Archive | mars, 2010

La faillite des révolutions colorées

31 mar

par Xavier Moreau pour Realpolitik.tv

L’arrivée au pouvoir de Viktor Yanoukovitch est un nouveau revers pour la politique américaine d’expansion de l’OTAN. Cet échec intervient moins de deux ans après la débacle de l’armée géorgienne, pourtant entraînée et équipée par l’US army. La victoire de Yanoukovitch marque aussi l’échec de la révolution colorée la plus emblèmatique. Il semble, d’ailleurs, que le département d’Etat américain croit de moins en moins à ce système de subversion. Pour preuve, la prise du pouvoir au Honduras, par un parti pro-américain, en juin 2009, a été réalisée grâce à un coup d’état militaire. Il ne s’agit plus d’une manœuvre semi-pacifique et subtile, mais d’un putsch, comme la CIA en était friande pendant la guerre froide.

Malgré des succès en Serbie, en Ukraine et en Géorgie, peu de ces révolutions ont finalement abouti. En Asie centrale, elles ont toutes échoué et la tentative manquée en Ouzbékistan, en 2005, s’est terminée par le départ forcé des troupes américaines qui y étaient stationnées. En Biélorussie, le pouvoir de Loukachenko n’a jamais été ébranlé ne serait-ce qu’une heure. En Iran, le pouvoir d’Ahmadinejad est sorti vainqueur de l’affrontement.

Analyser les conditions qui ont favorisé la réussite de ces mouvements politiques permet de mieux comprendre l’évolution des régimes qui en sont issus.

Les révolutions colorées, comme les révolutions en général, ne réussissent que dans les régimes où l’autorité de l’Etat est considérablement affaiblie et discréditée. C’est le cas en Yougoslavie en 2000. La rue considère Milosevic comme le meilleur allié de l’OTAN. Il est accusé d’avoir abandonné successivement la Krajina, la Bosnie et le Kosovo, cela malgré la supériorité de l’armée serbe. C’est aussi le cas en Ukraine et en Géorgie. L’instabilité politique et économique a profondément miné la confiance des populations dans leurs dirigeants. A cela s’ajoute la présence d’oligarchies politico-économiques incontrôlables. Cet affaiblissement de l’autorité de l’Etat est une raison nécessaire mais pas suffisante. Le Tadjikistan, l’Ouzbékistan ou encore la Biélorussie connaissent également des situations économiques difficiles dans bien des domaines. Pourtant elles n’aboutissent pas à des révolutions. Pour survivre, ces régimes ont su maintenir un contrôle étroit sur les forces d’opposition potentielles et empêcher l’implication massive des ONG étrangères.

Pour réussir, une révolution colorée doit être précédée par la mise en place de réseaux et d’ONG dans le pays cible. Cela suppose une ouverture préalable de ce pays à l’influence américaine. Les administrations yougoslave, ukrainienne et géorgienne qui ont été renversées par les révolutions colorées ont toutes cru avoir trouvé dans les Etats-Unis, un allié fiable. Milosevic est l’un des premiers aparatchiki yougoslaves à se tourner vers les Etats-Unis dès les années 1970 (1). Il devient alors président de la BEOBANK, poste qu’il occupe à Belgrade et à New York. Dans les années 1990, il est l’interlocuteur privilégié des Américains. Il est même qualifié de Gorbatchev des Balkans dans la presse occidentale. Rêvant davantage d’une petite Yougoslavie dont il serait le maître que d’une grande Serbie, il joue la carte américaine quasiment jusqu’au bout. En Ukraine, c’est Léonid Koutchma qui lance, en 2002, l’idée de l’intégration à l’OTAN. Enfin, Shevernadzé en Géorgie, dont l’armée a été défaite par les indépendantistes abkhazes et ossètes, finit par se rapprocher des Occidentaux à partir de 2000 et signe un accord militaire avec les Américains en 2003. Comme le général Noriéga, le Shah d’Iran ou Saddam Hussein, ces chefs d’Etats se sont rendus compte trop tard que leur protecteur américain avait décidé de les remplacer. Entre temps, ils avaient laissé s’installer les réseaux et les ONG pro-américaines et s’étaient attirés l’animosité de la seule puissance capable de faire contrepoids dans la région.

La nécessité de garder les nouveaux présidents sous influence, et au besoin de les remplacer, explique le choix de personnalités aussi médiocres que Saakhachvili ou Youtchenko. Le fait, que Saakhachvili ou Youtchenko aient chacun mené leur pays respectif dans une impasse, importe moins que leur loyauté vis-à-vis de leur commanditaire. Le Président ukrainien ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Au lendemain de son humiliante défaite au premier tour des élections présidentielles ukrainiennes, sa décision de promouvoir Stepan Bandera (2), grand massacreur de juifs et de Polonais, comme héro national ukrainien, sonne comme une vengeance vis-à-vis de l’Occident qui l’a abandonné. Saakhachvili, de son côté, n’a pas accepté de renoncer au pouvoir, malgré les incitations de ses parrains américains (3). Il ne doit sa survie politique qu’à la transformation de son administration en un régime policier répressif. Le département d’Etat américain est ainsi piégé. Un scénario à l’Ukrainienne ne manquerait pas de rapprocher deux peuples dont les destins ont été souvent liés. Pour les Etats-Unis, perdre le Caucase après avoir perdu l’Asie Centrale et l’Ukraine serait une catastrophe. Cela sonnerait le glas de la stratégie de refoulement de la Russie (4), appliquée consciencieusement par les administrations américaines depuis 20 ans.

La situation en Serbie est sans doute plus délicate encore. En portant l’indépendance du Kosovo devant les instances juridiques de l’ONU et en se plaçant du point de vue du droit international, le Président Tadic devrait remporter une victoire importante, invalidant la reconnaissance de l’indépendance de la province de jure. Ses récentes déclarations à l’ONU pourraient l’ammener à figurer sur la liste des « remplaçables », si une telle manoeuvre est encore possible.

Les échecs de ces révolutions colorées prennent place à un moment où l’ex-première puissance n’inspire plus ni n’impressionne. La crise économique a marqué l’échec de son modèle ultra-libéral, tandis que le conflit géorgien a montré que l’US army n’affrontera pas l’armée russe pour protéger ses alliés. Un recul sur les ventes d’armes à Taïwan achèverait de la discréditer en tant qu’allié fiable et puissance militaire majeure.

Notes :

(1) Il est particulièrement proche de l’Ambassadeur américain en Yougoslavie jusqu’en 1980, Lawrence Eagleburger, lui même proche de Henry Kissinger. Il est également très lié à l’attaché militaire Brent Scowcroft, membre du Center for Strategic and International Studies, proche de Kissinger et de George Bush père. Scowcroft est co-auteur avec Zbigniew Brzezinski et David Ignatius d’ « America and the World: Conversations on the Future of American Foreign Policy » (Basic Books, 2008). Il est vraissemblable que Milosevic a surrestimé l’influence de ses soutiens américains, tandis que d’autres se sont tout simplement joués de lui.

(2) Stepan Bandera fut condamné à mort en 1934, pour l’assassinat du ministre de l’intérieur polonais. A partir de 1939, il fonde et organise la « légion ukrainienne », unité comabattant au sein de l’armée allemande. Il a été élevé à la dignité posthume de Héro d’Ukraine par un décret signé le 22 janvier 2010 par le président ukrainien Viktor Iouchtchenko, provoquant une vague de protestations en Fédération de Russie, au sein de la majorité russophone d’Ukraine et des défenseurs des droits de l’homme. Le 29 janvier, le Centre Simon-Wiesenthal a dénoncé, dans une lettre adressée à l’ambassade ukrainienne aux États-Unis, l’attribution de ce titre à un « collaborationniste nazi responsable du massacre de milliers de Juifs pendant la guerre de 1939-1945. »

(3) Au lendemain de la défaite militaro-diplomatique du Président Saakhachvili, Condolezza Rice avait déclaré « off record » que la Géorgie aurait besoin d’un nouveau président. Plus tard Georges Bush avait fait savoir au Président géorgien qu’une place de professeur l’attendait dont son institut de formation pour futurs cadres de pays amis.

(4) La politique de « rollback », en français « refoulement », est une doctrine mise au point en 1952 par le président Eisenhower et son secrétaire d’État aux affaires étrangères, John Foster Dulles, qui vise à refouler le communisme, et non plus simplement à contenir sa progression.

Retrouvez toutes les chroniques de Xavier Moreau sur Le courrier de Russie

Source : realpolitik.tv

MecanoWeb News

30 mar

International

Gaza : comment survivre sans contrebande ? : Contre Info. L’achèvement imminent par l’Égypte de l’installation d’une barrière en acier souterraine et en surface le long de sa frontière avec la bande de Gaza met les Gazaouis sur les nerfs : comment vont-ils survivre sans l’important commerce qui passe par les tunnels ? Un trafic de contrebande lucratif transite par les tunnels pour toute une gamme de produits depuis qu’Israël a imposé un embargo économique contre la bande de Gaza après la prise de pouvoir par le Hamas en juin 2007. La Banque mondiale et les économistes palestiniens estiment qu’au moins 80 pour cent des importations totales vers Gaza passent par les tunnels. « Creuser des tunnels et y travailler est l’un des rares emplois disponibles pour les jeunes Gazaouis », a dit Omar Sha’ban, économiste à Gaza…

Mexique : un syndicat liquidé en une nuit : Investig’action. Dans la soirée du samedi, 10 octobre 2009, des milliers de soldats et policiers fédéraux, profitant du fait que leur présence dans les rues est familière depuis la militarisation de la lutte anti-drogue, envahissent subrepticement une cinquantaine d’installations de la compagnie nationale d’électricité, Luz y Fuerza del Centro (LFC) qui approvisionne plus de six millions de personnes dans le centre du pays. Les militaires forcent les travailleurs présents à quitter les lieux et attendent que le président mexicain Felipe Calderon émette un décret liquidant purement et simplement l’entreprise publique et son syndicat, le Syndicat mexicain des électriciens (SME). Du jour au lendemain, 44 000 travailleurs et leur famille de même que 22 000 retraités se retrouvent à la rue alors que disparaît l’un des syndicats indépendants les plus forts et combatifs du pays…

Impérialisme

Semaine sainte sanglante en Russie : Realpolitik.tv. La semaine sainte du carême orthodoxe de l’année 2010, restera marquée par les deux attentats qui ont ensanglanté le métro moscovite. La question est désormais de savoir qui se trouve derrière ces actes. Si l’administration russe reste prudente sur ce thème, on peut émettre quelques hypothèses en se demandant à qui profite le crime. On retrouvera sans doute derrière cet acte, des terroristes caucasiens, peut-être tchétchènes ou ingouches, mais cela n’a guère d’importance. La situation en Tchétchénie est normalisée, et un attentat à Moscou, aussi sanglant soit-il n’a aucune chance de déstabiliser le pouvoir tchétchène. Il faudrait pour cela, s’en prendre directement au Président Khadirov. Ce n’est donc pas une action des indépendantistes, dans un but de reconnaissance politique…

Business et terrorisme à Moscou : Mecanopolis. Une fois la première guerre de Tchétchénie achevée, l’unité de façade qui avait abouti au règlement du conflit s’effondre. En octobre 1996, un mois à peine après avoir conclu la paix, le général Alexandre Lebed, dont les ambitions personnelles deviennent trop menaçantes aux yeux du Kremlin, est limogé par Boris Eltsine. Le climat politique, déjà délétère, se détériore encore un peu plus à Moscou, au cours de ce que l’on a appelé la « guerre sordide » : chaque jour, des proches du président russe s’accusent les uns les autres de tentatives d’assassinat, par journaux interposés. Boris Berezvoski, l’oligarque patron d’Aeroflot et de la chaîne de télévision ORT, est notamment mis en cause par le général Alexandre Korjakov, chef de la garde présidentielle, dans le meurtre de Vlad Listiev, journaliste vedette d’ORT, et dans un projet d’attentat contre Vladimir Goussinski, un oligarque rival, propriétaire de NTV. Ce contexte surréaliste n’empêche pas la progression du magnat dans l’appareil d’État russe : le 30 octobre 1996, il est nommé secrétaire adjoint du Conseil de sécurité. Il est chargé des relations avec la Tchétchénie…

Armement

De futurs accords START peu ambitieux : Zone d’intérêt. Le gouvernement américain a annoncé le 24 mars la finalisation des accords bilatéraux sur la réduction des armes nucléaires qui seront signés prochainement avec la Russie. Selon les informations publiées par les agences de presse et qui font notamment suite à la rencontre de Sergei Lavrov et Hillary Clinton à Moscou le 18 mars, la Russie et les USA devraient s’engager à réduire de 30% leurs arsenaux d’armes nucléaires stratégiques. Cette réduction devrait porter le nombre d’armes nucléaires en possession de chaque puissance à 1 550 charges et 800 vecteurs (ICBM, SLBM et bombes délivrées par les airs). Le nouveau traité, souvent baptisé START III ou START 2010, devrait être signé par les présidents Obama et Medvedev à Prague le 8 avril prochain…

Espionnage

La Direction du Renseignement Militaire : Diploweb.com. Interview du général de corps d’armée Benoît Puga, directeur du renseignement militaire (DRP) de la France. Par arrêté du 5 mars 2010, du Président de la République, le général de corps d’armée Benoît Puga a été nommé chef de l’état-major particulier du Président de la République Nicolas Sarkozy. La DRM comme vous le savez a été créée en 1992, à l’issue de la première guerre du Golfe, à l’occasion de laquelle il avait été constaté un manque dans le domaine du renseignement, notamment d’environnement. Dans le contexte de la guerre froide la menace principale venait de l’Union soviétique, et le renseignement militaire était donc centré sur la connaissance des matériels et de l’organisation militaire de l’adversaire. En revanche, la connaissance de l’environnement, du contexte politico-militaire et politico-économique (notamment l’industrie d’armement) était jugée insuffisamment prise en compte pour faire face aux nouvelles formes d’engagement auxquelles étaient confrontées les armées françaises…

Economie

Le sens de la crise grecque : Le Grand Soir. Il a été dit beaucoup de choses sur la crise et la Grèce ces dernières semaines, des plus nauséabondes aux plus confuses. Il en résulte un argumentaire exportable dans tous les pays développés. Les médias ont abondamment repris le message officiel qui tient en 5 chapitres : 1) La Grèce a triché pour cacher une dette publique « insoutenable » ; 2) Elle est au bord de la cessation de paiement comme d’autres pays de la zone euro ; 3) L’Union européenne compatit mais n’y peut rien si ce n’est encourager des plans de rigueur et demander la mise sous tutelle du pays ; 4) La Grèce doit prendre des mesures d’austérité pour réduire son déficit public ; 5) La sortie de crise des pays développés implique des plans d’austérité et de rigueur de même nature. Il faut décoder ce message idéologique destiné en fait à tous les peuples des pays du Nord…

Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! : Le Monde diplomatique. La proposition allemande d’exclure la Grèce de l’Union monétaire européenne n’est finalement que le couronnement logique d’une longue suite de manifestations de mépris, entamée dans les années 90 avec le thème du « Club Med », alias les pays du Sud de l’Europe, incapables de se tenir à des règles de gestion macroéconomique rigoureuses (« allemandes »), poursuivies avec la proposition, entourée de rires gras, de vendre quelques îles grecques, et maintenant arrivées à leur terme avec la perspective finale de l’exclusion pure et simple. Mais l’Allemagne perçoit-elle exactement jusqu’où aller trop loin ? Même Christine Lagarde, piquée par on ne sait quel insecte, se met à dénoncer tout ce qu’elle a pourtant toujours adoré et fustige la stratégie non coopérative de désinflation compétitive allemande, celle-là même d’ailleurs que la France tente également de pratiquer depuis des décennies et que la construction européenne impose plus ou moins à tous ses membres – à ceci près que même dans les jeux de cons il y a des perdants et des gagnants…

Irak: la destruction de l’État comme objectif de guerre

30 mar

par Lieven de Cauter pour BRussels Tribunal

A l’approche de l’anniversaire du déclenchement de la guerre en Irak, je pense à ce que j’écrivais il y a sept ans. Cette guerre n’avait rien à voir avec la lutte contre le terrorisme mais avait été planifiée longtemps à l’avance non pas en vue d’une démocratisation de l’Irak mais plutôt de sa destruction. J’avais été ouvertement raillé pour avoir défendu ce point de vue et ma colère était considérée au mieux comme naïve ou pathétique aux yeux de l’opinion mais pas à ceux du monde politique.

En vue de la préparation d’une soirée commémorative de ce septième anniversaire du 20 mars, je suis en train de lire :  Nettoyage culturel en Irak. Pourquoi les musées furent pillés, les bibliothèques brûlées et les universitaires assassinés ? [1]   L’hypothèse de base, que vous le croyiez ou pas, était que cette guerre avait dès le départ comme unique objectif la destruction de l’Etat irakien. Mais il y a plus : l’épuration culturelle, le pillage des musées, l’incendie des bibliothèques et l’assassinat des universitaires faisaient partie intégrante de la stratégie de guerre, affirment les auteurs.

L’élimination d’un Etat deviendra certainement un concept au même niveau que le génocide et ses dérivés tels que l’urbicide – destruction de villes-, le sociocide – destruction de sociétés -, le mnémocide – destruction de la mémoire collective -. Nous l’espérons d’autant plus que ces nouveaux concepts et leurs intrications ne s’appliquent pas seulement à l’Irak.

La presse a largement couvert les pillages de musées. Mais les articles sur ce sujet n’ont pas pointé la responsabilité des pouvoirs occupants contrairement à ce que stipulent les règles internationales du droit de la guerre. La presse n’a pas non plus stigmatisé comme telle cette stratégie de mnémocide. Par contre, au fil de toutes ces années, un silence assourdissant a occulté le meurtre programmé de centaines de cadres et universitaires victimes d’assassinats ciblés en Irak. Etrange, d’autant qu’au cours des trois premiers mois de l’occupation, 250 universitaires ont été tués. Le BRussels Tribunal dispose maintenant d’une liste de 437 victimes qui sert de référence mondiale. Parce que les professeurs qui ont documenté ces meurtres et disparitions ont aujourd’hui été assassinés ou contraints à l’exil, il est de plus en plus difficile de tenir cette liste à jour. Selon le Christian Science Monitor, en juin 2006 déjà, 2500 universitaires avaient été tués, enlevés ou expulsés du pays. Nul ne sait combien ont été assassinés à ce jour. On sait que des milliers ont été menacés, souvent par des enveloppes contenant des balles, et qu’ils se sont enfuis. Tout comme les universitaires, les journalistes, les médecins, les ingénieurs et les leaders spirituels ont fait l’objet d’intimidations, d’enlèvements et de meurtres. Il faut savoir que dans ces cas, il ne s’agit pas d’éliminations à caractère partisan car les statistiques ne le démontrent pas. Ce sont des autorités intellectuelles qui ont été ciblées, pas juste des Baasistes.

Il n’y a jamais eu la moindre enquête sur ces meurtres, les coupables n’ont donc jamais été identifiés, et encore moins jugés. Pourquoi ? Sans doute parce que les occupants et les nouveaux dirigeants estiment que cela est sans importance. Ou peut-être parce que les bataillons de la mort font partie de leur stratégie, comme auparavant au Salvador. C’est ce qu’affirme ce livre : l’assassinat des universitaires fait et continue à faire partie de «  l’option Salvador ».

Conclusion des auteurs ?  L’objectif était d’éliminer la classe intellectuelle qui aurait pu devenir le fondement naturel d’un nouvel état démocratique. C’est sinistre. A ce point sinistre qu’il est malaisé d’y croire. Et pourtant c’est vrai : l’élimination des universitaires et autres professionnels de la classe moyenne a servi le premier et plus important objectif de la guerre : la destruction de l’Etat Irakien. « Destruction d’Etat » plutôt que «  reconstruction d’Etat »  Selon les auteurs de l’ouvrage, ce choix d’objectif de guerre s’est fait sur base du consensus de trois parties : les néo-conservateurs qui voulaient des bases permanentes en des lieux géographiquement stratégiques de domination militaire ; Israël qui ne voulait plus d’un état puissant dans son arrière cour ; et l’industrie pétrolière qui voulait mettre la main sur les plus grands gisements au monde. Cela aussi, je l’avais écrit sept ans plus tôt.

Aujourd’hui, tout est là, noir sur blanc, avec beaucoup de notes de bas de page, bien documenté, dans un livre publié par un éditeur internationalement reconnu ( Pluto Press ). Le monde va peut-être enfin commencer à prendre conscience de la vérité. Des protestations universelles des milieux académiques seraient une bonne chose. Mais une minute de silence pour leurs collègues assassinés ne suffira pas. Parce que, et cela saute aux yeux, il ne s’agit que de la pointe émergée de l’iceberg : les enfants nés avec des malformations imputables à l’usage du phosphore blanc et de l’uranium appauvri, le manque d’eau potable, d’électricité et de soins de santé, la destruction du système d’enseignement qui a produit une génération perdue, un million et demi de morts et cinq millions de réfugiés, toutes ces choses mises ensemble font de la guerre en Irak le plus grand crime de guerre et la plus grande catastrophe humanitaire des dernières décennies. Et cela continue. Il n’y a guère d’espoir d’amélioration, surtout après les dernières élections. Ajoutons à cela les bombardements incessants et l’éclatement religieux du pays nous obtenons une image de l’enfer. Et nous, nous détournons de plus en plus la tête. Parce que nous sommes malades et fatigués de l’Irak après ces sept années ?  

