Archive | avril, 2010

EXLIMES est-il « antisémite » ? (vidéo)

28 avr

Le rappeur EXLIMES a vu toutes ses vidéos originales supprimées de ses comptes Dailymotion et Youtube. Son dernier rap, « Antisémite », dérange manifestement beaucoup de monde. Le jeune homme reçoit des lettres d’insultes, quand ce n’est pas des menaces de mort. Est-il un provocateur, un antisémite, un artiste engagé ? Nous avons décidé de lui donner la parole, afin qu’il puisse s’expliquer.


La vidéo « antisémite » que j’ai réalisé à partir de mes propres photographies et d’images appartenant au domaine public a été censuré par Youtube, Dailymotion et Widéo sans aucun motif sérieux.

Aucun texte légal, aucun contrat ne leur permettent d’agir de la sorte et pourtant…

Par peur de se retrouver devant les tribunaux, ces sociétés ont décidé de m’empêcher d’illustrer ma façon de penser.

C’est vrai, « antisémite » est un texte choquant parce qu’inhabituel. Je le reconnais volontiers.

Mais, quand je sors de chez moi pour aller acheter du pain et que je vois une multitude de femmes à poil pour vendre un pot de yaourt ou une assurance automobile, je suis choqué par cet esclavage moderne. Quand je vois à quel point nous sommes sans cesse surveillés par des caméras de vidéosurveillance, des cartes à puce, des adresses ip, des écoutes téléphoniques, des actes administratifs…. je suis choqué. Quand je vois qu’on peut traiter la France de « pute » sur les ondes radiophoniques sans aucune difficulté, je suis choqué. Quand je vois que SOS racisme ne lutte que contre certaines formes de racisme, je suis choqué. Quand je vois à quel point le référendum est méprisé par l’actuel président de la république française, je suis choqué. Quand je vois que les Palestiniens n’ont toujours pas le droit à un Etat, je suis choqué. Quand je vois comment se comportent nos dirigeants vis à vis de l’Etat d’Israël, je suis choqué. Quand je vois qu’il suffit d’être juif, fils ou petit-fils de juif pour devenir israélien, je suis choqué…

S’il faut empêcher la provocation alors interdisons immédiatement la diffusion des œuvres de Molière, Voltaire, Proudhon, Marx, de Gaulle, Géricault, Picasso, Renaud, NTM, Coluche… Si nous voulons lutter contre l’antisémitisme et le racisme, interdisons aussi la publication de la Thora, du Talmud, du Coran…

L’art n’a pas pour fonction exclusive de plaire à l’élite alors qu’est-ce qu’on me reproche ?

On reproche mon côté « hard », ma vulgarité. Effectivement, certains mots comme « emmerder » ou « pisser » sont vulgaires mais ce n’est rien en comparaison avec ce qui passe à la télévision ou à la radio comme par exemple la publicité pour la boisson Pepsi. Je demande à être traité comme ces grandes firmes. Ni plus, ni moins ! Concernant la peine de mort, je constate que le peuple français a été privé d’un débat sur la question par un menteur qui n’était socialiste que par le nom de son parti.

On me reproche de m’en prendre aux juifs. C’est faux. Le mot juif n’est utilisé que deux fois dans tout le texte « antisémite » (entre guillemets). Ce que je dénonce c’est le fait d’empêcher les gens de s’exprimer en les traitant d’antisémites, de racistes, de nazis, de SS…

Pour être craint, le pouvoir en place a toujours eu besoin de petits diables et de sorcières à envoyer au bûcher. ya

On me reproche de réécrire l’histoire. C’est faux. Tout ce que je dis peut être prouvé et si malgré ma vigilance mon texte contient une ou plusieurs erreur(s), j’invite chaque internaute à m’en faire part. Je ne prétends pas être omniscient.

On me reproche de ne voir qu’un aspect des choses. C’est volontaire. Tout d’abord, aucun artiste ne peut être totalement objectif. Ensuite, j’aurai pu parler de la Shoah mais je refuse de parler d’un sujet sur lequel aucun débat n’est permis. J’aurai également pu parler des souffrances des juifs mais je considère que les mass-médias en parlent suffisamment.

En fait, on me reproche de soutenir David, le faible contre Goliath, le fort.

Alors effectivement, les quelques minutes de ce clip peuvent paraître insupportables à certaines personnes. Si c’est le cas, j’invite ces individus à ne pas le regarder. Il y a beaucoup d’autres choses à voir sur notre belle planète.

Bien évidemment, j’aurai préféré parler de ce sujet d’une autre manière mais lorsque je faisais du rap « conscient » ou « éthique », rares étaient ceux qui prenaient en considération ce que je disais.

Alors, si ce rap rencontre un peu de succès sur internet, demandez-vous si votre goût pour la provocation ne joue pas un rôle ?

Et pour conclure, je dirai qu’on ne peut pas lutter sérieusement contre la haine des juifs en choisissant de fermer les yeux sur des parties importantes de l’histoire et de l’actualité.

Fraternellement,

EXLIMES

Visitez le blog et le  site de EXLIMES

Version originale censurée sur Dailymotion et Youtube

Les Grecs ne veulent pas de la potion FMI ni pour eux, ni pour l’Europe

28 avr

Entretien avec Yannis Dragassakis, économiste grec, ancien député européen.

par Fabian Perrier pour L’Humanité

La Grèce, dont l’économie continue de s’effondrer alors que les mesures d’austérité étaient censées redonner confiance aux investisseurs, s’insurge. Le FMI ne doit pas débarquer chez eux. Les citoyens ne veulent pas que cette institution impose ses règles dans la zone euro.

Vendredi 23 avril, 18 heures. Ils arrivent un par un ou en petit groupe. La foule grandit peu à peu. Au total, ils seront 6000 à se retrouver, à l’appel de différents partis de gauche. Une manifestation presque spontanée pour contester la décision du gouvernement : recourir au « plan de soutien européen », décidé le 25 mars à Bruxelles, et qui légitime l’arrivée du FMI dans la zone euro (cf. entretien avec Yannis Dragassakis). Les visages sont inquiets, les cœurs lourds. « C’est un moment historique, le FMI débarque dans la zone euro », explique Dimitris, 28 ans, au chômage. « Comment voulez-vous que je trouve un boulot ? Déjà, le chômage est très élevé. Maintenant, il n’y aura même plus de création de postes dans la fonction publique. Avec le FMI, le gouvernement va sans doute décider de licencier des fonctionnaires ». Ce sentiment, ces inquiétudes dominent parmi les manifestants. « Ils ont raison », explique un dame d’une cinquantaine d’années dans un anglais hésitant. Elle applaudit mais ne rejoint pas les rangs : « de toute façon, la décision est prise ».

Faut-il, alors, arrêter de se battre ? Ces manifestants sont convaincus que non, que la rue peut encore faire bouger les lignes. Lundi, une autre manifestation est prévue, à l’appel du PAME, branche syndicale proche du KKE (parti communiste grec). Leur déclaration est claire (cf. encadré) : « cette décision était depuis longtemps préméditée ».

A gauche comme à droite, des résistances émergent. Certains députés proposent même un référendum pour mesurer l’état de l’opinion sur le recours au FMI. La crise grecque prend une ampleur politique, et divise jusque dans les rangs du Pasok, le parti socialiste au pouvoir. « C’est l’avenir de l’Europe qui se joue » explique Dimitris. Pour lui, une seule solution : « la solidarité des peuples ».

Fabien Perrier

Entretien avec Yannis Dragassakis, économiste grec, ancien député européen

Révision du déficit grec à la hausse, baisse de la note attribuée à la Grèce par l’agence de notation Moody’s, taux d’intérêt qui atteignent des sommets… La situation semble empirer sans cesse. Comment l’analysez-vous ?

Yannis Dragassakis. La révision du déficit public est due au fait que le taux de croissance pour 2009 est plus négatif que prévu. Si le dénominateur a baissé, ce n’est pas à cause d’une hausse des dépenses, mais à cause d’une baisse du PIB grec, c’est-à-dire une baisse de la production. Le problème majeur est que, alors que le gouvernement a pris des mesures très dures sur le plan social, pour baisser les spreads, cela ne s’est pas réalisé. Ce fait nous montre l’échec du gouvernement grec et les contradictions des autorités européennes. Tout cela, nous l’interprétons comme une pression sur la Grèce pour qu’elle soit soumise au FMI, ce qui veut dire qu’elle devra prendre de nouvelles mesures parmi lesquelles la destruction du système de sécurité sociale.

Parallèlement, le chômage augmente. Il a même atteint 11,3% en janvier 2010 selon les chiffres officiels.

Y.D. : Nous estimons que nous nous trouvons au début d’une trajectoire très négative pour l’économie grecque. A notre avis, suite à l’intervention du FMI, nous aurons une récession plus grande et le chômage risque d’atteindre 14% à 15% en se basant sur les règles en vigueur pour son calcul. Il faut reconnaître qu’en Grèce, nous avions un chômage élevé, même pendant la phase ascendante de l’économie. Nous avons donc une aggravation d’un problème préexistant. Ces éléments mettent en évidence l’échec du développement d’un modèle, en Grèce, au cours de ces 20 dernières années. En outre, la Grèce ne dispose pas d’un système efficace de protection contre le chômage, notamment celui de longue durée. C’est pourquoi, l’un de nos objectifs est de demander des politiques pour la protection du chômage et le développement de l’emploi.

Cette revendication n’est-elle pas à l’opposé des mesures d’austérité prises par le gouvernement, qui visent la réduction des déficits publics, notamment en « réformant » le système social, en réduisant les pensions etc. ?

Y.D. : Le gouvernement a choisi la voie de la dévaluation intérieure : il espère une réduction des salaires et des prix. Mais comme les prix ne vont pas chuter, seuls les salaires seront réduits. La récession sera donc renforcée avec, comme résultat, l’accroissement du chômage. Ce sont là, en fait, les politiques classiques du FMI avec une particularité essentielle : elles sont dorénavant inscrites et légitimées dans le cadre européen. Comme nous n’avons pas de monnaie nationale, l’économie grecque ne peut pas retrouver sa compétitivité en baissant la valeur de sa monnaie. Nous avons donc une baisse des salaires. Il est clair que la crise est un prétexte afin d’imposer un modèle néo-libéral beaucoup plus dur.

Quelles alternatives proposez-vous ?

Y.D. : Ce qui fait la plus grande différence enter la Grèce et les autres Etats-membres de l’Union Européenne, c’est que les recettes de l’Etat sont plus petites qu’ailleurs. La première nécessité est donc d’augmenter les recettes fiscales. A moyen terme, nous estimons qu’il est possible de gagner 5 points de PIB en luttant contre l’évasion et la fraude fiscales, et en développant un système d’imposition juste. Deuxièmement, au lieu de réduire les salaires, il faut bloquer les dépenses militaires. Au sein de l’UE, la Grèce a les plus grandes dépenses dans ce domaine. Troisièmement, il est possible de réaliser des économies sur les dépenses fonctionnelles de l’Etat qui, en outre – et c’est la quatrième proposition – dispose de beaucoup de biens, immobiliers notamment, qui peuvent être exploités pour le bien de la société (services sociaux, médicaux, logements…). Enfin, le pays a de nombreuses potentialités, en ce qui concerne la production d’énergie renouvelable et d’investissements à haute valeur ajoutée. Finalement, la dette grecque n’est pas un problème grec mais international. Pour tous les pays qui ont des déficits, il faut réclamer l’annulation de la dette.

Déclaration de Georgios Toussas, député européen (KKE)

« La décision du gouvernement à avoir recours au mécanisme de prêts UE-FMI constitue un choix d’alliance visant à servir les intérêts de la ploutocratie grecque à long terme, afin que le gouvernement ait des appuis forts pour imposer de nouvelles mesures, plus violentes, au détriment du peuple. Cette décision était depuis longtemps préméditée.

Les allégations du gouvernement et de ses alliés ne sont que de prétextes et visent à désorienter. L’allégation qu’il n’y a pas d’argent est fausse, parce qu’en même temps on offre 17.5 milliards aux banquiers et des dizaines de milliards aux industriels et aux armateurs à travers la loi de développement, on réduit les impôts pour le capital et on augmente ses privilèges. On donne des milliards pour des armements pour l’OTAN et des centaines de millions pour maintenir des troupes d’occupation par-delà les frontières.

La coopération du gouvernement avec l’UE et le FMI marque l’intensification de la guerre des monopoles contre le peuple. Elle ne donnera pas de solution aux problèmes ; au contraire, elle les aggravera et elle impliquera le pays, encore plus, à l’antagonisme des capitaux et des gouvernements qui s’intensifie tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’UE.

Le peuple doit apprendre par son expérience. Comme c’était le cas hier avec l’UEM, les sacrifices que les partis de la ploutocratie veulent imposer au peuple aujourd’hui, afin que le capital grec soit plus fort et plus compétitif, ne lui apporteront aucun bénéfice. Au contraire, on amène le peuple à un désastre sans fin.

C’est un moment de responsabilité pour les travailleurs et le peuple. Il est temps pour l’unité populaire de classe et la mobilisation avec le KKE pour le renversement de la politique antipopulaire.

Patriotisme est l’unité populaire et la contre-offensive aux monopoles ; que la ploutocratie fasse faillite et non pas le peuple. Le peuple ne doit rien, on lui doit. Les sacrifices qui valent ne sont que les sacrifices de la lutte. Il n’y a qu’une solution à l’intérêt du peuple et du pays : le pouvoir populaire, la socialisation des monopoles, le désengagement par les organisations impérialistes. »

Il faut aider le peuple grec. Signez la pétition en ligne.

à lire également : Le Portugal, nouvelle cible des marchés

Source : L’Humanité

La campagne contre l’Iran et le droit international

28 avr

par Karl Muller pour Horizons et débats

En adhérant aux Nations Unies, 192 Etats du monde ont pris les engagements suivants :

  • Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin: prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces contre la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix;
  • Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du prin­cipe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde.

De plus, il est inscrit dans la Charte des Nations Unies, concernant les devoirs des Etats membres :

  • Les membres de l’Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.
  • Les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Le fait que certains Etats, membres des Nations Unies, ont contrevenu à maintes reprises à ces dispositions ne dispense pas le monde actuel de ces engagements. Bien au contraire : Toutes les guerres menées après la Seconde Guerre mondiale ont démontré de façon cruelle à quel point était vrai ce que, en 1945, les membres fondateurs des Nations Unies avaient écrit au début du préambule de la Charte: « Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. »

Est-ce compatible avec ces principes que des représentants de gouvernements et de médias attaquent verbalement avec force un pays et n’excluent pas une guerre contre lui ?

C’est bien ce qui se passe depuis de nombreuses années envers l’Iran. Et avec un ­nouvel élan depuis ces dernières semaines et mois.

On ne tient pas compte du fait :

  1. que ce n’est pas que le gouvernement iranien qui affirme depuis des années ne pas vouloir posséder des armes atomiques, mais les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) de même que les services secrets ne peuvent apporter de preuve tangible d’un programme d’armes atomiques de l’Iran. Les rapports actuels des services secrets américains ont même attesté que l’Iran ne mène pas de programme d’armes atomiques. Certains adversaires de l’Iran prétendent même qu’il ne s’agit pas de prouver l’existence d’un tel programme, mais que c’est à ce pays à prouver qu’il n’en a pas – mais comment est-ce possible alors que tout ce que l’Iran présente comme preuves est remis en question;
  2. que les déclarations du président iranien concernant Israël sont présentées dans les médias occidentaux de façon erronée et qu’on ne connaît pas de plans de guerre de l’Iran contre Israël;
  3. que des plans de guerre israéliens ­contre l’Iran (et même des Etats-Unis) existent très probablement alors même que la Charte des Nations Unies interdit toute acte d’agression;
  4. que l’Iran est menacé d’intervention guerrière par d’autres pays, voire par de hauts officiers allemands : Entre-temps le manuscrit du discours du général allemand de l’OTAN, Karl-Heinz Lather, tenu le 25 mars à Bonn devant la Communauté de soldats catholiques a été rendu public. Et c’est précisément lors de la Journée mondiale de la Paix 2010 qu’il a dit: « D’ailleurs, la communauté internatio­nale [en fait les Etats membres de l’OTAN] pourrait se voir contrainte d’intervenir militairement si l’Iran ne renonce pas à ses ambitions d’un armement atomique. Il semble que l’action politique, la diplomatie et les sanctions n’apportent guère de solution. » Puis il ajouta – à l’encontre des obligations de la Charte de l’ONU – que « les Etats et les gouvernements [ceux de l’OTAN] acceptent en général [donc pas toujours] un mandat des Nations Unies comme condition d’une intervention militaire [ce qui, selon lui, n’est pas obligatoirement le cas] »;
  5. que les propositions soumises à l’Iran ne respectent pas l’égalité des droits de tous les Etats inscrite dans la Charte des Nations Unies et on soumet l’Iran à des exigences sans aucun fondement dans le droit des traités touchant au nucléaire – ce que les décisions du Conseil de Sécurité de l’ONU au sujet du programme nucléaire iranien ne peuvent cacher;
  6. que des Etats qui, comme Israël, le Pakistan et l’Inde, refusent de se soumettre au Traité sur la non-prolifération des armes nuclé­aires (TNP), et disposent d’un énorme arsenal d’armes nucléaires, ne sont pas contraints de rentrer dans le rang (sans parler des 5 puissances nucléaires « officielles », qui ont aussi signé le TNP et se sont engagés à réduire leurs arsenaux nucléaires, voire à les supprimer, mais qui sont à des lieues de leur application) – on travaille ici aussi à deux niveaux;
  7. que ce n’est pas la « Communauté inter­na­tionale » qui fait pression sur l’Iran, mais avant tout Israël, les Etats-Unis et l’UE, lesquels se sont unis contre l’Iran et exercent une pression sur les autres pays pour qu’ils se soumettent à leur volonté. La plupart des Etats et des gouvernements, comme par exemple les 118 membres du Mouvement des non-alignés, considèrent la politique de l’Iran différemment et estiment qu’il y a une possibilité d’entretenir des relations avec ce pays et de résoudre les conflits, se démarquant ainsi nettement du bloc politique des 3 pays sus-mentionnés, lesquels ne représentent finalement qu’une petite minorité dans l’ensemble du monde.

