Archive | novembre, 2010

La guerre des empires

26 nov

par l’équipe Scripto pour le Scriptoblog

Pour François Lenglet (FL), la « guerre des empires » est inéluctable. L’hypothèse d’une alliance structurelle USA-Chine est, à ses yeux, une « bulle géopolitique » qui finira par exploser, et sans doute assez vite. Nous sommes d’accord, même si (on le verra plus loin), nous marquons quelques fortes divergences avec l’analyse de l’auteur, à notre avis trop pro-US.

« Tous les ingrédients sont réunis pour une nouvelle guerre planétaire, la quatrième. Fondamentalement, le heurt va opposer deux puissances qui sont, et l’une, et l’autre, des empires. Il n’y a pas d’un côté une puissance malsaine, de l’autre une puissance saine. Il y a deux systèmes de pouvoirs immenses, l’un sur le déclin, l’autre en expansion, mais aussi brutaux l’un que l’autre. »

 

La thèse, dans les  grandes lignes :

FL établit un parallèle inquiétant entre le rapport actuel Washington-Pékin et le rapport Londres-Berlin en 1899. Deux économies interdépendantes, l’une ayant longtemps été en avance sur l’autre, plus puissante et plus avancée. Puis, progressivement, l’économie «  à la remorque » se renforce, et finit par battre son alliée à son propre jeu. Dès lors, l’alliance n’est plus possible, parce qu’on ne sait plus qui est le maître de qui. La rivalité commence.

Les arguments qu’on oppose à ce parallèle ne satisfont par FL.

La Chine, se démocratiser ? Pur occidentalo-centrisme. Pour qui voit les choses du point de vue chinois, quel est le meilleur régime politique : une démocratie occidentale corrompue, dévorée par le cancer financier, virtualisée par le marketing tout puissant, ou un régime pékinois autoritaire, mais qui garantit à son peuple le doublement du PIB tous les sept ans ? A part le droit de vote, dont ils ne sauraient sans doute pas quoi faire, les Chinois n’ont rien à gagner à se « démocratiser », si la « démocratie » veut dire, concrètement, le règne de Goldman Sachs.

La Chine, puissance pacifique qui ne s’intéresse qu’à elle-même ? Niaiserie. Il existe un très fort ressentiment chinois. Pour Pékin, les guerres de l’opium et le « siècle de l’humiliation », qui suivit, jouent un peu le rôle du traité de Versailles dans l’Allemagne de Weimar : une honte, et surtout, une injustice. Les occidentaux ont souvent tendance à croire que leur suprématie mondiale de ces deux derniers siècles traduit un ordre des choses quasi-essentialisable. Illusion : c’est oublier qu’à l’échelle du temps long, le pays le plus développé et le plus puissant du monde a été, le plus souvent, la Chine. Et de cela, les Chinois, eux, se souviennent parfaitement.

Alors, USA, Chine : un fauteuil pour deux ?

Première question : comment en est-on arrivé là ?

FL commence par rappeler l’histoire des relations américano-chinoises. La visite de Nixon, en 1972, a été le coup d’envoi d’un partenariat USA/Chine qui, pour ne pas avoir été sans nuages, s’est bon an mal an maintenu pendant quatre décennies.

Au départ, pour les  USA, il s’agit surtout de contrer l’URSS. Exemple, l’opération Chestnut, lancée en 1979, permet aux Américains d’implanter une station d’écoute ultra-perfectionnée dans le désert occidental chinois. Pour écouter qui ? Les soviétiques, sur le point d’entrer en Afghanistan (où la CIA s’active, afin précisément d’attirer Moscou dans le piège). Face à l’enjeu représenté par le soutien chinois contre l’URSS, l’amitié avec Taiwan ne pèse pas lourd, aux yeux des conservateurs réalistes (Kissinger, puis Brzezinski).

Pour la Chine, dès le départ, l’alliance aigre-douce avec les USA est surtout une affaire économique  Pékin n’a pas vraiment besoin des investissements occidentaux (la Chine n’a jamais manqué de capital, parce qu’avec un coût du travail quasi-nul, on n’a pas besoin de capitaux importants pour produire – le travail, au besoin, fabrique le capital productif). Mais la Chine a en revanche désespérément besoin des technologies occidentales.

« La zone économique spéciale ayant remporté le plus de succès en Chine est celle de Shenzhen, à l'origine simple village, devenue en une vingtaine d'années une ville de plus de 10 millions d’habitants. » Source : Wikipedia

Dans les années 80, Deng lance donc la modernisation à marche forcée de l’économie chinoise, et pour récupérer de la technologie sans permettre l’implantation en profondeur des USA, il invente une solution aussi simple que redoutable : les « zones économiques spéciales », sorte de Far West chinois ultra-capitaliste, qui va servir de filtre (la technologie occidentale passe, mais, le pouvoir restant aux Chinois dans les joint-ventures, l’influence est bloquée). Les firmes américaines, qui pensent leur planification à beaucoup moins long terme que Pékin, vont se laisser attirer dans le piège, fascinées qu’elles sont par le gigantesque marché chinois. Un marché de dupe, où la dupe n’est pas celui qu’on croit : les capitalistes occidentaux sont persuadés qu’ils viennent de gagner la guerre contre leurs propres peuples (en mettant en concurrence le salarié occidental et l’esclave chinois) ; c’est vrai, mais ils ont aussi, sans le savoir, perdu la guerre à l’échelle géopolitique, contre une oligarchie rivale…

Quoi qu’il en soit sur le long terme, au fil des années 80-90, une sorte de symbiose s’instaure progressivement entre les deux géants. Pékin offre aux firmes US sa main d’œuvre quasiment illimitée, très bon marché et remarquablement docile. Les Américains, en retour, offrent la technologie, le savoir-faire, et un appui massif à la Chine pour son intégration dans l’économie mondiale (clause de la nation la plus favorisée, puis OMC).

Mais cette symbiose n’a jamais été sans ambiguïté et nuages. Dès 1982, les Chinois se sont rendu compte que, contrairement aux accords passés, la CIA construisait des réseaux sur leur sol (plus tard, cela débouchera sur la secte Falun Gong). Aussitôt, exploitant la diaspora, profitant de l’envoi aux USA de dizaines puis de centaines de milliers d’étudiants, ils bâtissent leurs propres réseaux (les services secrets chinois sont potentiellement plus puissants que la CIA elle-même – nous y reviendrons dans une note de lecture ultérieure).

Surtout, le mode de développement choisi par Pékin présente un inconvénient pour la population : une génération entière est sacrifiée. Le PIB chinois présente en effet, à partir de la fin des années 80, une structure tout à fait atypique : exportations gigantesques (jusqu’à 35 % certaines années, soit un taux d’extraversion absurde pour une économie de cette taille), investissement fabuleux (jusqu’à 50 % certaines années, un taux qui ferait presque passer le décollage japonais pour une entreprise au rabais !)… et, donc, obligatoirement, une part du PIB réservée à la consommation très faible (certaines années, à peine 20 %).

L’avantage de cette formule, évidemment, c’est que le développement des capacités productives se fait à une vitesse foudroyante. Si vous investissez 50 % de votre PIB, étant donné que dans les conditions chinoises, 5 points d’investissement rapportent à peu près 1 point de capacité productive, vous faîtes croître vos capacités de production de 10 % par an (ce que feront les Chinois pendant trente ans). Mais si en plus, vous exportez 30/35 % de votre PIB (pour accumuler des réserves de change et acheter, en réalité, de la technologie), il vous reste peu pour la consommation. Conséquence : les salaires versés aux ouvriers qui produisent pour l’investissement ou l’exportation n’ont pas de contrepartie dans le marché intérieur, et le risque de surchauffe inflationniste est permanent. La Chine pourrait en sortir en remplaçant les exportations par le marché intérieur, mais comme Pékin veut absolument acheter de la technologie (et de l’influence), le choix sera maintenu durablement en faveur de ce modèle qu’on pourrait qualifier de « stakhanovisme à l’échelle d’un pays-continent ».

« Scène historique des massacres de la place Tian'Anmen, le tabou de la Chine. »

Comme le rappelle FL, le « printemps de Pékin » en 1989 fut donc beaucoup plus une demande de remise en cause de ce modèle (moins d’exportation, plus de consommation) qu’une revendication démocratique (même si, peut-être du fait de l’existence de réseaux CIA, les étudiants pékinois mirent en avant la revendication politique stricto sensu). Et donc, la boucherie de Tian Anmen ne signifiait pas que le « communisme » était maintenu, mais plus simplement que la Chine, pour ne pas avoir à tolérer l’influence occidentale (en échange des technologies) continuerait à acheter du savoir-faire en exportant à tout va – au prix de sa « génération sacrifiée ».

Ce message, d’ailleurs, fut reçu en Occident : pour la galerie, Bush père prit quelques sanctions peu durables ; mais en arrière-plan, le très puissant lobby patronal US-China Business Council a parfaitement décodé Tian Anmen : pour lui, cela veut dire, tout simplement, que la Chine va poursuivre son développement en sacrifiant une génération, et qu’il y a donc beaucoup, beaucoup d’argent à gagner dans les « zones économiques spéciales ». De fait, ce qui s’est décidé à Tian Anmen, c’est donc une alliance objective entre l’oligarchie postcommuniste chinoise et l’oligarchie néolibérale US – alliance dont les consommateurs surendettés américains et les ouvriers surexploités chinois vont faire les frais (une analyse que, bien entendu, FL s’abstient de formuler aussi brutalement – ici, c’est nous qui décodons).

Les années 1990-2008 voient le triomphe de la « Chinamérique ». Les flux commerciaux croissent vertigineusement, au rythme de la bulle financière occidentale et de l’économie productive asiatique. Il en découle une période de forte croissance apparemment globale, en réalité purement chinoise ; l’Amérique réelle est en train d’imploser – même si, au départ, personne n’accepte de le voir.

Ici, FL propose une analyse qui, à notre humble avis, fait la part trop belle aux élites occidentales. Pour lui, les dirigeants du capitalisme occidental auraient toléré la dévaluation de 50 % du Yuan en 1994 parce qu’ils souhaitaient maintenir coûte que coûte les liens avec la Chine (et non, comme nous le pensons, parce qu’ils y voyaient un moyen d’intensifier la guerre de classes en Occident même). Idem, FL estime que lorsque les taux longs US n’ont pas immédiatement suivi la remontée des taux courts en 2005, les dirigeants US n’ont pas compris que cela venait des achats chinois de bons du trésor US (sans rire ?). Et il ajoute que la crise des subprimes trouve son origine dans le dérèglement du marché des taux par les achats chinois à partir de cette date, ce qui est tout simplement faux (l’explosion du marché des subprimes est antérieur de trois ans au décrochage des taux longs, il remonte à 2001/2002, et il trouve son origine dans les taux directeurs bas de la FED – lire à ce sujet « Crise ou coup d’Etat ? »).

Bref, l’analyse de FL fait à notre avis la part un peu trop belle au discours officiel US ; nous croyons quant à nous que les USA ont accepté le Yuan comme monnaie de guerre chinoise parce que cette monnaie de guerre était, aussi, celle de leur propre guerre, contre leurs propres peuples, en vue d’un ajustement brutal de la structure de classe.

« Chinamérique : Je t'aime... moi non plus. »

Quoi qu’il en soit, le double marché de dupes s’est maintenu pendant deux décennies, de 1990 à 2008. Ni l’incident de 1994 (bâtiment chinois intercepté car soupçonné de livrer des armes chimiques à l’Iran), ni celui de 1999 (bombardement « par erreur » de l’ambassade de Chine à Belgrade lors de l’opération US/OTAN pour le Kosovo) n’ont remis en cause les dynamiques commerciales formidables enclenchées par la « Chinamérique »…

Jusqu’au moment où ces dynamiques ont produit ce qu’elles devaient produire : le basculement du centre de gravité du capitalisme global. Voilà comment nous en sommes arrivés où nous sommes aujourd’hui.

Deuxième question : et où va-t-on, après ?

Fondamentalement, le heurt va opposer deux puissances qui sont, et l’une, et l’autre, des empires. Il ne faut pas ici tomber dans le simplisme : il n’y a pas d’un côté une puissance malsaine, de l’autre une puissance saine. Il y a deux systèmes de pouvoirs immenses, l’un sur le déclin (donc plus prédateur à court terme), l’autre en expansion (donc n’ayant pas besoin d’être prédateur à court terme), mais aussi brutaux l’un que l’autre.

Oui, oui, on sait, l’Amérique est « démocratique », pas la Chine – mais allez donc poser la question à Bagdad, vous allez voir… Et oui, oui, on sait, la Chine n’a pas attaqué de pays récemment – mais allez poser la question de son « émergence pacifique » aux millions d’esclaves qui triment dans ses usines, et là aussi, vous verrez…

FL nous apprend qu’en 1999, deux colonels de l’armée chinoise inventent le concept de « guerre hors limite », notion pratiquement identique au concept US du « Fourth Generation Warfare » (guerre de quatrième génération désignée par l’acronyme G4G, ndlr) : la guerre qui se déploie sur tous les fronts, en impliquant tous les aspects de la vie politique, économique et culturelle, parce que la confrontation directe, par l’armement, est devenue impensable (trop grande puissance de destruction). Et quand les USA inventent la « lutte contre le terrorisme » pour justifier leur impérialisme, la Chine conçoit la théorie de « l’émergence pacifique » pour désamorcer les critiques que son offensive économique tous azimuts pourraient susciter.

« Dans les guerres de 4e génération, bâtons et cailloux peuvent briser une armée. Les informations télévisées peuvent devenir une arme opérative plus puissante que des divisions blindées. La guerre a trois dimensions: physique, mentale et morale. Et c'est l'élément moral qui peut poser le plus grand problème pour les Etats-nations. » Source : Checkpoint online

Chine et USA jouent chacun avec leurs atouts propres, mais en réalité, ils jouent sur le même échiquier, et avec des logiques de puissance précontraintes par la nature même de leur affrontement. Les Chinois font semblant de ne pas avoir de prétention à la domination globale (sauf quand il s’agit de mettre la main sur le pétrole du Soudan et du Tchad – alors là, on y va franchement, soutien militaire inclus), et les Américains font semblant de coopérer sans arrière-pensée (sauf quand une firme chinoise veut s’emparer d’Unocal – alors là, pas touche, il y va du contrôle US sur le pétrole d’Asie centrale…).

A ce petit jeu, la puissance montante part a priori gagnante. Plus grand marché du monde, Pékin va progressivement supplanter les USA comme le pays qui définit les normes (une des sources de la puissance US au XX° siècle). Ayant désormais refait l’essentiel de son retard technologique, la Chine n’a plus vraiment besoin des USA ; ce qu’elle achetait jusqu’ici à l’Ouest, c’était de la technologie ; mais désormais, la technologie, elle peut dans une large mesure la produire elle-même.

Plus structurant peut-être, le modèle de « socialisme de marché » inventé par Pékin (l’Etat possède en réalité l’outil de production, mais tolère l’enrichissement du management) semble, à ce stade, mieux fonctionner qu’un modèle US néolibéral en chute libre. Comme le rappelle FL, depuis 30 ans, la Chine fait exactement le contraire de ce qui est préconisé par le FMI – et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle s’en sort mieux que ceux qui ont obéi au « consensus de Washington ».

Privatiser l’économie, dit le FMI. Restructurer les entreprises d’Etat, répond Pékin. Libéraliser le compte de capital du pays, dit le FMI. Contrôle des changes, répond Pékin. Banque centrale indépendante, dit le FMI. Contrôle politique sur le crédit, répond Pékin.

Jusque dans la gestion de la crise financière, Pékin donne une leçon de pragmatisme et d’efficacité à l’Occident : sauver les banques, dit l’Occident ; relancer par l’économie productive, répond Pékin (l’UE sauve les créanciers de la Grèce, la Chine investit dans ses usines…).

En somme, pour FL, ce qui vient de se passer, en 2008, c’est une rupture d’environnement géostratégique : ce n’est pas la chute du capitalisme, non. C’est la chute du capitalisme occidental néolibéral. Un mur vient de tomber : celui que l’Occident avait érigé autour de son pouvoir global. La chute de ce mur-là joue, pour les Chinois, le rôle joué par la chute du Mur de Berlin pour les Occidentaux : l’annonce qu’on vient de gagner une guerre « de quatrième génération ». Nous ne dirons pas le contraire. Lire à ce sujet « Crise économique ou crise du sens ? ».

Conséquence  de cette rupture géostratégique : la « Chinamérique » va exploser.

Ici, deux théories s’opposent : le « découplage » (la Chine poursuivra sa croissance sans la « Chinamérique ») et la crise globale (les USA entraîneront la Chine dans leur faillite, car Pékin ne pourra pas maintenir sa croissance folle une fois la « Chinamérique » disparue).

Sur ce point précis, nous marquons un désaccord avec l’auteur de « La guerre des empires ».

FL prend position pour la crise globale, donc contre le « découplage ». Il invoque pour cela les premières conséquences de la crise, qui aura entraîné un effondrement des exportations chinoises (voir « Crise ou coup d’Etat ? »). La croissance chinoise réelle passe sensiblement sous le seuil des 8 % annuels (nécessaire pour éviter la hausse du chômage, dans un pays qui voit un gigantesque exode rural interne).

Pour notre part, nous doutons de la viabilité de cette analyse. Que dans un premier temps, la Chine subisse un ralentissement de croissance est évident, logique. Mais nous estimons que le marché intérieur chinois pourrait très rapidement prendre la relève des exportations ; encore une fois, ce qui explique la croissance chinoise, c’est un taux d’investissement énorme et des débouchés solvables (l’exportation) ; si les exportations calent, il reste le développement du marché intérieur, et rien n’empêche Pékin de le lancer, à présent, puisque l’acquisition des technologies est en passe d’être achevée (donc plus besoin des exportations pour financer l’acquisition de technologie), et les ressources financières existent (taux d’épargne élevé, réserves de change énorme : marché solvable).

Peut-être la crise US arrive-t-elle quelques années trop tôt pour la Chine ; mais à moyen terme, à notre avis, sauf problème écologique ou énergétique, on ne voit pas ce qui empêcherait la Chine de se développer par l’investissement et la consommation (lire, à ce sujet, « Crise économique ou crise du sens ? »).

Le fond du désaccord : FL pense que la relance chinoise par l’investissement va enclencher un cycle inflationniste ; à notre avis, il oublie que si la Chine développe son marché intérieur au lieu d’exporter, le risque social lié à la surchauffe va beaucoup baisser (puisque les salaires augmenteront avec l’inflation, laquelle sera contenue par un afflux de produits enfin destinés au marché intérieur). FL pense que la dette chinoise est trop importante pour développer le marché intérieur : à notre avis, il oublie qu’une dette totale (tous acteurs confondus) à 200 % du PIB (son estimation, à notre avis maximaliste) n’est pas insurmontable, si le taux d’épargne est élevé (il l’est en Chine) et, surtout, si la croissance permet de couvrir les intérêts (à ce stade, elle le permet). En outre, il ne faut pas négliger que les flux du commerce international peuvent très bien rebondir via les pays émergents entre eux (c’est d’ailleurs ce qui se passe depuis un an).

Bref, comme FL, nous croyons effectivement que la crise marque la fin d’un système : la mondialisation néolibérale occidentalo-centrée ; mais à la différence de cet auteur, nous estimons que la théorie du « découplage » est tout sauf absurde. Il ne s’agit pas de nier que la Chine va éprouver des difficultés (on ne reconvertit pas sans casse une industrie bâtie pour l’export), mais simplement d’estimer, tout bien considéré, que Pékin a de fortes chances de surmonter ces difficultés. Encore une fois, avec 10 % de croissance et un fort taux d’épargne, on couvre les intérêts d’une dette totale, tous acteurs confondus, à 200 % du PIB (situation chinoise). Alors qu’avec une croissance faible (2, 3 %), voire nulle, et une épargne anéantie, on ne couvre pas une dette totale (tous acteurs confondus) qui doit maintenant dépasser largement 300 % du PIB (situation US).

Donc, disons-nous, la Chine va souffrir – mais elle passera le cap (ce qui ne sera pas le cas des USA).

L’avenir dira qui avait raison…

FL est en revanche tout à fait intéressant quand il nous renseigne sur les premières étapes de l’explosion de la « Chinamérique ».

Du côté américain, deux tendances s’affrontent. Les « gentils garçons » veulent la paix avec la Chine (on les appelle les « panda huggers », les « embrasseurs de panda ») ; Obama, a priori, appartient à cette école « mondialisation avant tout » (son demi-frère est d’ailleurs marié à une chinoise), tout comme une bonne partie de son administration. Mais une autre tendance, qui prime au Congrès, « America first » en quelque sorte, veut la confrontation. Arme envisagée : le protectionnisme (enfin, on y vient) – la campagne de presse en cours aux USA sur la sécurité des biens fabriqués en Chine, ou encore les tentatives du Congrès pour faire accuser la Chine de manipulation monétaire, traduisent d’ailleurs une volonté de faire sentir aux Chinois que les « panda huggers » ne sont pas forcément les seuls à décider, à Washington.

On ne s’étonnera pas ici que l’administration Obama (financement : Soros donc Rothschild ; conseil stratégique : Brzezinski dont Rockefeller) soit « panda hugger » (finir de gagner la guerre de classes), tandis que le Congrès (soumis au vote de l’Amérique profonde et en partie financé par l’industrie US) soit nettement plus hard avec la Chine (préserver la puissance US)…

« Chine et USA sont, l’un comme l’autre, enfermés dans une manipulation commune qu’ils ont tolérée pour des raisons symétriques, et dont ils ne savent plus comment sortir. »

Du côté chinois, on prend progressivement conscience de sa puissance, et on teste le rival, à petites touches. Remise en cause du dollar comme monnaie de réserve mondiale (discours de Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale chinoise). Pesée au sein du FMI en faveur d’une monnaie de réserve mondiale constituée d’un panier de monnaie. Accords avec des pays asiatiques qui officialisent le rôle de monnaie internationale régionale du Yuan.

Ce qu’il faut bien comprendre, en tout cas (et là-dessus, FL est très clair), c’est que le discours officiel sur la Chine « manipulatrice de monnaie » est surtout rhétorique. En réalité, les USA souhaitent d’un côté la réévaluation du Yuan (pour regagner des parts de marché), et la redoutent d’un autre côté (si le Yuan est réévalué, la puissance financière de Pékin, déjà considérable, deviendrait peut-être suffisante pour que la Chine remplace les USA comme première puissance monétaire du monde – ce qui lui permettrait de racheter les entreprises un peu partout, y compris en Occident).

En fait, Chine et USA sont, l’un comme l’autre, enfermés dans une manipulation commune qu’ils ont tolérée pour des raisons symétriques, et dont ils ne savent plus comment sortir.

Le problème, c’est qu’en sortant de cette manipulation commune, les USA et la Chine vont s’apercevoir qu’une fois le Yuan et le dollar convertibles, il n’y aura qu’un seul gagnant. Une des deux puissances va se trouver en situation de modeler l’économie mondiale – et il n’est pas du tout certain que ce soit les USA.

Conclusion de FL : tous les ingrédients sont réunis pour une nouvelle guerre planétaire – la quatrième (après les deux guerres mondiales et la Guerre Froide).

Troisième et dernière question : puisque ce qui vient, c’est une guerre, à quoi ressemblera cette guerre ?

Réponse : la « guerre sans limite », pour parler chinois, ou encore la « guerre de quatrième génération », pour parler US.

La guerre des mers : la Chine est en train  de construire une flotte capable de rivaliser avec l’US Navy. C’est logique : puisque les Chinois mettent la main sur les matières premières partout où ils peuvent, avec leurs réserves  de devise, ils veulent aussi pouvoir sécuriser les routes maritimes vers ces matières premières.

C’est aussi une mesure défensive : pour Pékin (que FL juge paranoïaque et que nous estimons simplement prudente), la Mer de Chine est un poste avancé. Surtout qu’il y a, au large, une bombe diplomatique prête à exploser : Taiwan, qui, en déclarant officiellement son indépendance, pourrait provoquer une intervention chinoise.

La Chine peut-elle rivaliser à termes avec la puissance militaire US ? Réponse : oui. Officiellement, Pékin dépense 10 fois moins que Washington en dépenses militaires (60 milliards de dollars contre 600 milliards). Mais la réalité serait, d’après FL, toute autre. Le chiffre réel des dépenses chinoises serait probablement du double du chiffre avoué, et comme les salaires chinois sont beaucoup plus faibles que les salaires US, on peut considérer que les 60 milliards officiels équivalent à 120 milliards réels au taux de change courant, et à 250 milliards à parité de pouvoir d’achat. Pékin dépenserait donc à peu près 40 % de ce que dépense Washington – et, en outre, n’ayant pas à financer d’expéditions coûteuses en Irak et en Afghanistan, ses dépenses d’équipement ne sont pas rognées par les dépenses de fonctionnement.

Au final, il semble peu probable que Pékin puisse jamais se donner les moyens de gagner une guerre conventionnelle contre les USA. Mais il est probable, en revanche, qu’elle puisse interdire à l’Amérique de considérer possible une victoire dans ce domaine.

Ce qui reportera le conflit vers d’autres théâtres d’opération, extérieurs à la sphère militaire…

La guerre du cyberespace : ils ont l’air malin, ceux qui annonçaient que l’Occident pouvait abandonner sans remord l’économie physique, puisqu’il allait gagner l’économie de la connaissance !

« Avec le Tianhe-1A, la Chine revendique désormais la première place du classement des superordinateurs les plus puissants du monde. »

La Chine possède désormais le supercalculateur le plus puissant du monde. Elle possède aussi des entreprises performantes dans le secteur des télécoms. Elle compte 400 millions d’internautes. Elle forme chaque année des centaines de milliers d’ingénieurs dans les technologies de l’information. Le quart des tentatives de piratage observées dans le monde proviendrait de Chine. Le moteur de recherche Baidu domine Google en Chine même, tandis que les encyclopédies en ligne Baidu Baike et Hudong, contrôlée par le gouvernement chinois, n’ont même pas de concurrent (Wikipedia est bloquée).

