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Quelle stratégie iranienne pour Obama après les élections de mi-mandat ?
Dans Analyse, Géopolitique, Géostratégie le 26 décembre 2010 à 14:17par Vincent Eiffling pour Chroniques Persanes

« Sale temps pour un président états-unien. Politiquement, coincé. Economiquement, coincé. Géopolitiquement, coincé. Géostratégiquement, coincé. Diplomatiquement, c'est la dernière chance. Dans l'immédiat, Barack H. Obama doit agir pour sauver la face, l'image déclinante de l'hyperpuissance mondiale et le risque de passer pour un président faible en dépendent, mais que peut-il bien faire face à tant d'impasses ? »
Cette situation peu confortable n’est pas pour autant synonyme d’une défaite assurée au cours des prochaines élections présidentielles. Les cas des présidents Clinton et Reagan en constituent de bons exemples. Cependant, il ne fait aucun doute que s’il veut être réélu, le président Obama devra changer d’orientation…. En réalité, la campagne pour les élections présidentielles a déjà officieusement commencée dans les arcanes de Washington.
Une des options dont dispose B. Obama pour regagner du crédit auprès du peuple américain est de ne plus se focaliser sur la politique intérieure, mais bien sur la politique étrangère. En effet, même si sa marge de manœuvre se retrouve limitée dans le domaine de la politique domestique, le système institutionnel des Etats-Unis confère au Président une large autonomie dans le domaine de la politique étrangère. Or, pour la première puissance mondiale, le poids de la politique étrangère dans les processus électoraux s’avère être beaucoup plus important que pour le reste du monde. Entendons-nous bien : une campagne uniquement basée sur la politique étrangère équivaut à un suicide électoral et ne peut mener qu’à une défaite cinglante. En revanche, de grands succès sur la scène internationale confèrent au président une aura de commandant en chef à laquelle le peuple américain se montre particulièrement réceptif.Si cette option s’avéra difficilement envisageable pour Clinton – difficile de trouver un adversaire à sa taille dans un monde unipolaire -, le président Reagan en usa largement. Le déploiement des Pershing II en Europe de l’Ouest lui permit de renforcer sa position et de s’affirmer auprès du centre de l’électorat. De son côté, Obama a face à lui suffisamment de défis pour chercher à s’illustrer sur la scène internationale : le conflit israélo-palestinien, les guerres en Irak et en Afghanistan, l’émergence de la Chine et de la Russie, le déclin militaire des alliés européens de Washington et bien entendu la question nucléaire iranienne. Cependant, le président Obama doit faire face à d’autres sortes de contraintes.
Deuxièmement, B. Obama a toujours axé sa vision en matière de politique étrangère (y compris durant la campagne présidentielle) sur le principe d’accommodation au lieu de suivre une logique de confrontation (exception faite de l’Afghanistan où il s’est montré particulièrement déterminé). Il risque donc de s’exposer aux attaques des Républicains qui pourraient qualifier son action d’opportuniste. Celle-ci doit donc être crédible, répondre à un besoin légitime et surtout, être couronnée de succès !
Ne parlons même pas du conflit palestinien qui dans les circonstances actuelles semble particulièrement enrayé.
La situation en Corée du Nord s’avère beaucoup plus critique mais les Etats-Unis sont ici limités dans leur possibilité de mener une action militaire par les mécanismes de dissuasion nucléaire. De plus, le régime nord-coréen est perçu comme pragmatique et menant avant tout une politique garantissant sa survie. Dès lors, Pyongyang n’est pas perçue comme la menace la plus urgente pour la sécurité des Etats-Unis dans la mesure où sa conduite s’avère relativement rationnelle. La voie diplomatique pour résoudre la crise coréenne apparaît comme la solution la plus plausible depuis Washington, même s’il est fort probable que les Etats-Unis ne braderont pas la sécurité de leurs alliés (Corée du Sud, Japon) et interviendront dès lors de manière musclée si les circonstances l’imposent. Washington privilégie donc le statu quo, en attendant de parvenir à atténuer les tensions par le recourt à la diplomatie.