On n’évoquera pas ici les vraies raisons des plans de guerre contre l’Iran. On se contente de signaler que toute cette agitation guer­rière est alarmante pour tout un chacun qui s’intéresse raisonnablement à ce problème. Il est vrai aussi que tous ceux qui menacent l’Iran ne veulent pas forcément la guerre. Toutefois, ils aplanissent le terrain pour ce petit groupe de pays qui veulent cette guerre, en violation de la Charte des Nations Unies.

Il est particulièrement inquiétant de constater qu’on n’entend plus aucune voix contraire dans ces gouvernements et ces médias-là. Il n’y a aucun débat, on se contente de hurler avec les loups, alors même que ces cris n’ont rien à voir avec la vérité, mais ne sont poussés que pour soutenir des projets poli­tiques inavouables.

Cette volonté d’ignorer la Charte des Nations Unies n’est pas un délit mineur. C’est proprement une tentative de porter un coup à l’effort des peuples et des Etats de vivre en paix et dans la justice. C’est une menace pour l’humanité et c’est pourquoi, au sein de la Communauté internationale, ils sont nombreux à ne pas vouloir suivre cette voie.

Au cours des derniers 20 ans, plusieurs guerres ont été déclenchées contre la volonté de la Communauté internationale, avec des conséquences dramatiques tant pour les victimes qu’en ce qui concerne les coûts. Il est donc important de réfléchir à la façon d’empêcher une nouvelle guerre et aux moyens à disposition pour faire respecter le droit international – et cela par tous les Etats.

Source : Horizons et débats

Let’s make money (vidéo)

27 avr

« Je ne pense pas que l’investisseur doive être responsable de l’éthique, de la pollution ou de quoi que ce soit que produise la compagnie dans laquelle il investit. Ce n’est pas son boulot. Son boulot est d’investir et de gagner de l’argent pour ses clients. » Mark Mobius, président de Templeton Emerging Markets.

Après We Feed the World (Le marché de la faim), film événement sur les dérives de l’industrie alimentaire, le réalisateur Erwin Wagenhofer revient avec un documentaire intitulé Let’s Make Money, une démonstration implacable sur les conséquences humaines, démographiques et écologiques de la dérégulation économique et du vrai visage du système capitaliste. Une fascinante plongée au coeur du système financier mondial. C’est l’histoire de deux mondes qui s’interpénètrent sans jamais se rencontrer. Dans l’un, on ramasse du coton ou on casse du minerai, dans l’autre, on “fait” de l’argent. Entre les deux, une passerelle à sens unique, qu’empruntent les flux invisibles de la finance mondiale. Une frontière immatérielle et pourtant infranchissable, qui concentre entre les mains de 10% de la population mondiale 80% des richesses, et les sépare du reste de l’humanité. On y retrouve notamment une interview de l’ex-assassin économique John Perkins. Il y est aussi évoqué la Société du Mont Pélerin, le think tank à l’origine de l’idéologie ultra-libérale qui domine le monde aujourd’hui.

« Si nous ne créons pas un nouveau mode de répartition des richesses, ce qui a abouti à la Seconde Guerre mondiale se reproduira sous une autre forme. C’est une nouvelle ère de barbarie qui s’ouvrira. » Hermann Scheer, lauréat du prix Nobel alternatif et député allemand.

Autre scandale, on estime qu’actuellement plusieurs milliers de milliards de dollars dorment à l’ombre des paradis fiscaux où ils échappent à toute forme de taxe. Si cette richesse était imposée au taux très modéré de 30%, les gouvernements du monde entier toucheraient 250 milliards de dollars de recettes annuelles supplémentaires, qu’ils pourraient dépenser pour endiguer la pauvreté et atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement de l’ONU…

MecanoWeb News

27 avr

International

L’avènement des pays du BRIC : Peut-il changer le monde ? : Mondialisation.ca. « Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, le communisme, c’est exactement le contraire. » Cette boutade du premier secrétaire du Parti communiste soviétique de l’Union soviétique au temps de sa splendeur, résume toute l’ambiguïté de la stratégie des nouveaux pays émergents qui veulent prendre les règles du capitalisme et lui donner un visage humain. Leur « réussite » actuelle la doivent-ils au marché et au fait que comme tout pays qui se développe on doit passer par une phase ascensionnelle ? Ou est-ce l’avènement d’un monde nouveau qui peut servir d’exemple aux autres pays en développement ? Ainsi, leur coordination pour « contrer » les anciens pays industrialisés et leur doxa est pour nous un signe d’un changement qui, contrairement à la philosophie altermondialiste, repose sur du concret. Ainsi, on apprend qu’à Brasilia, le 15 avril, quatre pays continents et non des moindres, ont décidé de prendre en main leur destin et de ne plus être des wagons de la mondialisation. Leur déclaration qui, curieusement est passée sous silence dans les médias occidentaux, remet en cause fondamentalement la façon de faire d’avant héritée des accords de Bretton Woods…

Mourir à Katyn : Géostratégie.com. Le président polonais, Lech Kaczynski, vient de décéder dans un accident d’avion, près de Smolensk. Il se rendait à Katyn, où il devait assister, avec Vladimir Poutine et le Premier Ministre polonais Donald Tusk, à la commémoration du 70ème anniversaire du massacre commis par le NKVD en ce lieu. Pour l’instant, on n’y voit qu’un accident. Demain, sans doute, on cherchera à pointer du doigt la responsabilité de tel ou tel service secret. Pour ma part, j’y vois surtout un symbole. Lech Kaczynski était un agent américain. Il est difficile de dire si c’était un agent rémunéré, encadré, cornaqué par la CIA, ou tout simplement un politicien polonais qui, comme n’importe quel politicien dans n’importe quel pays, avait besoin d’appuis extérieurs pour s’imposer en interne. Mais en tout cas, c’était un agent américain…

Afghanistan. Malalai Joya : « Pas de démocratie sous occupation » : Réseau Voltaire. La jeune députée afghane a été exclue du Parlement pour avoir dénoncé l’ingérence des puissances étrangères et les atteintes aux droits des femmes que permet la poursuite de l’occupation. Malalai Joya est une femme en colère. En colère contre la guerre que mène la coalition internationale en Afghanistan, son pays, en colère contre les bombes de l’OTAN qui tuent les civils dans les villages, en colère contre l’appel à la réconciliation avec les talibans et les seigneurs de guerre. « Faites cesser les massacres dans mon pays, faites retirer les troupes étrangères pour que s’arrête la talibanisation  ! » lance la jeune députée afghane aux opinions publiques occidentales…

Désinformation

GIEC, OMS, Goldman Sachs : les Menteurs sont dans la place, et les gens regardent ailleurs : Le Grand Soir. La polémique sur la burqa et sur l’identité nationale accapare toute l’attention des Français, l’affaire des minarets déchire la Suisse, en Belgique c’est l’obscur dossier BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde) qui s’étend sur la une des journaux et monopolise la petite lucarne, dans le monde, les fermetures d’usine dont certaines font des bénéfices, et les banqueroutes de gouvernements européens, font descendre des braves gens dans les rues, la colère et l’incompréhension rongeant leurs cœurs enflammés. Un maximum d’émotions, un minimum d’explications. Voici la maxime des gouvernements actuels, et surtout des populations du 21è siècle. Pendant ce temps, pendant que nous nous enflammons et nous divisons, des experts, des spécialistes, des professionnels règnent, nous spolient, nous mentent, et nous demandent de les croire sans autre forme de procès. De toute façon, les gens regardent ailleurs, burqa, minarets, BHV, faillites, banqueroutes accaparent toute leur attention…

Economie

Crise grecque : le risque de contagion européenne : Contre Info. La hausse des taux des obligations souveraines manifeste un « risque de contagion très clair et très important, » juge l’économiste Simon Johnson. Les pertes subies par les investisseurs et les banques sont suffisantes pour les détourner longtemps des émissions de dette publique des pays de la périphérie de l’Europe, et la hausse des taux va pénaliser leur système bancaire déjà fragilisé par la baisse de valeur des actifs portés dans les bilans. Dans l’immédiat, la BCE doit continuer à fournir des liquidités pour prévenir les paniques, mais le risque reste important, juge-t-il, car les réticences de l’Allemagne à s’engager dans le sauvetage de la Grèce, pourraient provoquer une perte de confiance généralisée dont le Portugal, l’Espagne et l’Irlande seraient les premières victimes. Les USA ne devraient pas se croire à l’abri de cette nouvelle phase de crise financière, avertit Johnson, qui suggère que la Fed et le Président Obama prennent sans attendre des mesures préventives…

Climat

Bolivie : Naomi Klein, “Nous devons porter la responsabilité vers les pays riches” : Primitivi. Mercredi dernier Naomi Klein présente lors de la session sur la Dette Climatique a déclaré qu’il fallait mettre la pression sur les pays riches, afin qu’ils assument leur pollution. Dans un même élan, une Table ronde n° 18 a été mise en place parallèlement au sommet. S’y sont réunis différentes organisations sociales et écologiques boliviennes afin de traiter des problèmes environnementaux boliviens pour lesquels le gouvernement d’Evo est en parti responsable. Mais cela ne veut pas dire que la Table 18 ne soutien pas son gouvernement, au contraire disent-ils c’est bien parce qu’on soutien Morales que les participants de la Table 18 sont là. La journaliste et femme de lettres canadienne propose de mettre une plus grande pression sur les pays développés ceux-ci générant 70 % des gaz à effet de serre…

Armement

L’ère des mini-missiles : Zone d’intérêt. Les industriels de défense ont vu croître la demande pour la conception d’une nouvelle génération de roquettes, à la fois compactes, dotées d’un système de guidage précis et limitant au maximum les dommages collatéraux. Ces armes sont destinées à armer des appareils dont l’armement n’est plus adapté aux menaces actuelles, mais également à être emportées par des aéronefs sans pilotes. APKWS, TALON, DAGR, Griffin…

Des soldats américains s’excusent pour une tuerie en Irak

26 avr

par Bill Van Auken pour WSWS

Deux soldats américains actifs dans une unité apparaissant dans un film vidéo choquant et mis en ligne récemment par le site WikiLeaks ont présenté des excuses publiques au peuple irakien pour le carnage montré dans ce film. Ils précisent que, pour la durée de leur déploiement dans ce pays occupé par les Etats-Unis, c’était là la routine.

La « Lettre ouverte de réconciliation et de responsabilité au peuple irakien » a été publiée par deux anciens spécialistes de l’armée américaine, Josh Stieber et Ethan McCord, qui faisaient partie de la Compagnie Bravo, second bataillon, 16e régiment d’infanterie, première division d’infanterie de l’armée américaine en juillet 2007, au moment où la vidéo en question fut prise par la caméra de la mitrailleuse d’un hélicoptère Apache alors que celui-ci tirait sur des civils irakiens.

Plus d’une douzaine de civils furent tués et plusieurs blessés, y compris deux enfants. Parmi les morts se trouvaient le photographe irakien Namir Noor-Eldeen et son assistant Saeed Chmagh – tous deux employés par l’agence internationale de presse Reuters.

L’hélicoptère fournissait un soutien aérien à des soldats américains engagés dans des razzias maison par maison, dans l’est de Bagdad. Les soldats de la Compagnie Bravo furent les premiers à atteindre les lieux après le massacre effectué par l’hélicoptère d’attaque au-dessus d’eux.

Le film vidéo, mis en ligne par WikiLeaks sous le titre de « Collateral Murder » (assassinat collatéral) a été vu 6 millions de fois sur internet. Il a livré au public américain et mondial des images bouleversantes de ce qu’est, depuis une décennie, la tuerie menée par l’armée américaine dans les guerres d’Irak et d’Afghanistan, des images qui sont régulièrement censurées et éliminées de l’information fournie par les médias grand public.

La caméra montre des civils irakiens non armés faire une vaine tentative d’échapper aux balles de 30 millimètres qui pleuvent sur eux. Elle montre aussi que l’hélicoptère a tiré de nouveau sur une camionnette qui s’était arrêtée pour porter secours aux blessés, tuant le conducteur ainsi qu’un des blessés et blessant sérieusement deux enfants qui étaient assis à l’avant du véhicule.

Tout aussi lamentable est le bavardage des membres de l’équipage de l’hélicoptère et de leurs superviseurs sur la radio, en même temps que se déroule la tuerie. Au moment où le viseur du canon fixe le blessé qui rampe sur le sol, on entend un membre de l’équipage presser l’Irakien de « prendre une arme » afin de pouvoir lui tirer encore dessus. Et finalement, lorsqu’on les informe que deux enfants ont été blessés dans l’attaque, les membres de l’équipage sont d’accord pour dire que c’est la faute des Irakiens qui ont « emmené leurs enfants dans une bataille ».

Ethan McCord était l’un des soldats sur les lieux de l’attaque et sur le film on le voit porter un des enfants blessés et courir vers un véhicule militaire. Les officiers déclarèrent que l’enfant ne devait pas être emmené à l’hôpital américain de campagne et McCord fut réprimandé pour avoir réagi humainement.

Josh Stieber, tout en faisant partie de cette compagnie, n’avait pas été emmené en mission à cause d’une dispute préalable avec ses supérieurs.

La lettre souligne le fait que les actes de violence meurtrière contre des civils montrés dans le film vidéo ne sortent pas de la normale, mais qu’il s’agit plutôt en Irak « d’occurrences quotidiennes ».

L’armée US qui a essayé d’étouffer le film vidéo a défendu avec constance les actions qu’il révèle. Le 13 avril, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates eut recours à une conférence de presse afin de stigmatiser WikiLeaks pour avoir rendu le film public la semaine précédente. « Ces gens peuvent mettre tout ce qu’ils veulent en ligne et ils n’ont jamais à en répondre » a-t-il dit.

Il affirma que regarder cette vidéo était un peu comme regarder la guerre par le trou d’« une paille » et il reprocha au film d’être dénué de « tout contexte ou perspective ».

Mais comme le montre clairement la lettre des deux ex-soldats, le réel « contexte et [la réelle] perspective », c’est une sale guerre d’agression coloniale et ses « règles d’engagement » qui considèrent l’ensemble de la population irakienne comme étant une menace pour les forces d’occupation.

Dans une interview précédente sur ABC News, Gates avait justifié le massacre, y compris les tirs sur les blessés et les gens qui tentaient de les aider, un crime de guerre patent, donnant pour raison que les soldats américains se trouvaient alors dans une « situation de combat ».

Pour sa part, le Commandement central de l’armée américaine qui supervise les opérations militaires dans la région, annonça qu’il n’avait pas l’intention de rouvrir une enquête sur la tuerie de 2007. Il publia des copies censurées des résultats de l’enquête d’origine faite par l’armée sur cette opération sanglante. Cette enquête avait excusé l’équipage de l’hélicoptère d’avoir pris l’appareil du photographe pour un lance-grenade. Elle accusa aussi les journalistes assassinés de « n’avoir fait aucun effort pour montrer de façon visible leur identité en tant que membres de la presse ». Le rapport ne précisait pas comment ils auraient dû s’identifier à un hélicoptère volant au-dessus d’eux.

« Le commandement central US n’a actuellement aucun plan de recommencer une enquête ou de passer en revue cette action de combat », dit le contre-amiral Hal Pittman, le directeur de la communication du Commandement central.

Dans leur lettre mise en ligne sur Internet (visible ici letter en anglais) et co-signée par des milliers d’autres ex-soldats, les deux vétérans de l’Irak s’identifient comme des « soldats qui ont occupé votre quartier pendant quatorze mois ».

La lettre se poursuit ainsi : « Ethan McCord a sorti votre fille et votre fils de la camionnette et ce faisant il a vu les visages de ses propres enfants chez lui. Josh Stieber était dans la même compagnie mais n’était pas là ce jour-là, bien qu’il ait contribué en de nombreuses autres occasions à votre peine et à la peine de votre communauté ».

Les deux anciens soldats insistent pour dire que « ce qu’on voit sur la vidéo de WikiLeaks ne fait que commencer à montrer la souffrance que nous avons infligée. De par notre expérience et celle d’autres vétérans à qui nous avons parlé, nous savons que les actes montrés dans cette vidéo se produisent tous les jours dans cette guerre : c’est là la nature des guerres conduites par les Etats-Unis dans cette région ».

