Archive | janvier, 2011

Papa vend des armes : les surprenants VRP de la guerre (vidéo)

30 jan

Synopsis M6 : Le commerce des armes de guerre ne connaît pas la crise. Partout dans le monde, il fait vivre des familles entières, en France 160 000 personnes travaillent pour les usines d’armement. Une industrie qui cultive le secret, et qui n’a pas toujours bonne réputation.

Mitrailleuses, bazookas, fusils d’assaut : des lignes d’assemblage jusqu’aux foires internationales de la guerre, les employés de ces entreprises se battent pour décrocher de nouveaux contrats. Quels sont les secrets de cette profession si particulière ? Des missiles aux avions de combats, peuvent-ils vendre leur dangereux arsenal à tous les États ?

En marge des ventes légales prospèrent aussi des filières parallèles : le marché noir des armes de guerre. L’une de ses figures la plus célèbre s’appelle Viktor Bout. Ce Russe longtemps insaisissable a inspiré à Hollywood le film Lord of war. Nous l’avons rencontré dans sa prison en Thaïlande. Quelles sont ses révélations sur les dessous du business des armes ?

France, 2009, 65′

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Interview du réalisateur Stéphane Malterre

Peut-on éteindre l’Internet ?

25 jan

par Stéphane Bortzmeyer pour OWNI

La question d’une censure totale d’Internet fait peur mais c’est plus la censure locale qu’il faut craindre. Pour Stéphane Bortzmeyer, c’est en renforçant les infrastructures qu’on améliorera la résistance du réseau.

« Si la question est compliquée, c’est parce que l’Internet n’est pas un objet unique et localisé dans l’espace, qu’on peut détruire facilement. C’est plutôt une espèce vivante. Chaque individu est très vulnérable, on peut le tuer et, si on est suffisamment dénué de scrupules, on peut même en tuer beaucoup. Mais éradiquer l’espèce entière est plus difficile. L’Internet peut être blessé mais le tuer nécessitera beaucoup d’efforts. » Stéphane Bortzmeyer

Ce jeudi 27 janvier, l’Epitech organise une intéressante conférence sur le thème « Peut-on éteindre l’Internet ? ». Je ne pourrais malheureusement pas y aller alors je livre mes réflexions ici.

Le sujet fait évidemment allusion à un certain nombre de cas connus : projet étasunien de doter le Président d’un gros bouton rouge pour éteindre l’Internet, pannes spectaculaires comme celle due à l’attribut 99 de BGP ou celle du DNS chinois, « attaques accidentelles » comme celle de Pakistan Telecom contre YouTube ou celle de China Telecom, mesures liberticides prises par des États qui trouvent l’Internet trop libre (filtrage systématique, allant jusqu’au détournement du DNS en Chine, loi LOPPSI en France, etc), tentatives (assez ridicules, surtout en France) de faire taire WikiLeaks. Tous ces faits mènent à se poser des questions : si un excité du menton veut censurer Internet, est-ce possible ? Une attaque par les chinois rouges et communistes peut-elle nous priver de services indispensables à la vie humaine, comme Facebook ? La prochaine bogue dans IOS ou Windows va t-elle stopper tout l’Internet ?

Il n’a pas manqué d’articles sensationnalistes sur ce thème. Selon eux, l’Internet serait tellement fragile que deux ou trois lycéens dans leur garage, a fortiori une organisation comme Al-Quaida, pourrait tout casser. Par exemple, lors de la bavure de China Telecom en avril 2010, on a vu apparaitre une quantité d’articles ridicules sur la soi-disant vulnérabilité de l’Internet (par exemple sur Fox News ou Computer World). Ces articles sensationnalistes ont évidemment eu plus de succès que la froide technique.

À l’opposé de ce discours apocalyptique « on va tous mourir », on voit des neuneus se présentant comme hackers qui prétendent que l’Internet est invulnérable, que les puissants de ce monde n’arriveront jamais à le censurer, et qu’on ne peut pas arrêter le libre flot de l’information.

Qu’en est-il vraiment ? Peut-on éteindre l’Internet ou pas ? Est-il très robuste ou très fragile ? Ces questions n’ont pas de réponse simple. Si on me presse pour fournir une réponse binaire, je dirais « On ne peut pas éteindre complètement l’Internet. Besson et Mitterrand rêvent, ils n’ont pas ce pouvoir. Et l’Internet, très résilient, résistera toujours aux pannes comme celle de l’attribut 99. ». Mais la vraie réponse mériterait d’être bien plus nuancée.

Car tout dépend de l’objectif qu’on se fixe en disant « éteindre l’Internet ». Il est très difficile de couper l’Internet pendant une longue période. Mais des attaques réussies l’ont déjà sérieusement perturbé pendant plusieurs minutes, avant que les protocoles et les humains ne réagissent. L’Internet n’est pas invulnérable. Une des meilleures raisons pour lesquelles la question « Peut-on éteindre l’Internet ? » n’a pas de réponse simple est qu’il est très facile de perturber l’Internet (BGP, par exemple, n’offre pratiquement pas de sécurité et il n’en aura pas de si tôt), mais très difficile de faire une perturbation qui dure plus de quelques heures (dans tous les cas existants, la réaction a pris bien moins de temps que cela).

De même, il est très facile de planter un service donné. Même pas besoin de pirates chinois pour cela. Une erreur de configuration, et un service fondamentalement stratégique est inaccessible. Pour beaucoup de simples utilisateurs, de ceux qui ne travaillent pas quotidiennement sur l’Internet, « Facebook est en panne » n’est pas très différent de « l’Internet est en panne ». Mais, pourtant, pendant de telles pannes, tout le reste de l’Internet fonctionne (et même mieux, les tuyaux étant moins encombrés). Si on peut comprendre que Jean-Kevin Michu ressente douloureusement l’arrêt de son service favori, les analystes qui prétendent produire un discours sérieux sur l’Internet devraient un peu raison garder et ne pas parler de « vulnérabilité de l’Internet » à chaque fois que Twitter a une panne.

Sur Internet, la censure locale est facile, la censure totale l’est beaucoup moins

Il est aussi très facile de rendre l’utilisation de l’Internet plus difficile. Tous les censeurs du monde ont appris que couper complètement l’accès était irréaliste. En revanche, le rendre difficile, imposer aux utilisateurs l’emploi de mesures de contournement complexes, est possible. Cela ne découragera pas l’informaticien déterminé et compétent, mais cela peut gêner tellement l’utilisateur ordinaire qu’il renoncera à certains usages. C’est le pari d’organisations répressives comme l’Hadopi, qui sait très bien que les geeks continueront à télécharger quoi qu’il arrive, mais qui compte sur le fait que 95 % de la population ne les suivra pas. Et cela marche dans certains cas. Les censeurs ne sont hélas pas sans dents.

Enfin, on peut aussi noter qu’il est très facile d’éteindre l’Internet en un lieu donné. Chez moi, je peux couper l’accès à ma famille facilement. Dans un pays donné, on peut empêcher l’accès Internet. Cela se fait en Birmanie ou en Corée du Nord. En Tunisie, la mise en place du système de censure connu sous le nom d’« Ammar404 » avait été précédé d’une coupure complète de l’Internet pendant six mois, bloquant tous les usages légitimes. Il a fallu une révolution pour mettre fin au système de filtrage installé à cette occasion. C’est une coupure complète dans le monde entier qui est très difficile mais un dictateur local a toujours des possibilités.

Arrivé à ce point, certains lecteurs trouvent peut-être que je suis trop prudent et qu’il devrait être quand même possible de répondre en deux mots à une question aussi simple que « peut-on éteindre l’Internet ? ». Mais, si la question est compliquée, c’est parce que l’Internet n’est pas un objet unique et localisé dans l’espace, qu’on peut détruire facilement. C’est plutôt une espèce vivante. Chaque individu est très vulnérable, on peut le tuer et, si on est suffisamment dénué de scrupules, on peut même en tuer beaucoup. Mais éradiquer l’espèce entière est plus difficile. La résistance de l’Internet aux pannes et aux attaques n’est pas celle d’un blockhaus passif, qu’on peut toujours faire sauter, avec suffisamment d’explosifs. C’est la résistance d’une espèce vivante, et intelligente (les professionnels qui font fonctionner l’Internet réagissent, corrigent, modifient, et rendent la tâche difficile pour les censeurs et les agresseurs, comme l’a montré la mobilisation autour de WikiLeaks). L’Internet peut être blessé mais le tuer nécessitera beaucoup d’efforts.

Renforçons l’Internet

Une autre raison pour laquelle je ne donne pas de réponse ferme est que je ne suis pas trop intéressé par les débats pour observateurs passifs, regardant l’incendie en se demandant gravement s’il va être éteint ou pas. Je préfère travailler à améliorer la situation. Peut-on améliorer la résilience de l’Internet, sa résistance aux censeurs, aux pannes, et aux attaques diverses ? Et là, la réponse est claire : oui, on peut. On peut analyser les vulnérabilités, travailler à repérer les SPOF et à les supprimer, chercher les dépendances cachées qui risqueraient de faire s’écrouler un domino après l’autre, etc. Là, un travail est possible et nécessaire. Pendant que la loi LOPPSI impose un filtrage de l’Internet et donc diminue sa résistance aux pannes (le système de filtrage ralentit, perturbe et, d’une manière générale, ajoute un élément supplémentaire qui peut marcher de travers), d’autres efforts essaient de rendre l’Internet plus fiable. Par exemple, trop de liaisons physiques sont encore peu redondantes et une seule pelleteuse peut couper plusieurs câbles d’un coup.

Plus sérieux, trop de choses dans l’Internet dépendent d’un petit nombre de logiciels, ce qui fait qu’une bogue a des conséquences étendues. Trop de routeurs utilisent IOS et une seule bogue plante des routeurs sur toute la planète. Comme dans un écosystème où il n’y a pas de variété génétique, un germe peut faire des ravages. Autre exemple, le système ultra-fermé de Skype n’a qu’un seul logiciel, le leur, et une seule bogue peut l’arrêter complètement. Ce point illustre d’ailleurs l’illusion qu’il y aurait à essayer de rendre l’Internet plus robuste par des moyens matériels, comme plus de machines, ou logiciels, comme de passer le DNS en pair-à-pair. L’exemple de Skype, qui repose largement sur des techniques pair-à-pair, montre que ces techniques ne protègent en rien si une erreur dans le logiciel plante tous les pairs en même temps.

Il n’y a pas de solution magique au problème de la résilience de l’Internet. Mais il faut accroître sa diversité, qui permettra de faire face aux menaces du futur.

Stéphane Bortzmeyer

Article initialement publié sur le blog de Stéphane Bortzmeyer

Source : OWNI

La Chine va-t-elle manger le monde ? (vidéo)

25 jan

Hier, surnommée l’usine du monde, aujourd’hui, considérée comme étant la banque du monde, la locomotive de l’économie mondiale, est-ce que la Chine représente-t-elle réellement ce péril jaune ? Entre la réalité et les spéculations, souvent entretenues par des préjugés, qu’en est-il exactement de l’émergence de l’Empire du Milieu au XXIe siècle ? Y a-t-il des volontés impérialistes dans les coulisses du pouvoir à Pékin ? La Chine va-t-elle manger le monde ?

“Comment va le monde ?” Chaque mois, un rendez-vous avec la géo-économie, par Hervé Juvin, pour realpolitik.tv. Enregistré le 20/01/2011.

à lire également sur la Chine :

- « Zou Chuqu » : la Chine et le pétrole

- Les services secrets chinois

- Chine : l’Empire du Milieu tente de canaliser la pression intérieure vers la scène internationale

- La Chine, les Etats-Unis et la question nord-coréenne

- La guerre des empires

- La Chine et quelques uns de ses voisins

- De l’arrogance à l’inquiétude

- La guerre du Pipelineistan de la Chine

- La superpuissance de l’énergie du XXIe siècle

L’Afrique et le Moyen-Orient dans la Matrice

23 jan

par Charles Bwele pour Alliance Géostratégique

Ne sous-estimons jamais le rôle majeur des technologies de l’information et des médias sociaux dans les révoltes populaires… surtout quand elles ont lieu en Afrique et au Moyen-Orient où les marchés de la téléphonie mobile et de l’internet enregistrent des croissances à deux chiffres.

« À l’ère de Facebook, de Youtube, de Twitter et de Wikileaks, les ennemis de l’information ouverte n’ont plus le sommeil tranquille... » Charles Bwele

Dans les grandes et moyennes villes d’Afrique et du Moyen-Orient, adolescents et jeunes adultes sont à l’affut du dernier smartphone à la mode, en quête permanente d’un mobile made in China/India ou d’un produit local d’assemblage intégrant de nouvelles fonctions : caméra, baladeur FM/audio/vidéo, navigateur internet, webmail, messagerie instantanée, média social, etc. Dans des régions où les infrastructures télécoms et le courrier postal relèvent souvent de la préhistoire ou de la science-fiction, l’usage combiné de la téléphonie mobile et de l’internet n’est guère un luxe.

Dans les cybercafés d’Abidjan, de Douala, du Caire ou d’Amman, on voit des rangées de cybernautes concentrés sur leurs écrans d’ordinateurs pendant que leurs téléphones mobiles ne cessent de biper. À la moindre brutalité policière, des centaines de vidéophones entrent aussitôt en action pour filmer la scène. Pour les autorités, la contestation d’un incident grave ou d’une réalité macabre devient d’autant plus difficile lorsque la preuve par l’image circule sur la toile.

À l’ère de Facebook, de Youtube, de Twitter et de Wikileaks, les ennemis de l’information ouverte n’ont plus le sommeil tranquille…

La convergence média inhérente aux smartphones (téléphonie, internet, radio, audio, vidéo, médias sociaux) et les coûts décroissants d’accès à la téléphonie mobile et à l’internet contribuent à une élevation drastique du degré de connectivité des populations urbaines. Fortes de leurs ordinateurs de poche, elles vivent une véritable révolution technico-sociétale en-dessous de la couverture radar des médias internationaux… et des chancelleries occidentales.

NB : Un téléphone mobile conçu en 2010 est plus puissant qu’un ordinateur portable fabriqué en 1990

La chute du régime Ben Ali était donc relativement prévisible à tout observateur attentif de l’univers cyberculturel tunisien. Outre des facteurs savamment expliqués par les blogs alliés EGEA, la Plume & le Sabre, Mon Blog Défense et Cyberstratégie Est-Ouest (transition démographique, transition sociale, économie émergente, etc), la révolution du jasmin a bénéficié d’un environnement technologique hautement favorable : la Tunisie figure dans le peloton de tête des pays africains les mieux équipés en infrastructures télécoms/internet, et drainant d’énormes vagues d’étudiants sci-tech et d’entrepreneurs techno venues de toute l’Afrique. Malgré une cyber-censure féroce, les Tunisiens sont très probablement les citoyens les plus connectés d’Afrique et/ou du monde arabe. D’où une redoutable capacité de mobilisation des masses et une infoguerre permanente opposant gouvernement et cyberactivistes.

Au sujet de cette « Tunisie 2.0 », Fabrice Epelboin (Readwriteweb.fr) a eu le ton juste :

« A l’intérieur du pays, tout se passe sur Facebook. […] le géant américain si tancé pour ses atteintes aux libertés, est là bas le seul espace de liberté. Adolescents, lycéens, étudiants, homme de la rue, universitaires, journalistes, avocats, écrivains : tout le monde est sur Facebook.

