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Le G8 promet la guerre et l’austérité dans un contexte de division

Dans Géoéconomie, Géopolitique le 31 mai 2011 à 18:46

par Stefan Steinberg pour WSWS

A la fin de leur sommet de deux jours dans la station balnéaire de Deauville, les dirigeants du G8 ont exigé une intensification des programmes d’austérité partout dans le monde. Ils ont aussi réitéré leur détermination à renverser par la force militaire les régimes non coopératifs.

Il existe un lien étroit entre ces deux ordres du jour. Confrontées à la crise économique la plus grave depuis les années 1930, les principales puissances impérialistes sont en train de laminer tous les acquis sociaux gagnés par les travailleurs durant la période d’après-guerre. Elles sont parfaitement conscientes qu’un tel programme provoquera le genre d’opposition de masse déjà rencontré en Egypte, en Tunisie, en Grèce, au Portugal et plus récemment, en Espagne. La classe ouvrière aux Etats-Unis elle aussi est une fois de plus en train de bouger.

La réaction des gouvernements de par le monde est de renforcer leur propre appareil militaire afin de gérer l’opposition intérieure grandissante à l’encontre de leur politique tout en menant un nombre croissant de guerres coloniales à durée indéterminée et destinées à repartager le monde et ses ressources.

Les moyens de sécurité massifs mis en place lors du sommet témoignent de la militarisation de la vie sociale. Pour un coût de 200 millions d’euros, les armées de policiers, de soldats et d’agents spéciaux déployés à Deauville avaient pour but de protéger du monde extérieur les participants aux sommets.

Dans le même temps, alors que les principaux gouvernements impérialistes s’accordent sur la nécessité d’imposer un programme d’austérité et de militarisme, ils sont profondément divisés quant à la manière de concilier de telles mesures avec leurs propres intérêts nationaux. Derrière la photo officielle affichant des sourires, des embrassades et des poignées de mains,il y a eu de violents conflits. Cela apparaissait clairement dans les pourparlers du sommet consacré à la crise financière internationale.

Les dirigeants européens ont été soumis à d’intenses pressions de la part des pays non européens qui les ont invités à mettre de l’ordre chez eux et à prendre des mesures efficaces afin d’enrayer la crise de l’euro qui s’intensifie.

Le chef de cabinet adjoint du premier ministre japonais, Tetsuro Fukuyama, a dit aux journalistes: « De nombreux dirigeants ont souligné que le problème de la dette en Europe, la hausse des prix du pétrole, des denrées alimentaires et des matières premières, ainsi que la surchauffe des économies émergentes faisaient partie des facteurs qui font valoir une pression à la baisse sur l’économie mondiale. »

A leur tour, les délégués américains au sommet ont mis en garde que la crise continue de la dette européenne influençait à la baisse la valeur de l’euro par rapport au dollar et menaçait l’industrie d’exportation américaine.

Les dirigeants européens ont réagi aux critiques internationales en intensifiant la pression sur le gouvernement grec pour l’application d’une nouvelle série de mesures d’austérité et de privatisations. Les préoccupations quant à l’aggravation de la crise de la dette en Grèce – maillon le plus faible de la chaîne des pays européens lourdement endettés – viennent après les avertissements émis par les membres dirigeants de la Banque centrale européenne à savoir qu’une défaillance ou une restructuration de la dette grecque déclencherait une réaction en chaîne ayant des effets catastrophiques pour le système bancaire européen et international. Une vaste portion des dettes de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne, totalisant un montant de près de 2 milliers de milliards de dollars environ, est détenue par les banques européennes.

Au début de cette semaine, le premier ministre grec, George Papandreou, n’avait pas réussi à obtenir le soutien des dirigeants de l’opposition pour une nouvelle série de mesures de rigueur. Dans le contexte de protestations et de manifestations presque quotidiennes en Grèce à l’encontre de nouvelles réductions du niveau de vie et des emplois, les investisseurs craignent que le gouvernement grec ne revienne sur sa promesse de lancer des attaques supplémentaires à l’encontre de la population laborieuse.

La Grèce est devenue un banc d’essai pour le genre de mesures d’austérité que les gouvernements européens sont déterminés à appliquer dans leur propre pays. De la même manière, l’exemple grec prouve qu’une telle politique pousse le pays dans une récession encore plus profonde en ne faisant qu’aggraver ses problèmes économiques. Les élites européennes sont partagées quant à la meilleure manière de procéder, et des couches de l’élite financière et politique allemande insistent fortement pour une restructuration de la dette grecque.

La dette européenne est à la fois éclipsée en termes absolus et en termes relatifs par la dette américaine envers le reste du monde. Le gouvernement américain, quant à lui, est déterminé à appliquer des coupes sociales historiques dans les programmes de santé et de la retraite, dont Medicare et Medicaid. Derrière le dos de la population américaine, les Partis démocrate et républicain sont en train d’élaborer un mécanisme précis sur la manière d’effectuer ces coupes sociales.

Les tensions croissantes entre les principaux pays du G8 ont également été révélées pour ce qui est du deuxième point principal à l’ordre du jour du G8 – la politique impérialiste en Afrique du Nord. A la fin du sommet, le président américain Barack Obama, son homologue français, Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron, ont tous exprimé leur détermination à poursuivre leur campagne irresponsable pour forcer le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, à quitter le pouvoir.

Mardi dernier, les forces de l’OTAN, dirigées par des avions de combat britanniques ont mené leur plus intensive campagne de bombardement en Libye depuis le début de la campagne de l’OTAN il y plus de deux mois. La Grande-Bretagne s’apprête à envoyer des hélicoptères d’attaque Apache, et la France a dit vouloir faire de même. Selon un article paru dans le journal The Guardian, les hélicoptères Apache sont, pour les alliés de l’OTAN, le moyen le plus efficace de tuer Kadhafi.

Toutefois, lors de déclarations faites à la fin du sommet, Obama ainsi que Cameron ont clairement fait comprendre qu’ils s’attendaient à ce que d’autres pays, dont l’Allemagne, qui s’est abstenue de soutenir la campagne de la Libye, payent l’addition de leurs aventures militaires en aidant à financer les intérêts commerciaux américains et britanniques visant à ouvrir les économies des principaux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

L’émergence d’un axe Etats-Unis/Grande-Bretagne/France comme la force majeure de la campagne de l’OTAN contre la Libye a modifié l’équilibre des forces internationales. Des commentateurs allemands ont été prompts à souligner, qu’au cours de son récent voyage en Europe, Obama n’avait délibérément pas prévu dans son calendrier l’Allemagne, principale économie du continent.

Obama avait commencé son voyage en Irlande avant de se rendre en Grande-Bretagne où il a célébré la traditionnelle « relation spéciale » existant entre les deux partenaires transatlantiques. A la suite de sa visite en France et des séances de photos avec le président français au sommet de Deauville, Obama a survolé l’Allemagne pour atteindre sa dernière escale, la Pologne, voisin oriental le plus proche de l’Allemagne.

Afin de satisfaire les intérêts de l’élite financière internationale, les principales puissances impérialistes du monde recourent de plus en plus à une politique de contre-révolution sociale dans leur pays et de guerre à l’étranger. C’est ce qui est ressorti de la dernière réunion des pays du G8. Au cours de l’application de leur programme, les principales puissances et les blocs de pouvoir entrent de plus en plus en confrontation les uns avec les autres.

Les divisions internationales qui ont causé deux guerres mondiales au siècle passé ré-émergent dans le contexte d’une intensification de la crise économique internationale. La seule alternative progressiste est l’unification de la classe ouvrière européenne, américaine et mondiale sur la base d’une perspective socialiste internationale.

Stefan Steinberg

à lire également sur le même sujet :

- La Russie et la Chine défient l’OTAN

- Chaos sur les marchés financiers

Article original : Amidst divisions, G8 meeting pledges austerity and war

Source : WSWS

Qui se soucie au Moyen-Orient de ce que dit Obama ?

Dans Géopolitique le 31 mai 2011 à 15:51

par Robert Fisk pour The Independent

Le président Obama a démontré qu’il était piteux dans ses relations avec le Moyen-Orient, et le monde arabe lui tourne le dos avec mépris. L’avenir du Moyen-Orient sera déterminé sans l’influence américaine.

Ce mois-ci, au Moyen-Orient, le Président des Etats-Unis a été déconsidéré. Qui plus est, le prestige de l’Amérique dans cette région est au plus bas depuis la rencontre en 1945 entre Roosevelt et le Roi Abdul Aziz sur l’USS Quincy, sur le Grand Lac Amer.[1]

Tandis que Barack Obama et Benjamin Netanyahou ont joué leur farce à Washington – avec Obama qui rampait, comme d’habitude – les Arabes se sont attelés aux affaires graves consistant à changer leur monde, en manifestant, en combattant et en mourant pour les libertés qu’ils n’ont jamais possédées. Obama a parlé pour ne rien dire sur le changement au Moyen-Orient – et sur le nouveau rôle de l’Amérique dans la région. C’était pathétique. « Qu’est-ce c’est que cette histoire de rôle ? » m’a demandé un ami égyptien ce week-end. « Croient-ils toujours que nous nous soucions de ce qu’ils pensent ? »

Et c’est vrai. L’échec d’Obama à soutenir les révolutions arabes, avant qu’elles ne soient toutes terminées, a fait perdre aux Etats-Unis le peu de crédit qu’il leur restait dans la région. Obama est resté silencieux sur le renversement de Ben Ali, il n’a rejoint le chœur de mépris contre Moubarak que deux jours avant sa fuite, il a condamné le régime syrien – qui a tué un plus grand nombre de ses citoyens que tout autre dynastie au cours de ce « Printemps » arabe, à l’exception de l’effrayant Kadhafi – mais en faisant bien fait savoir qu’il serait heureux de voir Assad survivre, il a agité son poing chétif face à la piteuse cruauté du Bahreïn et il reste incroyablement muet sur l’Arabie saoudite. En plus, il se met à genoux devant Israël. Faut-il alors s’étonner que les Arabes tournent le dos à l’Amérique, non pas de rage ou de colère, ni avec des menaces ou de la violence, mais avec mépris ? Ce sont les Arabes et leurs congénères musulmans du Moyen-Orient qui prennent désormais eux-mêmes les décisions.

La Turquie est furieuse contre Assad parce que ce dernier a promis à deux reprises de s’exprimer sur les réformes et les élections démocratiques – et il n’a pas respecté sa parole. Le gouvernement turc a envoyé par deux fois des délégations à Damas et, selon les Turcs, Assad a menti au ministre turc des Affaires étrangères lors de la deuxième visite, insistant sans détours sur le fait qu’il rappellerait les légions de son frère Maher et leur ferait quitter la rue des villes syriennes. Il ne l’a pas fait. Les tortionnaires continuent leur travail.

Voyant les centaines de réfugiés sortir en grand nombre de Syrie et affluer à la frontière septentrionale du Liban, le gouvernement turc a maintenant tellement peur que ne se répète la marée de kurdes irakiens, qui se sont massivement réfugiés en submergeant leur frontière à la suite de la guerre du Golfe en 1991, qu’il a élaboré un plan secret en vue d’empêcher les Kurdes de Syrie de s’installer par milliers dans les régions kurdes du sud-est de la Turquie. Les généraux turcs ont donc préparé une opération qui prévoit d’envoyer plusieurs bataillons de soldats turcs en Syrie, afin d’y établir une « zone de sécurité » pour les réfugiés syriens à l’intérieur du califat d’Assad. Les Turcs sont prêts à avancer bien au-delà de la ville frontalière syrienne d’Al Qamishli – peut-être jusqu’à mi-chemin de Deir el-Zour (le vieux champ de la mort désertique de l’Holocauste arménien de 1915, mais il ne faut pas le dire) – pour procurer un « refuge sûr » à ceux qui fuient les massacres dans les villes syriennes.

