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Le nouveau positionnement de la Turquie et les intérêts d’Israël

11 déc

par Nihat Ali Ozcan pour Hurriyet

J’aimerais attirer l’attention sur la manière dont le changement de nature des relations entre la Turquie et l’Iran d’une part, entre la Turquie et la Syrie d’autre part, sert les intérêts d’Israël…

Nous assistons à des changements à multiples facettes déclenchés par le printemps arabe. Des modifications d’équilibres et des structures étatiques affaiblies créent des risques pour certains et des opportunités pour d’autres. Nous nous intéressons surtout aux pays et aux situations séparément, mais pris dans leur ensemble, nous devons admettre que les évènements ont la capacité de produire des résultats beaucoup plus compliqués qu’à première vue.

Même si elles ne semblent pas concernées aujourd’hui, les relations turco-israéliennes reviennent sur le devant de la scène à un certain moment en tant que « question de diplomatie publique » plutôt qu’en termes de réalité politique parce que, à la lumière de l’évolution de la situation régionale, il y a des tendances significatives du cours des relations entre les deux pays qui ne correspondent pas aux déclarations officielles.

J’aimerais attirer l’attention sur la manière dont le changement de nature des relations entre la Turquie et l’Iran d’une part, entre la Turquie et la Syrie d’autre part, sert les intérêts d’Israël.

De fait les développements dans la région créent de nouvelles opportunités.

La Turquie a mené une politique de plus en plus agressive vis-à-vis de la Syrie. Le gouvernement turc soutient un changement de régime en Syrie. A cette fin, il soutient aussi la montée en puissance de la coalition antisyrienne naissante. A moins d’un miracle, le régime sera abattu au terme d’un délai plus ou moins long. La nouvelle ère qui s’ouvrira sera sans doute plus favorable aux intérêts israéliens qu’à ceux de la Turquie. Je vais expliquer pourquoi.

En Syrie, le changement de régime comme la consolidation de ce nouveau régime donneront à Israël une occasion d’exercer conte le Hezbollah une vengeance jusqu’alors différée. La période qui s’étendra de la destruction de l’ancien régime à la recherche d’une stabilisation d’un nouveau gouvernement dans le pays, signifiera un grand avantage stratégique pour Israël, parce que le Hezbollah sera isolé à la fois géographiquement et psychologiquement. Dit autrement, le Hezbollah perdra sa profondeur stratégique et ses avantages logistiques.

Notez qu’Israël, qui ne veut pas rater une telle occasion, se prépare à une nouvelle guerre depuis un certain temps. Pour ne pas répéter ses erreurs de 2006 dans la guerre contre le Hezbollah, Israël continue à tester son potentiel militaire à Gaza et améliore ses capacités techniques. Il est évident qu’Israël veut frapper le Hezbollah où ça fait mal grâce à l’expérience obtenue à Gaza. C’est un fait que les incertitudes qui suivront l’effondrement du régime syrien pourraient offrir cette occasion à Israël.

La même chose vaut pour le Hamas. Pour la direction du Hamas, un changement de régime en Syrie signifie perdre un « refuge » d’importance stratégique. Ce qui pourrait pousser le Hamas vers une ligne de réconciliation [avec l’OLP].

Par ailleurs, l’effondrement du régime syrien entraînera l’élimination de l’Iran de la région. L’Iran perdra son grand allié stratégique dans la région. De la sorte, Israël serait en mesure de donner une nouvelle dimension à sa problématique profondeur stratégique.

La participation de la Turquie à la construction du système radar antimissile de l’OTAN constitue un tournant dans sa position à l’égard de la question iranienne. Bien que la Turquie raconte tout autre chose à sa propre opinion publique, l’Iran et Israël ont très bien compris ce que cela signifie. Ce n’est pas une surprise si les généraux des Gardiens de la révolution ont menacé ouvertement la Turquie. Israël n’est plus la seule cible de l’Iran. La Turquie se trouve maintenant dans le camp d’Israël. Alors, même si Israël n’a toujours pas présenté d’excuses pour le Mavi Marmara, elle remerciera le moment venu la Turquie pour toutes ces contributions.

Commentaire du traducteur : Qui sortira gagnant d’une chute du régime syrien ?

