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Archive pour février 2010|Page d'archive mensuelle

Des sénateurs afghans demandent la peine de mort pour les soldats étrangers responables de morts civils

Dans AfPak, États-Unis, Crimes contre l'Humanité, Crimes de Guerre, Droits de l'Homme, Guerre contre le Terrorisme, Guerre d'Afghanistan, GWOT, Hamid Karzaï, ISAF, le Grand Echiquier, Manipulation, OTAN, Pentagone, Stanley McChrystal, Talibans, Terrorisme d'Etat, Tiers-Monde, US Army le 28 février 2010 à 18:49

par Juan Cole

Selon l’agence de presse Pajhwok dans un communiqué daté de mardi, le sénat afghan a déploré les frappes aériennes menées par les forces étrangères qui ont tué 21 civils innocents dans la province de Daikundi dimanche dernier, et ont exigé que l’OTAN évite la répétition d’une telle erreur.

Mais certains sénateurs sont allés plus loin en exigeant que les soldats US ou membres de l’OTAN responsables de ces morts soient exécutés. Le sénateur Hamidullah Tokhi s’est plaint que les forces étrangères avaient tué des civils à maintes reprises lors de tels incidents qui se répétaient sans cesse, qu’ils s’excusaient à chaque fois mais qu’à chaque fois ils commettaient à nouveau la même erreur tragique. « Toute personne qui tuerait un Afghan ordinaire devrait être exécuté en public ».

La députée Fatima Aziz of Qunduz s’est exprimée dans le même sens, en observant que « Nous avons vu de façon répétée les troupes étrangères tuer des gens innocents, ce qui est insoutenable pour des Afghans déjà usés par la guerre ».

Le sénateur Maulvi Abdul Wali Raji a appelé à ce que la loi coranique « oeil pour oeil » soit appliquée aux soldats étrangers responsables de morts civils. L’agence de presse Pajhwok conclut « Mohammad Alam Izdiyar a déclaré que les morts civils étaient la raison principale du fossé grandissant entre la population afghane et son gouvernement ».

Il faut souligner que ceux qui s’expriment ainsi ne sont pas des Taliban, mais des élus du Parlement National Afghan, dont le gouvernement est censé être un proche allié des Etats-Unis.

Sarah Chayes, ancien correspondant pour la National Public Radio qui a vécu plusieurs années à Kandahar mais qui depuis un an fait partie de l’équipe de Général Stanley McChrystal, a déclaré à CNN qu’elle voyait une augmentation de la frustration du peuple Afghan au sujet des morts civils provoqués par les frappes de l’OTAN et des Etats-Unis. Elle affirme que la manière dont le gouvernement du Président Hamid Karzai gérera ce dossier pourrait déterminer son destin, étant donné qu’il est perçu et se comporte comme un syndicat du crime.

Pendant ce temps, Karzai ne prend aucun risque. Radio Azadi rapporte que Karzai a pris le contrôle de la Commission chargée de régler les litiges électoraux (ECC), supposément indépendante, et qu’il désignera ses cinq membres. Le système prévu était que trois membres devaient être désignés par les Nations Unies et les deux autres par le ministre de la justice et la haute commission électorale indépendante.

La ECC a rejeté environ un million de bulletins frauduleux lors du dernier scrutin présidentiel de l’été dernier, un geste qui aurait pu forcer Karzai à un deuxième tour contre son rival Abdullah Abdullah. Mais ce dernier s’est retiré en affirmant que Karzai refusait de lâcher son contrôle sur la commission électorale nationale. De nombreux observateurs pensent que Karzai a volé l’élection. En bref, Karzai se comporte de plus en plus comme un dictateur du Moyen Orient, en manipulant les institutions pour ne pas être démis lors d’une élection.

Quel que soit le motif de l’intervention des troupes US en Afghanistan, ce n’est pas pour instaurer la démocratie.

En ce qui concerne les 100.000 soldats afghans qui auraient été formés et dont Washington se vante sans cesse, il apparaît que le Pentagone a confié leur entraînement à un sous-sous-traitant et « une filiale de Blackwater a recruté des drogués violents pour aider à la formation de l’armée afghane. » De nombreux journalistes doutent qu’il y ait réellement autant de soldats dans l’Armée Nationale Afghane, et parlent de forts taux de rotations et de désertions, tandis que d’autres laissent entendre qu’une formation de deux semaines dans le style « regarde et fais comme moi » de recrues illettrées ne constitue pas à proprement parler une « formation » – même lorsqu’elle est dispensée dans les règles de l’art, ce qui ne semble pas avoir été toujours le cas non plus.

(…)

à lire également : La résistance afghane tient bon à Marjah

Juan Cole, président du Global Americana http://www.juancole.com/

Traduction partielle par le Grand Soir

Source : Le Grand Soir

Etranges manières de compter ou de conter…

Dans Alvaro Uribe, Amérique du Sud, Colombie, Crimes contre l'Humanité, Cuba, Droits de l'Homme, FARC, Génocide, Injustice, Mass Médias, ONU, Réflexion, Terrorisme d'Etat le 28 février 2010 à 18:08

par Yvette Guevara

A La Macarena, petit village colombien situé 200 kilomètres de Bogota, deux mille cadavres des dissidents assassinés pendant le conflit armé et les périodes de nettoyage qui ont suivi, viennent d’être découverts. Deux mille êtres humains inhumés dans le plus terrible anonymat par les commandos d’élite et les forces gouvernementales. 2000 personnes ! C’est la plus grande fosse commune de l’histoire récente d’Amérique latine.

Hélas, il y n’a pas un seul cri d’indignation parmi les grandes voix de la presse. Peut-être l’horreur a-t-elle laissé en état de choc les reporters d’Amnesty International ou les dits journalistes de Reporters Sans Frontières ? Combien se sont déplacés pour faire connaître un tel crime collectif, comparable à ceux de l’Holocauste nazi ou au génocide rwandais ? Où est l’indignation de la communauté internationale, de l’Union Européenne, des hommes politiques, des porte-paroles, des journalistes ou citoyens informés ? Qui a demandé des explications à la Colombie, au pouvoir colombien ? Quelle ONG est partie pour soutenir les familles concernées par le deuil ? Mais surtout, surtout : pourquoi ceci est passé sous le plus horrifiant des silences ?

Est-ce la « fatalité » colombienne, cet espèce de syndrome de la violence incurable et du conflit éternel ? Est-ce que dans ces conditions d’institutionnalisation, des assassinats des dirigeants et de l’opposition, derrière une fine couche de lutte contre le narcotrafic, suffit à convaincre ?

En tout cas, il faudra des kilos de « poudre » aux yeux pour faire de la fumée devant un crime d’une telle envergure. Ou, trouver, entre les nouvelles du sud, quelque chose à se mettre sous la dent. Et voilà : la mort du prisonnier d’opinion cubain Orlando Zapata ! Ça, ça peut faire couler de l’encre. C’est une valeur sûre car depuis 1972 aucun des dits prisonniers politiques cubains n’est mort, aucun n’a disparu, aucun n’a été torturé, aucune fosse commune n’a été découverte à Cuba. Cuba est toujours un bon sujet.

Si regrettable que soit la mort de Monsieur Zapata, que ce soit par des soins tardifs pour stopper une pneumonie, mais surtout des suites d’une grève de la faim, une grève largement encouragée par une dissidence cubaine en manque de martyrs, plus regrettable encore est l’instrumentalisation de sa mort par les médias.