Imaginez que vous croisiez, en France et sur Facebook, la plupart des grands professeurs d’universités, des avocats de renom, des poètes célèbres, des icones culturelles de la scène locale… Imaginez la richesse de la vie qui s’y développerait… Ajoutez à cela l’angoisse, la paranoïa, l’obligation de cacher son identité de peur d’être reconnu et harcelé, le soupçon permanent d’un délateur potentiel, caché parmi un groupe, la coupure de l’accès à votre compte Facebook comme une épée de Damoclès, qui peut vous couper de tout contact culturel et social (autre que la télévision d’Etat, bien sûr), et vous avez une idée de ce à quoi ressemblait Facebook en Tunisie jusqu’ici [...]

Sur Facebook, bien avant la révolution tunisienne, une vie culturelle prolifique s’est déployée malgré un climat littéralement étouffant [...]

Pour les Tunisiens, Facebook a non seulement été leur seul espace de liberté d’expression dans un cadre public et semi public, mais il a aussi été un espace de rencontre avec d’autres personnes, dont ils partagent les goûts et la langue sans partager la nationalité. Il a aussi probablement été une alternative au rêve de l’exil pour les plus jeunes, qui comme tous ceux de cette génération, se prennent à imaginer un monde où des règles si naturelles sur internet auraient cours dans la vraie vie. [...]

Facebook a très profondément structuré la société tunisienne, en grande partie parce qu’il n’y avait rien d’autre pour le faire, et il aura à l’avenir un rôle essentiel dans le développement de cette nation ».

N’oublions point que le siècle des lumières, la révolution française et la révolution industrielle doivent beaucoup à l’impression et à la diffusion en masse d’encyclopédies, de pamphlets et de manuels scientifiques.

En Iran, en Arabie Saoudite, en Egypte, en Côte d’Ivoire et au Zimbabwé, l’irruption des médias sociaux favorise l’émergence de sociétés civiles et soumet les régimes politiques à une pression constante, à de profondes contradictions internes, et ce, malgré leurs résistances tous azimuts. À mesure que la téléphonie mobile et l’internet inonderont l’Afrique et le Moyen-Orient, les autocraties délirantes et leurs multiples mécènes seront régulièrement embusqués par de violentes éruptions populaires.

Charles Bwele

Le blog de Charles Bwele : Electrosphère

Source : Alliance Géostratégique

Wall Street célèbre les profits record

23 jan

par Tom Eley pour WSWS

« Plus d'une fois, j'ai pensé à Rahm Emanuel qui disait: "Il faut savoir profiter d'une bonne crise", en nous servant de la catastrophe économique croissante pour faire des changements et des sacrifices qui auraient été impossibles dans un autre environnement. » Steven Rattner

Le bilan, publié vendredi, des profits de JPMorgan Chase pour 2010 est devenu l’occasion, pour la ploutocratie américaine, de célébrer le retour du bon vieux temps d’avant le krach de Wall Street de 2008. Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan, a résumé les sentiments de l’élite financière lorsqu’il a déclaré que les profits record de la banque étaient la preuve d’une « reprise économique à grande échelle », et ajoutant, « je crois que l’avenir est extrêmement prometteur ».

Que Dimon puisse s’exprimer ainsi au beau milieu de la pire crise sociale depuis la Grande Dépression, sans répercussion au gouvernement ou dans les médias, est une indication de l’immensité du gouffre qui sépare les aristocrates modernes du peuple.

De telles remarques – dans un contexte où le taux de chômage officiel avoisine les 10 pour cent, la pauvreté et la sous-nutrition augmentent rapidement, un nombre record de maisons sont saisies par les banques, la richesse des ménages est ravagée par l’effondrement du prix des maisons, les salaires sont en baisse, les fermetures d’écoles et les coupes dans les services sociaux se répandent à la grandeur du pays – ne peuvent venir que de quelqu’un qui est sait hors de tout doute qu’il a l’administration Obama, les deux partis politiques, le Congrès et toutes les autres institutions officielles dans sa poche.

L’annonce de JPMorgan marquait le début du dévoilement d’une série de rapports financiers qui devraient montrer que 2010 a été une année record pour les banques et les sociétés des États-Unis.

Le géant bancaire a rapporté que ses profits ont augmenté de 48 pour cent par rapport à 2009 et de 47 pour cent lors du quatrième trimestre de 2010 par rapport à la même période l’année précédente. Pour l’année, JPMorgan a fait des bénéfices totalisant 17,4 milliards de dollars, soit l’équivalent du produit intérieur brut de la Bolivie. Sa performance du quatrième trimestre a fait grimper la valeur des actions des autres grandes banques, y compris Bank of America, Citigroup et Wells Fargo, qui devraient publier leurs résultats financiers pour 2010 cette semaine.

Le New York Times a écrit que, « Dans toute la compagnie, les banquiers s’attendent à engranger les bénéfices » de « l’année la plus profitable de l’histoire de JPMorgan ». Des 102 milliards de dollars et plus en revenus, quelque 28,1 milliards de dollars ont été réservés pour les employés et « la plupart seront distribués en bonus ». Les employés de la division des services bancaires d’investissement de JPMorgan ont obtenu un revenu moyen de 370.000 $ en 2010, tandis que les hauts dirigeants « peuvent s’attendre aussi à recevoir des chèques de plusieurs millions de dollars en bonus ».

Les profits records du secteur financier surviennent dans le contexte plus large de la hausse marquée des bénéfices des sociétés, qui auraient selon les analystes augmenté de 27,1 pour cent au quatrième trimestre, soit presque le triple de la croissance médiane des bénéfices depuis 1988. Cela vient s’ajouter à la croissance record des bénéfices rapportée pour les trois premiers trimestres de 2010 (une augmentation de 37, 51 et 92 pour cent respectivement par rapport aux trimestres de l’année précédente).

Pour la très grande majorité de la population, les records à considérer sont bien différents. Le taux de chômage officiel a été supérieur à 9 pour cent pendant 20 mois consécutifs, soit la plus longue durée de ce type depuis la Grande Dépression. Le prix des maisons a chuté de 26 pour cent depuis juin 2006, battant le record de la baisse de 25,9 pour cent qui a eu lieu durant la dépression entre 1928 et 1933. La richesse des ménages a chuté précipitamment, et le taux de pauvreté officiel est aussi élevé qu’il l’était au milieu des années 1960.

Dès le premier jour, la politique de l’administration Obama a été d’utiliser la crise économique pour procéder à une vaste restructuration des rapports de classe en faveur de l’élite financière. En excluant toute mesure sérieuse pour donner du travail aux chômeurs, Obama a supervisé le transfert de milliers de milliards de dollars aux banques, est intervenu pour bloquer la législation limitant les bonus aux banques renflouées à même l’argent des contribuables, et a donné le coup d’envoi d’une campagne de réductions des salaires à travers le pays en imposant une réduction de 50 pour cent des salaires des travailleurs de l’automobile nouvellement embauchés dans le cadre du plan de sauvetage gouvernemental de General Motors et Chrysler.

L’administration a refusé de fournir une aide significative aux États et aux localités ayant de lourds déficits budgétaires dus à la récession, appuyant tacitement les suppressions d’emplois, de salaires et de pensions pour les enseignants et autres employés du secteur public et les coupes sauvages dans les services sociaux.

La Réserve fédérale a maintenu les taux d’intérêt à près de zéro, et a imprimé par voie électronique des centaines de milliards de dollars afin de fournir du crédit pratiquement gratuit aux entreprises puis d’augmenter les bénéfices des sociétés et favoriser les marchés boursiers. Depuis mars 2009, les indices boursiers américains ont grimpé de près de 80 pour cent. Les sociétés américaines ont amassé un magot de plusieurs milliards de dollars grâce aux subventions gouvernementales et à leur propre réduction des coûts, tout en refusant, sans se heurter à une opposition du gouvernement, d’utiliser leur montagne d’argent pour embaucher des travailleurs et accroître la production de base.

Les politiques du gouvernement ont permis aux grandes banques de resserrer leur emprise sur l’économie. Selon les données de la Réserve fédérale, seulement cinq banques, soit Bank of America, JPMorgan Chase, Citigroup, Wells Fargo et Goldman Sachs, contrôlent désormais 8,6 trillions de dollars d’actifs, soit 13,3 pour cent de la totalité des holdings des sociétés financières. Les trois plus grandes banques commerciales contrôlent 33 pour cent de tous les dépôts des États-Unis et plus de la moitié de toutes les commissions sur les prêts hypothécaires.

Dans son livre Overhaul, Steven Rattner, l’initié de Wall Street choisi par Obama pour diriger son Auto Task Force, reconnaît carrément la manipulation de la crise financière de 2008 et 2009. « Plus d’une fois, j’ai pensé à Rahm Emanuel (le chef d’état-major de la Maison-Blanche) qui disait: “Il faut savoir profiter d’une bonne crise”, en nous servant de la catastrophe économique croissante pour faire des changements et des sacrifices qui auraient été impossibles dans un autre environnement », écrit-il.

Les attaques sur la classe ouvrière sont sur le point d’être intensifiées. Les politiques de droite d’Obama ont mené à un fiasco électoral pour le Parti démocrate lors des élections de novembre. Des dizaines de millions d’électeurs jeunes ou de la classe ouvrière, qui avaient voté pour Obama lors des élections de 2008, ne se sont pas rendus aux urnes. La réponse de l’administration a été d’aller encore plus à droite et, au nom d’une politique bipartite, a mené ses politiques propatronales de manière encore plus effrontée.

Les votes étaient à peine comptés que la Commission nationale pour la réforme et la responsabilité fiscale mise en place par Obama proposait des coupures dans l’aide sociale, dans Medicare et Medicaid, des licenciements et des baisses de salaire pour les fonctionnaires du gouvernement et de nouvelles taxes sur les biens de consommation et l’assurance-maladie des salariés – tout cela combiné avec des baisses drastiques dans les impôts payés par les entreprises et sur le revenu des riches.

Obama a ensuite, grâce au 111e Congrès contrôlé par les démocrates, put mettre en ouvre un programme fiscal qui élargissait davantage les baisses d’impôts de la période Bush sur les revenus des Américains les plus riches et qui réduisait radicalement le taux d’imposition sur la propriété immobilière des multimillionnaires. La Maison-Blanche a aussi indiqué qu’elle était prête à mettre de l’avant le programme de la grande entreprise en installant l’ancien secrétaire au commerce de l’administration Clinton et cadre de JPMorgan Chase, William Daley, comme nouveau secrétaire général de la Maison-Blanche.

L’écroulement du système capitaliste fait émerger à la surface de plus en plus en plus clairement les divisions fondamentales de classe dans la société. C’est aux États-Unis que le gouffre entre l’élite dirigeante et les masses de travailleurs est le plus marqué. L’administration Obama, le Congrès, l’establishment de la grande entreprise ou les médias font à peine semblant de s’inquiéter de la souffrance des chômeurs et de la destruction de l’avenir de toute une génération de jeunes de la classe ouvrière et plusieurs de la classe moyenne.

L’administration Obama démontre la banqueroute de toutes les affirmations selon lesquelles des réformes peuvent être obtenues en faisant pression sur le Parti démocrate. Quant aux syndicats, ils ont fonctionné à travers la crise plus que jamais comme des agents des entreprises et du gouvernement, redoublant d’efforts pour supprimer la résistance des travailleurs aux attaques sur leur niveau de vie. L’insolence ouverte et l’indifférence de l’aristocratie financière sont, en elles-mêmes, un indicateur des immenses luttes sociales à venir. La question cruciale est le développement de la direction révolutionnaire et de la perspective nécessaire pour unifier la classe ouvrière et la mobiliser afin de renverser le système de profit et construire le socialisme.

Le Parti de l’égalité socialiste tient une série de conférences publiques en avril pour discuter de la lutte pour le socialisme aujourd’hui. Nous encourageons tous ceux et celles qui voient la nécessité d’une telle lutte à s’inscrire aux conférences et à venir y assister.

Tom Eley

Source : WSWS

Pourquoi les prix de l’uranium explosent sur les marchés (vidéo)

20 jan

Les prix de l’uranium explosent sur les marchés. Est-ce normal ? Quelles sont les production et consommation mondiales d’uranium pour les centrales nucléaires ? Quels seront les pays gagnants ou perdants ? Qu’est-ce qui peut se passer, si la production d’uranium ne peut pas augmenter aussi vite que les besoins ? Dans un avenir très proche, y aura-t-il assez d’uranium pour satisfaire la demande ou… est-ce que cela se traduira par d’autres guerres de l’énergie comme avec le pétrole et le gaz ?

Michael Dittmar apporte son éclairage.

à lire également sur le même sujet :

- Le nucléaire empêche le développement du renouvelable

- START 3 : Les véritables enjeux de cet accord nucléaire

- La Chine fait main basse sur l’uranium d’Areva au Niger

- De SALT aux ZEAN : 40 ans de désarmement nucléaire

- Apocalypse, année zéro ?

Source : Watts2000

Les manifestations de masses en Tunisie et la perspective de la révolution permanente

19 jan

par le Comité de rédaction du World Socialist Web Site (WSWS)

Les événements de Tunisie marquent un tournant dans les affaires mondiales. Après des décennies de réaction triomphante et de répression de la lutte des classes, le déclenchement des manifestations de masses et la fin des 23 ans de pouvoir répressif de Zine El Abidine Ben Ali signalent l’émergence d’une nouvelle ère de troubles révolutionnaires.

 

« Les conditions sociales qui ont entraîné ces événements en Tunisie prédominent dans tout le Maghreb et dans le Moyen-Orient, et affectent également de plus en plus la classe ouvrière des pays capitalistes avancés, dans un contexte de crise économique mondiale et d'offensive brutale de la part des banques et des multinationales. »

 

Les masses tunisiennes ne sont cependant qu’à la première étape de leur lutte. Comme on le voit déjà clairement avec la poursuite de la violence militaire sous le nouveau président par intérim, la classe ouvrière est confrontée à des risques immenses. La question cruciale d’un programme et d’une direction révolutionnaires n’est pas résolue. Sans le développement d’une direction révolutionnaire, un autre régime autoritaire s’installera inévitablement pour remplacer celui de Ben Ali.

Le déploiement rapide et soudain du mouvement de masse qui a fait tomber Ben Ali est objectivement très significatif. Ce que les puissances occidentales louaient régulièrement comme l’un des régimes arabes les plus stables, un bastion du capitalisme et des intérêts de l’impérialisme américain et européen en Afrique du Nord, s’est révélé en quelques semaines isolé, faible et pourri jusqu’à la moelle.

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres sociales qui s’accumulaient depuis longtemps sous la surface de la vie politique a été l’auto-immolation d’un diplômé qui ne parvenait pas à trouver d’emploi stable et avait été privé par les autorités de son maigre moyen de subsistance, la vente de légumes. Cet événement tragique a focalisé la colère de millions de jeunes et de travailleurs concernant le chômage, la pauvreté et l’inégalité sociale généralisés, ainsi que par le despotisme et la corruption de l’élite dirigeante.

Les conditions sociales qui ont entraîné ces événements en Tunisie prédominent dans tout le Maghreb et dans le Moyen-Orient, et affectent également de plus en plus la classe ouvrière des pays capitalistes avancés, dans un contexte de crise économique mondiale et d’offensive brutale de la part des banques et des multinationales.

