Les États-Unis et les musulmans


par Esam Al-Amin pour Counterpunch

La réalité derrière l’argument de « liberté d’expression. »

Des milliers de musulmans en colère ont manifesté devant les ambassades et les consulats US en Égypte et en Libye contre un film sorti récemment [une manière de dire : le film a été mis en ligne en juillet dernier, NdT] qui insulte délibérément et falsifie de manière caricaturale la vie du prophète de l’islam. Les protestations se sont rapidement étendues au Yémen, en Tunisie, au Soudan, au Maroc, dans les Territoires palestiniens, en Irak, au Bangladesh, au Pakistan, en Iran et ailleurs. Profitant du chaos devant le consulat US à Benghazi, il semble que des affiliés d’Al-Qaïda aient infiltré les manifestants, puis aient attaqué à coups de bombes incendiaires le bâtiment du consulat. Il est clair qu’il n’y avait pas la moindre justification pour de tels actes répréhensibles.

Malheureusement, plusieurs responsables US innocents, dont l’ambassadeur en Libye, sont morts dans les violences insensées qui ont suivi. Les experts estiment que cette violente attaque répondait à l’appel direct du chef d’Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, à venger le meurtre de son adjoint Abou Yahya Al Libi, tué par une attaque de drone US en juin dernier.

Pourtant, au fil des années le monde est fatigué d’assister aux mêmes scènes enflammées, jouées encore et encore. Des Versets sataniques de Salman Rushdie en 1989 et des caricatures danoises en 2005, au Coran brûlé par un pasteur zinzin en Floride en 2010 et à la sortie de ce film très choquant il ya quelques jours.

Selon les rapports les plus crédibles, ce film répugnant a été écrit, produit et réalisé par Nakoula Basseley Nakoula, un extrémiste anti-musulman américano-égyptien copte de 55 ans. Nakoula est un criminel condamné en Californie pour fraude bancaire à 21 mois d’emprisonnement avec sursis et à une amende  de 790 000 $. Selon la presse, ce film à petit budget a été tourné l’année dernière avec 60 acteurs qui ont récemment publié une déclaration affirmant qu’on ne leur avait jamais dit que le film était sur le prophète Muhammad. Ils ont également soutenu que la plupart des dialogues offensants ont été ajoutés à leur insu après le tournage. Projeté en  juin dernier dans un cinéma de Hollywood, le film a fait un bide, passant totalement inaperçu. Le producteur a alors contacté un autre copte extrémiste américano-égyptien, Morris Sadek, 70 ans, qui pendant des décennies a mené une campagne anti-musulmane aux USA. Nakoula a demandé pour son aide pour la promotion et la distribution du film.

Selon l’Associated Press, Sadek a alors contacté son ami pasteur de Floride, Terry Jones, tristement célèbre pour ses appels à brûler publiquement le Coran. Même si Jones a fait la promotion du film sur son site et a annoncé qu’il allait le projeter pour l’anniversaire du 11 septembre, et procéder à un simulacre de procès contre le prophète Muhammad, ses annonces ont attiré très peu  d’attention de la part du public ou des médias. Début septembre, moins de 50 personnes avaient effectivement vu le trailer de 14 minutes du film sur YouTube.

Sadek, qui a une longue liste d’adresses électroniques, dont celles de nombreux médias et journalistes égyptiens, a ensuite commencé à promouvoir la version arabe du trailer sur ses nombreux sites extrémistes et sa page Facebook. Ses efforts suscité l’intérêt de quelques journalistes égyptiens qui ont donc couvert l’affaire en détail dans les médias locaux égyptiens. Quelques jours plus tard, la chaîne de télévision satellitaire Al-Naas, pro-salafiste conservatrice, a appelé à une manifestation devant l’ambassade US au Caire pour le 11 septembre. Apprenant cela, des groupes similaires en Libye ont également appelé à une manifestation de masse le même jour à Benghazi. Pendant ce temps, Al Azhar, haut lieu de l’autorité religieuse dans le monde sunnite, a condamné le film, mais a appelé à une réponse calme et mesurée.

Fait intéressant, le plus grand mouvement islamique dans les deux pays, les Frères musulmans, était absent de la scène en Égypte ainsi qu’en Libye. Mais le lendemain, le groupe a publié une déclaration de condamnation et a appelé à une marche pacifique d’un million de personnes pour le 14 septembre. Ce sur quoi des théologiens et des groupes religieux dans le monde musulman ont fait des déclarations fortes de condamnation et a appelé à de nouvelles manifestations pacifiques. L’Église copte au Caire ainsi que les dirigeants et les organisations coptes en Égypte et aux États-Unis ont fermement condamné le film et a exprimé de graves préoccupations au sujet de ses effets sur les relations islamo-chrétiennes.

