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Un éditorialiste du Jerusalem Post dit que l’attaque terroriste d’Eilat était « justifiée »

Dans Géopolitique le 30 août 2011 à 17:13

par Samuel Sokol pour Algemeiner Journal

L’éditorialiste du Jerusalem Post, Larry Derfner, a déclaré que « les Palestiniens ont le droit d’utiliser le terrorisme contre nous ».

En disant que ses commentaires sont “une tentative de patriotisme“, l’éditorialiste du Jerusalem Post et célèbre commentateur politique, Larry Derfner, dans un article publié cette semaine sur le blog auto-qualifié sioniste de gauche , « Israel Reconsidered » [Israël Repensé], a approuvé l’usage de la violence contre des citoyens israéliens.

Derfner, bien connu comme ardent défenseur d’une solution à deux Etats, a posté, lundi, un lien vers son article sur Facebook, attirant les éloges d’amis pour son affirmation que les « Palestiniens ont le droit de résister [à l'occupation] – d’user de la violence contre les Israéliens, même de tuer des Israéliens ». C’est en particulier le cas, a écrit Derfner, puisque « Israël ne montre aucune volonté de mettre fin à l’occupation, ce qui est le cas depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Netanyahou ».

Selon l’éditorialiste, les Israéliens, dont il considère qu’un grand nombre est secrètement d’accord avec lui, ne veulent toutefois pas se montrer et le dire, de « peur d’être accusés de traîtrise ». Cependant, affirme-t-il, « il est temps de surmonter cette réserve, même au prix d’attiser les sensibilités déjà enflammées du public israélien, parce que cette réticence à dire franchement que les Palestiniens ont le droit de combattre l’occupation, en particulier maintenant, aide involontairement à maintenir l’occupation en vigueur ».

Poursuivant l’explication de sa thèse, Derfner a soutenu que puisque la présence israélienne continue dans les territoires prouve le bien-fondé du terrorisme palestinien, « les condamnations rituelles de la terreur par la gauche se traduisent dans l’esprit du public israélien comme une justification de l’occupation et d’une politique militaire inflexible ».

« Mais si, d’un autre côté, nous devions dire sans aucune ambiguïté ce que beaucoup d’entre nous pensent et que les autres présument – que les Palestiniens, comme toutes les nations vivant sous une domination hostile, ont le droit de se défendre, que leur terrorisme, en particulier face au gouvernement israélien qui refuse tout compromis, est justifié – quel effet cela aurait-il ? » a-t-il demandé. « Un [effet] puissant, je pense, parce que la vérité est puissante ».

Cependant, stoppant net son appel actif au terrorisme, l’éditorialiste – né à Los Angeles et qui a immigré en Israël en 1985 – a affirmé que s’il « pense que les Palestiniens ont le droit d’utiliser le terrorisme contre nous, je ne veux pas qu’ils l’utilisent, je ne veux pas voir des Israéliens tués ».

« En tant qu’Israélien », a-t-il expliqué, « je ferais tout ce qui est nécessaire pour empêcher un Palestinien, opprimé ou non, de tuer l’un de mes compatriotes ».

« Pourtant, je ne pense pas que le Hamas et leurs alliés ont besoin de plus d’encouragements, alors, quels que soient les encouragements qu’ils pourraient obtenir de moi ou d’un autre sioniste de gauche, ils seraient inutiles et superflus », a ironisé Derfner.

Il a également déclaré qu’il est opposé à « encourager les Israéliens dans leur aveuglement » qui les empêche de voir qu’ils « obligent [les Palestiniens] a s’engager dans le terrorisme ». Un tel encouragement, a-t-il expliqué, « met en danger leurs vies et les nôtres, leur pays et le nôtre, bien plus que si nous disions la vérité et que nous étions cités sur les sites internet du Hamas ».

Concluant par une brève discussion sur la triple attaque terroriste de la semaine dernière à Eilat, Derfner a dit que « quels que soient les Palestiniens qui ont tué huit Israéliens près d’Eilat la semaine dernière, aussi vile que fût leur idéologie, ils avaient de bonnes raisons d’attaquer ».

Le gouvernement d’Israël, qu’il a qualifié de « dur » et d’ « injuste », doit « porter la responsabilité de ces huit morts israéliens ».

« Ecrire ceci n’est pas une trahison. C’est un effort de patriotisme », a expliqué Derfner.

Répondant aux commentaires sur Facebook, Derfner a résumé sa thèse en disant que « l’occupation fait que le terrorisme palestinien est justifié et inévitable ». Après tout, a-t-il demandé, « si la non-violence ne convainc pas Israël de mettre fin à l’occupation, qu’est-ce que [les Palestiniens] sont-ils censés faire ? »

Les experts pensent que ces commentaires, arrivant ainsi dans le sillage d’une tragédie nationale qui a presque mené Israël à la guerre, vont sûrement faire du bruit.

Ces commentaires sont sans comparaison avec les commentaires [de Derfner] en mars dernier, suite au meurtre de la famille Fogel dans la ville cisjordanienne d’Itamar.

Derfner écrivait alors que « Tant que les Palestiniens n’auront pas reconnu le côté sauvage de leur société – ne serait-ce qu’entre eux – et qu’ils n’auront pas décidé de le déloger, alors, si l’histoire est un guide, il y aura plus d’abominations commises en leur nom. Et il est complètement légitime d’espérer que les Palestiniens comprennent cela – avant même qu’ils aient leur propre Etat ».

Une source haut-placée au Jerusalem Post a déclaré que le journal étudiait ce problème.

Tandis que le Ministère de la Justice israélien n’a pas émis de déclaration officielle en réponse à cette enquête, il est possible que Derfner ait pu violer les textes de loi israéliens interdisant l’incitation. En riposte, plusieurs citoyens inquiets ont exprimé leur intérêt à porter plainte auprès de la police et du cabinet du ministre de la justice, a appris l’Algemeiner Journal.

À lire/voir également sur l’Egypte et Israël :

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Article original : Jerusalem Post Columnist Calls Eilat Terror « Justified »

Traduction : JFG

La sanglante « stratégie finale » d’Obama en Afghanistan

Dans Géopolitique, Géostratégie le 30 août 2011 à 16:37

par Bill Van Auken pour WSWS

Près de deux mois après que le président Obama a fait part de ses plans pour un retrait limité des troupes américaines de l’Afghanistan, l’évolution de la stratégie des États-Unis dans cette guerre qui dure depuis près de dix ans correspond à une intensification constante du carnage.

Lorsqu’Obama a fait cette annonce, qui appelle seulement au retrait des 33 000 soldats déployés en Afghanistan lors de la montée en puissance (« surge ») qu’il avait ordonnée en décembre 2009, il a proclamé : « on peut voir au loin la lumière d’une paix durable ». En fait, la seule véritable lumière qui est émise par cette prétendue « paix durable » est celle produite par les explosions de missiles Hellfire et de bombes américaines dans une guerre prévue pour durer indéfiniment.