En tant que cubaine, depuis des lustres, je pense que Cuba n’a nul besoin d’avoir entre 86 et 200 personnes dans ses prisons pour des actes de désobéissance politique. Nous pourrions choisir de devenir rien qu’un pays de plus en Amérique-latine, et avoir nos 2000 cadavres dans une fosse commune. Comme ça, nous éviterions d’être un sujet à la mode, de donner de la charogne informative aux journalistes et cesser d’être de la chair à scandale, indignant les institutions politiques internationales. Il faudrait être comme les autres. Point. Comme ça, ils nous foutront la paix. C’est cynique, oui, je vous l’accorde, mais une réalité. Alors c’est la réalité la véritable cynique.

Orlando Zapata, disait le reporter Enrique Ubieta, est un mort inutile. Je suis d’accord. Sa mort a servi à une relance de l’exsangue opposition cubaine divisée et mal en point depuis dix ans, dont les scandales de corruption se suivent. Elle a servi à des groupuscules inconscients qui se bagarrent pour le trône de la dissidence dans une guerre interne. Elle a servi aux journalistes de gauche pour se faire encore les ongles sur les dos d’un pays qui les déroute dans leurs analyses de gauche handicapée, d’une gauche occidentale et décadente à l’image de leurs continents. La mort de ce pauvre homme a servi à cacher 2000 cadavres colombiens, dans un élan de gaucherie médiatique. Elle ne sert pas Cuba, non, ni cette image contradictoire de goulag sans disparus, sans assassinats, sans bain de sang, sans violence. De dictature sans tâche à la colombienne, sans narcotrafic, sans fosse commune…Comment ça se fait ?

Mais il y eut un mort, Orlando Zapata, qui réclamait dans sa grève un téléphone dans sa cellule et une cuisine. Je comprends, c’est dur de vivre sans les repas fait par maman, la bouffe de la prison est infecte, et ne pas écouter le feuilleton de 21h par l’auriculaire d’un téléphone est insoutenable. Je suis encore dans le cynisme ? Oui, mais les pires des cyniques, le pompon, ce sont les manipulations sans aucun scrupule des compatriotes dissidents d’Orlando Zapata, qui l’ont encouragé dans son autodestruction, qui attendaient la dépouille pour avoir les premières pages dans Le Monde et ailleurs. Bravo, ils les ont eues, ces pages.

Je me dis, en tant que cubaine, que les autorités de mon pays auraient mieux fait de suivre l’exemple étasunien et de gaver M. Zapata contre sa volonté, comme ça a été fait dans la prison de la base navale de Guantanamo avec les 50 grévistes de la faim, torturés en douce…Un bon passage à tabac, un perf’ de nutrition et aucun journaliste, aucun commentaire disgracieux, aucune indignation internationale et aucun mort regrettable…

Je me dis, en tant que cubaine, que des tas de choses devront changer dans mon pays, sans perdre un gramme d’autodétermination, d’indépendance, de dignité. Sur le plan économique, dans la sauvegarde des acquis sociaux, dans les droits fondamentaux des hommes à se faire leurs propres idées et à choisir le système de valeur qui leur convient.

Cela doit se faire entre cubains, sans ingérence, sans manipulations politiques. Hélas, vu les réactions des médias, rois par excellence de ce monde où nous vivons, je ne vois pas très bien comment arriver à bouger ne serait-ce que un cil sans que cela devienne une guerre des passions non objectives, un orage des verbiages futiles et dangereux pour tout changement réel et conséquent.

En attendant que la vague médiatique se trouve un autre cadavre dans la domaine de la facilité, voici une pensée sincère et profonde pour les 2000 mères des dissidents colombiens assassinés. Mais aussi, mes condoléances à la famille de ce pauvre Zapata, « martyr qui tombe à pique », de la contrerévolution.

Y. Guevara

En réponse à :
Cuba : la mort d’Orlando Zapata, gréviste de la faim : http://www.rue89.com/panamericana/2…

Illustrations : Ralph Steadman

Source : Le Grand Soir

Plus d’un million d’Irakiens tués sous l’occupation US

Dans Abou Graïb, Axe du Mal, États-Unis, Crimes contre l'Humanité, Crimes de Guerre, David Petraeus, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Droits de l'Homme, Génocide, George W. Bush, Guerre contre le Terrorisme, Guerre d'Irak, Guerre de l'Énergie, Impérialisme Américain, Injustice, Irak, Kurdes, le Grand Echiquier, Ligue Arabe, Lobby Pétrolier, Moqtada Al Sadr, Moyen-Orient, Néocolonialisme, Nettoyage Ethnique, Pax Americana, Pétrole, Pentagone, Robert Gates, Saddam Hussein, Sahwa, Terrorisme d'Etat, US Army le 28 février 2010 à 17:12

Nous reproduisons ici la première des 25 enquêtes primées par « Projet Censuré » en 2009. Il s’agit du travail de Michael Schwartz, que nous avions diffusé en 2007, et que Joshua Holland, Luke Baker, Maki al-Nazzal et Dahr Jamail ont poursuivi. Plusieurs sources officielles permettent de valider les études des sondeurs d’ORB et des démographes du « Lancet » et d’établir que l’invasion anglo-saxonne et l’occupation de l’Irak ont causé la mort de plus d’un million de civils. Cette information, qui a été relayée par les médias dans les Etats dont les gouvernement s’opposaient à la guerre, a été ignorée par les médias des Etats soutenant l’opération anglo-saxonne. Une fois de plus, il apparaît que les consortium médiatiques s’alignent sur les intérêts dominants du pays où ils se trouvent.

Cet article fait suite à « Qu’est-ce que le “Projet censuré” ? », par Ernesto Carmona.

Synthèse

Plus de 1,2 million d’Irakiens ont succombé à une mort violente depuis l’invasion du pays en 2003, d’après une étude du prestigieux institut britannique de sondage Opinion Research Business (ORB). Ces chiffres suggèrent que les décès provoquées par l’invasion et l’occupation de l’Irak rivalisent en nombre avec les massacres massifs du XXe siècle —le nombre de personnes tuées en Irak dépasse les 800 000 à 900 000 victimes du génocide du Rwanda, en 1994, et se rapproche d’ores déjà du chiffre de 1,7 million de disparus dans les tristement célèbres « camps de la mort » des Khmers rouges, dans les années 70 du siècle dernier—.

L’enquête de l’ORB a couvert quinze des dix-huit provinces de l’Irak. Parmi les zones non couvertes figuraient les deux régions les plus instables du pays —Kerbala et Anbar—, ainsi que la province d’Arbil, dans le Nord, où l’institut s’est vu notifier une interdiction de travail par les autorités locales. Il ressort des entrevues face à face avec 2 414 adultes que plus d’une personne sur cinq avait eu un mort dans son foyer à cause du conflit.

Les auteurs, Joshua Holland et Michael Schwartz, ont constaté que la version officielle, selon laquelle la violence contre les Irakiens serait essentiellement exercée par les propres Irakiens et non pas par les troupes états-uniennes, est mal acceptée. Dans leur reportage d’octobre 2006, les enquêteurs de la revue The Lancet ont interrogé des Irakiens sur la façon dont avaient péri leurs proches et 56 % ont imputé ces décès à l’action des forces des Etats-Unis et de leurs alliés. Schwartz a fait remarquer que si une partie proportionnelle de la moitié du reste des morts irakiennes non attribuée a été provoquée par les forces des USA, le résultat final serait que près de 80% de l’ensemble de ces morts ont été causées directement par les Etats-Unis.

Même en prenant les estimations les plus basses confirmées à la fin de 2006, il se trouve que les forces des USA sont responsables de la mort de 5 000 Irakiens en moyenne par mois depuis le début de l’occupation. Cependant, le taux des victimes mortelles en 2006 a été deux fois plus élevé que la moyenne, ce qui veut dire que la moyenne des morts provoquées par les troupes US cette année a dépassé les 10 000 par mois, soit plus de 300 par jour. Avec la vague de violence amorcée en 2007, le chiffre actuel est probablement beaucoup plus élevé.

