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Orient contre Occident

Dans Réflexion le 30 septembre 2011 à 17:38

par Philippe Grasset pour Dedefensa

Le 21 avril 2011, le Guardian présentait une intervention à Londres de l’écrivain Chandran Nair, fondateur d’un think tank spécialisé dans les questions de civilisation liées à l’évolution de la démographie, de la technologie et de ses effets sur l’environnement. Le Guardian définit Nair comme une personnalité prestigieuse et de grande influence dans les pays asiatiques, qui sont par ailleurs les principaux sujets de ses recherches…

La thèse générale de Nair, portant sur l’analyse de la situation de la civilisation en Asie, en présence de la poussée du bloc américaniste-occidentaliste (BAO) pour imposer son modèle, est particulièrement radicale et impérative, à la lumière d’un jugement implicite du “modèle” extrêmement négative. Il n’est pas question que ce modèle soit imposé à l’Asie, il n’est pas question que l’Asie l’accepte… Nous croyions que cette question était tranchée, du moins dans le chef des establishment et directions respectives, et qu’effectivement l’Asie s’arrangeait du modèle américaniste-occidentaliste, éventuellement pour mieux le maîtriser et le diriger ; nous découvrons qu’il n’en est rien, dans le chef de monsieur Nair et, sans doute, de nombre de ses interlocuteurs parmi les diverses directions politiques ; nous réalisons en même temps que la façon dont nous croyions cette question réglée comportait nombre d’incertitudes, de contradictions implicites entre les différents acteurs mais écartées autant que faire se peut, pour sauvegarder les apparences, et ainsi de suite. Ecoutant Nair, nous découvrons qu’effectivement, rien n’est fait et, surtout, tout pourrait être défait, – c’est-à-dire fait dans le sens contraire de ce qui était généralement attendu.

Nair use d’un terme particulièrement important pour désigner une des tâches prioritaires des gouvernements des pays asiatiques : la déconstruction du rêve consumériste née de et irrésistiblement suscitée par l’application du modèle de consommation type BAO à l’Asie… « “Governments need to tell their people that they can’t have everything,” says Nair. “The dream of a lifestyle commensurate with US sitcoms needs to be deconstructed immediately.” »

Il n’y a pas seulement une argumentation de nécessité utilitaire dans le discours de Chandran Nair, comme s’il acceptait implicitement, – mais par pure hypothèse à laquelle il ne souscrit pas, – les règles et les perceptions américanistes-occidentalistes mais constatait que leurs conséquences au niveau de la vie courante sont inacceptables en Asie, et autant au niveau des ressources disponibles que de celui, plus essentiel, de l’environnement et de la culture également. Il y a aussi le constat que ces règles ont été imposées, ou qu’on est en train de continuer à essayer de les imposer, alors qu’il s’avère qu’il n’y a aucune raison objective pour qu’il en soit ainsi. (Et même le contraire, suggérerait-on en constatant le dilemme insupportable et insoluble où ces règles mettent ceux à qui elles sont offertes/imposées.) En un sens, on interpréterait à ce point l’argument de Nair comme le refus du modèle BAO parce que ce modèle est absolument déstructurant et prédateur de l’identité des peuples asiatiques et de leurs traditions.

Chandran Nair aborde le problème du point de vue économique d’abord, c’est-à-dire des contraintes économique qu’impose le modèle occidental pour les pays asiatiques “arrivés en dernier” chronologiquement pour l’application du modèle occidental. Il estime que les pays asiatiques ne parviendront pas à leur fin (l’intégration de ce modèle) et que les populations asiatiques doivent être informées de cela. « It’s harsh for Asians to be told that as latecomers to the capitalist party they will never be able to attain that way of life taken for granted in developing countries… », observe Nair.

Mais ces mêmes observations, lorsqu’elles sont développées dans le contexte asiatique et dans le contexte du rôle du gouvernement, des autorités légitimes, etc., prennent une autre résonnance. Elles deviennent plus revendicatives, plus contestataires des caractéristiques du modèle BAO, plus politiques en un mot. Elles tranchent soudain, comme un argument de philosophie fondamentale opposé à un autre, qui n’entend nullement le céder à cet autre simplement parce que la puissance matérielle l’a imposé là où il se trouve, en position dominante. Ces observations “contestatrices” ne semblent certainement pas loin de contenir tous les germes d’une éventuelle révolte.

Ces déclarations, ces analyses du capitalisme hyper libéral et les mesures suggérées pour le contourner ou l’aménager, et même explicitement pour le combattre et éventuellement le réduire, sont révolutionnaires et n’ont rien de révolutionnaire à la fois. Elles sont révolutionnaires par rapport à la situation normale des choses dans notre Système et elles n’ont rien de révolutionnaire par rapport à l’évidence de la critique du Système. Il est évident qu’il faut renverser le cours d’une production qui est en train d’épuiser et de détruire le monde, autant la Terre elle-même que notre univers en général. Il est évident qu’il faut combattre un courant si pernicieux avec tous les moyens possibles, bien au-delà de la sphère économique. Il est évident qu’il faut des gouvernements beaucoup plus interventionnistes, voire autoritaires, dès lors qu’ils ont pour stricte mission non seulement de modifier le comportement des gens mais, surtout, de réduire l’influence et les ambitions constantes d’expansion du domaine de soumission à ses pressions du corporate power, qui ont elles-mêmes largement dépassé la sphère économique. Chandran Nair ne le dit pas mais on espère qu’il s’en doute et l’on suppose même qu’il en a parfaitement conscience, – savoir, que la démocratie occidentale n’est qu’une fade formule, à peine enluminée de quelques mots pompeux, destinée spécifiquement à habiller le processus de cette influence décisive du corporate power derrière le faux nez du moralisme politique utilisé comme moyen de pression terroriste pour éviter toute initiative de restauration radicale de ce que the Chandran Nair veut justement restaurer radicalement. (On se doute qu’il s’en doute, Nair, lorsqu’il dit : « … [T]he key issue is good governance, not whether it meets democratic criteria. »)

La question essentielle, primordiale, que soulèvent ces observations de bon sens est de savoir comment elles peuvent être suivies, comment ces conseils peuvent être appliquées. Même si Chandran Nair le déplore certainement, à entendre son discours, nous sommes en état de globalisation où les décisions de chacun concernent tous. Nous sommes donc tous liés les uns aux autres, tenus proches par ces liens et, en même temps, il n’y a jamais eu, potentiellement sinon déjà visiblement, de fractures aussi profondes, aussi béantes, en train de se faire, entre des parties essentielles de ce monde globalisé. Aux USA, la poussée idéologique est aujourd’hui maximale, notamment dans le chef des républicains bien entendu, pour un gouvernement minimal, un laisser faire intégral, aucune restriction interventionniste sur le corporate power. Un Ron Paul, qui nous paraît si sage et si plein de bon sens, et qui l’est en réalité par rapport aux conditions prévalant aux USA, n’en est pas moins un libertarien qui veut la disparition du gouvernement, ou quasiment, le retour des pouvoirs aux échelons régionaux et locaux (les Etats de l’Union), etc. ; si Ron Paul est opposé à la corruption du lobbying, de la puissance de l’argent, etc., il considère qu’elle est rendue possible par l’interventionnisme de la puissance publique, qui est donc l’ennemie à abattre. Sa position est absolument contraire à celle de Nair, qui a nécessairement une conception régalienne de l’Etat que Ron Paul n’entretient pas une seconde pour le pouvoir fédéral. On se rend compte du radicalisme US aujourd’hui lorsqu’on sait que l’auteur inspirateur le plus fameux aujourd’hui des mouvement qui ont le vent en poupe est Ayn Rand. Il n’est temps ici, parce que ce n’est pas le sujet, de faire le procès de l’un ou de l’autre, ou de l’un contre l’autre, mais simplement de mesurer la distance qui sépare les uns et les autres, à l’intérieur d’un Système qui se voudrait homogène.

La conséquence de ces situations, même si certains objectifs peuvent paraître similaires, conduit à signaler qu’on voit mal comment pourrait être établie une compatibilité, par exemple, entre le mouvement que voudrait voir suivre l’Asie, selon Chandran Nair, et celui qui prédomine et grandit aux USA. Il ne s’agit donc même pas d’une adaptation ou pas du système asiatique, et de l’adaptation des autres à ce système. Il s’agit d’une rupture complète et totale. Ou bien ces deux parties coupent totalement les ponts entre elles, ou bien elles entrent dans un état d’affrontement très vif. La même chose peut être dite des Européens, par exemple, par rapport aux Asiatiques. Comment les Européens pourraient-ils accepter des gouvernements asiatiques que ces derniers placent, comme le suggère Nair, toutes sortes de restrictions sur l’importation de leurs automobiles, voire et pire encore, sur le fait même de la vente de ces automobiles ? Le terme “guerre commerciale” qui caractériserait la situation serait bien anodin par rapport à la gravité de cette situation. Encore ne mentionne-t-on pas la différence fondamentale, en pleine accélération, des conceptions “européennes” des institutions de Bruxelles, et les conceptions européennes des principales nations du continent, qui divergent de plus en plus radicalement.

On ne peut donc suivre complètement Chandran Nair et s’arrêter, comme il le fait, à la seule zone asiatique, recommandant ce qu’il faut y faire sans s’attarder vraiment aux conséquences internationales. Mais sans doute le fait-il exprès, après tout, puisqu’il évite ainsi des problèmes insolubles et fait avancer, c’est ce qui lui importe, la problématique asiatique. De même, on peut se douter que Chandran Nair se doute bien, lui, que ses propositions sont incompatibles avec les autres situations du monde, et que le conflit, l’affrontement, sont les risques les plus évidents.

Dans ce cadre, apparaît l’importance sous-jacente, dans les propos de Nair, des spécificités culturelles asiatiques, et même, implicitement, des dimensions civilisationnelles de ce continent, de cette puissante entité culturelle. Dans ce cadre précisément, à l’inverse, apparaît l’importance des propos de Nair : ils ne sont importants que parce qu’apparaissent, d’une façon sous-jacente mais irrésistibles, spécificités culturelles et dimensions civilisationnelles.

