Archive | août, 2010

Sarkozy : « L’Europe doit être plus ambitieuse. » La France à l’avant-garde de la lutte anti-terrorisme

31 août

par Nicolas Gros-Verheyde pour Bruxelles2

Le discours aux ambassadeurs de Nicolas Sarkozy, cru 2010, était un discours d’offensive à l’international. Sarkozy s’est voulu largement ambitieux pour l’Europe, estimant qu’elle devait cesser d’être « naïve » et devenir une « puissance économique globale », appelant même à ce qu’elle utilise au besoin ses armes économiques. Il s’est voulu explicatif sur l’Afghanistan (nous y resterons « aussi longtemps qu’il faudra »), offensif sur l’Iran, décrit comme un ennemi. Mais, surtout, il a voulu placer dans la France à l’avant-garde de la lutte anti-terroriste mondiale, dans une posture très Georges Bush 2001.

« La France est prête à s’engager sur des projets concrets » après avoir imposé le Traité au Lisbonne aux Français, expulsé tous les Roms, augmenter l'âge des retraites...

Une ambition pour une Europe, puissance globale

L’Europe doit cesser d’être naïve…

Pour Nicolas Sarkozy, l’Europe est encore trop gentille et fluette dans ses relations internationales. « Avec 500 millions de citoyens et une puissance économique qui représente 30 % du PIB mondial, plus de 35 % du total mondial des investissements directs à l’étranger et même près de 60 % du total de l’aide publique au développement, l’Union européenne a en mains les cartes nécessaires pour s’imposer comme une puissance économique globale. (…) Nous n’avons aucun complexe à avoir. Mais n’hésitons pas à jouer de cela, avec exigence et avec fermeté pour nous ouvrir des marchés jusqu’à présent trop fermés ! » Et le président de ne pas hésiter à « dénonce(r) une certaine naïveté européenne dans les relations commerciales ».

… et utiliser les armes économiques

« N’hésitons pas à nous battre pour imposer le respect des règles d’une concurrence loyale ! Ce n’est pas du protectionnisme. » plaide-t-il. « N’hésitons pas à combattre le dumping fiscal, le dumping social et le dumping environnemental ! On ne peut pas continuer à imposer à nos industriels et à nos agriculteurs des règles, qui s’imposent à ceux qui produisent en Europe, et dont l’on exonèrerait à ceux qui produisent hors d’Europe, puisque l’on continuerait à importer des produits fabriqués sans respecter aucune règle sociale et aucune règle environnementale. Dire cela ce n’est pas porter atteinte à la liberté du commerce, c’est simplement demander à l’Europe d’engager ses négociations commerciales avec moins de naïveté. »

Une Europe de la défense calibrée sur les défis nouveaux

« L’Europe ne peut pas en rester aux seules questions économiques, quelle que soit leur importance » tempête-t-il. « Il y a toutes les questions de sécurité et de défense. On ne défendra pas l’Europe avec des murailles de procédures et des bataillons en papier ». Et de presser les Européens à prendre la mesure des défis nouveaux : la sécurité des mers, de l’espace et du cyber-espace. « Face aux menaces contre nos intérêts vitaux, nous avons la dissuasion nucléaire. Mais face aux défis nouveaux, les Européens prennent du retard, alors qu’il leur faut aussi participer à la sécurité des mers, essentielle pour notre commerce, à la sécurité de l’espace et, désormais, du cyber-espace. »

Des projets-franco-britanniques à venir

On peut remarquer qu’aucun projet concret n’est esquissé. « La France est prête à s’engager sur des projets concrets » note le président simplement. Et si propositions il y a c’est tout autant en bilatéral qu’au niveau de l’UE. « J’ai entendu les déclarations de nos alliés britanniques sur la coopération bilatérale avec la France. Nous en discuterons avec eux sans tabou et nous prendrons des décisions importantes en novembre lors du prochain Sommet franco-britannique. »

Un accord avec la Russie

Avec la Russie, précise Sarkozy, il y a des « intérêts communs (à) développer ». Là encore, la France entend être motrice. Elle « fera dès le mois prochain (NB: septembre) des propositions précises concernant les rapports de la Russie avec l’Union européenne et avec l’OTAN, ou dans le cadre de l’OSCE qui tiendra son sommet début décembre à Astana. »

Dégraisser l’OTAN

Sur l’OTAN, le dégraissage du mammouth (comme aurait dit Allègre quand il parlait de l’Education nationale) s’avère une tâche prioritaire : « Il faudra réformer nos structures, les dégraisser, les adapter à la nouvelle donne internationale ». Mais le président ne précise pas outre-mesure les relations avec l’UE : « Les nouvelles menaces appellent une relation renouvelée et plus étroite de l’OTAN avec l’Union européenne. »

La France reprend le flambeau de la lutte anti-terroriste

Un arc de crise du Pakistan au Sahel

Le président français décrit ainsi un « arc de crise qui s’étend des frontières du Pakistan aux confins du Sahel, en passant naturellement par l’Iran et le Proche-Orient ». Un arc qui ressemble furieusement à la théorie américaine de l’arc de crises évoqué par Zbigniew Brzezinski en 1978 (lire le Times de 1979), repris par Georges Bush dans son « axe du mal » puis un axe du terrorisme et dans le plan développé par le Pentagone en 2004 visant à disposer de bases autour d’un « arc de crises ».  Les mêmes mots, les mêmes pays sont ainsi décrits.

« La lutte contre le terrorisme demeure une priorité absolument majeure – explique le président. Toutes les analyses confirment que, depuis 2001, la capacité d’Al Qaïda de lancer des attaques dévastatrices contre les pays occidentaux a été fortement réduite. En revanche, Al Qaïda et ceux qui s’en réclament ont accru leur emprise dans certains Etats, dans un arc qui va du Pakistan au Mali. Chaque pays fait face à une situation spécifique. Il n’y a pas aujourd’hui de coordination opérationnelle entre les groupes qui agissent d’un bout à l’autre de cet arc de crise. Mais si la situation devait se dégrader, le risque serait immense de voir apparaître une chaîne continue liant les bases terroristes de Quetta et du Sud-afghan à celles du Yémen, à celles de la Somalie et à celles du Sahel. Il y a là une véritable préoccupation d’un arc de crise du terrorisme. »

La France prend le relais de la lutte anti-terroriste

Voilà pour l’analyse. Coté action, Nicolas Sarkozy promet toute son  aide « sans réserve » aux «gouvernements qui lui en font la demande à former, équiper, renseigner les forces mobiles dont ils ont besoin pour éliminer des groupes qui menacent de déstabilisation tout le Sahel ». Evoquant l’Algérie, le Maroc,  la Tunisie et la Libye, il ajoute : « leur combat contre le terrorisme est le nôtre, car leur sécurité ne peut être séparée de la nôtre ».

Nicolas Sarkozy a aussi promis « accentuer son effort en Somalie, en réponse aux demandes de l’Union africaine ». Car « La victoire (des milices islamistes des Shebab) à Mogadiscio transformait la Somalie en base de départ d’Al Qaïda, ce serait une catastrophe. Cela achèverait de déstabiliser toute une région déjà fragilisée par les déchirements du Soudan. »

Un ennemi : l’Iran

Mais l’ennemi, « au cœur de cet arc de crise », est connu, c’est « l’Iran ». Un Iran (qui) « alimente la violence et l’extrémisme dans la région et représente aujourd’hui la principale menace à la sécurité internationale dans un domaine majeur qui est celui de la prolifération ». Et Sarkozy de prévenir. « Si un accord crédible ne pouvait être conclu (sur le nucléaire), alors l’isolement de l’Iran s’accroîtrait inexorablement et face à une menace qui se préciserait, il faudrait aussi nous organiser pour protéger et défendre les Etats qui se sentiraient menacés. »

Au passage, Sarkozy endosse le cas Sakineh comme celui de la France, “la France considère qu’elle en a la responsabilité“.

En Afghanistan, chacun doit assumer ses responsabilités

Foin de « catastrophisme » en Afghanistan, le président veut remettre les choses à leur place : les Talibans « forts dans le Sud et dans l’Est », le « reste du pays (sans) violences majeures ». Cela semble un tantinet optimiste… En tout cas, le chef des Armées réaffirme : « La France restera engagée en Afghanistan, avec ses alliés, aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan. » Mais il dresse aussi un avertissement : chacun doit « assumer pleinement ses responsabilités ».

Il dresse ainsi la feuille de route des « alliés » : 1) « défendre les Afghans dans les régions où les Talibans menacent », 2) « former des forces de sécurité afghanes aptes à combattre par elles-mêmes », 3) « apporter à la population une aide civile adaptée à ses véritables besoins ». « Ce que la France fait dans sa zone de responsabilité, Kapisa et Surobi » ajoute-t-il. Autrement dit, à chacun de faire pareil.

Le gouvernement afghan, de son coté, « doit améliorer la gouvernance du pays, combattre la corruption, combattre la drogue et sans doute proposer la réconciliation à ceux qui renoncent à la violence et coupent tout lien avec Al Qaïda en respectant les institutions afghanes, (enfin) se préparer sérieusement à prendre en charge la sécurité des provinces et districts (…) jugés assez stables ».

Quant au Pakistan, il doit « vaincre le terrorisme chez lui » et avoir « moins (…) d’ambigüité sur l’engagement des forces pakistanaises contre le terrorisme ».

Une 2e conférence sur l’aide à la Palestine

Souhaitant se réinsérer dans le jeu du Moyen-Orient, dont pour l’instant la France est exclue, et où l’Europe joue un rôle mineur, Sarkozy estime que « Un accord de paix, dont tout le monde connaît les paramètres, peut être signé dans le délai d’un an » et propose d’accueillir la 2e conférence d’aide au peuple palestinien à Paris « pour financer l’achèvement de la construction de l’économie et des structures du futur Etat » et d’organiser le deuxième sommet de l’Union pour la Méditerranée à Barcelone fin novembre.

Voir le discours

Source : Bruxelles2

Mauvais réveil pour l’Occident ? (vidéo)

30 août

L’essoufflement des divers plans économiques avec l’argent public pour “tenter” de mettre un terme à la crise financière a commencé à se manifester et certaines agences de notation n’osent plus le cacher. La reprise était-elle un coup de bluff ? Après la grave crise de l’euro qui n’est pas encore terminée avec la discipline budgétaire qui sera imposée à l’ensemble des pays de l’UE, la fin de la crise du dollar provoquera-t-elle la transformation de la crise financière en krach ? Brève analyse d’Hervé Juvin sur la situation économique en cette rentrée de septembre 2010.

Source : Realpolitik.tv

Deux minutes avant minuit ?

29 août

par Tony Karon pour TomDispatch

Coupure à travers le pseudo débat des médias sur les aventures de la bombe iranienne.

Barack H. Obama cédera-t-il au chantage d'Israël ?

La marche de l’Amérique dans la désastreuse guerre en Irak a commencé dans les médias, où une invasion d’un pays arabe par les Etats-Unis non provoqué a été présentée comme une option politique légitime, puis débattue comme étant une option prudente et nécessaire. Maintenant, une propagande similaire des médias sur l’Iran gagne de l’élan.

Le mois dernier, Joe Klein, éditeur du Time, a été averti que des sources au sein de l’administration Obama ont raconté que le bombardement des installations nucléaires iraniennes était de « retour sur la table ». Dans une interview sur CNN, l’ancien directeur de la CIA, l’amiral Mike Hayden, a parlé d’une dynamique confrontation « inexorable », en prétendant que le bombardement était une option plus viable pour l’administration Obama qu’elle ne l’avait été sous George W. Bush. Le plat de résistance dans le roulement de tambour d’alertes à la bombe iranienne, est, toutefois, venue d’un article, « The Point of No-Return », de Jeffrey Goldberg mise en ligne sur le site de l’Atlantic Monthly. Goldberg est un influent journaliste dans les cercles pro-israéliens aux Etats-Unis, ayant également accès aux coulisses du pouvoir d’Israël. Parce que les sanctions ont été peu efficaces pour forcer à nouveau l’Iran à mettre un terme à son projet d’enrichissement d’uranium, Goldberg a invité les lecteurs à croire qu’il y avait plus d’une chance pour qu’Israël lance une attaque militaire contre l’Iran d’ici l’été prochain.

Son article, qui a suscité un débat considérable dans la blogosphère et dans les médias traditionnels, était certainement un article particulier. Après tout, malgré le ton dramatique qu’il a déployé, y compris des vives descriptions sur le plan de bataille israélien, et sa tendance à peindre l’Iran comme un nouveau Auschwitz, il a également précisé que bon nombre de ses principales sources israéliennes estiment que l’Iran pourrait lancer des armes nucléaires contre Israël, seulement si elle les a acquises.

Néanmoins, Goldberg averti, qu’en cas d’absence prochaine d’un abandon iranien, Israël voudrait quand même lancer cette guerre pour l’été 2011 et, à son tour, aurait la garantie de plonger la région dans le chaos. Le message : l’administration Obama devrait mieux en faire plus pour faire face à l’Iran ou Israël agira comme un fou.

Ce n’est pas perdu pour bon nombre de ses détracteurs progressives que, lorsqu’il est venu soutenir une éventuelle invasion de l’Irak en 2002, Goldberg s’est avéré être efficace dans le lobbying de l’Amérique libérale, en particulier par l’intermédiaire de ses rapports de « preuve » des liaisons de Saddam Hussein et Al-Qaïda. Tandis que maintenant, il se présente lui-même comme un interlocuteur qui n’a aucun point de vue. Dans son récent article de l’Atlantic Monthly, il professait une « profonde ambivalence paralysante » sur la question d’une attaque militaire sur l’Iran et par la suite, dans les entrevues à la radio, il a prétendu être « personnellement opposé » à une action militaire.

Faut-il toujours considérer les Etats-Unis comme le gendarme du monde ?

Son article, cependant, est opportunément ignoré sur certaines incohérences évidentes à ce que ses sources israéliennes lui ont révélé. En outre, il exclue des perspectives de dirigeants israéliens qui pourraient contester son récit dans lequel l’État juif sent qu’il y a plus aucune autre alternative au lancement d’une chevaleresque attaque militaire. Une telle attaque, comme il l’a présentée, pourrait limité l’espoir de faire plus que brièvement suspendre le programme nucléaire iranien, peut-être à un coût catastrophique, et ainsi, les dirigeants israéliens agiraient uniquement de la sorte parce qu’ils croient que les « goyim » ne souhaitent plus empêcher un autre Auschwitz. Ou comme mon ami Paul Woodward, rédacteur en chef du site War in Context, résume si brillamment le message israélien à l’Amérique : « Vous devez faire ce qui nous est impossible, car si vous ne le faites pas, nous le ferons. »

Goldberg insiste sur le fait qu’il est simplement l’instigateur d’un débat sur la façon de contrer l’Iran et que ce débat est déjà en cours sur ses conditions – c’est-à-dire, comme son prédécent article sur la guerre en Irak, selon un sens fabriqué de la crise et des termes arbitraires.

Vendredi dernier, le New York Times a rapporté que l’administration Obama avait convaincu Israël qu’il était inutile de se précipiter sur la question. Si l’Iran décide de construire une arme nucléaire (ce que l’Iran n’a pas fait), il devrait, d’après ce que les officiels de l’administration ont souligné, rapidement exprimé ses intentions claires en expulsant les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) qui surveillent régulièrement ses activités nucléaires et quitter le Traité de Non-Prolifération (TNP). Après cela, il faudrait encore une autre année ou plus pour assembler sa première arme.

En d’autres termes, en dépit de l’horaire hystérique des deux minutes avant minuit de Goldberg, il n’y a aucune urgence que ce soit de débattre d’une action militaire contre l’Iran. Et puis, bien entendu, se pose la question des lieux à bombarder ou non dans les prémisses de guerre. Peut-être, après toutes ces années d’obsessionnelle manie nucléaire de l’Iran, c’est trop demander un moment de tranquillité d’esprit sur la question de l’Iran et de la bombe. Si, toutefois, nous n’avons plus que quelques années pour penser cela, commencons par poser trois questions cruciales, dont chacune d’entre-elles préfèreraient-elles être à éviter ou à ignorer par nos débatteurs ?

1. Est-ce que les États-Unis ont-il le droit de lancer des guerres d’agression, sans provocation, au mépris du droit international et d’un consensus international, simplement sur la base de ses propres soupçons sur les intentions futures d’un autre pays ?

Ou pour le dire crûment, comme les anciens employés du Conseil de Sécurité Nationale Flint Leverett et Hillary Mann Leverett l’ont dit : est-ce que les États-Unis ont le droit d’attaquer l’Iran car il enrichit de l’uranium ?

L’idée que les États-Unis aient le droit de prendre une telle démarche catastrophique basée sur les imaginations délirantes bibliquement inspirées par les extrémistes israéliens – Goldberg a déjà suggéré que le Premier ministre Netanyahou croit que l’Iran est la réincarnation des Amalécites selon les récits bibliques, ennemis mortels des anciens Hébreux qui les frapperaient – ou simplement pour conserver un monopole israélien sur la force nucléaire au Moyen-Orient est aussi bizarre comme téméraire. Même débattre de la possibilité de lancer une attaque militaire sur les installations nucléaires iraniennes comme une question de politique rationnelle, en l’absence de toute agression iranienne ou même de preuves solides que les dirigeants iraniens ont l’intention de mener leur propre version de guerre agressive, donne une respectabilité justifiée à ce qui devrait autrement être considérée comme des étapes au-delà des limites d’une discussion rationnelle de la politique étrangère.

Peut-être que quelqu’un dans notre serre chaude de médias pourrait prendre un instant pour demander pourquoi, en dehors des États-Unis et Israël, il n’y a aucun support – nada, zéro, que dalle – pour une action militaire contre l’Iran (vous remarquerez ici que les considérations de Bernard Kouchner ne sont pas prises en compte par l’auteur de l’article, ndt). Dans le monde de Goldberg, ce n’est peut-être rien de plus que la bête éternelle de l’antisémitisme élevant encore sa tête insupportable sous la forme de mépris pour la montée des Amalek, des Haman, des Torquemada, des Hitler. Une lecture plus sobre de la situation internationale suggère, toutefois, que la majeure partie de la communauté internationale ne partage tout simplement pas une vue alarmiste que le programme nucléaire iranien représente.

En effet, il est remarquable que, dans le monde de Goldberg, les arabes et les Iraniens ne parlent jamais. Les arabes, nous dit-on, souhaitent secrètement qu’Israël ou les États-Unis bombardent les installations nucléaires de l’Iran de peur que l’acquisition d’armes nucléaires enhardisent leurs rivaux persans. Ils sont, telle que l’histoire la raconte, tout simplement pas capable de le dire en public. Bien entendu, lorsque les dirigeants arabes expriment publiquement leur opposition à l’idée d’une autre guerre lancée au Moyen-Orient, elles sont ignorées dans le débat de Goldberg.

Extrait de l’interview du roi Abdallah II de Jordanie par Fareed Zakaria :

Roi Abdallah II : J’ai toujours dit que revenir sur la question principale est le problème israélo-palestinien, car toutes les routes dans notre partie du monde, tous les conflits conduisent à Jérusalem.

Aujourd’hui, l’Iran est mise elle-même comme les défenseurs de la cause palestinienne. Il y a plusieurs jours, Oussama ben Laden dans son message enregistrée aux États-Unis a à nouveau souligné la souffrance des Palestiniens. C’est l’injustice envers le peuple palestinien qui permettent à d’autres acteurs des Etats et des acteurs non étatiques à assumer le rôle d’être les défenseurs des Palestiniens.

Si nous résolvons ce problème, je pense que nous pourrons commencer à détendre tous les autres points de pression à l’intérieur du Moyen-Orient.

Fareed Zakaria : Mais vous en Jordanie, pouvez-vous vivre avec un Iran doté d’une arme nucléaire ?

Roi Abdallah II : Si nous résolvons le problème israélo-palestinien, pourquoi les Iraniens voudraient dépenser autant d’argent sur un programme militaire ? Cela n’a aucun sens.

Je veux dire, le pays a des défis sociaux. Il a des défis économiques. Pourquoi distribuer une enveloppe dans l’obtention d’un programme militaire ? Pour quelle raison ? Si vous permettez de résoudre le problème [israélo-palestinien], vous n’avez pas besoin de poursuivre ce chemin.

Fareed Zakaria : Personnes à Washington n’écoutent ce que vous dites, « ils sont fixés sur l’Iran ».

Roi Abdallah II : Le Président Obama a dit quelque chose qui était très, très critique sur l’avenir du Moyen-Orient. Il a dit que, pour la première fois – et je pense qu’il devrait se passer de nombreuses décennies – que l’Amérique veut voir une résolution du conflit israélo-palestinien, parce qu’il est dans l’intérêt vital de la sécurité nationale des États-Unis.

Combien de temps encore, combien de massacres encore avant la fin de l'impunité d'Israël ?

De même, leur rejet par Washington que la sécurité spéciale d’Israël doit être exemptée de toute discussion dans la création d’un Moyen-Orient dénucléarisé reste en dehors des limites de l’histoire du débat sur l’Iran. Et ne vous attendez pas à voir une quelconque mention de l’enquête annuelle sur l’opinion publique arabe de l’Université du Maryland faisant autorité. Après tout, elle a récemment signalé que, contrairement aux affirmations d’un monde arabe tremblant sous la menace du nucléaire iranien, 57 % de l’opinion publique arabe pense actuellement qu’une arme nucléaire iranienne serait une bonne chose pour le Moyen-Orient !

L’idée que le régime iranien puisse exister pour n’importe quelle autre raison que pour détruire Israël est largement ignorée évidemment. Assez bizarrement, les Iraniens ne participent effectivement pas beaucoup au débat américain (au-delà des citations des déclarations à la « Mad Mullah » par certains dirigeants iraniens qui souhaitent qu’Israël disparaîtrait). La relation entre Israël et la République islamique, longue, nuancée comme expliqué par Trita Parsi, auteur de « Treacherous Alliance : The Secret Dealings of Israel, Iran, and the United States », est tout simplement ignoré. De plus, c’est dans chacune des indications données par les dirigeants iraniens qu’ils disent n’avoir aucune intention d’attaquer Israël ou tout autre pays. En fait, dans le débat de Goldberg, la politique intérieure des États-Unis et d’Israël est comprise comme un facteur important des futures décisions ; l’Iran, avec le Mouvement Vert (opposition iranienne dirigée par les candidats à l’élection présidentielle de 2009 Mir Hossein Moussavi et Hojjat ol-Eslam Mehdi Karoubi qui est issue de la révolution colorée, ndt) actuellement supprimé, est réputé ne posséder aucune politique intérieure à tous les niveaux, uniquement des mauvais mollahs.

2. Même si l’Iran était en train d’acquérir les moyens de construire une arme nucléaire, est-ce que cela deviendrait une raison légitime ou prudente pour lancer une guerre ?

Si l’Iran poursuit réellement la capacité de construire des armes nucléaires, ses dirigeants pourraient être alors en réponse à un environnement stratégique dans lequel deux de ses principaux adversaires, les États-Unis et Israël, et deux de ses « tantôt amis, tantôt adversaires », la Russie et le Pakistan, ont des arsenaux nucléaires substantielles. Par tous les comptes sobres, le niveau de sécurisation de l’Iran est principalement axé sur la survie de son régime. Certains officiels militaires et du renseignement israéliens ont été cités dans les médias d’Israël disant que la motivation de l’Iran dans la recherche d’une arme nucléaire serait principalement en vue d’une menace d’intervention états-unienne visant le changement du régime.

La plupart des États ne recherchent pas des systèmes d’armes comme une fin en soi, et la plupart des États hiérarchisent leur propre survie. C’est à cette fin qu’ils acquièrent des systèmes d’armes – à protéger, améliorer ou faire progresser leur propre position stratégique, ou jusqu’à se donner une chance contre de plus puissants rivaux. En d’autres termes, les conflits pour le combustible des armes nucléaires sont plus dangereux que les armes elles-mêmes, et le problème de ces armes ne peut être résolu séparément de ces conflits.

