Archive | février, 2010

Des sénateurs afghans demandent la peine de mort pour les soldats étrangers responables de morts civils

28 fév

par Juan Cole

Selon l’agence de presse Pajhwok dans un communiqué daté de mardi, le sénat afghan a déploré les frappes aériennes menées par les forces étrangères qui ont tué 21 civils innocents dans la province de Daikundi dimanche dernier, et ont exigé que l’OTAN évite la répétition d’une telle erreur.

Mais certains sénateurs sont allés plus loin en exigeant que les soldats US ou membres de l’OTAN responsables de ces morts soient exécutés. Le sénateur Hamidullah Tokhi s’est plaint que les forces étrangères avaient tué des civils à maintes reprises lors de tels incidents qui se répétaient sans cesse, qu’ils s’excusaient à chaque fois mais qu’à chaque fois ils commettaient à nouveau la même erreur tragique. « Toute personne qui tuerait un Afghan ordinaire devrait être exécuté en public ».

La députée Fatima Aziz of Qunduz s’est exprimée dans le même sens, en observant que « Nous avons vu de façon répétée les troupes étrangères tuer des gens innocents, ce qui est insoutenable pour des Afghans déjà usés par la guerre ».

Le sénateur Maulvi Abdul Wali Raji a appelé à ce que la loi coranique « oeil pour oeil » soit appliquée aux soldats étrangers responsables de morts civils. L’agence de presse Pajhwok conclut « Mohammad Alam Izdiyar a déclaré que les morts civils étaient la raison principale du fossé grandissant entre la population afghane et son gouvernement ».

Il faut souligner que ceux qui s’expriment ainsi ne sont pas des Taliban, mais des élus du Parlement National Afghan, dont le gouvernement est censé être un proche allié des Etats-Unis.

Sarah Chayes, ancien correspondant pour la National Public Radio qui a vécu plusieurs années à Kandahar mais qui depuis un an fait partie de l’équipe de Général Stanley McChrystal, a déclaré à CNN qu’elle voyait une augmentation de la frustration du peuple Afghan au sujet des morts civils provoqués par les frappes de l’OTAN et des Etats-Unis. Elle affirme que la manière dont le gouvernement du Président Hamid Karzai gérera ce dossier pourrait déterminer son destin, étant donné qu’il est perçu et se comporte comme un syndicat du crime.

Pendant ce temps, Karzai ne prend aucun risque. Radio Azadi rapporte que Karzai a pris le contrôle de la Commission chargée de régler les litiges électoraux (ECC), supposément indépendante, et qu’il désignera ses cinq membres. Le système prévu était que trois membres devaient être désignés par les Nations Unies et les deux autres par le ministre de la justice et la haute commission électorale indépendante.

La ECC a rejeté environ un million de bulletins frauduleux lors du dernier scrutin présidentiel de l’été dernier, un geste qui aurait pu forcer Karzai à un deuxième tour contre son rival Abdullah Abdullah. Mais ce dernier s’est retiré en affirmant que Karzai refusait de lâcher son contrôle sur la commission électorale nationale. De nombreux observateurs pensent que Karzai a volé l’élection. En bref, Karzai se comporte de plus en plus comme un dictateur du Moyen Orient, en manipulant les institutions pour ne pas être démis lors d’une élection.

Quel que soit le motif de l’intervention des troupes US en Afghanistan, ce n’est pas pour instaurer la démocratie.

En ce qui concerne les 100.000 soldats afghans qui auraient été formés et dont Washington se vante sans cesse, il apparaît que le Pentagone a confié leur entraînement à un sous-sous-traitant et « une filiale de Blackwater a recruté des drogués violents pour aider à la formation de l’armée afghane. » De nombreux journalistes doutent qu’il y ait réellement autant de soldats dans l’Armée Nationale Afghane, et parlent de forts taux de rotations et de désertions, tandis que d’autres laissent entendre qu’une formation de deux semaines dans le style « regarde et fais comme moi » de recrues illettrées ne constitue pas à proprement parler une « formation » – même lorsqu’elle est dispensée dans les règles de l’art, ce qui ne semble pas avoir été toujours le cas non plus.

(…)

à lire également : La résistance afghane tient bon à Marjah

Juan Cole, président du Global Americana http://www.juancole.com/

Traduction partielle par le Grand Soir

Source : Le Grand Soir

Etranges manières de compter ou de conter…

28 fév

par Yvette Guevara

A La Macarena, petit village colombien situé 200 kilomètres de Bogota, deux mille cadavres des dissidents assassinés pendant le conflit armé et les périodes de nettoyage qui ont suivi, viennent d’être découverts. Deux mille êtres humains inhumés dans le plus terrible anonymat par les commandos d’élite et les forces gouvernementales. 2000 personnes ! C’est la plus grande fosse commune de l’histoire récente d’Amérique latine.

Hélas, il y n’a pas un seul cri d’indignation parmi les grandes voix de la presse. Peut-être l’horreur a-t-elle laissé en état de choc les reporters d’Amnesty International ou les dits journalistes de Reporters Sans Frontières ? Combien se sont déplacés pour faire connaître un tel crime collectif, comparable à ceux de l’Holocauste nazi ou au génocide rwandais ? Où est l’indignation de la communauté internationale, de l’Union Européenne, des hommes politiques, des porte-paroles, des journalistes ou citoyens informés ? Qui a demandé des explications à la Colombie, au pouvoir colombien ? Quelle ONG est partie pour soutenir les familles concernées par le deuil ? Mais surtout, surtout : pourquoi ceci est passé sous le plus horrifiant des silences ?

Est-ce la « fatalité » colombienne, cet espèce de syndrome de la violence incurable et du conflit éternel ? Est-ce que dans ces conditions d’institutionnalisation, des assassinats des dirigeants et de l’opposition, derrière une fine couche de lutte contre le narcotrafic, suffit à convaincre ?

En tout cas, il faudra des kilos de « poudre » aux yeux pour faire de la fumée devant un crime d’une telle envergure. Ou, trouver, entre les nouvelles du sud, quelque chose à se mettre sous la dent. Et voilà : la mort du prisonnier d’opinion cubain Orlando Zapata ! Ça, ça peut faire couler de l’encre. C’est une valeur sûre car depuis 1972 aucun des dits prisonniers politiques cubains n’est mort, aucun n’a disparu, aucun n’a été torturé, aucune fosse commune n’a été découverte à Cuba. Cuba est toujours un bon sujet.

Si regrettable que soit la mort de Monsieur Zapata, que ce soit par des soins tardifs pour stopper une pneumonie, mais surtout des suites d’une grève de la faim, une grève largement encouragée par une dissidence cubaine en manque de martyrs, plus regrettable encore est l’instrumentalisation de sa mort par les médias.

En tant que cubaine, depuis des lustres, je pense que Cuba n’a nul besoin d’avoir entre 86 et 200 personnes dans ses prisons pour des actes de désobéissance politique. Nous pourrions choisir de devenir rien qu’un pays de plus en Amérique-latine, et avoir nos 2000 cadavres dans une fosse commune. Comme ça, nous éviterions d’être un sujet à la mode, de donner de la charogne informative aux journalistes et cesser d’être de la chair à scandale, indignant les institutions politiques internationales. Il faudrait être comme les autres. Point. Comme ça, ils nous foutront la paix. C’est cynique, oui, je vous l’accorde, mais une réalité. Alors c’est la réalité la véritable cynique.

Orlando Zapata, disait le reporter Enrique Ubieta, est un mort inutile. Je suis d’accord. Sa mort a servi à une relance de l’exsangue opposition cubaine divisée et mal en point depuis dix ans, dont les scandales de corruption se suivent. Elle a servi à des groupuscules inconscients qui se bagarrent pour le trône de la dissidence dans une guerre interne. Elle a servi aux journalistes de gauche pour se faire encore les ongles sur les dos d’un pays qui les déroute dans leurs analyses de gauche handicapée, d’une gauche occidentale et décadente à l’image de leurs continents. La mort de ce pauvre homme a servi à cacher 2000 cadavres colombiens, dans un élan de gaucherie médiatique. Elle ne sert pas Cuba, non, ni cette image contradictoire de goulag sans disparus, sans assassinats, sans bain de sang, sans violence. De dictature sans tâche à la colombienne, sans narcotrafic, sans fosse commune…Comment ça se fait ?

Mais il y eut un mort, Orlando Zapata, qui réclamait dans sa grève un téléphone dans sa cellule et une cuisine. Je comprends, c’est dur de vivre sans les repas fait par maman, la bouffe de la prison est infecte, et ne pas écouter le feuilleton de 21h par l’auriculaire d’un téléphone est insoutenable. Je suis encore dans le cynisme ? Oui, mais les pires des cyniques, le pompon, ce sont les manipulations sans aucun scrupule des compatriotes dissidents d’Orlando Zapata, qui l’ont encouragé dans son autodestruction, qui attendaient la dépouille pour avoir les premières pages dans Le Monde et ailleurs. Bravo, ils les ont eues, ces pages.

Je me dis, en tant que cubaine, que les autorités de mon pays auraient mieux fait de suivre l’exemple étasunien et de gaver M. Zapata contre sa volonté, comme ça a été fait dans la prison de la base navale de Guantanamo avec les 50 grévistes de la faim, torturés en douce…Un bon passage à tabac, un perf’ de nutrition et aucun journaliste, aucun commentaire disgracieux, aucune indignation internationale et aucun mort regrettable…

Je me dis, en tant que cubaine, que des tas de choses devront changer dans mon pays, sans perdre un gramme d’autodétermination, d’indépendance, de dignité. Sur le plan économique, dans la sauvegarde des acquis sociaux, dans les droits fondamentaux des hommes à se faire leurs propres idées et à choisir le système de valeur qui leur convient.

Cela doit se faire entre cubains, sans ingérence, sans manipulations politiques. Hélas, vu les réactions des médias, rois par excellence de ce monde où nous vivons, je ne vois pas très bien comment arriver à bouger ne serait-ce que un cil sans que cela devienne une guerre des passions non objectives, un orage des verbiages futiles et dangereux pour tout changement réel et conséquent.

En attendant que la vague médiatique se trouve un autre cadavre dans la domaine de la facilité, voici une pensée sincère et profonde pour les 2000 mères des dissidents colombiens assassinés. Mais aussi, mes condoléances à la famille de ce pauvre Zapata, « martyr qui tombe à pique », de la contrerévolution.

Y. Guevara

En réponse à :
Cuba : la mort d’Orlando Zapata, gréviste de la faim : http://www.rue89.com/panamericana/2…

Illustrations : Ralph Steadman

Source : Le Grand Soir

Plus d’un million d’Irakiens tués sous l’occupation US

28 fév

Nous reproduisons ici la première des 25 enquêtes primées par « Projet Censuré » en 2009. Il s’agit du travail de Michael Schwartz, que nous avions diffusé en 2007, et que Joshua Holland, Luke Baker, Maki al-Nazzal et Dahr Jamail ont poursuivi. Plusieurs sources officielles permettent de valider les études des sondeurs d’ORB et des démographes du « Lancet » et d’établir que l’invasion anglo-saxonne et l’occupation de l’Irak ont causé la mort de plus d’un million de civils. Cette information, qui a été relayée par les médias dans les Etats dont les gouvernement s’opposaient à la guerre, a été ignorée par les médias des Etats soutenant l’opération anglo-saxonne. Une fois de plus, il apparaît que les consortium médiatiques s’alignent sur les intérêts dominants du pays où ils se trouvent.

Cet article fait suite à « Qu’est-ce que le “Projet censuré” ? », par Ernesto Carmona.

Synthèse

Plus de 1,2 million d’Irakiens ont succombé à une mort violente depuis l’invasion du pays en 2003, d’après une étude du prestigieux institut britannique de sondage Opinion Research Business (ORB). Ces chiffres suggèrent que les décès provoquées par l’invasion et l’occupation de l’Irak rivalisent en nombre avec les massacres massifs du XXe siècle —le nombre de personnes tuées en Irak dépasse les 800 000 à 900 000 victimes du génocide du Rwanda, en 1994, et se rapproche d’ores déjà du chiffre de 1,7 million de disparus dans les tristement célèbres « camps de la mort » des Khmers rouges, dans les années 70 du siècle dernier—.

L’enquête de l’ORB a couvert quinze des dix-huit provinces de l’Irak. Parmi les zones non couvertes figuraient les deux régions les plus instables du pays —Kerbala et Anbar—, ainsi que la province d’Arbil, dans le Nord, où l’institut s’est vu notifier une interdiction de travail par les autorités locales. Il ressort des entrevues face à face avec 2 414 adultes que plus d’une personne sur cinq avait eu un mort dans son foyer à cause du conflit.

Les auteurs, Joshua Holland et Michael Schwartz, ont constaté que la version officielle, selon laquelle la violence contre les Irakiens serait essentiellement exercée par les propres Irakiens et non pas par les troupes états-uniennes, est mal acceptée. Dans leur reportage d’octobre 2006, les enquêteurs de la revue The Lancet ont interrogé des Irakiens sur la façon dont avaient péri leurs proches et 56 % ont imputé ces décès à l’action des forces des Etats-Unis et de leurs alliés. Schwartz a fait remarquer que si une partie proportionnelle de la moitié du reste des morts irakiennes non attribuée a été provoquée par les forces des USA, le résultat final serait que près de 80% de l’ensemble de ces morts ont été causées directement par les Etats-Unis.

Même en prenant les estimations les plus basses confirmées à la fin de 2006, il se trouve que les forces des USA sont responsables de la mort de 5 000 Irakiens en moyenne par mois depuis le début de l’occupation. Cependant, le taux des victimes mortelles en 2006 a été deux fois plus élevé que la moyenne, ce qui veut dire que la moyenne des morts provoquées par les troupes US cette année a dépassé les 10 000 par mois, soit plus de 300 par jour. Avec la vague de violence amorcée en 2007, le chiffre actuel est probablement beaucoup plus élevé.

Schwartz a précisé que la logique de cette boucherie réside dans les statistiques émises par les militaires US, et divulguées par la Brookings Institution : pendant les quatre premières années d’occupation militaire, chaque jour plus de mille patrouilles ont été dépêchées dans les quartiers hostiles, avec l’ordre de capturer ou de tuer des « insurgés » et des « terroristes ». (Depuis février 2007, le nombre de ces patrouilles s’est élevé à près de 5 000 par jour, si l’on compte les forces irakiennes encadrées par les forces US). En moyenne, chaque patrouille procède à une trentaine de descentes musclées dans les maisons irakiennes, avec pour mission d’interroger, de capturer ou de tuer des suspects. Dans ce contexte, n’importe quel homme en âge de combattre est non seulement tenu pour suspect, mais pour un adversaire représentant un danger mortel. On recommande donc aux soldats US de ne pas courir de risques.

Selon les statistiques militaires des USA, également rendues publiques par la Brookings Institution, ces patrouilles donnent actuellement lieu à environ 3 000 fusillades par mois, ou un peu moins de 100 par jour en moyenne (sans compter les 25 autres provoquées par les alliés irakiens). Des milliers de rondes et de patrouilles ont entraîné la mort de milliers d’Irakiens innocents, ainsi que de nombreuses arrestations d’une brutalité extrême.

