Archive | décembre, 2010

Bonne année 2011 ?

31 déc

WikiLeaks : la guerre contre le secret (vidéo)

28 déc

Synopsis Arte : Après les révélations sur l’Afghanistan qui ont secoué la planète en juillet 2010, les journalistes de WikiLeaks viennent de tirer une seconde salve. Sur l’Irak, cette fois. Des dizaines de milliers de documents confidentiels établissant une cartographie précise d’une guerre sur laquelle on sait peu de choses. Des révélations qui mettent le feu à Washington.

Les journalistes-activistes du site internet WikiLeaks sont-ils en passe de devenir des cibles militaires légitimes ? Les hommes du département de la Défense américain n’ont jamais émis de menaces publiques aussi explicites concernant des hommes de plume et de clavier. Du coup, les hommes de Wikileaks vivent dans une semi-clandestinité.

WikiLeaks a publié plusieurs dizaines de milliers de documents militaires secrets, acquis par des fuites venues de l’intérieur de l’armée américaine : des rapports d’incidents, des notes confidentielles, des vidéos de bavures…

Pour ARTE Reportage, Luc Hermann et Paul Moreira de l’agence de presse Premières Lignes racontent les coulisses de cette nouvelle forme de contre-pouvoir avec ces militants de la transparence, qui secouent les règles trop établies du secret-défense. Ils ont enquêté sur les révélations, mais aussi sur leurs limites. Lorsqu’on les confronte à une solide enquête de terrain, on réalise que les documents internes de l’armée américaine acquis par Wikileaks ne disent pas forcément toute la vérité.

Ils ont suivi Julian Assange, le fondateur du site WikiLeaks, qui vit caché, sans téléphone portable pour qu’aucune machine ne puisse identifier sa position. Charismatique, il cultive les zones d’ombre. Parfois paranoïaque, il se sent dans la ligne de mire. Peut-être pas à tort. Ainsi, en Suède est il accusé dans une étrange affaire d’attentat à la pudeur, annulée par la police, puis rétablie par un magistrat. Assange n’en est pas moins libre de ses mouvements et continue à sillonner l’Europe.

A Londres, Washington, Reykjavik et Paris, Luc Hermann et Paul Moreira ont rencontré et interrogé les discrets enquêteurs de WikiLeaks, ainsi que les journalistes d’investigation des plus grands médias qui s’emparent des documents pour poursuivre l’enquête, et ainsi pénétrer dans la matrice de l’armée américaine en guerre en Irak et en Afghanistan. Ils ont aussi retrouvé un soldat américain qui était en Irak au moment de la bavure filmée par l’hélicoptère à Bagdad qui a fait 15 morts, des civils dont deux journalistes de l’agence Reuters. Depuis, le soldat a quitté l’armée, la fuite de la vidéo par WikiLeaks a changé sa vie.

Enquête sur le nouveau contre-pouvoir de WikiLeaks, une révolution qui bouleverse le rapport des citoyens à l’information.

Les opinions exprimées dans ce reportage n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas forcément celles de la rédaction du MecanoBlog.

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Quelle stratégie iranienne pour Obama après les élections de mi-mandat ?

26 déc

par Vincent Eiffling pour Chroniques Persanes

« Sale temps pour un président états-unien. Politiquement, coincé. Economiquement, coincé. Géopolitiquement, coincé. Géostratégiquement, coincé. Diplomatiquement, c'est la dernière chance. Dans l'immédiat, Barack H. Obama doit agir pour sauver la face, l'image déclinante de l'hyperpuissance mondiale et le risque de passer pour un président faible en dépendent, mais que peut-il bien faire face à tant d'impasses ? »

Suite aux résultats des élections de mi-mandat de novembre dernier, le président B. Obama a perdu sa confortable avance à la Chambre des représentants. Désormais, la composition de la Chambre est dominée par le Parti républicain avec 239 sièges contre 188 pour le Parti démocrate. Bien que les Démocrates conservent une légère avance au Sénat (avec 51 sièges contre 47), la situation sur le plan de la politique intérieure va désormais être difficile pour le président américain. Il suffit pour s’en convaincre de se remémorer la difficulté avec laquelle il a fait passer sa réforme de la santé alors qu’il disposait d’une avance confortable. Quels seraient dès lors les obstacles s’il désirait maintenant réformer le système financier ? Nul doute que la nouvelle majorité républicaine – bien qu’elle ne soit pas suffisante que pour bloquer le veto présidentiel – lui mettra des bâtons dans les roues au cours des années qui lui restent à la tête de la Maison Blanche. Il n’est ici pas inutile de rappeler que la discipline de vote ne constitue pas une particularité intrinsèque au système des partis américains. Aussi, aucune légifération d’importance ne peut désormais espérer être votée sans un compromis avec une partie des élus républicains.

Cette situation peu confortable n’est pas pour autant synonyme d’une défaite assurée au cours des prochaines élections présidentielles. Les cas des présidents Clinton et Reagan en constituent de bons exemples. Cependant, il ne fait aucun doute que s’il veut être réélu, le président Obama devra changer d’orientation…. En réalité, la campagne pour les élections présidentielles a déjà officieusement commencée dans les arcanes de Washington.

Une des options dont dispose B. Obama pour regagner du crédit auprès du peuple américain est de ne plus se focaliser sur la politique intérieure, mais bien sur la politique étrangère. En effet, même si sa marge de manœuvre se retrouve limitée dans le domaine de la politique domestique, le système institutionnel des Etats-Unis confère au Président une large autonomie dans le domaine de la politique étrangère. Or, pour la première puissance mondiale, le poids de la politique étrangère dans les processus électoraux s’avère être beaucoup plus important que pour le reste du monde. Entendons-nous bien : une campagne uniquement basée sur la politique étrangère équivaut à un suicide électoral et ne peut mener qu’à une défaite cinglante. En revanche, de grands succès sur la scène internationale confèrent au président une aura de commandant en chef à laquelle le peuple américain se montre particulièrement réceptif.

Si cette option s’avéra difficilement envisageable pour Clinton – difficile de trouver un adversaire à sa taille dans un monde unipolaire -, le président Reagan en usa largement. Le déploiement des Pershing II en Europe de l’Ouest lui permit de renforcer sa position et de s’affirmer auprès du centre de l’électorat. De son côté, Obama a face à lui suffisamment de défis pour chercher à s’illustrer sur la scène internationale : le conflit israélo-palestinien, les guerres en Irak et en Afghanistan, l’émergence de la Chine et de la Russie, le déclin militaire des alliés européens de Washington et bien entendu la question nucléaire iranienne. Cependant, le président Obama doit faire face à d’autres sortes de contraintes.

Premièrement, la population américaine est focalisée sur la situation économique. Aussi, s’il choisit de se consacrer à la politique étrangère et que la situation domestique ne s’améliore guère, il perdra fort probablement les prochaines élections présidentielles. Il doit parvenir à engendrer un important succès en matière de politique étrangère, ou du moins à donner l’impression d’occuper une place d’homme fort sur les questions relatives à la sécurité intérieure, tout en profitant d’un renouveau économique qui lui permettra de décrédibiliser les Républicains.

Deuxièmement, B. Obama a toujours axé sa vision en matière de politique étrangère (y compris durant la campagne présidentielle) sur le principe d’accommodation au lieu de suivre une logique de confrontation (exception faite de l’Afghanistan où il s’est montré particulièrement déterminé). Il risque donc de s’exposer aux attaques des Républicains qui pourraient qualifier son action d’opportuniste. Celle-ci doit donc être crédible, répondre à un besoin légitime et surtout, être couronnée de succès !

Si nous prenons la peine de passer les challenges qui s’offrent à lui en revue, nous constatons que le président Obama n’a en réalité pas beaucoup le choix. Il lui serait difficile de renvoyer des troupes en Irak après avoir annoncé un plan de retrait pour 2014, tout comme il lui serait difficile d’en envoyer encore plus en Afghanistan. Il courrait alors le risque d’être comparé au président Johnson, donnant l’impression d’envoyer des soldats se battre en masse mais sans un plan précis et efficace. B. Obama pourrait également intensifier l’action des Etats-Unis au Pakistan mais le succès d’un tel choix s’avère plus qu’incertain. De plus, il n’est pas sur qu’Islamabad accepte un interventionnisme accru de la part de Washington sur son territoire.

Ne parlons même pas du conflit palestinien qui dans les circonstances actuelles semble particulièrement enrayé.

Si la Russie et la Chine constitue des challengers de poids pour les Etats-Unis, leur menace n’est pas ressentie comme présentant un caractère d’urgence ou dramatique par la population américaine. Focaliser l’attention de la politique étrangère de Washington sur ces problématiques ne s’avérerait donc pas assez pertinent. Il en va de même pour le renforcement des capacités militaires des alliés européens. De même, étant donné la conjoncture politique actuelle sur le vieux continent, il est fort peu probable que les Etats-Unis parviennent à convaincre leurs alliés de la nécessité d’augmenter leurs budgets de défense.

La situation en Corée du Nord s’avère beaucoup plus critique mais les Etats-Unis sont ici limités dans leur possibilité de mener une action militaire par les mécanismes de dissuasion nucléaire. De plus, le régime nord-coréen est perçu comme pragmatique et menant avant tout une politique garantissant sa survie. Dès lors, Pyongyang n’est pas perçue comme la menace la plus urgente pour la sécurité des Etats-Unis dans la mesure où sa conduite s’avère relativement rationnelle. La voie diplomatique pour résoudre la crise coréenne apparaît comme la solution la plus plausible depuis Washington, même s’il est fort probable que les Etats-Unis ne braderont pas la sécurité de leurs alliés (Corée du Sud, Japon) et interviendront dès lors de manière musclée si les circonstances l’imposent. Washington privilégie donc le statu quo, en attendant de parvenir à atténuer les tensions par le recourt à la diplomatie.

Il reste donc l’Iran. Il est vrai que ce défit apparaît comme légitime auprès de l’opinion publique. Pour rappel, un sondage réalisé par CNN en octobre 2009 indique que 84 % des américains sont convaincus que Téhéran cherche à fabriquer des armes de destruction massive. De ce même sondage, il ressort que 54 % des américains sont en faveurs d’une intervention militaire contre le régime des Mollahs. Il est vrai que ce sondage date d’il y a plus d’un an, mais les évènements qui sont survenus depuis n’ont en rien contribué à améliorer l’image de l’Iran auprès des Américains. Téhéran a ainsi refusé l’offre la plus généreuse que Washington lui ait proposée. M. Ahmadinejad a annoncé la construction de 10 nouveaux sites d’enrichissement (toujours au stade projet, c’est essentiellement rhétorique mais ça n’améliore en rien le climat pour des négociations), a accusé les Etats-Unis d’être responsable de toutes les attaques terroristes à travers le monde et il a même été jusqu’à embrasser la théorie du complot sur les attentats du 11 septembre…

Côté républicain, on se plaint de la faiblesse du président Obama face à Téhéran et on lui reproche son inertie face au militantisme islamique. Côté démocrate, l’Iran apparaît comme un habitué en matière de violation des droits de l’homme, particulièrement depuis la répression qui a suivie l’élection présidentielle de juin 2009. L’Arabie Saoudite, principal allié de Washington et par conséquent, premier rival géopolitique de l’Iran dans la région du Golfe, attend de la part des Etats-Unis une attitude ferme et ne souhaite pas se contenter de la livraison pour10 milliards de dollars de systèmes d’arme sur les 10 prochaines années. Si les européens sont hostiles à l’Iran, ils n’en restent pas moins de farouches opposants à toute escalade susceptible de nuire à leur approvisionnement en pétrole.

Depuis sa prise de fonction, B. Obama a toujours privilégié la voie diplomatique et, en cas d’échec, un renforcement des sanctions contre le régime des Mollahs. L’objectif étant d’affaiblir le pouvoir en place et de permettre à certains membres modérés du système d’émerger sur la scène politique intérieure afin de finalement s’imposer sur les conservateurs. Le raisonnement est ici de penser qu’il sera plus possible de négocier avec des réformateurs, voir des conservateurs modérés et pragmatiques, qu’avec des individus imprégnés de l’idéologie révolutionnaire. Ce choix tactique impose cependant une difficulté au président américain. Si ce dernier désire renverser le ton de sa politique pour la mener sur la voie de la confrontation, il devra trouver les arguments lui permettant de justifier son action, aussi bien auprès de l’opinion publique américaine qu’auprès de la communauté internationale.

La justification toute naturelle serait de clamer que l’Iran cherche bien à se procurer une arme nucléaire et que sa mise au point est imminente – voir qu’il a l’intention de s’en servir une fois en sa possession. Pareil discours apparaîtrait plus légitime dans la bouche de B. Obama que celui tenu par G. W. Bush sur les AMD en Irak. Obama n’a jamais annoncé auparavant que l’Iran possède ou cherche à posséder des AMD… Il a juste mis en avant les doutes de la communauté internationale sur les objectifs réels du régime iranien. Aussi, aux yeux de l’opinion publique, Obama n’apparaît pas comme un faucon et si son discours et son action doivent emprunter un chemin plus musclé, cela apparaîtra plus facilement comme une nécessité face à une menace importante jugée crédible. De telles déclarations présidentielles confirmeraient côté républicain un sentiment depuis déjà longtemps ancré dans leur esprit tandis que du côté démocrate, il serait difficile de s’opposer aux arguments présidentiels. Face à une pareille menace, le président américain serait forcé de recourir à l’action et ce, même si celle-ci va à l’encontre de son désir personnel de privilégier la diplomatie. Après tout, il est de son devoir de commandant en chef de protéger les intérêts et la sécurité du peuple américain. Dans le même temps, il se mettrait à l’abri des attaques de républicains et ce, même si l’affirmation devait se révéler erronée dans l’avenir. N’oublions pas que depuis le début, ce sont des élus républicains qui réclament une intervention militaire en Iran. Bien sur ce scénario déborde de cynisme mais cependant, certains de ces aspects n’en demeurent pas moins pertinents car ils rencontrent des préoccupations qui travaillent réellement l’esprit des dirigeants en place à Washington.

Il convient cependant d’intégrer à ce raisonnement les contraintes auxquelles seraient confrontés les Etats-Unis si ceux-ci devaient finalement opter pour l’intervention armée. Le scénario d’une attaque contre le programme nucléaire iranien par le biais d’une frappe aérienne, régulièrement avancé, ne permettrait pas de résoudre aisément le problème. Une frappe ne serait pas suffisante : les sites sont trop nombreux, trop éparpillés et trop bien enfouis sous le sol que pour être détruit par une seule vague de bombardements. La destruction des sites nucléaires iraniens nécessiterait donc une campagne aérienne intensive et appuyée au sol par des éléments des forces spéciales en charge de vérifier l’étendue des dommages infligés aux infrastructures. En complément, des actions militaires contre les éléments des forces navales iraniennes seraient nécessaires pour empêcher Téhéran de perturber voir bloquer le transit maritime par le détroit d’Ormuz par lequel transite chaque année plus de 40 % des exportations pétrolières mondiales. Mais une campagne aérienne de ce type contre l’Iran ne réglerait pas le problème des forces conventionnelles qui représenteraient toujours une menace contre les autres Etats du Moyen-Orient.

