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La faillite des révolutions colorées

Dans Analyse, Russie, OTAN, États-Unis, Barack H. Obama, Dimitri Medvedev, OCS, Mahmoud Ahmadinejad, CIA, République Islamique d'Iran, Occident, Manipulation, George W. Bush, Géorgie, Vladimir Poutine, Abkhazie, Ossétie du Sud, ONG, Caucase, Mikheil Saakashvili, George Soros, Révolutions de Couleur, Ukraine, NED, Faucons de Washington, le Grand Echiquier, Anders Fogh Rasmussen, Atlantiste, Organisation de Coopération de Shanghai, Géopolitique, Terrorisme d'Etat, Honduras, Manuel Zelaya le 31 mars 2010 à 10:34

par Xavier Moreau pour Realpolitik.tv

L’arrivée au pouvoir de Viktor Yanoukovitch est un nouveau revers pour la politique américaine d’expansion de l’OTAN. Cet échec intervient moins de deux ans après la débacle de l’armée géorgienne, pourtant entraînée et équipée par l’US army. La victoire de Yanoukovitch marque aussi l’échec de la révolution colorée la plus emblèmatique. Il semble, d’ailleurs, que le département d’Etat américain croit de moins en moins à ce système de subversion. Pour preuve, la prise du pouvoir au Honduras, par un parti pro-américain, en juin 2009, a été réalisée grâce à un coup d’état militaire. Il ne s’agit plus d’une manœuvre semi-pacifique et subtile, mais d’un putsch, comme la CIA en était friande pendant la guerre froide.

Malgré des succès en Serbie, en Ukraine et en Géorgie, peu de ces révolutions ont finalement abouti. En Asie centrale, elles ont toutes échoué et la tentative manquée en Ouzbékistan, en 2005, s’est terminée par le départ forcé des troupes américaines qui y étaient stationnées. En Biélorussie, le pouvoir de Loukachenko n’a jamais été ébranlé ne serait-ce qu’une heure. En Iran, le pouvoir d’Ahmadinejad est sorti vainqueur de l’affrontement.

Analyser les conditions qui ont favorisé la réussite de ces mouvements politiques permet de mieux comprendre l’évolution des régimes qui en sont issus.

Les révolutions colorées, comme les révolutions en général, ne réussissent que dans les régimes où l’autorité de l’Etat est considérablement affaiblie et discréditée. C’est le cas en Yougoslavie en 2000. La rue considère Milosevic comme le meilleur allié de l’OTAN. Il est accusé d’avoir abandonné successivement la Krajina, la Bosnie et le Kosovo, cela malgré la supériorité de l’armée serbe. C’est aussi le cas en Ukraine et en Géorgie. L’instabilité politique et économique a profondément miné la confiance des populations dans leurs dirigeants. A cela s’ajoute la présence d’oligarchies politico-économiques incontrôlables. Cet affaiblissement de l’autorité de l’Etat est une raison nécessaire mais pas suffisante. Le Tadjikistan, l’Ouzbékistan ou encore la Biélorussie connaissent également des situations économiques difficiles dans bien des domaines. Pourtant elles n’aboutissent pas à des révolutions. Pour survivre, ces régimes ont su maintenir un contrôle étroit sur les forces d’opposition potentielles et empêcher l’implication massive des ONG étrangères.

Pour réussir, une révolution colorée doit être précédée par la mise en place de réseaux et d’ONG dans le pays cible. Cela suppose une ouverture préalable de ce pays à l’influence américaine. Les administrations yougoslave, ukrainienne et géorgienne qui ont été renversées par les révolutions colorées ont toutes cru avoir trouvé dans les Etats-Unis, un allié fiable. Milosevic est l’un des premiers aparatchiki yougoslaves à se tourner vers les Etats-Unis dès les années 1970 (1). Il devient alors président de la BEOBANK, poste qu’il occupe à Belgrade et à New York. Dans les années 1990, il est l’interlocuteur privilégié des Américains. Il est même qualifié de Gorbatchev des Balkans dans la presse occidentale. Rêvant davantage d’une petite Yougoslavie dont il serait le maître que d’une grande Serbie, il joue la carte américaine quasiment jusqu’au bout. En Ukraine, c’est Léonid Koutchma qui lance, en 2002, l’idée de l’intégration à l’OTAN. Enfin, Shevernadzé en Géorgie, dont l’armée a été défaite par les indépendantistes abkhazes et ossètes, finit par se rapprocher des Occidentaux à partir de 2000 et signe un accord militaire avec les Américains en 2003. Comme le général Noriéga, le Shah d’Iran ou Saddam Hussein, ces chefs d’Etats se sont rendus compte trop tard que leur protecteur américain avait décidé de les remplacer. Entre temps, ils avaient laissé s’installer les réseaux et les ONG pro-américaines et s’étaient attirés l’animosité de la seule puissance capable de faire contrepoids dans la région.

La nécessité de garder les nouveaux présidents sous influence, et au besoin de les remplacer, explique le choix de personnalités aussi médiocres que Saakhachvili ou Youtchenko. Le fait, que Saakhachvili ou Youtchenko aient chacun mené leur pays respectif dans une impasse, importe moins que leur loyauté vis-à-vis de leur commanditaire. Le Président ukrainien ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Au lendemain de son humiliante défaite au premier tour des élections présidentielles ukrainiennes, sa décision de promouvoir Stepan Bandera (2), grand massacreur de juifs et de Polonais, comme héro national ukrainien, sonne comme une vengeance vis-à-vis de l’Occident qui l’a abandonné. Saakhachvili, de son côté, n’a pas accepté de renoncer au pouvoir, malgré les incitations de ses parrains américains (3). Il ne doit sa survie politique qu’à la transformation de son administration en un régime policier répressif. Le département d’Etat américain est ainsi piégé. Un scénario à l’Ukrainienne ne manquerait pas de rapprocher deux peuples dont les destins ont été souvent liés. Pour les Etats-Unis, perdre le Caucase après avoir perdu l’Asie Centrale et l’Ukraine serait une catastrophe. Cela sonnerait le glas de la stratégie de refoulement de la Russie (4), appliquée consciencieusement par les administrations américaines depuis 20 ans.

La situation en Serbie est sans doute plus délicate encore. En portant l’indépendance du Kosovo devant les instances juridiques de l’ONU et en se plaçant du point de vue du droit international, le Président Tadic devrait remporter une victoire importante, invalidant la reconnaissance de l’indépendance de la province de jure. Ses récentes déclarations à l’ONU pourraient l’ammener à figurer sur la liste des « remplaçables », si une telle manoeuvre est encore possible.

Les échecs de ces révolutions colorées prennent place à un moment où l’ex-première puissance n’inspire plus ni n’impressionne. La crise économique a marqué l’échec de son modèle ultra-libéral, tandis que le conflit géorgien a montré que l’US army n’affrontera pas l’armée russe pour protéger ses alliés. Un recul sur les ventes d’armes à Taïwan achèverait de la discréditer en tant qu’allié fiable et puissance militaire majeure.

Notes :

(1) Il est particulièrement proche de l’Ambassadeur américain en Yougoslavie jusqu’en 1980, Lawrence Eagleburger, lui même proche de Henry Kissinger. Il est également très lié à l’attaché militaire Brent Scowcroft, membre du Center for Strategic and International Studies, proche de Kissinger et de George Bush père. Scowcroft est co-auteur avec Zbigniew Brzezinski et David Ignatius d’ « America and the World: Conversations on the Future of American Foreign Policy » (Basic Books, 2008). Il est vraissemblable que Milosevic a surrestimé l’influence de ses soutiens américains, tandis que d’autres se sont tout simplement joués de lui.

(2) Stepan Bandera fut condamné à mort en 1934, pour l’assassinat du ministre de l’intérieur polonais. A partir de 1939, il fonde et organise la « légion ukrainienne », unité comabattant au sein de l’armée allemande. Il a été élevé à la dignité posthume de Héro d’Ukraine par un décret signé le 22 janvier 2010 par le président ukrainien Viktor Iouchtchenko, provoquant une vague de protestations en Fédération de Russie, au sein de la majorité russophone d’Ukraine et des défenseurs des droits de l’homme. Le 29 janvier, le Centre Simon-Wiesenthal a dénoncé, dans une lettre adressée à l’ambassade ukrainienne aux États-Unis, l’attribution de ce titre à un « collaborationniste nazi responsable du massacre de milliers de Juifs pendant la guerre de 1939-1945. »

(3) Au lendemain de la défaite militaro-diplomatique du Président Saakhachvili, Condolezza Rice avait déclaré « off record » que la Géorgie aurait besoin d’un nouveau président. Plus tard Georges Bush avait fait savoir au Président géorgien qu’une place de professeur l’attendait dont son institut de formation pour futurs cadres de pays amis.