Schwartz a précisé que la logique de cette boucherie réside dans les statistiques émises par les militaires US, et divulguées par la Brookings Institution : pendant les quatre premières années d’occupation militaire, chaque jour plus de mille patrouilles ont été dépêchées dans les quartiers hostiles, avec l’ordre de capturer ou de tuer des « insurgés » et des « terroristes ». (Depuis février 2007, le nombre de ces patrouilles s’est élevé à près de 5 000 par jour, si l’on compte les forces irakiennes encadrées par les forces US). En moyenne, chaque patrouille procède à une trentaine de descentes musclées dans les maisons irakiennes, avec pour mission d’interroger, de capturer ou de tuer des suspects. Dans ce contexte, n’importe quel homme en âge de combattre est non seulement tenu pour suspect, mais pour un adversaire représentant un danger mortel. On recommande donc aux soldats US de ne pas courir de risques.

Selon les statistiques militaires des USA, également rendues publiques par la Brookings Institution, ces patrouilles donnent actuellement lieu à environ 3 000 fusillades par mois, ou un peu moins de 100 par jour en moyenne (sans compter les 25 autres provoquées par les alliés irakiens). Des milliers de rondes et de patrouilles ont entraîné la mort de milliers d’Irakiens innocents, ainsi que de nombreuses arrestations d’une brutalité extrême.

Les réfugiés : une crise ignorée

Les tentatives des Irakiens pour échapper à la violence sont à l’origine d’une crise des réfugiés qui a pris d’énormes proportions. D’après des rapports émis en 2007 par le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés (ACNUR) et l’Organisation internationale pour la migration (OIM), prés de 5 millions d’Irakiens ont été déplacés par la violence, la plupart ayant fui le pays à partir de 2003. Plus de 2,4 millions ont abandonné leur maison pour aller chercher abri dans des zones plus sûres à l’intérieur du pays, 1,5 million se sont réfugiés en Syrie, et plus d’un million ont gagné la Jordanie, l’Iran, le Liban, la Turquie et les pays du Golfe persique.

Les déplacés en Irak, dont le nombre augmente en moyenne de près de 100 000 par mois, n’ont aucun statut juridique et aucune possibilité d’emploi dans la plupart des provinces et Etats où ils se sont réfugiés, et leur situation est de plus en plus désespérée. Cependant, les Irakiens qui continuent de quitter leur foyer sont plus nombreux que ceux qui sont retournés chez eux, en dépit des versions officielles indiquant le contraire. Des milliers de déplacés estiment que la sécurité est aussi mauvaise qu’avant et que le retour signifie la mort. Et la plupart de ceux qui reviennent ne tardent pas à repartir.

Les journalistes Maki al-Nazzal et Dahr Jamail ont interviewé un ingénieur irakien qui travaille actuellement dans un restaurant à Damas, en Syrie : « Retourner en Irak ? Il n’y a plus d’Irak où retourner, cher ami, L’Irak n’existe plus que dans nos rêves et nos souvenirs ! »

Une autre personne interrogée a déclaré aux auteurs : « Les militaires états-uniens affirment qu’à présent Fallujah est sûre, alors que 800 hommes sont retenus là-bas dans les pires conditions… Au moins 750 des 800 hommes détenus ne sont pas des combattants de la Résistance, mais des gens qui refusent de collaborer avec les forces d’occupation et leurs auxiliaires fantoches ».

Un autre réfugié de Bagdad a déclaré : « Je suis retourné dans mon foyer avec ma famille en janvier. Dès la première nuit qui a suivi notre arrivée les Etats-uniens ont investi notre maison et nous ont maintenu tous dans une seule chambre alors que leurs francs-tireurs montaient sur le toit pour tirer sur les gens. Nous avons décidé de revenir ici [à Damas] le lendemain matin après avoir passé une nuit d’horreur que nous ne sommes pas prêts d’oublier. »

Mise à jour de Michael Schwartz

Les statistiques de mortalité citées dans « L’occupation US de l’Irak tue-t-elle 10 000 civils par mois ou beaucoup plus encore ? » sont basées sur une enquête sur les décès causés par la guerre en Irak, publiée dans un autre article plausible pour Projet censuré. L’article original, paru dans The Lancet en 2006, a reçu une couverture dédaigneuse des médias avant de disparaître purement et simplement de la vue des lecteurs, tandis que les grands médias recommençaient à divulguer des estimations partiales qui situaient le nombre d’Irakiens morts à un dixième des calculs de The Lancet. Le blocus de l’information exercé par les consortium médiatiques s’est également étendu à mon article, et n’a pas diminué le moins du monde, même si l’article de The Lancet a résisté plusieurs vagues de critiques, tandis que d’autres études confirment ou mettent à jour son contenu.

Début 2008, la meilleur estimation, basée sur des extrapolations et des reproductions de l’étude de The Lancet, a révélé que 1,2 millions d’Irakiens sont morts à cause de la guerre. Pour autant que je sache, ce chiffre n’a été relevé dans aucun média aux Etats-Unis.

Le blocus de l’information sur le nombre de victimes a été accompagné d’une autre forme de censure sur une autre preuve capitale contenue dans mon article : la stratégie militaire de l’administration Bush en Irak a provoqué chaque jour de vastes destructions matérielles et une mortalité élevée. Les modes de recrutement exigent que les quelque mille patrouilles US ripostent chaque jour à tout acte hostile avec une écrasante puissance de feu —armes de faible calibre, artillerie et opérations aériennes laissent derrière elles un cortège de souffrance et provoquent de nombreuses pertes parmi la population civile—. Mais les principaux médias ont refusé de couvrir ce délit de mutilation, même après les réunions de l’organisation « Soldats de l’hiver », de mars 2003, pendant lesquelles plus d’une centaine de vétérans de la guerre en Irak ont reconnu avoir participé à ce qu’ils ont appelé « des situations génératrices d’atrocités ».

L’efficacité du blocus de l’information exercé par les médias a été confirmée par une enquête réalisée par l’Associated Press en février 2007, auprès d’un échantillon représentatif de résidents états-uniens, auxquels on a demandé s’ils avaient une idée du nombre d’Irakiens tués dans la guerre. La moyenne des personnes interrogées a estimé qu’ils étaient moins de 10 000, soit 2% du total réel pour l’époque. Cette ignorance grossière et générale, de même que le déroulement de la guerre en Irak n’a reçu aucune couverture médiatique, même pas de la par de l’Associated Press, qui a commandé l’enquête.

L’organisation « Anciens combattants d’Irak contre la guerre » a placé la brutalité de l’occupation au centre de l’action de ses membres. Le massacre du peuple irakien est au cœur de leurs revendications. Ils exigent le retrait immédiat et total des troupes des Etats-Unis, tout comme l’organisation des historiques réunions des « Soldats de l’hiver » à Baltimore.

Même si cet événement n’a été relayé par aucun des principaux médias aux USA, le flux de l’information diffusée par Pacifica Radio et le site Web de l’IVAW a enregistré un fort taux d’audience —y compris parmi un grand nombre de soldats en service actif—, avec les descriptions des atrocités commises par la machine de guerre US. Un nombre croissant de sites indépendants offre à présent une couverture régulière sur cet aspect de la guerre, dont Democracy Now, Tom Dispatch, Dahr Jamail’s Mideast Dispatches, Informed Comment, Antiwar.com, et ZNet.

Mise à jour de Maki Al-Nazzal et Dahr Jamail

La nomination des généraux de l’US Army David Petraeus, à la direction du CentCom et Raymond Odierno, en tant qu’adjoint de Petraeus à la tête de la Force multinationale en Irak, a soulevé le courroux des Irakiens vivant en Syrie et en Cisjordanie. Ces deux généraux, qui ont convaincu les Etats-Unis et la communauté internationale d’une soi-disant « amélioration en Irak », ne semblent par contre pas avoir réussi à convaincre les réfugiés irakiens qu’il y a eu « du mieux » dans leur pays.