Le scénario de l’invasion terrestre n’est aujourd’hui pas envisageable pour les Etats-Unis. L’Iran rappelons-le, c’est 4 fois l’Irak et trois fois la France. C’est une armée conventionnelle limitée qualitativement mais imposante quantitativement et qui dispose de plus d’une force morale importante et d’un entraînement autrement plus abouti que celui des Talibans afghans ou de l’armée irakienne sous Saddam. La seule option militaire qui semble réaliste pour les Américains est donc la frappe aérienne. Mais si campagne aérienne il doit y avoir, celle-ci ne pourra pas être un conflit armée de courte durée, comme ce fut le cas avec l’opération Renard du désert en 1998 contre l’Irak. Tout comme ce fut le cas pour la campagne aérienne lors de la guerre du Kosovo en 1999, les raids aériens devront durer des mois pour mettre hors d’état les capacités de nuisance iraniennes. Ce sera une guerre où des soldats américains perdront la vie, où certains seront fait prisonnier. Ce sera une guerre qui monopolisera l’attention des médias, alors que des pertes civiles seront inévitables. Ce sera une guerre de durée et d’intensité, ayant non seulement pour objectif de d’enterrer le programme nucléaire iranien, mais également d’affaiblir ses forces conventionnelles. Ce sera une guerre axée sur la supériorité aérienne et technologique des Etats-Unis, et non sur leurs faiblesses en matière de contre-insurrection. Vu de Washington, ce sera une guerre contre le programme nucléaire de la République islamique d’Iran. Mais pour les iraniens, ce sera une guerre contre l’Iran, tandis que pour une part importante du monde musulman, ce sera une guerre contre la République islamique. Aussi, même si cette campagne devait s’avérer être un succès sur le plan militaire, même si ces objectifs devaient être atteints, elle n’en contribuerait pas moins à renforcer politiquement le régime des Mollahs, même si ce dernier en ressort éviscéré militairement parlant. Il resterait dès lors à voir quelles seraient les conséquences économiques de ce conflit dans la durée, quelle serait le management, les réponses apportées par le régime à tous les problèmes qui apparaîtraient et in fine, quelle attitude adopterait la population dans le moyen et le long terme vis-à-vis du régime, une fois que la colère et l’émotivité de la guerre se seront atténuées. Bref, quelles seront les retombées politiques, à la fois en Iran mais également dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Il faut encore tenir compte du fait que même le meilleur plan de bataille, une fois les hostilités engagées, peut totalement dévier de sa route initiale et se transformer en véritable fiasco. L’Iran pourrait parvenir à bloquer complètement le détroit d’Ormuz, avec les répercussions que l’on imagine sur l’économie mondiale. Il pourrait également engendrer une guerre civile en Irak et encourager les actions terroristes en Afghanistan. Les services de renseignement américains pourraient être passés à côté du fait que l’Iran possède déjà une arme nucléaire opérationnelle. Il faut aussi tenir compte des autres armes de destruction massives. Qu’en est-il des armes chimiques et biologiques ? Quelles sont les capacités de couplage de telles armes avec les missiles balistiques iraniens ?

Un compromis négocié avec le régime iranien constituerait une solution à moindre coût que l’intervention armée. Le problème, c’est que l’antagonisme et la logique de confrontation sont tellement ancrés dans l’esprit des dirigeants iraniens qu’il semble difficile d’apporter du crédit à cette possibilité. Rétablir un climat de confiance propice à la négociation est un processus long et difficile car il touche directement à la perception, à la construction mentale que se font les parties l’une de l’autre. Or parvenir à modifier ces constructions mentales demande de nombreux efforts qui se doivent de s’inscrire dans la durée. Les conflits en Irlande du Nord ou au Proche-Orient sont là pour illustrer toute la complexité des conflits à fort caractère émotionnel et idéologique. De ce fait, il semble presque impossible pour le président Obama de parvenir à renverser la vapeur dans l’espace du temps qu’il lui reste avant les prochaines élections présidentielles. Sa politique de la main tendue aurait peut-être connue plus de succès si le président Bush n’avait pas autant menacé l’Iran de recourir à la force militaire, ce qui aurait permis de jeter les bases nécessaires à la reconstruction d’un climat moins conflictuel entre les deux parties. Cependant, à décharge du président Bush, les circonstances qui ont encadrées sa présidence expliquent largement l’attitude de méfiance dont il a fait preuve à l’égard du régime des Mollahs. On oublie à mon sens trop souvent l’importance de l’impact que les évènements du 11 septembre 2001 ont eu sur la perception du monde par les Américains et leurs dirigeants.

Quoi qu’il en soit, si B. Obama se montre faible vis-à-vis de la question nucléaire iranienne juste après sa défaite aux élections de mi-mandat, il encourt le risque de se décrédibiliser et d’apparaître irrévocablement comme un président faible qui ne connaîtra sans doute pas de deuxième mandat. Il semble donc difficile pour le président américain de suivre les revendications de Téhéran sur le dossier du nucléaire, comme celles qui sont par exemple contenue dans les accords de Téhéran du 17 mai dernier signés par la Turquie, le Brésil et l’Iran. Si un accord doit être signé, il faut qu’il soit en grande majorité en concordance avec les exigences américaines, ce que Téhéran refusera plus que probablement.

Aussi nous voici de retour à l’option militaire. Pour Barack Obama, une intervention armée couronnée de succès lui permettrait de renforcer sa position de commandant en chef et de s’octroyer un prestige susceptible de lui servir lors des prochaines élections. Cela ne signifie en aucun cas que le président Obama doit attaquer l’Iran car comme nous l’avons développé plus haut, le plan le mieux préparé peut se transformer en fiasco, aboutir à des répercussions désastreuses et inattendues et au final, déstabiliser totalement l’ensemble du Moyen-Orient. Aussi, Barack Obama se trouve actuellement dans une position fort inconfortable tant sa marge de manoeuvre est en réalité réduite. Son meilleur atout serait que le régime iranien prenne aujourd’hui conscience de l’occasion qui s’offre à lui. Si Téhéran adopte un ton plus conciliant qui permettrait d’aboutir à un accord mutuellement avantageux pour les deux parties, alors le président Obama pourrait en tirer profit. De plus, cela irait dans l’intérêt du régime iranien. En effet, en ménageant un président négociateur, Téhéran éloigne le risque de voir arriver à la Maison Blanche un faucon républicain susceptible de faire de l’éradication du régime des Mollahs sa priorité en en matière d’action extérieure. Mais pour en arriver là, il faudrait que les dirigeants iraniens développent un peu plus leur sens du compromis, lequel est actuellement trop peu développé et en incompatibilité complète avec leur sens exacerbé de la confrontation Orient-Occident.

Vincent Eiffling

Source : Chroniques Persanes

S.O.P. : Standard Operating Procedure (vidéo)

22 déc

Synopsis : Début 2004, le monde entier découvre avec stupéfaction les photos qui prouvent les mauvais traitements et les infamies dont ont été victimes des prisonniers iraquiens détenus à la prison américaine d’Abu Ghraib. Pendant deux ans, Errol Morris a enquêté pour découvrir ce qui s’est vraiment passé là-bas durant l’automne 2003. Grâce aux photos prises par les soldats, aux témoignages de plusieurs spécialistes et de personnes parfois directement impliquées dans cette affaire, Errol Morris a reconstitué la chronologie des faits et étudié le contexte qui a conduit à ces extrémités. Interview après interview, photo après photo, l’affaire des tortures d’Abu Ghraib prend une dimension bien plus vaste et beaucoup plus dérangeante que celle brossée par les médias. Même si les soldats pris en photo en train d’humilier et de torturer les prisonniers iraquiens ont été condamnés, étaient-ils les seuls coupables ? Pourquoi aucun gradé n’a-t-il jamais été mis en cause ? Qui est vraiment responsable ?

Critique Fluctuat.net : Remarqué dans de nombreux festival et notamment à Berlin où il a reçu l’Ours d’argent, Standard Operating Procedure est un documentaire qui revient sur les photos prises par des soldats américains dans la prison irakienne d’Abu Ghraib. Mêlant de manière très subtile technique documentaire et mise en scène de fiction, ce film pose de nombreuses questions. Si certaines, cruciales, changent le regard porté sur l’actualité, d’autres, comme souvent avec Errol Morris, bouleverseront sûrement les spectateurs, interrogeant leur statut et celui du film qu’ils sont en train de voir. Important, dérangeant, passionnant.

Quand l’affaire des photos d’Abu Ghraib a éclaté, de nombreuses colonnes déploraient l’existence de ces photos et l’ignominie de ceux qui avaient osé les prendre. Elles montraient en effet des soldats souriants face à des corps de prisonniers irakiens humiliés. Une femme notamment s’est attiré les foudres des médias. Lynndie England incarnait le mal absolu. On la voyait sur les clichés les yeux mi-clos, l’air un peu saoul, semblant s’amuser de ce qu’elle infligeait à un homme qu’elle tenait en laisse. On s’était étonné qu’une représentante du sexe dit faible, sexe qu’on considère souvent comme plus émotif et sensible, en soit arrivée à ce point de déshumanisation d’autant plus grand qu’elle est femme.

Aujourd’hui, cinq ans après les faits, trois ans après le procès et alors qu’elle vient de sortir de prison, on la voit s’incarner face à la caméra du réalisateur. Errol Morris la filme comme il filme ses autres témoins ainsi que les acteurs qui en incarnent certains. Sa caméra capte les confidences des gradés de l’armée américaine de la même manière qu’elle recueille les propos de la première classe England. Posée, maquillée, elle se dépouille paradoxalement de son identité de personnage et redevient une personne, un témoin parlant doué de suffisamment de recul et de raison pour revenir sur ses gestes et leur contexte.

Les soldats qui servent en Irak ne sont que des hommes. “Humain trop humains” aurait pu dire Nietzsche. L’un d’entre eux témoigne dès les premières secondes du film et souligne que pour servir en Irak “il faut se considérer comme déjà mort. Si on revient vivant, on peut se dire qu’on a eu de la putain de chance. Si on se considère comme mort, on peut faire toutes les merdes qu’on nous demande de faire”. Bien sûr, à entendre ce témoignage ou bien celui d’England qui explique qu’elle était dans un monde d’hommes, “bien obligée de faire comme eux”, on pense à Une saison de Machettes. Dans ce livre, Jean Hatzfeld a recueilli les témoignages des génocidaires du Rwanda. Nombre d’entre eux cherchaient à détourner un peu de la réalité qu’ils ne pouvaient visiblement pas voir en face. Ici c’est la même chose. Les tortionnaires ne dissimulent pas vraiment mais expliquant leur attitude, tentent de s’arroger les circonstances atténuantes des spectateurs.

Bien sûr il y a quelque chose de choquant pour le péquin moyen à voir des gens s’amuser de la torture. Toutefois, ce péquin devrait sans doute être davantage choqué de l’existence même de cette torture, ce que l’affaire des photos n’a que moyennement discuté, se focalisant sur les visages souriants. Or cette torture est utilisée par l’armée américaine qui suit des “opérations de procédure standards“. Entendant certains de ses représentants, on se dit que la grande muette n’a pu ignorer ce qu’il se passait dans la prison irakienne. Et de se souvenir de la manière dont les médias avaient traité l’information : les photos étaient au centre de l’objectif, les actes à sa périphérie. On avait suivi les médias, s’indignant avec eux alors qu’on aurait sans doute dû poser davantage de questions à l’US Force… Il apparaît alors évident qu’Errol Morris nous aide à nous poser les bonnes questions. Car de quoi ont été accusés ces soldats ? D’avoir pris les photos ou bien de s’être faits prendre ? Comment se fait-il qu’aucun responsable militaire n’ait été inquiété ? Pour Errol Morris, S.O.P. n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ce film n’est que le début d’une enquête sur un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire. On ne peut qu’être d’accord.

Etats-Unis, 2008, 110′

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à voir également sur le même sujet :

- The Road to Guantanamo

- Un taxi pour l’enfer (vidéo)

Le fabuleux voyage d’un baril de pétrole (vidéo)

20 déc

Synopsis Arte : Le pétrole est la principale source d’énergie du monde moderne. Son exploitation et sa raréfaction en font un produit cher. Pour mieux comprendre l’évolution de son prix, ce documentaire suit le voyage d’un baril, du Koweït à une station service d’Allemagne… Aussi didactique que possible, ce voyage initiatique a le mérite de faire mieux comprendre les enjeux véritables du pétrole.

Burgan, deuxième gisement pétrolifère de la planète par sa taille, est le point de départ du périple qui amènera le brut jusqu’au consommateur en Europe, essentiellement sous forme de carburant. Les étapes du voyage sont le canal de Suez, le port de Rotterdam et la raffinerie de Gelsenkirchen, en Allemagne, et chacune est un point sensible dans la chaîne d’approvisionnement. En outre, l’or noir ne fait pas qu’alimenter les réservoirs des voitures, les chaudières des maisons ou des usines. Base importante de l’industrie chimique, il se retrouve dans les matières plastiques, mais aussi dans les aliments et les médicaments. L’augmentation des coûts de production participe ainsi à la hausse des prix de nombreux produits d’usage quotidien.

Un documentaire de Mouhcine El Ghomri.

Allemagne, 2006, 44′

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L’expérience de la Troisième Vague (vidéo)

20 déc

La Troisième Vague désigne une étude expérimentale du fascisme, menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première du lycée Cubberley à Palo Alto (Californie) pendant la première semaine d’avril 1967, dans le cadre d’un cours sur l’Allemagne nazie. N’arrivant pas à expliquer à ses élèves comment les citoyens allemands avaient pu, sans réagir, laisser le parti nazi procéder au génocide de populations entières, Ron Jones décida d’organiser une mise en situation. Il fonda un mouvement nommé « La Troisième Vague », dont l’idéologie vantait les mérites de la discipline et de l’esprit de corps, et qui visait à la destruction de la démocratie, considérée comme un mauvais régime en raison de l’accent qu’elle place sur l’individu plutôt que sur la communauté. L’expérience de la Troisième Vague a inspiré le film La Vague dont est issu cet montage.

L’expérience de Stanford (vidéo)

20 déc

Extrait d’un reportage sur l’étude de psychologique expérimentale, l’expérience de Stanford ou effet Lucifer, menée par le psychologue états-unien Philip Zimbardo, en 1971.