Pendant ce temps, les Qataris tentent d’empêcher l’Algérie de ravitailler Kadhafi en chars et véhicules blindés – ce fut l’une des raisons pour lesquelles l’émir du Qatar, le plus sage de tous ces oiseaux dans le golfe Persique, a rendu visite au président algérien, Abdelaziz Bouteflika, la semaine dernière. Le Qatar est engagé auprès des rebelles libyens à Benghazi : ses avions survolent la Libye et la Crète et – ce qui n’a pas été divulgué à ce jour – des officiers qataris conseillent les rebelles dans la ville de Misrata, dans l’ouest de la Libye. Mais si des blindés algériens étaient en effet remis à Kadhafi pour remplacer le matériel qui a été détruit lors des frappes aériennes, cela rendrait compte des progrès ridiculement lents de la campagne que l’OTAN mène contre Kadhafi.

Bien sûr, tout dépend du réel contrôle que Bouteflika a sur son armée – ou si le « pouvoir » algérien, qui inclut beaucoup de généraux corrompus et secrets, font l’affaire. L’équipement algérien est supérieur à celui de Kadhafi et, pour chaque char perdu, Kadhafi pourrait donc obtenir un modèle amélioré pour le remplacer. Au Sud de la Tunisie, l’Algérie et la Libye partagent une frontière de désert de 1.200 kilomètres, une voie d’accès facile pour faire transiter ces armes.

Mais les Qataris s’attirent également le venin d’Assad. La focalisation d’Al Jazeera sur l’insurrection syrienne – avec sa mise en images des morts et des blessés, qui est beaucoup plus dévastatrice que tout ce que les informations télévisées occidentales édulcorées oseraient diffuser – a conduit la télévision d’Etat syrienne à cracher tous les soirs à la face de l’Emir et de l’Etat du Qatar. Le gouvernement syrien vient de suspendre jusqu’à 5 milliards d’euros de projets d’investissements du Qatar, dont un projet de la Compagnie d’électricité et des eaux du Qatar.

Au milieu de tous ces événements énormes et épiques – le Yémen lui-même peut encore se révéler être le plus grand bain de sang de tous, tandis que le nombre de « martyrs » syriens a maintenant dépassé les victimes des escadrons de la mort de Moubarak il y a cinq mois – est-il surprenant, alors, que la comédie de MM. Netanyahu et Obama semble à ce point hors de propos ? En effet, la politique d’Obama vis-à-vis du Proche-Orient – quelle qu’elle soit – semble parfois si confuse qu’elle est à peine digne d’être étudiée. Bien sûr, le président américain soutient la démocratie – pour admettre ensuite que cela pourrait entrer en conflit avec les intérêts américains. Dans cette merveilleuse démocratie appelée Arabie saoudite, les États-Unis sont maintenant en train de persévérer avec un contrat d’armement de 50 milliards d’euros et aident les Saoudiens à développer une nouvelle force d’ « élite » pour protéger le pétrole et les futurs sites nucléaires du royaume. D’où la peur d’Obama d’énerver l’Arabie Saoudite, dont deux des trois frères à sa tête sont désormais si invalides qu’ils ne peuvent plus prendre de décisions sensées – malheureusement, il se trouve que l’un des deux est le roi Abdallâh – et qu’ils on la volonté de permettre au régime enclin aux atrocités de la famille Assad de survivre. Bien sûr, les Israéliens préféreraient de loin que la « stabilité » de la dictature syrienne se poursuive : vous savez, mieux vaut le sombre califat que les islamistes haineux qui pourraient émerger des ruines. Mais cet argument est-il vraiment assez bon pour qu’Obama le soutienne, lorsque le peuple syrien meurt dans les rues pour le genre de démocratie que le président américain affirme qu’il veut voir dans la région ?

L’un des éléments les plus futiles de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient est l’idée fondamentale que les Arabes sont en quelque sorte plus stupides que le reste d’entre nous (certainement plus que les Israéliens), qu’ils sont plus déconnectés de la réalité que l’Occident et qu’ils ne comprennent même pas leur propre histoire. Ainsi, ils doivent être sermonnés, réprimandés et cajolés par La Clinton et ses semblables – autant que leurs dictateurs l’ont fait et continuent de le faire, des figures paternelles guidant leurs enfants dans la vie. Mais les Arabes sont beaucoup plus lettrés que ceux de la précédente génération : des millions d’entre eux parlent parfaitement l’anglais et comprennent trop bien la faiblesse politique et le manque de pertinence dans les paroles du président américain. En écoutant le discours de 45 minutes qu’Obama a prononcé ce mois-ci – le « coup d’envoi » de quatre jours entiers de mots ambigus et de poudre aux yeux par l’homme qui a tenté de tendre la main au monde musulman au Caire il y a deux ans, puis qui n’a rien fait – on aurait pu penser que le président américain était à l’origine de la révolte arabe, alors qu’il est resté assis sur le banc de touche, apeuré.

Un effondrement linguistique intéressant s’est produit dans le langage du président au cours de ces quatre jours décisifs. Le jeudi 19 mai, il a évoqué la poursuite de la construction des « implantations » israéliennes. Le lendemain, Netanyahou l’a sermonné sur « certains changements démographiques qui ont eu lieu sur le terrain ». Puis, quand Obama s’est adressé, dimanche, au lobby américain AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), il avait lâchement adopté la propre expression grotesque de Netanyahou. Maintenant, lui aussi parle de « nouvelles réalités démographiques sur le terrain ». Qui pourrait croire qu’il parlait des colonies juives, internationalement reconnues comme illégales, construites sur des terres volées aux Arabes lors de l’un des plus gros hold-up dans l’histoire de la « Palestine » ? Le retard dans l’instauration de la paix sapera la sécurité d’Israël, a annoncé Obama – apparemment pas au courant que le projet de Netanyahou consiste à retarder et retarder et retarder jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de terre pour un Etat palestinien « viable », que les États-Unis et l’Union européenne souhaiteraient soi-disant voir.

Puis nous avons eu droit à un verbiage sans fin sur les frontières de 1967. Netanyahou dit qu’elles sont « indéfendables » (même si elles semblent avoir été assez défendables pendant les 18 années qui ont précédé la Guerre des Six Jours), puis Obama – oublieux du fait qu’Israël doit être le seul pays au monde à avoir une frontière terrestre orientale mais ne sait pas où elle se trouve – a dit qu’il a été mal compris quand il a parlé de 1967. Ce qu’il dit n’a pas d’importance. George W Bush a cédé, il y a des années, quand il a remis à Ariel Sharon une lettre déclarant que l’Amérique acceptait les « grands centres de population israéliens déjà existants » au-delà des frontières de 1967. Pour ces Arabes prêts à écouter la harangue molle d’Obama, ce fut une courbette de trop. Ils ne pouvaient tout simplement pas comprendre cette réaction au discours que Netanyahou à prononcé devant le Congrès US. Comment les politiciens américains ont-ils pu se lever et applaudir Netanyahou 55 fois – je dis bien 55 fois – avec plus d’enthousiasme que les parlements en chewing-gum d’Assad, de Saleh et des autres ?

Et qu’est-ce que le Grand Orateur a voulu dire lorsqu’il a déclaré que « chaque pays a le droit de se défendre », mais que la Palestine serait « démilitarisée » ? Ce qu’il voulait dire était qu’Israël continuerait d’attaquer les Palestiniens (comme en 2009, par exemple, quand Obama est resté traîtreusement silencieux), tandis que les Palestiniens devraient encaisser ce qui leur arriverait s’ils ne se comportent pas selon les règles – car ils n’auraient pas d’armes pour se défendre. Quant à Netanyahou, les Palestiniens doivent choisir entre l’unité avec le Hamas ou la paix avec Israël. Tout cela était très étrange. Quand il n’y avait pas d’unité, Netanyahou nous disait à tous qu’il n’y avait pas d’interlocuteur palestinien parce que les Palestiniens étaient désunis. Pourtant, quand ils s’unissent, ils sont disqualifiés des pourparlers de paix.

Bien entendu, plus longtemps vous vivez au Moyen-Orient plus le cynisme y est grand. Je me souviens, par exemple, d’un voyage que j’ai effectué à Gaza au début des années 80, alors que Yasser Arafat dirigeait son petit Etat de l’OLP à Beyrouth. Soucieux de détruire le prestige d’Arafat dans les territoires occupés, le gouvernement israélien décida d’apporter son soutien à un groupe islamiste à Gaza qui s’appelait le Hamas. En fait, j’ai vu de mes propres yeux le chef du Commandement-Sud de l’armée israélienne négocier avec les responsables barbus du Hamas, en leur donnant la permission de construire plus de mosquées. Il est juste de dire, bien sûr, que nous étions également occupés ailleurs à l’époque, en encourageant un certain Oussama Ben Laden pour combattre l’armée soviétique en Afghanistan. Mais les Israéliens n’ont pas renoncé au Hamas. Ils ont ensuite tenu une autre réunion avec cette organisation en Cisjordanie : cette histoire fit la une du Jerusalem Post, le lendemain. Mais il n’y a pas eu le moindre reproche de la part des Américains.

Puis il y a cet autre moment dont je me rappelle au cours de ces longues années. Les membres du Hamas et du Djihad islamique – tous palestiniens – ont été, au début des années 90, jetés de l’autre côté de la frontière israélienne dans le sud du Liban, où ils ont passé plus d’un an à camper sur le versant glacé d’une montagne. Je leur ai rendu visite de temps en temps et, à une occasion, j’ai mentionné que je me rendrai le lendemain en Israël. Immédiatement, l’un des hommes du Hamas a couru jusqu’à sa tente et est revenu avec un carnet. Il m’a donné les numéros de téléphone de trois hauts responsables politiques israéliens – dont deux sont toujours aujourd’hui en place – et, quand je suis arrivé à Jérusalem, j’ai appelé ces numéros qui se sont tous avérés corrects. En d’autres termes, le gouvernement israélien avait été en contact personnel et direct avec le Hamas.

A présent, le récit a été complètement déformé. Le Hamas sont les super-terroristes, les représentants d’ « al-Qaïda » dans la direction palestinienne unifiée, les hommes du mal qui feront en sorte que la paix n’aura jamais lieu entre les Palestiniens et les Israéliens. Si seulement c’était vrai, le véritable al-Qaïda serait plus qu’heureux d’en endosser la responsabilité. Mais ce n’est pas vrai. Dans le même contexte, Obama a déclaré que les Palestiniens auraient à répondre aux questions sur le Hamas. Mais pourquoi le devraient-ils ? Qu’est-ce Obama et Netanyahou pensent à propos du Hamas, qui serait désormais sans intérêt pour eux. Obama met en garde les Palestiniens de ne pas demander un Etat à l’ONU en septembre prochain. Mais pourquoi pas, grands dieux ? Si les peuples d’Egypte, de Tunisie, du Yémen, de Libye et de Syrie – nous attendons tous la prochaine révolution (La Jordanie ? Encore le Bahreïn ? Le Maroc ?) – peuvent se battre pour la liberté et la dignité, pourquoi les Palestiniens ne le pourraient-ils pas ? Sermonnés pendant des décennies sur la nécessité que la protestation soit non-violente, les Palestiniens choisissent de s’adresser à l’ONU avec leur appel à la légitimité – seulement pour être rembarrés par Obama.

