La Somalie : on est inquiet


Après plus de seize ans d’oubli international, le territoire somalien est l’objet de toutes les interrogations. Une situation humanitaire et sécuritaire désastreuse y règne depuis le départ des troupes de l’ONU en 1993, mais ce n’est que depuis les menaces de création d’un sanctuaire pour Al Qaida et des pirates que l’attention des États occidentaux s’est porté une nouvelle fois sur cet État oublié.

la Somalie le no man's land

La situation a commencé à se détériorer avec une sécheresse et une crise alimentaire durant l’année 1992. Une des dernières décisions de l’administration de Bush père a alors été d’y envoyer une expédition militaro-humanitaire, dénommée « Restore Hope ». La résultat de cette opération a été le désengagement total de la communauté des Etats de la région après la mort de plusieurs dizaines de soldats de l’ONU, dont, point culminant et décisif, la bataille ayant mené à la mort de 18 soldats américains dans une embuscade des combattants du clan Aidid.

Depuis cette période, et jusqu’en 2006, une situation chaotique, où des seigneurs de la guerre se partageaient le pouvoir, les armes, les (rares) rentes humanitaires et le contrôle de la population, des islamistes ont imposé des tribunaux islamiques, rétablissant l’ordre avec la Sharia, gagnant en popularité et , finalement prenant le contrôle d’une partie significative de la Somalie « italophone ».

Les accusations de l’administration de G.W. Bush ont alors fusé, basées sur des liens supposés avec Al Qaida , le tout nié par Sharif Mohamed, chef des tribunaux islamiques. Une attaque des troupes éthiopiennes, soutenues logistiquement par l’OTAN a alors envoyé les chefs des tribunaux islamiques en exil, leurs soldats dans une quasi-clandestinité dans le Sud de la Somalie.

Après un embourbement éthiopien relatif et une intervention militaire timide de l’Union Africaine, Sharif Mohamed et une partie de ses alliés ont alors décidé de négocier le fin de l’occupation éthiopienne et un retour à un Etat e, bonne et due forme. Une partie de la résistance, nommément le groupe islamique radical d’Al Shabab et le parti islamique ont refusé cet accord et ont décidé de lutter contre Sharif Mohamed malgré le départ des troupes éthiopiennes.

Tandis que les données médiatiques indiquent qu’Al shabab est lié à Al Qaida, le parti islamique a pour condition dans des négociation récentes le départ des troupes de l’UA afin de se rallier à Sharif Mohamed. Pendant ce temps, dans le Puntland (au nord de Mogadishio), des groupes de pirates de plus en plus audacieux attaquent les navires et les relâchent contre rançon, dans l’une des régions maritimes les plus fréquentées au monde (trafic Asie-Europe et trafic pétrolier vers l’Europe et les Etats-Unis).

Les liens entre pirates et Al Shabab semblent inexistant, les pirates étant dans une logique monétaire, dans le nord de Mogadishio et Al Shaba étant dans une logique politico-religieuse au Sud de la capitale.

Les perspectives de l’évolution de la situation vont du retour à un Etat accepté internationalement à une division en quatre (en incluant le Somaliland indépendant de fait depuis plus de dix à la pointe nord du pays, la région contrôlée par le gouvernement, les régions en lutte contre ce gouvernement et le Puntland sous contrôle des pirates) tandis que le scenario pessimiste est la prise de contrôle du pays par Al Qaida.

Deux questions toutefois : pourquoi absolument rien n’a été fait pour ce pays depuis 1993 ? Pourquoi avoir attaqué Sharif Mohamed en 2006 ?