Archive | mars, 2011

Bahreïn et Yémen : « Silence, on tue. »

30 mar

par Karim Ramadan pour le MecanoBlog

« Du Yémen à Bahreïn, l'empire, tant qu'il en aura les moyens militaires et financiers, ne tolèrera ni réforme ni révolution. »

Répression systématique, dont la brutalité n’a d’égale que l’indifférence et le silence des médias tant occidentaux qu’arabes. Le mythe d’Al Jazeera la « rebelle » tombe à mesure que les martyrs succombent à Manama et Sana’a et que les tyrans associés à ceux de Qatar s’accrochent pour maintenir le pétrole sous contrôle des puissances néocoloniales. Pour les autres médias arabes financés par les pétrodollars saoudiens, aucune surprise. Les seuls médias à couvrir suffisamment les répressions sur la Péninsule sont quelques médias états-uniens alternatifs comme Democracy Now ! ou Real News Network et médias iraniens arabophones et anglophones.
 
Le petit royaume de moins d’un million d’habitant a connu le plus grand mouvement démocratique arabe, en proportion de sa population. Le Bahreïn connait maintenant de nouvelles expérimentations en répression de l’humanité. Human Rights Watch et d’autres organisations dénoncent, dans l’indifférence générale, la terreur qui s’abat sur la population. Selon les témoignages des journalistes et d’activistes, les manifestants et opposants n’ont plus accès aux hôpitaux occupés par les armées du Golfe et des agents en civil ou en uniforme. Les nombreux Check-points sont une menace constante, tout citoyen risquant l’arrestation et la disparition. Certes, la population n’en est pas à la première vague répressive ces dernières années et a su développer une grande résilience.

Le personnel médical travaille dans la peur constante. Des cliniques de fortune sont improvisées dans les résidences d’opposants, sans équipement ni personnel. La répression s’étend sur toute l’île, les villages sont attaqués par les armées du Golfe. Une des modalités de la répression consiste à détruire certains lieux de rassemblement de la population, depuis les parcs jusqu’aux cliniques médicales. Aucune infrastructure n’est théoriquement à l’abri des bulldozers Caterpillar, modeste mais néanmoins sinistre évocation de la politique sioniste de nettoyage ethnique de la Palestine.

La famille royale du Bahreïn s’est donc lancée dans une politique de la terre brulée, sacrifiant le meilleur de sa population qui au début se contentait pourtant de réformes politiques et sociales modérées qui auraient maintenu une monarchie constitutionnelle. Une petite élite a choisi de conduire l’économie et la société au désastre, pour préserver les intérêts euro-américains et sionistes. Le message aux arabes et musulmans : « du Yémen à Bahreïn, l’empire, tant qu’il en aura les moyens militaires et financiers, ne tolèrera ni réforme ni révolution. » La petite phrase d’Hillary Clinton est aussi explicite que monstrueuse, la monarchie absolue de Bahreïn avait « le droit souverain » de faire appel aux troupes du CCG (Conseil de coopération du Golfe, ndlr) pour réprimer, supprimer son peuple.

Et puisque tout à tendance à se ramener au nombril occidental, et son appétit vorace en ressources terrestres, contribuons radicalement à une lecture eurocentrée : « le précédent défendu par Clinton est clair, demain s’il se produisait de véritables révoltes de populations dramatiquement paupérisées, aux USA ou au sein de l’UE, elles pourront, selon la logique du Département d’État, être réprimées par les armées d’états voisins, les hôpitaux, places publiques pourront être militarisées ou rasées, les citoyens abattus jusque dans les salles de soins intensifs, les opposants traqués porte à porte, les étudiants frappés à la machette ou au gourdin, les foules livrées aux snipers. »

Le silence collectif des peuples occidentaux, leur ignorance de ce qui se joue à Manama, Sana’a et ailleurs, tout cela aura des répercussions en cas d’évolution économique et sociale « à l’Argentine ». Alors peut-être, certains se rappelleront les martyrs de Bahreïn. J’en doute tant l’amnésie fait loi avec sa sœur jumelle, l’hypocrisie.

Karim Ramadan

La ceinture de feu (vidéo)

29 mar

Aux antipodes de la propagande de peur propagée partout dans les médias et par les politiques, cette vidéo est une discussion sur les corrélations entre les puissantes éruptions solaires observées récemment, et les phénomènes tectoniques tels que le tremblement de terre et le gigantesque tsunami qui a suivi au Japon.

Dans la seconde partie intitulée « La ceinture de feu : alerte au tremblement de terre», Peter Martinson, de l’équipe de recherche du LPAC, discute de deux publications scientifiques, prévoyant des tremblements de terre, à la suite de celui qui vient de frapper le Japon. Au delà des faits, c’est l’identité même de la société humaine et le rôle qu’y joue la science qui est ici en jeu. Ce n’est pas le moment d’avoir peur de la science, mais au contraire de pousser ses questionnements et d’y mettre les moyens pour y répondre et préparer l’avenir.

Solidarité & Progrès

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La force d’inertie de Kadhafi et l’ingérence états-unienne

28 mar

par Mounir Shafîq pour As-Sabeel.net

On attendait de la jeune révolution populaire en Libye qu’elle se termine de la même manière que se sont terminées les révolutions en Tunisie et en Égypte : avec le départ du président et la chute de son régime. C’était sans compter quelques difficultés et surtout le caractère de Kadhafi et la nature de son régime. La révolution en Libye est une partie de la révolution qui s’est développée dans la plupart des pays arabes à commencer par la Tunisie et l’Égypte, en passant par le Yémen et le Bahreïn. Cependant, les derniers événements qui ont conduit à l’intervention militaire des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne en Libye, ont changé la donne et nous obligent à revoir notre analyse.

« Toute personne qui croit que les États-Unis défendent les valeurs de la liberté, des droits de l'homme et de la démocratie, se leurre. Toute l'histoire des États-Unis est marquée par une opposition à ces valeurs. »

 

Avant l’intervention, le peuple faisait face à un tyran qui s’était rallié aux États-Unis depuis 2003. Lui et ses enfants s’emparaient des revenus du pétrole. Environ 30 milliards de dollars furent déposés dans des banques et des sociétés états-uniennes et environ 20 milliards de dollars en Grande-Bretagne. A cela, il faut ajouter son rôle important dans la sécession du sud du Soudan et ses efforts pour poursuivre le démembrement du Soudan en commençant par le Darfour.

L’ingérence étrangère, qui a commencé par le bombardement de sites militaires libyens, continue sous le prétexte de sauver les civils des massacres perpétrés par les forces militaires pro-Kadhafi que ce soit à Benghazi, à Misrata ou dans de nombreuses autres villes.

Menée par l’Amérique, on ne peut pas considérer cette ingérence étrangère comme un soutien aux opprimés contre l’oppresseur car les États-Unis sont les plus grands oppresseurs des peuples du monde. De même, on ne peut pas ignorer les dangers et la portée de cette ingérence dans le futur. Le prix réclamé par les États-Unis à la suite de cette intervention, sera plus important que ne pourra le supporter le peuple libyen. Cette intervention constitue un précédent dangereux pour le futur du monde arabe. Elle a été organisée sous couvert d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, d’une résolution du Conseil de la Ligue arabe et à la suite de l’appel à l’aide d’un peuple dont les corps sont déchiquetés par les bombes de Kadhafi et de ses forces armées.

Toute personne qui croit que les États-Unis défendent les valeurs de la liberté, des droits de l’homme et de la démocratie, se leurre. Toute l’histoire des États-Unis est marquée par une opposition à ces valeurs. Les Étasuniens ont exterminé les Indiens d’Amérique et ont bâti leur pays sur un système esclavagiste puis sur un système de domination raciale qui laissa de nombreuses traces. Aujourd’hui, la discrimination s’est déplacée en direction des habitants d’origine hispanique ou arabe et cette dernière décennie sur les musulmans.

Concernant leurs relations avec les autres peuples, les États-Unis se sont toujours distingués, au cours de leur histoire, par leur politique impérialiste qui s’appuie sur des systèmes autoritaires corrompus. Ces systèmes n’ont aucun rapport avec la liberté, les droits de l’homme et la démocratie. Pour preuves de cette politique impérialiste, leur histoire négative en Amérique du sud, leur soutien illimité à l’Entité sioniste et les guerres qu’ils ont menées contre l’Afghanistan et l’Iraq au cours de la dernière décennie.

Même si l’on considère que les États-Unis ont sauvé l’Europe des nazis, ils en ont profité pour la contrôler politiquement, économiquement et culturellement – contrôle qui s’exerce encore. De même, les Étasuniens ont combattu les Serbes sous prétexte de sauver de l’extermination les musulmans victimes du régime de Slobodan Milosevic en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. En réalité, cette intervention n’était pas fondée sur une volonté de secourir les musulmans menacés d’anéantissement. Actuellement, les espoirs d’indépendance et de souveraineté de ces pays se sont transformés en cauchemars.

L’actuelle intervention états-unienne en Libye ne peut pas être considérée comme une aide apportée à un peuple contre les massacres pratiqués par un tyran fou qui, hier encore, avait parié sur les États-Unis pour protéger son régime. Ce tyran répondait favorablement à toutes leurs demandes en échange de la protection accordée à son régime. En raison de cette intervention, la révolution en Libye risque d’être étouffée. De plus, cela menace directement les révolutions tunisienne et égyptienne.

Les principaux responsables de l’intervention américano-européenne sont Mouammar Kadhafi, ses enfants et les piliers du régime car ils ont refusé de se soumettre à la volonté du peuple. Ils ont lancé une guerre criminelle contre les villes qui se sont soulevées et qui se sont libérées de leur autorité. Ils ont profité de leur supériorité dans le domaine de l’aviation et de l’artillerie et de soutiens extérieurs suspects leur permettant le recrutement de soldats et de pilotes pour massacrer les civils. Ainsi, ils ont entraîné, consciemment ou pas, l’ingérence extérieure.

Hugo Chavez et Fidèle Castro se trompent en ne percevant pas de la même manière la révolution libyenne et les révolutions tunisienne et égyptienne. Ils se tromperont bien plus encore, s’ils soutiennent, en réponse à l’ingérence états-unienne, Kadhafi contre son peuple.

Les États-Unis qui furent surpris par la rapidité avec laquelle Hosni Moubarak et Zine el-Abidine Ben Ali furent renversés, sont maintenant contraints de flatter les révolutions tunisienne et égyptienne. Il n’est pas permis de douter de la nature de ces révolutions bien qu’elles se soient tournées, par nécessité, vers les États-Unis qui soutenaient, pourtant, Zine el-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak en raison de leur alignement politique sur Washington.

Ainsi, la position correcte exige de s’opposer fermement à l’intervention militaire états-unienne et contre Mouammar Kadhafi, ses crimes et son régime et de rester aux côtés du peuple et de la révolution en Libye.

Prendre position aux côtés de la révolution et du peuple impose de ne pas se disperser. C’est la seule garantie pour se débarrasser de l’ingérence militaire états-unienne et de ses desseins odieux. De même, il faut veiller à ne pas soutenir Kadhafi et son régime qui, en raison des événements, s’est transformé en adversaire de l’ennemi extérieur. Kadhafi est pourtant responsable de cette intervention en ayant refusé de partir et en persévérant dans le massacre son peuple.

Prendre position contre Mouammar Kadhafi et son régime exige de ne pas être ébranlé par l’intervention militaire américaine. Kadhafi est l’un des premiers alliés des États-Unis. Il s’est soumis aux États-Unis après l’invasion de l’Iraq et il dépensa des dizaines de milliards de dollars pour les satisfaire. De même, il œuvra de manière directe ou indirecte à la partition du Soudan, à soutenir la rébellion au Darfour et à soutenir la politique africaine des États-Unis.

Aujourd’hui, Kadhafi est le plus à même de négocier avec les États-Unis sa protection, celle de ses enfants et de son régime. On ne peut pas oublier cela en s’alignant sur ses positions sous prétexte de résister à l’ingérence militaire états-unienne.

L’alignement doit se faire sur la révolution et le peuple libyen en s’opposant fermement à l’intervention militaire américano-européenne et en demandant la chute de Kadhafi et de son régime.

La Libye doit sortir de cette épreuve libre et indépendante. Sa révolution est une partie de la révolution arabe qui a triomphé en Tunisie et en Égypte. Cette révolution a ouvert le chemin tant attendu et peu importe les difficultés qu’elle aura à affronter.

Mounir Shafîq

à lire également sur le même sujet :

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- L’automne des patriarches

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- Les deux phases des révolutions arabes

Traduction : Souad Khaldi

Source : As-Sabeel.net

Vers un nouveau siècle bestial ?

28 mar

par Saïd Ahmiri pour Algérie Network/MecanoBlog

« A Beastly Century », un surnom, utilisé par la romancière britannique Margaret Drabble, qui sonne parfaitement à l’oreille pour décrire le XXe siècle. Il y a eu environ 231 millions de morts en 100 ans de guerres et conflits, selon l’étude de Milton Leitenberg de l’institut néerlandais de relations internationales Clingendael Institute. Une étude consacrée au nombre de morts provoquées par les guerres et les conflits durant le XXe siècle. [1]

« En cette époque décadente de marchandisation du monde où même la virginité d'une femme est monnayée sur Internet, la guerre est un marché bien trop juteux pour que le lobby des armes se remémore « A Beastly Century ». »

Un chiffre qui n’est pas incroyable, qui n’est pas mirobolant, qui n’est pas terrifiant non plus car, selon moi, aucun qualificatif ne permettrait de le définir. Toutefois, ce chiffre noir écrit en rouge sang devrait en toute logique interpeller les instances internationales. Ce chiffre devrait brûler les lèvres de tout militant du mouvement anti-guerre. Ce chiffre ne représente qu’un grain de poussière comparé à la somme de toutes les dépenses astronomiques dépensées par les États dans la course à l’armement, ajouté aux gains des marchands de mort et trafiquants d’armes.

Environ 231 millions d’êtres humains ont été tués à la suite d’une décision d’origine humaine. 4 millions de morts au Congo belge entre 1900 et 1908. Entre 13 et 15 millions de morts pour la Première Guerre Mondiale. La guerre civile en Russie de 1918 à 1922 a fait plus de 12,5 millions de victimes. La révolution mexicaine de 1909 à 1916 en a fait 1 million. Le génocide arménien de 1915 à 1916 a coûté la vie à 1,2 millions d’individus. La guerre civile en Espagne de 1936 à 1939 a fauché 600 000 âmes et la Seconde Guerre Mondiale a causé à elle seule entre 65 et 75 millions de morts.

Malgré toutes ces macabres tragédies provoquées, souvent calculées, par des hommes de pouvoir et à jamais gravées dans la mémoire de l’humanité, l’ensemble des guerres et des conflits qui ont éclaté après Hiroshima & Nagasaki, après ces jours les plus sombres de l’histoire des hommes, les 6 et 9 août 1945, ont encore entraîné le décès de plusieurs dizaines de millions d’êtres humains à travers le monde, et cela malgré la création de l’Organisation des Nations Unies. Un million de combattants communistes vietnamiens et 4 millions de civils ont été tués durant la guerre du Vietnam de 1959 à 1975. 46,5 millions de morts dans les différentes campagnes sous la dictature communiste chinoise de Mao Zedong entre 1949 et 1976. Un chiffre qui ne se résume pas à des guerres et des conflits sous Mao mais aussi à des choix politiques ayant provoqué la famine et une mauvaise gestion des soins de santé. 2 millions de morts dans la guerre civile du Nigéria-Biafra de 1969 à 1970. 1,5 millions pour l’indépendance du Bangladesh en 1971. Entre 1,5 et 2,5 millions de Cambodgiens ont été exterminés par les Khmers Rouges de Pol Pot entre 1975 et 1979. Entre 500 000 et 1,2 millions pendant la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988. 2 millions de morts au Soudan entre 1983 et 2000. 800 000 au Rwanda et 350 000 en Somalie parmi les 4 millions de personnes qui ont été tuées durant les seules guerres des années 1990. 80 % de ces 4 millions étaient des femmes et des enfants. La famine causée par les choix politiques de la Corée du Nord, pour la seconde moitié des années 1990, a fait entre 600 000 et 2,65 millions de morts. Entre 1970 et 2000, ce sont 400 000 Nord-coréens qui ont perdu la vie dans les goulags.

En observant comment la guerre contre le terrorisme a débuté suite aux attentats du 11 septembre 2001, il n’est pas impossible que le XXIe siècle soit tout aussi meurtrier que le précédent, si ce n’est pire. Il est impératif de mentionner et de constamment rappeler ces terribles chiffres afin de permettre aux gens de prendre pleinement conscience de l’aberration des guerres modernes. Demandez-vous quel est le rôle et l’influence de l’industrie de l’armement dans toutes ces guerres. En 1994, le président Bill Clinton reconnaissait que le trafic d’armes est un instrument essentiel des guerres proxy, ou guerres menées par des intermédiaires, comme un outil essentiel de la politique étrangère des États-Unis. [2]

En octobre 2006, selon une étude de la revue médicale britannique The Lancet, il a été estimé que les invasion et occupation américaines de l’Irak ont causé la mort de 655 000 irakiens, soit une moyenne de 448 décès par jour, près de 22 fois plus important que le nombre de 30 000 « plus ou moins » donné par le président George W. Bush lors d’une conférence une année plus tôt. [3] L’article établit que l’intervention américaine a tué plus de deux fois plus d’Irakiens en trois ans et demi que le régime de Saddam Hussein en 24 ans au pouvoir en se basant sur les estimations de Human Rights Watch dévoilant qu’entre 250 000 et 290 000 personnes sont décédées sous le gouvernement baasiste. Au mois de décembre 2006, 2978 soldats américains avaient perdu la vie depuis le début de la guerre d’Irak. Un chiffre officiel qui représente une moyenne de 2 soldats tués par jour. Un chiffre officiel qui a dépassé le nombre de victimes des attentats du 11 septembre 2001. Aujourd’hui, selon les chiffres du Projet Censuré [4], le bain de sang irakien, pour ne pas utiliser le terme complexe de génocide, estimé entre 1,2 et 1,3 millions de morts semble prédire que le XXIe siècle ne soit guère différent du précédent. Dans la guerre à l’énergie entre la Chine et les États-Unis, la guerre civile du Darfour, au Soudan, aurait fait 300 000 morts selon les estimations de l’ONU, 10 000 selon Khartoum, et plus de 2,7 millions de déplacés.

Marc Herold, professeur d’économie américain à l’Université du New Hampshire, pour dénombrer les premières victimes civiles de la guerre d’Afghanistan, s’est basé sur les rapports corroborés par des agences de secours, l’ONU, les témoignages, les chaînes de TV, les journaux et les agences de presse du monde entier et estime qu’il y a eu au moins 3767 civils tués par les bombes américaines rien qu’entre le 7 octobre 2001 et le 10 décembre 2001. Ce qui revient à 62 innocents tués par jour pendant deux mois [5]. Un chiffre non-officiel qui a également dépassé le nombre de victimes des attentats du 11 septembre 2001.

« Les journalistes ergotent sur le nombre de morts dues aux bombardements américains : “je suis sceptique” dit un journaliste de BBC World (25 octobre 2001) parlant de 15 morts civils afghans, “les Taliban ont tendance à embellir (sic) la réalité et on ne nous a pas montré les corps“. La même méfiance prévaut à TFI (infos de 20 heures du 6 novembre 2001), mais pour une raison diamétralement opposée : les Taliban “exhibent complaisamment” des cadavres d’enfants. Par contraste, on n’a pas contesté les chiffres des victimes des “Twin Towers” : on nous dit 5000, on répète 5000; on nous dit 6000, va pour 6000; on recompte, il y en a moins, qu’importe; et personne ne crie à l’intoxication ou à la désinformation. On n’a pas demandé à voir les corps. On n’a reproché aux Américains ni de les montrer, ni de ne pas les montrer. La différence tient en cette phrase répétée : “On ne peut pas faire confiance aux Taliban“, qui implique qu’on peut faire confiance aux Américains. Ce “double standard” dans le reportage, s’ajoutant au “double standard” dans la conduite de cette guerre, passe peut-être inaperçu ici, mais pas hors d’Europe et des USA, là où habitent la majorité des habitants de la planète. » Christine Delphy et Maya Surduts.