« Tout comme l’administration Bush a décoré Paul Bremer (le patron de l’Autorité provisoire de la coalition), d’autres ont été récompensés pour avoir participé à la destruction de l’Irak », se plaignait Muhammad Shamil, un journaliste irakien qui a fui vers la Syrie en 2006. Ce qu’ils appellent violence s’est concentré d’abord dans certaines zones de l’Irak, mais à présent le phénomène a été étendu à tout le pays par les héros de guerre des Etats-Unis. « Ceux qu’ils tuent, expulsent ou capturent se comptent par milliers, depuis Basra (dans le sud) jusqu’à Mossoul (dans le nord) ».

L’espoir d’un retour se fait de plus en plus mince dans l’esprit des réfugiés irakiens. Depuis la parution de cet article, en mars 2008, la crise des réfugiés s’est encore aggravée. La situation s’aggrave du fait que la plupart de ces gens n’ont plus aucune intention de retourner chez eux et préfèrent s’établir ailleurs.

« J’ai décidé de ne plus rêver de rentrer au pays, et d’essayer de construire un nouveau foyer n’importe où dans le monde », a déclaré Maha Numan, 32 ans, réfugié en Syrie. « Voici trois ans que je suis réfugié et que je caresse le rêve de retourner là-bas, mais j’ai décidé de ne plus y rêver. J’ai perdu la foi dans tous les dirigeants du monde après les vagues de violence à Basra, Al-Sadr et aujourd’hui Mossoul. Cette situation ne semble plus avoir de fin, et je dois trouver un refuge sûr pour ma famille ».

« La majorité des Irakiens en Syrie sont plus au courant des nouvelles de leur pays que la plupart des journalistes. Dans n’importe quel cybercafé de Damas, chacun appelle sa ville ou son village natal et fait part aux autres réfugiés irakiens des nouvelles du jour. Les informations sur la violence qui sévit dans une grande partie de l’Irak les renforcent dans leur conviction de rester à l’étranger.

« Aujourd’hui il y a eu quatre explosions à Fallujah ! », s’est exclamé Salam Adel, qui a travaillé comme traducteur pour les troupes US à Fallujah en 2005. « Et ils disent qu’on peut rentrer, que la situation est sûre ! Rentrer pour quoi faire ? Pour se faire tuer par les mines ou les voitures piégées ? »

Pour l’administration Bush, il a été important, du point de vue politique, de faire croire que la situation s’améliore en Irak. Ce genre d’information a été relayé avec la complicité des médias corporatifs. Cependant, 1,5 million d’Irakiens vivant en Syrie et plus de 750 000 en Jordanie ne partagent pas cet avis. Autrement, ils seraient déjà rentrés chez eux.

(A suivre…)

Source : Réseau Voltaire

Le chef des services de renseignement américains revendique le droit d’assassiner des Américains à l’étranger

Dans Al Qaïda, Attaque de Drone, États-Unis, Barack H. Obama, Black Sites, CIA, Droits de l'Homme, Espionnage, Guerre contre le Terrorisme, Guerre de l'Énergie, Guerre du Yémen, GWOT, Injustice, NSA, Pentagone, Robert Gates, Sécurité, Terrorisme d'Etat le 28 février 2010 à 16:29

par Joe Kishore

Le directeur national des services de renseignement américains, Dennis Blair, a dit mercredi que les agences du gouvernement pratiquaient une politique d’assassiner les Américains à l’étranger comme l’exigeait la guerre « contre le terrorisme. »

Dans son témoignage devant la Commission de contrôle des services secrets de la Chambre des représentants, Blair a dit que les assassinats seraient justifiés si les citoyens américains « agissaient de manière à constituer une menace aux Américains ». Ceci constitue une catégorie extrêmement vaste et donne à l’appareil de renseignement américain l’autorisation générale de se livrer à ce qui n’est rien d’autre que des exécutions extrajudiciaires.

De tels meurtres sont illégaux en vertu de la loi internationale mais ils sont devenus sous l’euphémisme d’« assassinats ciblés » une procédure standard pour l’armée américaine et les agences de renseignement. Ils sont à présent pratique courante dans le cadre des occupations militaires à grande échelle en Irak et en Afghanistan, ainsi que dans d’autres pays visés par les Etats-Unis, y compris le Pakistan et le Yémen.

La question d’assassiner des Américains a été abordée spécifiquement par rapport au religieux américain d’origine yéménite, Anwar Al-Awlaki, qui a été lié par le gouvernement américain au suspect de la tentative d’attentat du jour de Noël sur le vol 253 de la Northwest Airlines l’an dernier. Le 24 décembre, les Etats-Unis avaient lancé des frappes contre des installations d’Al Qaïda au Yémen et l’on avait initialement cru qu’Al-Awlaki figurait parmi les tués.

Al-Awlaki n’a été accusé d’aucun crime. CNN a toutefois rapporté : « En privé, de nombreux responsables gouvernementaux ont dit qu’il était l’un des prochains citoyens américains à l’étranger dont les services de renseignement américains avaient l’intention de s’occuper. » CNN n’a pas dit qui d’autre figurait sur la liste des citoyens dont on allait « s’occuper ».

Les Etats-Unis suivent « une politique définie et un ensemble de procédures juridiques qui sont très minutieusement observées, » a proclamé Blair. Il a dit aussi que les agences américaines de renseignement cherchaient à obtenir « une autorisation spécifique », vraisemblablement de la Maison Blanche, sans pourtant que Blair soit explicite, pour exécuter des actions impliquant l’assassinat de citoyens américains.

Peter Hoekstra, le Républicain de haut rang siégeant à la Commission du renseignement, a dit qu’il était « étonné » que Blair ait fait cette déclaration lors d’une séance ouverte. « Donc, il existe un cadre et une politique. une voie claire pour le moment où cette personne pourra s’exprimer librement à l’étranger et où elle aurait pu avoir entamé le recrutement ou aurait pu avoir commencé à réellement coordonner et à exécuter des attaques contre les Etats-Unis ? » demanda-t-il.

Blair a répondu en disant qu’il préférait exposer les détails en « séance à huis clos, » mais a ajouté, « Nous ne ciblons pas les personnes pour liberté d’expression. »

Le fait que le chef du renseignement américain ait eu à assurer la population que le gouvernement ne tuait pas les citoyens américains sur la base de leurs opinions et de leurs points de vue politiques ne fait que souligner l’ampleur de la criminalisation de l’Etat.

Le gouvernement Obama est en train de poursuivre et à bien des égards d’intensifier l’attaque menée par Bush contre les droits démocratiques et constitutionnels. Durant le gouvernement Bush, la question de la surveillance abusive des communications impliquant des citoyens américains avait été à l’origine d’une tempête de controverses. A présent, le gouvernement américain s’arroge ouvertement le droit de tuer des citoyens américains sans que cela soulève de protestation d’aucun des deux partis politiques.

Les commentaires de Blair ont été faits au beau milieu d’une multiplication des avertissements lancés par les services de renseignement quant à d’imminentes attaques terroristes. Blair a dit que dans les prochains trois à six mois une tentative d’attaque était « certaine » aux Etats-Unis, répétant les commentaires faits mardi par le directeur de la CIA, Leon Panetta.

« Nous avons averti au cours de ces dernières années de ce qu’Al-Qaïda même et ses disciples ainsi que des terroristes inspirés par Al-Qaïda avaient toujours la ferme volonté de frapper les Etats-Unis, » a dit Blair, « et l’année dernière nous avons disposé de noms à associer à ces avertissements. »

Au milieu de ces avertissements, il est remarquable qu’aucun représentant du Congrès n’ait questionné Blair ou Panetta au sujet des rapports disant que les agences de renseignement américaines étaient intervenues pour empêcher la révocation du visa d’Umar Farouk Abdulmutallab, l’homme qui avait tenté de faire exploser l’avion du vol 253 de la Northwest Airlines.