octobre 2009 indique que 84 % des américains sont convaincus que Téhéran cherche à fabriquer des armes de destruction massive. De ce même sondage, il ressort que 54 % des américains sont en faveurs d’une intervention militaire contre le régime des Mollahs. Il est vrai que ce sondage date d’il y a plus d’un an, mais les évènements qui sont survenus depuis n’ont en rien contribué à améliorer l’image de l’Iran auprès des Américains. Téhéran a ainsi refusé l’offre la plus généreuse que Washington lui ait proposée. M. Ahmadinejad a annoncé la construction de 10 nouveaux sites d’enrichissement (toujours au stade projet, c’est essentiellement rhétorique mais ça n’améliore en rien le climat pour des négociations), a accusé les Etats-Unis d’être responsable de toutes les attaques terroristes à travers le monde et il a même été jusqu’à embrasser la théorie du complot sur les attentats du 11 septembre…Côté républicain, on se plaint de la faiblesse du président Obama face à Téhéran et on lui reproche son inertie face au militantisme islamique. Côté démocrate, l’Iran apparaît comme un habitué en matière de violation des droits de l’homme, particulièrement depuis la répression qui a suivie l’élection présidentielle de juin 2009. L’Arabie Saoudite, principal allié de Washington et par conséquent, premier rival géopolitique de l’Iran dans la région du Golfe, attend de la part des Etats-Unis une attitude ferme et ne souhaite pas se contenter de la livraison pour10 milliards de dollars de systèmes d’arme sur les 10 prochaines années. Si les européens sont hostiles à l’Iran, ils n’en restent pas moins de farouches opposants à toute escalade susceptible de nuire à leur approvisionnement en pétrole.
La justification toute naturelle serait de clamer que l’Iran cherche bien à se procurer une arme nucléaire et que sa mise au point est imminente – voir qu’il a l’intention de s’en servir une fois en sa possession. Pareil discours apparaîtrait plus légitime dans la bouche de B. Obama que celui tenu par G. W. Bush sur les AMD en Irak. Obama n’a jamais annoncé auparavant que l’Iran possède ou cherche à posséder des AMD… Il a juste mis en avant les doutes de la communauté internationale sur les objectifs réels du régime iranien. Aussi, aux yeux de l’opinion publique, Obama n’apparaît pas comme un faucon et si son discours et son action doivent emprunter un chemin plus musclé, cela apparaîtra plus facilement comme une nécessité face à une menace importante jugée crédible. De telles déclarations présidentielles confirmeraient côté républicain un sentiment depuis déjà longtemps ancré dans leur esprit tandis que du côté démocrate, il serait difficile de s’opposer aux arguments présidentiels. Face à une pareille menace, le président américain serait forcé de recourir à l’action et ce, même si celle-ci va à l’encontre de son désir personnel de privilégier la diplomatie. Après tout, il est de son devoir de commandant en chef de protéger les intérêts et la sécurité du peuple américain. Dans le même temps, il se mettrait à l’abri des attaques de républicains et ce, même si l’affirmation devait se révéler erronée dans l’avenir. N’oublions pas que depuis le début, ce sont des élus républicains qui réclament une intervention militaire en Iran. Bien sur ce scénario déborde de cynisme mais cependant, certains de ces aspects n’en demeurent pas moins pertinents car ils rencontrent des préoccupations qui travaillent réellement l’esprit des dirigeants en place à Washington.
Le scénario de l’invasion terrestre n’est aujourd’hui pas envisageable pour les Etats-Unis. L’Iran rappelons-le, c’est 4 fois l’Irak et trois fois la France. C’est une armée conventionnelle limitée qualitativement mais imposante quantitativement et qui dispose de plus d’une force morale importante et d’un entraînement autrement plus abouti que celui des Talibans afghans ou de l’armée irakienne sous Saddam. La seule option militaire qui semble réaliste pour les Américains est donc la frappe aérienne. Mais si campagne aérienne il doit y avoir, celle-ci ne pourra pas être un conflit armée de courte durée, comme ce fut le cas avec l’opération Renard du désert en 1998 contre l’Irak. Tout comme ce fut le cas pour la campagne aérienne lors de la guerre du Kosovo en 1999, les raids aériens devront durer des mois pour mettre hors d’état les capacités de nuisance iraniennes. Ce sera une guerre où des soldats américains perdront la vie, où certains seront fait prisonnier. Ce sera une guerre qui monopolisera l’attention des médias, alors que des pertes civiles seront inévitables. Ce sera une guerre de durée et d’intensité, ayant non seulement pour objectif de d’enterrer le programme nucléaire iranien, mais également d’affaiblir ses forces conventionnelles. Ce sera une guerre axée sur la supériorité aérienne et technologique des Etats-Unis, et non sur leurs faiblesses en matière de contre-insurrection. Vu de Washington, ce sera une guerre contre le programme nucléaire de la République islamique d’Iran. Mais pour les iraniens, ce sera une guerre contre l’Iran, tandis que pour une part importante du monde musulman, ce sera une guerre contre la République islamique. Aussi, même si cette campagne devait s’avérer être un succès sur le plan militaire, même si ces objectifs devaient être atteints, elle n’en contribuerait pas moins à renforcer politiquement le régime des Mollahs, même si ce dernier en ressort éviscéré militairement parlant. Il resterait dès lors à voir quelles seraient les conséquences économiques de ce conflit dans la durée, quelle serait le management, les réponses apportées par le régime à tous les problèmes qui apparaîtraient et in fine, quelle attitude adopterait la population dans le moyen et le long terme vis-à-vis du régime, une fois que la colère et l’émotivité de la guerre se seront atténuées. Bref, quelles seront les retombées politiques, à la fois en Iran mais également dans l’ensemble du Moyen-Orient.