Stieber et McCord écrivent encore : « En disant aux Américains ce que nous avons été formés à faire et ce que nous avons fait au nom de “Dieu et de la patrie” nous reconnaissons la part que nous avons prise aux morts et aux blessures des êtres que vous chérissez. Le soldat de la vidéo dit que votre mari n’aurait pas dû entraîner vos enfants dans une bataille, mais nous reconnaissons notre responsabilité dans le fait d’avoir amené la bataille dans votre quartier et dans votre famille. »

Répondant aux déclarations de Robert Gates, la lettre ajoute : « Il se peut que notre gouvernement vous ignore, plus préoccupé qu’il est de son image. Il a aussi ignoré de nombreux vétérans qui sont retournés physiquement blessés et mentalement tourmentés par ce qu’ils ont vu dans votre pays. Mais il est plus que temps que nous disions que la valeur des dirigeants de notre nation a cessé de nous représenter. Notre secrétaire à la Défense peut bien dire que les Etats-Unis ne perdront pas leur réputation à cause de cela, mais nous persistons à dire que l’importance de notre réputation est peu de chose en comparaison de notre humanité commune. »

Article original en anglais, WSWS, le 23 avril 2010.

Source : WSWS

Le Bureau d’Influence Stratégique (OSI)

26 avr

Vie et mort des agences d’influence américaines

En novembre 2001, le Pentagone créait le « bureau d’influence stratégique » (Office of Stategic Influence – OSI) ayant pour mission de lancer des campagnes de désinformation auprès des presses étrangères dans le cadre de la guerre contre le terrorisme international, en tant que subdivision du « bureau des opérations d’information », lequel dépendant de l’Etat-major interarmées. Alors qu’en 2002, le président américain célébrait le 60e anniversaire de la radio Voice of America, l’OSI pouvait être perçu comme une résurrection du bureau chargé pendant la guerre du Vietnam de fournir des informations à l’ ennemi pour perturber leurs stratégies.

Cette création s’inscrit avant tout dans les rivalités intestines qui déchirent les départements de la Défense, d’Etat, et surtout la CIA chargée officiellement des mesures « actives » (comme les opérations de désinformation, d’intoxication…). Il semblerait par ailleurs que ce soit les services chargés de l’information militaire « classique » qui auraient organisé la fuite dans le New York Times qui révéla l’existence de ce bureau en février 2002. Ces derniers estimant en effet que l’OSI pourrait saper la crédibilité des informations communiquées par le département.

Le chef du bureau, Simon Worden, général de l’US Air Force, déclara qu’il « considérait sa mission comme large, allant de campagnes « noires » utilisant la désinformation et d’autres activités secrètes aux relations publiques « blanches » faites de communiqués véridiques » [Libération, 20/02/2002] . Concrètement, les opérations pouvaient se traduire par la diffusion de tracts, d’emails camouflés, de « journalistes » chargés de répandre des échos formatés par le Pentagone…, ou encore de manière plus agressive par la diffusion de fausses informations ou par l’attaque de sites informatiques hostiles.

En s’interrogeant sur les risques de contamination de la presse nationale américaine si l’OSI intoxiquait les agences de presse internationales, le quotidien souleva une vive polémique. Une loi aux Etats-Unis interdit en effet aux agences fédérales de propager des informations volontairement fausses à l’intérieur du territoire national. Malgré les nombreuses déclarations de démenti (« Le Pentagone ne diffuse pas de désinformation à la presse étrangère ni à aucune autre presse », Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense ; « Nous ne mentirons jamais au peuple américain ou à nos partenaires de la coalition anti-terroriste », Richards Myers, chef de l’Etat-major interarmées), le président George W Bush décida de couper court à la polémique grandissante à peine une semaine après les révélations du NY Times.

Bien que le bureau ait disparu, la volonté d’utiliser l’information de manière offensive restait quant à elle bien présente. Plusieurs mois après la disparition de l’OSI, Donald Rumsfed, proposa la création de l’Office of Perception Management ayant pour mission de modifier l’attitude des audiences cibles. Cependant, une autre proposition de bureau, au titre plus respectable justifiant ses fonctions des contradictions constatées dans la communication de la politique étrangère et du Pentagone, remporta l’adhésion : le « bureau des communications internationales »

Un rapport du Council on Foreign Relations ayant analysé que la perception des Etats-Unis par de nombreux pays était teintée d’une série d’adjectifs négatifs comme « arrogants », « hypocrites », « non désireux d’engager un dialogue inter-culturel »… Ce constat a amené le président Bush a signé, en janvier 2003, un décret autorisant la création de l’OGC. Ce dernier sera chargé de coordonner les actions des différentes agences, de concevoir et rédiger les messages destinés à soutenir la politique extérieure américaine, et de contrer les campagnes de désinformation du régime irakien.

Installés à Washington, Londres et Islamabad, les bureaux de l’OGC et ses équipes de « communicateurs » auront un seul objectif officiel : communiquer de manière cohérente pour promouvoir une image positive des Etats-Unis et légitimer ainsi sa politique internationale. Pour éviter la déconvenue de l’ OSI, le décret a précisé que les messages, destinés aux citoyens et aux leaders d’opinion américains, aux membres permanents de l’ONU, au monde musulman et aux alliés européens, devront être véridiques et exacts..

Le Perception Management semble prévaloir (pour l’instant…) sur la désinformation dans les campagnes d’influence. Beaucoup plus difficile à déceler, l’influence par la « gestion des perceptions » est beaucoup plus insidieuse puisqu’elle vise le cœur de réflexion des individus pour modifier leurs visions sur tel ou tel sujet. Après les OGM et la guerre en Irak, quelles seront les prochaines cibles ? Les pays d’Europe de l’Est et l’OTAN ?…

Source : Infoguerre (28/01/2003)

Désinformation : un simple boulot de relations publiques

Restaurer son image, influencer l’opinion : l’armée américaine et ses communicants sont passés maîtres ès-manipulation. « The Village Voice » a enquêté sur les pratiques peu reluisantes du Pentagone.

Quel est le dénominateur commun de l’attaque américaine contre le Panamá de Manuel Noriega en 1989, de la guerre du Golfe en 1991, de la campagne d’Afghanistan en 2001 ? Rendon Group, évidemment. La maison américaine de relation publique (RP) est de tous les grands voyages de troupes américaines, révèle « The Village Voice ».

Mieux, ajoute l’hebdomadaire new-yorkais, que ce soit à Koweït City ou au Kosovo, contre espèces sonnantes et trébuchantes ses cadres sont toujours prêts à servir les desiderata du Pentagone, le ministère de la Défense américain. « A Kaboul, John Rendon, le fondateur du groupe éponyme, rejoignait tous les matins la réunion des hauts gradés pour définir le message de guerre du jour. » A charge pour lui et ses cadres de répercuter le mot dans les diverses opérations de « RP ».

Rendon Group s’adonne ainsi à de la propagande classique ­ émissions de radio et programmes télévisés ­ ou des opérations de pur marketing. En 1991, des milliers de tee-shirts ont été distribués à Koweït City, alors sous occupation irakienne, floqués d’un slogan des plus explicites : « Libérez le Koweït ».

Ce n’est que du « folklore » au regard des manipulations imaginées par les « communicants » du Pentagone. En 1990, le Cabinet Hill & Knowlton, un équivalent de Rendon Group, est derrière « la campagne des atrocités commises contre des bébés », rappelle « The Village Voice ». Alors que le Congrès américain discutait en 1990 pour décider de l’envoi de troupes américaines afin de libérer le Koweït, Hill & Knowlton a fait courir le bruit aux Etats-Unis que plus de 312 bébés koweïtiens avaient été « massacrés » par des militaires irakiens.

L’« information » fut reprise en coeur par sept sénateurs favorables à la guerre. L’émotion dans la population et au Congrès fut telle que l’autorisation fut de suite accordée. Bush Senior pouvait engager sans trop de problème son armée dans la fameuse opération « tempête du désert ». Or, précise l’hebdomadaire, « après vérification, on s’est aperçu que le drame des bébés koweïtiens était monté de toutes pièces… »

Désinformation, manipulation, propagande… A la veille d’une nouvelle attaque américaine contre l’Irak, que peut bien nous préparer le Pentagone ? Selon « The Village Voice », Rendon Group est bien actif. L’hebdomadaire affirme que « si Saddam est destitué, une des créations de Rendon Group se prépare à entrer en scène : le Congrès national irakien (CNI). » « Cette coalition de dissidents irakiens menée par Ahmed Chalabi et sans aucun ancrage irakien, est aujourd’hui considérée par le gouvernement américain comme une alternative politique possible en Irak. « Or, sans Rendon, le groupe de Chalabi ne serait rien », explique « The Village Voice ».

En effet, « Rendon financé par la CIA dans les années 90 et, depuis peu, par le Pentagone, contrôle chaque fait et geste du groupe d’opposants irakiens. Le groupe de relations publiques coordonne ses sessions annuelles et orchestre les rencontres de son leader avec les grandes pointures de la politique américaine, comme l’ancien ministre des Affaires étrangères américain James Baker. »

En clair, prévient « The Village Voice », l’information délivrée par le Pentagone devra être prise avec des pincettes lors de la guerre qui se profile. Une manipulation médiatique est si vite arrivée.

Source : Courrier International (18/11/2002)

Bush censure « l’office de désinformation »

« Nous dirons la vérité au peuple américain. » Le président des Etats-Unis a coupé court à toute polémique en condamnant l’initiative du Pentagone qui, selon le New York Times, travaillait « à la préparation de plans de désinformation afin d’influencer les opinions publiques et les leaders étrangers ». George W. Bush a démenti une quelconque volonté de manipulation, relayé par son secrétaire à la Défense. « Il a été aussi stupéfait que moi de lire des informations selon lesquelles quelqu’un d’officiel ne dirait pas la vérité aux Américains », a confirmé Donald Rumsfeld.

L’Office de l’influence stratégique (OSI), créé en novembre 2001 dans la foulée du 11 septembre, avait pour mission de lancer des campagnes de désinformation auprès de la presse étrangère dans le cadre de la guerre antiterroriste. Une démarche révélée aux médias et à George W. Bush lui-même, pendant le voyage de ce dernier en Extrême-Orient. Une coïncidence malheureuse qui a forcé la colère du président qui s’efforce de promouvoir la crédibilité du gouvernement des Etats-Unis à l’étranger.

Le rapport annuel de l’Institut international de la presse (IPI) sur l’état de liberté de l’information dans le monde égratignait déjà depuis quelques jours l’administration américaine, mettant en évidence la pression du gouvernement Bush sur les médias depuis la riposte militaire aux attentats du 11 septembre. « Une guerre contre les médias », selon les termes de l’IPI, que George W. Bush a voulu immédiatement pacifier. Célébrant le 60e anniversaire de la radio Voice of America, le président a réaffirmé que « pour la défense de la liberté, la vérité est aussi indispensable que la force des armes ».

Tué dans l’oeuf, l’Office de l’influence stratégique ne fera donc pas acte de propagande ni de diffusion de fausses informations pour les médias étrangers. Pourtant, Donald Rumsfeld avait plusieurs fois prévenu les journalistes qu’il ne dirait pas toute la vérité pour raisons de sécurité, en assurant toutefois qu’il ne leur mentirait pas. Pour se réhabiliter aux yeux du monde, le gouvernement Bush tente aujourd’hui une nouvelle opération de franchise. Toute la vérité, rien que la vérité.

Source : Le Figaro (27/02/2002)

Le bureau de désinformation du Pentagone est supprimé

L’Office d’influence stratégique, créé par le Pentagone pour mener la « guerre de l’information », a connu une fin prématurée. Du moins a-t-il fait l’objet d’un double avis de décès, notifié par le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, dimanche 24 février, puis par le président George W. Bush lui-même le lendemain. « Je n’avais pas besoin de le lui dire, il sait ce que j’en pense », a répondu M. Bush lorsqu’on lui a demandé, lundi matin, s’il avait donné consigne à son ministre d’en finir avec l’office en question. Il a ajouté qu’« ayant entendu » la déclaration de M. Rumsfeld la veille, il lui faisait confiance pour « mener cette affaire comme il convient ».

« Nous dirons la vérité au peuple américain », a martelé le président, dont le ton confirmait un article du Washington Post selon lequel la Maison Blanche avait été rendue furieuse par la révélation, la semaine précédente, des projets de désinformation du Pentagone (Le Monde du 22 février).

Il faut dire que cela ne pouvait pas tomber plus mal, alors que M. Bush était en voyage en Asie pour y justifier, notamment, sa théorie de « l’axe du mal » et alors que le comportement du président et de son administration provoquait de vives critiques en Europe. Quel crédit accorder à un gouvernement qui envisage de donner carte blanche à ses militaires pour raconter n’importe quoi, non seulement à ses ennemis, mais aussi à ses amis ou alliés ?

M. Rumsfeld n’avait pu que confirmer, le 20 février, l’embarrassante histoire dévoilée par le New York Times. Créé secrètement et placé sous le commandement d’un général de l’armée de l’air, Simon Worden, l’Office d’influence stratégique, ou OSI, avait pour mission de diffuser des informations servant la cause des Etats-Unis, mais un débat était en cours sur la possibilité d’autoriser cet office à pratiquer la désinformation, avec une restriction : celle-ci devrait être réservée aux médias étrangers. Le Times se demandait d’ailleurs, gravement, s’il était possible d’intoxiquer les agences de presse internationales que sont Reuters (britannique) et l’Agence France-Presse (française) sans contaminer la presse américaine.

Le quotidien précisait aussi que l’OSI avait passé un contrat de 100 000 dollars par mois avec un cabinet de communication, Rendon Group, déjà employé en 1990 dans la préparation de la guerre du Golfe. Cette indication et celle, donnée par M. Rumsfeld lui-même, de la date de création de l’OSI, en novembre 2001, rendent quelque peu suspectes les affirmations du ministre, dimanche, selon lesquelles il aurait quasiment découvert sinon l’existence de l’OSI, du moins ses projets, en lisant le journal. Elle incitent aussi à sourire de l’indignation manifestée par M. Bush.

Cependant, le directeur adjoint de la communication de la Maison Blanche, Jim Wilkinson, assure, dans le Washington Post de lundi : « Le président est un homme honnête, qui parle franc, et il entend que chaque porte-parole, dans ce gouvernement, se situe au même niveau d’exigence. »

Selon une logique toute militaire, de même que M. Bush fait « confiance » à M. Rumsfeld pour régler ce problème, le ministre avait pris soin, dimanche, sur la chaîne de télévision NBC, de désigner comme responsable un échelon hiérarchique inférieur.

Jamais appelé par son nom, mais présenté comme « la personne en charge », Douglas Feith, sous-secrétaire à la défense, ancien de l’administration Reagan, a été invité fermement par M. Rumsfeld à se demander « si cet office devrait exister sous sa forme actuelle, vu la mauvaise information et la mauvaise publicité dont il a fait l’objet ». Quel autre sort mérite, en effet, un office de désinformation qui ne parvient même pas à cacher la vérité sur lui-même ?

Source : Le Monde (27/02/2002)

Le Bureau d’influence stratégique pourrait être supprimé

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a affirmé que le Bureau d’influence stratégique que le Pentagone a créé après les attentats du 11 septembre pour améliorer l’image des États-Unis pourrait être supprimé, en raison de la vive controverse qui l’entoure. M. Rumsfeld a réitéré qu’il n’a jamais eu l’intention d’utiliser cette agence pour faire de la désinformation.

Le New York Times a révélé la semaine dernière que le Bureau d’influence stratégique pourrait servir à diffuser de fausses informations dans les médias étrangers afin de convaincre l’opinion publique mondiale du bien-fondé de la politique des États-Unis dans la guerre contre le terrorisme. Ces révélations ont soulevé l’indignation des médias américains et étrangers.

Retour éventuel des prisonniers dans leur pays d’origine

Par ailleurs, M. Rumfeld, a annoncé que les prisonniers faits en Afghanistan et transférés sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba, pourraient être rendus à leur pays d’origine si ceux-ci peuvent garantir qu’ils seront traduits en justice. Le secrétaire à la Défense a indiqué que ce retour pourrait se faire d’ici peu. Les prisonniers talibans ou membres du réseau Al-Qaida proviennent non seulement d’Afghanistan mais d’une trentaine d’autres pays, dont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

Les États-Unis font face à de nombreuses critiques concernant les conditions de détention des prisonniers. Washington refuse de les considérer comme des prisonniers de guerre conformément à la Convention de Genève.

Des parents de détenus britanniques ont jugé lundi « illégale » la détention de leurs enfants à Guantanamo et menacé le gouvernement de Tony Blair de poursuites judiciaires pour « complicité » avec les États-Unis.

Source : Radio-Canada (25/02/2002)

Un bureau des fausses nouvelles ouvert au Pentagone

L’administration envisage de lancer une guerre de conquête des opinions publiques mondiales. Par tous les moyens.