Un Iran qui serait bombardé afin de détruire son programme nucléaire émergera probablement avec de l’expérience beaucoup plus dangereuse pour les États-Unis et leurs alliés dans les décennies à venir que d’un Iran qui avait des armes nucléaires à portée de main. Le seul moyen de diminuer le risque d’une escalade dans la confrontation avec l’Iran est à régler directement le conflit entre Téhéran et ses rivaux et à chercher un modus vivendi qui géreraient leurs intérêts conflictuels.

Malheureusement, un tel dialogue entre Washington et Téhéran a à peine commencé, même si, au milieu des avertissements alarmistes, Goldberg et autres insistent que ce dialogue soit réduit afin d’éviter que les Iraniens « jouent sur le temps ».

3. Est-ce que l’Iran développe réellement des armes nucléaires ?

Non. C’est la conclusion de la CIA, de l’AIEA dont les inspecteurs sont à l’intérieur des installations nucléaires iraniennes et de la plupart des agences de renseignement du monde, y compris les Israéliens. Le renseignement états-unien croit premièrement que l’Iran utilise un programme nucléaire civil pour assembler une grande partie de l’infrastructure qui pourrait, à l’avenir, être utilisée pour créer une bombe, et deuxièmement que l’Iran puisse également poursuivre les travaux théoriques sur la conception d’une telle arme.

Les grandes puissances pèsent-elles réellement les graves conséquences régionales et mondiales en cas de bombardement de la centrale nucléaire de Bushehr ? En d'autres termes, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

Toutefois, les spectres de Washington et de son établissement de défense ne pensent pas que l’Iran développe actuellement des armes nucléaires, ni que son leadership a pris la décision ultime de le faire. En fait, le consensus semble être que les matières nucléaires iraniennes ne seront pas utilisées à des fins militaires, mais qu’ils s’arrêteront à ras de la « breakout capacity » – l’habilité, également disponible, par exemple, au Japon, à s’activer relativement rapidement pour construire une telle arme. Actuellement, selon le New York Times qui le rapporte, le délai pour les « breakouts », si tout s’est bien passé (et cela ne se peut pas), serait d’environ un an, après laquelle l’Iran aurait suffisamment de matière fissile pour une bombe. (Les Israéliens, par comparaison, auraient 200 à 400 armes nucléaires dans leur programme non déclaré, les Pakistanais entre 70 et 90 et les États-Unis plus de 5000). En outre, une force de dissuasion nucléaire crédible nécessiterait la production de pas une, pas deux bombes, mais d’un certain nombre, qui permettrait d’être testées.

Pour l’ex-directeur de la CIA, Hayden, une telle « breakout capacity » serait « comme un facteur de déstabilisation leur permettant effectivement d’avoir une arme ». C’est un bond logique qui est difficile à supporter, sauf si vous pensez qu’il est utile de lancer une guerre pour empêcher l’Iran, au pire, d’acquérir un atout défensif qui pourrait empêcher de l’attaquer.

Les activités d’enrichissement de l’Iran sont, bien entendu, une violation des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies assorties de sanctions. Celles qui ont été imposées pour demander à l’Iran de suspendre son programme d’enrichissement jusqu’à ce qu’il ait satisfait concernent les préoccupations soulevées par les inspecteurs de l’AIEA sur sa conformité avec les exigences de divulgation et de transparence du TNP – surtout lorsque l’Iran est venu aux aspects de son programme, qui ont été développés en secret, soulevant des soupçons sur leur utilisation ultérieure.

Trois ans avant d’avoir été en mesure de tester une arme nucléaire, la Corée du Nord s’était retirée du TNP et avait expulsé les inspecteurs de l’AIEA. L’Iran demeure toujours dans le traité. Alors même que l’engrenage sur son programme nucléaire continue, des efforts renouvelés sont déployés pour négocier un accord de confiance afin d’échanger l’uranium enrichi iranien contre des barres de combustible produites en dehors du pays pour alimenter un réacteur de Téhéran qui produit des isotopes médicaux.

Rien de tout cela sera facile, bien entendu. Les deux principaux partis tentent d’imposer leurs propres conditions, mutuellement exclusives sur toute affaire : Washington veut que l’Iran renonce à son droit garanti par le TNP d’enrichir son propre uranium parce que cela signifie également le potentiel de produire du matériel pour créer la bombe ; l’Iran n’a aucune intention de renoncer à ce droit. Des piliers de longue date de la sobriété de la politique étrangère comme le sénateur John Kerry et Colin Powell, ancien président du Comité des chefs d’États-majors interarmées et secrétaire d’Etat, ont publiquement estimé que la position états-unienne est intenable.

Suggérer que l’actuel programme nucléaire iranien représente la sécurité équivalente à une horloge cochant jusqu’à minuit est calculée avec une hystérie qui ne porte aucun rapport avec la réalité. Ah, dit Goldberg, mais le point est que les Israéliens pense que c’est le cas. Oui, rétorque l’ancien analyste de l’Iran du Conseil de Sécurité Nationale Gary Sick, maintenant à l’Université de Columbia, mais les Israéliens et certains Américains ont revendiqué que l’Iran était juste à quelques années de posséder une arme nucléaire depuis 1992.

Les prémisses du débat seulement initiées par l’article de Goldberg sont manifestement fausses. Plus important, elles sont remarquablement dangereuses, depuis qu’il a sauté les trois questions fondamentales énoncées ci-dessus et passé directement à l’argumentation du cas de la guerre au milieu de visions d’anéantissement. Cette campagne de panique n’est pas une invention de Goldberg. Elle est avec nous depuis longtemps. Goldberg est simplement le véhicule présent pour une conversation américaine initiée par d’autres, parmi eux ceux connus dans les années Bush comme néocons, qui ont longtemps rêvé d’une guerre avec l’Iran et sont déjà, comme Juan Cole l’a récemment indiqué, en train de planifier une telle guerre sous une future administration républicaine, si pas plus tôt.

De même, parmi les Israéliens, le Premier ministre Netanyahou, en particulier, estime que les Américains sont politiquement faibles d’esprit ; il a dit à un groupe de colons israéliens dans une vidéo qui est apparue récemment : « Je sais ce qu’est l’Amérique. L’Amérique est une chose que vous pouvez déplacer très facilement, déplacez-la dans la bonne direction. Et ils ne seront plus sur notre chemin ».

A travers Goldberg, le leader israélien et ses collaborateurs cherchent à « déplacer l’Amérique dans la bonne direction » avec de sombres histoires d’Auschwitz et Amalécites, et de Netanyahou lui-même comme un otage, dans le sens freudien, d’un père féroce et funeste qui ne tolère aucun spectacle de faiblesse face aux menaces perçues par les Juifs. Les sources de Goldberg, y compris Netanyahou, disent clairement qu’ils ne croient pas que l’Iran voudrait attaquer Israël. Au lieu de cela, ils avertissent qu’une arme nucléaire iranienne pourrait enhardir le Hamas et le Hezbollah, bien que la logique tenue est en effet peu solide. Après tout, si l’Iran ne veut pas attaquer Israël sur ses propres terres avec une arme nucléaire, pourquoi le ferait-il afin de défendre ses alliés insurgés ?

Le Ministre de la défense israélien Ehud Barak a suggéré qu’une arme nucléaire iranienne pourrait inviter les meilleures et les plus brillants Israéliens à émigrer, parce qu’ils sont des personnes intelligentes qui peuvent avoir une bonne vie eux-mêmes n’importe où dans le monde. En effet, et c’est exactement ce qu’ils ont fait depuis de nombreuses années. Quelques 750 000 Juifs israéliens vivent maintenant à l’étranger – un Israélien sur six – précisément parce que l’antisémitisme n’est plus une menace pour la vie juive dans la majorité du monde industrialisé. Rien de tout cela n’a à voir avec une bombe iranienne. Il a à voir avec la frustration du leadership israélien que 63 % des Juifs du monde entier ont choisi de vivre ailleurs.

Malgré la prédiction d’incitation à la panique de Goldberg, il y a beaucoup de raisons de croire que, pour toutes ses paroles en l’air et menaces, Israël, en fait, ne veuille pas bombarder l’Iran l’année prochaine – ou à tout moment. Mais est-ce que les Israéliens souhaitent-ils voir les États-Unis s’en prendre à leur principal ennemi régional ? Vous pariez qu’ils le voudraient. En effet, Netanyahou insiste sans cesse sur le fait que les États-Unis ont l’obligation de prendre l’initiative de faire face à l’Iran.

Il est manifestement clair dans l’article de Goldberg que les Israéliens tentent de créer un climat dans lequel les États-Unis sont enfoncés sur le chemin de l’escalade, ajoutant de plus en plus de sanctions et gardant « toutes les options sur la table » au cas où les sanctions ne fonctionneraient pas.

Dans un excellent commentaire qui démantèle la logique de l’argument de Goldberg, David Kay – l’Américain qui a servi comme inspecteur du CSNU en quête d’armes de destruction massives en Irak après l’invasion états-unienne – laisse entendre que :

« Israël est engagé dans une guerre psychologique avec l’administration Obama – et il s’agit seulement d’une partie qui concerne l’Iran… Au-delà de l’Iran, ce qui est probablement d’une plus grande importance pour l’actuel gouvernement israélien est d’éviter que l’administration Obama le pousse dans un choix entre les colonies et des arrangements territoriaux avec les Palestiniens qu’Israël n’est pas disposé à faire et les dommages permanents à ses relations avec les États-Unis. Gonflant le programme nucléaire iranien, la nécessité d’une action militaire précoce est un bon outil de marchandage… Si les États-Unis veulent éviter une imminente attaque israélienne, ils doivent faire des concessions à Israël sur la question palestinienne. »

Créant un sentiment de crise sur le front de l’Iran, le rétrécissement des options états-uniennes dans l’esprit du public et excluant une véritable discussion de politique américaine envers l’Iran peuvent servir à plusieurs fins pour divers groupes intéressés. Prises ensemble, cependant, elles réduisent toutes discussions à une question : quand exercer cette option militaire conservée « sur la table », compte tenu de l’invraisemblable d’une cession iranienne ? La finalité du débat est de planter, dans l’esprit du public, l’idée qu’une marche de guerre avec l’Iran, comme l’amiral Hayden le mentionne sur CNN, « semble inexorable, n’est-ce pas ? »

Inexorable – uniquement si le média permet lui-même d’être dupe une deuxième fois.

Tony Karon est un éditeur senior de Time.com où il analyse les conflits moyen-orientaux et d’autres. Il blogue sur son propre site Rootless Cosmopolite.

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Article original : Two Minutes to Midnight ?

Traduction : Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

Les prétextes de Greenpeace pour fuir le Golfe du Mexique

27 août

Pourquoi Greenpeace tourne le dos à la marée noire du Golfe du Mexique ?

Depuis le début de la marée noire dans le Golf du Mexique, tout le monde s’étonne du silence assourdissant de Greenpeace sur le sujet. Organisation prompte à dénoncer les plus petites comme les plus grandes causes, Greenpeace se limite volontairement ou pas à la mise en place d’un concours de singerie du logo de BP. Les seules activistes et pour le coup les seules activités « indépendantes » immédiatement sur le terrain se résument à un groupe de jeunes étudiants défilant avec des banderoles et des pancartes sur les plages de Floride. Quelle résonance ! Quelle prise de risque ! Nous sommes loin des zodiacs qui caméra au poing et au péril de leurs occupants, barrent la route des thoniers et autres transports de matières fissiles !

Non décidemment, Greenpeace est certainement investie dans une cause autrement plus noble : la défense des orangs-outans en Indonésie. Voilà une cause importante. Qui de Nestlé, Kraft ou Unilever n’a pas eu droit à son clip « amateur » sur Youtube dénonçant à fort renfort de sang cette ignominie que représente la déforestation de l’Indonésie. Et maintenant encore plus fort, Greenpeace passe à la vitesse supérieure en produisant un rapport ce mois-ci dénonçant l’exploitation à des fins de production de pâte à papier, de la tourbière d’Indonésie ; tourbière qui à double titre doit être protégée puisqu’elle représente une importante réserve de CO2 et le « dernier refuge » des tigres de Sumatra !

La France et les sociétés françaises, jusqu’alors épargnées, ont aussi droit d’être ses suppôts de la déforestation criminelle. Cette déforestation est autrement plus criminelle que les millions d’animaux (oiseaux, poissons, batraciens etc.) tués par la marée noire sur les côtes du Texas ; de l’Alabama et des zones humides de Floride. Les sociétés Carrefour, Auchan, les magazines Elle et Marie-Claire sont complices de cette déforestation en s’approvisionnant en papier dans la société Asian Pulp and Paper (APP), filiale de Sinar Mas. Tel est l’objet du brûlot de Greenpeace.

Dans sa bataille aveugle contre APP/Sinar Mas, aussi producteur d’huile de palme (tiens la revoilà !), Greenpeace oublie la contribution par APP aux 216.000 hectares sanctuarisés pour les tigres de Sumatra.

Dans sa bataille aveugle, Greenpeace émet un rapport mettant en cause Carrefour au moment même de la présentation de ses résultats aux actionnaires et ce dans un contexte de concurrence acharnée entre les grands de la distribution sur la zone de l’Indonésie, la Malaisie et Singapour. Coïncidence fâcheuse :

  • le territoire même traité par le rapport de Greenpeace « Pulp the Planet »,
  • le moment le plus propice pour une déstabilisation de Carrefour.

Cette situation n’a pas échappé au 1er concurrent de Carrefour dans cette région lequel Dairy Farm Group se positionne immédiatement comme repreneur éventuel des filiales de Carrefour en Malaisie, Singapour et Taiwan conformément à la fuite d’informations « secrètes » précisant que Carrefour s’apprêterait à se séparer de celles-ci. Cette information provient, bien entendu, d’une source confidentielle… anonyme. Double coïncidence désormais !

Dairy Farm Group appartient au groupe Jardines lequel fait partie intégrante des activités financières de la famille Kewsky ; famille originaire d’écosse ayant fait fortune en Asie du Sud Est depuis 1855 notamment pendant la guerre de l’opium. Ce n’est donc plus le combat désintéressé de Greenpeace pour sauver les tourbières d’Indonésie, mais plutôt la lutte de pouvoir entre les 2 plus grosses entreprises de distribution du Sud Est asiatique. Force est de constater qu’en faisant courir le bruit sur les filiales malaisiennes et taiwanaises, Dairy Farm group attaque sur le bastion historique de l’implantation de carrefour dans cette région du monde :

  • 1ère filiale créée en Asie, Taïwan en 1989,
  • 1ère filiale créée dans le Sud Est asiatique, Malaisie en 1994.

La stratégie est donc de :

  • fragiliser Carrefour sur les territoires où Dairy farm est leader avec 102 hypermarchés Giant en Malaisie, pour mieux
  • attaquer sur le territoire de prédilection de Dairy Farm à savoir la Chine où l’expansion de Carrefour est de notoriété publique.

Greenpeace mentionne dans sa mission qu’elle est une organisation indépendante… des pouvoirs politiques et économiques mais omet de :

  • combattre BP dans le Golf du Mexique alors que Shell fait partie de ses actionnaires donateurs,
  • mentionner les sociétés sud-est asiatiques dans le brûlot « Pulp the Planet » alors la force commerciale internationale de APP possède forcément des clients sur son « home market »,
  • informer des implications « directes » autrement plus importante de la famille Kewsky dans la destruction du biotope d’Asie du Sud Est depuis leur implantation en 1855, lesquelles implications sont ressorties pendant la campagne des Torries fortement financée par la famille Kewsky.

L’ « indépendance » de Greenpeace qui vise à attirer l’attention sur une micro-question en vue de cacher la « Big Picture » est pour le moins suspecte et éthiquement condamnable.

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Source : Knowckers

Barack Obama : une terrible déception

26 août

par Pierre R. Chantelois

« Les États-Unis ont fait la sourde oreille face aux appels répétés de la communauté internationale, notamment de hauts responsables des Nations unies, leur déconseillant d’établir le dangereux précédent consistant à juger dans le cadre d’un procès inique une personne qui aurait commis des "crimes de guerre" alors qu’elle était mineure. »

« Nous allons assister au premier procès d’un enfant soldat dans l’histoire moderne », a déclaré, auprès du juge militaire Patrick Parrish, l’avocat d’Omar Khadr, le lieutenant-colonel Jon Jackson. « Il n’existe aucun doute que M. Khadr a été soumis à des traitements dégradants », a poursuivi l’avocat. « Quand le président Obama a été élu, j’ai cru que nous allions fermer le livre de Guantanamo et des tribunaux d’exception, mais à la place, le président a décidé d’ajouter un nouveau chapitre, triste et pathétique, à ce livre », a observé l’avocat de l’enfant-soldat, Omar Khadr,maintenant âgé de 23 ans.

Le système judiciaire d’exception a été créé, en 2006, par l’administration Bush, pour juger les détenus de Guantanamo, également connue sous le nom de JTF-GTMO (Joint Task Force Guantanamo). Le 26 octobre 2001, le président George Walker Bush signe le USA Patriot Act (« United and Strenghtening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism »),voté par le Congrès à une très large majorité, qui autorise la détention sans limite et sans chef d’accusation depuis 2001. Cette loi remet en force la notion de « combattants hors-la-loi » (unlawful combatants) pour déférer devant des juridictions militaires d’exception l’ensemble des ressortissants étrangers accusés de « terrorisme », ainsi que les membres présumés d’al-Qaida capturés hors du territoire américain (décret présidentiel du 13 novembre 2001).

Il convient de rappeler que dans le préambule de la constitution des États-Unis de l’Amérique du Nord, il est écrit :

Nous, le peuple des États-Unis, afin de former une union plus parfaite, d’établir la justice, d’assurer la tranquillité intérieure, de pourvoir à la défense commune, d’accroître le bien-être général, et d’assurer pour nous, comme pour notre postérité, les bienfaits de la liberté, nous faisons, nous ordonnons et établissons cette constitution pour les États-Unis d’Amérique.

Barack Obama, dès son arrivée à la Maison Blanche, avait tenu ses promesses en annonçant la fermeture de ce camp de prisonniers de l’armée américaine. En effet, lLe 22 janvier 2009, il avait signé un décret présidentiel ordonnant la fermeture du camp dans un délai d’un an. Depuis, il a fait volte-face. « Rien n’empêche dans le droit américain de traduire un mineur en justice », a souligné David Iglesias, porte-parole de l’accusation dans le procès d’Omar Khadr, en expliquant que le ministère public n’hésiterait pas à demander une peine de prison à vie si le jeune homme est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés. Il faut savoir également que cinq autres détenus – soupçonnés d’avoir joué un rôle important dans les attentats du 11 septembre – sont en attente de procès : retenus sans inculpation, ils ignorent s’ils seront jugés par un tribunal militaire ou civil. Entre 2002 et décembre 2008, 779 personnes sont passées par cet établissement dont cinq se sont suicidées.

Et c’est devant ce tribunal d’exception que le juge militaire américain, le colonel Patrick Parrish, a déclaré – dans un premier temps – recevables les « aveux » que l’accusé dit avoir faits sous la contrainte et décidé – dans un second temps – qu’« il n’y a aucune preuve crédible que l’accusé ait été torturé (…) même si on utilise une définition large (de la notion de torture) en tenant compte de l’âge de l’accusé ». Les aveux dans lesquelles le Canadien reconnaît avoir lancé la grenade « sont fiables, possèdent assez d’éléments probants, ont été livrés volontairement et ne résultent pas de la torture ou de mauvais traitements  », conclut le juge.

Pour Rob Freer, spécialiste des États-Unis à Amnesty International, « les États-Unis ont fait la sourde oreille face aux appels répétés de la communauté internationale, notamment de hauts responsables des Nations unies, leur déconseillant d’établir le dangereux précédent consistant à juger dans le cadre d’un procès inique une personne qui aurait commis des ” crimes de guerre ” alors qu’elle était mineure. […] Le juge militaire a mis environ 90 secondes pour statuer, sans fournir d’explications, que n’importe laquelle des déclarations faites par ce jeune détenu pendant cette période peut être utilisée contre lui ».

Il semblerait que le juge Parrish ait volontairement ignoré le fait que la réforme très contestée des tribunaux militaires d’exception de Guantanamo, préparée par l’administration Obama et votée par le Congrès à l’automne 2009, prévoyaiit et prévoit toujours qu’ « aucune déclaration obtenue sous la torture ou par un traitement cruel, inhumain ou humiliant, qu’elle ait été obtenue sous couvert de la loi ou non, ne peut être admise par une commission militaire ». Devant ce même juge, un des interrogateurs avait pourtant raconté avoir inventé un scénario de viol pour l’impressionner. Denis Edney, avocat civil canadien du jeune homme, a déclaré aussitôt la décision du juge Parrish connue : « C’est une honte. Le juge Parrish doit retourner à l’école apprendre les bases du droit et de l’humanité ». Radhika Coomaraswamy, émissaire des Nations unies pour les enfants dans les conflits armés, rejette ce tribunal militaire d’exception : « Les normes concernant la justice des enfants sont claires : les enfants ne doivent pas être jugés par des tribunaux militaires ».

En juin 2006, la Cour suprême des États-Unis déclarait illégales les procédures judiciaires d’exception mises en place à Guantánamo. Pour Human Rights Watch, qui avait fortement soutenu les premières initiatives de Barack Obama, « la poursuite du recours aux tribunaux militaires d’exception est une grave erreur. En raison de leur procédure de niveau inférieur, et de leur lourd passif, Human Rights Watch ne croit pas que les décisions prises par ces tribunaux seront considérées comme légitimes, aussi bien à l’intérieur des États-Unis qu’internationalement ».

Les effets se font lourds sur la réputation de Barack Obama. Richard Hétu, correspondant de La Presse à New York depuis 1994, rapporte quelques détails d’une entrevue qu’accordait au journal The Hill le porte-parole de la présidence américaine Robert Gibbs. Ce dernier s’en prenait à la gauche professionnelle américaine qui critique le président : « J’entends ces gens dire qu’il est comme George Bush. Ces gens ont besoin d’être soumis à des tests antidopage. Je veux dire, c’est fou ». Comme le précise Richard Hétu, The Hill fait notamment allusion, dans son article, aux retards concernant la fermeture de Guantanamo.

Pour bien intentionné qu’il fut, Barack Obama, qui avait promis d’interdire la torture, de fermer Guantanamo ou de garantir la transparence de son gouvernement, n’a pas cessé de modifier substantiellement et progressivement son plan de match jusqu’à l’abandonner parfois.

L’Association américaine de défense des libertés civiles (Aclu) ne se montre guère, dans un rapport dévastateur, tendre envers l’administration Obama qui « risque d’établir une nouvelle norme conforme aux pires choix de l’ère Bush » en matière de sécurité nationale. Pour bien intentionné qu’il fut, Barack Obama, qui avait promis d’interdire la torture, de fermer Guantanamo ou de garantir la transparence de son gouvernement, n’a pas cessé de modifier substantiellement et progressivement son plan de match jusqu’à l’abandonner parfois. « Malheureusement la situation s’est répétée à chaque fois pendant les premiers 18 mois de cette administration : une importante réussite a été suivie par un recul », déplore l’ACLU. Le choix de la détention illimitée sans procès pour une cinquantaine de détenus de Guantanamo est inacceptable même si l’ACLU reconnaît à l’administration « le mérite d’avoir libéré 67 prisonniers » de Guantanamo.

En janvier 2010, Michel Colomès, dans une analyse qu’il signait dans l’hebdomadaire Le Point, écrivait : « il pourrait y avoir pour Obama une bonne occasion de montrer qu’il est un vrai démocrate et de se distinguer des pratiques douteuses de son prédécesseur : que les jugements d’une justice, qui ne serait plus d’exception, mais rendue au nom de la justice américaine ordinaire, fassent le tri entre les détenus qui peuvent s’amender au prix d’une légère sanction, voire être libérés, et ceux qui doivent être condamnés lourdement pour leur participation au terrorisme. Les tribunaux d’exception, quels que soient les pays qui les mettent en pratique, ont toujours des échecs exceptionnels ».

Pour ce grand pays qui donne des leçons de justice et de démocratie, pour ce président qui a jeté une vaste lumière d’espoir et de paix sur le monde, pour cet homme qui vient des minorités visibles et qui a gravi un à un les échelons de la réussite au-delà des adversités sociales, l’occasion est ratée. Hélas !

