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MecanoWeb News

30 mar

International

Gaza : comment survivre sans contrebande ? : Contre Info. L’achèvement imminent par l’Égypte de l’installation d’une barrière en acier souterraine et en surface le long de sa frontière avec la bande de Gaza met les Gazaouis sur les nerfs : comment vont-ils survivre sans l’important commerce qui passe par les tunnels ? Un trafic de contrebande lucratif transite par les tunnels pour toute une gamme de produits depuis qu’Israël a imposé un embargo économique contre la bande de Gaza après la prise de pouvoir par le Hamas en juin 2007. La Banque mondiale et les économistes palestiniens estiment qu’au moins 80 pour cent des importations totales vers Gaza passent par les tunnels. « Creuser des tunnels et y travailler est l’un des rares emplois disponibles pour les jeunes Gazaouis », a dit Omar Sha’ban, économiste à Gaza…

Mexique : un syndicat liquidé en une nuit : Investig’action. Dans la soirée du samedi, 10 octobre 2009, des milliers de soldats et policiers fédéraux, profitant du fait que leur présence dans les rues est familière depuis la militarisation de la lutte anti-drogue, envahissent subrepticement une cinquantaine d’installations de la compagnie nationale d’électricité, Luz y Fuerza del Centro (LFC) qui approvisionne plus de six millions de personnes dans le centre du pays. Les militaires forcent les travailleurs présents à quitter les lieux et attendent que le président mexicain Felipe Calderon émette un décret liquidant purement et simplement l’entreprise publique et son syndicat, le Syndicat mexicain des électriciens (SME). Du jour au lendemain, 44 000 travailleurs et leur famille de même que 22 000 retraités se retrouvent à la rue alors que disparaît l’un des syndicats indépendants les plus forts et combatifs du pays…

Impérialisme

Semaine sainte sanglante en Russie : Realpolitik.tv. La semaine sainte du carême orthodoxe de l’année 2010, restera marquée par les deux attentats qui ont ensanglanté le métro moscovite. La question est désormais de savoir qui se trouve derrière ces actes. Si l’administration russe reste prudente sur ce thème, on peut émettre quelques hypothèses en se demandant à qui profite le crime. On retrouvera sans doute derrière cet acte, des terroristes caucasiens, peut-être tchétchènes ou ingouches, mais cela n’a guère d’importance. La situation en Tchétchénie est normalisée, et un attentat à Moscou, aussi sanglant soit-il n’a aucune chance de déstabiliser le pouvoir tchétchène. Il faudrait pour cela, s’en prendre directement au Président Khadirov. Ce n’est donc pas une action des indépendantistes, dans un but de reconnaissance politique…

Business et terrorisme à Moscou : Mecanopolis. Une fois la première guerre de Tchétchénie achevée, l’unité de façade qui avait abouti au règlement du conflit s’effondre. En octobre 1996, un mois à peine après avoir conclu la paix, le général Alexandre Lebed, dont les ambitions personnelles deviennent trop menaçantes aux yeux du Kremlin, est limogé par Boris Eltsine. Le climat politique, déjà délétère, se détériore encore un peu plus à Moscou, au cours de ce que l’on a appelé la « guerre sordide » : chaque jour, des proches du président russe s’accusent les uns les autres de tentatives d’assassinat, par journaux interposés. Boris Berezvoski, l’oligarque patron d’Aeroflot et de la chaîne de télévision ORT, est notamment mis en cause par le général Alexandre Korjakov, chef de la garde présidentielle, dans le meurtre de Vlad Listiev, journaliste vedette d’ORT, et dans un projet d’attentat contre Vladimir Goussinski, un oligarque rival, propriétaire de NTV. Ce contexte surréaliste n’empêche pas la progression du magnat dans l’appareil d’État russe : le 30 octobre 1996, il est nommé secrétaire adjoint du Conseil de sécurité. Il est chargé des relations avec la Tchétchénie…

Armement

De futurs accords START peu ambitieux : Zone d’intérêt. Le gouvernement américain a annoncé le 24 mars la finalisation des accords bilatéraux sur la réduction des armes nucléaires qui seront signés prochainement avec la Russie. Selon les informations publiées par les agences de presse et qui font notamment suite à la rencontre de Sergei Lavrov et Hillary Clinton à Moscou le 18 mars, la Russie et les USA devraient s’engager à réduire de 30% leurs arsenaux d’armes nucléaires stratégiques. Cette réduction devrait porter le nombre d’armes nucléaires en possession de chaque puissance à 1 550 charges et 800 vecteurs (ICBM, SLBM et bombes délivrées par les airs). Le nouveau traité, souvent baptisé START III ou START 2010, devrait être signé par les présidents Obama et Medvedev à Prague le 8 avril prochain…