Les réfugiés : une crise ignorée

Les tentatives des Irakiens pour échapper à la violence sont à l’origine d’une crise des réfugiés qui a pris d’énormes proportions. D’après des rapports émis en 2007 par le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés (ACNUR) et l’Organisation internationale pour la migration (OIM), prés de 5 millions d’Irakiens ont été déplacés par la violence, la plupart ayant fui le pays à partir de 2003. Plus de 2,4 millions ont abandonné leur maison pour aller chercher abri dans des zones plus sûres à l’intérieur du pays, 1,5 million se sont réfugiés en Syrie, et plus d’un million ont gagné la Jordanie, l’Iran, le Liban, la Turquie et les pays du Golfe persique.

Les déplacés en Irak, dont le nombre augmente en moyenne de près de 100 000 par mois, n’ont aucun statut juridique et aucune possibilité d’emploi dans la plupart des provinces et Etats où ils se sont réfugiés, et leur situation est de plus en plus désespérée. Cependant, les Irakiens qui continuent de quitter leur foyer sont plus nombreux que ceux qui sont retournés chez eux, en dépit des versions officielles indiquant le contraire. Des milliers de déplacés estiment que la sécurité est aussi mauvaise qu’avant et que le retour signifie la mort. Et la plupart de ceux qui reviennent ne tardent pas à repartir.

Les journalistes Maki al-Nazzal et Dahr Jamail ont interviewé un ingénieur irakien qui travaille actuellement dans un restaurant à Damas, en Syrie : « Retourner en Irak ? Il n’y a plus d’Irak où retourner, cher ami, L’Irak n’existe plus que dans nos rêves et nos souvenirs ! »

Une autre personne interrogée a déclaré aux auteurs : « Les militaires états-uniens affirment qu’à présent Fallujah est sûre, alors que 800 hommes sont retenus là-bas dans les pires conditions… Au moins 750 des 800 hommes détenus ne sont pas des combattants de la Résistance, mais des gens qui refusent de collaborer avec les forces d’occupation et leurs auxiliaires fantoches ».

Un autre réfugié de Bagdad a déclaré : « Je suis retourné dans mon foyer avec ma famille en janvier. Dès la première nuit qui a suivi notre arrivée les Etats-uniens ont investi notre maison et nous ont maintenu tous dans une seule chambre alors que leurs francs-tireurs montaient sur le toit pour tirer sur les gens. Nous avons décidé de revenir ici [à Damas] le lendemain matin après avoir passé une nuit d’horreur que nous ne sommes pas prêts d’oublier. »

Mise à jour de Michael Schwartz

Les statistiques de mortalité citées dans « L’occupation US de l’Irak tue-t-elle 10 000 civils par mois ou beaucoup plus encore ? » sont basées sur une enquête sur les décès causés par la guerre en Irak, publiée dans un autre article plausible pour Projet censuré. L’article original, paru dans The Lancet en 2006, a reçu une couverture dédaigneuse des médias avant de disparaître purement et simplement de la vue des lecteurs, tandis que les grands médias recommençaient à divulguer des estimations partiales qui situaient le nombre d’Irakiens morts à un dixième des calculs de The Lancet. Le blocus de l’information exercé par les consortium médiatiques s’est également étendu à mon article, et n’a pas diminué le moins du monde, même si l’article de The Lancet a résisté plusieurs vagues de critiques, tandis que d’autres études confirment ou mettent à jour son contenu.

Début 2008, la meilleur estimation, basée sur des extrapolations et des reproductions de l’étude de The Lancet, a révélé que 1,2 millions d’Irakiens sont morts à cause de la guerre. Pour autant que je sache, ce chiffre n’a été relevé dans aucun média aux Etats-Unis.

Le blocus de l’information sur le nombre de victimes a été accompagné d’une autre forme de censure sur une autre preuve capitale contenue dans mon article : la stratégie militaire de l’administration Bush en Irak a provoqué chaque jour de vastes destructions matérielles et une mortalité élevée. Les modes de recrutement exigent que les quelque mille patrouilles US ripostent chaque jour à tout acte hostile avec une écrasante puissance de feu —armes de faible calibre, artillerie et opérations aériennes laissent derrière elles un cortège de souffrance et provoquent de nombreuses pertes parmi la population civile—. Mais les principaux médias ont refusé de couvrir ce délit de mutilation, même après les réunions de l’organisation « Soldats de l’hiver », de mars 2003, pendant lesquelles plus d’une centaine de vétérans de la guerre en Irak ont reconnu avoir participé à ce qu’ils ont appelé « des situations génératrices d’atrocités ».

L’efficacité du blocus de l’information exercé par les médias a été confirmée par une enquête réalisée par l’Associated Press en février 2007, auprès d’un échantillon représentatif de résidents états-uniens, auxquels on a demandé s’ils avaient une idée du nombre d’Irakiens tués dans la guerre. La moyenne des personnes interrogées a estimé qu’ils étaient moins de 10 000, soit 2% du total réel pour l’époque. Cette ignorance grossière et générale, de même que le déroulement de la guerre en Irak n’a reçu aucune couverture médiatique, même pas de la par de l’Associated Press, qui a commandé l’enquête.

L’organisation « Anciens combattants d’Irak contre la guerre » a placé la brutalité de l’occupation au centre de l’action de ses membres. Le massacre du peuple irakien est au cœur de leurs revendications. Ils exigent le retrait immédiat et total des troupes des Etats-Unis, tout comme l’organisation des historiques réunions des « Soldats de l’hiver » à Baltimore.

Même si cet événement n’a été relayé par aucun des principaux médias aux USA, le flux de l’information diffusée par Pacifica Radio et le site Web de l’IVAW a enregistré un fort taux d’audience —y compris parmi un grand nombre de soldats en service actif—, avec les descriptions des atrocités commises par la machine de guerre US. Un nombre croissant de sites indépendants offre à présent une couverture régulière sur cet aspect de la guerre, dont Democracy Now, Tom Dispatch, Dahr Jamail’s Mideast Dispatches, Informed Comment, Antiwar.com, et ZNet.

Mise à jour de Maki Al-Nazzal et Dahr Jamail

La nomination des généraux de l’US Army David Petraeus, à la direction du CentCom et Raymond Odierno, en tant qu’adjoint de Petraeus à la tête de la Force multinationale en Irak, a soulevé le courroux des Irakiens vivant en Syrie et en Cisjordanie. Ces deux généraux, qui ont convaincu les Etats-Unis et la communauté internationale d’une soi-disant « amélioration en Irak », ne semblent par contre pas avoir réussi à convaincre les réfugiés irakiens qu’il y a eu « du mieux » dans leur pays.

« Tout comme l’administration Bush a décoré Paul Bremer (le patron de l’Autorité provisoire de la coalition), d’autres ont été récompensés pour avoir participé à la destruction de l’Irak », se plaignait Muhammad Shamil, un journaliste irakien qui a fui vers la Syrie en 2006. Ce qu’ils appellent violence s’est concentré d’abord dans certaines zones de l’Irak, mais à présent le phénomène a été étendu à tout le pays par les héros de guerre des Etats-Unis. « Ceux qu’ils tuent, expulsent ou capturent se comptent par milliers, depuis Basra (dans le sud) jusqu’à Mossoul (dans le nord) ».

L’espoir d’un retour se fait de plus en plus mince dans l’esprit des réfugiés irakiens. Depuis la parution de cet article, en mars 2008, la crise des réfugiés s’est encore aggravée. La situation s’aggrave du fait que la plupart de ces gens n’ont plus aucune intention de retourner chez eux et préfèrent s’établir ailleurs.

« J’ai décidé de ne plus rêver de rentrer au pays, et d’essayer de construire un nouveau foyer n’importe où dans le monde », a déclaré Maha Numan, 32 ans, réfugié en Syrie. « Voici trois ans que je suis réfugié et que je caresse le rêve de retourner là-bas, mais j’ai décidé de ne plus y rêver. J’ai perdu la foi dans tous les dirigeants du monde après les vagues de violence à Basra, Al-Sadr et aujourd’hui Mossoul. Cette situation ne semble plus avoir de fin, et je dois trouver un refuge sûr pour ma famille ».

« La majorité des Irakiens en Syrie sont plus au courant des nouvelles de leur pays que la plupart des journalistes. Dans n’importe quel cybercafé de Damas, chacun appelle sa ville ou son village natal et fait part aux autres réfugiés irakiens des nouvelles du jour. Les informations sur la violence qui sévit dans une grande partie de l’Irak les renforcent dans leur conviction de rester à l’étranger.

« Aujourd’hui il y a eu quatre explosions à Fallujah ! », s’est exclamé Salam Adel, qui a travaillé comme traducteur pour les troupes US à Fallujah en 2005. « Et ils disent qu’on peut rentrer, que la situation est sûre ! Rentrer pour quoi faire ? Pour se faire tuer par les mines ou les voitures piégées ? »

Pour l’administration Bush, il a été important, du point de vue politique, de faire croire que la situation s’améliore en Irak. Ce genre d’information a été relayé avec la complicité des médias corporatifs. Cependant, 1,5 million d’Irakiens vivant en Syrie et plus de 750 000 en Jordanie ne partagent pas cet avis. Autrement, ils seraient déjà rentrés chez eux.

(A suivre…)

Source : Réseau Voltaire

Le chef des services de renseignement américains revendique le droit d’assassiner des Américains à l’étranger

28 fév

par Joe Kishore

Le directeur national des services de renseignement américains, Dennis Blair, a dit mercredi que les agences du gouvernement pratiquaient une politique d’assassiner les Américains à l’étranger comme l’exigeait la guerre « contre le terrorisme. »

Dans son témoignage devant la Commission de contrôle des services secrets de la Chambre des représentants, Blair a dit que les assassinats seraient justifiés si les citoyens américains « agissaient de manière à constituer une menace aux Américains ». Ceci constitue une catégorie extrêmement vaste et donne à l’appareil de renseignement américain l’autorisation générale de se livrer à ce qui n’est rien d’autre que des exécutions extrajudiciaires.

De tels meurtres sont illégaux en vertu de la loi internationale mais ils sont devenus sous l’euphémisme d’« assassinats ciblés » une procédure standard pour l’armée américaine et les agences de renseignement. Ils sont à présent pratique courante dans le cadre des occupations militaires à grande échelle en Irak et en Afghanistan, ainsi que dans d’autres pays visés par les Etats-Unis, y compris le Pakistan et le Yémen.

La question d’assassiner des Américains a été abordée spécifiquement par rapport au religieux américain d’origine yéménite, Anwar Al-Awlaki, qui a été lié par le gouvernement américain au suspect de la tentative d’attentat du jour de Noël sur le vol 253 de la Northwest Airlines l’an dernier. Le 24 décembre, les Etats-Unis avaient lancé des frappes contre des installations d’Al Qaïda au Yémen et l’on avait initialement cru qu’Al-Awlaki figurait parmi les tués.

Al-Awlaki n’a été accusé d’aucun crime. CNN a toutefois rapporté : « En privé, de nombreux responsables gouvernementaux ont dit qu’il était l’un des prochains citoyens américains à l’étranger dont les services de renseignement américains avaient l’intention de s’occuper. » CNN n’a pas dit qui d’autre figurait sur la liste des citoyens dont on allait « s’occuper ».

Les Etats-Unis suivent « une politique définie et un ensemble de procédures juridiques qui sont très minutieusement observées, » a proclamé Blair. Il a dit aussi que les agences américaines de renseignement cherchaient à obtenir « une autorisation spécifique », vraisemblablement de la Maison Blanche, sans pourtant que Blair soit explicite, pour exécuter des actions impliquant l’assassinat de citoyens américains.

Peter Hoekstra, le Républicain de haut rang siégeant à la Commission du renseignement, a dit qu’il était « étonné » que Blair ait fait cette déclaration lors d’une séance ouverte. « Donc, il existe un cadre et une politique. une voie claire pour le moment où cette personne pourra s’exprimer librement à l’étranger et où elle aurait pu avoir entamé le recrutement ou aurait pu avoir commencé à réellement coordonner et à exécuter des attaques contre les Etats-Unis ? » demanda-t-il.

Blair a répondu en disant qu’il préférait exposer les détails en « séance à huis clos, » mais a ajouté, « Nous ne ciblons pas les personnes pour liberté d’expression. »

Le fait que le chef du renseignement américain ait eu à assurer la population que le gouvernement ne tuait pas les citoyens américains sur la base de leurs opinions et de leurs points de vue politiques ne fait que souligner l’ampleur de la criminalisation de l’Etat.

Le gouvernement Obama est en train de poursuivre et à bien des égards d’intensifier l’attaque menée par Bush contre les droits démocratiques et constitutionnels. Durant le gouvernement Bush, la question de la surveillance abusive des communications impliquant des citoyens américains avait été à l’origine d’une tempête de controverses. A présent, le gouvernement américain s’arroge ouvertement le droit de tuer des citoyens américains sans que cela soulève de protestation d’aucun des deux partis politiques.

Les commentaires de Blair ont été faits au beau milieu d’une multiplication des avertissements lancés par les services de renseignement quant à d’imminentes attaques terroristes. Blair a dit que dans les prochains trois à six mois une tentative d’attaque était « certaine » aux Etats-Unis, répétant les commentaires faits mardi par le directeur de la CIA, Leon Panetta.

« Nous avons averti au cours de ces dernières années de ce qu’Al-Qaïda même et ses disciples ainsi que des terroristes inspirés par Al-Qaïda avaient toujours la ferme volonté de frapper les Etats-Unis, » a dit Blair, « et l’année dernière nous avons disposé de noms à associer à ces avertissements. »

Au milieu de ces avertissements, il est remarquable qu’aucun représentant du Congrès n’ait questionné Blair ou Panetta au sujet des rapports disant que les agences de renseignement américaines étaient intervenues pour empêcher la révocation du visa d’Umar Farouk Abdulmutallab, l’homme qui avait tenté de faire exploser l’avion du vol 253 de la Northwest Airlines.

Il y a eu une censure systématique de la part des médias et de l’establishment politique au sujet du témoignage du responsable du département d’Etat Patrick Kennedy devant le Congrès depuis la publication la semaine passée d’un article du Detroit News sous le titre, « Un suspect terroriste conserve son visa pour éviter toute enquête plus extensive. »

Le News avait écrit « Patrick F. Kennedy, un sous-secrétaire de la direction au Département d’Etat, a dit que le visa d’Abdulmutallab n’avait pas été révoqué parce que des responsables des services de renseignement avait demandé à son agence de ne pas refuser un visa au terroriste présumé de crainte qu’un rejet ne vienne contrecarrer une plus vaste enquête sur les menaces d’Al Qaïda à l’encontre des Etats-Unis. »

L’agence de renseignement en question avait été le National Counter Terrorism Center (NCTC) qui opère sous la direction du directeur du renseignement américain, Dennis Blair.

Les avertissements au sujet d’une attaque imminente émanant de ces mêmes agences de renseignement ont un caractère inquiétant. Sous George W. Bush, le gouvernement avait régulièrement manipulé les avertissements et l’évaluation des menaces pour des raisons politiques, afin de justifier une politique impopulaire, d’influencer les élections ou de détourner l’attention de révélations embarrassantes. Ces avertissements avaient en général de très peu à voir avec la réalité.