En 2002, 173 conflits politiques ont été identifiés d’après les analystes allemands du Heidelberger Institut für Internationale Konfliktforschung(HIIK). Des conflits politiques classés en fonction de leur intensité : 13 guerres (Angola, Burundi, Congo, Côte d’Ivoire, Libéria, Ouganda, Soudan, Colombie, Népal, Tchétchénie, Afghanistan (2) et Israël-Palestine) et 29 crises sévères donnant un total de 42 conflits ayant entrainé des morts. 42 crises légères ont présenté une violence occasionnelle et 131 avec un caractère non-violent divisés entre 52 manifestations conflictuelles et 79 conflits latents. Le nombre de coups d’État, réussis et ratés, était de 4 : Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Haïti et Vénézuela. [6]

Le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), un autre préstigieux institut d’études stratégiques publiant diverses informations sur le développement de l’armement, les dépenses militaires, la production et le marché de l’armement, le désarmement, les conflits, la prévention des conflits et la sécurité, a révèlé que le total des dépenses militaires mondiales, pour l’année 2002, s’est élevé à 794 milliards de dollars, soit 2,5% du PIB mondial et 128 dollars par habitant sur Terre. La Chine, l’Inde et le Pakistan étaient respectivement les premier, deuxième et troisième importateurs d’armes. [7]

En 2003, 218 conflits politiques ont été observés par le HIIK : 14 guerres (Afrique Centrale, Burundi, Congo (2) Côte d’Ivoire, Libéria, Ouganda, Colombie (3), Indonésie et Irak (3)) et 21 crises sévères donnant un total de 35 conflits où l’usage des armes a été massivement employé. Il y a eu 45 crises légères avec une violence sporadique et 138 conflits non-violents divisés entre 63 manifestations conflictuelles et 75 conflits latents. Le nombre de coups d’État, réussis et ratés, était de 7 : les Commores, Afrique Centrale, Mauritanie, Sao Tomé-et-Principe, Guinée-Bissau, Bolivie et Géorgie. [8]

Le rapport du SIPRI pour l’année 2003 a indiqué que le total des dépenses militaires mondiales s’est élevé à 956 milliards, soit une hausse assez spectaculaire de 11 % par rapport à l’année 2002, en raison notamment du déclenchement de la guerre d’Irak et des interventions militaires en Afghanistan, toutes deux dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Un montant équivalant à 152 dollars par habitant sur terre, alors qu’à cette époque on approchait déjà du milliard de personnes menacées par la famine. Les dépenses militaires au Moyen-Orient ont augmenté d’au moins 10 %. En raison des frontières communes avec l’Irak agressé par la coalition américano-britannique, l’Iran et le Koweït ont augmenté leurs dépenses militaires respectivement de 25 % et 36 %. Pour la troisième année consécutive, la Russie était le principal exportateur d’armes devant les États-Unis. Pour la période 1999-2003, les cinq principaux importateurs étaient la Chine, la Grèce, l’Inde, la Turquie et le Royaume-Uni. [9]

En 2004, 230 conflits politiques ont été enregistrés par le HIIK : 3 guerres (Congo, Soudan et Irak) et 33 crises sévères faisant un total de 36 conflits ayant causé la mort de plusieurs personnes. 51 crises légères où l’usage de la force a été occasionel, et 143 conflits non-violents divisés entre 66 manifestations conflictuelles et 77 conflits latents. Le nombre de coups d’État, réussis et ratés, était de 10 : Guinée, Guinée Equatoriale, Congo (2), Soudan (2), Nigeria, Ghana, Mauritanie (2). [10]

Pour la même année, le SIPRI a rapporté que le total des dépenses militaires mondiales s’était élevé à 1035 milliards de dollars, 2,6 % du PIB mondial, soit une nouvelle hausse de 8 % par rapport à l’année 2003. Entre 1995 et 2004, les dépenses militaires mondiales ont progressé de 23 %. Un montant équivalant à 162 dollars par habitant sur terre. Depuis 2000, la Russie était le principal exportateur d’armes devant les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. La Chine et l’Inde étaient à nouveau les deux principaux importateurs d’armes conventionnelles. [11]

En 2005, 249 conflits politiques ont été analysés par le HIIK : 2 guerres (Soudan et Irak) et 22 crises sévères faisant un total de 24 conflits où il y a eu des violences massives. 74 conflits avec des violences sporadiques et 151 conflits non-violents divisés entre 86 manifestations hostiles et 65 conflits latents. Le nombre de coups d’État, réussis et ratés, était de 3 : Mauritanie, Népal et Kyrgyzstan. La France faisait l’objet de deux analyses consacrées aux violences en Corse et dans les banlieues. [12]

Le SIPRI nous a appris que le total des dépenses militaires mondiales en 2005 s’est élevé à 1118 milliards de dollars, soit une nouvelle hausse de 3,4 % par rapport à l’année 2004. 48 % de ces dépenses ne concernait que les États-Unis, soit près de 1800 dollars par citoyen américain ou 172 dollars par habitant sur terre.[13]

En 2006, 278 conflits politiques ont été examinés par le HIIK : 6 guerres (Somalie, Soudan, Sri Lanka, Afghanistan, Irak et Israël-Liban) et 29 crises sévères donnant un total de 35 conflits avec une intense violence massive et de nombreuses pertes humaines, 83 conflits dans lesquels la violence a été utilisée de façon occasionnelle, et 160 conflits divisés entre 100 manifestations conflictuelles et 60 conflits latents. Le nombre de coups d’État était de 2 : Thaïlande et les îles Fidji. [14]

En 2006, le rapport du SIPRI révèlait que le total des dépenses militaires mondiales s’est élevé à 1204 milliards de dollars, 2,5 % du PIB mondial, soit une nouvelle hausse de 3,5 % par rapport à l’année 2005. Depuis 1997, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 37 % ! À eux seuls, les États-Unis ont déboursé 528,7 milliards, soit 46 % des dépenses militaires de la planète, précisément 1756 dollars par citoyen américain. Les dépenses militaires en Europe orientale ont augmenté de 12 % en un an, la plus grande augmentation toutes régions confondues. Alors que les livraisons d’armes vers l’Iran, en provenance principalement de la Russie, ont énormément attiré l’attention des médias spécialisés, les livraisons des États-Unis vers Israël, l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis étaient largement supérieures. Dépassant enfin la Russie, les États-Unis étaient le premier exportateur d’armes puis venaient l’Allemagne en troisième position, suivie de la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Italie, la Chine, la Suède et Israël. La Chine, l’Inde, la Grèce, les Emirats Arabes Unis, la Corée du Sud, l’Australie, Israël, l’Egypte, la Turquie et l’Iran étaient les dix principaux importateurs d’armes. [15]

En 2007, 344 conflits politiques ont été constatés par le HIIK : 6 guerres (Somalie, Soudan, Pakistan, Sri Lanka, Afghanistan et Irak) et 26 crises sévères faisant un total de 32 conflits très violents ayant causé des pertes humaines et militaires, 107 crises légères avec usage occasionnel de la violence et 198 conflits considérés non-violents divisés entre 126 manifestations conflictuelles et 79 conflits latents. Il n’y a eu qu’un seul coup d’État, aux Philippines. [16]

Le rapport du SIPRI nous révèle que le total des dépenses militaires mondiales en 2007 s’est élevé à 1339 milliards de dollars, soit une nouvelle hausse importante de 6 % par rapport à l’année 2006. Un montant équivalant à environ 202 dollars par habitant sur Terre. Un chiffre qui a atteint un niveau supérieur à celui connu lors de la Seconde Guerre Mondiale. Sur la période 1998-2007, les dépenses militaires de l’Amérique du Nord ont progressé de 65 %, du Moyen-Orient de 62 %, de l’Asie du Sud de 57 %, alors que l’Afrique et l’Asie du Sud-Est atteignent chacune 51 %. C’est en Europe occidentale où l’évolution des dépenses militaires a été la plus faible avec seulement 6 % alors que, sur la même période 1998-2007, les dépenses d’Europe orientale ont massivement augmenté de plus de 162 % ! L’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient restent les principales régions destinataires pour la période 2003-2007. Les principaux exportateurs d’armes étaient, comme d’habitude, les États-Unis suivis de la Russie, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. [17]

En 2008, 345 conflits politiques ont eu lieu selon le HIIK : 9 guerres (Géorgie, Somalie, Soudan, Tchad, Sri Lanka, Pakistan, Afghanistan, Irak et Turquie) et 30 crises sévères donnant un total de 39 conflits avec usage massive de la violence, 95 crises légères avec une faible intensité de la violence et 221 conflits non-violents divisés entre 129 manifestations conflictuelles et 82 conflits latents. Le nombre de coups d’État, réussis et ratés, était de 3 : Mauritanie, Guinée-Bissau et Turquie. [18]

Le rapport du SIPRI de 2008 a établi que le total des dépenses militaires mondiales s’est élevé à 1464 milliards de dollars, 2,4 % du PIB mondial, soit une nouvelle hausse plus légère de 4 % par rapport à l’année 2007. Un montant équivalant à 217 dollars par terrien. 41,5 % de ce montant rien pour les États-Unis, soit plus que les 14 autres principaux pays réunis ! Toujours aux Etats-Unis, le budget à la défense a augmenté de 67 % depuis 1999. Par région sur la période 1999-2008, les dépenses ont augmenté partout sur le globe, en Afrique du Nord de 94 %, en Afrique subsaharienne de 19 %, en Amérique du Nord de 66 %, en Amérique centrale de 21 %, en Amérique du Sud de 50 %, en Asie méridionale de 41 %, en Asie orientale de 56 %, en Océanie de 36 %, au Moyen-Orient de 56 %, en Europe occidentale d’un petit 5 % et enfin, en Europe orientale de 174 % ! [19]

En 2009, 365 conflits politiques ont été mentionnés dans le dernier baromètre annuel des conflits publié par le HIIK : 7 guerres (Afghanistan, Pakistan, Israël-Palestine, Yémen, Sri Lanka et Somalie) et 24 crises sévères donnant un total de 31 conflits hyper-violents entrainant la mort de civils et militaires. 121 crises légères avec des incidents violents et 222 conflits non-violents divisés entre 114 manifestations conflictuelles et 108 conflits latents. Le nombre de coups d’État, réussis et ratés, était de 6 : Guinée, Guinée-Bissau, Madagascar, Togo, Ethiopie et Bolivie. Malgré le caractère des événements, le coup d’État au Honduras n’a pas été pris en compte par les analystes allemands. [20]

Dans son dernier rapport également, le SIPRI révèle que le total des dépenses militaires mondiales pour l’année 2009 s’est élevé à 1531 milliards de dollars, soit une nouvelle hausse de 5,9 % par rapport à l’année 2008 et une augmentation significative de 49 % depuis 2000. Les Etats-Unis, avec une augmentation de 47 milliards de dollars par rapport au budget de 2008, ont représenté 54 % de l’augmentation des dépenses militaires mondiales. Ne disposant pas de chiffres officiels pour la Chine, le SIPRI avance une estimation de 100 milliards de dollars. Quant à la France, elle se positionne troisième de ce classement avec 63,9 milliards de dollars. [21]

Au total, de 2002 à 2009, ce sont 9541 milliards de dollars qui ont été dépensés dans le course à la mort et la destruction. Un montant qui ne tient évidemment pas compte des caisses noires « officiellement inexistantes », et qui ne concerne pas non plus les armes biologiques, chimiques et nucléaires mais uniquement les armes conventionnelles.

En 2002, le SIPRI annonçait déjà une hausse jusqu’à 2009, la guerre contre le terrorisme expliquant entre autre cette tendance à la hausse. Tout comme les conflits ont augmenté dans le monde depuis 2002, les dépenses mondiales ont explosé depuis 2002. Cependant, il importe de préciser que l’augmentation des conflits n’est pas une conséquence directe de la hausse des dépenses militaires, et vice versa. Il est très difficile de retracer l’origine des armes utilisées dans certaines zones de conflit, comme en Afrique. Toutefois, personne n’ignore quels sont les pays d’origine de ces armes qui se retrouvent un jour ou l’autre sur le marché noir. De même qu’il faut signaler que les marchands d’armes n’équipent pas que des nations embourbées dans des guerres mais de nombreux pays tels que le Brésil, la Chine, l’Inde et le Vénézuela équipent ou modernisent leurs forces armées en prévention à la sécurité de leurs ressources naturelles pouvant attiser la convoitise des puissances en mal de matières premières.

Selon le rapport d’étude « Guerre et paix au XXIe siècle » menée par le professeur Andrew Mack du Human Security Center et financée par le Canada, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège et la Suisse, le nombre de conflits armés a diminué de 40 % depuis 1992. Malgré le massacre de Srébenica en Bosnie et le génocide du Rwanda, le nombre de génocides et autres massacres d’ampleur a chuté de 80 % entre 1988 et 2001. En 1950, une guerre faisait en moyenne 38 000 morts, contre 600 morts en 2002. Le correspondant Philippe Bolopion du journal Le Monde écrivait en octobre 2005, « cette tendance forte, décrite en préambule du rapport par l’archevêque Desmond Tutu comme un « rare message d’espoir », renverse un demi-siècle d’augmentation du nombre des conflits armés et de leur cortège de violence, dans le sillage de la Seconde Guerre Mondiale. »

En effet, les guerres modernes sont pour la majorité des cas devenues des guerres asymétriques. C’est à dire que la guerre confronte l’armée d’un État à des combattants dotés d’une capacité matérielle réduite, privilégiant des formes de combat insurrectionnelles et utilisant les points faibles de l’adversaire pour atteindre leur but. Ceci est une raison qui explique la diminution du nombre de morts. « Nous ne sommes plus dans le cas d’énormes guerres avec d’énormes armées, d’importants engagements et des armes conventionnelles lourdes », a déclaré Andrew Mack. « Les guerres d’aujourd’hui sont des combats de faible intensité à l’arme légère, de petites armes dans des pays très pauvres. Ils sont souvent extrêmement brutaux mais ils ne tuent pas beaucoup de gens », a rajouté le professeur lors d’une conférence de presse en 2005.

Bien que le nombre de morts dans un conflit armé à fortement baissé, les armes font de nombreux morts dans les zones hors-conflits comme le milieu urbain. Aux Etats-Unis, il y a 30 000 morts par arme à feu chaque année, soit presque autant que le nombre moyen de morts d’un conflit armée dans les années 1950. Pour l’année 2003, les Etats-Unis ont recensé 30 242 victimes, soit 83 par jour, répartis comme suit : 17 108 suicides, 11 829 homicides et 762 tirs non-intentionnels ou accidentels. Il y a douze fois plus d’homicides par arme à feu aux Etats-Unis qu’en Europe. En 2002 par exemple, aux Etats-Unis il y a eu 10 801 homicides pour 275 millions d’habitants tandis que l’Union européenne a compté 1260 homicides pour 376 millions d’habitants.

S’il y a bien deux industries qui ne connaîtront jamais la crise, ce sont ceux de l’armement et des pompes funèbres. En cette époque décadente de marchandisation du monde où même la virginité d’une femme est monnayée sur Internet, la guerre est un marché bien trop juteux pour que le lobby des armes se remémore « A Beastly Century ». Aux chiottes l’ethique ! Après tout, la valeur d’une vie humaine n’est qu’une statistique. Tous ces chiffres mentionnés sont affolants. Politiquement très sensibles pour des raisons évidentes, quoi de plus normal que de ne pas voir de compteur de morts placé dans un lieu publique comme il existe un compteur de la dette publique états-unienne installé au 1133 Sixth Avenue, près de Times Square à New-York. L’argent d’abord.

Saïd Ahmiri

Notes

[1] : http://www.clingendael.nl/publications/2006/20060800_cdsp_occ_leitenberg.pdf

[2] : http://pedagogie.ac-montpellier.fr/hist_geo/defense/pdf/cercle/trafics.pdf

[3] : http://www.wsws.org/francais/News/2006/octobre06/131006_irak.shtml

[4] : http://www.voltairenet.org/article163975.html

[5] : http://www.rawa.org/civilian_fr.htm

[6] : Conflict Barometer 2002 http://hiik.de/en/konfliktbarometer/pdf/ConflictBarometer_2002.pdf

[7] : SIPRI Yearbook 2003 http://www.sipri.org/yearbook/2003/files/SIPRIYB03miniFR.pdf

[8] : Conflict Barometer 2003 http://hiik.de/en/konfliktbarometer/pdf/ConflictBarometer_2003.pdf

[9] : SIPRI Yearbook 2004 http://www.sipri.org/yearbook/2004/files/SIPRIYB04miniFR.pdf

[10] : Conflict Barometer 2004 http://hiik.de/en/konfliktbarometer/pdf/ConflictBarometer_2004.pdf

[11] : SIPRI Yearbook 2005 http://www.sipri.org/yearbook/2005/files/mini/SIPRIYB05miniFR.pdf

[12] : Conflict Barometer 2005 http://hiik.de/en/konfliktbarometer/pdf/ConflictBarometer_2005.pdf

[13] : SIPRI Yearbook 2006 http://www.sipri.org/yearbook/2006/files/mini/yb06minifr.pdf

[14] : Conflict Barometer 2006 http://hiik.de/en/konfliktbarometer/pdf/ConflictBarometer_2006.pdf

[15] : SIPRI Yearbook 2007 http://www.sipri.org/yearbook/2007/files/mini/yb07minifr.pdf

[16] : Conflict Barometer 2007 http://hiik.de/en/konfliktbarometer/pdf/ConflictBarometer_2006.pdf

[17] : SIPRI Yearbook 2008 http://www.sipri.org/yearbook/2008/files/SIPRIYB08summaryFR.pdf

[18] : Conflict Barometer 2008 http://hiik.de/en/konfliktbarometer/pdf/ConflictBarometer_2008.pdf

[19] : SIPRI Yearbook 2009 http://www.iris-france.org/docs/kfm_docs/docs/2010-03-sipri-yb-summary-fr.pdf

[20] : Conflict Barometer 2009 http://hiik.de/en/konfliktbarometer/pdf/ConflictBarometer_2009.pdf

[21] : http://www.sipri.org/media/pressreleases/pressreleasetranslations/yearbooklaunchFRE

L’automne des patriarches

25 mar

par Abdellah Tourabi pour La vie des idées

Deux révolutions et deux présidents déchus en quelques semaines. Longtemps présenté comme une région rétive à la démocratisation et au changement, le monde arabe est secoué par un vent de révolte, qui pourrait mettre fin au mythe de « l’exception autoritaire » arabe.

Dans son dernier film, Le Chaos [1], le cinéaste égyptien Youssef Chahine décrit le soulèvement d’un quartier du Caire contre la tyrannie et la brutalité d’un chef de police qui terrorise les habitants du quartier, rackette ses commerçants et torture les détenus dans son commissariat. Le personnage de Hatem, le policier véreux, incarne l’autocrate arabe, qui n’a pour légitimité que sa propre violence, arrogant avec les faibles et obséquieux à l’égard des puissants. « Celui qui n’aime pas Hatem, n’aime pas l’Égypte » répète ce tyranneau à un commerçant qui refuse de payer sa dîme ou à un jeune qui s’oppose à ses pratiques. La fin du film préfigure la révolte égyptienne du 25 janvier 2011 : les habitants du quartier s’insurgent contre le pouvoir absolu du chef de police et l’assiègent dans son commissariat pour réclamer son départ et sa traduction en justice.

Dans cette œuvre prémonitoire, Youssef Chahine livre une description acérée des dysfonctionnements du régime égyptien qui allaient conduire à la révolte et au soulèvement populaire : la corruption, la répression, et l’absolutisme. Quelques années plus tard, la révolte imaginée par Youssef Chahine est devenue réalité. Des centaines de milliers de manifestants ont occupé la place Attahrir, au cœur de la capitale égyptienne, pour obtenir le départ du président Hosni Moubarak.

Par un effet domino, le soulèvement populaire en Égypte a été suscité et encouragé par le succès de la révolution du Jasmin en Tunisie, qui a réussi à renverser, en quelques semaines, le régime autoritaire du président Ben Ali. Inquiets de la propagation de ce vent de révolte, de nombreux chefs d’États arabes ont pris des mesures politiques et économiques pour apaiser les esprits et anticiper les troubles dans leurs pays. C’est ainsi que le roi Abdallah de Jordanie a procédé au limogeage de son Premier ministre ; au Yémen, le président Ali Abdellah Saleh, au pouvoir depuis trente deux ans, a annoncé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat, tandis qu’en Algérie, au Maroc et en Libye, des décisions économiques ont été prises en faveur des couches populaires. Mais malgré ces mesures, le spectre de la contagion se profile, annonçant la fin de l’exception autoritaire arabe.

Résistance à la démocratie

Au début des années 1990, une vague de démocratisation déferlait sur le monde [2] marquant l’effondrement de plusieurs régimes, notamment en Europe de l’Est et en Amérique latine, et leur remplacement par des expériences démocratiques. Le monde arabe est resté à l’abri de cette dynamique, constituant une « exception autoritaire » [3], qui a suscité une littérature abondante sur les raisons de cette résistance. Plusieurs dimensions ont été explorées pour expliquer la forte résilience de l’autoritarisme dans le monde arabe et les ressorts qui empêchent l’émergence de la démocratie dans cette région.

