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De Hiroshima à Fukushima : le contexte politique du désastre nucléaire japonais (1/2)

Dans Nucléaire le 30 juin 2011 à 18:38

par un lecteur du WSWS

Voici la première des deux parties d’un article sur les antécédents historiques du désastre nucléaire de Fukushima.

Après le désastre causé par un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée au Japon le 11 mars, la fusion du réacteur nucléaire de Fukushima continue à inquiéter les gens dans le monde entier. Le monde a vu pratiquement en direct les explosions successives d’un bâtiment de réacteur après l’autre et l’un des pays les plus évolués techniquement tenter de contrer les 770 000 terabecquerels [1] de radioactivité relâchés par la fusion avec des sceaux et des tuyaux d’arrosage. Le Japon a tenté sans y parvenir de convaincre le monde que tout était sous contrôle.

Ayant vu les reportages sur le Japon, beaucoup de gens se demandent pourquoi les gouvernements successifs ont choisi de miser sur l’énergie nucléaire dans un pays aussi propice aux tremblements de terre – après les États-Unis et la France, le Japon est le troisième pays le plus nucléarisé du monde – et pourquoi le peuple de ce pays semblait si indifférent aux dangers de l’énergie nucléaire.

Ce sont les questions auxquelles nous allons tenter de répondre.

Le changement d’orientation d’Eisenhower

La propagation de la technologie nucléaire au Japon a été une conséquence directe des tentatives militaires américaines de gagner de l’influence sur le développement de ce pays immédiatement après la Seconde Guerre Mondiale. Peu après la fin de la guerre, les États-Unis ont commencé à transformer le Japon en un rempart face à l’Union soviétique. Cette politique a été intensifiée après la prise de pouvoir par les régimes staliniens en Chine et en Corée du Nord. Ayant perdu le monopole des armes nucléaires, les États-Unis ont dû rendre le Japon réceptif à l’énergie nucléaire.

Le 20 avril dernier, le journal japonais Mainichi Shimbu a écrit : « au cours de la huitième assemblée générale des Nations Unies de décembre 1954, l’ex-président Eisenhower a donné un discours intitulé « Atomes pour la paix. » Sa stratégie a été d’assigner des technologies importantes à d’autres pays pour les intégrer dans le bloc américain, assurant ainsi son hégémonie dans la guerre froide contre l’Union soviétique. Que le Japon, le seul pays à avoir souffert de toute la puissance d’armes nucléaires, accepte d’accueillir la technologie nucléaire était d’une énorme importance stratégique. »

L’agent de la CIA “Podam

Ce même article de journal cite Tetsuo Arima, chercheur en sciences de la communication et professeur de sciences sociales à l’université de Waseda, au sujet du politicien pro-nucléaire japonais Matsutaro Shoriki, qui est aussi un grand patron du secteur médiatique : « Après la guerre mondiale, la CIA a travaillé en étroite collaboration avec M. Shoriki pour faire progresser la campagne en faveur de l’introduction de l’énergie nucléaire au Japon. Elle l’a fait parce que cet homme disposait non seulement des relations nécessaires dans la politique et l’économie, mais également du pouvoir de mobiliser son empire de presse et de télévision. »

Durant des années de recherches aux Archives nationales des États-Unis, Arima a découvert 474 pages de dossiers de la CIA, documentant en détail les progrès de l’introduction de la technologie nucléaire au Japon. Il en cite le passage suivant : « Les relations avec Podam ont maintenant atteint le point où une coopération complète peut être initiée. »

« Podam » était le nom de code d’un membre du Parlement et informateur de la CIA, Matsutaro Shoriki, qui allait devenir plus tard président de l’Autorité de l’énergie atomique qu’il avait fondé lui-même, et aussi ministre des sciences et de la technologie. Shoriki est aujourd’hui considéré comme le père de l’énergie nucléaire japonaise.

Le Goebbels japonais

La carrière de Shoriki aurait été impensable sans ses relations étroites avec la CIA et le Pentagone. En tant que chef de la police politique durant la guerre, il était directement responsable de la chasse et de l’écrasement des syndicats, des communistes, socialistes et tous opposants à la guerre. Plus tard, il est devenu membre de la chambre haute du Parlement [Sénat] et chef du service de renseignement du ministère de l’intérieur, qui était en charge de la guerre idéologique et de la propagande. Il avait acheté le journal Yomiuri Shimbun dès 1924. Ce journal allait devenir le principal porte-parole des va-t-en-guerre et de la dictature militaire dans les années 1930 et 1940. C’est aujourd’hui le journal le plus lu au Japon, avec près de dix millions de lecteurs. On peut dire que Shoriki était le Joseph Goebbels du Japon.

Après la Guerre, il a été emprisonné en tant que criminel de guerre majeur durant trois ans. Cependant, son cas n’a jamais été poursuivi. En fait il a été relâché sans procès. La CIA et le ministère de la Défense américain avaient besoin de ses talents et de son influence pour appliquer la politique d’Eisenhower au Japon. Des fichiers secrets du gouvernement américain montrent que la CIA et le Pentagone ont fourni des fonds, des dizaines de millions de dollars, pour la construction de l’empire médiatique de Shoriki – il était également le fondateur de la première chaîne de télévision privée au Japon, Japan TV, ainsi que de la fédération professionnelle de Baseball japonaise. [2]

À cette époque, le peuple japonais était toujours traumatisé par la destruction de Hiroshima et Nagasaki, et réagissait avec horreur à toute mention de l’énergie atomique, que ce soit pour un usage pacifique ou comme arme. En mars 1954, un autre événement a secoué le public japonais. Un chalutier japonais a été tellement contaminé par les radiations au cours d’un test d’une bombe à hydrogène sur l’atoll de Bikini qu’un membre d’équipage est mort et beaucoup d’autres ont été sérieusement blessés, alors que le bateau était dans une zone déclarée sans danger par les autorités américaines. Le sentiment anti-nucléaire s’est alors développé en un large mouvement populaire contre les États-Unis. Pour pouvoir appliquer la politique d’Eisenhower au Japon, la CIA avait besoin de ce criminel de guerre, Shoriki, pour créer un climat favorable à l’énergie nucléaire et distraire l’attention de la population des questions politiques en général. [3]

La remilitarisation du Japon

Cela correspondait aux intérêts de Shoriki, bien qu’il ait des intentions quelque peu différentes de celles de la CIA. Le 20 avril 1952, son journal, le Yomiuri Shimbu publiait un article intitulé : « Le gouvernement commande un plan concret pour l’établissement d’un ministère des sciences et de la technologie en préparation du réarmement et de la production d’armes. » L’article se poursuivait en citant Kantaro Suzuki, le dernier amiral de la flotte impériale et Premier ministre lors de la capitulation du Japon : « Nous avons perdu cette guerre à cause de notre manque de science. Par conséquent, il est de notre devoir de promouvoir la science afin de reconstruire le Japon. » Pour Suzuki, cependant, « reconstruire le Japon » signifiait restaurer l’empire japonais.

Shoriki, ardent nationaliste, était réticent à n’être qu’un pion de la CIA pour sa propagande. Au contraire, il voulait utiliser la CIA et le Pentagone pour ses propres fins. Son plan était d’exploiter ses relations avec eux pour devenir chef du gouvernement, et refaire du Japon une superpuissance militaire.

Le ministère de la science et de la technologie – prédécesseur du ministère de l’éducation et de la science – a été créé par Shoriki lui-même. Avec pour slogan de campagne, « une nouvelle révolution industrielle grâce à l’énergie nucléaire » ? Il est devenu député, puis président de sa propre création, l’Autorité de l’énergie atomique, qui est devenue par la suite le ministère des sciences et de la technologie. Masao Maeda, l’un des collègues de Shoriki au Parti libéral démocrate (PLD), a rédigé le projet de loi de création de ce ministère. Il définissait la tâche d’un des services de ce ministère, l’Institut central pour la science et la technologie dans ces termes : « la recherche sur les technologies d’armement, y compris les armes nucléaires. » [4]

Karl Mundt, un sénateur républicain de droite qui avait rédigé la loi créant la Voice of America (VOA, la radio de propagande anti-communiste pour les forces armées américaines en Asie), avait envoyé un de ses assistants, Henry Holthusen, au Japon rencontrer Shoriki pour y monter une version télévisée de VOA. Il y coopérait avec la compagnie Unitel pour diriger une station de télévision pour l’armée américaine qui diffusait dans tout l’Extrême-Orient. [5]

Shoriki collaborait avec Holthusen. Il usa de ses relations avec le Pentagone – par l’intermédiaire du cabinet d’avocats Murphy, Duiker, Smith et Burwell à Washington – pour passer un accord avec le ministère de la Défense américain concernant l’argent dont il aurait besoin pour monter la station de télévision. [6]

Nakasone, le bras droit de Shoriki

Il devenait de plus en plus difficile à la CIA et au Pentagone de contrôler Shoriki. Les États-Unis n’avaient aucune intention d’équiper leur ex-ennemi de la Seconde Guerre Mondiale en technologies d’armes nucléaires. La politique d’Eisenhower était plutôt de rendre la société japonaise bienveillante envers l’énergie nucléaire pour que, d’une part, les armes atomiques américaines puissent être stockées partout où on en avaient besoin, et en second lieu qu’un grand marché s’ouvre au Japon pour l’industrie nucléaire civile américaine.

C’est la raison pour laquelle le savoir-faire technologique nucléaire n’a été communiqué que sous la stricte supervision du gouvernement américain et seulement sur le sol américain. Ainsi, la plupart des ingénieurs nucléaires de la Compagnie d’électricité de Tokyo ont été “formés” dans une école établie en Illinois, l’International School of Nuclear Engineering, qui était gérée par la Commission de l’énergie atomique. Cependant, le savoir-faire transmit était insuffisant pour développer des réacteurs au Japon, et ne permettait que de faire fonctionner les centrales clefs en main que les États-Unis leur vendaient. [7]

Mais Shoriki s’intéressait d’abord à la technologie militaire. Les premiers réacteurs qu’il a construits en tant que chef de l’Agence de l’énergie atomique au Japon étaient d’un autre type : les réacteurs Calder Hall anglais, développés au départ pour la production de plutonium militaire. L’utilisation de leur chaleur résiduelle pour la production d’électricité n’était qu’un sous-produit.