Il faut encore tenir compte du fait que même le meilleur plan de bataille, une fois les hostilités engagées, peut totalement dévier de sa route
initiale et se transformer en véritable fiasco. L’Iran pourrait parvenir à bloquer complètement le détroit d’Ormuz, avec les répercussions que l’on imagine sur l’économie mondiale. Il pourrait également engendrer une guerre civile en Irak et encourager les actions terroristes en Afghanistan. Les services de renseignement américains pourraient être passés à côté du fait que l’Iran possède déjà une arme nucléaire opérationnelle. Il faut aussi tenir compte des autres armes de destruction massives. Qu’en est-il des armes chimiques et biologiques ? Quelles sont les capacités de couplage de telles armes avec les missiles balistiques iraniens ?
Quoi qu’il en soit, si B. Obama se montre faible vis-à-vis de la question nucléaire iranienne juste après sa défaite aux élections de mi-mandat, il encourt le risque de se décrédibiliser et d’apparaître irrévocablement comme un président faible qui ne connaîtra sans doute pas de deuxième mandat. Il semble donc difficile pour le président américain de suivre les revendications de Téhéran sur le dossier du nucléaire, comme celles qui sont par exemple contenue dans les accords de Téhéran du 17 mai dernier signés par la Turquie, le Brésil et l’Iran. Si un accord doit être signé, il faut qu’il soit en grande majorité en concordance avec les exigences américaines, ce que Téhéran refusera plus que probablement.
Vincent Eiffling
Source : Chroniques Persanes
Le fabuleux voyage d’un baril de pétrole (vidéo)
Dans Géopolitique, Pétrole le 20 décembre 2010 à 17:03Synopsis Arte : Le pétrole est la principale source d’énergie du monde moderne. Son exploitation et sa raréfaction en font un produit cher. Pour mieux comprendre l’évolution de son prix, ce documentaire suit le voyage d’un baril, du Koweït à une station service d’Allemagne… Aussi didactique que possible, ce voyage initiatique a le mérite de faire mieux comprendre les enjeux véritables du pétrole.
Burgan, deuxième gisement pétrolifère de la planète par sa taille, est le point de départ du périple qui amènera le brut jusqu’au consommateur en Europe, essentiellement sous forme de carburant. Les étapes du voyage sont le canal de Suez, le port de Rotterdam et la raffinerie de Gelsenkirchen, en Allemagne, et chacune est un point sensible dans la chaîne d’approvisionnement. En outre, l’or noir ne fait pas qu’alimenter les réservoirs des voitures, les chaudières des maisons ou des usines. Base importante de l’industrie chimique, il se retrouve dans les matières plastiques, mais aussi dans les aliments et les médicaments. L’augmentation des coûts de production participe ainsi à la hausse des prix de nombreux produits d’usage quotidien.
Un documentaire de Mouhcine El Ghomri.
Allemagne, 2006, 44′
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L’expérience de la Troisième Vague (vidéo)
Dans Démocratie, Fascisme le 20 décembre 2010 à 16:07La Troisième Vague désigne une étude expérimentale du fascisme, menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première du lycée Cubberley à Palo Alto (Californie) pendant la première semaine d’avril 1967, dans le cadre d’un cours sur l’Allemagne nazie. N’arrivant pas à expliquer à ses élèves comment les citoyens allemands avaient pu, sans réagir, laisser le parti nazi procéder au génocide de populations entières, Ron Jones décida d’organiser une mise en situation. Il fonda un mouvement nommé « La Troisième Vague », dont l’idéologie vantait les mérites de la discipline et de l’esprit de corps, et qui visait à la destruction de la démocratie, considérée comme un mauvais régime en raison de l’accent qu’elle place sur l’individu plutôt que sur la communauté. L’expérience de la Troisième Vague a inspiré le film La Vague dont est issu cet montage.