Quand on s’intéresse à ce qui se passe en Syrie, on aimerait parfois lire dans le marc de café pour avoir une idée plus claire de ce qui va se passer : putsch, guerre civile, révolution, intervention militaire étrangère ?

Où on peut faire comme Nihat Ali Ozcan dans le journal turc Hurriyet et partir du postulat que la chute du régime syrien n’est qu’une question de temps mais que c’est un fait d’ores et déjà acquis. Et à partir de là, développer une analyse stratégique qui inclut l’ensemble des acteurs de la région, dont l’Iran, le Liban, les Etats Unis (avec l’OTAN) et l’entité sioniste.

Et en déduire la physionomie de la région après la disparition du régime baathiste. Il faudrait certes plus qu’une lecture dans le marc de café pour savoir si ce qui succèdera à l’actuel régime syrien sera plus démocratique et/ou plus égalitariste. Il est par contre beaucoup plus simple de comprendre qui sortira gagnant de l’actuel imbroglio politico-militaire dans lequel est plongé en ce moment la Turquie qui, après quelques hésitations, y a sauté à pieds joints.

Pour Nihat Ali Ozcan, le grand gagnant de cette affaire ne sera pas la Turquie, mais l’État sioniste. Parce que pour ce journaliste turc, en dépit de prises de position apparemment hostiles aux autorités de Tel Aviv, le gouvernement turc s’est rangé dorénavant résolument dans le camp de l’entité sioniste qui va pouvoir essayer de neutraliser ses deux ennemis que sont le Hamas et le Hezbollah et acquérir cette profondeur stratégique qui lui fait tant défaut.

Cette profondeur étant représentée par le territoire syrien…

Je pensais personnellement que l’entité sioniste préférait l’actuel régime syrien à l’incertitude dangereuse que pourrait constituer un nouveau pouvoir à Damas. C’était sans doute vrai au départ, mais les choses ont changé et ce changement est dû à l’évolution de la position de la Turquie qui s’est repositionnée du côté de Tel Aviv.

Et ce repositionnement s’explique par un choix opéré par Ankara parmi ses différents intérêts contradictoires. Le choix d’Ankara a été de jouer la carte de mandataire de l’OTAN dans les troubles actuels en Syrie et donc du renforcement de son rôle dans l’alliance (ce qui ne signifie pas que la Turquie est disposée à intervenir militairement en Syrie). Avec l’agitation politique au Proche-Orient et les bruits de botte contre l’Iran, la Turquie qui a accepté d’accueillir le bouclier antimissiles de l’OTAN se positionne de fait comme le fer de lance d’une éventuelle attaque contre le régime de Téhéran.

Ces choix ont été correctement interprétés par Téhéran. Naïveté ou duplicité, le gouvernement turc ne semble pas comprendre pourquoi les autorités iraniennes considèrent désormais que les installations de l’OTAN en Turquie sont désormais des cibles potentielles pour leurs forces armées.

Je penche personnellement pour la naïveté. Parce que le gouvernement Erdogan, quand il a accepté l’installation du bouclier anti-missile de l’OTAN et de jouer le redresseur de torts en Syrie n’a vu que les avantages qu’il pouvait en retirer : la réaffirmation et le renforcement du lien stratégique avec les USA dans lequel le statut de la Turquie est rehaussé et de nouvelles perspectives d’admission dans l’Union Européenne. Peu importe si cette dernière n’est sans doute qu’un leurre de plus, certains veulent encore y croire en Turquie (je me demande sur quelle planète ils vivent !)…

En attendant la Turquie, si elle est en partie européenne est quand même ancrée de plus en plus solidement en Asie. Et il semble bien que, si je comprends bien Nihat Ali Ozcan, que quand l’entité sioniste gagne, la Turquie perde (où du moins ne gagne pas à la hauteur de sa mise).

Il semble bien que la Turquie a finalement choisi de continuer à supporter son fardeau sioniste.

Nihat Ali Ozcan

Nihat Ali Ozcan est diplômé de l’académie militaire d’Ankara et de la faculté de droit d’Istanbul et a soutenu une thèse de doctorat sur le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Il a quitté l’armée avec le grade de major en 1998. Il collabore actuellement avec un think-tank turc, le Center for Foreign Policy and Peace Research. Son courriel : naozcan@tepav.org.tr

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Article original : Turkey’s new position and Israel’s interests

Traduction : Mounadil al Djazaïri pour [Info-Palestine]

Le Sénat américain approuve la détention militaire de citoyens américains

11 déc

par Bill Van Auken pour WSWS

Le Sénat américain a voté jeudi [1er décembre au] soir en faveur d’un projet de loi de financement de l’armée qui institutionnalise les pratiques criminelles d’État entreprises sous Bush, et poursuivies par Obama, au nom de la « lutte mondiale contre le terrorisme ».