Les États-Unis ont été atterrés par la machination de Shoriki, et celui-ci a eu de plus en plus de mal d’obtenir un soutien de la part de la CIA ou du Pentagone. Son objectif de s’emparer du gouvernement au Japon ne pouvait plus se réaliser.

À suivre.

À lire également sur Fukushima et le nucléaire :

- La Terre n’en peut plus

- La planète contre-attaque !

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- Et si Fukushima et le Golfe du Mexique étaient une chance ?

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Notes

[1] 1 terabecquerel est égal à 10 à la puissance 12 becquerels

[2] Arima : Genpatsu, Shoriki, CIA (Les centrales nucléaires, Shoriki et la CIA), éditions Shinchosha, 2008.

[3] Voir : Crypto-convergence, Media, and de Cold War : The early Globalization of Television Networks in the 1950, Conférence Media in Transition, MIT, mai 2002 ; James Schwoch, Northwestern University, Center for International and Comparative Studies

[4] Rapport sur “les problèmes de l’énergie atomique du Japon”, publié par l’Association des scientifiques démocratiques, département de physique, 1953, p. 21

[5] Jack K. MacFall-Holthusen, 4 avril 1952, TV Worldwide Network Japan, Holthusen Papers, Box 8 à la bibliothéque Herbert Hoover.

[6] Telecommunication Network System for Japan: Memoranda and Exhibits Prepared and Presented by Murphy, Duiker, Smith, & Burwell, Overseas Information Program Subcommittee, Section I, pp. 1-4, Hickenlooper Papers 86, Bibliothèque Herbert Hoover.

[7] Genpatsu e no Keisho (l’Énergie nucléaire bombe à retardement), Katsuo Uchihashi, Kodansha 1986, p. 69, ff.

Source : WSWS

Arabie Saoudite : quelle stratégie au Yémen ?

Dans Géopolitique le 30 juin 2011 à 17:55

par Abou Anaïs pour Les Rivages des Syrtes

La détérioration rapide de la situation au Yémen, après quatre mois de troubles, a conduit l’Arabie saoudite à intervenir et à changer de posture, évoluant d’un soutien au président ’Ali ‘Abdallah Saleh, jusqu’ici considéré comme le garant de la stabilité du pays,  à son abandon ; le maintien au pouvoir de ce dernier étant désormais perçu comme la principale source d’instabilité au Yémen. Le refus, le 22 mai,  du président Saleh d’accepter le compromis « saoudien » porté par le Conseil de Coopération des Etats arabes du Golfe : démission contre impunité, est en grande partie à l’origine de ce revirement.

L’Arabie saoudite a toujours joué un rôle dans les affaires internes du Yémen en soutenant des factions opposées, quitte à nouer des alliances souvent contre nature (notamment avec les socialistes du Sud-Yémen en 1994) , en finançant des responsables politiques et des chefs de tribus, en facilitant la propagation du salafisme wahhabite dans l’objectif inavoué d’empêcher l’émergence d’un Etat central puissant, unifié et en conséquence menaçant.

Le lâchage politique de Saleh, hospitalisé à Riyadh à la suite d’un attentat commis le 3 juin dans la mosquée du complexe présidentiel à Sana’a, contraint l’Arabie à trouver une alternative susceptible de satisfaire ses propres objectifs politiques et diplomatiques qui, dans le même temps, sera acceptable pour le mouvement de révolte civile (« la jeunesse »), dépourvu de chef clairement identifié et sur lequel Riyadh n’a, semble-t-il, pas prise.

La gestion du dossier yéménite par les autorités gouvernementales saoudiennes n’est pas le fait du ministre des Affaires étrangères, Sa’oud al-Fayçal, mais un dossier réservé du prince héritier Sultan bin ‘Abdel’aziz, par ailleurs ministre de la Défense, placé à la tête d’une structure ad-hoc : la commission mixte saoudo-yéménite. La détérioration continuelle de l’état de santé de Sultan, désormais incapable d’assumer ses fonctions, a néanmoins provoqué la quasi-mise en sommeil de la commission, dont le périmètre s’est réduit à la seule coopération économique et financière.

Etat de fait qui coïncidait d’ailleurs avec un intérêt moins marqué des autorités saoudiennes pour la situation yéménite, à un changement de génération des décideurs yéménites (fils du président Saleh, clan al-Ahmar) moins proches des princes saoudiens que leurs aînés, jusqu’à l’apparition de troubles frontaliers en 2009 nécessitant l’intervention de l’armée saoudienne contre la rébellion nordiste houthiste (« Guerre de Sa’dah »).

La gestion du dossier yéménite semble actuellement relever de l’autorité du  prince Nayef bin ‘Abdel’aziz, frère de Sultan ; ministre de l’Intérieur et numéro trois du Royaume. La raison structurelle qui préside à cette étrange répartition des dossiers diplomatiques, qui n’a rien d’exceptionnel dans la politique étrangère saoudienne, tient surtout à ce que le Yémen est essentiellement considéré sous l’angle de la sécurité, du risque terroriste, du renseignement et des affaires tribales.

Mohammed bin Nayef, vice-ministre de l’Intérieur ; fils du ministre de l’Intérieur, gère ainsi les questions liées au risque terroriste, en l’occurrence la menace que fait peser al-Qa’ida dans la Péninsule arabique, franchise yéménite du réseau terroriste qui compte dans ses rangs de nombreux Saoudiens. Miqrin bin ‘Abdel’aziz, chef des services de renseignement ; demi-frère de Sultan, Nayef et du roi Abdallah, est également impliqué dans la gestion du dossier en ce qui concerne les activités illégales transfrontalières (criminalité, infiltration de terroristes, surveillance des « rebelles » nordistes houthistes). Khaled bin Sultan, fils du prince héritier, a dirigé les opérations militaires, avec un succès mitigé, lors des affrontements entre troupes saoudiennes et rebelles houthistes à la fin de l’année 2009.

Nayef est un conservateur, ministre de l’Intérieur depuis 35 ans oblige ; réactionnaire, par nature ; proche des islamistes, par conviction. Il semble ainsi privilégier une sortie de crise au profit d’’Ali Mohsen Saleh al-Ahmar, le général rebelle ayant rallié l’opposition le 20 mars, apparenté au président Saleh, et lui-même très proches des milieux salafistes extrémistes.

Riyadh dispose de nombreuses autres options au Yémen : en particulier, la famille al-Ahmar, à la tête de la rébellion tribale, avec laquelle les princes entretiennent des relations anciennes et privilégiées. Le cheikh Aballah bin Hussein al-Ahmar, ancien chef de la confédération tribale des Hashed (dont sont membres le président Saleh et Ali Mohsen) ; ancien président du Parlement et chef du parti d’opposition al-Islah a toujours pu bénéficier des largesses de Riyad ; il est mort dans la capitale saoudienne en 2007. Depuis le début du mois de juin, ses dix fils n’ont de cesse de vanter les mérites du royaume saoudien dans l’espoir de voir Riyadh peser de son poids dans le choix d’une transition politique en faveur de leur clan.

Il est néanmoins improbable que le choix d’’Ali Mohsen ou celui des cheiks al-Ahmar puisse satisfaire les aspirations de l’opposition civile (mouvement de la jeunesse et coalition des partis d’opposition) tant la rupture avec l’ancien régime apparaîtrait dérisoire.

Riyadh entretient également des relations étroites avec des chefs de tribus de l’autre confédération, numériquement plus forte, politiquement plus faible, celle des Bakil. Le rapprochement s’est opéré à mesure de l’incapacité grandissante des Hashed à remplir, au profit de Riyadh, le rôle de « force d’interposition » contre la rébellion houthiste, menaçant la stabilité à la frontière.

Autre carte possible : les islamistes du parti d’opposition al-Islah, tendance Frères musulmans, largement impliqués dans la contestation du régime, même si rien n’indique, pour l’heure, qu’ils soient prêts à faire allégeance à Riyadh et qu’ils puissent recueillir l’assentiment de la population.

Les autorités saoudiennes sont désormais placées devant un dilemme :

  • la nécessité de restaurer la stabilité et la sécurité au Yémen pour évacuer tout risque terroriste (al-Qa’ida dans la Péninsule arabique désigne le Royaume parmi ses cibles) et écarter la menace d’une instabilité à la frontière, qu’elle procède de l’agitation des tribus ou de l’incapacité de l’état central à contenir les rebelles nordistes ;
  • seule une transition politique rapide permettra d’assurer le rétablissement de la sécurité,  au risque, pour Riyadh, de voir émerger un nouveau gouvernement plus favorable à l’instauration d’un régime démocratique, dont l’Arabie saoudite ne veut pas, qu’au maintien de l’influence saoudienne au Yémen.

Riyadh dispose néanmoins d’un atout considérable : une puissance financière intacte et la possibilité de menacer le Yémen d’une cessation de son aide budgétaire, jusqu’ici nécessaire pour assurer le financement des projets d’investissement des autorités yéménites.

Abou Anaïs

À lire également sur le Yémen et l’Arabie Saoudite :

- Le président du Yémen s’enfuit en Arabie Saoudite

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Source : Les Rivages des Syrtes

Debtocracy / Xpeokpatia (vidéo)

Dans Crise Économique, Crise Financière le 29 juin 2011 à 17:40

Diffusé sur Internet, un documentaire retrace l’histoire de la dette grecque et pointe les responsabilités de la classe politique. Un film militant qui provoque un large débat.

Synopsis Presseurop : Tout le monde sur le web parle de Debtocracy, un documentaire des journalistes Katerina Kitidi et Ari Hatzistefanou sur la crise grecque. Tourné avec leur argent personnel et les dons de quelques amis, il est diffusé gratuitement sur debtocracy.gr. En moins de dix jours, près de 600 000 visiteurs l’ont visionné. Chaque jour, partisans et adversaires du documentaire échangent leurs points de vue sur Facebook, Twitter ou sur les blogs.

Les principaux acteurs de ce documentaire (environ 200 personnalités) signent une demande de création d’un comité d’audit international, qui aurait pour but de préciser les raisons de la création d’une dette souveraine et la condamnation de ses responsables. En l’espèce, la Grèce a le droit de refuser le remboursement de sa “dette injustifiée“, c’est-à-dire de la dette constituée par des actes de corruption contre l’intérêt de la société.