Il est significatif que les forces islamistes n’aient joué pratiquement aucun rôle dans les manifestations des masses. Ce qui vient sur le devant de la scène partout dans le monde, ce sont les questions sociales fondamentales et de classe qui dominent la vie politique et économique et supplantent toutes les questions secondaires et tertiaires de religion, d’ethnie et de nationalité.

La chute de Ben Ali a causé un choc à la bourgeoisie de la Tunisie et du reste du monde arabe, ainsi qu’aux Américains et à l’impérialisme mondial. Ce qui a été encore plus  inquiétant pour eux est le déclenchement de manifestations massives dans l’Algérie voisine et, plus à l’Est, en Jordanie.

Il est certain que les scènes de dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes défiant l’armée et la police pour se répandre dans tout Tunis et exiger la fin de la dictature donnent des sueurs froides aux banquiers et aux spéculateurs de New York, Paris, Francfort et d’autres centres de la finance impérialiste. Quand il est question de corruption et de détournement arbitraire de la richesse, aucune élite dirigeante au monde ne peut égaler celle des États-Unis.

La réponse des États-Unis et de l’Europe aux événements tunisiens a été outrageusement cynique et hypocrite. Toutes les capitales impérialistes étaient parfaitement au courant de la corruption monumentale du régime de Ben Ali.

L’un des facteurs qui a le plus contribué à la propagation des manifestations a été la publication par WikiLeaks de télégrammes diplomatiques de l’ambassade américaine à Tunis décrivant le régime tunisien, en termes cinglants, comme une kleptocratie et une dictature. Le rôle de ces télégrammes dans le déclenchement des troubles sociaux en Tunisie aide à comprendre la réponse hystérique de la classe dirigeante américaine aux révélations de WikiLeaks.

Les États-Unis comme l’Europe ont choisi de subordonner les crimes du régime tunisien à leurs intérêts économiques et géostratégiques. L’Union européenne, et en particulier la France, ex-puissance coloniale, ont établi des liens économiques très forts avec la Tunisie. Les États-Unis avaient augmenté leur aide militaire et politique à la dictature en échange de son soutien à la « guerre contre le terrorisme » de Washington.

Ces relations politiques et militaires exposent les promesses creuses des Américains et des Européens quand ils prétendent défendre les droits de l’homme et la démocratie.

La semaine dernière encore, la ministre des affaires étrangères américaine, Hillary Clinton, déclarait à une chaîne de télévision par satellite arabe que les États-Unis ne  « prendraient pas parti » dans la crise tunisienne. Ce n’est que lorsqu’il est apparu clairement que l’allié de plusieurs dizaines d’années était sur le point de sombrer que le gouvernement américain a changé de discours, affirmant soutenir les manifestants et faisant la morale au régime à cause de sa violence excessive.

L’attitude véritable de la classe dirigeante américaine envers le mouvement des masses tunisiennes est une hostilité implacable, comme l’indique un commentaire de Jackson Diehl, membre du comité de rédaction du Washington Post, vendredi, « La menace la plus imminente qui pèse sur les intérêts américains au Moyen-Orient, n’est cependant pas la guerre, mais la révolution. »

Il ajoute : « La violence a déjà migré vers l’Algérie et les spéculations vont bon train dans les médias arabes quant à savoir où apparaîtra le prochain “scénario tunisien” : en Égypte ? en Jordanie ? en Libye ? Tous ces pays sont menacés par l’augmentation rapide des cours mondiaux de la nourriture et du carburant ; les Nations unies ont prévenu la semaine dernière d’un “Choc des prix des denrées alimentaires. »

Les événements de la semaine dernière en Tunisie ont une fois de plus révélé l’immense pouvoir social et potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière. Mais la faiblesse cruciale du mouvement de masse tient à l’absence d’une perspective, d’un programme et d’une direction révolutionnaires clairs.

Cela permet à la bourgeoisie locale et à ses soutiens impérialistes de se regrouper et de forger de nouveaux moyens d’écraser l’opposition et de défendre le capitalisme tunisien. Le départ de Ben Ali ayant enlevé la cible la plus directe de la colère populaire, le régime tunisien est déjà en train de mener la contre-offensive. Sous couvert de « gouvernement d’unité » et d’élections à venir, l’état d’urgence et le couvre-feu restent en place et la police et l’armée continuent à abattre et arrêter les opposants au régime.

L’émergence d’une lutte révolutionnaire rend encore plus critique la question de la conscience, de la perspective et du programme politiques. L’histoire de la Tunisie et de tout le Moyen-Orient donne une confirmation éclatante de la stratégie révolutionnaire mondiale élaborée par Trotsky et la Quatrième Internationale sur la base de la perspective de la révolution mondiale.

Comme l’a expliqué Trotsky, en opposition au Stalinisme, à la sociale-démocratie et au nationalisme bourgeois, à l’ère de l’impérialisme, la bourgeoisie des pays ayant un développement capitaliste retardé est incapable de mener à bien les tâches de la révolution démocratique. Faible et dépendante, entravée par des liens innombrables avec l’impérialisme étranger et les forces féodales locales, la bourgeoisie de pays comme la Tunisie est mille fois plus craintive et hostile envers la force révolutionnaire de la classe ouvrière qu’elle ne l’est envers l’impérialisme.

L’histoire de la Tunisie depuis son indépendance en 1957 (26 mars 1956, ndlr) est un exemple classique de la justesse de ce diagnostic historique. La bourgeoisie nationale a dirigé le pays d’une main de fer, imposant la pauvreté aux masses tout en ouvrant l’économie tunisienne à l’exploitation des banques impérialistes et des multinationales. C’est tout aussi vrai de l’Algérie, où le Front de libération nationale, qui avait mené la lutte anti-coloniale dans les années 1960, s’en prends aujourd’hui aux travailleurs qui manifestent et impose une politique “libérale” au bénéfice de l’élite dirigeante corrompue et des banques et multinationales étrangères.

Les divers mouvements nationalistes, y compris ceux qui se présentaient par le passé comme quasi-socialistes, collaborent aujourd’hui avec l’impérialisme pour opprimer leur propre peuple. Ni le Ba’athisme, ni le Nassérisme, ni l’Organisation de libération de la Palestine ni la variante libyenne n’ont été capables d’apporter une réponse aux problèmes d’une authentique indépendance de l’impérialisme, du chômage, de la pauvreté et de l’arriération économique.

La réponse de la Ligue arabe aux événements de Tunisie a été d’appeler au « calme » et à la « stabilité » – c’est à dire à la fin du mouvement de masse. Kadhafi en Libye a ouvertement défendu Ben Ali contre les manifestants et mis en garde contre une nouvelle révolution bolchevique.

Les appels à une prétendue « révolution démocratique » – mis en avant sous diverses formes par des groupes pseudo-gauches européens – sont une impasse. Ils veulent que les travailleurs fassent pression sur le régime pour qu’il accorde plus d’influence aux partis de l’opposition officielle et aux syndicats. Cependant, aucune de ces organisations n’a cherché à monter une lutte contre le régime ou contre sa politique de droite. L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui soutenait Ben Ali dans les deux dernières élections présidentielles, a officiellement approuvé ses “réformes” libérales.

Le seul programme viable pour la classe ouvrière et les masses opprimées de Tunisie de l’ensemble du Maghreb et du Moyen-Orient est le programme mis en avant par le Comité international de la Quatrième Internationale pour une révolution socialiste. Ce n’est que par la lutte indépendante de la classe ouvrière, conduisant toutes les sections opprimées de la société contre la bourgeoisie locale et l’impérialisme, que les droits démocratiques et sociaux peuvent être gagnés et que l’égalité sociale peut être établie comme fondement de la vie politique.

Cette lutte ne peut être conduite simplement à l’échelle nationale. Des partis trotskystes doivent être construits dans toute l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient pour unifier les masses travailleuses sous la bannière des États socialistes unis du Moyen-Orient et du Maghreb, faisant partie de la révolution socialiste mondiale.

Cette lutte doit être consciemment reliée aux luttes montantes des travailleurs des pays capitalistes avancés dont beaucoup comptent de larges populations de travailleurs arabes d’Afrique du nord et du Moyen-Orient.

Ce n’est que sur cette base internationaliste que les divisions entre religions, nationalités et ethnies – sans cesse agitées par l’impérialisme et la bourgeoisie – pourront être dépassées et que la puissance sociale de la classe ouvrière pourra être mobilisée pour mettre fin à la domination impérialiste.

Le CIQI a créé le World Socialist Web Site pour servir d’organe quotidien afin de rendre compte des développements politiques sur toute la planète et de les analyser pour fournir la perspective nécessaire aux luttes de la classe ouvrière internationale. Nous lançons un appel aux lecteurs du WSWS en Tunisie et dans tout le Moyen-Orient pour qu’ils nous contactent. Nous appelons tous ceux qui cherchent à mettre fin à la dictature et à l’exploitation en Tunisie et dans toute la région à engager la lutte pour la création de sections du Comité international de la quatrième Internationale.

le Comité de rédaction du World Socialist Web Site

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Source : WSWS

Jacques Attali prédit la révolution en France (vidéo)

15 jan

Lors d’une Conversation d’avenirs (1-12-2010) avec la journaliste Stéphanie Bonvicini, Jacques Attali livre ses réflexions sur l’avenir d’un pays, d’une industrie, d’une ressource, d’un conflit , d’un comportement, d’une culture.

Quelles seront les forces et les faiblesses de la France à l’avenir ? Sa démographie, son économie, sa classe politique, son rayonnement à l’étranger, sa jeunesse, ses villes, ses femmes, sa culture, sa gastronomie, ses ressources naturelles, scientifiques, technologiques, intellectuelles… ?

Source : Public Sénat

Le conflit social au Maghreb a des implications internationales

15 jan

par Ann Talbot pour WSWS

« La pire crainte de l'élite politique est peut-être que l'explosion sociale en Tunisie et en Algérie puisse déclencher des manifestations similaires en Égypte – le géant de la région. Alors même qu'il n'y a eu aucune manifestation en Lybie, les taxes ont été réduites sur les produits à base de blé, le riz, l'huile végétale, le sucre et le lait pour bébés. Le Maroc a introduit des aides pour la farine. La Jordanie a réduit les taxes sur le carburant et sur certains produits alimentaires. »

Les manifestations qui se poursuivent en Tunisie et en Algérie menacent de se propager dans tout le Maghreb et, au-delà, d’englober le Moyen-Orient, où existent les mêmes conditions de pauvreté et d’insécurité.

Les prix de l’alimentation en augmentation exacerbent chaque jour un peu plus les tensions sociales dues à l’inégalité croissante et au chômage de masse, en particulier parmi les jeunes. La crise financière mondiale a mis le feu aux poudres en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Cela a entraîné un malaise croissant dans l’élite dirigeante internationale. S’exprimant à Doha, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a déclaré à l’assistance constituée de représentants des gouvernements et d’hommes d’affaires, « Dans bien trop d’endroits, et de bien trop de manières, les fondations de la région s’enfoncent dans le sable. »

Elle les a prévenus que les populations de la région étaient « fatiguées des institutions corrompues et d’un ordre politique qui stagne. »

Cherchant à calmer la colère populaire, en Tunisie, le Président Zein al-Abidine Ben Ali, proche allié des États-Unis, est apparu à la télévision jeudi et a promis de quitter ses fonctions à la fin de son mandat actuel en 2014. Il avait auparavant renvoyé son ministre de l’intérieur, libéré une partie des personnes arrêtées au cours des manifestations récentes et promis de créer 300 000 nouveaux emplois. Le gouvernement algérien a réduit le prix de l’huile et du sucre de 41 pour cent, à la suite des émeutes provoquées par le retrait des subventions accordées par l’Etat pour les produits alimentaires de base.

Alors même qu’il n’y a eu aucune manifestation en Lybie, les taxes ont été réduites sur les produits à base de blé, le riz, l’huile végétale, le sucre et le lait pour bébés. Le Maroc a introduit des aides pour la farine. La Jordanie a réduit les taxes sur le carburant et sur certains produits alimentaires.

Les États-Unis et l’Union européenne ont tous deux fait pression sur la Tunisie quand ils ont appris que la police était débordée par les manifestants dans la capitale, Tunis. Les ministres français se sont abstenus de critiquer publiquement la répression violente de Ben Ali contre les manifestations, qui a laissé un grand nombre de morts dans de nombreuses villes. Ce n’est qu’après la mort d’un citoyen français que Paris a exprimé des inquiétudes sur l’usage d’une violence « disproportionnée. »

Pour la France, avec son importante population d’origine Nord-africaine, les manifestations en Tunisie et en Algérie ont des implications internes immédiates. On estime qu’il y a trois millions de Nord-Africains vivants en France. Le gouvernement est évidemment inquiet d’une possible répétition des troubles sociaux qui avaient affecté les banlieues de Paris et d’autres villes françaises en 2005. Un état d’urgence avait alors été imposé et le Président Nicolas Sarkozy, ex-ministre de l’Intérieur, avait ordonné des préparatifs pour la détention de jeunes en masse.

La pire crainte de l’élite politique est peut-être que l’explosion sociale en Tunisie et en Algérie puisse déclencher des manifestations similaires en Égypte – le géant de la région. Sa population de 77 millions d’habitants est plus du double de celle des autres pays d’Afrique du Nord et elle est bien plus pauvre que l’Algérie ou la Tunisie. 44 pour cent de la population y vivent avec moins de 2 dollars par jour et le libéralisme économique y a creusé le fossé entre riches et pauvres. L’année dernière il y a eu des manifestations politiques importantes contre l’état d’urgence qui perdure.

Les concessions qui ont été faites sont peu de choses. Alors même que Ben Ali promettait de libérer des prisonniers, le dirigeant du Parti communiste des ouvriers de Tunisie, Hamma Hammami, était capturé chez lui. Personne ne devrait jamais faire confiance à ces régimes corrompus, qui maintiennent toujours leur pouvoir par des méthodes d’Etat policier. Il faut au contraire tout faire pour que les manifestations se répandent dans les autres pays. Il n’y a aucune raison de les confiner à l’intérieur de frontières qui furent créées de façon arbitraire par le colonialisme.

L’explosion sociale en Tunisie et en Algérie et la réaction meurtrière de ces deux gouvernements démontre une fois de plus l’incapacité de la bourgeoisie nationale à se libérer réellement de l’impérialisme, ou même à commencer à répondre aux aspirations démocratiques et sociales des travailleurs et des paysans. Au contraire, la Tunisie est restée étroitement liée à la France, son ancien maître colonial, et est dirigée comme un fief autour de la « première famille. » L’Algérie, qui a gagné son indépendance par une lutte de libération âpre, menée par le Front de libération nationale (FLN), s’est finalement retrouvée avec un régime tout aussi répressif et exploiteur. Le président Abdelaziz Bouteflika peut toujours invoquer les souvenirs des luttes passées, mais il ne le fait que pour légitimer le monopole de la bourgeoisie sur les richesses en pétrole et gaz naturel du pays pendant que le peuple meurt de faim.

Les syndicats ont tenté d’établir leur contrôle sur les manifestations mais uniquement pour les désamorcer. Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Abdessalem Jerad, avait fait campagne pour Ben Ali lors de la précédente élection présidentielle et affirmait que ce dictateur, qui interdisait aux autres candidats de se présenter, allait appliquer un programme de réformes bénéfiques. « Le mouvement de réforme mené par le président Zine El Abidine Ben Ali est un changement qualitatif dans le processus de construction d’une Tunisie moderne, » disait-il à l’époque.