Il autorise explicitement la détention militaire indéfinie et sans procès des citoyens américains et autorise que tous les non-citoyens accusés de terrorisme, incluant ceux arrêtés en sol américain, soient détenus de manière indéfinie par l’armée plutôt que jugés par un tribunal civil.

La législation fait partie de la National Defense Authorization Act, qui fournit 662 milliards de dollars pour financer la machine de guerre américaine et toutes ses guerres à l’étranger. Le projet de loi a passé le Sénat, contrôlé par le Parti démocrate, par une majorité écrasante de 93 contre 7, soulignant une fois de plus qu’il n’existe pas de représentants sérieux pour la défense des droits démocratiques dans l’une ou l’autre des sections de l’élite dirigeante américaine ou ses deux partis de la grande entreprise.

Cette législation jette aux orties le droit, garanti sous le sixième amendement de la Constitution pour tous ceux accusés d’une offense criminelle, à « être jugé promptement et publiquement par un jury impartial », ainsi que la clause centrale du cinquième amendement qui stipule qu’aucune personne ne doit être privée de sa liberté « sans procédure légale régulière ». Elle légalise l’abrogation en pratique lors de la dernière décennie du principe de base de l’habeas corpus, qui requiert que l’État amène chaque détenu devant un tribunal indépendant et prouve qu’il y a matière à emprisonnement.

Le projet de loi interdit également l’utilisation de fonds autorisés par le Pentagone qui serviraient à fermer l’infâme prison de Guantanamo Bay, à Cuba, et circonscrit la libération de ceux qui sont actuellement détenus là-bas. Conséquemment, ce projet de loi inscrit de manière permanente dans la loi américaine une institution qui a fait des États-Unis une nation de paria à travers le monde.

Finalement, plus d’une décennie après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 sur les villes de New York et de Washington, il renouvelle la Authorization of the Use of Military Force (Autorisation d’usage de la force militaire, AUMF), passée par le Congrès immédiatement après ces attaques, tout en garantissant encore plus de pouvoirs à la branche exécutive que ce qui était inscrit dans la loi originale.

De manière spécifique, l’AUMF, votée en septembre 2001, autorise l’utilisation de la force contre « ces nations, organisations ou personnes », désignées par le président américain, qui auraient « planifié, autorisé, commis ou facilité » les attaques du 11 septembre 2001 ou qui auraient accordé l’asile aux responsables.

Les mesures enchâssées dans le projet de loi sur les dépenses du Pentagone vont beaucoup plus loin. Elles autorisent l’utilisation de la force et le recours à l’emprisonnement extraconstitutionnel contre quiconque « fait partie d’Al-Qaïda, des talibans ou de forces qui leur sont associées et qui prennent part à des hostilités contre les États-Unis ou ses partenaires de coalition, ou quiconque a appuyé de manière substantielle ces organisations ».

Il s’agit ici de la sanction légale de ce que George W. Bush avait qualifié de « guerres du 21e siècle », c’est-à-dire des actes sans fin d’agression militaire menés sous le mot d’ordre d’une perpétuelle « guerre contre le terrorisme » dans laquelle la planète entière, y compris le territoire des États-Unis, est vue comme un champ de bataille.

Quelles sont les « forces qui leur sont associées » que l’on mentionne et qui sont les « partenaires de coalition » de Washington dont on tait le nom ? Ces termes sont peu définis et volontairement imprécis afin de servir de feuille de vigne légale pour les guerres américaines en Somalie, au Yémen et ailleurs. L’expérience a démontré que l’on décide de qualifier certains groupes de forces « associées » à Al-Qaïda et au terrorisme uniquement en fonction des intérêts géostratégiques des États-Unis. Ainsi, d’anciens alliés d’Al-Qaïda sont louangés, présentés comme des « combattants de la liberté » et utilisés pour effectuer un changement de régime en Libye, tandis qu’ailleurs, des groupes n’entretenant aucun lien substantiel avec le réseau terroriste sont diabolisés et attaqués.