Debtocracy est une action politique. Elle présente un point de vue sur l’examen des évènements qui ont conduit la Grèce au bord du gouffre. Les opinions vont toutes dans le même sens, sans contrepoint. C’est le choix des auteurs, qui livrent leur manière de voir les choses dès les premières minutes: “En près de 40 ans, deux partis, trois familles politiques et quelques grands patrons ont conduit la Grèce à la faillite. Ils ont cessé de payer les citoyens pour sauver leurs créanciers.”

Les “complices” de la faillite n’ont pas droit à la parole

Les auteurs du documentaire ne donnent pas la parole à ceux qu’ils considèrent comme les “complices” de cette faillite. Les Premiers ministres et ministres des Finances de ces dix dernières années en Grèce sont présentés comme les maillons d’une chaîne de complices qui ont poussé le pays dans le vide.

Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui s’est présenté aux Grecs comme le médecin du pays, est comparé au dictateur Georges Papadopoulos, Premier ministre sous le régime des colonels, de 1967 à 1974. Le parallèle est établi avec une facilité remarquable dès le début du documentaire, mais le personnage concerné (DSK) n’a pas le droit à la parole.

A la question “Pourquoi ne pas faire intervenir les personnes pointées du doigt ?“, Kateina Kitidi, l’une des auteurs répond que “c’est une question qu’il faut poser à de nombreux médias qui, ces derniers temps, diffusent en permanence un seul point de vue sur la situation. Nous considérons que nous offrons une autre approche, qui manquait depuis longtemps.”

Le public, garant de l’indépendance du film

Pour son collègue Aris Hatzistefanou, c’est l’indépendance du documentaire qui compte: “Nous n’avions pas le choix”, précise t-il. “Pour éviter les contraintes sur le contenu du film, qu’auraient exigé les sociétés de production, institutions ou partis auraient certainement exigé, on s’est adressé au public pour assurer les frais de production. Le documentaire appartient donc à nos ‘coproducteurs’ qui ont fait des dons sur internet, et c’est la raison pour laquelle il n’y a pas de problèmes de droits. Notre but est, de toutes façons, de le diffuser le plus largement possible“, explique-t-il.

Le documentaire se sert du problème de l’Equateur et de l’Argentine pour soutenir l’argument selon lequel le rapport d’un comité d’audit peut servir d’outil de négociation pour effacer une partie de la dette, du gel des salaires et des retraites.

Nous essayons de prendre les exemples de pays comme l’Argentine et l’Equateur, qui ont dit non au FMI et aux créanciers étrangers qui ont mis à genoux, même partiellement, les citoyens. Pour cela, nous avons parlé aux personnes qui ont mené un audit en Equateur et prouvé qu’une grande partie de la dette est illégale“, reprend Katerina Kitidi. Debtocracy évite toutefois de souligner des différences majeures et évidentes entre l’Equateur et la Grèce. Entre autres, le fait que l’Equateur possède du pétrole.

L’Iran se construit un « hub » Af/Pak

Dans Géopolitique, Géostratégie le 28 juin 2011 à 18:51

par M.K. Bhadrakumar pour Asia Times Online

La participation des présidents du Pakistan et de l’Afghanistan à la conférence internationale sur le terrorisme qui s’est tenue à Téhéran ce week-end est en passe d’être une importante victoire diplomatique et politique pour l’Iran, à ce moment politique précis dans cette région. Asif Ali Zardari et Hamid Karzaï ont tous deux été reçus par le Guide Suprême iranien, l’Ayatollah Seyed Ali Khamenei.

L’un des objectifs principaux de cette conférence était de mettre en évidence l’usage fait par les Etats-Unis du terrorisme international comme prétexte pour intervenir en Afghanistan et au Moyen-Orient et s’immiscer dans leurs affaires intérieures. En un mot, le message de Khamenei, lors de cette conférence, a souligné les « calculs des puissances mondiales sataniques, qui se servent du terrorisme dans leurs politiques et leurs plans pour atteindre leurs objectifs illégitimes ».

Khamenei a déclaré que les Etats-Unis financent et arment des groupes terroristes dans cette région et, chose plus intéressante, il a choisi comme référence les « crimes » perpétrés par le groupe Blackwater (Xe Services)[1], qui « assiste les groupes terroristes » au Pakistan et qui « fait partie de cette liste honteuse et impardonnable d’actes terroristes américains ».

Exprimant sa solidarité avec la critique croissante formulée par Islamabad et Kaboul contre les excès des opérations militaires des Etats-Unis en Af/Pak, Khamenei a ajouté : « Les attaques meurtrières par les drones américains contre des familles sans défense dans des villages [du Pakistan] et dans les zones les plus défavorisées d’Afghanistan ont à plusieurs reprises transformé des mariages en cérémonies funèbres ». Khamenei a déclaré, au cours d’une attaque cinglante contre la politique des Etats-Unis dans cette région :

Avec un tel comportement, il est honteux [pour les Etats-Unis] de prétendre à être le leader de la lutte contre le terrorisme [...] Du point de vue des dirigeants des puissances hégémoniques [comprendre les USA], tout ce qui menace leurs intérêts illégitimes est considéré comme du terrorisme. Toutes les luttes destinées à défendre une cause contre les occupants et les forces interventionnistes sont considérées par eux comme du terrorisme.

Lors de cette conférence, Zardari a souligné que le Pakistan avait énormément souffert durant les dix années de guerre américaine en Afghanistan. Il a déclaré que plus de 5.000 agents de sécurité pakistanais avaient perdu la vie et que les dommages, estimés en termes financiers, s’élèvent à 37 milliards de dollars pour l’économie pakistanaise. Zardari a souligné l’importance du « besoin vital d’une campagne collective » des Etats de la région dans la « guerre contre le terrorisme ».

Le chevauchement des intérêts de sécurité

D’un autre côté, Karzaï a déclaré : « Je crois qu’une campagne contre le terrorisme ne peut se faire par des moyens uniquement militaires ». Il a appelé à l’unité, à avoir une position ferme et à « une coopération collective » des Etats musulmans dans le combat contre le terrorisme.

A la veille de cette conférence, Zardari et Karzaï ont tenu une réunion tripartite avec le président Mahmoud Ahmadinejad, qui, encore une fois, « a exhorté les pays de la région à coopérer étroitement » sur les questions de « paix et de sécurité au Moyen-Orient ». Le cabinet du président iranien a déclaré : « [l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan] ont promis d’élargir leur coopération dans les domaines politique, de la sécurité, économique et culturel, ainsi que dans la lutte contre le terrorisme et les interventions étrangères ».

Du point de vue iranien, un des objectifs principaux était de bâtir une réflexion commune avec le Pakistan et l’Afghanistan, sur le fait que le maintien des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan a un impact négatif sur les intérêts des trois pays, ainsi que sur la sécurité et la stabilité régionales. C’est ce qui ressort clairement des réunions entre Khamenei, Zardari et Karzaï.

Khamenei a demandé une « expansion tous azimuts des relations » entre l’Iran et le Pakistan et mis en garde Zardari sur le fait que « Washington cherche à semer la discorde au Pakistan pour atteindre ses objectifs illégitimes ». Il a exprimé sa satisfaction que le peuple pakistanais était parfaitement conscient des « intentions inquiétantes » des Etats-Unis et qu’il résistait à leurs « complots d’hégémonie ».

Les allusions de Khamenei sont allées au-delà des allégations antérieures formulées par Ahmadinejad, disant que Téhéran détenait « des preuves spécifiques » d’une conspiration américaine pour saisir les armes nucléaires du Pakistan. Khamenei a semblé insinuer que les Etats-Unis projettent de déstabiliser l’Etat du Pakistan afin de l’affaiblir et de briser sa détermination à résister à la domination américaine, et aussi de saboter sa capacité à jouer un rôle efficace dans la région.

Il est manifeste que les tensions qui se sont accumulées récemment dans les relations américano-pakistanaises ont dressé la toile de fond de cet échange. C’est la première fois qu’une telle demande a été présentée au niveau de Khamenei. Dans la délégation de Zardari, il y avait le ministre de l’Intérieur Rehman Malik, ce qui laisse entendre que le Pakistan espère que l’Iran va partager en détail sa perception sur les conséquences en matière de sécurité de la politique des Etats-Unis dans cette région.

Malik a effectivement eu une réunion séparée avec le ministre iranien de l’Intérieur, Mostafa Mohammad-Najjar, ancien ministre de la Défense et membre du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (les « Pasdaran », ndlr). Le compte-rendu iranien de cette réunion a laissé entendre que celle-ci a principalement concerné les activités de l’organisation terroriste Jundallah, qui opère depuis le Pakistan dans la province frontalière iranienne orientale du Sistan-Balouchistan.

« Nous avons discuté des façons de collaborer à la lutte contre les extrémistes et les terroristes qui utilisent le sol pakistanais pour des actions contre les intérêts de l’Iran », a déclaré Mohammad-Najjar. Fait révélateur, Téhéran fait une distinction entre le Jundallah et l’Etat pakistanais, alors que le Pakistan était auparavant accusé de complicité. Il n’est pas certain que Malik (qui est un ancien chef de l’Agence fédérale d’investigation du Pakistan) ait également rencontré le puissant ministre du Renseignement iranien Moslehi Heydar.

Lors de sa rencontre avec Karzaï, Khamenei a attaqué frontalement les projets des Etats-Unis d’installer des bases militaires en Afghanistan. « Les Américains veulent des bases permanentes en Afghanistan, ce qui est un problème dangereux, car tant que les troupes américaines sont en Afghanistan, il n’y aura pas de sécurité réelle. Le peuple afghan souffre de la présence militaire américaine dans leur pays et cette présence est une grande douleur pour eux et pour toute la région », a-t-il dit.

La rencontre avec Karzaï a eu lieu deux jours après l’annonce par le président américain Barack H. Obama du retrait des troupes en Afghanistan. Khamenei a dit à Karzaï qu’un retrait rapide des troupes américaines était dans l’intérêt de l’Afghanistan et de la région. Il était convaincu que l’Afghanistan était capable de « contrôler ses affaires et de déterminer son destin ».