Dans les milieux officiels à Washington on discute abondamment des possibilités d’en arriver à une entente négociée avec les Taliban, dont le gouvernement avait été renversé par l’invasion américaine d’octobre 2001. Ayant initialement rejeté la participation des Taliban à une conférence internationale sur l’Afghanistan qui doit se tenir en Allemagne, l’ambassadeur des États-Unis à Kaboul, Ryan Crocker, a récemment indiqué que la question de leur présence devait être décidée par le gouvernement et le Haut Conseil pour la paix de l’Afghanistan.

Pendant ce temps, des responsables du département d’État et de la CIA ont rencontré des représentants des Taliban au moins trois fois depuis janvier, en Allemagne et au Qatar. Les talibans maintiennent depuis le début qu’un accord sur la résolution du conflit afghan est impossible tant que des troupes étrangères seront dans le pays.

Une étude nouvellement produite par la Rand Corporation – un groupe de réflexion qui a l’appui du Pentagone et qui a joué un rôle de premier plan dans l’élaboration de la stratégie militaire des États-Unis, depuis le conflit nucléaire avec l’Union soviétique jusqu’à « la guerre internationale contre le terrorisme », en passant par la guerre du Vietnam – est particulièrement révélatrice à cet égard.

Les auteurs de ce rapport, intitulé « Pourparlers de paix afghans : Une introduction » (« Afghan Peace Talks: a Primer »), sont James Dobbins, qui fut négociateur en chef des États-Unis lors des accords de Bonn de 2001 qui ont organisé la mise en place du gouvernement fantoche afghan de Hamid Karzaï, et James Shinn, ancien secrétaire adjoint à la Défense pour l’Asie et l’un des auteurs de l’Afghan Strategy Review de l’administration Bush.

Ce rapport défend l’idée que, en dernière analyse, les États-Unis ne pourront garantir leurs intérêts que par un « processus de paix » menant à un accord avec les Taliban et assurant la collaboration de puissances voisines, dont le Pakistan, l’Inde, l’Iran et la Russie. Les auteurs préviennent toutefois que « l’Afghanistan est depuis des centaines d’années au coeur de conflits en raison de sa valeur stratégique pour de nombreuses nations, et il sera probablement difficile d’arriver à un accord de paix avec autant d’intérêts et d’objectifs différents ».

Ils ont ajouté que « le processus va probablement exiger des années de pourparlers. Durant ce temps, les combats vont probablement continuer et pourraient même s’intensifier ».

Bien que rien ne prouve que des discussions sérieuses aient été entamées – les Taliban affirment que leurs seuls contacts avec les responsables américains ont eu lieu dans le but de discuter d’échanges de prisonniers – la prédiction d’une intensification des combats a été confirmée.

Les frappes aériennes qui, sous la stratégie contre-insurrectionnelle introduite pour la première fois par le général Stanley McChrystal en 2009, devaient être fortement réduites en raison de l’hostilité qu’elles ont provoquée dans la population afghane sont actuellement menées à un rythme record. Selon les données publiées par le Pentagone, l’aviation américaine a mené 652 attaques en juillet, soit plus de 20 par jour. C’est environ le double du nombre de frappes aériennes effectuées pendant la même période l’année dernière.

Au même moment, selon les responsables du Pentagone, le nombre de raids par des forces d’opérations spéciales a plus que triplé depuis 2009. Depuis le début de l’année jusqu’au mois d’août, ce que l’armée appelle ses escadrons « chasseurs-tueurs » (« hunter-killer ») ont mené 1879 missions, soit environ 300 par mois, comparativement à seulement 675 en 2009 et 1780 pour toute l’année dernière.

Un porte-parole de l’armée américaine s’est vanté de l’efficacité de ces raids nocturnes à Bloomberg : « Même si l’objectif principal n’est pas de tuer ou capturer lors de ces missions, dans 35 pour cent des cas, le complice le plus proche ou une autre personne directement liée à la cible est tué ou capturé. »

C’est précisément cet aspect des raids de nuit des forces spéciales qui a suscité tant de haine au sein de la population afghane. Maintes fois, ces raids ont conduit à l’assassinat d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, tout en soumettant les familles afghanes à l’humiliation en les brutalisant et en les traînant hors de leurs maisons au milieu de la nuit.

Le recours croissant à des escadrons d’opérations spéciales a été mis en évidence lorsqu’un hélicoptère Chinook a été abattu le 6 août, tuant 30 militaires américains, dont 22 membres d’une unité d’élite Navy SEAL.

Quatre cents soldats américains et des forces d’occupation étrangères ont déjà été tuées en 2011, qui est en voie de devenir l’année la plus sanglante depuis le début de la guerre il y a près d’une décennie.

L’escalade de la guerre d’agression contre les Afghans résistant à l’occupation étrangère a été accompagnée d’un nombre accru d’attaques de drones de l’autre côté de la frontière, au Pakistan. S’adressant à un forum mardi dernier à Washington, le nouveau secrétaire à la Défense d’Obama (et ancien directeur de la CIA), Leon Panetta, a défendu les attaques de drones contre les demandes croissantes du Pakistan pour que cessent les frappes meurtrières. « Nous protégeons notre sécurité nationale », a dit Panetta à une audience à la National Defense University. « Nous défendons notre pays. »

Le même jour, la dernière attaque par drone tuait quatre personnes au Waziristan du Nord, dont deux femmes et un enfant, tandis que d’autres personnes étaient blessées dans la destruction de leur maison par un missile Hellfire. Des tentatives pour retrouver les corps et secourir les blessés ont été entravées, car les drones continuaient de survoler la zone, terrifiant la population locale.

La Maison-Blanche et le Pentagone ont effectivement cessé de prétendre que les États-Unis sont engagés dans la « construction d’une nation » ou qu’ils tentent de « gagner les cœurs et les esprits » du peuple afghan. Plutôt, la stratégie finale de la guerre d’Obama est de saigner à blanc la résistance afghane jusqu’à ce qu’elle se soumette et garantir un accord qui va satisfaire les visées impérialistes qui ont mené à la guerre.

Ces visées n’ont rien à voir avec la guerre contre le terrorisme, mais représentent plutôt des intérêts géostratégiques et les profits des sociétés. Cela veut dire entre autres la construction de bases permanentes en Afghanistan. Des négociations de « partenariat stratégique » sont en cours entre Washington et Karzaï à ce propos. Le but de ces bases serait de défendre le contrôle des États-Unis sur les réserves énergétiques stratégiques du bassin de la mer Caspienne et les pipelines qui les transportent vers l’ouest. Un autre objectif de ces bases serait de menacer la Chine, la Russie et l’Iran.

En plus d’avoir infligé une souffrance terrible aux masses appauvries de l’Afghanistan et du Pakistan, la guerre, qui dure depuis dix ans, a aussi été lancée aux dépens de la classe ouvrière américaine. La grande majorité des milliers de soldats morts et blessés là-bas proviennent de cette couche sociale. Des trillions de dollars ont été versés pour les guerres d’Irak et d’Afghanistan, au même moment où les démocrates et les républicains s’entendent pour dire qu’il n’y a « pas d’argent » pour les emplois et les services sociaux vitaux.

