Chips, bière et drone…
A propos des « dix stratégies de manipulation de masses » attribué à Noam Chomsky
13 octpar Jean Bricmont
Un texte intitulé « Les dix stratégies de manipulation de masses » et attribué à Noam Chomsky circule abondamment sur le net ces jours-ci. Par ailleurs, on voit déjà, en réponse à ce texte, des critiques de Chomsky comme « adepte de la théorie du complot », dans la « grande » presse (1).
Le 10ème principe reflète d’ailleurs bien les fantasmes, fréquents dans l’extrême gauche, sur la connaissance que le « système » aurait de l’individu moyen grâce à « la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée », ce qui est très différent de ce que pense Chomsky, qui sait que la connaissance (vraiment) scientifique de l’être humain est extrêmement limitée.
Comme ce texte me semblait être une simplification et une déformation de sa pensée, et que je ne trouvais pas son équivalent en anglais, je lui ai posé la question, pour en avoir le coeur net. Voici sa réponse : « Je n’ai aucune idée d’où cela vient. Je n’ai pas fait cette compilation moi-même, je ne l’ai pas écrite ni mise sur le web. Je suppose que celui qui l’a fait pourrait prétendre que ce sont des interprétations de ce que j’ai écrit ici ou là mais certainement pas sous cette forme ni en tant que liste. »
Le succès apparent de ce texte illustre bien la mauvaise compréhension de la pensée de Chomsky à propos de la « manipulation », à la fois chez certains de ses partisans et de ses adversaires. Lui et Ed Herman, co-auteurs de La fabrique du consentement (ed. Agone, 2008) ne suggèrent jamais qu’il y a quelque part une organisation cachée qui « manipule les masses ». Ils montrent qu’il existe un certain nombre de filtres, liés à la propriété privée des médias, à nécessité de la publicité, à l’action de groupes d’influence etc., qui ont pour résultat que la vision du monde véhiculée par les médias est extrêmement biaisée, mais tout cela fonctionne un peu comme l’idéologie chez Marx, un processus sans sujet.
Curieusement, il est d’une certaine façon rassurant de penser qu’il existe des manipulateurs conscients qui, parce qu’ils le dirigent, savent au moins où va le monde. Malheureusement, il y a bien des relations de pouvoir, des mensonges et des biais idéologiques, mais il n’y a pas de pilote dans l’avion.
Jean Bricmont
Notes
(1) Par exemple, Thomas Gunzig, L’ordre et le chaos, Le Soir (Bruxelles), 6 octobre 2010
Source : Le Grand Soir
La manipulation de l’information sur les SMP en Afghanistan
13 octpar Florent de Saint Victor pour Knowckers
La présidence afghane a annoncé le 3 octobre 2010 l’interdiction pour huit sociétés militaires privées (SMP) d’opérer en Afghanistan. À l’inverse des analyses faites et reprenant les propos du porte-parole officiel, cette décision n’est pas le signe d’une reprise en main des destinées du pays. C’est en réalité une manœuvre du président pour favoriser les SMP dirigées par ses proches en interdisant les concurrents, quitte à rebaptiser ces sociétés familiales pour qu’elles ne correspondent pas aux appellations interdites.
Le 18 août 2010, un décret stipule que les SMP seront interdites en Afghanistan d’ici fin 2010. Les observateurs se réjouissent de la volonté de limiter les ingérences étrangères et d’interdire des sociétés sulfureuses. Comme le rappelle Georges-Henri Bricet des Vallons, c’est mal connaître le contexte. En effet, les SMP sont autant étrangères que locales (avec plusieurs joint-ventures américano-afghanes ou anglo-afghanes) et tenir cette promesse en temps contraint est réellement impossible pour une coalition dépendante de leurs services.
Mais à ces rectifications, il est nécessaire d’ajouter que c’est la recherche de profits, logique commerciale et non humaniste ou politique, qui explique surtout cette décision. En effet, de nombreuses sociétés de sécurité sont aux mains de magnats appartenant au clan Karzai. C’est le cas d’Asia Security Group dirigé par Hashmat Karzai, cousin du président, ou Watan Risk Management d’Ahmed Rateb Popal et Rashid Popal, deux frères et cousins de Karzai.
La liste des SMP interdites confirme que cette décision est bien une aide présidentielle à visée économique et une nouvelle fissure pour des raisons économiques dans les relations Kaboul-Washington. En effet, les sociétés du clan Karzai ne sont pas visées et des concurrents directs sont évincés. C’est le cas de majors américaines comme Xe Services et NCL Holdings Llc, ou des firmes afghanes comme White Eagle Security Services et Abdul Khaliq Achakza. Toutes ces firmes détiennent d’importants contrats que les entreprises proches du pouvoir pourront à l’avenir se partager librement. Alors ce décret, outil de lutte contre l’instabilité et la corruption ou arme économique non-avouée ?
Florent de Saint Victor
Site Internet : Mars attaque
Source : Knowckers