La Chine n’a pas le contrôle d’Internet, mais celui de son Internet. La Chine se met en situation de gagner, en tout cas sur son sol, la « guerre de l’information ». L’opération « faux SMS » conduite semble-t-il par la CIA en Iran, après la réélection d’Ahmadinedjad, n’est tout simplement pas « jouable » en Chine.

La guerre de l’or noir : la Chine n’a pas de pétrole. Pendant longtemps, ça ne l’a pas empêchée de dédaigner la grande stratégie globale : elle n’avait besoin du pétrole, n’ayant pas d’industrie. Cette période est révolue : la Chine va désormais se projeter à l’extérieur, contrairement à sa longue tradition, pour le pétrole (et d’autres matières premières).

Au total, et sur ces opérations récentes, la Chine s’est assurée l’exploitation de 8 milliards de barils hors de ses frontières (environ quatre ans de sa consommation au rythme actuel). Il est à noter que 30 % de cette manne vient d’Afrique… et 30 % d’Iran (où un seul champ représente 2,5 milliards de barils). Où l’on comprend pourquoi « l’axe du Mal » associe le Soudan et l’Iran…

En 2008, les investissements chinois à l’étranger ont dépassé 50 milliards de dollars, soit plus que les investissements étrangers en Chine. L’essentiel de cet effort porte sur les matières premières et les hydrocarbures.

La guerre du capital : la Chine n’a pas de pétrole, mais elle a tellement de devises qu’elle peut se permettre d’acheter bien d’autres choses encore.

On a récemment fait remarquer que l’évaluation de l’investissement nécessaire pour remettre en état l’ensemble du parc d’infrastructures des Etats-Unis (totalement délabré après 30 ans de néolibéralisme) correspond approximativement au montant des réserves de change chinoises. Ou pour le dire autrement (et cela donne une idée du raid financier qui se prépare potentiellement), les USA pourraient rembourser 20 ans de consommation de produits chinois à bas prix en vendant à la Chine… leurs ports, leurs routes, leurs aéroports, leurs ponts et leurs chemins de fer ! (où l’on comprend, encore une fois, que la réévaluation du Yuan est à la fois souhaitée et redoutée par Washington).

On n’en est pas là. Mais ça commence. Savez-vous que Volvo est, depuis quelques mois, une entreprise chinoise ? Et que si EDF s’est désengagée de l’électricité britannique, c’est parce que son concurrent chinois alignait les zéros ?

La guerre des modèles : le déluge d’argent chinois qui peut à tout moment fondre sur les entreprises occidentales va imposer au capital une révision drastique de son discours dominant (antiprotectionniste jusqu’ici). Ce n’est pas tant qu’il s’agisse de défendre le marché intérieur (les capitalistes occidentaux ne s’en préoccupent pas vraiment, ils pensent global avant tout) ; c’est qu’il va falloir défendre le contrôle exercé sur les entreprises par les institutions financières occidentales.

Cette défense va réhabiliter l’idée de compétition entre deux modèles. Non plus « la démocratie de marché » contre « l’économie dirigée par le Parti Unique », mais le néolibéralisme US contre le néo-colbertisme chinois. Or, dans cette guerre, il n’est pas certain que le modèle occidental prédomine. Si l’Amérique s’est longtemps imposée, rappelle FL, c’est parce qu’elle faisait rêver. Mais aujourd’hui, c’est la croissance chinoise qui fait rêver (en tout cas les peuples pauvres).

La Chine a d’ailleurs commencé cette guerre. Elle forme les élites des pays émergents. Il y a des milliers d’étudiants africains à Pékin. Partout, la Chine propose aux peuples longtemps dominés par l’Occident un modèle de rechange (lire la note de lecture sur « La Chinafrique »)… et cela ne se limite pas aux fonctions techniques ou d’encadrement intermédiaire : le directeur d’HEC s’est récemment étonné de la capacité des Chinois à rattraper leur retard dans la formation des gestionnaires !

La guerre culturelle : verrons-nous un jour un cinéma français proposer non plus trois films US (très bien faits) et un film français (minable), mais trois films chinois (très bien faits) et un film français (toujours aussi minable) ? Pas impossible, même si c’est peut-être le seul terrain où les USA dominent encore …

Le mandarin va-t-il remplacer l’anglais comme langue la plus usitée  sur Internet ? Qui a répondu : jamais ? – perdu, c’est déjà le cas.

« Après Séoul, Londres, Le Caire, Oakland, Boston, Rome et bien d'autres, l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense a inauguré en février 2008 un Institut Confucius. Selon Wikipedia, il y a déjà 14 instituts Confucius en France. »

Pékin est pragmatique : pour développer l’apprentissage du chinois, le pouvoir chinois a copié rigoureusement le système des « alliances françaises », avec les « instituts Confucius » (60 dans le monde). En 2010, 30 millions de courageux ont entrepris l’apprentissage du Chinois (simplifié, tout de même – sinon, c’est dix ans d’études à raison de 4.000 idéogrammes par an).

Nous ne nous rendons pas compte de cet effort culturel, parce qu’il porte prioritairement sur la périphérie de l’Empire chinois. Pour l’instant, ce que veulent les dirigeants de Pékin, c’est réaffirmer leur prédominance culturelle sur les anciens Etats tributaires du système mandarinal.

Mais demain ?…

La guerre monétaire : Ce sera le terrain décisif. L’équation est simple : tant que le Yuan n’est pas réévalué, le dollar reste monnaie de réserve, mais l’Amérique implose. Le jour où le Yuan est réévalué, et où il devient convertible, il y aura deux monnaies de réserve possibles pour le monde (trois si l’euro existe encore, ce dont beaucoup doutent ici).

On en est peut-être très proche : voici un véritable symbole, la firme Mc Donald vient d’annoncer qu’elle s’endetterait en Yuans pour financer son implantation en Chine…

Le jour où le Yuan sera réévalué et convertible, on verra se produire un évènement décisif : les USA seront obligés soit d’emprunter en Yuan, ou, s’ils le font encore en dollars, de rembourser avec des dollars stabilisés, appuyés sur des actifs réels.

Ce jour-là, estime FL, l’Empire thalassocratique anglo-saxon aura perdu la suprématie mondiale. Et la guerre pourra opposer deux camps, parce qu’il y aura deux camps.

On pourra alors vérifier, pour la centième fois dans l’Histoire, que l’interdépendance économique ne garantit pas la paix. Au contraire : elle crée des opportunités de guerre, parce qu’elle oblige à définir le sens de la dépendance.

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Source : Scriptoblog

Le sommet de l’OTAN pour une guerre illimitée en Afghanistan

25 nov

par James Cogan pour WSWS

Le sommet de l’OTAN qui a débuté à Lisbonne au Portugal a un objectif primordial concernant la guerre conduite par les Etats-Unis en Afghanistan: ranger au placard toute idée exprimée par le président Obama d’un retrait des troupes d’Afghanistan à partir de juillet 2011.

« Seuls les morts ont vu la fin de la guerre. » Platon

 

Ces dernières semaines, le gouvernement Obama a banni le mot « retrait » de ses déclarations sur l’Afghanistan. Juillet 2011 est devenu juste le début d’une « transition. »

La fin de 2014 est maintenant invoquée par les Etats-Unis et ses alliés comme la date clé de la guerre. D’ici cette date, l’armée et la police nationale du régime fantoche afghan du président Hamid Karzai seront soi-disant suffisamment importantes et entraînées pour entreprendre les principales opérations de combat contre les Taliban et les autres organisations insurgées anti-occupation.

L’envoyé spécial américain Richard Holbrooke a dit cette semaine, au Pakistan, aux journalistes présents: « Le sommet de Lisbonne marquera le début d’une stratégie de transition avec une date prévue à la fin de 2014 pour que l’Afghanistan prenne la relève de la responsabilité de la direction des opérations de sécurité. » Les forces américaines resteraient cependant encore sur place après cette date. « Nous avons une stratégie de transition. Nous n’avons pas de stratégie de retrait, » a souligné Holbrooke.

Le New York Times, après avoir été informé par des responsables du gouvernement, a résumé le 14 novembre la perspective d’Obama : « D’ici la fin de 2014, les forces armées américaines et de l’OTAN pourraient se retirer si les conditions le permettent, bien que des dizaines de milliers très vraisemblablement resteront à des fins d’entraînement, de conseil et autre assistance, au même titre que les 50.000 soldats américains qui se trouvent encore en Irak. »

En d’autres termes, Washington envisage une présence illimitée des forces d’occupation américaines en Afghanistan. Même si « les conditions permettent » que des troupes étrangères ne soient plus requises pour des opérations de combat direct d’ici 2014 – une perspective rejetée par presque tous les spécialistes – le Pentagone va dire qu’une présence prolongée sera nécessaire pour assurer un service « d’entraînement, de conseil et d’assistance. »

Ceci est notamment le cas étant donné que l’Afghanistan ne dispose pas de force aérienne. L’armée américaine à l’intention d’utiliser indéfiniment la grande base aérienne qu’elle a construite à Bagram, au cœur même de l’Asie centrale.

Le rejet d’un calendrier de retrait souligne que la rhétorique d’Obama a toujours été un exercice de duperie cynique. La vérité est que les deux partis de l’impérialisme américain, les Démocrates et les Républicains, sont engagés l’un comme l’autre à imposer une empreinte militaire américaine permanente dans deux des régions clé du monde fournisseurs d’énergie, l’Asie centrale et le Moyen-Orient.

Le motif fondamental des guerres perpétrées sous la bannière mensongère de la « guerre contre le terrorisme » a été pour les entreprises américaines de gagner une part plus grande dans l’exploitation des ressources lucratives et de positionner l’armée américaine de façon à perturber ou même de fermer définitivement l’approvisionnement en énergie à des rivaux stratégiques, telle la Chine.

Durant neuf années terribles, d’importantes sections appauvries mais férocement indépendantes de la population afghane se sont opposées au programme de l’impérialisme américain et de ses alliés. Des dizaines de milliers ont perdu la vie dont des milliers de femmes, d’enfants et de personnes âgées qui ont été massacrés par des frappes aériennes ou abattus dans des raids menés contre des villages et des maisons. Dans la destruction et le bouleversement de la guerre, un nombre inconnu de personnes sont mortes de malnutrition, de maladie et d’un manque de soins médicaux.

Des milliers de personnes sont mortes aussi dans le nord-ouest du Pakistan, où le gouvernement pakistanais pro-américain a mené des campagnes brutales contre les populations tribales qui soutiennent la résistance afghane et des drones prédateurs américains larguent régulièrement des missiles contre des sites civils abritant soi-disant des insurgés.

Pour le peuple d’Afghanistan et du nord-ouest du Pakistan, les implications du sommet de Lisbonne représentent un nombre incalculable d’années de plus de morts, de destruction et de terreur.

D’ores et déjà, participant de la montée en puissance promue par Obama qui a fait passer le nombre des troupes américaines et de l’OTAN à 150.000, la violence a été massivement accrue avec de nouvelles offensives lancées dans les provinces du Helmand et de Kandahar. Pour donner une idée du caractère brutal de telles opérations, le nombre de bombes lâchées au-dessus de l’Afghanistan a fortement augmenté. Plus de 1.000 missions de bombardement ont été effectuées en octobre dernier, contre 660 en octobre 2009.

Pour la première fois, des chars lourds Abrams M1 sont déployés dans le Sud de l’Afghanistan pour assister les Marines à réprimer la résistance qu’ils rencontrent.

La population civile est assujettie à une punition collective aveugle. Un article paru mardi dans le New York Times rapporte que les troupes américaines détruisent systématiquement des centaines d’habitations civiles dans la région de Kandahar anciennement contrôlée par les Taliban au motif qu’elles sont peut-être piégées. Dans une déclaration qui rappelle la brutalité de la guerre du Vietnam, le gouverneur afghan pro-occupation du district de Khosrow de Kandahar où une demi douzaine de villages au moins ont été rasés, a dit au Times : « Nous avons dû les [les villages] détruire pour les sécuriser. »

Evoquant tout autant le Vietnam, des unités des forces spéciales américaines et de l’OTAN sont en train de mener une campagne de meurtres de masse de style Opération Phoenix. Un commandant américain s’est réjoui cette semaine dans le quotidien américain Christian Science Monitor de ce que toutes les 24 heures, les forces spéciales « tuent ou font prisonnier trois à cinq dirigeants ennemis de niveau moyen et 24 combattants ennemis. »

Si un tel taux est maintenu, près de 10.000 vies afghanes de plus seront anéanties au cours des 12 prochains mois rien que par les escadrons de la mort des forces d’occupation.

L’affirmation que les victimes de la guerre sont des « terroristes » ou une menace pour les Etats-Unis ou tout autre pays est un mensonge méprisable. La CIA elle-même a admis qu’il n’y avait plus qu’entre 50 et 100 personnes dans tout l’Afghanistan à avoir des liens avec Al Qaïda. Des milliers de personnes sont tuées, emprisonnées ou ont leurs maisons détruites parce qu’elles ne veulent pas accepter une domination étrangère ou un gouvernement fantoche américain.

Ce qui se passe en Afghanistan est une tentative calculée et meurtrière de noyer dans le sang l’opposition légitime qui existe au sein de la population contre l’occupation contrôlée par les Etats-Unis. En appliquant leur programme néocolonial, les classes dirigeantes des pays occupants sont tout aussi indifférentes au nombre de soldats américains ou de l’OTAN tués, blessés ou moralement détruits. Le bilan des victimes de cette année s’élève déjà à 654 et bien plus de 3.000 blessés. Depuis l’invasion de 2001, le nombre total des victimes américaines et de l’OTAN a dépassé 2.200.

Divers alliés des Etats-Unis, qu’ils soient ou non membres de l’OTAN, ont pris les devants avant le sommet de Lisbonne pour promettre de continuer leur participation à la guerre. L’Afghanistan et la « guerre contre le terrorisme » continuent de leur procurer un écran derrière lequel ils peuvent justifier des attaques contre les droits démocratiques sur le plan national, la poursuite de l’expansion de leurs forces militaires et de compter sur le soutien des Etats-Unis afin de servir leurs propres ambitions coloniales prédatrices.

L’Allemagne a prolongé sa mission jusqu’en 2012 en augmentant les opérations de combat de ses troupes. Le Canada qui devait retirer son contingent d’ici la fin de 2011 a annoncé qu’il conserverait jusqu’à 1.000 « formateurs » jusqu’en 2014. Le ministre français de la Défense, Alain Juppé, a dit mercredi que les troupes françaises ne quitteraient l’Afghanistan que lorsque « les autorités afghanes auront la situation bien en main. »

Le premier ministre australien, Julia Gillard, a déclaré le mois dernier lors d’un débat parlementaire que les forces australiennes seraient engagées en Afghanistan jusqu’à « la fin de cette décennie au moins. »

Le nouveau chef d’état major des forces britanniques, le général Sir David Richards, a même prévu un engagement plus long. Il a déclaré cette semaine qu’alors que la plupart des troupes de combat britanniques pourraient se retirer entre 2012 et 2014, « tout le monde sait que nous devrons rester bien plus longtemps que cela. »

En réponse à la question d’un journaliste qui demandait si l’occupation US/OTAN pourrait durer « entre 30 et 40 ans, » il a répondu, « Je pense que ce sera le cas. »

La classe ouvrière n’a aucun intérêt dans cette poussée néocoloniale pour la domination du peuple afghan. Les gouvernements de tous les pays représentés au sommet de Lisbonne que ce soit en Amérique du Nord, en Europe ou au Pacifique, entreprennent la démolition sociale pour le compte de cette même oligarchie capitaliste dont cette guerre défend les intérêts. Dans le même temps, ils avancent des « menaces terroristes » dans le but de supprimer les droits démocratiques et de préparer le cadre pour des Etats policiers.

Pas un centime de plus ne devrait être gaspillé pour des guerres d’agression criminelles. En réponse au programme impérialiste qui a été présenté à Lisbonne, la classe ouvrière doit mener une lutte politique pour le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les troupes américaines et étrangères d’Afghanistan et pour le démantèlement de l’ensemble de la machine de guerre américaine et de l’OTAN.

James Cogan

(Article original paru le 20 novembre 2010)

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Source : WSWS

Humain, trans-humain

22 nov

par Andréa Fradin pour OWNI

La théorie de la Singularité affirme que l’Homme s’apprête à vivre une nouvelle ère, celle du “transhumain“, d’une humanité augmentée par la technologie. Qui sont les artisans de ce mouvement scientifique dont seule l’esthétique tient de la science-fiction ?

« Jouer au Créateur en cherchant à prolonger son existence en un Homme nouveau, forcément meilleur, est une histoire mille fois entendue: Fontaine de Jouvence, pierre philosophale and co… De même que la lubie céphalo-centriste qui croit pouvoir soigner tous les maux du monde avec son subtil intellect, ou bien encore favoriser l’émergence d’êtres fantastiques; les chimères faisant aussi partie des rêves qu’on imagine peuplés de licornes et de dragons, des transhumanistes. »

Bienvenue chez les “H+”. Signe qui ne renvoie pas ici au proton, même si la référence à la particule élémentaire est flagrante, mais à l’”Homme augmenté”. Au “transhumain”. Ou plus précisément, puisque rien n’est encore fait, à tous les artisans de ce mouvement, qui croit en l’avènement d’une humanité nouvelle aux alentours de 2029.

Non, ceci n’est pas une vaste blague ou un scénario de SF mal ficelé. Le transhumanisme est un courant de pensée très sérieux, qui rencontre un certain succès outre-Atlantique, en témoignent les nombreux succès de librairies, ou l’existence de H+ Magazine, consacrés exclusivement au sujet.

Pour ses partisans, l’Homme sera très bientôt capable de se transcender en une entité à la fois organique et mécanique, susceptible de pallier à toutes les tares de sa condition. Miracle qu’il devra aux technologies dont il sera truffé et qui lui permettront de passer haut la main le cap des 200 piges, sans souffrir des écueils du grand âge. Le basculement dans cette ère supérieure est appelé “Singularité”.

Au-delà de l’humain, c’est tout son écosystème que le transhumanisme croit pouvoir sauver. Ainsi, en parallèle des nano-bestioles qui assureront la maintenance de nos cellules, les sciences “émergentes” -biotechnologies, robotique, intelligence artificielle, génétique, informatique- apporteront des solutions aux problèmes d’énergie, de désertification ou d’accès à l’eau potable à travers le monde. La panacée, à base de micro-processeurs.

Énième lubie céphalo-centriste ?

Si ce mouvement sonne familier, renvoyant à une imagerie populaire luxuriante qui fait le grand écart entre Frankenstein et Total Recall, c’est tout simplement parce qu’il n’a rien de bien original. Jouer au Créateur en cherchant à prolonger son existence en un Homme nouveau, forcément meilleur, est  une histoire mille fois entendue: Fontaine de Jouvence, pierre philosophale and co… De même que la lubie céphalo-centriste qui croit pouvoir soigner tous les maux du monde avec son subtil intellect, ou bien encore favoriser l’émergence d’êtres fantastiques; les chimères faisant aussi partie des rêves qu’on imagine peuplés de licornes et de dragons, des transhumanistes.

Si la fixette est classique, elle diverge dans le cas qui nous intéresse sur un point crucial: son financement. Car les sommes investies dans le transhumanisme sont colossales, et, à l’inverse de celles des scénars de science-fiction, bien réelles. Loin de l’image du savant fou isolé dans une antre débordant de bechers et de bidules clignotants, la théorie de la Singularité compte parmi ses adeptes des entrepreneurs, des chercheurs, des mécènes aux porte-feuilles bien garnis; bref, ce qu’on appelle des personnalités influentes. Parmi lesquelles on retrouve les fondateurs d’un certain Google.

Bienvenue à la Singularity University

Une salle de conférence plongée dans le noir, un auditoire attentif. Sur l’estrade, un homme lance “si j’étais étudiant, c’est là que je voudrais être”. Le programme d’été 2010 de la Singularity University vient de s’ouvrir et pour l’occasion, Larry Page salue comme il se doit ses participants.

Au cœur de la Silicon Valley, sur un campus de la Nasa, la Singularity University, ou plus sobrement “SU”, cherche à diffuser les idées du transhumanisme auprès des têtes bien faites de la planète. Mieux, et c’est tout l’intérêt, elle se présente comme un catalyseur de leurs projets.

Depuis sa création en 2009, elle propose à l’année plusieurs cours de 4 et 9 jours ainsi qu’un stage estival de dix semaines. Près de 80 places sont disponibles; étudiants, entrepreneurs ou simples curieux peuvent être sélectionnés, sous réserve néanmoins de pouvoir payer le prix fort. Pour dix semaines, compter 25 000 dollars. Pour 4 jours, 7500. Le tout pour une formation intensive avec certains des plus grands esprits de ce monde, comprenant Prix Nobel et chercheurs du MIT.

Eugénie Rives, une française inscrite l’été dernier, explique que l’un des objectifs de SU est de lancer des associations, des organisations non gouvernementales ou des entreprises, et ce dès la fin du programme. La Singularity University veut booster le processus de germination des idées, selon elle bien trop lent. C’est aussi en ce sens que l’un de ses cofondateurs Peter Diamandis lançait en 1995 la X-Prize Foundation. Cherchant à générer des “breakthroughs”, des avancées scientifiques radicales, l’institution lance des challenges à la communauté internationale, en promettant un incroyable pactole aux projets jugés les plus prometteurs.

A la Singularity University, le discours est le même: il faut combattre les ankyloses de la recherche traditionnelle. Pour ce faire, les différents intervenants font usage d’effets rhétoriques bien rodés: “l’avenir est entre vos mains, pas celles de vos enfants, les vôtres”, “il faut briser les règles”, “vous pouvez changer le monde”. Le tout, dans une ambiance de saine et fructueuse décontraction -certains n’hésitant pas à faire leurs cours bière vissée à la pince. De passage sur le campus en août dernier, Nicola Jones de Nature tire le portrait de l’université:

l’endroit ressemble au mélange d’un think tank, d’un camp d’aventure geek et d’un cocktail d’affaire.

Non contents d’être mués par une coolitude qui donne envie de s’endetter à vie pour suivre ces cours, les partisans du transhumanisme sont également bien conscients de l’image d’illuminés qu’ils traînent comme un boulet. Dan Barry (voir vidéo ci-dessus), ancien astronaute de la Nasa, prévient ses étudiants:

Ce que vous devez faire, c’est étaler vos idées, même les plus folles, et faire face à des gens qui se moquent de vous, qui disent que c’est ridicule, que ça ne se fera pas, et qui ne vous donneront pas d’argent, et de continuer, continuer… jusqu’à ce que vous changiez le monde.

Kurzweil, génial visionnaire ou gourou mégalo ?

Si en Europe Google fait figure du plus célèbre adepte du transhumanisme, ayant contribué à la création de SU à hauteur de 250 000 dollars, c’est toute la Silicon Valley qui aimerait jouer à l’apprenti sorcier, avance Ashlee Vance dans un article du New York Times (traduit dans Courrier International). Aux côtés de la boîte de Mountain View, on retrouve dans les rangs des fondateurs et des soutiens de cette faculté très particulière, la X-Prize Foundation bien sûr, mais aussi Nokia ou la fondation américaine Kauffman, qui œuvre en faveur de l’innovation et de l’éducation à travers le monde.

Il y a un autre nom sur lequel on ne peut faire l’impasse dès qu’il est question de Singularité. Celui de Ray Kurzweil. Encore peu connu en Europe, Raymond “Ray” Kurzweil est incontournable aux États-Unis, où il est identifié comme l’un des hommes les plus brillants de son temps.

Qualifié de “génie hyperactif” par le Wall Street Journal, Kurzweil est à la fois Géo Trouvetou, entrepreneur millionnaire et auteur à succès. Inventeur de l’un des premiers synthétiseurs, ainsi que de systèmes de reconnaissance vocale, on raconte que le premier programme informatique du bonhomme, réalisé avant ses quinze ans, a été utilisé par IBM. Ses livres sur le transhumanisme ont rencontré un certain succès aux États-Unis, en particulier The Age of Spiritual Machines (1999) et The Singularity is Near (2005), classé dans la liste des best-sellers du New York Times.

Kurzweil, c’est l’Ozimandias d’Alan Moore: il détient tous les attributs pour prétendre au titre d’homme le plus intelligent de la planète.

Se plonger dans ses différentes prises de paroles consiste à entendre et réentendre ce même crédo Kurzweilien: la Singularité, ce moment où l’humain va basculer de façon irréversible dans sa nouvelle forme, est imminente en raison de la croissance exponentielle de la technologie. Et en particulier de l’informatique, qui influence l’ensemble des sciences. A grand renfort de courbes, qui attestent à la fois de l’accélération ultra-rapide de l’innovation et de la décroissance tout aussi fulgurante de son coût, Kurzweil explique: “le 21e siècle vivra un changement technologique presque mille fois supérieur aux inventions du siècle précédent.” Et de rajouter:

C’est précisément ce que veut dire être humain : c’est aller au-delà de ce que nous sommes.

Du coup, le savant prépare le jour de la fameuse transition. Il avale entre 180 et 210 pilules chaque jour, vitamines et compléments minéraux, pour la plupart produites dans l’une de ses firmes, Ray and Terry’s Longevity Products, qui vend des solutions permettant de “vivre assez longtemps pour pouvoir vivre éternellement”. Faire des vieux os, voilà l’un de ses objectifs suprêmes, sans oublier celui de faire revenir son père, mort d’une crise cardiaque à 58 ans, dans le monde des vivants. Pour y parvenir, il a stocké un  ensemble de documents et d’objets lui ayant appartenu, afin de reconstituer, en plus d’une enveloppe corporelle, une mémoire.

Avec toutes ces informations, je crois qu’une intelligence artificielle sera capable de créer quelqu’un qui ressemblera beaucoup à mon père.
Ray Kurzweil, Transcendent Man.

Cette quête, Ray Kurzweil a décidé de la mettre en scène dans deux films, adaptés de ses livres. Transcendent Man est sorti en 2009 aux États-Unis; The Singularity is Near est en cours de bouclage. En sus de ses multiples talents, le créateur a coiffé pour l’occasion les casquettes de réalisateur, scénariste et acteur.