« Vous pouvez créer chez les prisonniers un sentiment d’ennui, de peur jusqu’à un certain degré, vous pouvez créer une notion d’arbitraire par le fait que leur vie soit totalement contrôlée par nous, par le système, vous, moi, et ils n’auront aucune intimité… Nous allons faire disparaître leur individualité de différentes façons. En général, tout ceci mène à un sentiment d’impuissance. Dans cette situation, nous aurons tout le pouvoir et ils n’en auront aucun. » Déclaration de Philip Zimbardo aux gardes.

site officiel : The Lucifer Effect

Les services secrets chinois

16 déc

par l’équipe Scripto pour le Scriptoblog

Un des avantages d’être une colonie de l’Empire OTAN, c’est qu’on peut s’attendre à avoir une information un peu moins mauvaise sur l’Empire Chinois. Un peu moins mauvaise, en tout cas, que si l’on était… chinois.

« Guoanbu... une ombre chinoise. »

 

Ce n’est certes pas demain la veille qu’on verra paraître en France, dans les grandes librairies, un ouvrage aussi approfondi que « Les services secrets chinois », mais consacré, celui-là, par exemple à l’action du MOSSAD en France, ou au verrouillage de l’appareil d’Etat US par les réseaux de la CIA (ne parlons pas de l’action de la DCRI ou de la DGSE).

Et on ne s’en étonnera pas…

Cela dit, ce constat amère n’enlève rien à la nécessité de se documenter. « Les services secrets chinois » de Roger Faligot fait partie de cette rafale de livres qui viennent d’atterrir dans nos librairies pour nous informer que, ô surprise, le véritable adversaire de l’Occident, à l’échelle géostratégique, n’est pas constitué par une bande d’improbables djihadistes explosifs, mais par l’autre superpuissance économique, à savoir la Chine. On fera donc le tri entre ce qui relève de la propagande anti-chinoise et ce qui relève de l’information, on se préoccupera surtout des évènements récents, on zappera l’histoire des services chinois sous Mao, et c’est parti pour une note de lecture !

En décembre 1989, peu de temps après l’écrasement de Tian Anmen, Deng Xiaoping donne ses consignes à ses successeurs : « observer et analyser froidement, dissimuler nos véritables capacités ». En d’autres  termes : en savoir le plus possible sur l’adversaire ou le partenaire, et faire en sorte que de son côté, il en sache le moins possible. La gestion du renseignement est au cœur de la stratégie chinoise. Ce n’est pas un simple outil de la politique étrangère, c’en est une composante intégrée.

Il faut dire que les services  secrets du PCC sont nés en même temps que lui. La police de la concession française de Shanghai avait débarqué par surprise à la réunion fondatrice du mouvement en 1921. Aussitôt, le PCC, à peine constitué, organisa un service de renseignement pour débusquer le traître qui avait dévoilé aux autorités le lieu de l’évènement. L’enquête du camarade Luo Yinong, formé par les soviétiques, révéla que la police française avait pris en filature quelques envoyés du Komintern, à leur arrivée à Shanghai. Parmi eux, le monde est petit, un jeune Français alors inconnu : Jacques Doriot.

Entre les deux guerres, les services du PCC vont s’étoffer progressivement, dans l’ombre des « résidences » mises en place méthodiquement par la Guépéou soviétique. Tandis que le PCC aide les soviétiques à espionner la Chine en ébullition, ceux-ci fournissent aux jeunes services chinois

le support logistique et le réseau pour expédier des agents à l’étranger, pour faire de l’agitation et, en même temps, apprendre. Parmi ces expatriés, on relève un jeune « Hakka », c’est-à-dire le ressortissant d’une minorité ethnique au sein de l’Empire Chinois. Il est affecté à Paris, où il infiltre la Diaspora chinoise pour le compte de ses patrons (de Chine et de Russie). Son nom est Deng Xiaoping, mais pour l’instant, on le surnomme « monsieur Ronéo », car il passe ses soirées à tirer des revues subversives  ronéotypées. Il croise parfois, chez ses amis du PCF, un Vietnamien souriant, un certain Ho-Chi-Minh, ou encore un autre Chinois, au port aristocratique caractéristique de la culture mandarinale, un certain Zhou Enlai. Là, en France, comme d’ailleurs un peu partout à travers l’Occident, les futures élites de la révolution asiatique apprennent à fusionner leur héritage stratégique chinois avec les innovations occidentales. Et ces élites sont, par la force des choses dans toute action clandestine, initiées à la politique sous l’angle du travail de renseignement.

Deng Ziaoping, le père fondateur de la Chine d'eujourd'hui

Les réseaux secrets du PCC s’appuient alors beaucoup sur la minorité Hakka. Il est intéressant de connaître, dans ses grandes lignes, l’histoire de ce petit peuple, membre de la grande famille Han, obligé de se réfugier au sud de l’Empire du Milieu, il y a des siècles, pour fuir les guerres du nord. Déshérités de la Chine, ces « Hakkas » ont développé des habitudes, des capacités, une aptitude générale à la survie sans base territoriale stable, qui ne sont pas sans rappeler les caractéristiques des Juifs ashkénazes en Europe (jusque dans leurs liens structurels avec une société secrète dite des « Grands Frères », la Gelaohui, qui fonctionne par imbrication entre mystique et action). Leur utilisation par les services chinois démontre que le rôle particulier des milieux ashkénazes dans l’histoire des mouvements révolutionnaires ne tient pas à une spécificité juive : elle est d’abord la conséquence d’une isomorphie entre les  aptitudes qu’imposent le nomadisme et les exigences de l’action clandestine.

Les services secrets du PCC se sont formés progressivement, à travers les années de lutte, de 1921 à 1949, constamment sur deux fronts : le front intérieur, où ils apprennent les techniques de l’espionnage (surtout militaire), de l’infiltration (des milliers d’agents du PCC furent « injectés » dans l’appareil du Kuomintang et parmi les informateurs de la police), de la contre-infiltration (exécution systématique des traîtres) et de l’action directe (service action particulièrement violent, utilisé à des fins terroristes), contre les impérialistes occidentaux ou japonais et contre le Kuomintang… mais aussi un front extérieur, où ces services développent des stratégies d’influence méthodique sur les communautés chinoises (surtout à des fins de renseignement non militaire).

Les services secrets du PCC constituent donc un « fait nouveau » dans l’histoire de la Chine : un appareil qui n’est pas spécifiquement centré sur l’Empire du Milieu, mais possède, comme aptitude native, une capacité de projection hors frontières. Cet aspect de leur histoire est essentiel pour comprendre leur efficacité présente : ils sont la synthèse entre vision chinoise et vision occidentale – en quoi on peut supposer qu’ils sont potentiellement plus souples et réactifs que leurs adversaires, en général plus mono-culturels.

Une autre caractéristique des services secrets chinois résulte de leur naissance dans les années de lutte : formés à une époque où le PCC grandissait très vite sans pouvoir vraiment contrôler les adhésions, ils devaient, pour éviter les infiltrations, définir un corps particulier dans cet ensemble. Il en est résulté qu’ils se sont en pratique organisés progressivement comme une sorte de secte à l’intérieur du PCC, ayant très peu de liens avec le reste de la structure. Dans ces conditions, étant donné la forte proportion de dirigeants qui sortent de leurs rangs, on peut un peu les voir à la fois comme des services secrets classiques, et aussi comme une sorte de « Parti intérieur », sur le modèle de l’opposition « Parti intérieur / Parti extérieur » proposée par Orwell dans 1984.

Kang Sheng

On remarquera, à ce propos, que la « contre-infiltration » donne aux services secrets chinois un pouvoir énorme sur tout l’appareil du Parti : de nombreux cadres de ces services ont participé, au moment des « procès de Moscou », à l’épuration anti-trotskiste de Staline. La leçon fut bien apprise, comme l’histoire du maoïsme le démontra : un des maîtres des services secrets chinois sous Mao, Kang Sheng, importa dans le PCC la technique stalinienne des « quotas de traîtres », visant à épurer le Parti régulièrement, sur la base d’une « proportion supposée » de « déviationnistes ». On peut estimer qu’au fond, Mao, pendant une grande partie de son « règne », ne fut que la marionnette des services secrets du PCC.

Etudier les services secrets chinois, c’est probablement étudier le vrai pouvoir à Pékin.

Et aujourd’hui, où en sont les services secrets chinois ?

Quand Deng Xiaoping parvient au pouvoir, en 1978, il commence par réorganiser les services secrets. Pour cela, il conduit une sorte de déstalinisation à la Chinoise, qui épargne la figure tutélaire de Mao (pour ne pas fragiliser l’image du Parti dans les masses populaires) mais écrase les héritiers de Kang Sheng. C’est un peu comme si Khrouchtchev avait fait liquider Beria sans condamner le culte de la personnalité. Deng sait parfaitement ce qu’il fait : pour venir lui-même du sérail des services secrets, il en connaît la puissance. Il sait qu’il suffit de se rendre maître de cette citadelle-là, pour conquérir tout l’Empire.

A la différence de Mao (un Néron déguisé en César), Deng est un authentique visionnaire et, indiscutablement, un des  plus grands hommes de l’histoire chinoise. Il désosse méthodiquement les services secrets du PCC, ne leur laissant qu’un travail de surveillance politique mineur, et réaménage les éléments qu’il en a sortis pour fabriquer une grande agence d’espionnage aux méthodes modernisées. Le modèle en est le KGB, et le nom du service, « Guoanbu », est d’ailleurs l’acronyme de « ministère de la sécurité d’Etat » (tout comme KGB est l’acronyme de « comité de la sécurité d’Etat »). Le cœur de son travail : renseignement extérieur et contre-espionnage. La surveillance de la population dans une perspective idéologique passe au second plan, puis disparaît presque.

Voici l’organisation mise en place sous Deng, et qui est semble-t-il encore en place aujourd’hui, à quelques nuances près (certains bureaux ont été divisés, d’autres ont changé de numéro) :

  • Le 1er Bureau s’occupe de la sécurité intérieure. C’est un service de contre-espionnage au sens large, disposant de sa propre police, et même de ses propres camps au sein du Lao Gai. Il ne s’occupe pas des questions de conformité idéologique, mais du démantèlement des réseaux d’espions une fois ceux-ci détectés par le 6ème Bureau. Il est vrai que dans un pays comme la Chine, la frontière est parfois poreuse entre déviation idéologique et trahison…
  • Le 2ème Bureau s’occupe du renseignement à l’étranger. Il fait un travail assez comparable à celui de la CIA, de la DGSE ou du FSB (en réalité, il s’agit du SVR et non du FSB, le FSB s’occupe de la sécurité intérieure de la Russie et le SVR est le service des renseignements extérieurs de la Russie, ndlr). En France, il est particulièrement actif dans l’étude des réseaux d’influence vers l’Afrique francophone (la cible numéro un de Pékin).
  • Le 3ème Bureau s’occupe de l’infiltration dans les zones visées par l’expansion chinoise (Taïwan en premier lieu). Son travail fut en grande partie à l’origine de la rétrocession bien conduite de Hong Kong : quand elle eut lieu, pour l’essentiel, le scénario avait été pré-cadré avec des élites locales déjà sous influence.
  • Le 4ème Bureau s’occupe de la technologie. Il assure la logistique des autres bureaux.
  • Le 5ème Bureau contrôle le renseignement local. Il doublonne en partie avec le 6ème et le 1er, mais le doublonnage des fonctions est une des règles de l’espionnage, et surtout du contre-espionnage.
  • Le 7ème Bureau se charge des opérations spéciales (surveillances, action directe). Il travaille sur requête des autres bureaux. C’est l’équivalent du Service Actions de la DGSE.
  • Le 8ème Bureau se charge de la recherche au sens large, en grande partie à partir de sources ouvertes. C’est une cellule de veille.
  • Le 9ème Bureau est chargé de la contre-infiltration. C’est la police interne du Guoanbu.
  • Le 10ème Bureau assure la « recherche de l’information scientifique et technique ». En clair, il est spécialisé dans l’espionnage industriel (LA priorité de la Chine depuis quelques décennies).
  • Le 11ème Bureau gère le parc informatique, le déploie et le sécurise (une fonction évidemment de plus en plus cruciale). Il est aussi chargé du travail de recoupement des sources informatiques. Fait peu connu, il doit son organisation générale et ses techniques dans ce domaine à une coopération avec la République Fédérale d’Allemagne (qui, dans le cadre d’un accord, transmit au 11ème Bureau des services chinois le savoir-faire acquis lors de la traque des membres de la Rote Armee Fraktion, d’inspiration maoïste – l’histoire est parfois franchement ironique).
  • Enfin, un « Bureau des  affaires étrangères » est chargé des relations avec les autres services de renseignements équivalents, dans les pays étrangers (alliés ou ennemis). Une des forces des services chinois est leur grande aptitude à construire des partenariats fluides.

Cette organisation est, comme le démontre Roger Faligot, l’épine dorsale du pouvoir chinois contemporain.

Tian'Anmen : la première révolution de couleur ?

1989 : Tian Anmen. Tout le monde se souvient des images de l’écrasement de la « commune étudiante » par les chars. Ce qu’on sait moins, parce qu’il n’y eut pas d’images, c’est que des unités de l’Armée Populaire se sont, à ce moment-là, combattues mutuellement. Certains régiments pékinois refusèrent de laisser les troupes amenées de province écraser les étudiants. Et ce sont en partie les services secrets, par leur action déterminée et précise, qui permirent la mise au pas des troupes récalcitrantes. On sait moins, également, que la Sécurité d’Etat avait repéré des agents de la CIA conduisant, auprès des étudiants pékinois, des opérations de « renseignement agressif » (en clair : des manipulations). Et on se doute que ce repérage n’a pas été pour rien dans l’écrasement final du mouvement (depuis cette date, les services chinois, instruits par l’expérience, étudient sans relâche les opérations de déstabilisation commanditées par leurs adversaires ; on sait par exemple qu’ils ont collecté une masse d’information considérable sur la « révolution orange » ukrainienne, et remonté la piste de ses bailleurs de fonds).

Revenons à Tien Anmen. En somme, Deng avait fait le bon pari : qui tient le Guoanbu, tient la Chine. Deng en tirera aussi toutes  les conclusions à l’heure de s’en aller : c’est un des maîtres des services secrets qui, au moment décisif de 1989, juste avant de faire « ce qu’il fallait », lui signala Jiang Zemin comme un « homme sûr ». En quittant le pouvoir, Deng fera donc de Jiang son successeur – un homme en réalité choisi par les services secrets, et qui pourrait compter sur leur loyauté. Pour assurer l’intérim, pendant quelques temps, entre Deng et Jiang, le PCC aura un secrétaire général « de transition ». Son nom ? Qiao Shi. Son ancienne fonction ? Chef des services spéciaux.

La stabilité de l’Empire chinois ? Voilà à quoi elle tient.