Les protestations publiques contre la guerre ont pratiquement disparu. Le mouvement officiel « antiguerre », dominé par une couche aisée de la classe moyenne, s’est intégré au Parti démocrate et s’est affairé à fournir des alibis pour le militarisme sous Obama.

Mais dans la classe ouvrière, l’hostilité envers la guerre croît au même rythme que la colère envers l’assaut contre les conditions sociales, les emplois et les niveaux de vie. Cette hostilité à la guerre peut et doit être libérée par la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière contre l’administration Obama et le système de profit capitaliste, qui est la source du militarisme et de la guerre.

Bill Van Auken

À lire/voir également sur la guerre d’Afghanistan :

- L’avenir de l’Eurasie se joue en mer de Chine

- L’Iran se construit un « hub » Af/Pak

- Les perdants et les gagnants dans l’Afghanistan d’Obama

- Un sommet à Téhéran pour contrer les Etats-Unis

- Pourquoi Karzaï invective les Etats-Unis

- Les colombes de la paix planent au-dessus d’Islamabad

- La guerre du Pipelineistan de la Chine

- La guerre d’Obama en Afghanistan

- Le Grand Échiquier d’Asie Centrale

Source : WSWS

Fukushima : Sévère réquisitoire du professeur Kodama contre le gouvernement nippon (vidéo)

Dans Nucléaire le 29 août 2011 à 20:29

« Quand nous recherchons la maladie des rayons, nous regardons la quantité totale de matériaux radioactifs. Mais il n’y a aucun rapport précis de TEPCO ou du gouvernement japonais pour nous dire combien de matériaux radioactifs ont été libérés de Fukushima. Donc, en utilisant notre base de connaissance du Centre des Radioisotopes, nous l’avons calculé. En se basant sur les données thermiques, c’est 29,6 fois la quantité libérée par la bombe nucléaire sur Hiroshima. En équivalent uranium, c’est 20 bombes d’Hiroshima. »

S’adressant à la Chambre Basse de la Diète (Parlement), le professeur Tatsuhiko Kodama, président du Centre des Radioisotopes de l’université de Tokyo, dresse un bilan alarmant de la situation, au 27 juillet 2011. Ne masquant pas sa colère à l’égard des institutions gouvernementales et de TEPCO, le professeur Kodama met en évidence la désastreuse gestion de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Sans manquer de souligner le fait que la centrale nucléaire de Fukushima est une source constante de radioactivité et que par conséquent la radioactivité va décroître d’un millième par an contre un dixième pour une bombe atomique, il expose les mesures urgentes à appliquer dans le cadre des opérations « Protéger les enfants » et de décontamination au-delà du périmètre de sécurité autour de la centrale, avec des niveaux de radiations très variables d’une région à une autre.

À lire également sur Fukushima et le nucléaire :

- Fukushima : Limiter les radiations au lieu de l’information

- De Hiroshima à Fukushima : le contexte politique du désastre nucléaire japonais (1/2)

- De Hiroshima à Fukushima : le contexte politique du désastre nucléaire japonais (2/2)

- La Terre n’en peut plus

- La planète contre-attaque !

- Les leçons de la catastrophe

- Et si Fukushima et le Golfe du Mexique étaient une chance ?

- Entre décadence et destruction, notre civilisation va devoir choisir

- Fukushima, plus jamais ça !

- Le mensonge nucléaire

- De SALT aux ZEAN : 40 ans de désarmement nucléaire

La bonne petite guerre d’Israël

Dans Géopolitique, Géostratégie le 28 août 2011 à 13:18

par Ramzy Baroud pour CounterPunch

L’écrivain israélien Uri Avnery a écrit dernièrement un article intitulé « How Goodly Are Thy Tents » [Comme tes tentes sont belles !] [1], lequel débutait par ces mots : « Tout d’abord, un avertissement ». Il faisait référence aux tentes citadines qui ont été plantées dans tout le pays par des Israéliens de la classe-moyenne exigeant changement et réformes. Le style d’organisation pour ces exigences n’était pas entièrement différent des soulèvements arabes. A la surprise de tous, la mobilisation israélienne limitée, qui s’étendait de l’inquiétude des prix des logements qui grimpent en flèche à des appels à la « justice sociale », était vue comme le moment de la Place Tahrir d’Israël. Bien qu’une telle articulation eût été une progression naturelle, ce mouvement devait encore élaborer un agenda politique.

Alors, à quoi se rapportait l’avertissement d’Avnery ?

« Le mouvement de protestation sociale prend de l’ampleur », écrivait Avnery. « A ce stade, il y aura une tentation – peut-être une tentation irrésistible – d’ “échauffer les frontières”. Commencer une bonne petite guerre. Faire appel à la jeunesse d’Israël, ces mêmes jeunes qui occupent à présent. ces tentes, pour qu’ils aillent défendre la patrie ». C’était un avertissement déroutant, pas seulement parce qu’il émanait d’Uri Avnery, un ancien combattant versé dans la compréhension de la classe dirigeante, mais également parce qu’il est complètement devenu d’actualité quelques jours plus tard.

Cette « guerre » a vraiment commencé, elle a débuté le 15 août. Cette « provocation » prétendait démontrer sans aucun doute possible que la sécurité d’Israël était grandement compromise et que le petit Etat, avec ses « frontières indéfendables », payait un lourd tribut à l’intransigeance armée de Gaza et au chaos post-révolutionnaire de l’Egypte. Des sources israéliennes ont rapporté qu’un grand nombre de partisans de la lutte armée avaient traversé le Sinaï en direction de la station balnéaire d’Eilat, jeudi dernier (le 18 août), ouvrant le feu sur deux autocars transportant des soldats israéliens. Cette traversée a été implacablement coordonnée, d’où la capacité de ces attaquants audacieux de tuer et de blesser des soldats et d’autres israéliens. Selon la version israélienne de ces évènements, certains des attaquants ont été tués, mais les autres sont parvenus à s’enfuir et à retourner en Egypte. Cela a obligé l’armée israélienne à les poursuivre dans une incroyable prise en chasse qui a causé par erreur la mort de trois militaires égyptiens.

Des sources israéliennes, n’ayant apparemment pas la moindre idée comment ces hommes armés ont pu s’infiltrer dans une zone de haute sécurité, ont fourni immédiatement une information précise sur les assaillants. Un consensus instantané a également été atteint sur le lien des assaillants avec Gaza. De par les frappes massives contre de nombreuses cibles à Gaza, il a semblé que l’ensemble de la Bande de Gaza était tenue pour responsable et qu’elle devait être punie.

Bien que tragique, le résultat était parfaitement prévisible. Les avions de combat israéliens ont fait leur réapparition dans le ciel de Gaza, sans conteste des drones en vadrouille, et le compte des morts palestiniens a repris. Toute cette scène lamentable de civils tués, d’enfants mutilés et de bâtiments brûlés s’étalait une nouvelle fois devant nos yeux. Le choeur des soutiens à Israël et la condamnation des Palestiniens depuis Washington rappelait une histoire qui n’a jamais cessé de se répéter.