Espionnage

La Direction du Renseignement Militaire : Diploweb.com. Interview du général de corps d’armée Benoît Puga, directeur du renseignement militaire (DRP) de la France. Par arrêté du 5 mars 2010, du Président de la République, le général de corps d’armée Benoît Puga a été nommé chef de l’état-major particulier du Président de la République Nicolas Sarkozy. La DRM comme vous le savez a été créée en 1992, à l’issue de la première guerre du Golfe, à l’occasion de laquelle il avait été constaté un manque dans le domaine du renseignement, notamment d’environnement. Dans le contexte de la guerre froide la menace principale venait de l’Union soviétique, et le renseignement militaire était donc centré sur la connaissance des matériels et de l’organisation militaire de l’adversaire. En revanche, la connaissance de l’environnement, du contexte politico-militaire et politico-économique (notamment l’industrie d’armement) était jugée insuffisamment prise en compte pour faire face aux nouvelles formes d’engagement auxquelles étaient confrontées les armées françaises…

Economie

Le sens de la crise grecque : Le Grand Soir. Il a été dit beaucoup de choses sur la crise et la Grèce ces dernières semaines, des plus nauséabondes aux plus confuses. Il en résulte un argumentaire exportable dans tous les pays développés. Les médias ont abondamment repris le message officiel qui tient en 5 chapitres : 1) La Grèce a triché pour cacher une dette publique « insoutenable » ; 2) Elle est au bord de la cessation de paiement comme d’autres pays de la zone euro ; 3) L’Union européenne compatit mais n’y peut rien si ce n’est encourager des plans de rigueur et demander la mise sous tutelle du pays ; 4) La Grèce doit prendre des mesures d’austérité pour réduire son déficit public ; 5) La sortie de crise des pays développés implique des plans d’austérité et de rigueur de même nature. Il faut décoder ce message idéologique destiné en fait à tous les peuples des pays du Nord…

Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! : Le Monde diplomatique. La proposition allemande d’exclure la Grèce de l’Union monétaire européenne n’est finalement que le couronnement logique d’une longue suite de manifestations de mépris, entamée dans les années 90 avec le thème du « Club Med », alias les pays du Sud de l’Europe, incapables de se tenir à des règles de gestion macroéconomique rigoureuses (« allemandes »), poursuivies avec la proposition, entourée de rires gras, de vendre quelques îles grecques, et maintenant arrivées à leur terme avec la perspective finale de l’exclusion pure et simple. Mais l’Allemagne perçoit-elle exactement jusqu’où aller trop loin ? Même Christine Lagarde, piquée par on ne sait quel insecte, se met à dénoncer tout ce qu’elle a pourtant toujours adoré et fustige la stratégie non coopérative de désinflation compétitive allemande, celle-là même d’ailleurs que la France tente également de pratiquer depuis des décennies et que la construction européenne impose plus ou moins à tous ses membres – à ceci près que même dans les jeux de cons il y a des perdants et des gagnants…

Irak: la destruction de l’État comme objectif de guerre

30 mar

par Lieven de Cauter pour BRussels Tribunal

A l’approche de l’anniversaire du déclenchement de la guerre en Irak, je pense à ce que j’écrivais il y a sept ans. Cette guerre n’avait rien à voir avec la lutte contre le terrorisme mais avait été planifiée longtemps à l’avance non pas en vue d’une démocratisation de l’Irak mais plutôt de sa destruction. J’avais été ouvertement raillé pour avoir défendu ce point de vue et ma colère était considérée au mieux comme naïve ou pathétique aux yeux de l’opinion mais pas à ceux du monde politique.

En vue de la préparation d’une soirée commémorative de ce septième anniversaire du 20 mars, je suis en train de lire :  Nettoyage culturel en Irak. Pourquoi les musées furent pillés, les bibliothèques brûlées et les universitaires assassinés ? [1]   L’hypothèse de base, que vous le croyiez ou pas, était que cette guerre avait dès le départ comme unique objectif la destruction de l’Etat irakien. Mais il y a plus : l’épuration culturelle, le pillage des musées, l’incendie des bibliothèques et l’assassinat des universitaires faisaient partie intégrante de la stratégie de guerre, affirment les auteurs.

L’élimination d’un Etat deviendra certainement un concept au même niveau que le génocide et ses dérivés tels que l’urbicide – destruction de villes-, le sociocide – destruction de sociétés -, le mnémocide – destruction de la mémoire collective -. Nous l’espérons d’autant plus que ces nouveaux concepts et leurs intrications ne s’appliquent pas seulement à l’Irak.