Et que veut dire « appuyer de manière substantielle » Al-Qaïda ou les talibans ? Est-ce que cela comprend l’écriture d’articles, des déclarations publiques ou l’organisation de manifestations contre les guerres des États-Unis déclenchées sous le prétexte de combattre ces forces ?

En 1918, le chef socialiste Eugene V. Debs fut incarcéré, en contravention de la sévère Loi de sédition, pour avoir prononcé un discours opposant la Première Guerre mondiale et appelant la classe ouvrière à prendre le pouvoir et à entreprendre la transformation socialiste de la société. Cependant, le gouvernement dut tout de même lui accorder un procès devant jury. La loi votée jeudi [1er décembre] rend de telles subtilités démocratiques superflues. Maintenant, une telle offense serait punissable de disparition dans un camp de concentration de l’armée.

Le sénateur Lindsey Graham (républicain de la Caroline du Sud), l’un des plus véhéments défenseurs du projet de loi, n’a laissé aucun doute sur sa signification. Il a déclaré :

« Si vous êtes citoyen américain et que vous trahissez votre pays, vous serez détenu par l’armée et interrogé sur ce que vous savez, et vous n’aurez pas droit à un avocat si nos intérêts de sécurité nationale l’exigent. »

L’American Civil Liberties et divers groupes libéraux ont louangé la Maison-Blanche pour avoir menacé d’opposer son veto au projet de loi et ont pressé Obama d’agir. En fait, la réalité est que le président démocrate ne s’oppose pas à la loi parce qu’il croit que son contenu est profondément antidémocratique. Au contraire, tout comme l’administration Bush, la Maison-Blanche d’Obama a déjà adopté les pouvoirs de détention militaire inscrits dans la loi.

L’administration actuelle va significativement plus loin que celle qui l’a précédée, exerçant le droit d’assassiner des citoyens américains, le président ordonnant leur mort sans présenter la moindre preuve contre eux. Elle a mis en place ce prétendu « droit » dans le meurtre par missile de drone d’Anwar al-Awlaki, l’imam né au Nouveau-Mexique, et à d’autres occasions durant la dernière année. Si la Maison-Blanche est prête à tuer des citoyens américains sans accusations ou procès, aucun principe ne l’empêche d’accepter la détention militaire et l’incarcération indéfinie.

L’inquiétude de l’administration Obama n’est pas en lien avec les droits constitutionnels, mais plutôt avec la conservation de ses pouvoirs présidentiels extraconstitutionnels, quasi dictatoriaux, dans le but de mener la guerre et la répression sans aucune interférence de la branche législative.

Un communiqué de la Maison-Blanche sur la législation se plaint qu’elle « ferait la microgestion du travail de nos professionnels expérimentés dans la lutte contre le terrorisme, y compris nos commandants militaires, les professionnels du renseignement » et autres « agents dans le domaine ». Elle soutient que ce serait « une erreur du Congrès de contrôler ou limiter la flexibilité tactique des professionnels de la lutte contre le terrorisme de notre nation ».

Comme le sénateur du Michigan, Carl Levin, celui qui a présenté le projet de loi, a précisé lors du débat, l’administration Obama est intervenue dans le processus pour exiger que soit retirée la formulation, dans la version originale du projet de loi, empêchant les citoyens américains et les résidents légaux d’être détenus par l’armée sans accusation. La Maison-Blanche a vu cette restriction comme une limitation inacceptable des pouvoirs qu’elle revendique, incluant celui d’ordonner à l’armée de « faire disparaître » des citoyens américains pour de prétendues offenses qui ne sont jamais rendues publiques.

La législation du Sénat sert uniquement à exposer la structure déjà existante de dictature militaro-policière qui a été érigée derrière la façade en décomposition de la démocratie américaine au cours de la dernière décennie, en plus de l’entière complicité des deux principaux partis dans ce processus.

La violence policière et la répression à l’échelle nationale exercées contre les manifestants d’Occupy Wall Street ont fourni un aperçu du caractère réel d’un gouvernement de riches, par les riches et pour les riches. Dans les conditions d’inégalité sociale, de chômage et de misère sociale sans précédent qui ont déclenché ces manifestations, même les formes les plus rudimentaires de gouvernement démocratique deviennent intenables. Une répression étatique sans retenue est nécessaire pour imposer les diktats de l’élite financière.