Civilisation et Tradition

La question est de savoir si les dirigeants asiatiques comprendront ce sens-là de la démarche de Nair, le sens identitaire et structurant à la fois, avec les dimensions culturelles et de civilisation. On parle de “la démarche de Nair“ mais on comprend bien qu’il s’agit là d’un mouvement général qui touche beaucoup d’intellectuels, d’experts asiatiques, éventuellement de dirigeants asiatiques. En général, les experts du bloc BAO n’y voient que du feu, parce que pas du tout intéressés par ces choses, parce que ne réalisant pas une seconde que “ces choses” soient possibles. Ils sont comme El Baraidi les décrit vis-à-vis de l’Iran : « But the West never tried to understand that the most important thing the most important thing for Iran was getting recognition and being treated as an equal. » Il ne vient pas à leur raison éclairée par le seul Système que la question de l’identité (ce qui est la traduction fondamentale de la reconnaissance et du traitement en égal) soit si fondamentale pour l’Iran, comme elle l’est pour les pays asiatiques, – l’un et les autres face aux Système. Il n’est même pas sûr, pas sûr du tout, qu’ils réalisent que la question de l’identité existe en vérité, hors des cartes du même nom et des slogans collectifs qu’on voudrait imposer au niveau individuel (“vive la démocratie“ & compagnie).

Devant cette incompréhension résultant de l’hubris américaniste-occidentaliste, les Asiatiques, s’ils suivent la voie recommandée par Nair, – et comment ne le feraient-ils pas puisque c’est la voie vitale de l’identité et par conséquent de la survie ? – en arriveront nécessairement à déployer leurs caractères culturels et leurs références de vieille civilisation pour argumenter en faveur de la cause. Plus qu’une “argumentation” d’ailleurs, on parlerait tout simplement d’affirmation sans autre forme de procès, que cela plaise ou non à l’Ouest.

Cela n’implique en soi rien de prévisible du seul point de vue des événements puisqu’il nous semble si dérisoire, ou dans tous les cas si trompeur, de chercher à prévoir un avenir d’événements qui dépendent de tant d’autres facteurs que ceux envisagés ici, en plus de ceux envisagés ici. Justement, à cause de cela, à cause de cette multiplicité des facteurs, des issues brutales d’affrontement classiques selon nos conceptions obsolètes (guerres ouvertes, conquêtes, entre les grands acteurs du conflit observé ici) nous paraissent improbables, comme l’on devrait être amené à envisager devant tant d’antagonismes de culture et de modifications du fondement de la mésentente, de l’incompréhension de l’agressivité et de la concurrence. Cette incertitude est d’autant plus envisageable qu’entretemps, de multiples crises, internes ou non, en général plus eschatologiques qu’au profit de l’un ou l’autre, auront, comme elles le font déjà, agité, voire bouleversé les deux (ou trois, ou quatre) modèles en concurrence. Les cartes terrestres du prévisionniste seront complètement brouillées et il ne s’y reconnaît déjà plus. Ce qui importe et importera de plus en plus, c’est la capacité d’affirmation de l’un ou l’autre en présence de développements d’ores et déjà décrits comme catastrophiques et envisagés comme eschatologiques, et cela avec de moins en moins de liens entre l’un et l’autre.

Finalement, ce qu’affirme Nair, in fine et mezzo voce mais indubitablement, c’est l’échec d’une civilisation (la nôtre) et l’affirmation asiatique de disposer de divers éléments et de l’état d’esprit à mesure qui pourraient conduire à un modèle alternatif, tout cela basé sur une très vielle civilisation (ou plusieurs très vieilles…), et valant très largement le modèle occidental, et qui lui est même très supérieur puisqu’il permet de mettre en place des structures qui s’opposent aux contraintes catastrophiques du Système. Nous doutons absolument que cette affirmation soit jamais acceptée par l’Occident tel qu’il est organisé (ou plutôt sclérosé) en bloc BAO, tout comme nous doutons absolument (voir plus haut) que plusieurs régimes économiques et politiques si différentes, sinon antagonistes, puissent cohabiter ou exister chacun de leur côté dans le cadre resté inchangé du Système qui englobe (encore ?) notre univers même si, ici et là, la révolte gronde. Ce que représentent plutôt, d’une façon symbolique, l’intervention, l’activité et les thèses de Nair, et leur popularité, c’est une confirmation de plus de la fin des illusions concernant les pays asiatiques qui, en s’insérant dans notre système, même pour en prendre la tête (la Chine, l’Inde), en fait auraient sauvé le Système du sort ignominieux qui le menace. (C’est le cas désormais bien lointain, de l’esprit du G2 envisagé par Brzezinski.) Le développement des thèses de Nair, c’est également l’élargissement d’une sorte de “front du refus” face aux contraintes nihilistes que la vanité américaniste-occidentaliste entendrait imposer aux autres, en même temps que l’affirmation tonitruante de l’impasse que constitue notre civilisation. (Cette impasse est déjà si effective que, même si l’Ouest acceptait le jeu de Nair des développements séparés, il nous paraîtrait être trop bien trop tard, définitivement trop tard, pour qu’un résultat acceptable puisse être obtenu.)

Il ne doit y avoir aucune surprise à ce que l’Asie évolue comme semblent l’indiquer les positions de Nair, d’une situation d’acceptation du modèle américaniste-occidentaliste avec tentative d’adaptation, à une situation tendant vers un refus. Il s’agit de bien plus qu’une conjoncture économique, ou d’une volonté politique d’affirmation. Il s’agit d’abord du rappel que l’Asie abrite quelques-unes des plus anciennes civilisations de l’Histoire, que ces civilisations peuvent prétendre à l’expérience et à la connaissance, bien plus que la civilisation américaniste-occidentaliste, que leurs dimensions spirituelles sont très souvent considérées comme supérieures aux nôtres dans leur état de décomposition présidé par le “déchaînement de la matière”, comme détentrices des liens fondamentaux avec la Tradition. Dans ce contexte, l’intervention de Nair prend une autre dimension, et il apparaît évidemment absurde de parler d’un “choc des civilisations” à-la-Huntington, entre un modèle complètement dégénéré et qui n’a plus de civilisationnelle que celle de sa référence infâme au Système, et des situations qui gardent encore des liens avec les références anciennes les plus hautes. Il ne s’agit pas du monde monde.

… Par conséquent, l’intervention de Nair constitue in fine le procès d’une civilisation (l’américaniste-occidentaliste, ou “contre-civilisation”) et de toutes ses conséquences, notamment le développement de l’“économie de force” qu’a choisie cette “contre-civilisation”, et qui est un des facteurs qui font qu’elle est “contre-civilisation”. L’intervention de Nair offre un élément de plus de la prise de conscience du fait de la perversion tragique de cette “contre-civilisation”, et, par conséquent, de la tromperie affreuse qu’elle est par comparaison à ce qu’elle prétend être. La hauteur vertigineuse de l’enjeu mesure la vigueur que pourrait prendre le débat de communication entre ces acteurs désormais antagonistes, et, d’une façon plus générale, la vigueur de la colère revendicatrice qui monte contre la civilisation américaniste-occidentaliste.

Philippe Grasset

À lire/voir également sur la crise de civilisation :

- « Impérialisme et savoir »

- Guerre et consumérisme : un extrémisme qui ne dit jamais son nom

- Les civilisations meurent-elles par suicide ?

- Le mensonge nucléaire

- La planète contre-attaque !

- De la réduction des têtes au changement des corps

- La Terre n’en peut plus

- Les leçons de la catastrophe

- Entre décadence et destruction, notre civilisation va devoir choisir

Source : Dedefensa

La Chine a envoyé dans l’espace le futur concurrent de l’ISS

Dans Espace, Géostratégie le 30 septembre 2011 à 16:10

par Konstantin Bogdanov pour RIA Novosti

Les Chinois ont réussi à mettre en orbite le premier module de sa station spatiale non habitée Tiangong-1. Pékin a effectué un nouveau pas dans la conquête de l’espace en se préparant prochainement à marcher sur les talons du projet de Station spatiale internationale (ISS).

La longue route vers l’Espace

Le lancement de Tiangong était reporté depuis un an. Pour la finalisation de tous les systèmes la fusée porteuse avec le module spatial avait été déployée sur le pas de tir au printemps 2010. A l’époque, le lancement du Palais céleste (c’est ainsi que se traduit Tiangong) était prévu pour le début 2011.

Cependant, en janvier le lancement avait été reporté au second semestre de 2011. La préparation du lancement a commencé en août. Les premiers communiqués disaient que Tiangong (palais céleste) serait tiré avant septembre. Puis les délais ont été revus et la date a été fixée pour le 29 septembre 2011.

Le module Tiangong-1 a quatre objectifs à caractère expérimental :

  1. Durant le vol doit avoir lieu le rapprochement et l’arrimage avec le vaisseau non habité Shenzhou-8 (prévu pour fin novembre). Ensemble ils formeront le premier prototype de la station spatiale chinoise.
  2. Le fonctionnement du système de contrôle commun de ces deux vaisseaux sera vérifié. Tiangong jouera le rôle principal dans cette mission.
  3. Le test du système commun de support-vie à bord de la station, composée des deux éléments des vaisseaux arrimés.
  4. Il est également prévu de réaliser une série d’expériences techniques dans le cadre du programme de création de la future station habitée.

Après les missions réussies du vaisseau non habité Shenzhou-8, dans les deux prochaines années seront envoyés les vaisseaux habités Shenzhou-9 et Shenzhou-10. La construction et le lancement du module Tiangong-1, ainsi que les vols des trois vaisseaux coûteront près de 2,35 milliards de dollars.

La première femme “taïkonaute” devrait participer à l’expédition Shenzhou-10 : En 2013, Wang Yaping, 33 ans, s’envolera dans l’espace.

Un Saliout avec une touche chinoise

La Chine, qui rattrape rapidement la Russie et les Etats-Unis, n’a pas brûlé les étapes dans le développement de l’astronautique. Elle a décidé de passer par toutes les phases de la conception et du développement de l’industrie spatiale, franchies auparavant par l’URSS et les Etats-Unis. Et Pékin a décidé de le faire en solo, sans s’impliquer dans des programmes conjoints, mais en utilisant l’expérience étrangère.

A une époque, les deux superpuissances, en respirant un peu après la course serrée pour atteindre la Lune, se sont concentrées sur les projets de stations spatiales, en développant avec créativité les acquis militaires dans ce secteur.