Dans l’espoir de verser plus d’huile sur le feu, Nakoula, le producteur du film infâme, a dupé le Washington Post et le Wall Street Journal dans deux entretiens séparés, concoctant une fable selon laquelle il était un Américano-israélien juif ayant collecté de l’« argent juif » [sic, NdT] pour produire le film. Mais son objectif d’offenser les sensibilités musulmanes avaient déjà été atteint. Faute de connaissance et de compréhension de ce contexte, les groupes musulmans, les théologiens et leurs disciples ont été facilement entraînés dans cette controverse. Ils ont accusé le gouvernement US de cautionner les attaques brutales contre leurs symboles religieux, notamment en raison de l’ampleur de l’islamophobie dans le pays et des mesures anti-musulmanes,  sanctionnées par le gouvernement, qui ont été promues ces dix dernières années.

Toutefois, les fonctionnaires, chefs religieux et leaders d’opinion musulmans ont besoin de comprendre la nature et les limites des sociétés occidentales laïques et de leurs traditions démocratiques. Mais l’absence de tout dialogue significatif entre la politique et les leaders d’opinion US, d’une part, et les clercs et militants musulmans de l’autre, ainsi que le bagage historique de la politique anti-musulmane américaine dans la dernière décennie et la méfiance qui a suivi, rendent extrêmement difficile d’expliquer aux musulmans du monde entier que le gouvernement US non seulement n’a rien à voir avec la production et la promotion de ce film, mais aussi que de tels incidents sont contraires à ses principes et à ses intérêts.

Il y a essentiellement deux raisons principales au manque de confiance et de compréhension entre les deux parties. Tout d’abord, les États-Unis n’impliquent pas sérieusement la communauté musulmane américaine ou les mouvements islamiques dans le monde sur le plan politique ou culturel. Au contraire, ils traitent avec eux, en particulier au niveau national, à partir du prisme étroit de problèmes de sécurité. Ainsi, dans de nombreux cas, la communauté musulmane américaine a été traitée comme un poids mort par les hommes politiques ou des institutions de la société civile.

Deuxièmement, de nombreux islamophobes ont pris un tel contrôle de l’espace public et des médias que les nominations ou l’inclusion de toute personnalité musulmane dans les institutions publiques gouvernementales ou autres sont devenus un combat, parfois avec des conséquences coûteuses. Le Parti républicain est devenu le parti associé en principe aux ratonneurs, tandis que pour le Parti démocrate l’inclusion [des musulmans, NdT] n’est restée qu’un vœu pieux vu qu’il a toujours peur d’être attaqué par la droite comme étant favorable à des « terroristes ». Pendant ce temps, la communauté musulmane américaine est aliénée et le stéréotype grossier de l’Amérique ennemie de l’islam est cimenté dans les cœurs et les esprits des musulmans à travers le monde.

Les musulmans américains sont donc un atout gâché. Probablement plus que la plupart, ils comprennent et apprécient la valeur de la liberté d’expression et du premier amendement [à la Constitution US, NdT] et pourraient jouer un rôle crucial en agissant comme un pont entre l’Amérique et le reste du monde islamique, à condition qu’ils se sentent véritablement inclus dans le discours politique et d’être traités avec respect.

Après chaque incident de nombreux fonctionnaires et experts US affirment que la réaction « irrationnelle » de milliers de musulmans à travers le monde « révèle » l’intolérance de leur religion à la liberté de parole et d’expression. Leur argument central a toujours été que l’islam est incompatible avec les valeurs démocratiques,  la liberté de croyance, de parole et d’expression étant au centre de ces valeurs. Leur objectif, bien sûr, est de donner de la crédibilité à la thèse du « choc des civilisations » et de maintenir l’islam et les musulmans sur une trajectoire de collision continue avec l’Occident.