Il y a eu une censure systématique de la part des médias et de l’establishment politique au sujet du témoignage du responsable du département d’Etat Patrick Kennedy devant le Congrès depuis la publication la semaine passée d’un article du Detroit News sous le titre, « Un suspect terroriste conserve son visa pour éviter toute enquête plus extensive. »

Le News avait écrit « Patrick F. Kennedy, un sous-secrétaire de la direction au Département d’Etat, a dit que le visa d’Abdulmutallab n’avait pas été révoqué parce que des responsables des services de renseignement avait demandé à son agence de ne pas refuser un visa au terroriste présumé de crainte qu’un rejet ne vienne contrecarrer une plus vaste enquête sur les menaces d’Al Qaïda à l’encontre des Etats-Unis. »

L’agence de renseignement en question avait été le National Counter Terrorism Center (NCTC) qui opère sous la direction du directeur du renseignement américain, Dennis Blair.

Les avertissements au sujet d’une attaque imminente émanant de ces mêmes agences de renseignement ont un caractère inquiétant. Sous George W. Bush, le gouvernement avait régulièrement manipulé les avertissements et l’évaluation des menaces pour des raisons politiques, afin de justifier une politique impopulaire, d’influencer les élections ou de détourner l’attention de révélations embarrassantes. Ces avertissements avaient en général de très peu à voir avec la réalité.

Dans le même temps, toute attaque terroriste réussie, qu’elle ait été facilitée ou non par des agences américaines de renseignement, serviront de prétexte à une escalade de la guerre et à des attaques contre les droits démocratiques.
Article original en anglais, US intelligence chief claims right to assassinate Americans overseas, WSWS, paru le 5 février 2010.

Source : Mondialisation.ca

La Chine est encerclée par le système anti-missiles américain

Dans ABM, ADM, Afghanistan, Allemagne, Analyse, Arme Biologique, Arme Chimique, Arme Nucléaire, Armement, Armes de Destruction Massives, Asie, États-Unis, Bases Américaines à l'Etranger, Bouclier Antimissiles Américain, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, Géostratégie, Inde, Japon, le Grand Echiquier, Pentagone, Russie, Taiwan, Technologie, Traité ABM le 25 février 2010 à 21:22

Le Quotidien du Peuple en ligne

D’après des spécialistes en études militaires, il semble que Washington soit déterminée à encercler la Chine avec un système anti-missile de fabrication américaine.

D’après Defense News, publication américaine, Taiwan est devenu l’année dernière le cinquième acquéreur dans le monde du système de défense anti-missiles Patriot, après le Japon, la Corée du Sud, les Emirats Arabes Unis et l’Allemagne.

De nombreux experts militaires ont fait remarquer que ce dernier contrat en date avec Taiwan est un élément clé d’une stratégie américaine d’encerclement de la Chine dans la région Est-asiatique, et que ces missiles pourraient bientôt former un arc de cercle s’étendant du Japon à la Corée du sud et à Taiwan.

Le colonel Dai Xu, stratège de renom de l’armée de l’air chinoise, écrivait d’ailleurs dans un article publié ce mois que « La Chine se trouve dans une zone d’encerclement en arc de cercle. Cette zone commence au Japon, s’étend à travers divers pays dans la Mer de Chine méridionale vers l’Inde et se termine en Afghanistan. Le déploiement de systèmes anti-missiles opéré par Washington en périphérie de la Chine forme une zone d’encerclement en arc de cercle ».

Pour Ni Lexiong, expert en affaires militaires à l’Institut de Sciences Politiques et de Droit de Shanghai, qui répondait le 21 février aux questions du journal Guangzhou Daily, « Le système anti-missile américain au voisinage de la Chine est une réplique exacte de la stratégie américaine antérieure en Europe de l’est contre la Russie. L’administration Obama à commencé à envisager ce genre de système autour de la Chine après la suspension de son projet en Europe de l’Est ».

Tang Xiaosong, directeur du centre de Sécurité Internationale et d’Etudes Stratégiques à l’Université des Etudes Etrangères du Guangdong fait lui remarquer que cet arc qui encercle la Chine peut également être étendu dans d’autres directions à n’importe quel moment. Ainsi, dit-il Washington espère-t-elle vendre à l’Inde et à d’autres pays de l’Asie du Sud-Est son système anti-missiles Patriot Advanced Capability (PAC)-3.

Les analystes disent que la Chine surveille de près la coopération indo-américaine en matière de défense anti-missiles, car toute intégration éventuelle de l’Inde dans le système global de défense anti-missiles américain pourrait affecter profondément la sécurité de la Chine.

Cependant, d’après l’ancien ambassadeur de Chine en Inde Pei Yuanying, il est peu probable que l’Inde fasse un jour partie du moindre plan américain dirigé contre la Chine.

« New Delhi tient à développer ses relations avec les Etats-Unis, mais elle veut également être une puissance internationale indépendante sur la scène internationale », dit-il.

M. Pei pense qu’il est nécessaire de prendre en considération les aspects multiples des relations sino-américaines. « Les Etats-Unis ont suivi de longue date une politique de rapprochement-confinement à l’égard de la Chine, et cette politique ne changera pas d’une manière générale durant le mandat du Président Obama », dit-il.

Defense News a également rapporté les propos de John Holly, Vice-président des systèmes de defense anti-missiles chez Lockheed pour qui les perspectives de ce marché restent bonnes.

Evoquant les programmes de missiles en Corée du Nord, en Iran, en Russie et en Chine, il a déclaré « Ce monde n’est pas un monde très sûr, et il nous incombe, dans cette industrie, de fournir (au Pentagone) les meilleures capacités possibles ».

Beijing a souvent critiqué le développement du système anti-missiles américain et s’est efforcée d’apporter des limitations à ce genre de systèmes lors des forums des Nations Unies.

Ainsi le ministre des Affaires Etrangères Yang Jiechi, qui s’était exprimé lors d’une conférence sur le désarmement en août dernier à Genève avait-il déclaré « Les Nations ne devraient ni chercher à obtenir une prépondérance stratégique ni développer des systèmes de défense anti-missiles susceptibles de saper la stabilité stratégique mondiale ».

Source : Mondialisation.ca

Colombie : Les paramilitaires colombiens avouent 30 000 meurtres

Dans Alvaro Uribe, Amérique du Sud, Colombie, Crimes contre l'Humanité, Droits de l'Homme, FARC, Génocide, Hugo Chavez, Liberté d'Expression, Liberté d'Opinion, Lutte des Classes, Nettoyage Ethnique, Terrorisme d'Etat, Venezuela le 25 février 2010 à 18:24

par Christine Renaudat

La Colombie est horrifiée par l’ampleur des massacres commis depuis les années 1980 par des miliciens d’extrême droite qui reconnaissent aujourd’hui leurs crimes

Plus de 30 000 assassinats, 2 500 disparus en moins de vingt ans. Ces chiffres parlent d’une violence effroyable, tout juste comparable, en Amérique latine, à la répression de la dictature argentine qui aurait fait disparaître 30 000 opposants. Pour la première fois, le parquet colombien a donné le 17 février les statistiques officielles d’une vague de meurtres longtemps niée par le pays.

Elles correspondent aux crimes avoués par les milices paramilitaires dans le cadre d’un processus dit de « justice et paix » mis en place depuis leur démantèlement en 2003. Une loi, polémique, avait alors été adoptée : moyennant des aveux complets, les paramilitaires qui rendaient les armes ne pourraient pas être condamnés à plus de huit ans de prison.

