieur impliqués, selon eux, dans des « violations des droits de l’Homme ». La missive est restée sans lendemain.

Plus récemment encore, le souverain saoudien a opposé une fin de non-recevoir à une requête faite par les même onze militants, qui ont franchi une ligne rouge en imputant à « certains » membres de la famille royale une part de la responsabilité du « tsunami » de Djeddah, qu’ils assimilent à « un génocide ». Ils réclamaient aussi leur interrogation pour corruption présumée.

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2 réponses à “Arabie Saoudite : des activistes menacent de recours au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU

  1. re-bonjour,

    Désolé, je n’ai pas l’intention de m’abonner. Je voulais simplement entre en
    contact avec les auteurs du blog pour envisager une
    éventuelle collaboration.
    Cordialement – habib Trabelsi

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