La défense des droits démocratiques aujourd’hui est inséparable de la lutte pour l’égalité sociale, les deux étant en conflit irréconciliable avec l’élite dirigeante américaine et toutes ses institutions, y compris le Parti démocrate et l’administration Obama. Cette lutte ne peut être menée avec succès que par la mobilisation indépendante de la classe ouvrière, la seule force sociale capable de réaliser la transformation socialiste de la société et de mettre fin aux conditions d’inégalité, à la guerre et à la répression engendrées par le capitalisme.

Bill Van Auken

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Source : WSWS

Syrie, Iran, Pakistan, une ceinture de feu traverse le continent eurasien !

11 déc

par Léon Camus pour Geopolintel

Pour les non avertis, au moment présent, après la guerre de Libye et les poussées de fièvres populaires du Caire, alors que la presse n’évoque qu’anecdotiquement la situation au Yémen, à Bahreïn et en Somalie, ne subsistent au Proche Orient, médiatiquement parlant, que deux épicentres des crises qui eux, par contre, sont quotidiennement à l’honneur : Syrie et Iran, avec en prolongement et en contrepoint la guerre cachée du Pakistan. Guerre des robots volants – les drones tueurs chargés à présent de remplacer à moindre coût les troupes de chairs et d’os – que nous redécouvrons périodiquement à l’occasion d’une « bavure » toujours sanglante : en l’occurrence la destruction par erreur d’une unité pakistanaise le 26 novembre : une centaine d’hommes au tapis et 24 à la morgue. Bavure remarquable, car révélatrice du niveau d’intensité des combats que livrent sur le sol pakistanais les forces aériennes des États-Unis, et à propos de laquelle, la ferme intention de M. Obama… est de ne point « s’excuser » [NYT].

Pour l’Iran, le fait majeur est la prise d’assaut de l’ambassade britannique à Téhéran, celle-là même qui abrita la rencontre tripartite Churchill, Roosevelt, Staline très exactement soixante-douze ans avant [1]. Quel qu’ait été le caractère spontané de cette « manifestation » de colère légitime [2], saluons la mémoire longue – peu commune dans les classes dirigeantes occidentales résolument courtermistes -  qui semble habiter les élites de la théocratie parlementaire iranienne. Ajoutons que l’attaque contre l’enclave britannique est intervenue le jour anniversaire de l’assassinat à Téhéran, le 29 nov. 2010, de Majid Shahriani, patron du programme de décontamination des systèmes informatiques de la centrale de Natanz infectée par le virus Stuxnet de conception israélo-américaine, selon toute probabilité. Le même attentat – qui coûta la vie à Shahriani – blessa gravement le professeur Feredoun Abbassi-Davani, directeur des opérations de centrifugation – enrichissement de l’uranium -  à  Natanz également. La piste du  Mossad en liaison avec le MI-6 britanniques a été  bien entendu immédiatement évoquée – ne prête-t-on pas qu’aux riches ? –  sur le site d’Intelligence en ligne Debka-Net-Weekly‘s. Selon toute vraisemblance, par le truchement ou avec le soutien des irrédentistes Kurdes à l’Ouest en Azerbaïdjan occidental, ou à l’Est au Sistan-Baloutchistan, il est avéré que les frontières iraniennes sont poreuses et que commandos et matériels transitent, entre autres, par ces régions à l’instabilité chronique [3]. Or, quatre jours après le rappel à Londres de son représentant et du personnel diplomatique en poste [4], sans autre lien de causalité que le divin hasard, l’Iran annonce avoir abattu dimanche 4 déc. sur sa frontière afghano-pakistanaise, un drone américain de reconnaissance RQ-170 Sentinel de dernière génération, engins déployés en Afghanistan spécifiquement pour le recueil de renseignements… en Iran et au Pakistan.

Pour la Syrie, nous – le bon peuple… cochons de payants et de votants, voués à engraisser à et à légitimer, sous couvert de démocratie, nos parasites – nous bénéficions d’un décompte quotidien des cadavres sans précision aucune cependant quant à savoir qui est mort, comment et dans quel camp ? Les plus folles rumeurs circulent ainsi sur les ondes et dans les lucarnes sur une répression impitoyable entraînant inexorablement la nation syrienne vers la guerre civile.