Au Canada, le gouvernement Harper souhaitait extrader Abdullah Khadr, âgé de 29 ans, frère d’Omar Khadr, vers les États-Unis qui l’accusent d’avoir obtenu des armes au nom d’Al-Qaïda. Abdullah Khadr était détenu au Canada depuis le 17 décembre 2005, après son retour du Pakistan. Le magistrat Chris Speyer a indiqué que les autorités américaines n’avaient pas respecté toutes les règles dans ce dossier. « La somme des violations des droits humains est à la fois choquante et injustifiable », a écrit le juge Speyer dans sa décision. Et le juge de poursuivre : « compte tenu de cette faute grave, il ne peut y avoir un cas plus clair qui mérite un arrêt des procédures ». C’est pour ces raisons que le juge a ordonné la libération d’Abdullah Khadr.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada, juge grave le comportement du premier ministre Stephen Harper et de son gouvernement : « Le refus borné du gouvernement de protéger les droits fondamentaux d’Omar Khadr n’est plus seulement embarrassant. Sur la scène internationale, la position du Canada comme pays qui défend les droits de la personne universels est devenue une moquerie ». Amir Attaran, professeur de droit à l’Université d’Ottawa, se montre très pessimiste : « Les Américains sont disposés à utiliser des preuves obtenues sous la torture, poursuit-il, découragé. Ils sont disposés à utiliser des preuves provenant de témoignages qui ont été modifiés ou altérés après les faits. C’est digne de la fiction. Ça n’arrive pas dans les vrais tribunaux. Et finalement, dans les pays civilisés, les enfants ne sont pas traînés en justice pour des crimes de guerre. [...] Peu importe quand le procès débutera, la seule certitude qu’on peut avoir, c’est que les États-Unis, en allant de l’avant, violeront les exigences d’équité et de transparence nécessaires à tout processus judiciaire dans le monde civilisé ».

Et Stephen Harper se fait complice de ces dénis de justice.

à lire également sur le même sujet : Un enfant de 9 ans torturé à Guantanamo

Source : AgoraVox

Les métaux rares, l’arme économique du XXIème siècle ?

26 août

par Eve Pesesse pour Knowckers.org

Avec une concentration de production de 10 des matières premières critiques sur 14 et des mesures restrictives quant à leur exploitation et exportation importantes, la Chine est sans conteste la préoccupation principale de l'Union européenne.

Les matières premières minérales stratégiques, bien que nécessaires en très petites quantités, sont indispensables au développement de produits technologiques sophistiqués. Elles s’appellent indium, palladium, gallium ou encore antimoine et se trouvent aujourd’hui partout, du simple téléphone portable, de l’iPad jusque dans nos avions en passant par la voiture électrique. Si les pays occidentaux en sont très friands, ils n’ont en revanche aucun contrôle sur leur approvisionnement.

La plupart de ces métaux sont des sous-produits, extraits de gisements d’où sortent d’autres minerais à titre principal, et nécessitent des procédés de raffinage et traitement métallurgique complexes. La difficulté et le coût élevé de production conduisent souvent à une forte concentration du savoir-faire et des installations nécessaires à ces procédés. Il en résulte que les entreprises exploitantes se trouvent souvent en position de quasi-monopole, quand ce ne sont pas les États miniers eux même.

A l’instar de la crise de 2000 du Tantale dont le cours a été multiplié par dix suite à l’explosion des téléphones portables, l’inélasticité de la production des métaux rares ainsi que leur production très concentrée créent deux goulots d’étranglement critiques susceptibles de mener à de graves crises d’approvisionnement futures.

L’Union Européenne s’est penchée sur cette problématique et a nommé un groupe d’experts chargé de plancher sur la question. Leur rapport a été publié début juin avec des résultats alarmants.

Le développement économique de l’Union Européenne menacé par l’approvisionnement en matières premières critiques.

Le comité d’experts, présidé par la commission européenne, a étudié 41 matières premières minérales indispensables au développement des nouvelles technologies à l’horizon 2030, notamment dans l’amorce du virage éco-responsable de l’Europe.

Parmi les matières premières étudiées, 14 ont été qualifiées de critiques car présentant un risque d’approvisionnement élevé en conjonction avec une importance économique croissante. La production de ces matières critiques est concentrée en un nombre restreint de pays producteurs à savoir la Chine, la Russie, la République Démocratique du Congo et le Brésil.

L’Europe se trouve ainsi dans une situation de dépendance quasi-totale avec une moyenne de 95% d’import de ces 14 matières premières critiques en 2006, et avec un faible taux de recyclage et peu d’options de substituabilité.

L’inquiétude est d’autant plus grande que le rapport projette que la demande de ces matières premières va exploser dans les 20 prochaines années, proportionnellement à l’évolution des nouvelles technologies. Ainsi la demande de gallium pourrait être multipliée par 20 et celle de l’indium par 8 d’ici 2030.

La sonnette d’alarme est donc tirée et bien que le groupe d’experts maintienne un discours politique neutre dans son rapport, l’opposant principal dans cet enjeu économique de demain est clairement identifié. Avec une concentration de production de 10 des matières premières critiques sur 14 et des mesures restrictives quant à leur exploitation et exportation importantes, la Chine est sans conteste leur préoccupation principale.

La stratégie offensive chinoise

Plus que préoccupante, la Chine agace, la Chine dérange. Refusant de jouer le jeu du commerce international, la Chine applique une stratégie commerciale, fiscale et d’investissement destinée à se réserver l’exploitation exclusive de ses ressources avec la mise en place de nombreuses mesures restrictives, telles que les taxes, quotas, subsides et règles d’investissements restrictives. Étant donné leur position dominante de fournisseur, ces restrictions influent sur les prix mondiaux mais faussent également la concurrence mondiale des industries en aval.

Carte des principales réserves de métaux rares

Les mesures mises en place par la Chine sont en violation de plusieurs articles du GATT, mais également de plusieurs des engagements qu’elle a pris dans le cadre de son protocole d’adhésion à l’OMC. Des consultations y ont été entamées par l’Union Européenne sur ce point avec la Chine.N’ayant pas abouti,  l’Union Européenne s’est adressée à l’organe de règlement des différends de l’organisation.

Les demandes de consultation avec la Chine ont été déposées le 23 juin 2009 à l’OMC. Le 29 mars 2010, la composition du groupe spécial de règlement des différends a été arrêtée par le directeur général, soit 9 mois plus tard. Malgré son importance stratégique, Le dossier n’a pas avancé à ce jour.

En revanche, la Chine a depuis annoncé de nouvelles restrictions drastiques concernant les terres rares, matière première critique dont ils détiennent 97% de la production mondiale. L’exploitation sera désormais centralisée et restreinte à quelques grandes sociétés nationales avec des quotas d’exportation ne dépassant pas les 25% de la production et une interdiction de délivrer toute nouvelle licence d’exploitation. En somme, la Chine installe un monopole total sur une matière première indispensable au niveau mondiale, au vu et su de tous.

Une guerre totale à armes inégales

En sus des discussions entamées à l’OMC, l’Union Européenne étudie des pistes de résolution visant à réduire les risques d’approvisionnement en matières premières. Outre la mise en place de mesures stratégiques pour l’amélioration de l’accès aux ressources primaires, leur recyclage et les recherches pour des produits de substitution qui sont très longues et complexes à mettre en place, les deux grands axes passent par la mise en place de pressions sur la Chine via l’OMC et le développement de coopérations bilatérales avec l’Afrique.

Sauf que la Chine ne se bat pas avec les mêmes armes que l’Union Européenne. Les grands champs de batailles d’hier sont les conflits économiques d’aujourd’hui et la Chine l’a bien compris. Aussi ont-ils déjà investis l’Afrique pour la question des matières premières et se jouent-ils des règles internationales, conscients de leurs faiblesses.

La Chine possède aujourd’hui l’avantage du choix des armes et de l’initiative de l’attaquant. Ils s’inscrivent dans une temporalité différente de la nôtre et frappent efficacement lorsque nous peinons à lever le bouclier pour nous défendre, alourdi par le poids de nos structures peu efficientes.

L’Union Européenne, première puissance mondiale par le PIB, avance une fois encore en ordre dispersé, face à une armée disciplinée et formée aux méthodes de combat de notre siècle. Quand les dirigeants européens prendront-ils le temps de lire Sun-Tzu pour comprendre que la lutte est inégale et qu’il faut changer de stratégie ?

à lire également sur le même sujet : L’Afghanistan et ses minerais stratégiques

Source : Knowckers.org

Israël et l’explosion d’anti-islamisme

25 août

par MJ Rosenberg pour Political Correction

Sarah Palin : « Et puis quoi ensuite ? »

Je ne sais pas pourquoi cela m’a surpris que la Droite américaine – y compris le parti Républicain- ait décidé que pour réussir il fallait utiliser les Musulmans comme boucs émissaires. Après tout cela n’a rien de neuf.

Je me souviens qu’après le 11 septembre, le journaliste Charles Krauthammer qui est maintenant un des démagogues anti-islamistes les plus diserts, a presque littéralement bondi de colère dans ma synagogue de Chevy Chase, Maryland, quand le rabbin a dit qu’il était important de ne pas faire l’amalgame entre les attaques terroristes et les Musulmans en général.

C’était à Yom Kippour, la jour le plus saint de l’année, mais cela n’a pas empêché Krauthammer de clamer qu’il n’était pas d’accord avec le rabbin. Parce que, selon lui, Israël et l’Amérique étaient en guerre avec les Musulmans et qu’ils allaient gagner cette guerre.

C’était choquant, non seulement parce que l’explosion de Krauthammer était complètement déplacée mais aussi parce que cet homme critiquait en fait le rabbin pour ne pas avoir exprimé de la haine envers les Musulmans le Jour du Grand Pardon.

L’année suivante le rabbin venu d’Israël fit un sermon sur l’Intifada qui faisait alors rage en Israël et en Cisjordanie.

Il donna un sermon insensé, faisant, les larmes aux yeux, le lien entre l’intifada et l’holocauste et vice-versa. Je me souviens avoir pensé “En fait ce type est en train de rendre les Palestiniens responsables des souffrances de ses parents pendant l’holocauste“. Cela m’a paru si ridicule que je me suis dit que quelque chose avait dû m’échapper.

Puis il est arrivé à la fin de son sermon et je n’ai jamais oublié de qu’il a dit. Il a cité les paroles de l’Ecclésiaste : “Il y a un temps pour tout. Un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter et un temps pour récolter… Un temps pour pleurer et un temps pour rire ; un temps pour faire le deuil et un temps pour danser…

Puis il a levé les yeux et ajouté : “Maintenant le temps est venu de haïr“.

J’ai d’abord pensé que je n’avais pas bien entendu. Il ne pouvait pas appeler la congrégation à haïr. Il y avait des dizaines d’enfants dans la pièce. Ce n’était pas possible.

Mais si. Je dois reconnaître, et c’est tout à leur honneur, que la plupart des personnes à qui j’ai parlé en sortant de la synagogue étaient horrifiées. Même les gens de droite étaient mal à l’aise à l’idée de faire de la haine une vertu. Mais le rabbin, lui, était irréductible. Je lui ai envoyé un Email de protestation et il m’a répondu qu’il était sûr de ses convictions. Charmant.

On peut se demander ce que le Moyen-Orient a à voir avec l’ignoble explosion d’islamophobie (ou plutôt de haine de l’Islam) qui semble avoir envahi des pans entiers de ce pays.

La réponse est que ça a tout à voir. Car bien que la haine soit dirigée contre les Arabes Américains (ce qui est pire encore), on la justifie en invoquant le 11 septembre, une attaque perpétrée par des Musulmans du Moyen Orient.

Cette haine est étayée par la haine des Musulmans et des Arabes qui s’est couramment exprimée (ou clamée dans des haut-parleurs installés sur le toit des voitures), Au nom de la défense d’Israël pendant des décennies. Observez simplement ce qui se passe au Congrès, où les libéraux de New York, Floride, Californie et ailleurs ne manquent jamais une occasion d’expliquer que quoi que fasse Israël il a raison de le faire et quoique fasse les Musulmans ils ont tort de le faire.

Peut-on raisonnablement affirmer qu’une rhétorique aussi spécieuse n’a aucune influence sur l’opinion publique ? Pour le moins, elle donne aux préjugés anti-arabes et/ou anti-musulmans une légitimité que d’autres formes de haine n’ont plus. Ceux qui haïssent les noirs américains ou les Juifs, par exemple, ont le sentiment qu’ils doivent affirmer qu’ils ne les détestent pas du tout. Ce n’est pas le cas avec les musulmans qu’on peut vilipender en toute impunité.

Et dans ce domaine les libéraux sont pires que les conservateurs parce qu’ils excluent les Musulmans et les Arabes (et maintenant les Turcs) de l’approche humanitaire qu’ils ont pour tous les autres groupes. Les conservateurs, eux, combinent leur dénigrement systématique des Arabes avec une xénophobie générale comme le prouve leur politique d’émigration.

Les libéraux, de leur côté, ne rejettent que les Musulmans. Ils le font d’une manière active -par exemple en défendant tout ce que les Israéliens font aux Arabes avec un enthousiasme véhément. Et aussi d’une manière passive, en refusant de manifester la moindre sympathie aux Musulmans qui souffrent et meurent du fait des Israéliens – comme les 432 enfants palestiniens tués pendant la guerre de 2009 de Gaza.

Les libéraux se joignent aux conservateurs quand il s’agir de courir au Parlement et au Sénat pour défendre les Israéliens de toute accusation (souvenez-vous comme ils ont automatiquement attaqué le rapport Goldstone sur les crimes de guerre à Gaza sans se soucier des horreurs que Goldstone décrivait). Et puis ils lisent les arguments que l’AIPAC (lobby sioniste NdT) leur fournit pour les aider dans leurs prises de parole et qui récapitulent toutes les horreurs que les Arabes ont commises pendant que les Israéliens leur tendaient constamment la main à la manière de Gandhi. Ce serait drôle si les conséquences de tout ceci n’étaient pas si terribles.

Pourquoi toute cette haine n’affecterait-elle pas également la perception des Arabes Américains ? La haine déborde invariablement, exactement comme la haine d’Israël parfois déborde jusqu’à rejoindre le vieil antisémitisme traditionnel pur jus.

En un mot, on remue là un brouet de sorcière et cela produira sans nul doute de la violence. Mais les sorcières ne sont pas toutes de droite. Il y a autant de libéraux qui tournent la cuillère dans le pot pour faire plaisir à quelques uns de leurs donateurs.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas blâmer Beck et Limbaugh (animateurs d’émissions et leaders de droite très influents NdT) pour toute cette haine mais n’oubliez pas de blâmer aussi vos hommes politiques favoris de droite comme de gauche. A l’exception de quelques uns (vraiment très peu) ils ne valent guère mieux.

MJ Rosenberg est spécialiste des affaires étrangères pour le site Media Matters Action Network qui s’est donné pour mission de dénoncer les erreurs et partis pris des politiciens conservateurs dans les médias et promouvoir les idées progressistes aux USA.

Article original : Israel & The Anti-Muslim Blow-Up

Traduction : D. Muselet

Source : Le Grand Soir

Les dangers de la rivalité qui s’accroît entre les Etats-Unis et la Chine

24 août

par Peter Symond pour WSWS

La secrétaire d’Etat Hillary Clinton et le secrétaire à la Défense Robert Gates dans la zone démilitarisée de la péninsule coréenne. Les nouvelles manoeuvres militaires américano-sud-coréennes ne sont qu'une énième intimidations des Etats-Unis à l'égard de la Chine, allié de la Corée du Nord.

Au cours du mois dernier, le gouvernement Obama a repris et accentué sa position de confrontation envers la Chine. Après un brève interruption en mai et juin, durant laquelle Washington cherchait à s’assurer le soutien de Beijing pour une nouvelle série de sanctions onusiennes contre l’Iran, les Etats-Unis ont délibérément attisé les tensions avec la Chine dans une série de mesures agressives en Asie de l’Est et du Sud-Est.

Prenant la parole lors d’un forum sur la sécurité de l’Association des nations d’Asie du sud est (ASEAN) le 23 juillet, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton s’est rangée de façon provocatrice avec le Vietnam et d’autres pays d’ASEAN dans leurs conflits territoriaux avec la Chine au sujet de la Mer de Chine méridionale. Beijing avait dit à deux hauts représentants américains en mars dernier qu’il considérait la Mer de Chine méridionale comme un de « ses intérêts majeurs. » Néanmoins Clinton a ignoré le message et a appelé à « un accès ouvert » aux eaux auxquelles prétend la Chine, une démarche qualifiée par le ministre des Affaires étrangères chinois Yang Jichi de « quasi attaque contre la Chine. »

Plusieurs jours plus tard, Les Etats-Unis ont commencé un exercice naval majeur conjoint avec la Corée du Sud en Mer du Japon malgré les objections de la Chine. Ces manoeuvres qui étaient présentées comme une riposte à l’allégation du naufrage par la Corée du Nord d’un vaisseau sud-coréen en mars impliquaient 20 navires de guerre sud-coréens et américains dont un énorme porte-avions, l’USS George Washington. Le Pentagone annonce à présent qu’un autre exercice naval aura lieu avec la Corée du Sud dans le courant de cette année dans la Mer Jaune, plus près encore de la Chine.

La semaine dernière, le gouvernement Obama a divulgué les détails d’un pacte nucléaire en cours de négociation avec le Vietnam et qui ouvrirait la voie à la vente de la technologie américaine de réacteur nucléaire à Hanoï. Après avoir déjà soutenu le régime vietnamien concernant la Mer de Chine méridionale, ce marché nucléaire représente un signe de plus d’un alignement stratégique plus étroit entre les deux pays et dirigé contre la Chine. Comme prévu, cette action a provoqué la colère de Beijing qui a accusé Washington d’avoir « deux poids, deux mesures » ce qui « remet en cause l’ordre international actuel. »

La carte des revendications territoriales maritimes en Mer de Chine.

Derrière ces tensions, il y a des changements profonds dans l’équilibre mondial des forces. La croissance économique rapide de la Chine ces deux dernières décennies qui a fait d’elle cette année la deuxième plus importante économie mondiale derrière les Etats-Unis et devant le Japon, perturbe les relations au sein de l’Asie et dans le monde entier. Les Etats-Unis ont réagi à leur propre déclin économique historique par le recours à la puissance militaire pour essayer de s’assurer la domination des régions riches en énergie d’Asie Centrale et du Moyen-Orient, et de contrer la Chine par des alliances et des partenariats allant du Japon et de la Corée du Sud en passant par l’Asie du Sud-Est vers l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan.

La crise économique mondiale de 2007-2008 a fortement exacerbé les rivalités entre ces deux puissances. Initialement, confronté au danger d’une crise financière, le gouvernement Obama avait cherché l’aide de Beijing. Etant le plus grand débiteur au monde, les Etats-Unis dépendent fortement des rentrées d’argent en provenance de la Chine. Mais avec l’accalmie temporaire de la tourmente financière, Washington a commencé à faire pression sur Beijing sur une série de questions, dont celle de la réévaluation de la monnaie chinoise, et d’initiatives concernant le commerce et le changement climatique. Dans le même temps, Washington a commencé à intervenir activement dans la région Asie-Pacifique.

la poupée Hillary Clinton (made in China)

En juillet dernier, la secrétaire d’Etat américaine Clinton a dit en toute franchise à un sommet d’ASEAN en Thaïlande que les Etats-Unis étaient « de retour en Asie », une référence aux critiques à l’égard du précédent gouvernement Bush concernant sa négligence de l’Asie. Clinton a indiqué une nouvelle offensive diplomatique lorsqu’elle a dit aux reporters: « Je sais qu’un grand nombre de voisins de la Chine ont exprimé des inquiétudes [quant à l'accroissement de son influence], donc nous voulons renforcer nos relations avec de nombreux pays de l’Asie de l’Est et du Sud-Est. »

Les implications dangereuses de l’accroissement de frictions entre les Etats-Unis et la Chine ont été présentées lors d’une conférence à Sydney le 4 août par John Mearsheimer, professeur de science politique à l’université de Chicago, conférence intitulée « Le défi de la Chine face à la puissance de l’Amérique en Asie. » Invité en Australie par le Centre for International Security Studies de l’université de Sydney, Mearsheimer, analyste perspicace et fin de la politique étrangère, a dressé un portrait sombre des perspectives pour la paix en Asie et par extension dans le monde. Il a dit à un auditoire très nombreux d’étudiants, de responsables de la politique étrangère et de diplomates que du fait de son expansion économique extraordinaire, la Chine chercherait à devenir une puissance régionale et à exclure d’Asie ses rivaux potentiels, utilisant les mêmes méthodes impitoyables auxquelles les Etats-Unis avaient eu recours pour garantir leur prédominance dans l’hémisphère occidental, c’est-à-dire l’Amérique du Nord, Centrale et du Sud.

« Les Australiens devraient s’inquiéter de l’émergence de la Chine, » a déclaré Mearsheimer, « car il est probable que cela conduira à une compétition intense pour la sécurité avec la Chine et les Etats-Unis, et comporte un potentiel considérable de guerre. De plus, la plupart des voisins de la Chine, dont l’Inde, le Japon, Singapour, la Corée du Sud, la Russie, le Vietnam et aussi bien sûr l’Australie, se joindront aux Etats-Unis pour contenir la puissance de la Chine. Pour dire les choses crûment : la Chine ne peut pas accroître son influence de manière pacifique. »

Mearsheimer a exclu que toutes intentions pacifiques et expressions de bonne volonté pourraient éviter le conflit. Inévitablement, ce qu’un pays considère être une escalade militaire défensive est perçu par ses rivaux comme une dangereuse possibilité d’agression. Du point de vue des dirigeants chinois, a-t-il expliqué, il est tout à fait rationnel d’accroître les forces militaires d’un pays pour défendre ses intérêts dans le monde. En se fondant sur l’expérience récente, a déclaré Mearsheimer, les dirigeants chinois « vont presque certainement conclure que les Etats-Unis sont le pays belliciste et dangereux. Après tout, les Etats-Unis ont été en guerre durant 14 années sur 21 depuis la fin de la Guerre froide. Ce qui veut dire les deux tiers du temps. Et il ne faut pas oublier que le gouvernement Obama semble envisager une nouvelle guerre contre l’Iran. »

L’expansion économique de la Chine en tant que plus grande plate-forme mondiale de travail à bon marché a nécessité une vaste expansion de ses importations de matières premières de tous les coins du globe. Plus de la moitié de son pétrole et de son gaz qui lui sont essentiels est importé, principalement du Moyen-Orient et d’Afrique. Pour cela la Chine est déterminée à s’assurer ses routes maritimes à travers l’Océan Indien en passant par la Mer de Chine méridionale en construisant une force maritime capable de sillonner les océans [blue water navy.] Les Etats-Unis sont tout aussi déterminés à ne pas la laisser faire et à maintenir leur propre prédominance navale.

Mearsheimer a expliqué que l’Australie, qui a jusqu’ici essayé de garder un équilibre entre ses intérêts économiques en tant qu’exportateur majeur de minerais à la Chine et son alliance de longue date avec les Etats-Unis, serait inévitablement attirée dans le conflit entre les Etats-Unis et la Chine. Pour passer de l’Océan Indien à la Mer de Chine méridionale, a-t-il dit, le trafic maritime chinois n’a que trois options : Le détroit de Malacca, contrôlé dans les faits par Singapour, un allié étroit des Etats-Unis, ou les détroits de Lombok et Sunda traversant l’archipel indonésien, dont tous deux sont situés tout juste au nord de l’Australie. « Les mesures que la Chine prend pour neutraliser la menace que représente l’Australie pour ses voies maritimes … poussera certainement Canberra à travailler étroitement avec Washington pour contenir la Chine. »

Mearsheimer a reconnu avec une certaine candeur qu’il trouvait ses propres conclusions « franchement déprimantes. » De plus, bien qu’il fût en train d’envisager l’impact de l’expansion de la Chine pour les deux décennies à venir, il existe des conséquences immédiates. Les Etats-Unis ont déjà démontré durant les vingt dernières années leur volonté de lancer des actions militaires agressives, notamment en Irak et Afghanistan, pour poursuivre leurs intérêts contre leurs rivaux. L’ensemble de la vision stratégique du Pentagone consiste à empêcher l’émergence d’une puissance, amie ou ennemie, capable de défier la suprématie militaire américaine. Les dernières mesures du gouvernement Obama en Asie font partie d’une stratégie visant précisément à préempter l’expansion de la Chine en contrant son influence régionale et en créant des obstacles majeurs à son expansion militaire.

