Archive | octobre, 2010

Après la dissuasion nucléaire, la dissuasion nanotechnologique ?

31 oct

Le CRN (Center for a Responsible Nanotechnology) publie une série d’essais relatifs au développement des nanotechnologies et aux problèmes éthiques qui en découlent. Publiés dans le journal Nanotechnology Perceptions, et disponibles sur le web, ces textes émanent de spécialistes du sujet. Parmi eux, l’ essai de Ray Kurzweil, inventeur et informaticien de génie parmi les plus primés des Etats-Unis.

« Surnomé « Bionic Hornet », l’engin volant n’est pas plus gros qu’une abeille mais est capable de rechercher, photographier et éventuellement tuer de manière ciblée. »

Archives Internet du 14 avril 2006

Pour lui, “la première moitié du 21e siècle sera caractérisée par trois révolutions imbriquées l’une dans l’autre, en Génétique, Nanotechnologie et Robotique (GNR)“. Enthousiaste, il estime même qu’elles “fourniront les moyens de résoudre des problèmes multiséculaires comme ceux liés au vieillissement, à la maladie ou à la pauvreté“, et permettront d’ici 20 ans d’envoyer dans nos corps des millions de nanorobots soigner nos os, muscles, artères et cellules malades ou vieillissantes, et donc d’atteindre l’ immortalité.

Mais le propos de Kurzweil vaut ici surtout pour sa vision des dangers liés aux nanotechnologies, et des mesures qu’il préconise pour s’en prémunir, vision qu’il avait déjà eu l’occasion d’exposer devant le Congrès américain en 2003. Ray Kurzweil est en effet également l’un des cinq membres de l’Army Science Advisory Board, un comité chargé de conseiller l’armée US en matière de science et de technologies.

Nanos : y renoncer, ou non ?

Kurzweil s’affirme ainsi globalement d’accord avec les craintes (sinon avec les conclusions) qu’exprime Bill Joy dans son manifeste emblématique, Pourquoi le futur n’a pas besoin de nous, que le co-fondateur de Sun Microsystems écrivit après l’avoir entendu parler des perpectives offertes par les GNR. Pour Bill Joy, du fait de leurs potentialités destructives et de leur caractères duales (militaires et commerciales), celles-ci “menacent de faire de l’homme une espèce en danger “, et que “ la seule alternative réaliste est d’y renoncer, de restreindre la recherche dans le domaine des technologies qui sont trop dangereuses, en posant des limites à notre quête de certains savoirs“.

Kurzweil estime au contraire que cela ne ferait qu’empirer la situation : “la seule manière possible de stopper le rythme d’avancement des technologies GNR serait d’établir un système totalitaire et mondial qui mettrait à mal l’idée même de progrès. En outre, cela conduirait probablement à un échec, sans contrer les dangers nés des GNR, car il en résulterait une activité souterraine qui tendrait à donner naissance à des applications encore plus destructives“.

Il avance ainsi que les mécanismes de régulation et autres moratoires ne feront que retarder le déploiement des GNR, sans pour autant les rendre moins dangereuses. Et parce que la majeure partie des systèmes de “protection”, à l’instar des DRM dans le domaine logiciel, ne fonctionnent pas (ne serait-ce que parce qu’ils peuvent être plus ou moins facilement contournés), qu’il faut donc aller au-delà dans les contre-mesures, et investir dans des systèmes défensifs, sinon offensifs.

Un système “nano-immunitaire” de surveillance et de neutralisation préventive

Le risque serait en effet qu’une attaque (accidentelle, terroriste ou militaire) de nanorobots, de structures moléculaires et autres pathogènes auto-réplicants détruise la biomasse, mais aussi la “civilisation“, en quelques jours ou semaines seulement. Kurzweil propose ainsi de bâtir un “système de défense immunitaire nanotechnologique” composé de nanorobots dotés eux aussi de la capacité de s’auto-répliquer, et capables, non seulement de détecter, mais aussi de neutraliser tout type de charge ou réplication potentiellement dangereuse. Une “gelée bleue” policière pourrait de même combattre la “gelée grise” (”grey goo”) constituée de ces nuées incontrôlables de nanorobots destructeurs et autoreproducteurs.

Dans la foulée, et parce que dans les années 2020 nous aurons également des logiciels qui s’interfaceront avec nos corps et nos cerveaux, et que des nanorobots de la taille de poussières pourront effectuer des missions de surveillance furtive, Ray Kurzweil estime enfin que les forces de police et services de renseignement devront légitimement être autorisé à surveiller les flux de données qui passeront dès lors dans nos corps (et nos pensées).

Conscient des risques d’abus que cela pourrait entraîner, Ray Kurzweil n’en conclut pas moins que si “la technologie sera toujours une épée à double tranchant (…), nous n’avons pas d’autre choix que de renforcer nos défenses, tout en appliquant ces technologies au bénéfice des valeurs humaines, malgré l’absence de consensus sur ce que devraient être ces valeurs.” Mike Treder, cofondateur du CRN, estime lui aussi que “la plus puissante des civilisations, les Etats-Unis, pourraient facilement être conquis par un attaquant dotés d’armes nanotechnologiques“.

Un contrôle total à l’échelle mondiale

D’aucuns pourraient y voir la naissance d’une forme de “dissuasion nanotechnologique” héritée de la “dissuasion nucléaire” et de l’”équilibre de la terreur” qui prévalaient du temps de la Guerre Froide, et que les menaces terroristes, les risques de dissémination accidentelle ou criminelle, ainsi que les menaces de conflits liés au nouveau désordre mondial remettent au goût du jour.

D’autres y verront l’une des facettes de la Révolution dans les affaires militaires (RMA), doctrine américaine élaborée aux débuts des années 90 suite à la chute du bloc de l’Est, mais aussi au traumatisme du Viet Nam. Selon cette doctrine, parce qu’il n’y a plus un seul, mais des myriades d’ennemis potentiels, l’armée américaine doit s’assurer une suprématie technologique totale dans tous les compartiments de la guerre, afin d’épargner la vie de ses soldats et de dissuader ses adversaires d’entreprendre des actions hostiles à quelque niveau que ce soit. Cette doctrine permet également aux dépenses militaires de contribuer de manière toujours plus massive à l’effort américain de recherche et développement.

Comme le note Mike Treder en évoquant l’éventualité d’un futur conflit nanotechnologique, “si les deux parties (ou plus) sont équipées de telles armes, une telle guerre pourrait durer très longtemps, et les pertes se chiffrer en millions de vies. A contrario, si l’un des combattants dispose d’un arsenal bien supérieur, cette guerre pourrait se finir très rapidement, et offrir au vainqueur un contrôle total à l’échelle mondiale“.

Source : Futura-Sciences

Chroniques transatlantiques #4

31 oct

par Lior Chamla pour La théorie du tout

Vous ne saviez pas quelles sont les relations entretenues entre les Etats-Unis et l’Union Européenne ? Ce billet devrait vous intéresser !

Petit retour dans le temps : la résolution sur laquelle porte cette chronique a été votée par le Parlement européen le 8 mai 2008, et porte sur le Conseil Economique Transatlantique [1]. Cette institution est le centre névralgique du partenariat transatlantique. Elle coordonne les sommets et les dialogues qui se tiennent entre les deux rives.

Un bon conseil pour avoir une vue d’ensemble serait de lire les chroniques transatlantiques #1 et #2, ou vous pourrez obtenir un descriptif assez rapide des résolutions qui ont servi de base à ce texte.

Ce que considère le Parlement européen

Je vous passe [comme d'habitude] les “vu …” et les “considérant …”, mais comme à mon habitude, j’ai toujours un petit alinéa qui me plait et que je vous retransmet. Au point A, le Parlement considère que “le Parlement européen et le Congrès des Etats-Unis ont tous deux sans cesse appelé à l’achèvement du marché transatlantique d’ici à 2015“. On le saura.

Le contenu de la résolution

Cette résolution passe sur énormément de points : Le commerce, l’énergie, la science, les normes techniques, les services financiers, etc. Elle a pour but général de présenter certaines étapes préalables à l’inauguration de ce grand marché transatlantique.

Intégration économique

Pour commencer, le Parlement souligne au point 1 que le partenariat transatlantique étroit est “l’instrument clé pour façonner la mondialisation dans l’intérêt de valeurs communes et dans la perspective d’un ordre mondial équitable en matière politique et économique“. Il réitère aussi son avis selon lequel “un marché transatlantique efficace et compétitif forme une base propice à l’établissement ferme du partenariat transatlantique“. Cela ne vous rappelle rien ? Un marché commun qui vire ensuite à l’intégration politique ? Il soutient “résolument le processus de renforcement de l’intégration économique transatlantique” (point 2).

Démantèlement des barrières aux échanges

Alors on apprend au point 3 que la Commission avait décidé à l’époque de “faire réaliser une étude, dont les résultats sont attendus en 2008, sur les obstacles à démanteler pour achever le marché transatlantique“, et le Parlement s’en réjouit.

Services financiers et perte de souveraineté

Je passerai la partie “Services Financiers” car j’avoue ne pas être spécialisé dans ces questions. Pour ceux que cela intéresse, n’hésitez pas à aller lire cette partie qui concerne l’harmonisation des normes financières, et la reconnaissance mutuelle des deux membres. Je citerai juste le point 11 qui parle justement d’un accord-cadre entre UE et USA en matière de supervision des marchés financiers : “La Commission devrait déconseiller la conclusion d’accords bilatéraux entre les Etats membres et les Etats-Unis car de tels accords risqueraient de compromettre l’égalité des conditions de concurrence applicables dans l’Union“. On vous rappelle qui décide vraiment ! Comme c’est aimable.

L’Union européenne par la voix du Parlement consacre aussi au sein de cette résolution le FMI, pour ceux que cela intéresse.

Espoir ?

Au point 16, le Parlement souligne que dans le cadre de ce grand marché, “un niveau élevé de règles sociales, environnementales et sanitaires doit être garanti“. De plus, au point 17, il rappelle que les barrières non tarifaires sont souvent dus à des contraintes sociales, environnementales, culturelles ou sanitaires. Par conséquent, ces barrières “ne doivent pas être supprimées en l’absence d’un acte législatif” et souligne “le rôle primordial que jouent, le parlement européen et le Congrès des Etats-Unis dans le suivi du processus d’harmonisation des normes et d’élimination des obstacles aux échanges commerciaux et aux investissements“. Les parlementaires européens auront leur mot à dire ? Voilà qui est inhabituel…

Les maîtres du monde

Au point 21, le Parlement appelle la commission “à négocier [...] des normes mondiales communes dans le cadre du CET“. Au point 25, il demande à la Commission “de prendre l’initiative [...] d’élaborer des principes transatlantiques de protection des données, [...] à élaborer sans délai des normes mondiales de protection des données dans le cadre du CET“. Peut-être faudrait-il expliquer aux deux compères ivres de pouvoir que sont les Etats-Unis et l’UE qu’ils ne sont pas seuls au monde ?

Questions agricoles

Et oui, il faut aussi passer par là pour ériger le marché commun transatlantique. Cette partie est composée de quatre points, et passe par le problème de la volaille aux médicaments (point 26), le litige des viandes bovines (point 27), “une procédure d’autorisation unique pour toutes les denrées destinées à l’alimentation humaine et animale contenant des organismes génétiquement modifiés” (point 28) et enfin, un dialogue sur les fluctuations des marchés agricoles (point 29).

Coopération énergétique, industrielle et scientifique

Le Parlement demande au point 30 “le renforcement de la coopération stratégique transatlantique dans les politiques de l’énergie, de l’industrie et des sciences [et] souligne l’importance de la question énergétique [...] et de la promotion des politiques de sécurité énergétique basées sur le marché“. Il faut donc coopérer, mais aussi considérer que l’énergie est un marché, et donc reconsidérer les manières d’obtenir la sécurité énergétique.

Organisation Mondiale du Commerce

On demande au Conseil Economique Transatlantique de contribuer “à une conclusion positive du programme de Doha” et considère “la prédominance de l’Union et des Etats-Unis sur le commerce mondial [...] comme un atout potentiel pour le système commercial mondial et son cadre commun“. On a donc d’une part la volonté que le CET pousse loin ses exigences d’ouverture à l’OMC, et d’autre part l’aveu de puissance de ces deux systèmes régionaux qui savent effectivement très bien qu’il n’y a qu’eux qui comptent à l’OMC (notamment au sein de “la Quad“, composée des Etats-Unis, de l’UE, du Japon et du Canada).

Le point 33 porte, lui, sur les litiges commerciaux et sur la volonté de créer des accords bilatéraux UE/USA permettant de traiter ceux-ci.

Au point 38, toujours ce sentiment de puissance : “le concept de marché transatlantique consistant à recourir à la coopération dans le domaine réglementaire afin d’obtenir la suppression progressive des barrières non-tarifaires pourrait jouer un rôle majeur dans le maintien de la dynamique qui sous-tend l’intégration économique mondiale“. Les anti-mondialistes vont hurler ! Cette fuite en avant de la libéralisation devrait donc, selon le Parlement européen, entrainer l’économie mondiale avec elle dans cette même voix.

Le dialogue transatlantique des législateurs

Plusieurs choses à notifier sur cette partie. On constate au point 42 qu’on a toujours un problème quand au scannage des cargaisons entre l’UE et les USA. Mais on souligne aussi “la nécessité de réfléchir dans le cadre de ce dialogue à un programme de l’OMC pour l’après Doha“. Vous avez bien lu : l’Union européenne et les Etats-Unis vont réfléchir ensemble à leurs actions à l’OMC. Comme vous le savez surement, ce n’est déjà plus la France qui contrôle ses intérêts à l’OMC, mais l’Union européenne. Et bien, bientôt on passera à un stade supérieure ou cela sera fait au niveau transatlantique.

Les points 44 et 45 font références aux Dialogues (cités en introduction et dans d’autres chroniques) qui font le lien entre les deux entités. Bien entendu, les seuls dont on parle ici sont le TABD (Transatlantic Business Dialogue), le TLD (Transatlantic Legislator’s Dialogue) et le TACD (Transatlantic Consumers Dialogue). On a totalement oublié le TAED (Transatlantic Environmental Dialogue) et surtout le TALD (Transatlantic Labour’s Dialogue). Pourtant, je n’ai pas encore lu une seule résolution qui oubliait de demander la revitalisation de ces dialogues. Se serait-on résigné ?

Enfin le Parlement recommence à mendier un peu de pouvoir en réaffirmant “sa volonté de renforcer le dialogue entre les deux parlements et demande qu’ils soient impliqués rapidement dans le processus” … Mais ça fait 20 ans que ça dure.

Conclusion

On voit donc que le Parlement européen a à coeur de mener l’intégration la plus profonde possible avec son partenaire américain (même si personnellement, je n’ai jamais été informé de ce genre de tractations, alors que cela dure depuis plus de 20 ans …).

On passe par tous les domaines, et le but est d’uniformiser tout cet ensemble occidentalo-transatlantique. Peut-être une future intégration politique occidentale sous l’égide de l’OTAN ?

Point intéressant : le Parlement européen “estime que ce sont là des questions importantes dont les développements doivent être portés régulièrement à la connaissance des parlements nationaux” (point 47) et je ne peux que souscrire à cet avis.

La suite, dans la prochaine chronique !

Lior Chamla

- Chroniques transatlantiques #1

- Chroniques transatlantiques #2

- Chroniques transatlantiques #3

Notes

[1] Résolution du Parlement européen du 8 mai 2008 sur le Conseil économique transatlantique : http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P6-TA-2008-0192&language=FR&ring=B6-2008-0280

Source : La théorie du tout

Liquidation totale ! (vidéo)

29 oct

Enquête aux quatre coins du monde sur les conséquences de la privatisation des services publics et leurs effets concrets dans la vie des individus.

« Les entreprises nationalisées ont eut pour vocation de suppléer aux insuffisances du marché, d'être le fer de lance d'une politique économique démocratique, d'assurer des missions de service public, de favoriser l'égalité des citoyens, de jouer un rôle d'aiguillon social. Or aucun de ces objectifs ne constitue plus la priorité des gouvernants, une partie de l'opinion s'est mise à douter qu'ils restaient accessibles, et la vente des entreprises nationales a semblé constituer un gisement financier facilement exploitable. Pourtant, privatiser, c'est oublier ce que soixante ans au moins d'histoire économique ont enseigné. » Serge Halimi

Synopsis International News : Bongani et son équipe d’électriciens « guerilleros » sillonnent les rues de Soweto pour raccorder au réseau ceux qui sont privés d’électricité parce qu’ils ne peuvent plus payer leur facture. Simon, conducteur de locomotive, parle des accidents mortels qui se sont multipliés depuis la privatisation des chemins de fer à l’époque de Margaret Thatcher. Minda, qui vit dans un bidonville aux Philippines, doit se débrouiller chaque semaine pour trouver l’argent nécessaire à la dialyse de son fils, car le système de santé privatisé n’assure plus les pauvres du pays. A Cochabamba, en Bolivie, les habitants se mobilisent contre une multinationale américaine qui a pris le contrôle de la distribution d’eau dans la ville. Le documentaire donne aussi la parole aux tenants de la privatisation, représentants de la Banque mondiale et du FMI ou chefs d’entreprises privatisées.

Durée : 90′

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Source : International News

Des lieux de la cyberguerre (I)

29 oct

par Olivier Kempf pour Alliance Géostratégique

Note de l’auteur : Voici le premier d’une série de billets qui visent à déterminer comment l’analyse géopolitique peut être pertinente pour analyser les questions cyber (on se reportera à cet excellent billet sur les définitions du cyberespace).

« La question réside surtout dans la capacité de l’Etat à assumer publiquement qu’il effectue un contrôle de l’Internet auquel accèdent ses ressortissants plutôt que de s’interroger sur le principe d’une telle surveillance dont l’existence ne fait plus aucun doute. » N. Arpagian

Selon la récente livraison de « L’atlas des mondialisations », le mot de « mondialisation » a plusieurs significations : homogénéisation humaine, développement accéléré des échanges, domination culturelle, …. En tous les cas, l’Internet constitue l’un des agents principaux de cette mondialisation : Internet périmerait toute frontière et rendrait la notion obsolète : partant, ce serait l’Etat qui perdrait son monopole. Plusieurs exemples sont souvent donnés à l’appui de cette hypothèse. Par exemple, l’augmentation incroyable des transactions financières (permise par la dématérialisation des échanges) a considérablement réduit la capacité d’intervention des Etats. On ne cesse de parler de guerre des monnaies, mais les accords du Plaza en septembre 1985 suivis en février 1987 des accords du Louvre ne sont aujourd’hui plus envisageables : en 2007, les volumes quotidiens sur les marché des changes atteignent 3210 milliards de dollars (selon la dernière enquête de la BRI). De même, la puissance des firmes multinationales a souvent été évoquée pour démontrer l’impuissance croissante des Etats traditionnels.