La bande-annonce de sa première réalisation montre un Kurzweil qui parcoure le monde pour prêcher la bonne parole, sachets de pilules en poche, et musique cosmique de Philip Glass en toile sonore. Sur un ciel étoilé digne de Rencontre du Troisième Type, s’affiche en lettres capitales:

La quête d’un homme pour révéler notre destinée. Transcendent Man.

Difficile de ne pas avoir quelques réserves face à l’attitude quasi-messianique du plus célèbre porte-parole du transhumanisme. L’homme a tôt fait d’être suspecté de délire mégalomaniaque et son discours n’est pas épargné par les critiques d’une partie de la communauté scientifique, dont certains transhumanistes. William S. Brainbridge, membre de la prestigieuse National Science Foundation, (organisme qui a notamment favorisé le développement d’Internet) doute par exemple du caractère exponentiel du progrès. D’autres contestent l’existence d’un lien systématique entre accroissement des connaissances et avancées scientifiques concrètes. D’autres encore s’inquiètent tout simplement des implications réelles de la Singularité.

Sur ce point, on aurait tort de prendre Kurzweil pour un optimiste forcené: il reconnaît que le transhumanisme comporte des risques. “Bien sûr, il y aura des épisodes douloureux”, concède-t-il avant de conclure “mais je suis persuadé que le bilan sera finalement positif”.

Des épisodes douloureux”: combien la Singularité, si elle venait à se produire, coûtera-t-elle à l’humanité ? Et en particulier dans la phase transitoire qui l’accompagnerait et diviserait la Terre en deux castes: les H+… et les H-. Sans céder au luddisme et à une peur du changement primale, la question mérite d’être posée car pour le moment, la transhumanité semble surtout être l’affaire d’une poignée de puissants. Reste à espérer que leur philotrantropie et leur technologie soient à même de maîtriser ce qu’ils vont engendrer. Et qu’un projet aux intentions finalement louables ne soit pas, comme le redoute le journaliste britannique Andrew Orlowski, un écran de fumée au “fait de gens aisés qui construisent un radeau pour quitter le navire”.

Andréa Fradin

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Source : OWNI

La bourse et la vie (vidéo)

21 nov

Une crise financière secoue la planète.  Les généraux-politiciens sont sur le pied de guerre. Les escouades sont en ordre de bataille. L’ennemi ne perd rien pour attendre. Le peuple impuissant et inquiet pour son avenir va pouvoir dormir tranquille. Son salut est dans l’union sacrée, même feinte.

Les médias dominants se font, comme à leur habitude, les « commandeurs » de l’opinion. Guidés par les vents dominants, ils déplacent les origines du danger vers un ennemi extérieur et sans visage : la crise internationale, plutôt que de pointer les véritables responsables à l’intérieur du système décadent.

Le pouvoir avance masqué, la presse dominante collabore.

Nous sommes encore une fois les victimes consentantes d’illusions politiques et médiatiques.

Un détournement de Christophe Del Debbio et Stéphane Elmadjian

Source : clap36

Après le sommet du G20

21 nov

par Joseph Kishore pour WSWS

Le sommet du G20 en Corée du Sud s’est achevé, comme il fallait s’y attendre, sans qu’un accord ait été trouvé entre les principales puissances pour résoudre des conflits monétaires et commerciaux de plus en plus tenaces.

« L’aristocratie financière américaine considère l’imposition à la classe ouvrière de mesures d’appauvrissement comme une condition clé du maintien de sa position sur la scène mondiale. »

Le communiqué final de vendredi a juste tenté de dissimuler les divisions en fixant un calendrier pour l’année prochaine afin d’accepter « des lignes directives » sur les déséquilibres de l’économie mondiale. Entre-temps, les principaux acteurs poursuivent leur politique « du chacun pour soi » qui menace de provoquer une guerre commerciale totale.

Le sommet a révélé l’incapacité des Etats-Unis à imposer sa volonté aux autres puissances. Le gouvernement Obama n’a pas réussi à obtenir un accord sur ses principaux objectifs, dont l’exigence que la Chine permette une réévaluation plus rapide de sa monnaie et que des restrictions plus sévères soient placées sur les exportations originaires de pays excédentaires (à savoir la Chine et l’Allemagne). Le gouvernement n’a pas réussi non plus à s’assurer un accord commercial bilatéral avec la Corée du Sud qu’il avait claironné au monde.

Avant comme après le sommet, les principales puissances tout comme les économies « émergeantes » ont critiqué la politique économique de plus en plus belligérante des Etats-Unis.

Un peu plus d’une semaine avant la conférence, la Réserve fédérale américaine avait annoncé un nouveau plan visant essentiellement à imprimer près de mille milliards de dollars, dévaluant le dollar et inondant une fois de plus les marchés financier avec de l’argent bon marché – ce qui est le moteur de la classe dirigeante américain. Cette mesure a été à juste titre dénoncée comme étant le type même de manipulation monétaire que les Etats-Unis accusent la Chine de pratiquer.

Le résultat du sommet est une preuve de plus que le crash financier de 2008 n’était pas un déclin provisoire et qui fera place à un nouvel équilibre. Un ajustement progressif des énormes déséquilibres des balances commerciales et des déficits s’est révélé impossible. Tout comme durant les années 1930, aujourd’hui l’effondrement de l’ordre existant s’exprime dans un conflit entre les Etats sur la question de savoir qui sera obligé de payer.

Les classes dirigeantes des différentes puissances capitalistes arrivent elles-mêmes à la conclusion qu’il n’y a pas d’assainissement économique rapide à l’ordre du jour. Depuis surtout le déclenchement, au printemps, de la crise de la dette en Europe lorsqu’il est apparu clairement qu’il n’y aurait pas de retour progressif à une croissance constante, la réponse a été double : 1) Prendre des mesures visant à reporter la crise sur les puissances rivales, et 2) Imposer une politique d’austérité de plus en plus drastique à la classe ouvrière.

Au moment même où le sommet avait lieu, deux événements ont permis de souligner le lien étroit qui existe entre les tensions mondiales et l’austérité sociale. Premièrement, les représentants européens du G20 ont été obligés d’interrompre leurs délibérations animées pour rassurer les marchés obligataires en Europe qui avaient fait monter en flèche les rendements des obligations dans plusieurs pays.

Les investisseurs étaient nerveux quant à la capacité de l’Irlande et des autres pays européens à imposer des mesures d’austérité suffisamment drastiques. Ils étaient également contrariés par les suggestions selon lesquelles les investisseurs privés pourraient être obligés de régler une part plus importante de la note des futurs plans de sauvetage. Pour empêcher une nouvelle crise d’endettement, au moins temporairement, les représentants européens ont été obligés de tenir une conférence de presse pour garantir aux acquéreurs d’émission obligataire que leur argent était sûr.

Deuxièmement, les présidents de la commission sur la réduction de la dette, mise en place par le gouvernement Obama, ont publié une liste de propositions pour venir à bout des déficits budgétaires américains et dont font partie des coupes drastiques dans le financement des programmes sociaux clé. Il est probable que le moment de la sortie du rapport des présidents a été choisi pour, en partie du moins, coïncider avec le sommet du G20 dans le but d’envoyer un signal aux autres puissances en montrant que les Etats-Unis sont déterminés à imposer leurs propres mesures d’austérité.

Obama s’est fait un devoir à la réunion du G20 de venir à la rescousse des présidents de la commission sur la réduction de la dette budgétaire en déclarant qu’il était nécessaire de « prendre des mesures difficiles » et de « dire la vérité au peuple américain. »

L’aristocratie financière américaine considère l’imposition à la classe ouvrière de mesures d’appauvrissement comme une condition clé du maintien de sa position sur la scène mondiale – par l’augmentation des exportations et la réduction de la dette américaine.

Un article paru dans la toute dernière édition de la revue Foreign Affairs (« La prodigalité américaine et la puissance américaine : Les conséquences de l’irresponsabilité fiscale » – « American Profligacy and American Power: The Consequences of Fiscal Irresponsibility ») souligne ce point. Richard Haas, le président du Conseil des relations étrangères, et Roger Altman, un ancien conseiller au Trésor, ont averti que le fardeau de la dette américaine pourrait se révéler être catastrophique pour les intérêts mondiaux américains en réduisant la capacité de Washington de financer l’armée, en augmentant le moyen de pression économique de créanciers des Etats-Unis – notamment la Chine – et en sapant l’influence des Etats-Unis à l’étranger.

« Ce ne sont pas les activités américaines à risque dans le monde qui mettent en danger la solvabilité américaine, » concluent les auteurs, « mais l’extrême prodigalité américaine dans le pays qui menace la puissance et la sécurité américaines. »

Le monde entre dans une phase nouvelle et plus dangereuse de la crise capitaliste. Derrière les conflits mondiaux grandissants se trouve le danger d’une guerre dans laquelle la manipulation des monnaies ouvre la voie à l’échange de bombes.

Parmi les principaux éléments qui sous tendent le déséquilibre mondial se trouve le déclin économique à long terme des Etats-Unis. Toutefois, la classe dirigeante américaine, qui est foncièrement impitoyable dans la défense de sa propre richesse matérielle, n’hésitera pas à recourir aux deux principaux instruments dont elle dispose – le dollar américain et la force militaire américaine – pour enrayer ce déclin.

Au cours du mois passé, et particulièrement depuis les élections, le gouvernement Obama a adopté une attitude nettement plus militariste – en indiquant une extension de l’occupation militaire américaine en Irak et en Afghanistan, en intensifiant ses menaces contre l’Iran et en faisant allusion à une guerre avec la Chine au sujet de son conflit territorial avec le Japon. Les Etats-Unis courtisent de façon agressive des alliés potentiels dans un conflit avec la Chine. Le fait que cette offensive coïncide avec un nouvel assaut contre la classe ouvrière américaine n’est pas le fait du hasard – l’impérialisme, remarquait Lénine, est réaction sur toute la ligne.

Dans le cadre du système économique actuel, il n’y a pas d’issue pacifique à l’impasse dans laquelle la classe dirigeante mène l’humanité. Au danger de la guerre, la classe ouvrière internationale doit apporter sa propre réponse : la révolution sociale.

Joseph Kishore

(Article original paru le 15 novembre 2010)

Source : WSWS

Vers un crash alimentaire (vidéo)

20 nov

Synopsis Arte : La tourmente financière, qui vient démentir toutes les promesses de la mondialisation, a éclipsé les signes avant-coureurs d’une autre crise, infiniment plus grave : une pénurie alimentaire générale. Pour comprendre comment tous les voyants sont passés au rouge, ARTE ausculte un système devenu fou.

Conjuguées au dérèglement climatique, les logiques économiques actuelles conduisent à brève échéance à une catastrophe alimentaire planétaire. Est-il trop tard pour inverser la tendance ?

La récente flambée des prix agricoles a été un coup de semonce : jamais le monde n’avait affronté une crise alimentaire d’une telle ampleur. Mais comme le montre l’enquête d’Yves Billy et Richard Prost, les difficultés ne font que commencer. Les stocks mondiaux de céréales baissent depuis huit années consécutives et n’assurent plus à la population mondiale qu’une avance de vingt jours d’alimentation, bien en deçà du niveau officiel de sécurité fixé à soixante-dix jours. Aujourd’hui, rappellent-ils, 925 millions de personnes souffrent de la faim sur la planète et leur nombre croît de plus en plus vite. À la hausse du prix des matières premières, à la raréfaction de l’eau et des surfaces arables et aux ravages causés par les dérèglements climatiques, se sont ajoutés deux phénomènes récents : au moment même où la demande chinoise en céréales s’accélérait brutalement, les biocarburants ont commencé à redessiner la carte de l’agriculture mondiale. Par exemple, la production américaine d’éthanol à base de maïs, qui engloutit le tiers des récoltes du pays, devrait passer de 80 millions de tonnes en 2007 à 120 millions cette année. Quant au productivisme agricole, qui en un demi-siècle a épuisé les sols et pollué l’environnement, il a atteint ses limites. Tout comme le dogme néolibéral, qui a poussé les pays du Sud à tout miser sur des cultures d’exportation, mettant la survie des populations locales à la merci des cours mondiaux. De plus en plus nombreuses, des voix s’élèvent pour que ces logiques économiques soient remises à plat, même au sein du FMI et de la Banque mondiale, afin de prendre en compte les besoins des différents pays, y compris des plus pauvres.

Nourrir les hommes ou l’économie ?

Les réalisateurs ont enquêté en Europe, interrogé de nombreux spécialistes de l’agriculture et de l’alimentation, parcouru les exploitations céréalières de l’Argentine et des États-Unis, puis traversé une Chine en voie d’urbanisation accélérée. Pour parvenir à nourrir sa population, celle-ci investit désormais à l’extérieur de ses frontières, en Afrique, en Corée du Sud et, justement, en Argentine. Avec l’exemple du maïs et du soja, deux cultures majoritairement livrées aux OGM, que l’industrie, mais aussi l’élevage intensif, disputent à l’alimentation humaine, ils nous permettent de comprendre très concrètement pourquoi la demande agricole grimpe alors que l’offre baisse. Une démonstration accablante, qui nous interroge : sommes-nous capables de modifier le cours de cette catastrophe annoncée ?

(France, 2008, 120′)

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L’Homme “augmenté” selon Google… vers une transhumanité diminuée ?

18 nov

par Jean-Christophe Féraud pour Sur mon écran radar

« Ce que nous essayons de faire c’est de construire une humanité augmentée, nous construisons des machines pour aider les gens à faire mieux les choses qu’ils n’arrivent pas à faire bien »… On ne pourra pas dire que nous n’avons pas été prévenus. Mais, étrangement, cette déclaration programmatique d’Eric Schmidt est pratiquement passée inaperçue en dehors des cercles technophiles concernés.

« Je ne pense pas que Google ait formé consciemment le projet de nous asservir. Ils font juste du business total comme on fait la guerre totale, ils ambitionnent seulement de dominer le marché de 6 milliards d'humains que nous sommes. Tout comme Microsoft, Apple et tant d'autres. Mais ils participent au projet transhumaniste : l'immortalité, devenir des dieux vivants. »

Le PDG de Google a pourtant clairement annoncé la couleur fin septembre à la conférence TechCrunch de San Francisco : « La » Firme Internet ambitionne désormais de rendre son moteur de recherche suffisamment « autonome et intelligent » pour deviner nos désirs, faire de notre découverte du monde « un heureux hasard » calculé par les algorithmes sorciers concoctés par les cerveaux oeuvrant au Googleplex de Mountain View.

Si l’on en croit Herr Doktor Schmidt, il viendra un jour où Google pensera le monde à notre place, nous proposant des suggestions avant même que nous ayons tapé la moindre recherche sur notre clavier AZERTY : « Je m’intéresse à l’histoire ? Je veux que mon smartphone me raconte l’histoire de l’endroit où je suis sans lui avoir demandé », a expliqué le boss de Google pour illustrer son propos. Eric Schmidt nous annonce pour demain – cette décennie – un Futur radieux où le divin moteur devinera dans nos pensées pour nous aider à vivre, travailler, nous éduquer, nous informer, aimer… où YouTube et Google TV vous proposeront à chaque instant des programmes taillés sur mesure en fonction de vos goûts, où Google News nous livrera en temps réel une actualité ciblée sur nos seuls centres d’intérêt, où nos voitures conduiront toutes seules guidées par Google Maps… Blablabla.

C’était de la Science-Fiction il y a dix ans, mais aujourd’hui c’est déjà demain : Google est DEJA un véritable prolongement de nous-mêmes, une extension, un pseudopode numérique de notre cortex. Google est dans votre tête, vous connaît mieux que quiconque à force d’enregistrer vos moindres faits et gestes sur le Web. Avez-vous déjà essayé de vivre sans Google ? Dans notre société de l’hyperinformation cela revient à vivre sans Internet, à courir le 100 mètres avec une jambe en moins…

Vous ne pourrez plus vous passer de Google, sauf à être un homme « diminué ». C’est en tout cas le projet assumé des dirigeants de « La » Firme. Sergei Brin, le fondateur de Google, a récemment dit qu’il voulait faire de sa création « le troisième hémisphère de notre cerveau ».
 
Eric Schmidt a multiplié les déclarations provocatrices  en ce sens à l’IFA, la grand messe païenne de l’électronique qui s’est tenue début septembre à Berlin : « Nous pouvons vous suggérer quoi faire après, ce qui vous intéresse. Imaginez : nous savons où vous êtes, nous savons ce que vous aimez. » « Non seulement vous ne serez plus jamais seul, mais en plus vous ne vous ennuierez jamais ! Nous vous suggèrerons ce que vous devriez regarder, parce qu’on sait ce qui vous intéresse. » « Un futur très proche dans lequel vous n’oublierez rien, parce que les ordinateurs se souviennent. Vous ne serez jamais perdu. »

Achtung encore un qui a trop lu Orwell… Souvenez-vous « 1984 » : « Big Brother vous regarde. Vous ne possédez rien, en dehors des quelques centimètres de votre crâne »… « La liberté, c’est l’esclavage. » ; « L’ignorance, c’est la force. » ; « Le crime de penser n’entraîne pas la mort. Le crime de penser est la mort. » et caetera… Surtout ne pensez plus par vous même, Google va vous aider… C’est sérieux ? Oui et Non. Encore une manière irresponsable de se faire de l’argent en jouant avec nos fantasmes les plus secrets. Consommer, être sexy, baiser, ne pas mourir…

« Nous voulons organiser l'océan d'information disponible sur le Web pour le bien de l'humanité. »

TF1 peut aller se rhabiller avec son « Temps de cerveau disponible ». La télévision nous conçoit comme des récepteurs passifs avalant de la sous-culture et de la publicité comme des oies que l’on gave en batterie ? Google va beaucoup, beaucoup, plus loin : jusqu’à « l’Inception », la suggestion de l’Idée dans nos têtes avant même que nous y ayons pensé, comme dans ce mauvais film de SF récemment sorti sur les écrans. « Nous voulons organiser l’océan d’information disponible sur le Web pour le bien de l’humanité », martèlent les Gentils Leaders de la planète Google depuis dix ans. OK mais pour quoi faire ? Pour nous vendre des produits dont nous n’avons pas besoin, une orgie de gadgets high-tech, de voyages de rêve, de malbouffe, de crédits immobiliers, de « bons plans », de low-cost qui s’affichent sur les liens sponsorisés AdWords à chacune de nos requêtes.

Google veut nous aider à « augmenter nos capacités » mais bordel à quoi cela rime au juste ?

La question dépasse de loin la seule problématique habituelle de l’hyper-monopole de LA Firme et du flicage constant auquel nous sommes soumis sur Internet. Elle est d’ordre philosophique et politique. Car de « l’humanité augmentée » à la « Transhumanité », il n’y a qu’un pas qui risque de passer par « L’homme nouveau »… cet être supérieur dont rêvait ceux qui voulaient construire « un Reich pour mille ans ». L’élimination eugéniste des inadaptés par « le triomphe de la volonté ».

Aujourd’hui nous voulons TOUS améliorer nos PERFORMANCES, être riches, beaux, célèbres, éternellement jeunes, liftés, botoxés, retouchés à Photoshop, bronzés aux UV, greffés, stimulés cardiaquement, transfusés, chimiothérapiés jusqu’au stade terminal pour ne pas mourir, NE PAS ETRE UN LOSER. Dans ce programme messianique, celui de Google, celui de l’individualisme narcissique forcené, celui du libéralisme sauvage, du turbo-capitalisme dans sa phase d’accélération technoïde, il y a la fausse promesse de l’Eternité commune à tous les marchands de religion, de totalitarisme idéologique. Il n’y a plus de place pour les pauvres, pour les faibles, les inadaptés… Regardez dans le métro, dans les rues, ils crèvent sous nos yeux comme au moyen-âge, l’idéologie du PROGRES transhumaniste en plus.

Cette idéologie est déjà là, en nous, tout comme Google qui n’en est que le miroir. Une entreprise comme les autres, plus puissantes que les autres sans autre projet  que le profit, sous ses dehors Coooolissime : « Nothing Personnal, Just Business ». OK.

L’idéologie sous-jacente est bien plus dangereuse que son expression économique et technologique. Faisons comme Houellebecq, servons nous de Wikipedia pour un joli copié-collé instructif : « Le transhumanisme est un un mouvement culturel et intellectuel prônant l’usage des sciences et des techniques afin de développer les capacités physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et et sur d’autres techniques émergentes… ». Exactement, « Le Meilleur des Mondes » selon Aldous Huxley avec ses citoyens Alpha, Bêta, Gamma, Delta que nous avons lu quand nous étions petits…

J’aime Google, Google m’est indispensable, je serai perdu sans Google…et je ne pense pas que Google ait formé consciemment le projet de nous asservir. Ils font juste du BUSINESS TOTAL comme on fait la guerre totale, ils ambitionnent seulement de dominer le marché de 6 milliards d’humains que nous sommes. Tout comme Microsoft, Apple et tant d’autres. Mais ils participent au PROJET transhumaniste : l’immortalité, devenir des dieux vivants. Une nouvelle religion conceptualisée par le bon docteur Max More et son « Extropianisme » :
« Nous mettons en question le caractère inévitable du vieillissement de la mort, nous cherchons à améliorer progressivement nos capacités intellectuelles et physiques, et à nous développer émotionnellement. Nous voyons l’humanité comme une phase de transition dans le développement évolutionnaire de l’intelligence. Nous défendons l’usage de la science pour accélérer notre passage d’une condition humaine à une condition transhumaine, ou posthumaine ». Comme l’a dit le physicien Freeman Dyson, « l’humanité me semble un magnifique commencement, mais pas le dernier mot » (Introduction à « Principes extropiens » 3.0).

Transformation de soi à coup d’implants, de bodybuilding, de chirurgie esthétique, de viagra, et bientôt de puces électroniques transcutanées, de connexions neuronales directes avec le RESEAU comme dans un foutu film de Cronenberg. Wow tout un programme !

Celui de Google sans y penser. Certainement pas le mien. Je suis un humain, pas un post-humain, ni un transhumain. Je fume (un peu), je bois (un peu), je vis, j’aime, trop vite, trop fort comme beaucoup d’entre nous. Life is good. Mais comme vous, je vais mourir un jour et Google n’y pourra rien…

Jean-Christophe Féraud

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Source : Sur mon écran radar

Le Moyen-Orient, cœur de crises ?

17 nov

par S.D. pour Alliance Géostratégique

Depuis l’antiquité, le Moyen-Orient a été le siège d’empires puissants : empires perse, babylonien, égyptien, byzantin, ottoman… Selon l’historien René Grousset, cette zone géographique s’impose depuis plusieurs millénaires comme un carrefour commercial, religieux et politique entre de grandes civilisations. C’est aussi le cœur de crises entre puissances.

« L’émergence, à la suite d’Israël, de deux autres puissances moyen-orientales non arabes, l’Iran et la Turquie, pourrait changer les rapports de force régionaux. La conséquence pourrait être l’édification d’une véritable puissance régionale arabe et sunnite, comme l’Egypte ou l’Arabie saoudite. »

La délimitation du Moyen-Orient varie selon les pays et les auteurs. Au cœur de l’arc de crises, il inclut le Proche-Orient et comprend la zone qui s’étire de la vallée égyptienne du Nil à l’Iran et de la côte turque de la Mer Noire au Golfe d’Aden. Malgré la montée en puissance de nouveaux pays comme la Chine et l’Inde et l’augmentation du trafic commercial dans le Pacifique, le Moyen-Orient est toujours un enjeu géopolitique. Paradoxalement, les trois puissances régionales sont la Turquie, Israël et l’Iran, dans cet espace majoritairement arabe.

1. Les ressources naturelles : un enjeu interne et externe

L’eau et les hydrocarbures sont les deux ressources naturelles cruciales pour le Moyen-Orient, en considérant leur aspect économique et sécuritaire. Les routes commerciales revêtent également une importance stratégique.

1.1. L’eau

L’eau douce est utilisée pour la consommation domestique, agricole et industrielle. Compte-tenu du climat régnant au Moyen-Orient, ce paramètre est vital pour l’ensemble de ces pays.

La répartition des réserves hydriques reste très inégale. L’antique croissant fertile (la Turquie, l’Iran, l’Irak et le Liban) concentre environ 80% des ressources d’eau douce renouvelables. Ceci a pour conséquence des disparités importantes concernant les ressources en eau. Dans les pays pauvres en eau douce, les eaux fossiles ou renouvelables sont surexploitées et le recours au dessalement, dont la moitié est effectué dans la péninsule arabique, demeure extrêmement coûteux en énergie. Cette situation a tendance à s’aggraver en raison d’une forte croissance démographique. En effet, la population de la Syrie, de l’Iran, de la Turquie, de l’Arabie Saoudite, a au moins doublé durant les 25 dernières années. Facteur aggravant, la consommation urbaine augmente aussi en raison du changement des comportements qui tendent à s’aligner sur ceux des occidentaux.

Le politique de l'eau apportera-t-elle la paix entre Israéliens, Palestiniens, Libanais et Syriens ?

Par ailleurs, l’agriculture absorbe plus de 80% des eaux consommées. La surconsommation agricole ne profite qu’en partie à l’alimentation des populations et une concurrence s’installe entre les eaux nécessaires à l’urbanisation et les eaux à destination de l’agriculture. Au Yémen, la lucrative culture du qat, arbuste dont les feuilles ont un effet psychotrope, est responsable de la baisse des réserves d’eau alors que la moitié des enfants de moins de 5 ans sont mal nourris. La culture de ce stupéfiant n’est pas sans responsabilité dans la déstabilisation du pays. La concurrence entre les eaux à destination urbaine ou agricole et entre les cultures vivrières et non vivrières a des conséquences géopolitiques internes indéniables.

