L’influence de l’Inde en Afghanistan dérange Washington


Par Marie-France Calle

Dans son rapport sur l’évaluation de la situation en Afghanistan, le général Stanley McChrystal relève que « l’influnce croissante de l’Inde dans ce pays ne manquera pas d’exacerber les tensions régionales ». Une petite phrase qui n’a pas échappé à Delhi. Les Etats-Unis demanderont-ils à l’Inde de faire « profil bas » en Afghanistan afin de rassurer le Pakistan ? Washington a plus besoin que jamais de l’aide d’Islamabad pour lutter contre les rebelles aux marches de l’Afghanistan.  

général Stanley McChrystalLa rhétorique est bien rodée et, au fond, la remarque du Commandant des forces alliées en Afghanistan n’est pas un scoop. Oui, les Indiens sont présents en Afghanistan, pays auquel ils fournissent une aide au développement substantielle et où ils entraînent la police; oui, les Pakistanais voient cette coopération d’un très mauvais oeil, jugeant que Delhi est en train de grignoter leur « profondeur stratégique » en Afghanistan. Au-delà, ils accusent l’Inde d’entraîner et de soutenir les insurgés de tous poils, y compris les talibans, à partir du territoire afghan.

C’est pourtant la première fois qu’un haut gradé américain s’exprime aussi clairement sur l’embarras que peut représenter la présence indienne en Afghanistan pour les Etats-Unis. « L’influence économique et politique de l’Inde en Afghanistan est en pleine expansion, et comprend aussi bien des efforts significatifs pour le développement du pays que des investissements financiers. De surcroît, l’actuel gouvernement afghan est perçu par Islamabad comme étant pro-indien », relève le rapport McChrystal. Poursuivant : « Si les activités  de l’Inde profitent largement au peuple afghan, cette influence indienne, qui va croissant en Afghanistan, ne pourra qu’exacerber  les tensions régionales et encourager le Pakistan à prendre des contre-mesures, en Afghanistan ou en Inde ».

Des « contre-mesures » ? Que faut-il lire sous ce terme technique ? Des attentats, sans doute, qui risqueraient d’enflammer la région ; ou, pour le moins, un redéploiement d’une partie des forces pakistanaises stationnées à la frontière avec l’Afghanistan, vers celle avec l’Inde. En clair, une « distraction » de l’armée pakistanaise, insupportable pour Washington.

  • Des attentats, il y en a eu. A Kaboul, contre l’ambassade de l’Inde, en juillet 2007, et à Bombay, fin novembre 2008. Dans les deux cas, des « éléments » basés au Pakistan ont été clairement impliqués. Le réseau afghan Haqqani, dans l’attaque de Kaboul ; le Jamaat-ud-Dawa, avatar du Lashkar-e-Taiba (LeT), dans celle de Bombay. Dans les deux cas, aucune preuve, mais de fortes présomptions, ont donné à penser que l’ISI, les services secrets pakistanais, étaient complices. Mais, et c’est le quotidien The Hindu qui le relève, McChrystal reste très prudent sur ce point. « Les insurgés et les groupes extrêmistes (basés au Pakistan) utilisant la violence seraient, croit-on savoir, aidés par quelques éléments au sein de l’ISI », se borne-t-il à écrire.
  •  Des renforcements militaires aux frontières avec l’Inde, il y en a eu aussi. Le général-président Musharraf les a même approuvés, ou orchestrés, il vient d’ailleurs d’en faire l’aveu. Au grand dam de Washington.

« Bien que le rapport McChrystal n’aille pas jusqu’à préconiser une réduction de la présence indienne en Afghanistan, cela est implicite : les Etats-Unis dépendent du soutien d’Islamabad pour la guerre en Afghanistan, la capacité du Pakistan d’utiliser des extrêmistes contre les intérêts américains reste très forte, et l’Inde devrait réaliser que son assistance à l’Afghanistan pourrait provoquer Islamabad et l’amener à prendre des ‘contre-mesures' », conclut The Hindu.

Faut-il voir dans cet article une « surréaction » indienne à un bref passage du rapport McChrystal ? La lecture d’un autre article publié il y a quelques jours sur le site du quotidien pakistanais Dawn, est édifiant et en dit long sur l’état d’esprit qui règne dans certains milieux pakistanais. Intitulé « l’Inde, l’Afghanistan soutiennent les militants au Pakistan », il affirme que les commandants talibans capturés récemment par l’armée pakistanaise dans la Vallée de Swat, ont révélé avoir été « entraînés, armés et payés par les services secrets afghans et indiens pour se battre contre les forces de sécurité pakistanaises ».

 

Source : le Figaro