Dans le même temps, toute attaque terroriste réussie, qu’elle ait été facilitée ou non par des agences américaines de renseignement, serviront de prétexte à une escalade de la guerre et à des attaques contre les droits démocratiques.
Article original en anglais, US intelligence chief claims right to assassinate Americans overseas, WSWS, paru le 5 février 2010.

Source : Mondialisation.ca

La Chine est encerclée par le système anti-missiles américain

25 fév

Le Quotidien du Peuple en ligne

D’après des spécialistes en études militaires, il semble que Washington soit déterminée à encercler la Chine avec un système anti-missile de fabrication américaine.

D’après Defense News, publication américaine, Taiwan est devenu l’année dernière le cinquième acquéreur dans le monde du système de défense anti-missiles Patriot, après le Japon, la Corée du Sud, les Emirats Arabes Unis et l’Allemagne.

De nombreux experts militaires ont fait remarquer que ce dernier contrat en date avec Taiwan est un élément clé d’une stratégie américaine d’encerclement de la Chine dans la région Est-asiatique, et que ces missiles pourraient bientôt former un arc de cercle s’étendant du Japon à la Corée du sud et à Taiwan.

Le colonel Dai Xu, stratège de renom de l’armée de l’air chinoise, écrivait d’ailleurs dans un article publié ce mois que « La Chine se trouve dans une zone d’encerclement en arc de cercle. Cette zone commence au Japon, s’étend à travers divers pays dans la Mer de Chine méridionale vers l’Inde et se termine en Afghanistan. Le déploiement de systèmes anti-missiles opéré par Washington en périphérie de la Chine forme une zone d’encerclement en arc de cercle ».

Pour Ni Lexiong, expert en affaires militaires à l’Institut de Sciences Politiques et de Droit de Shanghai, qui répondait le 21 février aux questions du journal Guangzhou Daily, « Le système anti-missile américain au voisinage de la Chine est une réplique exacte de la stratégie américaine antérieure en Europe de l’est contre la Russie. L’administration Obama à commencé à envisager ce genre de système autour de la Chine après la suspension de son projet en Europe de l’Est ».

Tang Xiaosong, directeur du centre de Sécurité Internationale et d’Etudes Stratégiques à l’Université des Etudes Etrangères du Guangdong fait lui remarquer que cet arc qui encercle la Chine peut également être étendu dans d’autres directions à n’importe quel moment. Ainsi, dit-il Washington espère-t-elle vendre à l’Inde et à d’autres pays de l’Asie du Sud-Est son système anti-missiles Patriot Advanced Capability (PAC)-3.

Les analystes disent que la Chine surveille de près la coopération indo-américaine en matière de défense anti-missiles, car toute intégration éventuelle de l’Inde dans le système global de défense anti-missiles américain pourrait affecter profondément la sécurité de la Chine.

Cependant, d’après l’ancien ambassadeur de Chine en Inde Pei Yuanying, il est peu probable que l’Inde fasse un jour partie du moindre plan américain dirigé contre la Chine.

« New Delhi tient à développer ses relations avec les Etats-Unis, mais elle veut également être une puissance internationale indépendante sur la scène internationale », dit-il.

M. Pei pense qu’il est nécessaire de prendre en considération les aspects multiples des relations sino-américaines. « Les Etats-Unis ont suivi de longue date une politique de rapprochement-confinement à l’égard de la Chine, et cette politique ne changera pas d’une manière générale durant le mandat du Président Obama », dit-il.

Defense News a également rapporté les propos de John Holly, Vice-président des systèmes de defense anti-missiles chez Lockheed pour qui les perspectives de ce marché restent bonnes.

Evoquant les programmes de missiles en Corée du Nord, en Iran, en Russie et en Chine, il a déclaré « Ce monde n’est pas un monde très sûr, et il nous incombe, dans cette industrie, de fournir (au Pentagone) les meilleures capacités possibles ».

Beijing a souvent critiqué le développement du système anti-missiles américain et s’est efforcée d’apporter des limitations à ce genre de systèmes lors des forums des Nations Unies.

Ainsi le ministre des Affaires Etrangères Yang Jiechi, qui s’était exprimé lors d’une conférence sur le désarmement en août dernier à Genève avait-il déclaré « Les Nations ne devraient ni chercher à obtenir une prépondérance stratégique ni développer des systèmes de défense anti-missiles susceptibles de saper la stabilité stratégique mondiale ».

Source : Mondialisation.ca

Colombie : Les paramilitaires colombiens avouent 30 000 meurtres

25 fév

par Christine Renaudat

La Colombie est horrifiée par l’ampleur des massacres commis depuis les années 1980 par des miliciens d’extrême droite qui reconnaissent aujourd’hui leurs crimes

Plus de 30 000 assassinats, 2 500 disparus en moins de vingt ans. Ces chiffres parlent d’une violence effroyable, tout juste comparable, en Amérique latine, à la répression de la dictature argentine qui aurait fait disparaître 30 000 opposants. Pour la première fois, le parquet colombien a donné le 17 février les statistiques officielles d’une vague de meurtres longtemps niée par le pays.

Elles correspondent aux crimes avoués par les milices paramilitaires dans le cadre d’un processus dit de « justice et paix » mis en place depuis leur démantèlement en 2003. Une loi, polémique, avait alors été adoptée : moyennant des aveux complets, les paramilitaires qui rendaient les armes ne pourraient pas être condamnés à plus de huit ans de prison.

Ces remises de peine ont permis de commencer à lever le voile sur des années de violences. Dans les salles d’audience, bien des mères de victimes se sont effondrées en écoutant les bourreaux raconter d’un ton mécanique comment ils avaient découpé le corps de leur fils à la machette pour le jeter dans un fleuve.

Une ascension éclair avec la complaisance des autorités

Créées dans les années 1980 par des propriétaires terriens et des militaires pour lutter contre le racket de la guérilla marxiste, les « Autodéfenses » colombiennes ont contrôlé des régions entières, assassinant non seulement des guérilleros, mais aussi ceux qu’ils considéraient comme leurs complices.

Paysans, militants de gauche, étudiants ou simples villageois ont été supprimés, parfois pour avoir vendu une cigarette à l’ennemi. Leur ascension éclair, avec la complaisance des autorités et l’appui d’une partie de l’opinion colombienne qui les voyaient comme un mal nécessaire, en avait fait la faction armée la plus puissante du pays.

En 2002, alors qu’Ingrid Betancourt était enlevée par la guérilla des Farc, histoire qui faisait alors la une des journaux, les 30 000 combattants des groupes d’autodéfense expulsaient des milliers d’Indiens de la Sierra Nevada colombienne, brûlaient dans des fours certaines de leurs victimes, ou les jetaient aux caïmans dans les immenses haciendas de leurs chefs.

Un tiers des parlementaires soupçonnés de complicité

Le pays n’a pas fini d’entendre leurs confessions macabres. Luis Gonzalez Leon, chef de l’Unité de justice et paix qui reçoit les aveux de ces combattants, affirme qu’ils pourraient reconnaître 120 000 meurtres. Une règle mathématique : « Nous en sommes au quart du processus », explique-t-il.

Certains parlent de leurs liens incestueux avec la politique. Associés aux cartels de la drogue, qui ont parrainé leur naissance, les paramilitaires avaient fini par prendre directement le contrôle du négoce de la cocaïne. Leur puissance leur permettait de choisir leurs candidats dans les régions.

Près du tiers des parlementaires colombiens élus en 2002 font l’objet d’une enquête pour complicité avec ces escadrons de la mort. La grande majorité portait l’étiquette de partis proches de l’actuel président Alvaro Uribe. Parmi eux figure même l’ancien sénateur Mario Uribe, son cousin. Selon l’éditorialiste Leon Valencia, les paramilitaires étaient alliés « à une partie de l’élite régionale qui a servi de support au projet politique du chef de l’État ».

De nouvelles bandes armées : les « néoparamilitaires »

Or, cette élite est toujours là. L’an dernier, la presse a révélé que les juges qui enquêtaient sur ces dossiers avaient été placés sur écoute par les services secrets colombiens. Le procureur de la Cour pénale internationale s’en est inquiété lors d’une visite en Colombie. « Les plus hauts responsables doivent être jugés », a-t-il martelé à Bogota.

D’ici là, d’autres pourraient bien avoir récupéré le négoce des Autodéfenses. On parle aujourd’hui dans le pays de « néoparamilitaires ». Ces bandes armées, héritières de leurs anciens chefs, ont fait remonter les indices de violence de Medellin, Cali et la côte pacifique colombienne à des niveaux préoccupants.

Dans ces régions, certaines familles ont eu à peine le temps de récupérer les restes d’un proche tué par les Autodéfenses, qu’il leur fallait déjà enterrer une victime de ces nouveaux groupes.

Source : La Croix

Dubaï, une opération d’Etat voyou dommageable à Israël

25 fév

par Uri Avnery

« Le problème, avec le Mossad, c’est qu’il agit comme un fief indépendant qui ignore les intérêts vitaux politiques et stratégiques à long terme d’Israël, tout en bénéficiant du soutien automatique d’un Premier ministre irresponsable, » écrit Uri Avnery, qui compare ce service secret à un « canon désarrimé » balayant le pont du navire dans sa course folle. Vécue comme un succès en Israël, le dommage sur la scène internationale provoqué par cette opération est pourtant considérable, juge-t-il. « L’affaire de Dubaï renforce l’image d’un Etat d’Israël brutal, d’une nation voyou qui traite avec mépris l’opinion internationale, d’un pays qui mène une guerre de gang, qui envoie à l’étranger des équipes semblables à celles de la mafia, d’une nation paria que devraient éviter les gens sensés. » Et de poser à ses concitoyens la question suivante : « était-ce utile ? »

Gush Shalom

La semaine dernière, on a assisté à un déluge de mots sur l’assassinat à Dubaï de Mahmoud Al-Mabhouh, un haut dirigeant du Hamas.

Les israéliens ont reconnu dès le premier instant qu’il s’agissait du travail du Mossad. Quelles capacités ! Quel talent ! Comment ont-ils su longtemps à l’avance quand l’homme irait à Dubaï, quel vol il prendrait, dans quel hôtel il séjournerait ! Quelle planification remarquable !

A l’écran, les « correspondants militaires » et « les correspondants sur les affaires arabes » étaient radieux. Leurs visages disaient : ah….si le sujet n’était pas sous embargo … Si seulement je pouvais vous dire ce que je sais … je peux seulement vous dire que le Mossad a prouvé à nouveau qu’il avait le bras long et pouvait agir n’importe où ! Ah ! Que vivent dans la peur les ennemis d’Israël !

Lorsque les problèmes ont commencé à se manifester, et que les photos des assassins sont apparues sur les télévisions du monde entier, cet enthousiasme s’est refroidi, mais seulement légèrement. Une méthode israélienne ancienne et éprouvée a été utilisée : se saisir d’un détail annexe et en discuter avec passion, en ignorant la question principale. Se concentrer sur l’arbre et détourner son attention de la forêt.

Pourquoi donc les agents ont-ils utilisé les noms de personnes réelles qui vivent en Israël et jouissent de la double nationalité ? Pourquoi, parmi tous les passeports possibles, ont-ils utilisé ceux de pays amis ? Comment pouvaient-ils être sûrs que les propriétaires de ces passeports ne seraient pas en voyage à l’étranger au moment critique ?

Par ailleurs, n’étaient-ils pas conscients qu’à Dubaï les caméras sont omniprésentes et enregistrent chaque mouvement ? N’avaient-ils pas prévu que la police locale montrerait les images de l’assassinat dans presque tous ses détails ?

Mais cela n’a pas soulevé énormément d’intérêt en Israël. Tout le monde a compris que les Britanniques et les Irlandais étaient obligés de protester pour la forme, mais que cela n’était qu’un geste obligé. Dans les coulisses, il existe des liens intimes entre le Mossad et les autres agences de renseignement. Après quelques semaines, tout sera oublié. Voilà comment cela s’est déroulé en Norvège après Lillehammer [à la suite d’une opération du même type, où le Mossad s’était trompé sur l’identité de sa cible - ndlr], et comment cela s’est passé en Jordanie [après la tentative ratée d’empoisonnement de Khaled Meshal]. Ils vont protester, réprimander, et ce sera tout. Alors, quel est le problème ?

Le problème, avec le Mossad, c’est qu’il agit comme un fief indépendant qui ignore les intérêts vitaux politiques et stratégiques à long terme d’Israël, tout en bénéficiant du soutien automatique d’un Premier ministre irresponsable. Il s’agit, comme le disent les anglais d’un « canon désarrimé – le canon d’un navire d’antan qui a rompu ses fixations et roule sur le pont, écrasant tout malheureux marin placé sur son chemin.

Sur le plan stratégique, l’opération de Dubaï provoque des dommages importants pour la politique du gouvernement, qui consiste à présenter la supposée bombe nucléaire de l’Iran comme une menace existentielle pour Israël. Cette campagne contre l’Iran l’aide à détourner l’attention du monde entier de l’occupation continue et de la colonisation, et elle amène les États-Unis, l’Europe et d’autres nations à danser à son rythme.

Barack Obama tente de rassembler une coalition mondiale pour imposer des « sanctions épuisantes » pour l’Iran. Le gouvernement israélien lui sert – volontairement – de chien méchant. Obama dit aux Iraniens : les Israéliens sont fous. Ils peuvent vous attaquer à tout moment. Je les retiens très difficilement. Mais si vous ne faites pas ce que je vous demande, je vais lâcher la laisse et qu’Allah aie pitié de votre âme !

Dubaï, un pays du Golfe situé face à l’Iran, est une composante importante de cette coalition. C’est un allié d’Israël, tout comme l’Egypte et la Jordanie. Et voici que ce même gouvernement israélien l’humilie et fait naitre parmi les masses arabes le soupçon que Dubaï collabore avec le Mossad.

Dans le passé, nous avons embarrassé la Norvège, nous avons rendu furieuse la Jordanie, et aujourd’hui nous humilions Dubaï. Est-ce avisé ? Posez la question à Meir Dagan, que Netanyahou vient de confirmer pour une huitième année dans ses fonctions de chef du Mossad, circonstance presque sans précédent.

L’impact de cette opération sur notre réputation dans le monde sera peut-être encore plus significatif.

Par le passé, il était loisible de minimiser cette dimension. Laissez les « goyim » dire ce qu’ils veulent. Mais depuis l’opération Plomb Durci, Israël est devenu plus conscient des répercussions, qui sont d’une portée considérable. Le verdict du juge Goldstone, les échos des pitreries d’Avigdor Lieberman, la campagne mondiale grandissante en faveur d’un boycott d’Israël – tout cela laisse à penser que Thomas Jefferson ne parlait pas pour ne rien dire lorsqu’il a affirmé qu’aucune nation ne peut se permettre d’ignorer l’opinion de l’humanité.

L’affaire de Dubaï renforce l’image d’un Etat d’Israël brutal, d’une nation voyou qui traite avec mépris l’opinion internationale, d’un pays qui mène une guerre de gang, qui envoie à l’étranger des équipes semblables à celles de la mafia, d’une nation paria que devraient éviter les gens sensés.

Était-ce utile ?