Depuis la fin de la Guerre froide, cette campagne pour remplacer le communisme par l’islam, et les Soviétiques par les musulmans a été incessante, même si au départ elle n’a pas très bien marché. Malheureusement, les attentats du 11 Septembre ont fourni la justification, le contexte, et l’impulsion pour les tenants de la théorie du choc, qui ont depuis exercé une influence considérable sur de nombreuses agences gouvernementales et des hauts fonctionnaires quand ils ont adopté des mesures politiques, des stratégies et des tactiques diffusant cette vision du monde. Une des conséquences de cette politique a été le ciblage de toutes les organisations et militants musulmans (même dans de nombreux cas, de simples individus ordinaires), aux États-Unis et à l’étranger, et de les traiter comme des menaces potentielles, des suspects et ennemis de l’État jusqu’à preuve du contraire.

Sans aucun doute, les musulmans aux quatre coins du monde sont extrêmement sensibles aux représentations délibérément insultantes et offensantes du prophète et livre saint de l’islam. Pourtant, depuis des siècles des centaines de livres, d’articles, de discours et d’autres documents ont été produits, qui ont sévèrement critiqué et attaqué la religion, son fondateur, et les textes sacrés sans provoquer de colère, de peur ou de violence. À première vue, ces expressions outrageantes ne sont pas ce que les musulmans trouvent si répréhensible. La plupart des clercs musulmans sont disposés à engager un dialogue ou un débat civilisé sur la validité des grandes croyances, des dogmes, des interprétations islamiques ou des faits historiques.

Mais ce qui a rendu les incidents des deux dernières décennies différents est la nature de ces attaques. Il s’agissait de tentatives délibérées de fabriquer la vie et l’histoire de la figure majeure de l’islam en caricaturant sa vie et en le dépeignant sous les traits les plus offensants : comme irrationnel, menteur, lâche, fou, sale, tueur, voleur, marchand d’esclaves, coureur de jupons, pédophile, déviant sexuel, tandis que ses femmes étaient dépeintes comme des ignorantes, des prostituées ou des esclaves sexuelles. Difficile de trouver un quelconque aspect positif dans ces productions. Mais ne vous y trompez pas, ces incidents n’ont pas l’intention d’en avoir. Leur seul but était d’aiguillonner et d’inciter à une riposte des musulmans, sachant qu’un nombre important d’entre eux vont se mettre en colère et réagir avec véhémence, parfois même violemment.

Mais pourquoi semble-t-il que la plupart des musulmans se mettent facilement en colère contre ces attaques scandaleuses contre leurs symboles religieux ?

Les sociétés laïques occidentales affirment que la plus grande valeur dans leur culture est la préservation et la sécurité de la vie humaine. Elles font valoir que cette doctrine a préséance sur tous les autres aspects de la vie. Alors que dans la culture islamique, la préservation de la vie humaine est certes sacrée, mais est cependant précédée par la sauvegarde de son système de croyance, à commencer par l’honneur de son prophète et de son texte sacré. En d’autres termes, la plupart des musulmans croient que la violence délibérée et la calomnie de leur prophète ou de leur livre saint est la forme suprême de violation de leurs droits humains. Néanmoins, les plus authentiques autorités religieuses islamiques ne cautionnent ni ne justifient aucune forme de violence dans l’expression d’une telle colère ou indignation légitime. Il est clair que dans un monde multiculturel, le maintien de la paix et de l’harmonie entre les communautés et les cultures exige que les gens comprennent et respectent, sans nécessairement l’accepter, le système de valeurs d’autres cultures, tant que celles-ci ne sont pas directement en contradiction avec leurs propres valeurs et principes les plus fondamentaux.

Alors, quand quelqu’un est pleinement conscient du système de valeurs de l’autre et sait quelles questions brûlantes sont susceptibles de générer une vague d’indignation, de tels actes délibérés devraient être désignés comme ce qu’ils sont réellement : la plus haute forme d’incitation à la haine.

Mais comment les États-Unis peuvent-ils concilier la liberté de parole et des expressions artistiques qui incitent à détruire les relations humaines, sans violer leur principe le plus cher ?

Une des limites à  la loi constitutionnelle US sur la liberté d’expression telle que protégée par le premier amendement est la doctrine des « appels à la violence » ou « propos incendiaires » (« fighting words »). Dans une affaire célèbre jugée en 1942, la Cour suprême a estimé à l’unanimité que « les propos injurieux ou incendiaires sont ceux qui, par leur énoncé même, infligent des blessures ou tendent à inciter une rupture immédiate de la paix. » L’application d’un tel principe peut facilement conduire à l’équilibre nécessaire entre l’inviolabilité du principe de la liberté d’expression et l’exception restreinte où de tels discours provoquent une blessure massive susceptible de briser l’harmonie et la paix au sein de communautés, de cultures et de pays.

