Archive | novembre, 2011

La croisière de l’Amiral-Kouznetzov

29 nov

par Philippe Grasset pour Dedefensa

Comme bien les choses se mettent… Il y a un an, il était décidé, justement pour cette période prochaine du début décembre, une visite du porte-aéronefs Amiral-Kouznetzov avec son groupe de bataille (deux autres navires d’escorte) en Syrie, à Tartus, qui se trouve être un port et également une base pour la flotte russe. (Le seul point d’appui naval de la flotte russe en Méditerranée.) La preuve dit-on de sources navales russes, d’autres visites sont prévues, outre Tartus, à Beyrouth, à Gènes, à Malte et à Chypre. Quoi de plus apaisant et de plus amical, comme nous explique Russia Today, le 28 novembre 2011.

… Cela écrit, il faut bien reconnaître que “fort bien les choses se mettent”. L’amiral Viktor Kravchenko, qui commande le groupe de bataille n’en disconvient pas. « Nevertheless, he added that the presence of a military force other than NATO’s is very useful for this region, because “it will prevent the outbreak of an armed conflict,” Izvestia quoted Kravchenko as saying. »

L’Amiral-Kouznetzov va traîner un peu. Il vient de la Mer de Barents, avec l’Amiral-Chabanenko, croiseur lourd anti-sous-marins. Les deux navires effectueront le tour de l’Europe occidentale jusqu’au détroit de Gibraltar, entreront en Méditerranée où ils seront rejoints par la frégate Ladny, de la Flotte de la Mer Noire. En fin de croisière, après l’escale centrale de Tartus, ils passeront le Bosphore. Aucun mal ne leur sera fait, l’Amiral-Koutzenov étant enregistré comme “croiseur porteur d’aéronefs équipés de missiles” et non “porte-avions” ou “porte-aéronefs”, dont le passage est interdit par la Convention de Montreux, – et, dans tous les cas, la Turquie n’ayant certainement pas l’intention de faire des misères aux navires russes. (Voir la version anglaise du Wikipédia sur la Convention, beaucoup plus explicite que la française.)

Il reste que l’Amiral-Kouznetzov porte huit chasseurs tous-temps Soukhoi Su-33 extrêmement puissants, une dotation significative de MiG-29K d’interception et de combat aérien, deux hélicoptères Kamov Ka-27 et un armement naval fixe très lourd (12 missiles surface-surface anti-navire Granit, deux systèmes ASM UDAV-1, un système de missile surface-air Kinzhal et huit batteries de canons de défense aérienne rapproché Kashtan).

Ajoutons quelques autres précisions stratégiques et politiques, dont encore quelques mots de l’amiral Kravchenko, avec une intéressante précision finale souligné de gras par nous.

« News of Russia’s naval deployment in Tartus came shortly after the US nuclear-powered aircraft carrier USS George HW Bush anchored off Syria, along with additional naval vessels. The US battle group is to remain in the Mediterranean, allegedly to conduct maritime security operations and support missions as part of Operations Enduring Freedom and New Dawn. The US 6th Fleet is also patrolling the area, Interfax reports.

» “Of course, the Russian naval forces in the Mediterranean will be incommensurate with those of the US 6th Fleet, which includes one or two aircraft carriers and several escort ships,” Admiral Kravchenko explained. “But today, no one talks about possible military clashes, since an attack on any Russian ship would be regarded as a declaration of war with all the conséquences.” »

L’“aventure” du groupe de combat de l’Amiral-Kouznetzov devient intéressante et plus complexe qu’on ne l’envisageait lorsque la nouvelle du déplacement du porte-aéronefs est venue sans autre précision. Cette nouvelle a provoqué un “choc de communication” suffisant pour qu’on réalise qu’il existe désormais autour de la Syrie une situation de confrontation potentielle entre deux grandes puissances nucléaires et non plus, comme il y avait jusqu’ici, un terrain laissé complètement libre aux forces stratégiques de soutien du bloc BAO (essentiellement navales et US pour le cas). Cette situation existe évidemment sans l’Amiral-Kouznetzov puisque deux ou trois navires russes se trouvent à Tartus, avec peut-être, ou sans doute, des capacités de contre-mesures électroniques, et après avoir peut-être, ou sans doute, livré des batteries de missiles S-300 à la Syrie. Ces navires constituent une présence stratégique effective d’une puissance nucléaire hostile à l’intervention du bloc BAO, mais leur présence n’avait pas de réel impact de communication. A cause de l’image de puissance stratégique centrale qui s’attache à un navire d’attaque de type porte-aéronefs, l’annonce de la venue de l’Amiral-Kouznetzov a eu cet impact de communication, – qui est une chose absolument essentielle aujourd’hui dans l’équation de la puissance. L’annonce, et non l’arrivée effective, a suffi pour cela, car il n’est aucunement question que l’Amiral-Kouznetzov joue un rôle actif dans une éventuelle intervention étrangère en Syrie, dans une situation de confrontation avec le bloc BAO. Effectivement, il s’agit de communication, non d’une réelle disposition stratégique. Les déclarations de l’amiral Kravchenko complètent la narrative de communication, en donnant toutes les garanties rassurantes sur les intentions des Russes, mais en terminant par le constat que, si les navires russes (l’Amiral-Kouznetzov mais aussi ceux qui sont déjà à Tartus) ne sont pas là pour un affrontement armé, il reste que toute attaque contre un navire russe est un acte de guerre “‘avec toutes les conséquences” d’un acte de guerre, – remarque qui a un sens extrêmement lourd de la part d’une puissance disposant de l’arsenal nucléaire qu’a la Russie.

… En un sens, les Russes essaient de faire jouer pour l’avantage de la Syrie un substitut de cette dissuasion nucléaire que n’a pas la Syrie. Puisqu’on sait bien qu’un pays équipé d’armes nucléaires est quasiment protégé contre toute attaque du bloc BAO, la Russie place des navires (ceux de Tartus, notamment), à la fois pour une mission militaire précise mais passive, à la fois (cas de l’Amiral-Kouznetzov) pour une mission de haute visibilité qui oblige les planificateurs du bloc BAO à prendre en compte la possibilité d’une “bavure” touchant un navire russe et constituant alors cet “acte de guerre” contre une puissance nucléaire. Les possibilités d’actions anti-aériennes passives des navires (capacités d’interférences électroniques) et d’alimentation des Syriens en S-300 complèteraient le dispositif. L’intervention passive ou indirecte des Russes constitue une donnée opérationnelle complexe pour les forces du bloc BAO (la crainte US des S-300 est proverbiale) tout en maintenant ces mêmes Russes hors du cercle dangereux de la provocation directe.

Dès lors, on comprend que l’Amiral-Kouznetzov ne se presse pas outre mesure. L’effet de communication qu’on espère dissuasif étant effectif sur place autour de la Syrie avec l’annonce de la venue du groupe de bataille, l’intérêt politique des Russes (toujours pour la communication) est donc plutôt de faire durer le temps de cette venue et d’en relativiser les termes en une “croisière” pacifique pour ne pas dramatiser la situation et poursuivre une action politique contre toute intervention étrangère en Syrie. (La dernière en cours est une proposition de médiation dans la crise syrienne, acceptée par les Syriens.) Les Russes espèrent ainsi avoir verrouillé provisoirement la situation militaire en contrant les éventuelles velléités d’intervention. L’avenir dira si le verrou est suffisant, – ce qui n’est pas assuré, – mais dans tous les cas la manœuvre, – mélange de forces effectives, d’action politique mesurée et surtout de communication, – a été effectuée avec brio et efficacité. (Elle l’a été, précision qui n’est pas sans intérêt, avec l’aval implicite du groupe BRICS, qui a signé un communiqué demandant qu’on évite toute intervention étrangère militaire en Syrie.)

D’une façon générale et à assez peu de frais, les Russes ont démontré que le bloc BAO n’est plus assuré de pouvoir intervenir là où il lui chante de le faire, selon la stratégie BHL désormais suivie, sans interférence majeure ; sans, dans certains cas, courir un risque qui pourrait s’apparenter à la confrontation d’une situation qu’on pourrait définir comme une sorte de technique de “dissuasion nucléaire itinérante”. (La chose avait plus ou moins fonctionné de facto, de façon partielle, dans divers conflits secondaires durant la Guerre froide. C’est la présence russe, – soviétique à l’époque, – qui limita les attaques US sur le Nord-Vietnam, notamment en instituant off-limits des attaques aériennes US de 1965-1968 le port de Haïphong (en plus de la capitale Hanoï) par où transitait l’essentiel de l’aide matérielle militaire soviétique massive au Nord-Vietnam, de crainte de toucher l’un ou l’autre navire soviétique qui y jetait l’ancre pour débarquer leurs matériels et de provoquer une crise majeure avec l’URSS. Ces limitations furent, selon les militaires US, et parce que Haïphong jouait un rôle central dans l’équipement de guerre du Nord-Vietnam, la cause essentielle de l’échec stratégique de l’offensive aérienne de 1965-1968, et de l’échec US tout court dans la guerre du Vietnam.)

Sa mission de communication et éventuellement de “dissuasion nucléaire itinérante” accomplie, l’Amiral-Kouznetzov peut effectivement prendre son temps et naviguer le long des côtes européennes. Cela sert également à rappeler aux Européens que leur partenaire russe est également une puissance militaire qui peut jouer un rôle dans le chaos mondial développé par le bloc BAO. Les Russes le rappellent aux Allemands, qui ont une coopération économique privilégiée avec la Russie, et aux Français, qui ont accordé tant d’importance, y compris une importance stratégique, à la vente de porte-hélicoptères Mistral à la Russie. Nous sommes donc conduits à conclure qu’on pourrait voir un jour l’Amiral-Kouznetzov accompagné d’un porte-hélicoptères type Mistral en station devant un pays où le maréchal BHL réclamerait une intervention des forces franco-sarkozystes. La chose ne manquerait pas de sel marin.

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Source : Dedefensa

Les nuages de la guerre se forment au dessus de l’Iran

27 nov

par Wayne Madsen pour Global Research

Le puissant lobby d’Israël à Washington, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), une organisation composée de collaborateurs israéliens, d’infiltrés, et de purs traîtres aux Etats-Unis, est en train de faire passer en force au parlement la loi H.R.1905, qui interdit au président des Etats-Unis, au secrétaire d’Etat (NdT: ministre des Affaires étrangères américain), aux membres de ministère des Affaires étrangères ou de tout envoyé spécial, d’avoir de quelconques contacts diplomatiques officiels ou officieux, avec tout membre ou agent du gouvernment iranien. Seulement quand le président en avertit les comités idoines, pourra t’il s’engager dans des contacts diplomatiques avec l’Iran. Israël est ainsi de facto en contrôle de tous les comités des affaires étrangères du congrès américain, ainsi toute demande pour obtenir un contact diplomatique avec l’Iran sera automatiquement transmis au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Jérusalem et Israël pourra ainsi circonvenir tout contact irano-américain. L’AIPAC avec cette résolution ne fait que pousser plus avant la vassalité des Etats-Unis à l’état juif.

La stratégie d’Israël est de se rendre certaine que ses plans d’attaque des installations nucléaires de l’Iran, ainsi que peut-être d’autres cibles, ne rencontre aucune opposition des cercles diplomatiques états-uniens. Israël a placé ses propres intérêts bien avant et en complète contradiction avec ceux des Etats-Unis.

Face à la probabilité d’une attaque israélienne sur l’Iran, soutenue par l’Arabie Saoudite, l’allié secret d’Israël dans la région, cela a provoqué une véritable onde de choc à travers le Moyen-Orient et l’Asie.

Des pays asiatiques se ruent pour rejoindre l’Organisation de la Coopération de Shangaï (OCS) comme membres à part entière. Confrontés par une intention belligérante des Etats-Unis, de l’OTAN et d’Israël  de renverser les gouvernements de Syrie et d’Iran, le pacte économique, culturelle et de facto de sécurité qui comprend la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, l’Ouzbekhistan et le Tajikistan, a annoncé après le sommet de leurs Premiers ministres à St Petersbourg que l’OCS ouvritait très bientôt ses portes pour l’acquisition de membres de plein-droit pour l’Inde, le Pakistan et l’Iran. Les nations asiatiques veulent geler les interférences des Etats-Unis en Asie.

Avant le sommet de St Pétersbourg, la Russie et la Chine avaient fortement averti l’Occident contre quelque ataque militaire contre l’Iran que ce soit. Les mots utilisés en diplomatie internationale rappelaient grandement ceux utilisés lors de la Guerre Froide, quoi qu’il en soit, c’est l’Occident ici qui joue le rôle de l’agresseur, même si c’est un agresseur mené par Israël, ses espions et ses infiltrés implantés au sommet de la hiérarchie gouvernementale à Washington, Londres, Paris, Berlin et aussi au sein de la hiérarchie des Nations-Unies.

Même l’état vassal des Etats-Unis, l’Afghanistan, est avide de se libérer de ses liens avec l’OTAN et Washington et a obtenu le statut d’observateur au sein de l’OCS. Des commentaires récents du commandant adjoint à la force d’entraînement de l’OTAN en Afghanistan, le général américain Peter Fuller, ont confirmé que le leadership du gouvernement afghan est erratique, ingrat et coupé de la réalité parce que le président Hamid Karzaï a dit que l’Afghanistan se rangerait du côté du Pakistan si les Américains attaquaient le Pakistan; ces dires résultèrent en son limogeage. Les commentaires de Fuller incitèrent également Karzaï à demander le statut d’observateur dans l’OCS alors que l’agression américaine contre le monde musulman et son opposition à la souveraineté de la Palestine ont vu le respect et le soutien pour Washington dans le monde chuter dramatiquement.

Une autre nation où la CIA, le Pentagone, ont leurs agents rampant et envahissant, la Mongolie, est également un observateur de l’OCS. Il y a également des ‘partenaires en dialogue” de l’OCS, des nations qui pourraient obtenir les statuts d’observateurs ou de membres dans le futur. Celles-ci sont la Biélorussie, le Sri Lanka et une qui devrait inquiéter Tel Aviv et Washington… la Turquie, un membre de l’OTAN. Moscou et Ankara sont tombés d’accord sur le fait que la Turquie devrait éventuellement devenir un membre à part entiére de l’OCS. La Turquie a de très forts points communs historiques et culturels avec les nations d’origine turque d’Asie centrale ainsi qu’avec bon nombre de républiques autonomes d’obédience turque de Russie comme Tuva, le Bashkortostan et l’Adygeya.

La Turquie en a ras le bol de l’interférence israélienne dans ses affaires intérieures et extérieures, comme en est témoin l’attaque vicieuse et sanglante israélienne sur le vaisseau turc d’aide à Gaza le Mavi Marmara, le soutien constant du Mossad pour les attaques terroristes du PKK kurde en Turquie et l’empêchement sous couvert israélien dans l’affaire du réseau de “l’état profond” d’Ergenekon en Turquie.

L’Iran vient de voir l’allié secret le plus connu d’Israël, l’Arabie Saoudite, appointer l’ancien chef du renseignement égyptien et ami très proche de Nethanyahou, Omar Suleiman, comme conseiller de l’héritier apparent du trône des Saoud, le prince Nayef bin Abdul Aziz al-Saud, qui est aussi le ministre de l’Intérieur. L’axe Jerusalem-Riyad se cimente toujours plus alors que l’administration Obama fait passer 4 000 troupes de l’Irak au Koweït et renforce d’autres liens militaires au Bahreïn, QG de la Vème flotte américaine et au Qatar, aux Emirats Arabes Unis et Oman. La CIA et le Pentagone ont établi des bases de drones Predator à Djibouti, aux Seychelles, en Ethiopie et d’après certains rapports, en Arabie Saoudite.

Le faisant fonction de président du Kirghizistan, le Premier ministre Almazbek Atambaev a annoncé qu’il voulait que les Etats-Unis et l’OTAN quittent le centre de transit aérien de Manas situé dans son pays après l’expiration du contrat en 2014. Déjà des agents d’ONG financés par Georges Soros au Kyrgyzstan tentent d’insinuer que sous la nouvelle constitution kyrghize, Atambaev n’a pas l’autorité de fermer la base aérienne. C’est exactement ce type d’interférence dans les affaires intérieures des nations asiatiques qui pousse l’OCS à étendre sa base de membres pour inclure deux nations qui ont reçu des menaces directes de l’Amérique: l’Iran et le Pakistan. Les suspicions sur les intentions américaines et les plans militaires ont enterré les demandes de Washington à devenir un partenaire dans le dialogue interne de l’OCS.