(4) La politique de « rollback », en français « refoulement », est une doctrine mise au point en 1952 par le président Eisenhower et son secrétaire d’État aux affaires étrangères, John Foster Dulles, qui vise à refouler le communisme, et non plus simplement à contenir sa progression.

Retrouvez toutes les chroniques de Xavier Moreau sur Le courrier de Russie

Source : realpolitik.tv

MecanoWeb News

Dans MecanoWeb News le 30 mars 2010 à 14:04

International

Gaza : comment survivre sans contrebande ? : Contre Info. L’achèvement imminent par l’Égypte de l’installation d’une barrière en acier souterraine et en surface le long de sa frontière avec la bande de Gaza met les Gazaouis sur les nerfs : comment vont-ils survivre sans l’important commerce qui passe par les tunnels ? Un trafic de contrebande lucratif transite par les tunnels pour toute une gamme de produits depuis qu’Israël a imposé un embargo économique contre la bande de Gaza après la prise de pouvoir par le Hamas en juin 2007. La Banque mondiale et les économistes palestiniens estiment qu’au moins 80 pour cent des importations totales vers Gaza passent par les tunnels. « Creuser des tunnels et y travailler est l’un des rares emplois disponibles pour les jeunes Gazaouis », a dit Omar Sha’ban, économiste à Gaza…

Mexique : un syndicat liquidé en une nuit : Investig’action. Dans la soirée du samedi, 10 octobre 2009, des milliers de soldats et policiers fédéraux, profitant du fait que leur présence dans les rues est familière depuis la militarisation de la lutte anti-drogue, envahissent subrepticement une cinquantaine d’installations de la compagnie nationale d’électricité, Luz y Fuerza del Centro (LFC) qui approvisionne plus de six millions de personnes dans le centre du pays. Les militaires forcent les travailleurs présents à quitter les lieux et attendent que le président mexicain Felipe Calderon émette un décret liquidant purement et simplement l’entreprise publique et son syndicat, le Syndicat mexicain des électriciens (SME). Du jour au lendemain, 44 000 travailleurs et leur famille de même que 22 000 retraités se retrouvent à la rue alors que disparaît l’un des syndicats indépendants les plus forts et combatifs du pays…

Impérialisme

Semaine sainte sanglante en Russie : Realpolitik.tv. La semaine sainte du carême orthodoxe de l’année 2010, restera marquée par les deux attentats qui ont ensanglanté le métro moscovite. La question est désormais de savoir qui se trouve derrière ces actes. Si l’administration russe reste prudente sur ce thème, on peut émettre quelques hypothèses en se demandant à qui profite le crime. On retrouvera sans doute derrière cet acte, des terroristes caucasiens, peut-être tchétchènes ou ingouches, mais cela n’a guère d’importance. La situation en Tchétchénie est normalisée, et un attentat à Moscou, aussi sanglant soit-il n’a aucune chance de déstabiliser le pouvoir tchétchène. Il faudrait pour cela, s’en prendre directement au Président Khadirov. Ce n’est donc pas une action des indépendantistes, dans un but de reconnaissance politique…

Business et terrorisme à Moscou : Mecanopolis. Une fois la première guerre de Tchétchénie achevée, l’unité de façade qui avait abouti au règlement du conflit s’effondre. En octobre 1996, un mois à peine après avoir conclu la paix, le général Alexandre Lebed, dont les ambitions personnelles deviennent trop menaçantes aux yeux du Kremlin, est limogé par Boris Eltsine. Le climat politique, déjà délétère, se détériore encore un peu plus à Moscou, au cours de ce que l’on a appelé la « guerre sordide » : chaque jour, des proches du président russe s’accusent les uns les autres de tentatives d’assassinat, par journaux interposés. Boris Berezvoski, l’oligarque patron d’Aeroflot et de la chaîne de télévision ORT, est notamment mis en cause par le général Alexandre Korjakov, chef de la garde présidentielle, dans le meurtre de Vlad Listiev, journaliste vedette d’ORT, et dans un projet d’attentat contre Vladimir Goussinski, un oligarque rival, propriétaire de NTV. Ce contexte surréaliste n’empêche pas la progression du magnat dans l’appareil d’État russe : le 30 octobre 1996, il est nommé secrétaire adjoint du Conseil de sécurité. Il est chargé des relations avec la Tchétchénie…

Armement

De futurs accords START peu ambitieux : Zone d’intérêt. Le gouvernement américain a annoncé le 24 mars la finalisation des accords bilatéraux sur la réduction des armes nucléaires qui seront signés prochainement avec la Russie. Selon les informations publiées par les agences de presse et qui font notamment suite à la rencontre de Sergei Lavrov et Hillary Clinton à Moscou le 18 mars, la Russie et les USA devraient s’engager à réduire de 30% leurs arsenaux d’armes nucléaires stratégiques. Cette réduction devrait porter le nombre d’armes nucléaires en possession de chaque puissance à 1 550 charges et 800 vecteurs (ICBM, SLBM et bombes délivrées par les airs). Le nouveau traité, souvent baptisé START III ou START 2010, devrait être signé par les présidents Obama et Medvedev à Prague le 8 avril prochain…

Espionnage

La Direction du Renseignement Militaire : Diploweb.com. Interview du général de corps d’armée Benoît Puga, directeur du renseignement militaire (DRP) de la France. Par arrêté du 5 mars 2010, du Président de la République, le général de corps d’armée Benoît Puga a été nommé chef de l’état-major particulier du Président de la République Nicolas Sarkozy. La DRM comme vous le savez a été créée en 1992, à l’issue de la première guerre du Golfe, à l’occasion de laquelle il avait été constaté un manque dans le domaine du renseignement, notamment d’environnement. Dans le contexte de la guerre froide la menace principale venait de l’Union soviétique, et le renseignement militaire était donc centré sur la connaissance des matériels et de l’organisation militaire de l’adversaire. En revanche, la connaissance de l’environnement, du contexte politico-militaire et politico-économique (notamment l’industrie d’armement) était jugée insuffisamment prise en compte pour faire face aux nouvelles formes d’engagement auxquelles étaient confrontées les armées françaises…

Economie

Le sens de la crise grecque : Le Grand Soir. Il a été dit beaucoup de choses sur la crise et la Grèce ces dernières semaines, des plus nauséabondes aux plus confuses. Il en résulte un argumentaire exportable dans tous les pays développés. Les médias ont abondamment repris le message officiel qui tient en 5 chapitres : 1) La Grèce a triché pour cacher une dette publique « insoutenable » ; 2) Elle est au bord de la cessation de paiement comme d’autres pays de la zone euro ; 3) L’Union européenne compatit mais n’y peut rien si ce n’est encourager des plans de rigueur et demander la mise sous tutelle du pays ; 4) La Grèce doit prendre des mesures d’austérité pour réduire son déficit public ; 5) La sortie de crise des pays développés implique des plans d’austérité et de rigueur de même nature. Il faut décoder ce message idéologique destiné en fait à tous les peuples des pays du Nord…

Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! : Le Monde diplomatique. La proposition allemande d’exclure la Grèce de l’Union monétaire européenne n’est finalement que le couronnement logique d’une longue suite de manifestations de mépris, entamée dans les années 90 avec le thème du « Club Med », alias les pays du Sud de l’Europe, incapables de se tenir à des règles de gestion macroéconomique rigoureuses (« allemandes »), poursuivies avec la proposition, entourée de rires gras, de vendre quelques îles grecques, et maintenant arrivées à leur terme avec la perspective finale de l’exclusion pure et simple. Mais l’Allemagne perçoit-elle exactement jusqu’où aller trop loin ? Même Christine Lagarde, piquée par on ne sait quel insecte, se met à dénoncer tout ce qu’elle a pourtant toujours adoré et fustige la stratégie non coopérative de désinflation compétitive allemande, celle-là même d’ailleurs que la France tente également de pratiquer depuis des décennies et que la construction européenne impose plus ou moins à tous ses membres – à ceci près que même dans les jeux de cons il y a des perdants et des gagnants…

Irak: la destruction de l’État comme objectif de guerre

Dans Al Qaïda, al-Maliki, Analyse, Axe du Mal, États-Unis, Barack H. Obama, Complexe Militaro-Industriel, Crimes contre l'Humanité, Crimes de Guerre, David Petraeus, Désinformation, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Fascisme, Faucons de Washington, Génocide Irakien, Géopolitique, George W. Bush, Guerre contre le Terrorisme, Guerre d'Irak, Guerre de l'Énergie, GWOT, Halliburton, Impérialisme Américain, Kurdes, le Grand Echiquier, Lobby Pétrolier, Manipulation, Mass Médias, Moqtada Al Sadr, Mountazer al-Zaïdi, Moyen-Orient, Néocolonialisme, Néoconservateurs, Néoconservatisme, Neocons, Paul Wolfowitz, Pax Americana, Pétrole, PNAC, Projet pour un Nouveau Siècle Américain, Robert Gates, Saddam Hussein, Sahwa, Terrorisme d'Etat, Uranium Appauvri, US Army le 30 mars 2010 à 12:57

par Lieven de Cauter pour BRussels Tribunal

A l’approche de l’anniversaire du déclenchement de la guerre en Irak, je pense à ce que j’écrivais il y a sept ans. Cette guerre n’avait rien à voir avec la lutte contre le terrorisme mais avait été planifiée longtemps à l’avance non pas en vue d’une démocratisation de l’Irak mais plutôt de sa destruction. J’avais été ouvertement raillé pour avoir défendu ce point de vue et ma colère était considérée au mieux comme naïve ou pathétique aux yeux de l’opinion mais pas à ceux du monde politique.

