Le Message des USA à la Chine : Aidez nous à contenir l’Iran, sinon Israël passera à l’attaque


Par John Pomfret et Joby Warrick

Deux hauts fonctionnaires américains se sont rendus en Chine avant la visite présidentielle, et ont averti les chinois que s’ils ne soutenaient pas Washington sur le dossier iranien, Israël passerait à l’attaque, ce qui provoquerait le chaos dans l’approvisionnement pétrolier indispensable à la Chine. L’Iran est le deuxième fournisseur de pétrole du pays, et les entreprises chinoises y ont massivement investi. Pour desserrer cette contrainte, les USA ont également proposé aux chinois de les aider à réduire leur dépendance aux approvisionnements iraniens. Les demandes américaines semblent avoir été entendues. Pour la première fois depuis plusieurs années la Chine a voté une résolution de l’AIEA condamnant l’Iran.

Washington Post

Deux semaines avant la visite en Chine du président Obama, deux hauts responsables de la Maison Blanche se sont rendus à Pékin en « mission spéciale » pour tenter de persuader la Chine de faire pression sur l’Iran afin qu’il renonce à son éventuel programme d’armement nucléaire.

Ces deux envoyés de haut niveau, Dennis Ross et Jeffrey Bader, qui sont membres du Conseil de Sécurité National, ont informé les chinois que si Pékin n’apportait pas son aide aux États-Unis sur ce dossier, les conséquences pourraient être graves.

Les chinois ont été avertis qu’Israël considère le programme nucléaire iranien comme un problème « existentiel, et que les pays qui ont un problème existentiel n’écoutent pas les autres nations », selon un haut responsable gouvernemental. Les conséquences sont claires : Israël pourrait bombarder l’Iran, provoquant une crise dans la région du golfe Persique et entraînant presque inévitablement des problèmes sur le pétrole dont la Chine a besoin pour alimenter son irrésistible essor économique, a déclaré ce responsable, qui s’est exprimé à condition de rester anonyme.

La Maison-Blanche a obtenu une réponse cette semaine. La Chine a informé les États-Unis qu’elle apporterait son soutien à une déclaration à la teneur très ferme, présentée par les USA, et qui critiquerait les violations des résolutions de l’ONU qu’a commises par la République islamique en construisant une usine secrète d’uranium enrichi. Cette déclaration, obtenue par le Washington Post, fait partie d’un projet de résolution qui devrait être présenté dès jeudi par les 35 nations qui siègent au conseil d’administration de l’Agence Internationale de l’Energie atomique, l’organe de surveillance nucléaire des Nations Unies.

Bien que cette résolution soit largement symbolique, ce sera la première depuis 2006 qu’un tel document recueillera le soutien de la Chine et la Russie. Cette décision marque un nouveau départ pour la Chine, qui s’était abstenue depuis longtemps de critiquer la politique nucléaire de l’Iran. La position chinoise à ce sujet est perçue comme le premier test d’une relation qu’Obama a décrite comme devant « façonner le 21e siècle. »

Compte tenu du soutien obtenu des plus anciens alliés de l’Iran, les diplomates européens s’attendent à ce que cette résolution soit adoptée. Ce texte qualifie de « violation de ses obligations » envers l’ONU et les règles de l’AIEA la construction par Téhéran d’une usine souterraine d’enrichissement à proximité de Qom. Si elle est approuvée, elle sera ensuite soumise au Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui pourrait décider d’adopter des sanctions plus sévères contre la République islamique.

« Notre patience ne durera pas éternellement », a déclaré à la presse à la veille de la session de l’AIEA le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, dont le gouvernement a rédigé la résolution.

Si les diplomates et les experts du contrôle des armements se félicitent du soutien de la Chine à la résolution de l’AIEA, certains font remarquer qu’il n’est pas encore acquis que la Russie et la Chine aillent plus loin et acceptent de nouvelles sanctions contre l’Iran. Nos tentatives visant à contacter des membres de l’ambassade de Chine aux fins de commentaires ont été infructueuses.