Les intérêts de Washington à participer aux sommets de l’OCS ont plus à faire avec une infiltration de la CIA qui jusqu’ici n’a pas le succès escompté au sein du cœur de l’organisation et ce même au travers de ses “alliés” comme le Pakistan, l’Afghanistan et la Mongolie, que de vraiment dialoguer avec les membres de l’OCS et de ses membres observateurs. Après tout, l’AIPAC a réussi avec ses sbires à pousser une loi au travers du parlement américain, qui interdit toute relation diplomatique avec Téhéran.

Le président Obama est sous une extrême pression de la part du lobby israélien et ce pendant une année électorale, de soutenir une attaque militaire israélienne sur l’Iran, action qui inévitablement impliquera les forces armées américaines du Moyen-Orient et dans le Golfe à une guerre contre l’Iran pour les intérêts du régime de Tel-Aviv et de Jérusalem-ouest. Au sommet de G20 à Cannes, le président français Nicolas Sarkozy a été officieusement entendu dire au président Obama qu’il ne “pouvait plus voir Netanyahou, qu’il était un menteur”. Ce à quoi Obama répondît: “tu en as marre de lui, mais moi je dois le gérer tous les jours.”

L’échange entre Sarkozy et Obama est très instructif. Obama n’a pas manifesté de désaccord sur le fait que Netanyahou est un menteur patenté qui fera ou dira tout ce qu’il peut pour faire avancer les intérêts d’Israël ou globalement du sionisme et ce par dessus tout, même au point de mentir à propos d’une menace nucléaire bidon que serait l’Iran afin de promouvoir une attaque sur celle-ci.

Israël, utilisant ses agents d’influence au sein des délégations des Nations-Unies, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, du Canada, de la Suède et des Pays-Bas, s’est assurée que le directeur de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA), Yukiya Amano, teinte son rapport sur les développements du nucléaires iraniens de telle manière que cela n’aurait jamais été toléré par son prédécesseur, Mohamed El-Baradei. Amano n’a certainement pris aucun intérêt du fait que sa propore nation, le Japon, produisait secrètement des armes nucléaires dans le complexe de Fukushima et ce en opposition avec la règlementation de l’AIEA. Après le tremblement de terre, le tsunami a mis au grand jour le travail secret qui se déroulait à Fukushima. Amano agit parfaitement volontairement comme un décodeur pour Israël et le lobby israélien en “découvrant” les soi-disant violations de l’AIEA de l’Iran.

Le bulletin des scientifiques de l’atome “Doomsday clock” (NdT: qu’on pourrait traduire par “l’horloge du jugement dernier”), qui est une mesure pour savoir quelle est la distance qui sépare le monde d’une guerre nucléaire, a réajusté la pendule à six minutes avant minuit. En considérant les machinations d’Israël contre l’Iran, la déliquescence totale de l’administration Obama et de la Maison Blanche avec l’éviction de son chef du personnel Bill Daley, ainsi que l’invitation par l’OCS faite à l’Iran de venir sous l’ombrelle protectrice de la Russie et de la Chine, la pendule vient juste d’avancer de plusieurs minutes…

Wayne Madsen

Wayne Madsen est un ancien du renseigment militaire de l’U.S. Navy et consultant du gouvernement pour la NSA. Devenu journaliste d’investigation où il publie notamment sur The Village Voice, CounterPunch et CorpWatch, il a écrit de nombreux ouvrages dont America’s Nightmare: The Presidency of George Bush II et Jaded Tasks—Brass Plates, Black Ops & Big Oil: The Blood Politics of Bush & Co. Le site de Wayne Madsen : Wayne Madsen report.

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Article original : War clouds form over Iran

Traduction : Résistance 71

La Syrie entre dans la crise générale

27 nov

par Philippe Grasset pour Dedefensa

Les évènements des derniers jours ont montré une montée de la tension autour de la Syrie, faisant entrer cette crise (syrienne) qui se plaçait dans un contexte national bien entendu, et d’une façon conjoncturelle dans le contexte régional du “printemps arabe”, dans un contexte désormais international. La nouvelle de l’arrivée du groupe de porte-avions d’attaque de l’U.S. Navy autour du USS Georges HW Bush au large de la Syrie est désormais largement diffusée. En réalité, cela fait deux groupes de porte-avions d’attaque, puisque le groupe autour du porte-avions USS Stennis est également dans la région, en affectation normale avec la Vème Flotte de l’Océan Indien et du Golfe Persique. (Le George H.W. Bush est en affectation normale, – la première de sa vie opérationnelle, – avec la VIème Flotte, qui couvre la Méditerranée pour l’U.S. Navy.)

Il n’est en rien évident que ces forces soient essentiellement déployées dans cette localisation géographique spécifique pour la Syrie. Si des sources militaires US ont fait savoir que les USA seraient éventuellement prêts à “soutenir logistiquement” l’établissement d’un No-Fly Zone au-dessus de la Syrie, avec un “corridor humanitaire“, – habituelle phraséologie du bloc BAO avant une intervention, – rien n’est dit de plus que les mots “soutien logistique”. Il s’agirait donc, pour les USA, de rester strictement dans le cadre de la formule libyenne. Un autre élément important à considérer pour les USA est que, selon des interprétations israéliennes, ces forces sont autant sinon plus en position à cause de l’Iran qu’à cause de la Syrie (aussi bien à cause du rôle éventuel de l’Iran dans la crise syrienne qu’à cause de l’antagonisme direct avec l’Iran).

Du côté européen, on trouve comme d’habitude la France sarkozyste en pointe pour l’intervention, mais une prudence générale du côté de l’Union Européenne qui a pour l’instant repoussé les propositions d’intervention de la France. Les Russes, eux, sont cette fois de la partie. Ils ont mis en place deux, sinon trois navires de guerre sur les côtes de Syrie, avec des escales dans le port syrien de Tartus. Ces navires semblent spécialisés notamment dans l’activité de contre-mesures électroniques, c’est-à-dire plutôt destinés à contrecarrer une intervention aérienne (celle-ci étant théoriquement perçue comme pouvant venir de pays du bloc BAO). Il y a aussi des rumeurs selon lesquelles les Russes auraient livré des batteries de missiles sol-air S-300, un système dont les Occidentaux ont reconnu l’exceptionnelle efficacité contre une attaque aérienne. Les navires cités auraient effectué cette livraison, avec des spécialistes russes pour l’emploi de ces systèmes.

Il y a le “jeu arabe”, ou plutôt le “jeu musulman” puisque la Turquie est largement concerné (avec la Ligue Arabe). Ce jeu suit depuis plusieurs semaines une tendance interventionniste mais cette tendance est en train d’évoluer de forme en raison des pressions occidentales du bloc BAO. Tant que l’affaire restait au niveau régional, ce groupe, dont essentiellement la Turquie qui avait choisi pour des raisons diplomatiques d’une profonde querelle, presque personnelle, avec Assad, l’option d’une pression interventionniste entre pays musulman, évoluait selon une politique uniforme anti-Assad. Désormais, il existe la possibilité de l’intervention du bloc BAO qui est en train de changer l’orientation de la crise. La question ne concerne plus la seule Syrie puisque s’ajoute le facteur de l’éventuelle incursion occidentale. Dans ce cas, le rôle de l’Iran grandit également ; l’Iran soutient Assad mais sa position pourrait se modifier, certes selon les mêmes conditions de cet élargissement du contexte de crise, dans un sens qui pourrait rapprocher cette position iranienne de celle d’autres pays arabes, par son opposition à une intervention du bloc BAO.

C’est dans ce contexte général qui s’élargit très rapidement et qui conduit parallèlement à une montée du désordre des positions et des politiques, avec désormais des facteurs antagonistes même pour les interventionnistes, que Russia Today publie une longue analyse, ce 25 novembre 2011. Il s’agit d’une analyse qui reflète le point de vue général des Russes (pas seulement le côté officiel), mais aussi de pays suivant une politique d’hostilité à l’interventionnisme occidental. Nous citons ici la dernière partie de l’article qui passe en revue plusieurs jugements d’experts sur les potentialités prospectives de la situation en Syrie et autour de la Syrie, en fonction de ces hypothèses d’intervention.

« Patrick Henningsen, a political analyst from the US-based Infowars.Com online magazine, believes that the escalation of tensions over Syria between the world’s major powers may lead to a new chilling in world politics. “I think we are going to see a new Cold War emerge in the next two years, and we are seeing the initial steps of that new Cold War right now,” he told RT. “If the Western powers think they are going to get away with a no-fly zone in Syria, this is a very different prospect than Libya. This will be the first time, in Syria, and also, if you look forward – with Iran, that the West, actually, is engaging a country that has the ability to fight back,” Henningsen said referring to Russia’s close military co-operation with the two countries, as well as rumors of S-300 installations having been supplied from Moscow.

»Experts say that even the armed opponents of Bashar al-Assad’s regime would strongly oppose any interference from outside.

“Even among the opponents of the ugly Assad regime, many in Syria will actually not welcome an intervention by Western forces,” even if it comes in the shape of fellow-Muslims in the Turkish army, predicts Dr. Pierre Guerlain, a professor of political science at Paris West University.

»And Dr Marcus Papadopoulos, an analyst from Britain’s ‘Politics First’ online magazine, told RT that any hopes of bringing peace to the region by toppling the current Syrian government are delusional. “I can’t see how they can possibly believe that peace will come to the Middle East with president Assad falling, I mean if we have a look at some of the people that the Syrian government is fighting against at the moment, they’re actually armed militants, they’re criminal gangs, and many of these armed militants have links to religious extremism, so once again, I think it’s a reckless, negligence, short-sighted approach that the West is taking.” »

Lorsque nous disons que la Syrie “entre dans la crise générale”, c’est parce qu’elle s’inscrit désormais dans un contexte où évoluent des puissances et des acteurs majeurs, qui se trouvent eux-mêmes confrontés à des situations de crise et qui ont des politiques actives dans ce cadre. Ce n’était en rien le cas de la Libye, dont la crise, suivie de l’intervention du bloc BAO, sont restées cantonnées dans un cadre régional, sinon national, sans interférences majeures. Pourtant, même ce cadre restreint a conduit à des remous importants, pour un résultat dont on mesure chaque jour les contradictions flagrantes par rapport aux buts poursuivis, y compris les éventuels buts “expansionnistes” des pays interventionnistes du bloc BAO qui sont loin de s’être implantés dans le pays, encore moins d’en avoir fait une “tête de pont” pour une pénétration vers l’Afrique.

Le cas syrien est donc totalement différent. L’intervention potentielle n’en est qu’aux hypothèses, avec bien sûr des préparatifs, mais selon des axes et des acteurs beaucoup plus divers et sérieux. Les Russes, notamment, sont directement engagés, ce qui est un facteur d’une extrême importance, et les USA sont encore plus affaiblis aujourd’hui qu’en mars dernier. Quant aux pays arabes et musulmans interventionnistes, leur politique commence à perdre de sa netteté anti-Assad à cause des interférences extérieures. Même Israël est dans une position incertaine ; d’une part, Israël souhaite la chute d’Assad dans la mesure où il s’agirait d’un affaiblissement de l’Iran puisque l’Iran soutient Assad ; d’autre part, Israël craint la chute d’Assad, dans la mesure où un nouveau pouvoir syrien pourrait s’avérer de type islamiste ou anti-israélien d’une façon ou l’autre. (Toutes ces observations n’empêchent pas les “services” et autres forces spéciales d’intervenir en Syrie, contre le pouvoir en place, mais ce type d’intervention n’est en rien indicatif d’une politique, ce qui est un signe de plus du désordre actuel.) Un autre élément d’incertitude pour Israël est la possible évolution de l’Iran vis-à-vis d’Assad selon des arrangements entre Turcs et Iraniens, puisque l’élément absolument obsessionnel de tout jugement israélien reste effectivement l’Iran ; c’est justement cet élément obsessionnel qui pousse certaines sources israéliennes à envisager une telle évolution iranienne, pourtant complètement hypothétique. Le résultat est une politique syrienne d’Israël particulièrement incertaine.

Par conséquent, l’internationalisation de la crise syrienne n’est en rien un signe de clarification, éventuellement par la perspective brutale d’une intervention, mais parfaitement le contraire. Au désordre interne s’ajoute désormais le désordre extérieur. Cela différencie radicalement la crise syrienne de la crise libyenne, où le désordre extérieur ne s’est manifesté que de façon indirecte.

Philippe Grasset

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Source : Dedefensa

26 soldats tués : le Pakistan veut reconsidérer ses relations avec les Etats-Unis

27 nov

Après que des hélicoptères de l’alliance eurent fait feu sur un de ses postes frontière, tuant vingt-six soldats, le Pakistan a décidé samedi de bloquer l’approvisionnement de l’OTAN en Afghanistan et de reconsidérer ses relations avec l’organisation et les Etats-Unis.

Le Pakistan a décidé samedi de reconsidérer tous ses accords avec Washington et l’OTAN, notamment dans les domaines diplomatique, militaire et du renseignement, à la suite de la pire bavure des Occidentaux au Pakistan en dix ans, qui a provoqué la mort de 26 militaires.

A l’issue d’une réunion extraordinaire de ses principaux responsables, le gouvernement pakistanais a par ailleurs ordonné aux Américains de se retirer dans les 15 jours de la base aérienne de Shamsi, située dans le sud-ouest du Pakistan, et a fermé toutes les voies d’approvisionnement de l’OTAN en Afghanistan.

26 soldats tués

Dans la soirée, un porte-parole de la force de l’OTAN en Afghanistan (ISAF), le général allemand Carsten Jacobson a admis que des appareils de l’OTAN avaient “très probablement causé les pertes” pakistanaises.

Le gouvernement pakistanais a ordonné en représailles le blocage des convois de ravitaillement de la force de l’OTAN en Afghanistan (ISAF) transitant sur son territoire, en avertissant que cet incident “pourrait avoir de graves conséquences sur la coopération entre le Pakistan et l’OTAN“.

Islamabad a jugé “inacceptable” cette attaque menée avant l’aube dans une des zones tribales bordant l’Afghanistan, principale base arrière des rebelles talibans et d’Al-Qaïda qui attaquent régulièrement l’OTAN sur le sol afghan.

Selon le général Jacobson, des forces afghanes et de l’OTAN qui opéraient dans la province afghane de Kunar ont réclamé un soutien aérien.

Il est très probable que ce soutien aérien (…) ait causé les pertes” pakistanaises, a-t-il expliqué, ajoutant que les troupes au sol se trouvaient alors à proximité de la frontière pakistanaise.

Atteinte à la souveraineté

Dénonçant “une grave infraction à la souveraineté du Pakistan et une violation des lois internationales“, le Premier ministre Yousuf Raza Gilani a protesté “dans les termes les plus vifs” auprès de l’OTAN et des Etats-Unis, qui dirigent l’ISAF et lui fournissent les deux tiers de ses troupes.

Yousuf Raza Gilani a interrompu son week-end pour regagner Islamabad et s’y entretenir avec le président Asif Ali Zardari et les dirigeants de la très puissante armée, qui a dénoncé une attaque “délibérée” et “inacceptable“.

Le ministre de l’Information Firdous Ashiq Awan a de son côté estimé que cette attaque allait renforcer le sentiment anti-américain au Pakistan.

L’ambassadeur des Etats-Unis au Pakistan Cameron Munter a regretté la mort probable de soldats pakistanais et assuré que son pays travaillerait “étroitement avec Islamabad pour enquêter sur cet incident“.

Violation de l’espace aérien

Selon Islamabad, des hélicoptères de l’OTAN ont bombardé avant l’aube un poste militaire pakistanais à Baizai, dans le district tribal de Khyber.

Ils ont tué 26 soldats et en ont blessé 14“, a déclaré à Masood Kausar, le gouverneur de Khyber Pakhtunkhwa, province du Nord-Ouest du Pakistan, en rendant hommage à ces “martyrs“.

Quelques heures plus tard, le Pakistan a ordonné le blocage à la frontière afghano-pakistanaise des camions de ravitaillement de l’ISAF. Une grande majorité de cet approvisionnement arrive par bateau au Pakistan à Karachi (sud), le principal port du pays, avant d’être acheminé en Afghanistan par la route.

Le Pakistan a plusieurs fois dénoncé ces dernières années des violations de son espace aérien par l’ISAF. La dernière crise remonte à septembre 2010. Islamabad avait alors accusé la force d’avoir tué trois soldats pakistanais et avait bloqué des camions de ravitaillement de l’OTAN pendant près de deux semaines, jusqu’à ce que Washington présente des excuses.

Tensions avec les Etats-Unis

Les Etats-Unis bombardent régulièrement les talibans et Al-Qaïda dans les zones tribales par des tirs de drones, qu’Islamabad ne dénonce que du bout des lèvres tant qu’ils ne tuent pas un grand nombre de civils.