En vue de la préparation d’une soirée commémorative de ce septième anniversaire du 20 mars, je suis en train de lire :  Nettoyage culturel en Irak. Pourquoi les musées furent pillés, les bibliothèques brûlées et les universitaires assassinés ? [1]   L’hypothèse de base, que vous le croyiez ou pas, était que cette guerre avait dès le départ comme unique objectif la destruction de l’Etat irakien. Mais il y a plus : l’épuration culturelle, le pillage des musées, l’incendie des bibliothèques et l’assassinat des universitaires faisaient partie intégrante de la stratégie de guerre, affirment les auteurs.

L’élimination d’un Etat deviendra certainement un concept au même niveau que le génocide et ses dérivés tels que l’urbicide – destruction de villes-, le sociocide – destruction de sociétés -, le mnémocide – destruction de la mémoire collective -. Nous l’espérons d’autant plus que ces nouveaux concepts et leurs intrications ne s’appliquent pas seulement à l’Irak.

La presse a largement couvert les pillages de musées. Mais les articles sur ce sujet n’ont pas pointé la responsabilité des pouvoirs occupants contrairement à ce que stipulent les règles internationales du droit de la guerre. La presse n’a pas non plus stigmatisé comme telle cette stratégie de mnémocide. Par contre, au fil de toutes ces années, un silence assourdissant a occulté le meurtre programmé de centaines de cadres et universitaires victimes d’assassinats ciblés en Irak. Etrange, d’autant qu’au cours des trois premiers mois de l’occupation, 250 universitaires ont été tués. Le BRussels Tribunal dispose maintenant d’une liste de 437 victimes qui sert de référence mondiale. Parce que les professeurs qui ont documenté ces meurtres et disparitions ont aujourd’hui été assassinés ou contraints à l’exil, il est de plus en plus difficile de tenir cette liste à jour. Selon le Christian Science Monitor, en juin 2006 déjà, 2500 universitaires avaient été tués, enlevés ou expulsés du pays. Nul ne sait combien ont été assassinés à ce jour. On sait que des milliers ont été menacés, souvent par des enveloppes contenant des balles, et qu’ils se sont enfuis. Tout comme les universitaires, les journalistes, les médecins, les ingénieurs et les leaders spirituels ont fait l’objet d’intimidations, d’enlèvements et de meurtres. Il faut savoir que dans ces cas, il ne s’agit pas d’éliminations à caractère partisan car les statistiques ne le démontrent pas. Ce sont des autorités intellectuelles qui ont été ciblées, pas juste des Baasistes.

Il n’y a jamais eu la moindre enquête sur ces meurtres, les coupables n’ont donc jamais été identifiés, et encore moins jugés. Pourquoi ? Sans doute parce que les occupants et les nouveaux dirigeants estiment que cela est sans importance. Ou peut-être parce que les bataillons de la mort font partie de leur stratégie, comme auparavant au Salvador. C’est ce qu’affirme ce livre : l’assassinat des universitaires fait et continue à faire partie de «  l’option Salvador ».

Conclusion des auteurs ?  L’objectif était d’éliminer la classe intellectuelle qui aurait pu devenir le fondement naturel d’un nouvel état démocratique. C’est sinistre. A ce point sinistre qu’il est malaisé d’y croire. Et pourtant c’est vrai : l’élimination des universitaires et autres professionnels de la classe moyenne a servi le premier et plus important objectif de la guerre : la destruction de l’Etat Irakien. « Destruction d’Etat » plutôt que «  reconstruction d’Etat »  Selon les auteurs de l’ouvrage, ce choix d’objectif de guerre s’est fait sur base du consensus de trois parties : les néo-conservateurs qui voulaient des bases permanentes en des lieux géographiquement stratégiques de domination militaire ; Israël qui ne voulait plus d’un état puissant dans son arrière cour ; et l’industrie pétrolière qui voulait mettre la main sur les plus grands gisements au monde. Cela aussi, je l’avais écrit sept ans plus tôt.

Aujourd’hui, tout est là, noir sur blanc, avec beaucoup de notes de bas de page, bien documenté, dans un livre publié par un éditeur internationalement reconnu ( Pluto Press ). Le monde va peut-être enfin commencer à prendre conscience de la vérité. Des protestations universelles des milieux académiques seraient une bonne chose. Mais une minute de silence pour leurs collègues assassinés ne suffira pas. Parce que, et cela saute aux yeux, il ne s’agit que de la pointe émergée de l’iceberg : les enfants nés avec des malformations imputables à l’usage du phosphore blanc et de l’uranium appauvri, le manque d’eau potable, d’électricité et de soins de santé, la destruction du système d’enseignement qui a produit une génération perdue, un million et demi de morts et cinq millions de réfugiés, toutes ces choses mises ensemble font de la guerre en Irak le plus grand crime de guerre et la plus grande catastrophe humanitaire des dernières décennies. Et cela continue. Il n’y a guère d’espoir d’amélioration, surtout après les dernières élections. Ajoutons à cela les bombardements incessants et l’éclatement religieux du pays nous obtenons une image de l’enfer. Et nous, nous détournons de plus en plus la tête. Parce que nous sommes malades et fatigués de l’Irak après ces sept années ?  

Cela me laisse un goût amer de réaliser combien j’avais raison avec mes thèses à propos de la destruction de l’Irak que beaucoup jugeaient absurdes. Même Bush a eu raison avec son fameux show sur le pont de l’USS Lincoln le premier mai 2003 : «  mission accomplie ».

Effectivement, l’Irak est détruit.

Bon anniversaire, Mister President ! Yes, tu quoque Obama.

Lieven de Cauter est philosophe et président du BRussells Tribunal

Article original en anglais : http://www.brusselstribunal.org/StateDestruction180310.htm, le 18 mars 2010.

Traduit de l’anglais par Oscar Grosjean pour Investig’action. Publié en français sur Michel Collon info.

Note

(1Cultural Cleansing in Iraq – Why museums were looted, libraries burned and academics murdered 

Dix bonnes raisons pour que Jérusalem-Est n’appartienne pas aux Israéliens juifs

Dans AIPAC, Al-Aqsa, Al-Qods, Ariel Sharon, Avigdor Liebermann, Benyamin Netanyahou, Bible, Christianisme, Cisjordanie, Colonies Israéliennes, Conflit Israélo-Palestinien, Ehud Barak, Gaza, Histoire, Islam, Israël, Jérusalem, Judaïsme, Lobby Pro-Israélien, Manipulation, Monde Musulman, Moyen-Orient, Palestine, Religion, Shimon Perès, Sionisme, Terrorisme d'Etat, Tsahal, Tzipi Livni le 28 mars 2010 à 13:58

par Juan Cole pour Informed Comment

Le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahu a déclaré lundi devant l’American Israel Public Affaires Council (AIPAC – principal lobby proisraélien aux USA), « Jérusalem n’est pas une colonie ». Il a poursuivi en disant que le lien historique entre le peuple juif et la terre d’Israël ne peut être nié… pas plus que le lien historique entre le peuple juif et Jérusalem. Il a insisté, « Le peuple juif a construit Jérusalem il y a 3 000 ans et le peuple juif construit Jérusalem aujourd’hui. » Il a dit, « Jérusalem n’est pas une colonie. Elle est notre capitale. » Et de proclamer devant un auditoire de 7 500 personnes qui l’ovationnait, qu’il suivait simplement la politique que tous les gouvernements israéliens avaient suivie depuis la conquête de Jérusalem en 1967, pendant la Guerre des Six jours.

Netanyahu mélange les clichés romantico-nationalistes avec toute une série d’affirmations historiquement falsifiées. Mais le plus important, c’est tout ce qu’il a laissé de l’histoire et la citation qu’il a faite de son histoire déformée et inexacte, au lieu de considérer les lois, les droits ou la simple politesse humaine à l’égard de ceux qui ne sont pas de son groupe ethnique.

Voici les raisons montrant que Netanyahu s’est profondément fourvoyé, et pourquoi Jérusalem-Est ne lui appartient pas.