Ben Ali allait garantir « une atmosphère de liberté et de stabilité, » promettait Jerad. Il avait accueilli favorablement la réhabilitation des syndicats et espérait collaborer avec le gouvernement.

Deux ans plus tard, Ben Ali et sa famille continuent toujours à piller l’Etat et le chômage grimpe. L’UGTT ne représente aucune alternative au régime présent, Il fait partie intégrante de ce régime.

On peut dire la même chose des partis qui se sont présenté eux-mêmes comme des alternatives de gauche. Le Parti communiste des ouvriers de Tunisie a appelé à « la formation d’un gouvernement national d’intérim » qui « établirait les fondations d’une nouvelle République vraiment démocratique qui garantisse la souveraineté du peuple, le liberté, la démocratie et le respect des droits de l’homme aussi bien que l’égalité, la dignité, et l’application d’une politique sociale et économique qui fournisse des emplois et les bases d’une vie décente pour nos fils et nos filles et élimine la corruption, le népotisme et la discrimination régionale. »

Mais comment cet « agenda démocratique » peut-il être mis en place quand la police et l’armée sont dans les rues ? Et sur quelle base cette liste de voeux pourra-t-elle se réaliser, et une démocratie authentique ainsi que l’égalité être établies, si on ne se penche pas sur la question fondamentale de savoir quelle classe sociale doit gouverner ?

Les travailleurs et les jeunes qui luttent contre la police dans les rues d’Algérie et de Tunisie sont engagés dans un combat à mort contre des Etats qui représentent les intérêts de l’élite locale et de l’aristocratie financière mondiale. Cette lutte ne peut pas se terminer simplement en mélangeant les cartes et en créant une sorte de gouvernement d’unité nationale qui continuerait à obéir à Washington, Paris et Londres. Les seuls gouvernements qui peuvent représenter authentiquement les intérêts de la grande masse de la population sont des gouvernements ouvriers, qui doivent se construire au cours de la lutte pour le renversement de tous les régimes dictatoriaux du Maghreb.

Pour atteindre ce résultat, il est nécessaire de former des organisations qui soient indépendantes des syndicats et des partis pseudo-gauchistes existants. Ce qu’il faut ce sont des comités d’action qui uniront les travailleurs, les jeunes, les chômeurs et les pauvres des campagnes dans une lutte commune contre l’élite politique et l’aristocratie financière. Ces comités doivent tendre la main aux travailleurs français et européens, tout en étendant la lutte commencée au Maghreb au reste de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

L’explosion sociale en Tunisie et en Algérie n’est qu’une expression des tensions de classe qui s’intensifient dans le monde entier dans le sillage de la crise financière la plus grave que le capitalisme ait jamais connue. La classe ouvrière internationale a un pouvoir social immense. Elle seule peut mettre fin au système capitaliste qui est incapable de subvenir aux besoins les plus basiques de la majorité de la population mondiale.

Ann Talbot

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Source : WSWS

Réinventer l’Occident

13 jan

par Tadeusz Palikot pour Scriptoblog

Le parcours personnel d’Hakim El Karoui le désigne d’emblée comme un homme du sérail. Normalien, fils de la responsable du Master d’analyse financière à Dauphine, fondateur du club du XXIème siècle (dont le but était de promouvoir la diversité au sein des classes dirigeantes et dont fut notamment issue Rachida Dati), ancien professeur d’université devenu banquier d’affaires chez Rothschild, plume de Raffarin, c’est un homme connaissant les arcanes du pouvoir – même s’il en est temporairement écarté, après la tentative infructueuse qu’il mena avec Emmanuel Todd sous le gouvernement Villepin pour promouvoir le patriotisme économique.

« Hakim El Karoui dresse un constat sans appel de la situation actuelle occidentale : L’Occident serait passé en quelques années d'une crise de superpuissance, dont l'invasion en Irak fut l'apogée, à une crise d'impuissance, dont la crise de 2008 serait l'un des symptômes. »

 

Cette appartenance au système des élites ne l’a pas empêché de prendre, dès 2006, une position originale (à cette époque) en faveur du protectionnisme économique. En 2007, il appelait à voter au second tour pour Ségolène Royal dans les tribunes du Monde, consommant sa rupture avec le camp sarkozyste, coupable à ses yeux de « dérives identitaires ». L’ouvrage « Réinventer l’Occident » permet donc d’appréhender le constat d’un homme de l’intérieur du système, demeurant  lucide quant aux retombées des politiques libérales, et aux conséquences de l’érosion de la Nation, dont il se veut le défenseur (à l’image de Todd).

L’ouvrage marque tout d’abord une évolution. Alors que le premier essai d’Hakim el Karoui portait avant tout sur la France (« L’avenir d’une exception en 2006 »), celui-ci traite de l’Occident dans son ensemble; défini comme une réalité géographique (Europe et USA comme centres et Amérique latine, Russie comme périphéries), une altérité par rapport aux autres civilisations (notamment l’Orient), une histoire et une réalité idéologique (liberté individuelle, démocratie, etc…).

El Karoui dresse un constat sans appel de la situation actuelle occidentale : L’Occident serait passé en quelques années d’une crise de superpuissance (dont l’invasion en Irak fut l’apogée) à une crise d’impuissance (dont la crise de 2008 serait l’un des symptômes).

Dans le premier chapitre « La désoccidentalisation du monde », El Karoui indique que l’Occident est en train de se vider de lui-même. Cette anomie lui semble se déployer dans trois domaines:

  • Politique : pour El-Karoui, l’anomie y est provoquée par l’abandon des élites du cadre de la Nation alors que l’échelon national sert toujours de référence pour les populations.
  • Economie : L’anomie y provient d’une crise de la demande globale conjuguée à la perte de l’avance économique. Selon El Karoui, la situation de la Grèce, où une faible croissance dans un contexte de hausse des déficits publics ne peut constituer que l’amorce d’une récession sans fin, est donc appelée à se généraliser. Il considère en outre qu’une bipolarisation durable du marché du travail (entre les emplois protégés des insiders et les autres) est inévitable. Les énergies renouvelables et le développement durable ne seront pas capables de compenser ces évolutions défavorables.
  • Identité : L’éducation est ici pour l’auteur la cause  principale de l’anomie (en ceci, il reprend le schéma de pensée de Todd, en ne prenant pas en compte l’impact éventuel de l’immigration ou de la montée de l’individualisme). L’Occident a perdu les trois monopoles sur lesquels il avait bâti sa domination (histoire, instruction et avenir). L’auteur note ainsi que 39% des étudiants chinois choisissent des matières scientifiques contre seulement 5% des étudiants américains.

El Karoui conclut donc que l’ensemble des anomies de l’Occident sont le résultat d’évolutions internes plutôt que de facteurs externes.

Dans le deuxième chapitre, intitulé « Les musulmans ne sont pas coupables », il met en garde contre la désignation de l’islam comme ennemi de l’Occident pour masquer nos faiblesses internes, tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur.

Sur le plan intérieur, il estime que c’est justement parce que les musulmans sont en train d’être assimilés que les enfants maghrébins suscitent de la haine, à l’image de l’affaire Dreyfus qui aurait éclaté lorsque les Juifs étaient en voie d’assimilation. Cette analyse se limite cependant uniquement aux Maghrébins et n’évoque jamais les populations arrivées plus tardivement, notamment d’Afrique noire, dans un contexte où la politique d’assimilation était en recul, et qui sont moins bien intégrées. Sa position, qui s’appuie sur des statistiques évidemment parcellaires et anciennes, demeure optimiste, et elle est sans doute très contestée au sein même de l’institution universitaire.

Sur le plan extérieur, El-Karoui présente l’islam comme une religion en pleine crise de transition, même si celle-ci fut amorcée avec retard par rapport à l’Occident. Il récuse donc le choc des civilisations pour proposer l’expression de « choc des temporalités ». Cette approche est séduisante, même si elle repose sur une vision progressiste un peu naïve de l’histoire, assez répandue dans son milieu. Cette croyance dans le caractère unidirectionnel de la marche de l’histoire qui irait de la tradition (fermée) à la modernité (ouverte) transparaît par exemple lorsqu’il analyse un film du Maghreb qui incarnerait pour lui la modernité car il est « universel et global ».

Afin de vaincre les présupposés à l’encontre de l’islam, El Karoui propose enfin la mise en place d’une « CECA migratoire », pour renforcer les migrations circulatoires, permettant d’éviter l’établissement des immigrés sur la durée, établissement synonyme de crispations au sein des sociétés d’accueil.

Dans le troisième chapitre, intitulé « l’aveuglement occidental face à la Chine », El Karoui témoigne de l’inquiétude grandissante des élites occidentales face à la montée de ce  pays, même s’il se montre circonspect quant à ses capacités de s’imposer comme leader de la société internationale. Récusant les théories des économistes libéraux, il démontre que la Chine se comporte absolument à l’inverse de ce que supposerait le schéma ricardien des avantages comparatifs. Elle présente trois anomalies par rapport à ce modèle : elle a connu une montée très rapide dans le haut de gamme, elle a maintenu artificiellement la faiblesse de sa demande intérieure, et elle a consolidé un protectionnisme économique par rapport aux importations occidentales.

Pour El Karoui, la clef de la réussite de la Chine vient de son non respect de la doxa libérale qui lui permettrait d’éviter les déboires rencontrés par le Japon au début des années 90. Ceux-ci étaient en effet dus à une surévaluation du yen et à une forte inflation. Au contraire, les dirigeants chinois laissent perdurer de manière autoritaire la sous-évaluation de leur monnaie et restreignent l’inflation salariale.

Dans le quatrième chapitre, El Karoui estime que « L’Asie n’est pas l’avenir de l’Occident ». Ce constat est renforcé par l’analyse des thèses de l’économiste Yu Yongding, actuellement très en cour à Pékin. Celui-ci remet en cause le modèle d’exportations comme moteur indispensable du développement chinois. L’avenir de la Chine ne serait donc pas à l’ouverture mais à la fermeture. Cette tendance commença d’ailleurs à se dessiner lors du plan de relance chinois mis en place pour répondre à la crise de 2008, où les entreprises occidentales furent systématiquement exclues au profit de concurrentes chinoises.

En parallèle à cette fermeture aux exportations occidentales, la Chine cessera certainement selon El Karoui de financer l’Occident aussi largement qu’elle le fit au cours des années 2000. Ces deux facteurs laissent donc accroire que l’Occident ne profitera que faiblement de la croissance asiatique annoncée.

El Karoui semble cependant penser que le futur de la Chine ne correspondra pas aux prévisions optimistes actuelles. Il évoque  la bulle spéculative s’y développant, et qu’il compare au modèle de Dubaï qui fit faillite en 2009. Pour l’Occident, une trop grande dépendance à l’égard de la Chine comporte donc le risque d’être entraîné dans d’éventuelles difficultés économiques additionnelles. Il est tentant d’établir un parallèle avec la transmission de la crise américaine à l’ensemble du monde en 2008…

Sur le plan politique, l’auteur rappelle que l’idéal chinois est celui d’un monde fermé plutôt que d’un monde universel, ce dont témoigne l’érection progressive d’une « grande muraille à l’envers » en Mer de Chine, afin de constituer un glacis face à l’influence occidentale. Cette politique est d’ailleurs assez différente de celle du Japon, qui vise à constituer une zone d’influence en Asie du Sud-Est. Il semble donc illusoire de compter sur la Chine pour gérer les affaires du monde en collaboration avec les autres puissances. Elle agira en fonction de ses intérêts nationaux (analyse d’El Karoui, qui semble donc partir du principe que les USA, eux, n’agissent pas en fonction de leurs propres intérêts…).

Enfin, le cinquième chapitre propose des pistes afin de « réinventer l’Occident ». Deux pistes principales apparaissent : une réflexion sur l’identité, une réflexion sur l’économie.

Sur le plan de l’identité, Hakim el Karoui pose le principe selon lequel la Nation ne viendrait pas du fond des âges. Pour lui, il s’agit d’un plébiscite de tous les jours (il appuie sa démonstration sur une analyse partielle du célébrissime discours sur la Nation de Renan), et d’une invention de tous les jours. Il avance ainsi l’idée qu’il faut cesser de mettre en avant la transmission, et privilégier plutôt l’invention, pour tout ce qui touche aux valeurs et cultures nationales. Ainsi, dit-il, la nation permettra-t-elle d’atteindre une universalité métisse, propice à refonder un « lien collectif souple à l’image du PACS », comme l’appelle de ses vœux le sociologue François de Singly. Cette Nation recomposée permettrait l’émergence d’un véritable individualisme relationnel.

Ce développement a du mal à remporter l’adhésion, notamment à la lumière de l’analyse du retour de la Chine sur l’arène internationale à laquelle s’était livrée El Karoui au chapitre précédent. Il y avait en effet démontré que c’était le retour aux vertus traditionnelles du confucianisme, légèrement réinterprétées selon les exigences de la modernité, qui avait permis aux Chinois de retrouver leur fierté millénaire. Or, le projet d’El Karoui pour la Nation occidentale repose justement sur le rejet de la tradition occidentale, qui menacerait d’enfermer les individus dans une mono-identité alors que l’identité est selon lui par définition plurielle. Alors, vérité en Chine, mensonge en Occident ?

Sur le plan économique, la solution prônée par El Karoui demeure le protectionnisme raisonné, qu’il décrit comme une écluse. C’est un protectionnisme qui ne pourrait cependant se déployer qu’à l’échelle supra-nationale (européenne), notamment afin de réduire les risques de constitution de rentes, traditionnellement dénoncées par les économistes libéraux quand une telle mesure est évoquée. Si l’idée protectionniste est séduisante de prime abord, El Karoui ne répond qu’imparfaitement à deux problèmes qu’elle soulève :

Au-delà de la question de la constitution des rentes (qui relève du choix politique), le vrai désavantage du protectionnisme vient plutôt du risque de décrochage technologique qu’il peut induire, selon les études empiriques d’économistes libéraux. Or, en admettant que le protectionnisme se mette en place dans le cadre européen dans un contexte où l’Asie est déjà en train de prendre l’avantage technologique, un tel décrochage est susceptible de s’en trouver accéléré.  La question peu paraître assez théorique de prime abord, puisque le décrochage semble déjà en cours dans de nombreux domaines (notamment les énergies renouvelables). En fait, elle révèle une faiblesse de l’argumentation d’El-Karoui, selon lequel il ne peut exister de protectionnisme qu’européen, au nom du maintien de la compétitivité internationale.

Un présupposé internationaliste, assez révélateur de l’état d’esprit des élites, innerve donc la démonstration. Il semble d’ailleurs s’être accentué par rapport à l’essai précédent datant de 2006, du même auteur. Alors qu’il y détaillait un moyen de mettre en place un protectionnisme européen par la collaboration entre la France et l’Allemagne en tant que Nations, il préconise en 2010 une solution beaucoup plus « atlantiste » : pour convaincre l’Allemagne de l’intérêt du protectionnisme (vaste programme!), il faut selon lui d’abord gagner la bataille des idées en se servant d’institutions scientifiques américaines de renom. Alors que la France de 2006 était présentée comme maîtresse de son destin par la négociation, celle de 2010 semble avoir besoin d’une courroie de transmission américaine pour influencer l’Allemagne…

La deuxième faiblesse de la solution protectionniste est donc d’ordre politique : dans le contexte actuel, la majorité des élites ont tout à perdre de mesures allant dans ce sens. Certes, El Karoui exhorte les élites allemandes mercantilistes de s’y rallier au nom de « la morale », mais cela risque de ne pas être suffisant.