« Ils expriment leur mécontentement au sujet de l’Iran, mais que cela se traduise par une résolution au Conseil de sécurité est une autre affaire », estime David Albright, ancien inspecteur nucléaire de l’ONU et président du Washington Institute for Science and International Security.

L’Iran, qui affirme vouloir utiliser l’énergie nucléaire uniquement pour la production d’électricité, a reconnu cette semaine faire l’objet de pression de la part de la Russie au sujet de son réseau d’installations nucléaires. Un haut responsable militaire, le général Mohammad Hassan Mansourian, a déclaré à l’agence de presse d’Etat Press TV que la Russie était revenue sur sa promesse de livrer des armements « en raison des pressions exercées par le lobby sioniste et les américains. » [1]

La visite à Pékin le mois dernier des hauts fonctionnaires de la Maison Blanche a été décrite comme relevant des efforts déployés par l’administration Obama pour isoler l’Iran. En défendant leur dossier devant la Chine, ils ont averti que l’accès de Iran au nucléaire augmenterait le risque d’un conflit régional, provoquerait une hausse du cours du pétrole, pourrait éventuellement déboucher sur une interruption des livraisons de brut, et déclencherait une vague de prolifération nucléaire.

Les Chinois ont été prévenus que « cela pourrait ébranler l’ensemble du régime de non-prolifération » a indiqué ce fonctionnaire, qui a eu connaissance du long argumentaire développé par M. Ross.

Des pays tels que l’Arabie Saoudite, la Turquie et l’Egypte pourraient démarrer leurs propres programmes nucléaires. « Et une fois que l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Turquie auront sauté le pas, à qui le tour ? » demande-t-il. La conséquence est évidente : le Japon, principal concurrent de la Chine dans la lutte d’influence dans la région, pourrait également passer au nucléaire, précise-t-il.

Obama a appuyé ce message lors des entretiens avec le président Hu Jintao durant son voyage en Chine, indique ce responsable. « Dennis et le Président ont discuté des conséquences d’un Iran accédant à la capacité de produire un uranium hautement enrichi », précise ce responsable.

Les États-Unis souhaitent que la Chine soutienne de nouvelles sanctions contre l’Iran si Téhéran refuse la proposition d’envoyer la plupart de ses stocks actuels d’uranium faiblement enrichi à l’étranger afin qu’ils soient transformés en barres de combustible pour un réacteur de recherche iranien.

La Chine a déclaré par le passé qu’elle s’opposait à des sanctions contre l’Iran. Les grandes entreprises publiques du secteur énergétique se sont engagées durant les cinq dernières années à investir 120 milliards de dollars en Iran et peu, voire aucun, de ces projets n’ont réellement débuté. L’Iran est également le deuxième fournisseur pétrole pour la Chine. Au début de la semaine, Sinopec, l’une des plus grandes compagnies pétrolières chinoises, a signé un autre mémorandum d’entente avec la National Iranian Oil Refining and Distribution Co, pour investir 6,5 milliards de dollars supplémentaires dans la construction de raffineries en Iran.

Dès le début de son mandat, M. Obama a fait pression sur les chinois au sujet de l’Iran. C’était le dossier prédominant lors de ses entretiens avec M. Hu à l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre. M. Obama a décrit la question iranienne comme relevant de l’« intérêt national essentiel » des Etats-Unis, utilisant ainsi à dessein les termes que la Chine emploie sur des sujets sensibles tels que Taïwan et le Tibet. « Leur terminologie leur est retournée, » et souligne à quel point le question est « critique » pour les Etats-Unis, indique ce responsable.

Les officiels américains ont également tenté d’explorer des moyens d’aider la Chine à se passer du pétrole iranien, ont précise des fonctionnaires du Département d’Etat. Des officiels des Émirats arabes unis ont indiqué qu’ils prévoyaient d’augmenter les exportations de pétrole vers la Chine. L’Arabie Saoudite noue également des liens plus étroits avec Pékin, ce qui devrait se traduire par une augmentation de ses ventes de pétrole à la Chine, selon des membres de l’administration.

 

Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2913