Source : Contre Info

En Amérique, on peut tout dire…

25 fév

par William Blum

« En Amérique, on peut tout dire – tant que cela n’a aucun effet. » Paul Goodman

Les militants et écrivains progressistes se plaignent sans cesse du fait que les nouvelles qu’ils diffusent et les opinions qu’ils expriment sont systématiquement ignorées par les grands médias et ainsi tenues à l’écart des masses. Ce dédain pour les opinions progressistes est intrinsèque aux grands médias. Il est inutile d’invoquer une conspiration ; c’est juste une question de qui est propriétaire des médias et du genre de journalistes qu’ils embauchent – des hommes et des femmes qui aimeraient bien garder leur job ; c’est donc quelque chose de plus insidieux qu’une conspiration, ça fait partie du système, c’est comme ça que le système fonctionne. Le dédain envers le monde progressiste n’est bien sûr pas total car parfois ils y trouvent matière à faire un bon papier et, à quelques rares occasions près, lorsque les idées progressistes risquent de devenir populaires, elles doivent être combattues.

C’est fut le cas pour le livre de Howard Zinn, Une Histoire Populaire des Etats-Unis. Voici ce qu’écrivait Barry Gewen, éditorialiste du New York Times Book Review, le 5 juin 2005, au sujet du livre de Zinn et d’autres oeuvres similaires :

« Il y avait une vision unificatrice, mais elle était simpliste. Puisque les victimes et les perdants étaient bons, c’est donc que les gagnants étaient mauvais. Selon les noirs déshérités, l’Amérique était raciste ; selon les ouvriers exploités, elle était exploiteuse ; selon les hispaniques et indiens conquis, elle était impérialiste. Il y avait là de quoi condamner l’histoire de l’Amérique et pas grand chose de positive à en tirer… Ainsi, les Européens qui sont arrivés dans le Nouveau Monde étaient des prédateurs génocidaires, les indiens qui étaient déjà là croyaient en l’hospitalité et le partage (peu importe les profondes différences culturelles qui pouvaient exister), et l’Afrique violée était un continent qui débordait de bonté et d’harmonie (peu importe les profondes différences culturelles qui pouvaient exister). »

C’est à se demander si M. Gewen pensait que toutes les victimes de l’Holocauste étaient des saints sans différences culturelles entre elles.

L’éminent historien américain Arthur Schlesinger Jr a un jour déclaré, en parlant de Zinn : « Je sais qu’il me considère comme un dangereux réactionnaire. Et je ne le prends pas très au sérieux. C’est un polémiste, pas un historien. »

Dans les nécrologies qui ont suivi la mort de Zinn, cette diffamation a été reprise et a fait le tour du monde, du New York Times au Washington Post et par les grandes agences de presse jusqu’au New Zealand Herald et le Korea Times.

En ce qui concerne les réactionnaires et les polémistes, il faut noter que M. Schlesinger, en tant que haut conseiller du Président John F. Kennedy, a joué un rôle clé dans le renversement de Cheddi Jagan, le premier ministre progressiste et démocratiquement élu de la Guyane Britannique (Guyana, aujourd’hui). En 1990, lors d’une conférence à New York, Schlesinger a publiquement présenté ses excuses à Jagan, en déclarant « je me sentais mal à cause de mon rôle il y a trente ans. Je crois qu’une grande injustice a été commise envers Cheddi Jagan. » (1) Ceci est à porter au crédit de Schlesinger, mais le fait que Jagan ait été physiquement présent à cette conférence a peut-être réveillé chez lui quelques remords tardifs au bout de trente ans. Comme pratiquement tous les historiens américains qui ont été choyés et respectés par les grands médias, Schlesinger était un guerrier de la Guerre Froide. Ceux qui, comme Zinn, remettaient en cause les postulats de la Guerre Froide à l’extérieur et le capitalisme à l’intérieur étaient considérés comme des polémistes.

Une de mes citations préférées de Zinn est celle-ci : « Le principal problème avec l’honnêteté historique n’est pas le mensonge éhonté. C’est l’omission ou la minimisation d’une donnée importante. La définition de « importante » dépend bien sûr des valeurs de chacun. » (2) Une Histoire Populaire et ses autres écrits peuvent être perçus comme une tentative de corriger les omissions et les minimisations du côté sombre de l’histoire des Etats-Unis telle qu’elle est racontée dans les livres d’histoire américaines et les médias.

[...]

Ce dont on ne peut pas parler

« L’objectif du terrorisme est de provoquer une réaction disproportionnée, » écrit Fareed Zakaria, un éminent partisan de la politique étrangère des Etats-Unis, et rédacteur en chef de l’édition internationale du magazine Newsweek, et contributeur au Washington Post, en référence au « terroriste en sous-vêtements », Umar Farouk Abdulmutallab et sa tentative ratée de faire sauter un avion de ligne le jour de Noël. « Son véritable objectif n’est pas de tuer spécifiquement des centaines de personnes mais de semer la peur dans le reste de la population. Le terrorisme est une tactique militaire inhabituelle dans le sens où son effet dépend de la réaction des témoins. Si nous ne sommes pas terrorisés, alors l’attaque a échoué. Malheureusement, celle-ci a parfaitement réussi. » (9)

N’est-ce pas étrange ? Qu’un individu puisse tenter de tuer des centaines de personnes, y compris lui-même, juste pour « provoquer une réaction disproportionnée », ou pour « semer la peur » ? N’y avait-il pas quelque part un profond ressentiment contre quelque chose ou quelqu’un d’Américain ? Aucune sorte d’injustice qu’il pensait corriger ainsi ? Rien dont il aurait voulu se venger ? Pourquoi est-ce que ce sont les Etats-Unis qui sont le plus souvent visés ? Autant de questions qui sont complètement ignorés par Zakaria dans son article.

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche au sujet de la même tentative d’attentat, conduite par John Brennan, conseiller auprès du Président sur les questions de Terrorisme et de Sécurité Nationale, la journaliste vétéran Helen Thomas a soulevé la question :

THOMAS : « Ce qui nous manque toujours, c’est que vous ne donnez jamais leurs motivations pour nous faire du mal… Quelle sont leurs motivations ? On n’entend jamais parler de ce que vous avez découvert à ce sujet ».BRENNAN : « Al Qaeda est une organisation qui se consacre à l’assassinat d’innocents… (ils) attirent des individus comme M. Abdulmutallab et les utilisent pour ce genre d’attaques. Il était motivé par une sorte de croisade religieuse. Malheureusement, Al Qaeda a perverti l’Islam, et a corrompu un concept de l’Islam, pour pouvoir attirer ce genre d’individus. Mais l’objectif d’Al Qaeda est la destruction et la mort. »

THOMAS : « Donc, vous dites que c’est à cause de la religion ? »

BRENNAN : « Je dis que c’est à cause d’une organisation appelée Al Qaeda qui utilise la religion d’une manière perverse et corrompue. »

THOMAS : « pourquoi ? »

BRENNAN : « Je crois… c’est un vaste sujet, mais Al Qaeda est déterminé à mener des attaques contre nous. »

THOMAS : « mais vous n’avez pas expliqué pourquoi. » (10)

Les officiels américains ne font que rarement ne serait-ce qu’un effort pour expliquer pourquoi. Et les journalistes posent rarement la question et très certainement pas à la manière de Helen Thomas.

Et quels sont ces phrases que les officiels ont tant de mal à prononcer ? Serait-ce que les terroristes anti-américains deviennent des terroristes anti-américains en guise de représailles contre des actes commis par les Etats-Unis contre leur pays ou leurs proches ou pour des actes commis par Israël avec le soutien total des Etats-Unis ?

Ben Laden, dans une cassette audio, a lui aussi commenté l’affaire Abdulmutallab : « le message que nous voulions vous envoyer est que l’Amérique ne pourra pas espérer vivre en sécurité tant que la sécurité ne sera pas instaurée en Palestine. » (11)

Nous avons aussi le cas récent de Humam Khalil Abu-Mulal al-Balawi, un médecin jordanien qui s’est transformé en kamikaze et qui a tué sept employés de la CIA dans une base en Afghanistan, le 30 décembre (2009). Sa veuve a déclaré : « je suis fière de lui… Mon mari a fait cela contre l’invasion des Etats-Unis. » Balawi lui-même avait écrit sur Internet « je n’ai jamais voulu être à Gaza, mais à présent j’aimerais être… une voiture piégée et envoyer un maximum de Juifs en enfer. » (12)

Il faut noter que la base de la CIA attaquée par Balawi était fortement impliquée dans la sélection des cibles pour les avions sans pilotes (drones) envoyés par l’agence le long de la frontière Afghano-pakistanaise, un programme qui a tué 300 personnes l’année dernière. (13)

Il y a de nombreux exemples de terroristes qui invoquent la politique des Etats-Unis comme principale motivation à leurs actes (14). Il y en a tellement en fait que les officiels américains, lorsqu’ils parlent du dernier attentat, doivent faire de gros efforts pour ne pas mentionner la politique étrangère des Etats-Unis ; et les journalistes ne soulèvent jamais la question.

C’est la même chose partout dans le monde. Dans les années 50 jusqu’aux années 80 en Amérique latine, en réponse à une longue série de politiques américaines détestables, il y a eu d’innombrables attentats contre des cibles diplomatiques et militaires US ainsi que des bureaux de sociétés multinationales US.

Le bombardement, l’invasion, l’occupation et la torture en Irak et en Afghanistan, le bombardement du Pakistan, de la Somalie et du Yémen, et la poursuite du génocide Israelo-américain contre les Palestiniens ont crée une armée de nouveaux terroristes anti-américains. On n’a pas fini d’en entendre parler. Et on n’a pas fini non plus d’assister à toutes les contorsions des officiels américains pour éviter soigneusement les questions intellectuelles et morales qui sont posées et pour ne pas aborder ce sujet.

Dans son discours sur « l’Etat de l’Union » prononcé le 27 janvier (2010), le Président Obama a déclaré : « Mais si quelqu’un d’un des deux partis a un meilleur plan pour réduire les cotisations, réduire le déficit, garantir une assurance santé, renforcer l’assurance santé pour les personnes âgées, et faire cesser les abus des compagnies d’assurance, qu’il me le fasse savoir. » Alors voilà : mettre fin aux nombreuses guerres des Etats-Unis dégagerait suffisamment d’argent pour faire ce que toute société rationnelle et humaine aimerait faire.

L’éradication du budget militaire permettrait de financer une couverture de santé gratuite pour tous. Une éducation pour tous. La création d’un secteur public qui offrirait des millions d’emplois avec des salaires décents, qui se consacrerait par exemple à réparer les infrastructures délabrées et l’environnement. Vous pouvez y ajouter vos propres projets préférés. Ils pourraient tous être financés. Simplement en arrêtant ces putains de guerres. Imaginez.

William Blum http://killinghope.org/bblum6/aer78.html

traduction par Le Grand Soir

Notes

1. The Nation, June 4, 1990, pp.763-4

2. Failure to Quit : Reflections of an Optimistic Historian” (1993), p.30

(…)

9. Newsweek, January 18, 2010, online January 9

10. White House press briefing, January 7, 2010

11. ABC News, January 25, 2010

12. Associated Press, January 7, 2010

13. Washington Post, January 1, 2010

14. Rogue State, chapter 1, “Why do terrorists keep picking on the United States ?” ; this chapter ends in 2005 ; some later examples can be provided by the author.

Source : Le Grand Soir

Le Grand Échiquier d’Asie Centrale

23 fév

par Saïd Ahmiri 

Ce n’est un secret pour plus personne, l’Europe n’est plus au centre du globe. Cela fait depuis plusieurs années maintenant que la stratégie globale du nouveau monde multipolaire se joue dans un recoin de l’Eurasie, en Asie Centrale, entre la Chine et les États-Unis. Les politiques, et par corollaire le quatrième pouvoir, martèlent à longueur de journée qu’il est question d’une guerre contre le terrorisme. Mais est-ce vraiment le cas ? Bien sûr que non, ce n’est qu’une guerre de l’énergie. Afin de discerner l’extrême complexité géopolitique d’Afghanistan et du Pakistan, deux pions sur le Grand Échiquier, il est impératif de bien connaître le terrain sous divers angles. Balouchistan et Pachtounistan dans le viseur atlantiste, est-ce que la balkanisation est la solution aux problèmes actuels de l’Afghanistan et du Pakistan ou sera-t-elle la source de nouveaux problèmes ? Pour comprendre donc le présent et éventuellement essayer d’anticiper sur le futur malgré le caractère variable des données, des alliances et des partenariats en constante évolution, il est plus que nécessaire d’avoir des notions du passé.

Qu’est-ce que la ligne Durand ?

Pendant le Grand Jeu, la rivalité coloniale en Asie au XIXe siècle entre les empires russe et britannique qui a notamment conduit à la création de l’actuel Afghanistan, la ligne Durand est le nom donné à la frontière internationale séparant le territoire afghan du Pakistan. Elle a été établie le 12 novembre 1893 par un accord entre l’émir afghan Abdur Rahman Khan, choisi par les Britanniques pour occuper le trône de Kaboul, et sir Henry Durand-Mortimer, un administrateur colonial de l’Inde britannique. Dans la réalité des faits, ce sont les Britanniques et les Russes qui fixèrent les frontières afghanes sans vraiment s’occuper de l’avis des Afghans. Ce n’est seulement qu’en 1894-1895 que la frontière a été délimitée, Kaboul cédait ainsi une partie de ses zones pachtounes et baloutches à l’influence des Britanniques. Les accords de la ligne Durand ont par la suite été ratifiés par le roi Habiboullah en 1905 et par le roi Amanoullah en 1919. Le 2 juillet 1949, le parlement afghan proclamait l’annulation de tous les accords signés par les précédents gouvernants afghans avec les différents gouvernements coloniaux de l’Inde britannique, et notamment le traité de la ligne Durand. Depuis cette date, l’Afghanistan a constamment protesté contre la ligne Durand en affirmant que la frontière a été tracée aux dépens du peuple pachtoune. De son côté, le Pakistan affirme que la séparation est justifiée par la différence importante entre les tribus pachtounes de chaque côté de la ligne. La division territoriale prévue à l’origine pour un siècle par Durand-Mortimer devait cesser en 1993 mais le Pakistan a refusé de rétrocéder les territoires pachtounes occupés générant ainsi la source d’un autre conflit eurasien entre les deux nations de l’AfPak. 

Longue de 2450 kilomètres, la ligne Durand s’étend, depuis le sud, de la frontière iranienne, divisant le Baloutchistan, puis le Pashtounistan en deux, jusqu’à la Chine à travers le massif du Pâmir, par le Corridor de Wakhan au nord-est de la Passe de Khyber. Les Pachtouns, qui sont appelés Pathans au Pakistan, des musulmans sunnites hanéfites, partagent la même organisation sociale tribale de chaque côté de la frontière ainsi que la même langue, le pashto, l’une des deux langues officielles avec le dâri (le persan afghan) dans un pays qui compte pas moins d’une centaine de dialectes, trente-deux langues et cinq langues nationales. 