Enfin, sur le plan politique, El-Karoui estime vital l’invention d’un intérêt général européen, prélude à la formation d’une identité européenne. Il voit dans le protectionnisme l’outil pour faire émerger cette notion d’intérêt général européen, d’abord au niveau français, grâce à une campagne présidentielle portant sur la question de l’Europe. Cette proposition recoupe un discours de plus en plus répandu parmi les intellectuels de l’élite française, qui annoncent une campagne présidentielle de 2012 axée sur l’Europe (on peut penser à Jacques Sapir qui exhortait il y a déjà un an les politiques à se saisir pour la prochaine présidentielle du thème du protectionnisme européen, afin d’éviter de laisser le champ libre au Front National dans ce domaine). Mais là encore, il n’est pas certain que la volonté politique puisse l’emporter sur les logiques antérieures de la construction européenne…

Tadeusz Palikot

Source : Scriptoblog

START 3 : Les véritables enjeux de cet accord nucléaire

10 jan

par Laurent Horvath pour Watts2000

Le nouveau traité de réduction des armes nucléaires USA-Russie, START-3, a été ratifié jeudi par le sénat américain. Il sera examiné vendredi par la Douma russe. Officiellement, il s’agit de réduire à 1’550 les ogives nucléaires militaires pour une planète plus sûre et plus sympa.

Mais vous vous en doutez, le violon joué par les Russes et Américains sonne une musique différente dans la réalité. Tentons de regarder au delà de la propagande livrée par les services de communication des gouvernements et repris en coeur par tous les médias en manque de journalistes spécialisés. Partons dans les coulisses de cet accord.

Côté Violon

Le nouveau traité START a été signé en avril 2010 par le président américain Barack Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev. Une terre plus sûre et une amitié retrouvée sont les axes de communication utilisés par les spécialistes marketing US et Russes.

Le document prévoit un maximum de 1’550 ogives nucléaires déployées pour chacun des deux pays, soit une réduction de 30% par rapport au niveau établi par Traité de désarmement nucléaire signé à Moscou le 24 mai 2002.

Pour entrer en vigueur, le Traité START-3  doit être ratifié par le sénat américain et par les deux chambres du parlement russe.

Côté Pratique

Pour comprendre l’urgence et la nécessité de cette accord, il faut savoir que les mines naturelles d’uranium couvrent le 60% des besoins des centrales atomiques, le 40% restant provient des stocks militaires via les précédents accords Start 1 et 2. Oui, vous avez bien lu: la production minière mondiale ne couvre que le 60% de la demande actuelle et nous sommes très proche du “Peak Uranium“. La hausse continue des prix de cette matière première (+50% en 6 mois) souligne la pression sur la production qui a de la peine à décoller.

En juillet 2007, au sommet du G8, Vladimir Poutine annonça, que sans un nouvel accord Start 3, ses exportations d’uranium militaire allaient cesser dès 2013.

Du coup, l’uranium prit un gros coup de chaud et toucha des sommets jamais explorés. De 2$ dans les années 90, l’uranium pulvérisa allégrement les 100$!

Autre petit détail pour comprendre la subtilité de cet accord. Le 10% de l’électricité produite par les centrales américaines est faite avec le précieux combustible russe. Ce n’est pas facile de trouver cette info sur CNN, je vous le concède mais vous comprenez bien pourquoi. Si Sarah Palin venait à l’apprendre… (La Suisse consomme également une bonne quantité d’uranium russe et vient de renouveler un contrat exclusif avec Rosatom jusqu’en 2025, mais là aussi motus et bouche cousue. Seul le quotidien Russe Ria Novosti n’avait pu tenir sa langue).

Ainsi, si les Américains et les Russes se réunissent, il s’agit bien pour eux de pouvoir faire les fonds de tiroir afin d’assurer le fonctionnement de leurs centrales nucléaires pour les américains et de garantir la fourniture de combustibles pour les nouvelles centrales fabriquées par les Russes. Cet accord est bien assis sur une base énergétique et de stratégie commerciale.

Toujours selon Vladimir Poutine, ce nouvel accord permettra de pouvoir fournir les centrales jusqu’en 2023-2025. Ensuite, il faudra revisiter Start 4. Mais d’ici là, la Russie devrait recevoir 7 milliards de $ pour la vente de son uranium ou bien plus si les prix continuent leurs folles envolées.

Ils ont quand même du bol nos amis Russes. Ils ont toutes les matières premières qu’il nous faut, alors qu’en Europe à part le soleil et le vent nous n’avons rien! Je crois que je vais me mettre au russe et au chinois, c’est l’avenir…

Laurent Horvath

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Source : Watts2000

La diplomatie impérialiste révélée au grand jour: ce que cache la chasse aux sorcières contre Julian Assange et WikiLeaks

7 jan

par James Cogan pour WSWS

La conférence suivante a été donnée par James Cogan, l’organisateur national du Parti de l’Egalité socialiste (Socialist Equality Party, SEP, Australie) lors des réunions publiques les 20 et 21 décembre à Melbourne et à Sydney.

« Si l’Etat capitaliste est capable de détruire le site web et d’emprisonner ou de tuer son fondateur pour avoir dévoilé la preuve de meurtres de civils en Irak, d’atrocités massives commises à la fois en Irak et en Afghanistan ainsi que des messages jetant la lumière sur la réalité quotidienne de la diplomatie impérialiste – alors nos droits à nous tous souffriront un sérieux revers. »

La campagne qui est menée contre WikiLeaks et son rédacteur Julian Assange montre la répudiation totale des conceptions les plus fondamentales des droits démocratiques, des libertés civiques et de la liberté de la presse au sein des cercles dirigeants américains et de la classe dirigeante internationalement.

Il y a trois semaines, WikiLeaks avait commencé à publier les premiers de quelques 250.000 télégrammes diplomatiques américains qui avaient été divulgués au site par une personne sur les deux millions qui avaient accès à ces données. Un jeune soldat de 23 ans, Bradley Manning, a été accusé d’être à l’origine de ces divulgations.

Ce qui s’est ensuivi est sans précédent. WikiLeaks et Julian Assange ont immédiatement été qualifiés de criminels par le ministère américain des Affaires étrangères. Des figures influentes au sein de l’establishment politique américain sont allées plus loin, en insistant pour dire qu’Assange était un terroriste. L’ancien candidat à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle, Mike Huckabee, a appelé à son meurtre. Un ancien conseiller du premier ministre canadien a exigé l’assassinat d’Assange en suggérant que le président Obama utilise un drone pour ce faire.

Amazon a fermé ses serveurs à WikiLeaks. EveryDNS a supprimé son nom de domaine, wikileaks.org. PayPal, MasterCard et Visa ont bloqué toutes les transactions financières de WikiLeaks qui dépend exclusivement de dons pour maintenir ses opérations.

Le parquet suédois a lancé à l’encontre d’Assange lui-même un ordre d’arrestation en le plaçant sur la liste des personnes les plus recherchées par Interpol (notice rouge) au motif d’accusations hautement douteuses d’abus sexuels. Un premier juge avait décidé qu’il n’y avait pas lieu de statuer et avait rejeté les accusations. Elles n’ont été reprises qu’après qu’un autre juge a été abordé par un politicien suédois de droite dans le contexte de l’indignation politique croissante contre WikiLeaks aux Etats-Unis et ont été utilisées pour emprisonner Assange en Grande-Bretagne.

Le Sydney Morning Herald a fait état d’une série de soupçons concernant la jeune femme, Anna Ardin, qui a initié les accusations contre Assange en Suède. Le journaliste australien et spécialiste de l’espionnage, Philip Knightley, l’identifie comme quelqu’un que la CIA « considérerait comme un atout » en raison de ses liens avec l’establishment politique suédois viscéralement anticommuniste.

Des conditions de caution normalement associées à un meurtrier ou à un patron de la mafia ont été appliquées à Assange et l’on spécule fortement que les autorités américaines sont en train d’élaborer une demande d’extradition pour l’envoyer aux Etats-Unis et le juger pour crime d’espionnage. Il y a des craintes légitimes que Bradley Manning, qui est détenu en isolement carcéral dans une prison de haute sécurité, est effectivement torturé afin de lui arracher un faux témoignage selon lequel Assange aurait exercé une pression sur lui ou l’aurait payé pour qu’il divulgue le matériel à WikiLeaks.

Ce week-end, le vice-président américain, Joe Biden, a dit qu’Assange « se rapprochait davantage du terroriste de haute technologie » que d’un représentant des médias.

Des questions fondamentales de droits démocratiques et la survie même d’internet en tant que moyen d’échange libre et honnête de l’information sont en jeu. En raison de ce point de vue à lui seul, la classe ouvrière a grand intérêt à défendre WikiLeaks et Julian Assange. Si l’Etat capitaliste est capable de détruire le site web et d’emprisonner ou de tuer son fondateur pour avoir dévoilé la preuve de meurtres de civils en Irak, d’atrocités massives commises à la fois en Irak et en Afghanistan ainsi que des messages jetant la lumière sur la réalité quotidienne de la diplomatie impérialiste – alors nos droits à nous tous souffriront un sérieux revers.

Beaucoup de choses ont été dites et écrites pour essayer de discréditer à la fois WikiLeaks et Assange, et je pense donc qu’il est important de souligner, sans équivoque, que WikiLeaks est indiscutablement une organisation médiatique. Elle a été établie en 2006 par un groupe de gens talentueux, disposant d’un grand sens du sacrifice et courageux, dirigé par Assange qui a vu qu’internet pouvait être utilisé comme un moyen puissant pour ce qu’on appelle des « dénonciateurs » (whistle-blowers) afin de divulguer des informations au monde en révélant au grand jour les crimes et les violations de gouvernements et d’entreprises.

Les révélations de dénonciateurs sont le quotidien du journalisme d’investigation – le moyen par lequel les secrets des pouvoirs constitués sont révélés au grand jour et soumis à l’examen public minutieux. Jadis, quitte à aller en prison, tout rédacteur ou journaliste digne de ce titre, protégerait la légitimité de publier des révélations et la confidentialité de ceux ayant dévoilé l’information.

WikiLeaks a rapidement pris de l’importance. En 2008, WikiLeaks a été récompensé par le prix des nouveaux médias du magazine Economist et, en 2009, par le prix des médias du Royaume Uni d’Amnesty International.

Les critiques furieuses du site n’ont commencé qu’en avril de cette année lorsqu’il a publié sous le titre de « meurtre collatéral » une vidéo montrant un hélicoptère américain en train de massacrer un groupe de civils en Irak dont deux journalistes employés par Reuters.

En juin, il a publié près de 77.000 documents sur la guerre en Afghanistan qui ont révélé un nombre de victimes civiles considérable et la corruption absolue du gouvernement du président Hamid Karzai mis en place par les Etats-Unis. En octobre, WikiLeaks a publié plus de 400.000 rapports militaires américains sur l’Irak y compris la preuve de 15.000 victimes civiles inconnues auparavant ; et la connaissance de la part de l’armée américaine que les forces de sécurité du gouvernement fantoche irakien torturaient et assassinaient à une échelle massive des soi-disant insurgés.

C’est la divulgation de la diplomatie américaine toutefois qui a déclenché les attaques les plus virulentes à l’encontre de WikiLeaks.

Dans différents domaines, des tentatives ont été faites pour minimiser ou même ridiculiser la publication des messages envoyés à Washington par les ambassades et les consulats américains du monde entier. Les révélations contenues dans les messages ont été rejetées comme « n’étant rien de nouveau » voire même des « ragots ».

L’humoriste Jon Stewart figure parmi les personnes les plus en vue de cette couche. Des millions de jeunes gens aux Etats-Unis et internationalement suivent son émission « The Daily Show » dans l’espoir d’obtenir un commentaire critique sur la politique américaine et les événements qui se passent dans le monde en général.

En réponse toutefois aux révélations faites par WikiLeaks Stewart n’a fait preuve que d’indifférence et d’hostilité.

Il a dit à son auditoire: « La transparence est une bonne chose, les méfaits du gouvernement doivent être détectés. Ce n’est pas parce ce que quelque chose est secret que cela doit obligatoirement signifier qu’elle est néfaste. » Il a minimisé les télégrammes diplomatiques comme étant « intéressants et pourtant moins explosifs et pas vraiment un réquisitoire brûlant. »

Stewart a poursuivi en donnant une leçon imaginaire à Julian Assange : « Je pense que vous sous-estimez à quel point les Américains sont déjà cyniques à l’égard du gouvernement. Nous avons organisé des coups au Chili, en Iran, au Guatemala, etc… Nous vendons des armes aux ennemis de nos ennemis qui d’une manière ou d’une autre deviennent ensuite à chaque fois nos ennemis en nous obligeant à nous défendre contre nos propres armes. Cela arrive souvent…. C’est beaucoup d’effort pour bien peu nous impressionner. Vous devriez vraiment vous informer sur ce que nous savons sur nous-mêmes. Donc, à moins que nous ne découvrions dans ce WikiLeaks que les Aliens d’Area 51 ont tué Kennedy, … Allez, arrêtez cette comédie. »

Que Stewart exige que WikiLeaks cesse la publication n’est évidemment pas un phénomène isolé. Ceux qui appellent au meurtre d’Assange veulent aussi que ces publications cessent. Paul Kelly du journal The Australian a affirmé hier que ses sources aux Etats-Unis, et il en compte de nombreuses, lui avaient dit que dans l’ensemble de l’establishment américain – gouvernement, médias, entreprises, et ainsi de suite – une « ligne intransigeante » presque unanime existe envers WikiLeaks.

Pourquoi? Qu’est-ce-qui fait que les messages diplomatiques qui sont mis à la disposition du monde causent autant de colère et de peur dans les cercles dirigeants américains et parmi les soi-disant libéraux et des figures anti-establishment tel Jon Stewart ?

Traitons d’abord ceux du type de Stewart: ce sont des gens qui ne sont pas contre l’impérialisme américain. Ils se sont constitués une masse de fans en s’opposant à certains des excès les plus évidents de l’impérialisme américain, telles la guerre en Irak et les violations anti-démocratiques qui y sont liés et qui avaient été commis par le gouvernement de George Bush au nom de la guerre contre le terrorisme.

Des années durant, ils ont dépeint la guerre et ses atrocités comme étant le fait d’individus dérangés existant au sein du gouvernement Bush, comme Dick Cheney et Donald Rumsfeld. Ils ont activement encouragé la conception que l’élection d’un jeune démocrate noir, Barack Obama, engendrerait de vastes changements dans la politique extérieure et intérieure américaine.

Qu’a divulgué WikiLeaks ? Il a révélé que quel que soit le parti capitaliste qui siège à la Maison Blanche et au Congrès, la politique étrangère américaine reste la même. Les Etats-Unis sont une puissance en faillite et en déclin, divisée par d’énormes inégalités sociales et des tensions de classe, et qui est confrontée à une série de rivaux dans le monde entier.

Les messages qui ont été publiés jusqu’ici révèlent la faiblesse, le désespoir, la cruauté et avant tout les mensonges, la criminalité et la belligérance qui imprègnent chaque action des représentants du capitalisme américain – dans lequel j’inclus les médias américains. WikiLeaks a permis au monde de voir comment derrière les portes closes, les diplomates américains et leurs alliés sont impliqués en permanence dans des complots contre d’autres gouvernements et préparent activement de nouvelles guerres.