« Le Pentagone veut lancer des nouvelles vraies ou fausses dans les médias étrangers », titre le Herald Tribune.Un Bureau d’Influence stratégique (Office of Strategique Influence) vient d’être mis en place avec pour mission officielle de répondre à la perte de soutien de l’opinion publique dans la guerre contre le terrorisme, particulièrement dans les pays musulmans ; mais sans exclure les pays « amis » de l’Europe occidentale .

A peine divulguée, l’affaire a commencé à faire l’objet de polémique dans la presse, et même au Pentagone. Elle a suscité une légère irritation du côté du département d’Etat, jusqu’ici en charge de faire connaître les prises de position du gouvernement.

Ce nouveau bureau, qui à l’appui du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, dispose d’un budget de plusieurs millions de dollars tirés du supplément de 10 milliards récemment voté par le Congrès pour le budget de la défense. Il est dirigé par un général de l’armée de l’air, Simon Worden, qui vient du Conseil national de sécurité. A ses côtés, un de ses collègues en retraite, Wayne Downing, qui était à la tête des opérations spéciales, et un colonel, Thomas Timmes, ancien des missions psychologiques. Ils utiliseront, écrit le New York Times, qui a révélé l’existence de l’OSI (confirmée avec une insolence tranquille par les intéressés), tous les moyens de désinformation possibles, et même des actions secrètes, qui couvriront aussi bien les activités civiles, les nouvelles « blanches » que les activités « les plus noires des noires », selon les termes d’un officier chargé de cette besogne. L’OSI a fait appel aux services du groupe Rendon, de Washington, qui a travaillé pour le président Carter et la CIA, la famille royale du Koweït et le petit groupe du Congrès national irakien, opposé à Saddam Hussein. Une firme qui a déjà trempé dans des campagnes de propagande lors de l’invasion du Koweït.

Tout est donc en place pour que l’état-major prenne en charge une vaste opération de manipulation de l’information qui ne comporterait pas seulement l’envoi de tracts, mais cette fois la diffusion de fausses informations dont les sources seront cachées, l’attaque de sites informatiques, l’envoi de « journalistes » chargés de diffuser des enquêtes formatées au Pentagone, tous les moyens étant bons pour tromper les médias et les opinions des pays ciblés.

Cette vision digne de Big Brother a fait des vagues au Pentagone, où plusieurs généraux ont fait remarquer que ce n’était pas le rôle de l’armée, qu’il y avait d’autres agences spécialisées dans ce domaine de la manipulation et qu’un tel recours au mensonge pourrait décrédibiliser le Pentagone en l’entraînant dans des missions d’information illégales. La loi interdit aux agences fédérales de diffuser de fausses informations à l’intérieur des Etats-Unis. Ils trouvent curieux que, pour répondre aux critiques qui se sont élevées à la suite des bombardements qui ont fait des victimes civiles innocentes en Afghanistan et à l’incapacité de l’US Air Force d’en expliquer les raisons, on ait choisi de confier la direction de l’OSI à un général d’aviation. Une colonelle en retraite, Virginia Pribyla, ancienne chef du bureau de presse des forces aériennes, interrogée par le Washington Post, note que le problème avec ces « guerriers de l’information » est qu’ils ne voient « rien de mal à ne pas dire la vérité ». Ce n’est sans doute pas la première fois qu’une agence américaine a recours à l’intox, aux mensonges pour imposer les vues de Washington, et déstabiliser l’opinion de ceux qui refusent de s’incliner devant les oukases de l’empire, mais que la proclamation en soit désormais officialisée en dit long sur le mépris des dirigeants américains pour leur opinion et celles des autres peuples.

Source : L’Humanité (22/02/2002)

La propagande comme arme de guerre

Les récentes révélations du « New York Times » selon lesquelles Washington envisagerait une stratégie délibérée de désinformation, notamment auprès des médias étrangers, dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, continuent de provoquer un tollé. Tandis que les médias américains ont accordé un large écho à cette affaire, les organismes de défense de la liberté de la presse et de surveillance des médias s’indignent de cette éventualité.

Jusqu’à quel point les Etats-Unis sont-ils prêts à manipuler les médias pour arriver à leurs fins ? Information partisane, rumeur, désinformation ? Les récentes révélations du New York Times ont de quoi inquiéter les défenseurs de la liberté de la presse. Dans son édition du 19 février, le quotidien américain affirme que le Pentagone a conçu des plans visant à fournir des informations biaisées, voire fausses, à des organes de presse, dans des pays « amis » ou « ennemis » des Etats-Unis.

Selon le New York Times, un service peu connu du Pentagone, le Bureau de l’influence stratégique (OSI), créé après le 11 septembre, a proposé une vaste campagne médiatique qui pourrait inclure l’envoi de fausses informations à destination de pays hostiles, mais également de nations alliées, dans le cadre d’une nouvelle stratégie de communication liée à la guerre contre le terrorisme. L’OSI aurait en outre proposé « un vaste éventail de mesures, allant de campagnes » noires « utilisant la désinformation et d’autres activités secrètes, aux relations publiques » blanches « reposant sur les communiqués véridiques ». Ce pourrait être des « campagnes agressives qui n’utilisent pas seulement la presse étrangère et Internet, mais aussi des opérations sous couverture ».

La réaction du Pentagone ne s’est pas fait attendre. Dès mercredi, les autorités militaires américaines, sur la défensive, sont montées au créneau. Le secrétaire d’Etat américain à la défense, Donald Rumsfeld, a assuré que le Pentagone disait « la vérité » et n’entendait pas « désinformer le public ou la presse ». Il n’a toutefois pas exclu que pour déjouer l’ennemi les Etats-Unis n’usent de « tactiques de manipulation ». Allant dans le même sens, le chef d’état-major interarmes Richard Myers, rendant visite aux soldats américains en Afghanistan, a ensuite affirmé catégoriquement : « Nous ne mentirons jamais au peuple américain ou à nos partenaires de la coalition » antiterroriste. « C’est quelque chose que, tout simplement, nous ne faisons pas », a-t-il dit, insistant cependant sur l’importance pour les stratèges américains de contrer « les fausses informations et la propagande » de l’ennemi.

Consternation

Les responsables américains ont ainsi cherché ainsi à « calmer le jeu », mais ne sont pas parvenus pour autant à faire taire l’indignation provoquée par cette possible désinformation au sein des défenseurs de la liberté de la presse et organismes de surveillance des médias.

D’autant plus que, jeudi, emboîtant le pas au New York Times, l’Institut international de la presse (IPI) a rendu public son rapport annuel dans lequel l’administration Bush est accusée de manipuler l’information. « La manière dont l’administration Bush a réagi au travail des médias pendant la guerre en Afghanistan, sa tentative de supprimer l’expression des médias indépendants, a été notre grande surprise en 2001 », s’insurge David Dadge, auteur du rapport. Selon lui, « il y a, au sein de l’administration Bush, un désir de contrôler l’information ».

M. Dadge s’est également déclaré très inquiet face aux révélations du quotidien new-yorkais. « Si elle est avérée, c’est une nouvelle consternante. Il sera désormais très difficile de faire confiance aux informations communiquées par le gouvernement américain. (…) Il semble que l’Amérique soit en train de prendre modèle sur la Russie sur la manière dont il faut traiter les médias. (…) Cela aura un effet dévastateur dans le reste du monde. Jusqu’à présent on donnait l’Amérique en exemple pour le respect des principes démocratiques, cela ne sera plus crédible », a-t-il regretté.

Critiquant les « pressions » exercées par le département d’Etat américain à l’encontre de médias américains ou étrangers, l’IPI révèle par ailleurs que « deux éditorialistes ont perdu leur emploi après avoir critiqué l’action du président Bush le jour des attentats [du 11 septembre], un animateur de télévision a été réprimandé par la Maison Blanche pour avoir fait une remarque jugée non patriotique lors d’une émission ».

Reporter sans frontières (RSF), organisation de défense des libertés de la presse, a demandé, dans un courrier au secrétaire d’Etat américain à la défense, de « rejeter catégoriquement le recours à la propagande ». Pour Robert Ménard, secrétaire général de RSF, « une telle décision ne peut (…) que ruiner l’image des Etats-Unis et discréditer les informations délivrées par le secrétaire d’Etat à la défense ». « Comment expliquer que les Etat-Unis recourent à la propagande et à la désinformation après avoir eux-mêmes violemment dénoncé la » propagande « d’Oussama Ben Laden et les médias qui la diffusent ? »

« Mentir délibérément ou répandre de la désinformation ne peut avoir qu’un impact terrible à long terme pour tout pays se prétendant ouvert et démocratique », a estimé pour sa part Paul McMasters, du Forum de la liberté, un centre de recherches sur la liberté d’information à Washington. « Il n’existe aucune justification pour cela. Il n’y a que des désavantages pour le gouvernement américain à copier les communistes et l’ex-Union soviétique dans la bataille de la désinformation », a affirmé de son côté Reed Irvine, fondateur du groupe Exactitude dans les médias.

Source : Le Monde (22/02/2002)

La « propagande noire » du Pentagone inquiète l’Amérique

Le Pentagone, ça commence à se savoir, développe des armes très sophistiquées. Mais a-t-il réinventé le boomerang ? L’Office of Strategic Influence, dont le New York Times vient de révéler la création peu après le 11 septembre, est en train de se retourner contre ses inventeurs. Cette nouvelle structure secrète (ou en tout cas discrète puisque personne n’en connaissait l’existence hors d’un secteur limité de l’administration), a pour mission de contrecarrer, partout et par tous les moyens, la propagande et l’information hostiles aux Etats-Unis, en temps de paix comme en temps de guerre, et d’imposer la communication de Washington pour faire reculer les sentiments anti-américains.

Tous les moyens ? Les premiers travaux de l’OSI montrent qu’il n’en exclut aucun, y compris les opérations secrètes de désinformation : diffusion de fausses nouvelles, envois d’e-mail camouflés, attaques informatiques pour détruire une source hostile. Mais le nouvel Office, dont le Département de la défense assure qu’il n’a pas encore été officiellement approuvé alors qu’il existe depuis plusieurs mois, a rencontré ses premiers ennemis à l’intérieur même du Pentagone. Ce sont les services chargés de l’information militaire « normale » qui ont organisé la fuite vers le New York Times, dans le combat qu’ils mènent pour ne pas être engloutis ou manipulés par ce bureau secret obéissant au sous-secrétaire Douglas Feith, l’un des faucons du Pentagone. La perspective de voir un département de l’administration, autre que la CIA, utiliser des techniques de désinformation, a déclenché immédiatement un concert de protestations, y compris de Norman Schwarzkopf, le général de la guerre du Golfe. Les Européens ne manqueront pas de protester eux aussi, puisqu’ils pourraient être les cibles des actions de l’OSI.

Source : Le Temps (21/02/2002)

Le Pentagone a créé un bureau pour mener la « guerre » de l’information

Les militaires sont tentés de traiter l’information comme de la propagande. Un nouvel exemple en est offert par le ministère américain de la défense, où a été créé secrètement un Office de l’influence stratégique (OSI) chargé de mener la « guerre de l’information ».

Placé sous le commandement d’un général d’aviation, Simon Worden, et le contrôle de Douglas Feith, sous-secrétaire à la défense chargé de la politique, cet office, dont l’existence a été révélée par le New York Times, a pour tâche de diffuser des informations qui servent la cause des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme. Un débat aurait lieu, au Pentagone, sur le point de savoir si l’OSI peut pratiquer la désinformation, c’est-à-dire diffuser de fausses nouvelles pour tromper l’ennemi via, au besoin, les médias de pays alliés.

« Le Pentagone ne diffuse pas de désinformation à la presse étrangère ni à aucune autre presse », a assuré le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, lors d’une visite, mercredi 20 février, aux militaires qui participent à la sécurité des Jeux olympiques de Salt Lake City.

Le ministre a confirmé l’existence de l’OSI, en précisant qu’il s’agissait d’une subdivision de l’Office des opérations d’information, lequel dépend de l’état-major interarmées, et s’est lancé dans un long développement visant à définir ce qu’il faut entendre par « influence stratégique » et « opérations d’information ». Il a cité d’abord plusieurs actions menées en Afghanistan : largage de rations alimentaires, émissions de radio et envoi de tracts invitant les talibans à se rendre, récompenses offertes pour la capture des dirigeants d’Al-Qaida. Il est passé ensuite à la « tromperie », laquelle peut avoir, a-t-il expliqué, un caractère tactique, sur le champ de bataille, ou stratégique, à destination des états-majors. Pour illustrer ce dernier cas, il a évoqué l’opération des Alliés, en 1944, afin de faire croire à l’Allemagne qu’ils allaient débarquer à Calais, tout en se préparant à le faire en Normandie.

Le 25 septembre 2001, lors d’une de ses premières conférences de presse, alors qu’on lui demandait s’il était exact que les officiers et les fonctionnaires civils du Pentagone avaient été autorisés à mentir aux journalistes, M. Rumsfeld avait dit : « Je ne crois pas avoir jamais menti à la presse et je n’ai pas l’intention de commencer maintenant. »

La création de l’OSI s’inscrit dans la rivalité entre le ministère de la défense, le département d’Etat et, surtout, la CIA, chargée officiellement des mesures dites « actives » (opérations de déception, désinformation et camouflage). M. Rumsfeld a rappelé que le département d’Etat dispose d’un service chargé de ce qu’on appelle la diplomatie publique. Dirigé par l’ancienne reine de la publicité, Charlotte Beers, ce service est considéré comme inopérant par le Pentagone.

Source : Le Monde (21/02/2002)

Mensonge d’Etat aux Etats-Unis

Un temps dénoncée comme l’apanage du seul totalitarisme, la propagande aura bientôt sa propre administration aux Etats-Unis. Derniers avatars de sa croisade mondiale contre le terrorisme, l’armée américaine entend se doter des moyens de mener campagne sur le front de la désinformation. A l’étude au département de la Défense, et avec la bienveillante approbation de son ministre Donald Rumsfeld, la création d’un « Bureau des influences stratégiques » (Office of Strategic Influence, OSI), dont le rôle, révélé hier par le New York Times, serait d’« influencer l’opinion publique et les responsables gouvernementaux à la fois dans les pays amis et les pays non alliés ». Son patron, nommé au lendemain des attentats du 11 septembre, le général Simon Worden, « considère sa mission comme large, allant de campagnes « noires » utilisant la désinformation et d’autres activités secrètes aux relations publiques « blanches » faites de communiqués véridiques », explique le quotidien, qui précise que « ces projets, qui n’ont pas encore été définitivement approuvés, soulèvent l’opposition de certains responsables du Pentagone, qui estiment qu’ils pourraient saper la crédibilité de l’information délivrée par les porte-parole du département ».

Source : Libération (20/02/2002)

Archive strategique.free.fr

Source : Geopolintel

Chine/États-Unis : La Course à l’Or Noir (vidéo)

24 avr

Afrique, Amérique Latine, Asie Centrale, Moyen-Orient : les dirigeants chinois multiplient les voyages pour arracher contrats et concessions pétrolières sur les cinq continents. Mais ils se heurtent sans cesse à la présence des États-Unis.

Longtemps protégés derrière leurs frontières naturelles et leurs convictions idéologiques, les dirigeants de Pékin n’ont plus le choix aujourd’hui : pour soutenir leur impressionnante croissance économique, ils doivent courir la planète à la recherche du précieux or noir. L’enquête de Jean-Christophe Klotz nous mène du Venezuela au Tchad, dans le sillage d’hommes d’affaires chinois dont les talents de négociateurs (selon le principe du “gagnant/gagnant“) sont largement reconnus. Alors que les Européens ont la réputation de lier leurs accords à des engagements formels sur les droits de l’homme ou la démocratie, les Chinois sont avant tout appréciés pour leur sens pragmatique des affaires, refusant de se mêler de la “politique intérieure” des États avec qui ils commercent. Des contrats sont donc signés à tour de bras avec, en échange pour les pays signataires, le précieux soutien de l’Empire du Milieu dans le domaine du développement des infrastructures, et la possibilité pour ce dernier de brandir son droit de veto aux Nations Unies pour protéger ses fournisseurs et obligés, le Darfour ou l’Iran par exemple. Sur ce point, la Chine et les États-Unis, qui déjà rivalisent sur le terrain dans la course au pétrole, sont en opposition frontale…

Les pouvoirs opaques de la Trilatérale

23 avr

par Olivier Boiral pour Le Monde diplomatique

Dirigeants des multinationales, gouvernants des pays riches et partisans du libéralisme économique ont vite compris qu’ils devaient se concerter s’ils voulaient imposer leur vision du monde. Dès juillet 1973, dans un monde alors bipolaire, David Rockefeller lance la Commission trilatérale, qui va marquer le point de départ de la guerre idéologique moderne. Moins médiatisée que le forum de Davos, elle demeure très active, au travers d’un réseau d’influences aux multiples ramifications.