Ceci dit, tout indique que dans l’évaluation de l’Iran, les Etats-Unis pourraient être obligés d’abandonner leurs plans antérieurs d’installer des bases militaires en Afghanistan, en raison d’une combinaison de circonstances : l’opposition intransigeante des Taliban, la crise économique aux Etats-Unis et la lassitude générale concernant la guerre, ainsi que l’urgence à se concentrer sur le Moyen-Orient et l’Afrique.

Pendant ce temps, Téhéran continue à conseiller vivement à Karzaï de ne pas céder aux plans américains. Ce qui inquiète le plus l’Iran est que les bases militaires américaines prévues comprennent Herat et Shindad dans l’Ouest de l’Afghanistan à la frontière avec l’Iran.

Forte convergence

La grande question est de savoir à quel point un axe régional Iran-Pakistan-Afghanistan sur le problème afghan sera tangible. La réponse courte est que cet axe est à la fois une question d’apparence – et qu’il doit avoir aussi quelque poids – et que sa proportion dépendra de la gravité de la situation en Afghanistan et dans le milieu régional.

En ce moment précis, les divers degrés d’antipathie ressentis envers les Etats-Unis de la part du Pakistan et de l’Afghanistan, d’une part, et l’impasse invétérée de l’Iran avec les Etats-Unis, d’autre part, donnent une impulsion aux trois pays voisins pour se rapprocher.

Zardari et Karzaï ont tous deux entrepris la visite à Téhéran en ayant pleinement conscience qu’elle signifiait un acte de « défi stratégique » aux Etats-Unis – et, plus important encore, ils savaient que Washington recevrait également le message. Cela revient à dire que la « connexion iranienne » leur apporte une certaine marge de manœuvre par rapport aux États-Unis.

De toute façon, Kaboul et Islamabad ont aussi un intérêt spécifique à forger une entente avec l’Iran. Karzaï aimerait obtenir tout le soutien politique que l’Iran peut apporter et qui lui permettrait de faire avancer la réconciliation avec les Taliban.

Gulbuddin Hekmatyar, le chef du Hezb-e-Islami, qui est représenté au sein du gouvernement Karzaï, a vécu en exil en Iran pendant cinq ans. L’Iran exerce également une influence sur une variété de forces non-pachtounes qui se trouvent nourrir des craintes au sujet des plans de paix de Karzaï de concilier les Taliban.

Dans le pire des cas, l’Iran pourrait se révéler être un « frein », tandis que, si l’Iran est considéré comme son partenaire, la force de négociation de Karzaï s’accroîtra sensiblement, en termes politiques, vis-à-vis des États-Unis (et du Pakistan).

Le soutien de l’Iran au processus de paix en tant que proche voisin est une nécessité impérative pour Karzaï, afin d’atteindre un règlement durable en Afghanistan. La vérité c’est que, réciproquement, Téhéran pourrait s’attendre à ce que Karzaï garde à l’esprit en tout temps la ligne rouge concernant les intérêts légitimes de l’Iran en Afghanistan et qu’il agisse en conséquence.

Karzaï a réussi à maintenir, tout du long, de bons rapports avec Téhéran, malgré l’ingérence des États-Unis. Vu sous cet angle, la démarche forte de Khamenei envers Karzaï, à propos des bases militaires américaines en Afghanistan, pourrait s’avérer être un argument massue.

Dans le passé, les intérêts de l’Iran et du Pakistan en Afghanistan se sont souvent révélées être à couteaux tirés. Mais un changement qualitatif a eu lieu. Pour le Pakistan, rongé par ses craintes sur les intentions des Etats-Unis envers lui, l’Iran, en tant que pays voisin ami, devient aujourd’hui un atout d’une importance capitale.

D’autant plus que la contribution iranienne au sujet des activités secrètes américaines à l’intérieur du Pakistan seront d’une utilité inestimable et que la solidarité avec l’Iran contribue à atténuer la pression des Etats-Unis. Pour Téhéran, aussi, il est important que le Pakistan fasse tout son possible pour s’assurer que les activités du Jundallah depuis son sol sont entravées et que la possibilité pour des pays tiers d’exploiter le Jundallah comme un moyen de déstabiliser l’Iran soit exclue.

De même, le Pakistan est un pays sunnite majeur et l’intérêt de l’Iran réside dans l’assurance qu’il ne fait pas partie de l’alliance menée par les Saoudiens et dirigée contre lui au Moyen-Orient. L’Iran peut afficher son amitié avec le Pakistan pour dénoncer la campagne de l’Arabie Saoudite, qui a pour but aujourd’hui d’attiser la phobie d’un schisme chiite-sunnite au Moyen-Orient, en désignant Téhéran comme le leader du camp chiite et en se ralliant l’opinion arabe sunnite.

Les Taliban étaient traditionnellement un sujet de discorde dans les relations entre l’Iran et le Pakistan. Mais ce n’est plus le cas, alors que le prélude de la situation afghane aujourd’hui pour les deux pays repose sur la présence militaire des Etats-Unis. L’Iran et le Pakistan conviennent tous deux qu’il faut, d’une manière ou d’une autre, faire échouer la présence à long terme des Etats-Unis en Afghanistan. En outre, les Taliban se sont transformés, ce que laisse entendre les contacts directs entre eux et les Etats-Unis (à l’insu d’Islamabad).

Par-dessus tout, l’Iran est aujourd’hui beaucoup plus confortable avec l’idée d’un accord équitable dans un règlement afghan pour les groupes afghans avec lesquels il a bénéficié de liens historiques et culturels. La domination pachtoune traditionnelle de l’Afghanistan est vouée à l’échec, alors qu’il y a eu une sorte de « réveil politique » dans la population afghane.

L’Iran prendrait également en compte le fait que l’invasion américaine de l’Afghanistan en 2001 et les conséquences qui en ont découlé ont considérablement réduit la capacité de l’Etat pakistanais à dicter unilatéralement un règlement en Afghanistan. Karzaï est le meilleur pari dans les circonstances actuelles, tant pour l’Iran que pour le Pakistan, comme leader d’un processus de paix « menés par les Afghans ». Tous ces éléments ont contribué à la forte convergence d’intérêts entre l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan.

La façon dont cette convergence va évoluer dans les semaines et les mois à venir aura un rapport important avec le cours des événements en Afghanistan et elle aura sans aucun doute un impact sur le processus de réconciliation avec les Taliban.

L’Iran aura un intérêt maximum à forger un axe régional à partir de cette large convergence d’intérêts et de préoccupations et d’en faire une véritable force motrice qui façonne les événements à venir plutôt que d’agir comme un simple catalyseur. Mais il faut être deux – dans ce cas précis, trois – pour danser le tango.

M.K. Bhadrakumar

À lire également sur l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan :

- Les perdants et les gagnants dans l’Afghanistan d’Obama

- Un sommet à Téhéran pour contrer les Etats-Unis

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- Les colombes de la paix planent au-dessus d’Islamabad

- Escalade de la crise entre les États-Unis et le Pakistan : l’ultimatum chinois

- L’avenir de l’Eurasie se joue en mer de Chine

- Le Grand Échiquier d’Asie Centrale

- La guerre d’Obama en Afghanistan

Note

[1] Xe (prononcez Zi) est une société militaire privée américaine dont le siège se trouve à Moyock, en Caroline du Nord. Créée en 1997 par Erik Prince, un ancien des Navy Seals, Blackwater a bénéficié de nombreux contrats en Irak et en Afghanistan.

Dans son livre, « Blackwater. L’ascension de l’armée privée la plus puissante du monde », le reporter américain Jeremy Scahill dresse un tableau accablant des activités de la société. Il l’accuse notamment d’agir telle une garde prétorienne en Irak, bénéficiant d’une immunité quasi totale face aux allégations de violence envers les civils irakiens.

Article original : Iran carves out an AfPak hub

Traduction : JFG

Surplus : la consommation par la terreur (vidéo)

Dans Consumérisme, Matérialisme le 27 juin 2011 à 18:39

Synopsis : Ironique et sans concessions, cet essai en forme de collage virtuose réalisé autour du “gourou de l’antimondialisation”, John Zerzan dénonce les dérives du libéralisme, la coercition médiatique et publicitaire, la course insensée au profit et le gâchis produit par la société de consommation.

Ses paroles croisent ici celles de Berlusconi, Bush, Chirac, Poutine, Bill Gates et Fidel Castro, sur des images des manifestations de Gênes ou des dérives consuméristes (détritus, management, publicité…). Collage, manipulation des sons et des synchronisations, répétitions suggestives, montage incisif, musique dub et électro, slogans martelés… le film utilise les mêmes techniques que la publicité et les shows télévisés. Ironique à souhait, le documentaire interroge plus qu’il ne dénonce… Note: Le film a reçu le Silver Wolf Award, Festival international de documentaires d’Amsterdam.

Documentaire d’Erik Gandini (Suède, 2003, 51′)

L’économie mondiale s’enfonce dans la dépression

Dans Crise Économique, Crise Financière le 26 juin 2011 à 18:18

par Barry Grey pour WSWS

Deux ans et demi après le crash financier de septembre 2008 et deux ans après la fin officielle de la récession américaine, il est clair qu’aucun des problèmes fondamentaux qui ont plongé l’économie mondiale dans la pire dépression depuis les années 1930 n’a été résolu. Au contraire, la reprise économique anémique a des ratés, les taux de croissance ralentissent dans la plupart des pays, et le système financier oscille à nouveau au bord du gouffre.

La reprise de la montée du chômage aux États-Unis, accompagnée par une nouvelle baisse du prix des logements et des ventes, ainsi que d’une réduction de la production, est l’expression la plus aiguisée d’une tendance mondiale. Le dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales de la Banque Mondiale, publié le 7 juin, prévoit une croissance économique plus lente pour toutes les régions du monde à l’exception de l’Afrique sub-saharienne pour cette année et la suivante. La Banque Mondiale estime que l’économie mondiale va croître de seulement 3,2 pour cent cette année, ce qui est remarquablement inférieur au taux déjà modeste de 3,8 pour cent de 2010.