L’expérience de Stanford (vidéo)
Dans Réflexion le 20 décembre 2010 à 15:31Extrait d’un reportage sur l’étude de psychologique expérimentale, l’expérience de Stanford ou effet Lucifer, menée par le psychologue états-unien Philip Zimbardo, en 1971.
« Vous pouvez créer chez les prisonniers un sentiment d’ennui, de peur jusqu’à un certain degré, vous pouvez créer une notion d’arbitraire par le fait que leur vie soit totalement contrôlée par nous, par le système, vous, moi, et ils n’auront aucune intimité… Nous allons faire disparaître leur individualité de différentes façons. En général, tout ceci mène à un sentiment d’impuissance. Dans cette situation, nous aurons tout le pouvoir et ils n’en auront aucun. » Déclaration de Philip Zimbardo aux gardes.
site officiel : The Lucifer Effect
Les services secrets chinois
Dans Chine, Géostratégie le 16 décembre 2010 à 18:27par l’équipe Scripto pour le Scriptoblog
Un des avantages d’être une colonie de l’Empire OTAN, c’est qu’on peut s’attendre à avoir une information un peu moins mauvaise sur l’Empire Chinois. Un peu moins mauvaise, en tout cas, que si l’on était… chinois.
Ce n’est certes pas demain la veille qu’on verra paraître en France, dans les grandes librairies, un ouvrage aussi approfondi que « Les services secrets chinois », mais consacré, celui-là, par exemple à l’action du MOSSAD en France, ou au verrouillage de l’appareil d’Etat US par les réseaux de la CIA (ne parlons pas de l’action de la DCRI ou de la DGSE).
Et on ne s’en étonnera pas…
Cela dit, ce constat amère n’enlève rien à la nécessité de se documenter. « Les services secrets chinois » de Roger Faligot fait partie de cette rafale de livres qui viennent d’atterrir dans nos librairies pour nous informer que, ô surprise, le véritable adversaire de l’Occident, à l’échelle géostratégique, n’est pas constitué par une bande d’improbables djihadistes explosifs, mais par l’autre superpuissance économique, à savoir la Chine. On fera donc le tri entre ce qui relève de la propagande anti-chinoise et ce qui relève de l’information, on se préoccupera surtout des évènements récents, on zappera l’histoire des services chinois sous Mao, et c’est parti pour une note de lecture !
En décembre 1989, peu de temps après l’écrasement de Tian Anmen, Deng Xiaoping donne ses consignes à ses successeurs : « observer et analyser froidement, dissimuler nos véritables capacités ». En d’autres termes : en savoir le plus possible sur l’adversaire ou le partenaire, et faire en sorte que de son côté, il en sache le moins possible. La gestion du renseignement est au cœur de la stratégie chinoise. Ce n’est pas un simple outil de la politique étrangère, c’en est une composante intégrée.
Il faut dire que les services secrets du PCC sont nés en même temps que lui. La police de la concession française de Shanghai avait débarqué par surprise à la réunion fondatrice du mouvement en 1921. Aussitôt, le PCC, à peine constitué, organisa un service de renseignement pour débusquer le traître qui avait dévoilé aux autorités le lieu de l’évènement. L’enquête du camarade Luo Yinong, formé par les soviétiques, révéla que la police française avait pris en filature quelques envoyés du Komintern, à leur arrivée à Shanghai. Parmi eux, le monde est petit, un jeune Français alors inconnu : Jacques Doriot.
Entre les deux guerres, les services du PCC vont s’étoffer progressivement, dans l’ombre des « résidences » mises en place méthodiquement par la Guépéou soviétique. Tandis que le PCC aide les soviétiques à espionner la Chine en ébullition, ceux-ci fournissent aux jeunes services chinois
le support logistique et le réseau pour expédier des agents à l’étranger, pour faire de l’agitation et, en même temps, apprendre. Parmi ces expatriés, on relève un jeune « Hakka », c’est-à-dire le ressortissant d’une minorité ethnique au sein de l’Empire Chinois. Il est affecté à Paris, où il infiltre la Diaspora chinoise pour le compte de ses patrons (de Chine et de Russie). Son nom est Deng Xiaoping, mais pour l’instant, on le surnomme « monsieur Ronéo », car il passe ses soirées à tirer des revues subversives ronéotypées. Il croise parfois, chez ses amis du PCF, un Vietnamien souriant, un certain Ho-Chi-Minh, ou encore un autre Chinois, au port aristocratique caractéristique de la culture mandarinale, un certain Zhou Enlai. Là, en France, comme d’ailleurs un peu partout à travers l’Occident, les futures élites de la révolution asiatique apprennent à fusionner leur héritage stratégique chinois avec les innovations occidentales. Et ces élites sont, par la force des choses dans toute action clandestine, initiées à la politique sous l’angle du travail de renseignement.