Le conflit Etats-Unis-Chine a des parallèles historiques significatifs. Au début du vingtième siècle, l’émergence de l’Allemagne comme puissance capitaliste dynamique avait attisé une compétition et une rivalité profondes avec l’empire britannique et d’autres puissances majeures, ce qui avait provoqué deux guerres mondiales dévastatrices. Dans les années 1930 et 1940, la montée du Japon et son besoin de marchés et de matières premières l’avait mis en rivalité avec les Etats-Unis et les intérêts grandissants de l’impérialisme américain en Asie. Il est significatif que l’extension de la Seconde guerre mondiale au Pacifique en 1941 a été déclenchée lorsque les Etats-Unis ont imposé un blocus sur le pétrole qui a menacé de paralyser le Japon. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et comme Beijing en est tout à fait conscient, l’armée américaine cherche à maintenir sa capacité à bloquer l’approvisionnement à ses rivaux actuels et potentiels.

Au moment où le capitalisme sombre dans sa pire crise économique depuis les années 1930, le danger se profile à l’horizon de rivalités entre grandes puissances sur les questions de marchés, de matières premières et de position stratégique, ce qui menace une fois de plus de se transformer en conflagration mondiale catastrophique, impliquant cette fois des pays en possession de l’arme nucléaire. L’unique force sociale capable d’empêcher une telle guerre est la classe ouvrière internationale, se mobilisant de façon unifiée à l’échelle mondiale pour abolir le système capitaliste et sa division dépassée du monde en Etats nations rivaux et en la remplaçant par une économie mondiale démocratiquement organisée et rationnellement planifiée. Telle est la perspective socialiste internationaliste avancée par le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections de par le monde.

(Article original paru le 12 août 2010)

Source : WSWS

Les tueurs secrets

23 août

par Pratap Chatterjee pour TomDispatch.com

Les assassinats en Afghanistan et la Task Force 373

Une unité de la Task Force 373 à la poursuite des insurgés dans la province de Helmand.

« Find, fix, fin and follow up » (« Rechercher, fixer, éliminer et poursuivre ») est le terme utilisé par le Pentagone pour décrire la mission des unités secrètes en Afghanistan, qui ont reçu un mandat pour poursuivre les membres présumés des Taliban ou d’Al-Qaïda partout où ils peuvent être trouvés. Certains appellent ces opérations « manhunting » (chasse à l’homme) et les unités qui y sont affectées, les équipes de « capture/kill » (« capture/élimination »).

Quelle que soit la terminologie choisie, les détails des dizaines de leurs opérations spécifiques – et comment elles sont souvent mal erronées – ont été révélés pour la première fois dans la masse de documents secrets militaires et du renseignement états-uniens publiés par le site WikiLeaks, en juillet soulevant une tempête de nouvelles médiatiques et de protestations officielles. Représentant une forme de guerre clandestine états-unienne qui est en hausse, ces équipes font régulièrement plus d’ennemis que d’amis et sapent toute la bonne volonté créée par les projets de reconstruction états-uniens.

Lorsque l’équipe de Danny Hall et Gordon Phillips, les administrateurs civils et militaires de la reconstruction provinciale états-unienne dans la province de Nangarhar, Afghanistan, est arrivée pour une réunion avec Gul Agha Sherzai, le gouverneur local, à la mi-juin 2007, ils savaient qu’ils avaient beaucoup d’excuses à faire. Philips avait expliquer pourquoi une équipe clandestine états-unienne de « capture/élimination » nommée Task Force 373, traquait Qari Ur-Rahman, supposé être un commandant Taliban compte tenu du nom de code « Carbone », avait appelé un bombardier AC-130 Spectre et tué par inadvertance sept policiers afghans au milieu de la nuit.

L’incident a démontré avec vivacité le choc inhérent entre deux doctrines dans la guerre états-unienne en Afghanistan – la contre-insurrection (protection du peuple) et le contre-terrorisme (élimination des terroristes). Bien que l’administration Obama s’est exprimée sur l’ancienne méthode, ce dernier a été et continue d’être la force motrice dans sa guerre en Afghanistan.

Pour Hall, un agent des Affaires Etrangères qui était a moins de deux mois d’une affectation cossue à Londres, travailler avec les militaires était plus difficile qu’il ne l’espérait. Dans un article pour le Foreign Service Journal publié quelques mois avant la réunion, il a écrit, « J’étais comme si je ne savais jamais vraiment ce qui se passait, où j’étais supposé être, ce qui était mon rôle, ou même si j’en avais un. En particulier, je ne parlais aucune des langues que j’avais besoin : pachto ou militaire. »

Cela n’avait pas été moins bizarre pour Phillips. Tout juste un mois plus tôt, il avait personnellement remis des paiements « solatia » – paiements de condoléances pour le décès de civils causés à tort par les forces américaines – en présence du gouverneur Sherzai, tout en condamnant l’acte d’un kamikaze Taliban qui avait tué 19 civils, compensation pour l’incident en question. « Nous sommes venus ici comme vos invités », dit-il aux proches des victimes,« invités à aider à la reconstruction et l’amélioration de la sécurité et la gouvernance de Nangarhar, afin de vous apporter une meilleure vie et un avenir meilleur pour vous et vos enfants. Aujourd’hui, en regardant les victimes et leurs familles, je me joins à vous pour le deuil de vos proches. »

Hall et Phillips étaient en charge d’un portefeuille de 33 projets actifs de reconstruction états-unienne pour plus de 11 millions de dollars dans Nangarhar, concentré sur la construction des routes, les fournitures scolaires et un programme agricole visant à l’exportation de fruits et légumes de la province.

Mais la mission de leur « équipe de reconstruction provinciale » (composé d’experts civils, officiels du département d’Etat et des soldats) semble être en conflit direct avec ceux de l’équipe de « capture/élimination » des forces d’opérations spéciales (Navy Seals, les Rangers et bérets verts, ensemble avec des opérateurs de la Division des Activités Spéciales de la CIA) dont le mandat était de poursuivre les Afghans supposés être des terroristes ainsi que les dirigeants insurgés. Dans son sillage, cette équipe ne laissait qu’une trainée de corps de civils morts et de récriminations.

Des détails de certaines des missions de la Task Force 373 sont devenus publics à la suite des 76000 rapports d’incidents divulgués au public par WikiLeaks, un site Web de dénonciation, ainsi que des analyses de ces documents dans Der Spiegel, The Guardian et The New York Times. Une comptabilité complète des ravages de la Task Force pourra être disponible très prochainement, toutefois, l’administration Obama refuse de commenter la vague d’assassinats en cours en Afghanistan et au Pakistan. Un bref historique de l’équipe peut néanmoins être retirée par une lecture attentive des documents de WikiLeaks ainsi que les rapports connexes de l’Afghanistan et les rapports des forces spéciales non classifiés.

Les données de WikiLeaks suggèrent que 2058 personnes sur une liste secrète de cibles appelée le « Joint Prioritized Effects List » (JPEL) ont été considérées comme des cibles des opérations de « capture/élimination » en Afghanistan. Un total de 757 prisonniers – probablement sur cette liste – étaient gardés à la prison de Bagram (Bagram Theater Internment Facility (BTIF)), une prison états-unienne de la base aérienne de Bagram, à la fin du mois de décembre 2009.

Opérations capture/élimination

L’idée des équipes « mixtes » de différentes branches militaires travaillant en collaboration avec la CIA a tout d’abord été conçue en 1980 après le fiasco de l’opération Eagle Claw, lorsque le personnel de l’Air Force, l’US Army et la Navy était engagé dans une tentative désastreusement bâclée de sauvetage des otages états-uniens en Iran avec l’aide de la CIA. Huit soldats ont été tués lors du crash d’un hélicoptère qui s’est écrasé dans un avion C-130 dans le désert iranien. Par la suite, une commission de haut niveau, six membres dirigés par l’amiral James L. Holloway, a recommandé la création d’un commandement des forces spéciales mixtes pour s’assurer que les différentes branches de l’armée et de la CIA feraient beaucoup plus d’avancées dans la coordination planifiée dans le futur.

Ce processus a été considérablement accéléré après le 11 septembre 2001. Durant ce mois, une équipe de la CIA appelée Jawbreaker en charge de l’Afghanistan devait planifier une invasion du pays dirigée par les Etats-Unis. Peu après, une équipe des bérets verts baptisée Task Force Dagger (poignard) devait poursuivre la même mission. Malgré une rivalité initiale entre les commandants des deux groupes, ils se sont finalement alliés.

La première équipe « mixte » clandestine impliquant la CIA et les diverses forces militaires d’opérations spéciales travaillant ensemble en Afghanistan a été la Task Force 5, chargée de la mission de capture ou d’élimination des « objectifs de haute valeur » comme Oussama ben Laden, les hauts dirigeants d’Al-Qaïda et le mollah Mohammed Omar, le chef des Taliban. Une organisation semblable basée en Irak a été appelée la Task Force 20. Les deux ont finalement été combinées dans la Task Force 121 du général John Abizaid, le chef du Commandement Central américain.

Le lieutenant-colonel Anthony Shaffer s'expliquant sur les documents de WikiLeaks à l'antenne du Alex Jones Show.

Dans un nouveau livre qui doit paraître ce mois-ci, « Operation Darkheart », le lieutenant-colonel Anthony Shaffer dévoile le travail de la Task Force 121 en 2003, lorsqu’il servait dans une partie d’une équipe surnommée Jedi Knights. Travaillant sous le pseudonyme du Major Christopher Stryker, il dirigeait des opérations pour la Defense Intelligence Agency (l’équivalent militaire de la CIA) de la base aérienne de Bagram.

Lors d’une nuit d’octobre, Shaffer a été déployée dans un village près de Asadabad dans la province de Kunar par un hélicoptère MH-47 Chinook pour diriger une équipe « mixte », incluant des Rangers (une division de forces spéciales) et les troupes de la 10ième Division de Montagne. Ils étaient sur une mission pour capturer un lieutenant de Gulbuddin Hekmatyar, un seigneur de guerre notoire allié aux Taliban, basée sur les informations fournies par la CIA.

Ce n’était pas facile. « Ils réussirent en frappant au cœur des Taliban et leurs refuges au-delà de la frontière au Pakistan. Pendant un instant, Shaffer nous a vus gagner la guerre », d’après ce que l’on peut lire dans la promotion pour le livre. « Puis tout est devenu compliqué pour les militaires. Les politiques qui dépendaient de hauts fonctionnaires ont désespérément commis des erreurs. Shaffer et son équipe ont été forcés de s’asseoir et de regarder l’insurrection grandir – juste à la frontière du Pakistan. »

Presque un quart de siècle après l’opération Eagle Claw, Shaffer, qui faisait partie de l’équipe Able Danger qui avait poursuivi Al-Qaïda dans les années 1990, décrit avec le goût amer des guerres entre les équipes de la CIA et des forces spéciales comment, dans le monde invisible, doivent être exécutés les assassinats secrets en Afghanistan et au Pakistan.

Task Force 373

C’est en 2007 que pour la première fois la Task Force 373 est mentionnée dans les documents de Wikileaks. Nous ne savions pas si ce numéro signifiait quelque chose, mais par coïncidence ou non, dans le chapitre 373 du Code 10 des États-Unis, l’acte du Congrès énonce ce que l’armée américaine est légalement autorisée à faire, autorise le secrétaire de la Défense d’habiliter tout « employé civil » au sein de l’armée « pour exécuter les mandats et procéder à des arrestations sans mandat » en matière pénale. C’est en effet la base « 373 » qui reste ou non une question classée – comme c’était d’ailleurs, jusqu’à ce que la publication des documents de WikiLeaks s’est produite, l’existence même de la Task Force.

Les analystes disent que la Task Force 373 complète la Task Force 121 en utilisant les « forces blanches » comme les Rangers et les bérets verts, par opposition à la plus secrète Delta Force. La Task Force 373 opère généralement autour de trois bases militaires – à Kaboul, la capitale afghane; à Kandahar, deuxième ville du pays; et la ville de Khost près des zones tribales pakistanaises. Il est possible que certaines de ses activités proviennent également de Camp Marmal, une base allemande dans la ville de Mazar-e-Charif au nord. Des sources familiarisés avec le programme disent que la Task Force a ses propres hélicoptères et avions, notamment un AC-130 Spectre, dédié uniquement à leur usage.

le gunship AC-130 Sprectre construit par Lockheed Martin's

Son commandant semble avoir été le général de brigade Raymond Palumbo, basé au Commandement des Opérations Spéciales du Fort Bragg, en Caroline du Nord. Toutefois, Palumbo a quitté le Fort Bragg à la mi-juillet, peu de temps après que le général Stanley McChrystal a été relevé de son commandement en chef de la guerre afghane par le président Obama. Le nom du nouveau commandant de la Task Force n’est pas connu.

Dans plus de 100 rapports d’incidents dans les fichiers WikiLeaks, la Task Force 373 est décrite comme conduisant de nombreux efforts de « capture/élimination », notamment dans les provinces de Khost, Paktika et Nangarhar, tous aux abords frontaliers de la province des Régions tribales fédéralement administrées (FATA) du nord du Pakistan. Certains auraient entraîné une capture réussie, tandis que d’autres a conduit à la mort de policiers locaux ou même de petits enfants, provoquant les villageois en colère à protester et attaquer les forces militaires menées par les Etats-Unis.

En avril 2007, David Adams, commandant de l’équipe de reconstruction provinciale de Khost, a été appelé à une rencontre avec les anciens du village de Gurbuz dans la province de Khost, qui étaient en colère sur les opérations de la Task Force 373 dans leur communauté. Le rapport d’incident sur WikiLeaks n’indique pas simplement ce que la Task Force 373 a fait pour bouleverser les anciens de Gurbuz, mais le gouverneur de Khost, Jamal Arsala, avait été publiquement se plaindre des opérations des forces spéciales et des décès de civils dans sa province depuis décembre 2006, lorsque cinq civils ont été tués dans un raid sur le village de Darnami.

« C’est notre terre » disait-il alors. « J’ai demandé avec une grande insistance : Asseyons-nous ensemble, nous connaissons nos frères afghans, nous connaissons mieux notre culture. Avec ces opérations, nous ne devrions pas créer plus d’ennemis. Nous sommes en mesure de réduire les erreurs ».

Comme Adams le rappelera plus tard dans un op-ed (op-ed en anglais se rapporte à la page d’éditoriaux écrits par des journalistes du journal plutôt que l’équipe d’édition, ndt) qu’il a co-écrit pour le Wall Street Journal, « le nombre croissant des raids sur les habitations tribales afghanes a aliéné de nombreux anciens de Khost ».

Le 12 juin 2007, Danny Hall et Gordon Philips, travaillant dans la province de Nangarhar juste au nord-est de Khost, ont été appelés à cette réunion avec le gouverneur Sherzai pour expliquer comment la Task Force 373 avait tué sept agents de la police afghane locale. Comme Jamal, Sherzai a fait le point à Hall et Philips qu’« il encourage vivement à une meilleure coordination… et il a encore souligné qu’il ne souhaitait pas voir ce qui s’était produit se reproduire à nouveau ».

Moins d’une semaine plus tard, une unité de la Task Force 373 a tiré cinq roquettes sur un village de Nangar Khel dans la province de Paktika pour le sud du Khost, dans une tentative pour tuer Abu Laith al-Libi, un membre supposé d’Al-Qaïda de Libye. Lorsque les forces américaines rendent au village, ils ont trouvé que la Task Force 373 avait détruit une madrassa (ou école islamique), tuant six enfants et blessant grièvement un septième qui, malgré les efforts déployés par une équipe médicale américaine, allait bientôt mourir. (À la fin janvier 2008, il a été rapporté que al-Libi a été tué par un missile Hellfire lors d’une attaque de drone Predator dans un village proche de Mir Ali dans le Nord-Waziristan au Pakistan.)

Le gouverneur de Paktika, Akram Khapalwak, a rencontré l’armée américaine au lendemain du raid. Contrairement à ses homologues de Khost et Nangarhar, Khapalwak a accepté de prendre en charge les « sujets de conversation » relatifs à la Task Force 373 pour expliquer l’incident aux médias. Selon le rapport d’incident de WikiLeaks, le gouverneur a « fait écho de la tragédie des enfants tués qui aurait pu être empêchée, mais reste inquiet pour les personnes exposées à la présence des insurgés dans la zone ».

Cependant, aucun sujet de conversation militaire, et ce, peu importe les intervenants, ne pourrait arrêter la tuerie des civils aussi longtemps que les raids de la Task Force 373 continueront.

Le 4 octobre 2007, ses membres ont réclamé une frappe aérienne – des bombes Paveway de 500 livres – sur une maison dans le village de Laswanday, à 6 miles seulement de Nangar Khel dans la province de Paktika (où sept enfants avaient déjà été tués). Cette fois, quatre hommes, une femme, une fille – tous des civils – ainsi qu’un âne, un chien et plusieurs poulets ont être abattus. Une douzaine de soldats états-uniens furent blessés, mais les soldats ont rapporté que pas un « ennemi » n’était détenu ou tué.

L’histoire afghane manquante

Tous les raids n’ont pas entraîné des pertes civiles. Les rapports d’incident militaires états-uniens publiés par WikiLeaks suggèrent que la Task Force 373 avait eu de meilleures chances dans la capture des « objectifs » vivants et éviter des pertes civiles, le 14 décembre 2007. Le 503ième Régiment d’Infanterie (Airborne) a demandé à ce jour de soutenir la Task Force 373, dans la province de Paktika, dans la traque de Bitonai et Nadr, deux dirigeants supposés appartenir à Al-Qaïda répertoriés sur le JPEL. L’opération a eu lieu juste à l’extérieur de la ville de Orgun, près du poste d’opérations avancé états-unien Harriman (FOB). Situé à 7000 pieds au-dessus du niveau de la mer et entouré de montagnes, il héberge environ 300 soldats ainsi qu’un petite annexe de la CIA et est souvent visité par de bruyants hélicoptères militaires comme par les troupeaux de chameaux dormant qui appartiennent à des Pachtouns locaux.

« Find, fix, fin and follow up »

Une équipe d’assaut aéroportée, nom de code « Operation Spartan » est descendue dans les environs où Bitonai et Nadr étaient supposés y vivre, mais n’ont pas réussi à les trouver. Quand un informateur afghan local a dit aux soldats des forces spéciales que les suspects étaient à un endroit à environ deux kilomètres, la Task Force 373 a saisi les hommes ainsi que 33 autres qui ont été arrêtés et conduits au FOB Harriman pour y être interrogés et peut-être transférés à la prison de Bagram.

Mais lorsque la Task Force 373 était en train de rôder, que des civils étaient, semble-t-il, toujours en péril, et alors que les documents de WikiLeaks révèlent que les soldats états-uniens étaient disposés à le rapporter, le côté afghan de l’histoire a souvent été laissé dans un fossé. Par exemple, un lundi soir à la mi-novembre 2009, la Task Force 373 a effectué une opération de capture ou d’élimination d’une prétendue militante du nom de code « Ballentine » dans la province de Ghazni. Un rapport d’incident laconique a annoncé qu’une femme afghane et quatre « insurgés » avaient été tués. Le lendemain matin, la Task Force White Eagle, une unité polonaise sous le commandement de la 82e Division Aéroportée des Etats-Unies, a signalé que quelques 80 personnes se sont réunis pour protester contre les meurtres. La fenêtre d’un véhicule blindé a été endommagée par les villageois en colère, mais les documents ne nous offrent pas leur version de l’incident.

Dans une circonvolution ironique, un des derniers incidents de la Task Force 373 enregistrées dans les documents de WikiLeaks était presque une reprise de l’originale Operation Eagle Claw, désastre qui a conduit à la création des équipes de capture/élimination « communes ». Juste avant le lever du soleil sur le 26 octobre 2009, deux hélicoptères états-uniens, un UH-1 Huey et un AH-1 Cobra, sont entrés en collision près de la ville de Garmsir dans la province de Helmand au sud, tuant quatre marines.

Une des proches alliés de la Task Force 373 est une unité britannique, la Task Force 42, composée des forces spéciales (Special Air Service), des nageurs de combat des forces spéciales de la Royal Navy (Special Boat Service), et des commandos du Régiment de Reconnaissance Spécial (Special Reconnaissance Regiment) qui opèrent dans la province de Helmand et sont mentionnés dans plusieurs rapports d’incident de WikiLeaks.

Chasse à l’homme

La formule « capture/élimination » est un élément clé de la nouvelle « doctrine » militaire développée par le commandement de forces spéciales établi après l’échec de l’opération Eagle Claw. Sous la direction du général Bryan D. Brown, qui prit le commandement des forces spéciales en septembre 2003, la doctrine à été appelée F4, pour « find, fix, finish, and follow-up » (« Rechercher, fixer, éliminer et poursuivre ») – un euphémisme léger mais qui n’est pas difficile à comprendre le message sur la façon dont les supposés terroristes et les insurgés doivent être traités.

Sous le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld dans les années Bush, Brown a commencé à constituer des équipes de forces spéciales « communes » pour mener des missions F4 en dehors des zones de guerre.  Ceux-ci ont reçu le nom lénifiant d’« Éléments de liaison militaire ». Au moins un meurtre par une équipe au Paraguay (d’un voleur armé ciblé ou non par n’importe quelle liste) a été écrit par les journalistes du New York Times Scott Shane et Thom Shanker. L’équipe, dont la présence n’avait pas été portée à la connaissance de l’ambassadeur des Etats-Unis, a été ordonnée de quitter le pays.

« L’exigence numéro un est de défendre la patrie. Et donc parfois qui nécessite que vous trouvez et capturez ou tuez les cibles terroristes dans le monde entier qui essaient de faire du mal à cette nation », a raconté Brown à la Commission de l’Assemblée des forces armées en mars 2006. « Nos partenaires étrangers… sont prêts mais incapables qui veulent aider dans l’élaboration de leur propre capacité à défendre leurs frontières et à éliminer le terrorisme dans leur pays ou dans leurs régions ». En avril 2007, le président Bush a récompensé le plan de Brown en créant un bureau spécial de haut niveau au Pentagone pour un secrétaire adjoint de la Défense pour les opérations spéciales et conflits de faible intensité et capacités interdépendantes.

Michael G. Vickers, rendu célèbre par le livre et le film « La guerre selon Charlie Wilson » comme l’architecte de la chaîne d’approvisionnement des armes-et-argent clandestine pour les Moudjahidins dans la campagne afghane anti-soviétique de la CIA des années 1980, a été nominé pour pourvoir le poste. Sous sa direction, une nouvelle directive a été publiée en décembre 2008 à « développer des capacités d’extension états-uniennes portées dans les domaines refusés et incertains des environnements d’exploitation avec et par des forces étrangères indigènes ou en effectuant des opérations de faible visibilité ». De cette manière, le programme « capture/élimination » a été institutionnalisé à Washington.

« La guerre contre le terrorisme est fondamentalement une guerre indirecte… C’est une guerre de partenaires…, mais c’est aussi un peu de la guerre dans l’ombre, soit en raison de la sensibilité politique ou le problème de localiser les terroristes », a raconté Vickers au Washington Post à la fin de l’année 2007. « C’est pourquoi la CIA est tellement importante… et nos opérations des forces spéciales jouent un rôle étendu. »

Le départ de George W. Bush de la Maison Blanche n’était pas trempé par l’enthousiasme pour les opérations F4. Bien au contraire : même si la formule F4 a récemment été modifiée, dans un dialecte typiquement militaire,  et est devenue « find, fix, finish, exploit, and analyze » (« rechercher, fixer, éliminer, exploiter et analyser », ou F3EA, le président Obama a, aux dires de tous, développé des programmes de collecte de renseignement militaire et de « capture/élimination » globalement en tandem avec une escalade des opérations d’attaque de drone par la CIA.