1 – En droit international, Jérusalem-Est est un territoire occupé, tout comme les portions de Cisjordanie qu’Israël a annexées unilatéralement à son district de Jérusalem. La Quatrième Convention de Genève de 1949 et les Règlements de La Haye de 1907 interdisent aux puissances occupantes de modifier le mode de vie des civils qui se trouvent sous occupation, et interdisent l’implantation de la population du pays occupant dans le territoire occupé. L’expulsion par Israël de Palestiniens de leurs foyers dans Jérusalem-Est, son usurpation dans la ville de propriétés palestiniennes, et son installation d’Israéliens sur la terre palestinienne sont autant de violations flagrantes du droit international. Les affirmations d’Israël selon lesquelles il n’occupe pas les Palestiniens parce que les Palestiniens n’ont pas d’Etat, sont cruelles et tautologiques. Les affirmations d’Israël selon lesquelles il construit sur un territoire vide sont ridicules. Mon arrière-cour est vide, mais cela ne donne pas le droit à Netanyahu d’y construire un immeuble d’habitations.

2 – Les gouvernements israéliens, en réalité, n’ont pas été unis et cohérents sur ce qu’ils voulaient faire à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, contrairement à ce que prétend Netanyahu. Le Plan Galili pour les colonies de Cisjordanie ne fut adopté qu’en 1973. Le Premier ministre Yitzhak Rabin s’était engagé, dans le cadre du processus de paix d’Oslo, à se retirer des territoires palestiniens et à garantir aux Palestiniens un Etat, promesses pour lesquelles il fut assassiné par un Israélien de l’extrême droite (dont les éléments aujourd’hui soutiennent le gouvernement de Netanyahu). Pas plus tard qu’en 2000, le Premier ministre d’alors, Ehud Barak, prétendit avoir donné les assurances verbales que les Palestiniens pourraient avoir la quasi-totalité de la Cisjordanie et qu’on pourrait trouver un quelconque arrangement pour que Jérusalem-Est en soit la capitale. Netanyahu tente aujourd’hui de donner l’impression que sa politique d’extrême droite du Likoud sur Jérusalem-Est et la Cisjordanie est celle de tous les gouvernements précédents, mais ce n’est tout simplement pas la vérité.

3 – Le nationalisme romantique se représente un « peuple » comme éternel et ayant un lien éternel avec une fraction précise de territoire. Cette façon de penser relève de l’invraisemblance et de la mythologie. Les peuples se forment et se transforment, parfois ils cessent d’exister, même s’il peut en rester des descendants qui abandonnèrent cette religion, origine ethnique ou langue. Les êtres humains se sont déplacés, partout, et ils ne sont rattachés directement à un aucun territoire de manière exclusive, car de nombreux groupes vécurent sur la plupart des portions de territoires. Jérusalem ne fut pas fondée par les juifs, c’est-à-dire par des adeptes de la religion juive. Elle fut fondée entre 3 000 et 2 600 ans avant notre ère, par un peuple sémite occidental, peut-être par les Cananéens, ancêtres des Palestiniens, des Libanais et de nombreux Syriens et Jordaniens, comme de nombreux juifs. A l’époque où elle fut fondée, les juifs n’existaient pas.

4 – Jérusalem a été fondée en l’honneur du dieu antique, Shalem. Ce qui ne veut pas dire Cité de la Paix, mais plutôt, « agglomération de Shalem ».

5 – Le « peuple juif » ne construisait pas Jérusalem il y a 3 000 ans, c’est-à-dire 1 000 ans avant notre ère. D’abord, on n’est pas exactement certains de la période où le judaïsme, en tant que religion centrée sur l’adoration d’un dieu unique, a vraiment pris forme. Il semble avoir eu un développement tardif étant donné qu’aucune preuve de culte quelconque, hors les divinités communes cananéennes, n’a été découverte dans les sites archéologiques pour les 1 000 ans d’avant notre ère. Il n’y a eu aucune invasion de la Palestine géographique depuis l’Egypte par d’anciens esclaves durant les 1 200 ans qui ont précédé notre ère. Les pyramides ont été construites beaucoup plus tôt et sans qu’il y ait recours à un travail d’esclaves. La chronique des évènements du règne de Ramsès II sur le mur dans Louxor ne renvoie à aucune révolte d’esclaves sérieuse, ni invasion d’esclaves, dans la péninsule du Sinaï. Les sources égyptiennes n’ont jamais entendu parler de Moïse ni des 12 plaies, etc. Les juifs et le judaïsme ont émergé d’une certaine classe sociale des Cananéens tout au long d’une période de plusieurs siècles, en Palestine.

6 – Non seulement Jérusalem n’a pas été construite par le probablement non existant « peuple juif » 1 000 ans avant notre ère, mais Jérusalem n’était sans doute pas encore habitée à ce moment de l’histoire. Jérusalem semble avoir été abandonnée entre les 1 000 et 900 ans qui ont précédé notre ère, dates traditionnelles du royaume unifié sous David et Salomon. Ainsi, Jérusalem n’a pu être la « cité de David » puisqu’il n’y avait aucune cité au moment où il est dit qu’elle était habitée. Aucun signe de palais magnifiques, ni d’Etats importants, n’a été découvert dans l’archéologie de cette période, et les tablettes assyriennes – sur lesquelles étaient inscrits même les faits mineurs dans tout le Moyen-Orient, telles les actions des reines arabes – n’évoquent aucun grand royaume de David et de Salomon en Palestine géographique.

7 – Etant donné que l’archéologie ne renvoie à aucune existence d’un royaume ou de royaumes juifs dans ce que l’on appelle la période du Premier Temple, on ignore exactement quand le peuple juif a pu régner sur Jérusalem, sauf pour le royaume hasmonéen. Les Assyriens ont conquis Jérusalem en 722. Les Babyloniens l’ont prise en 597 et ont régné jusqu’à ce qu’ils soient à leur tour envahis en 539 par les Achéménides de l’Iran antique, lesquels ont gouverné à Jérusalem jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand ne s’empare du Levant, dans les années 330 avant notre ère. Les descendants d’Alexandre, les Ptoléméens, ont régné sur Jérusalem jusqu’en 198, date à laquelle les autres descendants d’Alexandre, les Séleucides, prirent la ville. Avec la révolte des Maccabées en 168, le royaume juif hasmonéen régna sur Jérusalem jusqu’en l’an 37, mais Antigone II Mattathiah, le dernier des Hasmonéens, ne s’est emparé de Jérusalem, avec l’aide de la dynastie parthe, qu’en l’an 40. Hérode a régné depuis l’an 37 jusqu’à ce que les Romains conquièrent ce qu’ils appelaient la Palestine, en l’an 6 de l’EC (« ère commune » ou ce que les chrétiens appellent AD [du latin Anno Domini qui signifie en l’an du Seigneur]) (donc de notre ère). Les Romains et par la suite l’Empire romain d’Orient de Byzance ont gouverné la cité de l’an 6 de notre ère jusqu’en 614, où l’Empire iranien sassanide s’en empare, il va régner jusqu’à la venue des Byzantins, en 629.

Les musulmans ont pris Jérusalem en 638 et régnèrent jusqu’en 1099 quand les Croisés l’envahirent. Les Croisés tuèrent ou expulsèrent les juifs et les musulmans de la ville. Les musulmans sous Saladin la reprennent en 1187 et permettent le retour des juifs, les musulmans régnèrent jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale, soit un règne complet d’environ 1 192 ans.

Les adeptes du judaïsme n’ont pas fondé Jérusalem. La cité existait sans doute 2 700 années avant que quelque chose qu’on puisse reconnaître comme du judaïsme ne survienne. Le règne juif peut ne pas avoir duré plus de quelque 170 ans, c’est-à-dire le royaume des Hasmonéens.

8 – Par conséquent, si ce sont la construction historique de Jérusalem et le lien historique avec Jérusalem qui déterminent la souveraineté sur la cité, comme Netanyahu le prétend, les groupes qui peuvent le mieux prétendre à la cité sont les suivants :

A – les musulmans, qui régnèrent pendant 1 191 ans ;

B – les Egyptiens, qui régnèrent en tant qu’Etat vassal pendant des centaines d’années au cours du deuxième millénaire avant notre ère ;

C – les Italiens, qui régnèrent environ 444 ans, jusqu’à la chute de l’Empire romain, en l’an 450 de notre ère ;

D – les Iraniens, qui régnèrent pendant 205 ans sous les Achéménides, trois ans sous les Parthes (dans la mesure où les derniers Hasmonéens furent en réalité leurs vassaux), et 15 ans sous les Sassanides ;

E – les Grecs, qui régnèrent pendant plus de 160 ans si on compte les Ptoléméens et les Séleucides comme des Grecs ; si on les compte comme Egyptiens ou Syriens, il faut alors ajouter ces 160 années à l’époque égyptienne et introduire une époque syrienne ;

F – les Etats qui succédèrent aux Byzantins, lesquels peuvent être grecs ou turcs, et qui gouvernèrent Jérusalem pendant 188 ans, mais si on considère que leurs héritiers sont grecs, alors il faut ajouter ces années au règne des dynasties grecques hellénistiques, ce qui donnerait aux Grecs près de 350 ans de règne sur Jérusalem.