Certains modèles insistent essentiellement sur le rôle des structures sociales traditionnelles dans la genèse et le renforcement de l’autoritarisme dans le monde arabe. L’intellectuel palestinien Hisham Sharabi a ainsi essayé de démontrer, dans un célèbre essai, comment les rapports d’autorité et de domination sont fortement ancrés dans la culture politique arabe [4]. Pour lui, les relations entre les États et les individus dans les sociétés arabes empruntent les mêmes schémas de fonctionnement qu’au sein de la structure familiale, avec la figure du père répressif, autoritaire et dominant, mais nécessaire et entretenant ses enfants dans une situation de dépendance. La culture néo-patriarcale dans cette région, selon Sharabi, se caractérise par une personnification du pouvoir politique et par des mécanismes de médiation et de clientélisme qui maintiennent l’équilibre de ce système et assurent sa persistance [5]. Un autre modèle théorique pour expliquer l’autoritarisme arabe est fourni par l’anthropologue Abdellah Hammoudi [6]. En s’appuyant sur l’exemple marocain, Hammoudi présente les rapports entre le maître et son disciple dans les confréries mystiques comme paradigmatiques des liens de domination et de soumission dans la sphère politique arabe. Le disciple, qui s’efface en tant qu’individu et se dissout totalement dans le pouvoir spirituel et le prestige de son maître, est le modèle qui annonce le citoyen arabe, renonçant à sa liberté et à sa singularité et acceptant de s’insérer dans une logique de soumission à l’autorité tutélaire du chef politique. D’autres analyses mettent en avant le contrôle des ressources économiques par les régimes arabes, dans le but d’asseoir leur domination et de maintenir les citoyens dans des conditions de dépendance et de soumission. Certains États, notamment les pays du Golfe, « achètent » donc la paix sociale et politique par le biais de la redistribution de la rente que procurent les ressources naturelles dont ils sont nantis. Cette situation d’ « État rentier » [7], permet aux régimes en place de se passer des recettes fiscales, et de contourner ainsi les aspirations démocratiques qui établissent une corrélation entre l’acquittement des impôts et le droit de contrôler les politiques menées par les États. Le mythe fondateur de la pratique démocratique, « Pas de taxation sans représentation », devient donc sans fondement dans des États à faible ponction fiscale où les individus entretiennent des liens de clientélisme avec les gouvernants. L’opposition est perçue alors comme une menace à la situation de rente et un risque de déstabilisation susceptible de priver les bénéficiaires de ce système de redistribution. Malgré la mise en place de quelques mesures de libéralisation politique et l’adoption de réformes permettant d’élargir les marges de libertés dans certains pays arabes (notamment en Jordanie, au Maroc et au Koweït), le trait commun entre ces régimes demeure la persistance de l’autoritarisme et l’existence d’un grand déficit démocratique. Les révolutions tunisienne et égyptienne qui ont marqué le début de 2011 permettent cependant de croire au démantèlement du phénomène autoritaire dans le monde arabe. Certains éléments en œuvre dans ces révolutions laissent présager que plus rien ne sera comme avant et qu’une dynamique de changement et de réformes profondes a été enclenchée.

Des légitimités fragiles

Dans son analyse de la révolution française et la comparaison, en filigrane, avec le fonctionnement de la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville remarquait que la puissance ou la faiblesse de l’État, et ses rapports avec la société, déterminent la nature des changements et leur degré de radicalité. D’après Tocqueville, la domination de l’État en France et son ascendant sur la société ne laissaient de place qu’à la révolution et au changement brutal. En revanche, il remarquait qu’en Amérique, les revendications sociales et politiques avaient des chances d’aboutir en raison de la relative faiblesse de l’État et de la forte mobilisation dont la société était capable. La révolution politique en France prend ainsi des allures de révolution religieuse, intransigeante et radicale, balayant tout sur son passage, qui ne se contente pas de réformer ce qui devrait être réformé, mais tente de créer un homme nouveau et une société nouvelle [8]. Ce constat de Tocqueville pour la révolution française peut aider à comprendre les ressorts des révolutions tunisienne et égyptienne.

Après le processus de décolonisation, les États dans le monde arabe ont été conçus comme des puissances de transformation, ayant pour mission de changer les sociétés et de concrétiser les espérances de développement, de justice sociale et d’indépendance politique et économique. Les mouvements d’opposition, les espaces de contestation et le pluralisme politique ont été réduits ou supprimés par les États arabes, sous prétexte de lutte contre l’impérialisme ou de réalisation de grands chantiers de développement. Les structures traditionnelles de médiation entre le pouvoir politique et la société ont été dévoyées et transformées en réseaux de clientèle et de distribution de prébendes permettant aux États de consolider leur domination. Le conflit israélo-arabe a également permis à de nombreux régimes d’étouffer toute velléité d’opposition, en brandissant la menace du « complot étranger » et de la compromission avec « l’ennemi sioniste » [9]. L’usage de la répression et de la violence a renforcé cette puissance de l’État face à la société dans le monde arabe. Toutes les soupapes qui auraient permis de réguler les demandes et les revendications populaires ont été fermées, créant une situation de frustration et d’exaspération qui s’est exprimée sous des formes violentes et épisodiques (les émeutes du pain, les tentatives d’assassinat des dirigeants politiques…).

Plus d’un demi-siècle après la décolonisation, et à la suite de la signature de traités de paix avec Israël par des pays arabes (Égypte, Jordanie), la légitimité historique de ces régimes s’est effritée et a été soumise à forte contestation. Le discours nationaliste, tenu par certains régimes, mettant en relief la lutte contre « l’ennemi sioniste » et « le complot étranger » se retrouvait en totale contradiction avec les politiques menées par ces régimes et la nécessité de s’insérer dans l’économie mondiale en accueillant des investissements occidentaux et des millions de touristes chaque année. Une transformation démographique s’est parallèlement opérée dans la région : la majorité de la population est désormais jeune et en décalage total avec la génération des dirigeants en place [10]. Elle estime que le « grand récit » tenu par les chefs d’État arabes sur la lutte pour l’indépendance et la participation aux guerres contre les ennemis historiques est obsolète et caduc. Il est ainsi remarquable que pendant le dernier discours du président égyptien H. Moubarak, alors que celui-ci insistait sur son passé de soldat et de chef de l’armée de l’air égyptienne pendant la guerre de 1973, les manifestants de la place Attahrir continuaient à crier « irhal, irhal » (« dégage, dégage »). Pour cette jeune génération, leurs dirigeants ont failli à leur mission ; ils incarnent un système répressif, corrompu, servant à l’enrichissement personnel des dirigeants et de leurs familles. Les manifestants à Tunis et au Caire reprochaient notamment aux régimes qu’ils ont renversés leur manque d’exemplarité morale et leur subornation. Cette situation d’effondrement des régimes à cause de leur corruption et leur décadence morale aux yeux de leur peuple rappelle les analyses de l’historien arabe Ibn Khaldûn. En observant les dynasties au pouvoir en Afrique du Nord, cet historien estimait que les États sont initialement portés par une Assabiya, un esprit de corps tribal ou religieux, qui permet à un chef de se hisser au pouvoir. Mais pour Ibn Khaldûn, cet esprit de corps n’est pas suffisant, car il peut pousser à un exercice excessif de l’autorité, nécessitant alors l’intervention des Khisal, c’est-à-dire des vertus personnelles du chef et son exemplarité morale, qui neutralisent les penchants pour l’injustice et la corruption [11]. Le cycle de décadence est déclenché, selon Ibn Khaldûn, quand ces vertus disparaissent et que les gouvernants n’incarnent, aux yeux de leurs sujets, que déliquescence morale et tyrannie. Dans cette perspective les révolutions tunisienne et égyptienne ont été considérées comme une renaissance, une opération de « nettoyage » en vue d’une nouvelle « hygiène » politique et sociale. Au lendemain des départs des deux présidents déchus, les manifestants tunisiens et égyptiens ont procédé au nettoyage des rues et des places où des sit-in avaient été tenus, d’abord pour signifier la nature pacifique et organisée de leurs soulèvements, mais aussi pour marquer symboliquement le début d’une nouvelle ère, basée sur des règles saines et solides.

L’armée des ombres

Dans une chronique pleine d’humour et d’ironie, le journaliste égyptien Mamoun Fandi a décrit les affrontements entre les manifestants qui réclamaient le départ de Moubarak et les partisans de ce dernier comme une bataille entre « l’âne et Facebook » [12]. Pour M. Fandi, ces heurts étaient symptomatiques d’une lutte entre deux visions de l’avenir de l’Égypte : une jeunesse moderne, arrimée à son monde, et aspirant à la démocratie et à l’universalité, et ceux « qui veulent faire revenir l’Égypte au Moyen-Âge », selon l’expression du chroniqueur. Il est un peu excessif de considérer les deux soulèvements populaires comme des « révolutions Facebook ». Dans les deux pays, les réseaux sociaux ont cependant été déterminants dans la mobilisation des jeunes manifestants. L’usage des réseaux sociaux a donné aux deux révolutions leur spontanéité et leur indépendance à l’égard des organisations politiques traditionnelles. Une véritable armée des ombres, formée de pseudonymes, de blogs, de commentaires anonymes sur les forums, s’est ainsi constituée au fil du temps, pour dénoncer, à l’abri de la censure, la nature autoritaire des régimes. Les révolutions tunisienne et égyptienne se sont nourries d’images et de vidéos prises lors des affrontements avec les forces de l’ordre, montrant l’héroïsme des jeunes manifestants et la violence illégitime des régimes. La vidéo d’un manifestant égyptien bloquant la route à des camions de police, rappelant le fameux acte de l’opposant chinois à la place Tiananmen, a été présentée comme le symbole de la chute du « mur de la peur » chez le peuple égyptien. La transmission virale de ces vidéos, par des sites de partage ou par les réseaux sociaux, a enhardi de nouveaux manifestants et encouragé d’autres personnes, réticentes, à descendre dans les rues. Ces révolutions annoncent aussi l’effondrement du secret et de l’opacité qui entouraient généralement les dictatures dans le monde arabe. « Chacun voit aisément ce qu’on paraît être, mais presque personne n’identifie ce qu’on est ; et ce petit nombre d’esprits pénétrants n’ose pas contredire la multitude, qui a pour bouclier la majesté de l’État ». Cette maxime de Machiavel, élevée au rang de politique d’État par les dirigeants arabes, est devenue inopérante. Les fortunes des chefs d’État, les scandales de leur entourage et les violations des droits de l’homme qu’ils ont commises ont été étalés sur Internet et rendus accessibles à leurs peuples. Sans chercher à établir un lien de causalité entre les deux événements, il est notable que les révolutions arabes se soient produites quelques semaines seulement après les révélations de Wikileaks qui ont permis aux Tunisiens et aux Égyptiens de découvrir ce que la diplomatie américaine pensait des deux régimes, et d’accéder à de nouvelles informations sur l’étendue de la corruption dans leurs pays. La chaîne Al Jazeera, en donnant la parole à l’opposition égyptienne et tunisienne, a également participé à l’éclatement de cette bulle d’opacité. Quand les télévisions publiques, dans les deux pays, minimisaient le nombre des manifestants et passaient sous silence la répression des jeunes présents dans les rues, Al Jazeera diffusait les images des victimes, et montrait l’ampleur de la mobilisation.

Si une seule image devait symboliser l’impuissance des régimes autoritaires arabes à maintenir leurs peuples dans l’opacité et la désinformation, ce serait ainsi celle de la télévision publique égyptienne diffusant en boucle la vidéo d’un pont sur le Nil sur lequel la circulation était normale, tandis que sur Al Jazeera, des centaines de milliers de personnes scandaient « Dégage, dégage ».

Abdellah Tourabi

à lire également sur le même sujet :

- Une révolution globale qui renvoie les Arabes sur la scène de leur histoire

- La révolution arabe et la reconquête de l’identité

- Les deux phases des révolutions arabes

Notes

1] Pour des raisons de santé, Youssef Chahine a coréalisé ce film avec son assistant Khaled Youssef. Y. Chahine est décédé en juillet 2008, quelques mois après la sortie du film.

[2] Sous le nom de « troisième vague de démocratisation », Samuel Huntington désigne une séquence historique qui va de 1974 à 1991, marquée par des expériences de transition démocratique. Plus de trente pays (En Europe, en Asie et en Amérique latine) ont réussi pendant cette période à renverser leurs régimes autoritaires et passer à la démocratie. Samuel Huntington, The third wave. Democratization in the Late Twentieth Century. University of Oklahoma Press, 1992.

[3] Michel Camau « Globalisation démocratique et exception autoritaire arabe  », Critique internationale 1/2006 (n° 30), p. 59-81.

[4] Hisham Sharabi. Neopatriarchy : A theory of distorted change in arab society, New York, Oxford University Press, 1988.

[5] Il est intéressant de constater que les deux présidents déchus, Z. Ben Ali et H. Moubarak, ont eu recours dans leurs derniers discours à une posture paternaliste. Les deux présidents se sont adressés aux jeunes manifestants, comme s’ils étaient leurs propres enfants, en leur rappelant tous les sacrifices qu’ils ont consentis pour eux. Les pro-Moubarak ont eu recours également à cette lecture, en reprochant aux manifestants de malmener et d’humilier la figure du « père/président » en contestant son autorité et en demandant son départ.

[6] Abdellah Hammoudi, Master and disciple. The cultural foundations of moroccan authoritarianism, Chicago University Press, 1997.

[7] Hazem Beblawi, Giacomo Luciani(eds), The Rentier State, Londres, Croom Helm, 1987

[8] Tocqueville, Œuvres, Tome 2, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard. p. 89.

[9] L’existence d’un complot étranger visant la stabilité du pays a été présentée par le président H. Moubarak et ses partisans pour décrédibiliser les manifestants, présents sur la place Attahrir.

[10] Hosni Moubarak (83 ans), Zine Al Abidin Ben Ali (75 ans), Abdelaziz Bouteflika (74 ans), Mouamar Kadhafi (69 ans, au pouvoir depuis 40 ans).

[11] Ibn Khaldûn, Le livre des exemples, Tome 1. Gallimard. 2002.

[12] Voir http://www.aawsat.com. Le chroniqueur fait allusion à l’irruption des partisans de Moubarak dans la place Attahrir au Caire, à dos de chameaux et de chevaux, pour intimider les manifestants.

Source : La vie des idées

Réunion publique : Les révolutions au Maghreb et au Moyen Orient et la théorie de la Révolution permanente

25 mar

par WSWS

Réunion publique à Paris le dimanche 3 avril

Les soulèvements révolutionnaires en Tunisie et en Egypte marquent le début d’une ère nouvelle de lutte des classes dans le monde. La classe ouvrière a démontré son énorme puissance sociale. Elle a refusé de se laisser intimider ou brider et a contraint les despotes Moubarak et Ben Ali à démissionner.

Mais, les révolutions en sont encore à leur stade initial. Les dictateurs sont partis mais les régimes demeurent. En Egypte, le pouvoir est entre les mains de l’armée, en Tunisie, des proches de Ben Ali composent le gouvernement avec un certain nombre de membres de l’opposition servant d’alibi politique.

La révolution ne peut pas se limiter à une vague revendication de démocratie. Les aspirations des travailleurs et des jeunes – pour l’emploi, de meilleurs salaires, un avenir sûr – ne peuvent être satisfaites que par l’abolition de la propriété capitaliste, des rapports semi-féodaux existant à la campagne et de la domination impérialiste. La lutte pour la démocratie est indissolublement liée à la lutte pour le pouvoir ouvrier et la transformation socialiste de la société.

Ces événements ont confirmé la signification cruciale de la théorie de la Révolution permanente de Trotsky et de la lutte menée par le Comité international de la Quatrième Internationale pour la construction d’une direction révolutionnaire fondée sur cette perspective.

Les révolutions au Maghreb et au Moyen Orient sont liées à la lutte des classes en France et à travers le monde. Partout, la classe ouvrière est confrontée aux mêmes problèmes – baisse du niveau de vie, chômage et pauvreté croissants, austérité et destruction des droits démocratiques. A l’autre extrémité de la société, une infime élite financière a amassé une richesse fabuleuse et a la mainmise sur tous les partis politiques.

En France, les travailleurs doivent rompre avec toutes les organisations qui défendent le capitalisme –Parti socialiste, Parti communiste français, syndicats et leurs alliés au Parti de Gauche et au Nouveau parti anticapitaliste (NPA) – pour emprunter la voie de la révolution socialiste internationale. Notre réunion discutera de la signification des événements du Maghreb et du Moyen Orient ainsi que de la construction d’une nouvelle direction révolutionnaire pour la classe ouvrière de part et d’autre de la Méditerranée.

Dimanche 3 avril 2011 à 14 heures
AGECA
177, rue de Charonne
Paris 11ème
Métro : Charonne, ligne 9

Après l’intervention de la coalition occidentale contre la Libye, quels sont les scénarios possibles ?

22 mar

par Mohamed Tahar Bensaada pour Oumma.com

Comme on pouvait s’y attendre l’intervention militaire de la coalition occidentale contre la Libye n’a pas été accueillie avec le même enthousiasme partout. Si les mobiles « humanitaires » invoqués officiellement pour justifier le recours à la force contre la Libye ne semblent pas convaincre tout le monde, il reste à examiner les conséquences politiques et diplomatiques de cette intervention militaire d’envergure.

Il faut d’abord rappeler que les ambiguïtés de la résolution 1973 du Conseil de sécurité autorisant l’usage de la force contre la Libye ne pouvaient qu’interférer gravement dans les modalités d’application sur le terrain comme le craignaient les puissances qui se sont abstenues lors du vote et les organisations internationales qui doutent que le recours à la force armée puisse résoudre la crise et diminuer les souffrances des populations civiles.

En effet, l’autorisation de l’usage de la force n’a manifestement pas été interprétée de la même manière par les puissances désireuses d’intervenir, chacune pour ses propres intérêts, qui ne correspondent pas nécessairement à ceux des autres alliés impliqués dans les opérations militaires. Dès le lendemain des frappes de la coalition occidentale contre des objectifs libyens, des fissures ont commencé à apparaître au sein de la dite coalition.

Alors même que la résolution stipule explicitement qu’elle vise à instaurer une zone d’exclusion aérienne en invitant certes les Etats membres à prendre toutes les mesures en vue de protéger les populations civiles, la France a décidé de lancer des frappes aériennes contre des véhicules blindés des forces gouvernementales dans la région de Benghazi. Ces frappes peuvent difficilement s’inscrire dans le mandat onusien contrairement aux frappes de la marine et de l’aviation américaines qui ont visé les défenses aériennes libyennes, ce qui constitue une condition technique indispensable à l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne sans danger pour les avions occidentaux.

Premières fissures dans le camp occidental

Pour éviter d’avoir à montrer leurs divisions dès les premiers jours de l’opération militaire commune, les alliés n’ont pas jugé utile de rendre publiques leurs divergences. Mais une lecture attentive des déclarations de leurs dirigeants politiques pourrait nous renseigner sur l’état de la question. Dès le premier soir de l’intervention militaire, La président Obama a déclaré qu’il a été contraint de donner l’ordre des frappes aéronavales et qu’il a pris cette décision en concertation avec ses alliés mais le plus important dans cette déclaration est que Washington « ne cherche pas à éliminer le régime de Kadhafi ». C’est un tout autre son de cloche que nous avons du côté français. Alain Juppé n’a pas caché que l’objectif de l’intervention militaire était d’aider le peuple libyen (entendez l’opposition de Benghazi) à imposer son choix (entendez la démocratie version Sarkozy).

Autre fissure d’importance pour le camp occidental. Il s’agit de la réaction officielle du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa qui a déclaré au lendemain des frappes occidentales : « Ce qui s’est passé en Libye diffère du but qui est d’imposer une zone d’exclusion aérienne et ce que nous voulons c’est la protection des civils et pas le bombardement d’autres civils » (allusion faite aux victimes civiles du bombardement de Tripoli). L’Allemagne qui s’est abstenue lors du vote de la résolution 1973 a profité de la réaction de la Ligue arabe pour enfoncer le clou.

Son ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle a été direct : « Nous estimons qu’il y a des risques avec l’opération en cours en Libye et lorsque nous entendons ce que la Ligue arabe a dit hier (dimanche) malheureusement nous constatons que nous avons des raisons d’être préoccupés ». Il faut rappeler qu’une semaine avant le début des frappes occidentales, le ministre allemand des affaires étrangères a, dans une déclaration datant du samedi 12 mars, mis en garde contre ce qui pourrait s’apparenter à une « croisade » dirigée « contre des populations de confession musulmanes » ! C’est la première fois qu’un dirigeant occidental a le courage d’appeler les choses par leur nom !