Ces remises de peine ont permis de commencer à lever le voile sur des années de violences. Dans les salles d’audience, bien des mères de victimes se sont effondrées en écoutant les bourreaux raconter d’un ton mécanique comment ils avaient découpé le corps de leur fils à la machette pour le jeter dans un fleuve.

Une ascension éclair avec la complaisance des autorités

Créées dans les années 1980 par des propriétaires terriens et des militaires pour lutter contre le racket de la guérilla marxiste, les « Autodéfenses » colombiennes ont contrôlé des régions entières, assassinant non seulement des guérilleros, mais aussi ceux qu’ils considéraient comme leurs complices.

Paysans, militants de gauche, étudiants ou simples villageois ont été supprimés, parfois pour avoir vendu une cigarette à l’ennemi. Leur ascension éclair, avec la complaisance des autorités et l’appui d’une partie de l’opinion colombienne qui les voyaient comme un mal nécessaire, en avait fait la faction armée la plus puissante du pays.

En 2002, alors qu’Ingrid Betancourt était enlevée par la guérilla des Farc, histoire qui faisait alors la une des journaux, les 30 000 combattants des groupes d’autodéfense expulsaient des milliers d’Indiens de la Sierra Nevada colombienne, brûlaient dans des fours certaines de leurs victimes, ou les jetaient aux caïmans dans les immenses haciendas de leurs chefs.

Un tiers des parlementaires soupçonnés de complicité

Le pays n’a pas fini d’entendre leurs confessions macabres. Luis Gonzalez Leon, chef de l’Unité de justice et paix qui reçoit les aveux de ces combattants, affirme qu’ils pourraient reconnaître 120 000 meurtres. Une règle mathématique : « Nous en sommes au quart du processus », explique-t-il.

Certains parlent de leurs liens incestueux avec la politique. Associés aux cartels de la drogue, qui ont parrainé leur naissance, les paramilitaires avaient fini par prendre directement le contrôle du négoce de la cocaïne. Leur puissance leur permettait de choisir leurs candidats dans les régions.

Près du tiers des parlementaires colombiens élus en 2002 font l’objet d’une enquête pour complicité avec ces escadrons de la mort. La grande majorité portait l’étiquette de partis proches de l’actuel président Alvaro Uribe. Parmi eux figure même l’ancien sénateur Mario Uribe, son cousin. Selon l’éditorialiste Leon Valencia, les paramilitaires étaient alliés « à une partie de l’élite régionale qui a servi de support au projet politique du chef de l’État ».

De nouvelles bandes armées : les « néoparamilitaires »

Or, cette élite est toujours là. L’an dernier, la presse a révélé que les juges qui enquêtaient sur ces dossiers avaient été placés sur écoute par les services secrets colombiens. Le procureur de la Cour pénale internationale s’en est inquiété lors d’une visite en Colombie. « Les plus hauts responsables doivent être jugés », a-t-il martelé à Bogota.

D’ici là, d’autres pourraient bien avoir récupéré le négoce des Autodéfenses. On parle aujourd’hui dans le pays de « néoparamilitaires ». Ces bandes armées, héritières de leurs anciens chefs, ont fait remonter les indices de violence de Medellin, Cali et la côte pacifique colombienne à des niveaux préoccupants.

Dans ces régions, certaines familles ont eu à peine le temps de récupérer les restes d’un proche tué par les Autodéfenses, qu’il leur fallait déjà enterrer une victime de ces nouveaux groupes.

Source : La Croix

Dubaï, une opération d’Etat voyou dommageable à Israël

Dans Abbas, AIPAC, Al-Aqsa, Antisémitisme, Antisionisme, Avigdor Liebermann, États-Unis, Barack H. Obama, Benyamin Netanyahou, Campagne BDS, Cisjordanie, Colonies Israéliennes, Conflit Israélo-Palestinien, Egypte, Ehud Barak, Espionnage, Fatah, Gaza, Guerre de Gaza, Hamas, Hillary Clinton, Israël, Jérusalem, Jordanie, Knesset, Ligue Arabe, Lobby Pro-Israélien, Mahmoud Ahmadinejad, Mossad, Moyen-Orient, Occident, ONU, Palestine, Plomb Durci, République Islamique d'Iran, Shimon Perès, Sionisme, Terrorisme d'Etat, Tsahal, Tzipi Livni le 25 février 2010 à 16:52

par Uri Avnery

« Le problème, avec le Mossad, c’est qu’il agit comme un fief indépendant qui ignore les intérêts vitaux politiques et stratégiques à long terme d’Israël, tout en bénéficiant du soutien automatique d’un Premier ministre irresponsable, » écrit Uri Avnery, qui compare ce service secret à un « canon désarrimé » balayant le pont du navire dans sa course folle. Vécue comme un succès en Israël, le dommage sur la scène internationale provoqué par cette opération est pourtant considérable, juge-t-il. « L’affaire de Dubaï renforce l’image d’un Etat d’Israël brutal, d’une nation voyou qui traite avec mépris l’opinion internationale, d’un pays qui mène une guerre de gang, qui envoie à l’étranger des équipes semblables à celles de la mafia, d’une nation paria que devraient éviter les gens sensés. » Et de poser à ses concitoyens la question suivante : « était-ce utile ? »

Gush Shalom

La semaine dernière, on a assisté à un déluge de mots sur l’assassinat à Dubaï de Mahmoud Al-Mabhouh, un haut dirigeant du Hamas.

Les israéliens ont reconnu dès le premier instant qu’il s’agissait du travail du Mossad. Quelles capacités ! Quel talent ! Comment ont-ils su longtemps à l’avance quand l’homme irait à Dubaï, quel vol il prendrait, dans quel hôtel il séjournerait ! Quelle planification remarquable !

A l’écran, les « correspondants militaires » et « les correspondants sur les affaires arabes » étaient radieux. Leurs visages disaient : ah….si le sujet n’était pas sous embargo … Si seulement je pouvais vous dire ce que je sais … je peux seulement vous dire que le Mossad a prouvé à nouveau qu’il avait le bras long et pouvait agir n’importe où ! Ah ! Que vivent dans la peur les ennemis d’Israël !

Lorsque les problèmes ont commencé à se manifester, et que les photos des assassins sont apparues sur les télévisions du monde entier, cet enthousiasme s’est refroidi, mais seulement légèrement. Une méthode israélienne ancienne et éprouvée a été utilisée : se saisir d’un détail annexe et en discuter avec passion, en ignorant la question principale. Se concentrer sur l’arbre et détourner son attention de la forêt.

Pourquoi donc les agents ont-ils utilisé les noms de personnes réelles qui vivent en Israël et jouissent de la double nationalité ? Pourquoi, parmi tous les passeports possibles, ont-ils utilisé ceux de pays amis ? Comment pouvaient-ils être sûrs que les propriétaires de ces passeports ne seraient pas en voyage à l’étranger au moment critique ?

Par ailleurs, n’étaient-ils pas conscients qu’à Dubaï les caméras sont omniprésentes et enregistrent chaque mouvement ? N’avaient-ils pas prévu que la police locale montrerait les images de l’assassinat dans presque tous ses détails ?

Mais cela n’a pas soulevé énormément d’intérêt en Israël. Tout le monde a compris que les Britanniques et les Irlandais étaient obligés de protester pour la forme, mais que cela n’était qu’un geste obligé. Dans les coulisses, il existe des liens intimes entre le Mossad et les autres agences de renseignement. Après quelques semaines, tout sera oublié. Voilà comment cela s’est déroulé en Norvège après Lillehammer [à la suite d’une opération du même type, où le Mossad s’était trompé sur l’identité de sa cible - ndlr], et comment cela s’est passé en Jordanie [après la tentative ratée d’empoisonnement de Khaled Meshal]. Ils vont protester, réprimander, et ce sera tout. Alors, quel est le problème ?

