Conflit israélo-palestinien: 8 900 morts depuis vingt ans


Par George Malbrunot

D’abord une guerre de basse intensité. Un seul chiffre en dit parfois beaucoup plus qu’un long discours. 8 881 : c’est le nombre de tués en deux décennies de conflit israélo-palestinien, nous apprend B’Tselem, l’organisation israélienne de défense des droits de l’Homme, qui fête ses vingt ans d’existence.

La grande majorité – 7 398 – sont Palestiniens, dont 1 537 mineurs. Israël, de son côté, déplore 1 483 morts, dont 139 mineurs.

Ces vingt dernières années ont été marquées par trois affrontements : la première Intifida entre 1987 et 1993, la deuxième, qui a commencé en 2000, et l’opération militaire « Plomb durci » de début 2009 contre la bande de Gaza. A signaler que ces vingt années là ont été beaucoup plus violentes que les vingt précédentes (1967-1987), après l’occupation de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et Jérusalem-est, à l’issue de la Guerre des Six jours.

B’Tselem nous apprend également que 1999 a été l’année la moins meurtrière à la fois pour les Palestiniens – 8 tués – et pour les Israéliens – 4 morts. Les deux parties étaient encore engagées dans un processus de paix, fut-il moribond.

Ces chiffres nous montrent une fois de plus que le lancinant conflit israélo-palestinien est une guerre de basse intensité, selon le jargon des militaires. Sur les vingt dernières années, l’Etat hébreu a perdu en moyenne 70 citoyens chaque année, c’est-à-dire moins que le nombre des tués sur les routes d’Israël au cours de la même période.

De cette réalité, certains n’hésitent pas à tirer la conclusion suivante : pourquoi Israël aurait-il intérêt à faire de douloureuses concessions territoriales aux Palestiniens ?

D’autant que le coût de l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-est est largement supporté par la communauté internationale – singulièrement par l’Union européenne – puisque c’est elle qui finance le budget de l’Autorité palestinienne. D’autant qu’avec la construction du Mur de séparation entre l’Etat hébreu et la Cisjordanie, Israël a remporté la guerre contre le terrorisme. Et qu’avec la deuxième Intifada et les attentats du 11 Septembre, les dirigeants israéliens ont réussi à retourner le débat sur une occupation illégale de territoires en une lutte contre le terrorisme, soutenue par l’Occident.

Assez peu répandue, cette thèse est défendue par nombre de militaires, mais aussi par certains bons connaisseurs d’Israël, ou « amis de l’Etat hébreu ». Je pense notamment à Gérard Araud, l’ancien ambassadeur de France en Israël au début des années 2000 qui fut en poste à Jérusalem, vingt ans plus tôt, avant de devenir Directeur politique du Quai d’Orsay.

Pour cet esprit vif et intelligent, aucune contrainte forte ne s’exerce à court terme sur l’Etat hébreu pour le pousser à signer la paix avec les Palestiniens. Même si cette thèse est « politiquement incorrecte », il convient de ne pas la sous estimer, si l’on veut comprendre l’obstination des dirigeants israéliens à refuser, depuis quinze ans, les indispensables concessions à toute paix véritable avec leurs voisins palestiniens.

 

Source : http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2009/11/conflit-israelo-palestinien-8.html