Une information grand public passant sous silence les quinze mille combattants d’une armée syrienne libre – selon les chiffres données par une opposition qui se revendique pourtant comme « pacifique » ! – opérant sur le sol syrien sans que l’on sache précisément s’il s’agit de déserteurs des forces régulières, de milices sunnites salafistes venues du Liban ou d’Irak ou d’éléments équipés et formés par la Turquie et déguisés en francs-tireurs… Ankara s’étant précipitée – à rebours des velléités affichées au cours de la dernière décennie, à savoir s’émanciper de la tutelle atlantiste -  dans un jeu périlleux aux côtés des pétromonarchies, particulièrement le Qatar, alignées sur l’axe Washington, Londres, Paris, Berlin…

Paris qui, elle aussi, souffle le chaud et le froid, réclame le départ du président Assad et l’instauration de couloirs humanitaires tout en annonçant sans sourciller que toute intervention directe est à exclure alors que le journal officiel de « la République des copains et des coquins » chargé apparemment de la communication des oppositions syriennes, encourage l’exacerbation de la violence… sous la plume de l’ex-otage G. Malbrunot [Le Figaro Cf. 29 nov.].

D’après cet envoyé très spécial « Paris soutient logistiquement les insurgés syriens en leur fournissant du matériel infrarouge et des moyens de communications. » À Beyrouth, le journaliste reçoit confirmation que les Services français encadrent au Liban et en Turquie les déserteurs syriens… les réseaux de trafiquants d’armes opérant au Liban étant mis à contribution « pour renforcer la puissance des rebelles… qui multiplient de l’autre côté de la frontière les opérations contre les forces de sécurité syriennes » tout comme leur sont gracieusement apporté le « renseignement satellitaire relatif aux positions de l’armée syrienne »… Conjointement, [ibid.] « les services de renseignements jordaniens ne seraient pas en reste au sud de la Syrie, frontalier du royaume ». Pendant ce temps, à Londres William Hague, ministre  des Affaires étrangères rencontre les mandataires de la rébellion syrienne pour les assurer que la Turquie entend créer à brève échéance une zone franche à l’intérieur même de la Syrie !

Un seul obstacle : la Russie qui aurait doté la défense côtière syrienne de 72 redoutables missiles anti-navires [Interfax 1er déc. et AFP. Des systèmes anti-aériens sol-air S-300 PMU2 auraient en outre été installés sur la base navale russe de Tartous]… coupant ainsi court au projet actuellement à l’étude aux Nations-Unies d’instaurer un embargo international sur les ventes d’armes à destination de la Syrie. La vente en question ayant représenté la somme non négligeable d’environ 300 millions de $ sur un montant total de contrats d’armements de 10 milliards de $ en 2010… Par ailleurs, le ministres des Affaires étrangères russes, Serguei Lavrov, ne s’est pas privé d’évoquer à ce propos le précédent libyen pour s’opposer catégoriquement aux nouvelles sanctions imposées à Damas et revendiquer le droit de lui vendre des armes ab libitum : « Nous avons bien vu ce qu’il est advenu en Libye quand l’embargo sur les armes a été appliqué. Seule l’opposition en a reçues et des pays comme la France et le Qatar s’en sont vantés sans aucune vergogne ! ».

La Russie, dont la presse occidentale ne s’est pas privé de dénigrer les résultats des élections législatives et la baisse sensible de « Russie unie », parti du premier ministre et futur nouveau président de la Fédération russe, allant jusqu’à relayer les rumeurs les plus malveillantes de fraudes électorales massives, a de toute évidence engagé un dur bras-de-fer avec les tenants d’un retour à la Guerre Froide, cela sur deux fronts.  Le premier, et non le moindre, étant le bouclier anti-missiles américain d’Europe orientale, en principe destiné à contrer une hypothétique attaque balistique de la part de l’Iran… dispositif en fait prévu pour « contenir » la Russie, puissance émergente, non endettée et détentrice de fonds souverains disponibles. Le second étant, pour la Russie, la sauvegarde, coûte que coûte, de son influence au Levant, laquelle passe évidemment par le soutien apporté au Baas syrien, son dernier allié abritant l’unique base navale russe en Méditerranée. Ce pourquoi l’affaire syrienne n’est pas seulement une question régionale, et surtout pas humanitarienne, mais une résurgence virulente de l’ancien antagonisme Est-Ouest.