Pour ne donner que quelques exemples:

Durant les premiers jours du gouvernement Obama, la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, et le premier ministre australien de l’époque, Kevin Rudd, avaient discuté de la possibilité de recourir « à la force » contre la Chine, si elle rechignait à se plier à des accords dans la région Asie-Pacifique qui est sous dominance américaine. Une année plus tôt, en 2006, un message avait révélé que l’ancien dirigeant du Parti travailliste australien, Kim Beazley, avait dit à des responsables américains que l’Australie n’aurait « pas d’autre alternative » que de se joindre aux Etats-Unis dans une guerre avec la Chine au sujet de Taïwan.

D’autres messages ont révélé des projets de déployer plus de 100.000 troupes américaines et de l’OTAN dans les Etats baltes pour faire face à la Russie si elle empêchait une plus grande adhésion de ces derniers à l’OTAN.

Ces deux propositions pour une confrontation entre des Etats disposant de l’arme nucléaire soulignent les dangers énormes auxquels l’humanité est confrontée.

Nous savons par WikiLeaks que Clinton avait ordonné aux représentants des ambassades américaines et des Nations unies de collecter des informations, tels des numéros de cartes de crédit et même de prélever des échantillons d’ADN sur les dirigeants étrangers, dont le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon. Le seul but d’un tel exercice de collecte d’informations en étant l’utilisation pour faire chanter ces gens afin qu’ils s’alignent sur les exigences des Etats-Unis.

Nous savons qu’une guerre contre l’Iran est débattue régulièrement avec différents régimes du Moyen Orient. Nous savons que l’ambassade américaine en Géorgie connaissait les projets du gouvernement géorgien d’attaquer des séparatistes qui étaient directement soutenus par la Russie, au risque de provoquer une confrontation armée avec Moscou.

Ici, en Australie, nous en savons beaucoup plus sur les circonstances qui ont précédé le coup de main politique du 23-24 juin qui a évincé Kevin Rudd comme premier ministre au profit de Julia Gillard. Nous savons que le Parti travailliste australien (ALP) et des figures syndicales sont ce qu’on ne peut décrire que comme des agents des Etats-Unis qui informent et sont informés en permanence par l’ambassade et le service de renseignement américains. Rudd avait perdu l’attention que lui portait Washington après diverses tentatives de mener une politique étrangère plus indépendante des Etats-Unis, ce qui avait culminé le 23 juin dans l’annonce que les troupes australiennes quitteraient l’Afghanistan d’ici deux à quatre ans.

En l’espace de 24 heures, Gillard, qui dès 2008 avait été pressentie par l’ambassade des Etats-Unis pour succéder à Rudd, fut placée à la tête du gouvernement. Elle procéda immédiatement à l’alignement total de son gouvernement sur Washington en promettant de maintenir les troupes australiennes en Afghanistan durant une nouvelle décennie.

Des télégrammes ont révélé le bombardement américain secret du Yémen ; la fomentation d’une conspiration avec l’armée pakistanaise au sujet d’un éventuel coup pour renverser le gouvernement civil et diverses autres conspirations contre des gouvernements d’Amérique latine. En 2006, l’ambassade américaine en Thaïlande avait discuté avec l’armée thaïe de projets de renverser le gouvernement élu du premier ministre Thaksin.

Une fuite publiée aujourd’hui a révélé ce qu’on pourrait appeler le télégramme « Blood for Milk » (Sang contre lait). Il dévoile que l’ancien gouvernement travailliste néo zélandais d’Helen Clark avait changé sa décision de ne pas envoyer de troupes en Irak après une mise en garde que l’exportateur néo zélandais de lait, Fonterra, pourrait perdre de ce fait un contrat dans le cadre du programme de l’ONU « oil for food » (Pétrole contre nourriture).

Ceci n’est qu’une révélation parmi tant d’autres montrant à quel point les décisions gouvernementales sont prises sur la base de calculs totalement mercenaires en fonction des besoins de l’élite financière et patronale.

Un autre télégramme révèle que l’ambassade américaine en Azerbaïdjan était au courant d’une explosion en 2008 sur une plateforme pétrolière de BP dans la Mer Caspienne. Aucune action ne fut entreprise pour vérifier les normes de sécurité des installations de BP aux Etats-Unis ou ailleurs. La conséquence en fut la catastrophe dans le Golfe du Mexique qui a provoqué la mort de 11 personnes et la contamination de la région du golfe par des millions de tonnes de pétrole.

Comme l’écrivait le World Socialist Web Site dans une récente perspective : « Ceux qui veulent voir couler le sang d’Assange en qualifiant ses actions de ‘criminelles’ sont responsable des vraies crimes dont les victimes se comptent par centaines de milliers, si non par millions. » (Voir : Free Julian Assange! Hands off WikiLeaks !)

La fureur contre WikiLeaks reflète l’urgence absolue, ressentie par les élites dirigeantes et leurs représentants politiques, de la nécessité d’imposer une mainmise sur le flux des informations. Ils savent que la crise de leur système économique et leurs tentatives d’imposer son poids total sur le dos de la classe ouvrière créent les conditions d’une éruption des luttes de classe. Priver un tel mouvement d’une information libre et d’une perspective politique est considéré comme vital.

Nous devons nous attendre et nous préparer à d’autres attaques contre la circulation de l’information, ciblant notamment internet.

La classe ouvrière doit prendre la défense de WikiLeaks et de Julian Assange. Contrairement aux affirmations des Jon Stewart de ce monde, que Wikileaks et Julian Assange n’ont rien fait de significatif, ils ont, en réalité rendu un immense service. Ils ont permis à tous ceux qui se donnent la peine de regarder, d’étudier la réalité de la diplomatie impérialiste et des mensonges éhontés qui sont dits tous les jours pour justifier l’oppression de milliards de personnes.

Pour ceux qui sont prêts à engager la lutte, les révélations de WikiLeaks peuvent être le point de départ d’un développement significatif de la conscience politique et d’une orientation visant non pas uniquement à révéler les crimes impérialistes mais à construire le mouvement politique révolutionnaire de la classe ouvrière internationale qui est indispensable au renversement de l’impérialisme et de l’ordre social capitaliste qu’il maintient.

J’invite instamment tous ceux ici présents ce soir à s’engager dans la lutte en demandant à rejoindre le Parti de l’Egalité socialiste, la section australienne du Comité International de la Quatrième Internationale.

James Cogan

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Source : WSWS

« Zou Chuqu » : la Chine et le pétrole

4 jan

par Stéphane Mantoux pour Alliance Géostratégique

La Chine considère son approvisionnement énergétique comme une question de sécurité nationale. Le contrôle des ressources énergétiques, de l’acheminement des matières premières, et par extension l’économie et le domaine militaire sont vus comme un terrain de rivalité avec la superpuissance américaine, en particulier. Nouvel arrivant sur le marché de l’énergie depuis quinze ans environ, la Chine ressent un sentiment de vulnérabilité renforcé par l’exclusion des compagnies chinoises de certains marchés.

« La politique énergétique chinoise parvient-elle à assurer la sécurité de l’approvisionnement ? De fait, avec la militarisation du pays et le maintien d’un régime autoritaire, cette politique redonne naissance au fantasme de la « menace chinoise » à travers le monde, et tout spécialement aux Etats-Unis. »

La question énergétique s’inscrit donc pour la Chine dans celle des relations internationales, guidée par le conflit et la création d’un rapport de forces. Cette appréhension se confirme au niveau régional dans les tensions avec le Japon. Ce postulat s’explique par le souhait d’indépendance et de non-ingérence étrangère de la part des autorités chinoises, par ailleurs conscientes de leur isolement idéologique sur la scène mondiale. Ce discours sécuritaire masque mal l’incapacité chinoise à solutionner, en fait, des problèmes intérieurs liés à l’organisation du secteur pétrolier, déficiente sur un certain nombre de points. Les dirigeants chinois craignent également qu’une rupture de leurs approvisionnements énergétiques compromettent la croissance du pays, et par contrecoup leur mainmise politique.

Depuis 1979 et l’ouverture économique de la Chine décidée par son dirigeant Deng Xiaoping, les besoins en matières premières du pays ont explosé. Ces besoins vont continuer d’augmenter de pair avec la croissance du pays, si bien que la consommation de pétrole chinoise rejoindra bientôt celle des Etats-Unis. Depuis 1980, la consommation d’énergie chinoise a augmenté en moyenne de 5 % par an. En 2006, les besoins chinois ont contribué pour 38 % à l’augmentation de la consommation mondiale de pétrole. La Chine est pourtant le cinquième producteur pétrolier mondial, mais sa production stagne depuis 1990 : les champs de l’est du pays sont en déclin, et le pays a dû importer pour la première fois du pétrole en 1993. En 2005, les Chinois ont fait venir 166 millions de tonnes de pétrole de l’extérieur sur les 327 millions de tonnes consommées (soit 8 % de la consommation mondiale). 40 % de ces importations viennent du Moyen-Orient, 21 % de l’Afrique et 20 % de la région Asie-Pacifique. Outre la dépendance de Pékin à l’égard des marchés mondiaux, il ne faut pas oublier que les routes maritimes utilisées par la Chine sont contrôlées par les Etats-Unis : or 70 % des importations chinoises passent par le détroit de Malacca, soumis à la piraterie, mais où les Américains et l’Inde sont également présents en force. Si la Chine cherche à sécuriser son approvisionnement en pétrole, elle reste largement tributaire pour sa production énergétique du charbon (les deux tiers de la consommation d’énergie), tandis que l’hydroélectricité, le gaz naturel et le nucléaire contribuent de plus en plus à cette production. Le pays doit donc faire face à l’atteinte de cette production sur l’environnement et à un gaspillage énergétique très important : ces problèmes nécessiteraient la création d’un véritable ministère de l’Energie, pour l’instant inexistant.

Une stratégie chinoise pour la sécurité énergétique ?

Pour sa sécurité énergétique, la Chine raisonne encore avec une vision stratégique : l’Etat intervient auprès des pays producteurs et sur les marchés nationaux. Certains analystes chinois pensent que les réserves mondiales de pétrole ne seront pas suffisantes pour satisfaire les besoins de la croissance asiatique et notamment de la Chine, tandis que d’autres s’inquiètent davantage du contrôle des routes maritimes permettant d’acheminer la précieuse ressource. D’où le développement considérable des forces navales chinoises à partir des années 90 (sous-marins en particulier), dans cette perspective de protection des routes d’acheminement, une orientation qui aurait perdu de sa vigueur aujourd’hui. La Chine commence à adopter des mesures internes pour limiter la consommation d’énergie, en particulier dans les villes, tout en essayant de constituer une réserve de pétrole stratégique, à l’imitation de celle des Etats-Unis, qui tarde cependant à se mettre en place (30 jours de réserve pour le moment). Le principal problème réside dans « l’insécurité institutionnelle » du secteur pétrolier chinois, fortement concurrentiel et intégré aux marchés mondiaux, mais qui n’est pas chapoté par un ministère unifié.

Sur le plan international, la Chine ne se fie pas aux marchés du pétrole, et préfère passer des accords bilatéraux avec les pays producteurs. L’objectif de diversification des sources d’approvisionnement a été atteint en dix ans : aujourd’hui la Chine s’alimente auprès de 30 pays, même si les principaux fournisseurs restent l’Arabie Saoudite, l’Iran, le sultanat d’Oman, l’Angola et la Russie. Pour contourner le problème du contrôle des voies maritimes, la Chine a lancé la construction d’oléoducs en partenariat avec la Russie et les ex-républiques soviétiques d’Asie Centrale (Kazakhstan). Les Chinois ont aussi pris le contrôle de certaines parties de groupes pétroliers et ont acquis des participations dans certains gisements. Ils se sont pourtant heurtés à des réactions de nationalisme pétrolier lors des tentatives de prise de contrôle de Slavneft en 2002 et d’Unocal en 2005. Par ailleurs, la stratégie chinoise se base sur une véritable « diplomatie pétrolière » avec les pays producteurs qui ne repose en général pas seulement sur le pétrole. Les premiers actes de cette stratégie chinoise remonte à 1992, lorsque la compagnie CNPC s’installe au Canada et au Pérou où les compagnies occidentales sont peu présentes. Sur les marchés énergétiques, la Chine est un acteur à la fois recherché et redouté.

Les compagnies chinoises actuelles sont issues d’une réorganisation du ministère de l’Industrie Pétrolière survenue en 1981-1983 : trois sociétés ont alors été formées en fonction du secteur d’activité et de la répartition géographique des gisements. La première, China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), créée en 1982, devait développer et exploiter les gisements offshore. La deuxième a été fondée pour gérer les activités pétrolières en aval, sous le nom de Sinopec (China Petrol and Chemical Corporation). Ces deux premières compagnies se livrent à une concurrence féroce sur le marché national. Le gouvernement doit intervenir pour réguler le marché : en 1988, le ministère de l’Industrie Pétrolière est transformé lui-même en compagnie : la China National Petroleum Company (CNPC), chargée de la production onshore. En 1998, les compagnies ont été toutes les trois intégrées verticalement dans la même structure avant leur entrée en bourse en 1999, en vue de l’arrivée de la Chine à l’OMC. Comme ces compagnies gardent des fonctions administratives, leurs dirigeants exercent souvent en parallèle des fonctions politiques, même si l’Etat est majoritaire dans la participation. Une question souvent posée est de savoir si ces compagnies agissent à des fins commerciales ou dans l’intérêt national chinois. On peut noter que les financements des projets à l’étranger passent obligatoirement par les grandes banques nationales chinoises (Eximbank, Banque de Développement) tandis que toute grande dépense à l’étranger requiert l’accord des autorités. L’appui de l’Etat chinois est un atout pour ces compagnies qui cherchent à devenir des multinationales sur les marchés mondiaux. L’Etat encourage la formation de ces grands groupes industriels, qui emploient des millions de personnes et génèrent un quart de ses revenus. La plupart des analyses soulignent pourtant que le pétrole produit à l’étranger, « contrôlé à la source », n’est pas acheminé en Chine pour la plupart, mais revendu sur les marchés ; l’introduction des Chinois dans la chasse-gardée des Etats-Unis en Amérique latine est cependant vue comme une grande victoire diplomatique. Cela n’empêche pas une divergence d’intérêts entre ces compagnies et le gouvernement chinois. Certains projets ont été lancés à des fins commerciales sans l’accord de Pékin par les premières. Par ailleurs, les compagnies pétrolières chinoises sont les seules, dès les années 80, à connaître le niveau de la production et des réserves du pays : ce sont des spécialistes de Sinopec qui ont bâti le projet de réserve pétrolière stratégique pour la Chine. En revanche, la politique chinoise au Soudan a été initié par le gouvernement et développé ensuite par CNPC. Mais avec la hausse des cours pétroliers et l’internationalisation croissante des compagnies, celles-ci deviennent plus autonomes.