L’économie américaine est censée croître à un taux bien maigre de 2,6 pour cent cette année et restera sous les 3 pour cent jusqu’en 2013 au moins. Cette barre à 3 pour cent est celle qu’il faudrait dépasser pour avoir un effet notable sur le taux de chômage officiel des États-Unis, lequel approche des 10 pour cent.

Encore plus inquiétant, la Banque Mondiale croit que le taux de croissance des pays en voie de développement – la Chine, l’Inde, le Brésil, etc. – tombera à 6,3 pour cent durant l’année 2013, soit un pour cent en dessous du taux de 2010. Ce sont ces pays qui ont largement contribué à la croissance mondiale depuis la débâcle financière des pays développés.

Ces sombres projections ne prennent pas en compte les données de mai qui indiquent une décélération marquée de la croissance aux États-Unis, en Europe, au Japon, en Chine et en Inde.

Les jours derniers ont vu la prolifération des avertissements de la part des économistes bourgeois sur le danger d’un retour à la croissance négative – ce que l’on appelle une « récession à double creux ». Laurence Summer, qui fut directeur du Conseil économique national d’Obama jusque fin 2010, a publié un article le 13 juin dans le Washington Post et le Financial Times dans lequel il mettait en garde ses lecteurs sur le fait que les États-Unis « sont maintenant à mi-chemin de perdre les bénéfices des dix dernières années ». Il a noté qu’entre 2006 et 2011, la croissance économique américaine s’établissait à moins de 1 pour cent par an, autant que le Japon « à l’époque où sa bulle a éclaté ».

Le professeur Nouriel Roubini de l’Université de New York a prévenu cette semaine de l’arrivée d’une « tempête parfaite » incluant un déficit budgétaire aux États-Unis, un ralentissement en Chine, des défauts de paiement de la dette en Europe et une stagnation au Japon. La Chine pourrait être confrontée à un « atterrissage brutal » après 2013, selon lui, en raison d’une surcapacité des investissements fixes est des faillites de banques.

La crise économique a été précipitée par une orgie de spéculation, dans laquelle les limites entre l’activité financière normale et la criminalité consciente ont été largement effacées. Pourtant, le souci premier des politiques gouvernementales dès le départ a été de protéger la richesse de l’aristocratie financière. À cette fin, les trésoreries nationales ont été pillées pour couvrir les dettes de jeu des banquiers.

Les renflouements à plusieurs milliers de milliards de dollars ont inauguré le plus grand transfert de richesses du bas de la société vers le haut dans toute l’histoire humaine. Cela a immensément aiguisé les tensions sociales et enclenché une nouvelle période de troubles révolutionnaires.

Les premiers d’entre eux ont déjà été observés cette année dans les soulèvements révolutionnaires en Tunisie et en Égypte, l’intensification de la résistance de la classe ouvrière en Grèce et dans d’autres pays européens, et les manifestations de masse des ouvriers au Wisconsin. La bourgeoisie n’a été capable de piller la trésorerie publique qu’en vertu du rôle traître des syndicats et de leurs alliés dans la “gauche” pseudo-socialiste afin de saper et d’étrangler l’opposition de la classe ouvrière.

L’augmentation rapide de l’endettement des Etats résultant des renflouements n’a fait que saper encore plus la solvabilité à long terme des banques, puisqu’elles se retrouvent avec des dizaines de milliards de dollars en emprunts étatiques dont la valeur s’est effondrée.

La réaction universelle de la bourgeoisie et de ses gouvernements de toutes sortes – qu’ils soient conservateurs, libéraux ou “socialistes” – est de faire peser le coût total de la crise sur le dos de la classe ouvrière. Leur objectif n’est rien de moins qu’une contre-révolution sociale – l’effacement de tous les acquis sociaux obtenus au cours du dernier siècle et la réduction de la classe ouvrière à l’état de pauvreté et de désespoir.

Mais loin de résoudre la crise financière, tous leurs efforts n’ont fait que l’approfondir. Un an après avoir reçu un prêt de 110 milliards d’euros lié à des mesures d’austérité brutales, la Grèce est plongée dans une profonde récession, qui a sapé les rentrées d’argent de l’Etat et intensifié la crise de la dette. Maintenant, en échange d’un nouveau prêt, le gouvernement social-démocrate impose des coupes encore plus profondes ainsi qu’une liquidation des biens publics.

Ce cercle vicieux, qui est reproduit en Irlande, au Portugal, en Espagne et dans d’autres pays très endettés, entraîne inévitablement des défauts de paiement et une nouvelle crise financière.

Aucun banquier important n’a été poursuivi devant les tribunaux pour cet énorme montage pyramidal qui a été créé sur la base de prêts immobiliers de deuxième choix et d’autres garanties douteuses. Les grandes banques n’ont pas seulement échappé à la nationalisation et au partage judiciaire, elles ont eu le droit d’augmenter leur pouvoir monopolistique. Aucune réforme sérieuse n’a été instituée, ce qui a permis à ces banques de reprendre leur spéculation sans fin et d’engranger des profits records, tout en accordant à leurs dirigeants de bonus plus élevés que jamais.

Le marché déréglementé des produits dérivés, qui a joué un rôle central dans la débâcle financière, opère toujours de plus belle. Des millions sont engrangés sur un marché en effervescence sur les permutations de l’impayé [credit default swaps en anglais], c’est-à-dire en pariant sur la probabilité qu’un Etat ne puisse pas rembourser ses dettes.

Se prononçant contre toute restructuration de la dette grecque, Mario Draghi, ex-gouverneur de la Banque d’Italie, qui devrait être le prochain président de la Banque Centrale, a déclaré au Parlement européen la semaine dernière : « Qui sont les détenteurs de permutations de l’impayé ? Qui a assuré les autres contre une cessation de paiement du pays ? Nous pourrions avoir une réaction en chaîne ».

Le déclin du niveau de vie de la classe ouvrière et la concentration accrue de la richesse en haut de la société, sont résumés dans un graphique édifiant publié par le ministère du travail des États-Unis qui montre que la part du revenu national du pays allant aux travailleurs a atteint un record vers le bas.

Ce graphique montre que ce déclin – une tendance générale qui remonte aux années 1980 – s’est remarquablement accéléré à partir de 2000. Ce qui est le plus significatif est le fait que la part des travailleurs dans le revenu national est tombée encore plus vite durant la prétendue “reprise” qui a commencé en juin 2009 que durant la récession officielle.

Qu’est-ce que cela révèle ? Cela nous démontre que la crise est exploitée systématiquement et délibérément par la bourgeoisie américaine et le gouvernement d’Obama pour mener une inversion historique et permanente des conditions de vie de la classe ouvrière.

Les événements des 33 derniers mois ont réfuté toutes les affirmations des gouvernements, des politiciens, des ténors des médias, des représentants syndicaux et des universitaires qui prétendaient qu’une solution viable à la crise pouvait être trouvée dans le cadre du capitalisme. Comme le Parti de l’égalité socialiste et le World Socialist Web Site l’ont expliqué dès le début, la crise actuelle n’est pas simplement une mauvaise passe conjoncturelle, c’est une crise systémique du système capitaliste mondial. Au centre de cette crise, il y a le déclin prolongé et profond de la position mondiale des États-Unis.

Le PES écrivait en janvier 2009, « un rééquilibrage de l’économie mondiale – c’est-à-dire l’établissement d’un nouvel équilibre économique mondial sur une base capitaliste – ne peut être réalisé que par une destruction massive des forces productives existantes, un abaissement catastrophique du niveau de vie de la classe ouvrière dans tous les pays, et, pour réaliser cela, l’annihilation d’une section substantielle de la population mondiale. Ainsi, le véritable choix qui s’oppose à la désintégration capitaliste est la réorganisation rationnelle de l’économie mondiale sur une base socialiste ».

Cette perspective – qui constitue un avertissement – a été confirmée par les événements ; tout comme l’a été un autre passage de ce document sur les processus interdépendants de la crise capitaliste et du développement d’un militantisme social et politique de la classe ouvrière et de nouvelles formes de conscience révolutionnaire.  « La question décisive est de savoir lequel de ces processus prendra l’avantage sur l’autre », affirme ce document.

Les expressions initiales d’une nouvelle étape de la lutte des classes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique ont souligné le rôle réactionnaire des syndicats, des partis de la “gauche” officielle et des diverses organisations des classes moyennes qui oeuvrent à garder la classe ouvrière pieds et poings liés à ces forces contre-révolutionnaires.

Ils ont mis en lumière le problème politique complexe qui se pose à la classe ouvrière qui entre dans une nouvelle période de luttes révolutionnaires et ont montré tout l”intérêt de la question centrale : la crise d’une direction et d’une perspective dans la classe ouvrière. La détérioration de l’économie mondiale va inévitablement alimenter de nouvelles luttes sociales plus larges, donnant de nombreuses occasions au mouvement révolutionnaire de lutter pour prendre la direction de ces luttes et de s’armer d’une perspective socialiste et internationaliste.

Le Parti de l’égalité socialiste et le Comité international de la Quatrième Internationale sont les seules à même de fournir cette direction. Tous ceux qui voient la nécessité d’une alternative socialiste à la pauvreté, à la dictature et à la guerre devraient prendre la décision de le rejoindre et de construire notre mouvement dans chaque pays.

Barry Grey

Source : WSWS

Les perdants et les gagnants dans l’Afghanistan d’Obama

Dans Géopolitique, Géostratégie le 26 juin 2011 à 17:39

par M.K. Bhadrakumar pour Asia Times Online

Le président des Etats-Unis Barack Obama ne rate jamais une occasion de se montrer à la hauteur des circonstances à chaque fois qu’elles nécessitent une rhétorique théâtrale. A cette aune, le discours de réduction des effectifs qu’il a prononcé mercredi à Washington et qu’il a intelligemment intitulé « Sur la solution en Afghanistan », a été plus un discours programmatique qu’une intention d’éveiller l’esprit. Son jugement est correct sur le fait que ce n’est pas l’occasion d’une célébration, mais celle d’une justification pour ce qu’il y a à faire à propos de quelque chose qui a horriblement mal tourné.

Dans le discours d’Obama, il y a des gagnants et des perdants. D’abord, les perdants. Ce sont le Pentagone, le Président afghan Hamid Karzaï, le Pakistan et l’Asie du Sud, ainsi que la créature amorphe sous le nom d’al-Qaïda. Les gagnants sont les Taliban et, encore une fois, le Pakistan.