« L’intensification (surge) ordonnée par Obama signifie une escalade importante de la violence des deux côtés de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan ainsi que l’intensification de la crise sociale et politique qui règne sur toute la région en conséquence de la guerre états-unienne. » Bill Van Auken

Il existe quelques partisans qui sont fervents de la doctrine « capture/élimination ». Le professeur de l’Université de Columbia Austin Long est un universitaire qui suit le déroulement du F3EA. Notant sa ressemblance avec le programme d’assassinat Phoenix, responsable des dizaines de milliers de morts pendant la guerre états-unienne au Vietnam (dont il défend), il a appelé à un rétrécissement de la présence militaire états-unienne en Afghanistan à 13 000 troupes de forces spéciales qui porterait exclusivement sur la lutte contre le terrorisme, en particulier les opérations d’assassinat. « Phoenix suggère qu’une coordination du renseignement et l’intégration du renseignement avec un bras d’action peuvent avoir un effet puissant sur les groupes armés même extrêmement large et compétent », qu’il et son co-auteur William Rosenau ont écrit dans une monographie du Rand Institute intitulée « le programme Phoenix et la contre-insurrection contemporaine » en juillet 2009.

D’autres ont une inclinaison plus agressive encore. Le lieutenant George Crawford, qui a pris sa retraite du statut de « stratège de plomb » du commandement des forces spéciales pour aller travailler pour Archimede Global, Inc., une firme de consultants de Washington, a suggéré que F3EA soit remplacé par un terme : « Manhunting ». Dans une monographie publiée par l’Université des opérations spéciales mixtes en septembre 2009, « Manhunting: Counter-Network Organization for Irregular Warfare » (« Chasse à l’homme : organisation de contre-réseau pour les guerres irrégulières », Crawford énonce « comment mieux aborder la responsabilité de concevoir la chasse à l’homme comme une capacité pour la sécurité nationale américaine ».

Tuer les mauvais gens

L’étrange évolution de ces concepts, la création d’unités globales de chasseur-tueur dont le but dans la vie est l’assassinat 24h/24 et 7j/7 et les civils de ces unités « conjointes des forces spéciales » tuent régulièrement dans leurs raids contre de prétendus « objectifs » indécis selon des experts même militaires.

Par exemple, Christopher Lamb, le directeur intérimaire de l’Institute for National Strategic Studies de la National Defense University et Martin Cinnamond, un ancien fonctionnaire des Nations-Unies en Afghanistan, ont écrit un article au printemps 2010 sur l’issue des « Joint Forces Quarterly » dans lequel ils disent : « il y a un engagement étendu… que l’approche indirecte de la contre-insurrection qui devrait avoir préséance sur les opérations d’élimination/capture. Toutefois, le contraire est survenue. »

D’autres types de militaires affirment que l’approche du chasseur-tueur est myope et contre-productif. « Ma prise de position sur la Task Force 373 et d’autres task forces, il a un but car il conserve le nombre d’ennemis inférieur. Mais il ne comprend pas la cause fondamentale du conflit, et pourquoi les gens supportent les Taliban », dit Matthew Hoh, un ancien Marine et du département d’Etat qui a démissionné du gouvernement en septembre dernier. Hoh, qui a souvent travaillé avec la Task Force 373 ainsi que d’autres programmes « capture/élimination » des forces spéciales en Afghanistan et en Irak, ajoute: « nous avons tué les mauvaises personnes, des Taliban de bas niveau qui nous combattent seulement parce que nous sommes dans leurs vallées. Si nous n’étions pas là, ils ne voudraient pas combattre les Etats-Unis ».

La Task Force 373 peut être un cauchemar pour les Afghans. Pour le reste d’entre nous – maintenant que WikiLeaks a actionné la chasse d’eau – la Task Force 373 devrait être considérée comme un symptôme des profonds désastres politiques. Après tout, il soulève une question fondamentale : Est-ce que ce pays deviendra vraiment connu comme un Manhunters Inc. mondial ?

Pratap Chatterjee est un journaliste indépendant, régulier de TomDispatch et rédacteur en chef à CorpWatch qui a beaucoup travaillé dans le Moyen-Orient et en Asie Centrale, comprennant neuf voyages en Afghanistan, Pakistan et en Irak. Il a écrit deux livres sur la guerre contre le terrorisme : Iraq, Inc. (Seven Stories Press, 2004) et Halliburton’s Army (Nation Books, 2009). Il recommande l’utilisation de DiaryDig pour mieux comprendre le journal de guerre afghan WikiLeaks. Vous trouverez un bon glossaire des sigles militaires en cliquant ici. Vous pouvez le contacter par courrier électronique à pchatterjee@igc.org.

Traduction : Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

Source : TomDispatch.com

L’armée états-unienne dit adieu à l’Irak

22 août

par Robert Fisk pour The Independent

L’Amérique a laissé sa marque : Torture. Corruption. Guerre Civile.

Des soldats états-uniens quittent l’Irak en traversant la frontière avec le Koweit. Environ 50.000 troupes vont rester pour former l’armée irakienne.

Lorsqu’on envahit un pays, il y a toujours un premier soldat – tout comme il y a toujours un dernier.

Le premier homme à la tête de la première unité de la première colonne de l’armée d’invasion américaine à fouler la place Fardous dans le centre de Bagdad en 2003 fut le caporal David Breeze du 3ème bataillon, 4ème régiment des Marines. Pour cela, évidemment, il me fit remarquer qu’il n’était pas du tout un soldat. Les Marines ne sont pas des soldats. Ce sont des Marines. Mais ça faisait deux mois qu’il n’avait pas parlé à sa maman alors – inévitablement – je lui ai proposé mon téléphone par satellite pour appeler chez lui dans le Michigan. Tous les journalistes savent qu’on obtient une bonne histoire à raconter si on prête son téléphone à un soldat en guerre.

«  Salut ! » a hurlé le caporal Breeze. « Je suis à Bagdad. J’appelle pour dire « salut, je vous aime, je vais bien. Je vous aime. » La guerre sera finie dans quelques jours. On se verra bientôt. » Oui, ils disaient tous ça, que la guerre sera bientôt finie. Ils n’ont pas consulté les Irakiens sur cette agréable perspective. Les premiers kamikazes – un policier dans une voiture et deux femmes dans une voiture – avaient déjà frappé les américains le long de l’autoroute qui mène à Bagdad. Des centaines d’autres allaient suivre. Des centaines d’autres suivront encore.

Alors il ne faut pas se laisser berner par le spectacle à la frontière koweïtienne de ces dernières heures, le départ des dernières troupes de « combat » de l’Irak deux semaines avant la date prévue. Ni par les cris infantiles de « on a gagné » de ces soldats adolescents dont certains n’avaient que 12 ans lorsque George W. Bush envoya son armée dans cette aventure catastrophique. Ils laissent derrière eux 50.0000 hommes et femmes – un tiers de la force d’occupation US – qui seront attaqués et qui devront encore se battre contre l’insurrection.

Certes, ils sont sur place officiellement pour former les hommes en armes et les miliciens et les plus pauvres parmi les pauvres qui ont rejoint l’armée irakienne, dont le propre commandant pense qu’elle sera incapable de défendre le pays jusqu’en 2020. Mais le pays sera toujours sous occupation – car il est évident qu’un des « intérêts américains » qu’il leur faudra défendre est celui de leur propre présence – avec les milliers de mercenaires armées et indisciplinés, occidentaux et orientaux, qui se frayent un chemin à coups de feu pour protéger nos précieux diplomates et hommes d’affaires occidentaux. Alors dites-le à voix haute et intelligible : nous ne partons pas.

Au lieu, les millions d’Américains qui sont passés par l’Irak ont apporté la plaie. Depuis l’Afghanistan – pour qui ils ont eu le même intérêt après 2001 qu’ils auront l’année prochaine lorsqu’ils commenceront à « quitter » le pays – ils ont apporté Al Qaeda. Ils ont apporté la guerre civile. Ils ont apporté la corruption à grande échelle. Ils ont marqué Abou Ghraib du sceau de la torture et ont fait de cette prison une digne héritière du régime de Saddam Hussein – non sans avoir au préalable marqué du sceau de la torture celle de Bagram et toutes les autres prisons clandestines en Afghanistan. Ils ont introduit le sectarisme dans un pays qui, malgré toute la brutalité et la corruption du régime de Saddam Hussein, avait néanmoins imposé une unité entre Sunnites et Chiites.

Et parce que les Chiites allaient inévitablement diriger cette nouvelle « démocratie », les soldats américains ont donné à l’Iran la victoire qu’il n’a pas pu obtenir dans la terrible guerre de 1980-1988 contre Saddam Hussein. Les hommes qui ont jadis attaqué l’ambassade américaine au Koweit – des hommes qui étaient alliés aux kamikazes qui ont fait sauter la base militaire US à Beyrouth en 1983 – aujourd’hui participent au pouvoir en Irak. Hier, les Dawas étaient des « terroristes ». Aujourd’hui, ce sont des « démocrates ». C’est drôle comment nous avons oublié les 241 soldats américains qui sont morts dans l’aventure libanaise. Le caporal David Breeze devait avoir deux ou trois ans à l’époque.

Mais la folie continue. Le désastre américain en Irak a infecté la Jordanie voisine avec Al Qaeda – l’attentat contre un hôtel à Amman – et puis le Liban de nouveau. L’arrivée des hommes armés du Fatah al-Islam dans le camp palestinien de Nahr al-Bared dans le nord du Liban – leur guerre de 34 jours contre l’armée libanaise – et les innombrables civils tués furent le résultat direct du soulèvement sunnite en Irak. Al Qaeda est arrivé au Liban. Puis l’Irak sous occupation américaine a réinfecté l’Afghanistan où les kamikazes ont transformé les farouches guerriers américains en poules mouillées.

Peu importe, car à présent ils sont en train de réécrire l’histoire. Prés d’un million d’Irakiens sont morts et Tony Blair s’en fiche royalement car ils n’apportent rien aux généreux émoluments qu’il touche. Pas plus que la plupart des soldats américains. Ils sont venus. Ils ont vu. Ils ont été vaincus. Et maintenant ils disent qu’ils ont gagné. Les arabes, qui survivent avec 6 heures d’électricité par jour dans un pays exsangue, doivent vraiment rêver à d’autres victoires comme celle-ci.

Hier et aujourd’hui

3.000 : c’est nombre de civils irakiens tués l’année dernière. C’est moins que le dixième des 34.500 tués en 2007 mais indique les dangers auxquels les irakiens doivent faire face au quotidien.

200 : nombre d’Irakiens connus encore détenus par les Etats-Unis – une fraction des 26.000 détenus dans les prisons militaires il y a trois ans.

15,5 : nombre d’heures par jour en moyenne d’électricité à Bagdad, soit une amélioration notable par rapport aux six heures il y a trois ans mais encore inférieur aux 24 heures que connaissaient les villes irakiennes avant l’invasion.

Article original : US troops say goodbye to Iraq

Source : Le Grand Soir

Le général Hamid Gul à l’antenne d’Infowars (vidéo)

20 août

Culpabiliser le Pakistan pour le cuisant échec de la guerre d’Afghanistan pourrait bien être l’issue choisie par les Etats-Unis, une issue habilement orchestrée dès le départ. La présence de troupes états-uniennes et de mercenaires en Pakistan a été confirmée en 2008. L’ancien chef de l’ISI (services secrets pakistanais), le général à la retraite Hamid Gul, a été placé sous le feu des projecteurs lors de la récente affaire WikiLeaks, qui se poursuit malgré le silence des réseaux classiques d’information. Mentionné 8 fois dans 180 rapports, le général Hamid Gul s’exprime sur le rôle qu’il a joué dans la défaite de l’hyperpuissance états-unienne en Afghanistan, et surtout sur le rôle qui lui est imputé, à l’antenne du Alex Jones Show (Infowars.com), et revient notamment sur l’ingérence des communistes russes et de l’Inde à travers le RAW (services secrets indiens).

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La Mondialiénation (vidéo)

20 août

Un sympathique clip musical sur l’aliénation des peuples conséquente à la mondialisation du modèle économique néo-libéral qui pousse à la prise de conscience de l’impact direct d’un mode de vie sur d’autres peuples.

Israël attaquera t-il le Liban pour lui voler son gaz ?

19 août

par Alfredo Jahife-Rahme pour le Réseau Voltaire

Ce n’est plus un secret : de très importants gisements de gaz et de pétrole sont situés en Méditerranée au large de Chypre, du Liban, de Gaza… et d’Israël. Compte tenu des appétits et des méthodes du régime de Tel-Aviv, le partage des richesses semble impossible. Pour le géopoliticien mexicain Alfredo Jalife-Rahme, la question est de savoir si Israël se contentera de voler les réserves de ses voisins en les siphonnant grâce à des technologies sophistiquées, ou s’il s’emparera de leurs gisements par la force.

« Le duo Netanyahu-Lieberman considère la découverte des champs de gaz naturel dans la Méditerranée comme une découverte israélienne sur laquelle personne n’a de droit. »

Plusieurs analystes expérimentés ont compris que derrière la guerre d’Israël contre Gaza —gouverné par le groupe islamique sunnite Hamas— se trouve un enjeu caché : les pléthoriques gisements de gaz des côtes palestiniennes en Méditerranée.

Bien que doté d’un maximum de 400 bombes nucléaires et de la meilleure aviation de tout le Proche-Orient —à présent on ne peut plus affirmer qu’il possède la meilleure armée de la région après ses récents revers aussi bien au Sud du Liban contre la guérilla islamique chiite qu’à Gaza face au Hamas— Israël affiche deux points faibles incontestables :

  1. l’eau, raison pour laquelle il ne se résout pas à restituer à la Syrie les territoires occupés du plateau du Golan, bordant le lac de Tibériade (Galilée) et
  2. le pétrole, il importe plus de 300 000 barils par jour (pour la plupart, en provenance d’Égypte), tandis que sa production de gaz destinée à la consommation nationale est extrêmement réduite.

Je viens de rentrer d’un voyage d’un mois en Grèce, au Liban et en Turquie, où j’ai mesuré l’importance stratégique du gaz, aussi bien pour Gaza que pour le Liban, enfoui sous les eaux communes à Israël et à l’île de Chypre (elle même divisée en partie grecque et turque).

Naharnet (28 juin 2010), un site libanais pro-occidental, dit très justement que les réserves de gaz reparties entre les eaux du Liban et d’Israël peuvent représenter une énorme manne financière, mais qu’elles peuvent également susciter une nouvelle guerre d’Israël contre son faible voisin du nord.

La situation est dramatique car les deux Etats, aussi bien le Liban qu’Israël, sont énormément tributaires des importations d’hydrocarbures.

Quant au Liban, son cas est le plus grave car il est éprouvé par le piteux état de son système de production électrique, qui n’a pu être ni réparé, ni modernisé après 15 ans de guerre civile.

Que cela plaise ou non, face à la cupidité israélienne, ce n’est rien de moins que la guérilla chiite du Hezbollah qui s’est chargée de la défense du gaz libanais. Jusqu’à présent, mis à part le Hezbollah [1], personne d’autre dans la vaste mosaïque libanaise n’a manifesté ouvertement sa position sur ce sujet, qui est loin d’être un sujet de moindre importance et qui peut dégager de grands bénéfices politiques et financiers ou, à défaut, dégénérer en une guerre d’Israël contre le Liban (et non le contraire).

Non sans se référer à des précédents et à des justifications historiques, le Hezbollah accuse Israël de programmer le “vol” du gaz naturel des eaux territoriales libanaises. Les chiites du Sud du pays en ont acquis une grande expérience lors du pillage par Israël des eaux du fleuve Litani.

De son côté, Israël rétorque que les champs pétrolifères et gaziers qu’il exploite ne s’étendent pas jusqu’aux eaux libanaises.

Le problème réside en ce que les limites territoriales —et par extension, les limites maritimes— n’ont toujours pas été fixées, du fait que les deux pays sont techniquement encore en guerre.

Israël a déjà commencé —grâce à un développement technologique plus avancé et à la complicité des compagnies pétrolières et gazières anglo-saxonnes— à développer les deux champs de Tamar et Dalit, dont les abondantes réserves ont fait s’envoler la Bourse de Tel-Aviv, exactement le même jour où le duo Netanyahu-Lieberman était frappé de répudiation mondiale à cause de sa piraterie meurtrière en eaux internationales contre un navire turc d’aide humanitaire destiné à Gaza (la plus grande prison à ciel ouvert du monde).

Les gisements de pétrole offshore de Tamar et de Dalit

Les réserves découvertes dans les champs de Tamar et de Dalit sont colossales : 160 milliards de mètres cubes avec lesquels on peut satisfaire les besoins des Israéliens pendant deux décennies.

La compagnie pétrolière et gazière texane Noble Energy, qui fait partie du consortium chargé des explorations des gisements gaziers de la partie soi-disant israélienne de la Méditerranée, a estimé que grâce à la découverte d’un troisième champ —dont le nom, d’intéressante portée sémantique, est Léviathan (de 450 milliards de mètres cubes, presque trois fois ce qui contiennent les gisements de Tamar et Dalit)— Israël pourrait devenir un riche exportateur vers l’Europe et l’Asie.

Pour le moment, Nabih Berri, président du Parlement libanais, et de surcroît, allié du Hezbollah, a condamné le fait qu’Israël soit en train de se transformer en “émirat pétrolier” grâce à du gaz qui ne lui appartient pas, en déniant le fait que ces champs s’étendent jusqu’aux eaux territoriales du Liban. Le Liban reproduira-t-il face à Israël les expériences tragiques que le Mexique vit aujourd’hui face aux États-Unis pour ce qui est des gisements “transfrontaliers” dont il est dépouillé par les compagnies pétrolières et gazières texanes grâce à la technologie cleptomane du siphonnage ?

Les fonctionnaires de l’Infrastructure nationale d’Israël affirment —tel que l’affirme également, comme on aurait pu s’y attendre, la compagnie texane Noble Energy ainsi que la compagnie norvégienne Petroleum Geo-Services— que les trois champs découverts se trouvent en “zone économique” israélienne. Quelle précision de la géographie divine !

Al Manar (4 juin 2010), le média du Hezbollah fustige “Israël [qui] est sur le point de légaliser le vol du gaz libanais” par un amendement législatif. Il cite la télévision israélienne rapportant que le gouvernement du duo Netanyahu-Lieberman “considère la découverte des champs de gaz naturel dans la Méditerranée comme une découverte israélienne sur laquelle personne (super sic !) n’a de droit”.

Nom d’un diable ! Qu’en est-il alors du droit international transfrontalier lorsque la technique du siphonnage de ce qui appartient à autrui est utilisée par les transnationales anglo-saxonnes dotées d’une meilleure technologie que celle des pays affectés, pour ne pas dire spoliés ?

Pire encore, selon la chaîne de télévision déjà citée, “le comité exécutif du gouvernement et la Knesset (Parlement) préparent une loi qui écarterait le droit des Libanais”. Au besoin, l’armée israélienne sera là pour appliquer de manière unilatérale la nouvelle loi de spoliation.

En dehors du légendaire saccage israélien des territoires occupés, sous tous ses aspects, avec ou sans “cartes géographiques” ou lois pour le justifier, la classe politique libanaise, à cause de ses querelles internes stériles sur l’identité de l’heureux exploitant et producteur de pétrole et de gaz, a laissé filer une précieuse décennie : un vide temporel et territorial qui a été exploité par Israël.

Au mois d’octobre dernier, la compagnie norvégienne Petroleum Geo-Services avait communiqué sur la forte probabilité qu’il existe de grands gisements aussi bien au Liban qu’à Chypre. À propos de ce dernier cas, il semblerait que les gisements seraient repartis entre les deux pays voisins. Que d’artifices souverains nous présente la géographie !

Pour le Liban, n’importe quel type de découverte pétrolière et gazière constituerait une bénédiction qui permettrait de réduire la formidable dette atteignant 52 milliards de dollars, l’une des plus importantes du monde proportionnellement (147 %) à son produit intérieur brut (PIB) de 33 milliards de dollars.

Cependant, il ne faut pas surestimer la dette libanaise, sans doute énorme, car elle est amortie par des dépôts bancaires colossaux allant jusqu’à 110 milliards, ce qui facilite sa gestion.

Quoi qu’il en soit, les nouvelles découvertes de pétrole et de gaz au Liban —souveraines ou partagées avec Israël ou avec Chypre— atteigneraient le chiffre mirifique d’un milliard de milliard de dollars.

Osama Habib, du quotidien libanais en anglais The Daily Star (28 juin 2010), a affirmé que “la richesse du pétrole et du gaz du Liban représente une bénédiction mitigée qui génère en même temps de l’enthousiasme et de l’angoisse” (de par ses conséquences géopolitiques). Elle a révélé au grand jour la lutte primaire des politiciens libanais pour l’obtention de la meilleure part du gâteau dans la gestion des hydrocarbures.

Selon les experts, la production ne sera effective qu’après 15 ans d’exploration des eaux libanaises, mais le risque majeur vient de l’appétit insatiable d’Israël, qui serait capable, une énième fois, d’entreprendre une nouvelle guerre afin de s’approprier du gaz de Gaza et des hydrocarbures du Liban et de Chypre.

Alfredo Jalife-Rahme est écrivain, spécialiste en affaires internationales. Auteur de plusieurs ouvrages sur les symptômes indésirables de la mondialisation. Il publie chaque semaine deux articles dans le quotidien mexicain La Jornada et une chronique dans l’hebdomadaire Contralínea.

Notes

[1] Au début des années 2000. cette question avait opposé le président libanais Emile Lahoud d’une part, à son Premier ministre Rafic Hariri et au président français Jacques Chirac, d’autre part, lorsque des navires de la Marine française avaient illégalement entrepris de sonder les fonds marins libanais. Malgré la campagne médiatique internationale pour le dénigrer, le président Lahoud avait refusé de céder les intérêts libanais aux Français. Il s’en était suivi un blocage politique et le gel de l’exploration. Ndlr

Traduction :  Marina Almeida

Source : Réseau Voltaire

Ahmadinejad à Times Square

18 août

par Ahmed Bensaada

Une affiche de la campagne publicitaire de propagande et de boycott du président iranien Mahmoud Ahmadinejad par l'UANI : « He’s not welcome here. »

J’avais décidé de ne pas mettre les pieds dans le pays de l’oncle Sam tant que Bush fils était au pouvoir. Non pas que je trouve la politique étrangère d’Obama différente de celle de son prédécesseur [1], mais disons que je préfère son discours du Caire, malgré son évidente démagogie, à tous les dégâts provoqués par les deux mandats du président-prédicateur qui a, bien malgré lui, popularisé le lancer de chaussures.

Ainsi, je me suis récemment retrouvé en train de flâner dans les rues de Manhattan, jouant du coude dans certains endroits pour me frayer un chemin au milieu d’une foule dense, bariolée et cosmopolite. Comme il se doit lors d’une visite de la « Big Apple », je me rendis, entre chien et loup, à Times Square. Situé entre la 42e rue et Broadway, cet endroit couru par tous propose un condensé de tout ce que les États-Unis peuvent produire comme stimuli pour les yeux. Écrans géants, enseignes lumineuses, films interactifs et j’en passe. De toute part, on est assailli par une publicité tapageuse, aguichante et intrusive. Entre l’extravagante boutique M&M’s, le surprenant écran qui photographie la foule, l’annonce du remake du « dîner de cons » et de celle d’une multitude de produits de consommation, il y avait vraiment de quoi avoir le tournis. Mais c’est en levant la tête que ma surprise fut la plus grande. Là-haut, entre une affiche de « Levis’s » et de « Guess », juste au-dessus d’une autre vantant les mérites du « Canada Dry », un visage accrocha mon regard. De profil, la barbe courte et grisonnante, l’air ténébreux, les pattes-d’oie bien marquées, le personnage trônait au milieu de vulgaires objets, symboles d’un mercantilisme exacerbé.