L’URSS a créé la série des stations Saliout, puis a lancé dans l’espace son successeur, la station Mir. Les Etats-Unis ont recyclé les acquis du programme lunaire Apollo en créant l’analogue de Saliout, la station Skylab.

Mais le programme spatial américain n’a pas été développé. Après neuf mois de mission de la station Skylab en 1973, les Américains l’ont abandonnée en orbite, d’où elle a dérivé en juillet 1979 puis s’est désintégrée en entrant dans les couches denses de l’atmosphère. Dans les années 90, les deux programmes, russe et américain, se sont rejoints dans le projet de Station spatiale internationale.

En regardant la station Tiangong on peut distinguer une certaine similitude idéologique avec les projets soviétiques de stations spatiales basés sur Soïouz/Saliout. D’ailleurs, les concepteurs ne le nient pas.

Cependant, Tiangong-1 a une taille inférieure à Saliout. Il pèse 8,5 tonnes par rapport aux 18-19 tonnes des stations soviétiques. Cela s’explique également par l’absence en Chine de fusées porteuses capables de lancer en orbite des engins aussi lourds.

Comme leurs collègues soviétiques à l’époque, les Chinois prévoient initialement de créer une station spatiale avec une paire de vaisseaux arrimés : Tiangong et Shenzhou. Néanmoins, les ingénieurs chinois n’ont pas l’intention de tarder à lancer cette étape.

Pour l’instant, l’industrie spatiale chinoise  se familiarise avec les technologies avancées de la fin des années 60 – celles des Etats-Unis et de l’Union soviétique. Cependant, à en juger par les “conceptions” présentées, d’ici quelques années les assemblages en tandem de Shenzhou et Tiangong céderont la place à des constructions bien plus complexes, comparables à Mir et idéologiquement très proche de l’ISS actuelle.

La vision à long terme de la Chine

L’éventuelle apparition à terme d’un avant-poste permanent chinois en orbite paraît d’autant plus remarquable dans le contexte de l’avenir incertain de la station spatiale internationale.

Les hôtes de la maison spatiale internationale (les Américains, les Européens, les Russes et les Japonais) n’arrivent pas à s’entendre sur l’entretien de la station dans 10 ans.

L’attitude de la Chine envers l’ISS paraît très controversée. Au début des années 90 la Chine était intéressée par l’adhésion à ce projet, mais à l’époque les Etats-Unis s’y sont opposés. Désormais, la Chine n’y est plus intéressée, car elle planche sur ses propres projets spatiaux.

Etant donné l’avenir incertain de l’ISS après 2020, qui dépend principalement de la position américaine, dans dix ans on pourrait assister à un événement surprenant. Une grande station spatiale continuerait de voler autour de la Terre. Et il s’agira du Palais céleste chinois.

Konstantin Bogdanov

À lire/voir également sur l’arsénalisation de l’espace et la rivalité sino-américaine :

- Pax Americana ou la conquête militaire de l’espace (vidéo)

- La Lune ou la guerre : un choix de civilisation

- Chine-USA : « une guerre sans limite » (vidéo)

- Chine-USA : Vers une nouvelle guerre froide

- La guerre des empires

Source : RIA Novosti

La guerre de l’OTAN contre la Libye est dirigée contre la Chine : AfriCom et la menace sur la sécurité énergétique nationale de la Chine

Dans Géoéconomie, Géopolitique, Géostratégie le 29 septembre 2011 à 16:06

par F. William Engdahl pour Global Research

La décision prise de Washington pour l’OTAN de bombarder la Libye de Kadhafi et de la soumettre à ses diktats ces derniers mois, ceci à un coût estimé d’au moins un milliard de dollars qui seront épongés par le contribuable américain, n’a pas grand chose à voir avec ce que le gouvernement d’Obama proclame être une “mission de protection de civils innocents”. En réalité, ceci fait partie d’un plus vaste plan stratégique de l’OTAN et du Pentagone en particulier de contrôler le talon d’Achille de la Chine, à savoir sa dépendance stratégique en de grands volumes d’importation de pétrole brut et de gaz. Aujourd’hui, la Chine est le second importateur de pétrole au monde derrière les Etats-Unis et le fossé se comble rapidement.

Si nous regardons attentivement une carte de l’Afrique et si nous observons l’organisation africaine du nouveau commandement africain du Pentagone AfriCom, il émerge que le stratégie est de contrôler une des ressources stratégiques les plus importantes de la Chine en ce qui concerne le pétrole et les matières premières.

La campagne de Libye de l’OTAN est au sujet du pétrole et rien que du pétrole; mais pas à propos de contrôler le brut de haute qualité libyen (demandant peu de rafinage), parce que les Etats-Unis sont nerveux à propos de sources d’approvisionnement étrangères. C’est plutôt au sujet du contrôle de l’accès de la Chine à des importations de brut de longue durée depuis l’Afrique et le Moyen-Orient. En d’autres termes, tout ceci est au sujet de contrôler la Chine elle-même.

La Libye est bordée au nord par la Mer Méditérannée, directement de l’autre côté de l’Italie, dont la compagnie pétrolière ENI a été le contracteur étranger le plus important en Libye pendant des années. A l’Ouest, la Libye est bordée par la Tunisie et l’Algérie; au sud par le Tchad, à l’Est, elle est bordée par à la fois l’Egypte et le Soudan (aujourd’hui le Soudan et le Soudan du sud). Ceci devrait en dire long sur l’importance  stratégique à long terme de la Libye pour l’AfriCom et le Pentagone quant à leur possibilité de contrôle de l’Afrique et de ses ressources et quel pays est capable d’obtenir ces ressources.

La Libye de Kadhafi a maintenu un contrôle étatique strict sur ses réserves très importantes de pétrole brut de haute qualité. D’après des données d’étude datant de 2006, la Libye possède les plus grosses réserves pétrolières du continent africain, environ 35% de plus que celles estimées du Nigéria. Les concessions d’exploitation de ce pétrole ont été étendues aux compagnies pétrolières d’état chinoise et russe ainsi qu’à d’autres ces dernières années.

De manière attendue, un porte-parole de la soi-disante opposition qui clâme victoire sur Kadhafi, Abdel Jalil Mayouf, le représentant en relations publiques de la firme pétrolièee libyenne AGOCO, a dit à l’agence Reuters: “Nous n’avons aucun problème avec les pays entreprises occidentales comme celles de l’Italie, la France ou du Royaume-Uni; mais nous pourrions avoir quelques problèmes politiques avec celles venant de Russie, de Chine et du Brésil.” La Chine, la Russie et le Brésil se sont soit opposés aux sanctions de l’ONU sur la Libye ou on fait pression pour la résolution du conflit en interne et un arrêt des bombardements de l’OTAN.

Comme je l’ai déjà détaillé auparavant, [1]. Kadhafi, ancien adhérent du socialisme pan-arabe dans la ligne de l’Egyptien Gamal Nasser, a utilisé les revenus du pétrole pour améliorer de beaucoup les conditions de vie de ses compatriotes. Les soins médicaux étaient gratuits tout comme l’était l’éducation. Chaque famille libyenne recevait une bourse d’Etat de 50 000 dollars afin d’acheter une nouvelle maison et tous les prêts bancaires étaient en accord avec les lois anti-usurières de l’Islam, et donc sans taux d’intérêt. L’Etat n’était pas non plus endetté. Ce n’est seulement qu’au prix d’une corruption forcenée et d’une infiltration massive dans l’Est du pays, que la CIA, le MI-6 et les autres agences de renseignement de l’OTAN ont pu, au coût de plus d’un milliard de dollars et de bombardements massifs des populations civiles par les forces de l’OTAN, déstabiliser les liens entre Kadhafi et son peuple.

Pourquoi donc l’OTAN et le pentagone ont-ils mené une campagne si meurtrière sur un pays souverain ? Une évidence est que cela servait à encercler les ressources énergétiques et de matières premières de la Chine sur le continent en en Afrique du nord.

L’alerte du Pentagone à propos de la Chine

Pas à pas depuis ces dernières années, Washington a commencé à créer la perception que la Chine, qui était “le très cher ami et allié de l’Amérique” il y a encore moins de dix ans, était en train de devenir la plus grande menace pour la paix mondiale le tout à cause de son énorme expansion économique. Dépeindre la Chine comme le “nouvel ennemi” a été compliqué car Washington est dépendant de la Chine pour qu’elle achète la part du lion de sa dette gouvernementale sous forme d’obligations et bons du trésor.

En août, le Pentagone a publié pour le Congrès son rapport annuel sur le statut militaire de la Chine [2]. Cette année, ce rapport a déclanché des sonnettes d’alarme stridentes à travers la Chine. Le rapport stipule entr’autres choses, que “depuis la dernière décennie, l’armée chinoise a bénéficié d’investisseemtns robustes en terme de matériel moderne et de technologie. Bon nombre de systèmes modernes ont atteint un bon niveau de maturité et d’autres seront opérationnels dans quelques années”, a dit le Pentagone dans ce rapport. Il a aussi ajouté qu’ “il y a une certaine incertitude sur le comment la Chine va utiliser ses capacités croissantes… La Chine comme majeur acteur international peut très bien se dresser comme une caractéristique stratégique de ce début de XXI ème siècle.” [3]

Dans un intervalle de peut-être deux à cinq ans, selon comment le reste du monde réagit et joue ses cartes, la République Populaire de Chine émergera dans les médias européens sous contrôle comme étant la nouvelle “Allemagne hitlérienne”. Si cela est peut-être difficile à croire aujourd’hui, réfléchissez un peu comment cela a été fait avec l’ancien allié et ami de Washington Hosni Moubarak et même auparavant avec Saddam Hussein. En Juin de cette année, l’ancien secrétaire d’Etat à la marine et maintenant sénateur américain pour la Virginie, James Webb, a surpris beaucoup de monde à Pékin quand il déclara à la presse que la Chine était en train d’approcher ce qu’il appelait “un moment de Munich”, quand Washington devra décider de garder un équilibre stratégique, ce en référence à la crise de 1938 sur la Tchécoslovaquie, quand Chamberlain opta pour l’apaisement avec Hitler sur la question des Sudètes. Webb ajouta: “Si vous regardez les dix dernières années, le vainqueur stratégique a été la Chine” [4].