G – il existe une revendication iraquienne sur Jérusalem, elle se fonde sur les conquêtes assyriennes et babyloniennes, aussi peut-être sur le règne des Ayyoubides (dynastie de Saladin) qui étaient des Kurdes d’Iraq.

9 – Bien sûr, les juifs sont historiques liés à Jérusalem par le Temple, à chaque fois que ce lien est daté. Mais ce lien fut entretenu surtout alors que les juifs n’avaient aucun contrôle politique sur la ville, sous les règnes iraniens, grecs et romains. Il ne saurait par conséquent être avancé pour justifier une demande de contrôle politique sur la ville tout entière.

10 – Les juifs de Jérusalem et du reste de la Palestine ne sont pas partis, pour la plupart, après l’échec de la révolte de Bar Kochba contre les Romains en l’an 136 de notre ère. Ils ont continué à vivre ici et à cultiver la terre de Palestine jusqu’aux règnes des Romains puis des Byzantins. Ils se sont petit à petit convertis au christianisme. Après 638, pratiquement 10% s’étaient convertis à l’Islam.

Les Palestiniens d’aujourd’hui sont les descendants des juifs de l’antiquité et ont parfaitement le droit de vivre là où leurs ancêtres ont vécu pendant des siècles.

Juan Cole (né en Octobre 1952) est un universitaire états-unien, historien du Moyen-Orient moderne et d’Asie du Sud. Il est un professeur d’Histoire à l’université du Michigan. Commentateur sur les affaires du Moyen-Orient, il a publié plusieurs ouvrages universitaires sur le Moyen-Orient moderne et est un traducteur d’arabe et en persan.

Il écrit sur le blog Informed Comment et est président de l’Institut américain mondial.

Source : Le Grand Soir

Comprendre la mondialisation (vidéo)

Dans Analyse, États-Unis, Bankster, Banque Mondiale, Ben Bernanke, Capitalisme, Chine, Crise Financière, Crise Sociale, Dollar, Economie, FMI, G20, Géoéconomie, Goldman Sachs, Inde, Libre-Échange, Manipulation, Mondialisation, Néolibéralisme, New World Order, Nouvel Ordre Mondial, NWO, Occident, Pauvreté, PIGS, Réflexion, Réserve Fédérale, Timothy Geithner, UE, Union Européenne, Vidéo, Wall Street le 26 mars 2010 à 22:42

Mecanoblog vous propose de suivre cette brillante conférence sur l’effondrement de la mondialisation de Hervé Juvin qui a été donnée à l’Ecole militaire le 02 février 2010 et organisée par la Société de Stratégie et la Revue Agir. Quelle est la situation de la mondialisation alors que l’Occident est pleinement entré dans la récession économique ? La mondialisation est-t-elle un bouc-émissaire pour masquer le rôle des banques américaines, comme Goldman Sachs, dans l’origine de la crise financière ? Où va l’Europe ? Où va le monde ? Quelques questions que Hervé Juvin tente d’apporter des explications en essayant de rester « politiquement correct ».

Première partie : Les paradoxes de la mondialisation

Deuxième partie : Les quatre credo du mondialisme

Troisième partie : Le retour de l’Histoire et de la Géographie

Quatrième partie : La fin du conte de fée européen, le retour au réel

Source : Realpolitik.tv

Passez une bonne guerre mondiale, braves gens.

Dans AfPak, Al Shabab, ALBA, Amérique du Sud, Analyse, Anders Fogh Rasmussen, Armement, Asie Centrale, États-Unis, Barack H. Obama, Bases Américaines à l'Etranger, Bolivie, Chine, Colombie, Conflit Israélo-Palestinien, Corne d'Afrique, David Petraeus, Equateur, Fascisme, Faucons de Washington, Génocide Irakien, Géopolitique, Golfe d'Aden, Guerre contre le Terrorisme, Guerre d'Afghanistan, Guerre d'Irak, Guerre de Gaza, Guerre de l'Énergie, Guerre de Somalie, Guerre du Yémen, GWOT, Hillary Clinton, Hugo Chavez, Impérialisme Américain, ISAF, Mass Médias, Occident, OCS, ONU, Organisation de Coopération de Shanghai, OTAN, Paraguay, Pax Americana, Pentagone, Plomb Durci, République Islamique d'Iran, Robert Gates, Royaume-Uni, Shebabs, Somalie, Stanley McChrystal, Talibans, Terrorisme d'Etat, Tony Blair, Union Européenne, Venezuela le 26 mars 2010 à 18:54

par John Pilger pour johnpilger.com

Voici les nouvelles en provenance du tiers-monde. Les Etats-Unis ont envahi l’Afrique. Des troupes US sont entrées en Somalie pour étendre leur front de guerre d’Afghanistan et du Pakistan vers le Yémen et la corne de l’Afrique. En guise de préparation à une attaque contre l’Iran, des missiles américains ont été placés dans quatre états du Golfe Persique, et les bombes « bunker-buster » (briseurs de bunkers) auraient été acheminées sur la base militaire située sur l’île britannique de Diego Garcia dans l’Océan Indien.

A Gaza, la population malade et abandonnée, en majorité des enfants, se fait enterrer vivante derrière des barrières souterraines fournies par les Etats-Unis pour renforcer un siège criminel. En Amérique latine, l’administration Obama s’est octroyé sept bases militaires en Colombie, à partir desquelles il pourra mener une guerre contre les démocraties populaires du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur et du Paraguay. Pendant ce temps, le secrétaire à la « défense » Robert Gates se plaint que « l’opinion publique (européenne) et la classe politique » sont tellement opposées à la guerre qu’elles constituent un « obstacle » à la paix. Rappelez-vous, nous serons bientôt le 1er Avril.

Selon un général américain, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan n’est pas une véritable guerre mais une « guerre d’images ». Ainsi, la récente « libération de la ville de Marjah » de la « structure de commande et de contrôle » des Taliban n’était qu’une mise en scène. Les libérateurs héroïques ont tué les civils habituels, les plus pauvres parmi les pauvres. Sinon, pour le reste, c’était du bidon. Une guerre d’images est destinée à fournir de fausses informations à la population, à transformer une aventure coloniale ratée en une opération patriotique qui en valait la peine, comme si le film « les Démineurs » était réel et les parades de cercueils couverts de drapeaux à travers le ville de Wiltshire à Wooten Basset n’étaient pas une opération cynique de propagande.

« La guerre, c’est amusant », pouvait-on lire avec une extrême ironie sur les casques des soldats au Vietnam. Cela signifie que si la guerre n’a pas d’autre objectif que de servir de justification à un pouvoir vorace au service des fanatismes lucratifs des marchands d’armes, alors la vérité représente un danger. Un danger qu’on peut illustrer en comparant l’image « libérale » d’un Tony Blair en 1997, présenté à l’époque comme quelqu’un qui « veut créer un monde (où) l’idéologie aurait totalement cédé la place aux valeurs » (Hugo Young, The Guardian) à celle d’aujourd’hui, d’un menteur et d’un criminel de guerre.

Les états occidentaux tels que les Etats-Unis ou la Grande Bretagne (et la France – petit rajout du traducteur) ne sont pas menacés par les Taliban, pas plus que par une autre tribu lointaine quelconque, mais par les instincts guerriers de leurs populations respectives. Prenez par exemple les peines prononcées contre les nombreux jeunes qui ont protesté contre l’agression israélienne contre Gaza au mois de janvier de l’année dernière (2009). A la suite de ces manifestations où la police paramilitaire a « canalisé » des milliers personnes, les premiers condamnés se sont vu infliger des peines de deux années et demi de prison pour des délits mineurs qui en d’autres temps n’auraient pas fait l’objet d’une peine d’emprisonnement. Des deux côtés de l’Atlantique, toute dissidence déterminée qui dénoncerait la guerre illégale est devenue un délit grave.

C’est le silence aux sommets qui permet une telle perversion morale. Dans le monde des arts, de la littérature, du journalisme et du droit, les élites « libéraux », fuyant les débris abandonnés par Blair et à présent par Obama, continuent de voiler leur indifférence devant la barbarie et les crimes d’état de l’occident en agitant de vieux démons, tels que Saddam Hussein. Maintenant que Harold Piner a disparu, essayez donc de dresser une liste d’écrivains, d’artistes ou de militants célèbres dont les principes n’auraient pas été consumés par le « marché » ou neutralisés par la célébrité. Qui parmi eux a parlé de l’holocauste provoqué en Irak par prés de 20 années de blocus et d’agressions ? Ce fut un acte délibéré. Le 22 janvier 1991, l’agence de renseignement de l’armée US avait prévu en détail comment le blocus allait systématiquement détruire la distribution d’eau potable en Irak et aboutir à « une augmentation de crises sanitaires, sinon d’épidémies ». Alors les Etats-Unis se sont mis à éliminer l’eau potable pour la population Irakienne. Ceci fut une des causes, selon UNICEF, de la mort d’un demi million d’enfants irakiens âgés de moins de cinq ans. Apparemment, cet extrémisme là ne mérite pas d’être cité.