La mosaïque afghane 

En Afghanistan, les Pachtouns représentent l’ethnie majoritaire avec 15 millions d’habitants. Ce qui constitue plus de 42 % de la population totale du pays, essentiellement situés dans la moitié sud du pays, en arc de cercle, de Kaboul et Djalâlâbâd à Hérat en passant par Kandahar. Il est intéressant de noter que de l’autre côté de la ligne Durand, au Pakistan, les Pathans sont deux fois plus nombreux mais minoritaires, ils représentent près de 30 millions d’habitants sur les 181 millions que compte le pays. Les Pachtouns précédent ainsi les Tadjiks, appartennant à la famille des peuples iraniens, avec 27 % de la population totale afghane et habitant à l’ouest de Hérat ainsi qu’au nord-est de Kaboul. Zarathoustra, le célèbre sage de la Perse antique, désigne dans l’Avesta, l’Asie Centrale comme le berceau des « Aryens » (Airyanem Vaejah), et pour certains il pourrait désigner la région des environs du Tadjikistan. Le mot Taa-jyaan d’où vient le nom de Tadjik, est aussi mentionné dans l’Avesta. Viennent ensuite les Hazaras, avec 10 %, isolés au centre du pays au sud de la chaîne montagneuse du Koh-e Baba, d’origine turco-mongole et de confession chiite duodécimain à l’exception d’un petit groupe à l’ouest de Dochi qui se rattache à l’ismaélisme, un courant minoritaire du chiisme qui ne reconnait pas douze imams (duodécimain) mais sept imams (septimain). Puis enfin les Ouzbeks à hauteur de 9 % et essentiellement basés autour de Mazar-e-Charif, Kunduz et tout au long des frontières avec l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Dans cette mosaïque ethnique séparée par des frontières dessinées par des peuples étrangers, il existe également d’autres tribus minoritaires telles les Aïmaks (4 %) qui nomadisent autour de Hérat, les Turkmènes (3 %) tout au nord, les Baloutches (2 %) au sud-ouest et estimés à environ 100.000 habitants (environ 1,15 million vivent en Iran et 6,67 millions au Pakistan), ainsi que les Pashayis, les Wakhis, les Kirghizes et les Nouristanis installés dans les magnifiques forêts montagneuses au nord-est de Djalâlâbâd. On peut retirer trois réalités transnationales, du nord au sud, un grand Tadjikistan, un grand Pashtounistan et un grand Balouchistan qui a de tout temps divisé l’Afghanistan. Deux de ces trois réalités sont des cibles potentielles d’une nouvelle balkanisation en micro-états plus facilement malléables par les puissances étrangères.

les groupes ethnolinguistiques d'Afghanistan

Source de la carte : Peuples entremêlés (Vicken Cheterian et Philippe Rekacewicz)

C’est durant l’automne 1994 qu’une nouvelle faction rigoriste fait son apparition : les Taliban (pluriel de Taleb signifiant étudiant). Les Taliban sont originaires des 650 madrassas (école théologique islamique) pachtounes situées le long de la ligne Durand, sur le territoire pakistanais, et influencées par la pensée ultra traditionaliste sunnite soufiste déobandie – du nom de la ville Deoband dans l’état Uttar Pradesh du nord de l’Inde – en référence à l’imam iranien Abu Hanifa (699-767), théologien, législateur et fondateur de l’école hanéfite de droit musulman à Koufa, une ville d’Irak située à environ 170 km au sud de Bagdad. 

Ahmad Shâh Durrani, le premier roi d'Afghanistan

Scindés en deux confédérations rivales, les Dorrânî d’Hérat et les Ghilzaï de Kandahar, les Pachtouns sont les fondateurs de l’Afghanistan, en 1747, sous le règne du premier padishah Ahmad Shâh Durrani portant le titre de « Bâbâe Melat » qui, en pachto, signifie « père de la Nation ». Ahmad Shâh est le patriarche de la dynastie Durrani, une tribu afghane connue avant 1747 sous le nom des Abdâlî qui règna difficilement sur le royaume d’Afghanistan jusqu’au 1973. Les Pachtouns sont donc les Afghans de souche, le mot afghan est synonyme du mot pachtoune. Les Pachtouns sont organisés en plus de cinquante tribus, elles-mêmes divisées en sous-tribus, clans, et sous-clans. Les chefs des tribus nommés les Khans ont un pouvoir limité. La société afghane refuse toute domination extérieure directe et naturellement toute occupation étrangère physique de son sol. Elle accepte en revanche la domination indirecte, elle ne peut même s’en passer car aucun Khan ne peut s’imposer aux siens s’il n’est pas en mesure de distribuer à sa tribu des bakchish (don charitable) sous forme d’argent, d’armes, de nourriture ou de vêtements. Un chef tribal qui ne peut distribuer ces largesses est remplacé par son rival plus généreux. L’Afghanistan étant un pays pauvre, aucun Khan ne trouve de quoi redistribuer des largesses suffisantes à sa tribu sans subvention extérieure. 

Toutes ces subdivisions ethniques et ces rivalités claniques expliquent pourquoi les Afghans sont parvenus à constamment tenir en échec tous leurs envahisseurs successifs qui, découragés, se retiraient. Mais la raison essentielle de l’extrême division des Afghans en clans rivaux, à l’intérieur des mêmes ethnies et des mêmes tribus, réside dans le problème de répartition des eaux. Hormis le conflit afghan, une autre guerre oppose les seigneurs tout puissants et riches propriétaires d’une rivière aux vrais maîtres du trafic de drogue qui n’hésitent pas à recourir aux seigneurs de la guerre pour menacer les paysans des oasis et des plaines fertiles. Des seigneurs de la guerre qui deviennent alors des despotes et sont supplantés à leur tour lors de nouvelles prises de contrôle du pouvoir tribal. Un mécanisme ancestral de la société afghane qui a été transplanté dans les secteurs les plus lucratifs de la vie économique d’Afghanistan. Avant l’invasion américaine de 2001, les Taliban étaient parvenus à mettre fin au trafic de drogue et par extension, à toute la corruption gouvernementale qui, aujourd’hui comme hier avant l’arrivée des Taliban, ferme les yeux sur l’immense business de la résine d’opium. La corruption étant littéralement un sport national, ce mécanisme n’est sans doute pas pour déplaire aux multinationales pharmaceutiques depuis le projet de légalisation de l’opium par le Baron Mark Malloch-Brown, un proche de George Soros étant surtout connu pour son financement des ONG générant des révolutions de couleur mais aussi pour être un grand partisan de la dépénalisation de la drogue [1]. 

les routes d'exportation de l'opium afghan

Source de la carte : L’opium, principale production afghane (Philippe Rekacewicz)

L’Afghanistan constitue ainsi un paradoxe assez incroyable car étant un des pays les plus pauvres du monde, qui se situe presque au bas de l’échelle de l’indice de développement humain de l’ONU (174e pays sur 178) et de l’indice de pauvreté humaine [2], il est de loin le plus grand exportateur des drogues illicites au monde, dont la valeur de revente est estimée à 60 milliards de dollars américains [3]. Une question intéressante à se poser est où va tout cet argent ? Plus curieux encore, qui donc en profite ? Cette seule économie ferait décoller l’Afghanistan et l’exploitation de ses minerais stratégiques – charbon, fer, cobalt, chrome, mica, bauxite, zinc, plomb, beryllium, lithium, or, rubis, saphir, émeraude et lapis-lazuli – propulserait l’Afghanistan au rang d’importante puissance exportatrice d’Asie Centrale. Des gisements dont l’étendue des ressources demeure incertaine mais qui attise la convoitise des grands pays industriels que sont les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et le Japon [4]. 

Le Corridor du Wakhan : des enjeux stratégiques entre l’OTAN et la Chine

Bordé au nord par le Tadjikistan, au sud par le Pakistan et à l’est par la Chine, le fin Corridor du Wakhan, une étroite bande de terre qui s’étire sur 350 kilomètres, est situé dans la chaîne du Pâmir dans la province du Badakhchan, au nord-est de la ligne Durand et frontalière à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP). Le Corridor du Wakhan fut créé en 1895, toujours durant la période du Grand Jeu, comme zone de tampon contre une agression potentielle de la Russie tsarique contre l’Inde britannique. 

la chaîne montagneuse du Pamir avec le sommet du Nowshak

Enneigées toute l’année, les chaînes de hautes montagnes du Pâmir et de l’Hindu Koush, avec ses sommets du Nowshak (ou Noshaq) culminant à 7492 mètres et du Tirich Mir à 7690 mètres traversée autrefois par un itinéraire de la mythique Route de la Soie, font partie de l’ensemble montagneux des Himalaya, le plus haut du monde, avec le massif Karakoram, comprennant le K2 culminant à 8611 mètres d’altitude, qui est situé à la frontière du Pakistan, de l’Inde et la Chine. Un très vaste ensemble qui chevauche huit pays et abrite plus de 140 millions de personnes. Barrant l’ascension à plus de 3000 mètres, l’étroite vallée du Nowshak abrite un des nombreux champ de mines anti-personnelles d’Afghanistan (plus d’un million de mines dans le pays) qui ont été placées en 2000 par l’Alliance du Nord, un vestige de la guerre civile entre les Taliban du mollah Omar et les Moudjahidins du commandant Massoud afin d’empêcher toute intrusion des Taliban depuis le Pakistan. Au fond de l’Hindu Koush, rien que l’entrée dans la vallée du Nowshak est protégée par une barrière de 640 mines antipersonnelles. Bien qu’il existe aujourd’hui un projet associatif de déminage parrainé par les Nations Unies, la vallée du Nowshak ne fait pas partie des priorités des démineurs officiels. Les priorités sont les zones urbaines, agricoles et les routes. 

le Corridor de Wakhan

Dans le cadre actuel du conflit afghan, le Corridor du Wakhan est placé sous la surveillance atlantiste de la Bundeswehr (armée allemande), en charge de la province du Badakhchan, qui y ont construit plusieurs ponts pour la logistique de la coalition ISAF mais n’étant pas adaptés au passage des poids lourds. Depuis la ville d’Ishkashim à l’entrée du Corridor du Wakhan, la dangereuse traversée se fait sur de périlleuses pistes le long des principaux cours d’eau que sont le Wakhan-Daria, le Pamir, le Piandj et le Murghab ou par des sentiers de montagne scabreux. En été, seuls les véhicules tout-terrain peuvent se frayer un chemin le long des rivières en crue. 

le Bam-e-Dunya

Malgré qu’il soit relativement épargné par les conflits, le Corridor du Wakhan n’en est pas moins une région isolée, très peu peuplée et aux conditions extrêmes où l’existence y est très difficile : l’hiver dure 8 mois, la température descend jusqu’à -40ºC, 1 enfant sur 2 meurt à la naissance et l’espérance de vie ne dépasse pas 40 ans. Le Corridor du Wakhan abrite deux ethnies qui y cohabitent en harmonie. Les Wakhis, environ 10.000 en Afghanistan (40.000 dans les vallées des alentours au Tadjikistan, au Pakistan et en Chine), vivent entre 2.000 et 3.000 mètres d’altitude, tandis que les Kirghizes, environ 1.200, habitent plus haut et plus loin, leurs campements sont situés entre 4.000 et 4.500 mètres, dans le Pâmir Afghan qu’on appelle aussi « Bam-e-Dunya » ou le « Toit du Monde ». Les Kirghizes ne cultivent pas la terre, impossible au-delà de 4.000 mètres, et vivent grâce à leur bétail. Peuple nomade, ils vivent en yourtes et se déplacent jusqu’à quatre fois par an en fonction des pâturages et de la météo. Pour compléter leur alimentation, les Kirghizes ont recours au troc avec les marchands ambulants et leurs voisins wakhis. Régulièrement, à l’approche de l’hiver, toutes les tribus kirghizes se réunissent et décident de lancer une grande caravane pour aller se ravitailler en denrées vitales : sucre, sel, médicaments et – Afghanistan oblige – en opium. L’électricité, l’eau courante et les télécommunications sont totalement inexistantes. 

Le passage stratégique du Corridor du Wakhan a attiré l’attention de l’OTAN, recherchant de nouveaux passages logistiques pour approvisionner la coalition ISAF dans le but de contourner le Pakistan et ne plus dépendre, au nord, de la terrible route M41 du Tadjikistan qui longe la frontière avec la Chine. La route M41 est la route de tous les trafics, dangereuse et porose, elle avait déjà une sinistre réputation à l’époque soviétique que ni le KGB ni les douanes n’étaient parvenus à contrôler. Après l’effondrement du bloc communiste, la situation s’est encore considérablement dégradée. La partie orientale du Kazakhstan est devenue un véritable cimetière d’armes nucléaires périmées mais dont la matière fissile pouvait encore être reconcentrée à des coûts minimes. Il s’en est écoulé des quantités incalculables dans de nombreuses directions et dans des conditions de transport qui ont souvent coûté la vie aux passeurs. Des douaniers modestement payés 60 euros par mois, la guerre civile qui a fait rage pendant des années entre le mollah Omar et le commandant Massoud sans parler du nouveau conflit afghan, des montagnes de plus de 4.000 mètres où seuls des locaux expérimentés savent circuler, toutes ces conditions ne peuvent que faciliter la libre circulation des personnes et de toutes sortes de marchandises imaginables sur la route M41. Tout au long de la parcelle de route entre le lac Kara et le Pont de l’Amitié, les milliers de mines qui ont été posées n’ont aucunement ralenti les différents commerces d’armes, de drogues, de nourriture et de vêtements.

Et ne plus dépendre non plus, à l’est et à travers les régions tribales du Pachtounistan, de la fameuse Passe de Khyber ou Défilé de Khaïber (district pakistanais du FATA), culminant à 1.072 mètres d’altitude à la ville contrebandière de Landi Kotal. La Passe de Khyber se trouve sur la grande route Peshawar-Jalâlâbâd-Kaboul qui est déjà surchargée dans ses deux voies principales sinueuses, l’une par le trafic motorisé et l’autre par le passage des caravanes traditionnelles. Route d’invasions historiques depuis plus d’une centaine de générations et porte communicante entre le Moyen-Orient en feu et le sous-continent indien en chaleurs depuis Alexandre le Grand à la poursuite de l’assassin de Darius III en 330 avant Jésus-Christ (pbsl) ainsi que les Perses, les Mongols et les Tartares qui l’ont également franchie pour répandre l’Islam en Inde, la Passe de Khyber, longue de 58 kilomètres entre le fort de Jamrud au Pakistan et la ville marchande afghane de Tokham (pile sur la ligne Durand), comporte 34 tunnels et 92 ponts dont son point le plus étroit ne fait que 15,85 mètres de large jusqu’à s’élargir parfois à 1.600 mètres. Dans le contexte de ses investissements dans les mines de cuivre de la vallée d’Aynak, près de Kaboul, le Corridor du Wakhan intéresse également la Chine ayant besoin de voies routières sûres et adaptées au passage de poids lourds reliant la ville d’Ishkashim à sa préfecture de Kashgar dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (appelé aussi le Turkestan oriental ou République islamique du Turkestan oriental). Comme les Britanniques l’ont fait jadis en construisant les ponts et excavant la roche des tunnels de la Passe de Khyber, l’exploitation du Corridor du Wakhan comme voie logistique nécessiterait de longs et coûteux travaux pour permettre le passage de véhicules lourds dans des conditions correctes mais pour le moment, c’est surtout la sécurisation frontalière qui préoccupe la Chine. Des opérations de sécurité qui se poursuivent après les événements violents de juillet 2009 à Urumqi entre les Hans, chinois de souche, et les Ouïghours, musulmans turcophones, qui ont fait, selon Pékin, 197 morts et plus d’un millier de blessés [5]. 