La gestion de l’eau demeure un enjeu qui se traduit par des pratiques de coopération mais surtout de confrontation. Les eaux iraquiennes et syriennes dépendent des eaux turques du Tigre et de l’Euphrate. Le projet de Güneydogu Anadolu Projesi (GAP) qui vise à l’aménagement de ces deux fleuves a provoqué des conflits parfois à la limite de l’affrontement militaire. Le remplissage du barrage Atatürk, en janvier 1990, a fait baisser le débit de l’Euphrate d’un quart. Cette situation va empirer jusqu’à la fin des travaux, en 2015, en l’absence d’accord tripartite entre la Turquie, l’Iraq et la Syrie. Par ailleurs, le bassin du Jourdain est irrigué par les territoires occupés par Israël au Liban (Ghajar, fermes de Chebaa et collines de Kafer Chouba) et en Syrie (Mont-Hermon et Golan) depuis 1967. La Cisjordanie occupée et la bande de Gaza sont placées sur les deux nappes phréatiques les plus importantes de la Palestine mandataire.

Les tensions dues à la gestion de l’eau sont réelles à l’intérieur des pays de la région et entre eux. Ces tensions s’ajoutent à celles générées par les hydrocarbures.

1.2. Les ressources en hydrocarbures

Les hydrocarbures sont des enjeux géopolitiques internes et externes car presque deux tiers des réserves mondiales actuellement exploitables sont situées au Moyen-Orient. Ils constituent la moitié des sources mondiales d’énergie.

L’argent des hydrocarbures irrigue directement ou non la région, sous forme de revenus de l’extraction, du transit ou de donations publiques ou privées. Le pétrole a permis de financer l’expansion urbaine, l’arrivée d’immigrés et la construction des infrastructures : ports, aéroports, routes, réseaux de communication, etc. 98% des habitants du Koweït sont des citadins comme 87% de ceux d’Arabie saoudite. Les agglomérations sont cosmopolites et sont parfois composées à 80% d’étrangers attirés par les revenus de l’Eldorado pétrolier. Au Koweït, 15% de la population est Indienne et 13% sont Egyptiens alors que les nationaux représentent 31% de la population. La rente pétrolière a donc d’abord un effet de transformation des caractéristiques démographiques et urbanistiques des pays.

L’exploitation, l’exportation des hydrocarbures et actuellement le développement d’une industrie pétrochimique restent des objectifs politiques et financiers pour de nombreux pays. Ils permettent aux Etats de percevoir des dividendes, parfois importantes selon les cours du pétrole. En retour, cela leur impose d’instaurer une stabilité sécuritaire avec des conséquences sur les pratiques politiques et militaires. Lors d’un discours d’inauguration du Yemen liquefied natural gasproject, le 7 novembre 2009, appuyé militairement par l’Arabie Saoudite, le président yéménite Ali Abdullah Saleh a affirmé que les combats contre la rébellion Al-Houthi, débutés depuis deux mois, iraient jusqu’à leur terme pour rétablir la sécurité et la stabilité que nécessite ce projet.

Avec les demandes croissantes de l'Asie (surtout la Chine et l'Inde), y aurait-il de nouvelles guerres du pétrole au Moyen-Orient ?

Les économies développées reposent principalement sur le pétrole pour la production d’énergie, l’agriculture, les transports et la production de matières premières. Les ressources en hydrocarbures du Moyen-Orient appartiennent à leur pays mais aussi à des compagnies pétrolières, comme Total ou Exxon, qui représentent des acteurs extérieurs puissants. Pour les Etats-Unis et l’Union européenne, la demande en pétrole moyen-oriental a tendance à baisser, pour diminuer leur dépendance envers cette région politiquement instable. Selon les chiffres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), la demande asiatique en forte croissance, en particulier de l’Inde et de la Chine compenserait largement cette baisse.

En fin de compte, le pétrole moyen-oriental reste bien un enjeu à l’échelle mondiale.

1.3. Les flux commerciaux et numériques

Les routes de tout type qui traversent le Moyen-Orient dépassent très largement leur importance locale car elles mettent en relations l’Asie, l’Europe et l’Afrique de l’Est.

L’importance des routes aériennes et terrestres demeure souvent limitée. Le Moyen-Orient représente surtout une zone importante de transit et d’escales pour le transport aérien et le transport terrestre, essentiellement routier, reste local ou régional. Les câbles sous-marins de télécommunications passent pour l’essentiel, depuis un siècle, par la Mer Rouge pour rejoindre l’Asie du sud, depuis l’Europe. L’interconnexion numérique en cours permet de rattraper le retard pris sur les liaisons transatlantiques ou « transpacifiques ». C’est un enjeu de pouvoir régional, au regard de l’isolement relatif de l’Iran à ce titre.

« La fiabilité des câbles sous-marins contournant l'Afrique est souvent remise en cause (comme cela a été le cas pendant la Coupe du Monde d'Afrique du Sud avec la panne du répéteur sur le câble Seacom au large de Mombasa), faut-il trouver de nouvelles routes plus sûres ailleurs qu'au Moyen-Orient pour éviter le pire ? »

Les routes maritimes parmi les plus stratégiques au plan mondial passent par la région. L’importance des détroits et du canal de Suez est toujours réelle qu’il s’agisse de celui de Bab El-Mandeb, du Bosphore et des Dardanelles ou d’Ormuz. Pour s’en convaincre, un tiers de la flotte de guerre mondiale vogue dans les eaux bordant le Moyen-Orient. L’Iran menace régulièrement de bloquer les exportations de pétrole par le détroit d’Ormuz, à partir de sa base navale de Bandar Abbas. En 1987 et 1988, l’opération maritime « Cleansweep » l’Union de l’Europe occidentale a été déclenchée pour le déminer. Plus récemment, les opérations de lutte contre la piraterie, comme Atalante, et les bases françaises et américaines de Djibouti permettent de sécuriser le détroit de Bab El-Mandeb. En 1956, la crise du canal de Suez, quotidiennement emprunté par 60 navires, a démontré l’importance du canal et la perte de puissance des Européens.

Les routes pétrolières internationales empruntent les routes maritimes, des oléoducs et de gazoducs. Ces deux derniers limitent les risques politiques de passage des détroits et font généralement l’objet d’accords internationaux pour le transit des hydrocarbures. Par exemple, le pétrole kurde iraquien peut être exporté via le port de Fao, sur le Golfe persique ou via le port de Ceyhan en Turquie, ce qui permet d’avoir directement accès à la Méditerranée. Depuis les années 1980, le pétrole saoudien des zones d’Al-Ghawar, situées à l’Est du pays, est en partie transporté par l’oléoduc Est-Ouest jusqu’au port de Yanbu. Cela permet d’éviter un éventuel blocus du détroit d’Ormuz, en cas de crise grave avec l’Iran.

L’eau, les hydrocarbures et les routes commerciales interrégionales représentent donc des enjeux géopolitiques internes et externes. Toutefois, ils sont intimement liés aux problèmes territoriaux palestiniens et kurdes.

2. Les défis des peuples sans terre

La Palestine et le Kurdistan restent des enjeux géopolitiques. Ces problèmes territoriaux, issus des partages frontaliers décidés par les occidentaux au début du XXème siècle, ont des conséquences sécuritaires indéniables sur l’ensemble de la région et sur la stabilité mondiale.

2.1. La partition de la Palestine

Le plan de partage de la Palestine de 1947 fixait la répartition des frontières entre Israël, un Etat arabe et la Transjordanie. Jérusalem, ville sainte pour les musulmans, les chrétiens et les juifs, devait être placée sous statut international. Ce plan constitue le début du problème palestinien et d’une suite de conflits armés déstabilisant cette région : guerre israélo-arabe de 1948, guerre des 6 jours (1967), septembre noir (1970), guerre du Kippour (1973), guerre civile libanaise (1975-1990), opération Cast Lead à Gaza (2008-2009), etc.

La tendance générale depuis 60 ans est une augmentation de l’emprise israélienne en Cisjordanie et un reflux de Tsahal des terres occupées depuis 1967, en dehors de la Cisjordanie. Le processus de création d’un Etat palestinien, à partir de l’Autorité palestinienne, issue du processus d’Oslo, reste erratique.

L’Autorité palestinienne, dominée par l’Organisation de libération de la Palestine, de tendance nationaliste, doit faire face aux problèmes :

  • de l’occupation et de la colonisation israélienne de la Cisjordanie et de Jérusalem ; 
  • de l’émergence de groupes terroristes à majorité palestinienne comme Fatah Al-Islam, liés à Al-Qaïda, et de l’existence de mouvements nationalistes terroristes puissants comme le Front populaire de libération de la Palestine- Commandement général ; 
  • de l’instabilité politique liée à la victoire élective du Hamas, le 26 janvier 2006, puis à la guerre civile de juin 2007 entre Hamas et Fatah qui entraîna la sécession entre Gaza (1,5 million d’habitants) et de la Cisjordanie (3 millions d’habitants) ; 
  • de la divergence de destin des différentes populations palestiniennes hors territoire de l’Autorité Palestinienne : 600 000 réfugiés dans les camps de l’United Nations Relief and Works Agency, environ 4 millions de Palestiniens vivant en dehors des camps au Moyen-Orient et 1,5 million de Palestiniens de nationalité israélienne.  

« Un État ou deux États ? »

Le « retour » de ces réfugiés, si cela reste une revendication permanente des Palestiniens, est économiquement et politiquement peu réaliste en l’état actuel des choses. Peu d’entre eux sont déjà allés à Gaza ou en Cisjordanie. Aucun plan sérieux n’a été présenté aux instances internationales qui financent l’Autorité Palestinienne, pour préparer le retour de centaines de milliers de réfugiés. Les arabes israéliens sont souvent plus attachés à leur pays qu’ils ne le clament, au regard de leur soutien très modéré aux autres Palestiniens.

A court terme, la complexité de la situation, la puissance conventionnelle et nucléaire israélienne et la puissance irrégulière palestinienne qui s’est exprimée lors des Intifadah (soulèvements) rendent illusoire toute solution simple à ces problèmes. Le problème de l’Etat palestinien paraît ne pouvoir être résolu à moyen terme que par un accord entre l’Etat hébreu et les Palestiniens, par une réconciliation inter-palestinienne et par des traités de paix entre Israël avec les pays arabes encore officiellement en guerre, notamment le Liban et la Syrie. A plus long terme, certains mouvements palestiniens misent sur une fécondité arabe réputée plus importante que la fécondité et l’immigration juive, pour submerger Israël par le nombre.

 

2.2. Les Kurdistans

La population kurde est répartie sur les territoires de la Turquie, de l’Iraq, de la Syrie, de l’Iran et de l’Arménie, depuis le traité de Lausanne de 1923 et malgré la création d’un Etat kurde par le traité de Sèvres de 1920. Presque un siècle après, le problème kurde reste un enjeu régional, notamment dans les trois grandes régions kurdes.

Le Kurdistan turc a un intérêt géopolitique indéniable en tant que château d’eau de la région (cf. 1.1) et représente un quart de la superficie de la Turquie. Le problème de la guérilla formée à partir du Parti des travailleurs kurdes et la dissolution, en 2009, du parti de la société démocratique, représentant les Kurdes au parlement, montre que cette zone reste un enjeu sécuritaire et politique turc. Cette question kurde pèse également directement sur la candidature de la Turquie pour entrer dans l’Union européenne.

Le Kurdistan iranien ne représente pas une région officielle. Sa population serait d’environ 7 millions de Kurdes et sa superficie est estimée à 195 000 km2, soit un peu moins que le Kurdistan turc. L’Iran fait face à des groupes terroristes kurdes dont le « Parti pour une vie libre au Kurdistan » qui s’attaque aux forces de sécurité de l’Iran. En août 2009, l’Iran a obtenu des succès tactique contre cette guérilla, sans parvenir à l’éliminer. L’intégrité territoriale de l’Iran est donc l’enjeu principal.

« Le Kurdistan est souvent considérée comme la carte dans la manche des États-Unis en Irak, sera-t-il le lancement d'une balkanisation moyen-orientale (projet de Grand Moyen-Orient) qui s'étendra jusqu'en Af/Pak ? »

Le Kurdistan iraquien peut être considéré comme autonome depuis 1991, après l’opération Desert storm contre l’Iraq de Saddam Hussein. Son autonomie a été renforcée, à la suite de l’intervention américaine de 2003. Son intérêt géopolitique réside dans ses réserves d’hydrocarbures dans la région de Mossoul. Il sert aussi de base arrière aux indépendantistes kurdes des pays voisins et dispose d’une armée, les gardes régionaux kurdes, en cours d’intégration dans l’armée iraquienne. Cela lui vaut des interventions militaires frontalières de l’Iran (mai 2009) et de la Turquie (février 2008) qui pourraient, si elles s’intensifiaient, dégénérer en conflit interétatique.

En somme, la création d’un Kurdistan bouleverserait l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient, ce que ne veulent pas la Turquie et l’Iran.

3. Trois puissances régionales

La Turquie et l’Iran ont des traditions nationales historiquement très anciennes fondées, d’une part, sur les empires seldjoukide et ottoman et, d’autre part, sur des successions d’empires depuis les Achéménides. L’ancrage d’Israël n’est pas moins ancien malgré une discontinuité du contrôle de cette terre par les Hébreux. La particularité historique des républiques turques et iranienne est d’avoir à un moment ou l’autre de leur histoire, dominé le Moyen-Orient ainsi qu’une partie de l’Asie centrale et de l’Europe balkanique. Pour sa part, les origines – à l’horizon d’un siècle – européennes d’une grande partie de la population israélienne en font un acteur singulier dans cette région.

3.1. Israël : une puissance apparemment isolée

Israël est une puissance régionale au Moyen-Orient, ce qui est connu et qu’il n’est pas nécessaire de développer en détail dans cet article. Il reste tout de même nécessaire de garder en mémoire quelques éléments. Tout d’abord Israël est la puissance nucléaire – non déclarée – du Moyen-Orient. Au-delà des conflits régionaux, cela lui confère une place singulière qui créée une asymétrie avec ses voisins, pour la plupart plus faibles conventionnellement que l’Etat hébreux. Appeler à la destruction physique de l’Etat d’Israël, c’est appeler à sa propre destruction avec le fait nucléaire. D’ailleurs, l’Iran s’installe peu à peu dans une dialectique de dissuasion (nucléaire, conventionnelle) avec Israël, bien avant l’aboutissement d’un éventuel programme militaire nucléaire iranien.

Israël peut aussi s’appuyer sur Tsahal ; son armée est forte de 160 000 soldat (400 000 mobilisables), 2500 chars de combat, 15 navires de guerre, 48 patrouilleurs, 3 sous-marins de classe Dolphin, 200 hélicoptères de combats, 900 avions de combats (liste non exhaustive et indicative)… Il ne faut pas oublier ses services secrets capables d’intervenir dans de nombreux pays.

« Le mur de séparation, tout un symbole... paradoxal. »

« Le mur de séparation, tout un symbole... paradoxal. Quel avenir pour Israël au Moyen-Orient ? »

Israël a toujours des contentieux territoriaux avec la Syrie et le Liban, pays qui ne la reconnaissent pas et la considèrent comme un ennemi dans les discours officiels. Néanmoins, il existe un cessez-le-feu surveillé par la FINUL et la FNUOD. Ces pays sont pour l’instant exclus officiellement de pourparlers de paix en Palestine. Mais, comment discuter de sécurité d’Israël en ne cherchant pas la paix sur son front nord, connaissant le nombre de Palestiniens présents dans ces pays ?

Malgré tout, Israël est moins isolé qu’il n’y parait. Ce pays est d’abord soutenu par de nombreux pays, au premier rang desquels les Etats-Unis. Il fait l’objet d’un soutien objectif, non déclaré, de la Jordanie, de l’Egypte et encore souvent de la Turquie sur de nombreux sujets. L’enjeu actuel de sa sécurité est certes lié à la Palestine mais il faut regarder vers la montée en puissance de l’Iran au plan régional.

3.2. L’Iran : la puissance en reconstruction

L’Iran offre un modèle de reconstruction d’une puissance régionale qui appuie ses actions extérieures sur la lutte contre le sionisme et surtout contre les Etats-Unis. La Révolution islamique de 1979 est d’abord une réaction à l’occidentalisation forcée du pays, sous le régime pro-américain du Chah. Malgré ses efforts, l’Iran, de population majoritairement perse et chiite, n’a jamais totalement réussi à s’imposer au Moyen-Orient, majoritairement arabe et sunnite. Deux axes actuels de sa politique régionale sont de rompre son isolement géopolitique et de se sanctuariser face aux Etats-Unis et leurs alliés.

« Des bases militaires en nombre en raison des deux conflits dans la région, est-ce que les États-Unis appliquent une politique de « rollback » (refoulement) ou une politique de « containment » (endiguement) à l'égard de l'Iran ? »

Depuis la marginalisation internationale du pays à la suite de la révolution de 1979 et de la guerre contre l’Iraq (1980-1988), l’Iran s’est installée dans une logique obsidionale pour l’Iran qui a été confortée par le renforcement des États-Unis de leurs alliés. Ces derniers ont renforcé leur dispositif, depuis 2001, à la frontière iranienne : implantation au Qatar, guerre d’Irak, guerre d’Afghanistan, « alliance stratégique » avec le Pakistan contre Al-Qaïda, renforcement de la marine américaine dans la région (5ème et 6ème flottes), bases de l’OTAN en Turquie, création d’une base française à Abu Dhabi…

L’Iran et les Etats-Unis n’ont pas les moyens politiques et militaires de s’affronter directement, avec des chances raisonnables de succès rapide. Ces deux pays ont donc des stratégies de confrontation indirecte s’appuyant sur des facteurs géopolitiques anciens. Au XXIème siècle, le conflit d’Iraq (2003), la guerre au Yémen entre le gouvernement de Sanaa et la rébellion zaydite du nord (2004), la guerre du Liban (2006), entre Israël et le Hezbollah, l’opération de Gaza (2009), entre Israël et le Hamas, traduisent cet affrontement. Dans un camp, les Etats-Unis comptent sur leurs alliés égyptien, israélien, saoudien, yéménite ou jordanien. Dans l’autre camp, l’alliance hybride (étatique et non-étatique) entre l’Iran, la Syrie, le Hezbollah et le Hamas s’impose comme un contrepoids à la puissance américaine. La visite officielle du président iranien Ahmadinejad à Damas, le 25 février 2010, en présence de M. Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah libanais, et de responsables du Hamas l’illustre. L’Iran développe donc des alliances, en soutenant des résistances islamiques chiites et sunnites, pour rompre son isolement géopolitique.

Stratégiquement encerclé et soumis à des sanctions économiques internationales, l’Iran a dû trouver des palliatifs à son déficit de puissance. Il a presque intégralement développé une industrie de défense autonome : avions de chasse, drones, missiles balistiques, satellites, frégate, radars, etc. Signataire du traité de non prolifération nucléaire, l’Iran dispose du droit de développer un programme nucléaire civil. Toutefois, le développement de missiles balistiques de portée de plus en plus grande laisse penser qu’un programme nucléaire civil cacherait des applications militaires. A cela s’ajoutent les déclarations régulières du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, sur la destruction d’Israël. Elles lui permettent de s’imposer comme leader de l’antisionisme dans le monde musulman et de renforcer sa position dans le dossier « nucléaire », en usant de menaces durant les phases de négociation.

Le développement d’un programme nucléaire militaire iranien à son terme permettrait à l’Iran de peser face à deux de ses voisins dotés de la bombe atomique, le Pakistan et la Russie, – la Turquie bénéficie de la “protection” nucléaire de l’OTAN – et de se sanctuariser face à Israël et aux Etats-Unis, par la dissuasion. Cette situation, a priori régionalement et internationalement inacceptable, entraînerait un bouleversement géopolitique majeur du Moyen-Orient, voire une confrontation armée pour réduire la puissance iranienne.

3.3. La Turquie ou la puissance pivot

La Turquie possède un rôle géopolitique particulier au Moyen-Orient car elle s’impose comme une zone pivot entre l’Asie centrale, l’Europe et le monde arabe. Sa diaspora présente dans ces régions représente environ 20% de la population turque. La Turquie est l’héritière de l’empire ottoman mais également l’héritière des tribus nomades turcophones d’Asie centrale. Par sa population de 77 millions d’habitants, comme l’Iran, elle possède une économie relativement prospère et ouverte qui n’est pas fondée sur une rente. Elle tire ses principales richesses et son développement de la mondialisation. Ceci lui a permis de bénéficier de délocalisations industrielles européennes. Ce pays représente aussi un marché avec de réelles possibilités d’expansion, liées aux accords avec l’Union européenne. Son poids démographique et économique (15ème économie mondiale) attribue naturellement à la République de Turquie une importance indéniable au Moyen-Orient.

« Bien que laïque, la Turquie sera-t-elle, un jour, le premier pays majoritairement musulman de l'Union européenne ? »

La Turquie est l’un des plus anciens et des seuls pays laïcs du Moyen-Orient. Bien que dirigé par un parti islamiste, le parti de la Justice et du Développement (AKP), son modèle politique qui s’appuie sur l’armée lui permet d’avoir des relations diplomatiques poussées avec tous les pays de la région, y compris Israël. L’armée turque, institution puissante, est en effet devenue un facteur régulateur, en raison de son appartenance au commandement intégré de l’OTAN et de son rôle de garant constitutionnel de la laïcité. Malgré un affaiblissement récent, en raison de demandes européennes, et la volonté gouvernementale de soumettre les militaires, les armées s’avèrent autant un pilier institutionnel qu’une force puissante. Leur participation aux opérations de maintien de la paix, comme à la Force intérimaire des Nations unies au Liban, de stabilisation en Afghanistan ou de coercition, dans le nord Iraquien, leur confère une réelle crédibilité régionale.

La question de Chypre reste encore sensible pour l’armée et l’opinion publique turque. C’est le seul pays à reconnaître la « République turque de Chypre-Nord ». Le rapprochement engagé avec la Grèce depuis 1999 limite les conséquences géopolitiques de ce conflit qui apparaît quelque peu anachronique et facteur d’instabilité.

A part cet exemple, la Turquie souhaite favoriser la stabilité du Moyen-Orient, sur la base des frontières reconnues et de frontières devant être délimitées. Bénéficiant de la confiance de nombreux pays, elle a servi de médiateur dans les négociations bilatérales entre la Syrie et Israël à partir de 2006. Elle développe de bonnes relations avec l’Iran, autre puissance régionale et se pose aussi en médiateur dans le dossier nucléaire iranien. Elle reste en bons termes avec tous les partis libanais et de la plupart des factions palestiniennes, ce qui lui permet de jouir d’une réelle influence au Proche-Orient. Les relations qu’elle entretient avec l’Iraq sont marquées par le problème kurde et des considérations économiques. La Turquie s’est beaucoup investie, y compris par la force, depuis 2003 pour éviter un démembrement de l’Iraq. Ankara a, par ailleurs, fourni un effort significatif pour renforcer ses liens avec de nombreux pays du Moyen-Orient, comme l’Egypte et la Jordanie.

La Turquie peut donc s’appuyer sur un très bon réseau diplomatique et sur sa force militaire pour renforcer son influence au Proche-Orient, dans différentes crises. C’est une puissance pivot entre l’Orient et l’Occident.

Conclusion

Le Moyen-Orient reste un enjeu géopolitique majeur au XXIème siècle, comme il le fut dans les siècles précédents. Les enjeux sur les ressources vont s’amplifier avec la baisse des réserves d’eau et de pétrole, liée à l’augmentation prévisible de la population du Moyen-Orient. Les questions des peuples palestiniens et kurdes ne semblent pas avoir de solutions dans un avenir proche. Elles réclameront des années pour être résolues, même après d’éventuels accords politiques. L’émergence, à la suite d’Israël, de deux autres puissances moyen-orientales non arabes, l’Iran et la Turquie, pourrait changer les rapports de force régionaux. La conséquence pourrait être l’édification d’une véritable puissance régionale arabe et sunnite, comme l’Egypte ou l’Arabie saoudite. Ceci pourrait déclencher de nouveaux conflits, éventuellement violents, entre ces puissances régionales qui sont toutes appuyées par des acteurs extérieurs ayant des besoins énergétiques et commerciaux…

S.D.

Le site de S.D. : Pour Convaincre

Sources chiffres : wiki et MAE

Source : Alliance Géostratégique

Croisade 2.0 : les mensonges de l’islamophobie

14 nov

par John Feffer pour TomDispatch.com

Les trois guerres inachevées de l’Occident contre le reste.

« En ciblant un centre islamique parfaitement normal, un érudit islamique parfaitement normal et un pays islamique parfaitement normal, les islamophobes ont effectivement déclarait la guerre à la normalité, pas l’extrémisme. »

Les musulmans ont été sanguinaires et perfides. Ils ont mené une attaque sournoise contre l’armée française et ont tué chaque soldat, 20 000 en tout. Il y a plus de 1000 ans, dans les cols montagneux de l’Espagne, la horde musulmane a éliminé les meilleurs soldats du commandement de Charlemagne, y compris son courageux neveu Roland. Ensuite, selon la célèbre poème qui immortalise la tragédie, Charlemagne a exigé sa revanche par la déroute de l’armée musulmane toute entière.

La Chanson de Roland, une interprétation en verset du XIe siècle d’une bataille du VIIIe siècle, est un produit des classes de la civilisation occidentale dans les collèges partout au pays. « Chef-d’œuvre du théâtre épique », selon les termes de son traducteur célèbre Dorothy Sayers, il fournit une préface pratique pour les étudiants avant qu’ils ne fouillent dans les lectures sur les Croisades qui ont débuté en 1095. Plus sinistrement, le poème a formé des générations de judéo-chrétiens pour considérer les musulmans comme des ennemis perfides qui ont, une fois, menacé les fondations mêmes de la civilisation occidentale.

Le problème, cependant, est que l’épopée entière est construite sur un curieux mensonge. L’armée qui est tombée sur Roland et ses soldats francs n’était pas musulmane du tout. Dans la bataille réelle de 778, les tueurs des francs étaient des chrétiens basques furieux contre Charlemagne suite au pillage de leur ville de Pampelune. Épique pas du tout, la bataille a émergé d’un différend paroissial dans les guerres complexes de l’Espagne médiévale. Seulement plus tard, comme les rois et les papes et les chevaliers se préparaient a livrer la bataille de la Première Croisade, un barde anonyme a réaffecté le texte pour répondre aux besoins d’une guerre sainte émergente entre la croix et le croissant.