Cela me laisse un goût amer de réaliser combien j’avais raison avec mes thèses à propos de la destruction de l’Irak que beaucoup jugeaient absurdes. Même Bush a eu raison avec son fameux show sur le pont de l’USS Lincoln le premier mai 2003 : «  mission accomplie ».

Effectivement, l’Irak est détruit.

Bon anniversaire, Mister President ! Yes, tu quoque Obama.

Lieven de Cauter est philosophe et président du BRussells Tribunal

Article original en anglais : http://www.brusselstribunal.org/StateDestruction180310.htm, le 18 mars 2010.

Traduit de l’anglais par Oscar Grosjean pour Investig’action. Publié en français sur Michel Collon info.

Note

(1Cultural Cleansing in Iraq – Why museums were looted, libraries burned and academics murdered 

Dix bonnes raisons pour que Jérusalem-Est n’appartienne pas aux Israéliens juifs

28 mar

par Juan Cole pour Informed Comment

Le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahu a déclaré lundi devant l’American Israel Public Affaires Council (AIPAC – principal lobby proisraélien aux USA), « Jérusalem n’est pas une colonie ». Il a poursuivi en disant que le lien historique entre le peuple juif et la terre d’Israël ne peut être nié… pas plus que le lien historique entre le peuple juif et Jérusalem. Il a insisté, « Le peuple juif a construit Jérusalem il y a 3 000 ans et le peuple juif construit Jérusalem aujourd’hui. » Il a dit, « Jérusalem n’est pas une colonie. Elle est notre capitale. » Et de proclamer devant un auditoire de 7 500 personnes qui l’ovationnait, qu’il suivait simplement la politique que tous les gouvernements israéliens avaient suivie depuis la conquête de Jérusalem en 1967, pendant la Guerre des Six jours.

Netanyahu mélange les clichés romantico-nationalistes avec toute une série d’affirmations historiquement falsifiées. Mais le plus important, c’est tout ce qu’il a laissé de l’histoire et la citation qu’il a faite de son histoire déformée et inexacte, au lieu de considérer les lois, les droits ou la simple politesse humaine à l’égard de ceux qui ne sont pas de son groupe ethnique.

Voici les raisons montrant que Netanyahu s’est profondément fourvoyé, et pourquoi Jérusalem-Est ne lui appartient pas.

1 – En droit international, Jérusalem-Est est un territoire occupé, tout comme les portions de Cisjordanie qu’Israël a annexées unilatéralement à son district de Jérusalem. La Quatrième Convention de Genève de 1949 et les Règlements de La Haye de 1907 interdisent aux puissances occupantes de modifier le mode de vie des civils qui se trouvent sous occupation, et interdisent l’implantation de la population du pays occupant dans le territoire occupé. L’expulsion par Israël de Palestiniens de leurs foyers dans Jérusalem-Est, son usurpation dans la ville de propriétés palestiniennes, et son installation d’Israéliens sur la terre palestinienne sont autant de violations flagrantes du droit international. Les affirmations d’Israël selon lesquelles il n’occupe pas les Palestiniens parce que les Palestiniens n’ont pas d’Etat, sont cruelles et tautologiques. Les affirmations d’Israël selon lesquelles il construit sur un territoire vide sont ridicules. Mon arrière-cour est vide, mais cela ne donne pas le droit à Netanyahu d’y construire un immeuble d’habitations.

2 – Les gouvernements israéliens, en réalité, n’ont pas été unis et cohérents sur ce qu’ils voulaient faire à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, contrairement à ce que prétend Netanyahu. Le Plan Galili pour les colonies de Cisjordanie ne fut adopté qu’en 1973. Le Premier ministre Yitzhak Rabin s’était engagé, dans le cadre du processus de paix d’Oslo, à se retirer des territoires palestiniens et à garantir aux Palestiniens un Etat, promesses pour lesquelles il fut assassiné par un Israélien de l’extrême droite (dont les éléments aujourd’hui soutiennent le gouvernement de Netanyahu). Pas plus tard qu’en 2000, le Premier ministre d’alors, Ehud Barak, prétendit avoir donné les assurances verbales que les Palestiniens pourraient avoir la quasi-totalité de la Cisjordanie et qu’on pourrait trouver un quelconque arrangement pour que Jérusalem-Est en soit la capitale. Netanyahu tente aujourd’hui de donner l’impression que sa politique d’extrême droite du Likoud sur Jérusalem-Est et la Cisjordanie est celle de tous les gouvernements précédents, mais ce n’est tout simplement pas la vérité.

3 – Le nationalisme romantique se représente un « peuple » comme éternel et ayant un lien éternel avec une fraction précise de territoire. Cette façon de penser relève de l’invraisemblance et de la mythologie. Les peuples se forment et se transforment, parfois ils cessent d’exister, même s’il peut en rester des descendants qui abandonnèrent cette religion, origine ethnique ou langue. Les êtres humains se sont déplacés, partout, et ils ne sont rattachés directement à un aucun territoire de manière exclusive, car de nombreux groupes vécurent sur la plupart des portions de territoires. Jérusalem ne fut pas fondée par les juifs, c’est-à-dire par des adeptes de la religion juive. Elle fut fondée entre 3 000 et 2 600 ans avant notre ère, par un peuple sémite occidental, peut-être par les Cananéens, ancêtres des Palestiniens, des Libanais et de nombreux Syriens et Jordaniens, comme de nombreux juifs. A l’époque où elle fut fondée, les juifs n’existaient pas.

4 – Jérusalem a été fondée en l’honneur du dieu antique, Shalem. Ce qui ne veut pas dire Cité de la Paix, mais plutôt, « agglomération de Shalem ».

5 – Le « peuple juif » ne construisait pas Jérusalem il y a 3 000 ans, c’est-à-dire 1 000 ans avant notre ère. D’abord, on n’est pas exactement certains de la période où le judaïsme, en tant que religion centrée sur l’adoration d’un dieu unique, a vraiment pris forme. Il semble avoir eu un développement tardif étant donné qu’aucune preuve de culte quelconque, hors les divinités communes cananéennes, n’a été découverte dans les sites archéologiques pour les 1 000 ans d’avant notre ère. Il n’y a eu aucune invasion de la Palestine géographique depuis l’Egypte par d’anciens esclaves durant les 1 200 ans qui ont précédé notre ère. Les pyramides ont été construites beaucoup plus tôt et sans qu’il y ait recours à un travail d’esclaves. La chronique des évènements du règne de Ramsès II sur le mur dans Louxor ne renvoie à aucune révolte d’esclaves sérieuse, ni invasion d’esclaves, dans la péninsule du Sinaï. Les sources égyptiennes n’ont jamais entendu parler de Moïse ni des 12 plaies, etc. Les juifs et le judaïsme ont émergé d’une certaine classe sociale des Cananéens tout au long d’une période de plusieurs siècles, en Palestine.

6 – Non seulement Jérusalem n’a pas été construite par le probablement non existant « peuple juif » 1 000 ans avant notre ère, mais Jérusalem n’était sans doute pas encore habitée à ce moment de l’histoire. Jérusalem semble avoir été abandonnée entre les 1 000 et 900 ans qui ont précédé notre ère, dates traditionnelles du royaume unifié sous David et Salomon. Ainsi, Jérusalem n’a pu être la « cité de David » puisqu’il n’y avait aucune cité au moment où il est dit qu’elle était habitée. Aucun signe de palais magnifiques, ni d’Etats importants, n’a été découvert dans l’archéologie de cette période, et les tablettes assyriennes – sur lesquelles étaient inscrits même les faits mineurs dans tout le Moyen-Orient, telles les actions des reines arabes – n’évoquent aucun grand royaume de David et de Salomon en Palestine géographique.

7 – Etant donné que l’archéologie ne renvoie à aucune existence d’un royaume ou de royaumes juifs dans ce que l’on appelle la période du Premier Temple, on ignore exactement quand le peuple juif a pu régner sur Jérusalem, sauf pour le royaume hasmonéen. Les Assyriens ont conquis Jérusalem en 722. Les Babyloniens l’ont prise en 597 et ont régné jusqu’à ce qu’ils soient à leur tour envahis en 539 par les Achéménides de l’Iran antique, lesquels ont gouverné à Jérusalem jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand ne s’empare du Levant, dans les années 330 avant notre ère. Les descendants d’Alexandre, les Ptoléméens, ont régné sur Jérusalem jusqu’en 198, date à laquelle les autres descendants d’Alexandre, les Séleucides, prirent la ville. Avec la révolte des Maccabées en 168, le royaume juif hasmonéen régna sur Jérusalem jusqu’en l’an 37, mais Antigone II Mattathiah, le dernier des Hasmonéens, ne s’est emparé de Jérusalem, avec l’aide de la dynastie parthe, qu’en l’an 40. Hérode a régné depuis l’an 37 jusqu’à ce que les Romains conquièrent ce qu’ils appelaient la Palestine, en l’an 6 de l’EC (« ère commune » ou ce que les chrétiens appellent AD [du latin Anno Domini qui signifie en l’an du Seigneur]) (donc de notre ère). Les Romains et par la suite l’Empire romain d’Orient de Byzance ont gouverné la cité de l’an 6 de notre ère jusqu’en 614, où l’Empire iranien sassanide s’en empare, il va régner jusqu’à la venue des Byzantins, en 629.

Les musulmans ont pris Jérusalem en 638 et régnèrent jusqu’en 1099 quand les Croisés l’envahirent. Les Croisés tuèrent ou expulsèrent les juifs et les musulmans de la ville. Les musulmans sous Saladin la reprennent en 1187 et permettent le retour des juifs, les musulmans régnèrent jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale, soit un règne complet d’environ 1 192 ans.

Les adeptes du judaïsme n’ont pas fondé Jérusalem. La cité existait sans doute 2 700 années avant que quelque chose qu’on puisse reconnaître comme du judaïsme ne survienne. Le règne juif peut ne pas avoir duré plus de quelque 170 ans, c’est-à-dire le royaume des Hasmonéens.

8 – Par conséquent, si ce sont la construction historique de Jérusalem et le lien historique avec Jérusalem qui déterminent la souveraineté sur la cité, comme Netanyahu le prétend, les groupes qui peuvent le mieux prétendre à la cité sont les suivants :

A – les musulmans, qui régnèrent pendant 1 191 ans ;

B – les Egyptiens, qui régnèrent en tant qu’Etat vassal pendant des centaines d’années au cours du deuxième millénaire avant notre ère ;

C – les Italiens, qui régnèrent environ 444 ans, jusqu’à la chute de l’Empire romain, en l’an 450 de notre ère ;

D – les Iraniens, qui régnèrent pendant 205 ans sous les Achéménides, trois ans sous les Parthes (dans la mesure où les derniers Hasmonéens furent en réalité leurs vassaux), et 15 ans sous les Sassanides ;

E – les Grecs, qui régnèrent pendant plus de 160 ans si on compte les Ptoléméens et les Séleucides comme des Grecs ; si on les compte comme Egyptiens ou Syriens, il faut alors ajouter ces 160 années à l’époque égyptienne et introduire une époque syrienne ;

F – les Etats qui succédèrent aux Byzantins, lesquels peuvent être grecs ou turcs, et qui gouvernèrent Jérusalem pendant 188 ans, mais si on considère que leurs héritiers sont grecs, alors il faut ajouter ces années au règne des dynasties grecques hellénistiques, ce qui donnerait aux Grecs près de 350 ans de règne sur Jérusalem.

G – il existe une revendication iraquienne sur Jérusalem, elle se fonde sur les conquêtes assyriennes et babyloniennes, aussi peut-être sur le règne des Ayyoubides (dynastie de Saladin) qui étaient des Kurdes d’Iraq.

9 – Bien sûr, les juifs sont historiques liés à Jérusalem par le Temple, à chaque fois que ce lien est daté. Mais ce lien fut entretenu surtout alors que les juifs n’avaient aucun contrôle politique sur la ville, sous les règnes iraniens, grecs et romains. Il ne saurait par conséquent être avancé pour justifier une demande de contrôle politique sur la ville tout entière.

10 – Les juifs de Jérusalem et du reste de la Palestine ne sont pas partis, pour la plupart, après l’échec de la révolte de Bar Kochba contre les Romains en l’an 136 de notre ère. Ils ont continué à vivre ici et à cultiver la terre de Palestine jusqu’aux règnes des Romains puis des Byzantins. Ils se sont petit à petit convertis au christianisme. Après 638, pratiquement 10% s’étaient convertis à l’Islam.

Les Palestiniens d’aujourd’hui sont les descendants des juifs de l’antiquité et ont parfaitement le droit de vivre là où leurs ancêtres ont vécu pendant des siècles.

Juan Cole (né en Octobre 1952) est un universitaire états-unien, historien du Moyen-Orient moderne et d’Asie du Sud. Il est un professeur d’Histoire à l’université du Michigan. Commentateur sur les affaires du Moyen-Orient, il a publié plusieurs ouvrages universitaires sur le Moyen-Orient moderne et est un traducteur d’arabe et en persan.

Il écrit sur le blog Informed Comment et est président de l’Institut américain mondial.

Source : Le Grand Soir

Comprendre la mondialisation (vidéo)

26 mar

Mecanoblog vous propose de suivre cette brillante conférence sur l’effondrement de la mondialisation de Hervé Juvin qui a été donnée à l’Ecole militaire le 02 février 2010 et organisée par la Société de Stratégie et la Revue Agir. Quelle est la situation de la mondialisation alors que l’Occident est pleinement entré dans la récession économique ? La mondialisation est-t-elle un bouc-émissaire pour masquer le rôle des banques américaines, comme Goldman Sachs, dans l’origine de la crise financière ? Où va l’Europe ? Où va le monde ? Quelques questions que Hervé Juvin tente d’apporter des explications en essayant de rester « politiquement correct ».

Première partie : Les paradoxes de la mondialisation

Deuxième partie : Les quatre credo du mondialisme

Troisième partie : Le retour de l’Histoire et de la Géographie

Quatrième partie : La fin du conte de fée européen, le retour au réel

Source : Realpolitik.tv

Passez une bonne guerre mondiale, braves gens.

26 mar

par John Pilger pour johnpilger.com

Voici les nouvelles en provenance du tiers-monde. Les Etats-Unis ont envahi l’Afrique. Des troupes US sont entrées en Somalie pour étendre leur front de guerre d’Afghanistan et du Pakistan vers le Yémen et la corne de l’Afrique. En guise de préparation à une attaque contre l’Iran, des missiles américains ont été placés dans quatre états du Golfe Persique, et les bombes « bunker-buster » (briseurs de bunkers) auraient été acheminées sur la base militaire située sur l’île britannique de Diego Garcia dans l’Océan Indien.

A Gaza, la population malade et abandonnée, en majorité des enfants, se fait enterrer vivante derrière des barrières souterraines fournies par les Etats-Unis pour renforcer un siège criminel. En Amérique latine, l’administration Obama s’est octroyé sept bases militaires en Colombie, à partir desquelles il pourra mener une guerre contre les démocraties populaires du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur et du Paraguay. Pendant ce temps, le secrétaire à la « défense » Robert Gates se plaint que « l’opinion publique (européenne) et la classe politique » sont tellement opposées à la guerre qu’elles constituent un « obstacle » à la paix. Rappelez-vous, nous serons bientôt le 1er Avril.

Selon un général américain, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan n’est pas une véritable guerre mais une « guerre d’images ». Ainsi, la récente « libération de la ville de Marjah » de la « structure de commande et de contrôle » des Taliban n’était qu’une mise en scène. Les libérateurs héroïques ont tué les civils habituels, les plus pauvres parmi les pauvres. Sinon, pour le reste, c’était du bidon. Une guerre d’images est destinée à fournir de fausses informations à la population, à transformer une aventure coloniale ratée en une opération patriotique qui en valait la peine, comme si le film « les Démineurs » était réel et les parades de cercueils couverts de drapeaux à travers le ville de Wiltshire à Wooten Basset n’étaient pas une opération cynique de propagande.

« La guerre, c’est amusant », pouvait-on lire avec une extrême ironie sur les casques des soldats au Vietnam. Cela signifie que si la guerre n’a pas d’autre objectif que de servir de justification à un pouvoir vorace au service des fanatismes lucratifs des marchands d’armes, alors la vérité représente un danger. Un danger qu’on peut illustrer en comparant l’image « libérale » d’un Tony Blair en 1997, présenté à l’époque comme quelqu’un qui « veut créer un monde (où) l’idéologie aurait totalement cédé la place aux valeurs » (Hugo Young, The Guardian) à celle d’aujourd’hui, d’un menteur et d’un criminel de guerre.

Les états occidentaux tels que les Etats-Unis ou la Grande Bretagne (et la France – petit rajout du traducteur) ne sont pas menacés par les Taliban, pas plus que par une autre tribu lointaine quelconque, mais par les instincts guerriers de leurs populations respectives. Prenez par exemple les peines prononcées contre les nombreux jeunes qui ont protesté contre l’agression israélienne contre Gaza au mois de janvier de l’année dernière (2009). A la suite de ces manifestations où la police paramilitaire a « canalisé » des milliers personnes, les premiers condamnés se sont vu infliger des peines de deux années et demi de prison pour des délits mineurs qui en d’autres temps n’auraient pas fait l’objet d’une peine d’emprisonnement. Des deux côtés de l’Atlantique, toute dissidence déterminée qui dénoncerait la guerre illégale est devenue un délit grave.

C’est le silence aux sommets qui permet une telle perversion morale. Dans le monde des arts, de la littérature, du journalisme et du droit, les élites « libéraux », fuyant les débris abandonnés par Blair et à présent par Obama, continuent de voiler leur indifférence devant la barbarie et les crimes d’état de l’occident en agitant de vieux démons, tels que Saddam Hussein. Maintenant que Harold Piner a disparu, essayez donc de dresser une liste d’écrivains, d’artistes ou de militants célèbres dont les principes n’auraient pas été consumés par le « marché » ou neutralisés par la célébrité. Qui parmi eux a parlé de l’holocauste provoqué en Irak par prés de 20 années de blocus et d’agressions ? Ce fut un acte délibéré. Le 22 janvier 1991, l’agence de renseignement de l’armée US avait prévu en détail comment le blocus allait systématiquement détruire la distribution d’eau potable en Irak et aboutir à « une augmentation de crises sanitaires, sinon d’épidémies ». Alors les Etats-Unis se sont mis à éliminer l’eau potable pour la population Irakienne. Ceci fut une des causes, selon UNICEF, de la mort d’un demi million d’enfants irakiens âgés de moins de cinq ans. Apparemment, cet extrémisme là ne mérite pas d’être cité.

Norman Mailer a dit un jour qu’il pensait que les Etats-Unis, dans leur poursuite incessante de domination et de guerres, étaient entrés dans une « ère préfasciste ». Mailer semblait indécis, comme s’il voulait nous avertir de quelque chose que lui-même n’arrivait pas à définir. « Fascisme » n’est pas le bon terme, car il fait trop facilement référence à des précédents historiques, en nous renvoyant une fois encore aux images de l’oppression allemande ou italienne. A l’inverse, l’autoritarisme américain, comme l’a souligné le professeur Henry Giroux , « est plus nuancé, moins théâtral, plus subtil, moins attaché aux moyens de contrôle répressifs qu’aux moyens de contrôle par consentement. »

C’est ça l’Américanisme, la seule idéologie prédatrice qui nie qu’elle est une idéologie. La montée en puissance d’entreprises tentaculaires qui sont autant de dictatures et celle des militaires qui sont devenus un état dans l’état, planqués derrière une façade que 35.000 lobbyistes à Washington nous vendent comme la meilleure démocratie qu’on puisse trouver sur le marché, le tout accompagné d’une culture populaire programmée pour nous divertir et nous engourdir, est un phénomène sans précédent. C’est peut-être un peu exagéré, mais les résultats sont néanmoins évidents et reconnaissables. Denis Halliday et Hans von Sponeck, les hauts officiels des Nations Unies en poste en Irak durant le blocus américano-britannique, n’ont aucun doute d’avoir assisté à un génocide. Ils n’ont pourtant vu aucune chambre à gaz. Insidieusement, silencieusement, et même parfois présentés intelligemment comme une marche vers la civilisation, la troisième guerre mondiale et le génocide ont eu lieu et les victimes sont tombées les unes après les autres.

Dans la prochaine campagne électorale en Grande Bretagne, les candidats ne parleront de la guerre que pour chanter les louanges de « nos p’tits gars ». Les candidats sont tous les mêmes momies politiques enveloppés dans l’Union Jack ou le Stars and Stripes (respectivement, nom du drapeau britannique et américain – NdT). Comme Blair l’a exprimé avec un peu trop d’enthousiasme, l’élite britannique adore l’Amérique parce que l’Amérique les autorise à bombarder les indigènes et à se présenter comme un « partenaire ». Il faut mettre fin à leur jeu.