Les Américains accusent régulièrement leur allié pakistanais de jouer un double jeu et de soutenir clandestinement les rebelles talibans pour défendre ses intérêts stratégiques en Afghanistan, où l’OTAN prévoit de retirer l’ensemble de ses troupes de combats d’ici à la fin 2014.

Les relations déjà houleuses entre les deux pays se sont envenimées après le raid unilatéral américain au cours duquel a été tué le chef d’Al-Qaïda Oussama Ben Laden en mai dernier à Abbottabad, une ville de garnison du Nord du Pakistan.

Cette semaine, l’ambassadeur du Pakistan aux Etats-Unis, Husain Haqqani, a été contraint à la démission après avoir été accusé d’avoir transmis peu après aux Américains un mémorandum leur demandant d’empêcher l’armée de prendre le pouvoir au cas où celle-ci aurait été tentée de le faire après ce raid.

À lire également sur la guerre contre le terrorisme et l’Af/Pak :

- Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme – Le débat (vidéo)

- La guerre contre le terrorisme est-elle un canular ?

- Comprendre l’idéologie jihadiste

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- La sanglante « stratégie finale » d’Obama en Afghanistan

- L’avenir de l’Eurasie se joue en mer de Chine

- L’Iran se construit un « hub » Af/Pak

- Les perdants et les gagnants dans l’Afghanistan d’Obama

- Un sommet à Téhéran pour contrer les Etats-Unis

- Pourquoi Karzaï invective les Etats-Unis

- Les colombes de la paix planent au-dessus d’Islamabad

Source : Le Matin

« Épouvantails, autruches et perroquets – 10 ans de journalisme sur le 11 septembre » (vidéo)

25 nov

Synopsis : Passé le choc initial, les attentats du 11 septembre ont suscité le doute dans une partie croissante de l’opinion : de nombreux éléments troublants ne collaient pas avec une enquête officielle qui paraissait orientée vers des conclusions prédéfinies. L’expression de tels doutes dans l’espace public s’avéra pourtant risquée : presque unanimement, les médias discréditaient ceux qui les portaient, sans enquêter de manière approfondie sur les éléments qu’ils apportaient. Les médias francophones, en particulier, dressaient les épouvantails habituels destinés à verrouiller la parole, et parmi lesquels l’accusation d’antisémitisme tient une place de choix. Enquêtant sur les raisons de l’impossibilité de ce débat, nous avons dû aller jusqu’en Norvège pour trouver des réponses, dans la bouche des très rares journalistes professionnels qui font fi de ce tabou et appliquent au quotidien les beaux discours qu’ils tiennent sur leur métier.

Épouvantails, autruches et perroquets – 10 ans de journalisme sur le 11 septembre 2001” analyse la façon dont les médias ont évité pendant tout ce temps de parler des zones d’ombres et des remises en question qui planent sur ces événements. Après avoir vainement essayé la politique de l’autruche, ils se sont mis à dresser des épouvantails pour empêcher la réflexion sereine. Quiconque se permet de douter est un conspirationniste, un adepte de Thierry Meyssan, un antiaméricain, voire un antisémite/négationniste.

Pourtant, les doutes sur la véracité de la version gouvernementale de ces attentats sont partagés par des gens nombreux, compétents (y compris des professionnels des disciplines scientifiques concernées par le 11 septembre) et raisonnables, mais vous ne les verrez jamais à la télévision.

Une réflexion sur cet étrange tabou médiatique.

Le site.

Documentaire d’Olivier Taymans (Belgique, 2011, 100′)

La dimension culturelle du conflit

24 nov

Par Ibrahim Alloush pour Free Arab Voice

« La domination culturelle des États-Unis a jusqu’à présent été un aspect sous-estimé de sa puissance globale. Quoi que l’on pense de ses qualités esthétiques, la culture de masse américaine exerce, sur la jeunesse en particulier, une séduction irrésistible. Malgré l’hédonisme superficiel et les styles de vie stéréotypés qu’elle vante, son attrait n’en demeure pas moins irréfutable. Les programmes américains alimentent les trois quarts du marché mondial de la télévision et du cinéma. Cette domination est tout aussi marquée dans le domaine des musiques populaires, et, de plus en plus, des phénomènes de mode – vestimentaires, alimentaires ou autres – nés aux États-Unis se diffusent par imitation dans le monde entier. Sur Internet, l’anglais sert de lingua franca et une majorité écrasante des services en ligne, sur les réseaux informatiques, sont localisés aux États-Unis, ce qui a une influence décisive sur le contenu des communications [...]. On trouve des diplômés des universités américaines dans les cabinets gouvernementaux sur tous les continents. » [1]

Ces propos relatifs à l’importance de la domination culturelle dans l’imposition de l’hégémonie américaine sur le monde ont été écrits par l’ancien conseiller américain à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, dans son livre Le grand échiquier, l’Amérique et le reste du monde.

Cet important ouvrage est essentiellement une étude portant sur la géopolitique. Cependant, l’auteur insiste sur l’importance de la domination culturelle comme une des dimensions de l’hégémonie américaine globale. Il la place au niveau des éléments les plus importants nécessaires à la réalisation de la domination tels que la force militaire, le développement technologique, la taille et la vigueur de l’économie ou encore la position géographique. Brzezinski ne cesse de nous rappeler que l’Empire mongol s’est effondré en raison de son retard civilisationnel, ce qui entraina son absorption par les peuples dominés puisque ses dirigeants parmi les petits-fils de Gengis Khan se convertirent au confucianisme en Chine et à l’islam en Perse et en Asie centrale. En revanche, Brzezinski nous rappelle également que la domination de l’Empire britannique, à son apogée, reposait en partie sur l’adhésion des peuples colonisés à la notion de « supériorité de la civilisation » britannique. Cela a permis aux dirigeants britanniques d’imposer leur influence, par le biais de quelques milliers de soldats, sur de vastes territoires et sur des peuples comptant des dizaines de millions d’individus.

Nous nous exposons à être agressés si nous ignorons la dimension culturelle du conflit.

A côté de la base militaire, de la compagnie commerciale et des dispositifs politiques, l’ensemble des forces de la domination étrangère sont nécessaires pour que nous acceptions leurs hégémonies. La domination ou l’occupation ne rapportent rien, du point de vue du gain ou de la perte économique, si les peuples vaincus persistent dans la résistance indéfiniment. Pour les désarmer, ces peuples doivent s’assimiler au vainqueur. Ils doivent être amenés à considérer leur langue, leurs vêtements, leur nourriture, leur musique et leur mode de vie de manière générale comme étant au plus bas de l’échelle de la civilisation. Au sein de ces peuples vaincus, les forces de domination étrangère peuvent consommer sereinement les fruits de l’occupation et de la conquête. Cela permet de réduire au minimum les frais de l’occupation et de la domination.

Il est de notre devoir de bien comprendre nos ennemis. Les forces de la domination étrangère n’imposent pas leur autorité à partir de motivations relatives à la civilisation. Leurs desseins ne sont ni spirituels ni culturels. Au contraire, les puissances étrangères souhaitent accaparer le pétrole et conquérir les marchés, par exemple, ou elles désirent la destruction du concurrent conquis ou l’installation de bases militaires dans des sites sensibles, etc. Leurs motivations sont principalement matérielles. Afin d’arriver à leurs buts, elles sont tout à fait prêtes à pactiser avec les moudjahidin afghans face à l’Union soviétique ou avec les énonciateurs de fatwas condamnant les opérations martyres. Les buts premiers des forces d’occupation étrangère ne relèvent pas de la thèse du « choc des civilisations ».

Cependant, elles entrent en collision avec tout ce qui représente un obstacle sur leur chemin et elles profitent de tout ce qui facilite leur progression dans ce chemin. Ici intervient l’idée de la « supériorité civilisationnelle » comme outil de domination. Dans le même temps, cette idée participe de l’expression de la glorification du dominant ou plus exactement de la célébration des forces et des parties responsables du bénéfice généré par la domination étrangère.

Du point de vue des peuples opprimés et occupés, la résistance civilisationnelle, c’est-à-dire le refus de s’assimiler à l’occupant et le refus que l’on nuise à leur culture d’origine, est l’une des conditions de la résistance aux côtés d’autres modalités comme les fusils, les explosifs et les positions politiques. Cette dimension culturelle de la résistance explique la montée en puissance de l’islam combattant dans nos pays et l’assaut opposé à la création d’un islam pacifiste et désarmé que l’impérialisme essaie de produire dans sa bataille médiatique contre la résistance [2]. Tout cela confirme bien qu’à l’origine, les motivations de l’impérialisme ne sont pas d’ordre culturel ! Cependant, dans ce cadre global, la bataille politique repose sur la référence islamique.

En résumé, l’islam demeure un objectif et un facteur de défense majeurs dans la confrontation avec les puissances étrangères dominant nos pays. Toutefois, cette perspective islamique doit être expliquée comme étant :

  1. combattante et hostile aux forces de la domination étrangère ;
  2. ouverte sur les courants combattants, arabes ou mondiaux, hostiles aux forces de la domination étrangère ;
  3. éclairée et refusant les différentes habitudes sociales qui n’ont aucun lien avec la religion musulmane.

La conversation portait sur les lignes de défense. Le passage à une politique offensive nécessite un autre projet ; un projet de renouveau arabe. Naturellement, ce projet de renouveau ne doit pas représenter une rupture avec le patrimoine arabe et islamique de notre oumma. Il se manifeste par ce qu’il a de meilleur en lui afin de se présenter comme sa continuité naturelle. Cela nécessite un autre développement.

Ibrahim Alloush

À lire et à voir également sur l’impérialisme, les civilisations et l’Islam politique :

- « Impérialisme et savoir »

« God kills America » : des chimères du fanatisme à la destinée obscure

- Le côté obscur de l’histoire des États-Unis

- Entretien avec Michel Drac : « Choc et simulacre » (vidéo)

- Analyse du Choc des Civilisations de Samuel Huntington

- Le « choc des civilisations », une prédiction autoréalisatrice ?

- Les civilisations meurent-elles par suicide ?

- Comprendre l’idéologie jihadiste

- L’automne des patriarches

- Une révolution globale qui renvoie les Arabes sur la scène de leur histoire

- La révolution arabe et la reconquête de l’identité

- Les deux phases des révolutions arabes

Notes

[1] Brzezinsky Zbigniew, Le grand échiquier, l’Amérique et le reste du monde, Paris, Bayard Éditions, 1997, page 51

[2] Note de la traductrice : En France, cette politique s’incarne dans la promotion de « l’islam modéré » qui s’oppose à toute forme de mobilisations sociales et politiques des musulmans dans l’hexagone et qui s’aligne sur la politique étrangère française sur les questions internationales. Tous les musulmans qui sortent de ce cadre, sont systématiquement qualifiés de « radicaux », de « fondamentalistes » et autres sobriquets stigmatisant.

Article original :  في البعد الثقافي للصراع

Traduction : Souad Khaldi

Israël a-t-il les moyens d’attaquer l’Iran ?

24 nov

par Vincent Eiffling pour Chroniques persanes

C’est une question qui revient dès que le dossier nucléaire iranien réoccupe le devant de la scène : Israël a-t-il les moyens d’attaquer l’Iran ?

Selon la doctrine Begin (du nom de l’ancien Premier ministre israélien), l’Etat hébreu se doit, afin de garantir sa sécurité, d’empêcher tout autre Etat du Moyen-Orient d’acquérir des armes de destruction massive. Pour ce faire, Israël peut avoir recours à la force, y compris de manière unilatérale, afin d’effectuer des frappes préventives contre toute menace potentielle. C’est en vertu de cette doctrine qu’Israël a détruit la centrale d’Osirak en 1981 ainsi qu’un site supposé nucléaire en Syrie en 2007. C’est également au nom de cette doctrine qu’Israël pourrait lancer un raid contre la république islamique. Mais en a-t-il les moyens ?

Cette question peut-être analysée sous l’angle des “moyens militaires” mais se doit d’être remise en perspective au regard de “l’intérêt politique“. Les moyens militaires renvoient à des considérations strictement matérielles tandis que l’intérêt politique aborde le problème de manière plus large puisqu’il sous-entend une analyse “coûts-bénéfices” de la frappe et de ses répercutions. Penchons-nous tout d’abord sur les moyens militaires à la disposition de Tsahal.

L’Iran n’est pas limitrophe de l’Iran, la distance minimale entre les deux Etats est d’approximativement 1500 km et les sites nucléaires iraniens sont situés au centre du pays. De plus, les cibles potentielles sont multiples, à l’inverse des cas irakien et syrien. Or, la multiplications des objectifs rend naturellement impossible une concentration maximale de la force de frappe contre une seule et unique cible, de même qu’elle augmente la probabilité de pertes côté israélien.

En dépit de ces deux difficultés majeures – le nombre et la distance des objectifs – et malgré le système défensif anti-aérien iranien, Israël dispose, sur papier du moins, de la capacité de frapper l’Iran et de le frapper durement.

La force aérienne de l’Etat hébreu est l’une des plus modernes et des mieux équipées du monde. Selon le Military Balance de 2010, Tsahal dispose en effet des effectifs suivants :

  • 168 chasseurs configurés pour le combat aérien : 90 F-16A ; 16 F-16B ; 27 F-15A ; 7 F-15B ; 17 F-15C, 11 F-15D
  • 267 chasseur-bombardiers configurés pour les attaques au sol : 25 F-15I ; 39 A-4N ; 52 F-16C ; 49 F-16D ; 102 F-16I.

Israël dipose également des fameuses bombes GBU-28Bunker Buster” (photo 1) capable de pénétrer 30 m sous terre ou de perforer 6 m de béton armé avant d’exploser. Atout de taille dans la mesure où les installations iraniennes sont essentiellement souterraines, le site de Fordoo (où sont transférées les centrifugeuse jusque là situées à Natanz) est d’ailleurs conçu pour mieux résister aux attaques aériennes.  Il est cependant à noter que si la livraison à Tsahal de cette arme de fabrication américaine s’est accélérée au cours de ces dernières années, l’Etat hébreu s’est vu refuser l’achat de bombes GBU-39, plus efficaces et plus petites (photo 2).

Israël dispose également d’importantes capacités balistiques grâce à ses missiles Jericho 1 et Jericho 2 (on parle d’une centaine de lanceur) capable d’emporter aussi bien des charges nucléaires que des charges conventionnelles.

En conjuguant sa force de frappe aérienne avec sa force de frappe balistique, Tsahal dispose en théorie de moyens largement suffisant pour frapper les installations iraniennes.

D’autre part, les systèmes de brouillage radar et de contre-mesure dont dispose l’aviation israélienne sont largement supérieur qualitativement parlant aux systèmes en service au sein de l’armée iranienne. Tsahal dispose donc d’un avantage technologique conséquent.

Cependant, ce n’est pas parce que Israël possède la capacité de frapper l’Iran qu’il va forcément le faire (c’est un autre débat), la guerre étant la pire des solutions.

Ce n’est pas non plus parce que Israël dispose des moyens de frapper les installations nucléaires iraniennes qu’une action militaire préventive mettra un terme au programme nucléaire de Téhéran. Selon Robert Gates et l’amiral Mike Mullen (actuel chef d’état-major de l’armée US), des frappes intensives ne parviendront pas à empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique mais retarderont seulement son programme de 1 à 5 ans. (il convient donc de bien définir l’objectif de ces frappes : encore un autre débat).

Enfin, ce n’est pas parce que Tsahal peut frapper les installations nucléaires iraniennes que cela ne se fera pas sans difficultés et sans risques. En dépit de l’avancé qualitative de Tsahal sur les forces de défense iraniennes, ces dernières demeurent cependant capables d’infliger des pertes aux forces israéliennes. Par ailleurs, la force de frappe israélienne devra traverser des espaces aériens arabes pour frapper l’Iran. Quels sont les pays susceptibles d’accepter une pareille manoeuvre ? Malgré l’absence de relation diplomatique avec Israël, l’Arabie Saoudite serait prête à laisser la force aérienne de Tsahal traverser son espace aérien mais rien n’est prouvé … De plus, étant donné les rayons d’action des avions de Tsahal en service, un (voir deux selon les cas) ravitaillement(s) seraient nécessaire pour mener à bien l’opération.

De même, quelles seraient les conséquences de ces frappes ? La question peut se décomposer comme suit :

  • Conséquences au niveau systémique (j’entends par là les conséquences sur le système international) et les répercussions sur l’ensemble de la question nucléaire iranienne ?
  • Conséquences régionales (blocage du détroit d’Ormuz ? Attaques contre les intérêts américains dans le Golfe ? …)
  • Conséquences directes pour Israël (Riposte balistique iranienne ? Attaque contre le réacteur de Dimona ? … )

Toutes ces questions et incertitudes interviennent dans le cadre de la prise de décision concernant l’éventualité de frappes préventives dans la mesure où elles sont susceptibles de faire basculer l’analyse “coûts-bénéfices” concernant la pertinence de frappes d’un côté ou de l’autre ; ce qui nous renvoie à la question de l’intérêt politique des frappes préventives.