De même, nous pensons aux Croisades comme l’archétypal « choc des civilisations » entre les disciples de Jésus et les disciples de Mohammad. Dans la version populaire de ces Croisades, l’adversaire musulman a, en fait, remplacé une gamme remarquable de peuples, les Croisés traités comme des ennemis, y compris les Juifs tués dans des pogroms sur la route de la Terre Sainte, des rivaux catholiques massacrés dans les Balkans et à Constantinople, et des hérétiques chrétiens pourchassés dans le sud de la France.

Beaucoup plus tard, pendant la Guerre Froide, les créateurs de mythes à Washington ont effectué un acte similaire, substituant une équipe monolithique marquée « communistes impies » par un groupe disparate de nationalistes anti-impérialistes dans une tentative de transformer des conflits dans des endroits éloignés comme au Vietnam, au Guatemala et l’Iran dans des luttes épiques entre les forces du monde libre et les forces du mal. Ces dernières années, l’administration Bush l’a refait à nouveau en peignant des nationalistes arabes comme étant des fondamentalistes islamiques diaboliques quand nous avons envahi l’Irak et préparé le renversement du régime en Syrie.

Similaire, un mythe créé se poursuit aujourd’hui. La récente flambée de l’islamophobie aux États-Unis a dessiné la force de plusieurs substitutions extraordinaires. Un président clairement chrétien est devenu musulman dans l’esprit d’un grand nombre d’Américains. Le savant islamique et réfléchi Tariq Ramadan est devenu un fondamentaliste de cabinet dans les écrits de Paul Berman et d’autres. Et un centre islamique dans le bas Manhattan, organisé par les partisans du dialogue interreligieux, est devenu une extrémiste « mosquée à Ground Zero », dans les apparitions TV, discours politiques et bafouillages sur Internet d’une clique déterminée de militants d’extrême-droite.

Cette transformation de l’Islam dans une caricature violente de lui-même – comme si Ann Coulter s’était soudainement mutée en visage de la chrétienté – vient à un tournant quelque peu étrange aux États-Unis. La rhétorique anti-islamique et les crimes de haine, qui dopés immédiatement après le 11 septembre 2001, avaient été sur le déclin. Aucune attaque terroriste majeure n’a eu lieu aux États-Unis ou en Europe depuis les attentats de Londres en 2005. L’actuel président américain en avait appelé au monde musulman et avait mis à la retraite l’acronyme controversé de GWOT, ou « Global War on Terror » (guerre mondiale contre le terrorisme).

Tous les éléments semblaient en place, en d’autres termes, pour nous tourner la page sur un horrible chapitre de notre histoire. Pourtant, c’est comme si nous restons fixés au XIe siècle dans une lutte perpétuelle de « nous » contre « eux ». Comme le mort-vivant remontant de son cercueil, nos précédentes « croisades » n’allaient jamais plus loin. En effet, nous semblons toujours nous battre dans les trois grandes guerres du millénaire, même si deux de ces conflits sont depuis longtemps finis et le troisième a été rhétoriquement réduit à la forme « d’opérations d’urgence à l’étranger. » Les Croisades, qui se sont enfin arrêtées au XVIIe siècle, continuent de façonner notre imagination mondiale aujourd’hui. La Guerre Froide a pris fin en 1991, mais les éléments clés du credo d’anticommunisme ont été maladroitement greffés au nouvel adversaire islamiste. Et la guerre mondiale contre le terrorisme, dont le président Obama a tranquillement renommé peu après l’entrée en fonction, a en fait métastasé dans les guerres que son administration continue de poursuivre en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, au Yémen et ailleurs.

Ceux en Europe et aux États-Unis qui encouragent ces guerres prétendent qu’ils sont émis à l’appel de réveil sur la menace continue d’al-Qaïda, les Taliban et autres militants qui revendiquent la bannière de l’Islam. Cependant, ce qui maintient vraiment les islamophobes n’est pas les fondamentalistes islamiques marginaux et réactionnaires, mais plutôt la croissance économique et l’influence politique et mondiale du courant dominant de l’Islam moderne. Les exemples de l’Islam se colletant avec succès avec la modernité abondent, de la nouvelle politique étrangère de la Turquie et le muscle économique de l’Indonésie aux partis politiques islamiques participant aux élections au Liban, au Maroc et en Jordanie. Au lieu de rassurer, cependant, ces tendances incitent seulement les islamophobes à intensifier leurs combats à « sauver » la civilisation occidentale.

Tant que nos guerres inachevées brûlent toujours dans la conscience collective – et font encore rage à Kaboul, Bagdad, Sana’a et les zones tribales du Pakistan – l’islamophobie fera son impact dans nos médias, la politique et la vie quotidienne. Seulement si nous finissons de manière décisive les Croisades millénaires, le demi-siècle de la Guerre Froide et la longue décennie de la guerre contre le terrorisme (sous n’importe quel nom) nous surmonterons le fossé dangereux qui a consommé tant de vies, gaspillé tant de richesses et déformé notre compréhension même de notre propre Occident.

Les Croisades continuent

Avec leur peur irrationnelle des araignées, les arachnophobes sont effrayés tant par d’inoffensifs daddy longlegs (espèce d’araignée, ndt) que d’araignées brunes toxiques. Dans des cas extrêmes, un arachnophobe peut éclater dans une sueur tout en regardant simplement des photos d’araignées. Il est, bien sûr, raisonnable d’éviter les veuves noires. Cependant, ce qui rend une crainte légitime dans une phobie irrationnelle est la tendance à mettre dans le même sac tout un groupe, d’araignées ou d’humains, en une seule catégorie létale puis à en exagérer la menace qu’ils représentent. Après tout, les morsures de l’araignée sont responsables d’au maximum une poignée de décès par an aux États-Unis.

De même, l’islamophobie est une peur irrationnelle de l’Islam. Oui, certains fondamentalistes musulmans ont été responsables des attentats terroristes, certains fantaisistes d’un « califat mondial » continuent de comploter des attaques contre des ennemis perçus et certains groupes comme les Taliban en Afghanistan et al-Shabaab en Somalie pratiquent des versions médiévales de la religion. Mais les islamophobes confondont ces petites parties avec l’ensemble et puis voient le terroriste djihadiste sous chaque oreiller islamique. Ils éclatent de sueur à la simple image d’un imam.

Les peurs irrationnelles sont souvent enracinées dans notre enfance vaguemment rappelées. De même, notre peur irrationnelle de l’Islam semble provenir des événements survenus dans les premiers jours de la chrétienté. Trois mythes hérités de la période des Croisades constituent le noyau de l’islamophobie aujourd’hui : les musulmans sont intrinsèquement violents, les musulmans veulent conquérir le monde entier et on ne peut pas avoir confiance envers les musulmans.

Le mythe de l’Islam comme une « religion de l’épée » était un produit de l’art et de littérature du Croisé. En fait, les atrocités commises par les dirigeants musulmans et les armées – et il y en a certains – rivalisent rarement avec les massacres des Croisés, qui ont repris Jérusalem en 1099 dans un véritable bain de sang. « Les tas de morts ont présenté un problème immédiat pour les conquérants », écrit Christopher Tyerman dans « God’s War ». « Beaucoup de la population musulmane survivante ont été forcés de purifier les rues et de transporter les corps hors des murs pour être incinérés dans de grands bûchers, après quoi, ils ont été massacrés ». Les Juifs de Jérusalem ont subi un sort similaire, lorsque les Croisés ont brûlé bon nombre d’entre eux vivant dans leur synagogue principal. Quatre cents ans plus tôt, en revanche, le calife Umar ne passa personne au fil de l’épée lorsqu’il a pris Jérusalem, signant un pacte avec le patriarche chrétien Sophronius en promettant « aucune contrainte en religion ».

Ce mythe du musulman intrinsèquement violent perdure. L’Islam « enseigne la violence » a proclamé le télévangéliste Pat Robertson en 2005. « Le Coran enseigne la violence et la plupart des musulmans, y compris les soi-disant musulmans modérés, croient ouvertement à la violence », est le sens que le général Jerry Curry (retraité de l’armée américaine), qui a servi dans les administrations Carter, Reagan et Bush père, a posé.

Les Croisés ont justifié leur violence en arguant que les musulmans ont été disposés à s’emparer du monde entier. À ses débuts, l’empire islamique s’étendant vraiment a en effet imaginé un dar-es-Islam (maison de l’Islam) toujours croissant. Au temps des Croisades, cependant, cet éclatement initial d’enthousiasme pour la guerre sainte avait longtemps été dépassé. En outre, l’Occident chrétien a nourri son propre jeu de désirs lorsqu’il s’agissait d’étendre l’autorité du pape aux quatre coins du globe. Même ce premier partisan du soft power, François d’Assise, s’est assis avec le sultan al-Kamel au cours de la campagne de la Cinquième Croisade dans le but d’éliminer l’Islam par la conversion.

Aujourd’hui, les islamophobes peignent la construction de la Maison de Cordoue dans le bas Manhattan comme une autre tactique dans cette usurpation du pouvoir millénaire : « C’est la domination islamique et de l’expansionnisme », écrit la blogueuse de droite Pamela Geller, qui a fait de la « mosquée de Ground Zero » une obsession médiatique. « L’Islam est une religion avec un programme très politique », met en garde l’ex-musulman Ali Sina. « L’objectif ultime de l’Islam est de gouverner le monde ».

Ces deux mythes – de violence inhérente et d’ambitions mondiales -, a conduit à la conviction ferme que les musulmans sont de nature indigne de confiance. Robert de Ketton, un traducteur du XIIe siècle du Coran, était typique pour dénigrer le prophète Mohammad de cette façon : « Comme le menteur que vous êtes, vous vous contredisez partout vous-même ». La suspicion du caractère douteux est ainsi tombée sur tout chrétien qui a adopté la possibilité d’une coexistence avec l’Islam. Le pape Grégoire, par exemple, a cru que le Croisé du XIIIe siècle Frédéric II était l’Antéchrist lui-même parce qu’il a développé des relations étroites avec les musulmans.

Pour les islamophobes aujourd’hui, les musulmans à l’étranger sont de la même façon des terroristes en attente. Comme pour les musulmans à la maison (aux Etats-Unis, ndt), « les musulmans américains doivent faire face à l’un ou l’autre », écrit le romancier Edward Cline, « pour désavouer l’Islam ou rester en silence, sanctionnant la cinquième colonne ». Même les musulmans américains dans les hauts lieux, comme le membre du Congrés Keith Ellison (D-MN), ne sont pas au-dessus de tout soupçon. Dans une interview de CNN en 2006, Glenn Beck dit, « j’ai été nerveux à cette entretien avec vous, parce que ce que je ressens est comme si je disais, « Monsieur, prouvez-moi que vous ne travaillez pas avec nos ennemis » ».

Ces trois mythes de l’islamophobie s’épanouissent à notre époque, tout comme ils ont presque un millénaire, à cause d’un amalgame rusé d’un certain type du fondamentalisme islamique avec l’Islam lui-même. Bill O’Reilly avait soigneusement canalisé cette mentalité de Croisé lorsqu’il a affirmé récemment que « la menace musulmane dans le monde n’est pas isolée. C’est énorme ! » Lorsque le sous-secrétaire adjoint de la Défense pour le renseignement, William Boykin, dans un sermon tristement infâme de 2003, a tonné « ce que je suis venu faire ici aujourd’hui est recruter pour que vous soyez des guerriers du Royaume de Dieu », il émettait l’appel du Croisé aux armes.

Mais O’Reilly et Boykin, qui représentent la violence, la duplicité et la mentalité expansionniste des Croisés occidentaux d’aujourd’hui, ont également invoqué une tradition plus récente, plus proche dans le temps et beaucoup plus familière.

Le mythe totalitaire

En 1951, la CIA et l’élite anticommuniste émergente, y compris Dwight Eisenhower sur le point de devenir président, ont créé la Croisade pour la Liberté comme une composante clé d’une campagne de guerre psychologique croissante contre l’Union soviétique et les pays satellites qu’elle contrôlait en Europe de l’Est. La langue de cette « croisade » a été intentionnellement religieuse. Il a atteint des « peuples profondément enracinés dans le patrimoine de la civilisation occidentale », vivant sous le « poids écrasant d’une dictature impie ». Dans son appel pour la libération du monde communiste, il a fait écho à la rhétorique croisé vieille de mille ans de « récupérer » Jérusalem et autres avant-postes de la chrétienté.

Dans la théologie de la Guerre Froide, l’Union soviétique a remplacé le monde islamique comme l’infidèle indigne de confiance. Cependant inconsciemment, les vieux mythes croisés sur l’Islam traduisent remarquablement facilement les suppositions gouvernantes de l’ennemi communiste : les soviétiques et leurs alliés sont disposés à s’emparer du monde entier, ne pouvaient pas être fiable avec leur rhétorique de coexistence pacifique, la civilisation occidentale en péril et battue avec une sauvagerie unique ainsi que par une volonté de se martyriser elle-même pour le plus grand bien idéologique.

Ironie du sort, les gouvernements occidentaux ont été tellement obsédés de combattre ce nouveau fléau que, dans les années de la Guerre Froide, sur la théorie que l’ennemi de mon ennemi est mon ami, ils ont élevé l’Islam radical comme une arme. Comme le journaliste Robert Dreyfuss le détaille habilement dans son livre « The Devil’s Game », l’aide américaine aux Moudjahidins en Afghanistan n’a été qu’une partie de la croisade anticommuniste dans le monde islamique. Pour saper les nationalistes arabes et gauchistes qui pourraient s’aligner avec l’Union soviétique, les États-Unis (et Israël) ont travaillé avec des mollahs iraniens, ont contribué à créer le Hamas et ont facilité la diffusion des Frères Musulmans.

Bien que la Guerre Froide ait pris fin avec la disparition soudaine de l’Union soviétique en 1991, la mentalité de l’ère – et tellement de Guerriers Froids (terme générique englobbant les espions, les militaires, les politiciens, etc, de la Guerre Froide, ndt) la présentant – n’est jamais allée avec cela. La mythologie dominante a été simplement transférée vers le monde islamique. Dans la théologie anticommuniste, par exemple, le pire juron était « totalitarisme », dit pour décrire l’essence de l’État soviétique universel et du système. Selon l’éclat de la jeune néoconservatrice Jeanne Kirkpatrick a fourni dans son livre « Dictatorships and Double Standards », l’Occident avait toutes les raisons de soutenir des dictatures autoritaires de droite parce qu’ils s’opposeraient fermement aux dictatures totalitaires de gauche, qui, contrairement aux autocraties avec qui nous étions alliés, étaient supposées incapables de réforme interne.

Conformément à la nouvelle école de l’« islamo-fascisme » – et ses acolytes comme Norman Podhoretz, David Horowitz, Bill O’Reilly, Pamela Geller – les fondamentalistes sont tout simplement les « nouveaux totalitaires », rigides, fanatiques et incapables de changement comme les communistes. Pour un traitement plus sophistiqué de l’argument islamo-fasciste, regardez Paul Berman, un intellectuel libéral incliné à droite, qui a essayé de démontrer que les « musulmans modérés » sont des fondamentalistes dans des habits de réformiste.

Ces Guerriers Froids traitent tout le monde islamique comme une masse indifférenciée – dans l’esprit, une Union soviétique moderne – où les gouvernements arabes et islamistes radicaux travaillent main dans la main. Simplement, ils échouent à appréhender que les gouvernements syrien, égyptien et saoudien ont lancé leurs propres attaques contre l’Islam radical. Le fossé se divise entre le régime iranien et les Taliban, entre le gouvernement jordanien et les Palestiniens, entre chiites et sunnites en Irak, et même parmi les Kurdes tous disparaissent dans le mixeur totalitaire, de même que les anticommunistes échouaient généralement à distinguer entre le communiste intransigeant Leonid Brejnev et le réformateur communiste Mikhail Gorbachev.

À la racine du terrorisme, selon Berman, sont « les immenses échecs de courage politique et d’imagination dans le monde musulman », plutôt que les fantaisies violentes d’un groupe aux valeurs religieuses aberrantes ou d’opérations militaires des Croisés de l’Occident. En d’autres termes, quelque chose d’erroné au cœur même de l’Islam lui-même est responsable de la violence faite en son nom – une ligne d’argument remarquablement similaire à celle des Guerriers Froids faite sur le communisme.

Tout cela, représente bien entendu, une image inversée des arguments d’al-Qaïda sur les perversités inhérentes de l’Occident infidèle. Comme lors de la Guerre Froide, les intransigeants se renforcent l’un l’autre.

La persistance des mythes Croisé et leur transposition dans un cadre de la Guerre Froide aident à expliquer pourquoi l’Occident est surchargé de nombreuses idées fausses sur l’Islam. Toutefois, ils n’expliquent pas la récente flambée d’islamophobie aux États-Unis après plusieurs années de relative tolérance. Pour comprendre cela, nous devons nous tourner vers la troisième guerre inachevée : la guerre mondiale contre le terrorisme ou GWOT (Global War on Terror), lancée par George W. Bush.

Attiser les flammes

Le président Obama a été prudent de panser son image chrétienne lors de sa campagne. Il a été vu à plusieurs reprises entrain de prier dans les églises, et il a studieusement évité les mosquées. Il a mis tout en oeuvre pour effacer les traces de l’identité musulmane dans son passé.

Ses adversaires ont, bien entendu, fait tout le contraire. Ils ont souligné son second prénom, Hussein, ont contesté ses extraits de naissance et ont affirmé qu’il était trop proche de la cause palestinienne. Ils ont essayé aussi tourner les circonscriptions électorales libérales – particulièrement ceux juifs américains – contre le président présomptif. Comme Frédéric II pour une génération antérieure de fondamentalistes chrétiens, depuis son entrée dans le Bureau Ovale, Obama est devenu l’Antéchrist des islamophobes.

Une fois au pouvoir, il a rompu avec les politiques de l’administration Bush envers le monde islamique sur quelques points. Il a en effet poussé en avant avec son plan de retirer des troupes de combat d’Irak (avec quelques exceptions importantes). Il a tenté de faire pression sur le gouvernement du Premier ministre Benyamin Netanyahou pour arrêter l’expansion des colonies dans les territoires palestiniens occupés et à négocier de bonne foi (bien qu’il a fait sans recourir à une forme de pression qui pourrait être significative, comme une réduction ou même une cessation des exportations d’armes américaines en Israël). Dans un discours au Caire très médiatisé en juin 2009, il s’est aussi étendu rhétoriquement dans le monde islamique à un moment où il avait également éliminé le nom de « Guerre mondiale contre la terreur » du vocabulaire du gouvernement.

Pour les musulmans dans le monde entier, toutefois, GWOT continue d’elle-même. Les États-Unis ont orchestré une poussée en Afghanistan. La guerre des drones de la CIA dans les régions limitrophes pakistanaises a rapidement augmenté. Les forces spéciales américaines opèrent maintenant dans 75 pays, au moins 15 de plus que durant les années Bush. Entre-temps, Guantanamo reste ouvert, les États-Unis continuent de pratiquer des transferts extraordinaires et l’assassinat demeure une partie active de la boîte à outils de Washington.

Les civils tués dans ces opérations d’urgence à l’étranger sont majoritairement musulmans. Les gens appréhendés et interrogés sont pour la plupart musulmans. Les bâtiments détruits sont en grande partie des propriétés musulmanes. En conséquence, la rhétorique de « croisés et impérialistes » utilisée par al-Qaïda tombe sur des oreilles réceptives. Malgré son discours du Caire, la côte de popularité des États-Unis dans le monde musulman, déjà assez sombre, a encore glissé depuis qu’Obama a pris ses fonctions – en Égypte, de 41 % en 2009 pour 31 % aujourd’hui, en Turquie, de 33 % à 23 %, et au Pakistan, de 13 % à 8 %.

Les guerres états-uniennes, les occupations, les raids et les frappes aériennes répétées ont produit une grande partie de cette désaffection et, comme le politologue Robert Pape a toujours soutenu, la plupart des attentats-suicide à la bombe et d’autres attaques contre des cibles ainsi que contre les troupes occidentales. Il s’agit de vengeance, pas de religion, – tout comme ça l’était pour les Américains après le 11 septembre 2001. Le commentateur M. Junaid Levesque-Alam a judicieusement souligné, « Quand trois avions explosèrent dans des icônes nationales, est-ce que cela a irrité et attisé la haine s’élèvant dans les coeurs américains seulement après consultation des versets bibliques ? »

Et pourtant, ces lamentables figures électorales ne reflètent pas réellement un rejet des valeurs occidentales (malgré les assurances des islamophobes qu’ils signifient exactement ça). « Les nombreux sondages que nous avons menés », écrit le sondeur Stephen Kull, « ainsi que d’autres par la World Values Survey et le Baromètre Arabe, montrent un appui solide dans le monde musulman pour la démocratie, pour les droits de l’homme et pour un ordre international fondé sur le droit international et des Nations Unies fortes ».

En d’autres termes, neuf ans après le 11 septembre une deuxième pointe de l’islamophobie et des attaques terroristes comme la tentative d’attentat à la bombe à Times Square sont nées des deux pressions convergentes : les critiques américaines de la politique étrangère d’Obama croient qu’il s’est éloigné de la lutte civilisationnelle majeure de notre époque, même si beaucoup dans le monde musulman considère la politique étrangère de l’ère Obama comme une continuation, même une escalade, des politiques de guerre et d’occupation de l’ère Bush.

Voici l’ironie : parallèlement à la montée incontestable du fondamentalisme au cours des deux dernières décennies, quelques unes orientées vers la violence, le monde islamique a subi un changement qui enterre le cliché que l’Islam a maintenu des pays loin du développement politique et économique. « Depuis le début des années 90, 23 pays musulmans ont développé des institutions plus démocratiques, avec des élections dirigées assez impartiallement, des partis politiques sous tension et compétitifs, des libertés civiles plus grandes, ou de meilleures protections juridiques pour les journalistes », a écrit Philip Howard dans « The Digital Origins of Dictatorship and Democracy ». La Turquie a émergé comme une démocratie vivante et un acteur majeur de la politique étrangère. L’Indonésie, le pays à la grande population musulmane de la planète, est maintenant la plus grande économie en Asie du Sud-Est et la dix-huitième plus grande économie du monde.

Est-ce que les islamophobes ont raté cette histoire d’adaptation du courant dominant de l’Islam avec la démocratie et la croissance économique ? Ou est-ce cette histoire (pas islamo-fasciste mettant en vedette al-Qaïda) qui est leur réelle préoccupation ?

Les préoccupations récentes des islamophobes parlent à cet égard. Pamela Geller, après tout, est typique de la façon dont elle s’est rendue non pas après une mosquée radicale, mais un centre islamique à environ deux blocs de Ground Zero proposé par un partisan du dialogue interreligieux. Comme le journaliste Stephen Salisbury écrit : « la controverse de la mosquée n’est vraiment pas du tout à propos de la mosquée, c’est sur la présence de musulmans en Amérique et l’anxiété flottant librement et la peur qui dominent maintenant la psyché de la nation ». Pour sa dernière aventure, Geller pousse un boycott de la « Campbell’s Soup » parce qu’elle accepte la certification halal – la version islamique de la certification casher par un rabbin – de la Société Islamique d’Amérique du Nord, un groupe qui, en passant, a fait son possible pour dénoncer l’extrémisme religieux.

Paul Berman, entre-temps, a consacré son dernier livre, « The Flight of the Intellectuals », à déconstruire les arguments non pas d’Oussama ben Laden ou acabit, mais de Tariq Ramadan, le plus influent théologien islamique. Ramadan est un homme fermement engagé à briser les anciennes distinctions entre « nous » et « eux ». Critique de l’Occident pour le colonialisme, le racisme et d’autres maux, il conteste également les injustices du monde islamique. Il est loin d’être un fondamentaliste.

Et quel pays, en passant, a exercé des islamophobes européens plus que tout autre ? Le Pakistan ? L’Arabie Saoudite ? L’Afghanistan Taliban ? Non, la réponse est : la Turquie. « Les Turcs ont conquis l’Allemagne de la même façon que les Kosovars ont conquis le Kosovo : en utilisant le taux de natalité élevés », soutient l’islamophobe du jour en Allemagne, Thilo Sarrazin, un membre du Parti Social-Démocrate d’Allemagne. L’extrême-droite s’est même unie autour d’un référendum dans toute l’Europe pour garder la Turquie hors de l’Union européenne.

Malgré ses nombreux défauts, George W. Bush en savait au moins assez pour distinguer l’Islam de l’islamisme. En ciblant un centre islamique parfaitement normal, un érudit islamique parfaitement normal et un pays islamique parfaitement normal – tout fermement dans le courant dominant de cette religion – les islamophobes ont effectivement déclarait la guerre à la normalité, pas l’extrémisme.

Les victoires du mouvement Tea Party et le pouvoir accru des militants républicains au Congrès, pour ne pas mentionner la renaissance de l’extrême-droite en Europe, suggèrent que nous vivions avec cette islamophobie et les trois guerres inachevées de l’Occident contre le reste pendant un certain temps. Les Croisades ont duré des centaines d’années. Espèrons que la Croisade 2.0, et l’âge sombre dans laquelle nous nous trouvons, a une durée de vie beaucoup plus courte.

John Feffer

John Feffer est le co-directeur du Foreign Policy in Focus à l’Institut des Etudes Politiques, écrit sa chronique régulière du World Beat et publiera un livre sur l’islamophobie avec City Lights Press en 2011. Ses essais passées, y compris ceux de TomDispatch.com, peuvent être lu sur son site Web. Il aimerait remercier Samer Araabi, Rebecca Azhdam et Peter Certo pour l’aide à la recherche.

Article original : The Lies of Islamophobia

Traduction : Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

Version PDF : Croisade 2.0 : les mensonges de l’islamophobie

Reproduction autorisée avec indication des sources.

De la nourriture pour tout le monde ? (vidéo)

12 nov

overpopulationisamyth.com

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- Géopolitique de l’effervescence

La Chine et quelques uns de ses voisins

11 nov

par Jean-Paul Yacine pour Question Chine

Les relations de la Chine avec ses voisins sont souvent marquées par l’intérêt bien compris du commerce et des opportunités partagées, avec, en fond de tableau, l’inconfort d’une cohabitation tendue par les rivalités stratégiques ou les querelles de frontières.