Source : Le Grand Soir

Coup de froid entre les Etats-Unis et Israël

26 mar

par Serge Halimi pour Le Monde diplomatique

« C’est merveilleux de revenir parmi vous et de retrouver tant d’amis. » Ainsi s’exprima la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton lors de son discours devant le congrès de l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le 22 mars. Même si Mme Clinton compte au nombre des amis les plus fidèles du gouvernement israélien au sein de l’administration de Barack Obama, les rapports se tendent néanmoins entre Tel-Aviv et Washington. Il n’est en effet pas courant que les Etats-Unis utilisent les termes « condamner », « affront », « insulte », pour qualifier une décision de leur allié (en l’occurrence l’annonce, lors de la visite en Israël du vice-président Joseph Biden, de la construction de 1 600 habitations dans la partie arabe de Jérusalem). Et le caractère glacial de la rencontre à la Maison Blanche entre M. Benyamin Nétanyahou et le président Obama conforte l’idée que les deux dirigeants s’insupportent, le premier ministre israélien étant l’enfant chéri de la droite républicaine et de Fox News (alors que la très grande majorité des juifs américains a voté pour M. Obama en 2008). Entre les dirigeants français et israéliens, tout va très bien en revanche (lire l’article d’Alain Gresh dans Le Monde diplomatique d’avril, en kiosques le 31 mars).

Les Etats-Unis n’entendent assurément pas remettre en cause l’aide militaire annuelle qu’ils versent à Israël – Mme Clinton a même indiqué que son montant (3 milliards de dollars), qui avait augmenté en 2010, augmenterait à nouveau en 2011. Mais quand ils évoquent le « partenariat stratégique global entre Israël et les Etats-Unis » (Mme Clinton vient encore de le faire devant l’Aipac), il arrive désormais aux dirigeants américains de suggérer, voire de dire carrément, que les provocations répétées du gouvernement de M. Nétanyahou nuisent à cette stratégie globale. Et fragilisent par conséquent le partenariat. La secrétaire d’Etat américaine ne peut pas ignorer qu’elle aura du mal à être prise au sérieux par nombre de pays quand, ovationnée par une association, l’Aipac, qui a appuyé la répression souvent meurtrière des manifestants palestiniens, elle fustige le fait qu’en juin dernier « des Iraniens qui protestaient en silence ont été matraqués ». « Dans le monde entier, ajoute-t-elle, les gens ont été horrifiés par la vidéo d’une jeune femme tuée en pleine rue. »

Plus fondamentalement, l’analyse régionale des Etats-Unis ne coïncide pas avec la politique actuelle de la droite et de l’extrême droite israéliennes. « Il est vrai, a indiqué Mme Clinton, que les mesures de sécurité [israéliennes] ont réduit le nombre d’attentats suicide. […] Au point que certains imaginent que le statu quo peut être perpétué. Mais les dynamiques de la démographie, de l’idéologie et de la technologie rendent cela impossible. D’abord, nul ne peut ignorer les tendances à long terme de la démographie, nées de l’occupation israélienne. Ainsi que le ministre de la défense Barak et d’autres l’ont signalé, l’heure se rapproche où les Israéliens devront choisir entre la préservation de leur démocratie et leur fidélité au rêve initial d’un foyer juif. Compte tenu de cette réalité, la solution impliquant deux Etats constitue le seul chemin viable permettant à Israël de demeurer à la fois une démocratie et un Etat juif. […] Enfin, nous devons admettre que l’évolution des technologies militaires va compliquer la sécurité d’Israël. Pendant six décennies, les Israéliens ont défendu leurs frontières avec vigilance. Mais les progrès technologiques accomplis en matière de roquettes signifient que les familles israéliennes sont dorénavant menacées à l’intérieur même de ces frontières. »

Le Pentagone donne à son tour des signes d’exaspération

Autant dire que, selon Washington, la politique des faits accomplis de Tel-Aviv radicalise une opposition arabe qui demain disposera des moyens militaires de ses ambitions. Par conséquent, cette « politique de sécurité » nuit … à la sécurité d’Israël. Et, autre paradoxe, les Etats-Unis doivent, pour conserver dans la région un crédit dont profite ensuite l’Etat hébreu, prendre leurs distances avec lui. « Les nouvelles constructions à Jérusalem ou en Cisjordanie, a répété Mme Clinton dans son discours devant l’Aipac, portent atteinte au climat de confiance nécessaire et à la perspective de négociations auxquelles les deux parties [Israël et Palestine] se proclament attachées. Et ces constructions ont pour conséquence de rendre visible le désaccord entre les Etats-Unis et Israël, que d’autres parties dans la région espèrent exploiter. Cela entame la capacité unique dont disposent les Etats-Unis, celle de jouer un rôle essentiel dans le processus de paix. Notre crédit dépend en effet dans une certaine mesure de notre capacité à pouvoir saluer les deux parties lorsqu’elles font montre de courage. Et, quand nous ne sommes pas d’accord, à le faire savoir sans hésiter. »

Le compliment – empoisonné… – à M. Nétanyahou suit : « Nous félicitons le premier ministre Nétanyahou d’avoir repris à son compte la vision d’une solution comportant deux Etats, d’avoir décidé la levée de barrages et de faciliter les déplacements en Cisjordanie. Et nous continuons d’attendre qu’Israël prenne des mesures concrètes pour transformer cette vision en réalité, afin de créer une dynamique qui ira dans le sens d’une paix globale en respectant les aspirations légitimes des Palestiniens, en arrêtant toute colonisation et en se souciant de la crise humanitaire à Gaza. »

On comprend qu’une phrase de Mme Clinton ait été diversement accueillie par les militants de l’Aipac : « Si vous doutez de la détermination du président Obama, regardez ce que nous venons de réaliser en faisant passer un texte offrant à chacun une couverture médicale financièrement accessible et de qualité. » La « détermination » du président américain ne peut en effet que le conduire à prendre davantage de distances avec les projets de la droite israélienne et du lobby américain qui la soutient.

Pour eux, la situation devient d’autant plus sérieuse que le Pentagone donne à son tour des signes d’exaspération. Le 16 mars, témoignant (PDF) devant la commission des affaires armées du Sénat, le général David Petraeus, commandant des forces américaines dans une région qui va de l’Egypte au Pakistan (et qui couvre donc à la fois l’Irak et l’Afghanistan), a eu ce propos qui n’est pas passé inaperçu : « La poursuite des hostilités entre Israël et quelques-uns de ses voisins met en cause notre capacité à défendre nos intérêts. […] Le conflit [au Proche-Orient] alimente un sentiment antiaméricain lié à une perception de favoritisme des Etats-Unis envers Israël. La colère arabe née de la question palestinienne limite la puissance et la profondeur du partenariat américain avec les gouvernements et les peuples de la région, en même temps qu’elle affaiblit la légitimité des régimes arabes modérés. Al-Qaida et les groupes militants tirent parti de cette colère afin de mobiliser de nouveaux appuis. Le conflit au Proche-Orient favorise l’influence de l’Iran dans le monde arabe à travers ses clients le Hezbollah libanais et le Hamas. »

Au moment où M. Nétanyahou voudrait que Washington durcisse le ton contre Téhéran, la déclaration de M. Petraeus est redoutable pour Tel-Aviv. Elle suggère en effet que l’allié stratégique des Etats-Unis, Israël, complique dorénavant la tâche des militaires américains. Il sera d’autant plus difficile au parti républicain, inconditionnel de M. Nétanyahou, de négliger un tel avertissement qu’il y a quelques mois il pressait M. Obama de suivre sans hésiter les recommandations afghanes du général Petraeus. Ce que fit le président des Etats-Unis en déployant des milliers de nouveaux soldats dans ce pays. Le général Petraeus vient de suggérer que leur mission était mise en péril par les politiques du gouvernement israélien. Ce n’est pas rien…

Source : Le Monde diplomatique

Les cinq séquences de la phase de dislocation géopolitique globale

26 mar

En cette fin de premier trimestre 2010, au moment où sur les fronts monétaires, financiers, commerciaux et stratégiques, les signes de confrontations se multiplient au niveau international, tandis que la violence du choc social de la crise se confirme au sein des grands pays et ensembles régionaux, LEAP/E2020 est en mesure de fournir un premier séquençage anticipatif du déroulement de cette phase de dislocation géopolitique mondiale.

Nous rappelons que cette phase ne peut être un prélude à une réorganisation pérenne du système international que si, d’ici le milieu de cette décennie, les conséquences de l’effondrement de l’ordre mondial hérité de la seconde guerre mondiale et de la chute du Rideau de Fer, sont pleinement tirées. Cette évolution implique notamment une refonte complète du système monétaire international pour remplacer le système actuel fondé sur le Dollar américain par un système basé sur une devise internationale dont la valeur dérive d’un panier des principales monnaies mondiales pondérées par le poids respectif de leurs économies.

En publiant l’année dernière à la même époque un message en ce sens sur une pleine page du Financial Times, à la veille du sommet du G20 à Londres, nous avions indiqué que la « fenêtre de tir » idéale pour une telle réforme radicale se situait entre le printemps et l’été 2009, faute de quoi le monde s’engagerait dans la phase de dislocation géopolitique globale à la fin 2009 (1).

L’ « Anneau de Feu » des dettes souveraines – Répartition graphique des Etats en fonction de leur dette et de leur déficit publics (en % PIB) – Source : Reuters Ecowin, 02/2010
L’échec du sommet de Copenhague en décembre 2009, qui met fin à près de deux décennies de coopération internationale dynamique sur ce sujet, sur fond de conflits croissants entre Américains et Chinois, et de division occidentale sur la question (2), est ainsi un indicateur pertinent qui confirme cette anticipation de nos chercheurs. Les relations internationales se dégradent dans le sens d’une multiplication des tensions (zones et sujets) tandis que la capacité des Etats-Unis à jouer leur rôle d’entraînement (3), ou même tout simplement de « patron » de leurs propres clients, s’évanouit chaque mois un peu plus (4).

En cette fin de premier trimestre 2010, on peut notamment souligner :

  • . la dégradation régulière des relations sino-américaines (Taiwan, Tibet, Iran, parité Dollar-Yuan (5), baisse des achats de Bons du Trésor US, conflits commerciaux multiples, …)
  • les dissensions transatlantiques croissantes (Afghanistan (6), OTAN (7), contrats ravitailleurs US Air Force (8), climat, crise grecque, …)
  • la paralysie décisionnelle de Washington (9)
  • l’instabilité sans répit au Moyen-Orient (10) et l’aggravation des crises potentielles Israël-Palestine et Israël-Iran
  • le renforcement des logiques de blocs régionaux (Asie, Amérique latine (11) et Europe en particulier)
  • la volatilité monétaire (12) et financière (13) mondiale accrue
  • l’inquiétude renforcée sur les risques souverains
  • la critique croissante du rôle des banques US associée à une réglementation visant à régionaliser les marchés financiers (1)
  • etc…
 Parallèlement, sur fond d’absence de reprise économique (15), les confrontations sociales se multiplient en Europe tandis qu’aux Etats-Unis le tissu social est purement et simplement démantelé (16). Si le premier phénomène est plus visible que le second, c’est pourtant le second qui est le plus radical. La maîtrise de l’outil de communication international par les Etats-Unis permet de masquer les conséquences sociales de cette destruction des services publics et sociaux américains sur fond de paupérisation accélérée de la classe moyenne du pays (17). Et cette dissimulation est rendue d’autant plus aisée que, à la différence de l’Europe, le tissu social américain est atomisé (18) : faible syndicalisation, syndicats très sectorisés sans revendication sociale générale, identification historique de la revendication sociale avec des attitudes « anti-américaines » (19), … Toujours est-il que des deux côtés de l’Atlantique (et au Japon), les services publics (transports en commun, police, pompier, …) et sociaux (santé, éducation, retraite, …) sont en voie de démantèlement, quand ils ne sont pas purement et simplement fermés ; que les manifestations (20), parfois violentes, se multiplient en Europe tandis que les actions de terrorisme domestique ou de radicalisation politique (21) sont de plus en plus nombreuses aux Etats-Unis.En Chine, le contrôle croissant de l’Internet et des médias est avant tout un indicateur fiable de la nervosité accrue des dirigeants pékinois en ce qui concerne l’état de leur opinion publique. Les manifestations sur les questions de chômage et de pauvreté continuent à se multiplier, contredisant le discours optimiste des leaders chinois sur l’état de leur économie.

En Afrique, la fréquence des coups d’Etat s’accélèrent depuis l’année dernière.

Et en Amérique latine, malgré des chiffres macro-économiques plutôt positifs, l’insatisfaction sociale nourrit les risques de changements de cap politique radicaux, comme on l’a vu au Chili.

Evolution de la dépense nominale (22) dans l’OCDE (en % du PNB de l’année précédente) – Source : MacroMarketMusings / David Beckworth, 11/2009
L’ensemble de ces tendances est en train de former très rapidement un « cocktail socio-politique explosif » qui conduit directement à des conflits entre composantes de la même entité géopolitique (conflits états fédérés/état fédéral aux Etats-Unis, tensions entre Etat-membres dans l’UE, entre républiques et fédération en Russie, entre provinces et gouvernement central en Chine), entre groupes ethniques (montée des sentiments anti-immigrés un peu partout) et recours au nationalisme national ou régional (23) pour canaliser ces tensions destructrices. L’ensemble se déroulant sur fond de paupérisation des classes moyennes aux Etats-Unis, au Japon et en Europe (en particulier au Royaume-Uni et dans les pays européens et asiatiques (24) où les ménages et les collectivités sont les plus endettées).

Dans ce contexte, LEAP/E2020 considère que la phase de dislocation géopolitique mondiale va se dérouler selon cinq séquences temporelles, à savoir :

0. Initiation de la phase de dislocation géopolitique mondiale – T4 2009 / T2 2010
1. Séquence 1 : Conflits monétaires et de chocs financiers
2. Séquence 2 : Conflits commerciaux
3. Séquence 3 : Crises souveraines
4. Séquence 4 : Crises socio-politiques
5. Séquence 5 : Crises stratégiques

Par ailleurs, notre équipe présente les huit pays qui lui paraissent plus dangereux que la Grèce en matière de dette souveraine, tout en présentant son analyse de l’évolution post-crise de l’économie financière par rapport à l’économie réelle. Enfin, LEAP/E2020 présente ses recommandations mensuelles (devises, actifs, …), y compris certains critères pour une lecture plus fiable des informations dans le contexte particulier de la phase de dislocation géopolitique mondiale.

Notes

(1) Joseph Stiglitz et Simon Johnson ne disent désormais pas autre chose quand ils estiment que la crise est en train de devenir une occasion ratée de réforme du système financier mondial qui va conduire rapidement à de nouveaux chocs. Source : USAToday, 12/03/2010

(2) Américains et Européens ont des positions diamétralement opposées sur ce sujet et l’arrivée au pouvoir de Barack Obama n’a fait que rendre plus compliqué le positionnement public des Européens (puisqu’ils se sont affirmés d’emblée « Obamaphiles ») sans changer la donne sur le fond.

(3) Même dans le domaine de la recherche, la place des Etats-Unis recule très rapidement. Ainsi le classement mondial des meilleures institutions de recherche ne compte plus que six institutions américaines sur les quinze premières contre quatre européennes et deux chinoises ; et aucune dans les trois premières places. Source : Scimago Institutions Rankings 2009, 03/2009

(4) Comme l’illustre l’attitude d’Israël qui agit dorénavant de manière presque injurieuse vis-à-vis de Washington. C’est un indicateur important car personne mieux que les alliés les plus proches n’est en mesure de percevoir le degré d’impuissance d’un empire. Les ennemis ou bien les alliés récents ou éloignés sont incapables d’une telle perception car ils n’ont pas un accès aussi intime au pouvoir central, ni un recul historique suffisant pour pouvoir déceler une telle évolution. L’éditorial de Thomas Friedman dans le New York Times du 13/03/2010 illustre bien le désarroi des élites américaines face à l’attitude de plus en plus désinvolte de leur allié israélien, et également l’incapacité de l’administration américaine à réagir fermement à cette désinvolture.

(5) Le ton monte considérablement sur cette question qui devient un enjeu de pouvoir symbolique autant qu’économique pour Pékin comme pour Washington. Sources : China Daily, 14/03/2010 ; Washington Post, 14/03/2010.

(6) Le repli probable d’un grand nombre de troupes de l’OTAN hors d’Afghanistan en 2011 conduit ainsi la Russie et l’Inde à développer une stratégie commune, notamment avec l’Iran, pour prévenir un retour des Talibans au pouvoir ! Source : Times of India, 12/03/2010

(7) Outre la chute du gouvernement néerlandais sur la question de l’Afghanistan, c’est maintenant d’Allemagne que vient l’idée d’intégrer la Russie à l’OTAN, une bonne vieille idée russe, au prétexte que l’OTAN n’est plus pertinente dans sa forme actuelle. Source : Spiegel, 08/03/2010

(8) Les Européens sont tous très remontés suite à la décision de Washington d’éliminer de facto l’offre européenne du grand contrat de renouvellement des ravitailleurs de l’US Air Force. Cette décision marque probablement la fin du mythe (en vogue en Europe) d’un marché transatlantique des armements. Washington ne laissera pas d’autres compagnies que les siennes gagner de tels grands contrats. Les Européens vont donc devoir envisager sérieusement de se fournir essentiellement eux aussi auprès de leur industrie de défense. Source : Financial Times, 09/03/2010

(9) Même le Los Angeles Times du 28/02/2010 se fait l’écho des inquiétudes de l’historien britannique Niall Ferguson qui estime que l’ « empire américain » peut désormais s’effondrer du jour au lendemain comme ce fut le cas pour l’URSS.

(10) Et le fait que l’ensemble du monde arabe est désormais fortement affecté par la crise économique mondiale va ajouter à l’instabilité régionale chronique. Source : Awid/Pnud, 19/02/2010

(11) Le Vénézuela s’équipe ainsi d’avions de chasse chinois. Une situation de scénario de politique fiction il y a seulement cinq ans. Source : YahooNews, 14/03/2010

(12) Comme nous l’avions anticipé dans les précédents GEAB, la « crise grecque » se dissipant, on retourne aux réalités des tendances lourdes de la crise et comme par hasard, depuis quelques jours on commence à voir à nouveau des analyses qui mettent en perspective la perte par les Etats-Unis de leur notation AAA concernant leur dette ; et la fin du statut de monnaie de réserve du Dollar. Sources : BusinessInsider/Standard & Poor’s, 12/03/2010

(13) Le graphique ci-dessous illustre la volatilité toujours plus forte qui caractérise les places financières et qui, selon LEAP/E2020, est un indice de risque systémique majeur. Si on regarde la rentabilité du New York Stock exchange sur plus de 180 ans, on constate que les années de la décennie passée (2000-2008 et on pourrait certainement y ajouter 2009) montre des évolutions aux extrêmes des meilleurs et des pires résultats. La taille des ordres passés sur les marchés financiers mondiaux s’est ainsi réduite de 50% en cinq ans, sous l’effet de l’automatisation et des méthodes à « haute-fréquence », accroissant donc leur volatilité potentielle. Source : Financial Times, 21/02/2010

(14) Le récent avertissement du Secrétaire d’Etat au Trésor US, Thimoty Geithner, concernant les risques de dérive transatlantique en matière de réglementation financière n’est que le dernier indice de cette évolution. Source : Financial Times, 10/03/2010

(15) Dernier exemple en date, la Suède qui pensait avoir traversé la crise se retrouve à nouveau plongée dans la récession au vu des très mauvais chiffres du 4° trimestre 2009. Source : SeekingAlpha, 02/03/2010

(16) Le taux de chômage US est désormais voisin de 20%, avec des pics à 40%-50% pour les classes sociales défavorisées. Pour éviter de faire face à cette réalité, les autorités américaines pratiquent à très grande échelle une manipulation des chiffres de la population active et de la population à la recherche d’emploi. L’article de Steven Hansen publié le 21/02/2010 sur SeekingAlpha et intitulé « Which economic world are we in ? » offre une perspective intéressante à ce sujet.

(17) Une analyse certes radicale mais très bien documentée et assez pertinente de cette situation est développée par David DeGraw sur Alternet du 15/02/2010.

(18) Source (y compris les commentaires) : MarketWatch, 25/02/2010

(19) C’est la suspicion du « Rouge », du « Coco », qui dormirait dans chaque syndicaliste ou manifestant pour des causes sociales.

(20) Même aux Etats-Unis où les étudiants manifestent contre les hausses des droits d’inscription et où la population s’inquiète de la fermeture de la moitié des écoles publiques dans une ville comme Kansas City, tandis qu’à New York ce sont 62 brigades de pompiers qui vont être supprimées. Sources : New York Times, 04/03/2010 ; USAToday, 12/03/2010 ; Fire Engineering, 11/03/2010

(21) De Joe Stack aux Tea Parties, la classe moyenne américaine tend à se radicaliser très rapidement depuis la mi-2009.