Cela mérite également une analyse plus poussée, ce que je tâcherai d’effectuer dans les jours qui viennent.

Vincent Eiffling

Vincent Eiffling est doctorant en sciences politiques – relations internationales, à l’Université Catholique de Louvain (UCL – Belgique). Il est également diplômé de l’Ecole Royale Militaire en sciences sociales et militaires. Il travaille en tant que chercheur au CECRI (centre d’étude des crises et des conflits internationaux).

À lire également sur la crise iranienne :

- Le nucléaire israélien revisité

- Rapport de l’AIEA sur l’Iran : Les « preuves » sont périmées !

- Mr. Amano roule pour Washington

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Source : Chroniques persanes

Le lynchage de Kadhafi : L’image du sacrifice humain et le retour à la barbarie

23 nov

par Jean-Claude Paye et Tülay Umay pour Mondialisation.ca

L’exhibition des images du lynchage de Mouammar Kadhafi rend nos sociétés transparentes. Elles pétrifient et nous demandent de déposer les armes. Ce sacrifice traduit un retour vers une société matriarcale, vers un « état de nature ». En nous fixant dans une violence sacralisée, ces images nous révèlent que l’Empire étasunien constitue une régression inédite dans l’histoire de l’humanité. Elles  attestent que l’objectif de cette guerre n’est pas seulement la conquête d’un objet, le pillage du pétrole ou des avoirs libyens, mais aussi, comme dans les croisades, la destruction d’un ordre symbolique, au profit d’une pure machine de jouissance, d’un capitalisme déchaîné.

A l’occasion de la diffusion des images du lynchage de Mouammar Kadhafi, nos dirigeants politiques ont manifesté une étrange jouissance. « Strange Fruit » [1], ces images font immédiatement penser à celles de la pendaison de Saddam Hussein organisée le jour de « Aïd al-Adha », la fête du sacrifice. Ces deux affaires nous inscrivent dans une structure religieuse qui, par la substitution du sacrifice humain à celui du bélier [2], restaure la figure primitive de la déesse Mère. Elle renverse l’ancien testament et annule l’acte de la parole. Cette religion sans Livre se réduit au fétiche [3]. Elle n’a plus d’Autre, ni de Loi. Elle est simple injonction de jouir du spectacle de la mort.

Grâce à l’image, la volonté de puissance devient illimitée. La transgression n’est plus bornée comme dans le rite sacrificiel, ni dans l’espace, ni dans le temps, elle est constante. Elle fait écho à la violation permanente de l’ordre du droit enregistré depuis l’acte fondateur des attentats du 11 septembre 2001.

Un enfermement dans la tragédie

Le traitement du corps de Mouammar Kadhafi est révélateur de la tragédie vécue par le peuple libyen. Sa dépouille a été l’objet d’un double traitement d’exception, d’une double violation de l’ordre symbolique dans lequel s’insérait cette société. Au lieu, comme le veut le rite musulman, d’être inhumé le jour même, son cadavre, afin d’être livré au regard des visiteurs, a été exposé durant quatre jours dans une chambre froide. Cette exhibition s’accompagne ensuite d’un enterrement dans un lieu secret, malgré la demande de récupération du corps, adressée par son épouse à l’ONU.

Cette double décision du nouveau « pouvoir » libyen inscrit les populations dans une situation que la tragédie grecque a déjà traité. En interdisant à la famille d’inhumer le corps, le nouveau pouvoir politique se substitue à l’ordre symbolique. Supprimant toute articulation entre la « loi des hommes » et la « loi des dieux », le Conseil National de Transition les fusionne et s’octroie le monopole du sacré. Ainsi, il se place au-dessus du politique.

La décision du CNT, de refuser les funérailles à la famille et d’exhiber le cadavre, a pour objet de supprimer le signifiant du corps pour ne garder que la seule image de la mort. L’injonction de jouir de l’image du meurtre ne doit rencontrer aucune limite. Le fétiche perpétue la compulsion de répétition. La pulsion devient autonome et, sans différenciation, passe d’une image à une autre, de celle de la mort à celle de la mise à mort. Sa fonction est d’accroître la volonté de puissance.

Être maître de ce qui doit être vu

Ainsi, la profanation du corps n’est qu’un élément de sa fétichisation. L’essentiel se trouve dans les images du lynchage de Kadhafi. Capturées par GSM, elles occupent l’espace médiatique et tournent en boucles. Intrusives, elles apparaissent en temps réel dans notre vie quotidienne. A notre insu, elles nous capturent. Nous faisons partie de la scène, car, dans la pulsion scopique, le lynchage ne devient acte sacrificiel que grâce à l’objet-regard. Les images nous montrent des personnes en train de prendre des photos et de jouir du spectacle filmé. Elles exhibent l’instant du regard. Ce n’est plus l’objet qui est présenté en offrande, mais le sens qui se donne à voir, afin d’être maître de ce qui doit être vu.

Le lynchage en tant qu’image est une tradition occidentale. En photographiant leurs victimes, les membres du Ku Klux Klan exhibaient déjà le sacrifice humain comme un spectacle. Le traitement réservé à Kadhafi s’inscrit dans cette « culture ». Cependant, il s’en distingue sur un point. La mise en scène des actions du KKK était fortement ritualisée. Elle mimait un ordre social souterrain.

Ici, les images de GSM sont libérées de tout signifiant. Elles deviennent plus réelles que la réalité. Elles colonisent le réel qui, de facto, n’existe plus que comme anéantissement. Elles donnent à voir l’éclatement de la société et, ainsi, la toute puissance de l’action impériale. Ces images montrent un monde qui bascule en permanence. Elles nous placent dans l’effroi et installent la psychose. Elles détruisent tout rapport à l’autre et ne s’adressent qu’à des intériorités, à des monades dont on recherche le consentement.

Contrairement au langage qui nous inscrit dans un « nous », l’image s’adresse séparément à chaque individu. Elle empêche tout lien social, toute forme de symbolisation. Elle est le paradigme d’une société monadique. Ainsi, ces images nous en disent beaucoup, non sur le conflit lui-même, mais sur l’état de nos sociétés, ainsi que sur le futur programmé de la Libye : une guerre permanente.

Le sacrifice d’un bouc émissaire

Ces images donnent à voir la mise à mort d’un bouc émissaire. Elles constituent une actualisation de la notion de violence mimétique développée par René Girard dans sa lecture du nouveau testament [4]. Par la répétition du sacrifice, elles nous introduisent dans une violence sans objet. Celle-ci devient compulsive. Si le bouc émissaire catalyse sur lui la violence, contrairement à ce qu’affirme Girard, il ne permet pas de l’arrêter. La paix ne peut être que momentanée. Elle n’est que préparation d’une nouvelle guerre. Chaque sacrifice appelle un autre. La destruction de la Libye doit être suivie de celle de la Syrie, de l’Iran… La violence devient infinie et fondatrice.

Comme dans les énoncés chrétiens, les commentaires des médias relatifs aux images du meurtre de Kadhafi transforment le bouc émissaire en victime émissaire. Si Kadhafi est lynché, c’est parce qu’il « a voulu mourir comme cela ». Il n’est pas victime d’une agression extérieure, il aurait obéit à une loi intérieure. Son exécution ne serait pas le résultat de sa volonté de résister, mais l’accomplissement d’un destin personnel. Cette procédure christique a été aussi mise en avant par René Girard. La figure du Christ opère un déplacement de la notion de bouc émissaire à celle de la victime émissaire qui s’offre afin de « racheter » le péché originel.

Ainsi, libres de toute dette symbolique, de tout corps social, ces images et leurs commentaires participent à l’inversion systématique de la Loi symbolique, ainsi qu’à l’état d’exception permanent, installé au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Sacralisé, le pouvoir politique, se substitue à l’ordre symbolique.

Une régression : du langage à l’image de l’unification à la déesse-Mère

Ces images nous ramènent à un stade où le sacrifice humain occupait une place centrale dans l’organisation sociale. Elles constituent un retour au phantasme primordial de l’unification à la mère [5]. Les travaux ethnologiques, ainsi que la psychanalyse, nous ont montré que le sacrifice humain opère un retour à une structure maternelle. L’amour et le sacrifice sont les attributs d’une organisation sociale qui ne distingue plus ordre politique et symbolique. Ce sont les paradigmes d’une société matriarcale qui réalise ici la fusion de l’individu avec le pouvoir maternel.

Ces images s’inscrivent dans une longue tradition chrétienne de renversement de ce qui fonde l’ancien testament. Le récit d’Abraham est le moment instituant l’interdiction du sacrifice humain. La mort du Christ, au contraire, est le sacrifice d’Isaac inversé. Au lieu du bélier qui prend la place du fils donné, c’est le fils-Messie qui se substitue à l’agneau. [6]

Dans l’ancien testament la mort du bélier est celle du dieu primitif. Elle symbolise ainsi un déplacement du sacrifice réel vers le langage : « Si dieu il y a, on le trouve dans les paroles d’alliance (le langage) » [7]. Ce mouvement inaugure l’existence d’un lieu producteur de la métaphore, de transformation du réel. Les opérations de déplacement et de métaphore, placées au coeur de ce récit, sont les procédures constitutives de la loi du langage [8]. La loi du langage est inscription de la non identité du mot et de la chose. Dans le conflit libyen, nous sommes dès le départ placé hors langage. Kadhafi est un tyran, car il est nommé comme tel. Les massacres réalisés par son régime n’ont pas besoin d’être prouvés, mais simplement affirmés. L’image du dictateur se suffit à elle-même. Elle n’intègre aucune contradiction et ne fait face à aucun réel. Elle est plus réelle que la réalité.

La fin de tout ordre symbolique

La loi du langage est acceptation que la langue est avant tout celle de l’autre. Elle est reconnaissance par l’homme de son incomplétude. Cette symbolisation opérée, par l’inscription de la dépendance de l’individu à l’autre, permet l’enclenchement d’un processus de reconnaissance mutuelle et ainsi la formation d’une société humaine [9]. Elle introduit une dette symbolique, [10] un système de relations où l’individu trouve sa place et où il n’est pas son propre père. Cette dette, contrairement au péché originel, est unificatrice, car elle met en relation l’homme avec l’autre à partir d’un devenir.

Kadhafi était imparfaitement inséré dans le système capitaliste mondialisé. Il fonctionnait encore selon des valeurs relevant de la société traditionnelle, notamment celle du don constitutif de liens sociaux. Il a semblé fortement affecté par l’abandon de ses « amis » Sarkozy, Berlusconi ou Tony Blair… [11]. Il devait penser que ses différents cadeaux avaient installé un système de reconnaissance réciproque qui lui donnait une certaine protection. Il montre ainsi qu’il n’avait pas compris la nature du capitalisme. Dans ce système, toute relation sociale est abolie. Si dans les anciennes sociétés, l’échange d’objets sert de support à des rapports entre les hommes, dans le capitalisme, la marchandise et l’argent sont sujets. Les dons de Kadhafi ne pouvaient être perçus, par ceux qui les recevaient, que comme une avance sur ce qui leur revenait de droit. Les dieux obscurs de cette société ne peuvent être que ceux des marchés.

Des images de jouissance

Par la loi du langage, l’homme se distingue de la nature, de la déesse-mère qui n’a ni intérieur, ni extérieur. Le meurtre, au lieu d’être fondateur, est aboli afin de donner accès à la parole. Il s’établit alors un ordre humain distinct de l’ordre divin. L’individu n’est plus un enfant tout puissant. Il est séparé du pouvoir maternel.

Au contraire, les images du lynchage de Kadhafi nous ramènent dans l’originaire et la toute puissance. Elles nous inscrivent dans une structure religieuse d’avant la coupure opérée par l’interdit du sacrifice. Ces clichés nous réintroduisent dans la violence incestueuse, dans la jouissance de la pulsion haptique, dévorante [12]. Ici, l’impératif de jouissance supplante le politique. L’exemple le plus significatif nous est donné par l’interview d’Hillary Clinton qui accueille ces images comme une offrante. Hilare, elle exalte sa toute puissance et fait partager sa jubilation suite au lynchage : « Nous sommes venus, nous avons vu, il [Kadhafi] est mort ! » a-t-elle déclaré au micro de la chaîne de télévision CBS. [13]

La violence infligée au chef d’Etat libyen est aussi, pour les autres dirigeants occidentaux, un moment propice pour exprimer leur satisfaction et jouir de la réussite de leur initiative. « On ne va pas non plus verser des larmes sur Kadhafi », a notamment déclaré Alain Juppé. [14]

Le corps meurtri comme icône de la violence

Les prises de position de nos dirigeants politiques, suite à la diffusion de ces images, nous confirment que l’élimination de Kadhafi est bien l’objectif de cette guerre et non la protection des populations. La tribune du 15 avril, de Barack Obama, Nicolas Sarkozy et de David Cameron, publiée conjointement par The Times, The International Herald Tribune, Al-Hayat et Le Figaro, nous avait pourtant communiqué qu’« Il ne s’agit pas d’évincer Kadhafi par la force. Mais il est impossible d’imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi. » Ainsi, sa violence consisterait essentiellement dans le fait qu’il n’ait pas abandonné le pouvoir, alors qu’il était inconcevable qu’il reste. Son image incarnerait la tyrannie, puisqu’il n’a pas rencontré l’amour des dirigeants occidentaux envers les populations libyennes. « Il (Kadhafi) s’est comporté de façon très agressive. Il a reçu de bonnes conditions pour se rendre, il les a refusées », a ajouté M. Juppé.

Les médias nous confirment que « les dictateurs finissent toujours comme cela ». Les marques de la violence font apparaître l’invisible. Le lynchage devient la preuve même que le supplicié était un dictateur. Ces stigmates nous montrent ce que l’on n’a pu voir : la preuve des massacres devant être perpétrés par Kadhafi. Ils sont une révélation de son intentionnalité, de ce au nom de quoi l’OTAN a justifié son intervention.

Une identité est ainsi opérée entre les massacres attribués au colonel et son corps ensanglanté. Les marques sur le corps vivant, puis sur la dépouille, ne représenteraient pas la violence des « libérateurs », mais porteraient le signe du sang versé par Kadhafi.

La violence du meurtre nous montre qu’il s’agit bien d’une vengeance. Elle atteste ainsi que ses auteurs sont bien des victimes et que cet assassinat est de l’ordre du sacré.

L’exhibition d’un pouvoir sans limite

Les images de l’acte sacrificiel permettent à nos dirigeants d’exhiber un pouvoir sans limite. Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, a révélé que l’aviation française, sur demande de l’état-major de l’OTAN, avait « stoppé », c’est à dire bombardé le convoi en fuite à bord duquel se trouvait Kadhafi [15]. Il revendique ainsi un acte de violation de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. A cette occasion, Alain Juppé a aussi reconnu que l’objectif de l’invasion était bien de mettre le CNT au pouvoir : « L’opération doit aujourd’hui s’achever puisque l’objectif qui était le nôtre, c’est-à-dire accompagner les forces du CNT dans la libération de leur territoire, est maintenant atteint » [16]. La réussite de l’offensive de l’OTAN s’est accompagnée, de la part des vainqueurs, de déclarations de plus en plus nombreuses actant la violation systématique, mais à bon droit, de la résolution de l’ONU. Le philosophe, écrivain, cinéaste, stratège et diplomate, Bernard Henri Levy a aussi témoigné dans son livre « La guerre sans l’aimer » que « La France a fourni directement ou indirectement de très importantes quantités d’armes aux rebelles libyens qui combattaient pour renverser Mouammar Kadhafi [17] ». Ces différentes déclarations attestent de la structure psychique de l’enfant tout puissant, phallus de l’Etat maternel, d’un pouvoir sans limite situé au delà de la parole et qui ainsi n’a pas à respecter ses engagements.

Ces différentes prises de position rappellent les déclarations de Tony Blair, reconnaissant qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak, mais que la guerre contre Saddam Hussein était justifiée, car elle avait mis fin au règne d’un dictateur.

La victime et le sacrifice : les valeurs d’un retour à la barbarie

Le meurtre de Kadhafi, cet acte de « vengeance des victimes », a pour conséquence qu’il ne sera pas jugé. Cet assassinat rencontre les intérêts des firmes pétrolières et des gouvernement occidentaux. Leurs rapports étroits avec le régime du colonel ne seront pas mis sur la place publique. La substitution des images du lynchage à l’organisation d’un procès devant la Cour pénale internationale a surtout pour conséquence que, au lieu d’être stoppée par la parole, la violence devient infinie. La Libye, tout comme l’Irak et l’Afganistan, deviendra le cadre d’une guerre perpétuelle. Quant à nos régimes politiques, ils s’enfoncent dans un état d’exception permanent. Celui-ci accompagne l’émergence d’un pouvoir absolu, dont l’acte politique se place au delà de tout ordre de droit.