Ces dernières sont avivées par le souci de Pékin de protéger ses revendications maritimes à l’Est, et d’ouvrir le pays vers l’Asie Centrale, la Mer d’Arabie et le golfe du Bengale, qui sont autant d’accès plus directs aux hydrocarbures du Moyen Orient. Parfois, comme avec la Corée du Nord ou le Pakistan, les relations sont aussi enkystées dans les arcanes compliquées du jeu stratégique régional.

Privilégiant le temps long et la stabilité qui favorisent ses influences, Pékin craint, par-dessus tout, les secousses qui brouilleraient son jeu, notamment en Corée du Nord, au Pakistan, au Myanmar et en Asie Centrale (lire “Où en est le nouveau Grand Jeu en Asie Centrale ?” QC, 29 avril 2010).

Chine et Inde

Entre la Chine et l’Inde, les relations s’améliorent, mais restent marquées par la méfiance et une prudente réserve, qui se traduisent par d’assez maigres relations commerciales (60 milliards de dollars, contre plus de 350 milliards entre la Chine et les Etats-Unis). Les querelles de frontières non résolues de l’Arunachal Pradesh et du Cachemire pèsent toujours après le bref conflit de 1962. Mais il y a plus.

Les Indiens, dont le pays n’est jamais que le n°2 des grands pays émergents, derrière la Chine, éprouvent rancœur et amertume d’être une puissance nucléaire non reconnue, que les Chinois regardent souvent de haut. La plupart d’entre eux considèrent d’ailleurs l’Inde comme un pays retardé et chaotique.

Parfois, le ressentiment ou les reproches, avivés par ces susceptibilités nationalistes, s’expriment directement dans la presse ou sur le net. Alors, resurgissent en vrac les méfiances à propos de la connivence entre Pékin et Islamabad, celles sur la question des frontières près des hauteurs glacées de l’Himalaya et le long du Cachemire, objet des lourds ressentiments indiens, nourris des craintes d’une annexion rampante des territoires contestés par la Chine.

L’opposition indienne joue de ces méfiances pour accuser le pouvoir de faiblesse. Récemment, sur le site « Project Syndicate », Jaswant Singh, nationaliste intransigeant, coutumier des déclarations polémiques, ancien ministre des AE, des finances et de la Défense de l’Inde, membre de l’opposition, dénonçait la présence de 10 000 soldats chinois à la frontière (Col de Khunjerab) et le long de la route de Karakorum, reliant le Xinjiang au Pakistan.

Pour autant, Pékin avait dépêché ces troupes au Cachemire (7000 hommes du génie et des transmissions) pour aider les populations sinistrées par les récentes catastrophes et réparer les infrastructures, dont une partie avait été construite par les ingénieurs chinois eux-mêmes, pour relier le Xinjiang au Pakistan et à la Mer d’Arabie.

Aujourd’hui, la Chine pourrait bien tirer partie de sa maîtrise dans les ponts et chaussées pour étendre et prolonger sa présence dans la zone, non seulement au Cachemire pakistanais toujours sinistré, mais également dans la partie sud, contrôlée par l’Inde. Le 15 septembre dernier, le ministre indien en charge des infrastructures routières, de passage à Pékin, créait en effet la surprise en annonçant que son pays accueillerait des investissements chinois pour l’extension et la réparation du réseau autoroutier en Inde, y compris dans la zone de Jammu, au Cachemire indien.

Cette offre, qui prend l’opposition indienne à contrepied, tranche brutalement avec les attitudes de méfiance qui s’exprimaient jusqu’à présent par de sévères restrictions de visas imposées par l’Inde aux compagnies chinoises. Elle ouvre à la Chine la possibilité d’augmenter son influence dans les zones contestées, où les inondations et les glissements de terrain ont gravement endommagé les infrastructures.

Au Cachemire pakistanais, la Chine, également inquiète des risques de dérapage du pays vers l’islamisme radical, dispose déjà d’un réseau de contacts avec les fonctionnaires d’Islamabad, tandis que ses sociétés de construction commencent à dynamiser l’économie locale par leurs contrats de sous-traitance.

Si la proposition de l’Inde était suivie d’effet, les compagnies chinoises de construction y développeraient les mêmes stratégies d’influence, auxquelles les populations locales et les fonctionnaires, en quête de travail, de contrats et d’argent frais, ne peuvent résister.

Dans une zone en pleine effervescence, proche du bourbier afghan, l’enjeu et les défis sont de taille. S’il est vrai que son implication dans la zone conforte ses projets d’ouverture du grand Ouest chinois vers la Mer d’Arabie, Pékin devra rester à l’écart des violents troubles qui secouent la région. Depuis le 11 juin, en effet, 72 manifestants anti-indiens ont été abattus par les forces de police de New-Delhi dans la région de Srinagar, dans le sud Cachemire où New-Delhi voudrait impliquer les compagnies chinoises (AFP 13 septembre).

Elle devra aussi se défendre des accusations « d’annexion rampante » de ceux qui, en Inde et ailleurs, considèrent avec appréhension l’élargissement de l’influence chinoise dans la région.

Chine et Corée du Nord

Avec Pyongyang, l’attitude de Pékin reste inflexiblement attachée à la préservation du Régime de Kim Jong Il ou de ses successeurs, en dépit des deux explosions nucléaires en 2006 et 2009, qui mirent le régime chinois en porte à faux et un terme au dialogue à 6 sur la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Tout indique même que la position chinoise en faveur de la stabilité de son voisin s’est récemment durcie, créant à Séoul ressentiment et méfiance. Au cours de la deuxième moitié de 2009, après le deuxième test nucléaire, et alors même que Pékin s’était associé aux sanctions onusiennes, Kim Jong Il s’est rendu en Chine, juste avant la visite à Pyongyang du ministre de la Défense Liang Guanglie, elle-même suivie, quatre mois plus tard, par celle du Premier Ministre Wen Jiabao.

Peu après, la Chine signait, par le biais d’une société de Dalian, un accord de leasing sur 10 ans des installations du port nord-coréen de Rajin. Enfin, lors du torpillage de la frégate sud-coréenne Cheonan, le 26 mars 2010, Pékin a clairement pris ses distances avec le rapport d’experts qui accusait Pyongyang.

Aujourd’hui, alors que de nombreux observateurs soulignent les risques liés à la transition, le Parti observe avec attention les prémisses politiques de la succession de Kim Jong Il qui devrait être assurée par son fils Kim Jong Oeun, récemment promu général en même temps que la propre sœur du « Cher dirigeant ». Cette situation conduira à une direction collégiale du Régime dont la première conséquence pourrait être la recrudescence des rivalités internes.

A Zhongnanhai, on est d’autant plus attentif aux évolutions en cours, qu’en cette période d’incertitude le Régime Nord-coréen est encore moins enclin aux concessions. Signe qu’à Pékin et Pyongyang on ne veut rien laisser au hasard, la chasse aux transfuges s’est considérablement durcie. Le journal Asahi Shimbun signale que l’appareil de sécurité chinois travaille étroitement avec la police secrète nord-coréenne, dont une centaine d’agents opèrent en Chine, en liaison avec la Police Armée pour traquer les fugitifs partout dans le pays.

Le resserrement des mailles du filet serait directement lié aux incertitudes de la transition. Les équipes de policiers sont déployées dans les régions du Yunnan, du Guangxi et dans la province de Canton sur la route du Vietnam du Laos ou de la Thaïlande, possibles destination des réfugiés. Le Shandong, destination privilégiée des investisseurs sud-coréens et patrie de nombreux Chinois d’origine coréenne, est également la cible des enquêteurs.

Bien qu’il n’existe que peu de statistiques officielles, on estime que plusieurs dizaines de milliers de Nord-coréens fuient leur pays chaque année et que près de 400 000 Coréens vivent clandestinement en Chine.

Chine et Birmanie

Avec le Myanmar, c’est aussi le souci de la stabilité qui prévaut, assorti de ses intérêts bien compris liés au gaz birman, à l’accès au golfe du Bengale et à la construction du gazoduc et de l’oléoduc vers le Yunnan. (lire “Chine – Myanmar, le dilemme birman” QC, 5 septembre 2009).

C’est pourquoi, même si elle a aussi intérêt à l’amélioration de l’image du Régime birman, la Chine acceptera sans broncher les résultats des élections prévues le 7 novembre prochain, dont la plupart des analystes estiment qu’elles ne seront ni libres ni équitables.

Lors de la récente visite en Chine du chef de la junte Than Shwe, le porte parole du MAE chinois a en effet précisé : « La Chine espère que la communauté internationale apportera un soutien constructif aux élections au Myanmar et s’abstiendra de toute ingérence qui pourrait avoir un impact négatif sur les affaires intérieures du pays et sur la paix et la stabilité régionales ».

Mais au Myanmar, le jeu chinois, qui tente à la fois de préserver ses liens avec les milices locales et de gagner les faveurs du gouvernement central, n’est pas simple. Dans les zones limitrophes du Yunnan, les autorités locales chinoises sont parties prenantes au commerce transfrontalier et aux trafics, en liaison avec les groupes ethniques birmans, jadis soutenus par Mao, et eux-mêmes en conflit larvé avec les autorités centrales.

Depuis les échauffourées sur sa frontière, il y a un an, Pékin s’est investi pour créer les conditions d’un dialogue entre Naypyidaw et les groupes rebelles des zones frontières, tout en persuadant le gouvernement central de stopper ses offensives militaires. Au cours des 18 derniers mois, trois membres du Comité Permanent du Bureau Politique ont effectué le voyage à Naypyidaw pour renforcer les liens politiques et signer des contrats pour la construction de barrages et l’exploitation minière, faisant de la Chine le plus gros investisseur au Myanmar.

Les compagnies chinoises ont en effet augmenté de manière notable leurs investissements dans le secteur hydroélectrique et minier. Ces derniers viennent s’ajouter à plusieurs dizaines de projets déjà en cours dans ces deux secteurs depuis la fin des années 90.

Début juin, lors de son voyage au Myanmar, Wen Jiabao a, avec son homologue birman, présidé à la signature d’un accord pour un investissement de la société d’état NORINCO, principal fabricant et exportateur d’équipements militaires conventionnels chinois, en vue de participer à l’exploitation d’une mine de cuivre à Monywa, dans le riche centre minier du pays. La Chine était déjà présente sur le site de Monywa par le biais de la société China Nonferrous Metal Mining.Co.

C’est le 2e investissement d’envergure dans le secteur minier de NORINCO, déjà impliqué, dans un projet d’extraction de nickel dans l’état de Chin qui borde le golfe du Bengale, au travers de sa filiale Wanbao Mining. Co, associée à une compagnie minière listée à Hong Kong, mais propriété de la Zhijing Mining, appartenant, elle aussi, à l’Etat chinois. Selon le site internet de NORINCO, Wanbao est aussi impliquée dans un projet d’usine chimique avec China Tianchen Engineering Co., grâce à un prêt préférentiel accordé par la Chine au gouvernement birman.

Le 18 août dernier, Taiyuan Iron and Steel Group, 1er producteur mondial d’acier et la compagnie China Nonferrous Metal Mining se sont associés pour développer une mine de nickel dans la région de Tatkon, 50 km au Nord de la capitale. Cet investissement s’ajoute aux 800 millions de $ déjà engagés par la compagnie pour l’exploitation d’une autre mine de nickel à Tagaungtaung, dans le Nord du pays, à 150 km de la frontière chinoise, et dont les opérations d’extraction devraient commencer en 2011.

Il reste que la manœuvre de la junte, qui envisageait de transformer les milices rebelles en garde-frontières contrôlées par l’armée a échoué, tandis que l’influence de Pékin dans le pays se heurte à quelques raidissements de la population de plus en plus hostile à l’exploitation des ressources naturelles, dont l’impact sur l’environnement et la vie des ruraux soulève des protestations. Selon International Crisis Group, certains observateurs lient l’attentat d’avril 2010 contre le projet de centrale hydraulique de Myitsone, dans l’état de Kachin, à des groupes dissidents mécontents de la présence chinoise.

Il est aussi avéré que certains groupes rebelles considèrent que les grands projets chinois dans les zones frontières, notamment dans l’état de Kachin, riche en ressources minières, sont un appui direct à la politique de mise au pas des milices par le gouvernement central.

Enfin, l’investissement chinois dans la mine de Monywa, piloté par le fabricant d’armes NORINCO, principal fournisseur d’équipements militaires au Pakistan et au Myanmar, ajoute à une récente controverse internationale, déclenchée par l’ONG Earth Rights International qui implique la société canadienne Ivanohe Mining.

Cette dernière liée, entre autres, au secteur minier et de l’énergie chinois, jusqu’à présent principal opérateur de la mine de Monywa, est accusée de faciliter le détournement, au profit de la junte, des bénéfices miniers vers une banque black-listée par le gouvernement américain basée à Singapour et dont les ramifications renvoient, entre autres, à une banque de Chinois d’outre mer.

La polémique qui enfle depuis quelques mois, se développe au milieu d’insistantes rumeurs venant, entre autres, des milieux du renseignement américains, sur les risques d’une possible « nucléarisation » du Myanmar. Cette crainte est aujourd’hui relayée publiquement par le Congrès des Etats-Unis qui souligne les liens de la junte avec la Corée du Nord.

Jean-Paul Yacine

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Source : Question Chine

La guerre d’Obama en Afghanistan

11 nov

par Albert A. Stahel pour Horizons et débats

« La partition de facto est la meilleure solution possible. Pour Obama, il ne s’agit plus seulement de cesser de jeter de l’argent dans le tonneau sans fond de l’Afghanistan. Il veut avant tout que son pays puisse sauver la face en Asie grâce à une pseudo-victoire et se tourner ensuite vers ses vrais problèmes géopolitiques, par ­exemple l’affrontement avec la Chine. »

Au cours des neuf dernières années, Bob Woodward, lauréat de deux prix Pulitzer a, dans ses ouvrages, régulièrement relaté les décisions du gouvernement Bush concernant les guerres en Afghanistan et en Irak. Il se fondait sur les informations du premier ­cercle des membres de l’équipe gouvernementale. Aussi attendait-on avec curiosité ce qu’il allait écrire sur les décisions de l’administration Obama concernant la guerre en Afghanistan. Il répond maintenant à cette attente avec son dernier livre « Obama’s War », (New York, London, Toronto, Sydney, 2010).

Contrairement à ses développements sur les platitudes politiques du gouvernement Bush, Woodward évoque dans ce livre avant tout les discussions d’Obama avec son état-major et ses subordonnés sur la guerre en Afghanistan. Depuis la nomination du général Stanley A. McChrystal au poste de commandant en chef en Afghanistan, les discussions tournent essentiellement autour de l’effectif des troupes supplémentaires. Par ­exemple: doit-il être de 40 000 soldats – comme le demande le général – ou seulement de 20 000, souhait du vice-président Joseph R. Biden, ou faut-il peut-être adopter un compromis: 30 000 ­hommes ? Quelle stratégie convient-il d’appliquer avec ces troupes supplémentaires. Peut-on vaincre les talibans à l’aide d’une stratégie de contre-insurrection ? La guerre des Etats-Unis et de leurs alliés en Afghanistan doit-elle se limiter à la lutte ­contre les bases d’Al-Qaïda dans les zones tribales pakistanaises au moyen de drones et d’unités spéciales ?
 
Les véritables adversaires dans ces discussions sont Obama et McChrystal. L’état-major d’Obama, dont font partie le général James L. Jones, conseiller à la sécurité, le chef du Pentagone Robert M. Gates et la ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton, sert uniquement de toile de fond destinée à animer le processus décisionnel. Alors que McChrystal veut vraiment reconstruire l’Afghanistan et développer les forces armées afghanes avec l’aide de l’armée et de la police et que pour ce faire, il veut vaincre les talibans, Obama poursuit, avec les troupes supplémentaires de 30 000 hommes, des objectifs politiques et non pas militaires. En raison des difficultés financières où se trouvent les Etats-Unis, Obama voudrait mettre fin le plus vite possible à l’aventure afghane. Il ne veut rien savoir d’une reconstruction du pays. En l’espace de 2 ans, les forces armées afghanes doivent reprendre la responsabilité de la guerre et du pays. Pour cela, il suffit d’affaiblir les talibans. Le retrait partiel doit commencer au milieu de 2011. Les Etats-Unis ne peuvent pas continuer à financer cette guerre. Obama impose sa décision à ses généraux. Le figurant Gates n’a plus qu’à acquiescer et à transmettre la décision d’Obama.

Dans une vidéoconférence, Obama ex­plique sa décision à McChrystal: il ne veut plus entendre parler de poursuite de la guerre et de contre-insurrection. Manifestement, McChrystal ne se montre pas suffisamment compréhensif. Peu après, il est révoqué.

Probablement que c’est là la raison de sa révocation et non pas ses déclarations discutables au magazine Rolling Stone. A juste titre, Woodward ne s’attarde pas sur cette interview. McChrystal est remplacé par le général David H. Petraeus, plus docile, qui quitte le Commandement central, ce qui le fait descendre d’un rang dans la hiérarchie militaire. Il lui appartient d’appliquer la décision d’Obama. C’est ainsi que se dessine un important « retrait » des troupes américaines régulières d’Afghanistan. Comme le cancer représenté par le Pakistan et Al-Qaïda subsiste, le remède de Biden atteindra son objectif. On intensifiera la guerre contre les zones tribales au moyen de drones et de commandos de tueurs, escalade qui est d’ailleurs déjà en cours.

Jusqu’à ce « retrait » prochain, les forces armées américaines perdront encore des soldats en Afghanistan. A la fin du « retrait », il est tout à fait possible que les talibans reprennent le pouvoir dans le Sud et l’Est du pays. Le « retrait » changera la situation. Les Etats-Unis se débarrasseront de Karzaï, qu’ils soutenaient, ce dernier étant aujourd’hui impopulaire et pharmacodépendant.

A la fin du livre, on a l’impression que pour Obama, il ne s’agit plus seulement de cesser de jeter de l’argent dans le tonneau sans fond de l’Afghanistan. Il veut avant tout que son pays puisse sauver la face en Asie grâce à une pseudo-victoire et se tourner ensuite vers ses vrais problèmes géopolitiques, par ­exemple l’affrontement avec la Chine. Machiavel n’écrivait-il pas dans Le Prince qu’on ne doit jamais abandonner l’idée de la guerre, qu’il faut y penser encore plus en temps de paix qu’en temps de guerre ?

« Plan B » : partition de facto de l’Afghanistan ou réédition de la stratégie Kissinger

Le 13 septembre dernier, l’ambassadeur Robert D. Blackwill, senior fellow d’Henry A. Kissinger pour la politique étrangère, membre du Council on Foreign Relations, a présenté un exposé à l’International Institute for Strategic Studies de Londres au sujet de la partition de l’Afghanistan. Il a défendu la thèse du gouvernement Obama selon laquelle la stratégie de contre-insurrection était condamnée à l’échec.

Il a proposé comme autre solution la partition de fait de l’Afghanistan par les Etats-Unis et leurs alliés. Le Sud pachtoune serait abandonné aux talibans. Grâce à leur Armée de l’air et à leurs Forces spéciales, les Américains, avec la collaboration de leurs alliés et de l’Armée afghane, libéreraient le Nord et l’Ouest des djihadistes et conserveraient ces territoires. Selon Blackwill, la partition de facto est la meilleure solution possible. Elle correspond en outre aux intérêts politiques et à la politique intérieure des USA (IISS News, septembre 2010, p. 14).

Depuis la publication du livre de Bob Woodward « Obama’s War », il est clair que les Etats-Unis vont sortir du bourbier de la guerre d’Afghanistan à partir du milieu de 2011. Mais ce retrait ne doit pas nuire aux intérêts américains. Ce sont d’autres qui paieront la note. Manifestement, on assiste là à une réédition de la stratégie vietnamienne d’Henry A. Kissinger.

Le 13 décembre 1972, la délégation nord-vietnamienne et son allié le Viêt-cong quittèrent la table des négociations de Paris où l’on discutait de la fin de la guerre du Viêt-Nam. Le président américain de l’époque, Richard Nixon, sur le conseil de son ministre des Affaires étrangères Kissinger, fit, du 18 au 29 dé­cembre 1972, bombarder Hanoi, capitale du Viêt-Nam du Nord et son port Haiphong par 200 bombardiers B-52G. 15 000 tonnes de bombes furent larguées. Cette attaque avait pour objectif de forcer la délégation adverse à revenir à la table de négociations, et le but fut atteint. Le Viêt-Nam du Nord conclut le 23 janvier 1973 un accord avec les Etats-Unis qui permit à ceux-ci de retirer leurs troupes du Viêt Nam du Sud.

Ce n’est pas le gouvernement sud-vietnamien du président Nguyen Van Thieu mais la population du Viêt-Nam du Sud qui paya le prix de cet accord. En ­octobre 1973, Kissinger reçut, avec son adversaire nord-vietnamien Le Duc Tho, le prix Nobel de la Paix. En avril 1975, le Viêt-Nam du Sud et sa capitale Saigon furent envahis par les troupes nord-vietnam­iennes et peu après le Sud fut réuni au Nord par la force. De nombreux Sud-Vietnamiens durent fuir leur pays.

Maintenant, ce sont avant tout des B-1B qui bombardent les bases des talibans en Afghanistan et leurs voies d’accès depuis le Pakistan. On cherche officiellement à forcer les chefs talibans à négocier avec le gouvernement Karzaï, ce qui devrait permettre le retrait des Etats-Unis et de leurs alliés sans nouvelles pertes.

A quoi va mener cette stratégie ? Kaboul va-t-il subir le même sort que Saigon et être occupé par les talibans ? Ce ne sont pas Karzaï et ses petits copains qui paieront la facture. La victime sera malheureusement la population qui a, au cours des dernières décennies, déjà beaucoup souffert des guerres, que ce soit dans le Sud en raison de l’oppression exercée par les talibans et les trafiquants de drogue ou au Nord à cause de la domination des seigneurs de la guerre.

Source : Horizons et débats

2030, la fin de la mondialisation ?

8 nov

par l’équipe Scriptoblog

« Le système économique, jusqu’ici surtout préoccupé de limiter le pouvoir de l’Etat, va progressivement basculer dans une alliance objective avec l’Etat contre la « société internationale », de plus en plus franchement altermondialiste, voire antimondialiste. Il n’y aura pas de fuite en avant mondialiste, vers un « super Etat global » : la situation n’est pas mûre pour cela, les logiques nationales et de territoire sont, pour l’instant, encore bien trop fortes. »

Derrière un titre un peu racoleur, « 2030, la fin de la mondialisation » est en réalité un ouvrage technique, rédigé dans le cadre de l’Institut de Stratégie Comparée, répondant lui-même à une commande de la Délégation aux Affaires Stratégiques du Ministère de la Défense. L’étude repose sur un postulat : étant donné qu’il est impossible de prévoir les ruptures radicales technologiques, on admettra par hypothèse qu’il n’y en aura pas. Il s’agit, dans ce cadre prédéfini, de voir où en sera la question de la sécurité mondiale, en 2030, dans l’hypothèse où aucune innovation technologique soudaine et, à ce stade, imprévisible, ne viendrait bouleverser la donne.

Cela étant posé, pour Hervé Coutau-Bégarie (HCB), il faut penser la question de la sécurité mondiale en 2030 en référence à une tendance lourde et, selon lui, irréversible : l’avènement de la post-mondialisation, c’est-à-dire l’ordre qui naîtra sur les ruines de la mondialisation néolibérale de la fin du XX° siècle. Il faut donc comprendre ceci : HCB, un expert reconnu, tient l’effondrement du système mondial contemporain non pour probable, mais pour certain, déjà avéré en fait – nous vivons pour lui dans le délai de latence entre cet effondrement et le moment où les débris de l’immense construction commenceront à se pulvériser en percutant le sol. Soit dit en passant, qu’un expert quasi-institutionnel formule cette théorie en dit long sur le véritable cadre de réflexion de nos classes dirigeantes (les vraies, pas celles qui passent à la télé).

Quatre facteurs majeurs doivent être intégrés, pour HCB, si l’on veut modéliser aussi correctement que possible l’impact de cette dislocation géopolitique globale (pour reprendre l’expression du laboratoire GEAB)…

Facteur démographique : la population mondiale va continuer de croître, à un rythme de moins en moins rapide, mais qui restera soutenu jusqu’en 2030. Il en résultera une envolée des flux migratoires, aujourd’hui déjà considérables (8 à 10 millions d’immigrés première et deuxième génération en France, chiffre officiel sous-estimé probablement). Une éventuelle amélioration des conditions de vie dans les pays d’origine ne modifiera pas cette tendance avant 2030, car l’écart de niveau de vie est tel que le choix de l’émigration restera encore attirant à cette date (et, en outre, il se peut même que cela favorise l’émigration, puisque le financement du voyage deviendra plus facile). En France, sur la base d’un modèle de stabilité des comportements démographiques et des flux entrants, les immigrés extra-européens représenteront 24 % de la population totale en 2030 et 42 % des naissances. En 2040, une naissance sur deux sera d’origine extra-européenne dans notre pays.

Cartographie des grands flux migratoires

(cliquer sur l’image pour aggrandir)

Le facteur démographique implique, pour la France, une extrême vulnérabilité au phénomène « islamo-terroriste », et d’une manière générale à toutes les formes de déstabilisation utilisant les populations musulmanes déracinées en Europe. Surtout, il pose le problème de la viabilité même de la société française : si l’extra-européanité implique un sentiment d’appartenance extérieur à la francité, une France où une naissance sur deux serait extra-européenne est-elle encore française ? Au-delà du cas français, le facteur démographique va déstabiliser profondément tout l’Occident et la Russie, menacés d’être conquis de l’intérieur par des populations allogènes n’adhérant pas aux valeurs des sociétés d’accueil.

