Entre légitimité populaire et intérêts économiques : qu’en est-il de la vraie raison du vote anti-minarets ?


par Xavier Laroche

La votation suisse a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Les minarets sont interdits en Suisse. La vraie question n’est pas de crier ou non victoire, ni même de s’attarder sur cette décision. Légitime, approuvée populairement, le débat ne se pose plus. Non, la vraie question semble être ailleurs. Entre les rotomontades pseudo-humaniste des élites occidentales, reprochant à la Suisse – pays le plus démocrate du vieux continent – une fascisation latente ;  l’air faussement outragé des médias d’Etat qui hurlent à la xénophobie ;  et le contraste de réjouissance d’une grande partie d’Européens appauvris par la crise et la mondialisation galopante qui voient en cette décision un espoir de préservation de leur culture, il est évident que tout le monde est concerné. Divisés également. Y compris chez les musulmans eux-même, perdus (comme une grande partie de la population) entre incompréhension, manipulation, et réactions passionnées. Tout le monde, donc, aura eu quelque chose à dire sur ce sujet.

Mais justement, et c’est là que la véritable interrogation survient. En ces temps de police de la pensée, de flicage généralisé, de délit d’opinion et de déni démocratique (on pourra penser au traité de Lisbonne et le « non » irlandais) il semble étrange que l’opinion publique ait tout à coup repris une si grande importance. Les répercussions du vote suisse ont engendré à travers l’Europe occidentale une vague sans précédents de sondages, de questionnements, d’études ne tout genre sur des questions autrefois taboues : les minarets bien sûr, la place de l’Islam, les constructions de mosquées, le problème du voile intégral, la conditions des femmes musulmanes, et caetera…

Seulement voilà, pourquoi cette accélération subite de la mise en avant du « problème musulman » dont chacun s’empare aujourd’hui, certains en faisant même l’objet central du débat sur une identité nationale qui a perdu sons sens à force d’en parler ? La Suisse est peut-être au cœur de l’explication.

Pour en remonter à ces dernières années, les attentats du 11 septembre 2001 (sans rentrer dans le débat concernant les incohérences de la version officielle, d’autres y travaillent depuis longtemps), ont été le début d’une psychose organisée et généralisée sur un islamisme rampant et sournois, qui a été désigné comme la cause principale des problèmes de l’Occident. Or, comme chacun sait, la « bouc-emissiarisation » du monde Arabo-Musulman a surtout été dans le but de s’acaparer les abondantes réserves énergétiques dont recèlent les sous-sol moyen-orientaux, la « guerre juste » de démocratisation menée par les occidentaux, USA en tête, n’étant qu’une forme de néo-colonialisme économique sous couvert de Droits de l’Homme conquérants et d’ingérence humanitaire.

Fort de ces constatations, l’opinion publique a eu tendance à se montrer de plus en plus défavorable aux interventions en Irak et en Afghanistan, le conflit s’enlisant et déstabilisant totalement un Proche-Orient déjà en crise depuis fort longtemps. Il fallait donc trouver un nouveau moteur pour relancer les offensives, maintenir les troupes sur place pretextant « sécuriser » des zones mises à feu et à sang par leurs pseudo-libérateurs, et même envoyer des hommes supplémentaires pour faire face à des insurrections de plus en plus violentes et efficaces, capables de mettre à mal la puissante machine de guerre occidentale.

C’est là que la question suisse commence à trouver son intêret, et plusieurs spécificités de ce petit pays à la réputation tenace peuvent s’avérer excellentes pour se relancer sur les fronts évoqués précedemment.

D’abord, il convient de se rappeler du contexte actuel : la France, via son président, vient de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN, le président américain Obama vient de recevoir un prix Nobel de la paix très discutable (surtout en voyant les récents renforts de troupes déployés récemment) et la crise économique n’est toujours pas résorbée, ce qui inquiète à juste titre les populations des deux côtés de l’Atlantique. Une crise qui, en Europe, se superpose à tous les problèmes récurrents de ces dernières années, à savoir le chômage, l’immigration incontrôlée, l’insécurité, les délocalisations.

Ainsi, fin novembre 2009 arrive dans ce contexte troublé une surprenante initiative populaire en Suisse, visant à interdire la construction de nouveaux minarets au surplomb des mosquées. Passons encore une fois sur le fond, le nombre de musulmans présents en Suisse, ou encore les (fausses) questions de libertés religieuses ou urbanistiques, pour se concenter sur les vraies questions : pourquoi la Suisse, pourquoi maintenant, pourquoi cette initiative ?