Le problème, avec le Mossad, c’est qu’il agit comme un fief indépendant qui ignore les intérêts vitaux politiques et stratégiques à long terme d’Israël, tout en bénéficiant du soutien automatique d’un Premier ministre irresponsable. Il s’agit, comme le disent les anglais d’un « canon désarrimé – le canon d’un navire d’antan qui a rompu ses fixations et roule sur le pont, écrasant tout malheureux marin placé sur son chemin.

Sur le plan stratégique, l’opération de Dubaï provoque des dommages importants pour la politique du gouvernement, qui consiste à présenter la supposée bombe nucléaire de l’Iran comme une menace existentielle pour Israël. Cette campagne contre l’Iran l’aide à détourner l’attention du monde entier de l’occupation continue et de la colonisation, et elle amène les États-Unis, l’Europe et d’autres nations à danser à son rythme.

Barack Obama tente de rassembler une coalition mondiale pour imposer des « sanctions épuisantes » pour l’Iran. Le gouvernement israélien lui sert – volontairement – de chien méchant. Obama dit aux Iraniens : les Israéliens sont fous. Ils peuvent vous attaquer à tout moment. Je les retiens très difficilement. Mais si vous ne faites pas ce que je vous demande, je vais lâcher la laisse et qu’Allah aie pitié de votre âme !

Dubaï, un pays du Golfe situé face à l’Iran, est une composante importante de cette coalition. C’est un allié d’Israël, tout comme l’Egypte et la Jordanie. Et voici que ce même gouvernement israélien l’humilie et fait naitre parmi les masses arabes le soupçon que Dubaï collabore avec le Mossad.

Dans le passé, nous avons embarrassé la Norvège, nous avons rendu furieuse la Jordanie, et aujourd’hui nous humilions Dubaï. Est-ce avisé ? Posez la question à Meir Dagan, que Netanyahou vient de confirmer pour une huitième année dans ses fonctions de chef du Mossad, circonstance presque sans précédent.

L’impact de cette opération sur notre réputation dans le monde sera peut-être encore plus significatif.

Par le passé, il était loisible de minimiser cette dimension. Laissez les « goyim » dire ce qu’ils veulent. Mais depuis l’opération Plomb Durci, Israël est devenu plus conscient des répercussions, qui sont d’une portée considérable. Le verdict du juge Goldstone, les échos des pitreries d’Avigdor Lieberman, la campagne mondiale grandissante en faveur d’un boycott d’Israël – tout cela laisse à penser que Thomas Jefferson ne parlait pas pour ne rien dire lorsqu’il a affirmé qu’aucune nation ne peut se permettre d’ignorer l’opinion de l’humanité.

L’affaire de Dubaï renforce l’image d’un Etat d’Israël brutal, d’une nation voyou qui traite avec mépris l’opinion internationale, d’un pays qui mène une guerre de gang, qui envoie à l’étranger des équipes semblables à celles de la mafia, d’une nation paria que devraient éviter les gens sensés.

Était-ce utile ?

Source : Contre Info

En Amérique, on peut tout dire…

Dans AfPak, Al Qaïda, Analyse, Armement, Asie Centrale, Attaque de Drone, États-Unis, Baloutchistan, Barack H. Obama, Ben Laden, Complexe Militaro-Industriel, Conflit Israélo-Palestinien, Crise Sociale, Désinformation, Faucons de Washington, Géopolitique, Guerre contre le Terrorisme, Guerre d'Afghanistan, Guerre d'Irak, Guerre de Gaza, Guerre de l'Énergie, Guerre de Somalie, Guerre du Yémen, Guerre Froide, GWOT, Impérialisme Américain, Israël, le Grand Echiquier, Liberté d'Expression, Liberté d'Opinion, Manipulation, Mass Médias, Moyen-Orient, Multinationales, Néoconservateurs, Néoconservatisme, Neocons, Occident, Pachtounistan, Pakistan, Palestine, Pax Americana, Pentagone, Plomb Durci, Propagande, Réflexion, Somalie, Talibanistan, Terrorisme, Terrorisme d'Etat, Waziristan le 25 février 2010 à 16:33

par William Blum

« En Amérique, on peut tout dire – tant que cela n’a aucun effet. » Paul Goodman

Les militants et écrivains progressistes se plaignent sans cesse du fait que les nouvelles qu’ils diffusent et les opinions qu’ils expriment sont systématiquement ignorées par les grands médias et ainsi tenues à l’écart des masses. Ce dédain pour les opinions progressistes est intrinsèque aux grands médias. Il est inutile d’invoquer une conspiration ; c’est juste une question de qui est propriétaire des médias et du genre de journalistes qu’ils embauchent – des hommes et des femmes qui aimeraient bien garder leur job ; c’est donc quelque chose de plus insidieux qu’une conspiration, ça fait partie du système, c’est comme ça que le système fonctionne. Le dédain envers le monde progressiste n’est bien sûr pas total car parfois ils y trouvent matière à faire un bon papier et, à quelques rares occasions près, lorsque les idées progressistes risquent de devenir populaires, elles doivent être combattues.

C’est fut le cas pour le livre de Howard Zinn, Une Histoire Populaire des Etats-Unis. Voici ce qu’écrivait Barry Gewen, éditorialiste du New York Times Book Review, le 5 juin 2005, au sujet du livre de Zinn et d’autres oeuvres similaires :

« Il y avait une vision unificatrice, mais elle était simpliste. Puisque les victimes et les perdants étaient bons, c’est donc que les gagnants étaient mauvais. Selon les noirs déshérités, l’Amérique était raciste ; selon les ouvriers exploités, elle était exploiteuse ; selon les hispaniques et indiens conquis, elle était impérialiste. Il y avait là de quoi condamner l’histoire de l’Amérique et pas grand chose de positive à en tirer… Ainsi, les Européens qui sont arrivés dans le Nouveau Monde étaient des prédateurs génocidaires, les indiens qui étaient déjà là croyaient en l’hospitalité et le partage (peu importe les profondes différences culturelles qui pouvaient exister), et l’Afrique violée était un continent qui débordait de bonté et d’harmonie (peu importe les profondes différences culturelles qui pouvaient exister). »

C’est à se demander si M. Gewen pensait que toutes les victimes de l’Holocauste étaient des saints sans différences culturelles entre elles.

L’éminent historien américain Arthur Schlesinger Jr a un jour déclaré, en parlant de Zinn : « Je sais qu’il me considère comme un dangereux réactionnaire. Et je ne le prends pas très au sérieux. C’est un polémiste, pas un historien. »

Dans les nécrologies qui ont suivi la mort de Zinn, cette diffamation a été reprise et a fait le tour du monde, du New York Times au Washington Post et par les grandes agences de presse jusqu’au New Zealand Herald et le Korea Times.

En ce qui concerne les réactionnaires et les polémistes, il faut noter que M. Schlesinger, en tant que haut conseiller du Président John F. Kennedy, a joué un rôle clé dans le renversement de Cheddi Jagan, le premier ministre progressiste et démocratiquement élu de la Guyane Britannique (Guyana, aujourd’hui). En 1990, lors d’une conférence à New York, Schlesinger a publiquement présenté ses excuses à Jagan, en déclarant « je me sentais mal à cause de mon rôle il y a trente ans. Je crois qu’une grande injustice a été commise envers Cheddi Jagan. » (1) Ceci est à porter au crédit de Schlesinger, mais le fait que Jagan ait été physiquement présent à cette conférence a peut-être réveillé chez lui quelques remords tardifs au bout de trente ans. Comme pratiquement tous les historiens américains qui ont été choyés et respectés par les grands médias, Schlesinger était un guerrier de la Guerre Froide. Ceux qui, comme Zinn, remettaient en cause les postulats de la Guerre Froide à l’extérieur et le capitalisme à l’intérieur étaient considérés comme des polémistes.

