Bombay : pourquoi le Pakistan n’est pas près de punir les coupables


Par Marie-France Calle

Un an après les massacres de novembre 2008, les Indiens s’interrogent. Certains se demandent comment dix terroristes ont pu envahir la capitale économique et financière du pays, la prendre en otage trois jours durant et y tuer près de 200 personnes. La presse regorge d’analyses sur la capacité des gouvernements, central et régionaux, à éviter une nouvelle tragédie de cette ampleur. Enfin, quelques-uns s’inquiètent de voir qu’en un an, le Pakistan n’a toujours rien fait pour mettre un terme aux activités du Lashkar-e-Taiba (LeT). Il y a de bonnes raisons à cela.

Au lendemain des attentats de Bombay, l’Inde a certes bénéficié de la sympathie de la communauté internationale. Pas pour longtemps. Bien que montré du doigt en raison des groupes djihadistes qu’il héberge, le Pakistan s’est vite posé en victime potentielle de l’Inde, criant haut et fort qu’il redoutait des frappes de l’armée indienne sur son territoire. Le message s’adressait bien évidemment aux Etats-Unis. A Delhi, les partisans d’une action militaire contre le Pakistan étaient loin de faire l’unanimité. Cela n’a pas empêché les médias pakistanais de relayer les informations les plus alarmistes, ravivant auprès de l’opinion publique pakistanaise un fort sentiment anti-indien. Rien de plus facile.

La réaction des Etats-Unis est plus alarmante.  Même si l’on peut parler de  » realpolitik « . Engluée dans la guerre afghane, la nouvelle administration Obama n’avait aucune envie de voir le Pakistan déplacer ses troupes des régions frontalières de l’Afghanistan, où elles sont supposées combattre les rebelles islamistes, pour les positionner le long de la frontière indienne. C’est pourtant ce qu’a fait l’armée pakistanaise. Washington n’avait plus qu’une solution : pousser Delhi à reprendre le dialogue avec le Pakistan, gelé au lendemain des attaques de Bombay, et lui demander de relâcher la pression sur Islamabad.

Il est intéressant, un an après Bombay, de faire le point de la situation sur l’axe Inde-Pakistan-Afghanistan-USA.

  • Au Pakistan, sept personnes suspectées d’avoir participé à l’organisation des attentats de Bombay ont été arrêtées. Leur procès est remis de jour en jour. Hafiz Saeed, le fondateur du Jamaat-ud-Dawa, l’avatar humanitaire derrière lequel se cache le Lashkar-e-Taiba depuis qu’il a été officiellement interdit, a été relâché, faute de preuves. Islamabad accuse régulièrement l’Inde de financer et de soutenir les talibans, dans la Vallée de Swat et au Sud-Waziristan (ceux qui organisent des attentats au Pakistan). Il l’accuse aussi de fomenter la rébellion au Baloutchistan. Enfin, le Pakistan se plaint de l’influence grandissante de Delhi en Afghanistan, se jugeant menacé.
  • Aux Etats-Unis, l’idée que l’Inde est devenue  » encombrante  » dans la guerre contre le terrorisme version américaine fait son chemin. Au point que dans son rapport d’évaluation sur la situation en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, commandant des troupes de la coalition en Afghanistan, relève :  » l’influence croissante de l’Inde dans ce pays ne manquera pas d’exacerber les tensions régionales « …. Obama ne vient-il pas de demander à la Chine de veiller à ce que l’Inde et le Pakistan reprennent langue ? Une sacrée bourde quelques jours avant la visite du Premier ministre indien, Manmohan Singh, à Washington, où il se trouve actuellement.

Bref, comme le souligne l’analyste politique Frédéric Grare dans une libre opinion publiée par The Hindu,  » il est triste de constater que l’incapacité de la communauté internationale à répondre de manière appropriée aux attaques de Bombay a concédé la victoire, même par défaut, aux terroristes qui ont attaqué la ville « .

 » S’il est un mot pour qualifier la réponse internationale aux attaques de Bombay, c’est bien celui de confusion. D’un côté, tous les principaux protagonistes ont compris la nature du problème. Beaucoup reconnaissent la responsabilité, au bas mot indirecte, que le Pakistan assume dans les brutales attaques terroristes contre l’Inde. De surcroît, toutes les grandes puissances ont fait pression sur le Pakistan pour qu’il sévisse contre les groupes de militants qui opèrent de son territoire. Dans le même temps, cependant, les objectifs antiterroristes internationaux se heurtaient aux objectifs plus larges de la contre-insurrection dans la guerre en Afghanistan. Certains acteurs de la communauté internationale, et pas des moindres, ont commencé à demander à l’Inde de faire preuve de retenue dans sa réaction. Il a été demandé à l’Inde de faire des concessions, notamment en acceptant de reprendre au plus tôt le dialogue avec le Pakistan « , explique Grare.

à lire également : https://mecanoblog.wordpress.com/2009/11/23/un-an-apres-bombay-un-terrorisme-de-plus-en-plus-global/

Source : http://blog.lefigaro.fr/inde/2009/11/bombay-pourquoi-le-pakistan-ne.html?xtor=RSS-24