Une intervention militaire, engagée au nom de l’amour des dirigeants occidentaux envers les populations victimes d’un « tyran » [18] et magnifiée par l’exhibition du sacrifice de ce dernier, révèle une régression de nos sociétés vers la barbarie.

Le traitement du sacrifice de Kadhafi comme une icône confirme le caractère chrétien d’une guerre faite au nom de l’amour des victimes. La destruction de la Libye, par les forces de l’OTAN, s’inscrit dans la longue tradition des croisades, des guerres contre la loi symbolique initiées au nom de l’homme-Dieu [19]. Celles-ci résultaient déjà d’une réorganisation de l’Europe occidentale sous l’autorité du Pape [20]. Aujourd’hui, ce conflit, encore davantage que la guerre en Irak, produit une subsomption totale des pays européens sous l’Empire étasunien.

La guerre pour la démocratie est la version post-moderne de la « guerre sainte ». Celle-ci était sacrée, non parce qu’elle portait contre les « infidèles », mais par le fait même qu’elle était prêchée par le Pape, le représentant infaillible de l’homme-Dieu. Aujourd’hui, le caractère sacré de l’attaque résulte du caractère naturellement démocratique de son commanditaire étasunien, dont le président a reçu le prix Nobel de la Paix au début de son mandat, avant même qu’il ait posé un quelconque acte politique. Ce prix consacre le président étasunien en tant qu’icône chrétienne, en tant qu’incarnation dans l’image, de la paix et de la démocratie. Dans cette version laïcisée, il ne s’agit plus de sacralisation de l’homme conçu à l’image de Dieu, mais à l’image de lui-même, de sa nature pacifique et démocratique.

Jean-Claude Paye et Tülay Umay

Jean-Claude Paye est sociologue, auteur de De Guantanamo à Tarnac: L’emprise de l’image. Tülay Umay est sociologue et travaille notamment sur les structures sociales et psychiques de la postmodernité.

Notes

[1] Chanson composée en 1946 par Abel Meeropol afin de dénoncer les Necktie Party ( pendaison) qui avait lieu dans le Sud des Etats-Unis et auxquels les blancs assistaient habillés sur leur 31. Cette chanson fut offerte à Billie Holiday au cours de sa carrière, et rencontra un immense succès lors de sa sortie.

[2] Abraham, levant un couteau pour frapper son fils, trouve en lieu et place de l’enfant un bélier pour le sacrifice. C’est le bélier primordial qui doit mourir, l’animal-père, le père primitif, c’est-à-dire une lignée fantasmatique des ancêtres, mais aussi une divinité archaïque, une figure féroce de Dieu réclamant sans cesse des sacrifices. in Jean-Daniel Causse, « Le christianisme et la violence des dieux obscurs, liens et écarts », AIEMPR, XVIIe congrès international Religions et violences ?, Strasbourg, 10-14 juillet 2006, http://www.aiempr.org/articles/pdf/aiempr9.pdf

[3] Paul Laurent Assoun, Le fétichisme, Que sais-je ?, PUF, 1994. « Le fétiche ou l’objet au pied de la lettre », in Eclat du fétiche, Revue du Littoral 42.

[4] Réné Girard, La Violence et le sacré, Le Seuil 1972.

[5] Le signifiant primordial du désir de la mère est normalement refoulé grâce à la substitution du signifiant du Nom du Père qui inscrit dans le langage. Le sacrifice est un retour à cet état de nature d’unification à la mère. In Catherine Alcouloumbré, « La métaphore paternelle », Espaces Lacan, séminaire 1998-1999.

[6] Bible Chrétienne, II, Commentaires, Èditions Anne Sigier, 1990, p. 318, in Nicolas Buttet, L’Eucharistie à l’école des saints, Éditions de l’Emmanuel, Paris 2000, p. 38.

[7] Jean-Daniel Causse, « Le christianisme et la violence des dieux obscurs, liens et écarts », AIEMPR, XVIIe congrès international Religions et violence ?, Strasbourg 2006, p. 4.

[8] Elles sont le miroir de deux opérations langagières fondamentales que sont la substitution et la combinaison, à savoir l’axe paradigmatique et l’axe syntagmatique, lire : Vincent Calais, La théorie du langage dans l’enseignement de Jacques Lacan, L’Harmattan, Paris 2008, p. 59.

[9] Hervé Linard de Guertechin, « A partir d’une lecture du sacrifice d’Isaac (Genèse 22), Lumen Vitoe 38 51987), pp. 302-322.

[10] Cette dette, contrairement au péché originel, est unificatrice car elle met en relation l’homme avec l’autre, à partir d’un devenir et non d’un originaire. Le péché originel au contraire enferme dans l’image d’un surmoi.

[11] « Kadhafi préférait “mourir en Libye qu’être jugé” par la CPI », La Libre Belgique + AFP, le 31/10/2011.

[12] « Le sacrifice se centre sur le noyau sacrificiel originel : l’endocannibalisme » in Pierre Solié, Le sacrifice fondateur de civilisation et d’individuation,résumé adhes.net, http://www.adhes.net/Documents/Extraitsdelivres/PierreSoli%C3%A9/LESACRIFICE.aspx

[13] http://www.dailymotion.com/video/xlvs6g_hillary-clinton-nous-sommes-venus-nous-avons-vu-il-mourut_news

[14] « La mort de Kadhafi marque la fin de l’engagement de l’OTAN en Libye », LeMonde.fr avec AFP, le 21/10/2011. http://www.lemonde.fr/libye/article/2011/10/21/la-mort-de-kadhafi-marque-la-fin-de-l-engagement-de-l-otan-en-libye_1591699_1496980.html

[15] « L’aviation française a stoppé le convoi de Kadhafi, affirme Longuet », TF1, http://videos.tf1.fr/infos/2011/l-aviation-francaise-a-stoppe-le-convoi-dans-lequel-se-trouvait-6778966.html

[16] « La mort de Kadhafi marque la fin de l’engagement de l’OTAN en Libye », LeMonde.fr, Op. Cit.

[17] « Les coulisses de la guerre selon BHL », La Libre Belgique, le 7/11/2011, http://www.lalibre.be/culture/livres/article/698459/les-coulisses-de-la-guerre-selon-bhl.html

[18] Jean-Claude Paye, Tülay Umay, « Faire la guerre au nom des victimes », Réseau Voltaire, le 9 mai 2011, http://www.voltairenet.org/Faire-la-guerre-au-nom-des

[19] Maurice Bellet, Le Dieu pervers, Desclée de Brouwer, Paris 1979, pp 16-17.

[20] Paul Rousset, « Les origines et les caractères de la première Croisade », La Baconnière, Neuchâtel 1945.

Source : Mondialisation.ca

Le nucléaire israélien revisité

23 nov

par Joseph Massad pour Al-Jazeera

La presse internationale en fait des reportages depuis la fin des années 1960. Les détails historiques de l’affaire sont également bien connus.

En 1955, le président Dwight Eisenhower a donné à Israël son première petit réacteur nucléaire, installé à Nahal Sorek. En 1964, la France a permis à Israël de construire son réacteur nucléaire beaucoup plus puissant à Dimona dans le Naqab (Néguev). En 1965, Israël a volé 200 livres de composés riches en uranium aux Etats-Unis grâce à ses espions à la Nuclear Materials and Equipment Corporation company en Pennsylvanie. En 1968, Israël a détourné un navire libérien dans les eaux internationales et a volé ses 200 tonnes de yellowcake [concentré d’uranium avant purification]. Israël possède des bombes nucléaires depuis le début des années 1970. Malgré les démentis officiels américains, Golda Meir, le quatrième Premier ministre d’Israël, aurait préparé le lancement de 13 bombes nucléaires sur la Syrie et l’Egypte en 1973 et a été stoppée de justesse de commettre cet acte génocidaire quand Henry Kissinger a fourni à Israël le transport aérien pour le plus massif transfert d’armes de toute l’Histoire, pour inverser le cours de la guerre de 1973 (comme l’avait rapporté Time Magazine). Israël a eu une collaboration permanente dans le domaine des armes nucléaires avec le régime sud-africain d’apartheid pendant des décennies, et cette collaboration ne s’est achevée qu’avec l’effondrement du régime en 1994.

Depuis, les experts ont estimé qu’Israël avait en sa possession plus de 400 engins nucléaires, dont des armes thermonucléaires dans la gamme des mégatonnes, des bombes à neutrons, des armes nucléaires tactiques et des valises nucléaires [armes nucléaires suffisamment miniaturisées pour être transportables dans une mallette). Il dispose également de systèmes de missiles pouvant être lancés avec une portée de 11500 km (qui peuvent donc aller au-delà de l’Iran). Israël a également des sous-marins capables de lancer des attaques nucléaires, ainsi que des chasseurs à réaction qui peuvent lâcher des charges nucléaires.

Israël a empêché avec zèle ses voisins de même acquérir des réacteurs nucléaires à des fins pacifiques. Cet Etat a violé le droit international en bombardant en 1981 le réacteur nucléaire d’Osirak - en cours de construction en Irak avec une collaboration française - dans une attaque sans aucune provocation préalable, et même si le réacteur devait être utilisé, selon les gouvernements français et irakien, à des fins pacifiques et scientifiques. Israël a aussi bombardé en 2007 ce qui, selon ce qu’affirmaient des rapports de ses services de renseignement, aurait été un réacteur nucléaire nord-coréen en construction en Syrie. Le Mossad israélien a également été lié au cours des dernières décennies à l’assassinat de nombreux égyptiens, irakiens et iraniens spécialistes du nucléaire. Israël continue de refuser de signer le Traité de non-prolifération nucléaire et refuse de permettre aux membres de la Commission internationale d’énergie atomique (IAEA) d’inspecter son réacteur de Dimona.

Israël, un pays prédateur et agressif qui a toujours lancé des guerres contre tous ses voisins depuis sa création, qui a expulsé des centaines de milliers de personnes, fait des millions de réfugiés palestiniens, libanais, égyptiens, et a assassiné des dizaines de milliers de civils et utilisé des armes interdites au niveau international (du napalm jusqu’aux bombes au phosphore, pour citer les cas les plus notoires), continue d’occuper les territoires palestiniens et d’opprimer le peuple palestinien en violation du droit international. Israël s’appuie sur une idéologie étatique raciste, anti-arabe et anti-musulmane, à laquelle souscrivent ses dirigeants, les structures gouvernementales et les institutions et qui se retrouve dans sa culture populaire et politique et dans un grand éventail de ses lois. En effet, Israël a non seulement constamment lancé des guerres contre ses voisins, mais il a aussi exhorté les puissances mondiales à envahir ces mêmes voisins tout en se faisant le commanditaire de campagnes racistes et haineuses anti-arabes et anti-musulmanes aux États-Unis et en Europe. Israël a intégré ce racisme dans ses programmes scolaires et universitaires et dans une grande partie de sa production culturelle.

Politiques racistes

Protecteur d’Israël, les Etats-Unis sont le seul pays au monde qui ait jamais délibérément utilisé des bombes nucléaires contre des populations civiles, qui continue de vouloir justifier cette décision 66 ans après cet acte génocidaire, et qui conditionne sa population, dans ses programmes scolaires et dans les médias pour continuer à la défendre. Les Etats-Unis ont également assuré que l’arsenal nucléaire d’Israël ne serait jamais discuté au Conseil de sécurité des Nations unies, malgré les propositions régulières au fil des décennies pour pouvoir en parler. L’insistance des Etats-Unis à garder la capacité nucléaire d’Israël « secrète » [malgré son caractère public] a pour raison, entre autres choses, de faire perdurer l’aide américaine à Israël car au niveau légal, une condition clé pour recevoir une telle aide est que les pays bénéficiaires soient signataires du Traité de non-prolifération nucléaire. Or Israël refuse de le signer.

Pourtant, les États-Unis et Israël, qui ont été les principales menaces à la paix mondiale et même les principaux fauteurs de guerre au niveau mondial depuis la Seconde Guerre mondiale, insistent à prétendre que l’Iran, un pays dont le régime actuel n’a jamais envahi aucun pays – mais a plutôt été envahi par l’Irak de Saddam Hussein en 1981 à l’instigation des dictatures du Golfe riches en pétrole et leurs parrains américains et français – serait une menace pour la paix dans le monde si elle possédait une arme nucléaire.

La politique raciste des États-Unis quant à savoir qui devrait être autorisé à posséder des armes nucléaires et qui ne l’est pas (en fonction de critères raciaux, au bénéfice de ceux qui sont européens ou de souche européenne), il doit être clair que dans la mesure où existerait une course au nucléaire au Moyen-Orient, elle est encouragée par le bellicisme d’Israël et sa possession de ce genre d’armes de destruction massive. Si le Moyen-Orient doit être une zone exempte d’armes nucléaires, alors les pressions internationales doivent commencer par s’appliquer sur Israël qui est le seul pays de la région à posséder de telles armes, et non pas par l’Iran, que celui-ci soit ou non en train d’en développer.

Le racisme de l’administration Obama envers les Arabes et les Musulmans n’a vraiment pas de limites, mais pour les habitants du Moyen-Orient (Arabes, Turcs, et Iraniens), les critères racistes dont use Obama ne sont pas terriblement persuasifs. Avoir ou ne pas avoir l’arme nucléaire est une question de sécurité humaine et absolument pas un privilège racial européen. Alors que les Etats-Unis n’ont pas à craindre les bombes nucléaires israéliennes, les pays voisins d’Israël et leurs populations civiles ont été pendant des décennies (et continuent d’être) terrorisés par l’existence de ces mêmes bombes, et pour de bonnes raisons. Une fois que Barack Obama aura compris cela, les peuples de la région reconsidéreront leur opinion sur la crédibilité des Etats-Unis quand ceux-ci disent craindre une prétendue prolifération nucléaire.

Joseph Massad

Joseph Massad est professeur associé de politique arabe et d’histoire intellectuelle à l’Université de Columbia. Son dernier livre s’intitule : The Persistence of the Palestinian Question ; Essays on Zionism and the Palestinians – Version française : La persistance de la question palestinienne.

À lire également sur la crise iranienne et les armes nucléaires :

- Rapport de l’AIEA sur l’Iran : Les « preuves » sont périmées !

- Mr. Amano roule pour Washington

- La guerre d’Irak est finie, mais le parti de la guerre persiste

- Les Etats-Unis planifient un renforcement militaire dans le Golfe persique pour compenser le retrait de l’Irak

- L’étrange complot contre l’ambassadeur saoudien aux Etats-Unis

- Le désarmement en demi-teintes

- L’Iran se bat contre la prolifération nucléaire

- Qui a peur du nucléaire civil iranien ?

- Deux minutes avant minuit ?

- Quelle stratégie iranienne pour Obama après les élections de mi-mandat ?

- La guerre d’Iran aura-t-elle lieu ?

- De SALT aux ZEAN : 40 ans de désarmement nucléaire

- Le TNP ou la logique du leurre

- Le mensonge nucléaire

Article original : Nuclear Israel revisited

Traduction : al-Mukhtar pour [Info-Palestine]

« La zone euro va exploser ! » (vidéo)

22 nov

Source : Minuit Moins Une

Prise de pouvoir à la BCE

22 nov

par Mike Whitney pour CounterPunch

« Le temps s’épuise très vite. Je pense que nous disposons peut-être de quelques mois – voire de quelques semaines ou de quelques jours – avant qu’un risque important de défaut de paiement fondamentalement inutile ne se produise de la part d’un pays comme l’Espagne ou l’Italie, ce qui serait une catastrophe financière entraînant avec elle le système bancaire européen et nord-américain. Par conséquent, ils doivent agir maintenant. » Willem Buiter, Chef économiste de Citi.

Alors que le boycott des obligations souveraines en Europe s’est étendu depuis le Sud aux pays bénéficiant d’un triple A, comme la Finlande, les Pays-Bas et la France, il est devenu de plus en plus difficile pour les banques et les entreprises d’obtenir du financement à court-terme. Le coût pour échanger des euros contre des dollars augmente régulièrement, tandis que les prêts interbancaires ont commencé à se contracter. Pendant que les banques amassent plus de capital (pour remplir les nouvelles règles) et qu’elles réduisent leurs prêts, les entreprises sont obligées de réduire leurs opérations et de tailler dans leurs investissements. C’est ainsi qu’une crise de la dette se métamorphose en une crise du crédit qui ralentit la croissance et envoie l’économie à toute vitesse vers la récession.