Norman Mailer a dit un jour qu’il pensait que les Etats-Unis, dans leur poursuite incessante de domination et de guerres, étaient entrés dans une « ère préfasciste ». Mailer semblait indécis, comme s’il voulait nous avertir de quelque chose que lui-même n’arrivait pas à définir. « Fascisme » n’est pas le bon terme, car il fait trop facilement référence à des précédents historiques, en nous renvoyant une fois encore aux images de l’oppression allemande ou italienne. A l’inverse, l’autoritarisme américain, comme l’a souligné le professeur Henry Giroux , « est plus nuancé, moins théâtral, plus subtil, moins attaché aux moyens de contrôle répressifs qu’aux moyens de contrôle par consentement. »

C’est ça l’Américanisme, la seule idéologie prédatrice qui nie qu’elle est une idéologie. La montée en puissance d’entreprises tentaculaires qui sont autant de dictatures et celle des militaires qui sont devenus un état dans l’état, planqués derrière une façade que 35.000 lobbyistes à Washington nous vendent comme la meilleure démocratie qu’on puisse trouver sur le marché, le tout accompagné d’une culture populaire programmée pour nous divertir et nous engourdir, est un phénomène sans précédent. C’est peut-être un peu exagéré, mais les résultats sont néanmoins évidents et reconnaissables. Denis Halliday et Hans von Sponeck, les hauts officiels des Nations Unies en poste en Irak durant le blocus américano-britannique, n’ont aucun doute d’avoir assisté à un génocide. Ils n’ont pourtant vu aucune chambre à gaz. Insidieusement, silencieusement, et même parfois présentés intelligemment comme une marche vers la civilisation, la troisième guerre mondiale et le génocide ont eu lieu et les victimes sont tombées les unes après les autres.

Dans la prochaine campagne électorale en Grande Bretagne, les candidats ne parleront de la guerre que pour chanter les louanges de « nos p’tits gars ». Les candidats sont tous les mêmes momies politiques enveloppés dans l’Union Jack ou le Stars and Stripes (respectivement, nom du drapeau britannique et américain – NdT). Comme Blair l’a exprimé avec un peu trop d’enthousiasme, l’élite britannique adore l’Amérique parce que l’Amérique les autorise à bombarder les indigènes et à se présenter comme un « partenaire ». Il faut mettre fin à leur jeu.

Source : Le Grand Soir

Coup de froid entre les Etats-Unis et Israël

Dans Abbas, AfPak, AIPAC, Al-Aqsa, Analyse, Armement, Avigdor Liebermann, États-Unis, Barack H. Obama, Benyamin Netanyahou, Cisjordanie, Colonies Israéliennes, Conflit Israélo-Palestinien, David Petraeus, Diplomatie, Egypte, Fatah, Faucons de Washington, France, Gaza, Géopolitique, Géostratégie, Guerre contre le Terrorisme, Guerre d'Afghanistan, Guerre d'Irak, GWOT, Hamas, Hillary Clinton, ISAF, Israël, Jérusalem, Jordanie, Lobby Pro-Israélien, Moyen-Orient, Nicolas Sarkozy, Occident, Palestine, Pentagone, Sécurité, Shimon Perès, Sionisme, Stanley McChrystal, Terrorisme d'Etat le 26 mars 2010 à 17:17

par Serge Halimi pour Le Monde diplomatique

« C’est merveilleux de revenir parmi vous et de retrouver tant d’amis. » Ainsi s’exprima la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton lors de son discours devant le congrès de l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le 22 mars. Même si Mme Clinton compte au nombre des amis les plus fidèles du gouvernement israélien au sein de l’administration de Barack Obama, les rapports se tendent néanmoins entre Tel-Aviv et Washington. Il n’est en effet pas courant que les Etats-Unis utilisent les termes « condamner », « affront », « insulte », pour qualifier une décision de leur allié (en l’occurrence l’annonce, lors de la visite en Israël du vice-président Joseph Biden, de la construction de 1 600 habitations dans la partie arabe de Jérusalem). Et le caractère glacial de la rencontre à la Maison Blanche entre M. Benyamin Nétanyahou et le président Obama conforte l’idée que les deux dirigeants s’insupportent, le premier ministre israélien étant l’enfant chéri de la droite républicaine et de Fox News (alors que la très grande majorité des juifs américains a voté pour M. Obama en 2008). Entre les dirigeants français et israéliens, tout va très bien en revanche (lire l’article d’Alain Gresh dans Le Monde diplomatique d’avril, en kiosques le 31 mars).

Les Etats-Unis n’entendent assurément pas remettre en cause l’aide militaire annuelle qu’ils versent à Israël – Mme Clinton a même indiqué que son montant (3 milliards de dollars), qui avait augmenté en 2010, augmenterait à nouveau en 2011. Mais quand ils évoquent le « partenariat stratégique global entre Israël et les Etats-Unis » (Mme Clinton vient encore de le faire devant l’Aipac), il arrive désormais aux dirigeants américains de suggérer, voire de dire carrément, que les provocations répétées du gouvernement de M. Nétanyahou nuisent à cette stratégie globale. Et fragilisent par conséquent le partenariat. La secrétaire d’Etat américaine ne peut pas ignorer qu’elle aura du mal à être prise au sérieux par nombre de pays quand, ovationnée par une association, l’Aipac, qui a appuyé la répression souvent meurtrière des manifestants palestiniens, elle fustige le fait qu’en juin dernier « des Iraniens qui protestaient en silence ont été matraqués ». « Dans le monde entier, ajoute-t-elle, les gens ont été horrifiés par la vidéo d’une jeune femme tuée en pleine rue. »

Plus fondamentalement, l’analyse régionale des Etats-Unis ne coïncide pas avec la politique actuelle de la droite et de l’extrême droite israéliennes. « Il est vrai, a indiqué Mme Clinton, que les mesures de sécurité [israéliennes] ont réduit le nombre d’attentats suicide. […] Au point que certains imaginent que le statu quo peut être perpétué. Mais les dynamiques de la démographie, de l’idéologie et de la technologie rendent cela impossible. D’abord, nul ne peut ignorer les tendances à long terme de la démographie, nées de l’occupation israélienne. Ainsi que le ministre de la défense Barak et d’autres l’ont signalé, l’heure se rapproche où les Israéliens devront choisir entre la préservation de leur démocratie et leur fidélité au rêve initial d’un foyer juif. Compte tenu de cette réalité, la solution impliquant deux Etats constitue le seul chemin viable permettant à Israël de demeurer à la fois une démocratie et un Etat juif. […] Enfin, nous devons admettre que l’évolution des technologies militaires va compliquer la sécurité d’Israël. Pendant six décennies, les Israéliens ont défendu leurs frontières avec vigilance. Mais les progrès technologiques accomplis en matière de roquettes signifient que les familles israéliennes sont dorénavant menacées à l’intérieur même de ces frontières. »

Le Pentagone donne à son tour des signes d’exaspération

Autant dire que, selon Washington, la politique des faits accomplis de Tel-Aviv radicalise une opposition arabe qui demain disposera des moyens militaires de ses ambitions. Par conséquent, cette « politique de sécurité » nuit … à la sécurité d’Israël. Et, autre paradoxe, les Etats-Unis doivent, pour conserver dans la région un crédit dont profite ensuite l’Etat hébreu, prendre leurs distances avec lui. « Les nouvelles constructions à Jérusalem ou en Cisjordanie, a répété Mme Clinton dans son discours devant l’Aipac, portent atteinte au climat de confiance nécessaire et à la perspective de négociations auxquelles les deux parties [Israël et Palestine] se proclament attachées. Et ces constructions ont pour conséquence de rendre visible le désaccord entre les Etats-Unis et Israël, que d’autres parties dans la région espèrent exploiter. Cela entame la capacité unique dont disposent les Etats-Unis, celle de jouer un rôle essentiel dans le processus de paix. Notre crédit dépend en effet dans une certaine mesure de notre capacité à pouvoir saluer les deux parties lorsqu’elles font montre de courage. Et, quand nous ne sommes pas d’accord, à le faire savoir sans hésiter. »

Le compliment – empoisonné… – à M. Nétanyahou suit : « Nous félicitons le premier ministre Nétanyahou d’avoir repris à son compte la vision d’une solution comportant deux Etats, d’avoir décidé la levée de barrages et de faciliter les déplacements en Cisjordanie. Et nous continuons d’attendre qu’Israël prenne des mesures concrètes pour transformer cette vision en réalité, afin de créer une dynamique qui ira dans le sens d’une paix globale en respectant les aspirations légitimes des Palestiniens, en arrêtant toute colonisation et en se souciant de la crise humanitaire à Gaza. »

On comprend qu’une phrase de Mme Clinton ait été diversement accueillie par les militants de l’Aipac : « Si vous doutez de la détermination du président Obama, regardez ce que nous venons de réaliser en faisant passer un texte offrant à chacun une couverture médicale financièrement accessible et de qualité. » La « détermination » du président américain ne peut en effet que le conduire à prendre davantage de distances avec les projets de la droite israélienne et du lobby américain qui la soutient.