La diplomatie allemande a toutes les raisons de se préoccuper de la position de la Ligue arabe dans la mesure où la coalition occidentale a utilisé les Etats arabes pour donner une plus grande légitimité internationale à l’opération et éviter de la faire passer aux yeux de l’opinion publique arabe et musulmane pour une « croisade ». Au sommet de Paris qui devait rassembler des Etats occidentaux, arabes et africains et qui a finalement été boycotté par les Etats de l’Union africaine, outre les alliés occidentaux, seuls cinq Etats arabes ont assisté et ont donné leur aval aux frappes aériennes qui ont été lancées dans la soirée de samedi 19 mars. Il s’agit du Qatar, des Emirats arabes unis, de la Jordanie, du Maroc et de l’Irak.

Les deux premiers Etats participent avec six Mirage chacun à la coalition occidentale contre la Libye. Les trois autres pays ne participent pas concrètement pour des raisons différentes : la Jordanie et l’Irak n’ont pas vraiment les moyens pour une intervention lointaine, le Maroc est excusé pour ne pas à froisser ses voisins maghrébins. Mais si l’opération militaires sort du cadre précis du mandat onusien comme le lui reproche explicitement le secrétaire général de la Ligue arabe, les Etats arabes qui se sont mouillés jusqu’au cou risquent de devoir trouver d’autres justificatifs pour légitimer leur position auprès de leur opinion publique.

La volte-face de la Ligue arabe pourrait d’autant plus poser problème qu’elle vient confirmer les positions de la diplomatie turque qui sort renforcée des derniers développements en rapport avec le conflit libyen. Dès le début, Ankara a manifesté son opposition à l’intervention militaire occidentale en Libye. Après les premières frappes, Ankara a appelé, par la voix de son premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, à « la cessation des opérations militaires en Libye ». Son représentant auprès de l’OTAN a estimé, quant à lui, que « l’intervention de la coalition a changé les paramètres pour l’OTAN, ce qui devrait se refléter dans sa planification… La Turquie n’est pas d’accord avec la zone d’exclusion aérienne, car elle suppose des frappes sur le sol libyen ».

Les implications militaires et politiques sur le terrain

Si l’opération militaire occidentale ne s’annonce pas sous les meilleurs jours d’un point de vue diplomatique, il reste à savoir quelles seraient ses implications militaires et politiques réelles sur le terrain en Libye même. Plusieurs scénarios peuvent être envisagés à court et moyen termes.

Premier scénario : une intervention terrestre

Le premier scénario verrait la coalition occidentale se ressouder et passer outre les oppositions internationales en vue de lancer une intervention militaire d’envergure qui pourrait se terminer par une intervention terrestre. Le but étant de renverser le régime de Kadhafi et de mettre à sa place un régime « démocratique » fantoche. Ce scénario qu’on ne peut exclure absolument paraît peu probable en l’état actuel des choses sauf si Kadhafi s’abaissait à donner aux Occidentaux le prétexte pour une telle intervention par l’utilisation –très peu probable- d’armes prohibées contre son peuple. Mais si la situation reste telle qu’elle est sur le terrain, on voit mal les Américains prendre le risque de s’embourber dans un tel conflit. D’un point de vue américain, le calcul des pertes et profits d’un tel scénario ne milite pas en sa faveur. Les Américains risqueraient de froisser plus d’un allié sérieux sans s’assurer au bout du compte d’un résultat meilleur que ce qu’ils pourraient avoir autrement Cela nous amène au second scénario.

Second scénario : Application vicieuse de la résolution 1973

Si les fissures apparues dans le camp occidental venaient à se confirmer et peut-être à s’aggraver, les Occidentaux seraient contraints de revenir – au moins en apparence- à l’application de la résolution 1973. Tout en interdisant à Kadhafi d’utiliser son aviation, ils seront contraints d’assister passivement à la reprise des hostilités entre forces gouvernementales et forces insurgées jusqu’à ce qu’un camp puisse l’emporter sur l’autre. Mais la neutralité face à une guerre civile pourrait ne pas les enchanter, non pas tant à cause des victimes civiles que cette guerre continuera à faucher qu’à cause du fait qu’elle risque peut-être de déboucher sur un résultat qu’ils ne souhaitent guère : l’écrasement de l’opposition de Benghazi et le triomphe de Kadhafi. Ce scénario est à écarter pour cette raison. Les Occidentaux ne peuvent se permettre de laisser Kadhafi reprendre le contrôle du pays. D’abord parce que cela constituerait un affront inadmissible. Ensuite par crainte qu’il se venge et qu’il mobilise les formidables ressources de son pays contre leurs plans hégémoniques dans la région.

Comme ils ne peuvent se résoudre à cette solution, les Occidentaux pourraient passer à une application plus vicieuse de la résolution 1973. C’est le scénario de l’intervention clandestine. Officiellement, les Occidentaux n’interviennent que pour faire respecter la zone d’exclusion aérienne. Dans les faits, ils poursuivent ce que la France a commencé à faire : soutenir discrètement les forces rebelles en empêchant les forces gouvernementales d’avancer sous prétexte de protéger les populations civiles et en permettant aux rebelles d’avancer quitte à fermer les yeux sur leurs exactions contre les civils. Les Occidentaux peuvent également armer les rebelles comme ils ont déjà commencé à le faire via l’Egypte. Le Wall Street Journal a rapporté les déclarations d’un dirigeant rebelle qui reconnaît qu’ils ont acheté des armes à l’Egypte et que cette dernière n’aurait pas pu leur vendre ces armes sans l’aval des Américains.

Dans ce scénario très vraisemblable, les pétromonarchies du Golfe seront bien entendu mises à contribution. Même quand ils tuent, les Occidentaux n’oublient pas le business. Les 112 missiles tirés par l’aéronavale américaine durant la soirée du samedi 19 Mars ont couté la bagatelle de 100 millions dollars à raison de 900 000 de dollars le missile ! C’est la somme qui aurait pu aider les paysans affamés du Niger à faire face aux conséquences de la dernière sécheresse mais cela ne fait manifestement pas partie des mêmes urgences « humanitaires » !

Le problème avec ce scénario est que malgré un soutien occidental et arabe aux rebelles de Benghazi, le résultat ne sera pas garanti d’avance. Les rapports de forces internes déjà complexes seront davantage compliqués par l’intervention étrangère. Il faut ajouter à cela le fait que le clan Kadhafi saura également trouver des soutiens extérieurs au cas où la guerre civile dure plus que prévu. Cette perspective pourrait accélérer l’effondrement de ce qui reste d’un Etat presqu’inexistant. Le risque de somalisation deviendra réel et à moins de le rechercher pour des raisons inavouées, on voit mal les Américains autoriser pareil dérapage.

Troisième scénario : Application scrupuleuse de la résolution 1973

Un troisième scénario pourrait voir le jour sous la pression de facteurs aussi bien politico-militaires internes que diplomatiques. C’est le scénario qui verrait les puissances de la coalition internationale revenir à une application scrupuleuse de la résolution 1973, une application qui serait plus soucieuse de l’esprit du texte et de la charte des Nations Unies. Outre la protection des populations civiles, il s’agit de revenir à la neutralité stipulée par le droit international et à l’interdiction de recourir à la force dans les relations internationales surtout quand il s’agit de changer la nature du régime politique d’un Etat indépendant et souverain, membre de l’ONU. Pour ce faire, l’intervention de la coalition internationale pourrait tout au plus préparer le terrain à la diplomatie comme le souhaitent des puissances comme la Russie, la Chine, l’Allemagne, l’Inde, Le Brésil et la Turquie.

Rien n’interdit aux Occidentaux et à leurs alliés arabes de soutenir l’opposition de Benghazi. Mais s’ils veulent sincèrement une démocratisation dans le cadre de la stabilité, de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale de la Libye comme ils le prétendent, ils devraient user de leur influence auprès de cette opposition pour qu’elle accepte d’entrer dans un dialogue national sérieux avec le camp Kadhafi en vue de négocier les modalités d’une transition démocratique pacifique. Si elle sait s’arrêter comme elle a su commencer, et comme le lui conseille la Turquie en vue de laisser désormais la place à la diplomatie, l’intervention militaire occidentale aura au moins réussi, dans ce cas, à imposer aux deux protagonistes la nécessité de se réunir autour d’une table de négociations. Ce dernier scénario semble le mieux indiqué pour la Libye dans la mesure où il satisfait beaucoup de monde à la fois. Dans ce scénario, le seul accroc est que ni le clan Kadhafi ni le clan de Benghazi ne pourra tout avoir. Mais ne vaut-il pas un peu que rien du tout ? Reste à neutraliser la position française qui semble la plus belliqueuse et la plus irresponsable dans ce dossier, essentiellement pour des raisons de politique intérieure.

Mohamed Tahar Bensaada

Source : Oumma.com

Une révolution globale qui renvoie les Arabes sur la scène de leur histoire

20 mar

par Bachir Moussa Nafi`pour Al Quds Al Arabi
 
Tout comme des millions d’Arabes, j’ai assisté durant les trois mois – du début du mois de décembre au début du mois de mars – que j’ai passé dans le Machrek arabe, au passage du vent de la révolution arabe qui a renversé les plus vils régimes de répression, de despotisme et de corruption. Cette révolution renvoie les Arabes au cœur de leur histoire.

« Les Arabes n'ont jamais connu dans leur histoire pareille destruction, ni pareilles classes dirigeantes. Ces classes dirigeantes se sont appropriées la dignité des Arabes. Arrivés à ce niveau, les Arabes n'avaient le choix qu'entre le suicide et la révolution. »

Le Caire fut mon premier arrêt. Elle m’apparut, comme ce fut le cas il y a quelques années, triste, en colère, étouffée et marginalisée.
 
La ville qui devint à la fin du XIXème siècle le centre de la renaissance culturelle et intellectuelle arabe, la ville qui mena le mouvement politique arabe et au sein de laquelle se sont épanouies les innovations artistiques et littéraires arabes ; cette ville est devenue ces dernières années une ville brisée, souillée et blessée dans son honneur. Une ville qui vit au bord de l’effondrement.

Aujourd’hui, je reviens au Caire, la ville de l’après révolution. Cette ville a retrouvé son âme. Elle a à nouveau confiance en elle-même et en son histoire. Elle a recouvré sa grandeur et sa dignité et elle presse le pas vers un futur nouveau. Le vent de la révolution arabe, qui est né dans une petite ville tunisienne et qui s’est répandu avec bravoure, bon sens et détermination, a renversé jusqu’à présent les régimes tunisien et égyptien. Il cerne le régime libyen et menace l’existence du régime yéménite. Que se passe-t-il dans les profondeurs des terres arabes ? Et pourquoi cela se passe-t-il ?

A peine la Première Guerre Mondiale fut-elle terminée que la plupart des pays arabes sont tombés sous la domination de l’impérialisme européen. Les Arabes n’acceptaient pas la domination étrangère. La révolution arabe contre le régime d’occupation étrangère débuta quelques mois seulement après l’annonce des protectorats et des mandats. Ce fut le cas en Égypte en 1919, en Iraq en 1920 et en Syrie en 1925-1927.

Des années 1930 aux années 1960, les pays arabes accédèrent les uns après les autres à l’indépendance. Au début, il s’agissait d’une indépendance inachevée puis elle devint complète.

L’indépendance ne se fit pas à moindre coût : il y eut des martyrs dans chaque contrée des pays arabes. Les Arabes s’engagèrent dans les batailles pour l’indépendance comme ne le fit aucune autre nation auparavant. L’espoir les stimulait car derrière des années de combat il y avait l’espérance de la liberté apportant des jours meilleurs, l’aspiration à une vie décente, la volonté de se réapproprier l’histoire arabo-islamique et de réaliser les objectifs de renaissance qu’avaient lancés les réformateurs à la fin du XIXème siècle.

Cependant, tout ne se passa pas comme les Arabes le souhaitaient. Dans nombre de pays arabes, les systèmes de gouvernement traditionnel qui dirigèrent leur pays entre deux guerres, furent renversés. Dans d’autres pays arabes, les forces traditionnelles et royales réussirent à faire face à la tempête du changement et à découvrir le moyen de raffermir leur pouvoir.

Toutefois, dans les deux cas, les autorités arabes aboutirent à la construction de systèmes au sein desquels le gouvernement était dirigé par une petite minorité qui était incapable de répondre aux attentes et aux espoirs des peuples. Petit à petit, les autorités arabes commencèrent à perdre leur légitimité. En raison de l’aggravation de leur sentiment de faiblesse et de leur perte de légitimité, les systèmes devinrent plus répressifs. Ils affichèrent leur désir de dominer et de contrôler leur peuple. Ils se replièrent sur eux-mêmes et s’éloignèrent du peuple. Sous divers prétextes – dangers du conflit arabo-israélien, intimidation des grandes puissances, faire face au terrorisme ou manque de maturité politique – les peuples arabes furent privés de leur droit à être représentés politiquement et de leur droit à faire de la politique. Les élections furent systématiquement truquées.

A la fin des années 1980 et au début des années 1990, presque tous les pays arabes adoptèrent le système économique « néo-libéral » qui repose sur la privatisation des entreprises publiques et la liberté absolue du marché. Cette nouvelle économie a été mise en œuvre dans le monde arabe malgré tous ses inconvénients et ses méfaits. Ceux-ci étaient pourtant connus. Ces deux dernières années, les méfaits du système « néo-libéral » ont précipité la plupart des pays occidentaux dans une crise économique qui a entraîné d’importantes difficultés. Le système « néo-libéral » se révéla dans le monde arabe sous son plus mauvais jour. Les sociétés arabes n’avaient jamais connu de tels systèmes dans toute leur histoire. Dans la plupart des pays arabes, une oligarchie a pris le contrôle du potentiel économique du pays : terres, entreprises de construction, services, entreprises d’investissements financiers, agriculture, transport et télécommunications.

La pratique de la corruption s’est répandue à tel point que cette situation était devenue incomparable avec toute autre pratique semblable dans le reste du monde. Il n’y avait ni contrôleur ni régulateur. Personne ne connaît l’ampleur du pillage dont furent victimes l’Algérie, l’Égypte, l’Iraq ou le Maroc. Les estimations, qui évoquent des détournements évalués en centaines de milliards de dollars dans tous les grands et moyens pays arabes, semblent modestes. Dans les pays arabes producteurs de pétrole qui jouissent de richesses considérables, la plupart du temps, il n’y a pas de séparation entre l’argent des familles régnantes et l’argent de l’État.

Des sociétés qui furent fondées sur les valeurs du droit et de la loi et qui vécurent durant des siècles imprégnées par l’esprit du permis et de l’interdit, du légal et de l’illégal, sont devenues des sociétés sans loi. Dans ces sociétés, les classes dirigeantes se moquent des législations qu’elles ont-elles-mêmes adoptées. Elles ont supprimé les frontières entre le bien et le mal. Cette situation ne se limite pas uniquement à la loi mais s’étend aussi à la Constitution. Les sociétés arabes se sont transformées en jungles politiques, économiques et sociales dans lesquelles les droits de la nation et ceux des individus s’opposent. La plupart du temps, on y viole la vie privée et on y empiète sur les propriétés sans aucun contrôle et sans rendre de comptes. On a rapidement assisté à une dangereuse confusion entre, d’une part, les intérêts économiques privés, et d’autre part, le pouvoir politique. En raison du renforcement de la domination politique et économique des classes dirigeantes et en raison de l’absence de contrôle et d’obligation de rendre des comptes, les institutions de l’enseignement secondaire et universitaire se sont effondrées, la situation des villes arabes s’est dégradée et les centres de création culturelle et artistique ont été détruits.

Les Arabes n’ont jamais connu dans leur histoire pareille destruction, ni pareilles classes dirigeantes. Ces classes dirigeantes se sont appropriées la dignité des Arabes. Arrivés à ce niveau, les Arabes n’avaient le choix qu’entre le suicide et la révolution.

L’État moderne se base sur trois forces principales qui s’effondrent difficilement en même temps : l’autorité du discours ou l’idéologie, le bras sécuritaire et les institutions militaires. Depuis longtemps, le discours des gouvernements arabes n’a plus d’autorité. Ces gouvernements sont devenus incapables de légitimer leur politique. Ces dernières semaines, des millions d’Arabes se sont rassemblés dans les rues de leurs villes bravant les appareils répressifs violents.

Les Arabes sont sortis dans les rues à Tunis, au Caire, à Benghazi et à Sanaa, comme jamais ils ne l’avaient fait auparavant. Ils étaient armés de leur volonté et de leur détermination à se débarrasser, une fois pour toutes, des classes dirigeantes, de l’autorité violente, de la monopolisation des richesses et du pouvoir. Ils ont exprimé leur refus de la destruction de l’enseignement, de la culture, de la littérature, de l’art et des valeurs. Il s’agit de la deuxième révolution arabe, la révolution de la libération intérieure après la révolution de la libération de la domination étrangère. La première révolution a abouti à libération de la domination directe étrangère. La seconde révolution vise la libération de la domination intérieure d’une minorité, de son contrôle, de sa corruption et de la destruction qu’elle engendre. Les Arabes du XXIème siècle tiennent les commandes de leur destin et décident de leur avenir et de celui de leurs enfants. Les manifestations dans les rues de Tunis, Sfax, Bizerte, le Caire, Alexandrie, Suez, al-Mansoura, Benghazi, el-Beïda, Zaouïa, Sanaa et Taïz ont rendu leur dignité aux Arabes.

Ainsi, les Arabes entament un nouveau chapitre de leur histoire.

Jeunes et vieux, les Arabes qui ont allumé et qui se sont engagés dans la révolution ont compris la profondeur de l’engagement occidental dans le soutien de ces systèmes, dans leur approvisionnement en armes des appareils de sécurité et dans leur participation au grand pillage de ces pays. Les relations entre les Arabes et les nations occidentales ne seront plus jamais les mêmes bien que les slogans des révolutions arabes ne visaient aucune puissance occidentale en particulier et bien que Washington, Londres et Paris se soient précipitées pour soutenir les révolutions populaires arabes. Les Arabes comprennent également l’ampleur du recul de la position arabe dans la question palestinienne. Même si la question du conflit arabo-israélien n’a pas été posée durant les révolutions arabes, il est naïf de négliger l’esprit qui habite les manifestations de millions d’Arabes quant à l’avenir du conflit. Il ne fait aucun doute qu’il existe aujourd’hui des régimes arabes qui paraissent en sécurité pour une raison ou une autre. Cependant, il est certain que le vent de la révolution n’épargnera aucun despote.

Après que le printemps arabe soit arrivé tôt cette année, il n’est plus possible d’arrêter le processus en marche de retour des Arabes vers le cœur de leur histoire.

Bachir Moussa Nafi

à lire également sur le même sujet :

- La révolution arabe et la reconquête de l’identité

- Supériorité des valeurs occidentales et révolution : réponse à Slavoj Zizek

- Les deux phases des révolutions arabes

Traduction : Souad Khaldi

Source : Al Quds Al Arabi

Département d’Etat, Al-Jazeera: même (social media) combat

16 mar

par Damien Van Achter pour OWNI

Prenant exemple sur la chaîne qatarie, l’administration américaine essaie d’injecter une bonne dose de médias sociaux dans sa communication. Pas facile dans un pays où l’architecture de l’information est conditionnée par celle de la télévision.

« Cela fait 30 ans que le web manifeste l’émergence de nouveaux comportements, et les événements récents tendent à démontrer qu’en matière de politique comme de médias, il ne suffit plus d’être celui qui crie le plus fort pour être le mieux entendu. »

Disclosure: Les rencontres évoquées dans ce billet l’ont été à l’initiative du Département d’Etat, dans le cadre d’un programme intitulé “Voluntary Visitor”, auquel j’ai participé début mars à Washington, San Francisco et New York.

Début mars, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton déclarait devant des membres du Sénat que les Etats-Unis étaient en train de “perdre la guerre de l’information“. Mis directement en cause, les grandes chaînes US “qui diffusent des millions de publicités et des débats entre “talking heads”, contrairement à la chaîne qatarie Al-Jazeera, qui, toujours selon Hillary Clinton, délivre, elle, “des vrais news” et est en train de “changer les esprits et les attitudes des gens“.

We.Are.At.War.

Si cette bataille de l’information n’est pas neuve, les armes, elles, ont changé de nature et les conversations entre individus interconnectés ont bouleversé la donne.  Désormais, tout est “social”. Les médias, la justice, l’économie, la religion et bien sûr la politique. Comme le dit très bien Thomas Friedman, du New York Times, “le monde est plat“, définitivement.

Le terme guerrier utilisé par la secrétaire d’Etat américaine n’est donc pas anodin. Le coup de semonce à l’adresse de “ses” médias non plus. L’administration Obama, malgré la complexité de ses rouages, semble en effet bien décidée à reconquérir le champ bataille qui, en son temps, a forgé son élection, mais qui, une fois le touchdown transformé, n’a que trop peu, et à vrai dire assez mal, servi à gouverner.