Les réseaux secrets du PCC s’appuient alors beaucoup sur la minorité Hakka. Il est intéressant de connaître, dans ses grandes lignes, l’histoire de ce petit peuple, membre de la grande famille Han, obligé de se réfugier au sud de l’Empire du Milieu, il y a des siècles, pour fuir les guerres du nord. Déshérités de la Chine, ces « Hakkas » ont développé des habitudes, des capacités, une aptitude générale à la survie sans base territoriale stable, qui ne sont pas sans rappeler les caractéristiques des Juifs ashkénazes en Europe (jusque dans leurs liens structurels avec une société secrète dite des « Grands Frères », la Gelaohui, qui fonctionne par imbrication entre mystique et action). Leur utilisation par les services chinois démontre que le rôle particulier des milieux ashkénazes dans l’histoire des mouvements révolutionnaires ne tient pas à une spécificité juive : elle est d’abord la conséquence d’une isomorphie entre les aptitudes qu’imposent le nomadisme et les exigences de l’action clandestine.
Les services secrets du PCC se sont formés progressivement, à travers les années de lutte, de 1921 à 1949, constamment sur deux fronts : le front intérieur, où ils apprennent les techniques de l’espionnage (surtout militaire), de l’infiltration (des milliers d’agents du PCC furent « injectés » dans l’appareil du Kuomintang et parmi les informateurs de la police), de la contre-infiltration (exécution systématique des traîtres) et de l’action directe (service action particulièrement violent, utilisé à des fins terroristes), contre les impérialistes occidentaux ou japonais et contre le Kuomintang… mais aussi un front extérieur, où ces services développent des stratégies d’influence méthodique sur les communautés chinoises (surtout à des fins de renseignement non militaire).
Les services secrets du PCC constituent donc un « fait nouveau » dans l’histoire de la Chine : un appareil qui n’est pas spécifiquement centré sur l’Empire du Milieu, mais possède, comme aptitude native, une capacité de projection hors frontières. Cet aspect de leur histoire est essentiel pour comprendre leur efficacité présente : ils sont la synthèse entre vision chinoise et vision occidentale – en quoi on peut supposer qu’ils sont potentiellement plus souples et réactifs que leurs adversaires, en général plus mono-culturels.
Une autre caractéristique des services secrets chinois résulte de leur naissance dans les années de lutte : formés à une époque où le PCC grandissait très vite sans pouvoir vraiment contrôler les adhésions, ils devaient, pour éviter les infiltrations, définir un corps particulier dans cet ensemble. Il en est résulté qu’ils se sont en pratique organisés progressivement comme une sorte de secte à l’intérieur du PCC, ayant très peu de liens avec le reste de la structure. Dans ces conditions, étant donné la forte proportion de dirigeants qui sortent de leurs rangs, on peut un peu les voir à la fois comme des services secrets classiques, et aussi comme une sorte de « Parti intérieur », sur le modèle de l’opposition « Parti intérieur / Parti extérieur » proposée par Orwell dans 1984.
On remarquera, à ce propos, que la « contre-infiltration » donne aux services secrets chinois un pouvoir énorme sur tout l’appareil du Parti : de nombreux cadres de ces services ont participé, au moment des « procès de Moscou », à l’épuration anti-trotskiste de Staline. La leçon fut bien apprise, comme l’histoire du maoïsme le démontra : un des maîtres des services secrets chinois sous Mao, Kang Sheng, importa dans le PCC la technique stalinienne des « quotas de traîtres », visant à épurer le Parti régulièrement, sur la base d’une « proportion supposée » de « déviationnistes ». On peut estimer qu’au fond, Mao, pendant une grande partie de son « règne », ne fut que la marionnette des services secrets du PCC.
Etudier les services secrets chinois, c’est probablement étudier le vrai pouvoir à Pékin.
Et aujourd’hui, où en sont les services secrets chinois ?
Quand Deng Xiaoping parvient au pouvoir, en 1978, il commence par réorganiser les services secrets. Pour cela, il conduit une sorte de déstalinisation à la Chinoise, qui épargne la figure tutélaire de Mao (pour ne pas fragiliser l’image du Parti dans les masses populaires) mais écrase les héritiers de Kang Sheng. C’est un peu comme si Khrouchtchev avait fait liquider Beria sans condamner le culte de la personnalité. Deng sait parfaitement ce qu’il fait : pour venir lui-même du sérail des services secrets, il en connaît la puissance. Il sait qu’il suffit de se rendre maître de cette citadelle-là, pour conquérir tout l’Empire.