Il y aurait donc en cours un processus de déterritorialisation, les acteurs émergents profitant notamment des plus grandes facilités d’échange : échange de biens, de capitaux, de personnes, et surtout d’information. La conclusion qui est couramment tirée affirme que l’analyse géopolitique (étatique et territorialisée) serait par voie de conséquence déficiente : d’une part à cause de la disparition des frontières, d’autre part à cause de l’universalisation des réseaux : puisque le monde est sans territoire délimités, il ne pourrait plus y avoir de rivalité de puissance sur ces territoires. Toute difficulté qui interviendrait sur cet espace mondialisé n’appellerait donc logiquement qu’une réponse mondiale.

Ainsi, on cite usuellement deux difficultés mondiales qui nécessiteraient des réponses mondiales : le réchauffement climatique et la cybersécurité (ou sécurité dans l’espace cyber). Attardons nous à ce dernier cas.

La cybersécurité serait problématique pour deux raisons : tout d’abord, les caractéristiques du « milieu » informatique pousserait certains à s’affranchir des règles et à devenir sinon des terroristes (gardons nous des mots trop lourds de signification) du moins des hors-la-loi qui, quelque soit le motif (goût de la performance technique, volonté de se mettre en avant, expression d’une philosophie libérale/libertaire, appât du gain…) décident de mettre en difficulté les règles qui organisent les systèmes de communication : hacking, cracking, phishing, dénis d’accès et autres expressions bizarres entrent dans cette catégorie. Il y aurait ensuite d’authentiques malfaisants (bandits et crapules, maffias, terroristes et autres « méchants ») qui utiliseraient les ressources de l’informatique pour camoufler leurs activités voire en développer de nouvelles, adaptées à ce nouveau milieu.

Pour répondre à ces « menaces », il faudrait une police qui régente le réseau et y fasse régner l’ordre public. Mais comme le réseau est mondial, il est logique que la réponse doive être mondiale.

Or, elle ne l’est pas et on ne voit pas qu’on s’y dirige. Au contraire.

En effet, contrairement à une idée reçue, il y a des frontières sur le net. Deux exemples parmi d’autres : la Chine bloque sur son territoire l’accès à certaines informations disponibles sur Internet, ce qui a provoqué une controverse vigoureuse avec le moteur de recherche Google (voir ici) . De même, les Émirats Arabes Unis ont suspendus certains services du téléphone multimédia Blackberry à cause de ses cryptages qui empêchaient les autorités de surveiller les communications sur le territoire (voir ici) . L’Arabie Saoudite et l’Inde ont annoncé des démarches similaires (voir ici). Comme le dit N. Arpagian, auteur d’un livre sur le sujet (fiche de lecture ici), « la question réside surtout dans la capacité de l’Etat à assumer publiquement qu’il effectue un contrôle de l’Internet auquel accèdent ses ressortissants plutôt que de s’interroger sur le principe d’une telle surveillance dont l’existence ne fait plus aucun doute » (voir ici). Ainsi, le président américain Barack Obama décrit l’infrastructure numérique comme un « bien stratégique national » (voir ici).

En fait, il faut probablement se déprendre d’une vision décalée de la mondialisation telle qu’on pouvait l’avoir à la fin des années 1990, jusqu’à l’éclatement de la bulle Internet (mars 2000). La concomitance de cet éclatement et des attentats du 11 septembre 2001a ramené les États au centre du jeu, notamment en matière de surveillance informatique. Ces événements ont favorisé la prise de conscience par les États que la lutte antiterroriste était justement une affaire nationale, même si elle s’accommodait de partages de renseignements et de coopérations entre nations (inter-nationales au sens propre). On assiste depuis à un gigantesque effort de maîtrise des signaux numériques : visa électronique, développement des biométries, transactions financières transfrontières, communications, ….

On découvre ainsi qu’il n’existe pas de texte international régissant la sécurité sur Internet l’exception de la Convention du Conseil de l’Europe de novembre 2001 sur la cybercriminalité, (voir ici). Il faut donc se méfier des grandes déclarations produites par les grandes institutions collectives (UE, OTAN, OSCE, G8, …). Les Etats demeurent les maîtres de leur propre sécurité interne. Il y a donc toujours des frontières sur le réseau.

La conclusion est logique : l’approche géopolitique demeure valide. Elle distingue les espaces des territoires, les seconds étant orientés et polarisés, à la différence des premiers.

L’approche cyberstratégique se voit par conséquent précisée :

  • Une partie traite de la sécurité intérieure, et ressortit d’une police générale (même si des moyens militaires peuvent être utilisés) : au sens propre, c’est le champ de la cybersécurité.
  • Une partie traite de la sécurité extérieure, la cyberdéfense proprement dite.

Nous verrons ultérieurement ce qu’il en est.

Olivier Kempf

Le site d’Olivier Kempf : EGEA (Études Géopolitiques Européennes et Atlantiques)

Source : Alliance Géostratégique

« Impérialisme et savoir »

28 oct

Le 1er et 2 mai 2010 s’est tenue la conférence « Impérialisme académique » à l’Université Al-Zahra de Téhéran. On pouvait y entendre l’intervention, intitulée « Impérialisme et savoir », du professeur Vinay Lal de l’UCLA, historien de la culture et spécialiste des migrations aux Etats-Unis.

« Si vous examinez le terme « Océan Indien » c'est un monde incroyablement riche, ou les gens d'Inde, de Chine, d'Asie du Sud-Est, de la Côte est de l'Afrique, du Golfe, interagirent sur une période de six ou sept siècles. En d'autres termes, bien avant que l'Inde, l'Iran, la Chine, même le Japon, rencontrent l'Occident, ils s'étaient déjà rencontrés, fréquentés. Dans des conditions infiniment plus hospitalières, moins oppressives que sous la domination coloniale. » Vinay Lal

 

« Bien. Je suis le dernier intervenant. Je dois avouer que je suis impressionné par la discipline de mes prédécesseurs au micro dans leur respect du temps de parole, reste à savoir si j’en serais capable. Le poète britannique T.S. Elliot écrit dans son œuvre Four Quartets « L’histoire peut-être libération, l’histoire peut-être servitude ». Je voudrais suggérer que l’histoire a largement été servitude. Et je vais proposer en conclusion des façons de repenser l’idée même d’histoire. Si vous regarder la conquête britannique des Indes, la conquête française de l’Algérie et de l’Indochine, la conquête hollandaise de l’Indonésie etc. il apparait clairement qu’il s’agissait ultimement, de conquêtes du savoir. Le colonisateur est arrivé, il a infligé sa domination militaire, dans certains cas, pas tous, il avait une supériorité technologique, il avait sans l’ombre d’un doute une supériorité en terme de système bureaucratique, administratif. Mais il est néanmoins clair, si on regarde l’histoire du colonialisme, que longtemps après le départ du colonisateur, le colonisé reste colonisé. Et telle est notre condition fondamentale aujourd’hui. Et je voudrais avancer l’idée qu’une des modalité principale du colonialisme dans le champ du savoir, en d’autre terme je veux dire qu’il ne faut pas aborder l’impérialisme seulement par les catégories de l’économie, militaires, administratives, il faut comprendre l’impérialisme comme un projet de savoir. En d’autres termes, vous prenez les systèmes de savoir des colonisés, et vous les remplacez par vos propres systèmes. Et les systèmes de savoir ont une dimension politique.

Donc ma proposition centrale ici est que l’histoire fut un des principaux éléments des systèmes de savoir imposé par le colonisateur, je veux donc examiner le rôle de l’histoire dans le processus de colonisation des systèmes de savoir.

Évidemment l’histoire a plusieurs significations, ici je vais faire référence à l’histoire comme discipline, comme discipline de pensée et de recherche, mais l’histoire fait référence aussi à «ce qui s’est produit par le passé ». Comme par exemple dans cette phrase en anglais, si vous me permettez « Georges Bush is history » « Georges Bush c’est du passé », qui veut dire « il appartient au passé, oublions-le, il est parti ». C’est l’autre sens qu’on donne au mot histoire, histoire comme référence aux évènements du passé. Ce faisant, une chose regrettable se produit, les gens en viennent à considérer Histoire et Passé comme synonymes, ce qui n’est absolument pas le cas. C’est quelque chose sur lequel nous serons amenés à revenir ensemble et je tenterais d’expliquer pourquoi c’est important.

Maintenant 3 points fondamentaux que je souhaite aborder en lien avec cette notion d’histoire, premièrement l’idée d’État-nation, deuxièmement l’idée de développement et troisièmement la notion de l’idéal, de modèle. Je soutiens que l’idée d’histoire a des liens inextricables avec ces 3 notions dominantes.

Le concept d’Histoire et l’État-nation ont connu une ascension simultanée. Et nous devons nous rappeler que l’Iran, l’Inde, la Chine, pour ne citer que ces trois-là, étaient des civilisations bien avant de devenir des États-nations, et en principe, les civilisations sont des entités bien plus riches que les États-nations. Selon moi, l’État-Nation est la forme la plus insidieuse de communauté jamais inventé depuis le début de l’humanité. Certes il est parfaitement clair, si vous regardez l’historiographie, qui incarne l’idée d’histoire et l’histoire devenue dominante, et oui je suis conscient que les Grecs anciens et les Chinois avaient un sens de l’histoire. Si vous remontez à la Grèce Antique, vous trouvez qu’un des plus grand personnage d’alors n’est autre que Thucydide, qui écrit sur l’histoire au 5e siècle avant JC. Et les Chinois avaient un sens de l’histoire.

Mais je veux simplement amener l’idée que l’universalisation de l’histoire comme discipline a un lien avec la montée de l’État-nation et le système d’États-nations prend forme au 17e siècle avec le(s) traité(s) de Westphalie dans les années 1640. L’État-nation est donc une entité relativement récente dans l’histoire humaine, et l’État-nation ne se réalise que par la violence, je veux dire, exemple emblématique est la France, ou si vous examinez l’histoire de France, jusque dans les années 1830, et nombre d’entre vous seront surpris de l’apprendre, la grande majorité des gens, qui vivaient dans l’espace qu’on appelle aujourd’hui France ne parlaient pas français. Comment ces gens, ces peuples ont-ils été transformés en « français » ? Par l’usage de la violence, car ce que fait un État-nation, c’est de produire un prototype de sujet homogène, sujet qui doit faire vœu de loyauté à l’État-nation, par le biais de symboles comme le drapeau national, l’hymne nationale, et c’est mon argument par le biais aussi des manuels d’histoire.

Alors, selon moi, si on accepte que l’État-nation est un concept d’une extrême pauvreté, un projet coercitif qui vise à faire rentrer les peuples, les gens dans une communauté pré-établie, on doit alors comprendre le rôle oppresseur de l’histoire dans la création de l’État-nation. Et ce n’est pas un hasard si dès la naissance d’un État-nation, la première chose qu’il fait est de produire une histoire autorisée, officielle de lui-même.

C’est mon premier argument, fondamental, cette relation inextricable entre histoire et État-nation.

Deuxièmement, je vais examiner cette idée de “développement“, qui est elle-même inséparable de l’idée d’histoire. Qu’est ce que le développement au fait ?

Avant les années 1940, le mot était rarement utilisé dans le monde anglophone, on parlait alors plutôt de “transformations sociales“. C’est dans la période d’après-guerre que le développement est devenu l’idéologie dominante, en fait si dominante qu’ il était virtuellement impossible d’entrer en dissidence par rapport à cette idée de développement, si vous vous adressiez à un auditoire pour critiquer cette idée, la réponse invariablement était « pourquoi vous ne voulez pas qu’on se développe ? ». D’accord ?

Nous devons alors nous demander, qu’est ce que le développement ? Et pourquoi est-ce que les génocides se sont produits essentiellement ces 4, 5 dernières décennies via le processus de développement ?

Prenons le cas de l’Inde, la situation étant similaire en Chine, si vous regardez ce qui est arrivé aux communautés rurales de Chine, le monde paysan y a été littéralement éviscéré, éradiqué, d’accord ?

Maintenant en Inde, nous savons que environ 70 à 80 millions de personnes ont été déplacées, par l’intermédiaire de projets de développement. Et les gens qui sont déplacés par ces projets n’appartiennent pas à l’élite, ils ne sont pas de la classe moyenne des grands centres urbains, ce sont des gens qui vivent en marge, ce sont des Adivasis, des tribus, ou des gens de basse-caste, et le développement est une forme lente de génocide. Un des aspects les plus insidieux du développement est bien sûr qu’il est impossible d’entrer en dissidence face à cette idée. Je veux dire par là, telle est la nature des systèmes totalisant de savoirs, ils ne vous laissent même pas la possibilité de vous rebeller. Et ce que je vous suggère, si vous examinez le développement, il y a une relation fondamentale avec la temporalité, le temps, qui est bien sûr une unité essentielle pour comprendre l’histoire. Qu’est ce que je veux dire par là ? Laissez-moi vous le dire en termes très simples, il y aurait d’un côté le monde développé et de l’autre le monde dit « sous-développé ». Ce qui a été dit au monde sous-développé est que leur objectif est de rattraper le monde développé. En d’autres termes le présent des mondes sous-développés est le passé des mondes développés car ceux-ci ont déjà vécu cette histoire, nous cherchons à rejoindre cette histoire. Mais ça ne s’arrête pas là, car la personne « sous-développée », son avenir est en fait le présent de la personne « développée ». En d’autres termes ce que fait le développement, c’est qu’il prend en otage à la fois le présent et l’avenir de ceux qui se font décrire comme « sous-développés ». J’insiste ici sur le fait que le développement n’est pas une catégorie spatiale, la plupart des écrits sur le sujet vont décrire une catégorie sous-développée et dire « bon ça c’est le sud » incluant le Pakistan, l’Afrique etc. Une autre catégorie, le monde « développé » est identifié à l’Occident, le nord industriel, le Japon, l’Australie, etc.

Je vous suggère plutôt que l’essentiel pour le développement est la notion de temporalité, et ce que fait l’idéologie du développement, c’est qu’elle condamne les « sous-développés » a ne pas pouvoir vivre leur propre histoire mais l’histoire d’un autre, voilà pour l’essentiel le rôle du développement.

Troisièmement, je vais parler de l’histoire et du manuel.

A la formation de l’État-nation, son premier projet est de produire et autoriser l’histoire de lui-même. Cette histoire sanctionnée officiellement est ensuite reproduite dans les manuels d’histoire. Et j’ai toujours été sidéré de voir que certains pays, et trois me viennent en tête spontanément, pour lesquels je connais les détails, États-Unis, Inde et Chine. Trois pays ou durant les 10, 15 dernières années, des controverses sur le contenu des manuels d’histoire. Fait stupéfiant, personne n’est entrée en dissidence avec la notion même de manuel d’histoire. Et encore une fois, le manuel d’histoire est une invention relativement récente dans l’histoire humaine. Quel est le rôle d’un manuel d’histoire ? Il ne se contente pas de synthétiser, de résumer un corpus de savoir, il l’homogénéise. Dans le même ordre d’idée un manuel de science aura pour but de diminuer ou d’éliminer l’idée de pluralité des sciences, l’idée de pluralité des systèmes médicinaux. Prenez un manuel de médecine utilisé dans une faculté de médecine n’importe ou dans le monde et vous vous apercevez qu’il est basée sur une notion de la médecine qui est basée sur l’allopathie, la division.

Il faut donc s’interroger, pourquoi le manuel est devenu une figure si importante pour le monde moderne.

Maintenant à l’approche de la conclusion, je voudrais proposer de nouvelles façons de considérer le problème abordé.

Première suggestion, l’histoire n’est pas simplement une question de souvenir, de commémoration, le sens dominant que les gens veulent entendre, il n’y a pas sur terre, un seul groupe ethnique, racial, linguistique, social, qui ne veut pas sa propre histoire. Pour ma part, je pense que l’essentiel dans l’histoire n’est pas seulement du côté de la mémoire, il est aussi du côté de l’oubli. L’histoire ne peut-être que servitude, esclavage, à moins qu’elle ne deviennent dialectique de souvenir et oubli.

Seconde suggestion sur laquelle je vous invite à réfléchir, est qu’une des conséquences les plus tragique du colonialisme, est qu’il obscurcit, rend caduque si vous préférez ce terme, les formes d’Histoire qui ont existé bien avant lui. Beaucoup de gens, en Inde, en Chine, en Iran, en Afrique, pensent que c’est leur rencontre avec l’Occident qui les a amené au monde moderne, que ce fut la première expérience multiculturelle avec le reste du monde, évidemment c’est faux. Si vous examinez le terme « Océan Indien » c’est un monde incroyablement riche, ou les gens d’Inde, de Chine, Asie du Sud-Est, Côte est de l’Afrique, du Golfe, interagirent sur une période de 6 ou 7 siècles.

En d’autres termes, bien avant que l’Inde, l’Iran, la Chine, même le Japon, rencontrent l’Occident, ils s’étaient déjà rencontrés, fréquentés. Dans des conditions infiniment plus hospitalières, moins oppressives que sous la domination coloniale.

Si je devais conclure dans le langage le plus simple, nous devons entre autre songer à oublier l’Occident. Nous devons avoir plus d’interactions et de dialogues, plutôt que d’inclure l’Occident dans ces dialogues .

Merci. »

Vinay Lal

Traduction : Karim Ramadan

OTAN : un nouveau concept pour survivre ?

27 oct

par Daniel Durand pour Relations internationales

À leur sommet de Strasbourg-Kehl, en avril 2009, les dirigeants des pays de l’Alliance Atlantique (OTAN) ont chargé le secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, de réunir un groupe d’experts qualifiés, issus d’horizons divers, afin de jeter les bases d’un nouveau concept stratégique pour l’OTAN. Ce groupe a présenté son rapport final intitulé ” OTAN 2020 : Une sécurité assurée ; un engagement dynamique” le 17 mai dernier.