Actuellement, l’unique passage direct entre l’Afghanistan et la Chine se fait par la Passe de Wakhjir qui culmine à 4923 mètres d’altitude, à l’extrémité orientale du Corridor du Wakhan, mais qui est hélas dépourvue de route pratiquable. Après la traversé de la frontière, une piste sommaire permet de rallier, à plus de 80km, la première route majeure de Chine, l’autoroute Karakoram N35/G314. 

Les poudrières du Talibanistan

les provinces NWFP (clair) et FATA (foncé)

Le chef-lieu de la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) est Peshawar, une ville d’environ 1,4 million d’habitants. C’est dans cette province que se situent les districts de Malakand et de Swat dont Mingora est la principale ville de la vallée de Swat surnommée la Suisse du Pakistan pour ses hautes montagnes, ses forêts vertes et ses lacs aux eaux limpides. En 2005, la population du NWFP était d’environ 21 millions d’habitants sans compter les 3 millions de réfugiés afghans. La plus petite des quatre provinces du Pakistan, à l’ouest de l’Azad Kashmir et au nord-est du FATA (Federally administered tribal areas ou Régions tribales fédéralement administrées), le NWFP se compose de régions tribales pachtounes qui abrite le fief des Taliban et plusieurs mouvements fondamentalistes islamiques tels que le Harakat ul-Mujahidin (Mouvement des compagnons du Prophète), le Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (Mouvement pour la Défense de la Loi du Prophète), le Lashkar-e-Jhangvi (Armée de Jhang) et l’organisation séparatiste cachemirie Lashkar-e-Toiba (Armée des Pieux) qui agissent essentiellement pour certains au Cachemire (divisé entre le Jammu-et-Cachemire indien et l’Azad Kashmir pakistanais) avec comme objectif principal pour les uns, le rattachement au Pakistan de cet État majoritairement musulman qu’ils considèrent occupé par l’Inde et pour les autres, l’application de la Charia (loi islamique) au Pakistan avec l’établissement de tribunaux islamiques. 

C’est plus au sud-ouest, dans les deux districts du Waziristan au sud du FATA frontalière de l’Afghanistan, que l’on retrouve le TTP, l’acronyme de Tehreek-e-Taliban Pakistan (Mouvement des Taliban du Pakistan) qui aurait été fondé fin 2007 en réunissant une quarantaine de factions. Autant que le Tehreek-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (TNSM), interdit au Pakistan depuis le 12 janvier 2002 sur ordre du dictateur Pervez Musharaf qui fit emprisonner, sous la pression américaine, son fondateur Sufi Mohammed ayant envoyé des milliers de combattants sur le front afghan, le TTP a fait couler beaucoup d’encre dans la presse de propagande impérialiste, depuis le début du conflit armé en 2004, entre les forces armées pakistanaises et les différents mouvements islamistes, étant tous considérés sans exception, ni sans la moindre distinction, comme des alliés de la nébuleuse internationale Al-Qaïda. Deux mouvements majeurs du Pachtounistan qui défient ouvertement le gouvernement d’Islamabad dont la ligne de conduite est dictée par les États-Unis, de George W. Bush hier et aujourd’hui de Barack H. Obama, pour débusquer les Taliban afghans et les autres Moudjahidins étrangers qui, après la chute de Kaboul en 2001, sont venus au Waziristan en ayant fui à travers les montagnes de Shah Wali Kot en mars 2002, afin de se regrouper et relancer leur guérilla contre les forces d’occupation en Afghanistan.

Le Talibanistan déterre la hache de guerre 

Dans une chronologie non-exhaustive de la guerre du Waziristan, depuis 2002, tout l’ouest du Pakistan vit pratiquement à l’heure afghane, ou plutôt à l’heure américaine de la guerre contre le terrorisme. Fin février 2002, la presse britannique Sunday Express [6] annonçait déjà que « les forces spéciales américaines et britanniques avaient localisé le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden », et 50 partisans fanatiques, dans une zone montagneuse de la région de Toba Kabar « au nord de la ville de Khanozai et de Quetta » dans le nord-ouest du Pakistan, près de la frontière afghane, justifiant ainsi aux yeux de l’opinion publique occidentale l’entrée de l’OTAN au Pakistan. « Nous nous engageons dans des opérations des deux côtés de la frontière, dans une opération du genre ” marteau et enclume “ », disait le général David Barno lors d’une vidéo-conférence en direct d’Afghanistan avec la presse propagandiste, moins catastrophiste que cacophonique mais tout autant sensationnaliste, spécialement accréditée au Pentagone, la même presse que le tapage médiatique contre les armes de destruction massives de Saddam Hussein et ses liens supposés avec Al-Qaïda, dans les préambules de la guerre d’Irak de 2003. 

les régions pakistanaises sous le contrôle des Taliban

Au milieu du marteau américain et de l’enclume pakistanaise, la guerre du Waziristan a ainsi éclaté, dans un contexte international en 2002 et national en 2004, avec un jeu du chat et de la souris dans les zones tribales pachtounes du Sud-Waziristan entre les Taliban afghans accompagnés des djihadistes étrangers, bénéficiant de l’appui des Taliban pakistanais, et les Scouts de Wana (unité paramilitaire pakistanaise stationnée à Wana) aidé du soutien des laskhar (milice tribale de la tribu Wazir) chargés de partir à la recherche des militants étrangers et de punir les membres des tribus qui les aidaient en détruisant leurs maisons et en leur imposant de lourdes amendes d’un million de roupies pakistanaises, soit environ 14.500 euros. Ces Taliban pakistanais, de la tribu pathane Mehsud notamment, ont alors été considérés comme des alliés inconditionnels d’Al-Qaïda et, sous les impératifs américains, ont été recherchés par les autorités tribales et fédérales pakistanaises. 

Suite à la longue opération Blizzard de Montagne aux résultats mitigés, « en deux mois, 1 731 patrouilles, 143 raids et opérations de recherches ont été menées. 22 combattants ennemis ont été tués, de nombreuses caches d’armes ont été découvertes, avec 3 648 roquettes, 3 202 obus de mortiers (…) et des dizaines de milliers de munitions pour armes légères », détaillait le général David Barno, l’opération Tempête de Montagne fut menée, à partir du 7 mars 2004, dans les régions frontalières du Pakistan, avec des actions coordonnées entre l’armée régulière pakistanaise ainsi que des forces paramilitaires et l’armée américaine dont la fameuse Task Force 121, unité d’élite dont les membres, agents sur-entraînés de la CIA et militaires des forces spéciales, sont crédités de la capture du président irakien Saddam Hussein en décembre 2003. Malgré la traque par des milliers de soldats, les milliers de dollars du contribuable américain déversées aux différentes tribus pakistanaises, aux liens aussi étroits que des ruelles parisiennes depuis les années 1980 durant la guerre soviétique en Afghanistan, et les moyens technologiques haut de gamme mis à l’oeuvre, l’effet de tenaille de l’opération Tempête de Montagne n’a eu pour résultat que de déstabiliser un peu plus le Pakistan et de renforcer les rangs du Talibanistan mais aussi du monde musulman en général.

le seigneur Nek Mohammed

Face à l’incapacité américaine et la nonchalance pakistanaise, les accords de Shakai sont conclus en mars 2004 entre les tribus et le gouvernement. Après avoir amené des centaines de militants étrangers à Wana en 2002/2003 et infligé une cuisante défaite à l’armée pakistanaise, le célèbre seigneur de la guerre Nek Mohammed, du clan Yargulkhel de l’élite tribale des Wazir qui domine la partie occidentale du district du Sud-Waziristan directement frontalière de l’Afghanistan, et quatre autres leaders locaux également soupçonnés d’avoir apporté de l’aide aux combattants étrangers, sont amnistiés et libérés par Pervez Musharraf sans promettre de ne pas utiliser le sol pakistanais pour mener des attaques en Afghanistan, ni d’aider Islamabad à retrouver et enregistrer les combattants étrangers en leur offrant l’asile au Pakistan. « Il y a toujours des combattants étrangers là-bas. Ils sont Arabes, Tchétchènes, Ouzbeks (…), n’appartiennent pas aux tribus et continuent d’utiliser la région pour accomplir leurs objectifs terroristes », déclarait le général David Barno, commandant des forces américaines et de la coalition en Afghanistan, à la mi-mai 2004. « Il est très important que l’armée pakistanaise poursuive ses opérations, en particulier contre les combattants étrangers, qui à mon sens ne doivent faire l’objet d’aucune conciliation », poursuivait le général américain justifiant de la sorte la continuation des opérations transfrontalières au mépris de la souverainté du peuple pakistanais. Il est bon de noter que c’est également au mois de mai de cette année que le Pakistan a été réadmis au sein du Commonwealth [7], après y avoir été exclu en 1999 suite au renversement du régime de Nawaz Sharif par Pervez Musharraf dans les événements qui ont suivi le conflit de Kargil que nous aborderons plus loin. 

Le puissant commandant Abdoullah Mehsud 

En juin 2004, après l’assassinat par un drone américain du seigneur de la guerre Nek Mohammed considéré comme un héros par beaucoup d’habitants du Waziristan, Abdoullah Mehsud, de son vrai nom Nour Alam, alors âgé de 30 ans et entré en conflit avec Baitullah Mehsud pour la direction de l’union des mouvements talibans devenue le TTP, devient l’incarnation de la lutte indépendantiste du Pachtounistan contre le régime de Pervez Musharraf dans tout le Waziristan. Le guerrier Abdoullah Mehsud qui avait répondu à l’appel de la guerre sainte lancé par des religieux pakistanais en octobre 2001, avait pris part très tôt au combat en Afghanistan aux côtés des Taliban longtemps après avoir combattu une première fois à leur côtés, en 1996, contre les troupes de l’Alliance du Nord du commandant Massoud. Il perdit une jambe en sautant sur une mine quelques jours après la prise de Kaboul par les Taliban. Lors du siège de Kunduz, du 11 au 23 novembre 2001, qui marqua un tournant décisif dans la guerre d’Afghanistan, Abdoullah Mehsud fut contraint de se rendre au général Abdoul Rachid Dostom de l’Alliance du Nord, le principal leader de la communauté ouzbek en Afghanistan et un des plus célèbres seigneurs de la guerre afghan. Remis par la suite à l’armée américaine, il fut envoyé à la base de Guantanamo où il y passa 25 mois avant d’être libéré et reconduit à Kaboul. 

le commandant Abdoullah Mehsud

En octobre 2004, le commandant Abdoullah Mehsud a été accusé de l’enlèvement de deux ingénieurs chinois travaillant à la construction d’un barrage. L’un des otages a été tué, dans des échanges de tirs, au cours d’une opération de sauvetage menée par les troupes d’élite de l’armée pakistanaise. Le mercredi 29 décembre 2004, un responsable politique pachtoune était assassiné. Le lendemain, Asmatôllah Gandapour, le représentant du gouvernement pakistanais dans le district du Sud-Waziristan, et son chauffeur furent blessés par l’explosion d’une bombe sur le bord d’une route du district de Tank, à proximité du camp de réfugiés de Dabara. Gandapour dirigeant des campagnes successives contre les militants étrangers et leurs soutiens locaux était considéré comme un ennemi de l’Islam pour le Talibanistan. La notoriété d’Abdoullah Mehsud s’accroit au fil de ses opérations dans le Sud-Waziristan. Le lundi 7 février 2005, des leaders tribaux du Sud-Waziristan signèrent une amnistie avec le gouvernement pakistanais. Ils recevèrent 540.000 $ à l’exception de Baitullah Mehsud, un Taliban discret prétendu être à la tête d’une dizaine de combattants à peine et réputé piètre négociateur bien qu’il était considéré par le gouvernement afghan comme l’un des lieutenants du mollah Omar, le chef suprême des Taliban tant afghans que pakistanais. Exclu de ces négociations pour son rôle présumé dans le kidnapping des deux chinois, Abdoullah Mehsud continua de consolider son pouvoir dans toute la région en poursuivant sa guerre sainte avec son lieutenant Qari Zainuddin Mehsud. « L’accord de paix entre Baitullah Mehsud et le gouvernement n’affectera pas ma lutte contre les forces de sécurité », déclarait-il à l’hebdomadaire The Friday Times. « Notre mouvement ne perdra pas de sa vigueur si deux ou trois de nos combattants se rallient au gouvernement », poursuivait-il. 

Au printemps de l’année 2005, Abdoullah Mehsud fut une fois de plus suspecté, par Sherpao, d’être impliqué derrière la vague d’attentats-suicides à travers le Pakistan, que la cacophonie de la presse occidentale citait être prônés par Baitullah et dénoncés par Qari comme étant interdits par l’Islam. L’une des dernières attaques du commandant Mehsud avait justement visé le ministre de l’Intérieur, Aftab Ahmad Khan Sherpao, à son domicile dans le district Charsadda dans la province NWFP. Dans ces circonstances, un mandat d’arrestation contre Abdoullah Mehsud fut alors délivré par le gouvernement pakistanais mais n’a jamais été mis à exécution [8]. C’est le début de la cavale pour l’idéaliste pachtoune et figure montante du Talibanistan. D’après certaines sources peu fiables, depuis sa libération de Guantanamo, le commandant Mehsud se rendait souvent au Balouchistan, au sud-ouest du Pakistan, où il était également soupçonné de participer à la formation des nouveaux mouvements pakistanais qui auraient été fondés par Nek Mohammed en 2002 [9] dont le Joundallah (Soldats de Dieu) qui se fait appeler « Mouvement de Résistance Populaire d’Iran » et le Jaishul al-Qiba al-Jihadi al-Siri al-Alami (Armée Secrète du Djihad International) prétendue consacrer ses efforts dans l’entraînement et l’endoctrinement de la nouvelle génération de djihadistes. Au soir du lundi 23 juillet 2007 et après une traque depuis plus de deux ans, Abdoullah Mehsud est repéré par les services de renseignements dans une maison du district de Zhob, dans la province du Baloutchistan. Encerclé, il opposa une résistance farouche avant de choisir de se donner la mort. « Il s’est fait exploser lundi soir avec une grenade quand les forces de sécurité ont lancé l’assaut », expliquait le porte-parole du ministère de l’Intérieur, le général Javed Cheema. Dénoncé par des proches ou non, le puissant commandant Abdoullah Meshud a préféré la mort à la captivité. Dans ce concours de circonstances, Baitullah Mehsud s’empara du pouvoir dans le Waziristan et devint l’unique leader des factions réunies sous la bannière du Tehreek-e-Taliban Pakistan. 

Qui dirige qui ? 