« Le gouvernement chinois n'a pas seulement recours au mensonge et à la violence pour supprimer les gens favorables à une modeste amélioration des droits de l'homme, il fait aussi tout son possible pour cacher la vérité à la communauté internationale. Un gouvernement qui supprime et ne respecte pas son peuple ne peut pas être stable. » Li Fengzhi, ancien espion du Guoanbu qui a fait défection aux Etats-Unis.

Sous Jiang Zemin, l’organisation du Guonbu n’est pas fondamentalement modifiée, même si l’organigramme se détaille (passage à 18 bureaux). Surtout, les services chinois se technicisent, se développent et se tournent massivement vers l’espionnage industriel. Des sections de recherche spécialisées par zone géographique sont constituées. Le Guoanbu de Jiang Zemin modifie ainsi progressivement son orientation : le contre-espionnage reste fort, mais l’espionnage devient plus fort que lui. C’est, désormais, un service mondialisé et technicisé, à l’image de la CIA. Le modèle KGB s’éloigne.

Instruit par l’expérience de Deng, Jiang veille tout particulièrement à conserver la mainmise sur les services secrets. Qiao Shi est progressivement marginalisé : le Guoanbu peut faire l’Empereur, mais il ne peut pas être l’Empereur. En interne, Jiang utilise les « services » pour accroître la répression contre toute dissidence, au fur et à mesure qu’il promeut par ailleurs une ouverture (très contrôlée) en vue d’accélérer le développement économique.

Le niveau d’information acquis par la Sécurité d’Etat chinoise est, à partir de la fin des années Jiang, comparable à celui des autres grandes centrales de renseignement. Quand l’ambassade de Chine à Belgrade est bombardée, Clinton finit (après moult difficultés) par avoir Jiang au téléphone. Celui-ci lui confirme qu’il ne croit pas le président US responsable, et pense que « des gens », au sein de la CIA ou du Pentagone, ont délibérément provoqué le bombardement pour tenter de bloquer le développement des relations USA-Chine.

Simple hypothèse gratuite ? En interne, il semble bien que le Guoanbu ait indiqué à Jiang de quoi il retournait : on relèvera à ce propos que l’aile de l’ambassade pulvérisée est celle où se trouvait le bureau d’un attaché militaire chinois auprès de l’armée serbe. Un attaché militaire qui travaillait efficacement pour aider le régime Milosevic, allant jusqu’à autoriser les Serbes à utiliser le matériel de l’ambassade de Chine pour leurs propres transmissions militaires. Il est vrai qu’il est aussi possible que le Guoanbu ait fabriqué son dossier, afin de justifier un accroissement de ses propres moyens….

En tout cas, nous vivons une époque où les dirigeants des deux plus grandes puissances du monde en sont réduits à compter sur leur homologue pour être renseignés sur leur propre agence de renseignement.

Sous Jiang, puis sous Hu Jintao, le Guoanbu développe énormément ses capacités en matière d’espionnage industriel et technologique. Pour les seuls USA et Canada, le FBI estime que Pékin possède un réseau de 2.000 fonctionnaires, officiels et journalistes, chargés de recueillir du renseignement en zone blanche (information ouverte) ou grise (information confidentielle récupérable par des voies légales). Sur les milliers d’étudiants chinois présents sur le sol US (souvent des « princes rouges », c’est-à-dire des enfants de cadre du Parti), une proportion non négligeable est chargée de recueillir des informations (en particulier dans les laboratoires de recherche où ils sont amenés à faire des stages). En France, l’affaire Huang Lili (étudiante probablement chargée d’espionner industriellement Valeo) a donné une bonne illustration de ce phénomène.

A cela s’ajoutent les « poissons des profondeurs » (terminologie chinoise), c’est-à-dire les agents clandestins chargés d’opérations spéciales (pénétration clandestine dans des lieux sécurisés, piratage informatique, etc.). Pékin possède dans ce domaine un réseau d’espionnage de premier ordre. Probablement, seuls le FSB et le MOSSAD ont de tels moyens d’infiltration. En comparaison, la DGSE et le BND font piètre figure.

Cela dit, l’arme principale en matière d’espionnage technologique reste le système des joint-ventures. Le Guoanbu est passé maître dans l’art de « mettre la pression » à des cadres étrangers, pour qu’ils transfèrent des technologies dans un cadre illégal, à la faveur de transferts légaux. Le dispositif s’accompagne souvent d’offres de financement parallèle (une technique employée aussi dans un cadre plus politique, avec le financement discret de politiciens, aux USA en particulier). La Chine ne possède pas seulement une Diaspora immense, des Zones Economiques Spéciales qui fonctionnent comme des filtres à technologie : elle peut aussi compter sur des ressources financières gigantesques. Là encore, on peut remarquer que son influence aux USA vient curieusement percuter celle des réseaux pro-Israël, jusque sur leur terrain de prédilection.

« Big "Chinese" Brother is watching you. »

Enfin, l’Internet est progressivement devenu un des principaux terrains d’action des services chinois. Ils ont participé à l’élaboration de la Grande Muraille qui protège l’Internet chinois, surveillent les utilisateurs (le Guoanbu laisse des sites dissidents accessibles… pour repérer ceux qui s’y connectent) et filtrent les informations qui peuvent venir de l’étranger. Les services chinois semblent aussi coordonner, en partie du moins, les attaques conduites par les hackers chinois (parmi les meilleurs du monde), attaques qui visent en priorité des sites gouvernementaux et les ordinateurs personnels de fonctionnaires ou cadres étrangers. Les services chinois se sont par ailleurs saisis de la technologie Internet pour sécuriser leurs communications : se sachant écoutés par le réseau anglo-saxon Echelon (station australienne d’Alice Spring), ils ont développés leurs propres autoroutes de l’information, par fibre optique, souvent dédiées à l’utilisation militaire.

Et la France ?

Ma foi, dans la ville-école du Guoanbu, où les services secrets chinois avaient copié, quartier par quartier, les villes des pays-cibles, afin que les futurs espions s’habituent au mode de vie du pays où ils devraient évoluer, il y avait un quartier français (aujourd’hui, on peut supposer que les méthodes se sont modernisées…).

La France est, d’après Roger Falligot, un des « cœurs de cible » du Guoanbu. Elle est facile à pénétrer (société très ouverte, élites très corrompues, attirance culturelle mutuelle entre deux civilisations universalistes, anti-américanisme prononcé, existence d’un fort courant maoïste souvent reconverti mais toujours accessible, richesse d’un monde associatif peu contrôlé, et surtout, bien sûr, importante communauté chinoise). Le contre-espionnage français estime que 10 % des 4.000 restaurants chinois de la région parisienne servent de paravent à des activités du Guoanbu.

Récemment, les Chinois auraient utilisé leurs puissants réseaux français pour mettre « sous la loupe » un personnage qui ne leur inspire pas grande confiance : Nicolas Sarkozy. La nomination de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay n’a pas plu à Pékin (on comprend aisément pourquoi).

Apparemment, si l’on décode bien ce que Roger Faligot sous-entend, les Chinois sont assez vite arrivés à la conclusion que le personnage serait aisé à circonvenir – un contrat Airbus, qu’est-ce que c’est pour la Chine de 2010 ? A peu près l’équivalent d’un contrat sur le gaz naturel avec l’Algérie, pour nous…

à lire également sur la Chine :

- La guerre des empires

- La guerre du Pipelineistan de la Chine

- La superpuissance de l’énergie du XXIe siècle

Source : Scriptoblog

Chine : l’Empire du Milieu tente de canaliser la pression intérieure vers la scène internationale

16 déc

par JGP pour Mon Blog Défense

J’ai lu avec intérêt l’article d’Olivier Kempf intitulé Le temps court de la Chine, qui vise à tordre le coup de certaines idées reçues relatives à l’Empire du Milieu, et notamment cette vision à long-terme que l’on lui prête naturellement, Sun Zi et esprit oriental obligent.

« Constatons tout simplement que les Chinois sont animés actuellement d'un profond orgueil, renforcé d'un ressentiment aigu. Fiers d'être célébrés partout comme le plus grand marché du monde, la plus grande puissance commerciale, le prêteur universel, une grande puissance, que dis-je, une hyperpuissance, le seul rival des Américains, en attendant de devenir la nouvelle "puissance indispensable". » Olivier Kempf

Force est de constater que les agissements de la Chine sur la scène internationale s’écartent de plus en plus ouvertement de l’objectif affiché de promotion d’un “monde harmonieux” (sous-entendu, sans vague). Olivier Kempf va jusqu’à employer le terme d’hubris, sorte de maladie de la puissance ; et qui pour le coup ne peut se contenter de soft power (Un ouvrage sur le soft power chinois). Ce dernier étant avant tout un affichage à l’intention des “non alignés“, destiné à se démarquer des Occidentaux néo-coloniaux donneurs de leçons. Ceci dit, la Chine n’est pas fondamentalement différente, dans sa stratégie de puissance : affirmation musclée dans sa zone régionale, sécurisation de ses approvisionnements énergétiques, recherche de débouchés industriels et de retour sur investissement.

C’est ce que montre aussi, au moins autant que l’émigration d’ingénieurs et d’ouvriers sur les chantiers sud-américains, africains ou européens (cf. l’offensive sur le port du Pirée), l’étude des cibles étrangères que privilégient les Chinois, pour le moment plus financières qu’opérationnelles (voir à ce sujet Business Made in China d’Olivier Marc).

Pour autant, cette posture porte ses fruits principalement auprès des régimes peu en odeur de sainteté en Occident : Soudan, Iran, Venezuela…

Un facteur n’est pas à négliger pour expliquer cet état de fait très “court-termiste” : la pression induite par la situation intérieure sur les prises de position sur la scène internationale. Olivier Kempf le rappelle, la surchauffe guette en interne. D’ailleurs les chiffres de l’inflation ne sont pas bons, conséquence, entre autres, du gigantesque plan de relance suite à la crise et de la spéculation immobilière. Les déséquilibres sont marqués, notamment examinés au travers du prisme géographique, malgré les efforts du pouvoir. La valeur ajoutée des chaînes de valeur sur lesquelles se positionne la Chine reste principalement à l’étranger. Le futur proche pourrait révéler des tensions de grande ampleur. Le PCC déploie donc des efforts très importants pour rediriger de possibles mécontentements vers l’extérieur, notamment auprès des petits empereurs, ces enfants uniques dont les garçons largement excédentaires devront à terme se trouver une femme.

Et les cibles désignées ne manquent pas : Japon, Etats-Unis, France, Comité Nobel… Le nationalisme, soupape de sécurité du régime, est exacerbé (mais gardé sous contrôle pour éviter tout débordement trop préjudiciable à une “société harmonieuse“) au moindre semblant de crise sur le front international. La Chine est passée maître dans l’art de l’astroturfing, que ce soit sur le Web ou dans la rue. Pensez donc, un pays auquel on promet la première place mondiale depuis plus d’une décennie ne peut souffrir de voir les jaloux décadents lui mettre des bâtons dans les roues. Après tout, “la parenthèse occidentale s’est refermée” comme s’est vu rétorquer DSK par le ministre des finances chinois.

Bien sûr, tout le bon peuple de Chine n’est pas dupe, et on sent bien ce décalage entre la situation intérieure, où toute critique est interdite, et l’international, où l’on est relativement libre de se défouler. Ainsi Han Han, célèbre et influent blogueur (certainement l’un des plus lus au monde d’ailleurs), souligne, à propos de la querelle sino-japonaise autour des îlots Senkaku :

Qu’on ne me dise pas que je dois me sentir blessé par ces questions patriotiques. Dans notre pays, le peuple ne possède pas la moindre parcelle de terre, pour laquelle il paye un loyer aux dirigeants. C’est pourquoi, de la place où je me trouve, ce problème ressemble à une controverse entre mon propriétaire et son voisin, à propos d’une tuile tombée du toit dans la tempête. Mais mon propriétaire, qui a peur de son voisin, n’ose pas récupérer la tuile.

Quant à moi, qui ne suis que locataire, en quoi tout cela me concerne t-il ? Pourquoi quelqu’un comme moi, privé de terre, irait-il se battre pour récupérer la terre d’un autre. Pourquoi un locataire, à qui on n’accorde aucune dignité, irait-il se battre pour celle de son propriétaire ? (…)

Des protestations contre des étrangers par ceux qui, chez eux, ne sont pas autorisés à protester, n’ont aucun poids. Elles ne valent pas plus qu’un exercice de danse organisée.

Et l’on sait, notamment depuis la cérémonie d’ouverture des JO de Beijing en 2008, que la Chine sait organiser de somptueuses danses !

Ceci dit, attention, car même fragilisée, la Chine s’affirme de plus en plus dans son désir de faire mentir, de façon plus crédible peut-être que d’autres “prétendants“, Francis Fukuyama et sa fin de l’histoire.

JGP

Source : Mon Blog Défense

La guerre de l’information n’est pas la cyberguerre (+ vidéo)

11 déc

par Olivier Tesquet pour OWNI

En prenant activement la défense de WikiLeaks, les Anonymous ont-ils franchi un cap supplémentaire dans la guerre de l’information? Le vocabulaire mérite d’être précisé.

« L’argument avancé par les Anonymous est assez explicite, basé sur la loi du Talion, mais faisant écho aux modus operandi d’un militantisme plus classique: “Vous avez attaqué WikiLeaks, vous avez gelé nos dons, nous vous attaquons”. Une véritable opération… de riposte. »

Depuis hier (8 décembre 2010, ndlr), les Anonymous ont lancé une vaste campagne d’attaques contre les organismes qui ont décidé de fermer les vannes d’approvisionnement de WikiLeaks. Ce cortège hétéroclite d’internautes partisans de l’action – en ligne – directe, rendu célèbre par son combat contre l’Église de Scientologie en 2008, est entré dans une nouvelle phase de l’”Operation Payback” (littéralement, “Opération Riposte”), entamée il y a quelques semaines pour lutter contre les ayatollahs du copyright. A en croire certains, on serait entrés de plain-pied dans la première “infowar”, un cas concret de guerre de l’information généralisée [1]).

Si on déroule le fil des événements, il faut bien reconnaître le climat d’extrême tension, marqué par une escalade de la violence qui, faute d’être physique, est moralement symbolique (en plus d’être juridiquement inquiétante). Tout a commencé avec les attaques par déni de service (DDoS) lancées contre WikiLeaks dès la mise en ligne des premiers mémos diplomatiques; puis Amazon a décidé de stopper l’hébergement du site sur ses serveurs, accédant à la requête du sénateur Lieberman; puis Eric Besson a tenté de l’imiter quand il a appris que WikiLeaks avait migré vers l’hébergeur français OVH; puis, saisie en référé, la justice a débouté cette demande; puis Visa, Mastercard et Paypal ont décidé d’interdire à leurs clients d’envoyer des dons WikiLeaks en invoquant le caractère illégal de l’organisation; enfin, les Anonymous sont entrés dans la phase opérationnelle de l’opération “Avenge Assange”, en lançant des attaques DDoS contre ces mêmes opérateurs bancaires. On peut légitimement se poser la question: quelle sera la prochaine étape ?