(22) La dépense nominale est la valeur totale des dépenses dans une économie non corrigée de l’inflation. C’est en fait la valeur de la demande totale. On constate sur ce graphique que la crise marque un effondrement de la demande.

(23) Le terme régional est utilisé ici au sens géopolitique, d’ensemble régional (UE, Asean, …).

(24) Ainsi en Corée du Sud, l’endettement des ménages continue de s’aggraver avec la crise tandis que les entreprises accumulent des réserves de liquidités au lieu d’investir car elle ne croit pas à la reprise. Source : Korea Herald, 03/03/2010

Source : Démocratie & Entreprises

Chronologie des interventions américaines dans le monde

25 mar

Voici une chronologie non-exhaustive des différentes interventions impérialistes des États-Unis dans le monde depuis le Manifest Destiny de 1845. Une idéologie de colonisation, sous la présidence de James Polk, selon laquelle les États-Unis ont pour mission divine d’apporter la démocratie et la civilisation vers l’Ouest, sur les terres amérindiennes. Au début du XXème siècle, le président Théodore Roosevelt a repris le concept afin de justifier l’expansionnisme et l’interventionnisme des États-Unis hors de ses frontières quand les intérêts américains étaient menacés. Il déclara notamment : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté. »

1846 : Mexique. A l’issue d’une guerre qu’ils avaient programmées et provoquées, les États-Unis s’emparent de la moitié du territoire mexicain. Ce territoire conquis s’appelle aujourd’hui : la Californie, le Nevada, l’Utah, l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Colorado (en partie).

1852-1853 : Argentine. Les Marines  débarquent et s’installent à Buenos-Aires pour protéger les intérêts américains face à une révolution.

1853 : Nicaragua. Protection des citoyens et intérêts américains pendant des troubles politiques.

1853-1854 : Japon. « Plan d’ouverture du Japon » et expédition Perry qui conduit, avec les navires de guerre américains, à forcer le Japon à ouvrir ses ports aux États-Unis. Attendant une réponse du Japon l’autorisant à se rendre dans ce pays, le contre-amiral américain Perry, opère une démonstration navale de force et débarque par deux fois. Il obtient des autorités de Naha, sur l’île d’Okinawa, la gestion d’une concession minière. Il opère la même démonstration de force dans les îles de Bonin afin d’obtenir des facilités commerciales.

1854 : Nicaragua. Pour venger une offense faite au ministre-président américain en poste au Nicaragua : destruction de la vile de Greytown (San Juan del Norte).

1855 : Uruguay. Les armées américaines et européennes débarquent pour protéger les intérêts américains au cours d’une tentative de révolution à Montevideo.

1859 : Chine. Intervention destinée à protéger les intérêts des États-Unis à Shanghai.

1860 : Angola. Intervention en Afrique occidentale portugaise pour assurer la sécurité des citoyens et des biens américains pendant une révolte indigène à Kissembo.

1893 : Hawaii. Sous couvert officiel de protéger les vies et les biens des américains, cette intervention visa à mettre en place un gouvernement provisoire sous l’autorité de Sanford D. Dole.

1894 : Nicaragua. Intervention militaire pour protéger les intérêts américains à Bluefields à la suite d’une révolution.

1898 : Cuba. Sous prétexte de libérer l’île de la tutelle espagnole, les États-Unis s’installent et imposent une base militaire, la possibilités d’investissements financiers américains et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays.

1898 : Porto-Rico, Hawaii, Wake, Guam. Sous prétexte de défaire la tutelle espagnole, les États-Unis s’installent et imposent une base militaire, la possibilités d’investissements financiers américains et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays.

1898 : Philippines. L’archipel est vendu aux USA par l’Espagne (décembre 1898), les philippins se soulèvent contre les États-Unis (février 1899), les États-Unis envoie 70 000 militaires qui mettront trois ans pour mater le soulèvement (des milliers de pertes humaines).

1903 : Colombie. Les États-Unis fomentent une révolution à l’issue de laquelle ils créent de toute pièce la République de Panama qui lui assure le contrôle du canal et des bénéfices qu’il génère.

1914-1918 : Première Guerre Mondiale.

1915 : Haïti. Nouvelle intervention et occupation des troupes américaines pendant 19 ans.

1916 : République Dominicaine. Quatrième intervention et maintien des troupes américaines pendant 8 ans.

1926 : Nicaragua. Nouvelle intervention et expédition de 5000 militaires pour contrer une révolution.

1940-1945 : Deuxième Guerre Mondiale.

1945 : Début de la Guerre Froide entre les États-Unis et l’URSS.

1945 : Japon. Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki.

1945-46 : Chine. Bombardements.

1946 : Philippines. Colonie américaine jusqu’à l’occupation japonaise, les Philippines accèdent à leur indépendance en 1946 en concédant aux États-Unis un droit illimité d’exploitation des ressources naturelles du pays au titre des dommages de guerre. Jusqu’en 1992 les États-Unis conservent 23 bases militaires et participent à la répression des opposants communistes ou musulmans.

1947 : Grèce. Les États-Unis volent au secours de la dictature de colonels mise en place par les britanniques et menacée par la guérilla des gauchistes. Les États-Unis livrent 74 000 tonnes de matériels militaires et d’armements et envoient 250 « conseillers » militaires sur le terrain, assurant ainsi la victoire des forces de droite en 1949.

1950 : Porto Rico. Les troupes américaines qui stationnent en permanence écrasent un mouvement d’indépendance. Deux ans plus tard, Porto Rico se voit accorder le statut d‘État libre associé aux États-Unis.

1950-1953 : Corée. Les forces armées de la Corée du Nord franchissent le 38ème parallèle et pénètrent en Corée du Sud. A la « demande » des Nations-Unies, les États-Unis acceptent d’aider à repousser l’agression armée. 2 millions de coréens trouvent la mort au cours de cette guerre.

1950-53 : Chine. Nouveaux bombardements.

1953 : Iran. Opération Ajax, un coup d’État orchestré par la CIA est mené par l’armée et les grands propriétaires fonciers après que les britanniques aient organisés le boycott des compagnies pétrolières iraniennes suite à leur nationalisation en 1951. Les États-Unis soutiennent pendant les 25 ans qui suivent l’homme fort du pays, le Shah d’Iran. Celui-ci s’enfuira en 1978 devant le raz-de-marée de la Révolution Islamique de l’ayatollah Khomeiney en exil. Deux ans plus tard, en 1980, la guerre entre l’Iran et l’Irak sera une aubaine pour les industries d’armements, notamment américaines.

1954 : Guatemala. Opération PBSUCCESS, des mercenaires entraînés par la CIA au Honduras et au Nicaragua renversent, avec l’aide de l’aviation américaine, le gouvernement démocratique du président Arbenz Guzman remplacé par une junte militaire réclamée par Eisenhower.

1958 : Liban. Des milliers de Marines sont envoyés à Beyrouth pour empêcher le renversement du gouvernement pro-américain et protéger les intérêts américains dans la région.

1958 : Indonésie. Bombardements par les militaires et combattants islamistes appuyés par les États-Unis contre le gouvernement démocratique de Sumatra.

1960 : Guatemala. Bombardements.

1961 : Cuba. Opération Mongoose, armés et entraînés par la CIA, plus de 1000 exilés cubains débarquent dans la Baie des Cochons avec l’espoir de provoquer une rébellion contre le gouvernement castriste en place très populaire. Le soulèvement n’a pas lieu, les mercenaires sont rejetés à la mer, les États-Unis imposent un embargo à Cuba.

1961-1972 : Vietnam. Pendant 11 ans, les États-Unis, prenant le relais de l’armée française, utilisent tout leur arsenal militaire y compris des armes chimiques pour venir à bout d’un mouvement révolutionnaire nationaliste d’indépendance. La plus longue guerre dans laquelle se sont embarqués les États-Unis causera la mort de plus d’un million de combattants vietnamiens, quatre millions de civils et près de 60000 soldats américains.

1961-1972 : Laos et Cambodge. Bien qu’officiellement pas en guerre avec ces deux pays, les États-Unis y effectuèrent d’incessantes attaques aériennes et d’innombrables massacres de populations.

1961 : Congo. Assassinat du premier ministre Patrice Lumumba par les services secrets belges soutenus par la CIA.

1962 : Cuba. Crise des missiles.

1964 : Panama.  Les Marines qui protègent les intérêts américains du canal de Panama écrasent une révolte visant à nationaliser ce secteur stratégique. Après avoir protégé et utilisé le dictateur panaméen pour leurs attaques contre le Nicaragua sandiniste, les USA s’en débarrassent. 26 000 soldats américains envahissent le pays sous couvert de le faire comparaître devant les tribunaux américains pour trafic de drogue. Des centaines de civils périssent sous les bombardements.

1964 : Brésil. Renversement du président Joao Goulart par un putch militaire soutenu par la CIA et instauration de la dictature du maréchal Castelo Branco.

1964 : Congo. Bombardements pour réprimer la révolte nationaliste de gauche soutenue par l’Organisation de l’Unité Africaine.

1965 : Indonésie. Prétextant une tentative de putch des communiste pourtant proche du pouvoir de Sukarno, une opération militaire sanglante dont les dirigeants sont téléguidés par la CIA est menée. Des centaines de milliers d’indonésiens sont victimes d’une chasse à l’opposant, la longue et meurtrière carrière de l’homme de paille américain Suharto commence pour culminer au Timor Oriental.

1965 : République Dominicaine. Sous le couvert de l’Organisation des États Américains, les États-Unis interviennent militairement pour contrer une prétendue menace communiste et provoquent un coup d’État contre le président Juan Bosch élu démocratiquement. La bataille de Saint-Domingue fait quelque 10 000 victimes.

1965 : Pérou. Bombardements.

1967-69 : Guatemala. Formation des forces armées guatémaltèques du président Julio César Mendez Montenegro par les forces spéciales américaines pour contrer les attaques des rebelles gauchistes.

1970 : Oman. Soutien logistique de la CIA et formation par des conseillers américains, les troupes iraniennes tentent d’envahir le sultanat pour contrer l’insurrection communiste dite Guerre du Dhofar.

1970 : Moyen-Orient. Implication militaire des États-Unis auprès d’Israël dans les guerres qui ont lieu dans cette région du globe.

1973 : Chili. Suite à la réforme agraire et aux nationalisations, les États-Unis, par l’intermédiaire de la CIA et de la firme ITT, fomentent un coup d’État militaire qui conduit à l’extermination du président élu de gauche Salvador Allende. Des milliers de morts, de femmes et d’enfants enlevés et torturés, et l’installation de la dictature d’extrême-droite du général Pinochet conseillé par la CIA.

1975-1999 : Timor Oriental. Les États-Unis soutiennent sans faillir l’invasion et l’annexion conduite par l’Indonésie de Suharto. Un tiers de la population est décimée en près de 25 années. Alors qu’en 1999 lors d’un référendum, 80% de la population du Timor Oriental choisit l’indépendance, les États-Unis soutiennent les exactions et la terreur de milices téléguidées par l’armée indonésienne qui s’opposent à l’indépendance. Les États-Unis finissent par accepter, sous la pression internationale, l’idée d’une force de maintien de la Paix de l’ONU.

1979-1989 : Afghanistan. Opération Cyclone, soutien logistique aux Moudjahidins du commandant Massoud pour contrer l’invasion de l’URSS. Soutien à Oussama Ben Laden appuyé par les services secrets pakistanais, l’ISI, dans le recrutement, la formation et l’envoi de combattants islamistes sur le front afghan.

1980-1990 : Salvador. Les États-Unis s’engagent militairement aux côté des forces gouvernementales, de l’oligarchie au pouvoir et des escadrons de la mort de l’armée salvadorienne pour contrer la guérilla marxiste du FMLN. En 1980, l’archevêque Romero, très populaire chez les pauvres, est assassiné par des hommes proches de la CIA. En dix ans, la guerre civile a fait plus de 100 000 morts.

1981-1988 : Nicaragua. Les États-Unis n’acceptent pas la série de réformes que les Sandinistes du président Daniel Ortega arrivés au pouvoir en 1979 engagent. Les États-Unis apportent leur soutien aux Contras basés au Honduras. En 1986, le scandale de l’Irangate révèle que le produit financier des ventes d’armes américaines à l’Iran a servi a financer les Contras.

1982-1984 : Liban. Les troupes phalangistes du Liban soutenues par Israël et les États-Unis expulsent et massacrent des Palestiniens.

1983 : Grenade. Opération Urgent Fury, embourbés au Liban, les États-Unis font une démonstration de force en envahissant la minuscule île de la Grenade prétextant de la sécurité de quelques citoyens américains et pour renverser le dirigeant Maurice Bishop suite à son coup d’Etat pacifique contre le régime autoritaire du Premier Ministre Eric Gairy. Huit ans plus tard, le Wall Street Journal qualifie cette démonstration d’« invasion des banques », l’île est devenue un paradis pour la fraude financière et l’évasion fiscale.

1986 : Libye. Suite aux attentats anti-américains en Europe, l’aviation américaine bombarde des villes libyennes, faisant des centaines de victimes parmi les civils et les officiels.

1986 : Les États-Unis sont condamnés pour “usage illégal de la force” contre le Nicaragua par la Cour internationale de justice de La Haye.

1988 : Iran. Opération Praying Mantis de la marine américaine contre les deux plateformes pétrolières iraniennes, Sassan & Sirri, durant la guerre Iran-Irak et suite aux dégâts de la frégate USS Samuel B. Roberts causés par une mine iranienne.

1989 : Philippines. L’aviation américaine prête main-forte aux forces gouvernementales pour contrecarrer un des nombreux coup d’État contre la présidente Corazon Aquino, farouche opposante aux communistes et aux indépendantistes musulmans.

1989 : Panama. Opération Just Cause, le président George H.W. Bush ordonne la prise de contrôle du canal de Panama et renverse le dictateur militaire Manuel Noriega, agent double de la CIA, suite au prétexte de l’exécution d’un soldat américain par des soldats panaméens.

1991 : Fin de la Guerre Froide entre les États-Unis et l’URSS.

1991 : Irak. Allié précieux des États-Unis dans la région durant de longues années, le dictateur Saddam Hussein envahit le Koweït sans en référer à la superpuissance. Les États-Unis, n’acceptant pas de perdre le contrôle d’une partie des ressources pétrolières du Golfe, déclarent la guerre à l’Irak en janvier 1991 et mettent en place une coalition militaire internationale qui, avec le soutien de l’ONU, libère le Koweït. L’Irak est placé sous embargo.

1993-1994 : Somalie. Fiasco des opérations Restore Hope I et II, en appui à l’ONU, pour mettre fin à la guerre civile du seigneur de guerre Mohamed Aidid.

1994 : Haïti. Ayant occupé Haïti de 1915 à 1934 puis soutenus les deux effroyables dictatures de François et Jean-Claude Duvalier de 1957 à 1986, les États-Unis se montrent favorables au renversement par coup d’État, en 1991, contre le dictateur Raoul Cédras remplacé par le le président en exil Jean-Bertrand Aristide escorté par 22000 soldats américains. Parmi les militaires impliqués dans le coup d’État, le colonel François qui a été formé, comme les dictateurs latino-américains Noriega et d’Aubuisson, dans la même académie militaire américaine. Trois ans plus tard les États-Unis interviennent militairement pour remettre en scelle le président déchu.

1995 : Yougoslavie. Bombardements en Bosnie-Herzégovine en soutien aux forces armées de l’ONU/OTAN.

1996 : Somalie. Soutien de la CIA dans l’assassinat de Mohamed Aidid.

1998 : Irak. Les États-Unis et l’Angleterre reprennent leurs bombardements sur l’Irak et se fixent comme objectif l’élimination physique de Saddam Hussein et la mise en place d’un gouvernement de remplacement.

1998 : Soudan. Opération Infinite Reach, en riposte aux attentats terroristes contre les ambassades américaines de Nairobi au Kenya et de Dar-es-Salaam en Tanzanie, l’armée américaine détruit un complexe pharmaceutique d’Al-Shifa supposé servir de lieux de production d’armement chimique à des fins terroristes.

1998 : Afghanistan, Opération Infinite Reach, bombardements massifs par la marine américaine de quatre camps d’entrainement dont Al Badr, El Farouq et Zawhar Kili, dirigés par Oussama Ben Laden, ex-agent de la CIA, lors d’un sommet de hauts responsables de plusieurs milices islamistes. L’attaque américaine provoqua la mort de cinq agents secrets pakistanais de l’ISI.

1998 : Timor Oriental. Soutien logistique à l’ONU pour son indépendance.

1999 : Yougoslavie. Au mois de mars, sous l’impulsion des États-Unis, l’OTAN bombarde le Kosovo et la Serbie ou s’opposent l’Armée de Libération du Kosovo qui depuis 1998 mène des opérations de guérilla et les forces de polices serbes qui, de leur côté, prennent en otage les populations civiles. Des centaines de bombes à uranium appauvri sont testées par les États-Unis.

11 septembre 2001 : Début de la Guerre contre le Terrorisme. Lancement de l’opération Enduring Freedom à l’échelle du globe.

2001 à nos jours : Afghanistan. Opération Active Endeavour, suite aux attentats du 11 septembre attribués à l’organisation Al-Qaïda dirigée par Oussama Ben Laden, les États-Unis forment une coalition internationale, implantent des bases au Pakistan et bombardent massivement le pays. Les Taliban sont renversés. Les États-Unis ne parviennent pas à imposer leur « protégé » (l’ancien roi), un gouvernement de transition est mis en place. Les prisonniers de guerre se voient déniés par les États-Unis de leurs droits internationaux reconnus par les conventions internationales, certains sont déportés sur la base militaire américaine de Guantanamo à Cuba et subissent un régime d’exception contraire aux principes internationaux et à la législation américaine elle-même. Derrière ces événements, les États-Unis légitiment leur allié dictateur du Pakistan, assurent peu à peu leur mainmise sur le transit des ressources naturelles régionales.

2002 : Irak, Iran et Corée du Nord. Les États-Unis placent ces pays au nombre des composantes de l’Axe du Mal, la nouvelle doctrine militaro-mystique de mise en place de “guerres préventives“  contre tous ceux qui ne s’alignent pas sur les États-Unis.

2002 : Phillipines. Opération Enduring Freedom, soutien économique et militaire au gouvernement philippin contre les guérillas.

2002 : Corne de l’Afrique. Opération Enduring Freedom.

2002 : Géorgie. Opération Enduring Freedom, formation de plusieurs bataillons d’infanterie de l’armée géorgienne dans la vallée du Pankissi.

2002 : Irak. Les États-Unis font pression sur la communauté internationale pour lancer un corps expéditionnaire en Irak visant au renversement de Saddam Hussein, à l’instauration d’un gouvernement favorable à leurs intérêts, à l’obtention des principales parts de marchés de la reconstruction du pays après bombardements, à l’octroi de concessions sur les immenses ressources pétrolières du pays. Fin 2002, les USA et leurs alliés anglais ont massés des dizaines de milliers de soldats sur-équipés sur place, prêts à une offensive.

2003 : Irak. Les États-Unis outrepassent les décisions de l’ONU et envahissent l’Irak dans la nuit du 19 au 20 mars, avec le soutien de l’Angleterre. Un déluge de feu s’abat sur le pays et la population dont déjà près de 500 000 personnes sont mortes en 10 ans du fait du blocus économique (800 missiles Tomahawk, 23 000 bombes à uranium, à fragmentation, mini-nucléaire). Un mouvement mondial d’opposition à la guerre et à l’agression militaire des États-Unis se développe en faveur de la paix et pour le respect du droit international. La majorité des pays de la planète condamnent l’agression américaine contre un pays souverain. Par cet acte les USA ouvre la voix dangereuse et criminelle à la doctrine de la guerre préventive permettant d’attaquer tout pays ne se soumettant pas à la conception impérialiste américaine.

2003 : Sao Tomé-et-Principe. Intervention suite à une tentative de coup d’État militaire contre le président Fradique de Menezes.

2004 : Haïti. Intervention militaire avec l’aide de la France pour chasser le président Jean-Bertrad Aristide.

2004 à nos jours : Pakistan. Début de la guerre du Waziristan contre les nombreux mouvements de Taliban. Bombardements réguliers par des drones de l’armée américaine et de la CIA.

2004 : Algérie. Soutien militaire au gouvernement dans sa lutte contre le GSPC devenu AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique).

2004 : Kyrghizstan. Opération Enduring Freedom.

2008 à nos jours : Somalie. Bombardements de plusieurs camps islamistes d’Al-Shabaab supposés être liés à Al-Qaïda.

2008-2009 : Palestine. Soutien financier et logistique à l’armée israélienne dont l’envoi de 3000 tonnes de munitions en prélude à l’opération Plomb Durci dans la Bande de Gaza contre le Hamas.

2009-2010 : Yémen. Bombardements par l’aviation américaine de plusieurs camps de la rébellion zaïdites des Houthis soutenus par l’Iran et en conflit contre le gouvernement yéménite depuis 2004, dit Insurrection de Sa’dah.