Ahmadinejad à Times Square

Je ne pouvais pas me tromper, il s’agissait bien du président iranien Ahmadinejad. Mais que faisait-il en cet endroit insolite ? Servait-il de top-modèle pour une marque quelconque ? Était-ce une annonce pour une prochaine visite officielle ? La lecture du message accompagnant l’effigie du président iranien ne laissait aucun doute : il s’agissait d’un message politique et non commercial ou de bienvenue. Bien au contraire, on pouvait lire, en grandes lettres, sur fond rouge : « He’s not welcome here » (Il n’est pas bienvenu ici). Aucune mention de son nom, ni de sa fonction sur cette affiche géante.

De plus, le message insinuait que les passants avaient leur rôle à jouer dans l’opposition à la venue d’Ahmadinejad en terre étasunienne. Information prise, il s’avère qu’il s’agissait d’une affiche faisant partie d’une campagne, lancée en mai dernier, qui visait à obliger les hôtels new-yorkais de refuser l’hébergement au président iranien lors de son passage à New York pour participer à la conférence de l’ONU sur la non-prolifération nucléaire. Cette campagne n’est pas terminée puisqu’elle s’échine, actuellement, à contraindre le Hilton Manhattan East à ne pas héberger Ahmadinejad et ses collaborateurs durant son séjour en septembre prochain en vue de sa participation à l’Assemblée générale de l’ONU. Sachant que 365 000 personnes par jour passent en moyenne par Times Square, cette publicité a sûrement un impact non négligeable sur l’opinion publique. Bien en vue sur l’affiche, l’offensive anti-Ahmadinejad est signée par un organisme nommé UANI, « United Against Nuclear Iran » (Unis contre le nucléaire iranien) [2]. Une visite sur leur site Web se révéla très instructive sur les personnalités qui tirent les ficelles de cet organisme.

Autre affiche de propagande dans la station de métro Grand Central

UANI a été fondé en 2008 par Dennis Ross, Richard Holbrooke, Mark Wallace et James Woolsey pour servir de lobby afin d’influencer la politique américaine à mener contre l’Iran [3]. Les deux premières personnes ne font plus partie d’UANI car elles ont été nommées par l’administration Obama à des postes clés. Tout d’abord, le 23 février 2009, Dennis Ross a obtenu le poste de Conseiller Spécial pour le Golfe et l’Asie du Sud-ouest (incluant l’Iran) auprès de la Secrétaire d’État Hillary Clinton [4]. Le 25 juin suivant, il quitta le Département d’État pour se joindre à l’équipe de la Maison Blanche chargée de la Sécurité Nationale en qualité d’assistant spécial du président Obama et de directeur senior pour le Moyen-Orient, le Golfe Persique, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Asie du Sud [5]. Ross, qui a soutenu l’invasion de l’Irak, est un membre influant du lobby juif américain (AIPAC). Supporter inconditionnel de l’État hébreu, il est surnommé l’avocat d’Israël. Concernant l’Iran, il a toujours été en faveur d’une ligne dure. Il est, entre autres, coauteur d’un rapport préparé avec un groupe de travail présidentiel intitulé « Strengthening the Partnership : How to Deepen U.S.-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge » (Renforcer le partenariat : comment approfondir la coopération entre les États-Unis et Israël sur le défi nucléaire iranien). C’est probablement pour le remercier de son appui auprès de la communauté juive américaine lors de la campagne présidentielle de 2008 qu’Obama le nomma à ce poste [6].

D’autre part, le 22 janvier 2009, Richard Holbrooke a été officiellement nommé envoyé spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan par Barack Obama [7]. Ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies de 1999 à 2001, il est partisan de la fermeté envers l’Iran. Il a d’ailleurs fait partie du groupe de travail présidentiel, avec Dennis Ross, qui a rédigé le rapport cité précédemment.

Des 17 membres du comité consultatif d’UANI, la plupart sont des proches de Bush junior ou du lobby juif américain.

En plus des deux fondateurs, un autre membre d’UANI a été promu à un poste d’importance. Il s’agit de Gary Samore qui, depuis janvier 2009, est assistant du président Obama et Coordinateur de la Maison Blanche pour le contrôle des armes de destruction massive, de leur prolifération et du terrorisme. De 2001 à 2005, il a été directeur d’études à l’« International Institute for Strategic Studies » (IISS). C’est cet institut qui, en 2002, « estimait que le régime de Bagdad n’était pas en mesure de développer rapidement l’arme nucléaire mais que ses capacités en matière d’armement chimique et biologique demeuraient ». Le 9 septembre 2002, Gary Samore déclarait à CNN qu’ « il vaut mieux agir militairement contre l’Irak tant que ses capacités sont encore éloignées de ses objectifs que d’attendre qu’il soit doté de l’arme nucléaire » [8].

Ce n’est pas tout. Des 17 membres du comité consultatif d’UANI, la plupart sont des proches de Bush junior ou du lobby juif américain. Ainsi le président d’UANI, Mark D. Wallace a été un élément actif dans la campagne électorale 2004 de George W. Bush. Un autre membre, Alan Solow, est chairman de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines. Il est, entre autres, président du « Jewish Community Centers Association », vice-président de la « World Confederation of Jewish Community Centers » et directeur de la « Jewish Community Centers of Metropolitan Chicago ». Frances Fragos Townsend a été l’assistante de George W. Bush pour la sécurité et l’antiterrorisme et présida le « Security council » de mai 2004 à janvier 2008.

Il est clair qu’UANI est un nid de « faucons » anti-iraniens qui ont déjà fait leur preuve lors du règne de George W. Bush.

Il serait fastidieux d’énumérer en détails les fonctions des autres personnalités d’UANI. Il est cependant important de noter qu’environ la moitié des membres restants ont servi de manière directe ou indirecte dans l’administration Bush fils.

Il est clair qu’UANI est un nid de « faucons » anti-iraniens qui ont déjà fait leur preuve lors du règne de George W. Bush et qui ont été les artisans de l’invasion de l’Irak en usant d’arguments fallacieux. Le plus inquiétant, actuellement, vient du fait que, dans le dossier iranien, le président Obama s’est entouré des plus belliqueux d’entre eux.

Va-t-on assister à un autre épisode de la guerre du Golfe ? L’Iran subira-t-il le même sort que l’Irak ? Les installations nucléaires iraniennes seront-elles bombardées par Israël, comme ce fut le cas pour l’Irak, sous l’aile protectrice des États-Unis et de l’AIPAC ? J’ose croire que les bourbiers irakien et afghan sauront les décourager.

Mais pourquoi diable ai-je levé la tête à Times Square ? N’aurais-je pas dû me contenter de l’extravagante boutique M&M’s et du surprenant écran qui photographie la foule ?

Montréal, le 12 août 2010.

Ahmed Bensaada est docteur en physique – Montréal (Canada).

à lire également sur le même sujet :

- Etats-Unis – Iran : pourquoi un face à face Obama – Ahmadinejad n’est-il pas envisageable ?

Notes

1. Ahmed Bensaada. (Page consultée le 9 août 2010). Mais qui est donc Barack Hussein Obama ?, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.lequotidien-oran.com/ind…

2. UANI. (Page consultée le 10 août 2010). United Against Nuclear Iran, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.unitedagainstnucleariran.com/

3. International Accounting Bulletin. (Page consultée le 10 août 2010). KPMG departure sends out a key message : UANI, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.vrl-financial-news.com/a…

4. U.S. Department of State (Page consultée le 9 août 2010). Appointment of Dennis Ross as Special Advisor for The Gulf and Southwest Asia, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.state.gov/r/pa/prs/ps/20…

5. The Washington Post. (Page consultée le 11 août 2010). Dennis Ross Is Moved From State Department Post to White House, [En Ligne]. Adresse URL : http://voices.washingtonpost.com/44…

6. Bakchich Info. (Page consultée le 10 août 2010). Obama voit la vie en Ross, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.bakchich.info/Obama-voit…,08599.html

7. U.S. Department of State (Page consultée le 9 août 2010). Biography of Richard C. Holbrooke, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.state.gov/r/pa/ei/biog/1…

8. IRIS. (Page consultée le 11 août 2010). Armes irakiennes : l’embarras des spécialistes du désarmement, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.iris-france.org/Citation…

Source : Le Grand Soir

Obama menace l’Iran

17 août

par Alex Lanthier pour WSWS

Lors d’un point de presse, mercredi à la Maison-Blanche, le président Obama a personnellement ajouté sa voix au chœur grandissant des menaces de guerre contre l’Iran émanant de Washington et de ses alliés.

« Si la fierté nationale pousse l’Iran à développer des armes nucléaires, ils en subiront les conséquences. » Barack H. Obama.

Les récentes menaces renferment des remarques faites par le secrétaire américain à la Défense Robert Gates qui en 2008 avait exprimé son avis contre « une autre guerre au Moyen-Orient » mais, le mois dernier avait déclaré que les Etats-Unis « n’acceptaient pas l’idée que l’Iran dispose d’armes nucléaires ». Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a dit qu’il était « encore temps de prendre des sanctions », mais qu’« à un moment donné, nous devons reconnaître que les sanctions ne fonctionnent pas ».

C’est dans ce contexte que la Maison-Blanche a réuni des journalistes choisis pour un point presse sur l’Iran. Ceux-ci n’auraient, semble-t-il, découvert qu’après leur arrivée que la personne intervenant à ce « point de presse » apparemment routinier n’était autre que le président lui-même.

L’objectif d’Obama était de lancer une mise en garde directe contre le gouvernement iranien : il a le choix, soit de se plier aux exigences des Etats-Unis en abandonnant son programme nucléaire soit de s’attendre à une attaque américaine.

Obama a dit que les responsables iraniens « devraient savoir ce à quoi ils peuvent dire “oui” ». Si la « fierté nationale » pousse l’Iran à développer des armes nucléaires, a poursuivi Obama, « ils en subiront les conséquences ». Il a dit « toutes les options » sont ouvertes pour « empêcher une course aux armements nucléaires dans la région et pour empêcher un Iran nucléaire. »

Craignant que certains journalistes ne se méprennent sur les phrases creuses prononcées par Obama concernant la diplomatie, telle l’indication de projets de mener de nouvelles négociations avec l’Iran, de hauts responsables de la Maison-Blanche ont, pour bien mettre les choses au clair, discuté plus tard avec l’un des journalistes présents, le journaliste pro guerre bien connu, Robert Kagan.

Dans un article paru dans le Washington Post, Kagan a critiqué les journalistes qui avaient posé aux hauts responsables américains des questions ayant trait à la diplomatie avec l’Iran : « Ceci a mis les responsables dans une situation délicate : ils ne voulaient pas dire ouvertement que le gouvernement ne suivait pas une nouvelle initiative diplomatique parce que cela pourrait donner l’impression que le gouvernement ne s’intéressait pas du tout à la diplomatie. »

Kagan a fait le commentaire suivant, « Comme l’un des hauts responsables stupéfait me l’a fait  remarquer plus tard, si le sujet du point presse avait été la diplomatie, alors le gouvernement aurait fait venir ses négociateurs influents à la réunion, au lieu de tous ces gens chargés d’exercer la pression sur l’Iran. »

En fait, la politique du gouvernement Obama n’a jamais été de négocier avec l’Iran mais de soumettre à Téhéran une liste d’exigences humiliantes et non négociables. Celles-ci ont été présentées dans le contexte d’une politique à deux voies : une campagne de sanctions et de menaces de guerre pouvant mener soit à la capitulation de Téhéran, soit à poser le fondement d’une action militaire.

En juin dernier, le gouvernement Obama a tenté en vain d’imposer à Téhéran un régime pro américain en renversant les résultats de l’élection d’Ahmadinejad. Les Etats-Unis ont tacitement soutenu la soi-disant « Révolution verte » dirigée par le candidat défait, Mir Hossein Mousavi et le milliardaire Akbar Hashemi Rafsanjani et qui était soutenue par des sections de la classe moyenne de l’Iran. L’intention de Washington a toutefois été déjouée lorsque ces forces, émanant des couches plus fortunées de la société iranienne, n’ont pas réussi à recueillir un large soutien.

Le gouvernement croit encore que quelque forme de « changement de régime » intérieur est possible. Kagan a remarqué que les responsables de la Maison-Blanche espéraient que les forces politiques derrière la Révolution verte pourraient se lier aux récentes grèves des marchands des bazars et que cette combinaison « constituerait une menace réelle pour le régime. »

Toutefois, le gouvernement Obama semble à présent de plus en plus miser sur la guerre comme unique moyen de préserver ses intérêts politiques dans la région. Il considère qu’une victoire américaine dans la confrontation avec l’Iran est maintenant cruciale pour le maintien du prestige et du rôle hégémonique que joue Washington dans les affaires mondiales.

Un rapport du groupe d’étude de la politique américaine Bipartisan Policy Center (BPC) qui conseille le gouvernement Obama a remarqué que « La crédibilité américaine… serait sérieusement endommagée si après des avertissements répétés exprimant le contraire, elle permettait à Téhéran de franchir ce seuil nucléaire, » c’est-à-dire d’acquérir des armes nucléaires. Il y est dit que les Etats-Unis doivent être prêts pour des « actions extraordinaires » afin de préserver leur crédibilité en tant que plus grande puissance militaire du monde en réclamant des « préparatifs pour une option militaire visible et crédible. »

La campagne américaine contre le programme nucléaire de l’Iran est une imposture politique. Washington n’a pas organisé une telle campagne à l’encontre du programme nucléaire de l’Inde parce qu’ils considèrent l’armée indienne comme un atout stratégique américain dans la région. Dans le cas de l’Iran – considéré par Washington comme un adversaire stratégique – l’industrie nucléaire du pays et qui, aux dires de l’Iran, est destinée uniquement à usage énergétique, devient le prétexte à une campagne américaine pour l’isoler et l’assujettir.

Il est quasiment impossible pour le régime iranien de prouver aux Etats-Unis qu’il n’est nullement une menace sans complètement s’émasculer politiquement. L’Iran entretient des liens politiques et militaires avec l’Irak et l’Afghanistan qui sont occupés par les Etats-Unis ainsi qu’avec le Liban et la bande de Gaza. De plus, il est un important fournisseur de pétrole et de gaz naturel du marché mondial, y compris des principaux concurrents des Etats-Unis, telle la Chine ; et il a développé un programme nucléaire considérable.

Pour pouvoir conclure un accord durable avec Washington, l’Iran devrait publiquement renoncer à soutenir les partis ou mouvements de résistance dans les régions opprimées par les Etats-Unis ou Israël, accorder l’accès ou le contrôle de ses champs pétroliers à des sociétés américaines et soumettre son programme nucléaire à des contrôles intensifs. Ceci correspondrait à une déclaration publique du gouvernement iranien d’être le laquais de l’impérialisme américain.

Dans la mesure où les suspicions grandissent que Téhéran n’est pas prêt de prendre de tels engagements, Washington favorise de plus en plus la guerre. Il existe même déjà des appels pour une campagne médiatique dans le but de préparer l’opinion à la guerre. Le rapport BPC a exigé un « débat public sur des options militaires » tandis que le journal français Le Monde a dernièrement posé la question à savoir si l’opinion publique était psychologiquement préparée pour un scénario de guerre contre l’Iran.

Les menaces américaines proférées lors d’une réunion non annoncée avec une poignée de journalistes, soulignent le mépris du gouvernement Obama à l’égard de l’opinion publique. Elu suite à une opposition de masse anti-guerre contre la politique agressive du gouvernement Bush, Obama menace à présent de déclencher une guerre qui éclipserait les conflits en Irak et en Afghanistan en menaçant d’engloutir la région entière.

(Article original paru le 6 août 2010)

Source : WSWS

« Déshumanisons-nous ! »

16 août

par Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

« L’Homme est une chose abjecte et vile, s’il ne s’élève au-dessus de l’humanité. » Sénèque. Aux yeux de la majorité endoctrinée, il semble loin le temps des grandes déshumanisations comme des noirs d’Afrique, de l’esclavage par l’arabe à l’ère coloniale par le blanc, ou du peuple juif d’Europe par les nazis du Troisième Reich. Bien que de nos jours, nous assistons à une vague d’attaques organisées contre le monde musulman, sa femme voilée donc soumise intégralement à son homme barbu cachant un terroriste en puissance et amateur de vierges au paradis pour énumérer les clichés sordides et grotesques les plus répandus, la déshumanisation au XXIe siècle ne concerne plus la marginalisation d’une communauté en particulier, mais l’être humain en général, et peu importe que sa peau soit blanche, noire ou basanée.

« Aucun animal ne fait cela à d'autres animaux. Seul l'être humain le fait aux humains, et, bien sûr, aux animaux. »

Définition

La déshumanisation est la perte du caractère humain de quelqu’un ou de quelque chose. Ce n’est pas une perversion qui introduit un caractère malsain. La déshumanisation est une corruption psychologique qui a pour but de dénaturer et d’ôter les émotions ressenties par quelqu’un pour quelqu’un ou pour quelque chose et celles émises par quelque chose dans le but de pousser l’individu à la désensibilisation. En mécanisme comportemental, il s’agit des processus d’acceptation et de consentement.

La déshumanisation par la domestication

L’indifférence fait partie intégrante de la nature humaine, et encore plus chez l’individu, le commun des mortels, d’une société postmoderne. L’indifférence n’est pas un état de déshumanisation car les émotions peuvent être refoulées au fond de soi-même pour ne laisser qu’une apparence apathique mais par contre, la déshumanisation s’exprime par un caractère indifférent prononcé. C’est un vrai jeu d’enfant d’exploiter cet état temporaire chez les uns, permanent chez les autres, non pas en s’en donnant les moyens pour y parvenir mais en offrant à l’individu ayant chéri des passions ce qu’il désire pour l’habituer à détourner son attention des préoccupations primordiales. Des désirs exacerbés qui lui ont été influencés très tôt, depuis la plus tendre enfance. Et si je précise que c’est un vrai jeu d’enfant, c’est uniquement parce que c’est l’individu lui-même qui réclame ce à quoi il aspire, et en redemande, depuis qu’il est consciemment habitué ou a été inconsciemment habitué à assouvir pleinement la satisfaction personnelle de ses désirs et passions jusqu’à la jouissance de pulsions enivrantes et la transe extatique.

L’odyssée de la déshumanisation de l’être humain commence par la domestication de l’être humain par l’être humain ou en d’autres termes, le « dressage » de l’Homme par l’Homme bien avant l’école maternelle. La domestication est un processus de modifications des caractères physiques et mentales, et donc du comportement de l’individu. Pour rappel, l’eugénisme a pour vocation d’améliorer le patrimoine génétique de l’espèce humaine. La déshumanisation par la domestication est un symptôme compassionnel qui ne produit que des effets négatifs sur l’intellect de l’individu, modifiant les facultés de son esprit vers un état végétatif, malléable et dangereusement maniable. L’individu prend l’apparence d’une vulgaire enveloppe charnelle obéissant aux principes directeurs et moeurs subjectifs et superficiels de la société qui lui sont soumis, tantôt chuchottés, parfois observés et souvent martelés. Le danger majeur réside dans la manipulation et dans la volonté de guider l’individu domestiqué vers une voie choisie par un mouvement ou une idéologie.

« La domestication n'a d'autre objectif que de maintenir un auto-contrôle sur l'individu, ou plus vulgairement, de le pousser à mettre lui-même un collier autour de son cou en le transformant ainsi en une parfaite entité obéissante. »

L’éducation de l’homme par l’homme est censé apporter des bienfaits lorsque le but recherché est l’amélioration de la société humaine ainsi que des conditions de vie de l’individu par le travail et l’effort d’autres individus à différentes échelles de la société, tout en gardant à l’esprit que tous les individus naissent égaux et libres même si la réalité est tout autre. Je précise, l’éducation de l’homme par l’homme n’est pas de la domestication mais la domestication de l’être humain impose une éducation, un « dressage », terme choisi par Peter Sloterdijk à l’origine d’une vive polémique outre-Rhin chez les philosophes et théologiens et qui s’est poursuivie en France au début des années 2000. Cette domestication n’a d’autre objectif que de maintenir un auto-contrôle sur l’individu, ou plus vulgairement, de le pousser à mettre lui-même un collier autour de son cou en le transformant ainsi en une parfaite entité obéissante. « Leur vertu est ce qui rend modeste et docile ; ainsi du loup ils firent le chien, et de l’homme même la meilleure bête domestique au service de l’homme. » Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche.

Il existe principalement deux méthodes pour atteindre cet objectif de domestication : le dressage par la force (processus d’acceptation) ou le dressage par la complaisance (processus de consentement).

  • Dans le premier cas, l’autoritarisme d’un maître sur un individu qui se définit notamment par la sévérité dialectique et la privation de liberté, de bonheur, de choix, de nourriture, de plaisir, etc, modifie l’individu en une entité brutale conditionnée qui acceptera de faire tout ce qui lui sera réclamé, sans réfléchir, pour obtenir un peu de réconfort et tout ce qui lui a été privé.
  • Dans le second et c’est le cas dans les nations occidentales, en offrant quelques libertés d’expression et d’opinion réglementées par une censure étatique, en offrant quelques choix illusoires comme les élections politiques, en offrant quelques bonheurs issus de fugaces futilités à l’individu qui évolue dans un climat serein où tout est à portée de main, enfin, plutôt à portée du portefeuille, il est nettement plus serviable, docile et discipliné. De ce fait, il consent à être beaucoup plus productif et cette servitude volontaire à la fois inconsciente et interdépendante est tout ce qui importe dans cet actuel système hypercapitaliste et productiviste de quête outrancière de profits.

« Peter Sloterdijk pose la question de l’humanité et il demande : comment devient-on humain ? Il constate que notre histoire en tant qu’espèce est un effort permanent pour inhiber la part animale qui est en nous. « Celui qui s’interroge aujourd’hui sur l’avenir de l’humanité et les médias de l’humanisation veut savoir au fond s’il existe un espoir de juguler les tendances actuelles qu’a l’être humain à retourner à l’état sauvage ». Cette domestication de l’être humain est obtenue par la culture, elle est la culture présente tout au long de l’élevage du petit d’homme. C’est elle qui opère notre « dressage » physique et mental, de bête violente et brutale elle nous transforme en être civilisé ou tente de le faire et de fait elle n’y arrive pas toujours. Il parle d’inhibition pour la culture classique et de désinhibition pour les courants de pensée, les idéologies qui favorisent la violence, comme l’a fait le nazisme. Il essaie de comprendre comment nous nous domestiquons nous-mêmes, parce que nous sommes nos propres dresseurs-euses. Il s’agit d’une auto-domestiquation selon Sloterdijk. Pour rester humains, nous devons nous produire comme humain et c’est nous-mêmes qui devons faire cela. Cette opération est recommencée à chaque génération et pour chaque enfant. Il s’agit bien d’une entreprise biopolitique, bio-culturelle au niveau de notre espèce. La discipline en question concerne autant le corps que l’âme. Il insiste sur la position assise, qui est requise pour devenir cultivé-e.

Il constate que nous sommes à une époque charnière. Les nazis ont inventé la mort industrielle, la technoscience a expérimenté les bombes nucléaires à Hiroshima et Nagasaki après avoir permis la destruction de Dresde par les bombardements massifs de bombes « classiques ». La visée d’émancipation est devenue barbarie avec le stalinisme, la technoscience contemporaine est en train d’inventer la vie industrielle avec le clonage. L’autre aspect de notre développement qui bouleverse les acquis de la modernité, selon son approche, c’est la diffusion massive de la culture multimédia. Cette culture multimédia est basée sur le son et l’image, les émotions, l’intuition, sur la rapidité, l’immédiateté, la réactivité, l’appréhension globalisante. Cette culture est en train de disqualifier la culture écrite, et peut-être même de la détruire. Pour acquérir un peu de culture écrite, il faut du temps, s’astreindre à lire, se plonger dans les textes, les décortiquer, intégrer les thèses, s’exercer à refaire les argumentations, les analyses, comprendre les nuances, les emprunts, les continuités et les discontinuités, entrer en communication intellectuelle avec des auteur-es mort-es depuis longtemps. Il faut beaucoup de temps avant de voir les résultats de tout ce travail. L’importance grandissante de la culture multimédia est un phénomène d’autant plus dangereux, qu’il arrive et se constitue de l’intérieur même de la culture.