Après avoir lu tous les « Palestine Papers » qu’Al-Jazeera a révélés, il ne fait aucun doute que les négociateurs officiels de la « Palestine » feront tout pour produire une sorte de mini-État. Mahmoud Abbas, qui a réussi à écrire un livre de 600 pages sur le « processus de paix » sans mentionner une seule fois le mot « occupation », pourrait même s’infléchir sur le projet onusien, craignant l’avertissement d’Obama que ce serait une tentative d’ « isoler » Israël et donc de délégitimer l’Etat d’Israël – ou « l’État juif », comme le président américain l’appelle maintenant. Mais Netanyahou fait plus que quiconque pour délégitimer son propre Etat : en effet, il ressemble de plus en plus à ces bouffons arabes qui ont jusqu’à présent jonché le Moyen-Orient. Moubarak a vu une « main étrangère » dans la révolution égyptienne (l’Iran, bien sûr). Pareil pour le Prince héritier du Bahreïn (l’Iran de nouveau). Tout comme Kadhafi (al-Qaïda, l’impérialisme occidental, choisissez), et aussi Saleh du Yémen (al-Qaïda, le Mossad et l’Amérique). Et également Assad de la Syrie (l’islamisme, probablement le Mossad, etc.). Et tout comme Netanyahou (l’Iran, assez naturellement, la Syrie, le Liban, à peu près n’importe qui auquel l’on peut penser, à l’exception d’Israël lui-même).

Mais tandis que ces absurdités se poursuivent, les plaques tectoniques ont des soubresauts. Je doute beaucoup que les Palestiniens restent silencieux. S’il y a une « intifada » en Syrie, pourquoi pas une troisième Intifada en « Palestine » ? Pas une lutte de kamikazes mais des protestations massives regroupant des millions de personnes. Si les Israéliens sont obligés d’abattre les quelques centaines de manifestants qui ont tenté – et réussi dans certains cas – à traverser la frontière israélienne il y a près de deux semaines, que feront-ils lorsqu’ils se retrouveront face à des milliers ou des millions. Obama dit qu’aucun Etat palestinien ne doit être déclaré à l’ONU. Mais pourquoi pas ? Qui se soucie au Moyen-Orient de ce que dit Obama ? Pas même, semble-t-il, les Israéliens. Le Printemps arabe deviendra bientôt un été chaud et il y aura un automne arabe aussi. Mais alors, le Moyen-Orient aura peut-être changé à tout jamais. Ce que dit l’Amérique n’a aucune importance.

Robert Fisk

Note

[1] : Le Grand Lac Amer est un lac d’eau salée situé entre les parties nord et sud du Canal de Suez, en Égypte.

à lire également sur le même sujet :

- La fin des Etats-Unis

- Le monde est-il trop grand pour échouer ?

- Le Yémen plonge-t-il dans la guerre tribale ?

- Décoder le casse-tête d’Obama au Bahreïn

- Arabie Saoudite : une nécessaire redéfinition du partenariat avec Washington ?

- L’échiquier syrien

- La guerre éclatera-t-elle cet été au Moyen-Orient ?

Article original : Who cares in the Middle East what Obama says ?

Traduction : JFG

Le Yémen plonge-t-il dans la guerre tribale ?

Dans Géopolitique le 31 mai 2011 à 14:44

par Abou Anaïs pour Les Rivages des Syrtes

Le 22 mai, pour la troisième fois, le chef de l’Etat yéménite Ali Abdallah Saleh, menacé par un mouvement de contestation populaire déclenché au mois de février, a failli à sa promesse de signer  le plan de sortie de crise proposé par les Etats membres du Conseil de Coopération des Etats Arabes du Golfe (CCEAG) prévoyant sa démission et la formation dans les 30 jours d’un nouveau gouvernement.

Le 22 mai est la date de commémoration de la réunification des deux Yémen, réalisée entre le Nord et le Sud en 1990 ; le 22 mai 2011 marque le franchissement d’une étape décisive pour l’avenir du régime de Saleh. Coutumier de la pratique : promettre puis se rétracter, le président Saleh ne semble pas, cette fois ci,  avoir pris l’exacte mesure de la crise.

Le 23 mai, la crise s’intensifiait brutalement conduisant à de violents affrontements entre des milices tribales et les forces de sécurité dans le quartier d’al-Hasaba dans le nord de Sana’a :

le complexe résidentiel de Sadiq al-Ahmar (photo ci-dessus), chef de la confédération tribale des Hashed, rallié à la contestation en mars, était la cible de tirs de missiles et de mortiers au moment même où s’y tenait une ultime tentative de médiation conduite par des chefs de tribus et  des représentants du président Saleh dépêchés auprès du cheikh al-Ahmar. Le chef de la médiation, le général Ghalib al-Ghamish, chef des services de renseignement (Office de Sécurité Politique), blessé par des tirs, a désormais rejoint l’opposition ; de nombreux cheikhs, également mandatés par Saleh, ont été tués ou blessés par les forces de sécurité loyales au président.

Les combats qui se sont rapidement propagés dans et hors de la capitale ont provoqué depuis cet événement la mort de centaines de personnes et se sont traduits par l’occupation de bâtiments officiels par les milices tribales, notamment le ministère de l’Intérieur et la radio d’état.

Ainsi, sur le mouvement de contestation populaire porté par la jeunesse et une coalition de partis d’opposition, revendiquant un caractère pacifique, se greffe désormais une lutte armée entre les élites au sein de l’appareil d’Etat mettant aux prises le clan présidentiel et la deuxième famille la plus puissante du Yémen, celle des al-Ahmar, longtemps alliée à Saleh, devenue plus distante mais surtout forte de l’appui de nombreuses tribus.

S’ils en furent accusés par le clan présidentiel, les membres de la famille al-Ahmar n’ont pas joué de rôle décisif dans le lancement de la contestation en janvier ; les al-Ahmar, ont saisi le moment opportun pour s’y rallier et solder une rivalité croissante avec le chef de l’Etat et son entourage.

Sadiq al-Ahmar, cible de l’attaque du 23 mai, est le cheikh suprême (cheikh al-macheikh) de la confédération des Hashed depuis la mort, en décembre 2007, de son père ‘Abdallah bin Hussein al-Ahmar. Cheikh ‘Abdallah cumulait les fonctions de chef de la confédération tribale, de président du Parlement, de chef et fondateur du parti islamiste d’opposition al-Islah (« La Réforme »). Proche des intérêts saoudiens,  il avait réussi tout au long de sa carrière politique à façonner un modus vivendi efficace avec le président Saleh et le parti au pouvoir, le Congrès Populaire Général (CPG), au point d’apparaître comme un des soutiens les plus nécessaires au maintien au pouvoir de Saleh.

Le pacte conclu entre le président et le chef d’une opposition qui n’en avait plus que l’apparence a  été progressivement rompu par ses 10 fils face à l’imminence d’une succession présidentielle au sein de la famille Saleh, au profit d’Ahmed ‘Ali ‘Abdallah Saleh, fils aîné du chef de l’Etat. Depuis la rupture, le président Saleh, issu de la tribu des Sanhan, membre de la confédération des Hashed, qualifie désormais les 10 frères  du qualificatif des « les al-Ahmar », leur déniant toute individualité et méprisant leur capacité à dépasser le seul statut de fils de leur père. Depuis le 26 mai 2011, ils font l’objet d’un mandat d’arrêt au chef de rébellion armée contre l’Etat.

Sadiq al-Ahmar, chef de la confédération tribale la plus puissante du Yémen, était jusqu’en mars 2011, député élu au sein du parti présidentiel et porte-parole du Parlement. Il est sans doute le dernier des frères à avoir rejoint le mouvement contestataire ; il est aujourd’hui l’un de ses chefs.

Un de ses frères, Hamid, homme d’affaires multimillionnaire, avait longtemps été pressenti par leur père pour prendre la tête de la famille ; avant de mourir le cheikh ‘Abdallah en avait décidé autrement.  Privé de la fonction prestigieuse de chef de la confédération, Hamid a développé ses affaires (téléphonie, banque, médias…), s’est impliqué au sein du parti d’opposition al-Islah dont il est député depuis 1993 avant de déclarer dès 2006, lors de l’élection présidentielle, son opposition à Saleh et son souhait de le voir destitué. Hamid n’a jusqu’ici été impliqué dans le mouvement de contestation à Saleh qu’au titre de financier.

Hussein al-Ahmar, ancien membre du parti au pouvoir, est désormais responsable de la mobilisation et de la préparation opérationnelle des tribus du gouvernorat d’Amran, fief de sa famille et bastion des Hashed, situé au nord de la capitale. Grâce à l’appui des tribus locales, Hussein est désormais maître du gouvernorat.

Désormais engagés dans une lute armée, les al-Ahmar savent pouvoir compter sur l’appui de milices tribales mais ils ne peuvent se prévaloir du soutien obligé des initiateurs du mouvement de protestation.

Certains d’entre eux sont attachés au maintien du caractère pacifique de la lutte contre le régime et peu désireux de se voir confisquer leur « révolution »; les autres seront plus faciles à convaincre puisqu’ils sont proches ou appartiennent au parti  al-Islah. Les premiers seront difficilement persuadés qu’une prise de pouvoir au profit des al-Ahmar puisse se solder par la fin du système clientéliste et tribal.

Une composante discrète d’al-Islah, forcément engagée dans la contestation mais jusqu’ici occultée par les éléments les plus radicaux du parti, devrait gagner en visibilité et se mettre en avant : les Frères Musulmans (« canal historique » pour les distinguer des Frères plus connus qui sont proches du salafisme) que ne manqueront pas d’inspirer leurs homologues égyptiens et d’aider les financements offerts par Hamid al-Ahmar.

La délicatesse du président Saleh, ordonnant aux forces de sécurité de tirer sur des chefs tribaux engagés dans une médiation dont il aurait pu tirer profit, n’a pas eu les effets escomptés par ce stratège brutal en fin de parcours,  jusqu’ici accoutumé à provoquer avec succès des divisions entre tribus, puisque désormais des tribus indécises ou spectatrices sont déterminées à prendre les armes : Hashed, Bakil, Mur’ad, Yafi‘…

Deuxième famille en importance au sein des Hashed, la famille Abou Shouwarib qui tire son prestige de l’aura de son ancien chef, aujourd’hui décédé, Mujahid Abou Shouwarib s’est rallié aux al-Ahmar ; son chef a été blessé lors de l’attaque du 22 mai. L’autre confédération la plus importante du Yémen, celle des Bakil, moins puissante mais numériquement plus importante, s’est également ralliée en la personne de son chef cheikh Najial-Shayif ; ralliement également d’une de ses grandes familles, les Abou Louhoum, dont un des chefs a été tué.

L’assaut donné contre la résidence de Sadiq al-Ahmar a provoqué la mort d’une dizaine de chefs de tribus : Mohammed bin Mohammed Abou Louhoum, Naji Ahmed al-Tahefi, ‘Abdallah Mabkhout al-Darhani, Sadiq Qa’aban, Mouqbil Hassan Garoun… blessé les autres, provoquant l’appel à la vengeance de leurs tribus respectives. Des tribus jusqu’ici, certes opposées au maintien au pouvoir de Saleh, sans être véritablement impliquées aux côtés des al-Ahmar sont désormais précipitées dans la bataille, appellent à la désertion de leurs membres dans les forces de sécurité ou l’armée, déclarent légitime l’assassinat du président Saleh pour venger leurs morts.

Autre acteur essentiel de la rébellion, le général « déserteur » ‘Ali Mohsen Saleh al-Ahmar, demi-frère du chef de l’Etat ou pour le moins apparenté à lui, mais par contre sans lien de parenté avec la famille al-Ahmar, est le maitre d’une force de frappe militaire dont le rôle sera déterminant : la 1ère division blindée (mieux connue sous la dénomination al-firqah, « la division »). Après avoir fait défection, en mars,  avec de nombreux officiers généraux, ‘Ali Mohsen ne semble pour l’heure pas avoir engagé ses troupes dans les combats, se contentant de protéger les contestataires dans la capitale. Néanmoins, il ne pourra qu’intervenir si ses troupes venaient à être la cible des tirs des unités demeurés fidèles au régime ou pour protéger les membres de sa tribu qui ne manqueront pas de quitter leur fief de Khamir (‘Amran) pour rejoindre Sana’a.