Le sionisme et la carte de l’Holocauste par Norman D. Finklestein

24 mar

Extrait sous-titré en français du documentaire American Radical : The trials of Norman Finklestein. Le docteur Norman D. Finklestein est l’auteur de L’industrie de l’Holocauste .

ONU : la fracture iranienne

24 mar

par Vincent Jauvert pour le Nouvel Observateur

L’adoption de nouvelles sanctions contre l’Iran devient l’enjeu numéro un de la diplomatie internationale. Voici, à ce sujet, l’article que je publie dans l’Obs cette semaine.

Barack Obama va-t-il perdre sa première grande bataille diplomatique ? Poussée par la France, l’administration américaine tente d’obtenir du Conseil de Sécurité des Nations unies l’adoption de nouvelles sanctions contre l’Iran. L’idée est de priver les gardiens de la révolution de leurs sources de revenus en sanctionnant les nombreuses firmes qu’ils contrôlent. Mais, en dépit des efforts de Hillary Clinton et de son équipe qui, depuis quelques semaines, sillonnent la planète afin de convaincre les pays clés à l’ONU, l’entreprise semble mal partie.

Les réticences chinoises

« Sur l’Iran, vous n’imaginez pas à quel point nous, Français et Américains, sommes isolés sur la scène internationale, dit un officiel à Paris. La plupart des grands pays émergents refusent de nous soutenir. Ils considèrent que, sur le sujet, nous sommes arrogants, voire néocolonialistes. » Certes, il y a la Russie, qui, assure-t-on à Paris et à Washington, votera la résolution franco-américaine. Pour obtenir l’appui du Kremlin, l’Elysée et la Maison-Blanche ont accepté de nombreux assouplissements à leur texte initial. Ils voulaient pouvoir s’en prendre aux responsables des atteintes aux droits de l’homme à Téhéran, geler leurs comptes à l’étranger et les interdire de visas. Un projet abandonné. Le Kremlin, qui pratique la même répression sur son sol, a refusé de souscrire à de telles mesures. Les Russes ont également rappelé qu’ils n’accepteraient aucun embargo sur les armes (ils sont les premiers fournisseurs de l’Iran). En revanche, ils ont obtenu la vente de quatre navires de guerre Mistral par la France. C’est à ce prix que Moscou est finalement « on board », comme on dit à Washington.

La Chine, qui dispose elle aussi d’un droit de veto au Conseil de Sécurité, ne l’est pas. En apportant sa voix à l’initiative franco-américaine, elle craint d’irriter son troisième fournisseur de pétrole et de perdre un marché très prometteur. Pour lever une partie des réticences chinoises, l’administration Obama a fait appel à ses alliés du Golfe. Elle a demandé à Riyad et aux Emirats arabes unis de rassurer Pékin, de promettre de lui fournir des hydrocarbures en cas de défaillance iranienne. Mais jusqu’à présent cela n’a pas eu l’effet escompté. Dimanche dernier, le ministre chinois des Affaires étrangères a répété que de nouvelles sanctions « ne résoudraient pas la question du nucléaire iranien ».

L’opposition brésilienne

Cette opposition publique de la Chine à la politique de sanctions a « décomplexé » d’autres pays qui, eux aussi, ont fait connaître leur hostilité à l’initiative franco-américaine. Le Brésil d’abord, membre du Conseil de Sécurité pour deux ans, sans droit de veto. Au début du mois, son président Lula a déclaré qu’« il ne serait pas prudent de mettre l’Iran dos au mur». Plus direct encore, son ministre des Affaires étrangères a dit qu’il était hors de question de céder au « diktat américain ». Deux raisons expliquent l’opposition brésilienne. D’abord, le plus vaste pays d’Amérique latine est engagé dans un programme nucléaire civil de grande ampleur. En 2006, il a même ouvert une usine d’enrichissement d’uranium à Resende, à 150 kilomètres de Rio. Comment pourrait-il s’opposer à la construction de sites équivalents au Moyen-Orient ? «Je veux pour l’Iran la même chose que je veux pour le Brésil : utiliser le développement de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques », a dit Lula il y a quelques jours, lors d’une conférence de presse en présence de Hillary Clinton, furieuse. Et puis le Brésil entend jouer un rôle central dans la diplomatie mondiale, celui de médiateur entre les « grands » et les émergents. Pour ce faire, il se doit à une certaine neutralité.

Un autre pays majeur bloque l’adoption de sanctions : la Turquie, membre non permanent du Conseil de Sécurité, elle aussi. Son Premier ministre, Recep Erdogan, dénonce souvent le « deux poids, deux mesures » et rappelle qu’Israël est doté de l’arme nucléaire. Il entend également jouer les intermédiaires dans la région et souhaite multiplier par trois le commerce avec son grand voisin iranien. Il y a donc peu de chances qu’il adopte la résolution présentée par Washington et Paris. Pas plus que le Liban, qui siège également pour deux ans au Conseil. Le pouvoir en place à Beyrouth ne peut se permettre de déplaire au Hezbollah, bras armé de l’Iran dans le pays.

Sans l’appui de ces trois pays, il sera difficile d’adopter et plus encore de justifier des sanctions. Pour obtenir leurs voix à New York, les Etats-Unis disposent de puissants leviers – économiques, militaires et diplomatiques. Ils peuvent, par exemple, promettre au Brésil de soutenir sa candidature pour un siège permanent au Conseil, menacer le Liban de ne plus lui livrer d’armes et la Turquie de ne plus appuyer son entrée dans l’Union européenne. Si ces pressions marchent, la Chine se trouverait isolée. Elle serait alors probablement contrainte de ne pas opposer son veto à de nouvelles sanctions. Tel est, en tout cas, le scénario auquel on se raccroche à Paris comme à Washington.

Source : Affaires étrangères

Le nettoyage ethnique et Israël

24 mar

par Conn Hallinan pour CounterPunch

L’objectif ultime est le transfert des arabes israéliens.

L’un des développements les plus dérangeants au Proche-Orient est le consensus croissant parmi les Israéliens selon lequel il serait acceptable d’expulser – selon les mots de ses défenseurs, « transférer » – les citoyens arabes, soit vers un Etat palestinien qui reste à former, soit vers les pays voisins, en Jordanie ou en Egypte.

Un tel sentiment n’est pas nouveau parmi les extrémistes israéliens et il est défendu depuis longtemps par des organisations juives racistes comme le Kach, le parti de feu le rabbin Meir Kahane, ainsi que par des groupes comme l’Union Nationale, qui a doublé sa représentation à la Knesset lors des dernières élections. Mais « le transfert » n’est plus la politique exclusive des extrémistes, puisqu’il fait désormais partie de plus en plus du dialogue politique dominant. « Ma solution pour maintenir un Etat juif et démocratique en Israël est d’avoir deux Etats-nations, avec certaines concessions et des lignes rouges précises », a dit, en décembre dernier, la dirigeante de Kadima et ministre des affaires étrangères, Tzipi Livni, à un groupe de lycéens de Tel Aviv, « et je serai capable, entre autres choses, d’approcher les habitants palestiniens d’Israël, ceux que nous appelons les Arabes israéliens, et de leur dire : ‘votre solution nationale est ailleurs’. »

De telles paroles ont des conséquences.

Selon l’Association Israélienne pour les Droits Civils, les incidents anti-arabes sont en forte augmentation. « La société israélienne atteint de nouveaux sommets de racisme qui nuisent à la liberté d’expression et à la vie privée », déclare Sami Michael, le président de cette association. Parmi ses conclusions :

* 55% des Israéliens juifs disent que l’Etat devrait encourager les Arabes à émigrer !

* 78% des Israéliens juifs s’opposent à ce que les partis arabes soient inclus dans le gouvernement;

* 56% sont d’accord avec l’affirmation suivante : « Les Arabes ne peuvent pas atteindre le niveau de développement culturel des Juifs »;

* 75% sont d’accord sur le fait que les Arabes sont enclins à la violence. Parmi les Arabes israéliens, 54% pensent la même chose des Juifs;

* 75% des Israéliens juifs disent qu’ils ne voudraient pas vivre dans le même immeuble que des Arabes.

La tension entre la démocratie israélienne et le caractère juif du pays a été le point central de la campagne de Yisrael Beiteinu, le parti d’Avigdor Lieberman, lors du dernier scrutin. Son parti a accru sa présence à la Knesset, passant de 11 à 15 sièges, et il est désormais le troisième parti le plus important au parlement. Lieberman, qui vit dans une colonie de Cisjordanie près de Bethléem, réclame un « serment de loyauté » de la part des Arabes israéliens et, pour ceux qui refusent, soit leur expulsion, soit leur privation aux droits à la citoyenneté. En mars 2008, au cours d’un débat à la Knesset, Lieberman a dit aux députés arabes : « Vous êtes ici temporairement. Un jour, nous nous occuperons de vous. »

De tels points de vue sont en augmentation, en particulier parmi les jeunes Israéliens juifs, pour lesquels un enseignement de l’histoire politiquement orienté et le désespoir croissant concernant leur avenir ont alimenté un virage serré à droite.

Dans un article récent publié dans Haaretz, Yotam Feldman relate un voyage à travers les lycées israéliens, où les élèves ont admis ouvertement leur haine des Arabes et que l’érosion de la démocratie ne les préoccupe pas.

« Sergei Liebliyanich, un élève de terminale, fait le lien entre la préparation au service militaire au lycée et le soutien des élèves pour la Droite », écrit Feldman. « Cela nous donne de la motivation contre les Arabes. Vous voulez vous enrôler dans l’armée pour leur en mettre plein la gueule… J’aime la pensée de Lieberman concernant les Arabes. Bibi [Benjamin Netanyahou, le dirigeant du parti de droite, le Likoud], ne veut pas aller aussi loin. » Feldman a fait un sondage dans 10 lycées et il a conclu que Yisrael Beiteinu était le parti le plus populaire, suivi par le Likoud. Meretz, le parti de Gauche, arrivait en bon dernier.

C’est la politisation du système éducatif qui est en partie responsable.

Mariam Darmoni-Sharviot, ancienne prof d’éducation civique qui aide à mettre en application les recommandations de la Commission Kremnitzar de 1995 sur l’enseignement et la démocratie, a déclaré à Feldman : « Lorsque je parle, devant une classe d’éducation civique, de la minorité arabe et de sa singularité à avoir été une majorité qui est devenue une minorité, mes élèves soutiennent que ce n’est pas vrai qu’ils [les Arabes] ont été une majorité. » Elle dit que lorsqu’elle demande aux autres professeurs pourquoi les élèves ne savent pas que les Arabes étaient majoritaires en 1947, les enseignants deviennent « évasifs et disent que cela ne fait pas partie du programme. »

Les lycéens reflètent en partie la culture qui les entoure.

« La société israélienne tient un double langage », dit le ministre de l’éducation, Yuli Tamir. « Nous nous voyons comme une société démocratique et, pourtant, nous négligeons souvent des choses qui sont à la base de la démocratie… Si les lycéens voient que la Knesset disqualifie les partis arabes, une mesure contre laquelle je me suis fermement opposé, comment pouvons-nous espérer qu’ils intègrent les valeurs démocratiques ? »

Les principaux partis israéliens, sans exception, ont voté en faveur du retrait du scrutin de deux partis arabes, Ta’al et Balad [« Liste Arabe Unie »], parce qu’ils s’opposaient à la guerre à Gaza. Balad réclame les mêmes droits pour tous les Israéliens. La porte-parole de Kadima, Maya Jacobs, a déclaré : « Balad a pour objectif d’exterminer Israël en tant qu’Etat juif et le transformer en un Etat pour tous ses citoyens. » Le parti Travailliste s’est joint pour interdire Balad, mais pas Ta’al.

La cour suprême israélienne a fait annuler cette mesure et les deux partis ont fini par obtenir sept sièges à la Knesset lors des dernières élections. « L’objectif ultime, ici », a dit Dominic Moran, correspondant en chef d’INS Security Watch au Proche-Orient, « est de rompre les liens limités qui lient les Juifs et les Arabes, jusqu’au point où l’idée du transfert de la population israélo-arabe au-delà des frontières de l’Etat, pour laquelle Yisrael Beiteinu a pris fait et cause, gagne de plus en plus de légitimité. »

Ce virage à Droite reflète également la crise économique, dans laquelle la pauvreté est en augmentation et le coût du maintien des colonies dans les Territoires Occupés et de l’armée israélienne représente un fardeau écrasant. La Paix Maintenant estime que l’occupation coûte 1,4 milliards de dollars par an, sans compter le mur de séparation. Le budget militaire d’Israël est tout juste en dessous de 10 milliards de dollars par an. Selon Haaretz, la guerre à Gaza a coûté 374 millions de dollars.

16% de la population juive se trouve en dessous du seuil de pauvreté, un critère valable pour 50% des Arabes israéliens.

« La réalité israélienne ne peut plus cacher ce qu’elle a maintenu caché jusqu’à maintenant – qu’aujourd’hui, aucune mère digne de ce nom ne peut honnêtement dire à son enfant : ‘L’année prochaine, les choses iront mieux ici’ », dit le professeur de philosophie, Ilan Gur-Ze’ev. « Les jeunes remplacent désormais l’espoir d’un avenir meilleur par le mythe d’une fin héroïque. Pour une fin héroïque, Lieberman est l’homme de la situation. »

Les tensions intercommunautaires se manifestent principalement dans les Territoires Occupés, où l’expansion sans relâche des colonies et l’humiliation constante des centaines de barrages de l’armée israélienne alimentent la colère palestinienne.

En décembre dernier, des colons d’Hébron ont attaqué des Palestiniens après que le gouvernement israélien fit déplacer un groupe de familles juives qui occupaient un immeuble appartenant à des Arabes. En riposte, les colons ont lancé « l’Opération Prix à Payer » afin d’infliger une punition aux Palestiniens dans l’éventualité où le gouvernement à Tel Aviv prendrait des mesures contre les colons. Les émeutiers ont incendié des voitures, profané un cimetière musulman et abattu deux Arabes.

Les pillages de la Cisjordanie par les colons ne sont pas nouveaux, même s’ils ne sont quasiment jamais rapportés dans la presse étasunienne [NdT : ou dans la presse française !]. Mais une tendance dérangeante est l’apparition de colons extrémistes en Israël. L’année dernière, Baruch Marzel, un colon de Cisjordanie et militant de Kahane, a menacé de marcher à travers Umm al-Fahm, une ville arabo-israélienne proche d’Haïfa.

« Nous avons un cancer à l’intérieur [du pays] capable de détruire l’Etat d’Israël », a déclaré Marzel à The Forward, « et ces gens se trouvent au cœur d’Israël, une force capable de détruire Israël de l’intérieur. Je vais dire à ces gens que la terre d’Israël est la nôtre. »

Les Arabes israéliens accusent les colons – dont certains extrémistes se sont réimplantés de Gaza [en Cisjordanie], il y a trois ans – d’avoir joué un rôle dans les émeutes du Yom Kippour de l’année dernière dans la ville mixte d’Acre et forcé des familles arabes à quitter leurs maisons dans les parties orientales de la ville. Les Arabes représentent environ 11% de la population d’Acre et 20% de la population d’Israël.

Le rabbin Dov Lior, président du Conseil Rabbinique de Cisjordanie, a décrété : « Il est totalement interdit de les employer [les Arabes] et de leur louer des maisons en Israël. »

Le Centre Juridique Adallah pour les Droits de la Minorité Arabe incite vivement le ministre israélien de la justice, Menacher Mazuz, à enquêter sur « l’incitation débridée au racisme envers les Arabes en général et les habitants [arabes] d’Acre en particulier. »

Le 15 octobre dernier, trois jours après les émeutes d’Acre, deux appartements arabes de Tel Aviv ont été attaqués avec des cocktails molotov. Sept Juifs ont été arrêtés. Les habitants arabes de Lod et de Haïfa se plaignent de subir, eux aussi, des pressions pour déménager.

Dans le cas de Lod, les autorités municipales déclarent ouvertement leurs intentions. Le porte-parole municipal, Yoram Ben-Aroch, a réfuté que la ville pratique une discrimination envers les Arabes, mais il a déclaré à The Forward que les autorités municipales veulent que Lod devienne une « ville plus juive. Nous devons renforcer le caractère juif de Lod et les religieux et les sionistes ont un grand rôle à jouer dans ce renforcement. »

Cependant, l’anarchie croissante des colons de Cisjordanie et des nationalistes juifs a commencé à déstabiliser les autorités à Tel Aviv. Après la tentative d’assassinat par des extrémistes de droite contre le militant de la Paix Maintenant, Zeev Sternhell, le chef du Shin Bet, Yuval Diskin, a dit que son agence de renseignements était « très préoccupée » par « l’extrême droite » et sa volonté de recourir à la violence.

Même le Premier ministre Ehoud Olmert a déclaré : « Nous n’avons pas l’intention de vivre avec un groupe substantiel de personnes qui ont rejeté toute autorité », et il a dit que l’Opération Prix à Payer était un « Pogrome ».

Toutefois, pour l’instant, le gouvernement et le Shin Bet n’ont pas fait grand chose pour freiner la marée montante de cette terreur de droite, destinée autant aux Juifs qu’aux Arabes.

Ahmed Tibi, du parti arabe Ta’al, dit qu’en attendant, les Arabes israéliens se sentent menacés par ce que Neve Gordan, un scientifique de l’Université Ben Gourion, appelle un « déplacement vers une politique xénophobe ». Tibi prévient : « C’est la majorité juive qui devrait être effrayée par ce phénomène. »

Un article de mars 2009

Source : Questions Critiques

Analyse de la géopolitique russe par Aymeric Chauprade

23 mar

Révolutions de couleur, percée de l’OTAN dans le Caucase, guerre de Georgie, l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud, Ukraine, les pays baltes, les guerres impérialistes en Asie Centrale, le traité START, l’éloignement de l’Europe et le rapprochement avec la Chine, le géopoliticien Aymeric Chauprade dresse un bilan de la Russie d’après ses entretiens au Ministère des affaires étrangères et à la Douma qui ont eu lieu en mars 2010.

à lire également :

Nouvelle doctrine de défense russe par Xavier Moreau

Analyse des ONG par Aymeric Chauprade

Source : Realpolitik.tv

MecanoWeb News

23 mar

MecanoWeb News est une nouvelle rubrique du MecanoBlog qui propose le meilleur de l’actualité du monde parue dans la cyberpresse alternative et spécialisée. Il suffit de cliquer sur le titre pour lire l’intégralité de l’article. 

Impérialisme

« Malheur aux vaincus » : note pour une lecture politique d’Ibn Khaldoun : Le Grand Soir. Depuis la fin du XVIIIème siècle, l’Occident a imposé son hégémonie sur le monde musulman et sur l’ensemble des trois continents. Partant à la conquête du monde, afin d’exporter leurs capitaux et leurs idéaux, « les bourgeois conquérants » occidentaux ont assujetti les peuples d’Asie et d’Afrique. L’invasion de l’Egypte par les armées de Bonaparte, la colonisation de l’Inde par l’Angleterre, la conquête de l’Algérie puis de l’Afrique subsaharienne et de l’ensemble du Maghreb ont marqué l’avancée inexorable des armées occidentales. Le démantèlement de l’Empire Ottoman au lendemain de la guerre 1914-1918 a signifié la mise sous tutelle, directe ou indirecte, de l’ensemble du monde musulman…

Les dollars de la terreur : Geopolintel. On l’a baptisé le « Bar du serpent » en raison de sa longueur sinusoïdale. Là, les délégués de 53 Etats membres et quelques centaines de représentants des grandes organisations non gouvernementales attendent la reprise d’une des ultimes séances de nuit qui verront la clôture de la cinquantième session de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, le 18 avril 1997. Depuis neuf ans, je suis assidûment ses travaux, non seulement parce que la Commission est le moment fort du travail des Nations unies à Genève, mais aussi parce qu’elle constitue un rendez-vous unique au monde de diplomates, de juristes, de représentants d’organisations non gouvernementales, de chefs de mouvements de libération, de militants des droits de l’homme, d’expertes et d’experts en tout genre…

International

Désunion européenne : Contre Info. Les pays européens se sont montrés depuis plus d’un mois incapables de concrétiser un plan de soutien à la Grèce. Vu d’outre-Atlantique, et sans doute au-delà, dans le monde entier, c’est ni plus ni moins l’avenir de l’Europe et de l’euro qui sont en jeu. Si la Grèce est contrainte de se retourner vers le FMI, « cela porterait un rude coup à la crédibilité de l’Union européenne et cela pourrait également soulever des questions graves quant à l’avenir de l’euro, » écrit le New York Times. A l’automne 2008, lorsqu’il s’agissait de sauver le système bancaire, l’union sacrée s’est faite sans attendre. Les Etats ont accepté de garantir les dettes des banques et leurs levées de fonds – le plus souvent sans réelles contreparties…

Chili : Tour d’horizon après le désastre : Primitivi. Francisco Herreros a effectué un reportage dans toute la zone dévastée par le tremblement de terre et le tsunami qui a suivi. L’écho qu’il en fait est loin des images véhiculées par les médias traditionnels, il estime que les chiliens ne peuvent encore mesurer l’effet que cette catastrophe a eu sur leur société, par contre il a pu prendre la mesure de l’inaptitude du nouveau président Sebastián Piñera à gérer la crise, de la mauvaise qualité des gestions privées et du désarroi des populations locales. Seule l’organisation qui sera capable de remettre en avant une citoyenneté qui a déjà souffert de 30 ans de néolibéralisme rampant pourra éviter que l’actuelle catastrophe ne devienne un nouveau prétexte pour un gain capitaliste, et un nouveau facteur d’oppression et de détérioration des conditions de vie des populations frappées par la tragédie…

« Les pays n’ont pas d’amis, mais des intérêts » : Mecanopolis. Chahutée depuis de longs mois, la Suisse a-t-elle encore des amis? Après avoir interrogé des personnalités suisses et européennes, le quotidien suisse «Le Temps» donnait il y a quelques jours la parole à Christoph Blocher, fondateur du parti d’extrême droite suisse Union Démocratique du Centre (UDC) et ex Conseiller fédéral. Après les témoignages de personnalités européennes dans notre édition de samedi (LT du 13.03.2010), l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher livre au Temps sa vision de la Suisse dans le monde.