« Nous avons appris que, souvent, la solution aux crises et aux conflits n’est pas uniquement militaire. Cela est vrai en Afghanistan, comme dans de nombreux autres conflits en cours. »

Une réunion des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des 28 pays de l’OTAN s’est tenue pour une discussion de ce document le 14 octobre à Bruxelles avant la discussion finale et l’adoption au sommet de Lisbonne qui se tiendra le 23 novembre 2010.

Officiellement, ce rapport présente quatre grandes missions militaires interdépendantes pour les dix ans à venir :

  1. « défendre contre toute menace d’agression » les pays membres,
  2. préparer des « capacités expéditionnaires pour des opérations militaires au-delà de la zone du traité », comme c’est le cas aujourd’hui en Afghanistan (autrement dit, ce qui était une exception avec l’intervention militaire hors zone de l’OTAN en Afghanistan, provoquée par les attentats du 11-Septembre, deviendrait la règle),
  3. coopérer avec d’autres partenaires dans le monde pour faire face aux nouvelles menaces (attaques informatiques, piraterie, prolifération balistique et nucléaire, menaces sur l’approvionnement énergétique, ex.le détroit d’Ormuz),
  4. aider à la formation de la police et de l’armée dans les pays les moins stables, comme l’OTAN le fait déjà en Afghanistan et en Irak.

Mais au-delà des intentions affichées, ce qui frappe dans ce rapport, est qu’il consacre un long début à une laborieuse justification de l’action de l’OTAN depuis soixante ans. Y perce une double crainte : celle des populations « qui doutent peut-être de son intérêt pour leur existence. Alors que l’OTAN est plus active que jamais, beaucoup en perçoivent moins bien l’utilité que par le passé. (…) l’Organisation pourrait perdre l’adhésion du public et le soutien financier dont elle a absolument besoin pour bien accomplir ses missions essentielles ». La seconde crainte est celle des gouvernements pris dans la crise financière mondiale : « les maux économiques pourraient détourner l’attention des besoins sécuritaires ; d’anciennes rivalités pourraient refaire surface ; et un déséquilibre entre les contributions militaires de certains membres et celles d’autres Alliés pourrait réellement être dommageable ». On peut y ajouter une troisème crainte exprimée de manière plus feutrée, notamment par des dirigeants de l’OTAN de l’Europe du Nord : voir les États-Unis mettre en cause l’utilité de l’Alliance pour leur politique nationale. Cela explique l’insistance du Secrétaire général de l’OTAN, le danois Rasmussen, à souligner qu’« Il est essentiel de préserver le rôle de l’Alliance en tant qu’unique pont transatlantique reliant ces deux régions du monde » et à réaffirmer que « nous partageons l’attachement aux objectifs fixés par le président Obama qui souhaite un monde exempt d’armes nucléaires », tout en ajoutant qu’« ensuite, il nous incombe toujours de dissuader les attaques visant nos citoyens, ce qui veut dire que, tant qu’il y aura des armes nucléaires dans le monde, l’OTAN doit en conserver elle aussi » !

Ce besoin de justifier l’existance de l’OTAN est évidemment accru par l’échec de celui-ci en Afghanistan et plus généralement, la démonstration faite de l’échec de toute solution de retour à une paix durable par des moyens uniquement ou prioritairement militaires. C’est dans ce contexte que le futur concept stratégique empile sans véritable hiérarchisation toute une série de menaces (ou de problèmes présentés comme des menaces) depuis les armes de destruction massives, le terrorisme, la cyber-criminalité, les incertitudes sur les sources d’approvisionnement énergétique notamment le pétrole. Ce sont ces menaces globalisées qui justifient cette affirmation « que la défense de notre territoire et de nos citoyens ne commence ni ne se termine à nos frontières. Son point de départ peut être Kandahar ou le cyberespace. L’OTAN doit pouvoir assurer une défense tous azimuts » ; la nécessité d’une présence étendue amène la notion de « bouclier » étendu avec la reprise du projet de création d’un système de défense antimissile otanien, destiné à protéger les populations. D’ailleurs, si le ministre français, Hervé Morin a maintenu ses ‘‘réserves’’, il a indiqué que la France ne bloquerait pas la décision de l’OTAN de lancer ce programme, tout en maintenant la préférence française pour le maintien de la place de l’arme nucléaire dans la stratégie de l’OTAN.

Cette vision d’un OTAN « pour tous, partout » se heurte à des réalités matérielles et politiques fortes. Comme je l’ai écrit auparavant, M. Rasmussen doit reconnaître que : « Nous avons appris que, souvent, la solution aux crises et aux conflits n’est pas uniquement militaire. Cela est vrai en Afghanistan, comme dans de nombreux autres conflits en cours » et surtout, que l’OTAN n’a peut-être pas les moyens de ses prétentions : « Lorsque notre dernier concept a été diffusé en 1999, l’OTAN pouvait encore (presque) atteindre ses objectifs avec ses seuls pays membres. Les pays partenaires étaient les bienvenus mais ils n’étaient pas essentiels. Cela n’est plus le cas ».

Face à ces contradictions, l’action de l’OTAN peut donc être influencée par le sentiment des gouvernements des pays membres, en fonction des réactions ou non de leurs opinions publiques.

Une dernière remarque : en lisant attentivement le rapport des experts sur le futur concept stratégique et le dernier discours de M. Rasmussen, devant le German Marshall Fund, à Bruxelles, on constate qu’un mot est complètement absent des deux textes : ce mot « tabou » est celui de Nations Unies ou de ONU. C’est peut-être là que le bât blesse le plus les dirigeants otaniens; Et si, une des leçons de la dernière décennie était qu’il ne peut y avoir de paix durable et de sécurité collective que placées sous l’égide réel des Nations Unies et de l’ensemble de la communauté internationale ? Que la paix ne peut se construire que sur la légitimité du droit international e td’une approche globale que seule, par définition, l’ONU possède, de par sa Charte constitutive ? Une des craintes de M. Rasmussen est peut-être que les dirigeants des États-Unis, déçus des résultats de l’OTAN, reconsidèrent d’un autre oeil les Nations Unies, que M. Bush junior avait méprisées et essayées d’écraser ?

Daniel Durand

Daniel Durand est chercheur en relations internationales et collaborateur de l’IDRP (Institut de Documentation et de Recherches sur la Paix).

Source : Relations internationales

Antisystème ? Bien sûr !

26 oct

par Josep Maria Antentas et Esther Vivas

À la suite des incidents du 29-S [1] à Barcelone, la critique contre les « antisystème » a inondé le débat dans les médias en associant, de façon réductrice et hors contexte, la notion d’ « antisystème » et la violence urbaine.

« L’indignation est un commencement. Une manière de se lever et de se mettre en route. On s’indigne, on s’insurge, et puis on voit. » Daniel Bensaïd

Sans lien commun avec cette image qu’on veut lui coller, la pratique au quotidien des « antisystème » se trouve dans les associations de quartier opposées à la spéculation immobilière, dans le syndicalisme alternatif, dans le militantisme contre le changement climatique, dans les forums sociaux, dans la défense du territoire face aux grandes infrastructures, dans les centres sociaux autogérés, dans la conception d’expériences de consommation alternative et dans le développement de la l’agriculture biologique, ou bien dans les tentatives d’ouvrir une brèche dans le système politique en promouvant des candidatures alternatives. Les mouvements sociaux alternatifs se déterminent comme étant des moteurs du changement social, ils élaborent des propositions novatrices et encouragent à de nouvelles formes de sociabilité, de pensée critique et de création artistique, en libérant la créativité humaine corsetée dans les routines quotidiennes.

Dans un contexte où la crédibilité et la légitimité du modèle économique actuel laisse les gens perplexes, et bien que les valeurs de ce modèle imprègnent profondément les consciences de ceux d’en bas, le pouvoir en place lutte pour éviter que le discrédit et le mal-être ne se transforment en mobilisation. Pour y parvenir il est nécessaire que les travailleurs pensent que cette mobilisation ne sert à rien et que tout est perdu d’avance. Et donc, les discours officiels serinent qu’il est impossible d’appliquer une autre politique, d’aller contre les marchés internationaux, que les réformes annoncées sont inévitables ; toutes les tentatives de faire passer le message médiatique décrivant le 29-S comme un échec ont un seul objectif : la démoralisation.

Il s’agit également de discréditer l’anticapitalisme émergent et les mouvements sociaux. Les tentatives de les criminaliser et de les stigmatiser sont prévues pour créer un gouffre infranchissable entre les minorités militantes et le gros des troupes des secteurs populaires. Nous l’avons vu au début du siècle au moment de l’essor du mouvement « antimondialisation » et nous pouvons le voir aujourd’hui en plein cœur des résistances à la crise.

Le sensationnalisme autour des violences le 29-S visait à discréditer directement la grève, dans le cas des milieux réactionnaires qui y étaient opposés, ou à discréditer les mouvements sociaux alternatifs, dans le cas de la gauche institutionnelle qui était favorable à l’appel mais contre une perspective de rupture avec l’ordre actuel des choses.

Le traitement médiatique de l’information sur les actions violentes lorsque celles-ci ont lieu dans des manifestations ou dans des actions de protestation, contraste fortement avec celui de la violence de toute sorte qui émane du pouvoir, la domination et l’exploitation du système actuel, qui ne saute pas souvent aux yeux et qui est installée. De fait, l’accent mis exagérément sur les dégâts occasionnés à des immeubles le jour de la grève sert à cacher les violences beaucoup plus graves portées, ce jour-là, sur des personnes ; tel que la répression policière contre les piquets de grève syndicaux et, surtout, les menaces patronales contre les travailleurs pour qu’ils ne participent pas à la grève.

Face à un système fermé et violent, incapable de satisfaire les besoins basiques de la majorité des êtres humains, responsable d’une crise écologique mondiale qui menace la survie même de l’espèce, nombreux sont ceux qui comme nous se considèrent antisystème, bien que nous ne voyons pas l’utilité d’user d’un concept, fabriqué par les mass-médias, à connotations nettement péjoratives. Si le système auquel nous sommes opposés est le capitalisme, il n’y a rien de mieux que de nous définir comme anticapitalistes.

Malgré son supposé caractère négatif, l’anticapitalisme, tel que nous l’entendons, débouche directement sur l’énoncé de propositions alternatives qui pointent vers un autre modèle de société. « L’indignation est un commencement. Une manière de se lever et de se mettre en route. On s’indigne, on s’insurge, et puis on voit », écrivait le philosophe français Daniel Bensaïd. Du premier refus de l’existant on passe ensuite à la défense d’une logique opposée à celle du capital et de la domination.

Les limites du terme sont, en quelque sorte, les limites de la période actuelle, restreinte encore à la résistance et à la (re)construction, marquée par la difficulté d’exprimer une perspective stratégique dans le positif et pour affirmer, autant une perspective révolutionnaire de transformation, qu’un horizon alternatif de société. Les grands concepts de l’histoire du mouvement ouvrier, comme « socialisme » ou « communisme », ont aujourd’hui une signification équivoque à cause de l’échec des projets émancipateurs du XXème siècle. On a encore besoin de nouvelles expériences fondatrices pour imposer de nouveaux termes ou récupérer les anciens.

Vue la manière dont va le monde, l’anticapitalisme est aujourd’hui un pari parfaitement raisonnable et un véritable impératif moral et stratégique. Ce ne sont pas les « antisystème » qui doivent se justifier, mais plutôt aux « pro-système » de le faire. « On ne peut pas rester neutre dans un train lancé à toute vitesse », nous rappelait l’historien Howard Zinn dans son autobiographie, et encore moins dans un train qui se dirige vers un précipice comme le fait l’humanité, pour reprendre la métaphore lucide de Walter Benjamin. Il faut choisir entre deux logiques antagoniques, celle de la concurrence et du tous contre tous ou celle des biens communs et de la solidarité. Tel est le dilemme posé par les mouvements anticapitalistes et anti-systémiques d’aujourd’hui.

Josep Maria Antentas et Esther Vivas

Josep Maria Antentas et Esther Vivas sont membres de Izquierda anticapitalista (Gauche anticapitaliste, Etat espagnol) et auteurs de “Resistencias Globales. De Seattle a la crisis de Wall Street” (Editorial Popular, 2009). Article publié dans Público, 15/10/2010., traduit de l’espagnol pour Esteban G. et Fausto Giudice. | Tlaxcala, le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique.

Note

[1] Le 29-S : Jour de grève générale, le 29 septembre 2010 en Espagne, suivie par 10 millions de personnes dont 1,5 millions de manifestants contre les mesures antisociales du gouvernement Zapatero.

+ info : http://esthervivas.wordpress.com/fr

Source : Le Grand Soir

Les Emirats Arabes Unis inaugurent une base navale à l’Est du détroit d’Ormuz

26 oct

par Vincent Eiffling pour Chroniques Persanes

Les Emirats Arabes Unis viennent d’inaugurer (le 20 octobre) une nouvelle base navale, située sur leur côte Est, face au Golfe d’Oman, afin de sécuriser leurs exportations pétrolières. Actuellement, pratiquement toutes les exportations pétrolières des quatre plus importants producteurs de l’OPEP traversent le détroit d’Ormuz.

Cette nouvelle base se situe à Fujairah et vise à sécuriser le futur terminal pétrolier qui devrait y voir le jour dans un futur proche. Deux pipelines – l’un pour le gaz, l’un pour le pétrole – devant relier Abu Dhabi à Fujairah sont également en projet.

L’objectif stratégique de ces projets énergétiques et de cette nouvelle base navale est de parvenir à maintenir les exportations des EAU en cas de conflit armé avec l’Iran. Téhéran n’a en effet pas caché son intention de bloquer le détroit d’Ormuz – par lequel transite chaque année plus de 50 % des exportations mondiales de pétrole – s’il devait être victime d’une attaque préventive de la part d’Israël ou des Etats-Unis. En effet, situé à l’Est du détroit d’Ormuz, le futur terminal de Fujairah devrait permettre aux EAU de sauvegarder leur économie dans un pareil scénario.

Outre cette mesure, il convient de ne pas oublier que les Occidentaux sont présents en nombre dans le Golfe, qu’il s’agisse des Américains (présence de la 5ème flotte de l’U.S. Navy à Manama – Bahreïn) ou plus récemment de la France, avec la nouvelle base de Paris elle aussi située aux EAU, afin de veiller à la liberté de transit à travers le détroit d’Ormuz.

Vincent Eiffling

Source : Chroniques Persanes

Le côté obscur de l’histoire des États-Unis

25 oct
par Peter Dale Scott et Robert Parry pour AlterNet

« Contre-insurrection » et « Guerre psychologique »

Note de l’éditeur : Beaucoup d’Etasuniens voient leur pays et leurs soldats comme les « bons » qui propagent la « démocratie » et la « liberté » dans le monde entier. Quand les Etats-Unis infligent mort et destruction inutile, cela est vu comme une erreur ou une aberration. Dans l’article suivant, Peter Dale Scott et Robert Parry examinent la longue histoire de ces actes de brutalité, une trajectoire qui suggère qu’il ne s’agit pas d’une « erreur » ou d’une « aberration », mais plutôt d’une doctrine plutôt consciente de contre-insurrection par le « côté obscur ».

« Les Etats-Unis, pendant des générations, ont maintenu deux formes de pensée parallèles mais opposées sur les atrocités militaires et les droits de l’homme : l’une, d’une bienveillance étasunienne, en général soutenue par le public, et l’autre de la brutalité dans laquelle la fin justifie les moyens, embrassée par les spécialistes de la contre-insurrection. »

Il y a un fil obscur – rarement reconnu – qui parcourt la doctrine militaire des Etats-Unis, qui provient des premiers jours de la République.

Cette tradition militaire a explicitement défendu l’usage sélectif de la terreur, que ce soit dans la répression de la résistance des américains natifs aux frontières du XIXe Siècle, dans la protection d’intérêts étasuniens à l’étranger au XXe Siècle, ou dans « une guerre contre la terreur » pendant la dernière décennie.

Une grande partie du peuple étasunien ne prend pas en compte cette tradition occulte parce que la plupart de la littérature qui défend la terreur soutenue par l’État se limite soigneusement aux cercles de sécurité nationale et elle s’étend rarement au débat public, qui est dominé par des messages de bon ton sur les interventions bien intentionnées des États-Unis à l’étranger.

Pendant des décennies, des enquêtes du Congrès et de journalistes ont mis en lumière certains de ces abus. Mais quand cela arrive, généralement les dossiers sont considérés comme des anomalies ou des excès de soldats hors contrôle.

Mais la documentation historique montre que les tactiques de terreur sont depuis pas mal de temps le côté obscur de la doctrine militaire des États-Unis. Les théories demeurent toujours dans les manuels sur la guerre de contre-insurrection, les conflits « de basse intensité » et le « contre-terrorisme ».

Quelques historiens datent l’acceptation formelle de ces doctrines brutales aux années 1860 quand l’armée des États-Unis affrontait le Sud rebelle et la résistance des Américains natifs à l’ouest. De ces crises, a émergé le concept militaire moderne de la « guerre totale » qui inclut des attaques contre les civils et l’infrastructure économique comme une partie intégrale d’une stratégie victorieuse.

En 1864, le général William Tecumseh Sherman a laissé une trace de destruction sur un territoire civil en Géorgie et en Caroline. Son plan était de détruire la volonté de combattre du Sud et sa capacité de maintenir une grande armée sur le terrain. La dévastation a incendié des plantations et a généré les plaintes généralisées de la Confédération sur des viols et des assassinats de civils.

Pendant ce temps, dans le Colorado, le colonel John M. Chivington et la Troisième Cavalerie du Colorado employaient ses propres tactiques de terreur pour pacifier les cheyennes. Un explorateur appelé John Smith a décrit par la suite l’attaque par surprise à Sand Creek, Colorado, contre des Indiens pris au dépourvu dans un campement pacifique.

« Ils ont été scalpés ; leurs cerveaux vidés ; les hommes ont utilisé leurs couteaux, ils ont étripé les femmes, ils ont battu les petits enfants, ils les ont frappés sur la tête avec leurs fusils, ils ont vidé leurs cerveaux par les coups, ils ont mutilé leurs corps dans tous les sens du mot. » [Congrès des EU, Sénat, 39 eme Congrès, 2eme séance, « The Chivington Massacre, des Rapports of the Committees ».]