Une hypothèse probable, et qui sera certainement dérangeante, serait de considérer la Suisse comme l’épicentre d’un séisme médiatico-politique voulu par des élites mondialisées dont les buts paraissent de plus en plus clair. Explication :

La Suisse ne fait pas partie de l’Union Européenne. Ce statut de neutralité, un classique de l’histoire suisse, lui permet d’être en retrait juridique par rapport aux institutions européennes, comme la CJCE par exemple, et garder une indépendance vis-à-vis des autres pays, en bref c’est un pays souverain.

Ensuite, la Suisse à une autre longue tradition, c’est sa démocratie populaire. Encore une fois sans rentrer dans les détails techniques, un projet de loi peut-être présenté au peuple qui va s’exprimer par référendum quand à l’adoption ou non d’un nouveau texte.

Enfin, et c’est encore un classique de la Suisse, son attractivité bancaire (malgré des pressions de plus en plus forte) en font un lieu sur lequel le monde entier a toujours un oeil, et tout particulièrement les pays voisins.

Par conséquent, ces caractéritiques peuvent amener à penser que la Suisse est le terrain d’une manipulation de grande ampleur visant à légitimer les actions occidentales au Proche-Orient. Sans remettre en cause l’intégrité et l’honneteté du charismatique Oskar Freysinger, il ne serait pas impossible de penser que les dirigeants de l’UDC ait été influencés (si ce n’est même conseillés, voire obligés) de proposer une initiative visant, de manière détournée, l’Islam et les musulmans en général. Profitant d’une exaspération générale quand à l’implantation de cette religion depuis quelques dizaines d’années en Europe de l’Ouest, résultats de politiques d’immigration libérales malsaines et d’une assimilation ratée (volontairement ?), faire voter une loi limitant le développement d’un symbole musulman, à l’architecture orientale comme le minaret, est un signe fort du refus de changement de traditions d’une population qui peut se sentir menacée.

Ainsi, le résultat escompté étant obtenu (victoire des anti-minarets), les conséquences recherchées arrivent. Un déferlement médiatique touche la plupart des pays d’Europe à forte concentration d’immigrés de tradition musulmane, le débat est sur toutes les lèvres, et les passions se déchainent. Les médias organisent des sondages qui montrent une hostilité grandissante envers l’Islam, une méfiance vis-à-vis des musulmans qui est générale et de moins en moins camouflée. En contraste avec cela, les élites cosmopolites européennes s’indignent, prenant le contre-pied de leurs populations, rivalisant de mensonge et de démagogie afin de traîner les suisses dans la boue, les couvrant de sobriquets insultants, infantilisant un peuple majeur et souverain.

Double victoire pour nos dirigeants. Avoir utilisé la Suisse, pays hors-UE, permet de ne pas s’encombrer des questions de droit communautaire ; et avoir eu recours au vote populaire permet une légitimation de la décision à laquelle ont été sensibles les autres populations d’Europe. Ainsi, les dirigeants ont pu préserver leur bonne image de tolérance et de mondialisme béat,  tout en instrumentalisant la question de l’Islam à des fins économico-politiques. Maintenant que le libéralisme s’exporte, que les immigrés amenés en Europe – après avoir été intouchables au nom de la productivité – sont moins utiles, il faut bien les remettres au goût du jour. Les populations européennes commençant à contester de plus en plus les agissements américains et des forces coalisées en terre d’Islam, la nouvelle stratégie consiste justement à rappeler aux Européens que leurs problèmes viennent de l’immigration massive, mais pas n’importe laquelle : l’immigration musulmane. Stratégie habile car en stigmatisant les musulmans, et en gavant médiatiquement le peuple du « courageux combat » mené en Orient contre l’Islam, le but recherché est de remettre l’opinion publique derrière les coalisés. Une opinion publique déjà derrière la population Suisse, se détournant ainsi de la véritable origine de ses problèmes. La contestation doit s’etouffer en donnant au gens l’espoir que leurs conditions de vie ne se dégraderont pas encore plus, grâce à ces guerres que l’on veut faire passer pour nécessaires. Nécessaires, oui, pour ceux qui manipulent, sèment la zizanie et mentent depuis trop longtemps, afin que ces derniers puissent continuer leur œuvre de destruction massive, de pillage, indispensable à leur enrichissement : lobbies pétroliers, complexes militaro-industriels et hommes politiques en tête.

Publicités