WikiLeaks est aussi passé par là, forçant les spin doctors à se rendre à l’évidence: vouloir contrôler la circulation de l’information sur les réseaux est bien plus coûteux et bien moins efficace que de s’assurer de les garder ouverts, d’y faciliter les échanges et de compter sur les entrepreneurs pour les faire fructifier. C’est d’ailleurs en substance ce qui transparaissait déjà en filigrane du 21st Century Statecraft, sorte de profession de foi sur la liberté numérique, non exempte de certaines ambiguïtés mais qui, martelée,  rappelle qu’in fine,ce qui est bon pour le business est bon pour les USA”. Quitte à ce que cette liberté se retourne parfois contre eux.

Parce que tout comme l’argent, l’information ne génère de plus-value que quand elle circule…

Occuper le terrain et focaliser l’attention

Installée au sein-même du Pentagone, la cellule “Social Media” de la Navy occupe trois personnes, à temps plein. Leur job: veiller à ce que les pages Facebook officielles ouvertes par les différents corps de Marines respectent les guidelines (conditions d’utilisation) édictées en haut lieu. Et publiées en ligne sous forme de tutoriels très complets sur Slideshare. Ses membres animent également la communauté des familles de Marines déployés à l’étranger et interagissent avec les internautes qui entrent en contact avec elles via Facebook et Twitter, répondent à leurs à leurs questions et organisent ponctuellement des rencontres IRL (dans la vraie vie).

Comme tout le monde, nous avons tâtonné un certain temps avant de trouver un ton et un degré de transparence adéquat“, souligne le capitaine D.W. en charge de la gestion du compte Twitter officiel de la Navy. “Nous savons que les gens parlent de nous sur internet, et pas qu’en bien. La moindre des choses est de leur montrer que nous sommes à l’écoute“, ajoute-t-il, convaincu, tout comme sa hiérarchie, que ces discussions en ligne permettent de (re)créer un climat de confiance vis-à-vis de l’armée. Un processus émaillé d’échecs et d’erreurs, mais qui s’inscrit dans le long terme et qui permet donc des ajustements réguliers.

Nous n’agissons pas sur les réseaux sociaux pour justifier les choix de nos supérieurs mais plutôt pour faciliter leur bonne compréhension. Et vous ne pouvez pas faire cela si vous n’êtes pas prêts à entendre le feed-back que vous renvoient vos utilisateurs. En fait, nous essayons surtout de nous rendre utiles auprès de ceux qui s’intéressent à nos activités.

Voici l’avis d’un directeur de la cellule “Innovative Engagement”  du State Departement. D’où des webcasts ouverts aux commentaires,  des deals avec Youtube, des séminaires internes de formation au travail collaboratif et à la gestion des conversations en ligne.

Mais s’exprimer publiquement au nom de la Navy ou du Département d’Etat constitue un exercice d’équilibriste, entre proximité et transparence au profit de l’institution et expression, et certains franchissent parfois la ligne rouge et doivent en assumer les conséquences. Le cas ce dimanche de la démission du porte-parole du State Departement, P.J. Crowley, après des propos sur les conditions de détention de Bradley Manning (NDLR: le soldat américain soupçonné d’être à l’origine des fuites de câbles diplomatiques vers WikiLeaks) en est le parfait exemple.

Occuper le terrain, à tout prix, pour éviter que d’autres, avec d’autres agendas, ne le fassent à leur place. Une stratégie poussée jusqu’à l’intégration récente du monitoring de certaines conversations sur les réseaux sociaux dans une des cellules antiterroristes …

Valoriser la participation et les créations des utilisateurs

A quelques blocs de là, 500 mètres en face de la Maison Blanche, au 6ème étage de la rédaction d’Al-Jazeera, Stephen Phelps met la dernière main à un projet “100% social” mis en oeuvre avec ses équipes techniques basées à San Francisco.

Al-Jazeera, qui n’est pas diffusée aux USA (mais dont le flux anglophone est accessible librement en ligne), monte en puissance. Sa couverture des événements en Tunisie, en Egypte, en Libye et, d’une manière générale, au Moyen et au Proche-Orient, en font désormais une référence en matière d’utilisation des réseaux sociaux comme matière première des contenus qu’elle diffuse. Et le programme The Stream que Stephen Phelps s’apprête à lancer début mai risque bien de creuser encore un peu plus le fossé entre les médias connectés aux audiences en ligne et ceux qui s’obstinent à broadcaster.

Pour Adel Isklandar, professeur au centre d’études Arabes à l’université de Georgetown et auteur de plusieurs livres sur Al-Jazeera:

les 20 PC d’Egyptiens connectés au web ont démontré la puissance que les communautés peuvent développer lorsqu’elles se focalisent sur un objectif commun ET que leur message est relayé par une chaîne à grande audience. C’est la combinaison de ces deux facteurs qui fut déterminante dans la chute de Moubarak.  Et qui pèse de tout son poids sur les autres monarchies du Golfe.

Et l’expert d’ajouter:

Pourquoi croyez-vous que l’Arabie Saoudite distribue actuellement des milliards de pétrodollars, si ce n’est pour calmer les communautés qui pourraient mettre en danger le “système”?

D’où l’intérêt stratégique pour Al-Jazeera de continuer à monitorer de très près l’activité des communautés en ligne (cfr. leur dashboard Twitter) afin de garder une longueur d’avance sur les autres networks, qui ne pourront que réagir qu’à posteriori, et donc avec un temps de retard et une qualité d’information inférieure. CQFD.

Le web et ses manifestations

Derrière le concept un peu tarte à la crème de curation – le journalisme a de tout temps été le résultat d’une sélection plus ou moins pertinente de sources concordantes-, avec The Stream c’est surtout l’attention des super-users de Twitter et de Facebook qu’Al-Jazeera entend capter. Et de les fidéliser à long terme. En reconnaissant que leurs activités en ligne sont des sources crédibles pour des “vrais” journalistes, en  montrant à l’antenne leurs tweets, leurs photos sur Flickr, leurs vidéos sur Youtube et en les responsabilisant dans la “remontée d’infos” vers la surface d’un média à forte audience, c’est une bataille majeure qu’Al-Jazeera engage avec ses concurrents, et pas qu’aux USA (cfr. par ailleurs cet excellent papier consacré aux innovations des médias américains, par Alice Antheaume sur Slate.fr). Celle des relais d’opinions, des influenceurs, des propagateurs de buzz, de ces jeunes armés de leurs ordinateurs et smartphones connectés pour qui la chaîne apparaîtra comme le référent naturel pour agir, réagir et interagir. Un combo imbattable pour siphonner les budgets des annonceurs on et offline. Strike, échec et mat …

Ni Al-Jazeera ni le Département d’Etat ne savent sans doute exactement où cette présence active sur les réseaux sociaux les mènera. Mais tout deux savent pertinemment que l’attention humaine a ses limites et qu’ils ne sont pas les seuls sur ce marché. Cela fait 30 ans que le web manifeste l’émergence de nouveaux comportements, et les événements récents tendent à démontrer qu’en matière de politique comme de médias, il ne suffit plus d’être celui qui crie le plus fort pour être le mieux entendu.

Damien Van Achter

Source : OWNI

Entre décadence et destruction, notre civilisation va devoir choisir

16 mar

par Caleb Irri pour les pensées doubles de Caleb

La plus grande erreur des civilisations qui nous ont précédé fut de se croire, à l’apogée de chacune d’elles, au sommet de la perfection, persuadées qu’elles étaient de leur infaillibilité. C’est pourtant cette période que l’Histoire considèrera toujours (a posteriori) comme le début de leur décadence ; période dans laquelle il semblerait que notre civilisation soit rentrée.

« C'est le fonctionnement d'un système tout entier qui se trouve remis en cause par notre inconscience collective, comme dans la légende pourtant évocatrice et prédictive du mythe de l'Atlantide : en se croyant supérieur à la nature, en se proclamant démiurge omnipotent, l'Homme a abandonné depuis trop longtemps l'humilité à laquelle aurait dû le contraindre l'Histoire des civilisations passées. Et tout cela au nom de quoi ? »

A l’instant où j’écris ces lignes, les images d’une explosion dans une centrale nucléaire au Japon illustrent parfaitement l’état de ce monde incapable, malgré toutes les technologies disponibles et les sécurités exigées, de faire face à la puissance de la Nature, cette même Nature qu’il se glorifie pourtant de savoir maîtriser. Nous fabriquons des OGM, nous travaillons à la fusion nucléaire, nous étudions l’ADN et produisons des coeurs artificiels, et nous marcherons bientôt sur Mars, c’est certain ; mais nous sommes toujours incapables de donner à manger à tous les êtres humains qui peuplent cette planète.

Bien sûr nous ne sommes pas en mesure de contrôler le climat, et aucune civilisation ne peut empêcher les catastrophes naturelles, nous rétorquera-t-on. Mais dans ce cas, ne peut-on, ne doit-on pas faire oeuvre d’humilité, et éviter que ne soient rendues possibles les terribles conséquences de ces catastrophes ?

Car si nous ne sommes pas encore capables d’éviter les catastrophes naturelles, nous sommes bien capables de les empirer, et il serait bon de se demander quelle force nous pousse à nous croire supérieurs aux forces qui nous dépassent en définitive. Et surtout comment nous rendons nous-mêmes possibles les conséquences de ces catastrophes, en construisant près des côtes, en utilisant une énergie que nous maîtrisons mal, en préférant cacher la réalité des dégâts plutôt que de les assumer. Comment accepter de prendre le risque d’une catastrophe nucléaire sans savoir comment s’en protéger ? Un territoire comme le Japon, soumis à une activité sismique continuelle, doit-il se résoudre à continuer d’utiliser cette énergie, alors même qu’en cas de catastrophe c’est le Japon tout entier, et même au-delà la planète elle-même, qui se trouvent menacés ?

Aujourd’hui il faut se rendre à l’évidence, jouer à l’apprenti sorcier est une erreur qui peut être lourde de conséquences : au delà des inévitables victimes liées au Tsunami, le bilan de cette catastrophe pourrait bien se voir démultiplié par l’effet de notre propre prétention, celle de croire que nous pouvons maîtriser nos propres réalisations. Le bilan humain aurait-il été le même sans les constructions solides de Tokyo, ou sans la relative fragilité d’une centrale nucléaire ? Et en Haïti, le bilan aurait-il été si lourd si des précautions avaient été prises il y a déjà bien longtemps, alors qu’on savait déjà les risques que cette partie du monde comportait ?

Non, cela va plus loin que la simple « fatalité ». C’est le fonctionnement d’un système tout entier qui se trouve remis en cause par notre inconscience collective, comme dans la légende pourtant évocatrice et prédictive du mythe de l’Atlantide : en se croyant supérieur à la nature, en se proclamant démiurge omnipotent, l’Homme a abandonné depuis trop longtemps l’humilité à laquelle aurait dû le contraindre l’Histoire des civilisations passées. Et tout cela au nom de quoi ?

Au nom de la rentabilité à tout prix, de l’individualisme forcené, du « veau d’or » que nous adorons depuis trop longtemps et qui nous pousse à vendre des médicaments dangereux, à utiliser une énergie qui nous dépasse, à concevoir un monde rentable avant d’être humaniste, ou juste viable. Nous sommes actuellement parvenus à un point de civilisation où tout est rendu possible : le meilleur comme le pire. Nous avons le choix entre continuer à nous autodétruire, ou bien de conserver ce qui est bon , et de retirer ce qui ne l’est pas . Ce choix doit être conscient et universel, et nous l’avons encore. Faut-il donc continuer à utiliser l’énergie nucléaire partout, et surtout faut-il aller plus loin, vers cette « fusion » dont on ne connaît même pas la puissance ? Faut-il continuer à produire des OGM dont les conséquences sont indéchiffrables ? Faut-il encore considérer le pétrole comme une énergie « positive » ? Et cela même si c’est rentable ? Il nous faut cesser de croire que nous sommes arrivés au faîte de la civilisation, car désormais la puissance technologique à laquelle nous sommes parvenus ne s’accompagne pas de sa maîtrise, et nous sommes capables de détruire nous-mêmes l’espèce humaine, ce qui est bien plus grave que de conduire à la simple décadence d’une civilisation.

Nous sommes arrivés aujourd’hui à un point de civilisation auquel il faut s’arrêter et réfléchir, afin de prendre en compte la réalité, à savoir que le monde tel qu’il fonctionne n’est ni abouti, ni immuable. Peut-être faut-il aujourd’hui cesser de croire que le capitalisme et la démocratie se développent conjointement, et regarder enfin le monde non pas seulement tel qu’il est, mais tel qu’il pourrait être. Et pour ce faire, il faudra bien un jour imaginer se séparer du capitalisme, ce qui nécessite de se détacher des croyances qu’une propagande bien menée a établi pour nous empêcher de constater nos faiblesses. Pour revenir à la démocratie, la vraie, celle qui ne se laisse pas déborder par la corruption, la vénalité ou la recherche du pouvoir.

Et si le choc des civilisations est le seul moyen « capitaliste » de parvenir à rétablir l’illusion du progrès, c’est pour mieux cacher la chute qui suit. En réalité seule l’union des civilisations nous permettra de rétablir la démocratie. C’est à nous de nous prendre en main, car demain nous n’aurons peut-être plus la possibilité de revenir sur nos erreurs. Nous qui croyons, comme nos ainés avant nous, que le monde ne peut plus être modifié, qu’il ne peut plus être autrement qu’il est, un tel événement devrait nous rendre la raison : le monde a déjà basculé de nombreuses fois avant nous, et nous avons du à de nombreuses reprises recommencer tout de zéro, ou presque. Sommes-nous donc obligés de recommencer toujours les mêmes erreurs ?

Engageons-nous pour que la décadence de notre civilisation ne se transforme pas en destruction, et arrêtons-nous un moment pour réfléchir aux possibilités qui nous sont pourtant offertes, ensemble, pour nous-mêmes mais aussi pour les autres, ceux qui nous suivront sur cette Terre. Les solutions existent : à nous de les rendre réelles.

Caleb Irri

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Source : les pensées doubles de Caleb

Les révolutions arabes et leurs conséquences stratégiques (vidéo)

12 mar

Près d’un siècle après la révolte arabe de 1916, retour à la case départ ? La révolution arabe de 1916, menée a partir des intrigues du Foreign Office et de l’épopée de Lawrence d’Arabie, avait pour but d’évincer l’Empire ottoman d’une région convoitée par les Occidentaux. Au besoin en relevant l’étendard de l’islam politique… Aujourd’hui, la Turquie, revenue à ses fondements panislamiques, appuyée sur une logique interne servant de pré-carre a une diplomatie « néo-ottomane », entend servir de nouveau modèle a des mouvements islamistes voulant s’inscrire dans la durée. Le tout en traçant à l’horizon un condominium avec Téhéran sur le monde arabe.

François Constantini est docteur en science politique (Université Paris I – Panthéon-Sorbonne), Diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris, titulaire d’un DEA de Relations internationales et stratégiques, Diplômé de 3èmes cycles en Droit civil, François Costantini est Professeur associé à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et Membre du Centre de Politique Étrangère de la Sorbonne.

Source : Realpolitik.tv

Dissensions au sommet ?

10 mar

par François Danjou pour Question Chine

L’observation des réactions de la Chine aux événements du Monde Arabe traduit pour le moins une perplexité et des hésitations, au pire des dissensions au sommet sur les choix politiques du régime à l’avenir.

La Chine va-t-elle « tuer dans l’œuf les velléités de désordres » ou « mettre en place un mécanisme et de construire un dialogue social aux caractéristiques chinoises, capable de garantir les intérêts et les droits du Peuple, de promouvoir la justice et d’assurer l’ordre social » ?

Le dimanche 20 février l’appel initié par le site Boxun localisé aux Etats-Unis, animé par des Chinois d’outre-mer et spécialisé dans la dénonciation des atteintes aux droits de l’homme, a échoué à mobiliser des protestations significatives dans 13 villes de Chine autour d’un mouvement calqué sur le modèle des révoltes en cours dans le monde arabe.

Posté le 17 février, l’appel invitait les « Chinois qui rêvent d’une Chine meilleure à se rendre à des points de rassemblement », à Pékin, Shanghai, Tianjin, Nanjing, Xi’an, Chengdu, Changsha, Hangzhou, Guangzhou, Shenyang, Changchun, Harbin et Wuhan.

Dès la diffusion des messages, le site Boxun a été bloqué et le Parti a investi les forums de discussion sur Internet pour influencer les discussions en ligne. Partout la police, très vite mobilisée en masse, a contenu sans aucun mal les rassemblements, dont certains, comme dans le quartier de Wangfujing à Pékin, ou sur la place du Peuple à Shanghai, étaient de très faible ampleur (moins de 200 personnes).

Le « Global Times », surgeon très nationaliste du Quotidien du Peuple a rendu compte du « non événement » en stigmatisant les illusions de quelques uns : « la société chinoise dans son ensemble ne se reconnaît pas dans ces quelques agités (…). Le pays sait à quel point une révolution peut être destructrice ».

Quelques experts occidentaux confirment que la situation en Chine n’est pas comparable à celle des pays du Maghreb et du Monde Arabe. Jean-Louis Rocca, sociologue français travaillant depuis 10 ans à l’Université Qinghua sur l’étude de la classe moyenne, explique qu’il n’y a en Chine « ni désespoir, ni l’impression qu’on n’a pas d’avenir ».

C’est exact. S’il est vrai que les trente années de modernisation ont généré beaucoup d’effets pervers, elles ont aussi crée un élan d’optimisme et un dynamisme remarquables, dans un contexte où la réactivité du Parti tente sans relâche de s’ajuster aux exigences de la nouvelle société civile. En vingt ans, le niveau de vie et la qualité de l’environnement social des citadins, dont le nombre augmente très vite, se sont très considérablement améliorés.

Pour autant, il n’est pas possible de cantonner l’analyse à celle de la presse officielle qui, après le fiasco du 20 février, conclut à la capacité du Parti à réformer sans heurts la société chinoise, dont la qualité première serait la sagesse : « la majorité en Chine est convaincue que beaucoup de problèmes seront résolus par la voie normale et que les réformes progressives sont la solution la moins coûteuse vers le progrès » (le Global Times du 21 février). En dépit de ce discours lénifiant, un potentiel de tensions existe bel et bien.

Outre la crainte viscérale des désordres, héritée des périodes troublées du Maoïsme, la raison de l’indigence des rassemblements est d’abord à rechercher dans la capacité d’anticipation et dans l’efficacité de l’encadrement policier organisé par Zhou Yongkang, membre du Comité Permanent et responsable suprême de la sécurité publique. Ce dernier avait inventé le slogan des « Si Ge Zao » – les quatre célérités : « être informé et rendre compte rapidement ; contrôler et résoudre rapidement » – (voir à ce sujet notre article).

On ne peut pas non plus compter pour rien les dizaines de milliers de « manifestations de masse » qui témoignent d’importantes tensions sociales dans la société, et singulièrement dans les campagnes, dont le Parti, inquiet de la mauvaise publicité, a cessé de rendre compte.

S’il est vrai que dans l’imaginaire du peuple chinois la démocratie n’a pas la même universelle vertu réparatrice qu’en Occident, il n’en reste pas moins qu’une partie notable de la population nourrit de sérieuses rancœurs contre les injustices, les inégalités, les évictions de terres, la corruption, le népotisme, et les fréquentes collusion des fonctionnaires locaux avec les hommes d’affaires, fond de tableau des enrichissements rapides et des luttes de pouvoir, en province et à Pékin.

Il est enfin impossible de passer sous silence les incessantes mises en garde des chercheurs, sociologues et hommes politiques chinois, dont le Premier Ministre lui-même, qui pointent du doigt les blocages du système et les incohérences du schéma de développement, de plus en plus souvent attribués à l’absence d’ouverture politique.

La réalité est que les assurances du Régime exprimées par la presse officielle cachent une indécision sur la manière d’affronter à l’avenir les protestations de la base qui ne sont pas rares. La mise sous le boisseau, le blocage de l’information et la répression restent le premier réflexe.

Mais d’autres sensibilités ont donné de la voix tout au long de l’année 2010, convaincues que l’écoute, le dialogue et la justice sociale renforceraient le Parti au lieu de l’affaiblir. Pour les partisans de la manière forte, les départs de Moubarak et de Ben Ali sont la conséquence d’une réaction trop timide et trop lente. Pour les adeptes de l’ouverture, ils illustrent les erreurs de la fermeture politique qui pousse le peuple à la révolte.

L’indécision au sommet se traduit dans la presse du Régime qui, pour la première fois depuis longtemps, met en cause les intellectuels et les chercheurs, accusés de mal comprendre leur rôle, « s’imaginant que leur mission est surtout de critiquer », alors que, depuis quelques années, leurs rapports et mises en garde sont ouvertement publiés et largement diffusés.