Archive de novembre 2003

Il y a trente ans, en juillet 1973, à l’initiative de M. David Rockefeller, figure de proue du capitalisme américain, naissait la Commission trilatérale. Cénacle de l’élite politique et économique internationale, ce club très fermé et toujours actif de hauts dirigeants a suscité nombre de controverses, surtout à ses débuts [1]. La Commission entend alors devenir un organe privé de concertation et d’orientation de la politique internationale des pays de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon). Sa charte fondatrice résume : « Centrée sur l’analyse des enjeux majeurs auxquels font face l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest et le Japon, la Commission s’attache à développer des propositions pratiques pour une action conjointe. Les membres de la Commission regroupent plus de 200 distingués citoyens provenant des trois régions et engagés dans différents domaines  [2]. »

La création de cette organisation opaque, où se côtoient à huis clos et à l’abri de toute compromission médiatique des dirigeants de multinationales, des banquiers, des hommes politiques, des experts de la politique internationale, ou encore des universitaires, coïncide à ce moment avec une période d’incertitude et de turbulence dans la politique mondiale. La gouvernance de l’économie internationale semble échapper aux élites des pays riches, les forces de gauche paraissent de plus en plus actives, en particulier en Europe, et l’interconnexion croissante des enjeux économiques appelle une coopération plus étroite entre les grandes puissances. La Trilatérale va rapidement s’imposer comme un des principaux instruments de cette concertation, soucieuse à la fois de protéger les intérêts des multinationales et d’« éclairer » par ses analyses les décisions des dirigeants politiques [3].

A l’image des rois philosophes de la cité platonicienne contemplant le monde des idées pour insuffler leur sagesse transcendante dans la gestion des affaires terrestres, l’élite rassemblée au sein de cette institution fort peu démocratique ­ et que la démocratie inquiète dès lors que des groupes autrefois silencieux s’en mêlent ­ va s’employer à définir les critères d’une « bonne gouvernance » internationale. Elle véhicule un idéal platonicien d’ordre et de supervision, assuré par une classe privilégiée de technocrates qui place son expertise et son expérience au-dessus des revendications profanes des simples citoyens : « Un lieu protégé, la Cité trilatérale, où la technè est loi, commente Gilbert Larochelle. Et, postées en surplomb, des sentinelles veillent, surveillent. Le recours à l’expertise ne relève point d’un luxe, il offre la possibilité de mettre la société face à elle-même. Le mieux-être ne vient que par les meilleurs qui, en leur hauteur inspirée, produisent des critères pour les relayer vers le bas  [4]. »

Les thèmes débattus au sein de cette oligarchie de la politique internationale, dont les réunions annuelles se déroulent en différentes villes de la Triade, le sont dans une discrétion qu’aucun média ne semble plus vouloir troubler. Chaque sujet fait l’objet de rapports annuels (The Trialogue) et de travaux thématiques (Triangle Papers) réalisés par des équipes d’experts américains, européens et japonais triés sur le volet. Edités régulièrement depuis une trentaine d’années, ces documents publics traduisent l’attention de la Trilatérale à des problèmes globaux censés transcender les souverainetés nationales et appeler l’intervention des pays riches : réforme des institutions internationales, mondialisation des marchés, environnement, finance internationale, libéralisation des économies, régionalisation des échanges, rapports Est-Ouest (surtout au début), endettement des pays pauvres, etc.

Ces interventions s’articulent autour de quelques idées fondatrices qui ont été largement relayées par le politique. La première est la nécessité d’un « nouvel ordre international ». Le cadre national serait trop étroit pour traiter des grands enjeux mondiaux dont la « complexité » et l’« interdépendance » sont sans cesse réaffirmées. Une telle analyse justifie et légitime les activités de la Commission, à la fois observatoire privilégié et contremaître de cette nouvelle architecture internationale.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont fourni une nouvelle occasion de rappeler, lors de la rencontre de Washington en avril 2002, la nécessité d’un « ordre international » et d’« une réponse globale » auxquels les principaux dirigeants de la planète sont enjoints de collaborer sous la houlette américaine. Lors de cette réunion annuelle de la Trilatérale, MM. Colin Powell (secrétaire d’Etat américain), Donald Rumsfeld (secrétaire à la défense), Richard Cheney (vice-président) et Alan Greenspan (président de la Réserve fédérale) étaient présents  [5].

La seconde idée fondatrice, qui découle de la première, est le rôle tutélaire des pays de la triade, en particulier des Etats-Unis, dans la réforme du système international. Les pays riches sont invités à s’exprimer d’une seule voix et à unir leurs efforts dans une mission destinée à promouvoir la « stabilité » de la planète grâce à la généralisation du modèle économique dominant. Les démocraties libérales sont le « centre vital » de l’économie, de la finance et de la technologie. Ce centre, les autres pays devront l’intégrer en acceptant le commandement qu’il s’est donné. L’unilatéralisme américain paraît cependant avoir mis à épreuve la cohésion des pays de la triade. Leurs dissensions s’expriment dans les débats de la Commission. Ainsi, dans son discours du 6 avril 2002, lors de la réunion évoquée plus haut, M. Colin Powell a défendu la position américaine sur les principaux points de discorde avec le reste du monde : refus de signer les accords de Kyoto, opposition à la création d’une cour pénale internationale, analyse de « l’Axe du Mal », intervention américaine en Irak, appui à la politique israélienne, etc.

L’hégémonie des démocraties libérales conforte la foi dans les vertus de la mondialisation et de la libéralisation des économies qui s’exprime dans le discours de la trilatérale. La mondialisation financière et le développement des échanges internationaux seraient au service du progrès et de l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre. Or elles supposent la remise en cause des souverainetés nationales et la suppression des mesures protectionnistes. Ce credo néolibéral est souvent au centre des débats.

Lors de la rencontre annuelle d’avril 2003, à Séoul, il a été notamment question de l’intégration économique des pays d’Asie du Sud-Est et de la participation de la Chine à la dynamique de mondialisation. Les réunions des deux années précédentes avaient été l’occasion pour le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), M. Mike Moore, de professer dévotement les vertus du libre-échange. Après avoir vilipendé le mouvement antimondialisation, M. Moore avait même déclaré qu’il était « impératif de rappeler encore et toujours les preuves accablantes qui démontrent que le commerce international renforce la croissance économique [6] ».

La tirade du directeur de l’OMC contre les groupes réclamant une autre mondialisation ­ qualifiés de « e-hippies » ­ souligne la troisième caractéristique fondatrice de la Trilatérale : son aversion pour les mouvements populaires. Elle s’était exprimée dans le célèbre rapport de la Commission sur la gouvernance des démocraties rédigé par Michel Crozier, Samuel Huntington et Joji Watanuki [7]. Dès 1975, ce texte dénonçait les « excès de la démocratie » qu’exprimaient aux yeux des auteurs les manifestations contestataires de l’époque. Celles qui, un peu comme aujourd’hui, mettaient en cause la politique étrangère des Etats-Unis (rôle de la CIA dans le putsch chilien, guerre du Vietnam, etc.) et réclamaient la reconnaissance de nouveaux droits sociaux. Ce rapport provoqua à l’époque nombre de commentaires indignés, qui dirigèrent leurs feux contre l’administration démocrate du président James Carter, qui fut membre de la Trilatérale (comme, plus tard, le président Clinton) [8].

Depuis le début des années 1980, l’attention de la presse pour ce genre d’institution semble s’être plutôt portée sur des rencontres moins fermées et surtout plus médiatisées, comme le forum de Davos. L’importance des enjeux débattus au sein de la Trilatérale et le niveau de ceux qui ont participé à ses réunions ces dernières années soulignent néanmoins son influence persistante  [9].

Loin d’être un « vieux serpent de mer » qui referait surface au ravissement de quelques adeptes d’ésotérisme et de « théorie du complot », la Commission trilatérale est une institution bien établie, dont la discrétion facilite la collusion entre responsables politiques et grandes entreprises. « J’espère bien que les points de vue qui sont formulés par ces gens d’expérience ont une influence réelle sur la politique internationale ! », nous a répliqué un ancien ministre canadien qui a participé à plusieurs des travaux de la Commission trilatérale. Il faisait ainsi écho aux propos du fondateur, M. David Rockefeller : « Quelquefois, les idées mises en avant par les rapports de la Commission trilatérale sont devenues des politiques officielles. Ses recommandations ont toujours été sérieusement débattues à l’extérieur de notre cercle, et elles ont joué un rôle dans les réflexions des gouvernements et dans la formulation de leurs décisions  [10]. »

Ainsi se dessine la trame d’un pouvoir diffus, opaque, presque insaisissable, qui tisse ses liens à travers des clubs fermés et des rencontres internationales dont le forum de Davos représente l’expression la plus ostentatoire. Dans ces lieux de rencontres, d’échanges, de tractations gravitent les mêmes protagonistes, s’élaborent les analyses et les compromis qui précèdent souvent les grandes décisions. La Commission trilatérale est une des pièces de cet échiquier polymorphe. Elle consolide l’alliance entre le pouvoir des multinationales, de la finance et de la politique, grâce à un réseau d’influences dont les ramifications s’étendent aux principaux secteurs de la société.

Notes

[1] Le Monde diplomatique a consacré plusieurs articles au sujet dans les années 1970. Lire en particulier Claude Julien, « Les sociétés libérales victimes d’elles-mêmes », et Diana Johnstone, « Une stratégie trilatérale », respectivement mars 1976 et novembre 1976. Lire aussi l’article de Georges-Albert Astre, « Le nouveau capitalisme », in Manière de voir, n° 72, en vente le 15 novembre.

[2] Le nombre des « distingués citoyens » admis au sein de la Commission a été par la suite élargi et comprend aujourd’hui plus de 300 membres. MM. Raymond Barre, Thierry de Montbrial, Denis Kessler ont participé à ses travaux. M. de Montbrial est également membre du « Groupe Bilderberg ».

[3] Lire sur les réseaux de « décideurs » de ce genre, Geoffrey Guens, Tous pouvoirs confondus, EPO, Bruxelles, 2003.

[4] Gilbert Larochelle, L’Imaginaire technocratique, Boréal, Montréal, 1990, p. 279.

[5] Leurs discours, ainsi que de nombreuses autres informations, sont accessibles par le site de la Commission : http://www.trilateral.org/

[6] Mike Moore, The Multilateral Trading Regime Is a Force for Good : Defend It, Improve It, Réunion de la Commission trilatérale du 11 mars 2001.

[7] Michel Crozier, Samuel Huntington et Joji Watanuki, The Crisis of Democracy : Report on the Governability of Democracies to the Trilateral Commission, New York University Press, 1975.

[8] Zbigniew Brzezinski avait été l’un des grands architectes de cette organisation avant de devenir le principal conseiller du président Carter pour les questions de sécurité.

[9] On citera, par exemple, MM. William Clinton, George H. Bush, Henry Kissinger, George Soros, Valéry Giscard d’Estaing, Ernesto Zedillo, Mme Madeleine Albright. Mais, à ces responsables politiques, il convient d’ajouter de nombreux dirigeants en exercice des multinationales Exxon-Mobil, General Electric, Daimler-Chrysler, Levi Strauss, Kodak, Xerox, ABB, Johnson & Johnson, Alcan, Power Corporation, etc.

[10] David Rockefeller, Georges Berthoin et Takeshi Watanabe, préface aux Task Force Reports : 9-14, New York University Press, 1978, p. IX.

Le Monde de Robert Fisk : « J’écoute un peuple perdu me raconter ses souffrances dans une sorte de transe. »

23 avr

par Robert Fisk pour The Independent

Ces gens s’expriment avec une grande colère aussi profonde que justifiée.

Dehors se déchaînait une tempête tropicale, les palmiers se tordaient et, avec les éclairs et le tonnerre, on se serait cru dans un bombardement.

On pourrait penser – assis là devant les croissants pas frais le café insipide du bar “réservé aux décideurs” et les journaux locaux pleins d’alarme, que les Malaysiens se sont habitués aux milles nuances de vert des arbres couchés, aux petits temples chinois, aux vieilles mosquées et aux villas dégoulinants d’eau où vivaient autrefois les planteurs de caoutchouc de Godalming et Guildford, des hommes qui croyaient que les Japonais ne réussiraient jamais à traverser la Malaisie pour atteindre Singapour à cause de la difficulté des conditions naturelles. Et donc ici à Kuala Lumpur, il y avait quelque chose de profondément contre nature dans ce rendez-vous avec les Palestiniens de Malaisie – des membres d’un peuple occupé et perdu du Moyen-Orient que la tempête a jeté à l’autre bout du monde. Les mêmes accents de désespoir, la même politesse, la même patience quand j’ai oublié de leur offrir du thé pendant presque une demi-heure.

A Hong Kong, j’ai rendu visite à des familles musulmanes et je suis remonté à leur origine yéménite, et au Kentucky cette semaine – à Lexington pour être précis – j’ai rencontré une nouvelle fois Terry Anderson, l’Américain qui a été retenu sept ans en otage par ses ravisseurs musulmans chiites à Beyrouth et qui m’a reparlé de Ali “Fais-moi confiance“, le kidnappeur qui entretenait l’espoir chez Terry sans jamais le concrétiser. A Ottawa, en plein gel je suis une fois monté dans un taxi conduit par un homme qui avait vécu à côté de mon salon de thé préféré au nord de la ville libanaise de Tripoli. Si vous vivez au Moyen-Orient il vous suit partout.

Quelquefois c’est une surprise – pour nous, occidentaux- de se rendre compte que ceux dont nous parlons n’ont pas une idée aussi romantique que nous du monde. Le vieux sentiment de trahison refait surface. Une remarque anodine vous met KO. ” Je suis allé à l’ambassade palestinienne“, me dit incidemment un des hommes assis autour de la table, dans cet hôtel de la ville brûlante et poisseuse de Kuala Lumpur, “J’avais besoin de renouveler mon passeport. Mais je viens de Gaza alors l’ambassadeur a refusé. Il refuse de renouveler les passeports de tous ceux qui viennent de Gaza. C’est comme ça. Même ici je suis puni par mon propre gouvernement parce que le Hamas contrôle Gaza. Je séjourne illégalement en Malaisie. C’est mon destin. Que puis-je faire ?” Et il lève ses mains ouvertes dans ce geste à la fois familier, implorant et pathétique – au sens littéral du terme. Parlez avec des Palestiniens et ils vous donnent le monde.

Le monde de l’Irak sous Saddam par exemple. Quel homme ! Il n’a pas cédé aux Israéliens ! Il a essayé d’aider la Palestine ! “Ca c’était un homme, un vrai !“, me dit un des jeunes palestiniens, “C’était un héros ! Il n’y a eu aucun autre président comme lui !” Ca a été le destin de milliers de Palestiniens d’échouer à Bagdad, d’être bien logés par le Grand Dictateur, de recevoir une éducation et un travail – jusqu’à ce que “nous” arrivions pour “libérer” l’Irak. Alors les Irakiens se sont retournés contre leurs hôtes palestiniens oh combien gâtés par la vie, en ont tué quelques uns et ont envoyé les autres en exil une fois de plus. Même jusqu’à Kuala Lumpur.

Ghassan Younis Mahmoud. Né à Bagdad en 1982 (son grand-père avait fui de Palestine à Bagdad par la Jordanie en 1948), dans une maison mise à leur disposition par le gouvernement dans le quartier de Mahmoudiah dans la capitale de l’Irak. Son père travaillait dans une fabrique d’armes à Salman Pak – des fusils, des pistolets, aucune “armes de destruction massive“- mais a réussi à esquiver l’ordre de rejoindre l’armée irakienne pour combattre les Américains. Pour rien. “Notre quartier a été bombardé en 2003“, m’a dit Mahmoud. “Mon frère a été tué pendant un échange de tirs – il n’y participait pas, il ne faisait que passer- et en 2007, les miliciens irakiens nous ont menacé ; c’était l’Armée de Mahdi. Ils ont pris notre maison trois ans après que nous l’ayons achetée.” Pour échapper aux miliciens Shia (chiites, ndlr), Mahmoud s’est enfui en Syrie. Il a passé 11 mois à Aleppo et ensuite il s’est envolé vers le seul pays où il pouvait entrer en touriste, sans visa : la Malaisie. Son passeport irakien était un faux mais il a obtenu un vrai passeport palestinien grâce au mari d’une tante de Cisjordanie. C’est un homme intelligent – pas un partisan de Saddam, en fait- et dans une vie normale il aurait été professeur ou homme d’affaire en “Palestine“. Mais il travaille sans enthousiasme dans un restaurant libanais de Kuala Lumpur. “Je veux aller en Europe, n’importe où en en Europe, j’ai des cousins à Stockholm“. Un autre refuge.

D’autres hommes parmi mes invités ont des récits plus sombres encore. Ils se sont enfui en Malaisie, puis en Thaïlande, ont été emprisonnés à Bangkok, puis déportés en Philippine et emprisonnés à nouveau. Le problème, comme l’ont découvert ces pays, est que les Palestiniens ne peuvent pas être renvoyés chez eux. Ils n’ont pas de chez eux. De plus, la Malaisie ne reconnaît pas Israël – les chrétiens malaysiens nécessitent la permission du gouvernement pour aller en Israël - et par conséquent les autorités de Kuala Lumpur ne peuvent pas négocier avec ceux qui contrôlent la “Palestine“.

Fawaz Ajjour a réussi à faire des études de commerce aux Philippines. Il a épousé une Philippine – leur premier fils Ahmed y est né – et en utilisant un permis de voyage égyptien, il a emmené sa femme à Gaza où elle a donné naissance à un second enfant. Elle a quitté Gaza avant lui mais quand il a essayé de la rejoindre, il a été bloqué trois semaines à l’aéroport de Manille et a du repartir vivre avec son père au Caire. Quand son permis de séjour en Égypte a expiré, il est parti pour un autre pays qui n’exige pas de visa, l’Ukraine. Il y a passé dix ans, malade la plupart du temps et dans l’impossibilité de voir sa famille.