Pour le Guardian, jeudi 9 décembre est “le jour où la cyberguerre a été déclarée”. Et on peut le comprendre. Après avoir vu son premier compte suspendu (soupçonné d’avoir posté un lien vers des comptes Mastercard piratés), le mouvement Anonymous est revenu à la charge sous un alias légèrement différent. Les plus radicaux vont-ils aller jusqu’à cautionner une attaque contre Twitter ? Dans le même temps, on apprend que WikiLeaks envisage de porter plainte contre les compagnies bancaires, accusées d’avoir outrepassé leurs droits en prenant une décision politique. Les Anonymous ont récemment lancé LOIC, un logiciel qui permet de mettre en place une DDoS en moins de trois clics, en tapant une adresse web. Et ils envisageraient de s’attaquer à Amazon dès vendredi (au moins de juin, le site de commerce en ligne était tombé en panne, perdant pas moins de 50.000 dollars par heure). Pour l’heure, Lemonde.fr joue la carte de la pondération, en titrant “Opération riposte: début d’une cyberguerre ou simple escarmouche ?

Il est pour l’instant relativement mineur. Les attaques n’ont pas visé le cœur du système informatique de ces banques, mais leurs sites publics. Certains services de MasterCard ont été bloqués par les attaques, mais, dans le cas de PayPal par exemple, c’est le blog officiel de l’entreprise et non son site principal qui a été visé.

Lettre des Anonymous

Cyberguerre et guerre de l’information

D’emblée, il faut bien distinguer la cyberguerre, marotte des politiciens et militaires branchés, de la guerre de l’information, aux racines plus anciennes. Depuis vingt ans, les grandes puissances s’en servent pour appuyer leurs actions traditionnelles, sur des terrains conventionnels. Quand Israël désactive les défenses aériennes de la Syrie pour aller détruire le réacteur nucléaire d’Al-Kibar (dans le cadre de l’opération Orchard, en septembre 2007), il s’agit moins d’un acte de cyberguerre que de l’utilisation de la technologie à des fins géopolitiques. Et quand on soupçonne Israël ou les États-Unis d’avoir créé le ver Stuxnet pour perturber le programme nucléaire iranien, il s’agit encore d’une nouvelle arme de l’arsenal stratégique, pas d’une fin en soi.

Jusqu’à présent, l’arme informatique n’était qu’un atout supplémentaire dans les stratégies militaires des états-majors. La guerre de l’information était circonscrite aux États, à leurs armées. En ce sens, elle s’inscrivait dans la logique d’un conflit conventionnel, entre blocs. Récemment, Michael Chertoff, l’ancien secrétaire à la sécurité intérieure des États-Unis, évoquait d’ailleurs une “guerre froide numérique”. Avec l’épisode WikiLeaks, elle devient asymétrique, elle implique des acteurs civils, et l’action des Anonymous peut s’apparenter à de la contre-insurrection, comme autant d’IED disposés tout autour de l’administration américaine. Jusque ici véhicule, Internet devient le champ de bataille, la finalité. La guerre technologique n’est plus un épithète qui vise à qualifier l’attaque, c’est l’objet. Même s’il ne s’agit pas réellement d’une première – en 1999, une armée de “toysoldiers” avaient fait perdre 4,5 milliards de dollars à la société de grande distribution américaine etoys.com, comme le narrait Jean-Marc Manach en juillet dernier – l’ampleur de l’attaque pourrait provoquer un impact beaucoup plus grand.

En 1997, l’Electronic Disturbance Theater (EDT), un attelage de hackers, d’activistes et de performers qui soutenait les zapatistes mexicains, avait lancé les premiers “sit-ins” numériques, à travers un script Java nommé FloodNet. Celui-ci rafraîchissait automatiquement la page visée plusieurs fois par minute, perturbant le fonctionnement du site. A l’époque, on invoquait volontiers l’argument voltairien, celui d’une protestation pour divergences idéologiques. Jusqu’à ce que certains prennent leurs distance avec le caractère artistique de la chose, en piratant des sites par exemple, ce qui relevait de l’action directe plus que de la simple opposition formelle. Mais la nouvelle tournure de l’opération Payback est différente. Cette fois-ci, les Anonymous visent le système bancaire, dans un affrontement plus violent qui relève moins de l’obstruction démocratique que de la volonté de résister “physiquement”.

Les attaques DDoS, légitimes ?

Et dans ce champ inédit, les lois de la guerre sont encore bien floues. Spécialiste des usages du web dans les régimes autoritaires, Evgeny Morozov compare lui aussi les attaques par déni de service (DDoS) des Anonymous à des sit-ins, en s’interrogeant autant sur leur portée politique que sur leur “légitimité”. En creux, il caresse l’idée que des attaques informatiques puissent se justifier, “tant qu’elles sont temporaires et ne sont pas incapacitantes”. Dans un long billet, il explicite d’ailleurs son point de vue:

Les actions des Anonymous ne sont pas nécessairement illégales ou immorales pour la seule raison qu’elles impliquent des attaques DDoS. Le vrai danger ici, c’est que les craintes pour la sécurité nationale ne phagocytent le débat, nous faisant oublier que les attaques par déni de service peuvent être un mode de contestation légitime – et les criminalisant.

En l’espèce, l’argument avancé par les Anonymous est assez explicite, basé sur la loi du Talion, mais faisant écho aux modus operandi d’un militantisme plus classique: “Vous avez attaqué WikiLeaks, vous avez gelé nos dons, nous vous attaquons”. Une véritable opération… de riposte. Et pour ceux qui douteraient de l’ampleur du phénomène, un simple chiffre suffit à prouver la capillarité du combat: entre 3.000 et 30.000 ordinateurs auraient été reliés en botnets, comme une phalange de machines zombies destinées à lancer des attaques groupées.

Flibustiers, corsaires et contras

Quand John Perry Barlow, le fondateur de l’Electronic Frontier Foundation (EFF) lance à ses “followers sur Twitter qu’ils sont “les troupes”, il devient difficile d’imaginer que le combat engagé se limite au seul WikiLeaks, qui a agi comme un catalyseur (ce qui plaira sans doute à Julian Assange, lui qui se définit comme un “paratonnerre”). Spécialiste français de la sécurité des réseaux et de la cyberguerre, Nicolas Arpagian mentionne souvent “le faible coût du ticket d’entrée” lorsqu’il s’agit de jouer les petits soldats du numérique.

Dès lors, peut-on imaginer une jonction entre WikiLeaks et les défenseurs de la liberté d’expression sur le web, dans ce qu’ils ont de plus composite ? Risque-t-on de voir émerger un débat plus large, qui exercerait plus d’influence sur les instances officielles ? L’idée est tentante, l’objectif réalisable, la communauté en passe d’être fédérée. Mais comme le résume Morozov, sortir du strict cadre de WikiLeaks, c’est prendre le risque de diluer le message, de transformer le site en “une plateforme de hackers” (même si les Anonymous réfutent à la base la terminologie hacker), en laissant de côté la promesse de départ, celle d’un réceptacle sécurisé pour informateurs.

On compare souvent les Anonymous à des flibustiers du web. Il ne faut pas oublier le pouvoir des corsaires et autres contras. Mais une chose est sûre: quelle que soit l’issue, le combat, comme le débat, méritent d’être menés. Ils sont d’intérêt public.

Olivier Tesquet

à lire également sur le même sujet :

- Des lieux de la cyberguerre (I)

- Des lieux de la cyberguerre (II)

- Cyops ou opérations cyberpsychologiques

- Stuxnet : propagande sioniste ou manipulation du Mossad ?

- Stuxnet : Premier cyber-missile militaire israélien contre l’Iran ou opération d’intox médiatique ?

- La géopolitique d’Internet

- Cyber-guerres

- Cyber-guerre : l’inquiétude des Etats-Unis (vidéo)

Notes

[1] 1.Les équipes d’OWNI, ayant remarqué les désastres qui ont frappé d’autres médias en ligne ayant provoqué la colère des Anonymous, tient à souligner qu’Olivier Tesquet est un modeste employé, sous-payé, en aucun cas représentatif de la ligne éditoriale du site. Seule une certaine sympathie pour ses goûts vestimentaires et autres problèmes personnels nous ont conduit à le conserver dans nos rangs, et nous vous demandons de ne pas punir trop sévèrement cette impulsion charitable. (cette note de bas de page est inspirée de celle du Register.

Source : OWNI

Bernie Sanders: « l’Amérique à deux vitesses » (vidéo)

10 déc

Contentieux israélo-palestinien : « Pour la pleine égalité entre Palestiniens natifs et d’adoption »

10 déc

L’entretien de Geopolintel avec Israël Adam Shamir a été réalisé afin de laisser libre l’expression de chacun sur le conflit Israélo-Palestinien. Même si nous ne partageons pas l’intégralité de cette réflexion, elle a le mérite d’être et de nous forcer à imaginer qu’un jour cette guerre finira.

Concernant la formidable percée médiatique de l’affaire Wikileaks évoquée en fin d’entretien et la « source d’informations » qu’elle est supposée être, nous vous renvoyons à notre dossier « Les Sept Sacrifiés du Mensonge » avec cette phrase mythique sur la désinformation :« La stratégie militaire doit désormais être pensée en fonction de la couverture télévisuelle [car] si l’opinion publique est avec vous, rien ne peut vous résister ; sans elle, le pouvoir est impuissant. » M. Michael K. Deaver, spécialiste de la guerre psychologique.

« Avant l’Intifada, la jeunesse juive portait le keffieh, utilisait des quantités de termes arabes ; l’osmose se faisait au quotidien, les Palestiniens avaient du travail dans tous les domaines : en particulier le bâtiment et les travaux durs, qui leur rapportaient ce qu’ils estimaient être des gains honnêtes. Pas de checkpoints, un adolescent palestinien pouvait aller se baigner dans la Méditerranée, travailler à Tel Aviv, faire la cour à une adolescente juive. Et un jeune homme juif pouvait aller se promener dans les villages palestiniens comme je le faisais. »

Réflexions autour de la solution d’un seul État pour deux peuples, avec Israël Adam Shamir*

GeopolintelIsraël Shamir, la France découvre une nouvelle facette de votre œuvre, avec la publication de votre ouvrage « Le Pin et l’Oliver » aux Éditions belges Oser Dire. On connaissait surtout de vous « L’Autre Visage d’Israël », livre qui avait provoqué la grande colère des bien-pensants qui avaient tenté d’en interdire la diffusion, mais en vain ! Le Pin et l’Olivier est une histoire de la Palestine, des origines à nos jours, rédigée à la façon des guides de voyage de jadis, à partir de vos explorations personnelles des paysages, des ruines, du choc entre l’emprise traditionnelle de l’olivier, généreux, millénaire et raffiné, et de son remplacement brutal par les plantations de pins, sommaire, emblème d’immigrants totalement étrangers au monde méditerranéen, venus de Pologne ou de Russie. Quand vous avez publié ce livre dans son édition originale russe, en 1987, vingt ans après les annexions de 1967, croyiez-vous alors que les juifs seraient capables de se « palestiniser » ? Quelles étaient précisément vos raisons d’espérer ? N’était-ce pas déjà trop tard ou, en vérité, tout à fait illusoire ?

Israël Adam Shamir – C’est en 1986 que j’ai fini d’écrire Le Pin et l’Olivier. C’était avant l’Intifada, une époque encore relativement agréable, le moment culminant de l’intégration. La jeunesse juive portait le keffieh, utilisait des quantités de termes arabes ; l’osmose se faisait au quotidien, les Palestiniens avaient du travail dans tous les domaines : en particulier le bâtiment et les travaux durs, qui leur rapportaient ce qu’ils estimaient être des gains honnêtes. Pas de checkpoints, un adolescent palestinien pouvait aller se baigner dans la Méditerranée, travailler à Tel Aviv, faire la cour à une adolescente juive. Et un jeune homme juif pouvait aller se promener dans les villages palestiniens comme je le faisais. Avant l’Intifada, les choses pouvaient évoluer dans le sens de l’intégration. On n’en était pas encore au schéma abrupt « les Juifs au sommet, les Arabes tout en bas ». Certes les fils d’Ashkénazes nés sur place, les Sabras, étaient en haut de la pyramide, mais les Palestiniens qui avaient de la terre et de l’instruction pouvaient se retrouver au-dessus des Juifs orientaux et au-dessus ou au même niveau que les nouveaux immigrants (russes, américains, etc). Si bien que la solution était non seulement possible, mais probable ! Quand je parle avec des Palestiniens maintenant, ils sont tous d’accord pour dire que l’étape précédant l’Intifada était ce qu’ils avaient connu de mieux. Pourquoi l’Intifada a-t-elle éclaté ? La machine législative israélienne (conduite par la Cour Suprême actuelle) a inventé un méchant truc : ils ont prétendu que toute la terre non-privatisée de Palestine (et c’était la part du lion car la privatisation des terres était loin d’être achevée) appartenait à l’État juif et pouvait être attribuée aux Juifs. C’était le signal de la rafle des terres, et c’est ce qui a conduit à l’explosion. Quant à mon livre Le Pin et l’Olivier, il vient de reparaître en Russie, avec un succès certain. Pour cette nouvelle édition, j’ai vérifié des centaines de références et corrigé de nombreuses erreurs… J’espère qu’une prochaine réédition française pourra tenir compte de tous ces nouveaux apports.

GPLEn 2000, quand l’Intifada a recommencé, tous les militants pro-palestiniens interprétaient à tort votre projet d’un seul Etat comme un seul État sous direction uniquement palestinienne. À ce moment là, dans quelle mesure cela semblait-il possible ou simplement réaliste ?

Israël Adam Shamir – Il ne s’agissait pas exactement pour moi d’envisager un gouvernement par les Palestiniens : je suis pour une certaine direction palestinienne, oui, pour certains avantages pour les Palestiniens de souche, oui ; pais pas pour créer un État où je me retrouverais moi-même limité dans mes droits. Je ne suis pas masochiste à ce point, mais je crois à l’Égalité. Un État pour tous, c’est l’idée de l’égalité, que les Juifs en Palestine soient les égaux des Palestiniens en droit, exactement comme les Juifs en France sont les égaux des fils de la Gaule. Et cette solution n’était pas seulement possible, elle était réaliste, et elle le reste. Le problème, c’est que les juifs ne s’orientent pas vers le compromis. Au contraire ils veulent doubler la mise dans l’espoir de gagner sur toute la ligne. La force, et toujours plus de force, voilà leur mode opératoire. Ils ont cru qu’ils pourraient ne pas céder d’un pouce. Et ils ont installé des checkpoints, puis le mur, et la solution, raisonnable, d’un seul État pour deux peuples, s’est éloignée.