Le même rouleau compresseur propagandiste du Pentagone, emmené par CNN, BBC, le New York Times et le Guardian de Londres, va obtenir les ficelles subtiles de la part de Washington pour “peindre la Chine et ses leaders en noir”. La Chine devient bien trop puissante et bien trop indépendante pour beaucoup à Washington et à Wall Street. Pour contrôler cela et par dessus tout la dépendance énergétique de la Chine, ses imports de pétrole ont été identifiés comme étant son talon d’Achille. L’affaire libyenne est un coup monté directement pour frapper ce talon d’Achille.

L’introduction de la Chine en Afrique

L’implication des compagnies énergétiques et d’imports de matières premières chinoises à travers le continent africain est devenue une cause majeure de souci pour Washington où une attitude de négligence maligne a dominé la politique africaine depuis l’ère de la Guerre Froide. Comme ses besoins énergétiques futurs étaient devenus évidents depuis plusieurs années, la Chine a commencé une véritable et dominante diplomatie économique en Afrique, qui s’est vraiment développée depuis 2006 lorsque Pékin a littéralement déroulé le tapis rouge pour les chefs d’Etat de plus de quarante pays africains et discuté de très larges sections de relations commerciales avec ces pays. Rien n’était plus important pour Pékin que de sécuriser de futures ressources pétrolières pour la forte industrialisation de la Chine dans son ensemble. La Chine fit donc mouvement vers des pays abandonnés par leurs anciennes puissances coloniales européennes comme la France, le Royaume-Uni ou le Portugal.

Le Tchad par exemple est un cas d’école. Un des pays les plus pauvres et les plus isolés d’Afrique; le Tchad fut courtisé par Pékin qui rétablit les relations diplomatiques avec ce pays en 2006. En octobre 2007, le géant du pétrole d’Etat chinois CNPC signa un contrat pour construire une raffinerie de pétrole en conjonction avec le gouvernement tchadien. Deux ans plus tard, ils commencèrent la construction d’un pipeline pour amener le pétrole d’un nouveau champs d’exploitation chinois dans le sud à quelques 300 km de la raffinerie. Les ONG supportées par les gouvernements occidentaux commencèrent à crier au loup concernant l’impact écologique de pipeline chinois. Ces mêmes ONG étaient curieusement silencieuses lorsque Chevron découvrit du pétrole au Tchad en 2003.

En juillet 2011, les deux pays, le Tchad et la Chine célébraient l’ouverture de la raffinerie commune sino-tchadienne juste à côté de la capitale N’djamena [5]. Les activités pétrolières tchadiennes chinoises sont également très proches d’un autre projet pétrolier majeur chinois, celui de la région du Darfour au Soudan, limitrophe au Tchad.

Le Soudan a été une source très importante et grandissante de pétrole pour la Chine depuis le début d’une coopération entre les deux pays au début des années 1990, après que Chevron eut abandonné ses options là-bas. Dès 1998, CNPC construisait un pipeline pétrolier de 1500 km depuis les champs d’exploitation du Sud-Soudan jusqu’à Port Soudan sur les rives de la Mer Rouge ainsi qu’une raffinerie près de Khartoum. Le Soudan fut la première grande opération pétrolière gérée à l’étranger par la Chine. Au début 2011, le pétrole soudanais, en provenance de la zone de conflit du sud, couvrait environ 10% des imports pétroliers de la Chine en prenant plus de 60% de la production quotidienne du Soudan de 490 000 barils/jour. Le Soudan est devenu un point vital de la sécurité énergétique nationale chinoise.

D’après des estimations géologiques, le sous-sol qui va du Darfour, dans ce qui était le Sud du Soudan, jusqu’au Cameroun en passant par le Tchad est un immense champ pétrolier d’une ampleur telle que cela pourrait bien être une nouvelle Arabie Saoudite.

Contrôler le Sud-Soudan, ainsi que le Tchad et le Cameroun est vital pour la stratégie du Pentagone de “refus stratégique” à la Chine de futurs approvisionnements en pétrole. Aussi loin qu’un régime fort et robuste de Kadhafi demeurait en place à Tripoli, le contrôle de cette région demeurait un problème majeur. La séparation quasi-simultanée du Sud-Soudan d’avec le Soudan et le renversement de Kadhafi en faveur de rebelles faibles et dépendants du support du Pentagone était une priorité stratégique de première importance pour le plan de domination totale du Pentagone.

L’AfriCom répond

La force principale derrière la récente vague d’attaques contre la Libye ou les changements de régimes plus discrets en Tunisie, en Egypte et le fameux referendum sur le Soudan du Sud qui a maintenant fait de cette région pétrolière, une région “indépendante”, a été l’AfriCom, le commandement spécial de l’armée américaine établi par le gouvernement Bush en 2008 explicitement pour contrer spécifiquement l’influence chinoise sur les réserves de pétrole et de matières premières en Afrique.

Fin 2007, Le Dr. Peter Pham, un initié de Washington qui conseille les départements d’Etat et de la Défense américains, explique de manière ouverte que “parmi les buts ultimes de l’AfriCom , était le but de protéger les accès en hydrocarbures et autres ressources stratégiques dont l’Afrique est riche, une tâche qui incluait de s’assurer contre la vulnérabilité de ces richesses naturelles et de s’assurer qu’aucunes tierces parties comme la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie, ne puissent obtenir un monopole ou des traitements de faveur” [6].

Témoignant devant le Congrès américain pour soutenir le projet de création de l’AfriCom, Pham, qui est associé avec la fondation néo-conservatrice pour la défense des démocraties a déclaré :

“Ces ressources et richesses naturelles font de l’Afrique une cible facile pour les attentions de la République Populaire de Chine, dont la dynamique économique… a une soif quasi insatiable de pétrole et de besoins pour d’autres ressources naturelles. La Chine importe à l’heure actuelle aproximativement 2,6 millions de barils de pétrole brut par jour, environ la moitié de cette consommation, de l’ordre de 765 000 barils par jour, environ un tiers de ses importations, proviennent de ses sources africaines, spécialement du Soudan, de l’Angola et du Congo (Brazzaville). Est-ce étonnant donc par conséquent qu’aucune région du monde autre que l’Afrique ne rivalise avec l’intérêt stratégique de la Chine ces dernières années… De manière intentionnelle ou non, beaucoup d’analystes attendent que l’Afrique, spécifiquement les états du long de sa très riche côte occidentale, va devenir le théâtre d’une concurrence stratégique entre les Etats-Unis et sa seule réelle concurrence à l’échelle globale, la Chine, alors que les deux pays cherchent à étendre leur influence et sécuriser l’accès aux ressources” [7].

Il est très opportun ici de se rappeler la séquence des révolutions “Twitter” téléguidées depuis Washington dans le mouvement toujours actif de ce que l’on a appelé le Printemps Arabe. D’abord la Tunisie, un bout de terrain en apparence insiginifiant d’Afrique du Nord sur les bords de la Méditérannée. Quoi qu’il en soit, la Tunisie se situe sur la frontière Ouest de la Libye. Le second domino qui tomba fut l’Egypte de Moubarak. Ceci créa une instabilité majeure au Moyen-Orient et en Afrique du Nord car Moubarak, malgré ses grands défauts, avait résisté à la politique moyen-orientale de Washington; Israël perdît aussi un précieux allié lorsque Moubarak tomba.

Puis en juillet 2011, le Sud-Soudan se déclare lui-même République indépendante du Sud-Soudan, se séparant du Soudan après des années d’insurrection soutenues par les Etats-Unis contre le régime de Khartoum. La nouvelle république prend avec elle la grande majorité des ressources pétrolières, ce qui ne réjouit pas Pékin bien évidemment. L’ambassadrice états-unienne à l’ONU, Susan Rice, mena la délégation américaine pour la célébration de l’indépendance. L’appelant un “testament pour le peuple du Sud-Soudan”. Elle ajouta, afin d’entériner le processus de sécession que “les Etats-Unis ont été aussi actifs que tout le monde”. Le président Obama supporta ouvertement la sécession du Sud. Celle-ci était un projet guidé et financé depuis Washington depuis que le gouvernement Bush eut décidé d’en faire une priotité en 2004 [8].

Maintenant, le Soudan a perdu d’un seul coup ses revenus du pétrole. La sécession du Sud où les trois-quarts des 490 000 barils / jour sont produits, a aggravé les problèmes économiques de Khartoum en coupant d’un coup environ 37% des revenus nationaux. Les raffineries du Soudan et la seule route d’exportation va des champs d’exploitation du Sud vers Port Soudan sur la Mer Rouge au Nord du Soudan. Le Sud-Soudan est maintenant encouragé par Washington de bâtir un nouveau pipeline d’exportation indépendant de celui de Khartoum en passant par le Kenya. Le Kenya est une des zones d’influence américaines très forte en Afrique [9].

Le but du changement de régime en Libye, supporté par les Etats-Unis, ainsi que de tout le projet pour le Moyen-Orient qui repose derrière le Printemps Arabe, est de pouvoir contrôler à termes les champs pétroliers les plus importants connus à ce jour et ainsi de contrôler la politique future, surtout dans des pays comme la Chine. Comme le secrétaire d’Etat des années 1970, Henri Kissinger, a déclaré, quand il était à l’époque plus puissant que le président des Etats-Unis lui-même: “Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez les nations ou des groupes de nations”.

Pour le futur du plan de sécurité nationale énergétique de la Chine, la réponse ultime est de trouver des réserves énergétiques en Chine. Fort heureusement, il existe de nouvelles méthodes révolutionnaires pour détecter et évaluer quantitativement la présence de pétrole et de gaz, là où la géologie actuelle dit qu’il n’est pas possible de trouver du pétrole à ces endroits. Là est peut-être la sortie logique du piège pétrolier qui a été placé pour la Chine, Dans mon nouveau livre “Les guerres de l’énergie”, je détaille ces méthodes pour ceux qui sont intéressés.

F. William Engdahl

F. William Engdahl est économiste et écrivain. Il collabore régulièrement pour Global Research, Asia Time Online et le Réseau Voltaire, et est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Un siècle de guerre : la politique pétrolière anglo-américaine et le Nouvel Ordre Mondial » (1993), « Les semences de la destruction : l’ordre du jour caché des OGM » (2007) et « La domination totale : la démocratie totalitaire dans le Nouvel Ordre Mondial » (2008). Le site de F. William Engdahl.