La politique énergétique chinoise parvient-elle à assurer la sécurité de l’approvisionnement ? De fait, avec la militarisation du pays et le maintien d’un régime autoritaire, cette politique redonne naissance au fantasme de la « menace chinoise » à travers le monde, et tout spécialement aux Etats-Unis . 20 millions de tonnes de pétrole ont été produites à l’extérieur en 2004 ; mais ce pétrole n’est pas forcément revenu en Chine, et il est devenu plutôt un bien commercial, la production extérieure étant loin de couvrir les besoins croissants du pays. La pénurie pétrolière que la Chine a connu en 2003-2004 n’est pas d’ailleurs due à une rupture de l’approvisionnement mais bien plutôt à « l’insécurité institutionnelle » évoquée plus haut. La stratégie énergétique de la Chine sert en effet bien plus les intérêts des compagnies pétrolières que ceux de l’Etat. La « diplomatie pétrolière » chinoise a engagé le pays dans des régions que Pékin connaît peu ou mal : l’Afrique, l’Amérique latine notamment. Les concessions faites aux pays producteurs dans des régions instables seraient de nature à déstabiliser l’approvisionnement pétrolier mondial. La Chine a ainsi vendu des armes conventionnelles au Soudan et à l’Iran. Elle aide également des pays à régimes fort peu démocratiques, ce qui n’est pas sans entrer en concurrence avec les efforts pour plus de transparence d’autres instances, comme l’UE. La Chine vise cependant à ne pas contrarier les intérêts américains : si elle vend des armes aux pays arabes, elle a acquis des technologies israëliennes. La Chine s’oppose ainsi à la nucléarisation de l’Iran, même si elle a rechigné à le montrer au sein de l’ONU. En revanche, elle garde la même politique en Afrique et n’a pas modifié d’un pouce sa position à l’égard du Soudan, qui reste un grand champ de développement pour l’industrie chinoise ; or la Chine serait un médiateur de premier ordre dans la crise du Darfour, qui dure depuis février 2003.

La Chine-Afrique du pétrole

Jusqu’en 1990, l’Indonésie, le sultanat d’Oman et l’Iran étaient les principaux fournisseurs de pétrole pour la Chine. Depuis, la Chine cherche à diversifier son approvisionnement en raison de l’augmentation de sa consommation et de l’épuisement des réserves indonésiennes. L’Afrique est un continent privilégié par les Chinois de par la mainmise américaine sur les réserves du Moyen-Orient depuis l’invasion de l’Irak en 2003 (exceptées celles de l’Iran). La Chine est devenue le deuxième importateur de pétrole africain, derrière les Etats-Unis. En 2004, lors d’une visite au Gabon, Hu Jintao et Omar Bongo signent un contrat de prospection et d’exploitation du pétrole de Libreville (un million de tonnes) entre la société Total Gabon et une filiale de Sinopec, Unipec. Pékin devient ainsi le troisième acheteur de pétrole gabonais derrière les Etats-Unis et la France. Sans compter que plus de 60 % de la production forestière du Gabon est exportée en Asie, principalement vers la Chine. Celle-ci a également noué des liens très étroits avec l’Algérie. En 2002, la Sinopec a signé un contrat pour développer le gisement de Zarzaïtine au Sahara, pour 420 millions d’euros. Le gisement doit fournir entre 1,3 millions et 2,5 millions de tonnes de pétrole par an à la Chine. Une autre société chinoise, la China National Oil and Gas Exploration, doit construire une raffinerie à Adrar, dans le désert algérien. La Chine est aussi présente au Congo Brazzaville : en 2003, elle en a importé 1,5 millions de tonnes de pétrole. Le 23 février 2005, Sinopec a signé un contrat pour l’exploitation dans ce pays de deux gisements off-shore. La même société prospecte aussi en Mauritanie et au Niger. Dans ce dernier Etat, en novembre 2003, la CNPC a tenté d’évincer la société canadienne TG World Energy sur les gisements de Tenere et Bilma ; finalement un accord a été trouvé sur le partage de l’exploitation. En Tunisie, la China National Chemicals Imports and Exports (Sinochem) a racheté les gisements de la société norvégienne Atlantis. En Lybie, en juin 2002, la Chine s’est engagée à construire 528 km d’oléoducs et de gazoducs : 1,3 millions de tonnes sont importées en 2004. La Chine présente plusieurs avantages, en tant que partenaire, pour les pays africains producteurs de pétrole. Elle offre son savoir-faire, sa main-d’oeuvre et des crédits avantageux pour la construction d’infrastructures. La Chine ne présente pas pour ce faire de conditions politiques, exceptée la reconnaissance préalable de Taïwan. Certains régimes voient la Chine comme un contrepoids à l’influence américaine -en particulier ceux qui se trouvent en difficulté à l’ONU. L’exemple-type en est bien évidemment le Soudan, qui bénéficie du soutien chinois sur la question du Darfour, mais aussi de livraisons d’armes (appareils de combat J-7, le MiG-21 chinois, en 1996, et l’avion de transport Y-8, version chinoise de l’Antonov An-26). La Chine a construit pour Khartoum trois usines de fabrication d’armes légères.

En Afrique, et bien que la Chine se présente comme un pays du Sud, il n’en reste pas moins que les échanges sont déséquilibrés : Pékin importe des matières premières (pétrole pour les deux tiers) et exporte des produits manufacturés. 85 % des importations chinoises proviennent de cinq pays producteurs de pétrole : l’Angola, la Guinée Equatoriale, le Nigéria, la République Démocratique du Congo et le Soudan. Seuls l’Algérie et le Maroc entretiennent un commerce plus substantiel avec la Chine. L’attention du monde se porte sur les démarches des entreprises nationales pétrolières chinoises depuis 2003, en particulier, dans un but supposé de construction de bases pétrolières chinoises à l’étranger. L’action des compagnies pétrolières se double d’un soutien des banques de développement de Pékin, de crédits commerciaux accordés par le gouvernement, de programmes d’aides et d’investissements. En Angola, qui est en train de supplanter l’Arabie Saoudite comme premier fournisseur pétrolier, la Chine s’est implantée en 2004 par la concession de prêts destinés à la construction de routes, d’hôpitaux, de ponts, de réseaux de fibres optiques. Au Nigéria, les activités de Sinopec et CNPC sont limitées par l’insécurité dans le pays et par le coût élevé du pétrole nigérian, et ce malgré des promesses d’investissements à hauteur de 4 milliards de dollars. Le champ d’Akpo, géré par Total, détenu à 45 % par CNOOC, produit 225 000 barils/jour en 2008. Pourtant, les Chinois n’exploitent que 2 % des réserves africaines dans des secteurs délaissés par les compagnies occidentales. Le seul véritable succès chinois en Afrique est le Soudan. Sur les 267 000 barils/jour produits en 2006, 81 % venaient du Soudan. La Chine exploite mais contribue aussi largement à l’industrie pétrolière soudanaise : la CNPC détient 40 % du capital de la Greater Nile Petroleum Operationnal Company (GNPOC), et les Chinois ont bâti une raffinerie et un oléoduc de 1500 km (du sud du pays jusqu’au terminal de Marsa al-Baishir, près de Port-Soudan). Mais sur le plan international, la relation privilégiée avec le président al-Bashir nuit gravement à l’image de marque de Pékin. L’image de la Chine en Afrique peut à terme devenir un problème pour ces investissements. Certains Africains estiment que l’influence chinoise apporte des avantages qui n’étaient pas présents avec les compagnies occidentales, mais d’autres soulignent que ces investissements n’entraînent pas de retombées sur place, et qu’ils portent atteinte à l’environnement. De ce point de vue, les achats de la Chine restent concentrés dans les matières premières, ce qui n’est pas le cas de l’Inde, par exemple. Les Etats africains ne sont pas en mesure de faire face à la concurrence textile de la Chine ; celle-ci n’emploie d’ailleurs pas beaucoup d’Africains, utilisant une main d’oeuvre chinoise ; les différences culturelles créent parfois certaines tensions, comme en Algérie.

La Chine au Soudan : une vraie fausse réussite ?

A l’étranger, deux tactiques permettent aux grandes compagnies pétrolières chinoises d’accéder aux ressources pétrolières : l’association avec d’autres partenaires pour effectuer des exploitations communes dans le cadre d’un consortium (Soudan) ou l’acquisition de compagnies étrangères (Kazakhstan). De ce point de vue, l’Afrique offre plusieurs avantages : aucune compagnie nationale n’a le monopole de l’exploitation et en outre, de nombreux pétroles africains sont bien adaptés aux raffineries chinoises. Les Chinois ont cependant commencé simplement par importer du pétrole africain (Angola) dans leur stratégie de diversification de l’approvisionnement, et ce dès 1992. Le Soudan devient alors l’une des plus grandes opérations chinoises à l’étranger, et il est considéré comme une réussite exemplaire dans ce domaine. Le potentiel pétrolier inexploité est prometteur, l’industrie pétrolière locale est à construire, le produit est de qualité pour les raffineries chinoises, la concurrence est inexistante et la position géographique du pays en Afrique facilite les exportations par la façade maritime. C’est la compagnie CNPC qui va s’implanter massivement dans le pays. 50 % de sa production réalisée à l’étranger vient du Soudan.

Cependant, la part de la Chine dans les importations pétrolières depuis le Soudan décline depuis 2003, le Japon étant devenu premier importateur dans ce domaine depuis 2006. Cela dépend aussi du type de pétrole produit, le Nile Blend étant particulièrement recherché par les Chinois en raison de sa similitude avec celui exploité dans le golfe de Bohai par l’industrie nationale. Une bonne partie du pétrole produit par les Chinois au Soudan est en fait revendu sur les marchés internationaux : en 1999, 3,1 millions de tonnes de Nile Blend sont produites au Soudan, majoritairement dans les gisements contrôlés par la CNPC, mais seulement 266 100 tonnes sont exportées en Chine. Or le cours du baril à ce moment-là est de 9 dollars, alors que le coût de production se monte vers les 14 dollars, ce qui veut même dire que le pétrole produit et raffiné a été vendu sur le marché local. En 2006, la production des compagnies pétrolières chinoises à l’étranger représente 15 % des importations de Pékin, ce qui est loin de garantir la sécurité énergétique. L’entrée de la CNPC sur la scène soudanaise se fait par ailleurs à un moment où le gouvernement de Khartoum s’oppose au Mouvement de libération des peuples du Soudan. Le gouvernement soudanais s’assure le concours de factions dissidentes pour sécuriser les zones des gisements, n’hésitant pas à recourir aux déplacements forcés de populations. Des ONG et d’autres sources font état d’ouvriers chinois armés protégeant les installations, sans que ces déclarations aient pu être confirmées ; en revanche, les Chinois font appel à des compagnies privées de sécurité. Cela n’a pas empêché la CNPC d’être victime d’attaques : en mai 1999, l’Armée populaire de Libération du Soudan prend 23 ouvriers en otage. Depuis janvier 2005, c’est la guerre au Darfour qui a pris le relais : les rebelles ont menacé de s’en prendre aux installations chinoises. En décembre 2007, le Mouvement pour la Justice et l’Egalité a attaqué une installation pétrolière gérée par une filiale de la CNPC dans le gisement de Rahaw (Sud-Kordofan). De plus, la CNPC se voit concurrencée depuis quelques années au Soudan par sa rivale chinoise Sinopec. La concurrence entre les deux compagnies profite en définitive au gouvernement soudanais et à certaines compagnies étrangères comme Petronas, qui a pu décrocher des contrats en profitant de la division de ses adversaires. L’opacité de la CNPC sur les opérations menées dans le recrutement de personnel, la protection de l’environnement conduit à la diffusion de rumeurs parfois non fondées.

L’implantation discrète de la Chine en Birmanie

La Birmanie, devenue Myanmar depuis 1989, a en commun plus de 2000 km de frontières avec la Chine. La présence chinoise est très forte dans le nord du pays, à Mandalay, et dans l’Etat shan. L’immigration chinoise est ancienne, mais l’implantation économique davantage récente, et elle se renforce, en particulier dans le domaine des hydrocarbures. Les réserves de pétrole estimées de la Birmanie se montent à 3,2 milliards de barils, sans parler de celles de gaz : 2 480 milliards de mètres cubes. Le gisement offshore Shwe (or en birman) Gas, au large des côtes arakanaises, a été découvert en décembre 2003. L’extraction a lieu à 30 km de Sittwe, la capitale de l’Etat d’Arakan. L’exploitation des blocs A-1 et A-3 est réalisée par un consortium dans lequel on trouve des compagnies sud-coréennes et indiennes. Or, au printemps 2005, les Chinois négocient un accord avec les Birmans sur des livraisons de gaz à partir du bloc A-1. En janvier 2007, la CNPC signe un accord avec le ministère birman de l’Energie sur des projets d’exploration de trois blocs en eau profonde, sur 10 000 km² (pétrole et gaz) au large des côtes occidentales du Myanmar. Un projet d’oléoduc pour acheminer le pétrole importé du Moyen-Orient et de l’Afrique par les Chinois est évoqué, entre le port birman de Sittwe et Kunming, en Chine, capitale du Yunnan, puisque jusqu’à Chongqing, hub industriel, avec une capacité de 400 000 barils/jour ; la CNPC vient de lancer récemment la construction de cet oléoduc, long de 2300 km, qui permettra d’acheminer 22 millions de tonnes de pétrole en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. La CNPC projette aussi de construire un gazoduc entre l’île de Ramree et Kunming (1400 km), pour 170 milliards de mètres cubes de gaz naturel sur 30 ans. Ces deux tubes doivent, à nouveau, diminuer la dépendance des Chinois à l’égard des voies d’approvisionnement maritimes. L’accord sur l’achat et le transport du gaz produit sur les blocs A-1 et A-3 a été signé en janvier 2008, les Chinois offrant un prix inférieux à celui des Indiens. La Chine consolide ainsi sa présence sur le territoire birman ; le Yunnan, province méridionale de la Chine enclavée, en bénéficie largement. Les Chinois disposent également d’une station d’interception électronique aux îles Coco ; l’implantation birmane permet à Pékin d’être présente dans cette région (stratégie dite « du collier de perles ») et de contrôler l’océan Indien, vital pour l’acheminement des matières premières stratégiques (pétrole, gaz, etc).

Le pétrole, un nouvel enjeu des relations sino-japonaises

Le Japon s’inquiète des ambitions de la Chine en matière de sécurité énergétique car les choix sont quasiment les mêmes entre les deux pays : diversification des sources d’approvisionnement notamment. La question pétrolière se greffe par ailleurs sur une situation déjà tendue par des litiges frontaliers ou liés à l’histoire récente des deux puissances. Tokyo refuse des partenariats communs avec la Chine de peur que celle-ci ne prenne le contrôle des opérations et renforce ainsi sa puissance. Les deux pays s’affrontent aussi sur un petit gisement off-shore en mer de Chine septentrionale. Les deux nations sont concurrentes, par exemple, sur le marché russe : un pipeline doit être construit depuis Angarsk en Sibérie jusqu’à la côte pacifique. CNPC avait signé un accord avec Ioukos en 2003, mais Moscou et Transneft avait choisi l’offre japonaise, rivalité qui n’est sans doute pas étrangère aux difficultés connues par la première compagnie russe ensuite. Moscou cherche aussi à contrôler la puissance chinoise émergente. Le Japon s’inquiète aussi des tentatives de pénétration chinoises sur le marché gazier de l’île de Sakhaline. On voit donc se dessiner une alliance entre le Japon et la Russie, même si le contentieux des îles Kouriles entre les deux Etats n’est toujours pas réglé : cette association profite à la Russie qui cherche à réintégrer l’Extrême-Orient russe dans la sphère régionale, face à la Chine en particulier.

Le 27 septembre 2010, Dimitri Medvedev a inauguré los de sa visite à Pékin l’oléoduc reliant la Sibérie orientale à la Chine. Le tronçon ente Skovorodino et Daqing, dans le nord-est de la Chine, a été achevé entre 2008 et 2010 (1013 km). L’oléoduc fournira 15 millions de tonnes de pétrole à partir du 1er janvier 2011, et ce jusqu’en 2030, pour 25 milliards de dollars.

