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Les croisiéristes de l’U.S. Navy

1 déc

par Manlio Dinucci pour Il Manifesto

« Une occasion unique de pouvoir visiter le Vatican » : c’est ce que s’est exclamé un marin du chasseur torpilleur lance-missiles Truxtun, en abordant Civitavecchia le 23 novembre. Ceci est un des services de bord, offerts au personnel par la marine étasunienne du département MWR (Moral, Welfare, Recreation – Moral, Bien-être, Divertissement). Le Truxtun et quelques autres navires de guerre, qui ont mouillé d’abord en Espagne et au Portugal, font partie du Strike Group (groupe de bataille) du porte-avions USS George H. W. Bush, arrivé à Marseille deux jours plus tard. Là aussi ont été organisés pour l’équipage des sorties touristiques, parmi lesquelles un tour à Paris, et des activités récréatives, dont une partie de foot dans une école.

A la lecture de ces chroniques de l’US Navy, on a l’impression qu’elle promène ses bâtiments de par le monde non pas pour faire des guerres, mais pour tenir la promesse faite aux marins que, en s’engageant, ils feraient le tour du monde. Un système un peu coûteux : l’USS George H.W. Bush, le plus moderne et puissant porte-avions, a coûté plus de 6 milliards de dollars, à quoi s’ajoute une dépense opérationnelle de centaines de millions annuels. Long de 333 mètres (trois terrains de foot) et large de 77, avec 20 ponts au-dessus de sa ligne de flottaison, 90 avions et hélicoptères et un équipage de 6 mille hommes (et femmes, Ndt), c’est une véritable base flottante, actionnée par deux réacteurs nucléaires. Son Strike Group comprend dix navires de guerre et neuf escadres aériennes. Il a commencé sa croisière en mai dernier, quand il a levé l’ancre à Norfolk, accompagné au départ par quatre navires. Entré dans l’aire de la Sixième flotte, il a fait escale en juin à Naples. Il a ensuite repris sa navigation en allant donner un coup de main pour l’attaque contre la Libye. Le Canal de Suez traversé, le porte-avions et son groupe de bataille, avec un équipage total de 9 mille hommes, sont entrés dans la zone de la Cinquième flotte. Là les avions de l’USS George H.W. Bush, déployé en Mer d’Arabie, ont été utilisés pour bombarder l’Afghanistan. En août, le porte-avions (devenu opérationnel en 2009) a atteint la « pierre milliaire » de 20 mille atterrissages sur le pont de vol. Le commandant de la Cinquième flotte, Marc Fox, monté à bord alors que le bateau était dans le Détroit d’Ormuz, s’est congratulé avec l’équipage, en rappelant que « la marine U.S. existe pour protéger nos intérêts nationaux dans le monde entier et nous avons d’énormes intérêts dans cette partie du monde ». En septembre, le USS George H. W. Bush fait une visite aux Emirats arabes unis, où les marins se sont amusés en chevauchant des chameaux et en visitant le musée Ferrari de voitures de course. Et le croiseur lance-missiles Anzio du Strike Group a visité le Bahrein où un groupe de marins a donné une leçon d’anglais dans les écoles. Puis, le 20 novembre, le USS George H. W. Bush a complété ses cinq mois d’ « opérations de combat » dans l’aire de la Cinquième flotte, où il a été remplacé par le porte-avions John C. Stennis, puis est rentré dans l’aire de la Sixième flotte en Méditerranée.

Le Jour du Remerciement (appelé par les indigènes nord-américains Thanksgiving, NdT …), le 24 novembre, a été célébré à bord dans une chaleureuse atmosphère familiale. Tandis que le président Obama, remerciant les militaires qui venaient tout juste de bombarder l’Afghanistan en tuant même des enfants, graciait à la Maison Blanche deux dindes aux noms emblématiques de Liberté et Paix.

Manlio Dinucci

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Article original : I crocieristi della U.S. Navy

Traduction : Marie-Ange Patrizio pour Le Grand Soir

Note de la traductrice

Il y a presque 9 ans, le lendemain de Noël, le Comité comprendre et agir contre la guerre (Comaguer, Marseille) mobilisait en 24h une manifestation d’un millier de personnes protestant contre la venue dans la rade du porte-avions Truman et accueillait avec des tracts (bilingues) ses pauvres marins à la descente des navettes qui les amenaient en ville, avant la grande traversée vers l’Irak.

Par quoi et par qui le mouvement anti-impérialiste a-t-il depuis été paralysé, égaré, trompé ? Au point que des militants qui se disent de gauche, et mouvements qui se disent de la paix, pour le dialogue etc. en arrivent à faire circuler des pétitions de l’” ONG Avaaz” (non gouvernementale, c’est ça) demandant un embargo et des sanctions économiques contre la Syrie ? C’est-à-dire exactement un génocide lent pendant que nous nous donnons bonne conscience car nous ne bombardons pas et n’envoyons pas (encore) de forces (spéciales) sur le terrain.