Facteur écologique : les problèmes sont souvent grossièrement caricaturés. En réalité, si on se limite à l’horizon 2030, il est peu probable que des évènements écologiques majeurs surviennent (à plus long terme, c’est un autre problème, mais hors étude). Le seul vrai problème à cette échéance est l’eau, qui commence déjà à manquer réellement dans certaines régions (rapports Israël/Palestine, par exemple). [Sur cette question, voir sur ce site « Les guerres de l’eau »] A noter : pour HCB, le pic pétrolier se situe après 2030, donc hors étude. Il admet par contre que sa perspective, et la hausse de la demande, vont provoquer un accroissement des tensions autour des gisements d’hydrocarbures.

Ce « facteur écologique » aura des conséquences paradoxales. Dans certains cas, il en résultera des tensions, autour de l’eau et du pétrole. Dans d’autres cas, au contraire, les pays concernés seront poussés à davantage de coopération, justement pour mieux prospecter et utiliser les ressources. D’une manière générale, il faut ici distinguer les situations où les acteurs ont intérêt à la collaboration (parce qu’il y a assez de ressources pour tous, à condition de bien les utiliser) et celles où ils n’y ont pas intérêt (parce qu’il n’y a de toute façon pas assez de ressources). Il en découle semble-t-il que jusqu’en 2030, l’eau pourrait bien être un facteur belligène plus significatif que le pétrole.

Facteur économique : HCB estime que le système financier international ne sera pas fondamentalement remis en cause avant 2030 (une affirmation qui  risque de provoquer quelques ricanements ici). Il pense que les Etats vont en quelque sorte s’organiser pour maintenir la fiction d’un marché autorégulé, alors qu’en fait, le « divin Marché » ne fonctionne plus qu’à coup de transfusion d’argent public. Et HCB conclut que cet édifice branlant tiendra encore environ deux décennies, donc précisément jusqu’en 2030 (une estimation  qu’on pourra trouver trop optimiste…). Jusqu’à cette échéance, il suppose un « power shift » progressif des USA vers la Chine, au fur et à mesure que l’Etat US ruiné devra toujours plus compter sur l’Asie pour se financer (ce qui sous-entend que les Chinois vont continuer à financer le consommateur US pendant 20 ans, via l’Etat US). En somme, il s’agirait ici d’admettre que l’hégémonie US peut perdurer encore 20 ans, grâce, nous dit HCB, à la « force intrinsèque » des USA, qui représenteraient paraît-il 25 % de la richesse mondiale, « spontanément ». Hum. C’est le cadre de réflexion de HCB… Attendons quelques années, et on verra ce qu’on verra…

Passons à autre chose.

Le facteur idéologique et religieux, qui sera marqué par l’irrésistible déclin des « religions séculières », c’est-à-dire les idéologies, l’effervescence religieuse (montée des fondamentalismes, développement d’une spiritualité centrée soit sur le petit groupe sectaire, soit sur l’individu), la décomposition accélérée du christianisme (sous toutes ses formes) et la montée en puissance de l’islam (avec, en interne, un heurt inévitable entre les diverses écoles d’interprétation, affrontement largement surdéterminé par le devenir de la monarchie saoudienne, principal bailleur de fonds de l’islam wahhabite). Cet aspect des choses est assez peu approfondi chez HCB.

D’une manière générale, sur la base de ces hypothèses relatives  aux quatre facteurs qu’il a choisi d’étudier, HCB envisage les décennies 2010-2030 comme l’affrontement d’une force, la montée des facteurs chaotiques, et d’une contre-force, la capacité du système (financier, politique, médiatique) à verrouiller le débat, maintenir la fiction opérante de sa propre efficacité, et interdire le surgissement d’idées nouvelles fondatrices de propositions alternatives. Bref, une situation classique de fin de cycle.

Cette fin de cycle sera, selon HCB, rythmée par le recul de l’emprise exercée par les Etats, jusqu’au point où des réactions de « reprise en main » vont se produire… Ou, pour le dire autrement : le rythme de la dislocation géopolitique mondiale sera donné par celui de la dislocation des entités étatiques elles-mêmes, puis par le rythme de leur retour en force, une fois que cette dislocation aura produit un chaos tel que les forces non-étatiques souhaiteront ce retour.

L’érosion des Etats est inévitable dans un premier temps. Elle sera le résultat de l’alliance objective du système économique globale (les multinationales, les grandes banques d’affaires, etc.), du système supra-étatique en formation (l’ONU, le FMI, l’UE, etc.) et de la « société internationale » (la conscience globale construite par les réseaux d’information contemporains, Internet en premier lieu), tous coalisés pour l’instant, malgré leurs oppositions bilatérales marquées, lorsqu’il s’agit d’interdire la « reprise en main » de la situation dégradée par les Etats.

Cependant, cette alliance anti-étatique ne va pas perdurer, et c’est le « renversement d’alliances » qui va, justement, donner le tempo de la dislocation géopolitique globale. La reprise en main par l’Etat sera en effet, à un certain moment, possible, dans la mesure où, en s’affaiblissant, il pourrait disparaître comme protecteur des autres systèmes, en particulier le système économique (cf. le « retour de l’Etat », en catastrophe, en 2008, à la demande des grandes institutions financières). Le système économique, jusqu’ici surtout préoccupé de limiter le pouvoir de l’Etat, va progressivement basculer dans une alliance objective avec l’Etat contre la « société internationale », de plus en plus franchement altermondialiste, voire antimondialiste. Il n’y aura pas, estime HCB, de fuite en avant mondialiste, vers un « super Etat global » : la situation n’est pas mûre pour cela, les logiques nationales et de territoire sont, pour l’instant, encore bien trop fortes.

Toutefois, pour HCB, cette reprise en main par les Etats ne se déroulera pas nécessairement sous la forme d’un simple retour des entités  étatiques préexistantes, pas plus qu’il ne s’inscrira obligatoirement dans une reformulation du système inter-étatique du XX° siècle. De nombreuses entités étatiques sont menacées d’explosion, en Afrique en particulier (Côté d’Ivoire, Somalie, Nigéria, par exemple). Les Etats qui reviendront, lorsque le système économique renversera son alliance pour se défendre contre la « société internationale », seront ceux qui auront survécu à une première phase de dislocation généralisée, située précisément sur la période 2010-2030. C’est-à-dire que l’enjeu des deux décennies qui viennent, pour les Etats, est de survivre à l’implosion de la mondialisation contemporaine pour reprendre ensuite le jeu à leur compte, une fois cette implosion consommée.

Quels sont les Etats qui sortiront gagnants de cette « lutte pour la survie » ? Pour HCB, ce ne sont pas forcément les plus grands. Le levier technologique est désormais si puissant qu’il peut compenser un très grand déficit d’étendue. Il est plus important à présent de savoir organiser un territoire restreint que de régner sur un territoire immense, mais désorganisé et/ou mal utilisé. L’autre clef du succès sera l’aptitude à projeter, à partir d’un territoire restreint mais très bien organisé, des réseaux permettant d’utiliser le levier technologique à grande échelle, sans pour autant s’encombrer du coût de gestion du territoire. HCB, c’est à noter, se démarque ici d’Attali : pour ce dernier, il résulte de ce constat que l’avenir est au « nomadisme » ; non, répond HCB, l’avenir est au réseau projeté à partir d’un territoire, ce qui n’est pas la même chose.

En tout état de cause, conclut HCB concernant la question de la dislocation latente de l’ordre international contemporain, ce qui est certain, c’est que nous entrons dans deux décennies très dangereuses, qui verront les signes avant-coureurs d’une catastrophe globale latente, signes avant-coureurs qui, en eux-mêmes, seront souvent, déjà, des catastrophes locales. Assez sceptique sur la réalité de la « menace terroriste » (récurrente, mais, dit-il, marginale), il souligne en revanche les risques réels liés, selon lui, à la multiplication potentielle des conflits asymétriques (très consommateurs en ressources, jusqu’à justifier, pense-t-il, un éventuel retour de la conscription), à la possibilité désormais avérée de la « technoguérilla » urbaine (utilisation de « technologies du pauvre » par des guérillas opérant en zone urbaine ou périurbaine, situation qui peut mettre en échec les armées occidentales conventionnelles), et, surtout, à l’existence de « foyers de tension » susceptibles d’impliquer des puissances nucléaires dans une « escalade non programmée » (Inde/Pakistan, en premier lieu – visiblement, pour HCB, le pays à observer attentivement en termes de sécurité internationale est bien plus le Pakistan que l’Iran !). On relèvera, à ce propos, qu’HCB considère que l’acquisition de la Bombe par l’Iran est de toute manière inéluctable…

Comment ces Etats confrontés à une période-test de vingt ans doivent-ils réagir ?

HCB commence par souligner la continuité de plus en plus grande entre sécurité intérieure et sécurité extérieure, et, à ce titre, rappelle la nécessité d’un renforcement de la frontière. Dans la mesure où les facteurs d’instabilité extérieurs vont avoir de plus en plus de caisses de résonnance sur le territoire (cf. le facteur démographique), il faut compartimenter, pour pouvoir contrecarrer une continuité dangereuse. Autre tendance corrélée : le primat de l’information, avec une détection très en amont des menaces (en vue d’une interception aux frontières ou d’une neutralisation sur place).

Dans ce contexte où l’information sur la menace peut suivre de très près sa détection, l’utilisation des forces spéciales va aller croissante. On écrasera l’adversaire avant qu’il ait eu le temps d’atteindre la taille critique au-delà de laquelle des moyens massifs doivent être employés. Des frappes ciblées, à l’aide de guidage satellite, par drones par exemple, seront fréquentes ; mais rien ne remplacera en dernier ressort les moyens humains projetables discrètement, à longue distance. Les corps lourdement blindés, développés par les armées occidentales en vue d’une confrontation  avec le Pacte de Varsovie en Centre-Europe, justifieront de plus en plus difficilement leur existence ; un double mouvement, si l’on a bien compris HCB, sera observable : d’une part vers des forces spéciales de professionnels hautement qualifiés, chargés de frappes ponctuelles discrètes, à partir de bases off shore très souvent, et d’autre part une infanterie d’occupation du terrain en vue des conflits asymétriques. Bref, on passerait d’un modèle militaire encore marqué par le souvenir de la Deuxième Guerre Mondiale, avec ses grandes batailles de chars, à un modèle à deux vitesses : forces spéciales d’un côté pour les opérations offensives, milice de l’autre (cf. ci-dessus), pour tenir le terrain dans un conflit asymétrique (y compris, du moins on peut le supposer, sur le territoire national proprement dit – cela, évidemment, HCB ne le dit pas…).

Cette tendance générale est impulsée par les USA, mais HCB souligne que la France ne doit pas s’en inspirer trop directement. Elle doit chercher à construire un outil militaire adapté à ses moyens propres, ce qui implique, en particulier, de privilégier souvent une optique de dissuasion, plutôt qu’une perspective de « force écrasante ». Et, donc, la conclusion de HCB est, pour dire les choses simplement, que la France, dans un environnement où elle est confrontée à une mutation globale imprévisible,  doit avant tout chercher à préserver son autonomie en termes de moyens d’action – justement parce que ce sont les Etats disposant d’une telle autonomie qui ont le plus de chance de passer la « période-test » 2010-2030.

Ces Etats-là pourront  intégrer, le moment venu, le « directoire » mondial de la sécurité globale, un « directoire » constitué des Etats puissants, capables de s’opposer au chaos croissant, et que le « système économique » finira par appeler de ses vœux. Ou bien, autre version, ils pourront prendre le leadership d’un « bloc régional », dans la perspective d’un monde organisé par grandes zones relativement étanches l’une à l’autre. Ou encore, troisième possibilité, ils pourraient s’inscrire dans un système global de l’équilibre, organisé par quelques puissances dominantes.

Plutôt que de courir derrière une « Europe puissance » bien nébuleuse, nous dit HCB, c’est de cela qu’on devrait, avant tout, se préoccuper : conserver intacte la puissance française, pendant la « période-test » de survie des Etats, pour intégrer une construction plus large après, dans la phase de renaissance du système inter-étatique global, en position de force.

Source : Scriptoblog

Le salaire de la dette (vidéo)

7 nov

Comment les prêts de la Banque mondiale et du FMI ont entretenu la pauvreté en Afrique.

Synopsis Arte : Comment se fait-il que l’un des plus grands barrages du monde, celui d’Inga en République démocratique du Congo, n’apporte quasi aucune ressource aux populations locales ? Pourquoi des pays qui ont des richesses naturelles aussi importantes que la RDC, la République du Congo et le Mali demeurent-ils les plus pauvres de la planète ? Pourquoi une part importante de leur budget reste-t-elle consacrée au service de la dette ?

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international, créés en 1944 par les accords de Bretton-Woods, ont accordé depuis les années 1960 plus de deux mille milliards de dollars au titre de l’aide au développement. Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui tous ces efforts n’ont pas permis aux nations alliées de tenir leurs promesses. Dans les années 80, pris au piège de la dette, les gouvernements du tiers-monde se sont vus obligés de rembourser leurs emprunts avec des taux d’intérêts cinq à six fois supérieurs à ceux pratiqués sur les marchés financiers. Les plans d’ajustements structurels imposés par le FMI ont entraîné privatisation des services publics et exportation massive des ressources, avec des conséquences désastreuses pour le développement de ces états… Et, dans leur sillage, l’installation durable de la corruption et le jeu subtil des réseaux.

À partir d’un état des lieux lucide, et grâce à l’analyse d’experts renommés, d’hommes politiques, de responsables des grandes institutions internationales, mais aussi de militants, d’hommes et de femmes sur le terrain, Le salaire de la dette explore les raisons de ces échecs et décrypte les mécanismes en jeu.

France, 2010

Durée : 52′

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Chroniques transatlantiques #5

7 nov

par Lior Chamla pour La théorie du tout

Vous ne saviez pas quelles sont les relations entretenues entre les USA et l’Union Européenne ? Ce billet devrait vous intéresser !

Nous continuons notre voyage dans le monde obscur du Parlement Européen et de la coopération transatlantique.

Nous avons déjà pu voir dans quelle situation se trouvent l’Union Européenne et les USA. La volonté qui est dégagé des dernières chroniques montrent bien un objectif d’intégration économique, militaire et politique entre les deux protagonistes.

Lors de la dernière chronique, nous avons relaté le contenu d’une résolution portant sur le Conseil Economique Transatlantique (1). Institution créée sous l’impulsion du Parlement Européen et du Président du Conseil de l’époque, Mme Angela Merkel, et validée lors du sommet UE/USA en 2007 (2).

La présente résolution, votée le 5 juin 2008 (3) par le Parlement Européen porte sur les relations transatlantiques et a pour but d’orienter le prochain sommet USA/UE.

Ce que considère le Parlement

Vous connaissez la procédure, je passe les “vu …”, qui contiennent en outre trois références à des résolutions que nous avons traduit ici (1 Juin 2006, 25 Avril 2007 et 8 mai 2008).

Au point A du document, le Parlement explique que le partenariat avec les USA est “une pierre angulaire de l’action extérieure de l’Union“. Cette relation est très importante. De plus, il rappelle que les deux entités “jouent des rôles fondamentaux dans la politique et l’économie mondiales“, ce qui devrait normalement les forcer à quelque peu de responsabilités.

Au point M, on considère que “comme la stratégie européenne de sécurité l’indique clairement, le partenariat transatlantique et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) sont extrêmement importants pour la sécurité collective“. L’OTAN et la Relation aux USA sont donc très importantes aux yeux du Parlement Européen.

Amusant, au point O, on peut lire que l’on se plaint de la situation qu’a engendré les atteintes des américains en ce qui concerne les données bancaires (Affaire SWIFT) : “au cours de ces dernières années, plusieurs accords fondés sur des exigences américaines et adoptés en l’absence de toute participation du Parlement Européen [...] ont créé une situation d’incertitude juridique en ce qui concerne les garanties requises en matière de protection des données pour le partage et le transfert des données entre l’Union Européenne et les Etats-Unis” … Tout ça c’est au nom du Terrorisme International.

Le contenu de la résolution

Comme à son habitude, la Parlement oeuvre pour un rapprochement sur tous les domaines avec les USA, dont les relations internationales, et “recommande [également] que soit promue une approche commune des relations avec d’autres acteurs géopolitiques d’importance“. Donc en fait par exemple, la même attitude tant des Européens que des Américains quant à la Chine ou au Brésil (point 2).

Il y a aussi une longue partie (à partir du point 3) sur le changement climatique.

Terrorisme et droits de l’homme

Au point 6, le Parlement remet ça avec Guantanamo et condamne à nouveaux ce centre de détention illégal. Il pense même que cela décrédibilise leur action au sein de l’opinion.

Pour le point 7 je ne suis pas sur d’avoir bien compris : “regrette la décision du gouvernement américain [...] qui confirme [...] que les Etats-Unis continueront vraisemblablement à détenir des prisonniers à l’étranger dans les années à venir“. Sachant que l’on parle de la décision des USA d’ouvrir une prison en Afghanistan.

Le parlement demande au point 8 à la Commission et au Conseil de faire tout le nécessaire quant au fait que la CIA ait utilisé les pays européens pour “le transport et la détention illégale de prisonniers“.

Au point 9, toujours ce problème récurrent des visas. Les USA n’ont toujours pas libéré les obligations de certains pays de l’Union Européenne. Et au point 10 et 11 on discute des conditions d’extradition mutuelles, ainsi que l’assistance juridique entre les deux continents.

Stratégie et OTAN

Concernant d’autres dossiers, comme l’Iran par exemple, les points 14, 15, 16 et 17 devraient vous éclairer sur les volontés de l’Union en ce domaine, notamment le Parlement invite l’UE et les USA “à convenir d’une stratégie commune qui inciterait Téhéran à respecter les résolutions du Conseil de Sécurité“. Il “se félicite de la coopération étroite entre l’UE et les USA dans la question du nucléaire iranien“.

On parle aussi du Traité de Non Prolifération dans cette même partie.

Enfin au point 18, il invite tout le monde à “redéfinir un partenariat plus fort entre UE et OTAN [...] eu égard à la nécessité d’une coopération accrue en Afghanistan“. Il souligne aussi l’importance de l’OTAN qui demeure à ses yeux “la plateforme essentielle pour les consultations entre l’Europe et les Etats-Unis en matière de sécurité, et de la politique étrangère et de sécurité commune“. “La mise en place d’une forte alliance à l’OTAN suppose également une capacité de défense forte de l’Europe; recommande le développement des relations existantes en matière de sécurité entre l’OTAN et l’UE” tout en restant indépendants.

Au point 29, le Parlement souligne que “la sécurité euro-atlantique et, plus largement, internationale est étroitement liée à l’avenir de l’Afghanistan [...] y compris la mission de police de l’Union Européenne (EUPOL), qui fait partie de l’engagement global de l’Union envers l’Afghanistan et d’une approche coordonnée à ce niveau“.

On apprend donc que l’Union a envoyé la bas une force de police Européenne. Moi qui pensait que cette guerre n’avait rien à voir avec l’Union Européenne, mais avec certains de ses états membres qui s’y trouvent, un peu comme l’Irak. Le problème est que la guerre en Afghanistan est faite avec l’OTAN, et nous engage donc tous la bas, y compris l’Union qui est très liée à l’OTAN en matière de sécurité, contrairement à l’Irak, où seuls les états membres qui y sont présents ont à gérer la situation la bas.

Le parlement appelle aussi au point 33 à “une action concertée vis-à-vis de la Chine” en matière de diplomatie (droits de l’homme, Tibet etc.).

Vers une Assemblée Transatlantique

Enfin, au point 36, le Parlement recommande que les relations transatlantiques soient encore renforcées “au moyen d’un nouvel accord de partenariat [...] qui remplacerait le Nouvel Agenda Transatlantique existant“. Il souligne de plus que les deux parlements ainsi que les parlements nationaux devraient participer à toute cette affaire.  Il précise “que les échanges interparlementaires existants devraient être progressivement transformés en une Assemblée transatlantique de fait“. Une institution donc, qui réunirait les parlementaires des deux rives de l’Atlantique, mais aussi des députés de certaines états membres, le tout coordonnant la politique globale occidentalo-atlantique.

Conclusion

Et bien rien de bien nouveau sous le soleil, de résolution en résolution, de chronique en chronique, le Parlement pousse l’intégration transatlantique toujours plus loin et plus profond. L’OTAN commence à prendre beaucoup de place au sein de ces alinéas.

La suite dans une prochaine Chronique, bientôt la retransmission d’un Avis du parlement concernant le CET.

Lior Chamla

- Chroniques transatlantiques #1

- Chroniques transatlantiques #2

- Chroniques transatlantiques #3

- Chroniques transatlantiques #4

Notes

(1) Chroniques Transatlantiques #4 (Résolution 08/05/2008) : http://theorie-du-tout.blogspot.com/2010/08/billet-chroniques-transatlantiques-4.html
(2) Archives RFI “Création du conseil économique transatlantique” : http://www.rfi.fr/actufr/articles/088/article_51438.asp
(3) Résolution du Parlement européen du 5 juin 2008 sur le prochain sommet UE/États-unis : http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P6-TA-2008-0256&language=FR

Source : La théorie du tout

Les relations sino-japonaises restent tendues

5 nov

par John Chan pour WSWS

Les relations sino-japonaises continuent à se dégrader à la suite d’un conflit aigu le mois dernier au sujet de l’arrestation d’un capitaine de chalutier chinois par les autorités japonaises dans les eaux des petites îles Diaoyu (appelées Senkaku au Japon) en Mer de Chine orientale. Devant la menace d’une contre-mesure chinoise, le gouvernement japonais a relâché le capitaine, mais les tensions persistent.

Manifestations antijaponaises à Taïwan, le 14 septembre, après l'arrestation du capitaine du chalutier qui a heurté un navire des gardes-côtes nippons. Source : Reuters/Pichi Chuang

Cette zone autour des îles Diaoyu/Senkaku, actuellement sous contrôle japonais, dispose d’importantes ressources énergétiques sous-marines. À la mi-septembre, la Chine avait suspendu les pourparlers prévus avec le Japon concernant l’exploitation des champs gaziers contestés en Mer de Chine orientale. Tokyo menaçait de prendre des « contre-mesures » si la Chine rompait leur accord de 2008 sur un développement conjoint et commençait à exploiter du gaz seule.

La semaine dernière, Tokyo a prétendu qu’il était « très probable » que la Chine ait commencé à forer au large du champ gazier de Shiraaba (appelé Chunxiao en Chine). Les projets japonais d’envoi d’un navire d’étude sismique dans cette zone pourraient entraîner une nouvelle confrontation avec la Chine, étant donné que Pékin aurait déployé deux destroyers pour patrouiller dans le champ de Chunxiao. Cette semaine, Pékin a envoyé des navires de patrouille dans les eaux environnant les îles Diaoyu/Senkaku et a annoncé des projets de construction de 36 patrouilleurs d’un tonnage comparable à celui des navires des gardes-côtes japonais.

Les frictions ont également perduré au sujet des restrictions chinoises sur les exportations de terres rares, qui sont vitales pour fabriquer divers produits de haute technologie, notamment en électronique. Au cours du conflit du mois dernier, la Chine a officieusement bloqué les exportations des terres rares vers le Japon. La Chine dispose d’un quasi-monopole sur la production mondiale de terres rares. Par la suite, Pékin a également cessé les exportations vers les États-Unis et l’Europe conformément à une décision précédente d’imposer des quotas d’exportations pour conserver ses réserves de ce matériel.

Image tirée de la vidéo de la collision entre un chalutier chinois et des garde-côtes japonais au large des îles Senkaku, le 7 septembre 2010. Source : Reuters

Une pression de plus en plus importante est faite sur Pékin pour qu’elle reprenne les exportations. Dimanche dernier, le ministre japonais du commerce, Akihito Ohata, a demandé à Pékin de reprendre les envois de terres rares à destination du Japon. Mais le ministre chinois du commerce, Jiang Yaoping, en visite au Japon, a refusé d’y accéder, déclarant que la Chine ralentissait ses exportations vers le Japon et d’autres pays dans le cadre d’actions « anti-contrebande », mais n’imposait pas d’embargo international.

Grâce à un coût de main d’œuvre très bas, la Chine représente actuellement 95 pour cent de la production annuelle de terres rares. Si les États-Unis et l’Europe ont été affectés par les restrictions chinoises, l’effet sur le Japon est particulièrement sévère étant donné que c’est le plus gros importateur mondial de terres rares. On estime que les réserves stratégiques de terres rares du Japon seront épuisées en avril prochain, si l’embargo chinois continue à s’appliquer. Tokyo cherche des sources alternatives en Mongolie et au Vietnam.

Hier, d’après le New York Times, la Chine a mis fin à son embargo de fait et repris les exportations de terres rares, y compris vers le Japon. Si la pénurie va se résorber à court terme, les problèmes à long terme persistent. Comme l’explique le journal : « Avec le quota de cette année, – 30 300 tonnes d’envois autorisés – seules quelques centaines de tonnes restent à exporter. Pendant ce temps, la demande annuelle pour les terres rares chinoises approche les 50 000 tonnes, d’après les estimations des professionnels. » Les restrictions actuelles de la Chine ont fait s’envoler les cours.

Les tensions sous-jacentes sont mises en évidence par la décision du Premier ministre japonais Naoto Kan d’agrandir l’armée japonaise. S’exprimant au cours d’une inspection des troupes à Tokyo lundi, il a justifié sa politique militaire plus active en mentionnant la « menace » chinoise et la nécessité de renforcer l’alliance américano-japonaise.

Les Principes du programme de défense nationale japonaise pour la période 2011-2015, qui devraient être publiés en décembre, comprendront une extension de la flotte de sous-marins de 16 à 22 unités, abandonnant la limite de 20 imposée en 1976. Un autre changement majeur en discussion est la fin de l’interdiction d’exporter des armes, qui remonte à 1967, et qui limitait la capacité du pays à s’engager dans les programmes de développement avec d’autres pays et donc d’avoir accès à des technologies militaires plus avancées.

La position plus ferme de Kan envers la Chine est encouragée par Washington, qui cherche activement à réduire l’influence chinoise en Asie et pousse le Japon et d’autres alliés à faire de même.