Les gouvernements occidentaux et les institutions de la société civile affirment que la liberté de parole, d’expression et d’association est la pierre angulaire du maintien de leur caractère démocratique. Chaque fois que quelqu’un cherche délibérément à enflammer la susceptibilité des musulmans à l’égard de leur prophète ou de leur livre saint, la liberté d’expression est invoquée pour défendre la cause du tumulte et rejeter ses effets comme une réaction irrationnelle. Ceci dit, la violence ne peut en aucun cas être une réponse acceptable à une attaque, si malveillante et épouvantable soit-elle.

Mais sur un plan plus fondamental, l’Occident croit-il vraiment en la liberté d’expression ou ne pratique-t-il pas le deux poids deux mesures quand il s’agit de sensibilités musulmanes ? Vérifions.

Dans le secteur privé, lorsqu’il a été demandé à Google de retirer la vidéo YouTube hautement  inflammatoire, l’entreprise  a immédiatement et de manière correcte rappelé sa politique établie de longue date de soutien à la liberté d’expression, y compris de tout discours méprisé (même si elle a accepté à contrecœur de suspendre sa diffusion en Égypte et en Libye.) Mais comme la Jewish Press l’a rapporté le 1er août, Google n’a eu aucun problème à supprimer 1 710 vidéos et à fermer les comptes affiliés parce que « Un nombre important de ces vidéos concernaient la négation de l’Holocauste et la défense de négateurs de l’Holocauste. » Selon le journal, Google « a fermé le compte de l’utilisateur dans les 24 heures » suivant la réception de la plainte déposée par un groupe qui surveille l’antisémitisme en Australie.

En juillet 2011, Facebook a été contraint par les autorités israéliennes à fermer les comptes de nombreux militants pour la Palestine. Israël s’est plaint que ces militants étaient en train de coordonner leurs plans de voyage en Israël pour y causer des perturbations. En réalité, les militants essayaient de diffuser une déclaration politique forte en ligne. Inutile de dire que le gouvernement israélien aurait pu facilement annuler les visas qu’il aurait délivré à ces militants ou les empêcher d’entrer dans le pays s’ils avaient effectivement entrepris le voyage. Il n’y avait pas d’appel à la violence de la part des militants pour justifier la fermeture de leurs comptes.

Les gens aux États-Unis ne sont peut-être pas au courant de ces incidents où des discours de haine ou mal vus ont été censurés. Mais beaucoup de gens dans le monde musulman sont au courant de ces interventions qui vont à l’encontre des principes énoncés. De manière plausible, ils se demandent comment, si les étrangers comme le procureur général d’Israël ou un groupe de surveillance australien peuvent obtenir de Google ou Facebook de supprimer des vidéos ou des comptes, on peut affirmer que le président ou la secrétaire d’État US ne peut pas faire des demandes similaires ? Ils rappellent également qu’en 2009, la secrétaire Clinton est intervenue de tout son poids pour peser sur les dirigeants de Facebook et Twitter au nom des militants du « mouvement vert » en Iran. Ce n’est pas un argument pour préconiser la fermeture de comptes ou le retrait de vidéos, mais simplement pour illustrer l’hypocrisie et le deux poids deux mesures pratiqué par des fonctionnaires et des conglomérats d’entreprises lorsqu’il s’agit de préoccupations de musulmans.

En outre, de nombreux pays européens ont promulgué des lois dans les trois dernières décennies qui criminalisent tout discours ou écrit remettant en cause la version officielle de l’Holocauste. En 1995, le philosophe français Roger Garaudy a publié son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne. Il a alors été accusé de négation de l’Holocauste et, par conséquent, le gouvernement français l’a fait inculper, et peu de temps après, les tribunaux ont interdit toute nouvelle publication de l’ouvrage. En 1998, Garaudy a été reconnu coupable, condamné à une peine de prison avec sursis de plusieurs années et à une amende de 240 000 francs.

En 2005, l’écrivain anglais David Irving a été arrêté en Autriche sur un mandat d’arrêt émis en 1989 pour négation de l’Holocauste. Il a été reconnu coupable de « banaliser, grossièrement minimiser et nier l’Holocauste », et condamné à trois ans d’emprisonnement.

Par ailleurs, le Britannique musulman Ahmed Faraz a été condamné en décembre 2011 à trois ans de prison à Londres après avoir été reconnu coupable de « diffusion d’un certain nombre de livres considérés comme publications terroristes. » La publication que Faraz a été reconnu coupable de vendre dans sa librairie était le livre de 1964  Milestones [Ma'alim fi tarîq (Jalons sur la route), NdT], écrit par le défunt auteur égyptien Sayyid Qutb.