Bien que l’objectivité de Smith fût controversée à l’époque, même des défenseurs de l’incursion de Sand Creek acceptent que la majorité des femmes et des enfants fut assassiné et mutilée. (Voir : lieutenant colonel William R. Dunn, I Stand by Sand Creek.]

Cependant, en 1860, de nombreux blancs du Colorado ont considéré le massacre comme l’unique chemin réaliste pour obtenir la paix, comme Sherman a considéré que sa « marche vers la mer » était nécessaire pour imposer la reddition au Sud.

Les tactiques brutales de l’[Far]Ouest ont aussi aidé à aplanir le chemin pour le chemin de fer transcontinental, ont créé des fortunes pour les hommes d’affaires favorisés et ont consolidé le pouvoir politique républicain pendant plus de six décennies, jusqu’à la Grande Dépression des années trente. [Voir : « Indian Genocide and Republican Power », Consortiumnews.com]

Quatre ans après la Guerre civile, Sherman est devenu commandant général de l’armée et a intégré les stratégies de pacification des Indiens – ainsi que ses propres tactiques – à la doctrine militaire des États-Unis. Le général Philip H. Sheridan, qui avait dirigé les guerres contre les Indiens sur le territoire du Missouri, a succédé à Sherman en 1883 et a encore plus enraciné ces stratégies dans la politique. [Voir : « Ward Churchill, A Little Matter of Genocide. »]

À la fin du XIXe Siècle, les guerriers américains natifs avaient été vaincus, mais les stratégies victorieuses de l’armée ont continué d’exister.

États-Unis impériaux

Quand les États-Unis ont revendiqué la conquête des Philippines dans la guerre hispano-étasunienne, les insurgés philippins ont résisté. En 1900, le commandant étasunien, le général J. Franklin Bell, a consciemment modelé sa campagne brutale de contre-insurrection comme les guerres indiennes et « la marche à la mer » de Sherman.

Bell croyait que, après avoir écrasé les Philippins les plus riches grâce à la destruction de leurs maisons – comme Sherman l’avait fait au Sud – Ils se trouveraient obligés d’aider à convaincre leurs compatriotes pour qu’ils se soumissent.

Apprenant des « guerres indiennes » il a aussi isolé les groupes de guérilleros en obligeant les Philippins à aller dans des zones strictement contrôlées où des écoles et d’autres installations sociales ont été construites.

« Toute la population en dehors des villes principales à Batangas a été dirigée vers des camps de concentration », a écrit l’historien Stuart Creighton Miller. « L’objectif principal de Bell fut les classes les plus nanties et mieux élevées … Comme si ce n’était pas assez, Bell a fait que ces gens transportent le pétrole utilisé pour brûler leurs propres maisons de campagne. »[Voir : « Benevolent Assimilation » de Miller.]

« Bien que les moyens fussent gravement déshonorants, on peut dire que nous jouissons des fruits de la stabilité géopolitique de cette partie importante de l’Asie, de la révolution qui n’a jamais eu lieu. »

Pour ceux qui étaient en dehors des zones protégées, la terreur a prévalu. Le correspondant favorable a décrit une scène dans laquelle des soldats étasuniens ont tué « des hommes, des femmes, des enfants … à partir de 10 ans et plus, puisque prévalait l’idée que le Philippin, tel quel, était un peu moins qu’un chien … »

« Nos soldats ont introduit de l’eau salée dans les hommes, ‘pour les faire parler’, ils ont emprisonné les gens qui levaient les mains et qui se rendaient pacifiquement, et une heure après, sans un atome de preuve montrant qu’ils étaient des insurgés, ils les ont planté sur un pont et ils les ont tué un à un par coup de feu, pour qu’ils tombent dans l’eau et flottent comme exemple pour ceux qui trouvaient ces corps criblés de balles. »

Pour défendre ces tactiques, le correspondant souligne que « ce n’est pas une guerre civilisée, mais nous n’avons pas à faire à des gens civilisés. L’unique chose qu’ils connaissent et dont ils ont peur est la force, la violence et la brutalité. » [Philadelphia Ledger, le 19 novembre 1900]

En 1901, des anti-impérialistes au Congrès sont sortis à la lumière et ont dénoncé les tactiques brutales de Bell. Cependant, les stratégies de Bell ont été acclamées par les militaires comme une méthode raffinée de pacification.

Dans un livre de 1973, un historien militaire favorable à Bell, John Morgan Gates, a qualifié d’ « exagérés « les rapports sur ces atrocités et a salué « une compréhension excellente de Bell du rôle de la bienveillance dans la pacification ».

Gates a rappelé que la campagne de Bell au Batanga a été considérée par des stratèges militaires comme une pacification « dans sa forme la plus perfectionnée ». [Voir : « Schoolbooks and Krags : The United States Army in the Philippines, 1898-1902 de Gates ».]

Ils propagent la méthodologie

Au début du siècle, la méthodologie de pacification a aussi été un cliché populaire parmi les puissances coloniales européennes. De la Namibie à l’Indochine, les Européens ont eu des difficultés pour soumettre les populations locales.

Souvent le massacre sans limites a donné des résultats, comme les Allemands l’ont démontré avec les massacres de la tribu Herrero en Namibie entre 1904 et 1907. Mais les stratèges militaires ont souvent comparé leurs notes sur des techniques plus subtiles de terreur sélective combinée avec des manifestations de bienveillance.

Les stratégies de contre-insurrection sont revenues à la mode après la Deuxième Guerre mondiale quand de nombreux peuples opprimés ont exigé une indépendance du régime colonial et que Washington s’est préoccupé de l’expansion du communisme. Dans les années cinquante, la rébellion Huk contre la domination des États-Unis a recommencé à transformer les Philippines en laboratoire, et ils se sont clairement rappelé les leçons passées de Bell.

« Ce n’est pas une guerre civilisée, mais nous n’avons pas à faire à des gens civilisés. L’unique chose qu’ils connaissent et dont ils ont peur est la force, la violence et la brutalité. »

« La campagne contre le mouvement Huk aux Philippines … s’est considérablement ressemblée à la campagne américaine de presque 50 ans avant », a remarqué l’historien Gates.« L’objectif américain vers le problème de la pacification avait été étudié ». 

Mais la guerre contre les Huk a eu quelques nouveaux objectifs, particulièrement le concept moderne de la guerre psychologique ou psy-war.

En suivant les stratégies pionnières du général de division de la CIA, général Edward G. Lansdale, la guerre psychologique a été un nouveau tour de l’ancien jeu de briser la volonté d’une population cible. L’idée était d’analyser les faiblesses psychologiques d’un peuple et de développer des « sujets » qu’ils puissent induire des actions favorables à ceux qui réalisaient l’opération.

Bien que la guerre psychologique inclût la propagande et la désinformation, elle était aussi basée sur des tactiques de terreur de nature démonstrative. Un pamphlet de la guerre psychologique de l’armée, qui est basé sur l’expérience de Lansdale aux Philippines, défendait « la violence criminelle exemplaire – l’assassinat et la mutilation de captifs et l’exhibition de leurs corps », selon « Instruments of Statecraft » de Michael McClintock.

Dans ses mémoires, Lansdale s’est vanté d’un truc légendaire de la guerre psychologique utilisé contre les Huk, qui étaient considérés superstitieux et peureux d’une créature similaire à un vampire appelée asuang.

« L’escadron de la guerre psychologique montait une embuscade le long d’un sentier utilisé par les Huk », a écrit Lansdale.

« Quand une patrouille Huk apparaissait par le sentier, les participants à l’embuscade capturaient le dernier homme de la patrouille, sans que leur action ne fût détectée dans l’obscurité de la nuit. Ils perforaient deux trous dans son cou, comme si cela avait été un vampire, soutenaient le corps par les pieds, le vidaient d’un sang, et replacaient le cadavre dans le sentier. »

« Quand les Huk revenaient chercher le disparu et trouvaient leur compagnon saigné à blanc, tous les membres de la patrouille croyaient que l’asuang en avait fini avec lui. » [Voir : « In the midst of wars de Lansdale ».]

La rébellion Huk fut aussi témoin du perfectionnement des zones de libre feu, une technique utilisée effectivement par les forces de Bell un demi-siècle avant. Dans les années cinquante, ils ont assigné des escadrons spéciaux pour faire le sale travail.

« La tactique spéciale de ces escadrons était de clôturer des zones ; tous ceux qui se trouvaient dans celles-ci étaient considérés comme ennemi », a expliqué un colonel philippin favorable aux États-Unis « Presque tous les jours on trouvait des corps flottant dans la rivière, plusieurs d’eux étaient des victimes de l’Unité Nenita du major [Napoléon] Valeriano » [Voir : « The Huk Rebellion : À Study of Peasant Revolt in the Philippines de Benedict J. Kerkvliet. »]

Vers le Viêt-Nam

La répression heureuse des Huk a mené les architectes de la guerre à partager leurs leçons dans d’autres endroits en Asie et au delà. Valeriano a été coauteur d’un important manuel étasunien sur la contre-insurrection et a fait partie de l’effort de pacification étasunienne au Viêt-Nam, avec Lansdale.

En suivant le modèle philippin, les Vietnamiens ont été entassés dans des « villages stratégiques » ; déclarées « zones de libre feu », les maisons et les cultures ont été détruites ; et le programme Phoenix a éliminé des milliers de cadres présumés Vietcong.

Les stratégies implacables ont été absorbées et acceptées, même par des personnages militaires amplement respectés, comme le général Colin Powell qui a servi deux fois au Viêt-Nam et a appuyé la pratique routinière d’assassiner des hommes vietnamiens comme une partie nécessaire de l’effort de contre-insurrection.

« Je me rappelle une phrase que nous utilisons sur le terrain, MAM, pour military-age male [homme en âge militaire] » a écrit Powell dans ses mémoires si saluées My American Journey.

« Si un hélico [hélicoptère étasunien] voyait un paysan avec des pyjamas noirs qui paressait suspect, un MAM possible, le pilote tournait et tirait face à lui. S’il bougeait, son mouvement était jugé comme une intention évidente hostile, et la bordée suivante n’était pas lancée en face de lui, mais contre sa personne. »

« Brutal ? Peut-être. Mais un commandant de bataillon très capable avec qui j’avais servi dans la Gelnhausen [Allemagne de l’Ouest], le lieutenant colonel Walter Pritchard, est mort par le feu de francs-tireurs ennemis pendant qu’il observait des MAMs depuis son hélicoptère. Et Pritchard fut un parmi bien d’autres. La nature du tuer ou mourir au combat tend à émousser des perceptions fines du bien et mal. »

En 1965, la communauté des renseignements des États-Unis a formalisé ses leçons apprises de contre-insurrection de la pire façon, en établissant un programme de secret maximum appelé Project X. Basé au Centre et à l’École d’Intelligence de l’Armée des États-Unis à Fort Holabird, dans le Maryland, le projet a été basé sur une expérience sur le terrain et a développé des plans de formation pour « fournir un entraînement en intelligence à des pays étrangers amis », selon un rapport du Pentagone préparé en 1991 et publié en 1997.

Appelé « guide pour la conduite d’opérations clandestines », le « Project X » a été utilisé par l’École d’Intelligence des États-Unis à Okinawa pour entraîner pour la première fois des Vietnamiens et, peut-être, « d’autres étrangers », signale le rapport.

Linda Matthews, de la Division de Contre-espionnage du Pentagone, a rappelé qu’en 1967-68 une partie du matériel d’entraînement du Project X a été préparé par des employés en liaison avec le programme Phoenix. « Elle a suggéré la possibilité qu’une partie du matériel délictueux du programme Phoenix ait pu être intégrée aux matériels du Project X à l’époque », dit le rapport du Pentagone.

Dans les années soixante-dix, le Centre et l’École d’Intelligence de l’Armée des États-Unis ont déménagé à Fort Huachuca en Arizona et ont commencé à exporter du matériel du Project X aux groupes d’aide militaire des États-Unis qui travaillaient avec « des pays étrangers amis ». Vers le milieu des années soixante-dix, du matériel du Project X arrivait à des armées dans le monde entier .

Dans son étude de 1992, le Pentagone a reconnu que le Project X a été la source de nombreuses leçons « réprouvables » de l’École des Amériques, où des Officiers Latinoaméricains ont été entraînés aux chantages, séquestrations, assassinats et espionnage contre des adversaires politiques non violents.

Mais la révélation de toute l’histoire a été bloquée juste à la fin du premier gouvernement Bush, quand les hauts fonctionnaires du Pentagone qui travaillaient pour le secrétaire de la Défense de l’époque Dick Cheney, ont ordonné la destruction de la plupart des fichiers du Project X. [Voir : « Lost History » de Robert Parry.]

Une vie dangereuse

Vers le milieu des années soixante-dix, une partie des leçons étasuniennes de contre-insurrection était aussi arrivée en Indonésie. L’entraînement militaire des États-Unis a été rapide, parce que Washington considérait que le leader neutraliste Sukarno était politiquement suspect. L’entraînement fut permis uniquement pour faciliter l’influence des États-Unis sur les forces armées indonésiennes qui étaient considérées plus fiables.

L’aide étasunienne et l’entraînement ont consisté presque entièrement en « action civique » de nature inoffensive, ce qu’on pense en général consiste à la construction de routes, à la fourniture de personnel de cliniques de santé et à la réalisation d’autres activités « de cœurs et d’esprits » avec des civils. Mais l’ « action civique » a aussi servi de couverture en Indonésie, comme aux Philippines et au Viêt-Nam, à la guerre psychologique.

Les connexions secrètes militaires entre les États-Unis et l’Indonésie ont eu leur compensation pour Washington quand a éclaté une crise politique, qui menaçait le gouvernement de Sukarno.

Pour contrer le puissant Parti Communiste d’Indonésie, connu comme PKI, les Bérets Rouges de l’armée ont organisé le massacre de dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Les nombreux corps qui ont été jetés dans les rivières de la Java Orientale les ont teintées de sang.

« J’ai probablement beaucoup de sang sur mes mains, mais ce n’est pas si mauvais. Il y a un temps où il faut frapper fort à un moment décisif. »

Dans une classique tactique de guerre psychologique les cadavres gonflés ont aussi servi d’avertissement politique aux villages en aval.

« Pour assurer qu’ils ne coulaient pas, les cadavres ont été délibérément attachés ou empalés avec un pieu en bambou », a écrit le témoin oculaire Pipit Rochijat. « Et le départ des cadavres de la région Kediri par le Brantas a atteint son âge d’or quand les corps ont été entassés dans les radeaux sur lesquels ondoyaient orgueilleusement le drapeau du PKI ». [Voir : « Am I PKI or Non-PKI ? » de Rochijat, Indonésie, octobre 1985.]

Quelques historiens ont attribué la violence grotesque à une armée démente qui s’est lancée dans une « brutalité non planifiée » ou dans une « hystérie massive » qui a finalement conduit au massacre de près d’un million et demi d’indonésiens, plusieurs d’entre eux d’origine chinoise.

Mais la tactique répétée de mettre des corps en exhibition insupportable s’adapte aussi aux doctrines militaires de guerre psychologique [psy-war], mots que l’un des principaux assassins militaires a utilisés de façon non traduite pour ordonner l’élimination du PKI.

Sarwo Edhie, chef du bataillon para-commando politique connu comme les Bérets Rouges, a remarqué que « il ne faut pas donner l’occasion de se concentrer/consolider » à l’opposition communiste. « Elle doit systématiquement être repoussée par tous les moyens, y compris la guerre psychologique ». [Voir : « The Revolt of the G30S/PKI and Its Suppression » traduit par Robert Cribb dans The Indonesian Killingsr]

Sarwo Edhie avait été identifié comme contact de la CIA quand il a servi à l’ambassade indonésienne en Australie. [Voir : « Pacific, mai - juin 1968 ».]

Sympathie dans les médias des Etats-Unis

La réaction de l’élite des Etats-Unis devant l’horrible massacre fut et continue à être ambivalente depuis ce temps-là. Le gouvernement de Johnson a nié toute responsabilité dans les massacres, mais le journaliste du New York Times, James Reston, a parlé pour beaucoup de leaders d’opinion quand il a favorablement qualifié les événements sanglants en Indonésie de « rayon de lumière en Asie ».

Les démentis étasuniens quant à leur participation se sont maintenus jusqu’à 1990 quand des diplomates des États-Unis ont admis devant un journaliste qu’ils avaient aidé l’armée indonésienne grâce à la fourniture de listes de communistes présumés.

« C’était réellement une grande aide pour l’armée », a dit le fonctionnaire de l’ambassade Robert Martens à Kathy Kadane de States News Service.« J’ai probablement beaucoup de sang sur mes mains, mais ce n’est pas si mauvais. Il y a un temps où il faut frapper fort à un moment décisif ». Martens avait dirigé l’équipe des États-Unis qui ont établi les listes de la mort.

L’histoire de Kadane a provoqué une réaction significative de l’auteur confirmé des éditoriaux du Washington Post, Stephen S. Rosenfeld. Il a accepté le fait que des fonctionnaires des Etats-Unis ont aidé « cet épouvantable massacre », mais ensuite il a justifié les assassinats.

Rosenfeld a argumenté que le massacre « fut, et continue d’être amplement considéré comme la chance sombre mais méritée d’un parti révolutionnaire conspirateur que représentait le même monstre communiste qui était en marche au Viêt-Nam ».

Dans une colonne intitulée : « L’Indonésie 1965 : L’année pour vivre cyniquement ? » Rosenfeld a justifié que « ou l’armée liquidait les communistes, ou les communistes liquidaient l’armée », on pensait : L’Indonésie était un domino, et la fin du PKI a maintenu l’Indonésie dans le monde libre …

« Bien que les moyens fussent gravement déshonorants, on peut dire que nous –les exigeants ainsi que les obstinés et les cyniques – jouissons des fruits de la stabilité géopolitique de cette partie importante de l’Asie, de la révolution qui n’a jamais eu lieu ». [Washington Post, 13 juillet 1990]

Cependant, le goût fut beaucoup plus amer pour les peuples de l’archipel indonésien. En 1975, l’armée du nouveau dictateur de l’Indonésie, le général Suharto, a envahi l’ancienne colonie portugaise du Timor Oriental. Quand les timorais orientaux ont offert de la résistance, l’armée indonésienne est revenue aux atrocités habituelles et a lancé un vrai génocide contre la population.