Pour eux, la situation devient d’autant plus sérieuse que le Pentagone donne à son tour des signes d’exaspération. Le 16 mars, témoignant (PDF) devant la commission des affaires armées du Sénat, le général David Petraeus, commandant des forces américaines dans une région qui va de l’Egypte au Pakistan (et qui couvre donc à la fois l’Irak et l’Afghanistan), a eu ce propos qui n’est pas passé inaperçu : « La poursuite des hostilités entre Israël et quelques-uns de ses voisins met en cause notre capacité à défendre nos intérêts. […] Le conflit [au Proche-Orient] alimente un sentiment antiaméricain lié à une perception de favoritisme des Etats-Unis envers Israël. La colère arabe née de la question palestinienne limite la puissance et la profondeur du partenariat américain avec les gouvernements et les peuples de la région, en même temps qu’elle affaiblit la légitimité des régimes arabes modérés. Al-Qaida et les groupes militants tirent parti de cette colère afin de mobiliser de nouveaux appuis. Le conflit au Proche-Orient favorise l’influence de l’Iran dans le monde arabe à travers ses clients le Hezbollah libanais et le Hamas. »

Au moment où M. Nétanyahou voudrait que Washington durcisse le ton contre Téhéran, la déclaration de M. Petraeus est redoutable pour Tel-Aviv. Elle suggère en effet que l’allié stratégique des Etats-Unis, Israël, complique dorénavant la tâche des militaires américains. Il sera d’autant plus difficile au parti républicain, inconditionnel de M. Nétanyahou, de négliger un tel avertissement qu’il y a quelques mois il pressait M. Obama de suivre sans hésiter les recommandations afghanes du général Petraeus. Ce que fit le président des Etats-Unis en déployant des milliers de nouveaux soldats dans ce pays. Le général Petraeus vient de suggérer que leur mission était mise en péril par les politiques du gouvernement israélien. Ce n’est pas rien…

Source : Le Monde diplomatique

Les cinq séquences de la phase de dislocation géopolitique globale

Dans Afrique, Amérique du Sud, Analyse, Asie, États-Unis, Banque Mondiale, Barack H. Obama, Ben Bernanke, Capitalisme, Chine, Copenhagen Climate Council, Crise Financière, Crise Sociale, Dollar, Economie, Euro, Europe, FMI, G20, Géopolitique, Goldman Sachs, Gouvernance Mondiale, Grèce, Guerre de l'Énergie, Herman Van Rompuy, Insurrection, Iran, Libre-Échange, Lutte des Classes, Mass Médias, Mondialisation, Moyen-Orient, Néolibéralisme, New World Order, Nouvel Ordre Mondial, NWO, Occident, OCDE, Organisation de Coopération de Shanghai, PIGS, Réserve Fédérale, Russie, Timothy Geithner, Union Européenne, Wall Street le 26 mars 2010 à 16:55

En cette fin de premier trimestre 2010, au moment où sur les fronts monétaires, financiers, commerciaux et stratégiques, les signes de confrontations se multiplient au niveau international, tandis que la violence du choc social de la crise se confirme au sein des grands pays et ensembles régionaux, LEAP/E2020 est en mesure de fournir un premier séquençage anticipatif du déroulement de cette phase de dislocation géopolitique mondiale.

Nous rappelons que cette phase ne peut être un prélude à une réorganisation pérenne du système international que si, d’ici le milieu de cette décennie, les conséquences de l’effondrement de l’ordre mondial hérité de la seconde guerre mondiale et de la chute du Rideau de Fer, sont pleinement tirées. Cette évolution implique notamment une refonte complète du système monétaire international pour remplacer le système actuel fondé sur le Dollar américain par un système basé sur une devise internationale dont la valeur dérive d’un panier des principales monnaies mondiales pondérées par le poids respectif de leurs économies.

En publiant l’année dernière à la même époque un message en ce sens sur une pleine page du Financial Times, à la veille du sommet du G20 à Londres, nous avions indiqué que la « fenêtre de tir » idéale pour une telle réforme radicale se situait entre le printemps et l’été 2009, faute de quoi le monde s’engagerait dans la phase de dislocation géopolitique globale à la fin 2009 (1).

L’ « Anneau de Feu » des dettes souveraines – Répartition graphique des Etats en fonction de leur dette et de leur déficit publics (en % PIB) – Source : Reuters Ecowin, 02/2010
L’échec du sommet de Copenhague en décembre 2009, qui met fin à près de deux décennies de coopération internationale dynamique sur ce sujet, sur fond de conflits croissants entre Américains et Chinois, et de division occidentale sur la question (2), est ainsi un indicateur pertinent qui confirme cette anticipation de nos chercheurs. Les relations internationales se dégradent dans le sens d’une multiplication des tensions (zones et sujets) tandis que la capacité des Etats-Unis à jouer leur rôle d’entraînement (3), ou même tout simplement de « patron » de leurs propres clients, s’évanouit chaque mois un peu plus (4).

En cette fin de premier trimestre 2010, on peut notamment souligner :

  • . la dégradation régulière des relations sino-américaines (Taiwan, Tibet, Iran, parité Dollar-Yuan (5), baisse des achats de Bons du Trésor US, conflits commerciaux multiples, …)
  • les dissensions transatlantiques croissantes (Afghanistan (6), OTAN (7), contrats ravitailleurs US Air Force (8), climat, crise grecque, …)
  • la paralysie décisionnelle de Washington (9)
  • l’instabilité sans répit au Moyen-Orient (10) et l’aggravation des crises potentielles Israël-Palestine et Israël-Iran
  • le renforcement des logiques de blocs régionaux (Asie, Amérique latine (11) et Europe en particulier)
  • la volatilité monétaire (12) et financière (13) mondiale accrue
  • l’inquiétude renforcée sur les risques souverains
  • la critique croissante du rôle des banques US associée à une réglementation visant à régionaliser les marchés financiers (1)
  • etc…
 Parallèlement, sur fond d’absence de reprise économique (15), les confrontations sociales se multiplient en Europe tandis qu’aux Etats-Unis le tissu social est purement et simplement démantelé (16). Si le premier phénomène est plus visible que le second, c’est pourtant le second qui est le plus radical. La maîtrise de l’outil de communication international par les Etats-Unis permet de masquer les conséquences sociales de cette destruction des services publics et sociaux américains sur fond de paupérisation accélérée de la classe moyenne du pays (17). Et cette dissimulation est rendue d’autant plus aisée que, à la différence de l’Europe, le tissu social américain est atomisé (18) : faible syndicalisation, syndicats très sectorisés sans revendication sociale générale, identification historique de la revendication sociale avec des attitudes « anti-américaines » (19), … Toujours est-il que des deux côtés de l’Atlantique (et au Japon), les services publics (transports en commun, police, pompier, …) et sociaux (santé, éducation, retraite, …) sont en voie de démantèlement, quand ils ne sont pas purement et simplement fermés ; que les manifestations (20), parfois violentes, se multiplient en Europe tandis que les actions de terrorisme domestique ou de radicalisation politique (21) sont de plus en plus nombreuses aux Etats-Unis.En Chine, le contrôle croissant de l’Internet et des médias est avant tout un indicateur fiable de la nervosité accrue des dirigeants pékinois en ce qui concerne l’état de leur opinion publique. Les manifestations sur les questions de chômage et de pauvreté continuent à se multiplier, contredisant le discours optimiste des leaders chinois sur l’état de leur économie.

En Afrique, la fréquence des coups d’Etat s’accélèrent depuis l’année dernière.

Et en Amérique latine, malgré des chiffres macro-économiques plutôt positifs, l’insatisfaction sociale nourrit les risques de changements de cap politique radicaux, comme on l’a vu au Chili.