Le glissement du « combat au soutien » et de la voie militaire à la voie politique est le reflet d’un scepticisme croissant quant à la finalité du « surge ». Obama a remercié les soldats pour leur travail bien fait, mais c’était plus pour la forme. Il a affirmé que le « surge » avait été un succès et, ensuite, il est passé à un autre point. Il n’a pas fait l’éloge du « surge » – les 33.000 soldats qu’il a envoyés en Afghanistan fin 2009 – comme étant un succès exceptionnel. Il était sombre. Il a remercié les soldats de l’infanterie qui avaient donné leur vie en sacrifice suprême, mais il a omis de mentionner le héros du « surge » – le général David Petraeus, le commandant des Etats-Unis en Afghanistan, qu’Obama vient de choisir pour devenir le nouveau directeur de la CIA.

Aux dires de tous, ce n’est pas le genre de retrait que le Pentagone aurait voulu – 10.000 soldats d’ici fin 2011, 33.000 d’ici la mi-2012 et le retrait des 70.000 soldats restants, à un « rythme soutenu », tout au long de 2013, afin que d’ici à la fin 2014 « ce processus de transition soit terminé ». Obama a laissé ouverte la question de savoir si l’ensemble des 70.000 soldats seraient retirés d’ici à fin 2014 ou s’il restera des troupes américaines à long terme dans les montagnes de l’Hindu-Kouch, à l’instar de l’Irak, où 10.000 soldats pourront rester, même après le retrait complet promis d’ici à fin 2011.

Il est concevable qu’Obama soit resté vague, puisque la décision ne relève pas intégralement de lui. Il devrait savoir que le temps est révolu depuis longtemps pour les États-Unis de dicter la suite de cette sanglante guerre de 10 ans. Lorsque l’on n’arrive pas à gagner une guerre, l’après-guerre doit se décider par consensus. Donc, avant tout, les Taliban auront leur mot à dire, ensuite le gouvernement de Karzaï et, petit à petit, les puissances de la région également.

D’ailleurs, Obama admet que l’Amérique a des restrictions. L’argent peut être mieux dépensé au pays, pour réparer les routes, pour créer de nouveaux emplois et de nouvelles industries « à un moment où notre dette augmente et où nous connaissons une conjoncture économique difficile ». L’Amérique ne va pas se retirer dans un état d’esprit isolationniste, mais elle n’aura pas d’enthousiasme pour des interventions à l’étranger, sauf si elle est menacée. Et même si elle est menacée, elle choisira de ne pas déployer de grandes armées à l’étranger (plutôt des armes de haute technologie) et de rallier l’action internationale.

Obama a affirmé qu’al-Qaïda était une force épuisée et qu’il n’y avait plus aucune raison de faire la guerre. La vigilance est ce qui est demandé, de telle sorte que le serpent ne relève pas à nouveau la tête. Mais il a averti le Pakistan qu’il avait toujours l’intention de « s’occuper des refuges des terroristes » dans ce pays. Il a ajouté qu’il « continuerait à faire pression sur le Pakistan pour qu’il étende sa participation [...] travaillerait avec le gouvernement pakistanais [...] et insisterait pour que le Pakistan respecte ses engagements ».

Obama n’a pas pris la peine d’offrir une branche d’olivier à Islamabad, de créer une forme d’ouverture pour réparer les fractures des relations américano-pakistanaises, à plus forte raison de prendre note ne serait-ce que momentanément des revendications du Pakistan sur les énormes sacrifices qu’il a faits – plus que tout autre allié des Etats-Unis.

En clair, il passe au point suivant sans une note de « remerciement ». Cela sera noté par le commandement militaire pakistanais à Rawalpindi et par les dirigeants civils à Islamabad. On verra avec le temps quelles en seront les conséquences. Curieusement, le choix d’Obama offre aussi une fenêtre d’opportunité aux Pakistanais pour s’élever.

D’un autre côté, le Pakistan est également un grand gagnant. Le discours d’Obama est, par excellence, une justification de tout ce que l’armée pakistanaise a exigé ces deux dernières années – que la guerre en Afghanistan est vaine, qu’il est temps de réconcilier les Taliban, que la voie militaire ne mène nulle part, que la paix et une stabilité durables ne peuvent être atteintes que grâce à un règlement de paix.

A présent, du sommet du pouvoir aux Etats-Unis, arrive le mot, certes de façon indirecte, que « oui, le Pakistan avait raison tout du long ». Comme prévu, Obama reconnaît dans son discours que « le cours de la guerre est en recul » en Afghanistan. Obama parle avec optimisme de la perspective d’un règlement politique, même si « des jours sombres restent à venir ».

Les nuances de la route vers la paix dans le discours d’Obama mériteront une attention maximale car c’est là que réside l’essentiel pour les jours à venir. Il parle des Taliban comme d’un tout, sans exclure le réseau Haqqani. Tant que les conditions préalables de la réconciliation peuvent être respectées, à peu près tous sont invités à entrer dans la tente de la paix. L’humeur est à « l’oubli et au pardon ». Il a été noté que les Taliban font partie du « peuple afghan ».

Deuxièmement, Obama admet que la réconciliation doit être « conduite par les Afghans ». Il reprend la position standard américaine, mais ne dit rien de plus sur la façon de répondre aux craintes palpables à Kaboul et Islamabad, qui considèrent qu’il dit cela juste pour la forme, tandis que les Etats-Unis insistent pour être la locomotive et pour maintenir son allié afghan et régional dans l’obscurité. Peut-être est-ce un détail mineur.

Ou, peut-être, il n’y a rien qu’Obama puisse faire par rapport à cette situation, parce que quand le chameau pénètre dans la tente, il reste invariablement peu d’espace dans la tente pour les autres. Mais il est sûr que Kaboul et Islamabad continueront à se poser des questions jusqu’à ce que les émissaires américains viennent dans la région pour annoter le discours d’Obama et dire si quelque chose a changé dans la stratégie diplomatique américaine du Ranger solitaire quant au processus de paix.

Le point le plus intéressant dans l’ensemble du discours d’Obama est son optimisme qui se dégage à propos de la réconciliation des Taliban. Il dit qu’il a « des raisons de croire que des progrès peuvent être faits [...] l’objectif que nous recherchons est réalisable ». Mais ensuite, de façon énigmatique, il n’en dit pas plus. On doit en tirer la conclusion que Barack H. Obama est modérément satisfait de la réaction qu’il a obtenue jusqu’à présent des conciliabules secrets des responsables américains et il a raison de croire que les Taliban sont sensibles aux convictions et qu’ils seront disposés à passer un accord.

Obama oublie de mentionner Karzaï dans ce contexte du processus de paix, ce qui constitue un silence assourdissant. Certes, il prend note du rôle clé du gouvernement afghan pour stabiliser la situation sur le terrain, mais il insistance incontestablement sur le rendez-vous de l’Amérique avec le peuple afghan au sens large.

De même, Obama ne dit rien sur la conférence que les Allemands prévoient ambitieusement d’organiser en décembre à Berlin, sur le modèle d’un congrès de Vienne, où les Taliban seraient apparemment assis autour de la table sous les lustres avec des diplomates portant des costumes à rayures fines et sirotant du champagne. Mais Obama parle en fait d’une autre conférence internationale, laquelle sera restreinte aux Etats-Unis et à leurs alliés et qui se tiendra en mai dans sa Chicago « natale », « pour façonner la prochaine phase de cette transition afghane ».

Obama est un politicien très doué et il peut visualiser l’immense potentiel qu’il pourrait tirer en exposant au public américain, juste avant l’élection présidentielle, avec quel brio il a sauvé la guerre en Afghanistan, que le gouvernement républicain précédent avait laissé dans une situation chaotique.

Obama peut compter sur le maire nouvellement élu de Chicago, son vieux copain Emmanuel Rahm, pour réaliser un travail splendide en faisant de la conférence de mai un moment décisif de la campagne électorale. En fait, Obama n’omet pas dans son discours de parler des folies de la précédente administration de George W. Bush, qui n’a pas prêté assez attention à la guerre en Afghanistan et qui a lancé de façon irréfléchie l’invasion en Irak en 2003.

Sans doute, Obama a-t-il le droit de tirer un bénéfice politique intérieur de la conclusion de la guerre en Afghanistan. (Le pic de la réduction des effectifs – mi-2012 – coïncide également avec le pic de la campagne électorale.) Après tout, il faut un courage surhumain pour un commandant en chef de réaliser qu’une guerre ne peut être gagnée. Il est encore plus difficile de s’assurer que la retraite ne ressemble pas à une défaite ou qu’elle doive s’effectuer depuis le toit de l’immeuble de l’ambassade américaine à Kaboul à bord d’hélicoptères. Obama a réussi à accomplir les deux.

Les Taliban ont gagné la guerre. Inutile d’ergoter sur cette pure vérité. Les maintenir hors du calcul du pouvoir afghan n’est plus l’objectif américain. Les États-Unis reconnaissent que les Taliban font partie intégrante de la nation afghane. Aucune section des Taliban ne sera exclue de la vie afghane traditionnelle par la fierté américaine ou les préjugés. Tous sont les bienvenus pour monter à bord du train de la paix à Kaboul.

La région entourant l’Afghanistan sera horrifiée, se demandant à quoi toute cette guerre a bien pu servir. Il y a beaucoup de décombres, grâce à la destruction que les États-Unis ont causée. Obama plaide que les Américains n’ont pas d’argent pour la reconstruction. « Amérique, il est temps de te concentrer sur la construction nationale, chez nous ». Ces douze mots résonneront en écho, non seulement dans les vallées et les sommets des montagnes de l’Afghanistan, mais à travers toutes les steppes d’Asie Centrale et de l’ancienne vallée de l’Indus.

La dure réalité est que le discours d’Obama fera frémir les non-Pachtounes en Afghanistan. Il n’y a rien de pire que d’offrir une protection et un soutien à quelqu’un et ensuite de s’en aller dans le feu de l’action. Les habitants de l’Asie centrale verront avec inquiétude comment le retour triomphal des Taliban se déroulera parmi les forces islamiques de leurs pays, lesquels se préparent déjà à l’arrivée du Printemps Arabe.