Son rôle politique sera plus difficile à cerner : honni par la population ; ancien bras séculier du régime ; chiite zaïdite de naissance devenu sunnite radical, proche des Frères Musulmans et des salafistes ; homme d’affaires corrompu (trafic de carburant…) ; un pédigrée qui rendra difficile l’illusion d’un changement de régime.

De son côté, le président Saleh peut compter sur l’appui de son entourage familial proche et d’une partie de la tribu des Sanhan  qui ont  noyauté de nombreuses structures de l’appareil de sécurité et de défense :

  • Ahmad ‘Ali ‘Abdallah Saleh, son fils, chef de la Garde républicaine (garde prétorienne de 12 000 hommes) et commandant des forces spéciales (3 000 hommes rattachés au ministère de la défense) ; fils aîné jusqu’ici pressenti pour lui succéder à la tête de l’Etat ;
  • Tareq Mohammed ‘Abdallah Saleh, neveu du président, chef de la sécurité présidentielle ;
  • Yahya Mohammed ‘Abdallah Saleh, neveu du chef de l’Etat, chef des forces de la sécurité centrale (ministère de l’intérieur), bureau de la sécurité nationale chargé de la lutte antiterroriste ;
  • Mohammed Saleh al-Ahmar, demi-frère du président, chef d’état-major des  forces aériennes.

Depuis quelques jours, les unités de la Garde Républicaine et les avions de chasse de l’armée de l’air constituent le fer de lance de la contre-offensive lancée par le régime contre les tribus. Leur allégeance au pouvoir central n’a néanmoins rien d’indéfectible, l’exemple d’Ali Mohsen en témoigne ; le 26 mai un commandant important de la Garde Républicaine, unité la plus dévouée au régime, a appelé à la désertion ; l’appel des chefs tribaux devrait accélérer le mouvement. Les premières victoires tactiques de la rébellion ne manqueront pas non plus de provoquer des défections ; le 27 mai, les rebelles se sont emparées de la base de la 26ème brigade de la Garde Républicaine au nord de Sana’a…

Désormais confronté à une singulière conjonction de mouvements d’opposition tous déterminés à le faire chuter : mouvement de contestation civile, opposition politique constituée, tribus, rebelles houthistes au Nord du pays, sécessionnistes au Sud, rebelles des forces armées ; le maréchal-président Saleh compte ses jours à la tête du pays et réussit lui aussi une singulière conjonction : « Ils me haïssent et ne me craignent plus ». (Ali Abdallah Saleh selon Cicéron – De Officiis).

Abou Anaïs

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Source : Les Rivages des Syrtes

Webster G. Tarpley : La prochaine décennie (vidéo)

Dans Analyse, Géoéconomie, Géopolitique le 30 mai 2011 à 17:36

Au 1er janvier 2011, la population mondiale était estimée à 6,7 milliards de personnes. Selon les dernières projections du Bureau de la Population des Nations Unies, elle pourrait atteindre 10 milliards d’ici 2100. Dès 2050, elle devrait passer le cap des 9,3 milliards. A ce jour, 42 % de la population mondiale vit au sein de pays à faible fertilité (Canada, Europe de l’Ouest, Russie, Chine, Australie) contre 40 % qui vit dans des pays à moyenne fertilité (Argentine, Etats-Unis, Algérie, Inde) et 18 % dans des pays à forte fertilité. D’ici 2100, ces taux devraient s’inverser : la population vivant dans les pays à forte fertilité devrait plus que tripler et passer de 1,2 milliard à 4,2 milliards de personnes ! Dans le même temps, la population vivant dans des pays à faible fertilité déclinera d’environ 20 % et passera de 2,9 à 2,4 milliards d’habitants.

Bref, de la réduction de la population mondiale (eugénisme, malthusianisme) à l’émergence d’une monnaie mondiale (DTS, Bancor) en passant par l’Iran, Webster G. Tarpley nous dresse un tableau des “problèmes” actuels relevant de l’effondrement du Système (ou de la grave crise de civilisation occidentale) et qui influenceront les politiques nationales et internationales de la prochaine décennie.

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L’avenir de l’Eurasie se joue en mer de Chine

Dans Analyse, Géoéconomie, Géopolitique, Géostratégie le 30 mai 2011 à 15:32

par Jure Georges Vujic pour Realpolitik.tv

Comme l’a si bien déclaré Zbigniew Brzezinski, l’Eurasie est le pivot mondial du supercontinent. La puissance qui dans les prochaines décennies exercera sur cette masse continentale l’hegemon, exercera corrélativement une grande influence sur les peuples et les deux zones économiques les plus riches et les plus productives du monde : l’Europe occidentale et l’Asie du Sud-Est.

D’autre part, compte tenu de la proximité géographique de l’Eurasie, la puissance hégémonique en Eurasie exercera de même une grande influence sur l’Afrique et le Moyen-Orient. La Chine et l’Inde en tant que puissances émergentes, la renaissance impériale de la Russie en tant qu’hegemon régional, l’émergence du Japon et de la Corée du Sud dans le jeu des grandes puissances, laissent présager un éventuel nouveau partage des cartes géopolitiques dans la région. L’Europe Occidentale, avec sa stratégie de défense et sa PESCPolitique étrangère et de sécurité commune », ndlr) malgré sa dépendance vis-à-vis des mots d’ordre atlantistes de Washington, semble néanmoins consciente de l’enjeu géopolitique eurasiatique.

C’est dans cette optique que l’UE entend promouvoir, dans la région et les pays de Union, davantage de multilatéralisme effectif, afin d’éviter un cloisonnement de cette région et son isolement par la politique européenne du voisinage et la toute nouvelle Union méditerranéenne. Les intérêts géo-économiques et financiers de l’Union dans la région, les enjeux de la globalisation sont trop grands pour que l’Europe soit marginalisée par le jeu des grandes puissances en Eurasie. En suivant les thèses bien connues de Mackinder à propos du heartland, il est aujourd’hui davantage plus clair que les États-Unis et les autres puissances régionales atlantistes entendent parfaire la bien connue stratégie de défense du neo-containment (« endiguement », ndlr) par un contrôle accru des mers et de la zone littorale qui s’étend de Suez à Shanghai, et notamment à cause de l’émergence de nouveaux acteurs régionaux d’envergure comme le Japon, la Chine, et l’Inde. C’est dans cette perspective que Bill Émmot l’éditoraliste de The Economist affirme que les nouveaux pouvoirs eurasiatiques renforcent leurs pouvoirs maritimes sous la forme d’installations militaires localisées, pour les mettre au service de la protection de leurs intérêts économiques, la défense de leurs routes stratégiques et afin élargir leurs zones d’influence.

La stratégie américaine d’encerclement de la Chine

Depuis des décennies et surtout depuis la Guerre Froide, les États-Unis se posent en pouvoir dominant sur le littoral asiatique méridional. Afin d’améliorer son dispositif hégémonique dans la région et de décourager toute puissance montante continentale en Asie Centrale, le système de sécurité maritime américain repose actuellement sur des régions sécuritaires dites pivots : d’une part le Canal de Panama qui relie l’Atlantique et le Pacifique, deuxièmement les lily pads (« nénuphars », ndlr) qui relient les installations militaires maritimes de San Diego à Hawaï jusqu’à Guam, et de Guam au Japon et la Corée du Sud, et enfin troisièmement, la grande barrière qui s’étend le long du littoral du sud-est asiatique. Grâce à cette barrière maritime qui s’étend du nord de Bornéo en passant par Singapour, les États Unis sont assurés d’une présence géostratégique en Asie du Sud-Est.

Le système de sécurité maritime américain comprend deux têtes de ponts stratégiques : Taïwan et le Japon. Les États Unis ont conclu en octobre 2008 un contrat avec Taïwan pour la vente de missiles intercepteurs et d’hélicoptères Apache pour 4.4 milliards d’euro. En chien de garde de la grande barrière sécuritaire maritime, Taïwan a mis la Chine dans une position défensive. Le second pilier du dispositif défensif américain est le Japon qui abrite la plus importante base navale de l’American Seventh Fleeth et possède une armée efficace. La modernisation militaire de la Chine et la montée en puissance maritime de la Corée du Sud ont forcé les cercles militaires et stratégiques japonais à repenser leur doctrine militaire. C’est ainsi que le vice-amiral Hideaki Kaneda à la tête de la force japonaise maritime d’autodéfense explique, en affirmant que la Chine a changé de style de défense maritime vers un sea-power plus agressif, ce qui a poussé le Japon à reformuler sa stratégie maritime nationale. L’armée japonaise vient de se doter d’armements sophistiqués, de destroyers portes-hélicoptères Hyuga qui accroissent les capacités opérationnelles maritimes.

Tokyo utilise le JMSDF (Force japonaise maritime d’autodéfense) en support aux opérations en Afghanistan et en Irak. D’autre part, le Japon a acquis une nouvelle force de frappe avec le développement de la garde côtière qui est engagée dans la diplomatie maritime avec leurs partenaires dans l’Asie du Sud-Est. La Corée du Sud, allié stratégique des États Unis dans la grande barrière maritime, vient de construire des bases navales maritimes tout près de la Chine et du Japon. La Corée du Sud, qui a le plus grand budget militaire dans le monde en proportion de son PIB, vient de réorganiser et de moderniser son armée avec la mise sur pied de trois escadrons mobiles stratégiques qui seront opérationnels en 2020 et qui seront constitués de bâtiments équipés du système de combat AEGIS. Paul Kennedy dans « The Rise and Fall of the Great Powers » (« Naissance et déclin des grandes puissances », ndlr) a déclaré que le Japon et la Corée du Sud se doteront d’un certain degré d’autonomie face à leur allié états-unien, mais continueront d’occuper une place prépondérante dans le dispositif de défense américain de la grande barrière maritime.

La stratégie chinoise du collier de perles

La Chine constitue une menace géopolitique certaine pour le Japon et la Corée du Sud. Sa croissance économique a doublé depuis 1990 ; afin de soutenir cette croissance vertigineuse Pékin devra augmenter sa consommation de pétrole de 150% d’ici 2020. Actuellement plus de 6000 navires chinois naviguent dans l’Océan Indien pour approvisionner leur pays en pétrole. Il va de soit que d’ici 2025, la Chine devra importer de considérables ressources énergétiques du Moyen-Orient et de l’Afrique. Les géostratégies maritimes américaine et japonaise buttent uniquement sur la voie maritime chinoise, laquelle passe par la Mer de Chine avec ses ramifications le long du Détroit de Malacca. 80% des transports maritimes pétroliers empruntent cette artère stratégique. Afin d’assurer la sécurité de ses routes maritimes d’approvisionnement énergétique, la Chine devra contourner les États-Unis et le Japon à l’Est. La Russie concentre sa puissance maritime au Nord, alors que l’Inde contrôle le flanc maritime Sud de l’Océan Indien. En conséquence, la Chine devra renforcer son indépendance et la puissance de son pouvoir naval militaire, en particulier dans l’Océan Indien. La stratégie maritime chinoise est double : d’une part, elle doit contenir la présence américaine dans le détroit de Taïwan, d’autre part, à l’avenir, elle devra assurer sa poussée maritime vers l’Océan Indien en encerclant l’Inde.