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Notes

[1] F. William Engdahl, Creative Destruction: Libya in Washington’s Greater Middle East Project–Part II, March 26, 2011, accessed in http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=23961

[2] Office of the Secretary of Defense, ANNUAL REPORT TO CONGRESS: Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2011, August 25, 2011, accessed in www.defense.gov/pubs/pdfs/2011_cmpr_final.pdf.

[3] Ibid.

[4] Charles Hoskinson, DOD report outlines China concerns, August 25, 2011, accessed in http://www.politico.com/news/stories/0811/62027.htmlhttp://www.politico.com/news/stories/0811/62027.html

[5] Xinhua, China-Chad joint oil refinery starts operating, July 1, 2011, acessed in http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90883/7426213.html. BBC News, Chad pipeline threatens villages, 9 October 2009, accessed in http://news.bbc.co.uk/2/hi/8298525.stm.

[6] F. William Engdahl, China and the Congo Wars: AFRICOM. America’s New Military Command, November 26, 2008, accessed in http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=11173

[7] Ibid.

[8] Rebecca Hamilton, US Played Key Role in Southern Sudan’s Long Journey to Independence, July 9, 2011, accessed in http://pulitzercenter.org/articles/south-sudan-independence-khartoum-southern-kordofan-us-administration-role

[9] Maram Mazen, South Sudan studies new export routes to bypass the north, March 12, 2011, accessed in http://www.gasandoil.com/news/2011/03/south-sudan-studies-routes-other-than-north-for-oil-exports

Article original : NATO’s War on Libya is Directed against China: AFRICOM and the Threat to China’s National Energy Security

Traduction : Résistance 71

La guerre, la Grande, comme “option”…

Dans Géoéconomie, Géopolitique, Géostratégie le 27 septembre 2011 à 17:26

par Philippe Grasset pour Dedefensa

Dans ces temps de crise(s) déchaînée(s), les esprits sondent fiévreusement l’avenir. Selon la méthode habituelle de l’expertise prévisionniste qui est l’activité principale en cette matière, plutôt que l’analyse des possibilités restantes de cette dynamique de crise déchaînée et hors de nôtre contrôle, on parle en général d’“options” qui donnent l’illusion d’un reste d’un certain contrôle des choses par les directions politiques, même si c’est pour le pire.

Se référant en ceci au déroulement des événements des années 1930 (la Grande Dépression conduisant à la Deuxième Guerre mondiale), l’“option” de la guerre est souvent citée (la Guerre Mondiale, certes, ou Grande Guerre, avec tous les moyens armées déchaînés). C’est le cas de Jean-Michel Quatrepoint, dans son livre Mourir pour le yuan, dont Philippe Cohen, dans Marianne2, fait un compte-rendu ce 24 septembre 2011. (Le titre même indique que, dans ce scénario, la Chine a une place prépondérante, d’ailleurs en tant que nouvelle puissance dominante in being.)

« Dans un monde où chacun croit les nations dépassées et les frontières explosées, la guerre, nous rappelle Jean-Michel Quatrepoint, journaliste (il fut longtemps au Monde et à la Tribune) et économiste, est la continuation de la politique par d’autres moyens. Or, si l’on regarde les développement la crise économique et financière avec le recul de l’histoire, le temps des conflits affleure la diplomatie mondiale.

»En apparence, les dirigeants du monde sont acquis aux idéaux de paix et de prospérité. Mais nous ne sommes plus dirigés par des hommes ayant vécu dans leur enfance le traumatisme de la guerre mais par des leaders désaffiliés qui ne seront pas forcément en capacité de maîtriser les processus qu’ils ont déclenchés.

» La première dimension de la guerre qui nous menace repose selon Quatrepoint sur deux pays qui ont leur revanche à prendre sur l’histoire : l’Allemagne muselée à la sortie de la deuxième guerre mondiale et la Chine que la guerre de l’Opium a ramené à l’état de “petite nation” pendant plus d’un siècle, ont en commun une humiliation nationale et certaines similitudes que l’ouvrage souligne en les exagérant parfois. »

D’une façon paradoxale, ou qu’on jugera plutôt provocatrice c’est selon, on observera que cette option de la guerre est extrêmement “optimiste” sinon “utopique”. Elle l’est parce qu’elle s’appuie sur la proposition qu’il y a “un après”, – après la crise, puisque la guerre serait l’option qui dénouerait la crise, par le fer et par le feu, par ce que des esprits appuyés sur une raison subvertie jugeraient être comme une sorte de “Jugement de Dieu”. Notre conviction est au contraire qu’avec la crise, “il n’y a plus d’après” concevable et contrôlable par nos moyens et nos intentions. (La fameuse chanson, peut-être prémonitoire, qu’“A Saint Germain-des-Près, il n’y a plus d’après”.) Pour le cas de l’“option de la Grande Guerre”, des indications très précises montrent que nous approchons du degré de l’impossibilité industrielle et économique de cette Grande Guerre, aux moyens nécessairement considérables et au champ nécessairement mondial (projection de forces), qui est évoquée ici. Ce constat concerne les USA, qui sont, dans l’hypothèse d’un conflit de cette sorte, un acteur inévitable par ses structures de puissance traditionnelles et, dirions-nous, à cause de sa politique, potentiellement un acteur déclencheur…

Nous nous reportons, pour cette affirmation, à une nouvelle de DoDBuzz.com, ce 21 septembre 2011. Il y est rendu compte d’un rapport qui vient d’être publié, de Barry Watts et Todd Harrison, du Center for Strategic and Budgetary Assessments qui est le think tank actuellement considéré comme la meilleure et la plus précise référence dans les questions d’évaluation de la puissance militaire US, notamment dans ses aspects industriel, technologique, et de capacité de production.

« Wednesday’s brief by two of DC’s top defense analysts included another interesting element besides their endorsement of an “industrial strategy” to protect the defense sector: If the U.S. got into a desperate national pinch and needed to “surge” its stocks of weapons or equipment, it probably could not do it, they said. Barry Watts and Todd Harrison, of the Center for Strategic and Budgetary Assessments, explained that there are many reasons why the U.S. could not switch on a major industrial effort like the one that built the “arsenal of democracy” in World War II… »

Les conditions de la guerre telles que les envisagent les USA ont profondément changé, d’une part durant la Guerre Froide lorsque la perspective d’un échange nucléaire impliquait une guerre nécessairement courte, ne nécessitant aucune réserve, d’autre part durant la période depuis la fin de la Guerre Froide où les guerres n’ont nécessité, – du point de vue du matériel et de la philosophie d’emploi, – aucun effort nouveau des USA, et surtout pas la nécessité de constituer des réserves. Le résultat est que la base industrielle quantitative de production de guerre des USA est extrêmement faible, voire dérisoire par rapport à ce qui fut constitué durant la Seconde Guerre Mondiale ; sa reconstitution demanderait un effort industriel, technologique et financier qu’il est tout simplement impensable d’envisager aujourd’hui, d’autant qu’il s’agirait d’une base industrielle extrêmement sophistiquée, donc coûteuse et très longue à constituer, – si, même, les USA sont encore capables de la réaliser, hypothèse hautement incertaine.

Actuellement, les réserves US sont extraordinairement ténues. Watts-Harrison présentent le cas du missile de croisière, instrument principal d’une attaque conventionnelle de haut niveau, qui est ici exemplaire et nullement qu’execeptionnel…

« … In the event of a major conflict, analysts worry the Navy and Air Force could expend most or even all of their weapons in the opening days and then lose their initiative. Harrison said the Navy fired about 200 Tomahawk cruise missiles in the early days of the Libya intervention, which he said was about the same number the Pentagon buys in a year. Not only that, Navy warships’ Vertical Launch System tubes can’t be reloaded at sea, so if your cruiser fires all its weapons, it’s out of action until it can swing by a friendly port. »

La même situation est envisagée dans d’autres domaines, y compris ceux des effectifs eux-mêmes, complètement dépassés du point de vue quantitatif par des adversaires potentiels. Philip Ewing, l’auteur de l’article conclut : « Watts and Harrison did not take a position on that issue, but their analysis does raise the question about whether America’s arsenal is as ready for anything as we tend to think it is. »

(Dans une autre partie du rapport, examinée également par DoDBuzz.com le même 21 septembre 2011, Watts-Harrison envisage tout de même l’idée d’une mobilisation industrielle. S’ils estiment qu’elle serait en théorie possible, ils émettent l’argument qu’elle devrait s’appuyer sur une “politique industrielle” radicale, impliquant une nationalisation de facto de l’industrie de défense, – chose dont on était extrêmement loin, même durant la Seconde Guerre Mondiale aux USA. Ils concluent que “ce n’est pas une option”, dans le climat idéologique et populaire actuel, une telle orientation signifiant rien de moins qu’une économie quasiment de type socialiste. Impensable, d’autant plus que le pouvoir US est d’une faiblesse telle que même la considération théorique d’une telle option est au-dessus de ses forces.)