Économie

La crise de la dette grecque signale une nouvelle étape de la lutte des classes : WSWS. La crise de la dette grecque marque une nouvelle étape de la récession mondiale déclenchée par l’effondrement de la banque d’investissement Lehman Brothers en 2008. Les gouvernements de toute la planète ont réagi en déversant des milliers de milliards sur les banques criblées de dettes pour éviter un effondrement financier complet. En prenant l’initiative de faire payer les travailleurs pour le sauvetage des banques, ces gouvernements agissent pour le compte du capital financier. Leur tentative de ramener le niveau de vie des travailleurs à ce qu’il était il y a plusieurs générations entraînera une formidable montée de la lutte des classes en Europe et ailleurs…

Géopolitique

Poignées de main par-dessus la Mer Noire : Alliance Géostratégique. Le récent et vacillant réchauffement des liens turco-arméniens, consacré par les accords de Zürich du 10 octobre 2009 devant être ratifiés par les parlements nationaux respectifs entre de plain-pied dans la géopolitique de la Mer Noire. Si les temps changent, les positions stratégiques aussi, et il n’est pas improbable que Turcs et Russes en arrivent à dégager un front commun pour s’assurer d’une stabilité régionale favorable non seulement au commerce mais aussi à la pacification des rivalités interethniques. Si ce scénario devait être confirmé les mois et années à venir, il ne manquerait d’interagir avec la politique étrangère de l’Union Européenne, et ce, sur les plans politiques comme énergétiques.

Cyberespace

La Chine perd Google… : Animalpolitique. On s’y attendait depuis une bonne semaine, maintenant c’est fait ! Le géant de Mountain View quitte l’Empire du Soleil levant. Motif : la censure. Le gouvernement de Pékin avait en effet posé cette condition à l’implantation du moteur de recherche sur sa toile. Le sexe, la violence et les jeux étaient clairement interdits, mais personne ne peut quantifier la somme d’informations politiques dites « sensibles » et censurés – ou non ? – par Google…

Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama, sur sa propre histoire et sur l’importance de faire entendre son opinion (Democracy Now !)

20 mar

Interview de Noam Chomsky par Amy Goodman

Amy Goodman : le ministre de la Défense Robert Gates a rencontré des dirigeants des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite la semaine dernière pour obtenir leur soutien à une nouvelle série de sanctions contre l’Iran et son programme d’enrichissement d’uranium. Tandis que l’administration Obama intensifie ses efforts pour obtenir l’appui de la Russie et de la Chine pour durcir les sanctions, la France et la Finlande on laissé entendre que l’Union Européenne pourrait prendre des mesures unilatérales contre l’Iran si aucune résolution n’était adoptée à l’ONU.

Tandis que les Etats-Unis, l’Union Européenne et Israel renforcent leurs pressions sur l’Iran, nous avons passé une heure en compagnie du linguiste et dissident mondialement connu, Noam Chomsky, dont la dernière conférence commence par une analyse critique de la politique des Etats-Unis à l’égard de l’Iran. (…)

Nous commençons par un extrait de sa conférence prononcée au Harvard Memorial Church à Cambridge, Massachussets.

Noam Chomsky : Il y a quelques jours, mon quotidien préféré, le London Financial Times, a identifié l’Iran comme le principal problème actuel en matière de politique étrangère pour Obama. L’article a été publié à l’occasion de l’échec d’Hillary Clinton à convaincre le Brésil de se joindre aux appels des Etats-Unis pour un durcissement des sanctions et de l’insistance du Président Lula à promouvoir les relations avec l’Iran, des relations commerciales, etc, en déclarant que l’Iran avait le droit d’enrichir de l’uranium pour produire de l’énergie nucléaire, comme tous les signataires du Traité de Non Prolifération.

Bien entendu, l’article a aussi présenté la position de Lula comme une sorte d’anomalie. Pourquoi ne se joint-il pas à la communauté internationale, au reste monde ? C’est une coutume intéressante, très caractéristique de l’emprise de la culture impérialiste, car que désigne le terme de « communauté internationale » ? Si on regarde les choses de près, on se rend compte que la « communauté internationale » désigne en fait les Etats-Unis et tous ceux qui sont d’accord avec eux. Tous les autres ne font pas partie du reste du monde. Ils sont ailleurs.

Il se trouve que dans le cas présent, la position de Lula correspond à celle de la majorité de la planète. Vous pouvez être d’accord avec ou pas, mais c’est la position, par exemple, des anciens pays du mouvement des non-alignés, de la majorité de pays du monde et de la grande majorité de leurs populations. Ils ont vigoureusement répété et défendu le droit de l’Iran à enrichir de l’uranium pour des objectifs pacifiques, en rappelant que ce pays est signataire du Traité de Non Prolifération, ce qui lui accorde ce droit. Mais ils ne font pas partie du reste monde.

Un autre groupe qui ne fait pas partie du reste monde est la population des Etats-Unis. Les derniers sondages que j’ai vus, publiés il y a deux ans, montraient qu’une grande majorité d’Américains pensaient que l’Iran avait le droit de développer une énergie nucléaire, mais pas une arme nucléaire, évidemment. En fait, selon ce sondage, sur tout un ensemble de sujets, les opinions exprimées par les Américains étaient pratiquement identiques à celles des Iraniens. Lorsque le sondage a été présenté à Washington lors d’une conférence de presse, le présentateur a fait remarquer que si les peuples avaient la possibilité de décider de la politique, les tensions et les conflits seraient probablement résolus.

C’était il y a deux ans. Depuis, il y a eu une énorme masse de propagande autour de la menace iranienne, etc. Je suppose que si le sondage était effectué aujourd’hui, les chiffres seraient différents. Mais c’était en 2007, il y a trois ans. A un moment donné donc, les Américains ne faisaient pas partie du reste du monde. La majorité de la population mondiale n’en faisaient pas partie et Lula, en exprimant une opinion largement partagée, n’en faisait pas partie non plus. On pourrait rajouter aussi qu’il est probablement la personnalité politique la plus populaire de la planète, mais cela non plus n’a pas d’importance.

Alors, que dire du conflit avec l’Iran et de la menace iranienne ? Une personne sain d’esprit ne voudrait pas voir l’Iran fabriquer des armes nucléaires. Personne, en fait. Sur cette question, l’accord est donc général. Et il y a effectivement un réel problème de prolifération d’armes nucléaires. C’est une affaire sérieuse. Et le discours d’Obama mentionne et insiste sur la nécessité de stopper la prolifération d’armes nucléaires et de réduire, et éventuellement éradiquer, de telles armes. Voilà pour le discours. Maintenant, voyons les faits.

Tout est devenu clair il y a quelques mois. Une fois de plus, le Conseil de Sécurité (des Nations Unies) a adopté une résolution, le numéro 1887 – je crois que c’était au mois d’Octobre – qui critiquait l’Iran pour n’avoir pas respecté les exigences du Conseil de Sécurité et qui appelait tous les états à signer le Traité de Non Prolifération et à résoudre leurs conflits sans proférer des menaces de recourir à la force. Cette dernière partie de la résolution n’a pas vraiment fait la une des journaux pour une raison bien simple : elle s’adressait à deux pays, les deux pays qui menacent régulièrement de recourir à la force, à savoir les Etats-Unis et Israël. La menace de recourir à la force est une violation de la Charte des Nations Unies, pour ceux qui lui accordent encore la moindre importance. On n’en parle jamais. Mais pratiquement tout le monde – et je parle là de toutes les tendances politiques – emploie la phrase rituelle de « toutes les options sont envisageables ». Ce qui constitue une menace.

Et la menace n’est pas une menace en l’air. Par exemple, Israël envoie ses sous-marins nucléaires, qui sont pratiquement indétectables, dans le Golfe, à distance de tir de leurs missiles nucléaires – Israël a beaucoup d’armes nucléaires – sur l’Iran. Les Etats-Unis et leurs alliés effectuent des exercices militaires dans la région, des exercices clairement dirigés contre l’Iran. Mais il y a un petit grain sable, parce que la Turquie refuse d’y participer, mais ils essaient de la convaincre. Nous avons donc affaire à des menaces, verbales et politiques. Israel envoie des sous-marins nucléaires et d’autres navires de guerre par le canal de Suez, avec l’accord tacite de l’Egypte, de la dictature egyptienne, un autre état de la région soumis aux Etats-Unis. Ce sont des menaces – répétées, verbales et concrètes.

Ces menaces ont pour effet d’encourager l’Iran à développer un moyen de dissuasion. Qu’ils soient en train de le faire ou pas, je n’en sais rien. Peut-être qu’ils le sont. Mais s’ils le sont, la raison, et je crois que tout analyste sérieux serait d’accord, ce n’est pas parce qu’ils auraient l’intention d’utiliser des armes nucléaires. S’ils s’avisaient à ne serait-ce qu’armer un missile avec une tête nucléaire, c’est une hypothèse, le pays serait vitrifié en cinq minutes. Et personne ne croit que les religieux au pouvoir, quelle que soit l’opinion qu’on peut en avoir, ont des tendances suicidaires et veulent voir tout le pays, la société entière et tout leurs biens avec, partir en fumée. En fait, les hauts responsables des services de renseignement US, qui se sont exprimés, estiment que la probabilité de voir l’Iran utiliser un jour une arme nucléaire est d’un pour cent, c’est-à-dire si faible qu’on ne peut pas vraiment l’estimer. Mais il est possible qu’ils développent de telles armes comme un moyen de dissuasion.

Un des historiens les plus importants en Israël, Martin van Creveld, il y a quelques années, après l’invasion de l’Irak, a écrit dans la presse internationale qu’il ne voulait bien sûr pas voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire, mais que s’ils ne le faisaient pas, a-t-il dit, ils seraient fous. Les Etats-Unis venaient d’envahir l’Irak en sachant que le pays était sans défense. C’est une des raisons pour lesquelles ils se sont sentis en position de le faire. C’est facile à comprendre. Les dirigeants iraniens aussi le comprennent. Alors, pour citer van Creveld, « s’ils ne sont pas en train de développer une arme de dissuasion nucléaire, ils sont fous ».

Qu’ils soient effectivement en train de le faire ou non est un autre débat. Mais il ne fait aucun doute que la position hostile et agressive des Etats-Unis et d’Israel constituent un facteur important pour les hauts dirigeants iraniens, pour décider ou non de développer une arme de dissuasion.

(fin de l’extrait de la conférence)

Amy Goodman : Nous sommes avec le professeur Noam Chomsky que nous avons interviewé au Harvard Memorial Church à Cambridge, Massachusetts. Ma première question porte sur son analyse de la politique étrangère du Président Obama

Noam Chomsky : Lorsqu’Obama a pris ses fonctions, ou lorsqu’il a été élu, un haut fonctionnaire de l’administration Bush – je crois qu’il s’agissait de Condoleezza Rice – a prédit que sa politique étrangère serait dans la continuation de celle du deuxième mandant de Bush. Le deuxième mandat de Bush était différent du premier. Le premier mandat était agressif, arrogant, envers le monde entier, y compris les alliés, et il a produit un effet assez négatif – à cause de sa politique mais aussi à cause de son style – sur le prestige des Etats-Unis, qui est tombé plus bas que jamais auparavant. Ce qui portait atteinte aux intérêts de ceux qui décident de la politique étrangère – les milieux d’affaires et les sociétés privées, les décideurs, etc. Il y a donc eu beaucoup de critiques de leur part au cours du premier mandat. Le deuxième mandat était quelque peu différent. D’abord, les personnages les plus extrémistes ont été débarqués. Rumsfeld, Wolfowitz, quelques autres, ont été envoyés se mettre au vert. Ils n’ont pas pu se débarrasser de Cheney, parce que Cheney était le gouvernement, et ils ne pouvaient pas se débarrasser du gouvernement. Mais beaucoup d’autres sont partis, et la politique est retournée à la norme, une norme plus ou moins centriste. C’est-à-dire qu’on parlait un peu plus de négociations, un peu moins d’agressions, ce genre de choses. Et on a adopté une attitude plus polie envers les alliés. Notre politique n’avait pas vraiment changé, mais elle était devenue plus présentable. C’était ça, la prédiction sur la politique d’Obama. Et c’est bien ce qui est arrivé.

En fait, il y a un exemple pour illustrer ce phénomène. Un peu anachronique, mais je crois qu’il s’applique. En 1962, au moment de la crise des missiles à Cuba, lorsque le monde a dangereusement frôlé le bord du précipice – le moment le plus dangereux de l’Histoire a dit Arthur Schlesinger, conseiller de Kennedy – au summum de la crise des missiles, les décideurs US envisageaient de prendre des mesures qui pouvaient détruire l’Europe, et la Grande-Bretagne en particulier, et ils le savaient. Ils étaient là, le plus sérieusement du monde, en train d’échafauder des scénarios qui se concluaient par la destruction de la Grande-Bretagne. En fait, non seulement ils prenaient ça au sérieux, mais ils prenaient même des mesures qui poussaient dans ce sens. Mais ils se sont bien gardés de le dire à la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne est censée entretenir une relation spéciale avec les Etats-Unis. Les Britanniques à l’époque étaient plutôt mécontents parce qu’ils n’arrivaient pas à savoir ce qui se tramait. Tout ce que le premier Ministre, MacMillan, arrivait à savoir, c’était ce que ses services de renseignement lui transmettaient. On en était donc là, avec l’élite parmi l’élite du pays qui dressait des plans qui pouvaient aboutir à la destruction de la Grande-Bretagne, sans les tenir informés.

C’est à ce stade qu’un haut conseiller de l’administration Kennedy – je crois qu’il s’agissait de Dean Acheson – est entré dans la discussion, et il a précisé la notion de « relation spéciale ». Il a dit que la relation spéciale avec la Grande-Bretagne signifiait que la Grande-Bretagne était notre lieutenant ; le terme de rigueur est « partenaire ». Et les Britanniques, bien sûr, aiment bien entendre ce mot. Eh bien, c’est ça la différence entre Bush et Obama. Bush leur disait simplement « vous êtes notre lieutenant. Si vous ne faites pas ce que l’on vous dit de faire, vous n’êtes plus utiles ». En fait, ce sont les termes que Colin Powell a employés à l’ONU, je crois. « Faites ce que nous vous disons de faire. Vous n’êtes que notre lieutenant, sinon oubliez… » C’est quelque chose de désagréable à entendre. On préfère entendre « vous êtes notre partenaire. » Vous savez, dans le genre « je vous aime ». Ensuite, discrètement, en coulisses, nous les traitons comme des lieutenants, mais ce n’est pas grave. Je pense que c’est là que réside la différence principale.

Amy Goodman : Qu’en est-il du mouvement anti-guerre aux Etats-Unis ? Vous en avez fait partie, vous avez été très actif, depuis la guerre au Vietnam jusqu’à ce jour. Comment voyez-vous les choses par rapport à une personne pour laquelle beaucoup d’entre eux ont consacré d’énormes efforts à faire élire ?

Noam Chomsky : Mon opinion, qui n’est pas très répandue, est que le mouvement anti-guerre est bien plus puissant aujourd’hui qu’il ne l’a été dans les années 60. Dans les années 60, il y eut un moment, en 1969, où le mouvement contre la guerre du Vietnam était très puissant. Mais il faut se souvenir que la guerre a commencé, qu’elle est devenue une vraie guerre ouverte, en 1962. A cette époque, 70.000 ou 80.000 personnes avaient déjà été tuées sous le régime fantoche du Sud Vietnam. Mais en 1962, Kennedy a lancé une guerre ouverte, en faisant bombarder le Sud Vietnam – les avions portaient les couleurs du Sud Vietnam, mais tout le monde savait de quoi il retournait et ça se disait ouvertement même – en autorisant le recours au napalm, l’utilisation d’armes chimiques pour détruire les cultures et la végétation. Il a lancé un programme qui a chassé des millions de personnes des campagnes qui se sont retrouvées regroupées dans ce qu’il faut bien appeler des camps de concentration pour, selon les termes employés, les « protéger de la guérilla » qui avait l’appui de la population, chose que le gouvernement savait parfaitement. On peut voir la même chose aujourd’hui en Afghanistan, si vous prenez la peine de lire entre les lignes les histoires sur la conquête de la ville de Marjah. Nous avons poussé la population vers des camps de concentration pour les protéger de ceux, les guérilleros, qu’ils soutiennent. Il s’agit d’une guerre, vous savez, d’une vraie guerre.

Il n’y a eu aucune protestation, littéralement. Il a fallu des années avant de voir les premiers signes de protestation. Ceux d’entre vous qui sont assez vieux se rappelleront peut-être qu’à Boston, une ville progressiste, au mois d’octobre 1965 – ça faisait déjà trois ans que des centaines de milliers de soldats US étaient occupés à ravager un pays, que la guerre s’était étendue à Nord Vietnam, et ainsi de suite – il y a eu la première tentative de manifestation publique contre la guerre. C’était en octobre 1965. Je devais y prendre la parole. Je n’ai pas pu dire un mot. La manifestation fut violemment dispersée. Beaucoup d’étudiants ont marché pour tenter de disperser la manifestation et il y avait aussi des centaines de policiers. Le lendemain, le Boston Globe, le quotidien le plus progressiste du pays, a consacré toute sa première page à dénoncer les manifestants, pas ceux qui les ont attaqués. Ils ont publié en plein milieu de la page la photo d’un soldat blessé, ce genre de choses. C’était au mois d’octobre 1965, il y avait des centaines de milliers de soldats là-bas, la guerre prenait de l’ampleur. Finalement, des années plus tard, en 1968, on a vu surgir un mouvement anti-guerre d’une certaine importance, vers 67, 68. A cette époque, le Sud Vietnam n’existait déjà plus. Le pays avait été virtuellement détruit. Et c’était la même chose pour une bonne partie du reste de l’Indochine. La guerre s’est poursuivie pendant encore de longues années, avec toutes les conséquences terribles, mais nous ne voulions pas voir la réalité en face, nous ne voulions même pas en parler. Cela dit, le mouvement anti-guerre a obtenu quelques résultats, mais bien plus tard.

Comparons à présent avec l’Irak. Il y a eu d’énormes manifestations avant même le déclenchement officiel de la guerre. Nous savons à présent que Blair et Bush mentaient tout simplement lorsqu’ils disaient qu’ils cherchaient une solution diplomatique. Ils avaient déjà déclenché la guerre. C’est ce qui ressort des fameux rapports de Downing Street (Downing Street Memos) en Angleterre. Il y a eu d’énormes manifestations. Et je crois qu’elles ont eu au moins un effet. La guerre américaine en Irak était déjà terrible. Elle a fait probablement un million de victimes, et chassé quelques millions d’autres hors du pays. C’était assez horrible. Mais cela aurait pu être bien pire. Ils auraient pu faire en Irak ce qu’ils avaient fait au Sud Vietnam. Ca n’a pas été le cas. Il n’y a pas eu de tapis de bombes sur tout le pays par des B52, il n’y a pas eu d’armes chimiques et ainsi de suite. Et je crois que c’est grâce au mouvement anti-guerre. La population était devenue plus civilisée. Je crois que c’est une des tristes réalités des années 60.

Amy Goodman : Et l’Afghanistan ?

Noam Chomsky : L’Afghanistan est un cas intéressant. Cette guerre nous a été vendue comme une riposte « juste » – mais toutes les guerres sont « justes » – pour combattre le terrorisme, comme une riposte à une attaque terroriste. Cette idée est tellement ancrée qu’il me faudrait plus de temps pour en parler. L’important ici est que ce n’était pas là le véritable objectif de cette guerre.