Tandis que récemment, un éditorial du Quotidien du Peuple considérait l’indépendance de la justice comme un idéal encore très éloigné et, pour l’heure, inadapté à la Chine en développement, le China Daily, publiait le 21 février un article de Li Peilin, Directeur de l’Institut de sociologie de l’Académie des Sciences Sociales, le plus puissant Think Tank du Régime, dénonçant le retard pris dans la gestion des questions sociales et réclamant plus d’éthique et un meilleur ajustement aux bouleversements de la société.

Dans ce concert de voix discordantes, qui signalent peut-être une rupture du consensus au sommet sur la manière d’aborder l’avenir, la stratégie actuellement choisie par le Régime, dont le regard est fixé sur les développements dans le Monde Arabe, se limite à un classique mélange de fermeté politique et de souplesse sociale, en dehors de toute allusion claire à une réforme politique.

D’une part Zhou Yongkang, fidèle à une stratégie, que nombre de chercheurs en sciences sociales ont critiqué, réitère l’urgence de resserrer le contrôle de la société pour « tuer dans l’œuf les velléités de désordres », et d’autre part, le Président Hu Jintao, insiste sur l’urgence de réduire les inégalités et les injustices.

Le samedi 19 février, présidant une réunion des responsables de province avec les autorités centrales à l’école du Parti, le Président a répété la nécessité de « mettre en place un mécanisme et de construire un dialogue social aux caractéristiques chinoises, capable de garantir les intérêts et les droits du Peuple, de promouvoir la justice et d’assurer l’ordre social ».

A quoi une partie de la classe politique, nombre de chercheurs et d’activistes répondent que le seul moyen d’atteindre ces objectifs serait la transparence gouvernementale, l’indépendance de la justice et la possibilité donnée au peuple de contrôler l’administration.

François Danjou

Source : Question Chine

La révolution arabe et la reconquête de l’identité

9 mar

par Abdelaziz al-Hays pour Al Jazeera

On considère la révolution populaire arabe qui s’est déroulée en Tunisie et en Égypte, comme étant la révolution de masses la plus importante qui ait eu lieu à l’époque contemporaine après les révolutions française, bolchevique et iranienne. Aujourd’hui, dans le monde arabe, on assiste à une approbation populaire générale de cette révolution en raison de son opposition à l’injustice. Elle est aussi considérée comme un passage obligé après une phase de « blocage » par laquelle est passée la société arabe. Elle est également unanimement acceptée car elle est l’expression de la voix des masses ; voix qui est restée très longtemps dans l’attente.

« La libération des gens et leur éloignement des dimensions autoritaires et idéologiques sont les plus grands bénéfices de la révolution populaire arabe. C'est le meilleur moyen de retrouver leur identité. C'est l'expression directe de leur volonté et de leur nature. »

L’élite et les masses

L’idée de l’expression des masses par elles-mêmes est le plus important problème qui se présente à nous. Ancrée dans l’imaginaire arabe et islamique, l’image négative des masses et du peuple en général a été bouleversée par cette révolution. Notre histoire arabe est une histoire des « élites ». De nombreuses pages de notre patrimoine littéraire, qu’il n’est pas utile de citer, rabaissent les masses et le grand public. Elles les décrivent comme étant de la « racaille », des « rebuts » ou uniquement comme des « petites gens ». Ces pages de notre patrimoine littéraire ont peu fait l’éloge des masses comme le fit Ali ibn Abi Talib, qu’Allah soit satisfait de lui, lorsqu’il dit : « Le peuple de la communauté est le pilier de la religion, ce qui rassemble les musulmans et l’arme pour combattre les ennemis ».

Cette représentation négative du peuple existait aussi en Occident. Le philosophe anglais Thomas Hobbes fut le premier à avoir étudié le terme « peuple » dans son livre Le Citoyen (1). Il dit au sujet du peuple qu’il est composé de « barbares », en raison de leur amour de la guerre, et que le mal fait partie de sa nature. Au XIXème siècle, le philosophe hollandais, Spinoza exposa une autre idée. En parlant du peuple, il utilisa le terme « foule » qu’il considère, dans son Traité théologico-politique (2), comme un être doté d’une grande puissance.

D’autres études ont porté sur le concept de « foule ». A la fin du XIXème siècle, l’historien français Gustave Le Bon considérait dans ses deux livres Psychologie des foules et Psychologie des révolutions (3), que les masses étaient une entité désorganisée et irrationnelle. Selon lui, cette entité avait une tendance à avoir une conduite irréfléchie et était encline à l’extrémisme. Cette position de Gustave Le Bon et l’enthousiasme qu’il mit à défendre cette orientation grandirent à mesure qu’il approfondissait son étude sur l’impact dévastateur de la frénésie des masses sur les sociétés. Les cent années qui ont suivi la Révolution française ont été marquées par une succession de révolutions douloureuses. Aujourd’hui, l’Occident a développé des instruments politiques et d’information qui donnent sa place à l’opinion publique et qui font d’elle un acteur influent et souverain.

Actuellement, l’expression du sentiment populaire arabe et sa pensée s’accomplissent par le biais d’appareils modernes et démocratiques. C’est le plus grand bénéfice attendu après la révolution populaire. Par ce cadeau populaire, les masses auront conscience d’elles-mêmes, de leur force et du fait qu’elles sont une entité à part entière. Cette entité est dotée d’une existence et elle est capable de porter elle-même ses idées, de les exprimer et de les mettre en œuvre. La grandeur de la révolution arabe va s’épanouir si elle représente ses masses, si elle devient leur voix et s’il ne se reproduit pas ce qui est arrivé lors des révolutions arabes des années 1950. Ces révolutions exprimaient les orientations des élites militaires et n’avaient de révolution de « masses » que le nom.

Les exemples de la Tunisie et de l’Égypte ont démontré le désir insatiable des masses arabes de s’exprimer par elles-mêmes. Les appareils de l’autorité et les élites, qui recouraient aux relations de force et de favoritisme, se basaient sur le rejet violent de l’identité et de l’intérêt du peuple. Ils considéraient que prendre parti pour des intérêts « particuliers» nécessitait de prendre position contre l’intérêt « général ». L’élite ne tenait compte que de son opinion et méprisait l’avis « général ».

Finalement, le dominant « se connaît et connaît les autres » comme le dit Pierre Bourdieu dans ses recherches de socio-politique. Dans ce modèle des rapports de force et de contrôle, le dominant est celui qui classifie les gens, qui définit leur position et qui nuance leur identité.

Tunisie… L’identité d’une élite ou l’identité d’une société ?

Dans le monde arabe, la Tunisie était le meilleur modèle de processus d’aliénation identitaire mis en œuvre. Quelle usurpation et quelle marginalisation de l’identité arabo-islamique peuvent être plus profondes que celles mises en œuvre par le Président Habib Bourguiba qui buvait du jus d’orange devant les gens pendant le mois de ramadan (4) ? Ou lorsqu’il demanda d’abandonner le hajj qui épuisait les ressources financières du pays ? Ou lorsqu’il exprima explicitement son mépris pour la langue arabe ?

Après l’indépendance de la Tunisie, Habib Bourguiba avait été condamné par les chouyoukh de la Zitouna et par le Vieux-Destour, pour sa lutte contre les symboles de l’arabité et de l’islam. Sous le slogan de la « modernisation », Bourguiba travailla à détruire les piliers de cette identité arabo-islamique. Il abolit les tribunaux islamiques et promut l’enseignement « francophone ».

De même, il prit la tête du bataillon de ceux qui, sortis des universités françaises, ont dirigé le mouvement national puis les institutions de l’État tunisien moderne. Cette élite œuvrait à la rupture de tout contact avec les racines de la personnalité tunisienne fondée sur l’identité arabe et islamique. En revanche, cette élite était disposée à embrasser et à encourager tous les éléments identitaires qui rentraient en opposition avec les piliers de cette personnalité tunisienne.

Débutée en 1987, l’ère de Ben Ali fut accompagnée d’un simulacre d’ouverture politique démocratique, de respect des droits de l’homme et de croissance économique. La vérité apparut rapidement. Le pays, son identité et la voix de son peuple entra dans une nouvelle phase d’aliénation. En Tunisie, le Général Ben Ali mit en place une politique fondée sur une tyrannie sécuritaire et répressive. Il gérait le pays directement par le biais de son immense dispositif de sécurité alors que son prédécesseur Habib Bourguiba s’appuyait en premier lieu sur son parti.

De par son caractère arabo-islamique, l’identité tunisienne fut une cible au cours de son histoire post-indépendance. Professeur de sociologie politique à l’Université de Tunis el-Manar, Salim Labid l’explique dans son livre L’identité : l’islam, l’arabité, la tunisianité : « L’identité en Tunisie, à travers les nombreuses phases de son histoire contemporaine, a incarné un véritable champ de bataille entre l’élite issue des masses qui s’assimile à l’identité arabo-islamique, comme si assimile le peuple, et une élite qui construit son identité à partir d’éléments qu’elle sélectionne elle-même. Ces éléments peuvent être la francophonie, la méditerranéité, l’africanité, la romanité ou l’identité carthaginoise mais pas l’identité arabo-islamique ». (p.20)

Il faut mettre l’accent sur la dimension islamique et arabe de la personnalité tunisienne car cette dimension a été l’objet d’attaques et de politiques de marginalisation. En réalité, l’identité du peuple tunisien ou égyptien repose sur un héritage historique profond qui lui garantit le droit à la différence et l’expression naturelle de ses composantes. La manifestation d’une identité n’exige pas obligatoirement le refus d’une autre.

Cependant, utiliser des identités en opposition avec une autre identité était, et continue d’être, une méthode pratiquée par le despotisme. Dans un pays qui ne tient pas compte des organisations des droits de l’homme et des institutions civiles et qui ne présente aucune démocratie effective, on remarque que les liens et les relations fondés sur l’identité deviennent un facteur de corruption plutôt qu’un facteur de richesse et de diversité. Contrairement à ce qu’il se passa en Tunisie, il y eut en Égypte une exploitation politique par les gouvernements d’Hosni Moubarak et d’Anouar el Sadate, de la dimension « islamique » de l’identité égyptienne.

Égypte… Un cadeau tombé du ciel entre les mains des puissants

Dés l’arrivée de Sadate au pouvoir, l’Égypte prit un nouveau tournant qui se manifesta par l’alliance avec les États-Unis et la politique d’« ouverture » économique sur le modèle libéral (infitah). Ces deux traits n’ont pas profité à l’Égypte comme elle l’envisageait. Au lieu de cela, seule une partie des élites et des secteurs bien déterminés de la société égyptienne en retirèrent des bénéfices. D’une manière générale, ces deux orientations furent des facteurs d’affaiblissement pour le peuple égyptien.

D’un point de vue économique, au début des années 1980, l’Égypte avait connu un taux de croissance intérieure de 8%, fait sans précédent dans l’histoire du pays. Cette croissance économique ne profita pas au pays dans son ensemble. Le peuple se plaignait des dysfonctionnements administratifs et de la main mise d’un parti unique qui assurait la promotion d’éléments qu’il avait choisis.

Dans la seconde moitié des années 1980, le taux de croissance des revenus intérieurs baissa fortement tout comme le taux de migration et les prix du pétrole. Cet aspect économique eut un impact sur l’ensemble du pays. Il fit baisser le niveau de vie et il provoqua une fracture entre le peuple et la direction politique du pays avec ses orientations stratégiques. Malgré ces problèmes, les classes supérieures et certains secteurs privés, proches du pouvoir, mirent en place une politique qui leur profitait. Depuis cette période, l’Égypte devint un pays sans égal en ce qui concerne le « service des riches », comme le fit remarquer le penseur égyptien Galal Amin.

Ces dernières années, l’Égypte a été témoin de la pire version de cette politique favorable aux classes supérieures. Si le pays n’avait pas vécu cette révolution, il serait devenu le passager contraint du train de la mondialisation économique « néo-libérale » que défendait ardemment Jamal Moubarak et son entourage. Cette nouvelle économie transforme l’identité du pays, brise les structures de production et étrangle les classes subalternes qui représentent 40% de la population.

L’Égypte et sa politique dépendent des hommes d’affaires ou de la « nouvelle garde » comme les a nommés le Centre de recherches américain Carnegie au mois de septembre dernier. Le Centre a constaté que les hommes d’affaires égyptiens jouent un rôle important au niveau de la prise de décisions politiques.

Les « gangs » politiques se sont mis d’accord avec les « gangs » économiques pour piller l’économie du pays et les aides extérieures. On estime que le montant de l’argent détourné s’élevait, au milieu des années 1990, à environ 300 milliards de dollars. L’alliance avec les États-Unis n’a pas été un facteur de force pour l’Égypte comme c’est toujours le cas pour quiconque accepte les conditions étasuniennes.

Des rapports ont démontré que l’administration d’Obama veillait depuis le début à ne faire aucune critique publique du Gouvernement de Moubarak au sujet de ses lacunes dans les domaines de la démocratie et des droits de l’homme. Le régime de Moubarak n’était pas capable de refléter l’identité du peuple car ce régime était dépourvu d’identité. C’était un régime de « nature personnelle », sans structure, ne pouvant pas évoluer dans quelque direction que ce soit. Il n’était ni démocratique ni même totalitaire comme l’indique Maysa al-Jamal dans son livre L’élite politique en Égypte (p. 220).

Libération de l’autorité étatique et de la tutelle de l’opposition

La caractéristique spécifique de la transformation actuelle réside dans son intransigeance. Les masses s’expriment par elles-mêmes simplement et directement : « gouvernement corrompu alors va t’en !… » C’est ainsi que dans un premier temps le mouvement des masses a pris les choses en main. Le mouvement se restructure d’après la nouvelle situation dans laquelle il gouverne sans les élites ou leurs semblables ; que ce soient les élites de l’autorité ou celles de l’opposition.

En réalité, les élites sont de véritables élites lorsqu’elles sont une source nutritive et un serviteur des masses. Non pas lorsqu’elles s’alimentent sur le compte de ces masses et qu’elles font d’elles un champ dont elles disposent comme elles le souhaitent. De par sa qualité de grand processus de transformation, la révolution des masses recommence la formation d’élites. Elle les crée à nouveau dans un cadre stable à partir d’objectifs réalistes et concrets qui sont liés, dans un premier temps, au bien des gens.

La libération des gens et leur éloignement des dimensions autoritaires et idéologiques sont les plus grands bénéfices de la révolution populaire arabe. C’est le meilleur moyen de retrouver leur identité. C’est l’expression directe de leur volonté et de leur nature.

Les masses se concentrent autour de critères généraux que les gens acceptent. De même, elles éliminent les différences idéologiques, qui peuvent exister en leur sein, comme les normes relatives à la liberté, au respect, à la démocratie et à la justice sociale. D’un point de vue politique, l’intérêt personnel n’est plus aussi important et central qu’il a pu l’être pour l’élite gouvernante liée aux puissances occidentales. De même, ce que veut l’Occident d’un régime arabe n’est plus aussi important tant que l’autorité réside dans la rue et que l’opinion est celle du peuple.

Des fenêtres furent ouvertes aux arabes durant le siècle passé depuis la chute du califat, la fin du colonialisme, l’effondrement de l’Union Soviétique et la coopération politique avec les États-Unis. Les arabes n’ont pas utilisé ces évènements dans le but d’un changement démocratique dans la région. Au contraire, c’étaient des ouvertures exploitées par des élites despotiques et des idéologies fermées.

Néanmoins, aujourd’hui, les caractéristiques d’une pénétration globale du corps social par les idéaux des masses se manifestent dans les pays arabes. Cela, après que les forces de la tyrannie aient épuisé leur énergie et leurs astuces et après l’apparition d’un nouvel ordre « social » conscient des effets du despotisme dans son pays.

Nous pouvons déclarer qu’actuellement les gens ont gagné le droit de s’exprimer par eux-mêmes. Les masses ne sont plus seulement des « majorités silencieuses » comme les décrivit Jean Baudrillard. Il disait à leur sujet qu’elles avaient une énergie négative qui absorbait seulement ce que lui injectaient les élites. Elles ne sont plus aujourd’hui, comme le pensait Abu al-Ala al-Maari « le bataillon des muets », otage de l’esprit des autres.

Abdelaziz al-Hays

à lire également sur le même sujet :

- Les deux phases des révolutions arabes

Notes

(1) Cf. Hobbes Thomas, Le citoyen ou les fondements de la politique, Paris, Ed. Flammarion, 1993
(2) Cf. Spinoza Benedictus de, Traité théologico-politique, Paris, Ed. Flammarion, 1997
(3) Cf. Le Bon Gustave, Psychologie des foules, Paris, PUF, 2003 – La Révolution française et La psychologie des révolutions, Kessinger Publishing, 2010
(4) En mars 1964, en plein mois de ramadan, Habib Bourguiba but ostensiblement, à la télévision, un verre de jus d’orange en pleine journée. En février 1961, il avait appelé ses concitoyens à ne pas observer le jeûne du ramadan afin de mieux affronter et combattre le sous-développement.

Traduction : Souad Khaldi

Source : Al Jazeera

Le mondialisme par Aymeric Chauprade (vidéo)

9 mar

Quelle est la différence entre le mondialisme et la mondialisation ? Quels sont les projets du mondialisme ? Quelles sont les origines du mondialisme ? Qui sont les acteurs ? Quelles sont les structures et ses réseaux ? Quel avenir pour l’Etat-nation ? Le mondialisme, la voie vers un Nouvel Ordre Mondial ? Economie, idéologie, politique, analyse du mondialisme par le docteur en science politique et spécialiste de la géopolitique, Aymeric Chauprade.

Realpolitik.tv

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Golfe / Armement : Autant en emporte le vent (2/2)

3 mar

par René Naba pour René Naba

Golfe / Armement : Autant en emporte le vent (1/2)

Le sursaut populaire arabe de l’hiver 2011 avec le renversement de deux dictatures Hosni Moubarak (Egypte) et Zine El Abidine Ben ALI (Tunisie), les soulèvements dans huit pays arabes (Libye, Bahreïn, au Yémen, Algérie, Maroc, Jordanie, Irak) illustrent l’usage que font les dirigeants arabes de leur surarmement, la répression de leur concitoyens plutôt que la défense de l’espace nationale arabe contre ses ennemis réels (Israël) ou virtuels (Iran).

« Divide & Impera »

 

Le contrat de l’ordre de 123 milliards de dollars, conclu à l’automne 2010 entre l’Amérique et quatre pays du Golfe, en vue de renforcer leur capacité défensive « face à l’Iran » constitue un témoignage éloquent de cette politique de dilapidation financière pour des motifs d’armement.

OPEP versus OPEA: La victoire des marchands d’armes sur les pétroliers (1)

Loin d’être un exercice d’auto flagellation, le constat est manifeste et le décompte affligeant. Pendant près d’un quart de siècle de 1970 à 1994, période marquée par une succession ininterrompue de conflits majeurs, la guerre civile jordano-palestinienne de « Septembre Noir » de 1970, la troisième guerre israélo-arabe d’octobre 1973, la guerre du Liban (1975-1990), la guerre Irak-Iran (1980-1989), la deuxième guerre du Golfe (1990-1991), sans parler de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, le Moyen-Orient aura absorbé 45 pour cent des armes vendues au tiers monde, trente pour cent de la totalité des achats mondiaux d’armement, alors que sa population ne représente que cinq pour cent de celle de la planète au point de parvenir à posséder plus d’armements par habitant (pour les chars et l’artillerie) que la totalité de la trentaine de pays européens compris dans les anciens Pacte de l’OTAN et du Pacte de Varsovie (2).

Au premier rang des « conflits budgétivores », la guerre irako-iranienne (1979-1989) et la guerre du Golfe (1990-1991) qui auront durablement compromis le développement économique de la région, ainsi que la guerre du Liban (1975-1990), qui aura complètement désarticulé un pays jadis pilote de l’ensemble arabe tant au niveau économique qu’au niveau de la pratique démocratique.

A raison de cinq cent millions de dollars par mois pour chacun des belligérants sur neuf ans, le conflit entre l’Irak et l’Iran, l’un des plus meurtriers de l’époque contemporaine avec un million de victimes (300.000 morts et 700.000 blessés) aura coûté la bagatelle de 108 milliards de dollars, sans compter les dégâts collatéraux infligés à l’occasion de la « guerre des pétroliers » (258 cargos, pétroliers et caboteurs détruits) provoquant en tonnage des pertes maritimes du même ordre que celles enregistrées pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ces précisions n’incluent pas les dépenses d’armement.

Les Arabes ont déboursé 426 milliards de dollars en achat d’armement durant la décennie 1980-1990 et 60 milliards de dollars rien que dans les deux années qui ont suivi la Guerre du Golfe (1991-1992).

A lui seul le Koweït a déboursé en cinq ans (1990-1995), la fantastique somme de 70 milliards de dollars pour financer tout à la fois l’effort de guerre de la coalition internationale et sa reconstruction et préserver aussi son indépendance par des achats massifs d’équipements militaires et du matériel de sécurité.