Un missionnaire catholique a fourni un témoignage direct d’une mission de recherche et de destruction au Timor Oriental en 1981.

« Nous avons vu de nos propres yeux le massacre de gens qui se rendaient : tous morts, y compris femmes et enfants, même les plus petits … ils n’ont même pas sauvé les femmes enceintes : elles ont été étripées … Ils ont fait la même chose qu’ils avaient fait aux petits enfants l’année précédente, ils les ont saisis par les jambes et ont frappé leurs têtes contre des roches …

« Les commentaires d’officiers indonésiens révèlent la qualité morale de cette armée : « Nous avons fait pareil [qu’en 1965] à Java, Bornéo, Célèbes, Irian Jaya, et cela a donné des résultats » ». [Voir : “East Timor : Land of Hope” d’A. Barbedo de Magalhaes.]

Les références au succès du massacre de 1965 n’ont pas été rares. Dans Timor : « A People Betrayed », l’auteur James Dunn a remarqué que « du côté indonésien, il y a eu de nombreux rapports selon lesquels beaucoup de soldats ont vu leur opération comme une phase de plus dans la campagne pour éliminer le communisme qui est venu après les événements de septembre 1965 ».

Les stratégies classiques de guerre psychologique et de pacification ont été inconditionnellement suivies au Timor Oriental. Les Indonésiens ont exhibé des cadavres et les têtes de leurs victimes. Les timorais ont aussi été dirigés vers des camps contrôlés par le gouvernement avant d’être repositionnés d’une manière permanente dans des « villages de réimplantation » loin de leur maison .

« Le problème est que les gens sont obligés à vivre dans ces installations et qu’on ne leur permet pas de voyager dehors, » a dit monseigneur Costa Lopes, administrateur apostolique de Dili.« C’est le motif principal pouruoi les gens ne peuvent pas cultiver assez d’aliments. » [Voir :« Indonesia’s Forgotten War : The Hidden History of East Timor » de John G. Taylor.]

Une aversion publique

À travers la télévision dans les années soixante et soixante-dix, la Guerre du Viêt-Nam a fini par rapprocher les horreurs de la contre-insurrection de millions d’Etasuniens. Ils ont vu comment des soldats des Etats-Unis incendiaient des villages et obligeaient des vieilles désespérées à abandonner leurs foyers ancestraux.

Des équipes de chasseurs d’images ont gravé dans des films les interrogatoires brutaux de Vietcong présumés, l’exécution d’un jeune officier Viêt-Cong, et le bombardement d’enfants avec du napalm.

En effet, la Guerre du Viêt-Nam fut la première fois que les Etasuniens sont arrivés à être au courant des stratégies de pacification qui avaient été développées en secret comme politique de sécurité nationale dès le XIXe Siècle. Résultat, des millions d’Etasuniens ont protesté contre la conduite de la guerre et le Congrès a imposé tardivement en 1974 la fin de la participation des Etats-Unis.

Mais les débats doctrinaires de la guerre psychologique n’ont pas été résolus par la Guerre du Viêt-Nam. Les défenseurs de la contre-insurrection se sont regroupés dans les années quatre-vingts derrière le président Ronald Reagan qui a monté une défense enthousiaste de l’intervention au Viêt-Nam et a réaffirmé la décision d’Etats-Unis d’employer des tactiques similaires contre des forces gauchistes, surtout en Amérique Centrale. [Voir : « Guatemala : A Test Tube for Repression », de Consortiumnews.com.]

Reagan a aussi ajouté un nouveau composant important au mélange. En reconnaissant que les images et les rapports honnêtes de la zone de guerre avait affaibli l’appui public pour la contre-insurrection au Viêt-Nam, Reagan a autorisé une opération intérieure agressive de « diplomatie publique » qui correspond à ce qui a été appelé « gestion de la perception » – en effet, l’intimidation de journalistes pour assurer que seule l’information épurée arrivait au peuple étasunien.

Les journalistes qui ont révélé les atrocités des forces entraînées par les Etats-Unis, comme le massacre El Mozote par le bataillon Atlacatl au Salvador en 1981, ont été durement critiqués et leurs carrières bloquées.

Quelques opérateurs de Reagan ne se sont pas montrés timides au sujet de sa défense de la terreur politique comme nécessité de la Guerre Froide. Neil Livingstone, consultant en contre-terrorisme du Conseil National de Sécurité, a qualifié les escadrons de la mort « d’un instrument extrêmement efficient, aussi odieux qu’ il est, dans le combat contre le terrorisme et les défis révolutionnaires ». [Voir : « Instruments of Statecraft » de McClintock.]

Quand les démocrates au Congrès ont protesté contre les excès des interventions de Reagan en Amérique Centrale, le gouvernement a réagi avec plus de pression dans les relations publiques et politiques, en mettant en cause le patriotisme des critiques. Par exemple, l’ambassadrice de Reagan aux Nations Unies, Jeane Kirkpatrick, a accusé tous ceux qui prêtaient attention aux crimes appuyés par les Etats-Unis « d’accuser d’abord les Etats-Unis ».

Beaucoup de démocrates au Congrès et de journalistes dans le milieu de la presse de Washington se sont pliés devant les attaques, en donnant beaucoup de liberté au gouvernement de Reagan pour mener les stratégies brutales « des escadrons de la mort » au Salvador, en Honduras, au Guatemala et Nicaragua.

Ce qui reste clair dans ces expériences en Indonésie, au Viêt-Nam, en Amérique Centrale et dans d’autres endroits, c’est que les Etats-Unis, pendant des générations, ont maintenu deux formes de pensée parallèles mais opposées sur les atrocités militaires et les droits de l’homme : l’une, d’une bienveillance étasunienne, en général soutenue par le public, et l’autre de la brutalité dans laquelle la fin justifie les moyens, embrassée par les spécialistes de la contre-insurrection.

Normalement les spécialistes mènent leurs actions dans des endroits lointains, sans que la presse nationale informe beaucoup sur le sujet. Mais parfois les deux visions en concurrence – d’un Etats-Unis juste et de l’autre implacable – se heurtent ouvertement, comment c’est arrivé avec le Viêt-Nam.

Ou le côté obscur de la politique de sécurité des Etats-Unis est sorti à la lumière par des exfiltrations non autorisées, comme les photos de détenus abusés dans la prison Abu Ghraib en Irak, ou par des révélations sur waterboarding [asphyxie avec de l’eau] et d’autres tortures autorisées par la Maison Blanche de George W. Bush comme faisant partie « de la guerre contre la terreur ».

Alors seulement le public arrive à avoir une idée de la réalité atroce, des tactiques sanglantes et brutales qui ont été considérées « nécessaires » pendant plus de deux siècles pour défendre des supposés « intérêts nationaux ».

Peter Dale Scott et Robert Parry

Peter Dale Scott est un écrivain et poète dont les livres se sont concentrés sur la « politique occulte », « l’intersection d’économie, de criminalité et de sécurité nationale ». « Nouvel ordre mondial ou nouveau désordre mondial » (en français). (Pour plus d’information, voyez http://www.peterdalescott.net/)

à lire également sur le même sujet :

- Les fanatiques de la guerre

- « Du sang sur nos mains »

- Les tueurs secrets

- Chronologie des interventions américaines dans le monde

Article original : Surprise — The Very Dark Side of U.S. History, le 8 octobre 2010

Traduction : Estelle et Carlos Debiasi pour « El Correo ».

Source : Mondialisation.ca

Zapping : la tentation fasciste (vidéo)

23 oct

L’Europe brunit…

à voir également sur le même thème :

- Soleil Noir : arrière-plan mythologique du nazisme

- Europe : Ascenseur pour les fachos

 

Un taxi pour l’enfer (vidéo)

22 oct

Synopsis Cinémotions : De Bagram à la prison d’Abou Ghraib en Irak, puis à Guantanamo, le réalisateur démontre que les mauvais traitements et les humiliations infligés aux détenus n’étaient pas le fait de “quelques pommes pourries” selon l’expression du ministre de la Défense d’alors, Donald Rumsfeld. Divisé en de nombreux chapitres, Un taxi pour l’enfer quadrille implacablement le sujet, partant des images chocs prises à Abou Ghraib par les tortionnaires eux-mêmes pour détailler les sévices mis au point par la CIA lors de certains interrogratoires, dont le “waterboarding” (asphyxie par l’eau), pratiqué pour extorquer des aveux aux suspects dans la prison de Guantanamo. Des faits que le gouvernement du président Bush a aggravé en cherchant à justifier l’usage de la torture selon les circonstances, puis en remettant en cause la convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre, que le chef de l’État lui-même a qualifié de “vague” et “sujette à interprétation“. Cette enquête d’un citoyen en colère jette un voile sombre sur un État qui, plus que jamais, prétend défendre la démocratie dans le monde.

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De l’arrogance à l’inquiétude

21 oct

par François Danjou pour Question Chine

Assurément la manière dont les Occidentaux et nombre de pays asiatiques perçoivent la Chine est en train de changer. Après un cycle positif commencé au milieu des années 90 et qui a pris fin en 2009, les commentaires sur la Chine s’aigrissent à nouveau. Pékin n’y est pas insensible et réagit à sa manière, tandis que se dessine un débat interne sur les risques et limites des ambitions chinoises.

« Les puissances héritières de l’après guerre acceptent de plus en plus mal le surgissement du colosse chinois en quête de cibles pour ses investissements, avide de ressources, de marchés et d’influence dans un monde, à bien des égards, toujours calibré à l’aune des intérêts occidentaux. »

La période précédente (1995 – 2009) n’était certes pas exempte de controverses sur le déficit commercial, les droits de l’homme, la prolifération, la question de Taïwan, le Tibet, le Dalai Lama, le budget militaire ou les ambitions stratégiques chinoises. Mais la tonalité générale de l’époque, marquée par l’entrée de la Chine à l’OMC et l’organisation des JO restait à la fois pragmatique, patiente et raisonnablement sereine, sous tendue par les espoirs du « grand marché », et la conviction que Pékin se coulerait docilement dans le moule du monde développé aux références essentiellement occidentales.

Les turbulences de la crise financière mondiale, dont la Chine a émergé avec un profil international renforcé, également ponctuée par les agacements réciproques de l’échec de Copenhague et les atermoiements chinois sur la valeur de sa monnaie, ont changé la donne. L’heure n’est plus à « l’harmonie des relations internationales », clamée par Pékin et, plus ou moins sincèrement, entérinée par les Etats-Unis et l’Europe qui disaient « accompagner la montée en puissance pacifique de la Chine ».

Les lourdes méfiances réciproques sont de retour, ponctuées par les discours à l’emporte pièce sur « l’arrogance chinoise », dans un contexte où les puissances héritières de l’après guerre acceptent de plus en plus mal le surgissement du colosse chinois en quête de cibles pour ses investissements, avide de ressources, de marchés et d’influence dans un monde, à bien des égards, toujours calibré à l’aune des intérêts occidentaux.

Les voisins asiatiques ressentent aussi sa puissance économique, ses appétits commerciaux et la force de son rayonnement, sur fond d’exorbitantes revendications en Mer de Chine. Celles-ci ont récemment été exacerbées par les passes d’armes avec les Etats-Unis, le Japon et le Vietnam. En 2009, autour des Iles Paracels, contestées depuis 1974, la marine chinoise a saisi 33 chalutiers vietnamiens et détenu 433 marins, condamnés à payer des amendes. En 2010 deux incidents du même type ont eu lieu, tandis que persistent les tensions avec la Corée du Nord, protégée par Pékin, lancinante réminiscence d’un conflit meurtrier et de la Guerre Froide, sources d’inquiétude pour Séoul et Tokyo.

Les réactions en Asie du Nord-est et au sein de l’ASEAN, dont les ministres de la défense se réuniront le mois prochain à Hanoi avec ceux de la Russie des Etats-Unis, de la Chine et de la Corée du Sud, restent discrètes et se gardent bien d’exprimer leurs craintes. Au point que certains assimilent leur réserve à un début de finlandisation sous l’ombre portée de Pékin. Mais, en sous main, les pays de la région, redoutant la mainmise univoque de la marine chinoise, comptent toujours sur le contrepoids de Washington pour tenir en respect les prétentions démesurées de Pékin.

A Zhongnanhai on est conscient que le nationalisme crispé, exprimé récemment par le Ministre des Affaires étrangères Yang Jiechi lors du dernier sommet de l’ARF Hanoi, le 23 juillet dernier, et repris dans la blogosphère – ils sont 70 millions de « bloggeurs » à exprimer vertement le nationalisme nourri par le Parti -, véhicule le risque de ternir l’image de « puissance douce » que le Régime s’applique à accréditer. Le Bureau politique sait aussi que les inquiétudes des voisins de la Chine favorisent mécaniquement l’influence de Washington. De fait, récemment plusieurs personnalités de haut rang, dont Lee Kwan Yu, ont réaffirmé leur intérêt pour la présence de la marine américaine dans la région.

Tel est le fond de tableau qui explique une étonnante initiative diplomatique chinoise destinée à rejeter les accusations d’arrogance qui se multiplient dans la presse occidentale, dans un contexte où le Régime, par la voix des plus hauts dirigeants, exprime au contraire l’inquiétude d’une situation intérieure difficile, marquée par une longue collection de défis politiques économiques et sociaux : « en 2010, le pays affrontera une situation plus complexe, à l’intérieur, comme à l’extérieur. Chacun doit rester sérieux et concentré, tout en gardant au cœur l’angoisse que le pays ne se laisse distancer », Wen Jiabao, discours du Nouvel An chinois, 11 février 2010.

A la fin août, l’ambassadeur He Yafei, ancien vice-ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui accrédité auprès de la délégation de l’Union Européenne aux Nations Unies – certains disent qu’il s’y trouve en disgrâce, après les tensions du sommet de Copenhague où il était le chef de la délégation chinoise – a réuni une cinquantaine de journalistes accrédités à l’ONU pour expliquer, en substance, que la Chine, aux prises avec de très graves problèmes internes, n’avait qu’une expérience internationale limitée, ce qui expliquait ses maladresses (Asia Times, 8 septembre 2010).

Pékin, expliqua l’Ambassadeur, avait une priorité cardinale : la situation intérieure du pays qu’il fallait remettre en ordre. La tâche était ardue et devenait de plus en complexe, dans un monde globalisé secoué par la crise financière et la récession. Celles-ci avaient, quoi qu’on dise, aussi affecté son pays, avec une chute de 20% des exportations dans la seule province de Canton. Si le système financier avait mieux résisté qu’ailleurs, c’est bien parce que Pékin avait repoussé les pressions et contrôlé le flux des capitaux, au risque de gêner la croissance.

Mais au-delà, les soucis du Régime étaient surtout liés à la transition économique du pays, déjà à l’œuvre, mais dont le contrôle sera difficile. Il s’agissait en effet de continuer à créer chaque année près de 20 millions d’emplois, alors que, dans les campagnes, 120 millions de paysans étaient au chômage ou sous employés et que, dans le même temps, le déficit de main d’œuvre qualifiée handicapait les secteurs de pointe. La solution consistait à accompagner l’urbanisation accélérée du pays, pour aboutir, dans moins de 10 ans, à une population de 700 millions d’urbains.

Shanghaï

Les mégalopoles nouvelles exigeraient non seulement de pharaoniques travaux d’infrastructure, des équipements de transport, de santé et d’éducation, des stations dépuration et des égouts ; mais également une adaptation du Hukou, le passeport intérieur, un système de taxes encore dans les limbes, des assurances maladie et des caisses de retraite. La tâche était si obsédante, ajoutait He Yafei, que les questions diplomatiques non directement liées à la sécurité économique, devenaient secondaires. Encore l’Ambassadeur s’est-il bien gardé d’évoquer la question de la réforme du système politique, dont de nombreuses voix assurent qu’elles sont aujourd’hui la condition indispensable à la réussite de la transition socio-économique du pays.

Faisant écho à la volonté de rassurer le monde sur les ambitions chinoises, Wang Jisi, spécialiste reconnu des Etats-Unis à l’Académie des Sciences Sociales prononçait, le 21 juillet dernier, une conférence à l’Université de Pékin sur les thèmes étonnants de l’identité de la Chine et des Chinois, complètement à contre courant des clichés sur l’arrogance : « Quel sorte de peuple devrions-nous être ? Quelle Chine devrions-nous construire ? ».

Sa première remarque renvoyait à une évidence souvent oubliée : « S’il est vrai qu’il y a dans le modèle américain de nombreux points que nous pourrions imiter, il y en a un qui se trouve hors de notre portée. Ni la Chine ni le monde ne pourrait en effet supporter un niveau de consommation de ressources par les Chinois équivalent à celui des Etats-Unis. C’est pourquoi, sauf graves erreurs commises par les Américains, la Chine n’atteindra jamais leur niveau de développement. Ce serait même une erreur que de tenter de le faire ».

Poursuivant la comparaison avec les Etats-Unis, Wang Jisi rejetait aussi l’idée d’une volonté chinoise de défier Washington sur son statut de grande puissance globale : « Je ne pense pas que la Chine devrait devenir un leader mondial selon le modèle américain. Même si elle le voulait, elle ne le pourrait pas ».

Au contraire, l’ambition proposée par Wang Jisi aux jeunes étudiants était liée à à l’idée accomplissement personnel, toute empreinte de la sagesse de la Chine ancienne, marquée par le moralisme confucéen, dont les valeurs individuelles et collectives, jettent, par contraste, une lumière crue sur les manquements de la société chinoise moderne. « Les conditions pour être un homme de bien renvoient à la manière dont vous traitez votre famille et vos collègues de travail ; à votre honnêteté d’étudiant ou de fonctionnaire qui évitent de tricher et refusent la corruption ; aux exigences de probité des chercheurs qui rejettent le plagiat ; à l’intégrité des entrepreneurs ou des commerçants qui répugnent aux constructions de mauvaise qualité et aux produits frelatés ».

Enfin, pour bien faire comprendre ses idées sur ce que devraient être les ambitions internationales de la Chine, Wang Jisi n’hésite pas à utiliser en contre exemple l’histoire de Zhuge Liang, le stratège de Shu de l’époque des Trois Royaumes, vénéré par la grande majorité des Chinois comme un héros exemplaire d’une grande probité morale.