Un dernier mot sur la crise syrienne vue cette fois de l’autre côté de l’Atlantique où les  patrons des forces américaines – certainement las d’être les grands cocus de guerres ingagnables, contre-productives, coûteuses et injustes – se mobiliseraient pour éviter la guerre. Le 30 nov. 2011, le magazine EIR, spécialisé dans le « renseignement » américain, a confirmé que le  Comité des chefs d’États-majors interarmées, le Joint Chiefs of Staff, s’était mobilisé en vue d’éviter la guerre contre l’Iran et/ou la Syrie, exprimant la crainte que le  Président Obama ne soit désormais devenu « imprévisible ». Ces hommes craignent en effet de se trouver embarqués dans une guerre imprévue résultant d’une attaque israélienne de l’Iran, avec subséquemment une riposte iranienne contre l’Entité sioniste, les forces américaines et leurs alliés dans le Golfe arabo-persique. Les États-Unis étant tenus par leurs accords bilatéraux passés avec certains membres du Conseil de coopération du Golfe, de devoir se ranger, volens nolens, à leurs côtés.

Un conflit d’où le recours à l’arme nucléaire ne serait pas exclu à en croire les jusqu’au-boutistes du Likoud à Tel-Aviv et au Congrès américains. D’ailleurs, pas encore désengagés d’Irak et d’Afghanistan, les États-majors interarmées yankees souhaitent conserver la capacité à parer à toute éventualité en cas de crise majeure avec le Pakistan, redoutant davantage l’ouverture d’une telle crise au Penjab, qu’un conflit artificiellement provoqué avec la Syrie. Sachant que par ailleurs, la situation en Libye étant loin d’être stabilisée, la guerre des factions tribales et confessionnelles ne se transforme éventuellement en une véritable guerre civile. Ce pourquoi – pour ces raisons conjuguées – les responsables du Pentagone s’opposent catégoriquement à toute escalade inopportune contre la Syrie ou l’Iran [5].

Quant au Pakistan, où la guerre américaine contre les Pachtounes – rebaptisés « Taliban » pour mieux saisir d’effroi l’imaginaire collectif – s’étend de l’Afghanistan au Waziristân, zone tribale pakistanaise où la situation devient peu à peu critique avec des bavures à répétition de la part des drones tueurs américains qui effectuent des coupes sombres dans les rangs des troupes d’Islamabad. Reste que le Pakistan est depuis longtemps placé sous l’aile protectrice de la Chine populaire, laquelle observe avec vigilance les débordements et les violations de souveraineté dont se rendent coupables les appareils d’Enduring Freedom.

De ce point de vue, depuis l’affaire d’Abbottābād et la liquidation du pseudo Ben Laden, les relations Pékin-Moscou se sont tendues à l’extrême quoiqu’il n’en paraisse rien, ou presque, sur la scène médiatique. À ce point de l’histoire en cours, l’Occident est entré en confrontation latente avec l’Asie… où les disputes sont multiples et parfois très vives : songeons, pour laisser le Tibet de côté, au contentieux formosan qui oppose les deux Chine. Cause tout à fait envisageable pour un départ de feu qui embraserait un vaste arc de territoires depuis la Méditerranée orientale jusqu’à l’Océan Pacifique, à l’Est de Taïwan. Considérations qui ne sont pas de pures spéculations nées d’une imagination enfiévrée – paranoïaque et outrancièrement conspirationniste – car à circuler dans les couloirs des états-majors français et européens, innombrables sont également, et non seulement de l’autre côté de l’Atlantique, les officiers supérieurs qui militent pour la consolidation des forces armées nationales et la constitution d’un authentique système intégré de défense européen dans, avec ou sans l’OTAN, lequel serait au mieux ou au pire, européanisé ! Parce que, disent-ils « il est hors de question que nous accompagnions les Américains dans une quelconque aventure taïwanaise ». En un mot comme en cent, ces gradés qui expriment maintenant tout haut ce qu’ils pensaient encore hier tout bas, tient à ce qu’ils ne veulent pas mourirpour Formose comme autrefois les Français se sont stupidement sacrifiés pour Dantzig [6]. Mais nous savons tous, qu’a contrario de l’économie, en ce domaine crucial de la paix et de la guerre, ce sont les politiques qui dirigent le jeu selon des paramètres et des critères aussi subjectifs qu’idéologiques et qu’en tout état de cause, les militaires sont toujours rappelés, doucement mais ferment, à leur intransgressible devoir de réserve… sauf en cas de golpe de Estado, bien entendu ?