Par leur coût opérationnel, leurs dégâts et les préjudices annexes, les deux guerres contre l’Irak (1990-1991 et 2003), auront coûté la bagatelle de mille six cent soixante dix (1.670) milliards de dollars, épongeant les surplus financiers gouvernementaux et gelant bon nombre de projets de développement à dimension interarabe.

La guerre de la coalition internationale contre l’Irak, consécutive à l’occupation du Koweït (1990-1991) a coûté 670 milliards de dollars aux pays arabes, selon le rapport du Conseil de l’Unité Economique Arabe paru en Août 1995 au Caire, tandis que l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, infligeait, elle, des pertes de l’ordre de mille milliards de dollars (931 millions d’euro) au produit intérieur brut (PIB) des pays arabes du fait des pertes civiles et militaires, de la dégradation de l’environnement par l’usage des mines et des armes de destruction massive notamment l’uranium appauvri, de la baisse des recettes du transport aérien et maritime et de la hausse du coût des assurances et des réassurances (3).

La carte des achats d'armes conventionnelles (2004)

Douze mille milliards de dollars de pertes au Moyen-Orient depuis 1991 ? Strategic Foresight Group (SFG), chiffre, quant à lui, à douze mille milliards de dollars la somme perdue suite aux guerres qui ensanglantent l’ensemble du Proche-Orient depuis 1991. Ce coût englobe aussi bien les pertes humaines que les dégâts infligés à l’écologie, aux répercussions sur l’eau, le climat, l’agriculture, en passant par la croissance démographique, le chômage, l’émigration, la hausse des loyers, le prix du pétrole, voire même l’éducation.

Le rapport de 170 pages se fonde sur 95 paramètres. Plus de cinquante experts d’Israël, des territoires palestiniens, d’Irak, du Liban, de Jordanie, d’Egypte, du Qatar, du Koweït et de la Ligue arabe ont participé à cette étude menée ce groupe de réflexion basé en Inde et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie. Le chercheur indien Sundeep Waslekar, président du SFG, précise : « On doit parler d’une cascade de coûts dont une partie n’est pas quantifiable financièrement comme les atteintes à la dignité humaine. » Le rapport pointe par exemple les centaines de milliers d’heures de travail perdues par les Palestiniens aux check points (barrages israéliens). Il révèle aussi que 91% des Israéliens vivent dans un perpétuel sentiment de peur et d’insécurité.

Au seuil du XXI me siècle, le Monde arabe apparaît ainsi comme une zone sous tutelle marquée par une présence militaire étrangère aussi importante qu’à l’époque coloniale avec un important pays, l’Irak, sous la coupe américaine, des bases dans le Golfe et des facilités militaires dans dix pays arabes, dont l’Egypte et l’Arabie Saoudite, deux des principaux chefs de file du monde arabe, soit la moitié des états de la Ligue arabe.

Pour la première fois dans l’histoire, la présence militaire américaine est institutionnalisée sur les zones pétrolifères du Golfe et de la péninsule arabique, à l’épicentre du monde arabe, Bagdad, l’ancienne capitale de l’Empire abbasside. Fragilisés par la flambée islamiste anti-américaine et le tribut de la guerre réclamé par Washington à ses obligés monarchiques, le Royaume wahhabite, jamais colonisé même sous l’empire ottoman, le Koweït et le Qatar se trouvent aussi sous un « protectorat de facto » des Etats-Unis. Soixante dix ans après la décolonisation du tiers-monde, l’ordre américain s’est substitué à l’ordre arabe.

La carte des transferts d'armes et des zones importatrices d'armes (2005)

Les convulsions guerrières de l’espace arabe du dernier quart de siècle (1975-2000) auront ainsi laissé sur le tapis 73 millions de pauvres, 65 millions d’analphabètes, dix millions de sous alimentés et douze millions de chômeurs, représentant 15 pour cent de la main d’oeuvre sur un marché du travail gravement segmenté et dysfonctionnel. Le PIB (produit intérieur brut) des 21 pays de la ligue était légèrement supérieur à celui de l’Espagne, en 1999, représentant la moitié du PIB par habitant de celui de la Corée avec un cinquième de la population vivant avec moins de deux dollars par jour.

Selon le rapport 2009 sur le développement économique du monde arabe, la zone compte le taux de chômage le plus élevé au monde, se situant à 14,4 % alors que la moyenne mondiale est de 6,3 %. Compte tenu de la croissance démographique actuelle, les pays arabes devront créer 50 millions d’emplois d’ici 2020 pour absorber l’augmentation prévue de la population active. « La richesse tant vantée des pays arabes provenant des hydrocarbures présente une image trompeuse de leur situation économique, qui masque les faiblesses structurelles de nombreuses économies arabes et l’insécurité des pays et des populations qui en résulte », dit Walid Khadduri, consultant pour le Middle East Economic Survey et membre de l’équipe principale de rédaction du Rapport arabe sur le développement humain 2009.

La pauvreté dans le monde (2007)

Vingt pour cent (20 %) de la population de la région arabe vivent en deçà du seuil de pauvreté reconnu sur le plan international de 2 dollars par jour. Toutefois, une proportion bien plus élevée de la population des pays étudiés dans le rapport, vit en deçà du seuil de pauvreté national et ne peut pas subvenir à ses besoins essentiels. En fait deux Arabes sur cinq (2 sur 5) vivent dans la pauvreté. Le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans la région est passé de 19,8 millions en 1990-1992 à 25,5 millions en 2002-2004. Fait plus grave, un manque généralisé de sécurité humaine s’oppose au développement humain en ce que la sécurité humaine ne constitue pas uniquement une question de survie, mais pour les populations à risque à retrouver le cap d’une existence plus stable, au moyen des structures politiques, économiques, sociales et culturelles garantes d’un avenir meilleur.

Le Monde arabe compte trois cent vingt mille (320.000) millionnaires totalisant une fortune de 1,1 trillions de dollars (trois mille milliards de dollars), mais la recherche scientifique, pourtant un des leviers du décollage économique et stratégique arabe, demeure une activité marginalisée et apparaît comme le véritable parent pauvre des sciences humaines.

Le Monde arabe compte huit mille chercheurs (contre 400.000 aux Etats-Unis), dont certains figurent parmi les brillants cerveaux de la planète tel l’égypto-américain Ahmad Zewail, Prix Nobel de Chimie 1999, professeur de physique et chimie à l’Université Caltech (Etats-Unis) et premier arabe détenteur de cette distinction. Il ne consacre pourtant que quatre dollars par habitant à la recherche scientifique, Soit 300 fois moins que les Etats-Unis tandis que les budgets affectés à la recherche ne représentent que 0,25% du PNB en moyenne dans les pays arabes, contre 3 à 3,5 pour cent dans les pays développés. Au niveau universitaire, les quelque 200 universités arabes consacrent près de 1% de leur budget annuel à la recherche, alors qu’aux Etats-Unis cette part dépasse souvent les 40 pour cent.

Près de cinquante ans après avoir brandi l’arme du pétrole, en octobre 1973, dans la foulée de la troisième guerre israélo-arabe, l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole), particulièrement le groupe arabe dont il était le fer de lance dans le combat pour son indépendance énergétique et sa promotion politique, aura finalement ployé devant l’OPEA (organisation des pays exportateurs d’armes), accentuant durablement la dépendance arabe. Ce résultat a été avalisé par la première guerre du Golfe qui constitue la « première alliance militaire objective entre Israël, l’Egypte et les pétromonarchies arabes, mais également la première guerre Nord-sud par la réalisation de l’union sacrée des consommateurs de pétrole contre l’un de leurs principaux fournisseurs du sud »(4). Un exploit financé de surcroît, faut-il le souligner, avec les deniers arabes.

Pour une rupture avec la logique de vassalité

Au delà de cette chronique d’une déconfiture annoncée, trois vérités s’imposent :

1ère vérité : Le monde arabe est redevable à l’Iran d’une part de sa culture et l’Islam, d’une part, de son rayonnement qu’il s’agisse du philosophe Al Fârâbî, du compilateur des propos du prophète Al Boukhary, du linguiste Sibawayh, du théoricien du sunnisme Al Ghazali, des historiens Tabari et Shahrastani, du mathématicien Al Khawarizmi (Logarithmes), et naturellement le conteur du célèbre roman Kalila wa Doumna, Ibn al Moukaffah et Avicenne et l’expansion de l’Islam en Asie centrale aux confins de la Chine n’a pu se faire sans le passage par la plateforme iranienne.

Les chiites au Moyen-Orient (Philippe Rekacewicz, juillet 2005, Le Monde diplomatique)

2ème vérité: Le monde arabe est redevable à l’Iran d’un basculement stratégique qui a eu pour effet de neutraliser quelque peu les effets désastreux  de la défaite arabe de juin 1967, en substituant un régime allié d’Israël, la dynastie Pahlévi, le meilleur allié musulman de l’Etat hébreu, par un régime islamique, qui a repris à son compte la position initiale arabe scellée par le sommet arabe de Khartoum (Août 1967) des « Trois NON » (non à la reconnaissance, non à la normalisation, non à la négociation) avec Israël, offrant à l’ensemble arabe une profondeur stratégique en le libérant de la tenaille israélo-iranienne, qui l’enserrait dans une alliance de revers , compensant dans la foulée la mise à l’écart de l’Egypte du champs de bataille du fait de son traité de paix avec Israël. La Révolution Islamique en Iran a été proclamée le 9 Février 1979, un mois avant le traité de Washington entre Israël et l’Egypte, le 25 mars 1979.

En retour, les Arabes, dans une démarche d’une rare ingratitude, vont mener contre l’Iran, déjà sous embargo, une guerre de dix ans, via l’Irak, éliminant au passage le chef charismatique de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr (Libye 1978), combattant dans le même temps l’Union soviétique en Afghanistan, le principal pourvoyeur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël.

3ème vérité : Le Monde arabe s’est lancé, au-delà de toute mesure, dans une politique d’équipements militaires, pendant un demi siècle, payant rubis sur ongle de sommes colossales pour d’arsenal désuets, pour des livraisons subordonnées à des conditions politiques et militaires draconiennes, alors que, parallèlement, les Etats-Unis dotaient, gracieusement, Israël de son armement le plus sophistiqué.

Israël a bénéficié, à ce titre, de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la Seconde Guerre Mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue « Counter punch » en date du 30 mars 2007 (5).

A cette somme, il convient d’ajouter 11,2 milliards de dollars de prêts pour des équipements militaires ainsi que 31 milliards de dollars de subventions économiques, sans compter la promesse de George Bush Jr, au terme de son mandat, de fournitures de l’ordre de trente milliards de dollars, dont des missiles à guidage laser, des bombes à fragmentation, des bombes à implosion, un dôme d’acier de protection anti-balistique, en vue de préserver la suprématie militaire israélienne au Moyen-Orient.

A deux reprises au cours du dernier quart de siècle, les pays arabes ont participé à des guerres lointaines par complaisance à l’égard de leur allié américain, parfois au détriment des intérêts à long terme du monde arabe, s’aliénant même un allié naturel, l’Iran un voisin millénaire, dans la plus longue guerre conventionnelle de l’époque contemporaine, sans pour autant bénéficier de la considération de leur commanditaire américain.

A l’apogée de sa puissance, au plus fort de son alliance avec l’Iran, l’Amérique n’a jamais réussi à faire restituer à leur propriétaire arabe légitime ces trois îlots. En phase de puissance relative, saura-elle au moins protéger durablement ces relais régionaux, au moment où ses déboires en Irak et en Afghanistan la place sur la défensive, alors que, parallèlement, l’Iran, fort de sa maîtrise de la technologie nucléaire et des succès militaires des ses alliés régionaux, le Hezbollah (Liban), Moqtada Sadr (Irak) et le Hamas (Palestine) se pose en parfait contre exemple de la servitude monarchique, avec un rayonnement se projetant bien au-delà des zones à fortes minorités chiites arabes dans les régions pétrolifères d’Arabie Saoudite, de Bahreïn, du Koweït, d’Irak, et dans la zone limitrophe d’Israël dans le sud du Liban pour s’étendre à l’ensemble de la sphère arabo musulmane ?

Plus précisément, l’Amérique, pourra-t-elle protéger ses relais des turbulences internes attisées par les frasques monarchiques répétitives, en parfait décalage avec les dures conditions de la réalité quotidienne de la multitude de leurs concitoyens et qui gangrènent inexorablement les assises de leur pouvoir ?

Géographie du « chaos » (Philippe Rekacewicz, novembre 2007, Le Monde diplomatique)

Le Monde arabe a engagé près de deux mille milliards de dollars au titre des dépenses militaires depuis le dernier tiers du XX me siècle, soit environ 50 milliards de dollars par an en moyenne, sans avoir pu se doter ni d’une capacité de projection de puissance, ni d’une capacité de dissuasion nucléaire, encore moins de la capacité spatiale du renseignement, autant d’attributs de la puissance moderne qui lui font cruellement défaut à l’ère de la société de l’information et de son application militaire, l’infoguerre.

Une telle disparité de traitement entre Israéliens et Arabes au regard des Américains, l’un s’équipant à l’œil, alors que les autres sont contraints de payer cash, en dépit de la contribution financière et humaine des pays arabes aux équipées américaines tant en Afghanistan qu’au Nicaragua contre le bloc soviétique, de même que leur comportement erratique à l’égard de leurs alliés naturels (l’Union soviétique et l’Iran), expliquent le discrédit du monde arabe sur la scène internationale et une part de son collapsus stratégique.

La récente tournée de Hilary Clinton, secrétaire d’état dans le Golfe, le 10 janvier 2011, pour mobiliser les pétromonarchies face à l’Iran, à la veille de la conférence d’Ankara entre l’Iran et les Occidentaux, parait avoir pâti des révélations de WikiLeaks sur la duplicité et la connivence des riverains arabes du Golfe, à l’égard de leur voisin iranien. Le Sultanat d’Oman, le plus pro occidental des états de la région, qui abrite la base aéro navale britannique de Massirah, s’est refusé à se joindre à de nouvelles sanctions. Oman envisage d’aménager un port stratégique à AD DOKKOM, à l’intersection du Golfe arabo-persique et de l’Océan indien, pour servir de débouché au marché iranien et à l’Asie centrale. Ce projet, d’une valeur de 26 milliards de dollars, serait prolongé d’une voie ferrée menant au port de SAHHAR, au-delà, au port iranien de Bandar Abbas, le point de transit vers l’Iran et le Caucase.

Telle devrait être la leçon à méditer, alors que les pétromonarchies s’engagent dans une aventure aux conséquences incertaines, une nouvelle équipée pour les besoins stratégiques de leur maître américain, pour le plus grand bénéfice de son allié israélien.

Telle est la leçon à méditer afin d’éviter que les factotums sunnites ne soient à nouveau « les dindons de la farce », la risée universelle de la planète, les grands perdants de l’histoire, entraînant dans leur chute l’ensemble des pays arabes. L’éviction de Hosni Moubarak (Egypte), de Zinedine ben Ali (Tunisie) et le vent d’Est qui fait tanguer Bahreïn, la Libye, la Jordanie, le Yémen, l’Algérie et le Maroc en constituent la sanction d’un sursaut salutaire.

Sauf à entraîner le monde arabe dans un déclin irrémédiable, une claire rupture avec la logique de la vassalité s’impose, alors que la scène internationale s’achemine vers un choc entre le leader en devenir (la Chine) et la puissance déclinante (les Etats-Unis), impliquant une vaste redistribution des cartes géopolitiques à l’échelle planétaire.

René Naba

Notes

[1] Pour la problématique du collapsus arabe, Cf. «Aux origines de la tragédie arabe» par René Naba – Editions Bachari Paris 2006 particulièrement le prologue «Une démocratie cathodique»

[2] Marie Luce Dumas in « Moyen-Orient/Occident: Ordres et désordres », Armement, courses et contrôle- Les Cahiers de l’Orient N°29, premier trimestre 1993 et « Les cent portes du Proche-Orient »- Alain GRESH et Dominique Vidal- Les éditions de l’Atelier Octobre 1996.

[3] Déclaration de MILWATT TALLAMI, secrétaire général de la commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie occidentale (ESCWA), in Le Monde 2 avril 2003. A cela il convient d’ajouter les pertes des financières arabes, en 1997-1998, de l’ordre de cent (100) milliards de dollars du fait de l’effondrement de l’économie russe et de la crise financière asiatique. Une perte de cinquante milliards de dollars a été enregistrée lors du Krach boursier d’octobre 1997 du fait de la dévalorisation de leurs placements à l’étranger, qui sont, eux, estimés entre 600-800 milliards de dollars, la moitié appartenant aux pétromonarchies du Golfe, la majeure partie concentrée dans les pays grands pays industrialisés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Suisse, France), dont 20 pour cent en bons du trésor. (Al-Charq Al-Awsat, 9 janvier 1999).

[4] Jacques Attali, « VERBATIM » Tome 3 (1988-1991)- Fayard- octobre 1995

[5] Gabriel Kolko, spécialiste de l’histoire militaire, est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence
-«Anatomie d’une guerre, le Vietnam, les Etats-Unis et l’expérience historique moderne »
-«La grande histoire de la Guerre mondiale
-«Century of war: Politique, conflits et société depuis 1945 »

Source : René Naba

Golfe / Armement : Autant en emporte le vent (1/2)

1 mar

par René Naba pour René Naba

« Faiblement peuplées, entourées de puissants voisins tels l’Iran et l’Irak, de création récente et inexpérimentées en la matière, les pétromonarchies ont longtemps confié leur protection à des pays amis aguerris, ou, à défaut, à des compagnies militaires privées, les mercenaires des temps modernes, et, les fabuleux contrats d’armement qui excédaient les capacités d’absorption des servants locaux, étaient généralement perçus comme des polices d’assurance déguisées, en raison des mirifiques rétro commissions qu’ils généraient. »

Ce papier est dédié aux trois personnalités suivantes :

  • Mohamad Bouazizi, décédé le 4 janvier 2011, des suites de ses blessures. Son immolation sur la place publique de Sidi Bouzid, en Tunisie, en signe de protestation contre l’arbitraire tunisien, a servi d’étincelle au soulèvement populaire qui provoqua la chute de la dictature du Général Zine El Abidine Ben Ali.
  • Ahmad Jaafar Kassem, artisan du spectaculaire attentat contre le QG du commandement  israélien de Tyr, le 11 novembre 1982, dans le cadre d’une opération de la résistance libanaise contre l’occupation israélienne du sud Liban
  • Mountazar Al Zaïdy, journaliste irakien, le Spartacus des temps modernes, le lanceur de sa chaussure contre George  Bush jr.

I Le Golfe, une gigantesque base flottante américaine, une pompe à finance des déficits américains.

L’effondrement du dispositif occidental sur la rive arabe de la Méditerranée avec les révoltes populaires en Tunisie et en Egypte sur fond d’une contestation généralisée des supplétifs de la stratégie américaine dans la sphère arabo musulmane, au terme d’une furieuse décennie de « guerre contre le terrorisme », de même que les révélations du site américain Wikileaks sur la position belliqueuse des pétromonarchies face à l’Iran, illustrent la logique de vassalité des « émirats mirage » face à l’Amérique, particulièrement dans le domaine de la défense, en ce qu’ils incitent les Américains à faire la guerre à leur voisin iranien pour neutraliser son potentiel nucléaire, plutôt que de doter le Monde arabe d’une capacité d’autosuffisance stratégique.

Le contrat de l’ordre de 123 milliards de dollars, conclu à l’automne 2010 entre l’Amérique et quatre pays du Golfe, en vue de renforcer leur capacité défensive « face à l’Iran » en constitue un témoignage éloquent de cette politique de dilapidation financière pour des motifs d’armement.

Face à l’Iran, la constellation des pétromonarchies du Golfe s’est ainsi transformée en une véritable base flottante américaine, au point que se pose la question de la viabilité stratégique et de la pertinence politique du plus important contrat d’armement de l’histoire, jamais conclu, en temps de paix, entre les Etats Unis et quatre pays membres de la zone. Un singulier contrat à tous égards, de l’ordre de 123 milliards de dollars, qui outrepasse les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux.

Si l’on excepte sa piètre démonstration militaire au Yémen, l’été 2010, l’Arabie Saoudite n’a jamais mené de guerre directe contre aucun de ses adversaires potentiels, encore moins contre Israël, l’ennemi officiel du monde arabe, dont elle est le principal opposant sur le plan théorique, se bornant à financer des guerres obliques de déstabilisation, jamais contre Israël, toujours contre les pays arabes ou musulmans ; contre l’Egypte nassérienne au Yémen, dans la décennie 1960 par monarchistes interposés, contre la Syrie baasiste, dans la décennie 1970, par Frères Musulmans interposés, ou encore contre la Révolution islamique de l’Iran, dans la décennie 1980, via  l’Irak Baasiste de Saddam Hussein, ou enfin contre l’Union Soviétique, en Afghanistan, dans la décennie 1980, via sa légion islamique sous la houlette de son homme lige Oussama Ben Laden.