Toutes ces personnes s’expriment avec une grande colère aussi profonde que justifiée. Hussan Farhan me dessine la maison où ils vivaient à Bagdad. C’est toujours la même histoire. La famille est arrivée par Basra en 1948, a reçu une maison du gouvernement en 1979 dans la banlieue de Baladiah. “Après 2003, il y a eu des kidnappings, des meurtres, des enlèvements. Je suis allé en Syrie et y suis resté une semaine pour acheter un billet pour la Malaisie. Je suis arrivé ici comme touriste et je suis allé à l’ONU pour leur demander de l’aide“. La famille Abbas, d’ailleurs, vient d’un petit village qui s’appelait Izzem, et qui était situé non loin de Haifa, dans ce qui est aujourd’hui Israël.

Et ça continue comme ça, des frères en Norvège, des amis en Europe, un peuple perdu qui parle de sa souffrance dans une sorte de transe – car les réfugiés se lassent de raconter leur propre histoire – pendant que la pluie chaude bat les fenêtres du bar et que le tonnerre gronde autour de l’hôtel. Rarement l’émotion perce, aussi vais-je conclure avec une remarque de Ajjour, qui nous parle de l’autre bout du monde : “Vous savez quoi ? Mahmoud Abbas, notre leader, ne fera rien pour nous. On aimerait encore mieux vivre sous la botte de l’occupant israélien que de vivre comme nous vivons ici“.

Robert Fisk

Source : Le Grand Soir

La guerre en Afghanistan est-t-elle justifiée par le 11 Septembre ?

23 avr

David Ray Griffin, professeur émérite, nous expose son opinion sur le but de la guerre en Afghanistan et les fausses justifications employées, encore et encore, par les administrations Bush et Obama, en revenant sur les attentats du 11 septembre 2001.

Peuple en armes, peuple en larmes

22 avr

par Yannick Harrel pour Alliance Géostratégique

Les évènements de ces dernières semaines ont été riches d’enseignements et de bouleversements dans la sphère géopolitique russe. Deux pays coup sur coup revenant à des dispositions plus amènes à son égard des suites d’évènements tragiques pour les populations concernées.

À Bichkek, ce que le peuple a donné, il a repris

Assimilée aux changements étatiques de couleurs ayant ébranlé le proche étranger de la Russie, la révolution des tulipes fut désignée par la presse internationale d’alors comme une victoire de la démocratie en Asie Centrale. Seulement de même que les responsables du bouleversement de 2005 ne se mobilisèrent pas pour exprimer leur bonheur, les initiateurs du renversement de pouvoir en 2010 manifestèrent leur exaspération devant la hausse du coût de la vie et surtout envers les mesures de plus en plus autoritaires du Président Kurmanbek Bakiev.

En toile de fond de cet évènement politique deux éléments d’importance : les bases militaires étrangères et l’économie sous perfusion. Ces deux éléments faisant la part belle aux pressions influençant gouvernement et opposition.

Le Kirghizstan, pays ayant récemment accédé à l’indépendance lors de l’effondrement de l’Union Soviétique (en décembre 1991), ne se remit jamais intégralement de la rupture de ses circuits logistiques avec les autres républiques soviétiques. Cette dépendance énergétique (sous-sols très pauvres en ressources premières, sauf en gisements aurifères, ce qui est notable à travers l’extraction opérée par la société canado-kirghize Kumtor) et un sol très pauvre (à peine 7% de terres arables) ne laissèrent que peu d’espoir pour cette entité d’échapper à l’appétit de forces anciennes et nouvelles. Pour indicateur de la faiblesse économique endémique du pays, le PIB pour 2008 fut le plus faible de la zone d’Asie Centrale, avec 4,8 milliards de dollars. D’où un Kirghizstan entièrement dépendant d’approvisionnements extérieurs pour la bonne marche de son économie. Et ce faisant, le plaçant dans une position précaire d’une part par rapport aux pays fournisseurs de matières premières (Kazakhstan et Ouzbékistan) et d’autre part quant aux contributeurs économiques (Chine et Russie).

Dans les cadres des opérations anti-terroristes, les Etats-Unis d’Amérique à travers l’OTAN (Organisation de Traité de l’Atlantique Nord) et la Russie à travers l’OCS (Organisation de Coopération de Shangaï), ont rivalisé d’influence et de pressions diplomatiques. La position des autorités kirghizes fut de n’exclure ni l’un ni l’autre : une base russe à Kant (depuis décembre 2002) et une base américaine à Manas (depuis décembre 2001).

L’affaire de la base américaine de Manas (fermeture annoncée en février 2009 puis prolongée d’une année après quelques mois de négociations en augmentant substantiellement le loyer de 17 à 60 millions de dollars) fut en elle-même l’un des épisodes accentuant considérablement le discrédit du régime en place. Renforçant la perception populaire d’avoir laissé les rênes du pays aux mains d’une cohorte de dignitaires avides de fonds étrangers et jouant les équilibristes entre deux superpuissances à leur seul profit.

Élite politique désavouée, difficultés économiques accrues, corruption endémique, pressions extérieures : un cocktail explosif aboutissant à ce que le peuple kirghize prenne comme en mars 2005 les armes pour se débarrasser de ceux qu’il avait placé initialement pour défendre ses intérêts.

L’empressement du Premier Ministre russe Vladimir Poutine à reconnaître Roza Otounbayeva comme chef du gouvernement provisoire contrasta particulièrement avec l’inertie et l’aphonie des responsables américains, et principalement Mme Hillary Clinton, durant les premiers jours de la nouvelle direction du pays. Moscou, avec l’accord tacite chinois, reprenant pied à pied une place de premier choix dans ce qu’elle appelle son proche étranger.

L’exemple kirghizstanais est un élément du puzzle géopolitique de cette zone régionale. L’Asie Centrale étant un immense territoire riche et stratégique qui cherche sa voie tout en étant au centre des appétits chinois, russes, turcs et américains. Une réédition du Grand Jeu de la fin du XIXème siècle en somme…

La Blanche-Nef Polonaise

Novembre 1120, un navire normand cingle vers l’Angleterre. A son bord la crème de l’élite normando-anglaise et surtout l’héritier du trône. Guillaume Adelin accompagné de Raoul le Roux, le fils en qui plaçait tous ses espoirs Henri Beauclerc et son meilleur chevalier qui s’était notoirement illustré durant les affrontements avec le Roi de France disparaissent en pleine traversée avec près de deux cents compagnons d’infortune. Cette catastrophe maritime bouleversa radicalement la donne en Europe continentale et dans les Îles Britanniques.

Décapitée par le crash aérien du 10 avril 2010 emportant non seulement le président alors en poste Lech Kaczyński, mais aussi celui qui en assuma la charge lors de l’exil du gouvernement polonais pendant la Seconde Guerre Mondiale, Ryszard Kaczorowski, la Pologne déplora aussi la perte d’une grande partie de son état-major parmi les victimes. Une Blanche-Nef Polonaise volante…

En attendant de connaître les détails exacts de ce crash, le géopolitologue aura été attentif à un événement de grande ampleur qui débuté le 7 avril avec l’hommage rendu en commun par les deux Premiers Ministres russes et polonais, Vladmir Poutine et Donald Tusk, s’est poursuivi dans le sillage de l’émotion née du drame. La visite du Président russe à Cracovie le 18 avril pour les funérailles de son homologue fut l’occasion saisie par ce dernier de rappeler que de cette douloureuse épreuve les deux pays sont invités à en sortir une unité nouvelle.

Le tout-venant polonais comme les plus hautes autorités, tel l’ancien président polonais Aleksander Kwaśniewski (en poste de 1995 à 2005), pourtant atlantiste et européiste convaincu, se félicitèrent notoirement de ce réchauffement des relations polono-russes. La malédiction de Katyn, comme elle est parfois appelée, pourrait bien faire naître un élan nouveau quant à la liaison Varsovie-Moscou, et par là même un bouleversement de cette périphérie est-européenne le plus souvent peu encline à dialoguer avec les hôtes du Kremlin.

Car la tragédie ne doit pas passer outre ce fait têtu : Lech Kaczyński était un adversaire résolu de la Russie et de ses représentants. Ironie de l’Histoire : sa disparition et l’émotion qu’elle a suscité pourrait au contraire sceller l’amitié slave retrouvée entre les deux pays frères. Cyniquement, la grande stratégie de Zbigniew Brzeziński à travers son grand échiquier mondial accuse un nouveau revers après les récentes élections en Ukraine et l’humiliation militaire de la Géorgie avec la disparition d’un soutien zélé à ce plan depuis Varsovie.

En outre, le Premier Ministre Russe, Vladimir Poutine, tout en rendant de concert avec son homologue Donald Tusk hommage aux victimes de Katyn, ne manqua pas de souligner qu’il attendait par échange de réciprocité que toute la lumière soit faite sur la disparition des 32 000 (les chiffres restent l’objet d’âpres débats, une commission conjointe d’historiens des deux pays l’estimant plutôt entre 16 000 et 20 000) soldats soviétiques disparus dans les camps Polonais des suites de la guerre polono-russe de 1920.

En somme, une occasion unique de crever les abcès historiques et de rapprocher les peuples.

Source : Cyberstratégie Est-Ouest

Brève histoire de l’Initiative de Défense Stratégique (vidéo)

22 avr

Lancée par Lyndon LaRouche et reprise par Reagan en 1981, l’Initiative de défense stratégique (IDS), visait à neutraliser les arsenaux nucléaires mondiaux et mettre ainsi un terme à la doctrine géopolitique de Guerre Froide. Surnommée à dessein “Guerre des étoiles” par ses détracteurs, l’IDS a marqué un tournant fondamental dans les relations internationales. Son rejet par l’establishment financier anglo-américain n’est pas sans lien avec l’effondrement économique et le risque de guerre qui s’abat sur nous désormais.

à lire également : De SALT aux ZEAN : 40 ans de désarmement nucléaire

L’agonie du siècle américain

21 avr

par Henry Allen pour The Washington Post

Le rêve américain se meurt, et avec lui le siècle de magistère sur le monde que l’Amérique s’était promise à elle-même, au nom d’une destinée manifeste qui n’est plus qu’une illusion dont il convient de se défaire, écrit Henry Allen, qui collabore au Washington Post depuis 39 ans et a obtenu en 2000 un prix Pulitzer pour son œuvre critique.

Le rêve se meurt.

Voici ce qu’il était : une croyance que le monde avait un amour particulier pour les Américains, pour notre ardente innocence, notre spontanéité un peu gauche, pour notre volonté de partager l’évidente et véritable lumière de la démocratie avec ceux qui se battent encore dans les ténèbres de l’histoire, pour notre énergie imprévisible, notre musique syncopée et nos sourires de joueurs de baseball. Ajoutez à cela la majesté de montagnes violettes et les frissons parcourant des blés couleur d’ambre, et vous voyez de quoi il s’agit [2] de Teddy Roosevelt ? Avec la guerre menée par Woodrow Wilson afin de rendre le monde plus sûr pour la démocratie ? En 1940, Henry Luce, qui disait aux Américains chaque semaine dans « Time and Life » qui ils étaient, a proclamé « le siècle américain. » La Seconde Guerre mondiale l’a réalisé.

Ce rêve est devenu le mien avec les bobines d’actualités et les pages du magazine Life, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque j’ai vu les images des Français et des Italiens jetant des fleurs à nos troupes qui les libéraient des nazis, de GI rentant à la maison avec leurs fiancées européennes, d’enfants allemands au milieu de décombres, regardant le ciel et encourageant les avions américains qui leur apportaient de la nourriture durant le pont aérien de Berlin.

Né en 1941, j’étais encore très jeune, mais assez grand pour considérer que ces vérités allaient de soi : Nous n’avions pas conquis ; nous avions libéré. Nous étions toujours les bons, placés du bon côté Malgré les récriminations à propos des Yankees incultes et grossiers, tout le monde, en secret, voulait vivre comme les Américains. Lorsque ces gens nous jetaient des fleurs, c’étaient nos amis, et non pas des collaborateurs, comme ces femmes françaises dont les villageois ont rasé la tête lorsque leurs petits amis allemands sont partis avant l’arrivée des Américains. Ces femmes sont restées sur place, bien sûr – personne ne voulait être une épouse de guerre de nazis dans l’Allemagne de l’après-guerre.

Ils ont perdu, nous avons gagné. Rien ne permet de se faire autant d’amis qu’une victoire totale, du genre de celles que nous n’espérons même plus. C’est ainsi qu’au Japon, frappé deux fois par la bombe, les jeunes gens ont adopté le baseball

L’Amérique allait diriger le monde, non pas à son profit, mais – pour la première fois dans l’histoire – pour le bien de la planète.

Rêve merveilleux ! Il a subi quelques déconvenues, mais a survécu à notre échec en Corée, notre défaite totale au Vietnam, à notre retrait du Liban, à la catastrophe Somalienne du « Blackhawk Down ».

Il nous a survécu, alors que nous nous ridiculisions, quand notre sauvetage des otages en Iran a sombré dans le chaos la poussière du désert, sans un coup de feu de l’ennemi. Nous ne pûmes même pas ramener tous nos morts pour les enterrer.

Nous avons bombardé un hôpital psychiatrique à la Grenade, pendant que nous libérions le monde de quelque vague menace communiste. Nous avons bombardé une usine produisant de l’ibuprofène en Afrique, en représailles à une attaque contre notre ambassade à Nairobi. Nous avons bombardé l’ambassade de Chine durant notre guerre aérienne pour libérer le Kosovo. Le rêve a même survécu à George W. Bush, qui a déclenché une guerre pour débarrasser l’Irak des armes de destruction massive.

Il n’y avait pas d’armes, mais nous avons continué le combat pour sécuriser la démocratie en Irak et avons fini par des séances de torture de masse à Abou Ghraib, qui ont donné ces photos souvenirs si colorées de nos GI Joes et Janes. Les enfants irakiens jouent-ils déjà au baseball ?

Barack Obama a remporté l’élection présidentielle grâce à une campagne électorale promettant une meilleure guerre, encore plus grande, dans l’Afghanistan voisin. Comme toujours, obéissant au mandat du rêve américain, nous envahissons un pays sans aucune autre raison que son propre bien. C’est ce que les gens ne semblent pas comprendre.

Comme dans la vallée de Korengal, en Afghanistan, que les soldats américains ont abandonné mercredi dernier, cinq ans après l’avoir envahi pour y apporter la vérité, la justice et le modèle américain à des Afghans qui en retour nous ont haï.

Nous leur avons donné de l’argent, toutes sortes de friandises. Mais ils nous haïssaient.

Nous les avons suppliés de nous laisser construire une route qui les relierait au monde extérieur. Ils ont haï la route. Et puisque nous ne l’avions pas compris, ils ont fait exploser six ouvriers du chantier de construction de cette route.

Ils nous haïssaient à un point tel que nous avons du les acheter – 23 000 litres de carburant et une grue – pour nous laisser partir, sans qu’ils nous tuent pour le plaisir.

Nous étions des étrangers. En fait, beaucoup de gens détestent les étrangers. (C’est pourquoi on les appelle les « étrangers ».)

Les gens n’aiment les étrangers que lorsqu’ils viennent en petit nombre pour dépenser de l’argent puis repartir ; ou lorsqu’ils viennent en armées, pour chasser d’autres étrangers encore plus détestés, puis repartent. J’ai pris un jour le thé avec la femme d’un chef de village indonésien. Elle se rappelait comment les Japonais avaient été acclamés pour les avoir libérés des Néerlandais, jusqu’à ce qu’ils déportent les hommes dans des camps de travail. Ensuite, les iliens ont applaudi les Américains qui avaient chassé les Japonais.

Nous ne faisons pas l’objet d’un amour particulier. Nous avons nos propres vertus, et nous nous sommes rapprochés plus que toute autre nation de la réalisation de ce commandement de Jésus enjoignant d’aimer nos ennemis. Mais nous nous éveillons de ce rêve.

Et pourtant, nous nous accrochons à lui. John Kennedy avait promis que nous accepterions de payer n’importe quel prix, supporterions n’importe quel fardeau, pour parvenir à le réaliser. Et Ronald Reagan nous a comparés à « une ville sur une colline », vers laquelle les regards du monde se tournaient. Obama électrise ses auditoires lorsque se déploie sa rhétorique messianique de sauveur du monde.

Désormais, tout se passe comme si, sans ce rêve, nous ne serions pas l’Amérique, et qu’un candidat à la présidence ne peut l’emporter sans y croire.

Pourtant, le capitaine Mark Moretti, le commandant de nos forces à Korengal, s’est exprimé ainsi : « Je pense que partir est la bonne chose à faire. »

Le rêve se meurt. Ne le réanimez pas, s’il vous plaît.