Après la relative ” trève ” nationale de 2006 et malgré plusieurs luttes de pouvoir internes très compliquées pour les non-initiés mais permettant au gouvernement pakistanais d’exploiter habilement les différends qui opposent les tribus, les mouvements et les ethnies baloutche, ouzbèke, pachtoune, penjabie et turkmène qui soutiennent ou ne soutiennent pas les militants étrangers comme les Arabes ou les Tchétchènes – je citerai par exemple, la nomination du mollah Nazir à la tête du commandement des Wazir, en dépit de la faiblesse de ses liens tribaux, qui a eu pour conséquence de mécontenter les Yargulkhel, qui a produit un grand nombre de commandants Taliban tel Nek Mohammed, car le mollah Nazir appartient au Kakahel, un autre obscur sous-clan des Zalikhel auquel est également rattaché les Yargulkhel, les Zalikhel contrôlant Wana et constituant la plus importante des neuf sous-tribus qui composent la tribu Wazir [10] -, les combats ont repris dans une nouvelle violente escalade très médiatisée. 

le général Ashfaq Kayani

La guerre du Waziristan recommence suite au siège meurtrier de la Mosquée rouge d’Islamabad, en juillet 2007, par le Military Intelligence, agence rivale de l’ISI, sur décision du président Pervez Musharraf. Une sombre affaire assez complexe, très médiatisée comme toujours en Occident dans ses grandes lignes habituelles « Taliban, Ben Laden, Al-Qaïda, attentats terroristes, etc », mais bien peu développée dans ses détails croustillants, je dirais, pour les personnes cataloguées conspirationnistes, en raison de certaines implications gouvernementales. Cette affaire suscita un grand intérêt avec la découverte surprenante, sous la Mosquée rouge, d’un centre de transmission secret aux fils directement reliés au quartier général de l’ISI voisin, appelé Point Zero et se situant dans le quartier du marché d’Aabpara [11] de la capitale pakistanaise. Manipulation politique des uns ou complot islamiste des autres, l’ISI a attisé un peu plus la méfiance de l’ancien général et président Pervez Musharraf. En parallèle à la purge du secteur antiterroriste de l’ISI, un peu plus de deux mois après l’assaut de la Mosquée rouge ayant entraîné la mort de plus d’une centaine de personnes, le 21 septembre 2007, Musharraf fit remplacé le chef de l’ISI, le général Ashfaq Kayani, par le général Nadeem Taj, un proche parent de sa femme jugé plus fiable. Ce dernier étant soupçonné, par les yankees, de collaborer avec les Taliban, depuis le 29 septembre 2008, c’est le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha, précédemment directeur des opérations militaires de l’état-major général dont dépendent l’ISI et le Military Intelligence, qui a repris les rennes de cette agence du renseignement pakistanais [12]. Toujours dans ce jeu de chaises musicales, aprés sa réélection d’octobre 2007, Musharraf abandonna l’uniforme et plaça à la tête du chef d’état-major des armées, le général Ashfaq Kayani qu’il avait limogé quelques semaines plus tôt. 

le président Pervez Musharraf et le général Ashfaq Kayani

Un peu comme la CIA, l’ISI est considérée comme un État dans l’État, sous la houlette de l’armée, qui dirige secrètement le Pakistan depuis plus de 60 ans et qui s’est fait mondialement connaître lors de l’opération Cyclone de la CIA pendant la guerre soviétique d’Afghanistan (1979-1989). En novembre 2008, après l’arrivée au pouvoir d’Asif Ali Zardari à la place de Pervez Musharraf, le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha ordonna le démantèlement de la branche politique de l’ISI dont la coopération est jugée vitale pour Londres et Washington dans leur lutte pittoresque de la menace fantômatique d’Al-Qaïda et l’insurrection des Taliban en Afghanistan. En s’aventurant sur ce terrain impénétrable que certaines personnes s’accorderont à cataloguer de conspirationnisme, une autre question à se poser, tout aussi intriguante que l’argent de l’opium afghan, est qui dirige réellement l’armée du Pakistan ? Est-ce Washington ? Londres ? Riyad ? Tel-Aviv ? 

Depuis cet événement majeur, deux autres violents attentats ont secoués le Pakistan et sont entourés d’un épais voile de mystères malgré leur retentissement dans les médias de masse. Le premier, du 18 octobre 2007 à Karachi, qui a coûté la vie à 139 personnes, au soir même du retour d’exil de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto. Et le second, du 27 décembre 2007 à Rawalpindi dans la banlieue sud d’Islamabad, où Bhutto fut assassinée avec 20 autres personnes dans des conditions très controversées. Aurait-elle été tuée suite à un choc à la tête lors de l’explosion de la ceinture d’explosifs du kamikaze ou à cause de ses blessures à la tête causées par une balle tirée, entrée par la nuque et sortie par le cou, par un second kamikaze sur les lieux ? Dans l’optique de la déstabilisation du Pakistan souhaitée par des étrangers non-eurasiens, d’autres sources avancèrent l’hypothèse d’un complot manigancé par un escadron de la mort américain, qui était commandé précédemment par le général McChrystal aujourd’hui à la tête de la coalition ISAF, ayant commis plusieurs centaines d’assassinats politiques dans le monde dont l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, l’événement qui a déclenché la Révolution du Cèdre. Un escadron de la mort qui était placé sous l’autorité directe du vice-président Dick Cheney pendant l’administration Bush [13]. Selon le quotidien saoudien Al-Watan, l’ancien chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Mirza Aslam Beik, a aussi accusé la société militaire privée Blackwater/Xe Services de l’assassinat de Bhutto et Hariri sur les ondes de la radio pakistanaise Wakt [14]. N’oublions pas que c’est dans la courte période entre ces deux attentats, que lors d’une interview accordée au journaliste David Frost d’Al-Jazira, le 2 novembre 2007, Bhutto affirma clairement que Oussama Ben Laden était mort tout en citant le nom de son meurtrier, Omar Sheikh, un agent de l’ISI. 

 

Au récit de tous ces événements, j’insiste sur le fait qu’il est primordial de bien différencier un attentat visant une personnalité politique pakistanaise, des forces de sécurité que ce soit l’armée ou la police, ou encore une personne défendant des intérêts étrangers, et un attentat commis contre des civils. Dans ce cas-ci, les Taliban pakistanais savent avec pertinence qu’ils n’ont absolument rien à gagner en commettant de telles exactions. Par contre, cette terreur profite à Islamabad, et donc à Washington, pour à la fois discréditer l’idéal des Taliban et justifier leurs opérations militaires dans les zones tribales du Pakistan. Pour le Talibanistan, le soutien du gouvernement corrompu du Pakistan aux Etats-Unis, dans leur guerre contre le terrorisme en Afghanistan contre des Taliban et contre l’Islam, fait du régime pakistanais un ennemi de l’Islam à sévèrement punir. 

Ainsi Swat-il ! 

Suite à ces incidents sanglants, c’est principalement dans les deux districts du Waziristan (FATA), dans les districts de Malakand et de Swat (NWFP) mais aussi dans la région de Peshawar qu’ont eu lieu la majorité des opérations militaires de grande envergure comme l’opération Rah-e-Haq (en ourdou « chemin de la vérité ») ou la Première bataille de Swat, bien qu’il eut aussi des affrontements dans le district de Shangla, qui se déroula du 25 octobre au 8 décembre 2007. L’opération militaire opposa principalement le Frontier Corps (armée des Frontières) au TNSM 

« le mollah Radio »

 conduit par l’ultra-radical maulana Qazi Fazlullah, dit « mollah Radio » pour avoir dirigé depuis 2006 une radio FM depuis la madrassa familiale et beau-fils de Sufi Mohammed, à la tête de 4.500 sympathisants, dont 2.000 étaient rassemblés au sein d’une organisation armée baptisée Shahin contrôlant 59 villages dans trois des sept vallées du district de Swat selon les autorités [15]. Après les batailles de Matta, Charbagh et Khwazakhela qui ont repoussé les Taliban, les affrontements devenus sporadiques se sont transformés, dans les mois qui suivèrent, en insurrection de faible intensité accompagnée de relatifs cessez-le-feu acceptés par les deux camps. 

Le 23 avril 2008, le chef Baitullah Mehsud donna l’ordre à tous les militants du TTP de cesser leurs activités armées, alors que le gouvernement s’engageait dans un processus de paix avec les combattants des zones tribales. Après trois mois de captivité, Tarik Azizuddin, l’ambassadeur pakistanais en Afghanistan, kidnappé le 11 février 2008 par un groupe de bandits et cédé au TTP, est libéré le 18 mai 2008 en échange de la libération de 40 Taliban détenus dans les geôles pakistanaises. Dans l’espoir d’enfin ramener la stabilité dans la région de Malakand, Pervez Musharraf fait libérer le maulana Sufi Mohammed après 6 années de détention en échange de ses efforts pour rétablir la paix au Swat. Ce dernier, désigné par Islamabad comme étant un Taleb dit modéré pour plaire aux injonctions de Washington, dirigea les nouvelles négociations de paix entre le TNSM et les autorités du NWFP, qui n’aboutiront à une signature que le 16 février 2009. Le maulana Sufi Mohammed ne manqua pas de qualifier la constitution pakistanaise et le pouvoir judiciaire au grand complet de non-islamique et déclara que toute la démocratie était hérétique. « La démocratie est un système d’infidèles introduite en Asie par les impérialistes britanniques ! » affirmait Sufi. « Si vous ne vous opposez pas au système politique impie, Allah n’acceptera aucune de vos prières » rajoutait le fondateur du TNSM. « Les femmes ne doivent pas être autorisées à quitter leur maison, sauf pour se rendre au pèlerinage de la Mecque ! », proclamait le Taleb modéré. 

le maulana Sufi Mohammed (à droite)

Dans leur tentative de paraître bon et généreux, les illusions des politiques et de leur diplomatie quant aux Taliban dits modérés n’ont d’égales que le profesionnalisme des journalistes de la presse alignée. Ainsi, dans un nouvel exercice magistral de la cacophonie des mass médias occidentaux qui aiment plaire à la petite ménagère et au vétéran patriotique, la BBC à l’occasion de la sortie de prison de Sufi Mohammed écrivait : « Nos correspondants disent que la libération de Sufi Mohammed peut affaiblir la position du maulana Fazlullah qui dépend lourdement des supporters de Sufi Mohammed ». C’est à se demander deux choses, premièrement, si ces journalistes comprennent réellement quelque chose à la situation ambigue du Talibanistan, et deuxièmement, sont-ils vraiment des journalistes ou de vulgaires hauts-parleurs censés alimenter le règne de la peur ? 

2008, le début du chaos 

le Bouddha de Jihan Abad

Police humiliée, armes volées, écoles brûlées, instituteurs assassinés, statues bouddhistes taillées dans le roc détruites, dont le Bouddha de Jihan Abad datant du VIIe siècle appartenant au patrimoine mondial de l’UNESCO, non pas en hommage à leurs frères d’armes afghans qui ont dynamité les deux géants Bouddhas de Bâmiyân en 2001 mais par application stricte de la Charia, le nouveau traité de paix précaire conclu entre les Taliban du maulana Fazlullah et le régime de Musharraf vole en éclats. Tandis que la traque d’Oussama Ben Laden, d’Ayman al-Zawahiri et du mollah Mohammad Omar se poursuit, encore et toujours, le Waziristan retourne sur les sentiers de la guerre et le Pakistan plongé dans un chaos évident ne se déstabilise plus, il glisse à présent et pratiquement de manière inévitable sur la pente de la multiple fragmentation territoriale : Pachtounistan, Balouchistan et qui sait, tôt ou tard le Cachemire certainement. 

Les Taliban du district de Khyber des régions tribales du FATA commençaient à faire peser une grave menace sur la ville de Peshawar, après la prise de contrôle des villes voisines dont Darra Adam Khel, Michini, Warsak, Shabqadar, Tangi, Charsadda pour ne citer qu’elles. « Nous sommes virtuellement assiégés par ces militants », s’inquiètait un responsable de la sécurité. « S’ils ne sont pas arrêtés, ils prendront Peshawar ! », estimait-il. Depuis la vallée de Tirah, le Taleb Hâdji Namdar, 39 ans, leader du Mouvement pour la Promotion de la Vertu et la Répression du Vice, est soupçonnée de lancer des attaques contre les forces étrangères déployées en Afghanistan. L’autre figure locale de la talibanisation du district de Khyber est Menghal Bagh, ancien chauffeur de bus dont les hommes sont accusés d’avoir lancé des attaques dans Peshawar même et d’avoir tendu des embuscades à de nombreux convois de camions chargés de ravitailler les forces étrangères présentes sur le sol afghan. Craignant la prise de la capitale provinciale Peshawar et pour ralentir la progression des Taliban, les autorités pakistanaises lancèrent, le samedi 28 juin 2008, une opération militaire dans le district de Khyber, à la frontière de l’Afghanistan, pour tenter d’enrayer la talibanisation de toute la région qui menace de se propager jusqu’à Peshawar, puis Islamabad. Il s’en suivit l’opération Sherdil (en ourdou « coeur de lion ») dans la zone tribale de Bajaur qui s’est déroulée d’août jusqu’à mi-septembre 2008 face au TTP et ayant causé le déplacement estimé entre 500.000 et 700.000 personnes, y compris 70.000 Afghans. 

Le changement dans la continuité 

le président Asif Ali Zardari

Suite à la démission du président Pervez Musharraf, Asif Ali Zardari, un richissime homme d’affaires pakistanais et veuf de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto, est devenu le nouveau président de la République le 6 septembre 2008. Une source sûre au Pakistan m’a confié à maintes reprises que le président Zardari était aussi corrompu que ses prédécesseurs. Dès son entrée en fonction, les opérations conjointes américano-pakistanaises et les attaques de drones s’intensifiaient, notamment contre des éléments de la résistance afghane du réseau Haqqani opérant au Nord-Waziristan. Bill Van Auken, pour WSWS, dévoilait le 28 décembre 2009 que « le quotidien The News de Lahore, citant des données fournies par les responsables pakistanais, a rapporté en avril que 687 civils avaient été tués par une soixantaine de frappes de drones menées depuis janvier 2008 ». Il explique ensuite que « pendant les deux dernières années, le gouvernement pakistanais – autant celui du dictateur militaire Pervez Moucharraf que son successeur, le président Asif Ali Zardari du Parti du Peuple du Pakistan – a conçu un modus operandi avec Washington qui consiste pour le Pakistan à protester publiquement les attaques de drones et à demander qu’elles arrêtent, tout en leur donnant le feu vert dans les coulisses. (…) Le New York Times a rapporté qu’il y avait eu « plus de soixante opérations conjointes de l’ISI et de la CIA dans les régions tribales administrées fédérales (FATA) et au Balouchistan l’an passé » [16]. 

Et qu’en est-il de la question nucléaire ? 

Selon une source citée par Mecanopolis, dans un article intitulé « La menace terroriste contre les armes nucléaires du Pakistan » qui a été publié en juillet 2009 dans un numéro du CTC Sentinel, publié par un institut de recherche basé au Département des sciences sociales de l’US Military Academy, West Point, Shaun Gregory, directeur de l’Unité de recherche sur la sécurité du Pakistan à l’Université de Bradford au Royaume-Uni, a écrit : « Les militants ont récemment attaqué un certain nombre d’installations nucléaires du Pakistan, dont un le 20 août 2008 dans le cantonnement de Wah, largement estimé comme l’une des principaux sites d’assemblage des armes nucléaires du Pakistan. La préoccupation, toutefois, est que la plupart des sites nucléaires du Pakistan sont proches ou même dans les zones dominées par les Taliban pakistanais et Al-Qaïda ». Le directeur Shaun Gregory a déclaré : « Une série d’attaques sur les installations des armes nucléaires a également eu lieu. Celles-ci ont inclus une attaque sur le site de stockage de missiles nucléaires à Sargodha le 1 novembre 2007, une attaque sur la base aérienne nucléaire, à Kamra par un kamikaze aspirant au martyre le 10 décembre 2007, et peut-être la plus importante le 20 août 2008 » [17]. 

