Notes sur les collabos musulmans de l’Occident


par Karim Ramadan pour MecanoBlog

La Syrie est un moment clé pour le monde arabo-musulman.

Alors que les violences sectaires débordent sur le nord du Liban, l’opposition armée du « Conseil National Syrien » multiplie les appels du pied à Tel Aviv (et inversement) sans même cacher la convergence d’intérêt dans une Syrie sous contrôle sioniste.

L’affrontement, dont est otage le peuple syrien, aura des conséquences cruciales pour les peuples de la région et leurs révolutions à peine entamées. Les pétromonarchies ont su ramener le gouvernement turc dans l’axe américano-sioniste, le kémalisme serait donc soluble dans le gouvernement Erdogan.

Leurs troupes salafistes, derrière le « Conseil National Syrien », ayant promis de couper les relations avec l’Iran, d’abandonner les résistances libanaises et palestiniennes, on peut se demander si Tel Aviv a encore besoin d’une armée coloniale avec de tels génies arabo-islamistes.

Un démembrement ou mise sous tutelle de la Syrie par la coalition Turquie-CCG-Israel-UE-USA serait une catastrophe pour les résistances et les soulèvements populaires de la région, sans parler des Palestiniens pourtant habitués à dormir au côté des déceptions et trahisons, depuis le début de la longue attente.

Il redonnerait aussi une capacité d’agir aux mouvements sectaires et collaborateurs libanais. Il permettrait enfin d’étendre les conflits sectaires, fond de commerce du wahhabisme et du salafisme, eux-même séquelles pathologiques des traumas coloniaux et néo-coloniaux, trahison impardonnable de l’Islam.

L’échec lamentable du pan-arabisme dans toutes ses variantes laïques et autoritaires, risque de ressembler à un âge d’or comparé au chaos généralisé recherché par les pétro-monarchies et leurs « islamismes » d’empire.

Le rôle de la Turquie dans la déstabilisation de la Syrie

Le leadership turque a un choix fondamental à faire, en tournant complètement la page sur un siècle de « suivisme » du bloc européen puis euro-américano-sioniste sous bannière de l’OTAN. Erdogan, qui semblait contrebalancer l’ordre régional et avoir neutralisé les généraux turques-sionistes, mène un jeu dangereux. Il pousse la région et le monde encore plus proche d’une guerre dévastatrice.

La Turquie cherche, conformément aux diktats de Washington-Tel Aviv, à affaiblir, pas forcément à renverser, le régime syrien. Un Assad aux abois, sur fond de quasi-guerre civile, est perçu comme manipulable et pouvant être isolé de l’axe de la résistance.

Par ailleurs la presse turque ne manque pas de porte-voix de l’empire qui se réjouissent d’une Syrie livrée à l’OTAN. Ainsi Mustafa Akyol, musulman de service (auteur tenez-vous bien d’un truc très tendance intitulé « Islam without Extremes: A Muslim Case for Liberty » encensé par le Wall Street Journal et le Financial Times pour ne citer que deux voix de la « liberté ») écrit dans un article « Dead tyranny walking: Assad and his thugs » [1] (on dirait du Fox News) qu’il est urgent de placer le « Conseil National Syrien » (piloté par le CCG et Israël) à la tête de la Syrie.

Voilà donc un « journaliste » turque, musulman « modéré-over-zeitgeist », modèle du jeune-turc-domestiqué par la civilisation supérieure qui en appelle à un patchwork de salafistes arabes téléguidés et de Frères Musulmans prêts à tout les reniements pour arriver au trône. Vive la globalisation de l’arrivisme !

Akyol donc, en harmonie avec la direction politique turque, ordonne de faire virer le dictateur du jour par mercenaires britanniques et Qataris, et le remplacer par un assemblage de salafistes kamikazes, de militaires ex-baathistes et de Frères Musulmans syriens écartelés entre Tel Aviv, Ankara et le Pentagone. Ces derniers très conscients de leur futur rôle de garde-frontières d’Eretz Israel. [2]

D’ailleurs avant même le succès de leur coup « démocratique » et armé, les « Frères Musulmans » syriens menacent l’axe de résistance Hezbollah-Hamas-Iran. [3] Ça promet. D’ailleurs un politique important du parti travailliste sioniste, Yitzhak Herzog, (Isaac Herzog dans la presse francophone) ne s’y trompe pas, multipliant les contacts avec les « musulmans » du « Conseil National Syrien ».

Après le printemps voici l’hiver, gracieuseté des anciens et nouveaux collabos.

L’axe sioniste-salafiste

Selon le site DebkaFiles [4], s’appuyant sur le renseignement, les forces spéciales du Royaume-Uni et du Qatar sont déployés en territoire syrien. Ne participant pas directement aux affrontements avec l’armée syrienne, celles-ci coordonnent et dirigent les groupes armés menant une guerre contre le régime et les segments de la population civile qui préfèrent leur gouvernement actuel à des paramilitaires sous contrôle des armées occidentales.

Toujours selon le site DebkaFiles – dont la lecture requiert vigilance puisqu’il faut décrypter et départager les faits, de la propagande et des éléments de guerre psychologique – les forces spéciales bombardent des zones urbaines densément peuplées, offrent conseils tactiques, coordonnent lignes de communication des paramilitaires anti-Assad et s’assurent de l’approvisionnement en armes, avec l’aide de la Turquie.