Une de mes citations préférées de Zinn est celle-ci : « Le principal problème avec l’honnêteté historique n’est pas le mensonge éhonté. C’est l’omission ou la minimisation d’une donnée importante. La définition de « importante » dépend bien sûr des valeurs de chacun. » (2) Une Histoire Populaire et ses autres écrits peuvent être perçus comme une tentative de corriger les omissions et les minimisations du côté sombre de l’histoire des Etats-Unis telle qu’elle est racontée dans les livres d’histoire américaines et les médias.

[...]

Ce dont on ne peut pas parler

« L’objectif du terrorisme est de provoquer une réaction disproportionnée, » écrit Fareed Zakaria, un éminent partisan de la politique étrangère des Etats-Unis, et rédacteur en chef de l’édition internationale du magazine Newsweek, et contributeur au Washington Post, en référence au « terroriste en sous-vêtements », Umar Farouk Abdulmutallab et sa tentative ratée de faire sauter un avion de ligne le jour de Noël. « Son véritable objectif n’est pas de tuer spécifiquement des centaines de personnes mais de semer la peur dans le reste de la population. Le terrorisme est une tactique militaire inhabituelle dans le sens où son effet dépend de la réaction des témoins. Si nous ne sommes pas terrorisés, alors l’attaque a échoué. Malheureusement, celle-ci a parfaitement réussi. » (9)

N’est-ce pas étrange ? Qu’un individu puisse tenter de tuer des centaines de personnes, y compris lui-même, juste pour « provoquer une réaction disproportionnée », ou pour « semer la peur » ? N’y avait-il pas quelque part un profond ressentiment contre quelque chose ou quelqu’un d’Américain ? Aucune sorte d’injustice qu’il pensait corriger ainsi ? Rien dont il aurait voulu se venger ? Pourquoi est-ce que ce sont les Etats-Unis qui sont le plus souvent visés ? Autant de questions qui sont complètement ignorés par Zakaria dans son article.

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche au sujet de la même tentative d’attentat, conduite par John Brennan, conseiller auprès du Président sur les questions de Terrorisme et de Sécurité Nationale, la journaliste vétéran Helen Thomas a soulevé la question :

THOMAS : « Ce qui nous manque toujours, c’est que vous ne donnez jamais leurs motivations pour nous faire du mal… Quelle sont leurs motivations ? On n’entend jamais parler de ce que vous avez découvert à ce sujet ».BRENNAN : « Al Qaeda est une organisation qui se consacre à l’assassinat d’innocents… (ils) attirent des individus comme M. Abdulmutallab et les utilisent pour ce genre d’attaques. Il était motivé par une sorte de croisade religieuse. Malheureusement, Al Qaeda a perverti l’Islam, et a corrompu un concept de l’Islam, pour pouvoir attirer ce genre d’individus. Mais l’objectif d’Al Qaeda est la destruction et la mort. »

THOMAS : « Donc, vous dites que c’est à cause de la religion ? »

BRENNAN : « Je dis que c’est à cause d’une organisation appelée Al Qaeda qui utilise la religion d’une manière perverse et corrompue. »

THOMAS : « pourquoi ? »

BRENNAN : « Je crois… c’est un vaste sujet, mais Al Qaeda est déterminé à mener des attaques contre nous. »

THOMAS : « mais vous n’avez pas expliqué pourquoi. » (10)

Les officiels américains ne font que rarement ne serait-ce qu’un effort pour expliquer pourquoi. Et les journalistes posent rarement la question et très certainement pas à la manière de Helen Thomas.

Et quels sont ces phrases que les officiels ont tant de mal à prononcer ? Serait-ce que les terroristes anti-américains deviennent des terroristes anti-américains en guise de représailles contre des actes commis par les Etats-Unis contre leur pays ou leurs proches ou pour des actes commis par Israël avec le soutien total des Etats-Unis ?

Ben Laden, dans une cassette audio, a lui aussi commenté l’affaire Abdulmutallab : « le message que nous voulions vous envoyer est que l’Amérique ne pourra pas espérer vivre en sécurité tant que la sécurité ne sera pas instaurée en Palestine. » (11)

Nous avons aussi le cas récent de Humam Khalil Abu-Mulal al-Balawi, un médecin jordanien qui s’est transformé en kamikaze et qui a tué sept employés de la CIA dans une base en Afghanistan, le 30 décembre (2009). Sa veuve a déclaré : « je suis fière de lui… Mon mari a fait cela contre l’invasion des Etats-Unis. » Balawi lui-même avait écrit sur Internet « je n’ai jamais voulu être à Gaza, mais à présent j’aimerais être… une voiture piégée et envoyer un maximum de Juifs en enfer. » (12)

Il faut noter que la base de la CIA attaquée par Balawi était fortement impliquée dans la sélection des cibles pour les avions sans pilotes (drones) envoyés par l’agence le long de la frontière Afghano-pakistanaise, un programme qui a tué 300 personnes l’année dernière. (13)

Il y a de nombreux exemples de terroristes qui invoquent la politique des Etats-Unis comme principale motivation à leurs actes (14). Il y en a tellement en fait que les officiels américains, lorsqu’ils parlent du dernier attentat, doivent faire de gros efforts pour ne pas mentionner la politique étrangère des Etats-Unis ; et les journalistes ne soulèvent jamais la question.

C’est la même chose partout dans le monde. Dans les années 50 jusqu’aux années 80 en Amérique latine, en réponse à une longue série de politiques américaines détestables, il y a eu d’innombrables attentats contre des cibles diplomatiques et militaires US ainsi que des bureaux de sociétés multinationales US.

Le bombardement, l’invasion, l’occupation et la torture en Irak et en Afghanistan, le bombardement du Pakistan, de la Somalie et du Yémen, et la poursuite du génocide Israelo-américain contre les Palestiniens ont crée une armée de nouveaux terroristes anti-américains. On n’a pas fini d’en entendre parler. Et on n’a pas fini non plus d’assister à toutes les contorsions des officiels américains pour éviter soigneusement les questions intellectuelles et morales qui sont posées et pour ne pas aborder ce sujet.

Dans son discours sur « l’Etat de l’Union » prononcé le 27 janvier (2010), le Président Obama a déclaré : « Mais si quelqu’un d’un des deux partis a un meilleur plan pour réduire les cotisations, réduire le déficit, garantir une assurance santé, renforcer l’assurance santé pour les personnes âgées, et faire cesser les abus des compagnies d’assurance, qu’il me le fasse savoir. » Alors voilà : mettre fin aux nombreuses guerres des Etats-Unis dégagerait suffisamment d’argent pour faire ce que toute société rationnelle et humaine aimerait faire.

L’éradication du budget militaire permettrait de financer une couverture de santé gratuite pour tous. Une éducation pour tous. La création d’un secteur public qui offrirait des millions d’emplois avec des salaires décents, qui se consacrerait par exemple à réparer les infrastructures délabrées et l’environnement. Vous pouvez y ajouter vos propres projets préférés. Ils pourraient tous être financés. Simplement en arrêtant ces putains de guerres. Imaginez.

William Blum http://killinghope.org/bblum6/aer78.html

traduction par Le Grand Soir

Notes

1. The Nation, June 4, 1990, pp.763-4

2. Failure to Quit : Reflections of an Optimistic Historian” (1993), p.30

(…)

9. Newsweek, January 18, 2010, online January 9

10. White House press briefing, January 7, 2010

11. ABC News, January 25, 2010

12. Associated Press, January 7, 2010

13. Washington Post, January 1, 2010

14. Rogue State, chapter 1, “Why do terrorists keep picking on the United States ?” ; this chapter ends in 2005 ; some later examples can be provided by the author.

Source : Le Grand Soir

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