Selon le Financial Times, les quatre plus grosses banques du Royaume-Uni ont déjà réduit « de plus de 24% le volume de leurs prêts interbancaires » – une indication claire de la sévérité de cette crise. Si les décideurs politiques sont incapables de parvenir à un accord sur un remède qui pourrait calmer les marchés, alors les banques continueront de refuser d’acorder des prêts et l’économie plongera.

Vendredi dernier, la BCE a annoncé qu’elle accroîtra son programme de rachat d’obligations à 20 milliards d’euros par semaine afin de stopper la contagion et de soutenir des pays chancelants comme l’Espagne et l’Italie. Voici un extrait de ce qu’à déclaré Bloomberg :

« Alors que la résistance parmi les membres du conseil de BCE s’accroît, les gouverneurs de la Banque Centrale Européenne se sont mis d’accord sur une limite supérieure de 20 milliards d’euros pour acheter des dettes souveraines, a rapporté le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung [FAZ] [.]

« Les membres hollandais et autrichien du conseil de la BCE ont ajouté leurs voix au scepticisme concernant le programme de rachat d’obligations, a déclaré le quotidien. Parmi ceux qui s’opposent à ce rachat, on retrouve le président de la Bundesbank Jens Weidmann, un membre du comité directeur de la BCE, Jürgen Stark, et Yves Mersch, le gouverneur de la banque centrale du Luxembourg, a dit FAZ ».

La bataille entre l’Allemagne – la plus grande économie de la zone euro – et la BCE couve depuis des mois. L’Allemagne est catégoriquement opposée à toute mise en commun des dettes et ne soutiendra donc pas les eurobonds [obligations européennes], les transferts fiscaux ou l’autorisation donnée à la BCE pour agir comme prêteur en dernier ressort. Voici comment le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, a résumé la situation dans une récente interview :

« Le système de l’euro [.] ne doit pas être un prêteur en dernier ressort pour les Etats souverains, parce que cela violerait l’Article 123 du traité de l’UE [interdisant le financement monétaire - ou le financement des gouvernements par la banque centrale]. Je ne vois pas comment on peut assurer la stabilité d’une union monétaire en violant ses dispositions légales.

« Je pense que l’interdiction du financement monétaire est très importante pour assurer la crédibilité et l’indépendance de la banque centrale, ce qui nous permet de tenir nos engagements quant à la stabilité des prix. »

Alors que la position allemande repose sur des principes, elle est impraticable. L’Europe est en crise et une ruée bancaire au ralenti se transforme rapidement en panique totale. Il faudra que les décideurs politiques soient flexibles s’ils veulent éviter un nouvel effondrement du type Lehman Brothers.

En contraste, la position de la BCE ne repose pas seulement sur des principes, mais aussi sur des calculs et le cynisme. Tous ceux qui ont suivi les évènements savaient que le fonds d’urgence (le FESF) ne serait jamais prêt à temps pour répondre à la tempête sur le marché obligataire. Les rendements continueraient donc de croître (ce qu’ils ont fait) jusqu’à ce que la BCE apporte une forme de protection. Mais la BCE a retardé son intervention jusqu’à ce qu’elle ait renversé le Premier ministre Silvio Berlusconi et installé son propre agent (Mario Monti) aux commandes de l’Italie pour mettre en oeuvre son dictat. Autrement dit, le chef de la BCE, Mario Draghi, a manipulé délibérément les achats d’obligations afin d’effectuer des changements de régime avant de faire un pied de nez à l’Allemagne et faire exactement ce qu’il avait prévu depuis le tout début. Pour ceux qui en doutent encore, qu’ils jètent un coup d’oil sur cet article de Reuters paru vendredi dernier :

« La Banque Centrale Européenne est prête à faire preuve de flexibilité dans sa réponse à la crise de la dette de la zone euro, malgré la résistance bruyante d’un groupe de décideurs politiques de la BCE, conduit par l’Allemagne, au déclenchement d’une puissance de feu implacable dont la BCE a la capacité [.]

« Les responsables de la BCE, en dehors du groupe conduit par les Allemands, sont prêts à se servir du programme controversé de rachat d’obligations pour aider à faire baisser les coûts d’emprunt des gouvernements si ceux-ci atteignent des niveaux insoutenables, ainsi que l’Italie en fait actuellement l’expérience [.]

« Les responsables de la BCE ont accueilli favorablement la nomination de Mario Monti comme nouveau Premier ministre de l’Italie et ils ont hâte que son administration tienne ses engagements en ce qui concerne les mesures d’austérité pour rétablir la confiance dans les finances publiques italiennes en piteux état [.]

« Marko Franjec, patron de la banque centrale slovène et membre, comme Weidmann, du Conseil des 23 Gouverneurs de la BCE, a déclaré à Reuters samedi dernier que les réformes d’austérité de l’Italie vont dans la bonne direction et que la BCE était prête à soutenir les emprunteurs souverains tant que cela ne met pas en danger la stabilité des prix.

« Nous sommes flexibles », a dit Kranjec. Il a refusé de commenter en détail les rachats d’obligation par la BCE mais il a dit qu’ils iraient « aussi loin que nécessaire ». (« Analyse : malgré le tapage, la BCE est prête à faire preuve de flexibilité par rapport à la crise », Reuters)

« Aussi loin que nécessaire ? » La question a donc été déjà tranchée ?

Voyez-vous de quoi il retourne ? Draghi est ses cohortes de banquiers n’ont jamais eu la moindre intention de suivre les termes du traité. (« Pas de renflouement ») C’est juste un jeu énorme. Ils avaient seulement besoin de temps pour chasser Berlusconi et installer leur propre régime fantoche avant de passer au festin de rachat d’obligations. Voici encore ce que dit Reuters :

« Les responsables de la zone euro et le Fonds Monétaire International ont discuté de l’idée que la Banque Centrale Européenne prête au FMI afin d’apporter les fonds suffisants pour renflouer jusqu’aux plus gros Etats souverains de la zone euro, ont déclaré des officiels [.]

« Mais le règlement de l’UE interdit à la BCE de financer les emprunts des gouvernements [.] Les décideurs politiques ont par conséquent discuté de la manière d’impliquer la BCE pour combattre la crise sans remettre en cause son indépendance. Prêter de l’argent au FMI, plutôt qu’à tout gouvernement de la zone euro, pourrait y parvenir, ont dit des officiels [.]

« L’Art. 23 des statuts de la BCE stipule que « la BCE peut conduire tous types de transactions bancaires en relation avec des pays tiers et des organisations internationales, y compris des opérations pour emprunter ou accorder des prêts ».

Le FMI pourrait donc se servir de l’argent de la BCE pour financer diverses opérations de sauvetage dans la zone euro, comme des plans de renflouement, des lignes de crédit préventives, de son propre chef ou en coopération avec le FESF.

« C’est faisable », a dit un deuxième officiel de la zone euro. Deux autres responsables de la zone euro ont dit qu’ils avaient entendu parler de cette idée. (« La BCE pourrait prêter au FMI pour sauver la zone euro : officiels », Reuters)

A-t-on une idée à quel point ces individus sont malhonnêtes ? Les traités ne signifient rien pour eux : ce sont juste des inconvénients qui peuvent être balayés d’un revers de main, chaque fois qu’ils le décident. Et c’est la façon dont les eurocrates conduisent toutes leurs affaires. Prenez juste en considération la proposition pour un Mécanisme Européen de Stabilité [1]. Le MES est censé créer une facilité permanente pouvant fournir des prêts aux pays qui sont dans la détresse à cause des taux d’intérêts croissants sur les obligations souveraines. Mais le véritable objectif du MES est d’établir une autorité fiscale supra-nationale dont les directeurs et le personnel partagent une « immunité absolue par rapport à toute forme de processus judiciaire ». Le MES est essentiellement un gouvernement invisible disposant d’un pouvoir hors de tout contrôle, afin de mettre en oeuvre la politique des banksters et des bureaucrates non élus.

Le MES crée la base légale d’une dictature de l’UE. Si le traité est ratifié, le MES sera capable de tirer d’un pot commun 700 milliards d’euros pour acheter les obligations souveraines des pays en difficulté. Mais ce n’est que le début, parce que, selon l’Article 10 : « Le conseil des gouverneurs [.] peut décider de la modification du capital autorisé et d’amender l’Article 8 [.] en conséquence ». Autrement dit, les gérants de ce fonds sont libres d’accroître le montant du fonds à chaque fois qu’ils le veulent, et il est demandé « irrévocablement et inconditionnellement » à chacun des Etats d’apporter l’argent.

Qu’en est-il de la démocratie ?

Que se passera-t-il si un pays est incapable d’apporter cet argent supplémentaire au MES – ou qu’il ne le veuille pas ?

Eh bien, selon l’Article 27, (intitulé) « Le Statut Juridique, Privilèges et Immunités » [.] « Le MES aura l’entière personnalité juridique, il aura la pleine capacité légale pour [.] être partie dans les procédures juridiques ». Le MES a donc le droit de poursuivre les pays et de leur réclamer des indemnités s’ils ne satisfont pas aux conditions de ce contrat.

D’un autre côté, ni le MES ni l’un de ses directeurs ou personnel ne peut être poursuivi quelle que soit l’infraction commise. Ils bénéficient d’une immunité totale par rapport aux actions menées par les branches exécutives, judiciaires ou législatives du gouvernement. Ce traité abroge avant tout les statuts civils et criminels pour tous ceux qui sont liés à ce fonds. Visez un peu ! :

Article 27 – Le MES, sa propriété, son financement et ses actifs bénéficieront d’une immunité par rapport à toute forme de procédure judiciaire.

Article 27 (suite) : La propriété, le financement et les actifs du MES ne pourront [..] faire l’objet de recherche, d’enquête, de confiscation, d’expropriation ou de toute forme de saisie, par une action exécutoire, administrative ou législative.

Article 30 : Immunités des personnes : 1- Les gouverneurs, les gouverneurs remplaçants, les directeurs, les directeurs remplaçants, de même que le Directeur général et les autres membres du personnel seront à l’abri de toute procédure légale par rapport aux actions qu’ils auront exécutées [.] et ils bénéficieront de l’inviolabilité pour ce qui est de leurs papiers et de leurs documents officiels.

Toute personne travaillant pour le MES ne peut être tenue responsable de quoi que ce soit, peu importe la flagrance du crime. Et toute documentation personnelle et officielle peut ne pas être divulguée au public. Pas la moindre transparence, secret total.

Naturellement, les banksters, les politiciens et autres élites essayent de précipiter cette abomination au travers d’un processus de ratification avant que le public ne réalise ce qu’il contient réellement. Ils font la promotion du MES comme s’il s’agissait d’un outil essentiel pour répondre aux crises potentielles dans le futur. Mais n’en croyez rien ! Les grosses légumes [et autres barons voleurs] sont juste en train de mettre au point une nouvelle série de pillage.

Mike Whitney

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Notes

[1] Le mécanisme européen de stabilité (MES) est un dispositif de gestion des crises de la zone euro qui doit remplacer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF) en 2013. L’idée d’un tel système est né de la crise de la Grèce en 2010.

Le 21 mars, les ministres des Finances de la zone euro sont parvenus à un accord sur les modalités de fonctionnement du Mécanisme européen de stabilité (MES). Destiné à soutenir les Etats membres de la zone euro sur lesquels pèsent des difficultés financières importantes, cet organe de coopération intergouvernementale sera opérationnel dès juillet 2013.

Le communiqué de presse officiel

Réunis en Eurogroupe exceptionnel les ministres des Finances de la zone euro ont trouvé un accord le 21 mars 2011 sur les principes du futur Mécanisme européen de stabilité (MES) qui sera mis en ouvre à compter de juillet 2013. Cet instrument intergouvernemental a pour objet de refinancer des États membres de la zone euro et bénéficiera, à cet effet, d’une garantie de 500 milliards d’euros apportée par l’ensemble de ces États. D’autres États européens dont la monnaie n’est pas l’euro souhaitant témoigner de leur solidarité pourront y contribuer.

Une institution internationale établie par traité

Le MES est destiné à remplacer le fonds européen de stabilisation financière à partir de la mi-2013. Organisation nouvelle de droit public international établie par un traité entre les États membres de la zone euro, son but est d’apporter une assistance financière aux États de la zone euro touchés ou menacés par de sévères difficultés financières afin de sauvegarder la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble. Les décisions les plus importantes seront adoptée par consensus par un Conseil des gouverneurs composé des ministres des Finances de la zone euro. Ce consensus se fera sur la base d’une analyse de soutenabilité de la dette de l’État membre concerné, réalisée par la Commission européenne et le Fonds monétaire internationnal (FMI), en liaison avec la Banque centrale européenne (BCE)

Une institution disposant d’une capacité d’intervention financière adossée à deux instruments

Le MES sera doté d’une capacité d’intervention financière effective de 500 milliards d’euros qui sera assurée grâce à la constitution d’un capital total de 700 milliards d’euros, composé de 80 milliards d’euros de capital libéré et de 620 milliards d’euros de capital appelable.

40 milliards d’euros de capital libéré seront disponibles dès juillet 2013, la mise à disposition des 40 milliards d’euros autres s’étalera sur les trois années suivantes. Chaque État contribuera au capital du MES en fonction d’une clef de répartition basée sur les contributions au capital de la BCE ajustée marginalement pour tenir compte de la richesse relative des pays. Pour la France, cela impliquera une contribution proche de 20 % de ce montant total.

Une institution travaillant en étroite collaboration avec le FMI

Le MES coopérera étroitement avec le FMI, afin de définir conjointement les programmes d’ajustement et de coordonner les modalités d’assistance financière, dont la tarification et les échéances des prêts. En outre, l’intervention du MES s’accompagnera d’une participation du secteur privé, conformément aux pratiques du FMI. Afin de faciliter la participation du secteur privé, des clauses d’action collectives identiques et standardisées seront, par ailleurs, introduites dans tous les obligations souveraines de la zone euro pour des maturités dépassant un an et à compter de juillet 2013.

Article original : Powergrab at the ECB

Traduction : JFG

Goldman Sachs : les nouveaux maîtres du monde ? (vidéo)

21 nov

Synopsis Actualité Distincte : Comment Goldman Sachs, petite maison de courtage fondée en 1869 par un immigré allemand, est-elle devenue la banque d’affaires la plus puissante du monde ?

La première chose que l’on apprend chez Goldman Sachs c’est que l’on ne doit pas parler de Goldman Sachs. Les anciens ont peur, les stagiaires se cachent. Depuis décembre 2006, les banquiers de Goldman Sachs savaient qu’une crise financière se préparait et ont largement tiré profit de cette précieuse information.

Les Américains, eux, en ont subi les conséquences et commencent à se réveiller. Ce plongeon au coeur de l’une des plus grandes institutions de Wall Street permet de lever le voile sur les méthodes de la finance mondiale.

Goldman Sachs, le trait d’union entre Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos

Qu’ont en commun Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos ? Le nouveau président de la Banque Centrale Européenne, le président désigné du conseil italien et le nouveau Premier ministre grec appartiennent à des degrés divers au “gouvernement Sachs” européen. La banque d’affaires américaine a en effet tissé en Europe un réseau d’influence unique sédimenté depuis des lustres grâce à un maillage serré, souterrain comme public.

A tout concours, il faut une hiérarchie. Le premier prix revient bien sûr à Mario Draghi, vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe entre 2002 et 2005. Nommé associé, il est chargé des ”entreprises et pays souverains“. A ce titre, l’une des missions est de vendre le produit financier “swap” permettant de dissimuler une partie de la dette souveraine, qui a permis de maquiller les comptes grecs. Vient ensuite Mario Monti, conseiller international depuis 2005. Arrive en troisième position Lucas Papadémos, qui vient d’être nommé Premier ministre de la Grèce, qui fut gouverneur de la Banque centrale hellénique entre 1994 et 2002, qui a participé à ce titre à l’opération de trucage des comptes perpétré par Goldman Sachs. Le gestionnaire de la dette grecque est d’ailleurs un certain Petros Christodoulos, un ex-trader de la firme.

Deux autres poids lourds tiennent le haut du pavé dans la défenestration de l’euro, Otmar Issing, ex-président de la Bundesbank et Jim O’Neill, l’inventeur du concept des BRICS, l’acronyme désignant les marchés émergents à fort potentiel de croissance (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ex-président de Goldman Sachs International dont il est resté l’un des administrateurs, l’Irlandais Peter Sutherland a joué un rôle-clé dans le sauvetage de l’Irlande. Enfin, Paul Deighton, qui a passé 22 ans chez Goldman Sachs, est directeur général du comité organisateur des Jeux Olympiques de Londres en 2012. La lanterne rouge car chacun sait que le sport comme l’amitié est hors concours.