GPLAu cours de ces dix dernières années, vous avez fait un travail considérable pour délégitimer la domination israélienne en Palestine historique : aujourd’hui quel est à ce propos votre bilan ?

Israël Adam Shamir – Franchement, il y a une grande évolution : il y a dix ans, l’idée d’un « seul État » était virtuellement passée à la trappe, maintenant elle est à nouveau sur le devant de la scène. L’histoire de la Palestine n’a pas été oubliée, elle n’a pas été condamnée à l’oubli. Les gens ont appris à ne plus avoir peur de la colère juive. Le mouvement pro-palestinien et le mouvement pour la paix juifs ont commencé à se libérer de l’emprise des militants juifs nationalistes, notamment grâce aux Anglais Gilad Atzmon et Jeff Blankfort, aux Français Maria Poumier et Marcel Charbonnier, à l’italien Claudio Moffa, aux Américains Walt et Mearsheimer, à James Petras et à d’autres hommes et femmes qui ont rejeté l’idée d’une suprématie juive sur la Terre de Palestine et qui se sont exprimés ouvertement sur le « Lobby », sur le pouvoir d’influence juif soft. Il y a encore beaucoup de travail à faire, mais déjà tellement de gens ont maintenant repris le flambeau !

GPLVous avez apporté une image de jeunesse renouvelée au christianisme par votre conversion à l’Orthodoxie. À votre avis les chrétiens qui vous connaissent au Proche-Orient et ailleurs ont-ils bien compris ou bien interprété votre geste ?

Israël Adam Shamir – Là je n’en suis pas si sûr. Au Proche-Orient, les chrétiens constituent des communautés ethno-religieuses, exactement comme les juifs ; ils sont nés au sein de communautés définies par leur croyance. Pour eux, c’est à peu près comme une couleur de peau. Ils m’ont d’ailleurs très bien traité, et je n’ai aucun reproche à leur faire. En Occident, l’Église catholique est en train d’essayer de faire une place aux juifs, et mon message était trop fort pour eux ; ce qui ne m’empêche pas de maintenir de bonnes relations avec celle-ci. Pour ce qui est de l’Église russe, j’apprécie énormément son culte. Il y a des problèmes, parce que le monde n’est pas habitué à un discours orienté religieusement. Il y a beaucoup de gens qui cliquent sur la touche « supprimer » dès qu’ils voient une référence au divin.

GPLEn 2010, vous semblez résigné à faire avancer ce projet d’un seul État, mais sous direction israélienne, dans l’idée que la minorité palestinienne sera capable de faire abolir progressivement toutes les lois discriminatoires et ségrégationnistes et en outre, d’obtenir des dédommagements matériels pour les expulsions et les confiscations des biens des « absents » ?

Israël Adam Shamir – C’est possible ; cette solution serait acceptable pour la majorité des Palestiniens qui habitent en Palestine, à condition seulement que cela ne tarde pas trop. Je suis sûr que parmi la diaspora palestinienne il y a des gens qui rejetteraient toute solution, absolument toute solution, et c’est classique dans toutes les diasporas, qu’il s’agisse des Juifs, des Arméniens, des Irlandais… Tous ceux-là ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre la nécessité du compromis. Mais je ne suis pas sûr que les élites israéliennes accepteraient de s’orienter dans ce sens, ou d’ailleurs dans aucun autre sens. Pour ma part, je soutiendrais toute décision qui refera l’unité entre les natifs et la terre.

GPLQu’en est-il de la menace nucléaire israélienne ? Comment la neutraliser ?

Israël Adam Shamir – Elle pourrait être neutralisée sur le champ en même temps que toutes les autres menaces israéliennes, en même temps que l’apartheid. Mais je crois qu’on perd son temps à parler de désarmement nucléaire dans la situation actuelle. C’est pourquoi il y a une autre solution, qui est celle de l’armement nucléaire de l’Iran. Cela créera un « MAD »**, un contexte potentiel de destruction mutuellement assurée, ce qui neutralisera de facto la menace nucléaire israélienne.

GPLVous souhaitez par ailleurs une sorte de résurrection de l’empire ottoman dans lequel un nouvel État israélo-palestinien s’intègrerait naturellement. Quels sont les paramètres géopolitiques qui vous amènent à penser que cela puisse être réalisable à court ou moyen terme ?

Israël Adam Shamir – Nous entrons dans une époque de grands chambardements ; la zone que j’appelle “le grand espace post-byzantin” est à la recherche d’une redéfinition géographique. Cet espace inclut la Russie, les Balkans, le Moyen Orient, la Turquie. Il est en train de se libérer de l’ascendant occidental européen et américain. La Palestine aussi fait partie de la Région ; or avec l’achèvement de la décolonisation, le projet sioniste arrivera à sa date d’expiration.

GPLMisez-vous toujours autant sur le facteur spirituel, sur la conversion des juifs israéliens à la loyauté envers la terre de Palestine plutôt que sur la logique du sang, avec la mythologie de la supériorité ethnique, du peuple élu au-dessus de toutes les lois internationales et de facto s’arrogeant tous les droits ?

Israël Adam Shamir – Oui, sans restriction. Quand un mythe meurt, il est bon qu’un autre mythe prenne sa place. Le mythe du sang disparaîtra, le mythe de la terre mère commune le remplacera.

GPLVous vous identifiez à l’immigration russe en Israël. Pourquoi celle-ci ne vous soutient-elle pas mieux, pourquoi se laisse t-elle représenter par un fanatique comme l’actuel ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman ?

Israël Adam Shamir – En fait les Israéliens russes, ou encore les Russes israéliens, m’aiment plutôt bien. Après tout, j’ai vécu parmi eux pendant tant d’années. Ils se souviennent toujours de moi chaque fois qu’ils parlent de la Terre Sainte réelle, de ses villages. Encore aujourd’hui, tout en écrivant ici, je découvre sur Google que certaines communautés russo-israéliennes sur Internet reprennent des pages entières de mon livre Le Pin et l’Olivier et le qualifient de « suprême », de « divin », que sais-je encore ? Pour ce qui est de Lieberman, il est très riche et bénéficie d’un énorme soutien financier, alors que je n’en ai aucun ; quand mes adversaires m’ont qualifié d’« antisémite », beaucoup de mes amis de jadis ont pris la tangente. Mais pour moi, comme dit votre chanteuse nationale, Édith Piaf, « Non, rien de rien, non je ne regrette rien… » !

GPLOn comprend que Lieberman, le va-t-en-guerre qui à grands cris pousse à une offensive contre l’Iran, soit bien soutenu, et sans doute de façon très diversifiée. En 2008, dans votre recueil d’articles « La Bataille du Discours », vous montriez comment aux États-Unis le lobby pro-israélien se montrait capable de rallier à la fois les gauches et les droites occidentales autour d’opérations de propagande, de préparation psychologique aux guerres d’agression… Celles que nous connaissons et celles éventuellement à venir. Aujourd’hui, de quelle campagne de propagande allez-vous démonter les mécanismes ? Sur quel nouveau champ de bataille comptez-vous vous engager ?

Israël Adam Shamir – Actuellement j’essaie d’exploiter à fond les documents de Wikileaks, pour parvenir à nos objectifs. Ils révèlent tant de choses sur les projets des États-Unis et d’Israël ! Je pense que c’est là dessus qu’il faut foncer, en ce moment ! On découvre que le pouvoir des É-U a atteint un sommet dans les années 1990 et qu’il commence à décliner. Les « mégafuites » de Wikileaks sont à ce titre, plutôt qu’une cause, un symptôme de ce déclin. Avec un peu de chance, les hommes de bonne volonté du monde entier pourront à présent travailler main dans la main pour désarmer la machinerie de la domination étrangère. Les Américains sont ceux qui ont le moins profité des menées violentes et invasives de la politique de globalisation. Des personnages héroïques comme Julian Assange nous conduisent vers une prise de contrôle authentiquement locale, et nous éloignent ainsi des conjurations oligarchiques style Matrix.

Moscou-Londres, 30 novembre 2010

Notes

* Israël Shamir est un écrivain, traducteur et journaliste russo-israélien, né à Novossibirsk en 1951 ; petit-fils d’un professeur de mathématiques, il est le descendant d’un rabbin de Tibériade. À partir de 1980, Israël Shamir écrit pour deux quotidiens israéliens : Haaretz et Al Hamishmaret et devient le porte-parole du Parti socialiste israélien (Mapam) à la Knesset. Il est également le traducteur en russe de l’œuvre de S.Y. Agnon seul écrivain hébreu a avoir été lauréat du Prix Nobel de littérature. Son œuvre la plus populaire, Le Pin et l’Olivier, retrace l’histoire de la Palestine/Israël, elle a été publiée en russe en 1988. Depuis la deuxième Intifada, Israël Shamir s’est consacré au journalisme sur internet via son site multilingue http://www.israelshamir.net/

** Destruction mutuelle assurée – L’acronyme Mad signifie « fou » en langue anglaise

Traduction : Maria Poumier

Source : Geopolintel

Islam : un Coran, mille et un courants

8 déc

par Slimane Zeghidour pour Deus Ex Machina

Cette année encore, le hadj, le pèlerinage de La Mecque, a offert un saisissant spectacle d’unité de l’Islam. Trois millions de croyants, accourus de tous les horizons, de blanc vêtus, priant d’une seule voix, comme un seul homme, dans la même langue liturgique, l’arabe, idiome du Coran, d’Adam et d’Eve, des anges du Paradis… Autant d’”Invités d’Allah“, issus des 192 Etats membres de l’ONU, y compris l’Islande et Israël, l’Etat juif ayant du sceller, à cette fin, un accord spécial avec le très rigoriste royaume d’Arabie saoudite.

« Une fois les lampions du hadj éteints, chacun reprend le chemin de son univers profane, du pays natal, du quotidien ordinaire. Et chacun de constater que si Allah est Unique, l'Islam est multiple. »

Pour autant, l’impressionnante communion des croyants, au berceau même de l’Islam, ne rime pas forcément avec unité des musulmans, loin s’en faut. Une fois les lampions du hadj éteints, chacun reprend le chemin de son univers profane, du pays natal, du quotidien ordinaire. Et chacun de constater que si Allah est Unique, l’Islam est multiple. Et que si le Dar El-Islam -la “Maison de l’Islam“- respire au rythme de la Parole de Dieu il n’en est pas moins une Babel linguistique, une bigarrure ethnique, une mosaïque géographique, un patchwork politique, un kaléidoscope doctrinal…

Le mot « Islam » dérive de la racine sémitique « slm » et signifie à la fois « paix » et« prospérité ». Cette racine se retrouve, bien avant le Coran, dans le vocable de Salem , le dieu cananéen qui donnera son nom à Ur-Salem, la Ville de Salem : Jéru-salem. De « slm » découlent également des noms comme Salomon, Salomé, Salmanassar, le roi d’Assyrie, ainsi que chalom (salut de « paix » en hébreu et en araméen) et son équivalent arabe « salam ». Pour le croyant, « Islam » évoque l’« abandon » confiant de soi en Dieu et non point la soumission aveugle. Son éthique fondamentale se résume, selon la Sunna, à « adorer Dieu, sans rien Lui associer, observer la prière canonique, verser l’aumône obligatoire, jeûner durant le mois de Ramadan, offrir à manger à l’affamé et le salut de paix,au voisin comme à l’inconnu ».

Aujourd’hui, le mot Islam désigne à la fois la religion (l’équivalent de christianisme) et la civilisation (l’équivalent de chrétienté). Mais le croyant préfère utiliser, pour désigner l’univers islamique, soit le terme d’Oumma (la « Matrie », la communauté des croyants), soit l’expression Dar el-Islam (la Maison de l’Islam). Cette demeure de l’esprit s’étend de l’Indonésie au Maroc et du Cercle polaire au tropique du Cancer. Elle englobe 57 Etats – dont un américain (le Surinam) et un européen (l’Albanie) – aux régimes politiques extrêmement divers, allant de l’émirat médiéval à la république constitutionnelle, en passant par tout un éventail d’autres régimes : ultra-conservateurs, islamo-chrétiens, modernistes, laïques, sinon carrément laïcistes comme l’Albanie.

Ces Etats se divisent en alliés et adversaires des Etats-Unis, en ultra-libéraux et socialistes, en riches et pauvres… Un exemple entre mille du caractère hétéroclite de l’Islam mondial : si feu le pape Jean Paul II n’a pas hésité à s’opposer à l’invasion de l’Irak au printemps 2003, plus d’un grand ouléma y a vu une salutaire équipée contre “un tyran, ennemi de Dieu“.

De plus, un bon quart des disciples de Mahomet – fait peu connu et pourtant fort instructif – vit dans des Etats non-musulmans : catholiques (France, Belgique, Italie, Espagne, Philippines), protestants (Royaume-Uni, Etats-Unis), chrétiens orthodoxes (Russie, Grèce, Serbie, Macédoine), juif (Israël), hindouistes (Inde, Sri-Lanka), bouddhistes (Népal, Mongolie), confucéen (Chine)… Au total, les croyants – turcs, kurdes, persans, arabes, malais, berbères, slaves, chinois, africains – se répartissent sur un vaste territoire, de la jungle javanaise au désert saharien, des montagnes himalayennes aux steppes de Haute Asie.

Diversité des visages et des paysages qui a pour corollaire une diversité tout aussi bariolée sur le plan doctrinal. Ainsi que l’avait prédit le Prophète lui-même, l’Islam devait se diviser en 73 obédiences, courants, chapelles, confréries, sectes : sunnites, chiites, kharidjites, ismaéliens, wahhabites, zaïdites, alaouites, ahmadis, alévites, ibadites, bohras, qadianis, bektachis, druzes… Un croyant sur dix est chiite et la majorité sunnite, pourtant réputée « orthodoxe », se décline en quatre grandes écoles juridico-théologiques (chaféite, hanbalite, hanafite, malékite) qui dominent, chacune, un pan du Dar el-Islam. De fait, l’Oumma est aussi bigarrée que la chrétienté. Mais elle n’a jamais eu d’autorité centrale unique. D’où la difficulté, voire l’impossibilité, de dégager un consensus sur de nombreux points de la foi, du dogme ou de la politique.