« Liang était d’une moralité parfaite. Mais comme souverain, malgré ses succès, il n’a pas compris que la reconstruction du pays exigeait de conserver un profil bas. Au lieu de cela, il s’engagea, malgré sa faiblesse, dans une compétition avec le Royaume de Wei et échoua dans son ambition d’unifier la Chine ». Plus encore : « S’il avait eu moins d’ambitions stratégiques, son action, appuyée par ses talents diplomatiques, aurait été plus bénéfique pour la société, pour le peuple et pour lui-même ».

L’avenir dira si les dirigeants chinois sauront éviter les écueils du mimétisme stratégique d’autant plus porteur de catastrophes que les tensions sur l’eau et les ressources inciteront de part et d’autre aux positions arc-boutées. Celles-ci seront d’autant plus probables que les nations développées paraissent se raidir à la perspective d’un nouvel acteur global dont les appétits bousculent leur vieille conception du partage des richesses du monde.

François Danjou

Source : Question Chine

Une lutte de classes implacable

21 oct

par Mohamed Belaali

La lutte des classes s’aiguise de plus en plus. La bourgeoisie montre chaque jour qui passe son visage hideux qu’elle dissimulait pendant les périodes « paisibles » à travers son idéologie véhiculée essentiellement par les grands médias qu’elle possède. Tout son discours sur le droit de grève, de manifestation, de libre circulation etc. est mis à mal par les pressions multiformes et la répression qu’elle exerce sur le mouvement social qui se déroule sous nos yeux. Plus la lutte dure dans le temps, plus cette classe devient brutale, arrogante et odieuse.

La classe dirigeante est prête à utiliser tous les moyens dont elle dispose pour écraser la contestation populaire. Elle fait feu de tout bois. Président de la République, gouvernement, députés, sénateurs, intellectuels, journalistes, experts en tout genre, policiers, CRS, la BAC etc. sont mobilisés pour venir à bout d’un mouvement, somme toute, pacifique.

Deux classes aux intérêts diamétralement opposés s’affrontent ouvertement. D’un côté des millions d’hommes et de femmes, soutenus par une large majorité de leur concitoyens, qui défendent leur pension de retraite durement acquise et refusent de travailler toujours plus longtemps pour la bourgeoisie, de l’autre, une classe minoritaire, corrompue et parasite mais disposant de tous les pouvoirs et s’accrochant à ses privilèges.

Les salariés sont prêts à sacrifier leurs maigres économies pour soutenir une lutte de longue halène : « C’est pas facile, question budget, reconnaît Gérard, cheminot. C’est même un sacré manque à gagner. Les fins de mois sont plus dures, sans aucun doute. Je me souviens, en 95, on avait eu presque un mois de grève ! Là, on avait souffert… » http://www.ladepeche.fr. Un autre ouvrier criait à la face des journalistes qu’il allait liquider son plan d’épargne pour tenir le plus longtemps possible !

La bourgeoisie ne peut comprendre que de simples ouvriers peuvent lui tenir tête en sacrifiant des journées, voire parfois des semaines de salaires. Ses représentants au gouvernement, eux, attendent cyniquement l’essoufflement de la révolte en usant de la propagande et de la répression physique, psychologique et idéologique. Un combat inégal !

La classe dominante ne reculera devant rien pour défendre ses intérêts si le mouvement populaire perdure. Toute l’histoire des luttes de classes le montre. Déjà, elle utilise la force contre les salariés des raffineries en grève et les menace de les réquisitionner et même de les jeter en prison en cas de résistance de leur part. Elle menace les routiers de poursuites pénales s’ils continuent à bloquer les routes et les péages d’autoroute en solidarité avec leurs camarades des autres secteurs professionnels.

Le gouvernement s’est également attaqué aux lycéens qui ont rejoint le mouvement social. Un adolescent de 16 ans a été gravement blessé par un tir de flash-ball. Personne ne sait s’il va conserver son œil. Ce cas dramatique ne doit pas cacher la brutalité policière exercée sur les lycéens en lutte. Combien d’adolescents ont été matraqués, gazés, traînés au sol, gardés à vue et humiliés ? Mais cette répression aveugle ne fait que renforcer la détermination d’une jeunesse, dont l’avenir reste sombre, à se battre contre un pouvoir qui la méprise.

Quelle que soit l’issue du conflit, les salariés en général et les ouvriers en particulier ont déjà gagné, non seulement sur le plan moral en se battant contre une « réforme » réellement injuste, mais surtout ils ont pris conscience que l’État, le parlement, la police, les médias etc. sont contre eux et, partant, sont au service des patrons qui les exploitent tous les jours. La lutte dans l’unité leur a permis d’identifier clairement leurs ennemis de classe et le caractère bourgeois de la démocratie. Leurs intérêts et ceux de la classe dominante sont en contradiction totale. Ce combat de classe à classe dépasse, de ce fait, le cadre syndical et devient un combat politique.

Mohamed Belaali

Addenda

Deux classes irréconciliables que tout sépare :

Ils sont les exploiteurs. Nous sommes les exploités.

Ils sont les oppresseurs. Nous sommes les opprimés.

Ils sont les dominants. Nous sommes les dominés.

Ils sont les bourgeois. Nous sommes les prolétaires.

Ils sont le capital. Nous sommes le travail.

Ils ont le profit. Nous avons le salaire.

Ils gagnent sans travailler. Nous travaillons sans gagner.

Ils sont les parasites. Nous sommes les travailleurs.

Ils sont une petite minorité. Nous sommes la grande majorité.

Ils défendent la société de classes. Nous luttons pour une société sans classes.

Ils sont le passé. Nous sommes l’avenir.

Mohamed Belaali

Source : Le blog de Mohamed Belaali

Les différends s’accentuent à la réunion du FMI

19 oct

par Nick Beams pour WSWS

Les craintes des conséquences de l’affaiblissement de l’économie mondiale, au moment où se développent des conflits monétaires et commerciaux entre les grandes puissances capitalistes, ont dominé la réunion semestrielle du Fonds monétaire international, organisée samedi à Washington. Cette rencontre n’a pu avancer de solutions pour ces problèmes. En fait, elle a révélé que les différends entre les grandes puissances, particulièrement entre les États-Unis et la Chine, s’accentuent.

Et pendant ce temps, les rémunérations dans l'industrie de la finance à Wall Street devraient progresser de 4% en 2010 et ainsi atteindre un record de 144 milliards à se partager entre dirigeants et employés de 35 institutions financières.

Comme l’a mentionné le Financial Times aujourd’hui, « L’hostilité entre Washington et Pékin a crû jusqu’à ressembler à une guerre de tranchées. »

À la veille de la réunion, le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a averti que l’accroissement du chômage mondial résultant de la faible croissance dans les principaux pays industriels menaçait la stabilité politique et pourrait même mener à la guerre.

« Pendant cette crise, a-t-il déclaré, l’économie mondiale a perdu environ 30 millions d’emplois. De plus, dans les dix années à venir, 450 millions de personnes vont arriver sur le marché du travail. Le risque existe de voir une génération perdue. »

« Quand vous perdez votre emploi, le risque s’accroît que votre santé se détériore. Quand vous perdez votre emploi, l’éducation de vos enfants risque d’en souffrir. Quand vous perdez votre emploi, la stabilité sociale risque de s’en ressentir. C’est une menace pour la démocratie, et même pour la paix. »

S’adressant directement aux délégués, Strauss-Kahn a déclaré qu’ils étaient rassemblés « à un moment crucial de l’histoire, alors que nous faisons face à un avenir très incertain. Certes, il y a une reprise, et lorsque nous examinons les données, nous notons que, au niveau mondial, la croissance revient. Mais nous savons tous que la reprise est fragile et inégale. » Il a souligné le fait que l’histoire avait montré que l’utilisation des monnaies en tant qu’armes ne fonctionnait pas et que cela pouvait mener à une « situation très regrettable ».

La rhétorique de Strauss-Kahn n’a cependant pas réussi à rapprocher les grandes puissances sur aucune des questions clés de politiques, et encore moins sur le problème des valeurs des monnaies.

Dans une campagne visant à augmenter leurs exportations, les États-Unis revendique que le yuan chinois soit réévalué et que la Chine en fasse davantage pour stimuler son économie intérieure. Pour leur part, les autorités chinoises ont insisté que bien qu’elles soient d’accord pour augmenter la valeur de leur devise, ceci doit être fait de manière graduelle et non pas par une « thérapie choc ».

Le communiqué final de la définition d’orientation du comité du FMI a promis de « travailler vers un modèle de croissance globale plus équilibré, reconnaissant la responsabilité des pays excédentaires et déficitaires » et a juré de « faire face aux défis des larges et volatiles mouvements du capital, lequel peut être perturbateur ».

Mais comme Strauss-Kahn l’a reconnu après la rencontre, le langage était « inefficace » et ne changerait pas les choses.

Des déclarations présentées à la rencontre par les dirigeants des banques centrales et les ministres des finances ont souligné l’absence d’une approche commune, alors que chacune des puissances a mis l’accent sur ses propres intérêts.

Une déclaration du secrétaire du Trésor américain Timothy Geithner prévenait que le plus grand risque que court l’économie mondiale est que les plus importantes économies « aient des résultats de croissance insuffisants ». Mais, sans mentionner de nom, la déclaration en venait ensuite à critiquer de la Chine.

« Pour que la reprise soit durable il doit… y avoir un changement dans le modèle de croissance globale. Depuis trop longtemps, de nombreux pays ont orienté leurs économies vers la production pour l’exportation plutôt que vers la consommation intérieure, comptant sur les États-Unis pour importer beaucoup plus de leurs biens et services qu’ils en achètent des nôtres ».

Dans une critique supplémentaire de la Chine, qui détient des réserves de devises étrangères de près de 2,5 billions, Geithner a dit que les pays avec le plus grand surplus devraient implanter des politiques pour stimuler leurs demandes intérieures. « Cela est particulièrement important pour les pays dont les devises sont significativement sous-évaluées. »

Il a poursuivi en appelant le FMI à « renforcer sa surveillance des politiques de taux de change et des pratiques d’accumulation de réserves ».

Les autorités chinoises ont exprimé leurs propres critiques alors que le gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiachuan, a dit au FMI que des dettes élevées, des taux d’intérêt bas et des mesures de stimuli non conventionnelles des nations les plus riches constituaient un problème mondial majeur.

« Parce que les taux d’intérêt demeurent extrêmement faibles et que les principaux émetteurs de devises de réserves continuent à adopter des politiques monétaires non conventionnelles, les pays émergents confrontent de grands défis dans la conduite de leur politique monétaire », a dit Zhou dans sa déclaration. Même si les Etats-Unis n’étaient pas ouvertement nommés, il n’y avait aucun doute sur qui le venin du banquier central était dirigé.

Zhou a appelé le FMI à surveiller les politiques des pays avancés qui sont « le plus dommageables pour la croissance économique mondiale. » L’accent sur les politiques de taux de change laisse réellement les pays développés « hors d’atteinte de la surveillance du Fonds ».

« Les problèmes les plus fondamentaux présentement sont la lenteur du progrès dans les pays développés sur la question de la réparation et de la réforme de leur système financier et le recours continuel à des politiques qui appuient la stabilité du secteur financier », a-t-il dit.

« Considérant les immenses sommes que représentent pour les pays développés les prêts arrivant à maturité et les déficits fiscaux cette année et l’an prochain, les risques de pays souverains pourraient se détériorer à tout moment, ce qui se traduira en effets systémiques sur la stabilité financière mondiale », a dit Zhou.

Les autres dirigeants ont de la même façon défendu les intérêts de leur propre nation. Le ministre japonais des Finances, Yohihiko Noda, a cherché à contrer les critiques que les interventions de la Banque du Japon sur les marchés de changes avec objectif de diminuer la valeur du yen en affirmant qu’elles visaient à stabiliser le marché, et non à affaiblir le yen pour améliorer la position des produits japonais sur les marchés mondiaux.

Le président des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, préférerait clairement un retour aux jours où les grandes puissances faisaient la pluie et le beau temps dans le monde financier. « Dans le cadre du G20, il y a trop de monde et trop d’intérêts pour permettre d’aboutir à un accord sur les monnaies », a-t-il dit à Reuters. « Le cadre idéal serait le G7 [les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie et le Japon] plus la Chine ».

Certains ont plutôt choisi la pensée magique. Le ministre brésilien des Finances, Guido Mantaga, qui le mois dernier s’inquiétait des conséquences internationales d’une « guerre des monnaies », a dit qu’il était optimiste qu’on éviterait la confrontation. « Je crois que nous pouvons arriver dans le cadre de rencontres du G20 à un accord semblable à l’accord du Plaza », a-t-il dit, se référant à l’accord intervenu entre cinq grands pays en 1985 pour diminuer la valeur du dollar américain.

Le président australien du Conseil du Trésor, Wayne Swan, se concentrant sur les nouvelles de son pays et apparemment incapable de considérer que rien n’est plus important, a insisté sur le fait que la situation de l’emploi en Australie était bien meilleure que celles des Etats-Unis qui ont perdu 95.000 emplois le mois dernier.

L’attention se portera maintenant sur la rencontre du G-20 qui aura lieu le mois prochain à Séoul, la capitale de la Corée du Sud. Mais des compte rendus de la rencontre du FMI, il est clair que les différences pourraient bien plutôt s’être accentuées d’ici là.

Nick Beams

L’auteur recommande :

Les guerres monétaires et les contradictions du capitalisme (29 septembre 2010)

Source : WSWS

La guerre du Pipelineistan de la Chine

17 oct

par Pepe Escobar pour TomDispatch.com

Montée des enjeux, pari et bluff dans le Nouveau Grand Jeu.

Un soldat états-unien contemplant la guerre du pétrole en Irak, une des nombreuses aventures du Nouveau Grand Jeu de l'Eurasie entre la Chine, les Etats-Unis et la Russie.

Les historiens de demain peuvent bien convenir que la Route de la Soie du XXIe siècle s’est ouverte pour les affaires le 14 décembre 2009. C’était le jour où un tronçon crucial de pipeline est entré officiellement en opération reliant l’État fabuleusement riche en énergie du Turkménistan (via le Kazakhstan et l’Ouzbékistan) à la province du Xinjiang, dans l’extrême ouest de la Chine. Les hyperboles n’ont pas dissuadé le président du Turkménistan, spectaculairement nommé Gurbanguly Berdimoukhamedov, de se vanter, « ce projet n’a pas seulement une valeur commerciale ou économique. Il est également politique. La Chine, grâce à sa politique de sage et visionnaire, est devenue un des principaux garants clés de la sécurité mondiale ».

Le résultat final est que, en 2013, Shanghai, Guangzhou, et Hong Kong croiseront le plafond des sommets économiques donnant le vertige avec le gaz naturel fourni par le pipeline de l’Asie Centrale long de 1833 kilomètres, prévu pour fonctionner à plein régime. Et il faut rajouter à cela que, dans quelques années encore, les grandes villes chinoises recevront sans aucun doute également une fabuleuse saveur de l’Irak, les réserves de pétrole à peine exploitées, évaluées de façon conventionnelle à 115 milliards de barils, mais probablement plus proche des 143 milliards de barils, qui placeraient l’Irak devant l’Iran. Lorsque les généraux de l’administration Bush ont lancé leur guerre mondiale au terrorisme, ce n’est pas exactement ce qu’ils avaient à l’esprit.

L’économie chinoise a soif, et donc elle boit profondemment et planifie encore plus profondemment. Elle solicite le pétrole d’Irak et le gaz naturel du Turkménistan, ainsi que le pétrole du Kazakhstan. Déjà, au lieu de dépenser plus d’un trillion de dollars pour une guerre illégale en Irak ou bâtir des bases militaires partout dans le Grand Moyen-Orient et en Asie Centrale, la Chine a utilisé ses compagnies pétrolières d’État pour obtenir une partie de l’énergie dont elle a besoin tout simplement par appel d’offres dans une vente aux enchères du pétrole irakien parfaitement légale.

Pendant ce temps, dans le Nouveau Grand Jeu en Eurasie, la Chine a eu le bon sens de ne pas envoyer un soldat n’importe où ou de s’enliser dans un bourbier infini en Afghanistan. Au lieu de cela, les Chinois ont simplement passé un accord commercial direct avec le Turkménistan et, profitant des désaccords de ce pays avec Moscou, se construisent un pipeline qui fournira une grande partie du gaz naturel dont ils ont besoin.

Le « Nouveau Grand jeu » autour du pétrole et du gaz (Philippe Rekacewicz - juin 2007)

Source de la carte : Le Monde diplomatique (cliquer sur la carte pour aggrandir)

Pas étonnant que le tsar de l’énergie eurasienne de l’administration Obama, Richard Morningstar, a été obligé d’admettre lors d’une audience du Congrès que les États-Unis ne peuvent simplement pas rivaliser avec la Chine lorsqu’il s’agit de la richesse énergétique d’Asie Centrale. Si seulement il avait livré le même message au Pentagone.

Cette équation iranienne

A Pékin, ils prennent la question de la diversification des approvisionnements en pétrole très, très au sérieux. Lorsque le baril de pétrole a atteint 150 $ en 2008 – avant l’effondrement financier mondial déclenché par les États-Unis – un média national chinois s’était mis à appeler le Big Oil étranger « les crocodiles internationaux du pétrole » avec l’implication que l’agenda caché de l’Occident était en fin de compte de stopper le développement implacable de la Chine dans ses voies.

28 % de ce qui reste des réserves prouvées de pétrole dans le monde sont dans le monde arabe. La Chine pourrait facilement tout engloutir. Peu de gens savent que la Chine elle-même est en réalité le cinquième producteur de pétrole dans le monde, avec 3,7 millions de barils par jour (bpj), juste en dessous de l’Iran et légèrement au-dessus du Mexique. En 1980, la Chine a consommé seulement 3 % du pétrole mondial. Aujourd’hui, sa part est d’environ 10 %, la rendant le deuxième plus grand consommateur de la planète. Il a déjà surpassé le Japon dans cette catégorie, même si elle est toujours derrière les États-Unis, qui se nourrit de 27 % du pétrole mondial chaque année. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), la Chine représentera plus de 40 % de l’augmentation de la demande mondiale de pétrole jusqu’en 2030. Et cela suppose que la Chine augmentera à « seulement » 6 % le tarif annuel qui, fondée sur la croissance actuelle, semble improbable.