Pourtant, au-delà des apparences, le réseau d’influence qui a fait sa puissance avant ou pendant la tourmente politique financière de 2008 a perdu de son efficacité. En effet, les complicités anciennes entretenues par les ex-banquiers centraux chevronnés mobilisés pour tirer les ficelles se révèlent moins utiles face à des politiciens sensibles à l’impopularité des professionnels de la finance tenus pour responsables de la crise. Là où Goldman Sachs pouvait facilement exercer ses talents, une série d’affaires – la Grèce, la spéculation contre l’euro, le scandale Abacus auquel a été mêlé le goldmanien français Fabrice Tourre – lui ont mis à dos la puissance publique.

Le carnet d’adresses est utile mais ne suffit plus à lui tout seul sur une planète financière complexe et technique et face à une nouvelle génération d’industriels moins pétris de respect pour l’establishment. Les patrons européens partis à la conquête du monde se sont émancipés des croisés de la haute finance style Goldman Sachs. La quête de valorisation de l’actionnaire, les exigences de transparence des comptes et les impératifs de l’expansion à l’étranger émoussent l’”effet réseau“. Enfin, devenus plus exigeants sur la qualité et l’indépendance du métier de conseil, les clients européens, mais pas seulement, exigent le respect d’un minimum d’éthique.

Et c’est là que le bât blesse à propos de Goldman Sachs. Car la banque aime placer ses hommes sans jamais laisser tomber le masque. C’est pourquoi ses hommes liges cachent cette filiation quand ils donnent une interview ou mènent une mission officielle (comme ce fut le cas de Monti qui s’est vu confier en 2010 une étude sur le marché unique européen par le président de la Commission, José Manuel Barroso).

Mario Draghi affirme qu’étant entré en fonction en 2002, il n’a rien eu à voir avec le maquillage des comptes grecs orchestré deux ans plus tôt par la banque. Et il a démissionné en 2005, soit un an avant que Goldman Sachs ne revendre une partie du “swap” en question à la National Bank of Greece, la première banque commerciale du pays, dirigée par un ancien Goldmanien, Petros Christodoulos, aujourd’hui responsable de l’organisme gérant la dette grecque.

Source Le Monde

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Le prix de la nouvelle démocratie : Goldman Sachs à la conquête de l’Europe

21 nov

par Stephen Foley pour The Independent

Tandis que les gens ordinaires s’inquiètent de l’austérité et de leur emploi, les hautes sphères du pouvoir dans la zone euro ont subi une transformation notable.

L’élévation de Mario Monti au poste de Premier ministre italien est remarquable à plus de titres que ce que l’on peut énumérer. En remplaçant Silvio Berlusconi qui surfait sur les scandales, l’Italie a délogé celui qui était indéboulonnable. En imposant au pouvoir des technocrates non élus, l’Italie a suspendu les règles normales de la démocratie, et peut-être la démocratie elle-même. Et en plaçant un haut conseiller de Goldman Sachs à la tête d’un pays occidental, elle a poussé encore plus loin le pouvoir politique d’une banque d’investissement que l’on pensait être des plus politiquement toxique.

C’est la chose la plus importante de toutes : un pas de géant vers le projet de Goldman Sachs, voire même son couronnement.

Ce n’est pas seulement M. Monti. La Banque Centrale Européenne (BCE), un autre acteur crucial dans le drame de la dette souveraine, est dirigée par un ancien de Goldman Sachs, et les disciples de cette banque d’investissement tiennent des pans entiers des hautes sphères du pouvoir dans presque tous les pays européens, comme ce fut le cas aux Etats-Unis tout au long de la crise financière. Jusqu’à mercredi dernier, la division européenne du Fonds Monétaire International (FMI) était également dirigée par un homme de Goldman Sachs, Antonio Borges, qui vient juste de démissionner pour des raisons personnelles.

Même avant le bouleversement en Italie, rien ne pouvait faire oublier le surnom de Goldman Sachs, « la Pieuvre Vampire », et à présent que ses tentacules atteignent le sommet de la zone euro, des voix perplexes commencent à poser des questions sur son influence. Les décisions politiques prises dans les semaines à venir détermineront si la zone euro paiera ses dettes, et si elle le pourra – et les intérêts de Goldman Sachs sont étroitement liés à la réponse à cette question.

Dans son livre « 13 Bankers », Simon Johnson, l’ancien économiste du FMI, soutient que Goldman Sachs et d’autres grandes banques sont devenues si proches du gouvernement dans la dernière ligne droite avant la crise financière, que les Etats-Unis étaient effectivement devenus une oligarchie. Au moins, les politiciens européens ne sont pas « achetés et rémunérés » par les grandes entreprises, comme aux Etats-Unis, dit-il. « A la place, il y a en Europe une vision du monde partagée entre l’élite politique et les banquiers, une série d’objectifs partagés et un renforcement mutuel des illusions ».

C’est le Projet de Goldman Sachs. Pour le formuler simplement, il s’agit d’étreindre fortement les gouvernement. Toutes les entreprises veulent faire avancer leurs intérêts avec les régulateurs qui pourraient entraver leurs desseins et avec les politiciens qui peuvent leur offrir des réductions fiscales, mais ce n’est pas un simple effort de lobbying. Goldman Sachs est là pour prodiguer des conseils aux gouvernements et leur apporter des financements, pour envoyer ses gens dans les services publics et faire miroiter des emplois très lucratifs aux personnes qui quittent les gouvernements. Ce Projet consiste à créer un échange si intense de personnels, d’idées et d’argent qu’il est impossible de faire la différence entre l’intérêt public et l’intérêt de Goldman Sachs.

M. Monti est l’un des économistes italiens les plus en vue et il a passé la plus grande partie de sa carrière à l’université et dans des groupes de réflexion. Mais ce fut lorsque M. Berlusconi le nomma à la Commission Européenne en 1995 que Goldman Sachs a commencé à s’intéresser à lui. D’abord comme commissaire au marché intérieur, puis en particulier comme commissaire à la concurrence, il a pris des décisions qui pouvaient faire ou défaire les accords de prise de contrôle et de fusion auxquelles travaillaient les banquiers de Goldman Sachs ou pour lesquels ceux-ci apportaient les fonds. Plus tard, M. Monti a également présidé la commission du Trésor italien sur le système bancaire et financier qui a établi la politique financière du pays.

Avec ces liens, il était naturel que Goldman Sachs l’invite à rejoindre son comité de conseillers internationaux. Au sein de Goldman Sachs, cette force de deux douzaines de conseillers internationaux agit comme une équipe de lobbyistes officieux pour faire avancer ses intérêts auprès des politiciens qui régulent son activité. Parmi les autres conseillers, on retrouve Otmar Issing qui, en tant que membre de la Bundesbank allemande, puis de la Banque Centrale Européenne, a été l’un des architectes de l’euro.

L’ancien politicien le plus important au sein de cette banque est peut-être Peter Sutherland, ministre de la justice d’Irlande dans les années 80 et, lui aussi, ancien Commissaire à la concurrence de l’UE. Il est maintenant le président du conseil d’administration du bras de courtage et de négoce de Goldman Sachs, dont le siège se trouve au Royaume-Uni, Goldman Sachs International, et, jusqu’à son effondrement et à sa nationalisation, il était également administrateur de la Royal Bank of Scotland (RBS). Il a été un porte-parole de premier plan pour le plan de sauvetage de l’Irlande par l’UE, en soutenant que les conditions des prêts d’urgence devaient être assouplies, afin de ne pas aggraver les déboires financiers du pays. L’été dernier, L’UE a accepté de réduire le taux d’intérêt de l’Irlande.

Recueillir des décideurs politiques au carnet d’adresse bien garni lorsqu’ils quittent leurs gouvernements n’est que la moitié du Projet, envoyer des disciples de Goldman Sachs dans les gouvernements est l’autre moitié. A l’instar de M. Monti, Mario Draghi, qui a pris la présidence de la BCE le 1er novembre, a alterné fonctions gouvernementales et postes chez Goldman Sachs. Il a été membre de la Banque Mondiale et directeur général du Trésor italien avant de passer trois ans comme directeur général de Goldman Sachs International entre 2002 et 2005 – pour retourner au gouvernement comme président de la banque centrale italienne.

M. Draghi a été poursuivi par une controverse sur les combines comptables menées par l’Italie et d’autres pays à la périphérie de la zone euro, alors que ceux-ci essayaient, il y a dix ans, d’intégrer la monnaie unique. En utilisant des produits dérivés complexes, l’Italie et la Grèce furent capables de réduire la taille apparente de leur dette gouvernementale, que les règles de l’euro interdisaient de dépasser les 60% du PIB. Et les cerveaux derrière plusieurs de ces produits dérivés étaient des hommes et des femmes de Goldman Sachs.

Les traders de cette banque créèrent une quantité d’accords financiers qui permirent à la Grèce de lever des capitaux pour réduire immédiatement son déficit budgétaire, en échange de remboursements étalés dans le temps. Dans l’un de ces accords, Goldman Sachs a acheminé un milliard de dollars de financement vers le gouvernement grec en 2002, dans une transaction appelée « échange transversal de devises » (cross-currency swap). De l’autre côté de cet accord, se trouvait Petros Christodoulou, alors en poste à la Banque nationale de la Grèce, qui avait commencé sa carrière chez Goldman Sachs et qui vient d’être promu à la tête de l’agence qui gère la dette du gouvernement grec. Lucas Papademos, à présent installé dans le fauteuil de Premier ministre du gouvernement d’union de la Grèce, était un technocrate qui dirigeait à l’époque la Banque Centrale grecque.

Goldman Sachs dit que la réduction de la dette réalisée par ces swaps était négligeable par rapport aux règles de l’euro, mais a exprimé quelques regrets concernant ces accords. Gerald Corrigan, un associé de Goldman Sachs qui a intégré cette banque après avoir dirigé la filiale new-yorkaise de la Réserve Fédérale américaine[1], a déclaré l’année dernière, lors d’une audition parlementaire britannique : « Il est clair, rétrospectivement, que les normes de la transparence auraient pu et auraient probablement dues être plus élevées ».

Lorsque cette question a été soulevée lors des auditions de confirmation du parlement européen pour son poste à la BCE, M. Draghi a dit qu’il n’avait pas été impliqué dans les swaps, tant au Trésor [italien] que chez Goldman [Sachs].

Il s’est avéré impossible de reste en ligne sur la Grèce, laquelle, en vertu des dernières propositions de l’UE, ne règlera effectivement pas sa dette en demandant à ses créanciers d’accepter une coupe « volontaire » de 50% sur ses obligations. Mais le consensus actuel dans la zone euro est que les créanciers des plus grands pays, comme l’Italie et l’Espagne, doivent être intégralement remboursés. Ces créanciers sont bien entendu les grandes banques du continent et c’est leur santé financière qui est la préoccupation principale des décideurs politiques. La combinaison de mesures d’austérité imposées par les nouveaux gouvernements technocratiques à Athènes et à Rome, et par les dirigeants des autres pays de la zone euro, comme l’Irlande, ainsi que les fonds de sauvetage du FMI et du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) largement financé par l’Allemagne, peuvent tous être considérés comme la conséquence de ce consensus.

« Mes anciens collègues au FMI courent partout pour essayer de justifier des plans de sauvetage de 1.500 à 4.000 milliards d’euros, mais qu’est-ce que cela veut dire ? » dit Simon Johnson. « Cela signifie sauver les créanciers à 100% ? C’est un nouveau plan de sauvetage des banques, comme en 2008 : Le mécanisme est différent, en ceci qu’il se produit au niveau souverain, pas au niveau bancaire, mais la logique est la même ».

L’élite financière est tellement certaine que les banques seront sauvées, que certains placent des paris sur une telle issue. Jon Corzine, un ancien directeur exécutif de Goldman Sachs, est retourné à Wall Street l’année dernière après avoir passé près de dix ans en politique, et il a pris le contrôle d’une entreprise historique appelée MF Global. Il a placé 6 milliards de dollars de l’argent de l’entreprise pour parier que les obligations du gouvernement italien ne se retrouveraient en défaut de paiement. Lorsque ce pari a été révélé le mois dernier, les clients et les partenaires commerciaux ont décidé qu’il était trop risqué de faire des affaires avec MF Global, et cette entreprise s’est effondrée en quelques jours. Ce fut l’une des dix plus grosses faillites de l’histoire américaine.

Le grand danger est que, si l’Italie cesse de payer ses dettes, les banques créancières pourraient devenir insolvables. Goldman Sachs, qui a contracté pour plus de 2.000 milliards de dollars d’assurance, dont une somme non révélée sur la dette des pays de la zone euro, n’en sortirait pas indemne, en particulier si une partie de ces 2.000 milliards d’assurance qu’elle a achetés s’avère être avec une banque qui disparaîtra. Aucune banque – et en particulier la Pieuvre Vampire – ne peut facilement dégager ses tentacules de ses homologues. C’est la logique des plans de sauvetage et de l’austérité, la raison pour laquelle nous avons plus de Goldman Sachs, pas moins. L’alternative est une seconde crise financière, un deuxième effondrement économique.

Illusions partagées, peut-être ? Qui oserait l’essayer ?

Stephen Foley

Note

[1] Pour comprendre le mécanisme qui a permis aux grands banquiers de Wall Street de contrôler les Etats-Unis, on lira avec intérêt « Les Secrets de la Réserve Fédérale », d’Eustace Mullins, disponible sur Amazon.fr.

Article original : What price the new democracy ? Goldman Sachs conquers Europe

Traduction : JFG

Pause automnale

10 nov

Le MecanoBlog sera de retour le lundi 21 novembre. Prenez soin de vous, et n’oubliez pas de bien vous informer. A très bientôt !

Rapport de l’AIEA sur l’Iran : Les « preuves » sont périmées !

9 nov

Avant même sa sortie, le rapport de l’AIEA sur les activités nucléaires iraniennes a servi de tremplin à la propagande mondiale des va-t-en guerre. Sa publication hier a pourtant révélé l’absence de tout élément de preuve contre l’Iran.

Toutes les affirmations ne reposent en effet que sur une seule phrase du rapport, au paragraphe 53 : « L’agence a de sérieuses inquiétudes sur de possibles dimensions militaires du programme nucléaire iranien »  ; et sur ses annexes contenant de nombreuses accusations fournies principalement par les services britanniques, américains et français, et que l’agence n’a pas pu évaluer en détail. D’autre part, ces éléments d’accusation ne comportent aucune date !

Préparant l’opinion à la guerre, les médias omettent de rapporter la suite du paragraphe 53 : « Après évaluation attentive et critique de la très grande somme d’informations disponibles, l’Agence les trouve crédibles dans leur ensemble. Elle indiquent que l’Iran a mené des activités servant au développement d’un dispositif explosif de type nucléaire. Les informations indiquent aussi qu’avant fin 2003, ces activités ont eu lieu sous un programme structuré, et que certaines de ces activités pourraient encore se poursuivre. »

Qu’est-ce à dire ?? Dans leur évaluation officielle (NIE) de 2007, les services de renseignement américains concluaient que l’Iran avait eu un programme nucléaire militaire, mais qu’elle l’avait arrêté en 2003. Et le NIE de 2011, étouffé par Obama comme le fit Cheney avec les versions précédentes, maintient cette affirmation, selon les sources de l’EIR à Washington et du journaliste Seymour Hersh dans le New Yorker. Tous les éléments contenus dans les annexes du nouveaux rapport de l’AIEA et présentés dans la presse comme des preuves fraîches, datent en réalité d’avant 2003 !

La seule affirmation concernant 2011 est que « des activités pourraient encore se poursuivre »… ça fait un peu court quand même pour déclencher une escalade nucléaire mondiale, non ? Et pourtant…

Propagande anglo-américaine

Dès que le rapport de l’AIEA a été remis aux Etats-membres de l’agence hier après-midi, il a été publié sur le site de l’Institute for Science and International Security (ISIS), un organe de désinformation stratégique tenu par le propagandiste David Albright, ancien employé de l’AIEA en Irak dont les méthodes ont été dénoncées par le célèbre inspecteur en armement de l’ONU Scott Ritter. L’ISIS est financée par la fine fleur de la finance anglophile américaine – les fondations Ford, Rockefeller, Smith-Richardson, etc.. Revêtu de son costume d’expert, Albright a été le premier a être interrogé hier par les agences de presse pour dire que l’Iran est une menace pour le monde.

Ce que personne ne vous expliquera

L’Agence Internationale à l’Energie Atomique exerce une étroite surveillance sur le programme iranien d’enrichissement de l’uranium, y compris par des dispositifs vidéo, afin de s’assurer qu’aucun matériau n’est détourné à d’autres usages que le nucléaire civil. Et lorsque l’on vous affirme que l’Iran possède suffisamment d’uranium enrichi pour quatre bombes atomiques, l’on devrait en fait vous dire qu’elle a suffisamment d’uranium enrichi à 20%, à condition qu’il soit détourné puis enrichi à 90% (le minimum pour l’usage militaire) dans des installations qui n’existent pas.