Mais avant d’examiner les contre-arguments, il est tentant de mettre en doute les guerres israéliennes d’ « autodéfense » bien commodes. A quel point cette dernière « bonne petite guerre » est-elle différente de l’invasion israélienne terrifiante du Liban en 1982 ? Lorsque Ariel Sharon avait demandé aux Américains le feu-vert pour attaquer le Liban, Alexander Haig, le sous-secrétaire d’Etat de Ronald Reagan, avait insisté sur le fait qu’Israël devait faire valoir une « provocation crédible » avant de s’engager dans une telle mission [2]. Qui plus est, l’affaire qui a été montée pour justifier la guerre contre Gaza dans l’opération Plomb Durci, en 2008-09, avait aussi sa propre « provocation crédible ». En fait, toutes les guerres d’Israël sont vendues au public avec ce conditionnement soigné qui contient en fait bien peu de crédibilité.

Cette fois-ci, la provocation devait être suffisamment convaincante pour justifier les multiples frappes israéliennes contre toutes les factions de Gaza, ainsi que contre l’Egypte politiquement vulnérable.

Pourquoi Israël s’attache-t-il à discréditer l’Egypte, en exploitant la période la plus sensible de son histoire moderne et en déstabilisant la zone frontalière, afin de montrer la défaillance de l’Egypte à assurer la sécurité frontalière d’Israël, comme il est stipulé dans le traité de Camp David ?

Toutes les factions principales de Gaza auraient réfuté toute responsabilité dans les attaques d’Eilat, y compris les Comités de Résistance Populaire (non affiliés au Hamas), qui ont été accusés par les Israéliens d’être derrière ces attaques.

En riposte à la tuerie des officiers égyptiens et sous la pression de milliers de manifestants, l’Egypte a rappelé son ambassadeur en Israël le 20 août. En Israël, la discussion se déplace à présent vers la sécurité et la nécessité de terminer la construction de sa barrière de 200 km à la frontière avec l’Egypte, clairement destinée à bloquer les immigrants africains afin qu’ils ne s’infiltrent pas en Israël. Etrangement, l’Egypte, qui reste accusée d’avoir permis à des centaines de partisans de s’introduire en Israël depuis le Sinaï, a gardé un oeil sur la frontière, malgré les effets que la révolution a eus sur la sécurité dans tout le pays. Le 7 juillet, par exemple, et le 11 août, la sécurité égyptienne aurait tué un Erythréen et un immigrant soudanais pour avoir respectivement essayé de traverser la frontière. De nombreux autres ont également été appréhendés au cours des derniers mois.

La capacité de l’armée [égyptienne] à abattre des immigrants isolés, alors que son laxisme supposé aurait permis, à un moment, l’infiltration de centaines de personne, soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Quelques mains invisibles semblent orchestrer le chaos dans la ville d’el-Arish et dans le reste de la région du Sinaï. Cela inclut l’attaque étrange en plein jour des postes de police d’El-Arish, le 29 juillet, perpétrée par des centaines d’hommes armés et cagoulés, tuant plusieurs policiers égyptiens.

Tandis que ce chaos délibéré a été engendré dans le Sinaï, la crainte était de retour à Gaza alors qu’un nouvel assaut militaire israélien était promis.

Le 9 août, les habitants de la miséreuse Bande de Gaza ont craint des attaques de la part d’Israël. Ces craintes ne se fondaient pas seulement sur les menaces répétées des officiers israéliens, mais aussi sur un black-out mystérieux des télécommunications, le jour où, selon l’agence de presse Ma’an, toutes les communications internet, par téléphone mobile et les lignes terrestres internationales ont été coupées pendant des heures. « En attendant, les habitants de Gaza près de la frontière avec Israël ont dit que des bulldozers de l’armée avait été vus en opération peu avant que les communications soient coupées ».

Pourquoi Israël a-t-il coupé les communications à Gaza ? La « provocation crédible » a-t-elle été alors concoctée ? Pourquoi Israël n’a-t-il pas apporté une explication raisonnable sur ce black-out ? De plus, pourquoi cette tentative pour embarrasser, provoquer et peut-être entraîner l’Egypte dans une confrontation frontalière à un moment où l’Egypte essaye d’assurer la transition vers la démocratie ?

Il devrait être rappelé que la « nouvelle Egypte » a aussi été créditée d’avoir facilité l’unité palestinienne, une première étape en vue de sortir le Hamas de son isolement international.

N’est-il alors pas possible que la « bonne petite guerre » d’Israël ait été une réponse à un virage aussi dangereux de la politique égyptienne envers le Hamas – et la Palestine en général ?

Ramzy Baroud

Ramzy Baroud est le rédacteur en chef de PalestineChronicle.com. Son travail a été publié dans de nombreux quotidiens et de nombreuses revues dans le monde. Il est l’auteur de « The Second Palestinian Intifada: a Chronicle of a People’s Struggle » et de  « My Father Was a Freedom Fighter: Gaza’s Untold Story ».

À lire/voir également sur l’Egypte et Israël :

- La question géopolitique de l’énergie en Egypte, Libye et Syrie

- Israël fait son apparition dans le Printemps Arabe

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- Des câbles secrets montrent le plan de bataille d’Israël contre la déclaration palestinienne à l’ONU

- Le trafic maritime et les troubles en Égypte

Article original : Israel’s Nice Little War

Traduction : JFG

Le « choc des civilisations », une prédiction autoréalisatrice ?

Dans Réflexion le 26 août 2011 à 12:49

par Caleb Irri pour les pensées doubles de Caleb

L’horrible tuerie qui s’est déroulée en Norvège il y a peu exprime bien la tournure que sont en train de prendre les évènements : face à l’auto-réalisation du terrorisme islamiste se met en place son opposé, le terrorisme d’extrême-droite, comme pour exacerber les peurs et les haines des hommes à qui le “choc des civilisations” a permis de séparer le monde en deux identités distinctes, les “gentils” et les “méchants”. Cette manière de voir, qui se fonde en réalité sur la négation de la complexité du monde (et de ses habitants), permet à tous de s’y retrouver facilement, car elle ne nécessite ni réflexion, ni connaissances.

Mais c’est qu’à force de vouloir simplifier les idées et les faits, cette vision stupide et illusoire d’un monde binaire fait son chemin, à tel point qu’elle risquerait de devenir, à force, une réalité.