Si l’Islam n’a ni pape ni Vatican, il admet en revanche plusieurs pôles intellectuels. Le monde chiite, confiné à l’Iran pour l’essentiel, dispose bien d’un véritable clergé coiffé par un ayatollah, le « grade » le plus élevé de la hiérarchie religieuse tandis que le sunnite n’obéit à aucune structure hiérarchique. Cependant, l’université théologique d’El-Azhar, au Caire, fait fonction de référent pour les oulémas “orthodoxes” du monde entier. Il n’empêche,ce Vatican-Sorbonne du sunnisme n’en reste pas moins une institution d’Etat, dont le recteur est nommé par le chef de l’Etat égyptien. A Téhéran, au Caire et ailleurs, la religion demeure encore trop liée au pouvoir politique, quand elle ne le conteste pas.

La Chine, les Etats-Unis et la question nord-coréenne

8 déc

par François Danjou pour Question Chine

Wikileaks dérange avec jubilation quelques vieilles hypocrisies diplomatiques, et expose sans pudeur les mensonges des raisons d’état ou les secrets des confessions obtenues en aparté par les diplomates américains et fidèlement retransmises à Washington. Une des révélations du site concerne la relation entre la Chine et la Corée du Nord, dont la problématique insoluble fait aujourd’hui la une de tous les journaux d’Asie. Elle est attribuée à Lee Kwan Yu par un diplomate du département d’Etat.

« La Chine préfèrerait de loin une Corée du Nord nucléaire à un effondrement du Régime. » Lee Kwan Yu

Selon le site, l’ancien 1er ministre de Singapour, sage estimé et respecté s’il en est de la vaste mouvance des Chinois d’Outre Mer, et, à l’occasion, pris pour modèle par la direction chinoise qui tente de mettre en place en Chine un néo confucianisme paternaliste, avatar asiatique du despotisme éclairé, aurait dit : « La Chine préfèrerait de loin une Corée du Nord nucléaire à un effondrement du Régime ».

Si l’on songe que, pour Washington, l’approche est très exactement l’inverse, on comprend pourquoi le dialogue à 6, qui vise à dénucléariser la péninsule n’avance pas.

Au demeurant, une autre déclaration récente de Lee Kwan Yu, publique celle-là, trace les limites des influences chinoises dans la zone asiatique et dessine peut-être le fond de tableau de futurs tensions : « les Etats-Unis apportent dans la zone Asie – Pacifique un élément que les Chinois ne peuvent pas apporter : la paix et la stabilité ».

Pour l’heure c’est exactement ce qui se passe. La présence, au grand dam de Pékin, du porte-avions Georges Washington et de son armada dans les eaux de la Mer Jaune – qui flirtent presque partout avec les 370 km que la Chine revendique comme sa zone exclusive – a calmé les velléités agressives de Pyongyang. Après quatre jours de présence dans ces eaux sensibles, il vient de repartir vers la mer du Japon. Il reste à vérifier si son effet sera durable, et si, peut-être chapitrée par Pékin, la Corée du Nord s’abstiendra de nouvelles provocations.

Au fond, la question nord-coréenne, qui s’apparente à un jeu de poker menteur, s’inscrit de plus en plus dans la rivalité stratégique entre Washington et Pékin pour le magistère en Asie. Cette rivalité s’est récemment signalée à propos de la liberté de navigation en Mer de Chine du Sud, quand le Vietnam et d’autres pays de la zone se sont résolument rapprochés des Etats-Unis.

Si on y ajoute les récentes querelles avec le Japon, autour des Iles Senkaku et la méfiance latente entre New-Delhi et Pékin (récemment New-Delhi a renforcé son dispositif défensif dans la zone de l’Arunachal Pradesh, revendiqué par Pékin – qui fut l’un des théâtres des affrontements militaires de 1962 -) on conviendra que la route de la République Populaire vers un magistère apaisé de la zone asiatique est pour le moins heurtée et compliquée par les réminiscences de l’histoire et les craintes soulevées par la montée en puissance du colosse chinois.

Un des éléments de décryptage possible des actuelles tensions qui voient la Chine se placer plus résolument du côté de Pyongyang que dans un passé récent, est la montée du Nationalisme à l’intérieur, que le Parti ne cesse d’agiter pour conforter sa légitimité. S’il est vrai qu’en Chine, l’opinion publique, qui s’exprime beaucoup sur le net (350 millions d’internautes), reste en général assez critique du Parti, à l’extérieur, la fierté retrouvée des Chinois, qui tourne parfois au chauvinisme, presse Pékin d’adopter un profil international beaucoup plus relevé que par le passé.

La conséquence, qui oblige le Parti à abandonner la « modestie stratégique » prônée par Deng Xiaoping en 1992, se traduit directement dans la question nord-coréenne. Au cours de l’année 2010, les dirigeants chinois – Premier Ministre, Ministre de la Défense – se sont succédés à Pyongyang pour réaffirmer la solidité de l’alliance qui a pris racine dans la guerre de Corée et la Guerre Froide.

Lors des récentes échauffourées meurtrières – torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan (46 morts, dont beaucoup étaient des recrues faisant leur service militaire) et pilonnage d’artillerie de l’Ile contestée de Yeonpyeong (4 morts, 18 blessés), Pékin s’est gardée de condamner Pyongyang. Une attitude que Séoul a ouvertement réprouvée. Le 2 novembre, la Chine a aussi fait obstacle à une résolution du Conseil de Sécurité au motif que la proposition contenait les mots « condamnation » et « violation ».

Récemment, Xi Jinping, le Vice-président Chinois et futur Secrétaire Général, a, dans un discours public, entretenu l’affabulation de la Guerre Froide selon laquelle l’envoi du million de volontaires chinois dans le conflit coréen en 1951 répondait à une agression du Sud contre le Nord.

Disant cela, il savait qu’il travestissait la vérité, mais il le faisait pour des raisons de politique intérieure, dans un contexte où le mensonge participe de l’image que le régime souhaite donner de la République Populaire à son peuple, attentif à la réputation internationale de la Chine, à la fois puissance indépendante, intransigeante et moralement irréprochable.

Mais le magistère chinois en Asie s’oppose à celui des Etats-Unis, appuyé par de puissants déploiements militaires. Ces derniers tirent précisément leur légitimité du souvenir de l’engagement américain dans le Pacifique. Il avait permis d’éliminer le militarisme japonais, bête noire des Chinois, et contribué à faciliter la victoire de Mao sur la Grande Terre, tandis que Tchang Kai Chek, épuisé par ses luttes contre les armées japonaises et la guerre civile était contraint de se réfugier à Taïwan. Sous couvert de l’ONU, l’engagement militaire américain, avait aussi sauvé la Corée du Sud d’une annexion pure et simple par Pyongyang.

Le poids du rayonnement américain dans la zone constitue donc l’autre élément majeur qui, avec la montée en puissance de la Chine, influe directement sur la question coréenne. Il contribue en outre à mettre sous le boisseau deux des membres du dialogue à Six, le Japon et la Corée du Sud, totalement inféodés à Washington et dont la marge de manœuvre est voisine de zéro.

Au point que, lorsqu’en 1997, le charismatique Kim Dae Jong reprenait la main en lançant sa « Sunshine Policy », prenant à contre pied la Chine, les Etats-Unis et l’establishment sud-coréen, la machine bureaucratique de l’alliance Washington – Séoul, qui sentait son magistère menacé, est restée très en retrait.

La réticences de l’establishment américain, en dépit de l’appui officiel de la Maison Blanche, les manquements et les insuffisances du successeur de Kim Dae Jung, attaqué de toutes parts et qui s’est suicidé en 2009, ont ramené au pouvoir la mouvance conservatrice, chère à Washington, en la personne du très peu charismatique Lee Myong Back et replacé Séoul dans l’orbite exclusive de la Maison Blanche.

Non pas que la « Sunshine Policy » ait directement contribué à résoudre le paradoxe de la Corée du Nord. L’état moribond, héritier du « pays ermite », reste en effet claquemuré dans sa paranoïa agressive et nuisible, que la Chine et d’autres comme les Etats-Unis et l’UE tiennent sous assistance, et à qui Washington refuse tout accord de non agression, à moins qu’il ne se soumette d’abord aux conditions d’un désarmement nucléaire complet et vérifiable. On ne connaît d’ailleurs pas très bien les raisons des dérapages réguliers du régime. Sont-ils le résultat de querelles internes, entre les militaires et la famille Kim ? Ou bien une manière de signaler à l’attention du monde de nouvelles pénuries pour obtenir, par le chantage, une aide directe ? Ou encore une manière de signaler à Séoul, que Pyongyang traite de « marionnette », que sa proximité avec Washington est une trahison et un obstacle au rapprochement ?

A la vérité l’opacité est telle que, même à Séoul, on se perd en conjectures, tandis que les risques d’engrenage catastrophique limitent forcément les réponses militaires. C’est pourquoi, la politique d’ouverture de Kim Dae Jung avait au moins l’avantage de conférer à la Corée du Sud une marge de manœuvre dans la gestion de la quadrature du cercle et de son avenir, dans un contexte général très complexe, où la force des enjeux ne plaide d’ailleurs pas pour la perspective d’une solution rapide.

Quant au fond de la question, qui renvoie à la prolifération nucléaire et à la sécurité générale de l’Asie du Nord-Est, c’est incontestablement la Chine qui en détient les clefs. Et tout indique en effet qu’elle ne fera rien qui pourrait risquer de précipiter la chute du régime, dont elle craint les conséquences pour elle-même (réfugiés, déstabilisation de la péninsule, présence des forces américaines sur sa frontière Nord-Est etc.).

Dans ces conditions il est utile de se demander quelle serait le rôle du dialogue à 6 dont Pékin, qui craint par-dessus tout un dérapage militaire, réclame la reprise urgente, tandis que Washington et ses deux compères de Tokyo et Séoul, échaudés par le parti pris chinois au profit de Pyongyang, font la fine bouche.

Selon Victor Cha, expert américain de la question, d’origine coréenne, le dialogue à 6 « ne mènera jamais à rien. Il n’est qu’un moyen de gérer la menace, circonscrire les risque de prolifération, en attendant que le Régime s’effondre ». Il prend peut-être ses désirs pour des réalités, car tout comme la chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne ont été initiées par l’effondrement de l’URSS, une évolution significative de la situation en Asie du Nord-Est passerait par une grave secousse politique intérieure en Chine, que, pour l’heure, personne n’envisage sérieusement.

François Danjou

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Source : Question Chine

Crise systémique : l’heure de vérité approche !

6 déc

par Gilles Bonafi pour Le blog de Gilles Bonafi

Le 8 novembre 2010 a eu lieu un événement d’une importance capitale qui a fait deux lignes dans la plupart des grands quotidiens. En effet, lundi 8 novembre, Ambac Financial, l’assureur obligataire américain, s’est inscrit sous protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites aux Etats-Unis.

« Il y a des morales de maîtres et des morales d'esclaves. » Friedrich Nietzsche

 

L’inscription en faillite du groupe devant l’U.S. Bankruptcy Court de Manhattan est le signe précurseur d’une catastrophe économique sans précédent à venir car Ambac est un réhausseur de crédit (ou monoline en anglais) qui est au coeur même du processus de titrisation basé sur une logique assurantielle. En effet, ils transforment par ce biais les dettes (créances) en titres financiers, une vaste pyramide de Ponzi !

Ils apportent ainsi leur garantie de paiement en cas de défaut ou de faillite de l’émetteur de ces titres. C’est donc tout notre système financier qui est en train de s’effondrer sous nos yeux et les montants en jeu sont si colossaux qu’aucun état ne pourra assumer ces pertes qui devront être prises en charge par une structure supranationale (FMI, BCE).

Par exemple, Ambac garantirait pour 700 milliards de dollars de ces instruments de dettes (CDS) ce qu’il faut comparer aux 400 milliards de dollars (selon les analystes d’IFR, un service de Thomson Reuters) de Lehman Brothers dont la faillite, le 15 septembre 2008 a donné le coup d’envoi de la crise actuelle.

Les produits dérivés

Il faut savoir que l’essentiel de ces produits financiers que l’on nomme produits dérivés sont des CDS (Credit Default Swap). Par exemple, 97,14 % des dérivés de crédits US sont des CDS comme indiqué page 8/35 du rapport OCC (1) (Office of the Comptroller of the Currency, l’autorité gouvernementale US de tutelle des banques) publié le 27 septembre 2010. Les produits dérivés totalisent un montant de 223 376 milliards de dollars aux USA, soit 3,7 fois le PIB mondial !!!

Les CDS sont des contrats d’assurance côtés sur le marché et surtout hors bilan, c’est-à-dire qu’ils n’apparaissent pas dans les livres de compte de la société, des actifs fantômes ! En effet, en plaçant ces produits hors bilan, les organismes financiers évitent de constituer des réserves garantissant ces polices d’assurance. L’essentiel de ces produits dérivés sont adossés à des dettes et surtout à l’assurance contre le non remboursement de ces dernières et c’est là que le problème se pose car, en cas de défaillance d’un des acteurs, tous ces produits doivent apparaître sur les comptes des établissement financiers. De plus, la plupart de ces CDS sont adossés à des crédits immobiliers (privés et commerciaux) et nous savons qu’aux USA, 12 866 procédures de saisies immobilières (2) sont mises chaque jour en place, un effondrement sans précédent.

L’immobilier commercial connaît lui aussi une crise inégalée. Vous comprenez mieux mon obsession à analyser la situation de l’immobilier aux USA. Un gigantesque krach en perspective ! Les stress tests n’ont pas tenus compte de cela car ces produits sont hors bilan avec des montants en jeu dépassant l’imagination ! On essaie de rendre complexe la compréhension des CDS alors qu’ils ne sont pour résumer que des dettes transformées en produits financiers et donc in fine en argent, un vrai tour de passe-passe, de la magie ! Le débat des économistes sur la définition de l’argent vient de trouver une réponse cinglante : elle n’est qu’une information et les vieilles théories sur les relations travail /capital sont mortes et enterrées !

« Si quelqu'un a compris quoi que ce soit à ce que je viens de dire, c'est que je me suis mal exprimé ».

Les acteurs majeurs de cette crise sont d’ailleurs de grands pédagogues à l’exemple d’Alan Greenspan, l’ex président de la Fed, qui déclarait dans le journal Le monde du 9 juillet 1998 : « Si quelqu’un a compris quoi que ce soit à ce que je viens de dire, c’est que je me suis mal exprimé ». Les produits dérivés (des métastases) sont donc au cœur du problème financier actuel et d’ailleurs, leur montant global mondial ne cesse de décroître passant de 690 000 milliards de dollars au début de l’année 2008 à 444 000 milliards de dollars au quatrième trimestre 2009 selon la BRI (3). Cependant, il convient de noter que le 30 juin 2008, l’OCC déclarait que les USA possédaient 182 100 milliards de dollars de produits dérivés (voir tableau du rapport de l’OCC (1) page 11/35), puis 200 000 milliards au début de l’année 2010 et représentent désormais 223 376 milliards de dollars soit 3,7 fois le PIB mondial dont 211 850 milliards de dollars détenus par 4 banques : JP Morgan Chase, Bank of America, Citibank, et Goldman Sachs. On a donc une progression de 20 000 milliards de dollars de produits dérivés tous les six mois qui sont concentrés dans les mains de quatre acteurs économiques, une gigantesque fuite en avant d’une finance sans contrôle !