C’est dans le cadre de cette nouvelle stratégie maritime que la Chine vient de s’équiper de sous-marins russes de la classe Kilo. La deuxième composante du programme de modernisation navale chinois et d’encerclement stratégique de l’Inde est constituée de ce que l’on appelle le collier de perles maritime (« collier = réseau » et « perles = bases », ndlr). Ce collier maritime relie l’installation navale chinosie de Sanya dans le sud avec l’île de Hainan, et d’autre part avec le Moyen-Orient. D’autres colliers maritimes secondaires s’étendent vers le Sri Lanka et dans les Maldives, reliant la baie de Bengale avec Gwadar dans la Mer d’Arabie et complétant le triangle stratégique autour de l’Inde. La Chine redoute actuellement que les États-Unis et leurs alliés encerclent la Chine et l’espace maritime privilégié chinois, et c’est pourquoi les thèses d’Alfred Mahan à propos de la nécessité de la sécurisation des routes de transports sont actuellement très en vogue dans les milieux stratégiques militaires chinois. Les perles (étapes) du collier chinois, du Pakistan à Bornéo, vont devenir des couloirs stratégiques dans le littoral qui relie l’Afrique au Moyen-Orient. Afin de diversifier ses routes d’approvisionnement et d’éviter des goulots d’étranglements dans le dispositif du collier de perles, les ressources énergétiques pourront être acheminées par Sittwe et Gwadar, par route et voie ferrée le long de la frontière chinoise avec la Birmanie et le Pakistan en pénétrant dans les provinces chinoises de Yunnan ou le Xingjiang. Lorsque la géostratégie chinoise sera consolidée dans l’Océan Indien, le futur collier de perles pourra s’ouvrir aux Seychelles en étendant la poussée stratégique chinoise vers l’Afrique. Ce n’est pas un hasard si Pékin a annoncé en décembre 2008 la volonté de construire une base aérienne, afin de de sécuriser son collier de perles et de consolider la présence stratégique maritime chinosie dans l’Océan Indien.

Le contre-encerclement de l’Inde et le projet indo-atlantiste

Comme la Chine, l’Inde est extrêmement dépendante des routes maritimes commerciales. 77% des importations indiennes de pétrole proviennent du Moyen-Orient et de l’Afrique. Le brigadier Arun Sahgal, directeur de l’Institut indien United Service Institution de New Delhi, qualifie la politique géopolitique chinoise de stratégie d’encerclement. En effet, le Nord de l’Inde est directement voisin de la Chine ; à l’Ouest le rival régional pakistanais, avec lequel la Chine développe ses relations, à l’Est le Bengladesh pro-chinois et la junte birmane, alors qu’au Sud se trouve le collier de perles chinois qui entoure l’Inde tel un serpent maritime géostratégique. Pour certains géopoliticiens et stratèges indiens et américains, une grande coalition des États côtiers et insulaires permettrait d’opérer un contre-encerclement de la Chine. Cette stratégie indo-américaine permettrait d’assurer un contre-encerclement par une ceinture géostratégique autour des rimlands (« terres côtières », ndlr) asiatiques : l’Inde au Sud-Ouest de la Chine, la Corée du Sud au Nord-Est, le Japon et Taïwan à l’Est, et les Philippines et Guam au Sud-Est, ce qui obligerait la Chine à adopter une posture géostratégique défensive. Cette stratégie indo-américaine pourrait menacer à long terme la construction d’une alliance eurasienne stratégique maritime et continentale.

L’Inde anticipe de même la menace d’un renforcement des relations entre le Pakistan et la Chine, et a entamé une pénétration géostratégique en Asie Centrale : en 2006, New Delhi a étendu son influence dans cette région de l’Eurasie en ouvrant un premier aéroport militaire indien dans cette région, au Tadjikistan, un pays qui borde le Pakistan au Nord et la Chine à l’Ouest, et qui offre à l’Inde un pont avancé dans la région. L’Inde renforce son potentiel militaire naval et a construit une nouvelle installation maritime militaire stratégique à Karwar au Sud-Ouest de la côte indienne, ainsi qu ‘une nouvelle base aéronavale à Uchipuli dans le Sud-Est, et un poste d’observation à Madagascar lui permettant de concentrer son commandement naval dans les îles d’Andaman. L’Inde a pris place dans la profondeur de la Mer de Chine du Sud, en pénétrant dans la baie vietnamienne de Cam Ranh, laquelle lui ouvre la voie à une combinaison géostratégique navale et aérienne permettant de projeter sa force de frappe dans la Mer d’Arabie, le Golfe de Bengale, le long de l’Océan Indien et la partie Ouest du Pacifique. Consciente de ces menaces d’encerclement et de contre-encerclement de la profondeur eurasiatique continentale sur les franges maritimes du continent européen et asiatique, la Russie se livre à un redéploiement de sa stratégie militaire eurasiste le long du littoral eurasien et africain, qu’illustre la décision d’ouvrir des bases militaires navales en Syrie, en Libye et au Yémen. Ces décisions sont accompagnées d’un vaste programme de modernisation navale, par des projets de construction d’avions de combats de nouvelle génération et un renforcement des capacités technologiques et logistiques.

Tribulations géopolitiques dans la zone côtière eurasiatique

Il est désormais évident que les stratégies d’encerclement et de contre-encerclement américaines, japonaises, sud-coréennes, chinoises, indiennes et russes se concentrent sur la zone côtière eurasienne, en tant que zone géopolitique pivot pour le contrôle de l’hinterland (« arrière-pays », ndlr), la profondeur stratégique de la masse continentale eurasienne. Dans cet ensemble géopolitique émergeant, la ceinture littorale eurasienne passe par des axes géostratégiques composés par le canal de Suez et Shanghai, car ces axes séparent des pouvoirs émergents eurasistes : la Chine, le Japon et la Corée du Sud à l’Est, l’Inde au Sud, la Russie au Nord, alors que l’UE se situe à l’extrême Ouest, et les Etats-Unis sont présents dans la région par la présence de bases navales. La revue stratégique de Défense française en 2008 annonçait déjà que le centre de gravité stratégique global glissait vers l’Asie. Dans le cadre d’une reconfiguration multipolaire du monde, au XXIème siècle, la zone Suez-Shanghai jouera le rôle géostratégique de gateway (« passerelle », ndlr) entre les divers pouvoirs continentaux et maritimes de l’Eurasie.

Le jeu sino-américain et la stratégie du linkage en Mer de Chine

Point de passage entre la Mer de Chine, l’Asie du Sud-Est et l’Asie Orientale, la Mer des Philippines offre des possibilités incontournables à l’armée américaine pour s’assurer du contrôle de toute cette zone stratégique. Mais la Chine est la puissance régionale incontestée de la zone. Elle fait figure de menace en raison de son implication dans toutes les zones de conflit, de ses multiples revendications territoriales et de ses réticences à entrer dans un processus de règlement multipolaire. En effet, la Chine cherche à étendre sa zone économique exclusive, notamment sur les archipels de Paracels (ou « îles Xisha », ndlr), Spratleys (ou « îles Nansha », ndlr), Pratas (ou « îles Dongsha », ndlr) et Macclesfield. Au total, depuis les années 90, le renouveau de l’intérêt porté par la Chine à cette mer ne s’est pas démenti. Mais, cela n’est en rien comparable à l’intérêt que Pékin porte à Taïwan.

Source de la carte : Rivalités maritimes en Asie (Philippe Rekacewicz)

La Chine est hyper sensible à l’égard de Taïwan, qu’elle considère comme sa 22ème province. Elle ne concède aucun compromis sur la position d’une Chine unique. Bien que les États-Unis aient accepté cette position, la Chine est convaincue que l’aide fournie par les États-Unis à Taïwan lui donne la confiance de s’opposer aux revendications de Pékin ; ce qui entraîne la méfiance de la Chine à l’égard des États-Unis. Il est certain que, de son attitude dépendront la paix et la sécurité de cette partie de monde. Il est aussi certain qu’avec le développement économique, la Chine sera de plus en plus dépendante de son approvisionnement en pétrole et de son commerce maritime.

L’enjeu stratégique de la Mer des Philippines

Le rôle éminent joué en Asie, sur le plan militaire, par les États-Unis, au cours des cinquante dernières années, leur a permis de mettre en place un dispositif aux articulations majeures dont la Mer des Philippines offre des possibilités qui demeurent incontournables. En effet, les États-Unis sont actuellement, en Asie, la nation la plus puissante, à la fois politiquement, économiquement et militairement. Leur présence actuelle tient principalement à la menace qu’exerce la Corée du Nord dans la péninsule coréenne et au réveil de la Chine. En Asie du Sud-Est, les États-Unis ne sont plus présents de manière permanente, depuis qu’ils ont dû abandonner leurs deux bases des Philippines, en novembre 1992. Néanmoins, dans toute la région sauf, peut-être la Chine, il existe une reconnaissance générale des États-Unis comme seul et important acteur ayant la capacité d’assurer l’équilibre stratégique. Ainsi les États-Unis participent largement au maintien de la sécurité dans cette région du monde. Le commandement du Pacifique, dont l’État major est à Hawaï, est en charge de l’ensemble des forces américaines stationnées entre la côte Ouest des États-Unis et la Mer des Philippines.

Le contrôle de la Mer des Philippines permet à l’armée américaine d’assurer le soutien logistique de ses forces largement disséminées dans la région asiatique et de donner la liberté d’action aux flottes déployées dans la région des Philippines. Disposer à nouveau de bases aux Philippines présente aux yeux des Américains un double intérêt. Le premier est le relais entre les Océans Pacifique et Indien, lequel n’est assuré aujourd’hui que par Singapour, où un millier d’hommes s’occupent du ravitaillement et de l’entretien des bâtiments et avions américains. Mais Singapour est une petite île aux capacités limitées et qui se trouve à l’entrée du Détroit de Malacca. Les Américains lorgnent le complexe aéroportuaire de Général Santos qu’ils ont récemment aménagé loin des regards indiscrets dans une baie bien abritée de l’île philippine de Mindanao. Général Santos est davantage à l’écart que la Baie de Subic de la Mer de Chine du Sud, des eaux qui sont l’objet d’une querelle ouverte notamment entre la Chine, le Vietnam et les Philippines et dont les États-Unis ne paraissent pas vouloir se mêler. Le deuxième intérêt est de disposer en Asie de l’Est, en cas de conflit en Extrême-Orient, d’un point d’appui solide à l’extérieur du Japon et de la Corée du Sud. Le complexe de Subic et Clark remplissait autrefois cette fonction. Les Philippines pourraient de nouveau le faire si les « manœuvres conjointes » en cours, qui peuvent s’étaler de six mois à un an, débouchent sur un engagement plus durable. Cette possibilité ne peut être exclue si l’on s’en tient aux pressions constantes des Américains sur les Philippins pour aboutir à une « normalisation » des relations militaires qui feraient du vote de 1991 un accident de l’histoire. La Mer des Philippines occupe une place stratégique sur le plan militaire aussi bien pour les puissances régionales que pour les États-Unis d’Amérique.

La Chine, quant à elle, cherche à utiliser sa puissance maritime croissante pour contrôler, non seulement l’exploitation des eaux riches en hydrocarbures de cette zone, mais aussi les voies maritimes, parmi les plus fréquentées au monde. Afin de contrer l’influence chinoise en Mer Jaune et en Chine méridionale, les États-Unis entendent redéployer une ceinture maritime militaire autour de la Chine en s’associant à des exercices maritimes et aériens avec la Corée du Sud, au large de la côte Est de la péninsule coréenne. Les liens militaires entre les États-Unis et l’unité d’élite des forces armées indonésiennes s’inscrivent dans le cadre de cette politique navale renouvelée. Ces jeux de stratégie militaire constituent surtout un avertissement lancé à la Corée du Nord sur la force de l’engagement de l’Amérique en Corée du Sud, suite au naufrage du bâtiment de guerre sud-coréen le Cheonan. Mais ils confirment surtout que les engagements de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan n’empêchent pas les États-Unis de défendre leurs intérêts nationaux vitaux en Asie. Le deuxième théâtre de ces jeux stratégiques se situe en Mer Jaune, dans les eaux internationales, très proches de la Chine, démontrant encore une fois l’engagement des États-Unis pour la liberté des mers en Asie. S’ensuivit la visite d’un porte-avions américain au Vietnam, le premier depuis la fin de la guerre, il y a 35 ans. La Corée du Nord, s’est violemment opposée à ces jeux stratégiques, menaçant même d’une réponse « physique ». La Chine a non seulement qualifié l’intervention de Mme Clinton au sujet des îles Spratleys « d’attaque », mais a aussi organisé des manœuvres navales non prévues en Mer Jaune avant les exercices conjoints américano-coréens.