Quand on regarde bien les choses, les attentats du 11 septembre une fois attribués à Al Qaeda, les opinions publiques ont découvert presque “d’un seul coup” l’existence de camps d’entrainements, d’un réseau opaque de gens très organisés faisant transiter de l’argent et des armes à travers des déserts hostiles, tout un monde obscur que les politiques n’ont pas hésité à qualifier de “nébuleuses”, et dont les médias se sont largement servi pour effrayer toute une population que l’on a fini par monter contre la communauté des musulmans, trop souvent amalgamés avec les islamistes. C’est au travers de cette défiance envers tout le monde musulman que se sont ensuite manifestés (ou même créés), presque “logiquement” et en quelque sorte en “réaction”, d’autres groupes terroristes se référant explicitement à Al Qaeda, alors que sans doute ils seraient autrement resté dans l’ombre d’une organisation mafieuse locale. Le caractère international du terrorisme n’est qu’une réalisation des propres peurs du monde occidental qui, aveuglé par sa vision du “choc des civilisations”, a fini par engendrer ce monstre qu’il redoutait tant. La mort de Ben Laden, il n’y a pas si longtemps, nous a permis de constater à quel point sa “réputation” était “surfaite”, car en fait de carrure internationale il n’en possédait visiblement ni les épaules ni les moyens. Mais il restera pour tous un symbole, marquant l’Histoire d’une empreinte bien plus grande qu’il ne l’aurait mérité.

Aujourd’hui, le cas norvégien est en capacité de transformer là-aussi un acte isolé en « symbole » d’un phénomène de société, ce qui constitue un pas de plus vers la réalisation du “choc des civilisations” tant redouté : en émettant l’hypothèse des cellules internationales, les médias répercutent l’idée selon laquelle il ne serait pas “illogique”, pas si “incroyable” qu’il en existe. De la même manière qu’il existe un terrorisme islamiste international, il devrait exister un terrorisme “anti-islamiste” international également – les joies de la mondialisation… Mais il est pourtant évident que malgré l’existence de quelques groupes néo-nazis ou racistes, diffus et sans autre envergure que celle de peser à l’échelle locale, l’idée d’un groupe terroriste international contre les musulmans est aussi saugrenue que celle de considérer Al Qaeda comme un groupe international ; du moins avant le 11 septembre 2001. Et alors que les débats ont depuis cette tragédie repris sur l’immigration et l’Islam, la vision qui scinde le monde en deux camps ennemis commence plus ou moins à prendre consistance : des cellules terroristes d’extrême-droite vont peu à peu apparaître dans les médias, car chaque groupuscule désireux de “se faire voir” se revendiquera du même groupe international (qui n’a même pas de nom puisqu’il n’existe pas encore), après avoir bien sûr commis quelque horreur ici ou ailleurs… renforçant ainsi encore un peu plus l’idée que le monde est désormais séparé en deux.

Mais ce que semble ne pas voir le peuple, aveuglé qu’il est par la propagande et la peur qu’elle engendre, c’est qu’au bout du compte nous serons tous victimes non pas du terrorisme international, mais des conséquences réelles de nos peurs fantasmées : une fois ces actes odieux perpétrés au nom d’une vision erronées de la réalité, les répercussions de ceux-ci rendront possibles cette réalité. Des mesures sécuritaires d’importance seront bientôt prises dans un pays dont le taux de criminalité est des plus faibles, comme elles l’ont été dans de nombreux pays après le 11 septembre. La surveillance, le contrôle et la répression monteront d’un cran supplémentaire à chaque drame se produisant, réduisant peu à peu le champ politique à la prise de position “pour” ou “contre” l’un des deux camps que l’on aura contribué à créer, faisant ainsi d’abominables individus sanguinaires les symboles, voire les idoles d’un monde qui persiste à se voir (ou à se vouloir ?) en noir et blanc.

Caleb Irri

À lire/voir également sur la crise de civilisation :

- Les civilisations meurent-elles par suicide ?

- Situation et évolution du monde géopolitique par Aymeric Chauprade (vidéo)

- Entretien avec Michel Drac : « Choc et simulacre » (vidéo)

- Analyse du Choc des Civilisations de Samuel Huntington

- « Breivik s’est radicalisé et a commis ses actions seul », entretien avec Jean-Marc Flükiger

- De la réduction des têtes au changement des corps

- Le règne de la peur

- Expliquer la barbarie au peuple

- La Terre n’en peut plus

- Les leçons de la catastrophe

- Entre décadence et destruction, notre civilisation va devoir choisir

- Le Symbole de la Chute

- Totalitarisme inversé

- Le règne des désaxés, des dérangés et des déviants

- « Déshumanisons-nous ! »

- De la chute du système à la fin de l’humanité

Source : les pensées doubles de Caleb

La question géopolitique de l’énergie en Egypte, Libye et Syrie

Dans Géopolitique, Géostratégie le 25 août 2011 à 17:54

par Laurent Horvath et Jeff Rubin pour Watts2000

Le pétrole est une arme redoutable. Il peut parfois être un atout de poids ou être une malédiction. La Syrie et surtout la Libye sont en train d’en faire l’expérience. Avec 1,8 million de barils par jour, le colonel Mouammar Kadhafi tenait en respect les Européens (Italie, Grande-Bretagne, Italie, Espagne). De nouvelles perspectives pour les pétroliers ont encouragé des actions militaires qui ont fait chavirer le dictateur.

En perdant le contrôle des derniers réservoirs d’essence, le colonel Mouammar Kadhafi a vu tomber en panne ses véhicules militaires. Tant la capitale Tripoli et son règne se sont évaporés. En théorie, les gagnants de cette révolution pourraient être le Français Total et à l’Italien ENI. Mais la Chine reste en embuscade.

Du côté de la Syrie, les habiles américains font pressions sur les Européens pour étudier un plan pour réduire le tiers des revenus de la Syrie avec un embargo sur le pétrole du Président Bachar al-Assad.

Lybie: 1,8 million de baril de pétrole d’excellente qualité

La transition commence immédiatement pour construire une Libye nouvelle, a annoncé mardi soir le numéro deux de la rébellion, Mahmoud Jibril, alors que les rebelles ont pris à Tripoli le contrôle du QG de Mouammar Kadhafi qui reste introuvable.

Les bourses se félicitent de cette nouvelles et ont poussé à la hausse les actions de Total et de ENI qui devraient pouvoir se partager le pétrole de Libye. Mais tout n’est peut être pas aussi facile que prévu.

Tout d’abord, les puits de pétrole arrêtés depuis de longs mois ne vont pas tous pouvoir être remis en état de marche. Certains puits, une fois arrêté, ne repartent jamais. De plus, les nombreuses ethnies qui morcellent la Libye vont certainement vouloir bénéficier des pétrodollars qui leur ont si souvent échappé. Après sa révolution, l’Iran n’a jamais retrouvé ses capacités de pompage lors du règne du Shah Mohammad Reza Pahlavi. Après la chute de Saddam Hussein, l’Irak n’a pas encore trouvé son rythme de croisière et les capacités du dictateur déchu.

Il en ira de même pour la Libye. Les 1,8 millions de barils par jour ne sont peut-être plus qu’une illusion.

Finalement, c’est peut être la Chine qui a construit des écoles, des routes et des habitations qui pourrait avoir les primeurs des nouveaux dirigeants dans un pays où la corruption est un art de vivre. La Chine a d’autant les coudées franches que la Libye n’intéresse pas vraiment les USA. La chasse est ainsi ouverte entre BP, Shell, Total, ENI et la Chine.