Pour info, JP Morgan détient à elle seule 75 253 milliards de dollars de produits dérivés soit plus de 1,2 fois le PIB mondial !!! (Voir tableau page 27/35 du rapport de l’OCC ou tableau ci-dessus). Les conséquences de cette gabegie financière sont colossales et le pire est à venir. Le PIB mondial a d’ailleurs diminué de 2,2% en 2009 ce que déclare le centre d’actualité de l’ONU (4). Les chercheurs Jed Friedman et Norbert Schady ont par ailleurs démontré que 30.000 à 50.000 enfants seraient morts de malnutrition en lien direct avec la crise. Celle-ci a par ailleurs entraîné une explosion de l’extrême pauvreté avec 64 millions de personnes en plus. Les retraites ainsi que la sécurité sociale disparaîtront elles aussi dans ce trou noir financier. La crise systémique actuelle n’est que la mise en évidence du défaut structurel du capitalisme : la concentration de capitaux dans les mains de quelques acteurs (la loi de Pareto).

Je n’aurai de cesse de répéter que ce système qui fonctionne sur le travail basé sur la consommation à partir de dettes et la captation par quelques-uns de l’essentiel des intérêts, impose au fil des ans d’élargir la base de crédits. Et, lorsque l’on commence à prêter à des gens qui ne peuvent rembourser (les pauvres), le système s’écroule. Les pertes financières à venir seront colossales et telles le tonneau des Danaïdes qui ont été condamnées à remplir un tonneau sans fond en Enfer elles finiront par ruiner les Etats car tous les organismes financiers de la planète sont interreliés et le fameux effet domino est en action. La dette de l’Irlande (qui illustre le mieux la situation !) passera de 28 à 93 % de 2007 à 2011 selon le FMI, celle de l’Espagne, de 42 à 74 % sur la même période et l’on assiste à La descente aux enfers des Etats-nations ! (5). D’ailleurs, les 90 milliards d’aide à l’Irlande engloutis par sa finance ne seront rien comparés aux 500 milliards à venir de l’Espagne (6). Le Fonds européen de stabilité financière (FEFS), première étape du futur FME (Fonds monétaire européen) opérationnel depuis le 4 août 2010 et actuellement doté de 750 milliards d’euros verra sûrement son capital doubler prochainement pour sauver l’Espagne (quotidien allemand Die Welt) comme l’envisage Axel Weber, l’un des membres du directoire de la Banque centrale européenne (BCE).

Aux USA, 110 milliards de dollars par mois sont créés par la Fed (7), de l’argent qui n’alimente pas l’économie et qui, à peine créé, a déjà disparu dans le fameux tonneau des Danaïdes de la finance. Le problème est en effet mondial. Bien sûr, une solution sera trouvée, une solution supranationale avec un FMI, une BCE (FEFS), qui deviendront les prêteurs en dernier ressort de ce système économique basé sur la consommation à partir de dettes. Le dollar sera donc remplacé, la nouvelle monnaie mondiale arrive : les DTS.

La solution : une monnaie mondiale

Les Droits de Tirages Spéciaux (SDR en anglais pour Special Drawing Rights ) sont un panier de monnaie comprenant le dollar, la livre sterling, le yen et l’euro.

Le G20 qui doit redessiner le système monétaire mondial en raison de la faillite des Etats devra donc modifier le fonctionnement de cette monnaie appelée à remplacer le dollar dans les échanges mondiaux et surtout, à permettre au système de survivre (prêteur en dernier ressort).

Une première réforme consisterait à inclure d’autres monnaies pour ensuite l’adosser à un panier de matières premières (avec de l’or ?) ce qui serait la seule solution face à la chute du dollar en cours. Les DTS deviendraient donc aisément convertibles en monnaies nationales et résisteraient à l’inflation, le graal des monétaristes. Le fameux Terra ou Bancor est en train de naître et la seule vraie interrogation concerne la question du contrôle démocratique d’une telle monnaie.

Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la banque centrale chinoise avait déjà annoncé cela en mars 2009. Vendredi 5 novembre 2010, Le Fonds monétaire international a multiplié par vingt son capital basé sur les DTS passant de 21,4 milliards à 204 milliards (300 milliards de dollars environ) en septembre 2009 puis doublant son capital le 5 novembre 20108. Il y a fort à parier que bientôt celui-ci doublera encore et encore, car, pour résoudre la crise de la dette, il faut de nouvelles dettes, un système à la Ponzi !

La seule véritable question est donc de savoir si la gouvernance mondiale sera de type démocratique ou oligarchique, dans les mains de la haute finance.

Economie de guerre aux USA

Redessiner le système monétaire mondial consistera ainsi à remplacer le dollar dans les échanges mondiaux par les DTS. Cependant, la chute des USA, l’Empire romain contemporain, nous expose à de graves dangers. Effectivement, les USA fonctionnent depuis longtemps en économie de guerre. Les délocalisations ont entraîné en effet une baisse des effectifs industriels dans la population active américaine passant de 32,6 % en 1974 à 18 % environ aujourd’hui. La finance US n’a fait que masquer cette débâcle. Avec un PIB de 14 600 milliards de dollars, l’industrie US ne représente plus que 2993 milliards de dollars dont la majeure partie dépend de l’industrie de l’armement.

« Le problème posé par le krach sans précédent que nous connaissons aujourd'hui, une crise civilisationnelle, dépasse la sphère de l'économie. La crise systémique remet en question le fonctionnement démocratique du monde occidental ».

Barack Obama a d’ailleurs présenté pour l’année fiscale 2011 un budget de la défense de 768 milliards de dollars, à comparer aux 512 milliards de l’année 2009 (9). Une hausse de 50 % !!! 30 % de l’armement dans le monde est vendu par les USA, ce qui représente 75 milliards de dollars, un chiffre en constante augmentation auquel il faut ajouter 768 milliards de dollars du budget 2011. On le voit ici, la majeure partie des emplois industriels aux USA dépend directement de l’industrie de l’armement ce qui représente désormais 30 % de l’industrie US, le seul secteur qui ne connaît pas la crise et qui risque de nous plonger dans le chaos. Les événements en Corée ainsi que les tensions en Iran et au Venezuela sont à analyser en tenant compte de la situation économique catastrophique des USA. Cependant, le problème posé par le krach sans précédent que nous connaissons aujourd’hui, une crise civilisationnelle, dépasse la sphère de l’économie. La crise systémique remet en question le fonctionnement “démocratique” du monde occidental. Le travail (à partir de dettes !), notre lien social fondamental est ainsi en cours de destruction.

Friedrich Wilhelm Nietzsche, dans son livre visionnaire «Par-delà le bien et le mal » (publié à compte d’auteur en 1886) a décrit le monde et l’homme, tels qu’ils fonctionnent réellement. Nous refusons encore et toujours de nous voir tels que nous sommes et nous assistons aujourd’hui à la levée du voile sur notre apparente démocratie.

Nietzsche pensait : « il y a des morales de maîtres et des morales d’esclaves » (Par-delà le bien et le mal page 266). Son rêve ainsi que celui de beaucoup d’autres était l’instauration d’un gouvernement mondial dictatorial. D’ailleurs, Nietzsche prédisait la fin de la démocratie : « la démocratisation de l’Europe tendra donc à produire un type d’hommes préparés le plus subtilement du monde à l’esclavage, mais dans des cas isolés et exceptionnels, le type de l’homme fort ne pourra que devenir plus fort, plus prospère et plus riche qu’il ne l’a jamais été, grâce à son éducation libre de préjugés, grâce à la prodigieuse diversité de ses activités, de ses talents et de ses masques. » (pages 234-235).

Aldous Leonard Huxley, l’auteur du « Meilleur des mondes » nous livre cependant une clé fondamentale dans les dernières phrases (page 154) de son essai « Retour au meilleur des mondes » (Brave New World Revisited) publié vers la fin de sa vie en 1958 : « En attendant, il reste encore quelque liberté dans le monde. Il est vrai que beaucoup de jeunes n’ont pas l’air de l’apprécier, mais un certain nombre d’entre nous croient encore que sans elle les humains ne peuvent pas devenir pleinement humains et qu’elle a donc une irremplaçable valeur. Peut-être les forces qui la menacent sont-elles trop puissantes pour que l’on puisse leur résister très longtemps. C’est encore et toujours notre devoir de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous opposer à elles. »

Gilles Bonafi

Notes

1 : http://www.occ.treas.gov/topics/capital-markets/financial-markets/trading/derivatives/dq210.pdf

2 : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19946

3 : http://www.bis.org/publ/qtrpdf/r_qt1003b_fr.pdf page 11

4 : http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=21052&Cr=crise&Cr1

5 : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-descente-aux-enfers-des-etats-71462

6 : http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2010/11/24/97002-20101124FILWWW00459-l-espagne-trop-grosse-pour-etre-sauvee.php

7 : http://www.washingtonpost.com/wpdyn/content/article/2010/10/29/AR2010102907404.html

8 : http://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/sdrf.htm
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2010/11/06/97002-20101106FILWWW00381-le-fmi-double-son-capital.php

9 : http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2010-02-01/en-2011-les-etats-unis-depenseront-plus-de-800-milliards-de/1648/0/419474

Source : Le blog de Gilles Bonafi

Chroniques transatlantiques #6

5 déc

par Lior Chamla pour La théorie du tout

Vous ne saviez pas quelles sont les relations entretenues entre les USA et l’Union Européenne ? Ce billet devrait vous intéresser ! 

Ayant vu (en partie) ce que pensait le Parlement Européen de l’intégration économique transatlantique lors des dernières chroniques, il nous faut maintenant revenir aux sources, plus de 15 ans avant la première résolution du Parlement Européen que nous avons étudié (1). C’est en 1990, le 22 novembre, que les USA et la Communauté Européenne signent la Déclaration Transatlantique (On ne trouve ce document qu’en Anglais, ce qui n’aide pas à qualifier les institutions européennes de démocratiques, ouvertes et transparentes (2)). Cette chronique se penche sur cette déclaration et en extrait les points clés.

Tout d’abord, la déclaration officielle commence ainsi :  ”The United States of America on one side and, on the other, the European Community and its Member States“, ceci n’est qu’une remarque.

Approfondir la coopération et la solidarité

Les deux acteurs y déclarent être favorable à une “solidarité et une coopération” plus profonde que jusqu’à lors. Ils sont aussi décidés à poursuivre la consolidation de la construction européenne et l’objectif d’arrivée à une identité économique, monétaire, diplomatique et militaire de l’Europe.

Buts communs

Leurs buts communs sont la promotion de la démocratie, de la paix et de la sécurité, une économie à croissance soutenue, la promotion du principe du Marché et le rejet du protectionnisme, l’aide et l’influence des anciennes républiques soviétiques de l’Est.

Rapprochement politique et ouverture économique mondiale

Il est maintenant question que les deux acteurs entrent dans une phase de forte coopération politique et économique “en vue d’arriver à des positions aussi proches que possibles” sur un certain nombre de sujets. Il y a donc une volonté de rapprochement des deux blocs sur des domaines aussi variés que l’économie, la gestion budgétaire et monétaire, la diplomatie, la sécurité etc. Ils soulignent l’importance de soutenir l’ouverture de marchés mondiaux et d’arriver à un haut niveau de libéralisation du commerce. Il est donc question d’appuyer et de consolider les processus du GATT et l’OCDE en vue de libéraliser les échanges de biens, services et investissements.

Dialogues transatlantiques

Les deux partis en présence devront donc développer des “Dialogues” dans tous les domaines, mais mettent l’accent sur un dialogue en particulier : Le dialogue réglementaire dont les buts premiers sont d’étudier et de proposer des moyens d’abaisser les barrières techniques et non-tarifaires.

Cadre Institutionnel

Bien sur, les deux acteurs s’engagent à lutter ensemble contre le terrorisme et le crime international. Et enfin, à la fin de la déclaration, on parle du cadre institutionnel à mettre en place pour arriver à poursuivre ces objectifs : Une rencontre bi-annuelle entre le Président de la Commission Européenne, le Président du Conseil Européen et le Président des Etats-Unis, et une rencontre bi-annuelle au niveau des ministères des affaires étrangères.

Conclusion

On a donc un document dans lequel les deux rives de l’Atlantique se disent déterminées à entamer une coopération approfondie sur une certain nombre de points, dont l’économie et la diplomatie. On peut aussi noter que l’Union Européenne n’est pas un contre-poids aux Etats-Unis et ce, depuis déjà (au minimum) 1990. On notera qu’à partir de ce moment, les relations USA-CE vont s’intensifier puisque des sommets auront lieu chaque semestres entre les présidents des exécutifs deux blocs.

Les deux acteurs concluent par un engagement à approfondir ces relations (C’est ce que nous verrons dans les prochaines chroniques).

Nous n’avons pas relevé ici certaines choses, qui pourraient êtres utiles à ceux qui s’intéressent à l’OTAN et aux relations militaires transatlantiques. L’angle de vue était économique, mais ce document recèle beaucoup d’autres informations sur la coopération militaire, juridique etc.

Lior Chamla

- Chroniques transatlantiques #1

- Chroniques transatlantiques #2

- Chroniques transatlantiques #3

- Chroniques transatlantiques #4

- Chroniques transatlantiques #5

Notes

(1) La Théorie du Tout : Chroniques Transatlantiques #1 (Résolution du 1 juin 2006) : http://theorie-du-tout.blogspot.com/2010/08/billet-chroniques-transatlantiques-1.html

(2) Documents Clés de l’Union Européenne (Section USA) : http://eeas.europa.eu/us/docs/

Source : La théorie du tout

Robots Sapiens : les hommes du futur I (vidéo)

1 déc

Synopsis Arte : Pourra-t-on un jour numériser nos neurones ? Pour certains chercheurs de l’armée américaine, la robotisation des animaux est en marche.

En 1997, les neuroscientifiques Miguel Nicolelis et John Chapin ont mené leurs premières expériences en appliquant des électrodes sur le crâne des animaux. Ils ont ainsi pu repérer quels neurones s’activaient lors de leurs différents mouvements. Dix ans plus tard, Miguel s’occupe d’un laboratoire rempli de singes qui arrivent à contrôler des armes par la pensée, tandis que John est à la tête d’une armée de rats qu’il pilote à l’aide d’un joystick. Ces deux projets sont financés par un département de recherche de l’armée américaine.

L’enjeu : arriver un jour à construire des armes sophistiquées qui concilierait l’intelligence humaine et l’immortalité des machines.

(Royaume-Uni, 2007, 43′)

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