Si l’objectif de cette guerre était d’isoler Al-Qaeda, d’éradiquer le terrorisme, il y avait des moyens plus directs pour y arriver. Si vous retournez dans le passé, le mouvement djihadiste était très critique envers les attaques du 11 Septembre. Des fatwas étaient prononcés par les religieux les plus radicaux, de l’université Al Azhar par exemple, le principal centre théologique, qui condamnaient Al-Qaeda, Oussama Ben Laden et les attaques terroristes. Ils disaient que ce n’était pas musulman, qu’ils n’auraient jamais fait une chose pareille, etc. Alors, si on voulait réellement éradiquer le terrorisme, la chose la plus évidente à faire aurait été d’isoler Al-Qaeda, de tenter de gagner du soutien, y compris celui du mouvement djihadiste, et bien sûr celui de la population qu’ils essaient de mobiliser. Vous savez, les terroristes se voient comme une sorte d’avant-garde. Ils essaient de mobiliser les gens à leur cause. Tous les spécialistes du terrorisme le savent. On aurait donc pu le faire à ce moment-là, et on aurait pu procéder à l’identification des coupables ce qui, soi-dit en passant, était impossible parce qu’ils n’en savaient rien, chose qu’ils ont admis après coup. Mais ils auraient pu essayer de les identifier, les présenter à la justice – avec de vrais procès, sans tortures – ce qui aurait fortement réduit, sinon éradiqué, le terrorisme islamique.

Eh bien, ils ont fait tout le contraire. Ce qu’ils ont essayé de faire, c’est de mobiliser la population et le mouvement djihadiste en faveur d’Al-Qaeda. C’est exactement l’effet produit par l’invasion de l’Afghanistan suivie plus tard par celle de l’Irak. C’est aussi l’effet produit par Guantanamo et Bagram et d’autres centres de torture. Tous ceux qui y ont participé savent parfaitement qu’ils ont crée des terroristes.

Amy Goodman : Pensez-vous qu’Obama devrait faire juger les prisonniers de Guantanamo à New-York ?

Noam Chomsky : Ca dépend si vous voulez faire partie des pays civilisés ou être un état voyou. Si vous voulez être un état voyou, faites ce qui vous plait. Vous pouvez torturer, tuer, tout ce que vous voulez. Si vous voulez faire partie du monde civilisé, et si vous voulez diminuer l’attrait du mouvement djihadiste extrémiste, alors faites les juger par des tribunaux civils.

En fait, le fait même qu’ils se trouvent à Guantanamo constitue un scandale. Cest quoi, Guantanamo ? Guantanamo a été volé à Cuba par la force des armes, il y a un siècle. Ils ont dit « donnez-nous Guantanamo, sinon… ». Cuba était alors sous occupation militaire. Ils appellent ça un traité, et le traité de Guantanamo, si vous voulez l’appeler ainsi, autorisait les Etats-Unis à l’utiliser comme base navale. Mais ce n’est pas à ça qu’elle sert. Elle a d’abord servi pour parquer les réfugiés haïtiens. Lorsque les haïtiens fuyaient les dictatures soutenues par les Etats-Unis, les Etats-Unis leur refusaient l’asile politique. On disait qu’ils n’étaient que des réfugiés économiques. Les gardes-côtes tentaient de les intercepter, et si certains arrivaient à passer, on les envoyait à Guantanamo. Voilà à quoi servait cette base.

En fait, la base sert à fabriquer des terroristes. Ce n’est pas mon opinion, c’est l’opinion de ceux qui y ont mené les interrogatoires, comme Matthew Alexander, qui a écrit un article à ce sujet. Il a dit que c’était un moyen très efficace pour fabriquer des terroristes. Un moyen qui inspire, qui transforme beaucoup de gens en terroristes, notamment ceux qui ont été arrêtés quelque part pour une raison quelconque.

Alors oui, si vous le voulez vraiment, si votre objectif est de réduire la menace du, disons, terrorisme islamiste, et si vous voulez faire partie du monde civilisé, vous devez les juger devant un tribunal civil. Mais la plupart de ceux qui sont à Guantanamo… c’est vraiment scandaleux… on y trouve des gamins de quinze ans qui ont été arrêtés parce qu’ils portaient un fusil au moment où le gouvernement des Etats-Unis envahissait leur pays. C’est ce qu’on appelle un terroriste. Et c’est probablement le cas pour l’écrasante majorité des prisonniers à Guantanamo. Si le but était d’être civilisé et de réduire la menace terroriste, on aurait du les enfermer dans une prison aux Etats-Unis. Ce n’est pas un problème de sécurité. Ils ne vont pas s’évader d’une prison de haute sécurité, et ils n’ont pas de pouvoirs magiques pour aller répandre un poison ou je ne sais quoi. Evidemment, une telle option n’arrangeait pas le gouvernement des Etats-Unis parce qu’il n’avait pas de preuves contre eux.

Ils ont été envoyés à Guantanamo avec l’idée de les soustraire aux droits garantis par les lois américaines. Vous pouvez toujours faire semblant qu’ils n’étaient pas sous la juridiction des Etats-Unis, et que les lois américaines ne s’appliquaient donc dans leur cas. Finalement, la Cour Suprême, après de longues hésitations, a fini par concéder qu’ils avaient bien des droits. L’administration Bush a accepté la décision. Pas Obama. L’administration Obama tente actuellement de faire annuler un jugement rendu par un juge de droite, nommé par Bush, qui a dit que la décision de la Cour Suprême s’appliquait aussi à la prison de Bagram, le centre de torture en Afghanistan. L’administration Obama tente de contrer ce jugement, ce qui signifie que la décision de la Cour Suprême n’est qu’une farce. Si vous voulez torturer quelqu’un, ne l’envoyez pas à Guantanamo parce que la Cour Suprême a déclaré qu’on ne pouvait pas torturer à Guantanamo ; alors vous l’envoyez à Bagram. Alors si vous arrêtez quelqu’un au Yémen, ou n’importe où, et que vous voulez le soustraire au droit international, au droit US par la même occasion, OK, pas de problème, envoyez-le à Bagram. C’est ça la position officielle de l’administration Obama.

C’est pour ces raisons que même les plus virulents spécialistes de l’anti-terrorisme, comme Michael Scheuer, disent que les meilleurs alliés d’Al-Qaeda et d’Oussama Ben Laden sont les Etats-Unis, parce que nous faisons exactement ce qu’ils veulent que nous fassions. Ce qu’ils veulent, c’est vendre leur croisade au monde musulman, en disant qu’il y a des types qui cherchent à les tuer et qu’ils faut se défendre. Oui, vraiment, nous faisons tout ce qu’ils demandent.

Amy Goodman : (…) que pensez-vous de l’administration Obama et du conflit israélo-palestinien ?

Noam Chomsky : Le conflit israélo-palestinien est un cas facile. Il y a un consensus international quasi-total depuis 35 ans maintenant sur ce qu’il convient de faire pour résoudre le problème – du moins à court terme – à savoir : deux états avec des frontières reconnues par toutes les parties, avec, selon les termes employés, « des modifications mineures et acceptées par les deux parties ». C’était d’ailleurs la politique officielle des Etats-Unis jusqu’à ce qu’ils décident un jour de s’évader du monde réel, au début des années 70. Et c’est un point de vue très largement partagé. En 1976, il y a même eu une résolution du Conseil de Sécurité appelant à une solution à deux états. Les Etats-Unis ont opposé leur veto. Et ça n’a pas cessé depuis. Je ne vais pas passer toute l’histoire en revue, mais si on en arrive directement au présent, le consensus est désormais quasi-total. Autour de ce consensus, on trouve tous les états arabes, et ce depuis longtemps. On trouve l’Iran, l’Organisation des Etats Islamiques. On trouve le Hamas. En fait, on trouve tout le monde sauf les Etats-Unis et Israël.

Que dit l’administration Obama ? C’est intéressant. Obama a cette grande vision, mais si vous regardez les choses de plus prés, en oubliant la vision et en examinant les faits, les choses changent. D’un côté, il demande poliment aux Israéliens de ne plus étendre leurs colonies, ce qui n’a pas de sens, parce que le problème, c’est l’existence même des colonies, pas leur extension. De plus, ces mots n’ont aucun sens. Il ne fait que répéter les propos de Bush. En fait, il cite ce que l’on appelle la Feuille de Route, le soi-disant accord officiel pour aller de l’avant. Il ne fait que le citer. Ca n’a aucun sens, mais ça fait malgré tout partie de sa grande vision.

D’un autre côté, et qui est plus intéressant, peu de temps après sa prise de fonction, il a donné son premier et jusqu’à présent son unique discours sur le conflit israélo-palestinien. C’était au moment où il présentait George Mitchell comme son négociateur, ce qui est un bon choix, si on lui donne les moyens de réussir. C’est à ce moment-là qu’Obama a expliqué ce qu’il avait l’intention de faire. C’était au moment de la main tendue vers le monde musulman. Il a dit, en parlant de la proposition de paix arabe, eh bien voilà ce que j’appelle une proposition constructive – c’était sa façon à lui de flatter les auteurs de la proposition. Puis il a enchainé, en déclarant, « Il est temps que les Arabes se conforment à leur proposition de paix et commencent à normaliser leurs relations avec Israël. » Obama est un homme instruit, intelligent. Je suppose qu’il choisit ses mots avec soin. Il savait parfaitement que ce n’était pas la proposition de paix arabe. La proposition de paix arabe reprenait les termes du consensus international et disait, dans l’éventualité de deux-états, que les états arabes iraient même au-delà d’une normalisation des relations avec Israël. Obama en a extrait le corollaire, mais a omis la substance, ce qui est une façon comme une autre de déclarer que les Etats-Unis allaient se cantonner dans leur position de refus. Il n’aurait pas pu être plus clair.

Avec cet appel à cesser l’expansion des colonies, il a été un peu plus loin – pas lui, personnellement, mais ses porte-paroles lors des conférences de presse. On leur a demandé si l’administration allait faire quelque chose si Israël refusait. Ils ont répondu « non, c’est purement symbolique ». En fait, ils ont explicitement dit que l’administration ne ferait pas ce que George Bush père, lui, avait fait. George Bush père avait quelques petites punitions qu’il distribuait lorsqu’Israël s’entêtait à désobéir aux Etats-Unis. Clinton les a adoucies et Obama les a supprimées. Il a dit, « non, c’est juste symbolique. » Ce qui revient à dire à Benjamin Netanyahu « allez-y, faites ce que vous voulez. Nous dirons que nous sommes mécontents mais nous le ferons avec un clin d’œil complice, alors allez-y. En attendant, nous participerons, en vous envoyant des armes. Nous vous accorderons un soutien diplomatique et une participation active. » C’est cela, sa vision. Difficile d’être plus clair.

Que pouvons-nous faire ? Nous pouvons essayer de faire en sorte que les Etats-Unis rejoignent le monde réel. Dans ce cas précis, ce serait rejoindre le reste du monde. Rejoignez le monde réel et acceptez le consensus international et cessez de participer activement à son viol, c’est-à-dire aux actions de l’état d’Israël. J’aurais pu dire aux actions de l’état d’Israël et des Etats-Unis. Ce qu’Israël et les Etats-Unis sont en train de faire à Gaza et en Cisjordanie, c’est de détruire l’espoir d’une réalisation de ce consensus international.

Et je crois qu’il n’y pas beaucoup d’alternatives. En fait, de nombreux militants palestiniens eux-mêmes vont jusqu’à dire qu’il faut abandonner la solution de deux états et laisser Israël s’emparer de tous les territoires, éventuellement les annexer, pour ensuite passer à une lutte pour les droits civiques et une lutte similaire à celle contre l’apartheid. Ceux qui disent ça sont aveugles. Cela n’arrivera jamais. Les Etats-Unis et Israël ne laisseront pas faire. Ils continueront de faire exactement ce qu’ils sont en train de faire : étrangler Gaza, le détacher de la Cisjordanie, en violation des accords internationaux et, en Cisjordanie, s’emparer de tout ce qui les intéresse.

Amy Goodman : Pouvez-vous nous parler de votre carrière, des moments où vous avez eu à faire des choix, à prendre des risques en quelque sorte. Que diriez-vous aux gens, aux jeunes notamment, sur la notion de courage en politique ?

Noam Chomsky : Je n’aime pas trop parler de moi. Cela n’a pas d’importance. Mais puisque vous me posez la question… J’ai été un militant toute ma vie, depuis mon enfance. Mais j’ai commencé à faire des choses concrètes lors de mon engagement dans le mouvement anti-guerre, vers 1962. En 1962, on voyait bien ce qui se passait. Ce n’était pas vraiment caché. Et j’ai décidé de m’impliquer en organisant le mouvement anti-guerre. Il n’y avait pas vraiment de risques, mais ça voulait dire qu’il fallait sacrifier pas mal de choses. Ce sont des combats dans lesquels on ne peut pas s’engager à moitié. Il faut s’y engager à fond, c’est une occupation à temps plein.

Amy Goodman : Etiez-vous déjà (un professeur) titularisé à l’époque ? En 1956 vous étiez enseignant au MIT (Massachussetts Institute of Technology)

Noam Chomsky : 1955. Je ne me souviens plus de l’année. Ca peut vous paraitre étrange aujourd’hui, mais le MIT à l’époque avait deux caractéristiques intéressantes. La première était qu’il était entièrement financé par le Pentagone. Je travaillais dans un laboratoire qui était financé à 100% par trois corps d’armée différents. La deuxième était que c’était le centre principal de résistance du mouvement anti-guerre. Je ne parle pas de critique ou de protestation, je parle de résistance, c’est-à-dire l’organisation d’activités de résistance, des activités illégales. Et le Pentagone s’en fichait parce que, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, l’une des principales fonctions du Pentagone est de camoufler le mode de fonctionnement de l’économie. Les gens aiment à répéter qu’il s’agit d’une économie de marché libre, mais la plupart des inventions sont produites par le secteur public, les ordinateurs, l’internet, les avions, tout ça. En réalité, c’est le secteur public qui prend en charge les coûts de développement et qui assume les risques, et si quelque chose finit par marcher, on en fait cadeau au secteur privé. C’est ce qu’ils appellent le marché libre. Lorsque l’économie était tirée par les produits électroniques, c’est le Pentagone qui servait de couverture. On nous disait de faire ceci ou cela parce que les Russes allaient débarquer. En réalité, ils s’en fichaient.

J’ai commencé à m’impliquer en 1962. A l’époque, ça voulait dire que lorsque je donnais une conférence dans une église, c’était généralement devant 4 personnes, le prêtre, l’organisateur, un ivrogne qui était entré par hasard et un type qui voulait me tuer.

En 1966, 1965, j’ai tenté d’organiser – avec un ami , décédé depuis – une résistance nationale anti fisc. Nous avons obtenus quelques résultats. Nous avions donc pris quelques petits risques. Mais en 1966 une résistance plus sérieuse a commencé à s’organiser.

Amy Goodman : Vous faisiez la grève de l’impôt ?

Noam Chomsky : je n’ai pas payé mes impôts pendant des années. Dans mon cas, le fisc n’aurait eu aucun mal à se faire payer, il leur suffisait de le déduire de mon salaire. Mais les réactions du fisc étaient assez aléatoires pour ce que j’ai pu en juger. Certains pouvaient se voir confisquer leur maison. D’autres sont allés en prison. On peut donc dire qu’il y avait une sorte de risque liée à notre activité. Mais plus grave était le soutien direct à la résistance, soutenir les résistants, les déserteurs, etc. Cela a commencé en 1966 pour devenir public en 1967. Là, il y avait un véritable risque. Mon épouse et moi avions trois enfants. Elle est retournée à ses études, dix-sept ans après, parce que nous estimions que je pouvais finir en prison. Et je n’en suis pas passé bien loin. Le procès avait été programmé pour 1968 et j’étais le principal accusé. J’ai été sauvé, avec tous les autres, grâce à l’offensive du Têt. L’offensive du Têt a été déclenchée en janvier 1968 (offensive militaire décisive vietnamienne – NdT), et les milieux d’affaires US ont décidé que les Etats-Unis devaient se retirer, que la guerre devenait trop couteuse.

Amy Goodman : De quoi étiez-vous accusé ?

Noam Chomsky : De conspiration pour échapper à la conscription, ou pour renverser le gouvernement ou quelque chose comme ça. Je pourrais vous parler de ces procès pour conspiration, c’est intéressant. Il m’arrivait d’en parler, mais cette fois-ci, c’était du concret, du réel. Si l’offensive du Têt n’avait pas été déclenchée, j’aurais probablement passé quelques années en prison.

Amy Goodman : Vous êtes passé en procès ?

Noam Chomsky : Les procès ont été annulés au lendemain de l’offensive du Têt. Il y avait un procés qui avait déjà commencé, le procès Spock, où il n’y avait que des innocents sur le banc des accusés. Le jugement a été annulé en appel, mais surtout à cause de l’offensive du Têt. Les milieux d’affaires se sont contentés de dire « faites gaffe ». En fait, en 1968, ils ont envoyé un groupe de soi-disant « sages » – quelques hauts dirigeants de Wall Street – à Washington où ils ont remis au président ce qu’il faut bien appeler une liste de consignes. C’était un véritable jeu de pouvoirs. Ils ont dit au président Johnson « arrêtez les bombardements. N’essayez pas de vous faire réélire. Entamez les négociations et le retrait des troupes. » Et il a suivi les consignes au pied de la lettre. Puis Nixon est arrivé et a changé de méthode. La partie visible de l’escalade militaire a décliné. Je dis visible parce que les pires atrocités de la guerre ont été commises après, en 1969, puis la guerre s’est étendue au Cambodge et au Laos, où elle a empiré. Mais tous ces développements étaient plus ou moins cachés. Et ils le sont encore de nos jours. Mais la tension dans le pays est retombée et une de leurs décisions a été l’annulation des procès, parce que le gouvernement voulait faire la paix avec les étudiants. Ca aussi c’est une histoire intéressante. Toujours est-il que les procès ont été annulés.

Il y avait donc bien quelques risques. La désobéissance civile n’est pas une partie de plaisir. On peut se faire tabasser ou quelque chose dans ce genre, passer quelques jours en prison, ce qui n’est jamais agréable, mais ce n’est tout de même pas non plus le genre de risques que peuvent prendre des dissidents dans d’autres pays.

C’est une décision à prendre et qui vous appartient, parce qu’on ne peut pas y entrer qu’à moitié. Soit c’est sérieux et vous y allez carrément, soit vous participez à une manifestation, vous oubliez et vous retournez à votre travail et rien ne change. Les choses ne changent que par un travail dévoué et consciencieux.

Il parait qu’on n’a pas le droit de dire des choses gentilles sur le Parti Communiste, n’est-ce pas ? C’est comme une sorte de règle établie. Pourtant, une des raisons pour lesquelles le « New Deal » a fonctionné, qu’il a eu un impact, c’est parce qu’il y avait des gens qui étaient là, présents tous les jours, sur tous les fronts. Sur celui des droits civiques, du droit du travail, en train d’organiser, de faire ce qu’il y avait à faire, ils étaient là, prêts à faire tourner les machines à ronéotyper – il n’y avait pas d’internet à l’époque – et à organiser des manifestations. Ils avaient une mémoire. Le mouvement avait une mémoire, chose qu’elle n’a plus aujourd’hui. Aujourd’hui, tout le monde doit recommencer à partir de zéro. Mais à l’époque, le mouvement avait une mémoire, une sorte de tradition, et les gens étaient toujours présents. Et en examinant les choses de plus prés, vous constaterez que le mouvement était largement dirigé par le Parti Communiste. Ils ont fini par le détruire, et c’est ce qui manque aujourd’hui, ce genre d’individus dévoués qui comprennent qu’ils ne gagneront pas dés demain, qu’il va falloir travailler, qu’ils connaîtront de nombreuses défaites, qu’ils vivront des moments agités, et qu’il se passera beaucoup de choses désagréables, mais que s’ils persistent, ils arriveront à quelque chose. C’est grâce à ça que nous avons connu le mouvement pour les droits civiques et le mouvement ouvrier, et ainsi de suite.

Il y a une leçon à en tirer. Dans les années ’70, il y avait une coupure, très nette, très visible, entre l’opinion élitiste – les journaux, les universitaires d’Harvard, etc – et l’opinion publique. Je dis bien l’opinion publique et pas seulement le mouvement anti-guerre. Chez ces élites, celles qui ont le droit de s’exprimer – et que vous pouvez lire, c’est donc facile à vérifier – la condamnation la plus extrême de la guerre qu’on pouvait trouver était qu’il s’agissait d’une erreur qui s’est finalement révélée trop coûteuse. C’était la condamnation la plus ferme qu’on pouvait trouver chez ces gens-là. Quant à l’opinion publique, environ 70%, selon les sondages, disaient que ce n’était pas une « erreur », que la guerre était fondamentalement mauvaise et immorale. La coupure était donc très nette.

Je crois que la leçon à retenir, c’est par exemple, lorsqu’Obama était admiré pour son opposition à la guerre, parce qu’il trouvait que c’était une erreur. Là nous aurions du lui rappeler les généraux nazis, après la bataille de Stalingrad, qui, eux-aussi, trouvaient que c’était une erreur que de se battre sur deux fronts à la fois. Or, la question n’est pas de savoir si s’agit d’une erreur ; la question est de savoir si c’est fondamentalement mal et immoral. C’est ça la leçon que nous devons tirer. L’opinion publique le comprend déjà, mais il faut arriver à en faire quelque chose et à s’organiser.