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Source : Solidarité & Progrès

The Fog of War : Eleven Lessons from the Life of Robert S. McNamara (vidéo)

8 nov

Est-il justifié pour une nation de tuer 100 000 civils en une nuit pour gagner une guerre ?

« The Fog of War » est un film entièrement centré autour de la personne de Robert S. McNamara, témoin privilégié de l’Histoire. Américain d’origine modeste, il devient après un passage à Berkeley et Harvard président de la Ford Motor Company, puis secrétaire de la Défense de John Fitzgerald Kennedy et de Lyndon Johnson, avant d’être nommé directeur de la Banque Mondiale.

C’est ce parcours et son rapport aux temps forts de l’histoire diplomatique américaine au XXe siècle qu’ Errol Morris tente d’éclaircir grâce à des dizaines d’heures d’interview avec Robert S. McNamara, des images d’archives, des reconstitutions et des documents sonores de la Maison Blanche déclassés « secret défense ».

Ce documentaire, divisé en 11 chapitres, laisse la parole presque uniquement à Robert S. McNamara, de telle sorte qu’un jeu de cache-cache finit par s’opérer entre l’interviewer et l’interviewé.

Ce documentaire est l’histoire de l’Amérique vue par l’ancien Secrétaire de la Défense américaine, Robert S. McNamara, personnalité parmi les plus controversées et les plus influentes de la scène politique internationale. A travers son analyse, nous redécouvrons les événements majeurs du XXe siècle.

Du bombardement de 100 000 civils japonais à Tokyo en 1945 au risque imminent de catastrophe nucléaire pendant la crise des missiles cubains, en passant par les effets dévastateurs de la guerre du Vietnam, « The Fog of War » examine la psychologie et les raisonnements des décisionnaires du gouvernement qui ont envoyé les hommes au combat.

Ce film apporte également une vision essentielle à quiconque souhaite comprendre l’exercice du pouvoir et ses stratégies. Un essai puissant et dérangeant sur la guerre et la nature de l’Histoire…

Documentaire d’Errol Morris (USA, 2003, 107′)

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Mr. Amano roule pour Washington

8 nov

par Kaveh L. Afrasiabi pour Asia Times Online

En se rendant à Washington, avant la sortie très attendue de son nouveau rapport sur l’Iran, le chef de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), Yukiya Amano, a confirmé les récentes affirmations de WikiLeaks, selon lesquelles il voue une intense loyauté aux Etats-Unis.

Tandis que les détails des entretiens entre Amano et les plus grosses légumes de Washington restent confidentiels, l’avalanche de spéculation dans les médias concernant le contenu de son prochain rapport, le 9 novembre, qui inclut en annexe des détails laissant entendre l’activité de prolifération que mène l’Iran dans un complexe militaire à Téhéran, ne laisse aucun doute que l’agence atomique des Nations-Unies collabore totalement avec l’intention des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux et israélien de faire monter la pression sur Téhéran pour qu’il renonce à ses activités nucléaires actuelles. Dans le cas contraire, l’Iran s’exposerait à des conséquences terribles.

L’Iran a fait l’objet de plusieurs séries de sanctions unilatérales et onusiennes pour son programme nucléaire, que certains soupçonnent être destiné à construire une arme nucléaire – une accusation que rejette Téhéran.

Depuis 2002-2003, où les responsables étasuniens avaient sciemment menti à la communauté mondiale sur la menace des armes de destruction massive de l’Irak, le monde n’avait pas entendu un tel bruit assourdissant autour d’un rapport régional de l’AIEA. Une comparaison qui vient immédiatement à l’esprit, par rapport au discours officiel de Washington vis-à-vis de l’Iran, devrait se faire retourner dans sa tombe George Orwell.

L’Iran s’est officiellement plaint auprès de l’ONU des menaces directes de la part des Etats-Unis, de la France et d’Israël : alors que les présidents américain et français se sont unis au sommet du G20 pour orchestrer une campagne iranophobique, en soutenant catégoriquement que l’Iran était engagé dans la prolifération nucléaire.

Comme d’habitude, une autre campagne sensationnelle de désinformation sur l’Iran est clairement en cours, avec des organes de presse occidentaux complaisants qui se font des choux gras avec un « container de la taille d’un bus » censé être construit pour tester des explosifs de grande puissance et qui pourraient bien s’avérer être destiné à des armes conventionnelles. L’autre élément à l’ordre du jour des médias d’information est « l’information accrue » selon laquelle l’Iran a fait joujou avec des modèles informatiques pour tester des têtes nucléaires.

Vu le discours guerrier croissant des dirigeants israéliens qui semblent de plus en plus s’enfermer dans un mode « il faut attaquer l’Iran », cela berce les oreilles de Tel Aviv.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a accusé l’AIEA de céder aux pressions étasuniennes pour lancer une accusation contre l’Iran. « L’Iran a déjà répondu à cette prétendue étude de 117 pages. Nous n’avons cessé de répéter que ce sont des fabrications similaires à des notes falsifiées », a déclaré Salehi, samedi, à des journalistes à Téhéran. « L’AIEA ne devrait pas faire les choses sous pression extérieure [.] La question nucléaire de l’Iran n’est pas une question technique ou légale. C’est une affaire entièrement politique », a dit Salehi.

Le rapport de l’AIEA pourrait être la preuve finale dont les Israéliens ont besoin avant de lancer leurs missiles et de frapper les installations nucléaires de l’Iran, sans tenir compte si oui ou non l’AIEA est coupable d’adopter comme faits établis les preuves fabriquées par certains services secrets.

L’AIEA ne dispose d’aucun moyen indépendant pour corroborer la masse de renseignements qu’elle reçoit de la part d’autres pays. Ceci a été implicitement admis par le prédécesseur d’Amano, Mohammed El Baradei, qui a jeté à plusieurs reprises le doute sur l’authenticité de ce que l’on appelle « les renseignements sur l’Iran ». Amano ne semble pas avoir le zèle de son prédécesseur pour l’indépendance requise, afin d’oser mettre en doute la vision occidentale sur l’Iran.

Selon une source bien placée à Washington, qui n’a pas souhaité être identifiée, la réelle intention d’Israël n’est pas la guerre, mais plutôt d’accélérer les sanctions contre l’Iran, en particulier par le Congrès des Etats-Unis, qui assaisonne des sanctions sur l’énergie et autres. Si c’est le cas, Israël fait du bon boulot, même si son bluff pourrait se retourner contre lui la prochaine fois, en particulier avec les Iraniens qui ont prévenu Israël de conséquences terribles s’il attaquait l’Iran.

Pour être couronnée de succès, une frappe israélienne contre l’Iran doit viser des dizaines de sites, dont certains sont à l’intérieur ou à proximité de zones habitées, ce qui veut tout simplement dire une forte probabilité qu’il y aurait un grand nombre de victimes civiles. Cela déclencherait un tsunami de colère populaire iranienne qui, à son tour, pousserait les dirigeants politiques à essayer de riposter aussi fermement que possible contre les intérêts israéliens et étasuniens. On peut parier à coup sûr que ce conflit ferait tache d’huile dans le Golfe Persique et qu’il affecterait négativement le flux de pétrole depuis cette région.

« L’Iran peut fermer le détroit d’Ormuz pratiquement à tout moment et cela mettrait un coup d’arrêt à l’exportation de quelques 6 millions de barils par jour qui sont acheminés par voie maritime depuis cette région », déclare un professeur universitaire en science politique à Téhéran, sous condition d’anonymat. A l’instar d’autres experts en politique étrangère iranienne, il pense que les Etats-Unis jouent mal en ne poussant pas Israël à mettre en veilleuse sa « rhétorique incendiaire ». Tandis que le président US Barack Obama est peut-être préoccupé par d’autres sujets, ceci pourrait s’avérer être une grave erreur très coûteuse.

Kaveh L. Afrasiabi

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Article original : Mr Amano goes to Washington

Traduction : JFG

La déclaration du mouvement Occupy Wall Street (vidéo)

6 nov

« C’est la seconde fois que je me bats pour mon pays, c’est la première fois que je sais qui est l’ennemi. » Slogan brandi par un vétéran de la guerre en Irak participant à Occupy Wall Street.

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La guerre d’Irak est finie, mais le parti de la guerre persiste

4 nov

par Ramzy Baroud pour The Palestine Chronicle

Dans une déclaration faite à la Maison-Blanche le 21 octobre, le président US Barak Obama a promis que son pays retirerait enfin son armée d’Irak.

« Après quelque neuf années, la guerre menée par les USA en Irak sera terminée » dit-il.

Plaçant l’annonce faite par Obama dans son contexte, CBSNews.com disait dans un article publié le même jour : « la guerre d’Irak a entraîné la mort de plus de 4400 soldats étasuniens et a coûté plus de 700 milliards de dollars. »

Les médias US abordent maintenant uniquement les pertes subies par les USA, eux qui ont semé la guerre et la destruction dans un pays qui avait un besoin urgent de paix et d’aide humanitaire. Pendant les dix années qui ont précédé la guerre, l’Irak pliait sous le poids des sanctions imposées par les Nations unies sous l’impulsion des USA, sanctions qui ont laissé l’infrastructure du pays au bord de l’effondrement.

Dans son introduction à l’important livre de Ramsey Clark, The Impact of Sanctions on Iraq : The Children Are Dying (Impact des sanctions sur l’Irak : les enfants meurent), Sara Flounders écrivait « les sanctions sont une arme de destruction massive. Depuis le début des sanctions frappant l’Irak, un demi-million d’enfants de moins de cinq ans sont morts de malnutrition et de maladies évitables. Les sanctions provoquent une famine artificielle. Un tiers des enfants irakiens survivants aujourd’hui souffrent de retards de croissance et de carences nutritionnelles qui déformeront leur courte vie ».

En 1999, j’ai été le témoin direct de l’impact des sanctions sur les enfants irakiens. Je suis rentré de ce pays avec des montagnes de photos et des souvenirs qui me hantent jusqu’ici. Curieusement, ce ne sont pas les sanctions en tant que « armes de destruction massive » qui ont inspiré la fin du siège, mais les prétendues armes de destruction massive (ADM) irakiennes qui ont attiré un autre désastre pour un pays déjà dévasté.

Il faudra peut-être des années pour véritablement comprendre l’ampleur de ce que l’on a appris depuis sur l’Irak. La mort et la destruction ont plané sur le pays tuant et blessant des centaines de milliers de personnes ; elles en ont envoyé des millions en exil tandis que des millions supplémentaires ont été classés par les organismes des Nations unies comme des personnes intérieurement déplacées (IDP). Ce fut un spectacle épouvantable que l’on ne peut pas décrire avec le langage de la raison, mais qui a été le quotidien de millions de personnes ordinaires, abominablement punies pour un crime qu’elles n’avaient jamais commis.

Les derniers soldats US quitteront le pays le 1er janvier « la tête haute, fiers de leur succès », selon Obama. C’est ce même président qui dans un discours au Caire déclarait le 4 juin 2009 que « à l’encontre de l’Afghanistan, la guerre en Irak a été le fruit d’un choix ». Y a-t-il de quoi être fier d’une guerre dévastatrice choisie, M. le président ?

S’adressant à la Chambre des Représentants, le 18 janvier 2007, celui qui est maintenant candidat républicain à la présidence, Ron Paul, a très bien dit que le soutien aux soldats a pour but de “nous faire oublier l’échec de nos politiques, politiques promues par des intérêts spéciaux puissants qui profitent de la guerre. Tout est fait pour détourner le débat des véritables raisons de la guerre en Irak et cela n’est pas sur le point de se terminer. »

Mais la guerre se termine parce qu’elle ne pouvait pas être gagnée du point de vue militaire, qu’elle était financièrement inabordable et politiquement indéfendable. « Le soutien aux troupes » continuera toutefois à servir de dérobade à ceux qui refusent toujours de discuter de la guerre en Irak d’un point de vue moral et légal. Pour eux, il est essentiel que le camouflage se poursuive, afin de ne pas priver les USA de l’occasion de pousser à d’autres guerres par choix chaque fois que cela leur conviendra.

Dans une conférence de presse tenue peu après qu’Obama eut annoncé la fin de la guerre, Antony Blinken, conseiller à la sécurité nationale auprès du vice-président Joe Biden, a répondu à quelqu’un qui demandait si la guerre en valait la peine : « ce sera à l’histoire d’en juger ».

Pourtant, les Irakiens n’ont pas besoin d’attendre les livres d’histoire états-uniens pour connaître l’ampleur de leur tragédie. L’enquête du Lancet avait déjà conclu que de mars 2003 à juin 2006, 601.027 Irakiens avaient connu une mort violente. Une étude du bureau de sondage Opinion Research Business révèle que de mars 2003 à août 2007, 1.033.000 Irakiens sont morts des suites du conflit. Lors d’une seule de ses révélations, WikiLeaks a dit que « les quelque 400.000 dossiers secrets US diffusés sur l’Irak ont montré qu’il y avait 15.000 décès de civils irakiens de plus qu’on ne l’avait pensé » (Reuters, 24 octobre 2010).

Tout aussi important est le fait que la violence de ceux qui insistent pour partir en guerre afin de favoriser les intérêts US – plutôt que d’avoir recours à la diplomatie – est toujours profondément enracinée chez les élites étasuniennes. Depuis Washington, Jim Lobe écrivait « les principaux néoconservateurs et les autres faucons de droite qui ont prôné l’invasion US de l’Irak en 2003 réclament des frappes militaires contre l’Iran en représailles pour le prétendu contrat d’assassinat sur la personne de l’ambassadeur saoudien aux USA » (Asia Times, 19 octobre).

Dans son blogue sur le site de Foreign Policy, Dalia Dassa Kaye écrivait le 21 octobre :« la rhétorique martiale de faucons invétérés était prévisible. Même le président Obama a laissé entendre que les USA n’écarteraient « aucune des options possibles », expression qui suppose que les options militaires sont envisageables. »

Le battage en faveur d’un nouveau conflit s’est intensifié lors de la première visite que le secrétaire de la défense US, Léon Panetta, a faite en Irak le 1er juillet. Il a dit que son pays « agira unilatéralement » pour confronter ce qu’il a appelé les menaces iraniennes contre les intérêts US en Irak. Les USA étaient « très inquiets au sujet de l’Iran et des armes que celui-ci fournit aux extrémistes ici en Irak » a-t-il dit selon Al-Jazeera (11 juillet).

Il ne sera pas facile de concilier les observations de Panetta avec l’annonce de la fin de la guerre faite par Obama dans laquelle il a dit que « les Irakiens ont pris l’entière responsabilité de la sécurité de leur pays » et que « la relation entre les USA et l’Irak sera celle de pays souverains, formant une association sur un pied d’égalité, fondée sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel ».

Rien n’indique que les néoconservateurs changeront d’opinion. Leur appétit pour un conflit est partagé par les élites influentes de Washington qui continuent à diffuser effrontément que la guerre US a été bénéfique pour la société irakienne, malgré toutes les preuves contraires.

USF-Iraq.com, site Web officiel des forces US en Irak, porte la déclaration ci-après sous le signet The New Face of Iraq (le nouveau visage de l’Irak) : « la nation irakienne a subi des changements politiques économiques et sociaux radicaux depuis la chute du régime de Saddam Hussein. Des officiels élus sont maintenant au pouvoir et encadrent le développement constant de la sécurité, de l’infrastructure, de l’éducation et des finances. »

Forts de cet apparent « succès », les néoconservateurs peuvent toujours plaider en faveur d’une autre intervention militaire ou d’une invasion à grande échelle chaque fois que l’occasion se présentera et que l’opération sera envisageable.

« La marée de la guerre descend » dit Obama. Nous avons de gros doutes.

Ramzy Baroud

Ramzy Baroud (son site) est un journaliste international et le directeur du site The Palestine Chronicle.com. Son dernier livre est Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London).

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- Les Etats-Unis planifient un renforcement militaire dans le Golfe persique pour compenser le retrait de l’Irak

- Pain, Pétrole & Corruption (vidéo)

Article original : Iraq War Declared Over, but War Party Persists

Traduction : Anne-Marie Goossens

Source : [Info-Palestine]

Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme – Le débat (vidéo)

3 nov

Alain Chouet, ancien officier de renseignement français, était l’invité du séminaire-sandwich portant sur le thème « Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme », organisé dans le cadre du nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question » par le Centre des études de sécurité de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique.

Alain Chouet débat ici avec Marc Hecker et Etienne de Durand de l’Ifri et Camille Grand de la FRS.

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