La presse a largement couvert les pillages de musées. Mais les articles sur ce sujet n’ont pas pointé la responsabilité des pouvoirs occupants contrairement à ce que stipulent les règles internationales du droit de la guerre. La presse n’a pas non plus stigmatisé comme telle cette stratégie de mnémocide. Par contre, au fil de toutes ces années, un silence assourdissant a occulté le meurtre programmé de centaines de cadres et universitaires victimes d’assassinats ciblés en Irak. Etrange, d’autant qu’au cours des trois premiers mois de l’occupation, 250 universitaires ont été tués. Le BRussels Tribunal dispose maintenant d’une liste de 437 victimes qui sert de référence mondiale. Parce que les professeurs qui ont documenté ces meurtres et disparitions ont aujourd’hui été assassinés ou contraints à l’exil, il est de plus en plus difficile de tenir cette liste à jour. Selon le Christian Science Monitor, en juin 2006 déjà, 2500 universitaires avaient été tués, enlevés ou expulsés du pays. Nul ne sait combien ont été assassinés à ce jour. On sait que des milliers ont été menacés, souvent par des enveloppes contenant des balles, et qu’ils se sont enfuis. Tout comme les universitaires, les journalistes, les médecins, les ingénieurs et les leaders spirituels ont fait l’objet d’intimidations, d’enlèvements et de meurtres. Il faut savoir que dans ces cas, il ne s’agit pas d’éliminations à caractère partisan car les statistiques ne le démontrent pas. Ce sont des autorités intellectuelles qui ont été ciblées, pas juste des Baasistes.

Il n’y a jamais eu la moindre enquête sur ces meurtres, les coupables n’ont donc jamais été identifiés, et encore moins jugés. Pourquoi ? Sans doute parce que les occupants et les nouveaux dirigeants estiment que cela est sans importance. Ou peut-être parce que les bataillons de la mort font partie de leur stratégie, comme auparavant au Salvador. C’est ce qu’affirme ce livre : l’assassinat des universitaires fait et continue à faire partie de «  l’option Salvador ».

Conclusion des auteurs ?  L’objectif était d’éliminer la classe intellectuelle qui aurait pu devenir le fondement naturel d’un nouvel état démocratique. C’est sinistre. A ce point sinistre qu’il est malaisé d’y croire. Et pourtant c’est vrai : l’élimination des universitaires et autres professionnels de la classe moyenne a servi le premier et plus important objectif de la guerre : la destruction de l’Etat Irakien. « Destruction d’Etat » plutôt que «  reconstruction d’Etat »  Selon les auteurs de l’ouvrage, ce choix d’objectif de guerre s’est fait sur base du consensus de trois parties : les néo-conservateurs qui voulaient des bases permanentes en des lieux géographiquement stratégiques de domination militaire ; Israël qui ne voulait plus d’un état puissant dans son arrière cour ; et l’industrie pétrolière qui voulait mettre la main sur les plus grands gisements au monde. Cela aussi, je l’avais écrit sept ans plus tôt.

Aujourd’hui, tout est là, noir sur blanc, avec beaucoup de notes de bas de page, bien documenté, dans un livre publié par un éditeur internationalement reconnu ( Pluto Press ). Le monde va peut-être enfin commencer à prendre conscience de la vérité. Des protestations universelles des milieux académiques seraient une bonne chose. Mais une minute de silence pour leurs collègues assassinés ne suffira pas. Parce que, et cela saute aux yeux, il ne s’agit que de la pointe émergée de l’iceberg : les enfants nés avec des malformations imputables à l’usage du phosphore blanc et de l’uranium appauvri, le manque d’eau potable, d’électricité et de soins de santé, la destruction du système d’enseignement qui a produit une génération perdue, un million et demi de morts et cinq millions de réfugiés, toutes ces choses mises ensemble font de la guerre en Irak le plus grand crime de guerre et la plus grande catastrophe humanitaire des dernières décennies. Et cela continue. Il n’y a guère d’espoir d’amélioration, surtout après les dernières élections. Ajoutons à cela les bombardements incessants et l’éclatement religieux du pays nous obtenons une image de l’enfer. Et nous, nous détournons de plus en plus la tête. Parce que nous sommes malades et fatigués de l’Irak après ces sept années ?  

Cela me laisse un goût amer de réaliser combien j’avais raison avec mes thèses à propos de la destruction de l’Irak que beaucoup jugeaient absurdes. Même Bush a eu raison avec son fameux show sur le pont de l’USS Lincoln le premier mai 2003 : «  mission accomplie ».

Effectivement, l’Irak est détruit.

Bon anniversaire, Mister President ! Yes, tu quoque Obama.

Lieven de Cauter est philosophe et président du BRussells Tribunal

Article original en anglais : http://www.brusselstribunal.org/StateDestruction180310.htm, le 18 mars 2010.

Traduit de l’anglais par Oscar Grosjean pour Investig’action. Publié en français sur Michel Collon info.

Note

(1Cultural Cleansing in Iraq – Why museums were looted, libraries burned and academics murdered