Rien de surprenant pour qui suit le désastre syrien, les dangers pour le peuple syrien de cette stratégie occidentale et sioniste du pire, avec un effort intense déployé par l’Occident et ses agents du Golfe, pour en arriver à une guerre civile. Les avantages tels que perçus par les gestionnaires de l’empire et les pétromonarques ?

Renverser un régime insuffisamment fiable, surtout dans la perspective d’une agression armée contre l’Iran, ré-impliquer la Turquie dans le camp atlantiste, isoler les résistances régionales à Israël, renforcer la narration d’un orient violent s’ils parviennent à faire sombrer la Syrie dans un scénario à la libanaise, contrer les tentatives de Téhéran de mettre fin aux divisions sectaires et bien évidemment contrer l’atmosphère révolutionnaire arabe.

Les organes de propagande euro-américains, leurs « experts en syriologie », entre autre français et américains apportent aussi leur vaillante contribution de mercenaires.

L’empire, ivre et aveuglé par l’hyperpuissance militaire et la veulerie des non-leaders musulmans (et du réveil tardif d’autres comme russes et chinois) semble à son moment « du front de l’est », prêt à ouvrir de nouveaux fronts, dans une fuite en avant meurtrière. Les tyrannies « démocratiques », sociétés totalitaires catastrophiques pour la survie même du genre humain, sont à ce point imbu de décennies (siècles) de violence néocoloniale impunie, et tellement virtualisées, que même le caractère criminel absolu n’est plus sérieusement dissimulé, tant l’indifférence voire la collusion règne, des extrêmes-gauche aux extrêmes-droites. Ainsi un organe de propagande comme NBC peut reconnaitre candidement que des scientifiques iraniens sont assassinés par des groupes terroristes financés, armés et encadrés par le Mossad, donc avec l’aval états-unien [5].

Et passons sur les montagnes d’autres aveux candides d’une criminalité inqualifiable, dont un point culminant fut l’aveu télévisé par Madeleine Albright des 500 000 enfants irakiens exterminés par le blocus féodal infligé au peuple d’Irak.

Sur l’Arabie Saoudite, René Naba a notamment écrit :

« L’Arabie saoudite, le plus intransigeant ennemi d’Israël sur le plan théorique, aura ainsi opéré le plus grand détournement du combat arabe, soutenant l’Irak contre l’Iran dans la plus longue guerre conventionnelle de l’histoire contemporaine (1979-1988), le détournant du coup du champ de bataille principal, la Palestine, déroutant la jeunesse arabe et musulmane vers l’Afghanistan du champ de bataille palestinien. A coups de dollars et de Moudjahiddine, souvent des repris de justice dans leur propre pays, elle livrera bataille non pas contre Israël, mais à des milliers de kilomètres de là, à Kaboul, où plusieurs milliers de jeunes arabes et musulmans combattront pendant une décennie les forces athées communistes, tournant, par la même occasion, le dos à la Palestine, avec les encouragements d’intellectuels occidentaux trop heureux de l’aubaine. Cinquante mille arabes et musulmans, enrôlés sous la bannière de l’Islam, sous la houlette d’Oussama Ben Laden, officier de liaison des Saoudiens et des Américains, combattront en Afghanistan l’athéisme soviétique dans une guerre financée partiellement par les pétromonarchies du Golfe à hauteur vingt milliards de dollars, une somme équivalent au budget annuel du quart des pays membres de l’organisation pan arabe. En comparaison, le Hezbollah libanais avec un nombre de combattants infiniment moindre, estimé à deux mille combattants, et un budget dérisoire par rapport à celui engagé pour financer les arabes afghans, a provoqué des bouleversements psychologiques et militaires plus substantiels que la légion islamique dans le rapport des forces régional. » [6]

La photo ci-dessous montre le cheikh Jassem al-Saidi, salafiste du régime de Bahreïn et « parlementaire » de la monarchie-porte-avion. Il est allé jusqu’à exhorter ses partisans, l’épée à la main, à supprimer les mouvements d’opposition pacifique. Et effectivement des salafistes, jeunes mais aussi moins jeunes, hommes et parfois femmes, n’ont pas hésité à frapper sur les manifestants avec battes de baseball, planches cloutées, etc. Voilà pour le Mac « Islam » qui aujourd’hui sert l’empire en Syrie.

Un autre exploit des paramilitaires salafistes-sionistes en Syrie est l’assassinat d’Issa al-Kholi, responsable de l’hôpital militaire de Damas. Les groupes armés, sous contrôle occidental et arabe, opérant en Syrie mènent des actions qui rappellent « l’option salvadorienne » déchainée contre le peuple Irakien par John Negroponte, ex-officiel de l’administration Bush et criminel de guerre jouissant d’une longue carrière d’impunité et de réseaux globaux au service de l’empire. Le régime syrien, par ailleurs brutal et absurdement autoritaire, et le peuple syrien font face à une machine disposant de décennies d’expertise contre les peuples d’Amérique latine, libanais, irakien et afghan.

Les juifs ont le sionisme, nous, musulmans, avons le salafisme.

Karim Ramadan

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Notes

[1] Dead tyranny walking: Assad and his thugs

[2] “Syrian National Council” Asks Israel for Help

[3] Syrian Opposition Puts Iran, Hizbullah On Notice

[4] First foreign troops in Syria back Homs rebels. Damascus and Moscow at odds

[5] Israel teams with terror group to kill Iran’s nuclear scientists, U.S. officials tell NBC News

[6] « L’Occident se meurt de ses propres manquements à ses principes »

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