Stéphane Mantoux, Historicoblog

à lire également sur le même sujet :

- La guerre des empires

- La guerre du Pipelineistan de la Chine

- La superpuissance de l’énergie du XXIe siècle

- Le Grand Échiquier d’Asie Centrale

Bibliographie :

Camille KEROUAC, « La Chine en Birmanie. Course aux hydrocarbures », in Outre-Mer n°21, 2007, p.267-272.

Heinrich KREFT, « La diplomatie chinoise de l’énergie », in Politique Etrangère n°62, 2006, p.349-360.

François LAFARGUE, « Etats-Unis, Inde, Chine : rivalités pétrolières en Afrique », in Afrique Contemporaine n°216, 2005, p.43-56.

Michel MEIDAN, « La Chine à la conquête des marchés énergétiques mondiaux », in Hérodote n°125, 2007, p.77-94.

Michel MEIDAN, « Le pétrole et la Chine-Afrique : plus qu’une relation commerciale », in Afrique Contemporaine n°228, 2008, p.95-104.

Ronan MORIN-ALLORY, « Chine-Soudan, une amitié à l’ombre des derricks », in Outre-Terre n°20, 2007, p.227-243.

Valérie NIQUET, « La géopolitique de l’Extrême-Orient : un nouvel enjeu des relations sino-japonaises ? », in Politique Etrangère n°54, 2005, p.867-879.

Valérie NIQUET, « La stratégie africaine de la Chine », in Politique Etrangère n°62, 2006, p.361-374.

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http://www.sinodefence.com/airforce/fighter/j7.asp

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Principal mouvement rebelle du Sud-Soudan, qui s’est opposé au gouvernement de Khartoum dans une longue guerre entre 1983 et 2005.

Un des principaux mouvements rebelles du Darfour, d’inspiration islamiste, et probablement lié à un important personnage de la scène politique soudanaise, Hassan al-Turabi.

Camille KEROUAC, « La Chine en Birmanie. Course aux hydrocarbures », in Outre-Mer n°21, 2007, p.267-272.

« Elections en Birmanie, un tournant démocratique ? », in Carto n°3, éditions Areion, décembre 2010-janvier 2011, p.46-47.

Valérie NIQUET, « La géopolitique de l’Extrême-Orient : un nouvel enjeu des relations sino-japonaises ? », in Politique Etrangère n°54, 2005, p.867-879.

« Première connexion pétrolière sino-russe », in Carto n°3, éditions Areion, décembre 2010-janvier 2011, p.45

Source : Alliance Géostratégique

Trafic d’organes et prolifération nucléaire

3 jan

par Xavier Moreau pour Realpolitik.tv

WikiLeaks, du cinéma ?

Les lecteurs de realpolitik.tv n’auront sans doute pas été impressionnés par les pseudo-révélations de Wikileaks, sur la politique étrangère des Etats-Unis. Étonnamment, le site « dissident » n’aborde jamais la collusion entre les administrations américaines et les groupes islamo-mafieux, en Bosnie, en Afghanistan ou au Kosovo. C’est au conseil de l’Europe que nous devons la mise en exergue, guère nouvelle pour nos lecteurs, de la nature exacte du clan mafieux albanais qui dirige le Kosovo, et plus particulièrement de son chef Akim Thaçi. Il est difficile de dire ce que deviendra ce rapport. Les sociétés de communication anglo-saxonnes doivent être désormais sur le pied de guerre pour le discréditer, lui ou ses auteurs. Difficile également d’imaginer que cette affaire remonte jusqu’à l’ami personnel d’Akim Thaçi et administrateur du Kosovo à l’époque des exactions de l’UCK, Bernard Kouchner. Le TPY (Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, ndlr) est bien trop occupé à modifier en permanence ses procédures internes, dans le seul but de faire condamner des officiers serbes qui n’ont fait que leur devoir, pour trouver le temps de s’apitoyer sur les crimes de l’OTAN ou de ses alliés. Il y a fort à parier que les anciens maoïstes français, qui ont soutenu l’organisation criminelle de l’UCK en 1999, seront mis à contribution pour nier ou même justifier ces crimes.

Cette triste affaire, ajoutée à l’impuissance de l’ « US Army » devant l’armée nord-coréenne, permet une nouvelle fois de dresser le bilan médiocre de la tentative hégémonique américaine de ces 20 dernières années. Ce bilan peut se résumer en une phrase : « Equipez-vous de l’arme nucléaire, si vous ne voulez pas être soumis à un clan islamiste ou mafieux, allié de l’OTAN ». Les hésitations américaines devant la détermination de la Corée du Nord, démontrent en effet que si la Serbie avait possédé la dissuasion nucléaire en 1999, l’OTAN n’aurait pas eu les moyens de lui confisquer son berceau historique au profit d’un clan islamo-mafieux. Et c’est justement parce que Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive, que les Etats-Unis l’ont envahi. Acquérir le nucléaire permettrait à l’Iran d’être définitivement à l’abri d’une invasion américaine et du cortège de crimes, d’exactions et de massacres de civils qui l’accompagne à chaque fois. Le bilan de la tentative manquée d’hégémonie anglo-saxonne est une incontrôlable prolifération nucléaire.

Pour accomplir leurs objectifs géopolitiques, l’Angleterre et les Etats-Unis ont soutenu sans complexe des factions islamistes ou mafieuses. Ces deux puissances ont fait preuve d’un cynisme qui va bien plus loin qu’une simple « realpolitik ». C’est pour contrer ces nations dont l’impérialisme a toujours conduit l’Europe à la guerre que la création d’une alliance franco-russe solide, reposant à la fois sur un système de sécurité commun et une collaboration économique accrue est urgente. Une telle alliance pourrait enfin forcer la puissance anglo-saxonne à ne plus interférer nuisiblement dans le destin de l’Europe continentale.

La sauvagerie à laquelle l’OTAN a livré les peuples du Kosovo justifie a posteriori l’intervention russe en Ossétie du Sud. On peut imaginer le sort qu’un psychopathe comme Mikhaïl Saakhachvili réservait au peuple ossète. Pour les pays d’Europe occidentale, la révélation au grand jour des méfaits de la politique d’influence américaine doit être un signal d’alarme. Il est vital que les services de sécurité intérieure de nos pays s’intéressent à la nature des contacts que les ONG américaines entretiennent avec certaines minorités ethniques ou religieuses, notamment en France, où les zones de non-droit se comptent par centaines.

Xavier Moreau

Saint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d’un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Fondateur d’une société de conseil en sûreté des affaires, installé en Russie depuis 10 ans, travaillant également sur l’Ukraine, le Kazakhstan et la Serbie. Rédacteur du blog guerre et paix du courrier de Russie.

Source : Realpolitik.tv

Les Etats-Unis et l’UE préparent une action militaire contre la Côte d’Ivoire

2 jan

par Ann Talbot pour WSWS

« Les Etats-Unis et leurs alliés peuvent peut-être se montrer très critiques à l’égard de Gbagbo maintenant, mais ils ont collaboré avec lui pendant des décennies. Gbagbo a soutenu les programmes d’ajustement structurel économique et de privatisation du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Ce qui se cache derrière le changement d’attitude à l’égard de Gbagbo c’est la possibilité que des réserves non négligeables de pétrole existent dans les eaux territoriales de la Côte d’Ivoire. »

La situation dans ce pays d’Afrique occidentale continue à se détériorer après les élections présidentielles contestées de novembre où le président sortant Laurent Gbagbo et son rival, Alassane Ouattara, ont tous deux revendiqué la victoire.

Le ministère américain des Affaires étrangères a imposé une interdiction de voyage à Gbagbo. Le sous-secrétaire d’Etat adjoint pour les Affaires africaines, William Fitzgerald, a dit que les Etats-Unis imposeraient une interdiction de ce type à Gbagbo, à tous les membres de sa famille et à son entourage, tout en envisageant également l’imposition de sanctions financières.

« Il est tout à fait possible qu’il essaie de nous ignorer en espérant que nous oublierons l’affaire et que nous disparaîtrons ou que nous nous concentrerons sur une autre question », a dit Fitzgerald. « Je ne peux que lui rappeler qu’il s’agit ici d’une communauté internationale unanime. Nous ne disparaîtrons pas et nous n’oublierons pas. »

Une déclaration identique est venue de l’Union européenne (UE). Elle a gelé les avoirs de Gbagbo et lui a imposé une interdiction de visa ainsi qu’à ses partisans.

Entre-temps, le Conseil de sécurité des Nations unies a prolongé de six mois le déploiement de ses soldats en Côte d’Ivoire. Cette décision a été prise en réponse à Gbagbo qui réclamait le départ immédiat des troupes onusiennes.

L’ambassadrice américaine, Susan Rice, qui préside actuellement le Conseil de sécurité et qui est l’ancienne assistante du secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines, a émis une menace à peine voilée à l’adresse de Gbagbo et de ses partisans.

« Les membres du Conseil de Sécurité préviennent toutes les parties prenantes qu’elles seront tenues responsables des attaques contre les civils et les forces de maintien de la paix et qu’elles seront poursuivies en justice en vertu de la loi internationale et du droit international humanitaire. »

Le ministère britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth a conseillé aux ressortissants britanniques de quitter la Côte d’Ivoire. L’ambassade américaine à Abidjan a fait évacuer l’ensemble du personnel non essentiel et leurs familles.

Newcrest Mining a cessé ses opérations minières dans la mine d’or de Bonkro. Newcrest est la première entreprise aurifère d’Australie. Ses installations à Bonikro produisent 120.000 onces d’or par an. L’entreprise a évacué son personnel au Ghana en ne laissant que le personnel de sécurité dans la mine. Elle s’attend de toute évidence à une intensification des opérations militaires en Côte d’Ivoire.

Les Etats-Unis, l’UE et les Nations unies ont reconnu Alassane Dramane Ouattara, le rival de Gbagbo, comme le vainqueur des élections présidentielles du mois dernier. Ouattara s’est installé dans l’Hôtel du Golf sous la protection des troupes de l’ONU et Gbagbo demeure dans le palais présidentiel. Les annonces coordonnées des Etats-Unis, de l’UE et de l’ONU visent clairement à faire passer le message qu’ils sont déterminés à établir un contrôle ferme sur cet important Etat d’Afrique occidentale. L’évacuation des civils donne à penser que les Etats-Unis et leurs alliés vont rapidement procéder à une nouvelle intervention militaire.

Entre 2002 et 2004, la Côte d’Ivoire avait été en proie à une guerre civile. En novembre 2004, la France avait détruit l’armée de l’air ivoirienne en saisissant le contrôle de la capitale Abidjan. Près d’un millier de soldats et de gendarmes français y sont encore stationnés, pour la plupart à l’aéroport. De plus, il y a plus de 9.000 personnels de l’ONU, dont des troupes, des observateurs militaires, des policiers et des responsables civils.

Les puissances régionales se sont alignées sur l’Occident. La Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest a coupé les fonds à Gbagbo. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui a reconnu Ouattara comme président, soutient cette action et a suspendu l’adhésion de la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire est diplomatiquement isolée et Gbagbo pourrait ne pas être en mesure de payer ses troupes au-delà du mois.

Les tensions se sont intensifiées ces jours derniers. Les forces loyales à Gbagbo ont attaqué les troupes de l’ONU à l’Hôtel du Golf. Un soldat ivoirien a été tué lors de l’affrontement. Les forces de l’ONU ont depuis renforcé leur position par deux chars. Gbagbo a empêché que des livraisons n’arrivent à l’hôtel. Un porte-parole d’Ouattara a appelé à l’aide la communauté internationale. « Nous vivons des réserves de l’hôtel, » a-t-il dit, « D’ici mardi, ce sera fini. Il ne restera plus rien. »

A l’intérieur du pays, il y a eu des heurts entre les Forces Nouvelles loyales à Ouattara et les forces gouvernementales restant loyales à Gbagbo, en dépit des efforts entrepris par les Occidentaux pour provoquer une division au sein du commandement militaire. Ceci a introduit la possibilité d’une reprise de la guerre civile.

Selon l’ONU, quelque 200 personnes ont été blessées et 50 tuées durant la semaine. Un communiqué de l’ONU prétend que des gens sont enlevés de leurs domiciles par des hommes armés non identifiés fidèles à Gbagbo.

La commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, a parlé de massives violations des droits de l’homme commises en Côte d’Ivoire.

« Des personnes enlevées seraient emmenées de force dans des endroits de détention illégaux où elles sont gardées au secret sans instruction. Certaines ont été trouvées mortes dans des circonstances discutables. »

L’on rapporte que les milices loyales à Gbagbo font des rafles dans les maisons et arrêtent les gens à Abidjan. L’ONU affirme qu’un immense charnier a été découvert dans la ville.

Alors que la situation se détériore, les civils se préparent eux-mêmes à la guerre. Quelque 4.000 personnes ont franchi la frontière vers le Libéria voisin en quête de refuge.

Il est vraisemblable qu’il y aura une sorte d’intervention militaire bientôt. On est en train de préparer un dossier judicaire pour justifier une telle action en termes de défense des droits de l’homme. Il n’est pas encore clair quelle forme cette intervention prendra. Ce qui est clair, c’est que ni les Etats-Unis ni la France ne peuvent prétendre être les défenseurs du peuple ivoirien.

Les Etats-Unis et leurs alliés peuvent peut-être se montrer très critiques à l’égard de Gbagbo maintenant, mais ils ont collaboré avec lui pendant des décennies. Il est président depuis 2000 et a soutenu les programmes d’ajustement structurel économique et de privatisation du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

Tout au long de cette période, il était loin d’être un défenseur des droits de l’homme. Il s’est avéré utile quand il avait fallu défier l’emprise de la vieille élite politique entourant Félix Houphouët-Boigny, le président de la Côte d’Ivoire depuis son indépendance en 1960. Il semble que Gbagbo a perdu son utilité et a refusé l’offre d’une retraite confortable au Nigeria ou en Afrique du Sud.

Ce qui se cache derrière le changement d’attitude à l’égard de Gbagbo c’est la possibilité que des réserves non négligeables de pétrole existent dans les eaux territoriales de la Côte d’Ivoire. Gbagbo a noué des liens étroits avec l’Angola et la compagnie pétrolière russe Lukoil. Il croit pouvoir utiliser les recettes du pétrole pour rester au pouvoir malgré la désapprobation internationale.

De la même manière, la perspective que la Côte d’Ivoire a des réserves pétrolières viables la rend plus importante stratégiquement pour l’Occident. La France et les Etats-Unis veulent une figure politique loyale pour contrôler ce pays qui possède de longue date une importance régionale ; il est le premier producteur de cacao du monde, dispose de nombreuses et précieuses ressources naturelles et dispose maintenant peut-être de l’importance supplémentaire due au pétrole.

Le Financial Times a mis en garde contre une intervention menée par la France comme étant « imprudente ». Mais il a réclamé une intervention africaine. Ceci signifierait que des troupes de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou d’autres troupes africaines seraient envoyées en Côte d’Ivoire avec le soutien de la France et des Etats-Unis. Ceci ne représenterait en aucune manière une « solution africaine pour un problème africain » selon la formule consacrée. Il ne s’agirait que d’une invasion impérialiste déguisée qui aurait au bout du compte comme récompense les ressources naturelles de la Côte d’Ivoire.

Ann Talbot

Source : WSWS