La transaction, conclue à l’occasion de la fête nationale saoudienne, le 23 septembre 2010, implique la modernisation de la flotte aérienne et de la marine saoudiennes. Soixante milliards de dollars seront affectés à la vente à l’Arabie saoudite de 87 chasseurs bombardiers « F-15», de 70 hélicoptères de combat « Apache » et de 72 hélicoptères « Black Hawk », 36 hélicoptères « Little Bird AH-6 », ainsi que des bombes, des missiles, y compris la bombe guidée par GPS, JDAM, produite par Boeing et le missile guidé par laser Hellfire. Trente milliards de dollars complémentaires seront affectés à la fourniture de bâtiments de guerre et d’un système de défense balistique, complémentaire au réseau de missiles de type Patriot et au reconditionnement des anciens appareils de l’armée de l’air et de la marine.

Le contrat est complété par une série d’accords similaires avec trois autres pétromonarchies du Golfe (Koweït, Emirats arabes Unis et sultanat d’Oman) portant le montant total de la transaction à 123 milliards de dollars.

Les pétromonarchies arabes, un des principaux ravitailleurs du système énergétique mondial, sert en même temps de gigantesque base militaire flottante de l’armée américaine, qui s’y ravitaille à profusion, à domicile, à des prix défiants toute concurrence. Tous, à des degrés divers, y paient leur tribut, accordant sans états d’âme, des facilités à leur protecteur.

La zone est, en effet, couverte d’un réseau de bases aéronavales anglo-saxonnes et françaises, le plus dense du monde, dont le déploiement pourrait à lui seul dissuader tout éventuel assaillant éventuel, rendant  superflu un tel contrat. Elle abrite à Doha (Qatar), le poste de commandement opérationnel du CentCom (le commandement central américain) dont la compétence s’étend sur l’axe de crise de l’Islam qui va de l’Afghanistan au Maroc;  A Manama (Bahreïn), le quartier général d’ancrage de la Vème flotte américaine dont la zone opérationnelle couvre le Golfe arabo-persique et l’Océan indien.

Le réseau mondial de structures de commandement états-unien : U.S. Northern Command - U.S. Pacific Command - U.S. Southern Command - U.S. European Command - U.S. Africa Command - U.S. Central Command

En complément, l’Arabie Saoudite abrite, elle, une escadrille d’AWACS (Air borne Warning and Control System), un système de détection et de commandement aéroporté, dans la région de Riyad. Le Koweït, très dévoué à son libérateur, fait office de zone de pré positionnement et de ravitaillement à la gigantesque infrastructure militaire américaine en Irak, le nouveau champ d’expérimentation de la guerre moderne américaine dans le Tiers-Monde. S’y ajoute, dernier et non le moindre des éléments du dispositif, Israël, le partenaire stratégique des Etats-Unis dans la zone, ainsi que la base relais de Diégo Garcia (Océan indien), la base aérienne britannique de Massirah (Sultanat d’Oman) ainsi que depuis janvier 2008 la plate forme navale française à Abou Dhabi.

De surcroît, des barrages électroniques ont été édifiés aux frontières de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis pour décourager toute invasion ou infiltration. Le barrage électronique saoudien a été édifié avec le concours des Français, celui d’Abou Dhabi, avec le concours de la firme israélienne AGT (Asia Global Technologies), dont le contrat de trois milliards de dollars concerne aussi bien la protection des frontières que la protection de quinze sites pétroliers de l’émirat, ainsi que la fourniture de drones, les avions de reconnaissance sans pilote, de fabrication israélienne.

Faiblement peuplées, entourées de puissants voisins tels l’Iran et l’Irak, de création récente et inexpérimentées en la matière, les pétromonarchies ont longtemps confié leur protection à des pays amis aguerris, ou, à défaut, à des compagnies militaires privées, les mercenaires des temps modernes, et, les fabuleux contrats d’armement qui excédaient les capacités d’absorption des servants locaux, étaient généralement perçus comme des polices d’assurance déguisées, en raison des mirifiques rétro commissions qu’ils généraient.

La protection de l’espace aérien saoudien a été longtemps confiée aux aviateurs pakistanais, le territoire national du Sultanat d’Oman aux bédouins de la légion arabe jordanienne, les mercenaires occidentaux se chargeant du reste, avec une répartition des rôles entre les Anglais, surtout présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du Golfe, et les Américains ayant la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste du Moyen-Orient.

Stratégies pétrolières et militaires américaines dans la région du Golfe (Philippe Rekacewicz - novembre 2002, Le Monde diplomatique)

La protection du Cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyane, Emir d’Abou Dhabi et président de la Fédération des Émirats du Golfe, ainsi que l’encadrement des troupes omanaises dans la répression de la guérilla marxiste du Dhofar, dans les années 1965-1970, ont relevé de la responsabilité de « Watchguard », une des deux compagnies de mercenaires britanniques, dont le siège est à Guernesey. Fondée en 1967 par David Sterling, un ancien des commandos de l’air britanniques (Special Air Services), elle passe pour être un instrument d’influence de la diplomatie britannique. Outre Blackwater, qui s’est fâcheusement illustrée en Irak, les États-Unis comptent, eux, deux grandes sociétés privées militaires: Vinnell Corp, dont le siège est à Fairfax, en Virginie, et BDM international. Toutes deux filiales de la multinationale Carlyle, elles apparaissent comme les bras armés privilégiés de la politique américaine en Arabie et dans le Golfe. Vinnel corp, dont la mission saoudienne a fait l’objet d’un attentat à Khobbar en 1995, a la haute main sur la formation de la Garde nationale saoudienne, tandis que BDM gère la formation du personnel de l’armée de l’air, de la marine et des forces terrestres saoudiennes.

II • L’Iran, un prétexte pour éponger le surplus de pétrodollars arabes

Israël, un prétexte pour maintenir la dépendance technologique arabe.

Ce contrat qui devra être soumis au Congrès pour ratification, témoigne des « relations spéciales » entre les Etats-Unis et le Royaume d’Arabie saoudite depuis la signature du Pacte de Quincy en 1945. Une relation spéciale, certes, mais de vassalité en ce qu’il vise à «renforcer les capacités combatives du Royaume face à l’Iran» sans faire peser des risques sur Israël.

Le président Roosevelt en compagnie de Abdel Aziz Ibn Saoud et de l'amiral William Leahy sur le croiseur Quincy, février 1945.

Les avions saoudiens seront en effet privés d’armes de longue portée afin de sécuriser l’espace aérien israélien et leurs performances, tant en ce qui concerne leur équipement que leur maniabilité. Ils  seront, en tout état de cause, de moindre capacité que le nouveau appareil que les Etats-Unis envisagent de vendre à Israël, 20 chasseurs-bombardiers américains F-35 Lightning II (JS F-35), le  super bombardier de supériorité technologique, dont le coût unitaire atteint la somme considérable de 113 millions de dollars pièce. Israël dispose ainsi d’un quasi-droit de regard sur l’équipement militaire des alliés arabes des Etats-Unis.

Ainsi donc par un subterfuge que les politologues américains désignent du vocable de « Politics of Fears », la politique de l’intimidation, qui consiste à présenter l’Iran comme un croquemitaine, l’Arabie Saoudite est contrainte de se doter, non d’une défense tous azimuts, mais d’une posture défensive anti iranienne, autrement dit de renforcer le Royaume « face à l’Iran », puissance du seuil nucléaire, et non Israël, puissance nucléaire de plein exercice, de surcroît puissance occupante de Jérusalem, le 3me haut lieu saint de l’Islam.

Alors que le Monde arabe accuse un retard manifeste tant au niveau de la recherche scientifique que du développement des nouvelles technologies et que le chômage atteint des proportions rarement égalées ailleurs dans le monde, quatre pétromonarchies vont débloquer la colossale somme de 123 milliards de dollars, pour résorber le chômage…. des Etats-Unis, maintenir un bassin d’emploi de 75.000 poste sur cinq ans, et justifier, sous l’apparence d’un faux équilibre, une transaction qualitativement supérieure entre les Etats-Unis et Israël.

Indice d’une dépendance complémentaire à l’égard des Etats-Unis, Abou Dhabi s’est d’ores et deja engagé à ne pas utiliser la technologie américaine pour développer des armes nucléaires, renonçant à enrichir de l’uranium et à recycler les déchets. Une décision qui contraint les principautés pétrolières à importer le combustible nécessaire au fonctionnement des réacteurs de leurs centrales nucléaires de production d’électricité.

En d’autres termes, les exigences américaines aboutissent à préserver le monopole de la production nucléaire au bénéfice des pays occidentaux, de la Chine et de la Russie et de maintenir en état de dépendance les pays émergents.

Au prétexte de la sécurité d’Israël, les Etats-Unis veillent particulièrement à barrer la voie aux pays arabes à accéder à la capacité nucléaire. L’Egypte a dû ainsi attendre trente ans le feu vert américain pour se lancer dans le nucléaire civil, une autorisation accordée lorsque l’Iran est devenue une puissance du seuil nucléaire, enregistrant un considérable retard scientifique par rapport aux autres grands acteurs régionaux. Pire, signe de son dégagement du conflit et de la précarité du pouvoir de Hosni Moubarak, les forces de sécurité et brigades anti émeutes dépassent en nombre celui des forces armées, 1,4 millions contre un million, selon les indications fournies par Mohamad Hassaneine Heykal, l’ancien confident de Gamal Abdel Nasser sur le chaîne Al Jazira, le 17 décembre 2010.

Tahrir Square, Le Caire en Egypte, le soir de la démission du président Hosni Moubarak

Les Etats-Unis cherchent de même à imposer à la Jordanie un accord qui autoriserait le Royaume à extraire l’uranium qu’il recèle en son sol, tout en lui interdisant de le transformer en combustible. Cette exigence réduit également toute possibilité pour la Jordanie de devenir un centre régional d’enrichissement d’uranium.

La Jordanie, habituellement docile à l’égard des diktats américains, paraît devoir passer outre. Elle a déjà commencé à développer les infrastructures nécessaires pour répondre à ses ambitions nucléaires et a prévu la construction de sa première centrale en 2019. AREVA (France) a signé en 2010 un accord d’exploitation conjointe pour l’extraction de l’uranium dans le centre de la Jordanie dans le cadre d’une concession accordée pour 25 ans.

Bien qu’antérieure à l’émergence de l’Iran comme puissance nucléaire virtuelle, la forte concentration militaire occidentale dans le golfe arabo-persique est néanmoins présentée dans les médias occidentaux comme destinée à protéger les princes du pétrole contre les convoitises du régime islamique de Téhéran.

Force pourtant est de constater que l’unique intervention militaire iranienne contre les pétromonarchies s’est produite à l’époque où l’Iran se situait dans la mouvance occidentale dans la décennie 1970 sans que la protection américaine n’ait été d’un grand secours aux protégés arabes qui se sont vus amputer ce jour là de trois îlots appartenant à l’Emirat d’Abou Dhabi: (la grande et la petite Thomb et l’ïle d’Abou Moussa. Il est vrai que le Chah d’Iran Mohamad Reza Pahlevi faisait office à l’époque de gendarme du Golfe pour le compte des Américains et que les princes arabes ne pouvaient qu’obtempérer, sur injonction américaine, au super gendarme régional qui leur avait été assigné.

Sous couvert de guerre contre le terrorisme ou de démocratisation du Moyen-Orient, deux des objectifs déclarés de la diplomatie américaine, la présence militaire américaine vise à maintenir cette zone énergétique d’importance stratégique sous contrôle occidental, alors que la guerre pour le contrôle des matières premières redouble d’intensité tant en Asie qu’en Afrique au moment où la Chine opère une percée remarquable sur le flanc méridional de l’Europe.

Oasis de prospérité sécurisée de l’économie occidentale face à la « zone de pénurie » du versant méditerranéen frondeur du Monde arabe, cette constellation de micro états balance entre gigantisme économique et nanisme politique, face au triple péril résultant de leur trop grande dépendance vis-à-vis de la main d’œuvre étrangère, de leur trop grande dépendance militaire vis à vis des Etats-Unis d’Amérique et des incessantes frasques monarchiques au point d’accentuer le discrédit et de fragiliser les six pétromonarchies du Golfe du fait de leur complet décalage avec le combat mené par les mouvements contestataires arabes contre l’hégémonie occidentale tant au Liban (Hezbollah), qu’en Irak (Moqtada Sadr) qu’en Palestine (Hamas).

L’affaiblissement militaire et économique des Etats-Unis, la nouvelle tonicité de la Russie après la guerre de la Géorgie, en août 2008, l’activisme chinois en Afrique font craindre aux stratèges occidentaux la consolidation du groupe de Shanghai (Chine, Russie, Iran), à l’effet de modifier les rapports de force régionaux notamment au Moyen-Orient, au détriment des pétromonarchies alliées du camp occidental.

La transaction militaire américano-arabe de 123 milliards de dollars représente le 1/5ème du flux global consenti par la Réserve fédérale américaine pour relancer l’économie américaine en 2010-2011. L’Iran sert ainsi de croquemitaine pour éponger le surplus de pétrodollars des réserves pétro monarchiques.

Les pétromonarchies, coutumiers du fait, ont déjà volé au secours de l’économie américaine au moment du krach bancaire de 2008-2009, enregistrant au passage, sans plainte ni complainte, une perte sèche de 150 milliards de dollars au cours du troisième trimestre 2008, du fait de leurs placements sur les marchés occidentaux.

III • Les dépenses d’armement arabe ……. Un effroyable gâchis

Les lourds investissements, notamment dans le domaine militaire, paraissent stimulés parfois, non pas tant par les impératifs de sécurité, mais par la perspective alléchante des commissions et rétro commissions. A l’indice mondial de la corruption, l’Arabie Saoudite se situe hors classement.  A croire que les surfacturations tiennent lieu de « police d’assurance tous risques » contre d’éventuelles tentatives de déstabilisation, de rétribution déguisée pour un zélé protecteur, une sorte de mercenariat officieux.

Dans la foulée de la première guerre contre l’Irak, l’Arabie a ainsi consacré, en 1992 et 1993, vingt neuf milliards de dollars pour sa défense contre 26,5 milliards à l’éducation nationale, une somme équivalent, compte tenu de sa faible densité démographique (12,3 millions de nationaux) et de la faiblesse numérique de ses forces armées (200.000 entre armée régulière et garde nationale), à une dépense moyenne de 75 millions dollars par an pour chaque militaire, et, à l’échelle du pays, un million de dollars par an par habitant, proportion inégalée partout ailleurs dans le monde.

Les opérations terrestres d'invasion de l'Irak pendant la première Guerre du Golfe depuis le territoire saoudien

Pour prix du concours américain, l’Arabie Saoudite a déboursé la coquette somme de cinquante milliards de dollars à titre de contribution à l’effort de guerre, dont dix sept milliards de dollars au titre de «prime de débarquement» sur le sol saoudien, en prélude aux frappes anti-irakiennes. Autrement dit, la monarchie saoudienne aura débloqué cinquante milliards de dollars à l’Amérique pour l’autoriser à accentuer son emprise sur le Royaume et à camoufler la corruption régnante.

Le Général Khaled Ben Sultan, (57 ans), propre fils du ministre de la défense, abusivement auto proclamé commandant en chef de la coalition internationale anti-irakienne, alors qu’il n’était en réalité que l’interface saoudien du véritable commandant américain, le général Norman Schwarzkopf, a réussi, dans ces circonstances dramatiques pour son pays, le tour de force, de prélever près de trois milliards de dollars au titre de commissions sur les transactions sur l’équipement et le ravitaillement des troupes de la coalition estimée à l’époque à 500.000 soldats de 26 nationalités.

Une telle ponction, exorbitante, et à certains égards indécente au regard des enjeux de l’époque et de la contribution réclamée par des tiers pour la défense du territoire national, aurait été passible partout ailleurs d’une comparution immédiate devant la cour martiale. Elle n’a donné lieu à aucun rappel à l’ordre familial, tout juste une discrète mise à l’écart provisoire de l’indélicat, qui s’est traduite pour l’exilé milliardaire de Londres par le rachat du journal « Al-Hayat ».  Un traitement  identique a été réservé à son frère, le prince Bandar Ben Sultan, ambassadeur d’Arabie Saoudite aux Etats-Unis, mis en cause dans le scandale des rétro commissions de la commande d’avions de combat de fabrication britannique Tornado, promu par la suite président du Conseil National de Sécurité du Royaume. Une prime à la prévarication en quelque sorte.

IV • Ahmad Jaafar Kassem et Montazar al Zayédi, un contrepoint au comportement de vilénie

Mohammed Bouazizi

En contrepoint à ce comportement de vilénie, des actes de bravoure donneront ses titres de gloire au combat arabe. Tel le cas de Mohamed Bouazizi, mort le 4 janvier 2011 des suites de son immolation sur la place publique de Sidi Bouzid, en Tunisie, en signe de protestation contre l’arbitraire tunisien, l’étincelle au soulèvement populaire tunisien qui provoqua la chute de la dictature du Général Zine El Abidine Ben Ali, au terme de 23 ans d’arbitraire, de népotisme et de corruption. Mohamad Bouazizi a mis en application, dans sa chair, au prix de sa vie, la dernière partition de l’hymne national tunisien, «Namoutou Wa Yahya Al Watan», «Nous mourrons pour que vive la nation».

Ou encore le cas de Ahmad Jaafar Kassem, qui se livrera à une mission sacrificielle, uniquement mu par le sens de l’honneur et l’amour de sa patrie, opérant un spectaculaire dynamitage du quartier général du commandement militaire israélien à Tyr, au sud Liban, provoquant la mort de 45 soldats israéliens et près de 200 blessés. Un bilan infiniment supérieur à la totalité des pertes cumulées infligées aux Israéliens tant par les 50.000 arabes afghans de la Légion islamique d’Afghanistan que par l’Arabie saoudite, dont les dépenses en armement se sont élevées au cours des cinquante dernières années à près de 300 milliards de dollars sans avoir tiré un seul coup de feu contre Israël.

Né  le 1er septembre 1963 à Deir Kanoun, au sud Liban, dans la zone limitrophe d’Israël, mort le 11 novembre 1982 dans l’attaque du QG israélien de Tyr, Ahmad Jaafar Kassir, membre de la résitance islamique du Liban,  est passé à la postérité comme l’initiateur des premières opérations de commando suicide contre les forces d’occupation israéliennes au sud Liban, qui déboucheront en 2000 sur le retrait israélien en l’an 2000, premier dégagement israélien d’un pays arabe non assorti d’un traité de paix ou d’une reconnaissance de l’Etat Hébreu.

Mountazer al-Zaïdi

Ou encore le cas de Mountazar Al Zaïdy, l’homme aux mains nues, qui a symboliquement brisé les chaînes qui entravaient ses compatriotes, en lapidant de sa chaussure, dans son fief de la zone verte de Bagdad, l‘enclave américaine transformée en camp retranché, l’homme le plus puissant de la planète, le 43me Président des Etats-Unis, le néo-conservateur George Bush jr. Le journaliste irakien, le plus célèbre lanceur de chaussures de l’histoire de l’humanité est apparu ainsi à de larges fractions de l’hémisphère sud, pas uniquement le Monde arabe et musulman, mais également en Amérique du sud, en Afrique, en Asie Pacifique, dans les banlieues d’Europe et d’Amérique du nord, comme un personnage de légende, le Spartacus des temps modernes, faisant du «bashing bush», le plus prisé des jeux de la blogosphère, c’est-à-dire dans le monde de l’information réelle. «Au nom des veuves et des orphelins d’Irak, prend donc ce baiser d’adieu, fils de chien», a-t-il asséné à l’envahisseur de son pays.

Mohamad Bouazizi, Ahmad Jaafar Kassem et Montazar Al Zaïdy ont retourné à leur compte la métaphore du faible au fort, se réappropriant le mythe du petit David bravant le géant Goliath, forçant au respect l’opinion internationale, sans la moindre rétribution, ni la moindre prébende, ni commissions ni rétro commissions, le lot quotidien des transactions militaires pétro monarchiques.

Suivra…

René Naba

René Naba est ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information, est l’auteur notamment des ouvrages suivants : —« Liban: chroniques d’un pays en sursis » (Éditions du Cygne); « Aux origines de la tragédie arabe”- Editions Bachari 2006.;  “Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français”- Harmattan 2002. « Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan 2000); « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998); “De notre envoyé spécial, un correspondant sur le théâtre du monde”, Editions l’Harmattan Mai 2009.

D’autres articles pour approfondir le sujet :

- Chomsky : la sauvagerie de l’impérialisme états-unien

- Le Moyen-Orient, cœur de crises ?

- Le côté obscur de l’histoire des États-Unis

- Chronologie des interventions américaines dans le monde

Source : René Naba