Léon Camus

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Notes

(1) Les deux représentants de la thalassocratie anglo-américaine et celui du Heartland soviétique se concertèrent du 28 nov. au 1er déc. 1943 quant au futur partage de l’Europe. Conférence préfigurant celle de Yalta en fév. 1945 au cours de laquelle fut établi cette fois le partage du monde entre blocs rivaux.

(2) Mardi 29 nov. des étudiants « en colère » investissaient l’ambassade du R-U à Téhéran de la même façon qu’avait été occupée la représentation des É-U le 9 nov. 1979 et pris en otage le personnel… dont la plupart ne recouvra la liberté que 444 jours plus tard ! Les manifestants de 2011 entendaient eux protester contre l’aggravation des sanctions financières et économiques – notamment  le gel des transactions bancaires avec la Banque centrale iranienne – adoptées le 21 nov. conjointement par Londres, Washington et Ottawa et contre le projet de bloquer les exportations du brut iranien vers le marché européen d’où l’Iran tire 80% de ses recettes extérieures.  Simultanément quelque 200 bassidjis – milice créée en 1979à l’initiative l’ayatollah Khomeiny,  fondateur de la République islamique – pénétraient dans une annexe de l’ambassade au nord de la ville, en quête d’informations relatives au « rôle du R-U dans l’assassinat du physicien nucléaire iranien Majid Shahriari ».

(3) Même aux É-U le secret de Polichinelle commence à être éventé ainsi le Los Angeles Times du 4 nov. semble découvrir tout à trac que la récente combustion spontanée d’un dépôt de missiles balistiques [le12 nov. en tuant 36 personnels dont le gén. Hassan Moghadam, responsable des programmes d’armement] sur une base des Gardiens de la Révolution à proximité  de Téhéran, serait due à une opération conjointe des É-U et d’Israël. Le journal, qui découvre midi à dix-sept heure, nous informe qu’il s’agirait en l’occurrence d’une guerre secrète du XXI siècle destinée à neutraliser le programme nucléaire iranien afin de faire l’impasse sur une coûteuse attaque aérienne directe des  É-U  et/ou d’Israël contre l’Iran. Voir également « Iran : minorités nationales, forces centrifuges et fractures endogènes ». Jean-Michel Vernochet in « Maghreb Machrek » N°201 « L’Iran et le Moyen-Orient » automne 2009.

(4) La France a, pour sa part, rappelé son ambassadeur « en consultation… compte tenu d’une violation flagrante et inacceptable de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques et de la gravité des violences ». Idem pour l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède et l’Italie. Notons que lorsqu’il s’agit d’alimenter les tensions internationales, les Européens, comme par enchantement, savent enfin « parler d’une seule voix » !

(5) « La seule guerre dans laquelle le Pentagone souhaitant immédiatement s’engager, étant une guerre contre le Congrès et les coupes  sombres prévues dans le budget de la Défense » ! Les chefs des armées considèrent en outre que la position russe concernant le bouclier antimissile en Europe de l’Est doit être prise en compte car entièrement légitime… Ni l’Administration Obama ni l’Otan n’ayant consenti le moindre effort pour établir un partenariat véritable avec la Russie sur ce dossier au risque de remettre en question les accords START de limitations réciproques des armements stratégiques.

(6) En 1939, la France, à la suite de l’Angleterre, devait donner le coup d’envoi de la Seconde Guerre mondiale en déclarant la guerre au Reich allemand un journaliste prétendument pour sauver une Pologne que les Alliés livreront six ans plus tard, pieds et poings liés à ses bourreaux communistes Marcel Déat, ancien fidèle du socialiste Léon Blum avec lequel il rompit en 1933 lorsqu’il prend la tête d’un Parti socialiste de France. En 1939, il refuse de « mourir pour Dantzig ». Directeur de L’Œuvre à partir de 1940 et fondateur du Rassemblement national populaire, en 1944 il est nommé secrétaire d’État au Travail. Il est condamné à mort par contumace en 1945.

Source : Geopolintel