Dans ce contexte d’impasse complète, il faut ajouter le facteur aggravant du temps. Toute idée de reconstitution d’une base industrielle acceptable de mobilisation, outre la capacité de la réaliser, est quelque chose qui se compterait en années, en très, très longues années. Cela vaut pour les USA comme pour les autres, car cela constitue une nouvelle et implacable réalité de la situation militaire (et militaro-budgétaire). Cette idée n’est pas complètement nouvelle puisque, il y a quelques années, en 2007, une étude avait été faite sur l’hypothèse de l’attaque terrestre de l’Iran par les USA (conflit très limité, rien de la Grande Guerre envisagée). Il avait été conclu qu’un peu plus d’un million d’hommes serait nécessaire et que la seule préparation et mobilisation de cette force prendrait entre deux et trois ans. Cette fois, Watts-Harrison examinent la situation structurelle générale impliquant une restructuration, et non plus un cas structurel qui n’implique finalement qu’une extension et un renforcement de structures déjà existantes. Pour eux, il est totalement impossible d’envisager le renouvellement d’un effort semblable à celui de la Seconde Guerre Mondiale, même dans une mesure réduite. Outre la situation générale très spécifique, de quasi “désarmement” structurel avec l’absence de stock et de réserve, il existe des situations qu’on pourrait considérer comme des “goulots d’étranglement” (comme le détroit d’Ormuz, ndlr). Au contraire de la Seconde Guerre Mondiale où des usines produisant d’autres biens que de l’armement pouvaient aisément passer à la production d’armement (comme les usines Ford de production d’automobiles prenant en charge une portion importante de la production du bombardier B-24), la spécificité des produits, la très haute technologie de ces produits et des méthodes de production, rendent impossible une telle possibilité. La constitution d’unités de production demande, de la même façon, des travailleurs d’une si grande qualité et d’une si grande spécificité, des méthodes et des moyens technologiques à mesure, qu’il y a là également une situation de quasi impossibilité. Tout cela doit être d’autant mieux compris que, dans les circonstances actuelles, de telles mesures de renforcement se mesurent sur des longueurs de temps qui peuvent approcher ou dépasser la décennie, dans une situation devenue d’une extraordinaire complexité et d’une très grande tension si l’on se réfère aux difficultés, voire aux impasses de production expérimentées dans tous les grands programmes d’armement aux USA. Depuis la génération des années 1970 (F-15, F-16 et F-18), les USA ont été impuissants à conduire à terme un programme de production d’avions de combat. Le même Barry Watts qui a co-signé le rapport dont il est question observe que les USA ont eu quatre programmes d’avions de combat depuis la fin des années 1970, tous à technologies furtive (le F-117, le A-12, le B-2 et le F-22, – en excluant le F-35 dont on dirait qu’il est “en cours de difficultés” plutôt qu’“en cours de développement”) ; ces quatre programmes devaient aboutir à la production de 2.378 exemplaires, selon la programmation initiale ; la production totale des quatre a atteint 267 exemplaires, et dans des conditions d’une complète incertitude (exemple de l’immobilisation au sol des 187 F-22 qui serait sur le point de se terminer après une durée de quatre mois)…

Le cas US est évidemment le cas en pointe. Les autres puissances impliquées dans un scénario hypothétique de grand conflit connaissent de meilleures conditions d’une éventuelle mobilisation nécessaire, mais elles ont de très sévères limitations d’un autre type. (Ces puissances sont essentiellement la Russie et la Chine, mais certainement pas l’Allemagne citée par Quatrepoint, qui est un pays qui n’a plus aucune infrastructure d’armement pouvant lui permettre d’envisager quelque confit que ce soit, et n’étant plus du tout au niveau technologique adéquat, sans parler du soutien populaire.) D’une façon générale, leurs structures de force ne sont nullement orientées vers la projection de forces nécessaires à un grand conflit mais vers le contrôle de la sécurité de leurs zones régionales ; un changement radical, si même il était voulu, demanderait également un temps extrêmement long (bien au-delà de la décennie), sans nulle garantie de succès car les caractéristiques des matériels et l’infrastructure nécessaire, de très haute technologie, pour ce type de forces, pousseraient sans doute vers une situation de blocage “à l’américaine”. La situation porte donc sur un paradoxe qui contrecarre complètement le scénario envisagé : la seule puissance (les USA) qui peut porter une guerre à longue distance, – la Grande Guerre envisagée, – est en train de sombrer très rapidement dans l’impasse et l’impuissance, tandis que les autres sont dans une posture défensive.

Enfin, il y a une autre quasi impossibilité avec le facteur temps. On a vu que ces spéculations de réarmement ou de mobilisation se comptent presque en décennies, alors que les crises se précipitent à une vitesse stupéfiantes et se succèdent de semaine en semaine. Les conditions évoquées d’un conflit possible ne concernent pas une tendance longue, mais une tendance ultra-courte, incontrôlée, complètement erratique. On ne peut imaginer une disparité plus grande, avec l’idée implicite que la crise et la cause d’une éventuelle Grande Guerre seraient largement consommées dans une situation complètement nouvelle avant qu’on puisse commencer à planifier un tel conflit. Il s’agit en réalité d’une situation où le système du technologisme qui soutiendrait une Grande Guerre atteint lui-même une impasse qui est celle de notre civilisation. Encore n’envisage-t-on pas l’énorme puissance du facteur populaire, qui pourrait s’avérer comme une entrave insurmontable de plus à tout projet de Grande Guerre.

Dans cette situation extrême, et si l’on tient à conserver l’option d’une Grande Guerre, le seul moyen restant est, très simplement et radicalement, celui d’un échange nucléaire, où les moyens restent disponibles. Ce cas nous paraît très aléatoire, et dépendre essentiellement d’une instabilité psychologique poussée à son extrême. Mais ce cas, justement, peut paradoxalement bénéficier de la situation de blocage “de civilisation” décrite ci-dessus ; ce blocage est évidemment entretenu également par une paralysie et une pesanteur bureaucratiques extraordinaires, surtout dans les appareils militaires, et cette paralysie et cette pesanteur joueraient probablement contre l’option d’une guerre nucléaire, vu la prudence des bureaucraties. Cela a sans doute été le cas en 2007, selon Seymour Hersh, où la bureaucratie militaire aurait réussi, par une menace de quasi insubordination, d’envisager une attaque nucléaire contre l’Iran. (voir le 3 juillet 2006).

Observé brièvement, nous dirons que nous ne sommes dans une situation d’impossibilité structurelle d’une Grande Guerre. Il faut dire que nous n’avons absolument pas besoin de cela pour notre situation d’effondrement actuel, qui ne se fait pas selon des antagonismes humains classiques, mais par des processus internes au Système, hors de notre contrôle, et à une vitesse qui renvoie la possibilité d’une Grande Guerre à un univers dépassé, qui n’existe plus…

Philippe Grasset

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Source : Dedefensa

PsyWar : L’esprit est le véritable champ de bataille (vidéo)

Dans Désinformation, Guerre de l'Information, Manipulation, Mass Médias le 25 septembre 2011 à 13:36

« Il n’y a que deux puissances au monde : le sabre et l’esprit. J’entends par l’esprit les institutions civiles et religieuses. A la longue, le sabre est toujours battu par l’esprit. » Napoléon Bonaparte

PsyWar : L’esprit est le véritable champ de bataille nous plonge dans l’évolution de la subversion et de l’intoxication par les campagnes de propagande, la guerre à la perception, les manipulations de masse et la désinformation (négative ou positive) par les relations publiques au travers de l’histoire des États-Unis. Avec notamment la participation de Howard Zinn et Noam Chomsky.

Dans cette traduction partielle du synopsis de PRWatch par Comfluences.net, « Le documentaire « PsyWar » analyse l’utilisation de la propagande et des relations publiques par le gouvernement  et les grandes entreprises. Le film met en exergue la manière dont les États-Unis ont mis en scène certains événements afin de manipuler l’opinion publique lors de la guerre en Irak, comme le sauvetage de la soldate Jessica Lynch ou le prétendu mouvement populaire spontané qui a mis à bas la statue de Saddam Hussein. Il aborde également le scandale « Pentagone Pundit » ainsi que les activités du Rendon Group, un cabinet de relations publiques spécialisé dans le « spin » (que l’on peut traduire par « effet » d’un « spin doctor » (conseiller en relations publiques) et dont l’« effet » dans le conseil est largement influencé et n’est pas forcément animé d’une moralité vertueuse, ndlr) en temps de guerre. Le film expose les activités du gouvernement et des entreprises qui tendent à brouiller les lignes entre les vraies et fausses informations, ainsi que l’évolution dans le temps des campagnes de désinformation [...] l’utilisation du photo-montage et d’autres outils de manipulation des relations publiques [...]. »

PsyWar est l’acronyme de « Psychological warfare » (Guerre psychologique) et ses actions planifiées désignées par l’acronyme PsyOps « Psychological operations » (Opérations psychologiques) auxquelles se rajoutent, à l’ère de l’internet et des conflits dans le cyberespace, les CyOps pour « Cyberpsychological operations » (Opérations Cyberpsychologiques), l’illustre dernier cas étant le grossier photo-montage du cadavre d’Oussama Ben Laden officiellement assassiné durant l’opération Neptune Spear.

La guerre psychologique est aussi vieille que la guerre elle-même. De tout temps, les leaders ont essayé d’imposer leur volonté à l’adversaire et de nuire à la combativité de l’ennemi afin de remporter la bataille sans combattre, selon l’Art de la Guerre de Sun Tzu.

« La guerre n’est pas seulement une mêlée générale, l’utilisation illimitée de la force brute, à la manière de Clausewitz, mais un état de droit, une tentative de canaliser le droit de la force par la force du droit. La clameur et la fureur de la « noise » masquent la querelle au sujet d’un ou des points de droit qui est la signification première ou authentique du mot « conflit » désignant un choc ou un heurt. Finalement, c’est la lutte entre deux volontés dont l’aspect matériel du conflit armé masque aussi l’enchevêtrement du devoir-pouvoir-savoir-vouloir.

En contraste à Clausewitz, Sun Tzu privilégie la « psyché » dans l’art de la tromperie aux dépens de la « physis » de la force brute dans la guerre psychologique.

En Occident, la guerre psychologique a peut-être débuté dans la période biblique avec la métaphore de Josué qui a fait écrouler les murs de Jéricho avec les trompettes. Dans la civilisation chinoise, la guerre psychologique fait partie de L’Art de la guerre avec Sun Tzu, pour qui la guerre est l’art de la tromperie.

La guerre psychologique ne se rapporte pas seulement aux conflits armés, mais également aux rivalités économiques et concurrences commerciales. »

Documentaire écrit et réalisé par Scott Noble (Etats-Unis, 2010, 99′).

Le site web du film : Metanoia

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- Israël : l’équipe Internet de combat

- Cyops ou opérations cyberpsychologiques

- Guerre de quatrième génération et Quatrième Guerre Mondiale

- Islam, antéchrist et jambon beurre: voyage au coeur de la machine anti-Islam (vidéo)

- Le temps de cerveau disponible (vidéo)

- Opération Hollywood (vidéo)

- La cabale (vidéo)

- War made easy (vendre la guerre aux américains) (vidéo)

- Le Troisième Jihad (vidéo)

Le discours d’Obama aux Nations Unies ? Pathétique…

Dans Géopolitique le 23 septembre 2011 à 16:49

par Robert Fisk pour The Independent

Obama s’obstine à traiter les Israéliens et Palestiniens comme parties égales dans le conflit.

Aujourd’hui devrait être le moment le plus plaisant pour Mahmoud Abbas. Même le New York Times a découvert que « un homme gris portant des costumes gris et des chaussures soignées, peut lentement sortir de l’ombre ».