Notes

[1] Référence aux paroles de l’hymne patriotique America the Beautiful – ndlr

[2] Surnom donné à l’escadre de l’US Navy qui a accompli un tour du monde de 1907 à 1909 – ndlr

Source : Contre Info

Noam Chomsky sur l’état d’esprit qui règne aux États-Unis : « je n’ai jamais rien vu de tel »

21 avr

par Chris Hedges pour Truth Dig

« Je n’ai jamais rien vu de tel durant ma vie », s’alarme Noam Chomsky. « Je suis suffisamment âgé pour me souvenir des années 1930. Toute ma famille était au chômage. La situation était bien plus difficile qu’aujourd’hui. Mais il y avait beaucoup d’espoir. Les gens espéraient. » Alors qu’aujourd’hui l’atmosphère qui règne aux Etats-Unis est « effrayante » juge Chomsky, qui compare la situation à l’Allemagne de Weimar. « Les parallèles sont frappants », note-t-il. « Il y avait aussi une énorme désillusion envers le système parlementaire. Le fait le plus frappant concernant Weimar, ce n’est pas que les nazis aient vaincu les sociaux-démocrates et les communistes, mais que les partis traditionnels, les conservateurs et les libéraux, étaient haïs et ont disparu. Cela a laissé un vide que les nazis ont très habilement réussi à occuper. Chris Hedges a recueilli les propos de Noam Chomsky.

« La situation actuelle est très similaire à l’Allemagne de Weimar, » m’a dit Chomsky au téléphone depuis son bureau à Cambridge, Massachusetts. « Les similarités sont frappantes. Il y avait aussi à l’époque une énorme déception par rapport au système parlementaire. Le fait le plus frappant n’était pas que les Nazis aient réussi à détruire les sociaux-démocrates et les communistes mais que les partis traditionnels, les partis conservateurs et libéraux, étaient eux aussi hais et qu’ils ont disparu. Les Nazis ont su combler le vide avec beaucoup d’intelligence et d’habilité. »

« Les États-Unis ont beaucoup de chance de n’avoir aucune figure charismatique qui se détache du lot, » a poursuivi Chomsky. « Chaque figure charismatique est si évidemment un escroc qu’elle finit par s’autodétruire, comme McCarthy ou Nixon ou les prêcheurs évangélistes. Si quelqu’un de charismatique devait se détacher, ce pays serait dans de sales draps à cause de la frustration, de la déception et de la colère justifiée et l’absence de toute réponse cohérente. Que sont censés penser les gens quand ont leur dit « j’ai une réponse, nous avons un ennemi » ? Un jour ce sont les Juifs, un autre les immigrés clandestins ou les noirs. On nous dira que les mâles blancs constituent une minorité persécutée. On nous dira que nous devons nous défendre ainsi que l’honneur de la nation. La force militaire sera exaltée. Des gens seront tabassés. Cela pourrait se transformer en une force irrésistible. Et dans ce cas, elle sera bien plus dangereuse que l’Allemagne. Les États-Unis sont une puissance mondiale. L’Allemagne était puissante mais ses adversaires l’étaient encore plus. Je crois que nous n’en sommes pas loin. Si les sondages ne se trompent pas, ce ne sont pas les Républicains, mais l’extrême droite républicaine, les républicains cinglés, qui vont remporter les prochaines élections. »

« Je n’ai jamais rien vu de tel », a-t-il ajouté. « Je suis assez vieux pour me souvenir des années 30. Toute ma famille était sans emploi. Les conditions étaient bien plus difficiles que de nos jours. Mais il y avait de l’espoir. Les gens avaient un espoir. Le syndicat CIO s’organisait. Plus personne ne veut l’admettre de nos jours mais le Parti Communiste était le fer de lance dans l’organisation des travailleurs et des droits civiques. Y compris pour des choses simples comme envoyer ma tante au chômage à la campagne pour prendre une semaine de vacances. C’était un mode de vie. Il n’y a rien de tel aujourd’hui. L’ambiance dans le pays est effrayante. Le niveau de colère, de frustration et de haine envers les institutions n’est pas organisée d’une manière constructive. Ça part en vrille dans des fantasmes autodestructeurs. »

« J’écoute les commentateurs à la radio, » a dit Chomsky, « mais ce n’est pas pour écouter Rush Limbaugh (célèbre commentateur d’extrême droite -NdT), mais pour écouter les gens qui téléphonent. Ils sont comme (le pilote kamikaze) Joe Stack. Qu’est-ce qui m’arrive ? se demandent-ils. J’ai fait tout ce qu’on m’a dit de faire. Je suis un bon chrétien. Je travaille dur pour nourrir ma famille. Je possède une arme. Je crois aux valeurs de ce pays et pourtant ma vie s’effondre. »

Chomsky, plus que tout autre intellectuel américain, a décrit dans de nombreuses oeuvres la descente aux enfers du système politique et économique américain. Il nous rappelle que le véritable questionnement intellectuel est toujours subversif. Il défie des présomptions culturelles et politiques. Il critique les structures. Il est pratique sans cesse l’autocritique. Il fait éclater les mythes et stéréotypes complaisants dont nous nous servons pour nous flatter et ignorer notre complicité dans les actes de violence et d’oppression. Et il dérange les puissants et leurs apologistes libéraux.

Chomsky réserve ses critiques les plus acerbes pour l’élite libérale de la presse, des universités et du système politique qui servent d’écran de fumée à la cruauté du capitalisme débridé et des guerres impérialistes. Il dénonce leurs postures morales et intellectuelles comme un arnaque. C’est pour cela que Chomsky est détesté, et peut-être craint, plus par les élites libéraux que par la droite qu’il condamne aussi. Lorsque Christopher Hitchens (journaliste « réactionnaire de gauche » du magazine The Nation – NdT) a décidé de devenir la marionnette de l’administration Bush après les attaques du 11 septembre, un de ses premiers articles a été une attaque féroce contre Chomsky. Hitchens, contrairement à la plupart des gens qu’il sert, savait quel était l’intellectuel qui comptait aux États-Unis

« Ça ne m’intéresse pas d’écrire sur Fox News, » a dit Chomsky. « C’est trop facile. Ce qui m’intéresse ce sont les intellectuels libéraux, ceux qui se présentent et se prennent pour des critiques du pouvoir, courageux, qui se battent pour la vérité et la justice. Au fond, ils ne sont que les gardiens du temple. Ce sont eux qui définissent les limites à ne pas dépasser. Ce sont eux qui disent jusqu’où il est permis de s’aventurer. Ils disent « Regardez comme je suis courageux. » Mais ne vous aventurez pas un millimètre de plus. C’est vrai pour les secteurs éduqués de la population car ce sont eux les plus dangereux à cause de leur soutien au pouvoir. »

Parce qu’il échappe à toute catégorisation et rejette toutes les idéologies, Chomsky a été indispensable au débat américain depuis des décennies, depuis son travail sur la guerre au Vietnam jusqu’à ses critiques sur l’administration Bush. Il persiste à jouer l’iconoclaste, celui qui se méfie du pouvoir sous toutes ses formes.

« La plupart des intellectuels se considèrent comme la conscience de l’humanité, » dit l’universitaire spécialiste du Moyen Orient Norman Finkelstein. « Ils se divertissent et admirent quelqu’un comme Vaclav Havel. Chomsky, lui, méprise Havel. Chomsky adopte la vision du monde de Julien Benda. Il existe deux ensembles de principes. Les principes de pouvoir et de privilège et les principes de vérité et de justice. Si vous courez après le pouvoir et les privilèges, ce sera toujours au détriment de la vérité et de la justice. Benda dit que le credo de tout intellectuel doit être, comme l’a dit le Christ, « mon royaume n’est pas de ce monde. » Chomsky dénonce les prétentions de ceux qui se déclarent les détenteurs de la vérité et de la justice. Il montre que ces intellectuels sont en fait détenteurs du pouvoir et des privilèges et de tout le mal qui va avec. »

« Certains livres de Chomsky contiennent des choses comme une critique du plan Arias en Amérique centrale, et il peut lui consacrer 200 pages » a dit Finkelstein. « Mais deux ans plus tard, qui se souvient d’Oscar Arias ? C’est à se demander si Chomsky n’aurait pas mieux fait d’écrire sur des sujets plus ambitieux, des sujets plus intemporels qu’on pourrait encore lire dans 40 ou 60 ans. C’est ce qu’a fait Russel avec des livres tels que « Marriage and Morals ». Pouvez-vous encore relire ce que Chomsky a écrit sur le Vietnam ou l’Amérique centrale ? La réponse est souvent « non ». Ça en dit long sur le personnage. Il n’écrit pas pour son ego. Si c’était le cas, il aurait écrit dans un style grandiloquent qu’il aurait laissé en héritage. Il écrit parce qu’il veut influer sur le cours des choses et participer au changement politique. Il se soucie de la vie des gens et s’attache aux détails. Il essaie de réfuter les mensonges quotidiens déversés par les grands médias. Il aurait pu consacrer son temps à rédiger des essais philosophiques qui auraient duré dans le temps, comme l’ont fait Kant ou Russel. Mais il s’est investi dans les détails minuscules qui font toute la différence et font gagner une bataille politique. »

« J’essaie d’encourager les gens à penser de façon autonome, à remettre en question les idées communément admises, » a dit Chomsky lorsque je l’ai interrogé sur ses objectifs. « Ne prenez pas vos présomptions pour des faits acquis. Commencez par adopter une position critique envers tout idée « politiquement correcte ». Forcez-la à se justifier. La plupart du temps, elle n’y arrive pas. Soyez prêts à poser des questions sur tout ce qui est considéré comme un fait acquis. Essayez de penser par vous-même. Il y a beaucoup d’information en circulation. Vous devez apprendre à juger, à évaluer et à comparer les choses. Il vous faudra faire confiance à certaines choses, sinon vous ne pourriez pas survivre. Mais lorsqu’il s’agit de choses importantes, ne faites pas confiance. Dés que vous lisez quelque chose d’anonyme, il faut se méfier. Si vous lisez dans la presse que l’Iran défie la communauté internationale, demandez-vous qui est la communauté internationale ? L’Inde est opposée aux sanctions. Le Brésil est opposé aux sanctions. Le Mouvement des pays Non-Alignés est opposé aux sanctions et l’a toujours été depuis des années. Alors qui est la communauté internationale ? C’est Washington et tous ceux qui se trouvent être en accord avec lui. C’est le genre de choses que vous pouvez découvrir par vous-mêmes, mais pour ça il faut travailler. Et c’est pareil pour tous les sujets, les uns après les autres. »

Le courage de Chomsky de parler au nom de ceux, tels les Palestiniens dont la souffrance est souvent minimisée ou ignorée par les grands médias, montre qu’il est possible de mener une vie morale. Et, peut-être plus encore que sa formation, c’est son exemple d’indépendance morale et intellectuelle qui représente un appui pour tous ceux qui remettent en cause le discours hypocrite dominant et osent dire la vérité.

« Je ne saurais vous dire combien de gens, moi inclus, et ceci n’est pas une hyperbole, dont les vies ont changé grâce à lui » dit Finkelstein, qui a été exclu de plusieurs universités à cause de son courage intellectuel et son indépendance. « Sans Chomsky, il y a bien longtemps que j’aurais abandonné. J’ai pris pas mal de coups dans ma vie professionnelle. Et c’est parce que je savais qu’un des plus grands esprits de l’histoire humaine avait confiance en moi que j’ai pu supporter tous ces coups. Il y a beaucoup de gens dont l’existence n’est même pas reconnue, les petits comme on les appelle, qui reçoivent un jour un courrier de Chomsky. Ca leur insuffle une nouvelle énergie. Chomsky a fait bouger beaucoup, beaucoup de gens qui se sont découverts un potentiel qui, sans lui, aurait été perdu pour toujours. »

Noam Chomsky est le plus grand intellectuel des États-Unis. La quantité impressionnante de ses écrits, qui comprennent prés de 100 livres, ont depuis des décennies démonté et exposé les mensonges des élites au pouvoir et les mythes qu’elles entretiennent. Et Chomsky l’a fait malgré la censure des médias commerciaux qui l’ont mis sur une liste noire, malgré son statut de paria au sein du monde universitaire et, de son propre aveu, malgré le fait qu’il soit un orateur pédant et parfois légèrement ennuyeux. Il combine une indépendance intellectuelle avec une démarche rigoureuse, une capacité remarquable de saisir les détails et une intelligence hors du commun. Il dénonce sans détours notre système à deux partis qu’il décrit comme un mirage orchestré par un gouvernement au service des entreprises privées, et il critique sévèrement l’intelligentsia libéral (liberal : plus ou moins l’équivalent de “progressiste” aux US – NdT) qui ne sont que les courtisans du système et décrit le flot émis par les médias commerciaux comme une forme de « lavage de cerveau ». En tant que critique le plus clairvoyant du capitalisme débridé, de la globalisation et de l’empire, il aborde sa 81ème année en nous mettant en garde sur le peu de temps qui nous reste pour sauver notre démocratie anémique.

Texte d’introduction : Contre Info

Traduction : Le Grand Soir

Al-Qaida et la menace nucléaire: un mythe selon Alain Chouet, ex-directeur du Service de renseignement de sécurité à la DGSE

20 avr

Suite aux déclarations du Président américain sur al-Qaida qui tenterait d’acquérir la bombe nucléaire (repris par le Nouvel-Obs), nous nous sommes permis de contacter Alain Chouet, ex-directeur du Service de renseignement de sécurité à la DGSE (Services secrets français) de 2000 à 2002, qui a bien voulu nous donner un avis sur nos interrogations.

Le contexte : Lors d’une récente intervention à la conférence sur les dangers de terrorisme nucléaire, Barack Obama a déclaré : “Nous savons que des organisations comme Al-Qaïda sont en train d’essayer d’obtenir une arme nucléaire, une arme de destruction massive qu’elles n’auront aucun scrupule à utiliser”.

Ces insinuations sont extrêmement graves. Pure propagande ou danger réel ? Qu’en est-il vraiment ? Voici donc l’opinion d’Alain Chouet, dont nous avions déjà évoqué l’intervention devant une commission du Sénat en janvier dernier, au cours de laquelle il déclarait qu’al-Qaida était morte en 2002 sous les bombardements américains de Tora-Bora[1].

Échanges avec Alain Chouet, ex-chef du renseignement à la DGSE

Paris, le 19 avril 2010

Reopen911 : La presse raconte qu’Al-Qaïda serait en train de tenter d’obtenir (voire de fabriquer ?) des engins nucléaires de destruction de masse. Clinton et Obama semblent sûrs d’eux et une nouvelle fois le dindon semble être ben Laden source de tous les maux de la Terre. Que pensez-vous de ces nouvelles déclarations publiques ?

A.Chouet : Fabriquer un engin nucléaire opérationnel ne me paraît pas dans les capacités des réseaux jihadistes actuels. Je les vois mal réussir au fond de leurs grottes miteuses là où des puissances nationales immenses, dotées de ressources financières importantes et d’un substrat technologique développé ont mis des années à fabriquer de tels engins.

Acquérir un engin tout fait reste possible, mais se pose le problème de l’entretien. Les isotopes utilisés dans les engins nucléaires ont une durée de vie “efficace” limitée. Les bombes atomiques, comme les yaourts, doivent être consommées frais. Sinon elles ne détonnent pas et se transforment au pire en “bombes sales” . Donc, passés quelques mois il faut renouveler le coeur. Ce qui ramène au premier problème.

Enfin se pose le problème des vecteurs. Comment apporter l’engin à l’endroit voulu et le mettre en oeuvre ? L’histoire des “valises” est une plaisanterie. Des engins “miniaturisés” existent, mais leur transport doit s’effectuer sous des protections assez massives et leur mise en oeuvre exige des personnels hautement qualifiés. Cela ne peut voyager ni en avion civil ni à dos de chameau.

Tout cela ne me paraît donc pas très sérieux sauf à imaginer une faillite totale des systèmes de sécurité et de surveillance occidentaux…

L’hypothèse d’une “bombe sale” (explosif classique dispersant des produits hautement radio-actifs et toxiques – les transuraniens sont en général des poisons violents) me paraît beaucoup plus sérieuse, surtout si les terroristes ne sont pas trop regardants sur la sécurité des servants. L’effet opérationnel réel ne serait peut-être pas très grand, mais l’effet psychologique serait dévastateur. Mais là encore se pose le problème du transport sur site de l’engin sans affoler tous les systèmes de sécurité. Les ressources éventuellement disponibles pour ce genre d’engin se trouvent essentiellement en Russie, dans certains pays d’Asie centrale et au Pakistan. Il faudrait quand même leur faire parcourir entre 5 et 10000km pour les apporter sur un site significatif.

Compte tenu des derniers “exploits” plus ou moins miteux du djihadisme international, sans exclure aucune hypothèse, celle d’un terrorisme nucléaire ne me paraît pour l’instant pas avoir beaucoup de consistance. C’est donc plutôt sur la stratégie et les motivations de ceux qui agitent la menace qu’il faut s’interroger. Il est vrai que, principe de précaution oblige, ils n’ont pas le droit de faire l’impasse sur l’hypothèse, mais il faut savoir raison garder.

ReOpen911 : Nous permettez-vous de publier vos propos ?