A la différence de Mao (un Néron déguisé en César), Deng est un authentique visionnaire et, indiscutablement, un des plus grands hommes de l’histoire chinoise. Il désosse méthodiquement les services secrets du PCC, ne leur laissant qu’un travail de surveillance politique mineur, et réaménage les éléments qu’il en a sortis pour fabriquer une grande agence d’espionnage aux méthodes modernisées. Le modèle en est le KGB, et le nom du service, « Guoanbu », est d’ailleurs l’acronyme de « ministère de la sécurité d’Etat » (tout comme KGB est l’acronyme de « comité de la sécurité d’Etat »). Le cœur de son travail : renseignement extérieur et contre-espionnage. La surveillance de la population dans une perspective idéologique passe au second plan, puis disparaît presque.
Voici l’organisation mise en place sous Deng, et qui est semble-t-il encore en place aujourd’hui, à quelques nuances près (certains bureaux ont été divisés, d’autres ont changé de numéro) :
- Le 1er Bureau s’occupe de la sécurité intérieure. C’est un service de contre-espionnage au sens large, disposant de sa propre police, et même de ses propres camps au sein du Lao Gai. Il ne s’occupe pas des questions de conformité idéologique, mais du démantèlement des réseaux d’espions une fois ceux-ci détectés par le 6ème Bureau. Il est vrai que dans un pays comme la Chine, la frontière est parfois poreuse entre déviation idéologique et trahison…
- Le 2ème Bureau s’occupe du renseignement à l’étranger. Il fait un travail assez comparable à celui de la CIA, de la DGSE ou du FSB (en réalité, il s’agit du SVR et non du FSB, le FSB s’occupe de la sécurité intérieure de la Russie et le SVR est le service des renseignements extérieurs de la Russie, ndlr). En France, il est particulièrement actif dans l’étude des réseaux d’influence vers l’Afrique francophone (la cible numéro un de Pékin).
- Le 3ème Bureau s’occupe de l’infiltration dans les zones visées par l’expansion chinoise (Taïwan en premier lieu). Son travail fut en grande partie à l’origine de la rétrocession bien conduite de Hong Kong : quand elle eut lieu, pour l’essentiel, le scénario avait été pré-cadré avec des élites locales déjà sous influence.
- Le 4ème Bureau s’occupe de la technologie. Il assure la logistique des autres bureaux.
- Le 5ème Bureau contrôle le renseignement local. Il doublonne en partie avec le 6ème et le 1er, mais le doublonnage des fonctions est une des règles de l’espionnage, et surtout du contre-espionnage.
- Le 7ème Bureau se charge des opérations spéciales (surveillances, action directe). Il travaille sur requête des autres bureaux. C’est l’équivalent du Service Actions de la DGSE.
- Le 8ème Bureau se charge de la recherche au sens large, en grande partie à partir de sources ouvertes. C’est une cellule de veille.
- Le 9ème Bureau est chargé de la contre-infiltration. C’est la police interne du Guoanbu.
- Le 10ème Bureau assure la « recherche de l’information scientifique et technique ». En clair, il est spécialisé dans l’espionnage industriel (LA priorité de la Chine depuis quelques décennies).
- Le 11ème Bureau gère le parc informatique, le déploie et le sécurise (une fonction évidemment de plus en plus cruciale). Il est aussi chargé du travail de recoupement des sources informatiques. Fait peu connu, il doit son organisation générale et ses techniques dans ce domaine à une coopération avec la République Fédérale d’Allemagne (qui, dans le cadre d’un accord, transmit au 11ème Bureau des services chinois le savoir-faire acquis lors de la traque des membres de la Rote Armee Fraktion, d’inspiration maoïste – l’histoire est parfois franchement ironique).
- Enfin, un « Bureau des affaires étrangères » est chargé des relations avec les autres services de renseignements équivalents, dans les pays étrangers (alliés ou ennemis). Une des forces des services chinois est leur grande aptitude à construire des partenariats fluides.
Cette organisation est, comme le démontre Roger Faligot, l’épine dorsale du pouvoir chinois contemporain.