L’Inde se sentira salement lâchée. L’Iran sera aux anges. Peut-être aussi la Russie dans la mesure où l’histoire retiendra qu’elle ne fut pas la seule superpuissance à échouer à remporter une guerre dans l’Hindu-Kouch. La dépendance de la Chine sur le Pakistan augmente à pas de géant pour s’assurer que les Taliban tiennent leur parole, selon laquelle ils n’ont pas de programme au-delà des frontières de l’Afghanistan.

La façon dont cette vérité inconfortable fera son chemin sera le formidable défi du Pakistan. Comme les sorcières le dirent à Banquo, dans la pièce de William Shakespeare Macbeth, c’est un bienfait relatif. Il est peut-être sur le point de perdre sa propre vie, mais ses descendants vivront dans la splendeur royale – “Thou shalt get kings, though thou be none.” [« Tu engendreras des rois, quoique tu ne le sois pas »]. Peut-il y avoir une plus grande satisfaction ?

M.K. Bhadrakumar

À lire également sur l’Afghanistan, le Pakistan et l’Asie Centrale :

Un sommet à Téhéran pour contrer les Etats-Unis

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Article original : Losers and winners in Obama’s Afghanistan

Traduction : JFG

Un sommet à Téhéran pour contrer les Etats-Unis

Dans Géopolitique, Géostratégie le 23 juin 2011 à 17:53

par M.K. Bhadrakumar pour Asia Times Online

Quasi-proportionnellement à l’effondrement des liens entre Washington et ses alliés à Kaboul et Islamabad, l’Iran a intensifié ses activités politiques et diplomatiques autour du problème afghan et de la situation régionale. Téhéran estime que les relations entre les États-Unis et les gouvernements afghan et pakistanais ont subi un sérieux revers et qu’un prompt rétablissement est peu probable.

Ainsi, une fenêtre d’opportunité s’est ouverte à Téhéran pour faire reculer l’emprise des Etats-Unis pendant dix ans sur la géopolitique de la région. Téhéran est déterminé à ne pas manquer l’occasion.

L’objectif immédiat est en quelque sorte de torpiller les plans des Etats-Unis visant à établir des bases militaires en Afghanistan et à s’étendre dans la région stratégiquement vitale d’Asie Centrale, tout en débordant l’Iran à l’Est. La poussée politique et diplomatique iranienne arrive à un moment où les divergences américano-afghanes sont apparues au cours des négociations qui ont récemment été dévoilées au public.

Mais Téhéran considère également que cette partie comporte des enjeux élevés, avec des ramifications beaucoup plus large que la simple question de contrarier les plans américains d’établir des bases militaires en Afghanistan. Téhéran aura pour objectif de disperser le cordon de l’alliance américano-saoudo-israélienne dans le sillage des bouleversements au Proche-Orient.

Après tout, l’Afghanistan devient partie intégrante du « Grand Moyen-Orient », le Pakistan est un allié de longue date des États-Unis et de l’Arabie Saoudite et l’ensemble de ces trois pays – l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan – devient une plaque tournante stratégique d’une importance immense pour la géopolitique d’une vaste région s’étendant du Levant à la vallée de Ferghana.

Pour s’en assurer, l’objectif de Téhéran consistera à forger l’unité régionale avec Kaboul et Islamabad sur la base de leurs préoccupations et intérêts communs vis-à-vis de la politique américaine régionale.

Cette semaine, les efforts iraniens recevront un encouragement avec la visite à Téhéran du président pakistanais Asif Ali Zardari et du président afghan Hamid Karzaï, qui participeront à la conférence internationale sur le terrorisme à l’invitation du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Cette conférence est programmée les 25 et 26 juin, mais Zardari arrive ce jeudi pour une visite de deux jours.

Le fait que Zardari et Karzaï assistent à une conférence sur le terrorisme organisée par l’Iran, à ce moment précis, est en soi un indicateur significatif de la manière dont le vent souffle actuellement sur la politique régionale. Le gouvernement saoudien aurait effectué une démarche diplomatique auprès du Pakistan, suggérant qu’il doive ignorer la conférence de Téhéran et, à la place, participer à un conclave similaire sur le terrorisme qu’il propose de convoquer prochainement à Riyad.

Les Etats-Unis seront aussi très mécontents de la décision de Karzaï d’être aux côtés de l’Iran, en ce moment, sur la « guerre contre le terrorisme ». Cela démolit l’allégation des Etats-Unis selon laquelle l’Iran fomente le terrorisme. Zardari emmène avec lui une délégation de ministres, qui comprend le ministre de l’Intérieur Rehman Malik, le ministre du Pétrole et des Ressources naturelles Asim Hussain et le ministre de l’Eau et de l’Energie Syed Naveed Qamar.

Les médias iraniens ont indiqué que Zardari s’exprimera sur le projet de gazoduc irano-pakistanais, auquel s’opposent fortement les Etats-Unis, et qu’une « étape décisive pour l’exécution de ce projet qui a déjà été retardé » peut être espérée lors de sa visite. L’Iran a déjà achevé la construction de 1.000 kilomètres de ce gazoduc sur les 1.100 km prévus sur le sol iranien.

L’Iran a également proposé qu’un réseau de transport d’électricité soit construit à côté du gazoduc, reliant le réseau d’électricité de l’Iran avec celui du Pakistan. Par ailleurs, l’Iran a proposé de vendre 1.000 mégawatts/heures d’électricité au Pakistan à un taux subventionné.

« Tentatives de contournement »

Téhéran fait une tentative acharnée pour donner une nouvelle dynamique à ses relations bilatérales avec le Pakistan. Téhéran a traditionnellement nourri un sentiment de frustration envers l’alliance américano-pakistanaise. Ahmadinejad a récemment déclaré que Téhéran est en possession de « preuves spécifiques » pour dire que les USA projettent de saisir les armes nucléaires du Pakistan.

En effet, compte tenu de la présence militaire américaine et du soutien américain au groupe terroriste Jundallah, qui fomente la violence dans la région du Sistan-Baloutchistan en Iran oriental bordant le Pakistan, les services de renseignements iraniens (le VEVAK, ndlr) sont très actifs en Afghanistan et au Pakistan. Téhéran a un mécanisme de partage du renseignement au niveau bilatéral avec le Pakistan et il est pratiquement certain que Malik discutera des voies et des moyens pour renforcer cet arrangement. Le Pakistan peut aider l’Iran à contrer le Djundallah, tandis que l’Iran peut partager des renseignements concernant les activités secrètes des Etats-Unis sur le sol pakistanais.

L’Iran semble partager l’estimation de la Russie et de la Chine, selon laquelle la politique étrangère pakistanaise est en cours de correction pour réduire la dépendance politique, économique et militaire d’Islamabad sur les Etats-Unis.

De même, Téhéran prend en compte que les Etats-Unis tiennent à la fois Islamabad et Kaboul à distance dans leurs négociations avec les Taliban et adopte une méthode de partage des informations avec pour principe de ne les divulguer qu’à ces partenaires clés.

Samedi dernier, Karzaï s’est servi d’un discours à la nation pour fustiger les Etats-Unis et est allé jusqu’à exposer que les Etats-Unis sont déjà en pourparlers directs avec les Taliban. Fait révélateur, le Pakistan a rapidement fait comme Karzaï et a entrepris, lundi, une forte démarche à ce même égard auprès des Américains.

De hauts responsables pakistanais auraient fait part de leurs préoccupations au Représentant spécial adjoint Frank Ruggiero, en visite, à propos des « tentatives de Washington de contourner » Islamabad et de maintenir délibérément le Pakistan à distance dans ses efforts pour rechercher un accord de paix avec les Taliban avant le retrait progressif d’Afghanistan.

Le communiqué publié par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, après les discussions entre le ministre d’Etat des Affaires étrangères Hina Rabbani Khar et Ruggiero, qui se sont tenues à Islamabad lundi, disait : « Le ministre a souligné l’importance de la clarté et de la cohérence stratégique, de même que la transparence, afin de favoriser le peuple afghan et le gouvernement afghan dans le processus de paix et de réconciliation ».

Le journal pakistanais Tribune a cité un diplomate pakistanais, en poste à Kaboul, alléguant qu’Islamabad est maintenu dans l’obscurité par les Etats-Unis sur ses récents contacts avec les Taliban. « Nous savons bien que certaines réunions ont eu lieu entre les responsables américains et les Taliban afghans, en Allemagne et au Qatar. Il semble que le Pakistan soit délibérément maintenu à l’écart par les Etats-Unis afin de minimiser notre rôle dans la future donne politique en Afghanistan », a-t-il insisté.

Une fois encore, le journal Dawn a cité sans le nommer l’un des responsables pakistanais qui aurait dit, « D’un côté, ils [les Américains] parlent de l’aide du Mollah Omar, mais de l’autre, ce dirigeant Taliban est sur la liste des cinq hommes qu’ils veulent éliminer », demandant sur un ton acerbe s’il pouvait y avoir également un espace dans le dialogue politique des Etats-Unis pour le réseau Haqqani.

Cependant, ce serait un jugement hâtif que de conclure qu’Islamabad et Kaboul sont en train de coordonner leur opposition aux États-Unis. La relation afghano-pakistanaise reste très problématique, le déficit de confiance est important et une amélioration radicale dans le climat de leurs relations s’est avérée hors d’atteinte.

En fait, les escarmouches aux frontières ont augmenté en fréquence. Dans quelle mesure les Etats-Unis et l’OTAN alimentent ces tensions, dans le cadre de l’effort concerté à « mettre la pression » sur le Pakistan, n’est pas clair. Manifestement, une rencontre authentique des esprits entre Karzaï et Islamabad ne peut se concrétiser tant que ces tensions souterraines continuent d’éclater sur la région frontalière afghane, impliquant l’armée pakistanaise et les forces afghanes.

Peut-être Téhéran peut-il donner un coup de main pour régler ces tensions. Pour s’en assurer, l’Iran a un grand intérêt à ce stade à amener l’Afghanistan et le Pakistan à se rapprocher dans une relation téléologique de travail.