L’Arabie Saoudite contrôle 13 % de la production mondiale de pétrole. À l’heure actuelle, c’est le seul producteur à oscillation – c’est-à-dire qu’il peut déplacer la quantité de pétrole pompée en haut ou en bas à volonté – capable d’accroître considérablement la production croissante. Ce n’est pas un hasard, alors, que, pompant 500 000 bpj, il est devenu un des fournisseurs de pétrole majeurs de Pékin. Le top trois, selon le Ministère du Commerce chinois, sont l’Arabie Saoudite, l’Iran et l’Angola. En 2013-2014, si tout va bien, les Chinois s’attendent à ajouter l’Irak à cette liste de façon magistrale, mais tout d’abord la production de pétrole du pays perturbé a besoin de mettre le démarreur en marche. En attendant, c’est la partie iranienne de l’équation d’énergie eurasienne qui est vraiment angoissante pour les dirigeants de la Chine.

Les entreprises chinoises ont investi, avec stupéfaction, 120 milliards de dollars dans le secteur de l’énergie en Iran au cours des cinq dernières années. Déjà, l’Iran est le second fournisseur pétrolier de la Chine, comptant jusqu’à 14 % de ses importations ; et le géant de l’énergie chinois Sinopec a remis 6,5 milliards de dollars à la construction des raffineries de pétrole du pays. En raison des sévères sanctions imposées par l’ONU et celles américaines et des années de mauvaise gestion économique, cependant, le pays manque de savoir-faire en haute technologie pour se pourvoir lui-même et sa structure industrielle part dans tous les sens. Le chef de la National Iranian Oil Company, Ahmad Ghalebani, a admis publiquement que les machines et pièces utilisées dans la production de pétrole d’Iran doivent encore être importées de Chine.

Les sanctions peuvent être un tueur, ralentissant les investissements, augmentant le coût du commerce par plus de 20 % et resserrant sévèrement la capacité de Téhéran d’emprunter sur les marchés mondiaux. Néanmoins, le commerce entre la Chine et l’Iran a augmenté de 35 % en 2009, à 27 milliards de dollars. Ainsi tandis que l’Occident a éreinté l’Iran avec des sanctions, des embargos et des blocus, l’Iran s’est lentement developpé comme un corridor de commerce crucial pour la Chine – aussi bien que pour la Russie et la pauvre en énergie, l’Inde. À la différence de l’Occident, ils y ont tous investi comme des fous parce qu’il est facile d’obtenir des concessions du gouvernement ; il est facile et relativement bon marché de construire des infrastructures ; et, étant à l’intérieur, lorsqu’il s’agit des réserves énergétiques iraniennes, est une nécessité pour tout pays qui veut être un acteur essentiel dans le Pipelineistan, qui a contesté l’échiquier des pipelines d’énergie cruciaux sur laquelle une grande partie du Nouveau Grand Jeu en Eurasie se déroule. Sans aucun doute, les dirigeants des trois pays font des offrandes à n’importe quels dieux qu’ils veulent adorer pour que Washington continue à leur rendre la vie si facile (et lucrative).

Peu aux États-Unis peuvent savoir que l’an dernier l’Arabie Saoudite – maintenant le (re)armant jusqu’aux dents, avec la gracieuseté de Washington et de peu de paranoïaques sur le programme nucléaire iranien – a offert de fournir les Chinois avec la même quantité de pétrole, que le pays importe actuellement d’Iran à un prix beaucoup moins cher. Mais, Pékin, dont l’Iran est un allié stratégique à long terme clé, a étouffé l’affaire.

Comme si les problèmes structurels de l’Iran ne suffisaient pas, le pays a peu diversifié son économie au-delà des exportations de pétrole et de gaz naturel dans les 30 années passées; l’inflation en cours d’exécution de plus de 20 %,; le chômage de plus de 20 %; et les jeunes gens instruits s’enfuient à l’étranger, une importante fuite des cerveaux pour ces terres assiégés. Et ne pensez pas que c’est la fin de sa litanie des problèmes. L’Iran souhaiterait être membre à part entière de l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS) – l’union de la coopération économique et militaire multicouche qui est une sorte de réponse asiatique à l’OTAN – mais est seulement un observateur officiel de l’OCS parce que le groupe n’admet aucun pays dans le cadre de sanctions de l’ONU. Téhéran, en d’autres termes, voudrait un peu de protection de grande puissance contre la possibilité d’une attaque des États-Unis ou Israël. Autant que l’Iran pourrait être sur le point de devenir un joueur beaucoup plus influent dans le jeu de l’énergie d’Asie Centrale grâce aux investissements russe et chinois, il est très peu probable que n’importe lequel de ces pays risquerait actuellement d’entrer en guerre contre les Etats-Unis pour « sauver » le régime iranien.

La Grande Évasion

Du point de vue de Pékin, le titre de la version cinématographique du conflit des rebelles États-Unis contre l’Iran et de la compétition stratégique du Pipeineistan des États-Unis contre la Chine qui couvent pourrait être : « Évasion d’Ormuz et Malacca ».

Le Détroit d’Ormuz est la définition d’un goulot d’étranglement stratégique potentiel. C’est, après tout, la seule porte d’entrée dans le Golfe Persique et à travers elle, transite maintenant grossièrement 20 % des importations de pétrole de la Chine. À son point le plus étroit, il n’est large que de seulement 36 kilomètres, avec l’Iran au nord et Oman au sud. Les dirigeants chinois se tourmentent de la présence constante de groupes de bataille des porte-avions américains à cet endroit et patrouillant à proximité.

Avec Singapour au nord et l’Indonésie au sud, le Détroit de Malacca est un autre goulet d’étranglement potentiel si jamais il y avait un conflit – et à travers elle transite plus de 80 % des importations de pétrole de la Chine. À son point le plus étroit, il est de seulement 54 kilomètres de largeur, et comme le Détroit d’Ormuz, sa sécurité est également de la variété made in USA. Dans une future confrontation avec Washington, les deux détroits pourraient rapidement être fermés ou contrôlés par la marine américaine.

Par conséquent, l’accent croissant de la Chine sur le développement d’une stratégie énergétique terrestre en Asie Centrale pourrait se résumer comme : Au revoir Ormuz ! Au revoir Malacca ! Et bienvenue à une nouvelle Route de la Soie axée sur le pipeline de la Mer Caspienne au Far West de la Chine, dans le Xinjiang.

Le Kazakhstan a 3 % des réserves prouvées de pétrole dans le monde, mais ses plus grands champs de pétrole ne sont pas loin de la frontière chinoise. La Chine considère ce pays comme un fournisseur de pétrole alternatif clé via de futurs pipelines qui relieraient les champs de pétrole kazakhs aux raffineries de pétrole chinoises dans son extrême ouest. En fait, la première aventure transnationale du Pipelineistan de la Chine est déjà en place : le projet de pétrole Chine-Kazakhstan 2005, financé par le géant de l’énergie chinois CNPC.

Beaucoup plus est encore à venir, et les dirigeants chinois s’attendent ce que la Russie riche en énergie joue un rôle significatif dans le sas de secours de la Chine ainsi planifié. Stratégiquement, cela représente une étape cruciale en matière d’intégration de l’énergie régional, serrant le partenariat de la Russie et la Chine à l’intérieur de l’OCS aussi bien qu’au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Lorsqu’il s’agit du pétrole, le nom du jeu est l’immense pipeline de Sibérie Orientale-Océan Pacifique (ESPO). En août dernier, un tronçon russe long de 4000 kilomètres de Taishet en Sibérie Orientale à Nakhodka, toujours à l’intérieur du territoire russe, a été commencé. Le Premier Ministre russe Vladimir Poutine a salué l’ESPO comme « un projet vraiment complet qui a renforcé notre coopération énergétique ». Et fin septembre, les Russes et les Chinois ont inauguré un pipeline long de 999 kilomètres de Skovorodino dans la région d’Amour de la Russie au concentrateur pétrochimique Daqing dans le nord-est de la Chine.

La Russie livre actuellement jusqu’à 130 millions de tonnes de pétrole russe par an à l’Europe. Bientôt, pas moins de 50 millions de tonnes peuvent être dirigées vers la Chine et la région du Pacifique également.

Cependant, il y a des tensions bouillantes cachées entre les Russes et les Chinois lorsqu’il s’agit des questions énergétiques. Le leadership russe se méfie tout naturellement du progrès ahurissant de la Chine en Asie Centrale, de l’ancienne ex-URSS « près de l’étranger ». Après tout, comme les Chinois l’ont fait en Afrique dans leur quête de l’énergie, en Asie Centrale, aussi, les Chinois construisent des chemins de fer et présentent des trains de haute technologie, parmi d’autres merveilles modernes, en échange de concessions pétrolières et gazières.

En Asie, des projets de construction de voies d’acheminement du pétrole et du gaz (Philippe Rekacewitz - mai 2005)

Source de la carte : Le Monde diplomatique (cliquer sur la carte pour aggrandir)

Malgré les tensions bouillantes qui couvent entre la Chine, la Russie et les États-Unis, il est trop tôt pour être sûr de savoir qui est susceptible de s’imposer comme le vainqueur dans le Nouveau Grand Jeu en Asie Centrale, mais une chose est assez claire. Les « Stans » (pays, ndt) d’Asie Centrale deviennent des joueurs de poker à part entière toujours plus puissants, et comme la Russie tente ne pas y perdre son hégémonie, Washington place tous ses jetons sur les pipelines destinés à contourner la Russie (y compris l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) qui achemine le pétrole d’Azerbaïdjan à la Turquie via la Géorgie) et des premières grandes mises de la Chine pour son avenir en Asie Centrale. Quiconque perd, il s’agit d’un jeu que les « Stans » ne peuvent perdre mais uniquement qu’en profiter.

Récemment, notre homme Gurbanguly, le dirigeant turkmène, a choisi la Chine comme son pays pour un prêt de 4.18 milliards de dollars supplémentaires pour le développement du Sud-Yolotan, le plus grand gisement de gaz de son pays. (Les Chinois avaient déjà bombardé 3 milliards de dollars pour aider à développer). Les bureaucrates de l’Énergie à Bruxelles ont été dévastés. Avec des réserves estimées jusqu’à 14 milliards de mètres cubes de gaz naturel, le gisement a le potentiel d’inonder l’Union européenne affamée d’énergie avec le gaz pendant plus de 20 ans. Au revoir à tout cela ?

En 2009, les réserves prouvées du Turkménistan ont été estimées à 8,1 trillions mètres cubes stupéfiants, le quatrième plus grand du monde après la Russie, l’Iran et le Qatar. Sans surprise, du point de vue d’Achgabat, capitale du pays, il semble invariablement pleuvoir du gaz. Néanmoins, les experts doutent que la République d’Asie Centrale sans littoral, idiosyncrasique ait en réalité assez d’or bleu pour fournir la Russie (qui a absorbé 70 % de l’approvisionnement du Turkménistan avant l’ouverture de l’oléoduc en Chine), la Chine, l’Europe de l’Ouest et l’Iran, tous en même temps.

Actuellement, le Turkménistan vend son gaz à : la Chine par l’intermédiaire du plus grand gazoduc du monde, 7000 kilomètres de long et conçu pour une capacité de 40 milliards de mètres cubes par an, la Russie (10 milliards de mètres cubes par an, moins des 30 milliards par an jusqu’en 2008) et l’Iran (14 milliards de mètres cubes par an). Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad est toujours accueilli avec le tapis rouge de bienvenue de Gurbanguly et du géant de l’énergie russe Gazprom, grâce à une politique de prix améliorée, et est traité comme un client privilégié.

Cependant, à l’heure actuelle, les Chinois sont sur le tas, et plus généralement, quoi qu’il arrive, il ne peut y avoir aucun doute que l’Asie Centrale sera le principal fournisseur étranger de la Chine en gaz naturel. D’autre part, le fait que le Turkménistan a, dans la pratique, remis ses exportations de gaz futures à la Chine, la Russie et l’Iran signifie la mort virtuelle des divers plans de pipelines trans-caspiens longtemps favorisés par Washington et l’Union européenne.

IPI vs TAPI encore une fois

Sur le front du pétrole, même si tous les « Stans » ont vendu à la Chine chaque baril de pétrole qu’ils pompent actuellement, moins de la moitié des besoins d’importation quotidienne chinois sont réunies. En fin de compte, seul le Moyen Orient peut étancher la soif de pétrole de la Chine. Selon l’AIE, les besoins pétroliers complets de la Chine augmenteront à 11,3 millions de bpj d’ici à 2015, même avec la production intérieure atteignant 4 millions de bpj. Comparez cela à ce que certains autres fournisseurs de la Chine produisent maintenant : Angola, 1,4 millions de bpj, Kazakhstan, 1,4 millions aussi et au Soudan, 400 000.

D’autre part, l’Arabie Saoudite produit 10,9 millions de bpj, l’Iran autour de 4 millions, les Émirats Arabes Unis (ÉAU) 3 millions, le Koweït 2,7 millions – et puis il y a l’Irak, à l’heure actuelle à 2,5 millions et susceptible d’atteindre au moins 4 millions d’ici à 2015. Pourtant, Pékin doit encore être pleinement convaincu qu’il s’agit d’un approvisionnement sûr, surtout compte tenu de tous ces agissements états-uniens « des sites avant exploitation » dans les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, Koweït, Qatar et Oman, en plus de ces groupes de bataille navals itinérants dans le Golfe Persique.

Stratégies pétrolières et militaires américaines dans la région du Golfe (Philippe Rekacewitz - novembre 2002)

Source de la carteLe Monde diplomatique (cliquer sur la carte pour aggrandir)

Sur le front de gaz, la Chine compte certainement compte sur un changeur de jeu sud-asiatique. Pékin a déjà dépensé 200 millions de dollars dans la première phase de la construction d’un port en eau profonde à Gwadar dans la province du Balouchistan pakistanais. Il voulait et a obtenu d’Islamabad, « des garanties souveraines aux installations du port. » Gwadar est seulement à 400 kilomètres d’Ormuz. Avec Gwadar, la marine chinoise aurait un port d’attache qui permettra facilement de surveiller le trafic dans le détroit et un jour peut-être même de contrecarrer les desseins expansionnistes de la marine américaine dans l’Océan Indien.

Mais Gwadar a un autre rôle futur infiniment plus juteux. Il pourrait s’avérer être le pivot dans une compétition entre deux pipelines discutés depuis longtemps : TAPI et IPI. TAPI signifie le pipeline Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde, qui ne pourra jamais être construit aussi longtemps que les États-Unis et les forces d’occupation de l’OTAN se battent contre le parapluie de résistance commodément nommé « Taliban » en Afghanistan. IPI, toutefois, est le pipeline Iran-Pakistan-Inde, également connu sous le nom de « pipeline de la paix » (qui, bien entendu, ferait avec TAPI une « guerre de pipelines »). À la détresse incommensurable de Washington, en juin dernier, l’Iran et le Pakistan ont finalement conclu l’affaire pour construire la partie « IP » de l’IPI, avec le Pakistan assurant à l’Iran que l’Inde ou la Chine pourrait plus tard être inclue dans le projet de construction.

Que ce soit IP, IPI ou IPC (Iran-Pakistan-Chine), Gwadar sera un nœud clé. Si, sous la pression de Washington, qui traite Téhéran comme la peste, l’Inde est obligé de se retirer du projet, la Chine a déjà clairement ce qu’elle veut. Les Chinois construiraient un lien Pipelineistan de Gwadar le long de la route de Karakorum au Pakistan à la Chine via le col de Khunjerab – un autre corridor terrestre qui s’avèrera être immunitaire aux interférences états-uniennes. Il aurait l’avantage supplémentaire de couper radicalement la route pétrolière longue de 20 000 kilomètres autour du bassin d’Asie du Sud.

Sans doute, pour les Indiens, ce serait un son de cloche stratégique de se déplacer pour s’aligner sur l’IPI, surenchérissant une profonde méfiance que les Chinois passeront à les déborder dans leur recherche d’énergie étrangère avec la stratégie du « collier de perles » : la mise en place d’une série de « ports d’attache » le long de ses itinéraires de ravitaillement de pétrole clés du Pakistan au Myanmar. Dans ce cas, Gwadar ne sera pas longtemps simplement un port « chinois ».

Quant à Washington, il estime toujours que si TAPI est construit, il contribuera à empêcher l’Inde de pleinement briser l’embargo états-unien – appliqué sur l’Iran. Le Pakistan affamé d’énergie préfère évidemment sa « praticable » alliée de la Chine, qui pourrait s’engager à la construction de toutes sortes d’infrastructure énergétique au sein de ce pays dévasté par l’inondation. En bref, si la coopération énergétique sans précédent entre l’Iran, le Pakistan et la Chine va vers l’avant, il sera le signal d’une défaite majeure pour Washington, dans le Nouveau Grand Jeu en Eurasie, avec des répercussions géopolitiques et géoéconomiques énormes.

Pour le moment, la priorité stratégique de Pékin a été de soigneusement développer un ensemble remarquable et diversifié de fournisseurs d’énergie – un flux d’énergie qui couvre la Russie, la Mer de Chine du Sud, l’Asie Centrale, la Mer de Chine Orientale, le Moyen Orient, l’Afrique et l’Amérique du Sud. (Les incursions en Afrique et en Amérique du Sud de la Chine seront traitées dans un futur article sur TomDispatch de notre tournée des points chauds de l’énergie du globe.) Si la Chine s’est avérée être jusqu’ici magistrale dans la manière qu’elle a joué ses cartes dans sa « guerre » du Pipelineistan, la main états-unienne – contournement de la Russie, chasser la Chine, isolation de l’Iran – pourrait bientôt être appelée pour ce qu’elle est : un bluff.

Pepe Escobar

Pepe Escobar est correspondant itinérant d’ Asia Times. Son dernier livre est Obama does Globalistan . Il peut être joint à pepeasia@yahoo.com.

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Article original : China’s Pipelineistan “War”

Traduction : Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

Reproduction autorisée avec indication des sources !

Source : TomDispatch.com

Chroniques transatlantiques #3

16 oct

par Lior Chamla pour La théorie du tout

Vous ne saviez pas quelles sont les relations entretenues entre les Etats-Unis et l’Union Européenne ? Ce billet devrait vous intéresser ! 

Cette proposition de résolution du Parlement [1] n’est pas très bavarde et n’apporte pas grand chose de nouveau. Elle est signée à peu près un an après la résolution du 25/04/2007, qui a été commenté ici-même [2]. Cet article ne va donc pas être très long, étant donné que la majeure partie des points évoqués ne sont que la reprise d’autres résolutions.