Mais c’est une absurdité. L’insipide chef de l’Autorité Palestinienne, qui a écrit un livre de 600 pages sur le conflit entre son peuple et Israël sans même mentionner une seule fois le mot « occupation », ne devrait avoir aucun mal ce soir à surpasser le discours pathétique et humiliant délivré par Barack Hussein Obama devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies ce mercredi lorsqu’il a mis par-dessus bord la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient pour s’aligner sur celle d’Israël.

Pour un président américain qui avait réclamé une fin à l’occupation israélienne de terres arabes, une fin au vol de la terre arabe en Cisjordanie – les « colonies » israéliennes comme il avait coutume de les appeler – et un Etat Palestinien d’ici 2011, la prestation d’Obama était pathétique.

Comme d’habitude, Hanan Ashrawi, la seule voix palestinienne éloquente à New York cette semaine, a trouvé le bon mot. « Je ne pouvais en croire mes oreilles » a-t-elle dit à Haaretz, le plus fin des journaux israéliens. « Cela sonnait comme si les Palestiniens étaient ceux qui occupaient Israël. Il n’a pas eu un mot de sympathie pour les Palestiniens. Il n’a fait que parler des problèmes des Israéliens… » C’est trop exact. Et comme d’habitude, les journalistes israéliens les plus raisonnables, dans leur franche condamnation d’Obama, ont montré que les princes parmi les journalistes américains n’étaient que des lâches. « Le discours mou et dénué d’imagination que le président Barack Obama a livré aux Nations-Unies… reflète à quel point le président américain est désarmé face aux réalités du Moyen-Orient », a écrit Yael Sternhell.

Et alors que les jours s’écouleront, nous verrons si les Palestiniens répondront à la lamentable prestation d’Obama avec un troisième Intifada ou par un haussement d’épaules de lassitude en voyant que les choses ne changent pas, que les faits continueront de prouver que le gouvernement des États-Unis demeure une marionnette aux mains d’Israël quand il est question du refus que les Palestiniens aient un État.

Demandons-nous comment est-il possible que l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Dan Shapiro, ait voyagé de Tel Aviv à New York pour le débat sur l’État palestinien, dans le propre avion de Netanyahou, le Premier ministre israélien ? Comment se fait-il que Netanyahou était trop occupé à tailler une bavette avec le président colombien pour aller écouter Obama ? Il a juste jeté un coup d’oeil sur le document palestinien au moment il était en face à face avec le président américain. Ce n’était pas du « culot » [chuzpah]. C’était une insulte, pure et simple.

Et Obama l’a bien mérité. Après l’éloge du printemps/été/automne arabe, comme il voudra le nommer – courant encore une fois après tous ces actes individuels de courage des Tunisiens et des Egyptiens comme si il avait avait été tout ce temps à leurs côtés, le bonhomme n’a trouvé que 10 minutes sur son heure à accorder aux Palestiniens, les giflant au visage pour oser demander un statut de membre des Nations-Unies. Et Obama – et ceci était la partie la plus drôle de son absurde discours devant les Nations-Unies – a même oser suggérer que les Palestiniens et les Israéliens étaient deux parties « égales » dans le conflit.

Un martien qui écouterait ce discours penserait, comme Mme Ashrawi l’a suggéré, que les Palestiniens occupent Israël plutôt que le contraire. Aucune mention de l’occupation israélienne, aucune mention des réfugiés ou du droit au retour ou du vol de la terre palestinienne et arabe par le gouvernement israélien en opposition complète avec le droit international… Mais que de lamentations sur le peuple assiégé d’Israël, sur les tirs de fusées sur leurs maisons, sur les attentats-suicide – les péchés des Palestiniens, naturellement, mais sans aucune référence au carnage dans Gaza ni à l’énorme nombre de morts palestiniens – et même sur les persécutions historiques à l’encontre des communautés juives et sur l’Holocauste.

Ces persécutions sont un fait de l’histoire. Ainsi que l’Holocauste. Mais les PALESTINIENS N’ONT PAS COMMIS CES ACTES. Ce sont les Européens – dont Obama sollicite maintenant l’aide pour refuser un État aux Palestiniens – qui ont commis ce crime des crimes. Puis nous étions à nouveau dans les considérations sur« les parties égales », comme si les occupants israéliens et les Palestiniens sous occupation étaient sur une aire de jeu. Madeleine Albright avait l’habitude d’user de ce mensonge terrible. « Cela revient aux parties elles-mêmes », disait-elle, se lavant les mains comme un Ponce Pilate de toute cette affaire, dès qu’Israël menaçait d’avoir recours à son lobby au États-Unis. Le ciel sait si Mahmoud Abbas peut produire un discours historique à l’ONU aujourd’hui. Mais au moins nous savons tous qui est le conciliateur.

Robert Fisk

À lire/voir également sur la reconnaissance de l’État palestinien aux Nations-Unies et la crise turco-israélienne :

- La diplomatie-missile d’Erdogan

- Turquie versus Israël, ou le poids des armes (US)

- La tenaille furieuse

- Un éditorialiste du Jerusalem Post dit que l’attaque terroriste d’Eilat était « justifiée »

- La bonne petite guerre d’Israël

- Israël fait son apparition dans le Printemps Arabe

- L’ancien chef du Mossad pourrait enfiler les habits de Sharon

- Des câbles secrets montrent le plan de bataille d’Israël contre la déclaration palestinienne à l’ONU

- RAMSES 2012 : Israël face au Printemps Arabe (vidéo)

- Les Nations-Unies vont-elles reconnaître l’Etat palestinien ? (vidéo)

Article original : A President who is helpless in the face of Middle East reality

Traduction : Info-Palestine.net

Le dépeçage de la Grèce

Dans Crise Économique, Crise Financière, Crise Sociale le 22 septembre 2011 à 18:12

par Barry Grey pour WSWS

L’Union européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) qui agissent au nom des banques internationales exigent une nouvelle série de mesures d’austérité à l’encontre de la classe ouvrière grecque comme condition préalable au déblocage de la prochaine tranche du plan d’aide, faute de quoi la Grèce fera défaut le mois prochain.

Les ministres européens des Finances, qui s’étaient réunis vendredi et samedi en Pologne, ont refusé de verser la tranche de 8 milliards d’euros parce que la Grèce dont l’économie, qui s’est effondrée suite aux licenciements de masse et aux coupes sociales déjà imposées, n’a pas réussi à tenir ses objectifs de réduire le budget.

Le représentant du FMI en Grèce, Bob Traa, en avait établi les critères lors d’une conférence économique lundi à Athènes. S’exprimant dans un pays qui a vu son taux de chômage officiel presque doublé depuis 2008 en passant à 16 pour cent – le véritable taux de chômage avoisine les 30 pour cent – Traa a exigé davantage de réductions drastiques des salaires et des emplois dans le secteur public, des fermetures d’organismes public entiers et la privatisation et la vente immédiates d’entreprises de l’Etat.

Se plaignant de ce que le secteur public grec est « très important », Traa a dit que sa contraction « nécessitera obligatoirement la fermeture d’unités publiques inefficaces ainsi qu’une réduction de la vaste main-d’oeuvre et des généreux salaires du secteur public. »

Au moment même où il condamnait la classe ouvrière grecque à la pauvreté, il a attisé la convoitise des banquiers pour des profits immenses provenant de la vente au rabais des biens de l’Etat. « On peut faire beaucoup d’argent en Grèce, » a dit Traa. « Le programme de privatisation n’est pas seulement une réforme structurelle c’est aussi un moyen d’attirer des investissements étrangers directs dans le pays et donc de la liquidité et du capital. »

Il a averti que la Grèce devait vendre rapidement certaines entreprises publiques à des sociétés privées si elle ne veut « pas faire défaut ».

Comme une meute de loups qui s’apprête à chasser sa proie, la famille mondiale des banquiers et des spéculateurs – dont les opérations semi-criminelles ont provoqué la crise économique et dont le renflouement par l’argent du contribuable a conduit les trésors publics à la faillite – est actuellement en train de planifier le dépeçage de la Grèce en transformant la destruction de la société entière en une manne financière pour elle-même.

La réponse du gouvernement social-démocrate PASOK aux nouvelles exigences de la soi-disant « troïka », qui supervise le plan d’aide – l’UE, la Banque centrale européenne et le FMI – a été de se conformer. Le Premier ministre George Papandreou a annulé une visite aux Etats-Unis et a organisé dimanche une réunion d’urgence de son cabinet ministériel à la suite de laquelle le ministre des Finances, Evangelos Venizelos, a promis d’annoncer de nouvelles coupes dans les dépenses publiques. « Tout le monde veut un Etat plus petit, »a-t-il déclaré.

Selon divers articles de presse, les mesures exigées par la « troïka » comprennent :

  • La suppression de 20.000 emplois supplémentaires dans le secteur public d’ici 2015, ce qui ramènera le montant total des licenciements à 100.000.
  • La résiliation rétroactive à effet immédiat de tout recrutement effectué dans le secteur public en 2010 et en 2011, touchant ainsi 25.000 travailleurs de plus.
  • La réduction des retraites et des salaires des employés des services publics. La réduction de la retraite des marins et des employés des sociétés publiques de télécommunication. Le gel de toutes les retraites d’Etat jusqu’en 2015.
  • L’accélération de la fermeture ou de la fusion de 65 organismes d’Etat.
  • L’augmentation d’un impôt spécial sur la consommation du fioul.
  • L’augmentation des impôts sur le tabac, l’alcool et les produits de luxe.

Il y a des divisions croissantes entre les Etats-Unis et l’Europe et au sein de l’Europe quant à savoir si le renflouement de la Grèce devrait être poursuivi ou si le pays devrait faire défaut en quittant la zone euro. Le premier choix signifie une expansion considérable des moyens financiers publics pour le renflouement des banques. Le second choix signifie une catastrophe sociale pour la Grèce qui pourrait déclencher une nouvelle crise financière plus grande encore que l’effondrement de Wall Street d’il y a trois ans, en entraînant toute une série de défauts souverains et de faillites bancaires.

Les deux scénarios conduiront à l’appauvrissement de la classe ouvrière et à la destruction de tous les acquis sociaux passés.