Le ministre iranien de la Défense, Ahmed Vahidi, qui s’est rendu à Kaboul la semaine dernière, a eu une réunion de fond avec l’ancien homme fort de l’Alliance du Nord et actuel vice-président, Mohammed Fahim. Vahidi a dit à Fahim, « La grande et courageuse nation d’Afghanistan est capable d’établir sa sécurité de la meilleure façon possible sans l’interférence des forces trans-régionales [comprendre : les USA et l'OTAN] ».

Vahidi a dit à son homologue iranien, Abdulrahim Wardak, « Leur présence [les Etats-Unis] fait obstacle à la matérialisation de la volonté de la grande nation afghane, résolue et qui travaille dur, et provoquera la discorde, la tension et l’insécurité et gaspillera le capital du pays ».

Wardak et Vahidi ont signé un document relatif à la coopération bilatérale en matière de sécurité. Fait intéressant, lors de la cérémonie de signature, Wardak a réagi ainsi : « Etant donné les menaces et les défis auxquels la région est confrontée, nous croyons qu’une défense commune et une coopération en matière de sécurité entre l’Iran et l’Afghanistan sont très importantes pour établir la paix et la sécurité dans la région ». Wardak a également dit, d’un air sous-entendu, que l’Afghanistan essayera, à ce stade, d’accroître ses liens en matière de défense et de sécurité avec l’Iran, afin de « remplir nos objectifs de sécurité communs dans la région. Nous croyons que l’expansion de la coopération en matière de défense commune et de sécurité avec l’Iran est dans nos intérêts ».

La ligne de faille pachtoune

À son retour à Téhéran dimanche, Vahidi a déclaré que les efforts américains pour établir des bases en Afghanistan font partie de leur plan visant à imposer un « système hégémonique » sur la région, « mais tous les pays et tous les peuples de la région sont opposés à ce complot. La présence des forces étrangères dans la région, en particulier les troupes américaines, est très nocif et représente une violation flagrante de la souveraineté nationale des pays de la région et compromet leur sécurité ».

Fait intéressant, il a ajouté, « Autant que nous le savons, la grande nation afghane n’est pas d’accord avec l’installation de bases militaires américaines, et il est naturel que les responsables du pays, qui suivent leur peuple, n’approuvent pas de tels plans ». Dans une allusion voilée au Pakistan, Vahidi a déclaré que « les pays de la région sont également opposés à la présence de troupes étrangères dans un pays voisin, car les pays extra-régionaux cherchent effectivement à entraver les progrès des pays islamiques ».

Téhéran prendrait en compte l’impression qui prévaut dans la région que les États-Unis et la Grande-Bretagne travaillent sur ce que l’on appelle le « plan Blackwill » – qui tire son nom de Robert Blackwill, un responsable américain qui a servi dans le Conseil à la Sécurité Nationale de George W. Bush – qui a d’abord soutenu que la meilleure solution afghane est de réaliser une partition de ce pays, le long de la principale ligne de faille ethnique pachtoune (lire à ce sujet l’article « La guerre d’Obama en Afghanistan », ndlr).

Ce plan laissait entendre que les Etats-Unis devraient quitter les provinces du Sud et du Sud-Est de l’Afghanistan et laisser la loi des Taliban être rétablie dans ces provinces, et, à la place, transférer leurs troupes vers le havre sûr de la région Nord, habitée par les tribus non-pachtounes qui sont amicales, d’où ils pourraient poursuivre efficacement leurs opérations de contre-insurrection au moyen de leurs forces spéciales et/ou de l’utilisation de leur puissance aérienne.

Les manœuvres entreprises par les Etats-Unis et leurs alliés d’engager des pourparlers directs avec les Taliban (sans impliquer ni l’Afghanistan ni le Pakistan), de même que la décision de supprimer progressivement les sanctions contre ces chefs Taliban sélectionnés qui sont prêts à faire des compromis, concorde avec les objectifs du plan Blackwill.

Les États-Unis ont pour objectif de persuader les Taliban à renoncer à leur opposition tranchante à la présence militaire à long terme US-OTAN dans l’Hindu-Kouch.

Les Taliban espèrent récupérer leurs bastions perdus dans les régions à domination pachtoune du Sud et du Sud-Est de l’Afghanistan. Gardant cela à l’esprit, au cours des deux dernières années, les Etats-Unis ont dépensé des sommes énormes pour rénover ou reconstruire des bases dans les régions non-pachtounes de l’Afghanistan, afin de les aligner sur les normes et les conditions de vie occidentales.

Le retrait des Etats-Unis qui débute en juillet concerne essentiellement les 30.000 soldats qui ont été incorporés l’année dernière pour le « surge » [la montée en puissance]. Les responsables américains et de l’OTAN ont récemment commencé à laisser entendre qu’il ne faut pas s’attendre, dans l’immédiat, au départ des troupes occidentales de la région.

Ce qui est particulièrement remarquable dans ce contexte est le rôle joué par l’Allemagne dans la mise en place des pourparlers de paix entre les Etats-Unis et les Taliban. Der Spiegel a rapporté en premier que plusieurs réunions ont eu lieu en Allemagne entre un assistant clé du Mollah Omar et des officiels américains. Dimanche dernier, dans une interview télévisée aux Etats-Unis, Robert Gates, le Secrétaire à la Défense a confirmé que de telles réunions avaient eu lieu.

Les forces allemandes occupent la région de l’Amou-Daria, qui chevauche le refuge sûr dont Blackwill a donné un aperçu pour le transfert des troupes américaines sur une base à long terme. Les forces allemandes ont lancé une vigoureuse campagne anti-insurrectionnelle dans la région Nord, ces derniers mois, en vue de l’assainir, et cette campagne, à son tour, a donné lieu à des attaques de représailles par les insurgés. Les opérations allemandes semblent répondre au plan Blackwill.

Les Allemands ont travaillé dur pour développer de bonnes relations de travail avec le gouvernement ouzbek à Tachkent et utilisent abondamment la base militaire de Termez, qui était autrefois la plus grande base soviétique en Asie Centrale, comme base d’approvisionnement pour les opérations dans la région Nord. De nouvelles lignes ferroviaires sont en construction pour relier Mazar-e-Sharif à Termez dans l’Amou-Daria, qui permettra de relier l’Afghanistan avec le réseau ferroviaire de l’ère soviétique qui va jusqu’à Berlin.

Les Allemands ont aussi puisé dans leurs liens stratégiques en expansion avec la Russie pour développer systématiquement une route de transit passant par le territoire russe, qui leur permet d’acheminer des fournitures en Afghanistan via Termez. La route russe menant à Termez permet aux forces de l’OTAN de réduire radicalement leur dépendance sur les deux routes pakistanaises. La Russie a récemment permis que même des armes et des munitions soient transportées par cet itinéraire. (Ces liens de communication pourront finir par devenir la nouvelle Route de la Soie.)

Le plan Blackwill détient le potentiel dangereux de faire voler en éclat la nation afghane. L’Afghanistan a été historiquement maintenu uni par les liens ténus de l’appartenance à une même nation. Le régionalisme et le caractère ethnique continuent de poser des défis à l’unité nationale.

Si l’unité afghane devient sérieusement menacée, les conséquences seront extrêmement graves pour le Pakistan. Ce ne sera qu’une question de temps avant que ce qui restera des Pachtounes ne se déverse sur la Ligne Durand [1] (lire à ce sujet « Le Grand Échiquier d’Asie Centrale », ndlr ) et ne déstabilise le Pakistan. Toute accentuation des lignes de faille ethniques ou renforcement des identités ethniques dans l’Afghanistan voisin et, à son tour, au Pakistan aurait de graves répercussions négatives pour l’Iran (et les pays d’Asie Centrale).

Bien évidemment, les États-Unis surestiment leur capacité à réaliser leur « grande stratégie ». Le chef de l’armée pakistanaise, Parvez Kiani, a déclaré de façon plutôt abrupte à une délégation allemande en visite à Rawalpindi, lundi, que la stabilité du Pakistan sera sa première priorité.

En somme, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Iran ont un intérêt existentiel à contrecarrer le plan de paix anglo-américain consistant à négocier directement avec les Taliban dans leur dos. C’est précisément pourquoi ces trois pays penchent fortement pour un véritable processus de paix autochtone « menés par les Afghans ». Autrement dit, un réalignement de la relation à trois entre l’Afghanistan, le Pakistan et l’Iran sera dans l’intérêt de la stabilité régionale.

Les récentes visites des dirigeants pakistanais à Moscou et à Pékin ont été suivies par les propos que Zardari a tenus cette semaine à Téhéran. L’Iran a basculé dans un mode proactif vis-à-vis de la situation afghane, remisant son approche sobre et réservée. Pour sa part, Hamid Karzaï défie également les Etats-Unis sur le plan stratégique en renforçant ses liens avec Téhéran.

La façon dont ces tendances naissantes se déroulent vaut la peine d’être examinée attentivement. Elles sont à replacer dans le contexte régional plus large qui révèle plusieurs courants :

  • le « dégel » des relations russo-pakistanaises;
  • le « retour » de la Russie en Afghanistan;
  • les aspirations de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) à jouer un rôle formateur en Afghanistan dans le scénario post-2014;
  • le processus de dialogue indo-pakistanais; la poursuite par l’Inde d’une politique indépendante afghane avec un accent sur les rapports avec le gouvernement de Karzaï;
  • l’intérêt croissant de la Chine pour contribuer à un règlement en Afghanistan;
  • le commencement d’un processus qui pourrait conduire l’Inde et le Pakistan à adhérer à l’OCS.

Quelques heures après l’annonce d’Obama, mercredi, sur le retrait des troupes en Afghanistan, Zardari se rendra à Téhéran pour converser avec Ahmadinejad ; deux jours plus tard, Karzaï arrivera aussi dans la capitale iranienne. Rien ne fait ressortir plus vivement l’inclinaison extraordinaire dans la politique régionale.

M.K. Bhadrakumar

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Note

[1] La ligne Durand est le nom donné à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, établie le 12 novembre 1893 par un accord entre l’émir Abdur Rahman Khan et sir Mortimer Durand pour l’Empire britannique. Elle divise artificiellement des tribus pachtounes qui partagent la même langue et la même organisation sociale.

Article original : A summit in Tehran trumps the US

Traduction : JFG

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