Evolution de la dépense nominale (22) dans l’OCDE (en % du PNB de l’année précédente) – Source : MacroMarketMusings / David Beckworth, 11/2009
L’ensemble de ces tendances est en train de former très rapidement un « cocktail socio-politique explosif » qui conduit directement à des conflits entre composantes de la même entité géopolitique (conflits états fédérés/état fédéral aux Etats-Unis, tensions entre Etat-membres dans l’UE, entre républiques et fédération en Russie, entre provinces et gouvernement central en Chine), entre groupes ethniques (montée des sentiments anti-immigrés un peu partout) et recours au nationalisme national ou régional (23) pour canaliser ces tensions destructrices. L’ensemble se déroulant sur fond de paupérisation des classes moyennes aux Etats-Unis, au Japon et en Europe (en particulier au Royaume-Uni et dans les pays européens et asiatiques (24) où les ménages et les collectivités sont les plus endettées).

Dans ce contexte, LEAP/E2020 considère que la phase de dislocation géopolitique mondiale va se dérouler selon cinq séquences temporelles, à savoir :

0. Initiation de la phase de dislocation géopolitique mondiale – T4 2009 / T2 2010
1. Séquence 1 : Conflits monétaires et de chocs financiers
2. Séquence 2 : Conflits commerciaux
3. Séquence 3 : Crises souveraines
4. Séquence 4 : Crises socio-politiques
5. Séquence 5 : Crises stratégiques

Par ailleurs, notre équipe présente les huit pays qui lui paraissent plus dangereux que la Grèce en matière de dette souveraine, tout en présentant son analyse de l’évolution post-crise de l’économie financière par rapport à l’économie réelle. Enfin, LEAP/E2020 présente ses recommandations mensuelles (devises, actifs, …), y compris certains critères pour une lecture plus fiable des informations dans le contexte particulier de la phase de dislocation géopolitique mondiale.

Notes

(1) Joseph Stiglitz et Simon Johnson ne disent désormais pas autre chose quand ils estiment que la crise est en train de devenir une occasion ratée de réforme du système financier mondial qui va conduire rapidement à de nouveaux chocs. Source : USAToday, 12/03/2010

(2) Américains et Européens ont des positions diamétralement opposées sur ce sujet et l’arrivée au pouvoir de Barack Obama n’a fait que rendre plus compliqué le positionnement public des Européens (puisqu’ils se sont affirmés d’emblée « Obamaphiles ») sans changer la donne sur le fond.

(3) Même dans le domaine de la recherche, la place des Etats-Unis recule très rapidement. Ainsi le classement mondial des meilleures institutions de recherche ne compte plus que six institutions américaines sur les quinze premières contre quatre européennes et deux chinoises ; et aucune dans les trois premières places. Source : Scimago Institutions Rankings 2009, 03/2009

(4) Comme l’illustre l’attitude d’Israël qui agit dorénavant de manière presque injurieuse vis-à-vis de Washington. C’est un indicateur important car personne mieux que les alliés les plus proches n’est en mesure de percevoir le degré d’impuissance d’un empire. Les ennemis ou bien les alliés récents ou éloignés sont incapables d’une telle perception car ils n’ont pas un accès aussi intime au pouvoir central, ni un recul historique suffisant pour pouvoir déceler une telle évolution. L’éditorial de Thomas Friedman dans le New York Times du 13/03/2010 illustre bien le désarroi des élites américaines face à l’attitude de plus en plus désinvolte de leur allié israélien, et également l’incapacité de l’administration américaine à réagir fermement à cette désinvolture.

(5) Le ton monte considérablement sur cette question qui devient un enjeu de pouvoir symbolique autant qu’économique pour Pékin comme pour Washington. Sources : China Daily, 14/03/2010 ; Washington Post, 14/03/2010.

(6) Le repli probable d’un grand nombre de troupes de l’OTAN hors d’Afghanistan en 2011 conduit ainsi la Russie et l’Inde à développer une stratégie commune, notamment avec l’Iran, pour prévenir un retour des Talibans au pouvoir ! Source : Times of India, 12/03/2010

(7) Outre la chute du gouvernement néerlandais sur la question de l’Afghanistan, c’est maintenant d’Allemagne que vient l’idée d’intégrer la Russie à l’OTAN, une bonne vieille idée russe, au prétexte que l’OTAN n’est plus pertinente dans sa forme actuelle. Source : Spiegel, 08/03/2010

(8) Les Européens sont tous très remontés suite à la décision de Washington d’éliminer de facto l’offre européenne du grand contrat de renouvellement des ravitailleurs de l’US Air Force. Cette décision marque probablement la fin du mythe (en vogue en Europe) d’un marché transatlantique des armements. Washington ne laissera pas d’autres compagnies que les siennes gagner de tels grands contrats. Les Européens vont donc devoir envisager sérieusement de se fournir essentiellement eux aussi auprès de leur industrie de défense. Source : Financial Times, 09/03/2010

(9) Même le Los Angeles Times du 28/02/2010 se fait l’écho des inquiétudes de l’historien britannique Niall Ferguson qui estime que l’ « empire américain » peut désormais s’effondrer du jour au lendemain comme ce fut le cas pour l’URSS.

(10) Et le fait que l’ensemble du monde arabe est désormais fortement affecté par la crise économique mondiale va ajouter à l’instabilité régionale chronique. Source : Awid/Pnud, 19/02/2010

(11) Le Vénézuela s’équipe ainsi d’avions de chasse chinois. Une situation de scénario de politique fiction il y a seulement cinq ans. Source : YahooNews, 14/03/2010

(12) Comme nous l’avions anticipé dans les précédents GEAB, la « crise grecque » se dissipant, on retourne aux réalités des tendances lourdes de la crise et comme par hasard, depuis quelques jours on commence à voir à nouveau des analyses qui mettent en perspective la perte par les Etats-Unis de leur notation AAA concernant leur dette ; et la fin du statut de monnaie de réserve du Dollar. Sources : BusinessInsider/Standard & Poor’s, 12/03/2010

(13) Le graphique ci-dessous illustre la volatilité toujours plus forte qui caractérise les places financières et qui, selon LEAP/E2020, est un indice de risque systémique majeur. Si on regarde la rentabilité du New York Stock exchange sur plus de 180 ans, on constate que les années de la décennie passée (2000-2008 et on pourrait certainement y ajouter 2009) montre des évolutions aux extrêmes des meilleurs et des pires résultats. La taille des ordres passés sur les marchés financiers mondiaux s’est ainsi réduite de 50% en cinq ans, sous l’effet de l’automatisation et des méthodes à « haute-fréquence », accroissant donc leur volatilité potentielle. Source : Financial Times, 21/02/2010

(14) Le récent avertissement du Secrétaire d’Etat au Trésor US, Thimoty Geithner, concernant les risques de dérive transatlantique en matière de réglementation financière n’est que le dernier indice de cette évolution. Source : Financial Times, 10/03/2010

(15) Dernier exemple en date, la Suède qui pensait avoir traversé la crise se retrouve à nouveau plongée dans la récession au vu des très mauvais chiffres du 4° trimestre 2009. Source : SeekingAlpha, 02/03/2010

(16) Le taux de chômage US est désormais voisin de 20%, avec des pics à 40%-50% pour les classes sociales défavorisées. Pour éviter de faire face à cette réalité, les autorités américaines pratiquent à très grande échelle une manipulation des chiffres de la population active et de la population à la recherche d’emploi. L’article de Steven Hansen publié le 21/02/2010 sur SeekingAlpha et intitulé « Which economic world are we in ? » offre une perspective intéressante à ce sujet.

(17) Une analyse certes radicale mais très bien documentée et assez pertinente de cette situation est développée par David DeGraw sur Alternet du 15/02/2010.

(18) Source (y compris les commentaires) : MarketWatch, 25/02/2010

(19) C’est la suspicion du « Rouge », du « Coco », qui dormirait dans chaque syndicaliste ou manifestant pour des causes sociales.

(20) Même aux Etats-Unis où les étudiants manifestent contre les hausses des droits d’inscription et où la population s’inquiète de la fermeture de la moitié des écoles publiques dans une ville comme Kansas City, tandis qu’à New York ce sont 62 brigades de pompiers qui vont être supprimées. Sources : New York Times, 04/03/2010 ; USAToday, 12/03/2010 ; Fire Engineering, 11/03/2010

(21) De Joe Stack aux Tea Parties, la classe moyenne américaine tend à se radicaliser très rapidement depuis la mi-2009.

(22) La dépense nominale est la valeur totale des dépenses dans une économie non corrigée de l’inflation. C’est en fait la valeur de la demande totale. On constate sur ce graphique que la crise marque un effondrement de la demande.

(23) Le terme régional est utilisé ici au sens géopolitique, d’ensemble régional (UE, Asean, …).

(24) Ainsi en Corée du Sud, l’endettement des ménages continue de s’aggraver avec la crise tandis que les entreprises accumulent des réserves de liquidités au lieu d’investir car elle ne croit pas à la reprise. Source : Korea Herald, 03/03/2010

Source : Démocratie & Entreprises

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