Quand et comment attaquer l’Iran


Par Benny Morris

L’historien israélien Benny Morris fait régulièrement part de ses vues apocalyptiques sur le conflit au Proche-Orient. Pour lui, face à l’Iran, la seule solution est de bombarder les installations nucléaires. Cette attaque, qu’il juge inévitable, devrait intervenir au printemps, estime-t-il. Reste cependant à obtenir le feu vert d’Obama. — L’argumentaire développé ici montre combien le recours à la force est vain. Morris reconnait que seule une campagne aérienne prolongée pourrait détruire les capacités iraniennes, mais que celle-ci est hors de portée des forces israéliennes. Ce qui revient à constater qu’en l’absence d’une implication des USA, que Morris juge peu vraisemblable tant ils sont « empêtrés » dans les guerres d’Afghanistan et d’Irak, la région serait mise à feu et à sang – Morris envisage des opérations terrestres à Gaza et au Liban, le début d’une « guerre prolongée » avec l’Iran – à la seule fin de parvenir à retarder de quelques années un programme d’armement dont la réalité n’est toujours pas avérée. Tout cela n’a aucun sens. Sauf à imaginer qu’Israël parvienne à déclencher une guerre totale entre les USA et l’Iran. Et c’est peut-être le pari fou et criminel que font certains stratèges israéliens. Contre Info

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Guardian

Le débat en Israël, – et notamment la semaine dernière dans Haaretz, le principal quotidien du pays- porte explicitement et ouvertement sur une guerre au printemps ou à l’été prochain. Le ciel sera dégagé pour les opérations aériennes, le bouclier israélien anti missiles contre les armes de courte et moyenne portée sera au moins partiellement opérationnel, la communauté internationale, dirigée par le président Obama, aura visiblement échoué à contrecarrer le programme d’armement nucléaire iranien. Et L’Iran se sera encore rapproché de la bombe.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Ehud Barak devront alors décider si Israël peut vivre avec un Iran nucléaire et compter sur la dissuasion. Mais si l’on juge trop important le risque d’une attaque nucléaire contre Israël, l’armée du pays devra faire ce qui est en son pouvoir pour détruire les installations nucléaires de l’Iran, malgré les répercussions probables qui seront dévastatrices pour la région et pour le monde.

On assistera probablement à des tirs massifs de roquettes sur les villes israéliennes et les bases militaires par les Iraniens et le Hezbollah (à partir du Liban), et peut-être par le Hamas (à partir de Gaza). Cela pourrait déclencher des guerres terrestres au Liban et à Gaza, ainsi qu’une guerre prolongée avec l’Iran. Il pourrait y avoir des opérations terroristes menées par des agents iraniens contre des objectifs israélien (et juif) à travers le monde ; une forte augmentation des cours mondiaux du pétrole, dont Israël aura à subir le contrecoup politique ; des actions de l’Iran contre des cibles américaines en Irak, en Afghanistan et dans le Golfe. Plus généralement, le terrorisme islamiste contre des cibles occidentales ne pourrait qu’augmenter.

Mais ce ne sont pas seulement les dirigeants d’Israël qui devront décider. Obama aura à le faire également. C’est un homme qui, dans l’arène internationale, a fait preuve d’une propension à l’indécision (sauf quand il s’agit des colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie). Donnera-t-il aux Israéliens le feu vert (et peut-être certains équipements supplémentaires qu’ils veulent obtenir pour faciliter une attaque) et accordera-t-il l’ouverture d’un couloir arien au dessus de l’Irak ? Ou acceptera-t-il que les mollahs aient en mains l’arme atomique ?

Il est clair – et cela devrait l’être d’ici là pour tout le monde en dehors des partisans ramollis de l’apaisement – que l’approche diplomatique ne va nulle part, lorsque les Iraniens manoeuvrent, fournissent des réponses évasives et traînent des pieds, tout en enrichissant davantage d’uranium. Téhéran se moque de nous, comme il l’a déjà fait, sur ce chemin vers l’Apocalypse. Ahmadinejad et les mollahs savent pertinemment que l’Occident ne pourra jamais imposer les seules sanctions qui pourraient être efficaces (un boycott total du pétrole iranien et un arrêt de toutes les livraisons de marchandises vers l’Iran).

En occident, certains espèrent joyeusement que les Iraniens veulent une arme rustique qui « resterait à la cave », et non pas des armes immédiatement utilisables, ce qui réduirait la nécessité d’une frappe militaire préventive. Mon sentiment est que l’Iran n’a pas fait cet immense pari afin de seulement parvenir à une capacité nucléaire incertaine et implicite : il ne s’arrêtera pas en deçà d’armes atomiques réellement utilisables avec lesquelles il pourra intimider, acquérir une hégémonie sur ses voisins, dissuader l’Occident et, peut-être, détruire Israël.

Le moment de vérité se rapproche donc rapidement pour Obama. Son prédécesseur George Bush avait à plusieurs reprises assuré à Israël que les États-Unis ne permettraient pas que l’Iran fondamentaliste obtienne la bombe. Cela impliquait que l’Amérique elle-même prévienne cette éventualité – et en dernier recours par des moyens militaires.

Aujourd’hui, cela semble hautement improbable. Obama est empêtré dans deux guerres dans les pays musulmans, avec un conflit en Afghanistan qui paraît de plus en plus ingagnable, et un Irak qui se dirige soit vers une partition de facto, soit vers une subordination croissante à l’Iran chiite. Avec une opinion publique américaine de plus en plus lasse de la guerre, de toute guerre, le président américain ne mobilisera sans doute pas les forces aériennes, la marine et les forces spéciales pour détruire les installations nucléaires iraniennes.

Il y a une double ironie amère en cette circonstance. Les Iraniens et leurs agents vont vraisemblablement attaquer des cibles américaines, que les États-Unis soient ou non impliqués dans une attaque contre l’Iran. Et alors que les capacités militaires conventionnelles israéliennes sont limitées et ne pourraient probablement retarder que de quelques années l’obtention par l’Iran d’armes nucléaires, les forces conventionnelles américaines – si on les mobilisait résolument et efficacement dans la bataille – pourraient arrêter complètement le projet nucléaire iranien et détruire totalement ses défenses militaires en quelques semaines de bombardements intensifs. En fait, le régime lui-même pourrait s’effondrer comme un château de cartes, tout comme celui de Saddam Hussein sous l’assaut américain en mars 2003.

Cela n’adviendra pas. Mais Obama devra néanmoins bientôt décider s’il convient de donner le feu vert à Israël, et quel sera son intensité. Il devra le faire vite. Car le printemps approche à grands pas.

 

Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2906