[...] Cette façon de voir l’hominisation lui permet de revenir sur notre vie contemporaine, où nous côtoyons régulièrement l’apocalypse. Selon son analyse, nous n’en sommes pas responsables ni coupables. Cette affirmation se discute à mon avis, elle est effectivement valable pour ce qui concerne beaucoup d’humains de « base ». Par contre, un certain nombre d’humains ont, de mon point de vue, une responsabilité dans le développement et la reproduction du système de domination actuel, soit parce qu’ils décident de l’assumer ou parce qu’ils restent passifs et en profitent sans trop s’inquiéter. Sloterdijk note donc que le monstrueux fait partie de notre vie maintenant. On le constate souvent ces temps ci. Il est exact que la culture humaine, dans sa variante idéologique, essaie de nous faire vivre ce coté monstrueux de notre monde, de nous le faire accepter tout en ayant une identité raisonnable. Il me semble que ça ne fonctionne pas trop bien en ce moment, puisque aucune raison ne peut plus justifier l’organisation de la domination, si ce n’est avec le rapport de force qui s’appuie sur le relativisme et l’individualisme. Je pense que c’est là une des raisons qui explique pourquoi l’idée libertaire rencontre à nouveau le destin de l’espèce humaine. La conscience de la crise du sens devient un phénomène assez répandu, me semble-t-il. » ? [1]

La déshumanisation par l’individualisation

Une fois domestiqué, l’individu est ou doit être individualisé. Selon la définition en sociologie et psychologie donnée par Wikipedia : « L’individualisation est un processus consistant pour un individu à s’approprier sa vie et à ne dépendre que de ce qui lui semble juste pour agir. »

L’individualisation n’est pas qu’une simple prise de conscience de ses désirs et ses passions, comme une poussée soudaine de nombrilisme, pour permettre d’assouvir les satisfactions personnelles et d’exprimer par des signes extérieures les aspirations de son égocentrisme et les aspects les plus bas de son âme. La déshumanisation par l’individualisation est un vicieux processus intégrant une sociopathie passive qui s’inscrit dans le cadre de la dégradation des émotions de l’individu relatives aux rapports sociaux à l’échelle de son milieu et aux rapports humains à l’échelle du monde. Une cause provoquant comme conséquences des transformations sociétale et civilisationnelle avec pour objectif assez paradoxal d’uniformisation des sociétés puis du monde. Un nouvel ordre moral pour un Nouvel Ordre Mondial.

L’individualisation est un moteur de la fracture de l’humanité et de l’humanisme. Elle est une racine pourrie constamment nourrie par celles et ceux qui ont notamment développé le choc des civilisations, et qui souhaitent à présent l’aggraver pour en faire une guerre des civilisations alors que les vrais combats sont une guérilla intellectuelle, une lutte de classes et un conflit ouvert contre l’élitisme mondialiste. Le choc des civilisations, vu par ses théoriciens, est la domination occidentale de leur modèle civilisationnel sur l’ensemble des sociétés du monde n’impliquant pas forcément la destruction des autres civilisations mais une limitation de leur expansionnisme mondial et un arrêt voir une rétro-évolution dans les régions dont les phases de transition de l’occidentalisation sont sur le point de s’amorcer ou sont déjà entamées comme au Moyen-Orient, le Maghreb et en Asie du Sud-Est.

Selon ses détracteurs, la culture américaine est soit une sous-culture, soit une culture trop jeune, soit une culture impérialiste, ou encore un mélange des trois. Sur l'image, on peut voir un bébé chinois atteint d'obésité, résultat d'un mode de vie à l'Américaine, se diffusant partout dans le monde. (source photo et texte : Mondialisation et Culture)

Pourquoi est-ce paradoxal ? Individualiser l’individu qu’il soit à Bruxelles, à Rio de Janeiro, à Casablanca, à Tokyo ou à Moscou, en lui miroitant monts et merveilles, en lui permettant de laisser libre cours à son imagination créatrice avec des limites parfois définies, en faisant ressortir ses goûts et ses couleurs prononcés par de multiples stratagèmes commerciaux très habiles et ciblés et surtout, en l’amenant à penser qu’il est seul dans son monde permettent de l’attirer là où quelqu’un ayant un bénéfice à en tirer le désire. Par conséquent, l’individualisation permet de mieux asservir l’individu, de conditionner son mental, de formater sa volonté et de l’endoctriner à accepter de nouveaux dogmes. Le caractère indifférent de la déshumanisation s’anime lorsque l’individu perd de vue sa propre réalité et la réalité du monde et accepte sa servitude sans réellement se préoccuper de l’état de ses conditions de vie de plus en plus déplorables qui sont maquillées par des leurres chatoyants, bling bling et autres effets de mode. L’image égocentrique l’emporte sur son humanité et c’est le basculement de l’individu dans un monde obscur d’illusions fait de marionnettes et régi par des marionnettistes. C’est la soumission.

Dans le fond, l’individu domestiqué et individualisé n’est guère différent d’un autre individu domestiqué et individualisé, seulement dans la forme. De l’individu à la société jusqu’au monde est peut-être considéré comme un paradoxe sophiste, il existe une possibilité que, comme une attaque simultanée sur plusieurs fronts, la mondialisation, l’acculturation, la standarisation des normes réunies à une escalade du choc des civilisations entraînent l’auto-destruction de toutes les civilisations par l’affaiblissement structurel et croissant de l’identité nationale d’un pays, de son mode de vie, de sa culture, de ses idéologies précédant le remplacement du vieux modèle civilisationnel par une nouvelle forme mondialisée qui est d’ors et déjà entrée dans les moeurs par la mondialisation. La mondialisation, que certains nomment l’occidentalisation du monde ou encore l’américanisation du globe, ne cache pas le dessein de l’uniformisation de l’ensemble des sociétés du monde. C’est le processus général de l’avènement du Nouvel Ordre Mondial. « Nous irons ensemble vers le Nouvel Ordre Mondial, et personne, je dis bien personne ne pourra s’y opposer. » Nicolas Sarkozy. Ensemble, ils ont été et continuent à être endoctrinés pour faciliter le changement de la multipolarisation en cours vers un polycentrisme – plusieurs centres dans une même organisation – à l’échelle mondiale via des pôles de compétence, de développement, de compétitivité et d’excellence aux pouvoirs transnationaux au sein de blocs continentaux. Ensemble, les citoyens du monde sont devenus des masses sociétales domestiquées et individualisées à guider dont certains nourissant une grande ambition deviendront les leaders de demain. Des êtres humains nouveaux créés par un vieux système, dépendant de ce système d’asservissement et n’oeuvrant que pour la survie du système qui n’est pas sous leur contrôle mais dont ils sont les aiguilleurs de leur société.

La métamorphose intentionnelle du comportement des individus transforme leur vision de la société, la société par leurs choix, leur vision du monde et le monde par leurs actes même le plus anodin comme acheter une simple canette de Coca-Cola. En somme, c’est pour ainsi dire l’extrapolation de cette citation très connue du Mahatma Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Un changement de soi-même exploité par autrui à ses propres fins, ce stratagème étant un moyen pour changer le monde. Des manipulations mentale, comportementale et sociétale à l’état pur pour créer l’être humain nouveau créant la société nouvelle d’un monde nouveau qui restera géré par un ordre ancestral de dominateurs comme l’expliquait déjà La Boétie à son époque.

« Étienne de La Boétie est un écrivain français, né en 1530 à Sarlat et mort en 1563. Un de ses ouvrages majeurs est « Le Discours de la servitude volontaire » qui a été publié en 1576.

Or, ce texte nous démontre que notre condition d’esclave n’est pas nouvelle et que la domination a toujours existée.

La Boétie aborde ainsi (au XVIème siècle) un thème plus que jamais d’actualité : la servitude volontaire ! Ce faisant, il affirme que le peuple est traité comme un animal, un troupeau d’esclaves plus exactement ! « S’ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature. »

[...] Il démontre de plus que quel que soit le régime en place, y compris la démocratie, la tyrannie règne : « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. »

En effet, plus tard, le philosophe Jean le Rond D’Alembert (1717-1783) sera celui qui définira le mieux ce qu’est la loi : « par la loi de nature, le droit réside dans la force », ce qui s’applique à merveille à notre système économique, un système de domination qu’Alain Minc lui-même appelle « la loi de la jungle » et qui a son reflet mathématique, la loi de Pareto (loi de puissance). » [2]

La déshumanisation par l’abrutissement

La fameuse formule « du pain et des jeux » (panem et circenses) date de l’Antiquité et est une expression de Juvénal relative aux moeurs du peuple sous l’Empire romain vivant alors dans une grande misère. La distribution de farine gratuite permit d’éviter les émeutes et les révoltes populaires. Certes, l’époque a changé et avec elle la forme des besoins fondamentaux de la plèbe.

Cet été 2010 été notamment marqué par la Coupe du Monde d’Afrique du Sud. La plupart des sites proposant une information à caractère alternative ou considérée en tant que telle ont posté un ou plusieurs articles sur le sujet. S’éterniser là-dessus ne serait sans doute que faire de la surenchère après tout ce qui a déjà été dit ici ou ici, ou encore . Fort heureusement que cet événement sportif est rare car en matière d’abrutissement, je pense qu’il est difficile de faire pire que la téléréalité qui s’évertue depuis près de deux décades à élever la conscience humaine et la dignité de l’être humain à un degré avancé d’immoralité et d’indécence naturellement normale, acceptable et tolérable par le commun des mortels.

Comme chaque année, les chaînes télévisées offrent leur pathétique lot de téléréalités estivales telles que « L’île de la tentation » ou « Secret Story » pour les plus connues de ce côté de l’Atlantique francophone. Guère original au fil des années puisque si ça cartonne, le spectateur en redemande et les chaînes télévisées obéissent en ne changeant rien. Le décor est planté, un « zoo humain » paradisiaque niché quelque part dans le Pacifique ou une superbe « cage à rats » de haut standing avec chambres communes, jacuzzi, sauna et piscine, de parfaits lieux pour s’adonner à des orgies filmées en direct qui alimenteront la presse people et feront quelques buzz sur le net. Les acteurs entrent en scène. Look hollywoodien oblige, c’est la norme donc ni moche ni obèse, ce sont des nanas très excitantes en bikini ou robe moulante et un beau blond pour deux bruns ténèbreux au physique dessiné comme dans une réclame de sous-vêtement, bref un patchwork reflétant l’image trompeuse de la société dont le spectateur y croit aveuglément. Le spectateur a besoin de cette illusion de rêve pour s’échapper de son contexte social, a besoin de cette illusion de rêve pour s’évader et mieux oublier sa servitude, a besoin de cette illusion de rêve pour involontairement délaisser la réalité implacable et sanguinaire du monde actuel.

Entre un reportage sur les conditions de vie exécrables dans la prison à ciel ouvert de Gaza – qui ne sera jamais diffusé en prime time bien sûr mais en seconde voir en troisième partie de soirée – et l’épisode de téléréalité où l’innocente Tina, folle dingue du séducteur Bobby lui-même amoureux de la nymphe Jessica s’entendant très bien avec la lesbienne Monica, va annoncer qu’elle plaque son playboy de petit ami Jason ayant couché avec Jessica la veille, et avant avec la sulfureuse Lisa qui a été éliminée la semaine dernière à 51 voix pour et 49 contre, il n’y a pas photo, le spectateur domestiqué et individualisé va s’intéresser à ce qui se rapproche le plus de sa vie, à cette situation alambique qu’il peut ou espère vivre un jour ou l’autre et non ce qu’il ne connaîtra jamais, à ce qui lui apporte du plaisir plutôt que de la tristesse, à ce qui l’intéresse vraiment et non ce qui l’indiffère totalement, à ce qui l’abrutit plutôt que l’informe, à du rêve plutôt que de la réalité. Ce n’est pas la téléréalité qui est trash, c’est le désir de voir la téléréalité qui est moralement malsain.

« L’individualisme, la trahison, la dévalorisation d’autrui, les atteintes à la dignité et le harcèlement moral font alors partie des règles du jeu puisqu’il s’agit d’exploiter au maximum toutes les faiblesses d’autrui. Les “moments forts” de l’émission sont les crises de larmes, les colères et les disputes, c’est-à-dire les moments où les candidats “craquent” moralement et physiquement. On peut s’interroger sur les répercussions futures de ces émissions télévisées sur la vision du monde et les comportements sociaux des jeunes, surtout des adolescents, qui en sont les cibles principales. Faut-il y voir une forme de barbarie culturelle ? Un reflet de notre société ? Ou l’encouragement d’un modèle systémique de division et de compétitivité à outrance au sein des relations sociales ? » [3]

La quintessence de l’abrutissement est la participation du spectateur dans le spectacle. « L’inclusion du spectateur dans le spectacle, devise de toutes les nouvelles technologies (des jeux interactifs à la production d’images virtuelles), finalement devenu programme télé, avait déjà été analysée par les situationnistes : il s’agissait, d’après eux, de l’ultime étape de l’aliénation de l’individu dans la société du spectacle. » [4]

« A la fin des années 90, en réponse à une crise du divertissement, « Le maillon faible » (TF1), format apporté par la BBC et dont le ressort est « l’élimination de l’homme par l’homme », prépare le terrain pour l’avènement de la téléréalité au début des années 2000. Et c’est l’effondrement de la bulle Internet, qui va pousser M6 à franchir le pas en acquérant les droits de « Big Brother ». Au printemps 2003, TF1, dont le cours en Bourse est toujours en chute libre, s’engouffre dans la brèche avec « Secret Story ». Désormais, la télé encourage le passage à l’acte et surfe sur le narcissisme, la cupidité, le sadisme ou le cynisme, pour accroître son audience et prendre le contrôle sur nos comportements d’achat, sans vergogne. La fameuse phrase de Patrick Le Lay, l’ex-PDG de TF1, « ce que TF1 vend à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible », prend tout son sens. Stiegler parle, lui, de « temps de cerveau sans conscience ».

Rien de nouveau sous le soleil ? En fait si. Parce que la téléréalité s’est banalisée. A un point tel que pour parvenir à capter encore un public qui intègre ces transgressions comme des normes valables, les chaînes doivent aller toujours plus loin. A l’écran, cela se traduit par une dissection de cadavre le samedi soir sur Channel 4. De quoi exciter cette fois notre pulsion de mort. « On est arrivés à un point de l’histoire de l’humanité extrêmement inquiétant, qui prône l’exploitation des pulsions », met en garde une nouvelle fois Bernard Stiegler. « Être civilisé, c’est ne pas aller au bout de ses pulsions. » Et être capable, comme l’explique Freud, de différer la satisfaction de ses pulsions, de les transformer en investissement social.

Le risque, avec une téléréalité poussée à l’extrême, c’est de produire de l’hyperviolence, de la guerre civile et, in fine, de détruire la société. Christophe Nick enfonce le clou: « La télé est devenue folle, en particulier les télés commerciales gratuites qui sont représentatives d’une société décadente. Les programmes mis à l’antenne sont de plus en plus transgressifs, comme ces jeux japonais humiliants que les gros producteurs de flux sont en train d’acheter. En France, pays de l’exception culturelle, il y avait encore une pudeur. Mais quand les cours de Bourse se sont effondrés à l’été 2000, on est passés à une autre télé. » Dans « Le jeu de la mort », le documentariste montrait que le pouvoir de la télé est devenu immense, au point de pousser, sur le plateau, les individus à tuer.

Faut-il laisser la télé continuer à exploiter la pulsion comme un automatisme qui conduit au crime ? Si les Français ont le sentiment d’avoir perdu leur identité, ce n’est pas à cause des Maghrébins, des Africains ou des Asiatiques qui s’installent en France, c’est parce que le marketing les a privés de leur culture, c’est parce que les parents n’ont plus de rapport à leurs enfants, c’est parce que les profs ne peuvent plus concurrencer la télé, qui capte l’attention beaucoup plus efficacement qu’eux. La pensée du philosophe Bernard Stiegler nous emmène loin dans Le temps de cerveau disponible, une réflexion aussi passionnante qu’inquiétante autour de la téléréalité et de programmes de plus en plus extrêmes qui vont susciter artificiellement le sordide, flatter les penchants les plus scabreux, les plus grégaires chez le téléspectateur. » [5]

Est-ce une salle de torture ou un plateau d'une téléréalité ? Réalité ou fiction ?

La télévision d’aujourd’hui, l’outil d’abrutissement par excellence pour des individus domestiqués, n’a pas pour objectif de pousser le spectateur à s’engager dans des actions au service du bien commun de la société et de l’humanité mais uniquement de pousser l’individu à l’inaction, à gangrener sa léthargie et à poursuivre la modification des facultés de son esprit vers un état végétatif, malléable et maniable. C’est sans doute le plus éloquente observation du résultat des effets négatifs de la domestication de l’être humain par l’être humain. Inutile de rappeler que tout a été soigneusement calculé pour que le spectateur achète les produits présentés lors de ces agaçantes pages publicitaires dans un moment intense de suspense et de révélations.

Et dans la mission de contrôle de l’opinion publique pour détourner l’attention des vérités sur la réalité, la régularité de divers moyens de pression psychologique (les images) ou le martèlement indéfini des mêmes affirmations (les sons) a la capacité à dissoudre tout esprit critique chez celui qui les subit. Les desseins cachés derrière ces régressions mentale et comportementale – les dégradations cérébrale et morale par le biais d’illusions, le consumérisme ou la soif de superficialité, l’hédonisme ou la recherche de plaisir – visent la désolidarisation et la déshumanisation de la masse sociétale offrant ainsi le contrôle de la vie des individus et de leur société à une forme d’intelligence auto-proclamée supérieure mais toujours d’essence humaine.

Abrutir le spectateur c’est distraire son attention pour l’empêcher de s’interroger et se poser les bonnes questions sur certaines préoccupations d’ordre mondial. J’ai exposé le cas de la téléréalité mais cela s’applique à de nombreuses autres distractions comme les jeux vidéos ou les sports. Il est vrai que l’individu nourrit le besoin de se distraire de temps à autre mais il ne faut pas qu’une accoutumance entrave son émancipation. L’addiction provoque l’abrutissement et la distanciation de l’individu à l’égard de la réalité.

Dans l’un de mes précédents billets intitulé De la chute du système à la fin de l’humanité, je posais la question suivante : « Que représente réellement la valeur d’une vie humaine aux yeux des téléspectateurs ? Ces mêmes spectateurs lobotomisés par des générations de navets hollywoodiens à qui la vue du sang des vraies victimes innocentes des luttes armées du pouvoir, aperçues pendant quelques secondes à peine au journal télévisé, est littéralement devenue un spectacle d’une effarante insignifiance, un banal fait divers. Plus de réactions émotionnelles, ni de pitié, que du mépris, un manque d’empathie à l’égard des souffrances d’autrui et l’absence quasi complète de sensibilisation entraînant presque une sociopathie passive. »

Peut-être que la réponse est « absolument rien du tout », peut-être pas. La télévision n’est même plus une connexion entre l’individu et le monde, seulement un bref instant où le spectateur quitte son rêve illusoire pour recevoir un encouragement à l’inaction face aux grands défis de notre époque par une dose quotidienne de terreur, de haine et d’inhumanité : bains de sang civils, bavures policières, bombardements militaires, charniers maquillés, croisades eschatologiques, expulsions de sans-papiers, gouvernements corrompus, infanticides monstrueux, massacres interethniques, pandémies paranoïaques, pédophiles ecclésiastiques, trahisons financières, tortures secrètes, tueries scolaires, usines délocalisées, vagues d’attentats et viols collectifs qui sont, chaque jour, au menu des journaux télévisés comme dans les gros titres de la presse. Des chroniques d’un règne de la peur qui illustrent quelques lueurs du crépuscule d’une époque d’un monde malade, peut-être en phase terminale. Quoi de plus normal après ces débauches gratuites de peur et de terreur que de se réfugier dans son petit monde sûr et confortable, de s’isoler dans une bulle, de se planquer dans une illusion. Si une enseigne aux portes de l’enfer stipule : « Abandonnez tout espoir vous qui entrez ici. », alors à Babylone, l’écriteau d’usage serait : « Oubliez toute humanité vous qui vivez ici. » De ce requisitoire sarcastique, les mauvaises langues penseront peut-être que dire à outrance que le lot du quotidien envisageant que la civilisation humaine court à sa perte revient à faire du catastrophisme typiquement hollywoodien. Que prétendre que le monde est en péril correspond à prêcher un fatalisme apocalyptique en énumérant brutalement de la sorte cette dure réalité des faits très loin d’être des cas isolés. Que propager uniquement ces visions chaotiques de la noirceur de nos vies exprime le mal-être sans vergogne de l’auteur se lamentant du sort des hommes. Dans le fond, est-ce vraiment ce discours cyniquement sinistre le réel problème dont il faut débattre ? Converser est évidemment d’une grande importance mais dans l’œil du cyclone, agir doit être impérativement sans équivoque.

Le déni est la non-considération d’une partie de la réalité. Se résoudre inconsciemment à accepter la terreur pré-fabriquée vendue sur les chaînes sensationalistes CNN ou TF1 sans même chercher à comprendre la véritable cause du problème mais se contenter des conséquences calculées longtemps à l’avance par les analystes, experts et spécialistes, pour bâtir une caricaturale opinion, c’est adhérer volontairement à ce déni de la réalité. Se résoudre machinalement à ne point porter de regard au-delà de son environnement habituel pour ne pas s’en mêler car sa personne n’est pas impliquée, preuve tangible de l’indifférence; car c’est trop compliqué à comprendre, preuve indéniable de la paresse; car il n’y a de toute façon rien à faire, preuve flagrante du pessimisme; car il n’y a surtout rien à gagner, preuve évidente de la cupidité; c’est consentir à bon escient que ce déni de la réalité perdure. Mais aussi se résoudre sciemment à prôner continuellement le pacifisme dans l’espoir d’une évolution miraculeuse du genre humain, à rester coûte que coûte exalté d’euphorie présomptueuse, à flatter sans cesse l’égo d’autrui pour avoir dénoncé cette réalité amère et se satisfaire humblement de partager ses mêmes opinions, bref, afin d’éviter de basculer dans la torpeur du défaitisme agaçant, tout cela équivaut à la fois à méconnaître la gravité de la situation et à oser se salir les mains. A celles et ceux qui vivent en marge de l’humanité et ne ressentent pas plus ses souffrances au plus profond de leur être qu’ils ne parviennent à diagnostiquer ses blessures profondes, « l’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation. » Michael Moore.

La déshumanisation par la bestialisation

« À nos yeux, les Afghans n’étaient pas des hommes, et nous n’en étions pas non plus pour eux. Nous ne pouvions pas nous permettre de voir des êtres humains en face de nous. Sinon nous n’aurions pas pu les tuer. » Un soldat artilleur-pointeur, in Svetlana Alexievitch, Les Cercueils de zinc, 2002 [6].

La déshumanisation du soldat a pour objectif de le transformer en une parfaite machine à tuer n’éprouvant aucun remord ni regret et cela ne consiste pas à lui interdire d’éprouver une once d’empathie pour l’adversaire mais de lui amputer tout mécanisme psychologique d’éprouver le moindre sentiment et la moindre émotion.

Propagande de guerre israélo-états-unienne, la bestialisation de Mahmoud Ahmadinejad dans la diabolisation de l'Iran. (L'image originale du National Geographic a été truquée.)

Parmi les techniques de déshumanisation du soldat, il y a la bestialisation à distinguer de l’animalisation et qui consiste à rendre l’adversaire semblable à une bête, à lui faire croire tacitement que cet ennemi à abattre n’est pas/plus un être humain. « L’adversaire doit être l’objet d’une répulsion, d’une exécration, conduisant au bellicisme. Pour cela il va être accusé du pire. La propagande va s’appliquer à en construire une image exécrable, lui faisant endosser les crimes les plus odieux, des actes inqualifiables. Ces violences apparaîtront d’autant plus ignobles, qu’elles seront perpétrées contre d’innocents enfants. Elles seront au besoin « inventées », ou grossies, pour révulser les consciences et justifier l’extrême sévérité de la réaction. » [6]

Mais en reprenant les considérations du soldat artilleur-pointeur, qui est vraiment le plus bestial des deux ? Est-ce l’Afghan défendant son territoire en toute légitimité face à un agresseur colonial et qui est victime de la machination de bestialisation ou ce soldat ne pouvant se permettre de voir un être humain face à lui et démontrant son monstrueux penchant pour la bestialité ?