Syrie: les Américains veulent pousser les Européens à la faute

La semaine dernière le Président Obama avait annoncé que les USA allaient mettre en place un embargo sur le pétrole syrien qui procure 33% des revenus de ce pays. L’idée vendue aux médias et à l’opinion publique consiste à faire pression sur les revenus de la Syrie pour étouffer financièrement le gouvernement en place. Cette idée est séduisante, mais elle cache l’envie d’Exxon Mobil et les compagnies américaines d’entrer dans ce pays qui leur est presque entièrement fermé.

L’action était symbolique car les USA ne consomme que 5% de ce pétrole et les 95% restant part pour l’Europe. Dans les coulisses et entre les lignes, il faut lire que les USA demandent aux pétroliers européens de se fâcher avec la Syrie pour créer une brèche et peut être une nouvelle opportunité pour son propre service. A 18 mois de l’élection présidentielle américaine, le Président Obama aura également besoin des dollars des compagnies pétrolières. Autant leur faire plaisir tout de suite.

Actuellement l’Europe réfléchit. Le temps que les 27 soient d’accord, de l’eau, beaucoup d’eau, va encore couler sous les ponts. La décision est délicate et le coup de maître joué par les USA brillant.

Le pétrole est une arme redoutable. Avec les difficultés actuelles à pomper autant de pétrole qu’exige la demande, nous en voyons de plus en plus les résultats. Passionnant, n’est-ce pas ?

Pour l’instant, ne comptez pas encore sur le pétrole libyen

Avec l’effondrement soudain du régime de Kadhafi à Tripoli, l’industrie pétrolière espère réparer assez de terminaux, de stations de pompage et de canalisations afin de produire au moins un million de barils par jour de pétrole libyen dans les 6 à 12 prochains mois.

Mais comme je l’avais déjà écrit précédemment dans ce blog, un changement de régime au Moyen-Orient a rarement aidé à produire plus d’énergie.

Suite au Printemps Arabe, pour prendre un exemple récent, il suffit de demander aux Israéliens où aux Jordaniens quant à leur approvisionnement en gaz naturel. Israël et la Jordanie avaient l’habitude d’obtenir de l’Egypte respectivement 40% et 80% de leur gaz naturel via un pipeline qui relie El-Arish, en Egypte, à Ashkelon, en Israël, et se termine en Jordanie. Ce fut le cas jusqu’à ce que l’homme fort égyptien Hosni Moubarak soit renversé. Il n’a pas fallu bien longtemps avant que le pipeline et des stations de pompage soient maintes fois détruits, ce qui aurait été impensable sous le régime de Moubarak.

Inutile de dire que le pipeline, qui a ouvert en 2008 suite à un accord de 20 ans avec l’Egypte et signé en 2005 pour alimenter Israël en gaz naturel, n’est pas exactement vu d’un bon œil par la rue arabe. Des rumeurs circulent sur les gains secrets réalisés par la famille Moubarak avec cet accord.

Dans l’Egypte de Moubarak, ce n’était pas important si la grande majorité des Egyptiens étaient opposés à la vente de gaz naturel à Israël, pas plus que d’autres sujets d’importance d’ailleurs.

Mais la rupture d’approvisionnement peut avoir des conséquences imprévues. D’une part, elle stimule Israël, qui a toujours manqué de ressources en hydrocarbures propres, afin de développer le plus rapidement possible son champ géant de gaz naturel, le Léviathan, ainsi que d’autres champs de gaz récemment découverts dans la Méditerranée. Ainsi, la grande gagnante est l’industrie de l’énergie israélienne.

L’impact sur la Jordanie, un voisin arabe et allié historique, peut-être encore plus problématique pour l’Egypte. La perte d’approvisionnement en gaz naturel égyptien peut conduire la Jordanie dans les bras patient de l’Iran, qui a offert de façon opportuniste, de remplacer l’Egypte en tant que fournisseur du pays en gaz naturel. Comme c’est le cas ailleurs dans le monde, les liens énergétiques en général créent des liens politiques. Ici le grand gagnant, à la fois commercialement et politiquement, sera l’Iran.

Les Egyptiens, bien sûr, ont le droit de vendre leur gaz naturel à qui ils veulent.

Les consommateurs de pétrole occidentaux pourraient vouloir considérer ce qui s’est passé avec le gaz naturel égyptien de l’après-Moubarak avant de compter sur le million de barils par jour de la Libye.

Donner aux citoyens leur un mot à dire dans la gestion des hydrocarbures de leur pays ne signifie pas qu’ils choisiront nécessairement de vous exporter plus de leur carburant.

Laurent Horvath et Jeff Rubin

À lire/voir également sur la Libye, la Syrie et l’Egypte :

- Guerre de Libye : L’histoire se répète, comme les erreurs commises en Irak

- Guerre de Libye : Les révélations troublantes de l’ancien patron de la DST

- ALibye Humanitaire (vidéo)

- Libye, Syrie : un projet géopolitique qui ne se comprend que sur la longue durée…

- Libye : le pays des mirages

- Attention aux crocodiles en Afrique !

- Ce que l’OTAN inflige à la Libye

- Qui se soucie au Moyen-Orient de ce que dit Obama ?

- Guerre de Libye : entre les mensonges à l’étranger et la réalité sur le terrain

- Les Etats-Unis en voie d’exiger l’éviction d’Assad hors de Syrie

- Israël fait son apparition dans le Printemps Arabe

- Géopolitique de la Syrie à l’heure du Printemps Arabe

- L’échiquier syrien

- Syrie en ébullition, navire de guerre américain en Mer Noire

- Le trafic maritime et les troubles en Égypte

- Obama soutient un bain de sang en Egypte

Sources : Watts2000

Guerre de Libye : L’histoire se répète, comme les erreurs commises en Irak

Dans Géopolitique, Géostratégie le 25 août 2011 à 16:48

par Robert Fisk pour The Independent

Toujours condamnés à livrer la dernière guerre, nous re-commettons les mêmes crimes en Libye.

Mouammar Kadhafi s’évapore après avoir promis de se battre jusqu’à la mort. N’est-ce pas exactement ce qu’avait fait Saddam Hussein ? Et, bien sûr, lorsque Saddam eut disparu et que les troupes étasuniennes eurent subi les toute premières pertes par l’insurrection irakienne en 2003, on nous a dits – « on » étant le proconsul états-unien Paul Bremer, les généraux, les diplomates et les « experts » décadents de la télévision – que les hommes armés de la résistance étaient des « irréductibles », des « jusqu’au-boutistes » qui ne réalisaient pas que la guerre était finie. Et si Kadhafi et son intellectuel de fils restent en liberté – et si la violence ne prend pas fin – il faudra combien de temps pour rencontrer les « irréductibles » qui ne comprendront tout simplement pas que les gars de Benghazi sont aux commandes et que la guerre est finie ? En effet, dans les 15 minutes – littéralement – où j’écrivais les lignes ci-dessus (à 14 heures hier), un journaliste de Sky News ressortait le terme d’« irréductibles » pour définir les hommes de Kadhafi. Vous voyez ce que je veux dire ?