Amy Goodman : Je vais conclure avec une citation dont je n’arrive pas à retrouver l’auteur. « Je revois ma vie et toutes les fois où je pensais avoir été trop loin, et à présent je réalise qu’en fait je n’avais pas été assez loin. »

Traduction VD pour le Grand Soir. Précision du traducteur : s’agissant d’une interview, le traducteur a tenu à gommer les hésitations du “parler” pour rendre la lecture un peu plus fluide. Merci de signaler les erreurs et coquilles car errare humanum est. – Version du 30/3 après quelques corrections signalées par les lecteurs. Merci à eux.

Transcription originale en anglais : http://www.democracynow.org/2010/3/15/noam_chomsky_on_obamas_foreign_policy

Source : Le Grand Soir

Papandreou à Washington : Le gouvernement Obama soutient les mesures d’austérité grecques

19 mar

par Barry Grey

Le premier ministre grec Georges Papandreou a rencontré le président Obama à la Maison Blanche mardi. La réunion faisait partie d’une visite de trois jours à Washington pour obtenir le soutien politique pour le gouvernement social-démocrate (PASOK) de Papandreou et le plan d’attaques radicales contre les emplois et le niveau de vie des travailleurs grecs.

La réunion dans le bureau ovale, dont la presse avait été tenue à l’écart et qui a été suivie d’une conférence de presse, s’est déroulée après que Papandreou a prononcé un discours lundi à la Brookings Institution et rencontré plus tard dans la journée la Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton. Papandreou a aussi rencontré des membres influents du Congrès et devrait avoir des discussions avec le Secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner.

La visite de Papandreou à Washington est l’apogée d’une tournée dans quatre pays ayant débuté à Berlin avec des pourparlers avec la chancelière allemande Angela Merkel, une réunion au Luxembourg avec le président de l’Eurogroup, Jean-Claude Juncker et une réunion dimanche avec le président français, Nicolas Sarkozy à Paris.

Dans chaque capitale, Papandreou a fait campagne pour son plan de rigueur pour rassurer les marchés financiers internationaux et rechercher le soutien des principales puissances pour les mesures répressives qu’il pourrait prendre pour réprimer des troubles sociaux.

Pendant ce temps, les ministres qui accompagnaient Papandreou rencontraient des présidents exécutifs de groupes et des banquiers afin de les inciter à investir en Grèce en leur offrant comme motivation des réductions supplémentaires des salaires imposés aux travailleurs grecs et qui se situent déjà bien en-dessous de la norme européenne.

Papandreou a insisté sur le fait qu’il ne demandait pas d’aide financière de Washington pour prévenir une défaillance du gouvernement grec. Dans ses déclarations publiques, il a cependant lancé un appel aux Etats-Unis à s’associer à l’Europe pour interdire la spéculation sur les produits dérivés et les marchés de dérivés de crédit (credit default swaps, CDS) qui a entraîné la hausse des coûts du crédit de la Grèce et la baisse de l’Euro.

Lors de la conférence de presse conjointe lundi avec Clinton, Papandreou a mis en garde que la spéculation contre les obligations émises par le gouvernement grec risquait de saper la capacité du gouvernement à rembourser quelque 20 milliards de dollars de dette arrivant à échéance ce printemps. Il a affirmé que la Grèce aurait besoin du soutien financier de l’Europe et des Etats-Unis « si nous voyons que la spéculation ne nous permet pas d’emprunter à des taux qui ne soient pas prohibitifs. » Il a poursuivi en disant. « Nous ne réclamons pas des plans de sauvetage. Nous disons seulement […] qu’après avoir pris ces mesures concernant le marché nous devrions être en mesure d’obtenir des marchés ce dont les autres bénéficient aussi, à savoir des taux d’emprunt normaux. »

Clinton s’est déclaré sans ambiguïté en faveur du plan d’austérité pour la Grèce en disant, « Nous soutenons la Grèce et les mesures économiques de rigueur qu’elle prend […] » Elle fut moins catégorique eu égard à des discussions lors du prochain sommet du G20 sur la restriction de la spéculation sur les CDF et autres produits dérivés.

Selon des rapports de presse, Papandreou projette de soulever la question de l’interdiction de la spéculation contre la Grèce et l’euro comme premier sujet de l’ordre du jour de ses discussions avec Obama. Mardi, avant la tenue de la réunion entre Obama et Papandreou au bureau ovale, la chancelière allemande Merkel a publié un communiqué réclamant une action rapide pour la régulation de la spéculation sur les CDS contre les pays de la zone euro.

Les autorités de régulation américaines et européennes auraient initié des investigations des activités des banques et des fonds spéculatifs pariant sur la défaillance de la Grèce et la rendant ainsi encore plus vraisemblable. Toutefois, il est peu probable que le gouvernement Obama, après avoir consenti à renflouer les banques, à protéger les fortunes de l’élite financière et à empêcher toute réforme véritable des marchés financiers, consente à introduire toute mesure sérieuse pour interdire la spéculation sur les dérivés.

Le discours prononcé mardi par Papandreou à la Brookings Institution qui est tournée vers le Parti démocrate a mis en évidence la perspective profondément réactionnaire du PASOK. Il a commencé par qualifier de pierre angulaire dans les relations entre les Etats-Unis et la Grèce et les relations entre les Etats-Unis et l’Europe l’allocution prononcée le 12 mars 1947 par le président Harry Truman devant une session commune du congrès et où Truman avait exigé des centaines de millions de dollars d’aide économique et militaire pour sauver le gouvernement droitier de la Grèce d’un mouvement révolutionnaire armé des travailleurs et des pays.

L’intervention de Truman dans la guerre civile grecque entre 1946-1949 avait marqué le lancement officiel de la Guerre froide. L’allocution du 12 mars fut connue sous le nom de Truman Doctrine. L’intervention des Etats-Unis, organisée avec le concours crucial du régime stalinien de Moscou qui refusa d’assister les travailleurs grecs, renversa la situation et entraîné l’écrasement de la révolte. Jusqu’à 100.000 travailleurs et paysans furent emprisonnés, exilés ou tués lors de la répression sauvage qui suivit la défaite du soulèvement

La défaite de 1949 sema les graines du coup militaire de 1967 et de sept ans de dictature de la junte grecque.

Papandreou a présenté cette contre-révolution comme un précédent exemplaire pour renouveler la collaboration entre la Grèce et les Etats-Unis face à une nouvelle crise. Il a vanté la rigueur des mesures d’austérité qu’il était en train d’appliquer en déclarant que « le parlement a adopté les mesures d’austérité les plus dures de l’histoire moderne de la Grèce. »

En qualifiant les mesures de « choix douloureux entraînant un lourd coût politique et social, » il a dit clairement qu’elles n’étaient que le début. « J’ai dit à la population grecque, » a-t-il précisé, « que 2010 doit être et sera une année de réformes draconiennes dans tous les domaines gouvernementaux : changement de notre système d’impôts, de notre systèmes de sécurité sociale, de notre administration publique, de notre système éducatif et de notre modèle de développement. »

Il a mis en garde contre « des troubles sociaux graves, » en disant que le risque d’émeutes sociales était en train d’être exacerbé par des spéculateurs à qui, a-t-il insisté, il fallait passer la bride. Il a ajouté que la spéculation tirait l’euro vers le bas en augmentant de ce fait le prix des exportations américaines et le déficit commercial américain.

Les implications non exprimées du discours de Papandreou étaient que les Etats-Unis tout comme l’Europe entraient dans une période de dangers révolutionnaires et que les méthodes employées de 1946-1949 en Grèce pourraient servir à nouveau.

(Article original paru le 10 mars 2010)

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19 mar

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Afghanistan : L’OTAN a tenté de dissimuler les faits après un raid qui a tourné au carnage, révèle le Times

18 mar

par Jerome Starkey pour Times

Le 12 février dernier, le raid nocturne lancé par des soldats américains et afghans sur une maison de notables ou se déroulaient ce jour là les réjouissances d’un baptême a tourné au carnage. Les militaires ont ouvert le feu sur ceux qui se trouvaient là, et qui pourtant protestaient de leur innocence, racontent les témoins du drame interrogés par le Times. Cinq personnes ont été tuées, dont deux frères, l’un commandant de police, l’autre procureur, ainsi que deux femmes enceintes et une jeune fille qui allait se marier sous peu. Un adolescent de quinze ans a également été blessé. Le communiqué publié par l’OTAN après les faits affirmait que les soldats avaient découvert sur les lieux des « atrocités » et que les trois cadavres de femmes étaient « bâillonnés et ligotés ». Les témoins indiquent qu’elles sont tombées sous les balles de la même rafale qui a tué le procureur sur le pas de la porte de la maison familiale. A ce jour, l’OTAN refuse d’identifier l’unité responsable de ce massacre.

Un raid nocturne des soldats américains et afghans a entraîné la mort de deux femmes enceintes, une jeune fille et de deux fonctionnaires locaux, atrocités que l’OTAN a ensuite tenté de dissimuler, indiquent les récits des survivants, recueillis par le Times.

L’opération, qui s’est déroulée le vendredi 12 février consistait en en assaut mené à l’aube sur la maison d’un policier située à quelques kilomètres de Gardez, la capitale de la province de Paktia, à l’est de l’Afghanistan. Dans un communiqué publié après le raid, titré « les forces conjointes opérant à Gardez font une macabre découverte », l’Otan affirmait que ses soldats avaient découvert dans une chambre des corps de femmes « tuées, ligotées et bâillonnées ».

Une enquête du Times suggère que les affirmations de l’OTAN sont soit délibérément fausses ou, au mieux, trompeuses. Plus d’une douzaine de survivants, dont des fonctionnaires, des responsables de la police et un chef religieux, interrogés sur la scène de l’attaque et alentour, affirment que les auteurs de ces crimes étaient des soldats américains et afghans. L’identité et le statut de ces hommes reste inconnue.

Cette attaque est intervenue plus de quinze jours après que le commandant des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan, ait publié de nouvelles directives visant à limiter les raids nocturnes. Les forces spéciales et les agences de renseignement occidentales qui opèrent secrètement en Afghanistan ont été critiquées pour avoir mené des raids nocturnes basés sur des renseignements douteux ou faux, qui se sont soldés par des pertes civiles.

Le commandant Dawood, âgé de 43 ans, fut la première personne tuée durant l’assaut. Policier de longue date, réputé et aguerri, il avait été promu récemment à la tête du renseignement dans un des districts les moins sûrs de la province de Paktia. Son frère, Saranwal Zahir, était procureur dans le district d’Ahmadabad. Il a été tué alors qu’il se trouvait sur le pas de la porte, tentant de protester de son innocence.

Trois femmes, qui étaient accroupies derrière lui dans le couloir, ont été touchées par le même tir en rafale. Bibi Shirin, âgée, de 22 ans, avait quatre enfants, âgés de moins de 5 ans. Bibi Saleha, 37 ans, avait 11 enfants. Toutes deux, selon leurs proches, étaient enceintes. Elles ont été tuées sur le coup.

La mère des deux hommes, Bibi Sabsparie, déclare que Shirin était enceinte de quatre mois et Saleha de cinq mois. La dernière victime, Gulalai, âgée de 18 ans, était fiancée. Elle est décédée de ses blessures. « Nous avions déjà tout acheté pour le mariage », soupire celui qui devait être son beau-père, Sayed Mohammed Mal, Vice-Chancelier de l’Université de Gardez.

La nuit de cet assaut, environ 25 hommes, amis et parents, s’étaient rassemblés au domicile du commandant Dawood dans le petit village de Khataba, pour célébrer le baptême d’un nouveau-né. Assis côte à côte le long des murs d’une chambre d’hôtes, les hommes avaient dansé tour à tour, pendant que jouaient les musiciens. Le chanteur, Mohammed Sediq Mahmoudi, âgé de 24 ans, précise que quelque temps après 3 heures du matin l’un des musiciens, Dur Mohammed, est sorti pour aller aux toilettes. « Quelqu’un a braqué une lampe sur son visage et il a alors couru vers l’intérieur en avertissant que les talibans étaient dehors », déclare M. Sediq.

Le lieutenant-colonel Zamarud Zazai, qui dirige le service de renseignement de la police de Gardez, déclare : « Des deux cotés, ont a cru que l’autre groupe était taliban. » Le commandant Dawoud a couru vers les pièces où se trouvait sa famille, avec son fils Sediqullah, âgé de 15 ans. A mi-chemin à travers la cour, ils ont été abattus par un tireur posté sur le toit. Le commandant Dawoud a été tué. Sediqullah, touché à deux reprises, a survécu, racontent ses oncles.

Les tirs ont cessé et les soldats ont crié en pachtoune, ordonnant à tous de sortir à l’extérieur. Waheedullah, un chauffeur d’ambulance, déclare que leur accent était celui de Kandahar.

L’OTAN a déclaré que les soldats faisaient partie d’un force conjointe « afghano-internationale », mais, malgré de nouvelles règles leur enjoignant de laisser derrière eux des tracts identifiant leur unité, la famille indique qu’ils n’en ont pas fourni. Les forces américaines du secteur nient toute implication.

Dans le couloir situé de l’autre côté de l’enceinte des bâtiments, les femmes se sont précipitées pour soigner les blessés. La mère du commandant Dawood raconte : « Zahir a crié,« Ne tirez pas, nous travaillons pour le gouvernement ». Mais tandis qu’il parlait, ils ont tiré à nouveau. Je l’ai vu tomber. Je me suis retourné et j’ai vu que ma belle-fille et les autres femmes étaient mortes. »

Mohamed Sabir, âgé de 26 ans, qui est le plus jeune frère du commandant de Dawood et de Zahir, a fait partie des huit hommes qui ont été arrêtés et transportés par avion vers une base située à proximité, dans la province de Paktika. Ils ont été détenus pendant quatre jours et interrogés par un américain en civil qui leur a montré des photos de l’homme qu’ils suspectaient. « J’ai dit : « Oui, c’est Shamsuddin. Il était à la fête. Pourquoi ne l’avez-vous pas arrêté ? », raconte Sabir. Ils ont ensuite été libérés sans être inculpés. Shamsuddin – qui avait travaillé durant cinq mois à la réparation des générateurs électriques de la base américaine locale – s’est livré de lui-même pour subir un interrogatoire. Il a été lui aussi libéré sans aucune inculpation.

Le communiqué initial de l’Otan indiquait que « plusieurs insurgés ont engagé le combat contre la force conjointe et ont été tués lors des échanges de tirs. » La famille affirme que personne n’a même jeté une pierre. Le contre-amiral Greg Smith, responsable de la communication de l’OTAN à Kaboul, nie qu’il y ait eu tentative de camouflage.

Il indique que les deux hommes qui ont été tués étaient armés et manifestaient des « intentions hostiles », mais a admis « qu’ils n’étaient pas la cible de ce raid particulier ».

« Je ne sais pas s’ils ont tiré des coups de feu », indique-t-il. « Si on a un individu qui sort d’un bâtiment, et que la force d’assaut est là, cela déclenche souvent une neutralisation de l’individu. Il n’est pas nécessaire d’être visé par un tir pour riposter. »

Il admet que le communiqué original avait été « mal formulé », mais déclare que « pour des gens qui voient beaucoup de cadavres », les femmes avaient paru à l’époque être décédées depuis plusieurs heures.

Par l’intermédiaire des doyens du village, les américains ont proposé une indemnisation à la famille – 2 000 dollars pour chacune des victimes.

« La vie humaine n’a aucune valeur » se lamente Bibi Sabsparie. « Ils ont tué notre famille, puis ils sont venus et ont apporté de l’argent. L’argent ne ramènera pas les nôtres. »

Source : Contre Info

Slavery by Consent (vidéo)

18 mar

La série Phase 3 étant à présent terminée et en attendant la fin de la mini-série The Divine Book, Mecanoblog vous propose de découvrir Slavery by Consent (Esclavage par Consentement). Une nouvelle mini-série en dix épisodes, signée Bushwakk et également produite par l’équipe The Wake Up Project, qui vous propulse directement dans l’univers du système et la servitude moderne des peuples. Le titre en disant déjà long sur le thème, la mini-série voyage à travers le capitalisme, l’usure ou encore la corporacratie.

En qualité HD, Slavery by Consent est traduite par Nemesisnom que vous pouvez également retrouvée sur La Nemesis du Nouvel Ordre Mondial. Pour voir l’intégralité de la mini-série en VO, rendez-vous dès à présent sur le compte Youtube de Bushwakk.

Episode 1 : Ouverture

Episode 2 : Introduction

Episode 3 : Tout ” capital “

Episode 4 : The Sin

Episode 5 : L’Usure

Episode 6 : The Corporation

Nouvelle doctrine de défense russe

17 mar

par Xavier Moreau

Le 5 février 2010, le Président Medvedev a validé la nouvelle doctrine de défense russe. Après le terrorisme international, les Etats-Unis et l’OTAN sont désignés comme des ennemis principaux et immédiats. Nous pouvons, comme le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, jouer la naïveté, et regretter l’inadéquation de la doctrine russe. Nous pouvons aussi essayer de comprendre ce qui a amené la Russie à adopter cette nouvelle stratégie.

Cette doctrine marque, en fait, la fin du rêve occidental russe. Il est difficile, aujourd’hui, de se représenter la naïveté avec laquelle la Russie a ouvert les bras à l’Occident, au début des années 90. Ce fut le cas dans les domaines économique, culturel, militaire et même dans celui de l’espionnage. Evgueni Primakov raconte dans ses mémoires* comment le nouveau chef des services secrets russes, pour faire preuve de bonne volonté, avait transmis les emplacements des micros-espions de l’ambassade américaine à Moscou. Les Etats-Unis avaient, de leur côté, offert des garanties sur la non extension de l’OTAN, et sur leurs intentions pacifiques. La suite est connue. Les vingt années qui suivent voient l’OTAN arriver aux frontières de la Russie, son allié serbe bombardé, et la population serbe de Krajina subir un nettoyage ethnique sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale. Les minorités russes sont persécutées dans les pays baltes, tandis que dans le berceau même du premier état russe, à Kiev, le département d’état américain met en place un gouvernement hostile. La rupture définitive survient lorsque la Russie observe avec effarement les démocraties occidentales restées indifférentes aux bombardements à l’artillerie lourde de la capitale ossète et, notamment, à la destruction complète du quartier juif. Pour l’administration russe, il est désormais clair que la posture morale de l’Occident est une hypocrisie et un mensonge.

La mise en garde du Président Poutine à Munich, le 11 octobre 2006, résume la nouvelle doctrine militaire. Elle est le résultat d’un double constat aboutissant à un virage géopolitique sans précédent.

  • Le droit international n’existe plus. Les bombardements successifs des forces de l’OTAN et des Etats-Unis sur la Serbie ou l’Irak, sans déclaration de guerre, ni mandat de l’ONU, visant délibérément des cibles civiles, normalement protégées par les conventions internationales, ont convaincu la Russie de l’obsolescence des règlements internationaux. La reconnaissance unilatérale du Kosovo, contre la résolution 1244 de l’ONU, démontre que seule compte la force. C’est désormais l’armée russe qui est garante de cette indépendance – qui oserait l’affronter dans le Caucase ?
  • La menace la plus immédiate pour la Russie est celle constituée par les Etats-Unis qui, malgré leurs promesses, ont amené l’OTAN aux portes de la Russie. Le prétexte du système anti-missile ne visent qu’à militariser les pays d’Europe de l’Est. Les anti-missiles en question seront d’ailleurs bien incapables d’arrêter un vecteur iranien. En revanche, ils scellent de manière agressive les anciens satellites de l’URSS dans l’alliance atlantique.

Ce n’est pas l’utilisation de l’arme nucléaire qui constitue un virage important. En sanctuarisant le territoire national russe, elle correspond à une doctrine tout à fait classique. La véritable nouveauté c’est qu’aucune menace n’est définie à l’Est de la Russie. Il semble que le virage vers l’Asie, effectué par la Russie dans ses orientations économiques, ait son équivalent militaire. Face à l’OTAN, vu comme une alliance agressive, désuète et inadaptée, la Russie et la Chine opposent désormais l’Organisation de coopération de Shangaï. Cette structure en devenir, à la fois politique et militaire, sera un levier incontournable dans les relations internationales, alors que le continent asiatique remplace peu à peu l’Occident dans son leadership mondial.

La Russie est la pénétrante naturelle de l’Europe vers l’Asie. Elle est aussi le cauchemar géopolitique anglo-saxon, car elle est la jonction entre ces deux continents. En laissant les Etats-Unis construire un nouveau rideau de fer sur le continent européen, et en acceptant de diluer leur puissance au sein de l’Union Européenne, la France et l’Allemagne se privent d’une ouverture vers l’avenir. La réaction positive du ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, au sujet du projet russe de sécurité collective, ainsi que l’achat d’une frégate française par la Russie, laissent cependant entrevoir la possibilité d’un retournement politico-stratégique.

Notes

* Evgueni Primakov, Au coeur du pouvoir, Syrtes (2002)

Le texte de la nouvelle doctrine : http://www.scrf.gov.ru/documents/99.html

Source : Geopolintel