Le théâtre géostratégique de la Mer de Chine

La Mer de Chine méridionale devient ainsi un théâtre géopolitique parmi les plus critiques de la planète. En effet, se superposent ici les projections d’influence de la Chine à caractère expansif et le rôle régional des États Unis à caractère défensif. Les premières remettent en cause la stabilité régionale, le deuxième préfigure un « soft-containment » d’un type nouveau. A partir du discours d’Obama à Tokyo en novembre 2009, la politique de la nouvelle administration américaine vise à définir les États Unis comme « une nation du Pacifique ». Cette déclaration, énoncée dans le but de « renouveler le leadership américain dans le monde », s’adresse non seulement aux alliées historiques de la région, mais également aux pays de l’ASEAN (The Association of Southeast Asian Nations). L’ASEAN constitue un forum stratégique de toute première importance pour la stabilité, la paix et le développement économique en Extrême-Orient et les Etats-Unis ont demandé d’y adhérer. Dans une perspective de mouvement de l’échiquier asiatique, l’activisme chinois en politique étrangère influence en profondeur les enjeux stratégiques des principaux acteurs régionaux dans la Mer de Chine méridionale, dont les ressources naturelles sont disputées par Taïwan, les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie, Brunei, Singapour et le Vietnam.

Cette zone est désormais inclue, d’après le New York Times, dans le périmètre des « intérêts vitaux » de la Chine au même titre que le Tibet et Taïwan, et ceci bien qu’aucune déclaration officielle n’ait fait étalage de cette position. La superposition de deux zones d’influence chino-américaine sur le même espace a été confirmée par la Secrétaire d’État, Mme Hillary Clinton à Washington, le 23 juillet 2010, lors d’une déclaration dans laquelle elle a fait référence à des « intérêts nationaux » des États-Unis concernant la liberté de navigation et les initiatives de « confidence building » des puissances de la région à l’encontre d’une prétendue «  Doctrine Monroe » chinoise dans la Mer de Chine méridionale. Une partie des pays du Sud-Est comptent, de manière explicite, sur la présence des États-Unis pour contre-balancer l’activisme chinois. Rien ne serait plus dangereux pour la politique étrangère de Kung-Chuô, qu’un pareil alignement sur les déclarations américaines, car la Chine n’a aucun intérêt à l’internationalisation de litiges concernant les eaux territoriales. Or le linkage entre la Mer de Chine méridionale et la façade maritime du Pacifique est inscrite dans l’extension des intérêts de sécurité chinois. A travers les mers du Sud et les détroits, transite 50% des flux mondiaux d’échange, ce qui fait de cette aire maritime un théâtre de convoitises et de conflits potentiels, en raison des enjeux géopolitiques d’acteurs comme la Corée du Sud et le Japon qui constituent des géants manufacturiers et des pays dépendants des exportations. Une des clés de lecture de cette interdépendance entre zones géopolitique à fort impact stratégique est le développement des capacités navales, sous-marines et de surface, de la flotte chinoise.

L’importance des routes maritimes eurasiatiques

L’importance stratégique des routes maritimes eurasiatiques pour l’économie de l’Europe est grandissante, compte-tenu de l’accéleration de l’industrialisation et du développement commercial de la Chine, de l’Inde et de la Corée du Sud. Parmi les 15 plus grands partenaires de l’UE, 7 d’entre eux (Chine, Japon, Corée du Sud, Inde, Taïwan, Singapour et Arabie Saoudite) sont situés le long de la côte eurasiatique. Le volume d’importation de l’UE via ces pays est passé de 268.3 milliards d’euros en 2003 à 437.1 milliards d’euro en 2007. Par ailleurs, 90 % du commerce maritime de l’UE passe par les voies maritimes, alors que le commerce maritime avec l’Asie constitue 26.25% du total du commerce maritime transcontinental.

Les points de choc et les « flash point » stratégiques

En raison des risques d’interruption d’approvisionnement en énergie, et plus particulièrement en gaz (comme cela a été le cas plusieurs fois ces dernières années dans la crise du gaz entre la Russie et l’Ukraine), l’UE doit compter sur une diversification croissante des routes énergétiques d’approvisionnement. Il en est ainsi également du commerce maritime cargo dans le cadre des relations commerciales entre l’Europe et l’Asie, lequel doit emprunter des routes maritimes instables et des zones maritimes côtières de Suez à Shanghai. Les navires de commerce doivent suivre des routes maritimes qui longent le continent africain, à travers l’Océan Pacifique et l’Océan Atlantique, en passant par des zones géographiques précaires appelées points de frottements. Elles peuvent être définies comme des chaînes. Les navires pétroliers européens qui s’approvisionnent au Moyen-Orient passent par le détroit d’Ormuz, alors que les produits manufacturés d’Asie du Sud-Est passent par le détroit de Malacca. Tous les pavillons européens doivent passer par le tunnel maritime stratégique du canal de Suez, le detroit de Bab-el Mandeb et le golfe d’Aden. La localisation géographique de ces points stratégiques, tout près de la Corne d’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est, est d’autant plus sensible dans le contexte d’embrasement du monde arabe et d’intervention occidentale en Libye.

Vers un projet eurasiste pluri-océanique

L’Europe devra prendre conscience de l’importance stratégique des zones maritimes eurasiennes et asiatiques, moyen-orientales et indo-océaniques, et plus particulièrement celles qui se trouvent au carrefour du canal de Suez et de Shanghai, non seulement pour la croissance de son économie mais aussi pour la sécurité militaire et commerciale de sa profondeur continentale euro-sibérienne. Aujourd’hui, la majeure partie des zones eurasiennes côtières à risque est sécurisée par la flotte américaine, mais la dépendance de l’Europe à l’égard des États-Unis sur le plan stratégique et militaire ne fera qu’accroître à long terme sa faiblesse stratégique commerciale et géopolitique. Le développement d’une stratégie eurasiatique maritime pluri-océanique (avec le développemnt des capacités de frappe et de défense navales appropriées) dans la zone située entre Suez et Shanghai, le renforcement d’une géopolitique multipolaire et des partenariats privilégiés avec la Chine, la Russie, l’Inde, Le Brésil, l’Afrique, les puissances multipolaires émergentes, constituent les véritables défis géostratégiques de l’Europe, puissance de demain.

La dialectique atlantisme/eurasisme, dont les néo-eurasiens actuels font usage dans leurs polémiques anti-américaines, oublie que l’Amérique ne tient pas sa puissance aujourd’hui de sa maîtrise de l’Atlantique, océan pacifié où ne se joue pas l’histoire qui est en train de se faire, mais de son retour offensif dans l’Océan du Milieu, ce qui illustre bien la concentration de ces capacités opérationnelles maritimes en mer de Chine. L’atlantisme ne saurait se réduire à la seule maîtrise des Açores, petit archipel portugais au centre de l’Atlantique, car il ne faut pas oublier que ce qui a précipité la désagrégation de l’URSS, puissance eurasienne, c’est la maîtrise de Diego Garcia, île au centre de l’Océan Indien, d’où partiront plus tard les forteresses volantes pour bombarder l’Afghanistan et l’Irak. La présence de l’Amérique à Diego Garcia est en contradiction avec les intérêts de l’Europe puissante et de la Russie et leurs possibilités de s’ouvrir demain des fenêtres sur les espaces orientaux où se joue le destin du monde.

Jure Georges Vujic

Jure Vujić, avocat, diplômé de droit à la Faculté de droit d’Assas Paris II, est un géopoliticien et écrivain franco-croate. Il est également diplômé de la Haute École de Guerre Ban Josip Jelačic des Forces Armées Croates et de l’Académie diplomatique croate où il donne des conférences régulières en géopolitique et géostratégie. Il est l’auteur des livres suivants : Fragments de la pensée géopolitique (Zagreb, éditions ITG), La Croatie et la Méditerranée-aspects géopolitiques (éditions de l’Académie diplomatique du Ministère des Affaires Étrangères et des intégrations européennes de la République de Croatie), Le terrorisme intellectuel-Bréviaire hérétique (Zagreb, éditions Hasanbegovic), Place Maréchal Tito – Mythes et réalités du titisme (Zagreb, éditions Uzdanica), Anamnèses et transits (Zagreb-Bruxelles, éditions NSÉ), Nord-Sud l’honneur du vide (Zagreb-Bruxelles, éditions NSÉ), Éloge de l’esquive (Zagreb, éditions Ceres), Le silence des anges – Apocryphe du général Ante Gotovina (Zagreb 2009), Un Ailleurs européen-Hestia sur les rivages de Brooklyn (Avatar editions 2011). Il est également l’auteur d’une centaine d’articles en philosophie, politologie, géopolitique et géostratégie. Il collabore aux journaux Vjesnik, Fokus, Krisis, Eurasia, avec le Centre d’Études Politologiques de Zagreb. Il est également responsable du département de politologie de l’Association Matica Hrvatska Zagreb.

Site internet : Pensées en contrebande

Source : Realpolitik.tv

Attention aux crocodiles en Afrique !

Dans Afrique, Géoéconomie, Géopolitique le 29 mai 2011 à 18:05

par M.K. Bhadrakumar pour Diplomatic Perspective

Tous les yeux indiens sont tournés vers leur Premier ministre, M. Manmohan Singh – comme s’il remplissait l’ensemble de l’Afrique de sa présence imposante. Mais l’Afrique est un continent immense et personne ne peut être le monarque de tout ce qu’il contemple. La distance entre Addis-Abeba au cœur de l’Afrique et d’Abidjan, sur la côte-ouest est d’environ 7000 kilomètres, soit deux fois la route qui mène de Delhi à Thiruvananthapuram. L’Afrique a contenu un assez grand nombre de puissances coloniales, en même temps, aux 19ème et 20ème siècles – la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et les Pays-Bas.

Mais le Dr Singh n’a aucune prétention. Pour emprunter une expression d’un officiel indien qui l’accompagnait, il y a « assez d’espace » pour que de nombreuses puissances extérieures poursuivent simultanément leurs agendas en Afrique. Tandis que l’avion du Premier ministre indien descendait sur Addis, un autre visiteur de marque décollait d’Abidjan – le président français Nicolas Sarkozy. Leurs missions présentent un modèle de contraste et donnent, en temps opportun, un avertissement aux décideurs politiques indiens. Sarkozy est venu en héros conquérant qui a déployé les forces françaises afin de parvenir au transfert du pouvoir en Côte d’Ivoire. Quelle ironie – la puissance militaire pour faire respecter le résultat d’une élection démocratique ! M. Singh, au contraire, est arrivé à Addis, faisant pleuvoir des pétales de bonne volonté sur un continent où Gandhi comprit les pouvoirs magiques de la non-violence.

Pour revenir à cet officiel indien, ce qu’il a dit est absolument vrai – « L’Occident organise l’Afrique comme une zone de dispute. Ils veulent opposer l’Inde à la Chine. Ils veulent que nous nous prenions le bec. Mais ce n’est pas le Congrès de Berlin de 1885 où les puissances européennes décidèrent de se disputer les ressources africaines ». De la teneur de son esprit, on peut identifier ce diplomate indien comme quelqu’un qui a un sens érudit de l’histoire moderne. Le fait est que l’histoire ne s’est jamais tout à fait terminée en Afrique avec les luttes de libération nationale des années 50. Le mouvement de l’histoire a simplement été ponctué et la lutte pour la domination extérieure a simplement pris de nouvelles formes alors que la guerre froide reprenait. Les rivalités se sont quelque peu atténuées lorsque le monde bipolaire a cédé. Un répit a suivi mais, rétrospectivement, celui-ci a duré à peine une vingtaine d’années.