Inutile de dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour les Occidentaux. Personne ne dissout l’armée libyenne et personne n’exclut officiellement que les « Kadhafistes » pourraient jouer un futur rôle dans leur pays. Personne ne va reproduire les mêmes erreurs que celles que nous avons commises en Irak. Et aucune botte [occidentale] ne foule le terrain. Aucun abruti occidental n’est retranché dans une zone verte hermétiquement fermée pour essayer de diriger la future Libye. « C’est aux Libyens de décider », est devenu le joyeux refrain de tous les factotums du Département d’Etat, du Foreign Office et du Quai d’Orsay. Cela ne nous regarde pas !

Mais, bien sûr, la présence massive de diplomates occidentaux, de représentants des magnats du pétrole, de mercenaires occidentaux extrêmement bien payés et de militaires britanniques et français louches – prétendant tous être des « conseillers » plutôt que des participants – constitue la Zone Verte de Benghazi. Il n’y a peut-être pas (encore) de murs dressés autour d’eux, mais ils gouvernent en fait la Libye à travers les divers héros et abolitionnistes libyens qui se prétendent maîtres politiques locaux. On peut ignorer le meurtre par ces derniers de leur propre commandant – pour une raison ou une autre personne ne mentionne plus le nom d’Abdul Fatah Younès, bien qu’il ait été liquidé à Benghazi il n’y a qu’un mois – mais ils ne peuvent survivre qu’en s’accrochant à nos donneurs d’ordre occidentaux.

Bien sûr, cette guerre n’est pas la même que notre invasion perverse de l’Irak. La capture de Saddam ne fit que provoquer la résistance qui a perpétré infiniment plus d’attaques contre les troupes occidentales – parce que ceux qui avaient décliné toute participation à l’insurrection, de peur que les Américains replacent Saddam aux commandes de l’Irak, n’avaient alors plus de telles ambitions. Mais l’arrestation de Kadhafi et de son fils Saïf accélèrerait sans aucun doute la fin de la résistance kadhafiste contre les rebelles. La réelle crainte de l’Ouest – en ce moment-même, et cela pourrait changer d’un jour à l’autre – devrait être la possibilité que l’auteur du Livre Vert soit parvenu à rejoindre en toute sécurité son fief préféré de Syrte, où la loyauté tribale pourrait s’avérer plus forte que la peur d’une force libyenne soutenue par l’OTAN.

Syrte, où Kadhafi, au tout début de sa dictature, a transformé les champs de pétrole de la région en premier gros dividende international bon à prendre pour les investisseurs étrangers après sa révolution de 1969, n’est pas Tikrit [1]. Syrte est le site de sa première grande conférence sur l’Union Africaine, située à 25 km de l’endroit où il est né, une ville et une région qui ont énormément bénéficié de ses 41 ans passés au pouvoir. Le géographe grec Strabo a décrit comment les points éparpillés des implantations du désert en plein sud de Syrte avaient transformé la Libye en peau de léopard. Kadhafi a dû apprécier cette métaphore. Presque 2000 ans plus tard, Syrte était pratiquement devenue la charnière entre les deux colonies italiennes de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque.

Et à Syrte, cette année, les « rebelles » ont été vaincus par les « loyalistes », dans cette guerre de six mois ; nous devrons bientôt, sans aucun doute, échanger ces étiquettes grotesques – lorsque ceux qui soutiennent le Conseil National de Transition pro-occidental devront être appelés les loyalistes, et que les rebelles kadhafistes deviendront les « terroristes » qui pourraient attaquer notre nouvelle administration libyenne amie de l’Ouest. De toute manière, Syrte, dont les habitants sont désormais censés négocier avec les ennemis de Kadhafi, pourrait bientôt faire partie des villes les plus intéressantes en Libye.

A quoi Kadhafi pense-t-il donc à présent ? Il serait à bout, croyons-nous. Mais l’est-il vraiment ? Nous l’avons affublé de beaucoup de qualificatifs dans le passé : irascible, dément, dérangé, irrésistible, infatigable, obstiné, bizarre, digne d’un homme d’Etat (description qu’en avait faite Jack Straw, l’ancien ministre des Affaires étrangères britanniques sous Tony Blair) [2], énigmatique, exotique, étrange, fou, particulier et – tout récemment – tyrannique, meurtrier et sauvage. Mais dans sa façon déformée et astucieuse de voir le monde libyen, Kadhafi pourrait faire mieux que survivre, et vivre – pour continuer un conflit civil et tribal, et ainsi épuiser les nouveaux amis libyen de l’Ouest dans le marécage de l’art de la guérilla – et saper lentement la crédibilité du nouveau pouvoir de « transition ».

Mais la nature imprévisible de la guerre libyenne signifie que les mots survivent rarement à leur écriture. Peut-être que Kadhafi se cache dans un tunnel de soubassement en dessous de l’hôtel Rixos [3] – ou qu’il loge dans l’une des villas de Robert Mugabe. J’en doute. Tant que personne n’essaye de mener la guerre avant celui-ci.

Robert Fisk

À lire/voir également sur la Libye :

- Guerre de Libye : Les révélations troublantes de l’ancien patron de la DST

- ALibye Humanitaire (vidéo)

- Libye, Syrie : un projet géopolitique qui ne se comprend que sur la longue durée…

- Libye : le pays des mirages

- Attention aux crocodiles en Afrique !

- Ce que l’OTAN inflige à la Libye

- Qui se soucie au Moyen-Orient de ce que dit Obama ?

- Guerre de Libye : entre les mensonges à l’étranger et la réalité sur le terrain

Notes du traducteur

[1] La ville natale de Saddam Hussein en Irak, où il s’était réfugié et fut découvert par les Américains (après dénonciation), enfoui dans un trou.

[2] C’est visiblement ce qu’à dû penser Nicolas Sarkozy, qui l’a reçu à Paris avec sa smala pour lui vendre des centrales nucléaires et tenter de lui fourguer des Rafales !

[3] L’Hôtel Rixos de Tripoli, à deux pas du quartier général de Khadafi, où une trentaine de journalistes occidentaux avaient été retenus par les loyalistes, avant d’être relâchés grâce à l’intervention de la Croix-Rouge. Mercredi soir, les rebelles contrôlaient l’Hôtel Rixos.

Article original : History repeats itself, with mistakes of Iraq rehearsed afresh

Traducteur : JFG

Guerre de Libye : Les révélations troublantes de l’ancien patron de la DST

Dans Géopolitique, Géostratégie le 23 août 2011 à 19:07

par Mohamed Tahar Bensaada pour Oumma.com

La propagande bat son plein dans le traitement du dossier libyen. A entendre les médias à la solde de l’OTAN et de l’émirat vassal du Qatar, les rebelles auraient pris Tripoli dans la nuit de dimanche à lundi. Dans cet entretien accordé au quotidien El Khabar, Yves Bonnet, ancien patron de la DST, revient sur le conflit libyen et permet de jeter une lumière crue sur certains épisodes importants.