Ce que considère le Parlement Européen

Je vous passe la partie “vu …” et les “considérant …“, sachant que la plupart d’entre eux sont les mêmes que dans la résolution du 25/04/2007. Néanmoins, il serait peut-être utile de passer sur le point F de la proposition : Le Parlement considère encore et toujours qu’il faut promouvoir “une politique d’investissements ouverts“. Autrement dit, encore et toujours abaisser les barrières à l’investissement. Il n’y aurait rien à redire si on ne nous disait pas à côté que l’on veut réglementer et mieux contenir la finance et les capitaux.

Le contenu de la proposition

Le premier point de la proposition permet au Parlement de se féliciter des progrès ” réalisés dans le cadre des relations UE-Etats-Unis, ainsi que du renforcement de la coopération transatlantique en matière de politique étrangère“. On vous a dit que l’Union Européenne était un contre-poids des Etats-Unis ? On vous a menti. Les deux frères sont d’accord sur tout, et cela plait à notre Parlement Européen.

De plus, on peut lire, toujours en matière de diplomatie, au point 4, que le Parlement est convaincu qu’une “politique étrangère et de sécurité commune doit être comprise comme complétant les actuels instruments de coopération transatlantique [...] et réaffirme que l’OTAN est une garante de la sécurité européenne et devrait aussi devenir un forum de débat politique entre les deux partenaires“. Ouf, on est dans le commandement intégré ! On ne manque donc rien de la petite fête !

Comme à son habitude, le [pauvre] Parlement demande encore et toujours à être associé aux festivités. Au point 6,  il essaie de convaincre grâce à un argument de poids : Il souligne que “de nouveaux efforts sont nécessaires pour traduire ces relations en un concept opérationnel et stratégique capable de recueillir un soutien public et politique suffisant; souligne donc la nécessité d’une participation totale du Congrès des Etats-Unis et du Parlement Européen à ce processus” … Pauvre de lui, ce Parlement Fantoche qui valide les directives de la commission [non-élue] est  obligé de mendier pour qu’on lui reconnaisse un quelconque pouvoir de décision. Non seulement le Parlement n’a pas été associé réellement aux démarches transatlantiques depuis plus de 10 ans, mais il continue de faire de l’oeil et de draguer avec des arguments tout à fait logiques, mais qui n’ont toujours pas fait de lui (au bout de 3 résolutions que j’ai lu) un réel représentant du peuple.

On retrouve encore cette histoire de visa que les Etats-Unis imposent aux pays de l’Est (point 7), malgré tout, le Parlement se “félicite de l’ouverture de conversations UE-Etats-Unis [...] en matière de sécurité pour l’établissement d’un régime sans visa” (Point 9).

Bientôt le rêve : Un Occident unifié dans lequel tout le monde va où il veut !

Dans le même sens, il explique au point 10 qu’il est content de l’accord “Ciel Ouvert“, qui a supprimé “toutes les restrictions en matière d’itinéraires, de prix et de nombre de vols“. Pour ceux que cela intéresse, rien ne vous empêche de vous renseigner sur cet accord “Ciel Ouvert”, que le parlement veut perfectionner pour arriver à un “espace aérien ouvert“.

Et alors en parlant d’ouverture, pour ceux qui pensaient que l’Union Européenne allait réglementer un peu plus les flux de capitaux qui entrent et qui sortent, le parlement se félicite encore une fois au point 11 de “l’engagement conjoint concernant des politiques d’investissements ouverts“.

Voilà donc l’essentiel du contenu de cette proposition qui sonne comme la continuité logique des deux premières résolutions étudiées. 

Rappelons nous tout de même que ce n’est qu’une proposition. La résolution, elle, sera signée le 5 juin 2008, et fera l’objet de la prochaine chronique transatlantique.

Nous reviendrons d’ici un ou deux billets sur un avis prononcé par le CESE (Conseil Economique et Social Européen) sur les relations transatlantiques, et nous irons plus profondément au coeur des institutions transatlantiques.

La suite dans la prochaine chronique.

Lior Chamla

- Chroniques transatlantiques #1

- Chroniques transatlantiques #2

Notes

[2] Chroniques Transatlantiques #2 (Résolution du 25/04/2007)

Source : La théorie du tout

Uranium, l’héritage empoisonné (vidéo)

14 oct

Synopsis Public Sénat : A Mounana au Gabon, AREVA a cessé les activités de sa filiale, la COMUF, en 1999. Sur place, une pollution radioactive des sols et des maisons construites avec des stériles miniers provoque de nombreuses maladies.

A Arlit, au nord du Niger, AREVA exploite deux mines depuis quarante ans. On relève aux alentours les mêmes effets : des mineurs locaux et des expatriés souffrent principalement de cancers des poumons.

Pendant 18 mois, Dominique Hennequin et Pascal Lorent ont enquêté sur les conséquences de l’exploitation de l’uranium au Gabon et au Niger et rapporté des images exclusives.

A Mounana, Dominique Hennequin et Pascal Lorent ont filmé un vaste site contaminé à la radioactivité et rencontré des victimes. Dans les mines d’Arlit, au Niger, l’équipe entre dans le futur site minier d’Imouraren et donne la parole à la rébellion touareg.

Une enquête étayée par de nombreux témoignages et les analyses d’échantillons réalisées par la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité).

Durée : 52′

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Cyops ou opérations cyberpsychologiques

14 oct

par Charles Bwele pour Alliance Géostratégique

À l’ère de l’internet et de la téléphonie mobile, les conflits se déroulent de plus en plus sur un théâtre virtuel imbriquant étroitement cyberguerre, guerre électronique, opérations psychologiques et couverture médiatique.

D’où la notion récente de « cyops » (cyber warfare + electronic warfare + psychological operations + information operations + media affairs) dans le jargon militaire anglo-saxon.

Aujourd’hui, états et non-états apprennent ou réapprennent à exploiter l’immense potentiel des technologies de l’information et de la communication en termes d’influence, de persuasion, de mobilisation, d’information, d’intoxication, de coercition et de manipulation. Parallèlement ou simultanément à la guerre réelle, les populations locales sont également sous l’influence d’une guerre psychologique sur les ondes et sur internet.

Les cyops sont caractérisées par leur vitesse, leur précision et leur degré de créativité. On peut aujourd’hui envoyer des SMS ou des MMS à certaines franges d’une population civile afin de terroriser, d’avertir, d’informer ou de désinformer celles-ci.

Durant ses campagnes contre le Hezbollah en 2006 et contre le Hamas en 2009, Tsahal expédiait des SMS et des messages vocaux en langue arabe aux populations libanaises et palestiniennes avoisinant une zone ciblée par l’aviation israélienne. Le Hamas, le Djihad Islamique et les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa procédèrent également de la sorte en langue hébreue avant de tirer leurs roquettes sur le territoire israélien, repérant préalablement leurs zones de frappe grâce à Google Maps/Earth. Ces méthodes visaient à diminuer autant que possible les pertes humaines et/ou à démoraliser le camp adverse en propageant quelque sensation généralisée d’insécurité.

Au lieu des cyops, certains évoquent plutôt les PGM ou precision guided messages(à ne pas confondre avec les precision guided munitions) qui peuvent revêtir des formes nettement plus sophistiquées pour des fonctions plus étendues.

Lors de l’opération Plomb Durci, des sympathisants de la cause palestinienne – à l’accent égyptien, jordanien, libanais ou lybien – téléphonaient à des habitants de Gaza, se déclaraient longuement horrifiés par leur sort puis engagaient une abondante discussion autour de leurs conditions de vie, d’éventuels sympathisants du Hamas/Djihad Islamique dans leurs familles ou de la présence éventuelle de tireurs dans leur voisinage. Parsemée de ruelles et de tunnels, la dense ville de Gaza est un paradis de la guerre asymétrique en milieu urbain, remarquablement menée auparavant par les milices du Hamas contre celles du Fatah. D’où la nécéssité pour Tsahal de diversifier la collecte d’informations (PGM, drones aériens, agents infilitrés, etc) et de leurrer les combattants adverses sur ses futures actions.

Ayant beaucoup appris auprès d’un Hezbollah plutôt doué en guerre psychologique, le Hamas n’est guère resté muet durant le conflit avec Tsahal de l’hiver 2009. Peu avant la rupture de la trêve, des messages en hébreu annonçant la capture ou la mort d’un soldat israélien étaient régulièrement diffusés sur les ondes, notamment vers la frontière israélo-palestinienne. Dans ces mêmes émissions radio, le Hamas déclarait « réserver d’innombrables surprises » aux troupes israéliennes. Sans toutefois empêcher l’expédition militaire de Tsahal à Gaza, elles ont suscité la crainte d’un piégeux combat urbain chez les soldats hébreux qui furent d’autant plus prudents et optèrent pour un usage appuyé de l’appui-feu aérien et de l’escorte blindée… aux risques de pertes civiles élevées et, consécutivement, d’une dégradation durable et profonde de la notoriété d’Israël.

En 2006, lors de l’expédition militaire israélienne au pays du cèdre, de nombreux mobiles libanais reçurent des flashes d’infos – titrés News ou Headlines – émis par la défunte Voix du Liban. Numériquement ressucitée par l’état hébreu, la pseudo-radio diffusait des actualités sous une perspective israélienne. Nul doute que cette technique autorisant maintes innovations sera de plus en plus utilisée contre quelque population ou région informationnellement isolée, censurée ou « obscurcie » tous azimuts. En effet, lors de la campagne militaire russe en Géorgie ou celle israélienne à Gaza, la mise en « état de siège informationnel » de l’adversaire précédait ou accompagnait souvent l’assaut réel.

De par leur nature multimédiatique (texte, radio, télévision, téléphonie, internet) et donc hautement « pervasive », les cyops amoindrissent considérablement la possibilité d’un sanctuaire informationnel. Dans les prochaines années, nous assisterons certainement à leur prolifique diversification technique : flyers multimédia vers les mobiles, diffusion de stations radio ou de chaînes de télévision purement virtuelles, cyberpiratage des sonneries téléphoniques à des fins d’avertissement, d’intimidation ou de propagande, etc.

Au-delà de leurs seules dimensions tactiques, cyops et PGM deviennent les composantes d’un storytelling pluri-médiatique lors de la conduite d’une guerre conventionnelle, hybride ou irrégulière.

Charles Bwele

Le site Internet de Charles Bwele : Electrosphère

Source : Alliance Géostratégique

Des responsables pakistanais et européens accusent les Etats-Unis d’avoir fabriqué la dernière alerte au terrorisme

14 oct

par Robert Stevens pour WSWS

La semaine dernière, le quotidien britannique The Guardian publiait les commentaires de hauts responsables pakistanais et de responsables européens du renseignement disant que la dernière alerte au terrorisme avait des motivations politiques. Wajid Shamsul Hasan, l’ambassadeur du Pakistan en Grande-Bretagne, dit au Guardian que cette alerte avait été utilisée par les Etats-Unis afin de justifier une escalade de la guerre au Pakistan et en Afghanistan.

Ses déclarations faisaient suite à celles de certains hommes politiques européens rejetant l’affirmation de l’administration Obama qu’une attaque terroriste était imminente quelque part en Europe

Le 3 octobre, le ministère américain des Affaires étrangères avait fait une déclaration imprécise avertissant les citoyens américains en Europe de la menace d’attaques par des organisations liées à Al Qaïda. Elle ne mentionnait aucun pays en particulier et selon elle, il ne s’agissait là que d’« attaques terroristes potentielles ». La Grande-Bretagne, le Japon, la Suède et le Canada lancèrent rapidement des avertissements destinés à leurs propres citoyens leur demandant de prendre des précautions supplémentaires.

Un certain nombre de politiciens européens cependant, en Allemagne en particulier, se manifestèrent pour nier l’existence d’une menace imminente, entre autres Viviane Reding, la Commissaire européenne à la Justice et le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière.

Wajid Shamsul Hasan est un proche du président pakistanais Asif Zardari. Il dit au Guardian que malgré l’alerte lancée par les Etats-Unis et leur mise en garde contre de possibles complots commandités par Al Qaïda – dont le but serait d’attaquer des monuments célèbres dans les villes d’Europe occidentale – le gouvernement pakistanais n’avait reçu à leur sujet aucune information précise. « Si les Américains ont des informations concrètes à propos des terroristes et des gens d’Al Qaïda, ils devraient nous les donner et nous pourrions nous en occuper nous-mêmes », dit il.

« De telles déclarations [de la part des Etats-Unis] sont un mélange de frustrations, d’incompétence et de manque d’appréciation de la réalité sur le terrain. Toute tentative de violer la souveraineté du Pakistan n’apporterait pas la stabilité en Afghanistan, ce qui est, je suppose, le principal objectif des forces américaines et de celles de l’OTAN ».

Les commentaires de Hasan expriment la préoccupation du gouvernement pakistanais quant au fait que les actions militaires aveugles des Etats-Unis – parmi lesquelles l’utilisation d’hélicoptères et de ‘drones’ au Pakistan – vont provoquer une opposition de masse dans le pays. Le régime Zardari sait que toute escalade des opérations militaires au Pakistan minera un peu plus le gouvernement pakistanais. Celui-ci est complice des innombrables crimes de guerre commis par Washington. Les attaques par drones et par hélicoptères ont « mis le feu au pays » dit Hasan. « Pourquoi font-ils tellement pression sur nous ? C’est une menace contre le système démocratique… Mais les gens au Pakistan ont le sentiment que Washington s’en fiche ».

Hasan avertit de ce que des attaques militaires futures de la part des Etats Unis pourraient déclencher des représailles dont les citoyens américains au Pakistan pourraient être la cible. « Le gouvernement ne veut pas prendre ce chemin », dit il. « Mais les gens se sentent dupés. S’ils [les Américains] tuent encore quelqu’un, ils réagiront. On dit qu’il y a 3.000 membres du personnel des Etats-Unis au Pakistan. Ils feraient des cibles faciles. »

Parmi de telles cibles pourrait se trouver le personnel américain de la base aérienne pakistanaise de Jacobalad. Cette base se situe sur la frontière entre les provinces du Sind et du Baloutchistan et est utilisée par l’armée américaine comme base permanente depuis le 11 septembre 2001. Jacobalad est la base où se trouvent les forces de la CIA et c’est là aussi que se trouvent les hangars d’où sont lancés les drones.

Les attaques par drones ont été fortement intensifiées depuis l’arrivée au gouvernement de Barak Obama. Au cours de la première année de son gouvernement, les attaques de drones ont coûté la vie à plus de 700 civils pakistanais. Le lundi 4 octobre, quatre citoyens allemands furent tués lors d’une telle attaque près de la frontière afghane, au Nord-Waziristan. Des responsables pakistanais de la sécurité ont dit que huit personnes avaient été tuées en tout dans cette attaque.

Le mercredi 6 octobre, la BBC avait rapporté que « cinq militants présumés [avaient été] tués lors d’une attaque par drone dans le nord-est du Pakistan ». La BBC dit aussi que les Etats-Unis « avaient jusqu’à présent réalisé 27 attaques par drones dans cette région depuis le début du mois de septembre. » Ce genre de frappe a commencé en juin 2004 et le gouvernement pakistanais avait alors donné son feu vert.

Le Guardian a cité un autre diplomate pakistanais qui déclarait lui que les opérations avec des ‘drones’ échappaient à présent au contrôle du Pakistan. Il dit à ce journal : « Nous l’avons toujours nié dans le passé. Mais chacun sait que cela se passe. Nous devons nous réveiller ».

L’article déjà cité et paru dans le Guardian du 7 octobre mentionnait aussi des commentaires fait par des responsables des services de renseignements européens et niant plus ou moins l’affirmation par Washington d’un complot coordonné et préparé pour attaquer des emplacements en vue en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne. Le Guardian écrit : « Ils [les responsables de services de renseignements européens] ont dit que Washington était ‘le moteur’ derrière l’affirmation d’une série de complots ‘style commando’ et que la CIA – peut-être parce qu’elle s’inquiétait de ce que cela attirait de façon inopportune l’attention sur ses attaques de drones – a elle aussi été extrêmement irritée de la publicité qui leur fut donnée ».

Un autre responsable dit au quotidien britannique « donner de la cohérence [aux affirmations de complot terroriste] dans un récit homogène n’a pas de sens ».

Le même article citait un « responsable du contre-terrorisme » qui rejetait l’hystérie nourrie à propos du citoyen britannique Abdul Jabbar depuis que ce dernier avait été tué au Pakistan. Jabbar et d’autres furent tués le 8 septembre au Nord-Waziristan lors d’une attaque par un drone américain. Cet habitant de Birmingham se serait vanté de vouloir apporter la guerre sainte en Grande-Bretagne en recrutant des centaines de terroristes dans un nouveau groupe, l’‘Armée Islamique de Grande-Bretagne’.

Selon un compte-rendu des événements fait par le gouvernement pakistanais, Jabbar avait été pris pour cible et tué après qu’on l’eût entendu dire dans une réunion d’environ 300 personnes près de Miranshah au Pakistan, qu’il voulait attaquer le Royaume-Uni. Les services de renseignements pakistanais ont informé le gouvernement du Royaume-Uni de l’endroit où se trouvait Jabbar et les autorités britanniques en ont ensuite informé les Etats-Unis. Mais le Guardian cite un représentant du gouvernement britannique qui dit de ce plan d’attaque supposé du Royaume-Uni, « Nous n’y avons pas attaché trop d’importance ». Un « responsable du contre-terrorisme », cité dans le même article, dit qu’il n’existait « aucune confirmation » des affirmations de Jabbar.

Toujours dans ce même article du Guardian, un responsable des renseignement est cité, disant, « On a des discussions sur toutes sortes de choses – ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il y a quoi que ce soit de concret. Fonder des groupes n’est pas facile ».

Deux jours plus tôt, le Sun, un autre quotidien britannique, avait cité une source des services de sécurité du Royaume-Uni déclarant que Jabbar « se croyait beaucoup plus important qu’il ne l’était en réalité. Et sa vantardise lui a coûté la vie. Une figure réellement dirigeante d’Al Qaïda n’aurait pas fait une erreur aussi idiote ».

Robert Stevens

(Article original publié le 9 octobre 2010)

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Source : WSWS

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