La bourgeoisie internationale est parfaitement consciente des implications sociales de la crise et des mesures brutales qu’elle adopte pour faire payer l’addition à la classe ouvrière. La BBC a cité lundi le président de la Chambre de commerce d’Athènes, Constantine Michalos, qui a dit, « si nous atteignons un niveau de chômage de 20 pour cent, alors du point de vue économique il y a un danger imminent que la cohésion sociale explose. »

Des conclusions politiques bien claires sont tirées et des préparatifs sont en cours. Le Wall Street Journal a publié lundi sur son blog un commentaire intitulé : « Grèce : Il ne faut pas sous-estimer le rôle de l’armée. »

Le commentaire débute en disant: « L’instabilité politique et la rébellion se sont propagées au-delà de la Méditerranée tout au long de la côte de l’Afrique du Nord et jusqu’à la Syrie, mais pourquoi devraient-elles en rester là ? Pourquoi ne se répandraient-elles pas à la Grèce par exemple ? »

« Il convient de rappeler que les généraux grecs avaient perpétré un coup d’Etat en 1967 pour gouverner ensuite le pays en tant que junte. La démocratie n’avait été rétablie qu’en 1975. Cela ne fait pas si longtemps. »

« L’armée grecque reste encore une force très significative dans le pays. La Grèce dépense plus pour ses forces armées en pourcentage du PIB qu’aucun autre pays de l’Union européenne – 3,2 pour cent contre une moyenne communautaire de 1,6 pour cent, » selon les données de l’Institut international de la recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

« Le jour où la Grèce sera à court d’argent – à moins d’une nouvelle injection massive d’argent de l’UE, de la BCE et du FMI – se rapproche de jour en jour. Si les bureaucrates ne sont pas payés, ils déposent leurs outils et se mettent en grève. Mais, que se passe-t-il lorsque l’armée n’est pas payée ? »

L’auteur poursuit en remarquant que la CIA avait conclu dans un rapport publié en juin dernier qu’un coup militaire était possible en Grèce. Il conclut en disant : « Est-ce qu’un coup militaire est probable en Grèce ? Peut-être pas. Mais c’est une possibilité qui ne peut être écartée. »

La classe ouvrière doit prendre ceci comme un avertissement – et pas seulement en Grèce. Partout dans le monde la bourgeoisie est en train de mener une guerre de classe brutale pour tenter de se sortir de la crise la plus profonde du système capitaliste depuis les années 1930. Tout comme à cette époque, aujourd’hui encore la réponse ultime de la classe dirigeante à l’inévitable résistance de masse de la classe ouvrière c’est la dictature et la guerre.

La seule solution pour les masses laborieuses est le recours à son vaste pouvoir social et politique dans une lutte révolutionnaire afin de mettre un terme au capitalisme et d’établir le socialisme mondial. Ceci requiert qu’elles se libèrent du joug de la politique bourgeoise et de l’emprise des syndicats qui opèrent comme les gendarmes des entreprises pour la classe dirigeante, pour que les travailleurs construisent de nouvelles organisations de lutte de masse. La question cruciale est la construction du Comité international de la Quatrième Internationale en tant que nouvelle direction révolutionnaire afin d’imprégner les luttes à venir d’un programme socialiste et internationaliste.

Barry Grey

Source : WSWS

Guerre et consumérisme : un extrémisme qui ne dit jamais son nom

Dans sociologie le 22 septembre 2011 à 17:33

par John Pilger pour johnpilger.com

Cherchant une librairie qui n’existait plus, je marchais en fait dans un labyrinthe bâti comme un piège. En sortir devenait une illusion, un peu comme Alice une fois le miroir traversé. Des murs de verre façonnés en cercles concentriques alors qu’un magasin s’imbriquait dans un autre: Armani Exchange avec les tartes Dinki Di. Les sorties menaient à toujours plus “d’offres” et “d’excitantes opportunités”. Cherchant un guide, j’achetais une paire de lunettes de soleil minable: tout pour en sortir. C’était une vision infernale. C’était le mega centre commercial Westfield.

Ceci se passait à Sydney, là où a commencé l’empire Westfield. Dans un centre commercial qui n’est pas la moitié de la superficie de celui qui vient d’ouvrir à Sratford, East London ce 13 Septembre dernier. “Tout” est là a rapporté le critique architectural Jonathan Glancey : d’Apple à Primark, McDonald’s à KFC et Krispy Kreme. Il y a un cinéma de 17 salles avec des “sièges VIP luxueux” et un super bowling luxueux également. Tracey Emin et Mary Portas ont emmené “l’équipe culturelle” de Westfield. Le plus grand casino du pays surplombera une “rue mode de vie 24/24” appellée l’Arcade. Ceci sera la route unique pour les JO de 2012 pour ces 10 millions de touristes qui viendront contempler les prouesses athlétiques. Le message simple et grotesque du “achetez moi, achetez moi”, sera le message de bienvenue de Londres au monde.

Si vous avez vu le film de Walt Disney Wall-E”, a écrit Glancey en 2008, “vous reconnaitrez certainement Westfield et les centres commerciaux lui ressemblant. Dans le film, les humains qui ont abandonnés la terre il y a bien longtemps à cause de la polution résultant de leur veûlerie, vivent une vie super sédentaire faite de consumérisme et de bouffe. Ils sont adipeux et ont perdu l’usage de leurs jambes. Est-ce comme cela que nous finirons ? Ou allons-nous plonger dans les profondeurs d’une récession gargantuesque… avec rien à dépenser et nulle part pour le faire ? Dans le court terme moins apocalyptique, Westfield est ‘une étape vers notre désir collectif de limiter la vie et la culture de la ville traditionnelle, ainsi que son architecture, et de nous inciter à acheter encore et encore plus.”

Le plan original de développement de Stratford City évoqua celui de Barcelone: une grille de rues et de magasins et d’endroits définis pour vivre. Moderne, civilisé. Puis vinrent les JO ainsi que Westfield, un des commanditaires majeurs de l’opération. Le mega centre commercial, le plus grand d’Europe, est bâti au milieu de tours grises, pas très loin d’où les récentes émeutes ont eu lieu, ses produits “haut de gamme”, fait pour la plupart à l’aide d’une force de travail très bon marché et régimentée, invitent les endettés. Que ce site soit érigé là où les travailleurs londoniens construisirent des trains, des milliers de locomotives, des voitures et de très bons wagons, dans ce qui était appellé autrefois l’industrie n’est que d’un vague intérêt mélancolique. Le travail de ce mega centre commercial ne produit rien et est de plus très mal payé. C’est un symbole des temps extrêmes.

Le co-fondateur de Westfield est Frank Lowy, un milliardaire israélo-australien qui est à la distribution ce que Ruppert Murdoch est aux médias. Westfield possède ou a des intérêts dans plus de 120 galleries marchandes dans le monde. La tour de Sydney, la structure architecturale la plus visible de la ville est estampillée “Westfield”. Lowy, un ancien commando des forces spéciales israéliennes, donne des millions à Israël et en 2003 a créé l’Institut Lowy des Affaires Internationales, qui se veut “indépendant” et qui promeut la politique étrangère israélo-américaine.

Le jour d’après l’ouverture du mega centre commercial de Stratford, des chercheurs de l’UNICEF ont rapportés que les enfants britanniques étaient prisonniers d’un “piège matérialiste” dans lequel ils était achetés et corrompus par le moyen des “produits de marques”. Les parents à bas revenus ressentaient “une énorme pression de la société” pour acheter des “vêtements de marque, chaussures de sport et technologie” pour leurs enfants. La publicité télévisée et autres moyens de séduction de la “culture de la consommation”, combinée avec des bas salaires et de longs horaires de travail, étaient responsables. Les enfants ont dit aux chercheurs qu’ils préféraient rester en famille et avoir plus à faire en activités extérieures, mais que ceci n’est plus possible. Alors que le mot “aide sociale” est devenu un gros mot, les facilités de base pour les jeunes comme les maisons de la jeunesse, les clubs etc sont éliminés par les autorités locales.

Il y a quatre ans, l’UNICEF publiait une étude sur le bien-être des enfants sur 21 pays indistrialisés. Le Royaume-Uni était en fond de classement. Un cinquième des enfants britanniques vivent sous le seuil de pauvreté: un chiffre qui va augmenter en cette année olympique qui vient. La priorité de la classe politique britannique, et ce quelque soit la tendance politique, est le remboursement par les gens normaux du “déficit”, un terme cynique et trompeur pour désigner les épiques dons d’argent aux banques véreuses et le déclanchement simultanné de guerres coloniales criminelles pour voler les ressources d’autres nations.

Ceci est l’extrêmisme qui ne dit jamais son nom.

C’est un extrémisme qui a émasculé la démocratie sociale qui fut la rédemption de l’Europe de l’après-Seconde Guerre Mondiale. L’appauvrissement forcé de la Grèce avec les retours exhorbitants demandés par les banquiers centraux français et allemands va sans aucun doute y provoquer un autre coup d’état militaire fasciste. L’appauvrissement forcé de millions de Britanniques par l’ancien régime de David Cameron, avec son lot de mesures renforçant l’état policier et sa bourgeoisie complice, spécifiquement les médias, va aussi provoquer plus d’émeutes, rien n’est plus sûr. On peut toujours compter sur l’extrémisme d’un apartheid de quelque forme que ce soit pour déclancher de telles choses et ce indépendemment du consumérisme clinquant enfermé dans les galleries marchandes. Le projet futur est la démocratie pour les riches et le totalitarisme pas seulement pour les pauvres et “l’intervention libérale”, comme l’approuve le journal Guardian, pour ces entités étrangères trop faibles pour résister à nos missiles de “précision” Brimstone.

Je me suis rendu sur la Place du Parlement l’autre jour. Les annonces graphiques des crimes d’état exhibées par l’activiste pour la paix et la justice Brian Haw ont finalement été retirées par la police londonienne, qui savait très bien que Brian ne pourrait plus jamais les défendre, physiquement sur place et dans les palais de justice, comme il le fit pendant 10 ans. Brian est décédé en juin. Lui rendant visite un de ces Noël glaciaux, j’étais bouleversé par la façon dont il persuadait tant et tant de passants et par la force de son courage.

Nous avons besoin de millions de Brian. De manière urgente.

John Pilger

Article original : War and shopping – an extremism that never speaks its name

Traduction : Résistance 71

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