Aujourd’hui, les rivalités entre les grandes puissances reprennent. La montée de la Chine et son profil de croissance en Afrique a donné une nouvelle dimension à la politique de ce continent. Pour la première fois dans l’histoire moderne, le monde occidental est confronté à un réel « challenger ». Pour le dire autrement, le moment redouté par l’Occident arrive bel et bien, au moment où les pays africains peuvent insister sur la négociation de contrats optimaux et des partenariats équitables. La Chine présente de plus en plus une « option stratégique » pour les pays d’Afrique afin de diversifier leurs partenariats que l’Ouest, jusqu’à présent, s’était arrogé comme son monopole. C’est la quintessence de la lutte pour le pouvoir qui s’intensifie en Afrique.

Les remarques de cet officiel indien suggèrent que Delhi mesure bien les réalités géopolitiques – et, plus important, l’Inde façonne sa voie « non-alignée ». Il a fait remarquer que la forte présence chinoise en Afrique s’est principalement focalisée sur les infrastructures, les matières premières et les industries extractives et qu’elle s’est concentrée dans les grands projets et les grandes entreprises, alors que la force principale de l’Inde réside dans un autre domaine. « Nous estimons qu’il y a suffisamment d’espace pour l’Inde et pour ces compétences, en particulier dans le développement des capacités et des compétences et la formation ». Il a démonté les tentatives occidentales de « diviser pour régner », en soulignant que l’Occident et ses experts indiens (qui sont soit infectés par le virus « anti-chinois », soit frappés par le microbe « pro-américain ») font fausse route en caricaturant que la Chine « se montre plus futée » que l’Inde en Afrique. D’un autre côté, la réalité, a-t-il dit, est que la Chine et l’Inde adoptent des approches différentes dans leur engagement avec l’Afrique. « L’Afrique a un énorme potentiel économique. C’est un continent en mouvement. Pour nous, c’est une occasion, et pour le reste du monde aussi, c’est une occasion ».

Bien dit ! Le cœur du problème est que la prospérité du monde occidental a cruellement dépendu, tout au long de la période qui a commencé avec la révolution industrielle en Europe, sur le transfert des richesses des colonies, et ce paradigme a simplement pris, aujourd’hui, des formes nouvelles. Des matières premières bon marché et des marchés captifs en Afrique font partie intégrante de la sustentation de la prospérité des économies occidentales stagnantes. Delhi fera bien de ressentir que l’Inde peut même avoir des intérêts communs avec la Chine, dans la mesure où l’Inde va sûrement se heurter à la même tactique de pression occidentale, à laquelle la Chine est confrontée aujourd’hui, alors que sa progression sur l’échelle de la croissance économique se poursuit au rythme actuel. Ne vous méprenez pas : il est hors de question que le monde occidental s’écarte de bon cœur pour faire place à l’Inde, simplement parce qu’elle est une démocratie qui fonctionne. L’histoire est remplie des carcasses et des os blanchis des ambitions impériales.

Un exemple éloquent se déroule juste sous nos yeux avec l’Europe qui insiste fiévreusement sur le fait qu’il n’y a pas moyen de remettre le poste de direction suprême au sein du FMI à quelque arriviste indien ou chinois. L’entente tacite dans le discours euro-atlantique au cours des dernières décennies a été que la Banque mondiale serait dirigée par un Américain et le FMI par un Européen. Point. La brusquerie avec laquelle l’Europe le revendique atteste la réalité que lorsqu’il s’agit de tenir les principaux leviers du pouvoir économique – que ce soit au Proche-Orient ou en Afrique – l’Occident ne partagera jamais de bon gré dans un esprit de partenariat.

Ce qui devrait vraiment inquiéter l’Inde est qu’au pire l’Occident pourrait utiliser la puissance militaire pour faire valoir ses prérogatives. La Libye est un scénario révélateur. Le marais africain est vraiment rempli de crocodiles. Sarkozy a été assez explicite sur le fait que l’Occident n’hésitera pas à intervenir dans les affaires intérieures de l’Afrique si ses intérêts sont menacés. La vision de Sarkozy est diamétralement opposée à celle de l’Inde. Un modèle se dessine. Au Proche-Orient et en Afrique, tout au long de la Guerre Froide, l’Occident a donné un vernis idéologique à son agenda de domination en opposant le communisme comme étant antithétique. Aujourd’hui, c’est la bannière de la « démocratie » qui se déroule et, au nom de la liberté et de la promotion des droits de l’homme, la doctrine de « l’intervention humanitaire » est dépoussiérée. Sarkozy est un homme d’État qui ne mâche pas ses mots. Il a carrément dit : « C’est la nouvelle politique africaine que nous allons adopter et c’est une politique internationale ». Parlait-il également au nom de M. Singh ? J’en doute.

M.K. Bhadrakumar

Article original : Beware of the crocodiles in Africa

Traduction : JFG

Arabie Saoudite : une nécessaire redéfinition du partenariat avec Washington ?

Dans Analyse, Géopolitique le 25 mai 2011 à 18:03

par Abou Anaïs pour Les Rivages des Syrtes

Les relations saoudo-américaines enregistrent une dégradation continue, rendue plus acerbe par les développements récents au sein du monde arabe.

Riyadh reproche à Washington son peu de détermination à endiguer ce qui est perçu comme la menace la plus pressante sur le Royaume : l’ingérence accrue de Téhéran dans les affaires régionales, son influence demeurée intacte malgré sa stigmatisation sur la scène internationale, le maintien de son potentiel militaire. L’Arabie Saoudite est ainsi intervenue directement à Bahreïn, aux côtés des Emirats arabes unis et du Qatar, au prétexte à peine dissimulé de contrer un complot iranien contre le Royaume des deux mers.

Prisonnier d’un traditionnel réflexe obsidional, Riyadh a souffert  la perte de deux alliés : les présidents Ben Ali et Moubarak. A cet égard, le Royaume a mal ressenti l’abandon d’Hosni Moubarak par l’administration américaine, soutien fidèle du Royaume et de Washington. Les dirigeants saoudiens sont ainsi renseignés sur la détermination américaine à leur venir en secours en cas de révolte en Arabie Saoudite.

Au titre des reproches récurrents adressés par Riyadh, encore et toujours, l’échec du processus de paix au Proche-Orient que la démission récente de l’envoyé spécial américain, George Mitchell, illustre au plus haut point.

Riyadh ne peut comprendre les appels à la modération lancés par Washington aux dirigeants bahreïnis ; vu de Riyadh l’ordre établi doit perdurer à Manama, comme dans tout le Golfe figé en dehors de l’histoire.  Plus généralement, l’Arabie Saoudite saisit difficilement les contours mal définis de la politique américaine dans un Moyen-Orient en recomposition et ne lui accorde que peu de crédit pour juguler l’axe tant craint et fantasmé : Téhéran-Damas-Beyrouth-Sud (Hezbollah)-Baghdad ?

Le retrait américain d’Iraq laissera un pays dominé politiquement par les chiites, plus enclins à se tourner vers Téhéran qu’à jouer le rôle traditionnellement dévolu à l’Iraq : celui de rempart contre l’Iran.

De leurs côtés, les Etats-Unis sont sans doute fondés à s’interroger sur l’implication de Riyadh auprès des salafistes et des radicaux sunnites à l’œuvre en Syrie et au Liban, sans manquer de s’interroger sur les projets de Riyadh en Egypte, en Tunisie et en Libye en soutien aux islamistes ; et sur les menées de l’Arabie Saoudite pour enrayer la propagation de la démocratie dans ses murs et son environnement régional.

Le Conseil de coopération des Etats Arabes du Golfe, conduit par l’Arabie Saoudite, son membre le plus puissant, ne manquera pas de chercher à réduire sa dépendance sécuritaire à l’égard des Etats-Unis, même si elle demeurera effective. De là, une explication partielle au projet d’extension du Conseil à la Jordanie et au Maroc.

Dans ce contexte délicat, Nawaf Obaid a signé, le 16 mai,  dans les colonnes du Washington Post, un réquisitoire violent appelant à « recalibrer » le partenariat saoudo-américain et à se distancier d’une politique étrangère « mal guidée ». Nawaf Obaid est chercheur associé au Centre du Roi Fayçal pour la Recherche et les études islamiques, institution dirigée par le prince Turki al-Fayçal, fils de feu le roi Fayçal ; ancien chef des services saoudiens de renseignement (1977-2001) ; ancien ambassadeur à Londres (2002-2005) ; ancien ambassadeur à Washington (2005-2007). Le prince Turki est connu pour ses déclarations virulentes sur la politique américaine dans le monde arabe dont il a souvent dénoncé « l’incompétence et l’arrogance ». Privé de fonction officielle, Turki sert ainsi de porte-voix officieux aux autorités du Royaume.

Dans son article d’opinion, Obaid annonce une mutation profonde de la relation spéciale fondée sur  l’échange pétrole contre sécurité qui entravait la liberté de décision de Riyadh ; désormais, le Royaume ne s’interdira pas de poursuivre son propre agenda, quitte à entrer en conflit avec les intérêts américains :

  • Washington s’étant montrée peu fiable et peu volontaire, l’Arabie prendra la tête de l’offensive arabe contre l’Iran et ses alliés régionaux ;
  • Riyadh luttera contre la déstabilisation des monarchies arabes (CCEAG, Jordanie, Maroc) par l’actuelle vague de contestation ;
  • au Yémen, le Royaume s’attachera à permettre une transition ordonnée du pouvoir et une sortie digne du président Saleh ;
  • en Iraq, l’Arabie continuera à s’opposer au gouvernement chiite de Nouri al-Maliki; au Liban, Riyadh s’opposera à l’hégémonie du Hezbollah; en Syrie, Riyadh veillera à ce que la transition s’opère en dehors de toute ingérence iranienne ;
  • Riyadh exige la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale ;
  • le budget saoudien de la défense et les effectifs des armées seront revus à la hausse ; un commandement nouveau coordonnera le déploiement éventuel de forces spéciales à l’étranger.

Le propos de l’auteur, innovant et brutal traduit-il son opinion propre, les aspirations de la classe dirigeante du « Royaume du silence », ou d’une partie de ses membres ? Nawaf Obaid n’est pas un inconnu et il n’en est pas à son premier coup d’éclat.

Jeune étudiant à la Kennedy School of Government (Harvard), Obaid avait publié, en 1998,  une étude remarquée et énigmatique: « Comment améliorer les capacités du renseignement américain en Arabie Saoudite » ; puis en 1999, une étude, dans la revue Middle-East Quarterly, dénonçant l’influence du mouvement wahhabite en Arabie saoudite. Après les attentats du 11 septembre, marqués par la participation de terroristes saoudiens influencés par le wahhabisme, Obaid déniait toute influence du courant wahhabite en Arabie saoudite.

A la nomination du prince Turki comme ambassadeur à Washington, successeur de l’inamovible prince Bandar bin Sultan (ambassadeur de 1983 à 2005), Obaid, à l’époque chercheur au Washington Institute for Near East Policy et au Center for Strategic and International Studies, devient conseiller privé de l’ambassadeur en charge des affaires de sécurité et d’énergie.