1989 : Tian Anmen. Tout le monde se souvient des images de l’écrasement de la « commune étudiante » par les chars. Ce qu’on sait moins, parce qu’il n’y eut pas d’images, c’est que des unités de l’Armée Populaire se sont, à ce moment-là, combattues mutuellement. Certains régiments pékinois refusèrent de laisser les troupes amenées de province écraser les étudiants. Et ce sont en partie les services secrets, par leur action déterminée et précise, qui permirent la mise au pas des troupes récalcitrantes. On sait moins, également, que la Sécurité d’Etat avait repéré des agents de la CIA conduisant, auprès des étudiants pékinois, des opérations de « renseignement agressif » (en clair : des manipulations). Et on se doute que ce repérage n’a pas été pour rien dans l’écrasement final du mouvement (depuis cette date, les services chinois, instruits par l’expérience, étudient sans relâche les opérations de déstabilisation commanditées par leurs adversaires ; on sait par exemple qu’ils ont collecté une masse d’information considérable sur la « révolution orange » ukrainienne, et remonté la piste de ses bailleurs de fonds).
Revenons à Tien Anmen. En somme, Deng avait fait le bon pari : qui tient le Guoanbu, tient la Chine. Deng en tirera aussi toutes les conclusions à l’heure de s’en aller : c’est un des maîtres des services secrets qui, au moment décisif de 1989, juste avant de faire « ce qu’il fallait », lui signala Jiang Zemin comme un « homme sûr ». En quittant le pouvoir, Deng fera donc de Jiang son successeur – un homme en réalité choisi par les services secrets, et qui pourrait compter sur leur loyauté. Pour assurer l’intérim, pendant quelques temps, entre Deng et Jiang, le PCC aura un secrétaire général « de transition ». Son nom ? Qiao Shi. Son ancienne fonction ? Chef des services spéciaux.
La stabilité de l’Empire chinois ? Voilà à quoi elle tient.

« Le gouvernement chinois n'a pas seulement recours au mensonge et à la violence pour supprimer les gens favorables à une modeste amélioration des droits de l'homme, il fait aussi tout son possible pour cacher la vérité à la communauté internationale. Un gouvernement qui supprime et ne respecte pas son peuple ne peut pas être stable. » Li Fengzhi, ancien espion du Guoanbu qui a fait défection aux Etats-Unis.
Sous Jiang Zemin, l’organisation du Guonbu n’est pas fondamentalement modifiée, même si l’organigramme se détaille (passage à 18 bureaux). Surtout, les services chinois se technicisent, se développent et se tournent massivement vers l’espionnage industriel. Des sections de recherche spécialisées par zone géographique sont constituées. Le Guoanbu de Jiang Zemin modifie ainsi progressivement son orientation : le contre-espionnage reste fort, mais l’espionnage devient plus fort que lui. C’est, désormais, un service mondialisé et technicisé, à l’image de la CIA. Le modèle KGB s’éloigne.
Instruit par l’expérience de Deng, Jiang veille tout particulièrement à conserver la mainmise sur les services secrets. Qiao Shi est progressivement marginalisé : le Guoanbu peut faire l’Empereur, mais il ne peut pas être l’Empereur. En interne, Jiang utilise les « services » pour accroître la répression contre toute dissidence, au fur et à mesure qu’il promeut par ailleurs une ouverture (très contrôlée) en vue d’accélérer le développement économique.
Le niveau d’information acquis par la Sécurité d’Etat chinoise est, à partir de la fin des années Jiang, comparable à celui des autres grandes centrales de renseignement. Quand l’ambassade de Chine à Belgrade est bombardée, Clinton finit (après moult difficultés) par avoir Jiang au téléphone. Celui-ci lui confirme qu’il ne croit pas le président US responsable, et pense que « des gens », au sein de la CIA ou du Pentagone, ont délibérément provoqué le bombardement pour tenter de bloquer le développement des relations USA-Chine.
Simple hypothèse gratuite ? En interne, il semble bien que le Guoanbu ait indiqué à Jiang de quoi il retournait : on relèvera à ce propos que l’aile de l’ambassade pulvérisée est celle où se trouvait le bureau d’un attaché militaire chinois auprès de l’armée serbe. Un attaché militaire qui travaillait efficacement pour aider le régime Milosevic, allant jusqu’à autoriser les Serbes à utiliser le matériel de l’ambassade de Chine pour leurs propres transmissions militaires. Il est vrai qu’il est aussi possible que le Guoanbu ait fabriqué son dossier, afin de justifier un accroissement de ses propres moyens….
En tout cas, nous vivons une époque où les dirigeants des deux plus grandes puissances du monde en sont réduits à compter sur leur homologue pour être renseignés sur leur propre agence de renseignement.