Mais le bilan récent du gouvernement US est beaucoup plus alarmant. En fait, depuis le 11 Septembre, des sentences draconiennes ont été prononcées sur des activités traditionnellement considérée comme relevant du premier amendement.

En 2004, deux opérateurs de télévision par satellite, Javed Iqbal (un résident de New York de plus de 25 ans) et Saleh Elahwal, ont été accusés par les procureurs fédéraux de « fournir un soutien matériel à une organisation terroriste étrangère » pour la diffusion à des clients US de la chaîne satellitaire du Hezbollah, Al Manar. Le FBI a également perquisitionné l’ entreprise et la maison d’ Iqbal « sur des soupçons de détention d’ antennes paraboliques. » En 2008, Iqbal a été reconnu coupable et condamné à 69 mois de prison.

Dans de nombreuses poursuites pénales après le 11 Septembre,  des musulmans ont été reconnus coupables et condamnés à des peines allant jusqu’à la détention perpétuelle pour avoir exprimé leurs opinions politiques, émis des fatwas (avis religieux), nourri des enfants, fourni du matériel éducatif, traduit des documents, téléchargé des vidéos sur des sites Web ou chanté dans un groupe musical.

Dans un cas impliquant Tarek Mehanna, né aux États-Unis, le professeur de Yale Andrew F. Mars a écrit dans le New York Times : « En tant que politologue spécialiste du droit et de la guerre islamique [sic, NdT], j’ai souvent lu, stocké, partagé et traduit des textes et des vidéos de groupes djihadistes . En tant que philosophe politique, je débats sur le problème éthique de la mort donnée. En tant que citoyen, je tiens à exprimer vis-à-vis d’ autres citoyens des vues, pensées et émotions sur le fait de tuer. En tant qu’être humain, il m’arrive de ressentir de la joie (j’ai honte de l’admettre) face à la souffrance de certains humains et de la colère face à la souffrance d’autres. » Il poursuivait : « Au procès de M. Mehanna, j’ai vu comment ces mêmes actions peuvent constituer des crimes fédéraux, parce que la condamnation de M. Mehanna a été basée en grande partie sur ce qu’il a dit, écrit et traduit. »

Le Premier Amendement à la Constitution des États-Unis fait partie des dix amendements ratifiés en 1791 et connus collectivement comme la Déclaration des Droits (Bill of Rights). Il stipule : « Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d’une religion, (aucune loi) qui restreigne la liberté d’expression, ni la liberté de la presse, ni le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d’adresser à l’État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis (sans risque de punition ou de représailles). »

Ce que ces exemples et bien d’autres illustrent, c’est que la protection des libertés constitutionnelles de parole, d’expression et d’association est pratiquée de façon sélective aux États-Unis sur la base de jugements politiques. Les responsables US, des intellectuels publics et les faiseurs d’opinion se délectent en invoquant le Premier Amendement comme un principe inviolable quand l’islam ou ses symboles sacrés sont attaqués, pour ensuite trouver des rationalisations et des échappatoires juridiques lorsque des musulmans américains pratiquent la liberté d’expression de manière jugée répréhensible. Cependant, ce deux poids deux mesures n’échappe pas à la majorité des gens dans le monde musulman et à travers le globe.

Les critères pour juger si une société valorise et respecte la liberté d’expression, c’est quand ses membres les plus vulnérables, ceux qui pourraient être la cible de la majorité, se sentent en sécurité et libres de dire ce qu’ils pensent quand ils veulent sur n’importe quel sujet sans crainte, sans être intimidés et sans subir des répercussions négatives. En d’autres termes, pour savoir si aujourd’hui l’Amérique honore la liberté d’expression, il faut poser la question à cent activistes musulmans américains pris au hasard pour obtenir la véritable réponse.

En un mot, l’Amérique n’aura de crédibilité en tant que champion et gardien de la liberté de parole et d’expression que quand les pensées, les discours, les écrits, les fatwas, les traductions, la poésie, et la navigation sur le Web de Mehanna et de ses collègues ne seront pas criminalisés. Seulement alors, quand ils seront remis en liberté, elle pourra regagner ce titre de gloire.

Esam Al-Amin

Article original : America and the Muslims

Traduction : Tafsut Aït Baamrane pour Tlaxcala

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