 En novembre 2006, sous sa plume paraît un éditorial provocant dans le Washington Post, « Prendre pied en Iraq : les Saoudiens protégeront les sunnites si les Américains quittent le pays » où il menace d’une intervention massive saoudienne (financière et militaire) au profit des sunnites contre l’hégémonie chiite, quitte à provoquer une guerre régionale. Désavoué par le ministère saoudien des Affaires étrangères, il est démis de ses fonctions à l’ambassade. Pourtant, nul doute qu’il ait pu écrire sans l’aval d’un haut responsable saoudien. En décembre 2006, l’ambassadeur Turki al-Fayçal démissionne précipitamment, semble-t-il pour dénoncer l’influence persistante de son prédécesseur Bandar, devenu président du conseil de sécurité nationale, dans la conduite de la relation bilatérale avec Washington, plus vraisemblablement en raison de l’article d’Obaid.

A l’époque, sa démission suscite des interrogations :

  • est-il le témoin et la victime d’une opération dont les ressorts lui échappent ?  Obaid jouant le rôle de porte-plume de Bandar bin Sultan, favorable à une intervention saoudienne au profit des sunnites iraquiens ;  on apprendra en 2010 grâce à la fuite dans la presse iraquienne d’un rapport secret des services saoudiens qu’il compte parmi les financiers d’Al Qaïda en Iraq ;
  • est-il complice ou maître d’œuvre de ce coup d’éclat médiatique que ne lui aurait pas pardonné le roi Abdallah exigeant son retour à Riyadh ? La présence actuelle d’Obaid aux côtés du prince au sein du Centre du roi Fayçal suggère une certaine proximité et trahit probablement une complicité dans l’affaire de 2006.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle sortie médiatique d’Obaid  suscite de nouvelles interrogations sur son mandataire :

  • est-il  le porte-parole officieux de la famille royale ? Bateau ivre piloté par un roi âgé et affaibli physiquement, secondé d’un prince héritier malade inapte à remplir ses fonctions ; d’un ministre des affaires étrangères, Saoud frère de Turki,  malade et usé par 35 ans de fonctions à la tête de la diplomatie saoudienne; d’un ministre de l’intérieur et numéro trois du régime, Nayef, radical, rétif à toute évolution et peu ouvert sur l’Occident.
  • représente-t-il une faction de princes désireuse de desserrer l’étau de la relation avec les Etats-Unis pour mettre en œuvre une nouvelle donne diplomatique plus personnelle et plus offensive  en profitant des circonstances du printemps arabe et du constat de la décrépitude des aînés de la famille royale ?

A cet égard, Bandar bin Sultan, réapparu en octobre 2010 à Riyadh après une occultation inexpliquée de deux ans, fait preuve d’un vaste regain d’activisme diplomatique : dépêché au Pakistan, en Chine et en Inde pour obtenir un soutien diplomatique avant l’intervention saoudienne à Bahreïn ; présent lors des derniers entretiens entre le roi et Robert Gates… pour la partie officielle de ses activités qui ne sont pas les plus nombreuses.

Talentueux, intrigant, Bandar, désireux de monter sur la passerelle médite sans doute la parole prêtée à Pompée : « Navigare necesse est ; vivere non necesse » (« Il est nécessaire de naviguer ; il n’est pas nécessaire de vivre »), il constate surtout à l’observation de son oncle (le roi), son père (le prince héritier), son cousin (le ministre des Affaires étrangères) que la « vieillesse est un naufrage »… moment propice pour tenter un changement de cap.

Abou Anaïs

Abou Anaïs est un ancien fonctionnaire (défense et diplomatie) chargé d’études politiques sur le monde arabe. Son blog Les Rivages des Syrtes est un site d’analyse sur le monde arabo-musulman, en particulier sur la Peninsule Arabique et l’Irak.

Source : Les Rivages des Syrtes

Ce que l’OTAN inflige à la Libye

Dans Géopolitique, Géostratégie le 25 mai 2011 à 15:59

par Patrick Cockburn pour CounterPunch

L’intervention étrangère se transforme en aventure impériale d’un autre temps.

Les flammes s’élèvent en tourbillons des épaves de huit navires de guerre libyens, détruits par des frappes aériennes de l’OTAN, alors qu’elles reposent sur le flanc dans des ports le long de la côte libyenne. Leur destruction montre non seulement comment le Colonel Mouammar Kadhafi est pris dans un étau militaire, mais aussi le degré auquel les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne – et non pas les rebelles libyens – sont désormais les principaux acteurs dans la lutte pour le pouvoir en Libye.

Il est probable que Kadhafi finira par tomber parce qu’il est trop faible pour résister aux forces déployées contre lui. L’échec à mettre fin à son régime serait trop humiliant et politiquement désastreux pour l’OTAN après 2.700 frappes aériennes. Mais, à l’instar de la prise de Bagdad en 2003, la chute de ce régime pourrait ouvrir la voie à une nouvelle série de longues crises libyennes dans les années à venir.

Tout s’est développé plutôt différemment de ce que les Français et les Britanniques semblent avoir imaginé lorsqu’ils ont commencé à intervenir en mars pour sauver les citoyens de Benghazi des chars de Kadhafi. Si c’était leur seul objectif, alors les frappes aériennes ont été couronnées de succès. Le bord de la route, de Benghazi à Ajdabiya, est toujours jonché de carcasses de véhicules blindés calcinés. Mais, plusieurs mois après que William Hague eut suggéré que Kadhafi fût déjà en route pour le Venezuela, ce dernier est toujours à Tripoli.

Trois mois après le début du soulèvement libyen, les troupes de Kadhafi n’ont pas réussi à prendre Misrata, et les rebelles ne semblent pas non plus capables d’avancer vers Tripoli. Ils ont brisé le siège de Misrata, notamment parce que leurs miliciens ont mis la main sur les radios et peuvent désormais faire appel aux frappes des forces de l’OTAN. Ce soutien aérien de proximité est efficace et ressemble au soutien tactique aérien apporté en 2001 par les Etats-Unis aux soldats de l’Alliance du nord en Afghanistan et, deux ans plus tard, aux combattants kurdes des peshmergas dans le nord de l’Irak.

Tant le gouvernement libyen que les forces d’opposition sont faibles. Les forces qui se sont affrontées sur les routes du désert entre Brega et Ajdabiya, au sud de Benghazi, ne dépassent souvent pas quelques centaines de combattants à moitié entraînés. Les troupes de Kadhafi, avec lesquelles celui-ci essaye de contrôler son vaste pays, ne dépassent pas les 10.000 à 15.000 soldats. Ce n’est pas toujours évident pour ceux qui ne sont pas des témoins oculaires, parce que la presse étrangère qui est sur place hésite à mentionner qu’il y a parfois plus de journalistes que de combattants sur le front.

Un résultat décourageant du soulèvement libyen est que l’avenir de la Libye a de moins en moins de chance d’être déterminé par les Libyens eux-mêmes. L’intervention étrangère se transforme en aventure impériale d’un autre temps. Presque la même chose s’est produite en 2003 en Irak et, ces dernières années, en Afghanistan. En Irak, l’invasion américaine pour renverser Saddam Hussein, un dirigeant détesté par la plupart des Irakiens, s’est rapidement transformée en ce que beaucoup d’Irakiens ont considéré être une occupation étrangère.

Comme en Irak et en Afghanistan, la faiblesse de la France et de la Grande-Bretagne est qu’elles n’ont pas un partenaire local puissant et représentatif, comme elles le prétendent. A Benghazi, la capitale des rebelles, on ne voit pas beaucoup les dirigeants du Conseil National de Transition, ce qui n’est guère surprenant, puisqu’ils passent le plus clair de leur temps à Paris et à Londres. A Washington, la Maison Blanche a été un peu plus prudente la semaine dernière, lorsque Mahmoud Jibril, le Premier ministre libyen par intérim, et d’autres membres du Conseil National de Transition sont venus pour renforcer leur crédibilité et tenter d’obtenir quelque soutien financier. Plus discrètement, les dirigeants rebelles libyens étaient là pour dissiper les soupçons des Américains que l’opposition libyenne ne serait pas tout à fait aussi amène qu’elle le prétend et qu’elle inclurait des sympathisants d’al-Qaïda qui n’attendent qu’une occasion pour prendre le pouvoir.

L’opposition libyenne est peut-être faible, mais elle n’est pas tout à fait aussi naïve ou inexpérimentée qu’elle peut parfois paraître. Ses dirigeants sont prompts à minimiser la l’Islam militant traditionnel dans l’Est de la Libye. Dans la ville d’Al Bayda, sur la longue route qui relie l’Egypte à Benghazi, j’ai vu un grand panneau en français s’adressant à tous les étrangers qui passent par-là, réfutant tout lien avec al-Qaïda. C’est en grande partie la vérité, mais pas entièrement. Un observateur libyen à Benghazi a expliqué : « Les seules personnes dans cette partie du pays qui ont une expérience militaire récente sont ceux qui combattaient les Américains en Afghanistan et nous les avons donc bien sûr envoyés au front ».

Les guerres élargissent et creusent souvent les fissures qui existent dans une société. Le Conseil National de Transition des rebelles se plaît à minimiser les suggestions qu’il serait avant tout un mouvement de la Cyrénaïque, la grande partie de la Libye orientale où Kadhafi a toujours été impopulaire. De son côté, Kadhafi s’est agrippé à la majeure partie de la Libye occidentale. Aujourd’hui, ces deux moitiés de la Libye, séparée par des centaines de kilomètres de désert, se sentent de plus en plus comme des pays distincts.

Les Libyens sur le terrain ont encore moins d’inhibitions pour discuter de ces différences. A l’extérieur de quelques huttes de plage à Benghazi, abritant habituellement des réfugiés, j’ai parlé à des ouvriers pétroliers du port de Brega, une ville d’environ 4.000 habitants, qui ont fui lorsque les forces de Kadhafi l’on prise. Un exploitant de ce champ gazier a dit : « Les gens de Kadhafi ont tenu un livre avec tous nos noms, parce qu’ils voulaient voir ceux qui venait de la Libye orientale, lesquels, à leurs yeux, seraient naturellement des rebelles ».

Evidemment, les opposants à Kadhafi ne viennent pas tous de l’Est. Il est raisonnable de supposer que la plupart des Libyens de toutes les parties du pays veulent qu’il parte. Il s’accroche au pouvoir parce qu’il règne à travers sa famille, son clan, sa tribu et des tribus alliées, en combinaison avec son contrôle déclinant sur le gouvernement libyen et la machine militaire délabrés. Dans la partie de la Libye qu’il contrôle, tout dépend encore personnellement de Kadhafi. Une fois qu’il sera parti, il y aura un vide politique que l’opposition aura beaucoup de mal à combler.

La guerre pourrait-elle se terminer plus tôt par la négociation ? Là encore, le problème est la faiblesse de l’opposition organisée. Si celle-ci est soutenue par une implication militaire accrue de l’OTAN, alors elle pourra prendre le pouvoir. Sans cette implication militaire, ce sera impossible. Par conséquent, l’opposition a toutes les raisons d’exiger le départ de Kadhafi comme condition préalable à un cessez-le-feu et à des négociations. Mais, étant donné que seul Kadhafi peut prononcer le cessez-le-feu et entamer des pourparlers sérieux, cela signifie que la guerre ira jusqu’au bout. Le départ de Kadhafi devrait être l’objectif des négociations, pas leur point de départ.

Un aspect surprenant de ce conflit, jusqu’à présent, est qu’il n’y a pas eu de gros efforts pour impliquer l’Algérie et l’Egypte, les deux plus grosses puissances en Afrique du Nord. Leur implication rendrait le départ de Kadhafi plus facile à négocier et toute cette aventure libyenne ressemblerait moins à une renaissance de l’impérialisme ouest-européen. L’objectif de l’intervention de l’OTAN était de limiter les victimes civiles, mais ses dirigeants ont foncé aveuglément dans une stratégie qui rend inévitables un conflit prolongé et de lourdes pertes civiles.

Patrick Cockburn

Article original : What NATO is Doing to Libya

Traduction : JFG

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