A.Chouet : Mes remarques n’ont rien de bien savant ni de bien original. Elles relèvent du simple bon sens. Faites-en ce que vous voulez. J’observe cependant que ceux qui hurlent aujourd’hui au loup sur ce sujet sont les mêmes qui affirmaient sans l’ombre d’une réserve que Saddam Hussein possédait des WMD [armes de destruction massive] en 2003. Je n’avais aucune sympathie pour le dictateur irakien et le monde est évidemment meilleur sans lui. Mais on ne l’a pas éliminé pour les bonnes raisons. En tant qu’homme de métier, je trouve ça grave. Et – au-delà des incantations – je ne vois pas clairement de preuve ou d’indice probant de ce que l’on affirme aujourd’hui sur le “nucléaire djihadiste“. Si vous en avez, je suis preneur.

Bien à vous.

A. Chouet

Notes

Lire notre article « La Qaïda est morte dans les trous à rats de Tora Bora en 2002 », paru le 19 mars 2010

Source : ReOpen911

MecanoWeb News

20 avr

International

Elie Wiesel l’imposteur et Jérusalem : Le Monde diplomatique. Dans une publicité intitulée « For Jerusalem » et reproduite par l’International Herald Tribune (16 avril 2010), Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, réaffirme son inquiétude. Ce texte affirme hautement que « Jérusalem est au-dessus de la politique ». Ce qui, pour l’auteur, signifie qu’elle doit… rester israélienne. Pour lui, précise-t-il, sa présence dans l’histoire juive est totale, elle est mentionnée « 600 fois dans les écritures et pas une seule fois dans le Coran ». Outre que cela est discutable (je ne vais pas entrer ici dans une interprétation du texte coranique), on ne voit pas en quoi la mention d’une ville dans un texte vieux de quelques milliers d’années donnerait un droit de propriété à quiconque. Ou alors il faudrait redéfinir les frontières de l’Europe en fonction des textes latins du Moyen Age ou des textes grecs de l’Antiquité.

La lutte des classes en Thaïlande : WSWS. Des semaines de manifestations anti-gouvernementales à Bangkok ont tourné samedi dernier en batailles de rue lorsque des troupes en tenue anti émeute et lourdement armées ont tenté dans la capitale thaïe de démanteler un des deux sites où campaient des protestataires. Le bilan des morts qui s’ensuivit s’élève entre-temps à une vingtaine de civils et 5 soldats. Des centaines de personnes furent blessées dans chacun des deux camps quand des milliers de manifestants défendirent leurs positions pour forcer finalement les troupes au retrait. Ce qui s’est produit en Thaïlande est le premier stade élémentaire de la lutte de classe et qui a une grande signification pour les travailleurs de la région et internationalement…

L’ALBA donne le ton, y compris au niveau mondial, et l’Empire tonne : Mondialisation.ca. L’Alternative [Alliance] Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA) est devenue, du fait des gouvernements des États-membres qui la composent comme du haut niveau de conscience sociale de leurs populations, un véritable cauchemar pour les États-Unis, dont le pouvoir impérial est chaque jour davantage remis en cause dans cette partie du monde. Bien que l’Empire ne soit pas en train de s’écrouler, le malaise de la Maison Blanche se fait de plus en plus criant. Le 11 décembre 2009, dans un rapport sur la situation politique de l’Amérique latine, la Secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, se chargea d’attiser le feu en alertant ouvertement la Bolivie et le Venezuela, des relations diplomatiques qu’ils entretiennent avec le régime et le gouvernement iraniens…

Géopolitique/Géostratégie

L’enjeu du gaz iranien : Geopolintel. Le serment de « mort aux tyrans » sorti à Washington de la bouche du candidat Obama, le 4 juin 2008, sous la dictée de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), et le capitaliste Lee Rosenberg semblaient inspirer la Chancelière : « Je jure de mettre fin à la menace iranienne ». M. le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en revanche, rejetant toute nouvelle sanction « paralysante » contre un pays pacifique, qui a un budget militaire moindre que Singapour ou la Suède, a réaffirmé que la Turquie partage une frontière de 380 kilomètres avec l’Iran et que celui-ci est un partenaire important, notamment dans le domaine énergétique. Les Turcs jugent grotesque de persécuter un pays qui a signé, entré en vigueur le 5 mars 1970, le Traité de non-prolifération nucléaire, sous le Chah ; alors que d’autres, comme celui que défend l’AIPAC, l’Inde et le Pakistan ont toujours méprisé l’engagement de pareil traité…

Requiem pour la « Révolution des Tulipes » et chrysanthèmes pour la base aérienne de Manas ? : Mars attaque. L’éviction de Kourmanbek Bakyiev constitue un revers important pour Washington en Asie Centrale. Le dirigeant kirghize, parvenu au pouvoir lors d’une « Révolution de Couleur » et aujourd’hui réfugié dans le Sud du pays, semble se résigner à sa déchéance inéluctable. Avouant son impuissance, il a fini par démissionner et a depuis quitté le pays, échappant ainsi aux poursuites que pourrait entreprendre le gouvernement intérimaire. De plus, alors que les États-Unis semblaient au début réticents à reconnaître le nouveau pouvoir, Moscou a déjà multiplié les signes positifs vis-à-vis de l’ex-opposition. Le Kremlin a ainsi rapidement reconnu le gouvernement intérimaire et étudierait favorablement une demande d’aide extraordinaire émanant de lui…

Renseignement

Coup de balai à la CIA : Réseau Voltaire. Le départ à la retraite du numéro 2 de la CIA devrait permettre de clarifier le fonctionnement de l’Agence états-unienne de renseignement. Stephen Kappes, qui avait déjà été remercié en 2004, incarnait les méthodes les plus sordides de l’agence et ne pouvait faire état de résultats probants pour les justifier. Il est cependant peu probable que « le vieux sage » de l’Agence, ainsi qu’il aimait à se faire appeler, s’avouera si vite vaincu. Quoi qu’il en soit, les haines internes devraient profiter à terme à Michael Morell, désormais le mieux placé pour devenir la prochain directeur de la CIA. En définitive, si les méthodes aveugles post-11-Septembre sont sanctionnées, les hommes du 11-Septembre, eux, peuvent espérer prendre le contrôle complet de l’Agence…

Santé

Mais où diable est passé ce H1N1 à la con ?! : Les 7 du Québec. C’est bizarre. Nous avons assisté, l’automne dernier, à la PLUS GRANDE campagne de vaccination de l’histoire du Québec, un moment HISTORIQUE, nous disait-on. Comme tout moment historique, normalement, on en entendrait parler abondamment, surtout s’il s’agit d’un succès. Faites-vous vacciner, pour l’amour de votre prochain, pour les protéger, qu’ils disaient. La campagne de vaccination contre le A/H1N1, avec tout son penchant des relations publiques et publicitaires, aura coûté $146 millions à la province de Québec. Mais il se trouve qu’une des plus grandes menaces de l’humanité qui promettait de tuer des millions de personnes autour du globe s’est évanoui comme une ombre dans la nuit. Passé le 25 décembre, comme si le Père Noël l’avait éliminé d’un tour de magie comme lui seul sait le faire,  le méchant virus A/H1N1 est disparu…

Zapping de la Guerre d’Irak (vidéo)

18 avr

Source : decryptator

Zapping du 9/11 (vidéo)

18 avr

Source : decryptator

Pourquoi des « sanctions avisées » contre l’Iran provoqueraient des dommages collatéraux

18 avr

par Ali Fathollah-Nejad

En s’obstinant à infliger des « sanctions » à l’Iran, l’Occident assombrit les perspectives de démocratisation, de développement économique et de résolution des conflits.

Le retour saisonnier des bellicistes a culminé avec l’appel du « néocon » Daniel Pipes à Barack Obama au bombardement de l’Iran « afin de sauver sa présidence ». Peu auparavant Tony Blair avait encore glissé, dans son exposé des raisons justifiant son intervention en Irak, une phrase inquiétante « nous sommes aujourd’hui face au même problème en Iran ». Et il a prononcé le nom de l’Iran pas moins de 58 fois. La Commission britannique (Chilcot) d’enquête sur les évènements liés à la guerre en Irak a coïncidé, non sans cynisme, avec un important renforcement militaire dans la région du golfe Arabo-persique. Et pour finir on a annoncé que des centaines de bombes anti-bunker avaient été embarquées en Californie à destination de l’île de Diego Gracia dans l’océan Indien, d’où étaient parties les deux dernières attaques aériennes contre l’Irak. Tout a exactement coïncidé avec la poursuite de la lutte du mouvement iranien pour les droits civiques et les proclamations des politiciens occidentaux qu’ils soutenaient cette lutte. Mais quelles preuves existe-t-il de cela ?

À la différence de la guerre, les sanctions sont très largement présentées comme un remède nécessaire et franchement salubre permettant de pousser un adversaire politique à changer de cap. L’évolution du conflit entre l’Iran et l’Occident prouve cependant que les sanctions ont plutôt prolongé la crise que contribué à en sortir. En dépit de cela, les gouvernements occidentaux semblent toujours en proie à une véritable fascination pour les sanctions.

L’appel initial à des « sanctions paralysantes » est devenu moralement intenable l’été dernier, lorsqu’une impressionnante vague « verte » a déferlé dans les rues de Téhéran, entre autres dans la crainte de la « paralyser » elle-même. Mais aujourd’hui tout le monde parle à nouveau de sanctions, à ceci près qu’on accole des adjectifs lénifiants tels qu’« avisées » ou « ciblées» aux mesures punitives désormais envisagées. En y regardant de près on s’aperçoit qu’on prend largement ses désirs pour des réalités.

Le gigantesque impact de « sanctions avisées »

Des « sanctions avisées » seraient, prétend-on, un remède miracle pour éradiquer le mal. Dans le cas de l’Iran, le mal est désormais identifié avec le Corps des gardiens de la révolution islamique. Créés à l’origine pour défendre le pays contre l’agression de l’Irak dans les années 80, ils se sont transformés en un conglomérat social, politique et économique en expansion, détenteur d’un pouvoir incomparable dans la République islamique actuelle.

Les « sanctions avisées » devraient donc affecter de manière ciblée la position des Gardiens au sein des structures de pouvoir iraniennes. On oublie cependant qu’une grande partie de l’économie iranienne est aux mains des Gardiens et qu’en conséquence les millions de civils avec leurs familles dont le revenu d’existence est lié aux larges pans de l’économie détenus par les Gardiens seraient eux aussi atteints. Cela donne une idée du gigantesque impact de ces sanctions.

Les prétendues « sanctions paralysantes », qui doivent limiter en premier lieu les livraisons d’essence à l’Iran, sont actuellement en préparation aux USA. Dans l’attente de ces sanctions US unilatérales les plus grosses compagnies d’assurances mondiales ont déjà annoncé qu’elles se retiraient d’Iran. De même de très importants fournisseurs d’essence mondiaux qui couvraient récemment encore la moitié des importations iraniennes ont cessé leurs livraisons. Ceci pèse considérablement sur le secteur financier et de la construction navale et fait monter le prix des importations d’essence iraniennes – presque la moitié de la consommation. Là encore c’est la population qui paie l’addition. Ajoutons-y qu’une application totale de ces sanctions impliquerait un blocus maritime, ce qui serait toutefois assimilable à un acte de guerre.

Paralyser la population civile

Ainsi que des personnalités de la société civile iranienne et aussi des économistes le soulignent, c’est la masse de la population qui paie le prix des sanctions. L’économie iranienne – depuis la production manufacturière et l’agriculture jusqu’au secteur bancaire et financier a déjà souffert de trente ans de sanctions. Aujourd’hui encore les entreprises ont de la peine à continuer leurs affaires, car elles doivent compter avec des restrictions dans l’approvisionnement en biens indispensables et sont souvent obligées de payer le prix fort. En outre la communauté scientifique est gênée par ses difficultés d’accès aux dernières conquêtes de la recherche mondiale, tandis qu’on entrave le développement technique.

Le chef de l’opposition, Mir-Hossein Moussavi (alias le boucher de Beyrouth, ndlr) a dans une déclaration de l’automne dernier attiré l’attention sur les risques que présentent les sanctions pour la société civile : « Les sanctions n’auraient pas d’effet sur le gouvernement, elles causeraient bien plutôt un mal sérieux à la population qui a déjà suffisamment eu à souffrir de la part de ses propres hommes d’État. Nous refusons toute sanction envers notre nation, » a-t-il déclaré très clairement. Son compagnon de luttes Mehdi Karroubi s’est exprimé dans le même sens dans une Interview au Corriere della Sera.

Et un problème de fond demeure, qui n’attire guère l’attention de tous ceux qui ont succombé à la dangereuse illusion qu’ils pourraient avoir leur mot à dire dans la définition et la mise en œuvre des sanctions contre l’Iran : celles-ci sont élaborées essentiellement par l’American Israeli Public Affairs Committee (AIPAC) et la plupart du temps soumises au Congrès pour la forme pour être ensuite mises en œuvre par le sous-secrétaire au Renseignement financier et anti-terroriste (Under Secretary for Terrorism and Financial Intelligence) Stuart Levey – un homme de confiance de l‘ AIPAC. Dans tout ce processus les retombées négatives potentielles sur le peuple iranien ne jouent pratiquement aucun rôle.

Les sanctions, qu’elles soient « paralysantes » ou « avisées » nuisent en définitive à la population. Des « sanctions avisées » c’est un oxymore comparable aux « bombes intelligentes » qui prétendument savent cibler, au moyen de « frappes chirurgicales », uniquement les objectifs à détruire. Et comme pour leurs consœurs militaires ce sont en définitive les « dommages collatéraux» des « sanctions avisées » qui l’emportent. Les trouver « avisées » n’est donc que pur cynisme.

Une arme politique émoussée dans le monde d’aujourd’hui

En outre les sanctions, dans un univers mondialisé et de plus en plus multipolaire s’avèrent n’être qu’une arme émoussée, surtout lorsqu’elles visent des pays riches en sources d’énergie. Il ne manque pas d’acteurs guidés par le seul profit, trop heureux d’occuper le vide ainsi créé. C’est ainsi que des firmes chinoises, russes et même US – agissant à partir de Dubaï – ont largement profité du retrait des concurrents européens sous la pression de Washington.

Les sanctions, qui sont devenues une quasi-obsession dans les milieux politiques occidentaux, ne sont pas un remède porteur de guérison, mais agissent plutôt comme un poison lent pour la société civile iranienne et ses mouvements démocratiques. En matière de guerre économique, les sanctions et les appels à la guerre qui reviennent régulièrement constituent un mélange explosif. Les tambours guerriers, qui se font entendre à nouveau, battent à nouveau sur le cœur de la société civile iranienne.

Les sanctions et menaces de guerre sont un poison pour le processus démocratique

Contrairement à ce qu’affirment les politiques, les sanctions nuisent à la société civile et consolident la position des faucons. La classe moyenne iranienne est touchée par cet isolement qui n’en finit pas, d’autant plus que les sanctions atteignent d’honnêtes commerçants et profitent aux corrompus. Les Gardiens, qui contrôlent vraisemblablement 60 ports dans le golfe Arabo-persique, par lesquels passe l’essentiel des importations, peuvent poursuivre leurs affaires, souvent par des « canaux douteux.»

Et c’est pourquoi l’un des « dommages collatéraux » pas tout à fait caché des sanctions qui n’en finissent pas est de faire obstacle à une transition démocratique durable en Iran. Si celle-ci avait lieu, elle représenterait un risque pour le statu quo dans la région et le maintien de l’hégémonie des régimes autocratiques amis de l’Occident.

Que faire ? « Frappes chirurgicales » ou véritable solution diplomatique ?

L’histoire sans fin des sanctions reflète les tentatives presque désespérées des politiques occidentaux, face à leurs difficultés à imposer leur volonté à l’Iran pour « faire » quand même quelque chose, afin d’avoir l’air au moins « crédibles ». Une entreprise somme toute vouée à l’échec et même dangereuse. Car il est fort à craindre que dans la foulée des « sanctions avisées » les « frappes chirurgicales » ne se fassent guère attendre.

Au lieu de s’abandonner à l’espérance illusoire que les sanctions produiront l’effet souhaité dans un futur pas trop lointain, on devrait y mettre un terme une fois pour toutes. La seule issue consisterait à avoir le courage d’une politique capable de désarmer les faucons de tous bords, dont les affaires prospèrent admirablement dans le cercle vicieux de la haine. Ce n’est que par une politique de détente qu’on cessera de manière durable d’apporter de l’eau au moulin des radicalismes – et que l’on contribuera en prime à un renoncement durable à la politique sécuritaire en Iran. Lever les sanctions déjà existantes, qui s’en prennent souvent aux biens civils, pourrait faire des miracles et ébranler considérablement les principes fondamentaux des acteurs qui poussent à la confrontation.

En dépit d’affirmations hâtives la voie diplomatique n’est pas épuisée. Bien on contraire : on en est très loin. D’autant plus qu’il subsiste un problème central pour la sécurité de la région ; l’Occident serait donc vraiment bien avisé d’obliger Israël – puissance nucléaire – à signer les engagements de non-prolifération. On devrait donc mettre fin à la « diplomatie coercitive » – comme on la désigne avec pertinence dans les Études diplomatiques – pratiquée par les USA envers l’Iran car elle assombrit les perspectives de paix et celles du processus de démocratisation.

Traduction : Michèle Mialane

Source : Monthly Review