Durant une conférence de presse conjointe à Honolulu hier avec le ministre des Affaires étrangères japonais, Seiji Maehara, la secrétaire d’Etat américaine Hilary Clinton a réaffirmé le soutien des États-Unis au Japon dans ce conflit avec la Chine. S’exprimant immédiatement après la reprise des exportations chinoises de terres rares, Clinton a déclaré aux médias qu’elle espérait « que cela signifiait que le commerce de ces matières importantes continuera sans entraves ni interférences. »

Interrogée sur le désaccord au sujet des îles Diaoyu/Senkaku, Clinton a réaffirmé les déclarations américaines précédentes selon lesquelles cette question entrait dans le cadre des Accords de défense américano-japonais. Bien qu’elle n’en ait pas détaillé les implications, les remarques de Clinton signifient clairement que les États-Unis soutiendraient le Japon dans l’éventualité d’un conflit avec la Chine à propos de ces îles. Le ministre des Affaires étrangères Maehara a dit de l’engagement de Clinton qu’il est « très encourageant. »

Clinton, qui réalise une tournée asiatique de deux semaines, participera au Sommet de l’Asie orientale, dans le cadre de la conférence actuelle de l’ANASE (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) à Hanoi. Lors d’un précédent sommet de l’ANASE en juillet, Clinton avait délibérément fait monter les tensions avec la Chine et se rangeant nettement du côté des membres de l’ANASE au sujet de leurs différents frontaliers avec Pékin en Mer de Chine du Sud. Elle y avait également déclaré que les États-Unis avaient un « intérêt national » à garantir « la liberté de navigation » dans cette mer qui est traversée par des routes commerciales d’une importance stratégique essentielle entre l’Asie du Nord-Est et le Moyen-Orient.

Les États-Unis ont encouragé l’Inde à collaborer plus étroitement sur les questions stratégiques avec le Japon, ceci fait partie d’une stratégie plus large de Washington pour contenir la Chine grâce à une série d’alliances et de partenariats stratégiques. S’exprimant au sujet du voyage du président Obama en Inde prévu pour le mois prochain, un officiel américain préférant garder l’anonymat a déclaré au Financial Times lundi : « Nous voyons l’Inde comme une puissance d’Asie orientale. L’Inde n’est pas cantonnée au contexte de ses voisins immédiats. »

Le Japon a signé une déclaration de « coopération de sécurité » avec l’Inde en 2008, après avoir signé un accord similaire avec l’Australie en 2007. Sans être formellement un accord de défense, cette déclaration est un document politique, soulignant, par exemple, que « le Japon et l’Inde partagent des intérêts communs à la sécurité des voies de communication maritimes » – une référence indirecte à l’expansion navale chinoise.

Une visite de trois jours au Japon par le Premier ministre indien, Manmohan Singh, cette semaine a souligné les relations croissantes entre les deux pays. Le commerce chinois avec le Japon ne représente qu’un vingtième du commerce sino-japonais, mais l’on s’attend à ce qu’il se développe rapidement. Un Accord de partenariat économique (APE) signé par Kan et Singh supprimera les taxes douanières pour plus de 90 pour cent des exportations japonaises en Inde au cours des dix années à venir. Cette année, l’investissement japonais en Inde a dépassé l’investissement en Chine pour la première fois. Singh a indiqué que l’Inde pourrait exporter ses terres rares vers le Japon.

Le Times of India (TOI) a clairement exprimé les intérêts mutuels en jeu : « l’effort de l’Inde pour cimenter une relation stratégique avec le Japon ne pouvait pas arriver à un meilleur moment, Tokyo commençant seulement à comprendre que sa politique chinoise part à vau-l’eau. Comme le ministre des Affaires étrangères Kanwal Sibal l’a déclaré au TOI, c’est le bon moment pour que l’Inde fasse du Japon un rempart contre l’expansion chinoise et c’est sur ce terrain que Pékin peut être mis “échec et mat”. »

Les frictions continuelles entre la Chine et le Japon ne sont qu’un élément de la rivalité entre les États-Unis et la Chine qui entraînent toute la région dans une spirale de confrontations et de conflits.

John Chan

(Article original paru le 29 octobre 2010)

à lire également sur le même sujet :

- Le Japon relâche le capitaine de chalutier suite aux menaces de guerre économique par la Chine

- La guerre du Pipelineistan de la Chine

- Kan veut réarmer le Japon aux côtés des Etats-Unis

- La superpuissance de l’énergie du XXIe siècle

Source : WSWS

Pourquoi ils haïssent le Tea Party

3 nov

par Maurice Gendre pour Scriptoblog

Les membres du Tea Party sont définitivement sortis de l’anonymat lors de leur première grande manifestation nationale le 15 avril 2009, lors du Tax Day, la date limite de paiement des impôts. Depuis, ils ont porté des candidats à l’assaut de la Chambre des Représentants et du Sénat et n’ont cessé de déclencher la fureur des éditorialistes des deux côtés de l’Atlantique.

Et la presse française comme à l’accoutumée n’est pas en reste…

« La volonté de récupération par les néocons est d'ailleurs bien visible lorsqu'on voit Glenn Beck et Sarah Palin sur le devant de la scène. »

Une fois encore la presse hexagonale s’est illustrée par son absence totale de nuances, son refus des paradoxes et des contradictions et par son incapacité à envisager une situation sous ses différents angles.

De quoi s’agit-il cette fois ? Du mouvement Tea-Party (1).

Qu’a-t-on pu lire ou entendre sur le Tea Party ? On peut le résumer à ces quelques slogans et ces quelques formules répétées jusqu’à plus soif : “mouvement ultra-conservateur, religieux extrémistes, incarnation de l’extrême-droite américaine, puritains, racistes parfois etc…” .

Un vrai mouvement croquemitaine-épouvantail donc au regard des obsessions dogmatiques des plumitifs de la place parisienne.

TF1 et Canal+ ne furent évidemment pas en reste niveau désinformation, mais la palme est remportée haut la main par Guy Sitbon de Marianne qui a la fâcheuse tendance à toujours se tromper (ou à tromper ses lecteurs c’est selon) et à la non moins ineffable Hélène Vissière du Point.

Car la réalité, comme souvent (comme toujours ?), présente une multiplicité de visages et un degré de complexité qui échappe totalement au rouleau compresseur médiatique. Il est impossible de donner une définition précise du Tea Party sans tomber dans la facilité, la caricature ou l’inexactitude.

Toutefois, si nous devions nous lancer dans une tentative descriptive, les rares points communs qui semblent réunir les partisans de ce mouvement très hétéroclite sont la colère contre l’Establishment de Washington et les plans de renflouement bancaire.

Pour le deuxième point, les raisons avancées par les membres du Tea Party peuvent varier : certains voient toute intervention de l’Etat dans l’économie comme une forme de socialisme larvée, d’autres ne supportent pas l’idée de venir en aide aux banquiers qui ont provoqué la crise, d’autres enfin (plus rares) préconisent une aide aux banques uniquement pour protéger les dépôts des ménages et pour permettre aux banques de continuer à accorder des crédits et ainsi favoriser la reprise en finançant les entreprises. En revanche, ces derniers ne veulent pas entendre parler d’un sauvetage des banques d’affaires, des fonds spéculatifs ou de faire porter sur les épaules du peuple américain le poids des titres toxiques.

Hormis ce socle commun, les patriotes du Tea Party ont des parcours de vie et politiques très différents les uns des autres.

Les scribouillards fatigués de la presse française ont pris un soin tout particulier à faire croire que le Tea Party movement ne serait composé que de Républicains prêts à déborder sur leur droite les caciques du GOP pour les forcer “à revenir dans le droit chemin“.

Seulement les choses ne sont pas aussi simples.

Si effectivement, cette description revêt une part de vérité, elle n’englobe nullement l’ensemble de l’esprit du mouvement.

On a pu voir notamment l’indépendant Jim Trafficant reçu comme un héros par les membres du Tea Party dans l’Ohio, des libertariens comme les Paul père et fils accueillis comme des sauveurs, le second a même été propulsé grâce à leur soutien candidat du Parti Républicain dans le Kentucky.

Plus éclairant encore, la candidate du Parti Démocrate dans la 22ème circonscription du Texas, Kesha Rogers, rooseveltienne et proche de l’économiste Lyndon Larouche, est appuyée officiellement par Pete Robertson, un des membres fondateurs du Tea Party. Ce dernier a déclaré que Kesha Rogers avait la stature et le courage pour s’attaquer à Wall Street et que tout cela n’a rien à voir avec l’appartenance à tel ou tel parti.

Le Tea Party a également attiré vers lui de nombreux constitutionnalistes inquiets du sort fait au Freedom of speech depuis le début de l’ère Bush-Cheney. Liberté d’expression et de parole qui reste très largement menacée depuis l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche.

D’autres sont soucieux pour la pérennité et la garantie du Deuxième amendement de la Constitution américaine (port d’armes) qu’ils estiment en grand danger. Leur angoisse se base sur les déclarations de quelques ténors du Parti Démocrate (Parti de l’Âne) et notamment de Rahm Emmanuel (2).

Plus généralement, le Tea Party est un mouvement conservateur classique opposé à l’avortement, au mariage homosexuel, à la légalisation des drogues, hostile à l’immigration (Tom Tancredo est très en pointe sur ce sujet), favorable aux mesures prises par le gouverneur de l’Arizona, Mme Jan Brewer pour lutter contre les arrivées massives de clandestins dans son État. On trouve aussi des climato-sceptiques qui doutent de la rigueur “scientifique” des “expertises” du GIEC ou encore des birthers (3).

Dans leur grande malhonnêteté, les journalistes ont essayé de discréditer ce mouvement aux yeux du public français en se focalisant sur les outrances haineuses de Rick Santelli de la chaîne financière CNBC ou sur les propos hostiles à la masturbation qui ont été prononcés par la candidate estampillée Tea Party, Christine O’donnell. Comme si être favorable ou non à l’onanisme justifiait ou pas de la validité de leurs positions sur Wall Street et le Big Government.

Évidemment, il ne faut pas non plus idéaliser dans sa totalité le Tea Party. Il percevrait plus ou moins directement des fonds du cigarettier Philip Morris, de l’assureur MetLife et beaucoup plus ouvertement des milliardaires frères Koch (Americans for prosperity) et de Steve Forbes. Sans parler de la volonté des “neo-cons” de faire main basse sur le mouvement. La volonté de récupération est d’ailleurs bien visible lorsqu’on voit Glenn Beck et Sarah Palin sur le devant de la scène.

Toutefois, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Le Tea Party bien que victime de son succès n’en demeure pas moins un mouvement novateur et dont la dimension révolutionnaire est absolument indiscutable.

Comment expliquer cette haine du Tea Party en France ? Deux principales explications à cela : le Tea Party risque de coûter très cher au chouchou des média hexagonaux le sieur Obama lors des élections de mi-mandat du 2 novembre, mais surtout, pour un certain nombre d’analystes, le Tea Party est un mouvement populiste et grassroots qui a donné des sueurs froides aux hiérarques des deux grands partis (avant peut-être d’être instrumentalisé à des fins électoralistes par le parti de l’Âne). Imaginez si une telle chose jaillissait en France ou en Europe… Horreur !

Dans cette façon si partiale et si peu objective de présenter le Tea Party, la cléricature médiatique française a montré une fois encore sa haine du peuple, sa torpeur face à ce qui échappe à ses critères et ses canons idéologiques, mais surtout son incompétence chronique pour saisir ce qui fait la substantifique moelle des autres Nations de ce monde.

Les journalistes ne comprennent rien à la Russie de Poutine, au Venezuela de Chavez, à l’Iran d’Ahmadinejad, pas étonnant dans ce cas qu’ils ne comprennent rien non plus aux patriotes américains du Tea Party  et qu’ils les considèrent comme une simple anomalie et une bizarrerie malfaisante.

Une constante dans la médiocrité et l’aveuglement en quelque sorte.

Maurice Gendre

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- USA : à l’ombre de la haine

Notes

( 1 )“Tea Party”, une référence à la révolte de 1773 des colons américains. Déguisés en Indiens, ils avaient jeté par-dessus bord les cargaisons de thé amenées par les navires anglais dans le port de Boston. Ils protestaient ainsi contre une nouvelle taxe sur le thé que la Couronne britannique voulait leur imposer, alors qu’ils n’étaient même pas représentés au Parlement de Londres.

( 2 ) Pour les Américains, la violence légale et légitime n’est pas uniquement entre les mains de l’Etat et des forces de l’ordre, elle relève aussi de la mobilisation de chaque citoyen. Cet attachement au port d’armes s’explique aussi par le souvenir de la Révolution américaine, l’esprit pionnier et l’idée bien ancrée que ce qui sépare un simple sujet d’un citoyen est l’arme à feu.

( 3 ) Des zones d’ombres très importantes planent sur le lieu de naissance de Barack Obama. Les birthers estiment que Barack Obama n’est pas né Américain et par conséquent n’aurait pas du être Président d’après les termes de la loi. Des poursuites judiciaires sont d’ailleurs engagées. Les birthers réclament que désormais chaque candidat s’engage à présenter son certificat de naissance avant de concourir pour la  Maison-Blanche.

Source : Scriptoblog

Des lieux de la cyberguerre (II)

3 nov

par Olivier Kempf pour Alliance Géostratégique

Note de l’auteur : Je poursuis mon analyse géopolitique de la cyberguerre. Et pour cela,  je l’interroge maintenant sur la raison de cette nationalisation de la cyberguerre, que nous avons constatée lors du billet précédent.

 

« La géopolitique reprend ses droits, elle qui décrit des rivalités de puissance, ici « à partir de territoires ». Notons au passage que la notion d’ami et d’ennemi perd beaucoup de sa validité : l’anonymat permet de frapper n’importe quel gêneur, même si vous êtes allié avec lui par ailleurs. La cyberguerre autorise un retour à un certain âge médiéval , celui de la guerre tous contre tous qui favorisera des alliances de circonstances, plus ou moins robustes. »

Pourquoi cette nationalisation ? 

Une question vient immédiatement à l’esprit : pourquoi les Etats décident-ils de conserver la cyberstratégie dans un cadre national ? Plusieurs explications viennent à l’esprit.

Un monde secret

La première tient à la similitude entre le monde cyber et le monde du renseignement. La comparaison pourra surprendre, l’un paraissant très ouvert et l’autre très caché. En grec, caché vient de Kraptos qui a donné crypto : L’un des principaux enjeux numériques actuels ne tient-il pas à la sécurisation des transmissions de données, et donc à la maîtrise des techniques de cryptage informatique ? Cette exigence de sécurité semble indiquer que cet espace numérique est suffisamment ouvert pour que tout soit décelable et visible.

Pourtant, l’ouverture du monde cyber semble finalement très illusoire, notamment dès qu’il s’agit de pratiques hostiles (les diverses attaques qui font régulièrement la une des médias) ou lorsqu’il s’agit de camoufler des pratiques délictueuses. On a ainsi énormément de mal à désigner l’auteur d’une « attaque massive ». Dans le cas de l’Estonie, qui a défrayé la chronique en 2007, on s’aperçoit que malgré les apparences, il n’est pas du tout sûr d’une part que la majorité des agressions viennent de Russie (1) , et d’autre part qu’elles aient été organisées par une instance plus ou moins officielle (2) . Toutefois, de nombreux indices laissent penser qu’il est probable qu’un certain nombre d’Etats organisent des luttes concertées (3) . Cette relative discrétion de l’action donne aux actions cyber une qualité essentielle, qui appartient à l’espionnage : agir caché, clandestinement. Or, aucun Etat n’a abandonné cet attribut essentiel de la souveraineté qu’est la détention de services secrets. D’ailleurs, les organisations de libération nationale mettent en place, dès le tout début de leur lutte, de tels services (4). Et quelle que soit la solidité des alliances et l’intensité des échanges de renseignement, on n’observe jamais de fusion transnationale des services. Cet attribut essentiel du monde cyber expliquerait donc, en premier lieu, la persistance d’une approche nationale, car elle a trait à la sécurité de l’Etat et de la nation.

Le long primat de la défensive

La seconde explication tient aux marges de manœuvre rendues possibles par le champ cyber. En effet, la stratégie contemporaine valorise la posture défensive, seule considérée comme légitime. L’expression de « légitime défense » symbolise tous les développements contemporains sur la guerre juste et la condamnation des guerres d’agression ou de conquête : pour s’en convaincre, que l’on pense à la charte des Nations Unies (article 51 (5)- ) ou à l’important dispositif des conventions de Genève (dénommé droit des conflits armées) ! D’ailleurs, ce dispositif a été porté à son acmé par la théorie de la dissuasion, où cette arme « offensive » n’a jamais été employée mais a été instrumentalisée par un discours défensif.

Il y a donc une sorte de bannissement de la guerre, puisque celle-ci n’est plus « naturellement » motivée. Ainsi, l’intervention au Kosovo a été justifiée (sans parler de la légalité du conflit, qui est un autre sujet) par le concept de « Droit d’ingérence humanitaire » pour aller sauver les populations Kos-albanaises opprimées par le pouvoir serbe ; de même, l’intervention en Irak a été l’occasion du développement de l’attaque préemptive, qu’il fallait distinguer de l’attaque préventive, selon des raffinements un peu oubliés aujourd’hui : ainsi, une attaque préemptive vise à anticiper une attaque adverse sûre et imminente, quand l’attaque préventive peut être lancée sans preuve d’une quelconque attaque à venir seulement dans le but de maintenir un adversaire, qui aurait l’intention à un moment donné de nuire aux intérêts de l’Etat attaquant. C’est donc évidemment une guerre illégale pour le droit international. Dans un cas, il ne s’agit que d’actes à l’intérieur du conflit qui est assumé quand dans l’autre, il s’agit de prouver que si on attaque, c’est d’une certaine façon défensivement, pour interdire à l’autre de nous causer du mal (voir ici). Autre exemple, l’Afghanistan : personne n’a condamné l’action américaine car chacun a immédiatement admis le caractère de légitime défense qui recouvrait l’action américaine. Que l’on songe enfin à la vogue des « opérations de maintien de la paix » au cours des années 1990, qui justifiaient alors l’emploi de la force armée : la question de « l’emploi » suscitait d’ailleurs bien des débats, quand on prend l’exemple du non-usage de la force qui a caractérisé la FORPRONU en Yougoslavie de 1992 à 1995 et son remplacement par l’IFOR puis la SFOR otaniennes.

Il reste que cette défense n’est légitimée que dans le champ public : il s’agit de convaincre les médias et, au-delà, l’opinion publique que la guerre menée est justifiée. Ces efforts de conviction sont d’abord dus à ce que les actions menées sont visibles : un bombardement, cela se voit et même si cela ne se voyait pas, cela laisserait des traces.

Le retour de l’offensive

Or, rien de tout ça dans la cyberguerre. Pas de traces, pas besoin de justifier son action. Autrement dit, la cyberguerre permet des actions offensives. Voici la nouveauté stratégique qu’elle constitue fondamentalement et qui inaugure ce 21° siècle : les Etats les plus pacifiques vont pouvoir « anonymement » mener des actions hostiles pour soutenir leurs intérêts. Les rivalités de puissance acquièrent à nouveau un champ des possibles qu’elles avaient perdu depuis le 19° siècle. Après la guerre de position qu’est fondamentalement la promotion de la défense imposée par l’arme nucléaire, voici qu’une guerre de manœuvre est envisageable : les grandes manœuvres sont de retour.

Mieux, cela revalide plus que jamais la posture nationale et étatique, que l’on disait périmée. La géopolitique reprend ses droits, elle qui décrit des rivalités de puissance, ici « à partir de territoires ». Notons au passage que la notion d’ami et d’ennemi perd beaucoup de sa validité : l’anonymat permet de frapper n’importe quel gêneur, même si vous êtes allié avec lui par ailleurs. La cyberguerre autorise un retour à un certain âge médiéval , celui de la guerre tous contre tous qui favorisera des alliances de circonstances, plus ou moins robustes .

Bien sûr, personne ne l’admettra. Or, il n’est pas difficile de savoir que tous les Etats travaillent actuellement sur des cyber-armes offensives, à cause d’ailleurs de la réversibilité (ou plus exactement de la dualité) des techniques employées : pour mieux vous défendre, vous êtes obligé de développer des outils d’attaque innovants, contre lesquels vous serez le seul à être protégé. Mais bien peu le diront : l’admettre, c’est favoriser la publicisation du mouvement, et donc lui imposer le risque d’une pression médiatique.

Dualité de la souveraineté

La dernière raison de cette nationalisation de la cyberguerre tient justement à cette dualité. Le géopolitologue constate que la souveraineté est fondamentalement duale : elle est à la fois souveraineté intérieure (monopole de la violence légitime) et souveraineté extérieure, (reconnaissance par les autres de cette souveraineté). Ces souverainetés ont pu être mises en question avec la mondialisation : il faut également constater l’ambivalence des menaces actuelles, qui si elles sont toutes transnationales ne viennent pas forcément d’acteurs publics (maffias, terroristes et pirates). C’est ce qu’a essayé de traduire le dernier LBDSN en promouvant la notion de « sécurité » au côté de celle de défense nationale. Or, la réponse à cette sécurité tient plus d’une fonction de police que d’une fonction militaire même s’il y a intersection des deux : autrefois, les deux fonctions étaient nettement séparées par l’enveloppe de la souveraineté qu’était la frontière. Il faut bien admettre que les cybermenaces mettent en cause cette frontière, et qu’il peut donc désormais y avoir des actions militaires sur le territoire national et des actions de police à l’extérieur.

Or, l’Etat a le monopole de la violence légitime et s’il peut rechercher des alliances localisées (Interpol ou l’OTAN), il doit conserver l’essence de sa souveraineté, tout aussi duale que la notion de sécurité. Sa cyberstatégie doit donc répondre à l’ensemble de la gamme des menaces, gamme qui pratique allègrement la confusion des genres entre la délinquance qui utilisent les grands chemins contemporains et les actions armées qui utilisent les mêmes routes informatiques du réseau mondial de transport des informations.

Au fond, les Etats répondent : « Le sida numérique ? Il ne passera pas par moi ».

Olivier Kempf

Notes

  1. Ou, pour être tout à fait exact, si elles passaient par la Russie rien ne prouve que leur origine y résidât, et que le territoire russe n’ait pas été une simple zone de transit.
  2. Voir Laurence IFRAH « Analyse de la première attaque massive des systèmes d’information d’un État », RDN, Septembre 2007.
  3. Voir Laurence IFRAH, « Cyberconflits : vers la première cyberguerre », RDN, novembre 2007 et « Conflit Géorgie-Russie : Internet, l’autre champ de bataille », octobre 2008.
  4. Que l’on pense à la Sha’y, service de renseignement de la Haganah, l’embryon d’armée juive constituée en Palestine sous le mandat britannique des années 1920 à 1930. La Sha’y est devenue ensuite le Mossad.
  5. Art 51 Charte ONU : Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l’exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n’affectent en rien le pouvoir et le devoir qu’a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d’agir à tout moment de la manière qu’il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

Source : Alliance Géostratégique

La Stratégie du Choc (vidéo)

1 nov

Synopsis Le Grand Soir : En 2007, Naomi Klein publiait La Stratégie du Choc. Un traumatisme collectif, une guerre, un coup d’état, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste plongent chaque individu dans un état de choc. Après le choc, nous redevenons des enfants, désormais plus enclins à suivre les leaders qui prétendent nous protéger. S’il est une personne à avoir compris très tôt ce phénomène, c’est Milton Friedman, Prix Nobel d’économie en 1976.

Friedman soutenant l’ultralibéralisme, conseilla aux hommes politiques d’imposer immédiatement après une crise les réformes économiques douloureuses avant que les gens n’aient eu le temps de se ressaisir. Il qualifiait cette méthode de « traitement de choc ». Naomi Klein la qualifie de « stratégie du choc ».

En utilisant de nombreuses images d’archives, Michael Winterbottom et Mat Whitecross démontrent la puissance du texte de Naomi Klein et la nécessité de résister.

J’ai découvert La Stratégie du Choc grâce à Alan Hayling et Alex Cooke, mes producteurs. Ce livre a été un véritable choc pour moi ! Et j’ai eu envie d’en faire un film. J’ai proposé cette aventure à Mat Whitecross, avec qui j’ai coréalisé The Road to Guantanamo.Avec Mat nous souhaitions respecter l’architecture du livre : en commençant par les recherches de Cameron et les théories de Friedman des années 50, puis en suivant les mises en oeuvre concrètes de cette pensée à travers l’Histoire. Les étapes du film étaient clairement définies dès le départ : le Chili de Pinochet, les politiques de Thatcher et Reagan, l’effondrement du bloc soviétique, le 11 septembre et l’essor de l’industrie sécuritaire, Guantanamo et la guerre en Irak. Nous avions également l’ambition de parler de la crise boursière asiatique et du chapitre de Naomi sur Israël mais nous avons dû faire des choix. Par ailleurs, il nous semblait essentiel de parler de Katrina et du Tsunami. Enfin, l’élection d’Obama comme la crise financière sont survenues pendant le montage du film. Nous les avons donc intégrées à notre travail. La crise financière est de toute évidence le résultat de la dérégulation des marchés. Même les plus fervents défenseurs du libre échange ont commencé à se poser des questions. D’une certaine façon, l’élection d’Obama était une réponse à cela.

‘ Ce qui nous a guidé tout au long du processus de création, c’est qu’avant tout, nous voulions réaliser un documentaire qui ait du sens pour la jeune génération. Ma fille vient d’avoir 18 ans et a donc désormais le droit de vote. En adoptant son regard, nous avons tenté de proposer un éclairage pertinent sur la situation actuelle. Le film dans sa forme et dans son rythme est le résultat d’un long processus de recherche d’archives d’une part et d’articulation entre une narration et les interventions publiques de Naomi d’autre part.

Elle n’a pas hésité à réagir sur le matériel que nous lui soumettions. Bien qu’elle ait cautionné l’idée de départ, elle a cependant émis quelques réserves sur l’absence de témoignages d’experts.

Mais comme le dit très justement Naomi, ce film n’est pas son livre mais l’adaptation que Mat et moi en avons fait.

Nous voulions que le film s’achève sur l’encouragement de Naomi à ne pas laisser les politiques décider seuls des changements. Si vous voulez que quelque chose change, vous devez contribuer personnellement à ce changement. ’

Michael Winterbottom

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