On y apprend des choses énormes :

  1. Pour Yves Bonnet, la prise des localités stratégiques de l’Ouest et de l’Est de ces derniers jours ne pourrait s’expliquer autrement que par l’intervention directe de forces étrangères. C’est ce que nous avons essayé de montrer sur Oumma;
  2. Yves Bonnet jette un pavé dans la marre de Sarko et Cie et fait un lien entre l’assassinat de l’ancien chef rebelle, le général Abdelfattah Younes et la prise de Tripoli. Pour lui, cet assassinat pourrait être le point de départ d’une prise de contrôle directe de la rébellion par des chefs extérieurs (entendez des officiers de l’OTAN ou des barbouzes de leurs services Action) et pose la question qui fâche : Qui a commandité cet assassinat ? (Il est facile de suivre le regard de Bonnet quand on lit la suite de son entretien);
  3. Yves Bonnet dénonce l’intervention occidentale en Libye et met en cause directement Sarkozy en parlant d’intérêts « personnels » (entendons électoralistes et claniques). Subtilement, Bonnet égratigne le rôle pompeux de BHL dans ce conflit…

Entretien de l’ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Yves Bonnet à El Khabar

« L’assassinat du général Abdel Fattah Younès a contribué à la chute de Tripoli ».

L’ancien directeur de la DST, M. Yves Bonnet, également président d’une délégation internationale d’experts chargée de la crise libyenne, qui s’est rendue à Tripoli et à Benghazi en mars et avril dernier, pense que la chute de Tripoli est liée à l’assassinat de l’ancien homme fort en Libye, le général Abdel Fattah Younes. Bonnet a également reproché au président Sarkozy d’avoir transformé la France de pays juste en pays occupant.

El Khabar : Comment évaluez-vous la situation en Libye à la lumière des derniers développements ?

Yves Bonnet : Je n’ai pas d’information sur la situation ni sur ce qui se passe sur le terrain, mais j’ai été franchement surpris du rapide retournement militaire, le CNT n’a pas autant de force pour entrer à Tripoli, mais nous avons subitement vu qu’ils y étaient parvenus. Je pense donc qu’il y a eu un soutien extérieur à l’opposition pour qu’elle puisse prendre Zaouia puis la capitale Tripoli. Y a-t-il eu des éléments étrangers sur le terrain parmi les rebelles qui les ont aidés à remporter la bataille, je l’ignore mais cela est très probable, surtout que le monde entier sait que les rebelles n’avaient pas la force militaire suffisante pour entrer à Tripoli et encore moins la contrôler. Autre chose qui me préoccupe, l’assassinat du général Abdel Fattah Younes, je me demande pourquoi il a été tué, si c’était une opération sur commande afin que quelqu’un d’autre soit mis à sa place ?

El Khabar : Voulez vous dire qu’il y a un lien entre la chute de Tripoli et l’assassinat de Abdel Fattah, le chef militaire de l’opposition libyenne ?

Yves Bonnet : L’assassinat du général Abdel Fattah, l’homme fort et dont personne ne pouvait remettre en cause les décisions, lorsqu’il est tué d’une manière aussi abjecte, égorgé puis brulé, cela signifie qu’il représentait un problème pour eux, il n’a pas été tué seul mais avec deux de ses plus proches collaborateurs. C’est une opération très étrange. Le plus étonnant est la réalisation d’une avancée militaire en faveur des rebelles immédiatement après son assassinat. Cela m’amène a me poser beaucoup de questions sur le fait de savoir si l’assassinat d’Abdel Fattah était une demande d’un des pays pour pouvoir nommer quelqu’un d’autre à sa place à la tête de l’opposition armée. Cela pose une autre question : qui dirige les rebelles, ou plutôt quel pays a ordonné la liquidation de Abdel Fattah ?

El Khabar : Certains accusent la France d’être impliquée dans le dossier libyen, au point d’envoyer des forces françaises spéciales sur le territoire libyen, en plus du rôle politique et de l’envoi de personnes telles que Bernard Henri Levy et le premier ministre Dominique de Villepin, qu’en pensez-vous ?

Yves Bonnet : Je n’ai pas d’informations sur la présence de forces spéciales françaises dans les territoires évoqués par Seif El Islam Kadhafi, mais il y a la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) qui est concernée par ce genre de choses. Sont-ils impliqués ou non, il faut s’en assurer sur le terrain. Ce sont à mon avis de graves accusations. Quant au rôle de la France dans la crise libyenne je pense que la France est sortie de son habituelle réserve, je pense que nous n’avons pas bien géré le dossier libyen, les Italiens et les Espagnols l’ont mieux fait, ils ont été plus rationnels que nous. Nous aurions dû suivre leur exemple. Pour ce qui est de Bernard Henri Levy c’est une personnalité qui n’a pas la moindre expérience dans le domaine militaire, et c’est incorrect de le qualifier d’expert militaire. Concernant la visite de Dominique de Villepin en Tunisie dans le cadre de la médiation pour trouver une solution à la crise libyenne je n’ai pour être franc aucune donnée à ce sujet.

El Khabar : Auriez-vous donc un conseil à donner au président Nicolas Sarkozy ?

Yves Bonnet : Je ne suis pas en position de donner des conseils, mais je dirais que nous les Européens et les Français n’avons aucun intérêt à nous ingérer dans les affaires intérieures du pays, la France doit respecter ses engagements internationaux et respecter ses engagements envers l’Afrique. Nous voulons véhiculer l’image d’une France juste et non d’un pays conquérant. Je ne sais pas, mais la France aurait par exemple dû demander l’aide de l’Algérie pour résoudre la crise libyenne. Je crains qu’il n’y ait des intérêts personnels sur la question du dossier libyen.

El Khabar : Comment voyez-vous alors l’avenir de la Libye à la lumière des récents développements ?

Yves Bonnet : Tout est possible en Libye, nous ne sommes pas en France ou en Algérie pour pouvoir prévoir l’avenir. Comme vous pouvez le voir, l’entourage de Kadhafi a de nombreux et de violents clans ; Kadhafi a depuis le début connu de nombreuses trahisons, trahisons soutenues par l’Occident. Je ne pense pas que la Ligue Arabe puisse avoir un rôle positif en Libye maintenant parce qu’elle a été dirigée depuis le début. Je préfère l’Union Africaine parce qu’elle est plus acceptable.

Mohamed Tahar Bensaada

À lire/voir également sur la Libye :

- ALibye Humanitaire (vidéo)

- Libye, Syrie : un projet géopolitique qui ne se comprend que sur la longue durée…

- Libye : le pays des mirages

- Attention aux crocodiles en Afrique !

- Ce que l’OTAN inflige à la Libye

- Qui se soucie au Moyen-Orient de ce que dit Obama ?

Source : Oumma.com

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