La réponse à cette question n’est qu’une conséquence d’une décision prise dans de plus hautes sphères du pouvoir. Le soldat exécute, le général ordonne et le chef de l’Etat réclame. Mais si les politiciens transatlantiques ont pris cette décision pour des êtres humains à l’autre bout du monde, que doivent-ils penser de leurs propres concitoyens ? Ne représentent-ils qu’un vulgaire troupeau d’esclaves ?

« Quoi qu’il en soit, « il est facile », en remontant « dans le passé, de voir que l’œuvre accomplie par la France n’est que la continuation d’un fait immense : le refoulement de l’islamisme par le christianisme autrefois menacé et maintenant vainqueur », affirme le général Lacretelle. La conquête et la colonisation de l’ancienne Régence d’Alger sont ainsi replacées dans le cours d’une histoire multiséculaire et prestigieuse qui a vu ces deux religions s’opposer violemment, et les conflits actuels ne sont donc que la poursuite, sous des formes nouvelles, des combats engagés depuis le Moyen Age par les courageux « Roland » et « Martel » qui sauvèrent l’« Occident ». (…)

Le sauvage est animalisé, écrivions-nous ; le barbare, lui, est bestialisé, comme le prouve le vocabulaire couramment employé pour désigner les « Arabes ». Précisons que la distinction animalisation/bestialisation est idéal-typique et qu’elle ne doit pas être absolutisée. S’il se révolte, en effet, le Noir devient une bête fauve qu’il faut traquer et abattre si nécessaire ; du moins a-t-il la possibilité, en fonction de son comportement, de changer de catégorie en étant un bon ou mauvais « nègre », qui se verra donc appliquer des traitements différents. (…)

L’« indigène » algérien est, lui, constamment nuisible, et à cause de cela il est toujours bestialisé. Sauf à user d’une expression qui aurait été aussitôt jugée aporétique, nul contemporain n’aurait pu écrire ou dire d’un barbare qu’il était bon, car les représentations contenues dans le sens commun ou plus savant de ce vocable excluaient cette possibilité ; il en est de même aujourd’hui. Par définition, le barbare est ennemi de la civilisation, et à ce statut sont associées des pratiques particulières qui visent à l’anéantir d’une façon ou d’une autre.

Toujours comparé à un animal sauvage, sournois et dangereux, l’« Arabe » doit être pourchassé et souvent repoussé vers les confins pour assurer le triomphe des Français. C’est une « hyène » ou une « bête féroce » qu’il faut « refouler au loin » et rejeter « pour toujours dans les sables du Zahara (sic) », affirme Hain, fervent défenseur d’une politique brutale de déplacements massifs et forcés des populations d’Algérie. (…)

Selon Sauclières, l’« indigène » est un « rapace » dont il faut se méfier, car ses attaques sont à la fois rapides et meurtrières. Sous la plume du capitaine Lapasset, il est un « animal » qui, « comme le chacal », ne s’apprivoise jamais, et, si l’on « peut le terrasser », il n’est cependant pas possible de se l’« attacher », écrit-il en citant un proverbe turc qui doit être « un guide pour notre ligne de conduite à tenir vis-à-vis de cette race ». Pour le général Bugeaud, les « indigènes » sont des « renards » que l’on doit « fumer à outrance » lorsqu’ils fuient dans des cavernes pour échapper aux armées françaises lancées à leur poursuite. (…)

De même, le capitaine de la Légion étrangère La Vaisonne voit en Abd el-Kader une « bête fauve » et un « marabout sanguinaire » qu’il faut traquer pour venger « les mânes de nos frères assassinés », puisque « le sang veut le sang ». Avec Lasnaveres, nous ne sommes plus dans le seul domaine du bestiaire, mais dans celui de l’imputation d’une caractéristique étonnante et terriblement inquiétante. « Les Arabes, affirme-t-il en effet, doivent à la nyctalopie la faculté de se diriger sur nos camps en rampant comme des serpents et en enlevant, pendant le sommeil de nos troupes si souvent harassées de fatigue, des armes, des vêtements et notamment des chevaux au piquet. » Cette capacité singulière de voir dans l’obscurité révèle une anomalie morphologique, puisque la plupart des hommes en sont privés ; elle ajoute la diabolisation à la bestialisation en faisant de l’« indigène » une sorte de monstre d’autant plus étrange et redoutable qu’il emprunte à l’humanité et à l’animalité certains de ses pouvoirs, mobilisés pour résister plus sûrement aux colonisateurs.

Quels que soient les orientations et les moyens défendus par ceux qui viennent d’être cités, la bestialisation de l’« Arabe » est presque toujours articulée à des prescriptions et à des conduites qu’elle autorise et légitime. Il n’est plus question désormais de domestication, mais de guerres, de chasses et de battues impitoyables. Nous ne sommes pas ici dans le registre de la pure métaphore ou de l’emphase pamphlétaire utilisées à des fins esthétiques ou stylistiques dénuées de toute visée pratique, mais dans celui de la politique. Politique que l’on qualifiera de naturelle, car pour ses défenseurs elle se présente comme une conséquence nécessaire de la lutte des races, assimilée à une lutte à mort contre des prédateurs dangereux qui ne peuvent être apprivoisés. (…) Face aux barbares qui font peser sur la civilisation une menace mortelle, tout est permis, puisqu’ils ne laissent d’autre alternative que de les détruire ou d’être détruits par eux. » [7]

Conclusion

« Mais ces mots — “contrôler”, “manipuler”, “informer”, tout comme “éduquer”, “éclairer” ou “communiquer” —, ne paraissent guère suffisants pour expliquer les modifications du comportement humain. Le projet d’“émancipation” de l’humanité s’inscrit peut-être dans le cadre d’une résistance à la “domestication” de l’être humain, à cet affaiblissement de la “volonté” de rester libre et autonome, sans le contrôle d’une quelconque structure institutionnelle. Finalement, doit-on se résigner à l’existence d’un “instinct de troupeau”, pour reprendre l’image de Friedrich Nietzsche ? » [8]

Peut-on considérer que l’humanisation de l’être humain par l’éducation est un fiasco ? Peut-on croire que la déshumanisation est en voie rétrograde par la prise de conscience des individus sur les guerres impérialistes, juste elles, alors que les différents processus de domestication, d’individualisation et d’abrutissement demeurent omniprésents ? Ces processus de déshumanisation de l’être humain appartiennent aux techniques huxleysiennes d’une époque orwellienne. Des stratagèmes du mondialisme pour l’aboutissement d’un Nouvel Ordre Mondial qui sont à identifier, à répertorier et à bannir.

Un individu domestiqué, individualisé et abrutisé est une marionnette utile qui ne sent pas ses fils, qui fait avec un grand zèle ce que l’on lui a appris à faire en pensant avec une grande ferveur que c’est pour le bien de la société. Il passera du statut d’individu domestiqué à individu domestiquant. Tout individu transmet toujours son savoir, volontairement ou involontairement notamment par l’observation de sa personne par autrui. La domestication de l’être humain par l’être humain est un héritage perpétuel légué de l’être humain à l’être humain, de génération en génération. Par ces mots, je ne prône aucunement l’anarchisme mais la désobéissance lorsque la dignité de l’être humain qui tient à son émancipation étant complémentaire à sa liberté est entravée par les chaînes de l’asservissement, la dégénérescence et la régression.

« On ne naît pas Homme, on le devient en se cultivant. » disait Erasme. Comme tant d’intellectuels qui se sont un jour penchés sur la question de l’humanisme dont Martin Heidegger avec sa célèbre « Lettre sur l’humanisme » en réponse à la question « Comment peut-t-on redonner du sens au mot « Humanisme » ? » posée par Jean Beaufret dans une lettre datée du 10 novembre 1946 et à laquelle Peter Sloterdijk a écrit, en 2000, l’essai philosophique inachevé par la polémique « Règles pour le parc humain », sous-titré « Une lettre en réponse à la Lettre sur l’Humanisme de Heidegger », l’érudition a la capacité de rappeler à l’individu sa nature humaine. Cette humble quête de sagesse conduit à de la tolérance, amplifie l’empathie, pousse à l’humanisme et éveille l’esprit au constat que tout individu peut devenir la goutte d’eau qui provoque les vagues d’un changement. « L’Homme ne devient pas ce qu’il est mais il est ce qu’il devient. » Pic de la Mirandole, J. Llapasset.

Comme le souligne remarquablement Gilles de Bonafi :

« Malgré tout, pour La Boétie, il reste cependant un espoir, car, bien sûr, ces lois sont faites pour l’homme, mais l’homme n’est pas fait pour ces lois : « Toujours en est-il certains qui, plus fiers et mieux inspirés que les autres, sentent le poids du joug et ne peuvent s’empêcher de le secouer ; qui ne se soumettent jamais à la sujétion [...] Ceux-là ayant l’entendement net et l’esprit clairvoyant, ne se contentent pas, comme les ignorants encroûtés, de voir ce qui est à leurs pieds, sans regarder ni derrière, ni devant; ils rappellent au contraire les choses passées pour juger plus sainement le présent et prévoir l’avenir. Ce sont ceux qui ayant d’eux-mêmes l’esprit droit, l’ont encore rectifié par l’étude et le savoir. Ceux-là, quand la liberté serait entièrement perdue et bannie de ce monde, l’y ramèneraient ; car la sentant vivement, l’ayant savourée et conservant son germe en leur esprit, la servitude ne pourrait jamais les séduire, pour si bien qu’on l’accoutrât ». [2]

Notes

[1] : Note de lecture sur Peter Sloterdijk « Règles pour le parc humain » et « La domestication de l’Être », Philippe Coutant, 16 juin 2001

[2] : La « servitude volontaire » par Étienne de La Boétie, Gilles Bonafi

[3] : Analyses et critiques de la téléréalité, Wikipedia.

[4] : « Reality shows : le sujet et l’expérience. Variations sur quelques thèmes benjaminiens » Maurizio Lazzarato, mars 1992

[5] : « Le temps de cerveau disponible » écrit et produit par Christophe Nick, réalisé par Jean-Robert Viallet

[6] : Bestialisation et déshumanisation des ennemis, La Esméralda (pdf)

[7] : Les précurseurs du « choc des civilisations ». Sur la guerre et l’Etat colonial, Olivier Le Cour Grandmaison, Le Monde diplomatique, janvier 2005

[8] : Le syndrome Tarzan. L’Émancipation et la domestication de l’être humain, Larry Portis

L’Union Européenne : une dérive totalitaire

14 août

La néfaste pensée néolibérale de la mondialisation ou américanisation du globe, la marchandisation du monde, l’obscure montée en puissance des lobbys dans l’orientation des politiciens et le rôle aussi important qu’influent des think tanks dans les prises de décision gouvernementales ont transformé les démocraties occidentales en une véritable toile d’organisations technocratiques à circuit fermé. L’évolution vers la post-démocratie a été démontrée avec les différents référundums du Traité de Lisbonne comme en France ou en Irlande. Et dernièrement, cette évolution a de nouveau été aperçue par la nomination du bilderberger Herman Van Rompuy sur le trône présidentiel de l’Union Européenne, sur le siège du maître non-représentatif de tous les Européens des pays membres de l’Union Européenne qui ne l’ont pas élu démocratiquement. Cette voie choisie par l’UE n’est pas un ersatz de totalitarisme à l’image de l’URSS ou de technocratie autocratique dans une phase temporaire avant la création d’un nouveau régime politique post-démocratique, c’est du totalitarisme, l’UE est une autocratie technocratique. « L’autocratie technicienne, possible dans quelques actions extrêmement limitées, n’est pas compatible, en tant que moyen systématique de gouvernement, ni avec le bon fonctionnement des mécanismes psychologiques qui commandent l’économie et la vie sociale, ni avec le contrôle démocratique. » Gérard Belorgey.

Désobéissance Civile Belgique

Nuages sous-marins de pétrole dans le Golfe du Mexique

13 août

Après que des chercheurs universitaires ont découvert des nuages sous-marins de pétrole, le gouvernement leur a dit de se taire… et puis a essayé de les discréditer.

Comme je l’ai indiqué précédemment, un analyste politique principal de l’EPA affirme que la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et l’EPA (Environmental Protection Agency) ont été dans cette affaire des « marionnettes » de BP.

La NOAA a nié à plusieurs reprises l’existence de panaches sous-marins de pétrole (voir ici et ), a évalué la fuite à seulement 5.000 barils* (500 mètres cubes) par jour, et a enterré les données de base sur la marée noire.

À présent, des chercheurs universitaires révèlent que la NOAA use de tactiques musclées pour étouffer toute information sur les nuages sous-marins. Tel que le rapporte le St. Petersburg Times [de Floride] :

À l’annonce de l’université de Floride du Sud (UFS), de la découverte d’immenses nuages sous-marins, la réaction des organismes fédéraux qui ont parrainé sa recherche, la Garde côtière et la National Oceanic and Atmospheric Administration, a été : La ferme !

« J’ai été engueulé par la Garde côtière et la NOAA pour avoir dit qu’il y a du pétrole sous-marin », a gémi William Hogarth, le doyen des sciences marines de l’UFS. Certains officiels lui ont même conseillé de se rétracter dans un communiqué public de l’UFS, s’est-il épanché en comparant ça à un « tabassage » des responsables fédéraux.

Les scientifiques de l’UFS ne sont pas les seuls. Vernon Asper, un océanographe de l’université du Sud du Mississippi, a fait part d’une démarche similaire, qui s’est heurtée à une réaction similaire. « Nous nous attendions à ce que la NOAA soit enchantée, puisque nous avions découvert quelque chose de très, très intéressant », a pleurniché Asper. La réaction de la NOAA a été à la place d’essayer de nous discréditer. Ce fut un choc pour nous.

Dans ses commentaires faits devant la presse en mai, l’administratrice de la NOAA Jane Lubchenco, a exprimé de fortes réserves quant à l’existence de panaches sous-marins de pétrole, tout comme l’avait fait Tony Hayward, alors directeur général de BP.

« En fait, elle nous traité d’idiots incompétents », a bêlé Asper. « Nous avons encaissé ça de manière très personnelle. »

Jane Lubchenco a confirmé lundi que son agence avait dit à l’UFS et à d’autres établissements universitaires engagés dans l’étude des panaches sous-marins, qu’ils devaient s’abstenir de jacasser aussi ouvertement de ce sujet. « Ce que nous avons demandé, c’est que les gens arrêtent de spéculer avant d’avoir l’opportunité d’analyser leurs découvertes », a précisé Lubchenco. « Nous pensons que c’est dans l’intérêt de chacun… Nous voulons juste essayer d’être certains de connaître les choses avant de philosopher à leur sujet. »

« Nous avons des preuves solides comme le roc », a grommelé Asper. « Nous ne spéculons pas. » Si c’était à refaire, a-t-il dit, il referait tout exactement de la même façon, malgré la colère de Lubchenco.

Le premier voyage en mer de l’UFS sponsorisé par la NOAA pour prélever des échantillons après le cataclysme de Deepwater Horizon, celui qui a relevé des preuves de nuages sous-marins, était destiné à réunir des preuves pour un éventuel recours en justice contre BP et les autres compagnies pétrolières impliquées dans la catastrophe. À la fin de l’excursion, l’UFS a rapporté les échantillons à la NOAA en s’attendant, soit à participer à leur analyse, soit à ce que les échantillons lui soient restitués. Jusqu’à présent, s’est plaint Hogarth, l’UFS n’en a reçu aucun.

Steve Murawski, le scientifique supérieur de la NOAA affecté à la marée noire, a déclaré lundi être « sûr qu’ils allaient laisser sortir les données » à un moment ou à un autre. Toutefois, a-t-il dit, quant aux échantillons de l’excursion de l’UFS en mai, comme la NOAA a prélevé des échantillons tant au long des trois derniers mois, « Je ne sais pas exactement où ils sont. »

Voilà une responsable scientifique du gouvernement nommée « Lubchenco », fortement armée pour s’aligner sur la position officielle du parti, et un organe administratif qui « perd » les échantillons au lieu de partager les résultats de leur analyse avec les scientifiques qui les ont relevés.

Ça ressemble assez à l’Union soviétique, non ?

Dommage que ça se passe en Zunie.

[* Ndt : Jusqu’à 24 fois plus selon certaines estimations officielles.]

Article original : When University Scientists Found Underwater Oil Plumes, the Government Said Shut Up, Don’t Tell Anyone … and Then Tried to Discredit Them

Traduction : Pétrus Lombard

Source : La Némésis du Nouvel Ordre Mondial

Vers une dictature technologique en France (vidéo)

13 août

Cyberespace, traçage, flicage, vidéosurveillance, bracelet électronique, contrôles biométriques, puce RFID et Big Brother ou les nouveaux dispositifs de la sécurité étatique de demain à l’heure de la technocratie européenne, laboratoire du Nouvel Ordre Mondial. Alex Türk, président de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), s’exprime sur les prochaines applications quotidiennes de la biométrie et des technologies numériques, et en fait les éloges au cours de la commission d’enquête parlementaire sur le droit de l’individu et la révolution numérique.

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à lire également sur le même sujet :

- De la révolution psychologique à l’évolution technologique

- Le Temps des Biomaîtres (vidéo)

Etats-Unis : Dieu dans tous ses Etats ?

12 août

par Slimane Zeghidour pour Deus Ex Machina

La Journée Nationale de la Prière a eu lieu le 6 mai 2010 et est comme chaque un « rendez-vous avec Dieu ».

In God We Trust : “En Dieu nous croyons” ! L’Amérique, on le sait, n’a jamais cessé d’être aiguillonnée par cette devise nationale, inscrite même sur le billet vert, le sacro-saint dollar, l’autre devise “forte” du pays. Et à plus forte raison lorsqu’il y a péril en la demeure. Ce fut le cas au lendemain du 11 septembre 2001. L’on avait alors entendu George Bush appeler à une “croisade” contre l’ennemi de l’Amérique, un pays supposé blotti “sous l’aide de Dieu”. Et neuf ans après, voilà que Barack Obama évoque un autre 11 septembre, mais… “écologique”. Sauf que cette fois-ci l’ennemi n’a pas de visage. Il n’a pas frappé du ciel, mais a jailli des abysses du Golfe du Mexique, ce pan de l’Atlantique baignant cinq Etats de l’Union, la Louisiane, le Mississipi, l’Alabama, la Floride et le Texas. On connait les faits : le 20 avril 2010, la plateforme pétrolière, exploitée par la British Petroleum et propriété de la société Suisse Transocean, a explosé, avant de couler par 1 500 m de fond. Depuis lors, plus de 5000 barrils, soit 800 000 litres, s’ y déversent chaque jour. Près de 7000 bateaux, 100 avions et 50 000 personnes travaillent jour et nuit à endiguer l’irrépressible fuite. En vain, jusqu’ici.

Impuissante à juguler le désastre, l’Amérique ne tarda pas à se tourner vers Dieu. Barack Obama, le premier, invita le peuple à implorer l’aide du Ciel. Intitulé “Priez pour notre littoral”, un site Web apparut aussitôt, incitant le bon citoyen à “prier pour la préservation de notre terre”, chaque jour que Dieu fait, de 10h à 14H. Le pays profond se mit à prier avec d’autant plus de ferveur qu’il était à la veille du très officiel Jour National de la Prière**, célébré chaque année, le premier jeudi du mois de mai. Le Congrès institua au même moment, il y a 58 ans, et ce “rendez-vous avec Dieu” et la devise nationale “In God We Trust”, sur fond de Guerre froide contre l’Union soviétique athée.

Barack H. Obama en pleine prière pendant un service religieux du Trinity United Church of Christ à Chicago, le 31 octobre 2004

La cuvée 2010 du Jour National de la Prière, honoré le 6 mai, aura donc connu un éclat singulier, épreuve nationale du “11 septembre écologique” oblige. Ce fut un jour où l’on a vu communier des Américains de tous horizons, chrétiens catholiques et protestants, juifs, bouddhistes et, bien entendu, musulmans, jusques et y compris dans l’aile ouest du Capitole, siège du Congrès américain !

Rompant avec une tradition instaurée par Ronald Reagan et honorée avec une zèle ostentatoire par George Bush, Barack Obama ne convoqua aucun aucune messe oecuménique à la Maison Blanche. Il a pris le parti de “prier en privé, chez lui, ainsi qu’il le fait chaque jour“, expliqua son porte-parole attitré, Robert Gibbs. Une “reserve” saluée par les laïques et tout autant décriée par les croyants. Du coup, la communion fit long feu et vira  au déchirement polémique quant au caractère laïque des Etats-Unis, dont les Pères fondateurs, pourtant pétris d’Ecritures bibliques, ont solidement posé le principe d’une nette séparation de la religion et de l’Etat. Le “retrait” du président provoqua une prompte levée de boucliers des conservateurs, “choqués” de voir ainsi “ravalée” à la sphère privée ce qui devrait rester un acte solennel, public, officiel, en un mot, une communion  patriotique.

Satisfaction, en revanche, des associations laïques qui n’ont eu de cesse de dénoncer, au nom du principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat, “un appel général à la prière”. Une dénonciation qui a obtenu une caution juridique de la juge fédérale Barbara Crabb, laquelle estima “inconstitutionnel” le Jour National de la Prière en concluant que le gouvernement n’a aucun droit “à influencer la décision d’un individu, lui dire quand et comment prier”. Un argument auquel Barack Obama n’aurait pas été insensible.

Il n’en fallut pas plus pour fournir un surcroît de “carburant” polémique à des cercles évangéliques, néoconservateurs et suprémacistes blancs qui clament haut et fort, “afin d’ouvrir aux yeux du peuple”, que le locataire de la Maison Blanche n’ a en réalité jamais professé qu’une seule et unique religion : l’islam ! Pour être moins radical, le magazine évangélique “Christianity Today” ne s’en livra pas moins à une investigation poussé pour “découvrir” à quelle obédience le président serait affilié. En vain. S’il a quitté la Trinity United Church of Christ animée par son ex-mentor, le révérend “gauchiste” Jeremiah Wright,  il n’a pas plus rejoint une autre.

On y apprend, cependant, que Barack Obama a tôt mis sur pied un “cabinet spirituel”, plus ou moins informel, composé de sept conseillers religieux triés sur le volet. Un catholique, Denis McDonough ; un musulman, Rashad Hussein ; cinq protestants, Joshua Dubois, Melissa Rogers, Joel Hunter, Sharon Watkins et, enfin, le pasteur Carey Cash, ancien combattant et aumônier chez les Marines, lors de l’invasion de l’Irak en 2003 où il a pu baptiser des soldats, à l’intérieur même du palais présidentiel de Saddam Hussein, à Bagdad… Plus géopolitique que théologique, ce “staff” aurait  eu pour mission prioritaire d’améliorer les relations des Etats-Unis avec l’Eglise catholique et l’slam, Rome et La Mecque.

« Priez pour notre littoral »

Apportant de l’eau au moulin du chef de l’Etat, un sondage réalisé par le site Web de la chaîne XCBS News autour de la question “Pensez-vous qu’il faille maintenir le Jour National de la Prière ?” a donné un résultat surprenant : 10% seulement ont répondu “Oui”, les autres y voyant plutôt une “infraction au sacro-saint principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat”. Depuis lors, la controverse n’a cessé d’enfler avec son lot de “sitt-in” de prière, d’exécrations, d’anathèmes et de prédictions apocalyptiques. Et si elle ne fera pas couler autant d’encre qu’il ne s’échappe de pétrole de la plateforme Deep Water Horizon, nul doute qu’elle ne sera toujours pas apaisée quand la marée noire sera jugulée.

* http://www.prayforourcoast.org

** http://nationaldayofprayer.org/

Source : Deus Ex Machina