Sous Jiang, puis sous Hu Jintao, le Guoanbu développe énormément ses capacités en matière d’espionnage industriel et technologique. Pour les seuls USA et Canada, le FBI estime que Pékin possède un réseau de 2.000 fonctionnaires, officiels et journalistes, chargés de recueillir du renseignement en zone blanche (information ouverte) ou grise (information confidentielle récupérable par des voies légales). Sur les milliers d’étudiants chinois présents sur le sol US (souvent des « princes rouges », c’est-à-dire des enfants de cadre du Parti), une proportion non négligeable est chargée de recueillir des informations (en particulier dans les laboratoires de recherche où ils sont amenés à faire des stages). En France, l’affaire Huang Lili (étudiante probablement chargée d’espionner industriellement Valeo) a donné une bonne illustration de ce phénomène.
A cela s’ajoutent les « poissons des profondeurs » (terminologie chinoise), c’est-à-dire les agents clandestins chargés d’opérations spéciales (pénétration clandestine dans des lieux sécurisés, piratage informatique, etc.). Pékin possède dans ce domaine un réseau d’espionnage de premier ordre. Probablement, seuls le FSB et le MOSSAD ont de tels moyens d’infiltration. En comparaison, la DGSE et le BND font piètre figure.
Cela dit, l’arme principale en matière d’espionnage technologique reste le système des joint-ventures. Le Guoanbu est passé maître dans l’art de « mettre la pression » à des cadres étrangers, pour qu’ils transfèrent des technologies dans un cadre illégal, à la faveur de transferts légaux. Le dispositif s’accompagne souvent d’offres de financement parallèle (une technique employée aussi dans un cadre plus politique, avec le financement discret de politiciens, aux USA en particulier). La Chine ne possède pas seulement une Diaspora immense, des Zones Economiques Spéciales qui fonctionnent comme des filtres à technologie : elle peut aussi compter sur des ressources financières gigantesques. Là encore, on peut remarquer que son influence aux USA vient curieusement percuter celle des réseaux pro-Israël, jusque sur leur terrain de prédilection.
Enfin, l’Internet est progressivement devenu un des principaux terrains d’action des services chinois. Ils ont participé à l’élaboration de la Grande Muraille qui protège l’Internet chinois, surveillent les utilisateurs (le Guoanbu laisse des sites dissidents accessibles… pour repérer ceux qui s’y connectent) et filtrent les informations qui peuvent venir de l’étranger. Les services chinois semblent aussi coordonner, en partie du moins, les attaques conduites par les hackers chinois (parmi les meilleurs du monde), attaques qui visent en priorité des sites gouvernementaux et les ordinateurs personnels de fonctionnaires ou cadres étrangers. Les services chinois se sont par ailleurs saisis de la technologie Internet pour sécuriser leurs communications : se sachant écoutés par le réseau anglo-saxon Echelon (station australienne d’Alice Spring), ils ont développés leurs propres autoroutes de l’information, par fibre optique, souvent dédiées à l’utilisation militaire.
Et la France ?
Ma foi, dans la ville-école du Guoanbu, où les services secrets chinois avaient copié, quartier par quartier, les villes des pays-cibles, afin que les futurs espions s’habituent au mode de vie du pays où ils devraient évoluer, il y avait un quartier français (aujourd’hui, on peut supposer que les méthodes se sont modernisées…).
La France est, d’après Roger Falligot, un des « cœurs de cible » du Guoanbu. Elle est facile à pénétrer (société très ouverte, élites très corrompues, attirance culturelle mutuelle entre deux civilisations universalistes, anti-américanisme prononcé, existence d’un fort courant maoïste souvent reconverti mais toujours accessible, richesse d’un monde associatif peu contrôlé, et surtout, bien sûr, importante communauté chinoise). Le contre-espionnage français estime que 10 % des 4.000 restaurants chinois de la région parisienne servent de paravent à des activités du Guoanbu.
Récemment, les Chinois auraient utilisé leurs puissants réseaux français pour mettre « sous la loupe » un personnage qui ne leur inspire pas grande confiance : Nicolas Sarkozy. La nomination de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay n’a pas plu à Pékin (on comprend aisément pourquoi).
Apparemment, si l’on décode bien ce que Roger Faligot sous-entend, les Chinois sont assez vite arrivés à la conclusion que le personnage serait aisé à circonvenir – un contrat Airbus, qu’est-ce que c’est pour la Chine de 2010 ? A peu près l’équivalent d’un contrat sur le gaz naturel avec l’Algérie, pour nous…
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Source : Scriptoblog