 
 
 
 
 

carte des installations nucléaires pakistanaises

Les Taliban gardent mais ne meurent pas 

 

L’opération Rah-e-Rast (en ourdou « chemin de la droiture ») ou Seconde bataille de Swat qui a eu lieu entre le 5 mai et le 15 juillet 2009. Le 30 mai, l’armée pakistanaise annonçait être parvenue à reprendre le contrôle de Mingora, la plus grande ville de la vallée de Swat comptant près de 270.000 habitants. L’événement avait fait les gros titres de la presse mondiale. Le 11 juin, l’armée pakistanaise étend son offensive au district de Bannu, frontalier du Waziristan. FATA et NWFP ne forment bientôt plus qu’une seule très vaste zone de guerre. Au lendemain du 11 juin, l’armée pakistanaise annonce le lancement de l’offensive contre Baitullah Mehsud. Courant juin, le gouvernement de Zardari annonce que le fief du TNSM a été bombardé et détruit. La violence de ces derniers combats a déjà provoqué l’exode de plus de deux millions de personnes, le plus grand déplacement depuis la Partition des Indes en 1947, ainsi que la fuite de la quasi-totalité des journalistes régionaux qui travaillent pour Shamal, Salam, Chand, Awaz-e-Swat, Azadi et Khabarkar dans la ville de Mingora. Selon le dernier rapport de Reporters sans frontières paru ce mois-ci, le président du Club de la presse de Swat, Salahuddin Khan, déclarait en mai 2009 à RSF que la vallée vivait « sans aucun média ». Aujourd’hui, il affirme : « Tout le monde constate ce changement. » « Nous nous sentons bien maintenant et nous espérons que la situation continuera à s’améliorer », affirmait Shireen Zada, l’un des derniers journalistes à avoir fui la vallée en mai dernier. La compagnie Ali Cable, installée à Mingora, a rouvert le 20 août 2009, après avoir été contrainte de fermer en novembre 2008, sous la pression des Taliban. « Je suis heureux de pouvoir de nouveau offrir mes services après de si longs mois de fermeture (…) Depuis août, j’ai vendu plus de 4.000 connexions et nous en avons réparé beaucoup d’autres endommagées par les Taliban », explique Umer Ali Baacha, propriétaire d’Ali Cable, à RSF [18]. 

camp de réfugiés pakistanais Yar Hussain de Swabi

le camp de réfugiés pakistanais Shah Mansour

De concert avec l’opération Rah-e-Rast se déroulant dans les zones tribales du NWFP, l’offensive aérienne de l’opération Rah-e-Nijat (en ourdou « chemin de la délivrance ») est lancée le 19 juin 2009 dans le Sud-Waziristan pour combattre les 10.000 à 12.000 combattants du TTP et du Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO). Cette nouvelle offensive provoque l’exil de plus de 100.000 habitants de la région. Publié le lundi 22 juin 2009 dans le Washington Post, le président Asif Ali Zardari déclarait qu’avec 1.200 soldats morts, le Pakistan avait payé un plus lourd tribut dans la guerre contre les Taliban que l’ensemble réuni des États de l’OTAN engagés en Afghanistan [19]. 

Vendetta contre les Mehsud 

l'émir Baitullah Mehsud

Le TTP a été dirigé, jusqu’au 5 août 2009, par l’émir Baitullah de la tribu Mehsud, l’une des quatre plus influentes familles du Waziristan. Chef de guerre pakistanais et l’un des plus puissants chefs Taliban qu’a connu le Pakistan avec les seigneur Nek Mohammed et commandant Abdoullah Mehsud, Baitullah imposa la Charia dans de nombreux villages de la vallée de Swat. Il était soupçonné par la CIA et le gouvernement pakistanais d’être l’auteur de l’assassinat de Benazir Bhutto commis le 27 décembre 2007 à Rawalpindi mais Baitullah démentit ces accusations. A l’instar de Nek Mohammed, Baitullah Mehsud a été assassiné lors d’une attaque de drone américain contre la maison d’Ikramuddin, son beau-père sorti miraculeusement indemne de l’attaque. Interrogé par les Taliban dans leur bastion de Sararogha avec plusieurs de ses proches dont le fils et le frère de ce dernier, du nom de Saadullah Mehsud, ainsi qu’un neveu, Ikramuddin Mehsud a été exécuté par les chefs du TTP le soupçonnant d’avoir livré des informations aux services de renseignements pakistanais ayant permis l’assassinat de l’émir Baitullah par un missile lancé par un drone Predator de la CIA [20]. 

Le 28 septembre 2009, Kalimullah Mehsud, l’un des frères de Hakimullah, a été tué au nord-ouest du Waziristan lors d’un accrochage avec les forces de sécurité pakistanaises. Le samedi 10 octobre 2009, neuf hommes armés et vêtus d’uniformes militaires s’étaient présentés, à bord d’un minibus, à l’entrée principale du Grand quartier général (GQG) de l’armée pakistanaise à Rawalpindi, qui abrite l’état-major au complet, au cœur même du dispositif le plus sécurisé du Pakistan avec Islamabad, déjà transformés en camps retranchés avec des check-points de la police et de l’armée. N’ayant pas réussi à déjouer la vigilance des gardes, les assaillants ont ouvert le feu et lancé des grenades. Dans les premiers combats qui ont suivi, un général de brigade, un colonel et quatre militaires ont perdu la vie. L’attaque du GQG s’est poursuive par une prise d’otages de 42 personnes, militaires et civiles employées par l’armée, retenues dans un bâtiment jouxtant le GQG de la plus puissante institution pakistanaise. 4 assaillants sont morts tout au long de la journée du samedi. Quelques secondes avant que les premiers muezzins n’appellent à la prière du matin, le 11 octobre 2009, des commandos pakistanais prennent d’assaut le complexe militaire, libérant les otages et mettant en fuite les agresseurs. L’attaque a causé la mort de 22 personnes, dont 11 militaires pakistanais, 8 assaillants et 3 otages. Le dernier assaillant, blessé, a été capturé quatre heures après le début de l’assaut. Considérée par tous comme une évidente riposte aux opérations militaires, l’audacieuse attaque du GQG, qui a tenu en haleine le monde entier pendant plus de 24 heures, a été attribuée au TTP d’Hakimullah Mehsud ayant promis de venger la mort de son prédécesseur, Baitullah. « Nous avons la capacité de frapper où nous voulons au Pakistan, nous pouvons viser les lieux les plus importants », déclarait à l’AFP, en revendiquant l’attaque du GQG, Azam Tariq, le porte-parole du Mouvement des Taliban du Pakistan. 

l'opération Rah-e-Nijat

Cette attaque contre le QG de l’armée pakistanais a lancé l’offensive terrestre de l’opération Rah-e-Nijat (en ourdou « chemin de la délivrance »), le 17 octobre 2009, en mobilisant 28.000 soldats pakistanais et 500 commandos d’élite. Bien que l’armée pakistanaise a assuré, le 19 octobre 2009, avoir pris le contrôle de la localité de Sararogha au nord-est de Wana, un important fief des Taliban, des combats ont continué de s’y dérouler dans les environs. Ainsi, le même jour, une embuscade tendue par les Taliban a fait 7 tués parmi les militaires selon les autorités pakistanaises, les Taliban revendiquaient 36 victimes. De même que dans la ville stratégique de Kotkai, les maisons d’Hakimullah Mehsud, le nouveau chef du TTP depuis le décés de Baitullah, ainsi que celle de son lieutenant Qari Hussain Mehsud ont été détruites. Entre deux absurdes communiqués de presse relayés à travers tout le globe annonçant la mort de 60 terroristes d’Al-Qaïda au cours des dernières 24 heures, le président américain Barack H. Obama a qualifié le Sud-Waziristan d’« endroit le plus dangereux du monde pour les Américains ». 

Le dimanche 1er novembre 2009, un haut responsable de l’armée pakistanaise a affirmé avoir fait fuir entre 600 et 800 combattants étrangers de la ville de Kanigurram du Sud-Waziristan. Toujours lors de cette visite organisée pour la presse dans cette zone de conflit habituellement inaccessible, le général de brigade Mohammad Ihsan déclarait que des combattants « principalement des Ouzbeks, mais certains sont Tchétchènes ou Arabes », ont été mis en déroute par de lourds bombardements des chasseurs, des hélicoptères et de l’artillerie de l’armée. Depuis le déclenchement de l’offensive aérienne de l’opération Rah-e-Nijat en juin, plus de 120.000 personnes ont fui le Sud-Waziristan, selon l’armée pakistanaise et le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) [21]. « Environ 100 000 personnes ont été déplacées, elles s’installent dans les districts voisins de Tank et Dera Ismail Khan », déclarait le colonel Waseem Shahid. Près de 300.000 autres ont fui le Nord-Waziristan, selon Médecins sans frontières. 

le commandant Hakimullah Mehsud

Après six mois passé à la tête du TTP, une armée estimée entre 10.000 et 20.000 combattants ainsi qu’environ 1.500 combattants étrangers présumés liés au MIO, le cousin de Baitullah, Hakimullah Mehsud (né Jamshed Mehsud) alias Zulfiqar longtemps considéré comme l’un des plus dangereux Taliban pakistanais, est décédé suite à ses graves blessures au cou infligées lors d’une énième frappe de drone dans le Sud-Waziristan, le 14 janvier 2010, contre un camp d’entraînement taliban près du village de Sakhtoi. Hakimullah était suspecté d’être le responsable de nombreuses attaques contre les forces de l’OTAN dans les districts de Khyber et de Peshawar à partir de 2008. Des attaques ayant conduit à la destruction de près de 600 véhicules militaires qui ont poussé les généraux de l’OTAN à chercher d’autres voies de réapprovisionnement, notamment par le biais de la Russie. Par ailleurs, Hakimullah était également soupçonné d’être à l’origine de la très violente vague d’attentats-suicides qui a secoué le Pakistan depuis mi-septembre 2009 [22] dont l’audacieuse attaque du GQG de l’armée pakistanaise de Rawalpindi le 10 octobre 2009. Azam Tariq, porte-parole du TTP, a déclaré que son groupe n’avait en aucun cas été impliqué ni dans l’attentat du marché de Peshawar du 28 octobre 2009 qui avait fait plus de 130 morts, ni dans l’attaque de la mosquée de Charssada, une ville située à la frontière de la province pakistanaise du Nord-ouest perpétrée en pleine cérémonie de l’Aïd al-Adha le 21 décembre 2007. Il a demandé « que le monde arabe, en particulier le Pakistan, sache que les Moudjahidins ne posent pas de bombes destinées à tuer des civils. C’est plutôt l’œuvre des sinistres organisations secrètes à la solde de l’État et de Blackwater ». Le porte-parole du Tehreek e-Taliban a justifié certaines explosions « légitimes sur le plan religieux. Les cibles de notre groupe ont toujours été clairement définies : il s’agit des organisations étatiques qui, sur ordre des Américains, s’en prennent à nous et ont sur les mains le sang de nos martyrs. » Dans un entretien accordé à Katrina Husain pour Nouvelles Express, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a bel et bien admis que Blackwater/Xe Services opèrait au Pakistan et en Afghanistan [23]. Une affirmation longtemps démentie par des officiels d’Islamabad et de Washington [24]. Selon les sources du journal Dawn, aujourd’hui c’est Maulvi Noor Jamal qui aurait repris la tête du TTP [25]. 

Les meurtrières attaques de drones 

Les médias pakistanais rapportaient en décembre 2009 qu’un bombardier américain B-52 avait survolé le village Saidgi, situé à environ six kilomètres de la principale ville du Nord-Waziristan, Miranshah, terrorisant la population locale. Deux missiles lancées par un drone MQ-1 Predator auraient frappé des installations dans ce petit village du Nord-Waziristan, correspondant à la troisième attaque depuis le 17 décembre 2009 et un nouvel échelon dans l’intensification des opérations américaines au Pakistan. Ainsi, selon certaines sources, le nombre d’attaque au moyen de missiles air-sol AGM-114 Hellfire lancées par les drones MQ-1 Predator (transportant 2 missiles Hellfire), MQ-9 Reaper (8 missiles Hellfire ou 2 missiles air-air AIM-92 Stinger et 2 bombes à guidage laser GBU-12 Paveway II) ou MQ-1C Sky Warrior (transportant 4 missiles Hellfire et 2 bombes guidées GBU-44/B Viper Strike) depuis août 2008 est évalué à plus de 70, faisant plus de 600 victimes, principalement civiles. Rien que Baitullah Mehsud aurait été la cible d’une quinzaine de missiles durant l’année 2009, tuant entre 200 et 300 civils, selon le think tank New American Foundation. D’après une brillante analyse des frappes aériennes commises par drones Predator au Pakistan jusque septembre 2009 qui est parue, le 1er octobre 2009, sur le site The Long War Journal [26], il y a eu, de juin 2004 à juillet 2008, 87 frappes aériennes au Pakistan sans compter la première attaque officielle enregistrée le 18 juin 2004 qui assassina Nek Mohammed. 78 de ces frappes ont eu lieu à partir de janvier 2008. 36 attaques pour toute l’année 2008 dont 28 frappes entre août et décembre 2008 et 42 du 1er janvier 2009 au 29 septembre 2009. Sur les 88 frappes aériennes au total, 78 ont eu lieu au Nord-Waziristan (36 attaques) et Sud-Waziristan (42 attaques). Toujours d’après les données de cette analyse, en 2008, ces attaques ont fait 317 victimes, ciblées et civiles. Au 29 septembre 2009, elles étaient de 447. Des chiffres qui se rapprochent de ceux cités par les affirmations de Bill Van Auken.

Inde et Pakistan ou l’histoire de deux frères ennemis

Avant de définitivement quitter le nord du Pakistan pour aborder le Balouchistan, il convient de faire le point sur la situation du Cachemire qui monopolisent une grande part des relations indo-pakistanaises. C’est dans le contexte géopolitique extrémement tendu et passablement stabilisé au Cachemire que certains des mouvements pakistanais ont longtemps bénéficié du soutien d’Islamabad et même de l’appui de ses puissants services secrets, l’ISI. Le gouvernement pakistanais étant lui-même opposé à la présence indienne dans la région disputée du Cachemire, à l’origine de deux des trois guerres (1947-1948, 1965, 1971) entre les deux pays voisins possédant chacun l’arme nucléaire. Un autre vieux conflit eurasien généré lors de la Partition des Indes, le partage de la gigantesque colonie de l’Inde britannique, au moment de l’indépendance, les 14 et 15 août 1947, après des mois de violences aussi impitoyables que sanguinaires faisant plus d’un million de morts [27]. La Partition des Indes a donné lieu à deux nations indépendantes : l’Inde et les deux entités du Pakistan, le Pakistan occidental (l’actuel Pakistan) et le Pakistan oriental (l’actuel Bangladesh) distants de plus de 1.500 kilomètres de part et d’autre l’Inde. La frontière a été tracée par l’avocat Cyril Radcliffe et négocié par le dernier vice-roi de l’Inde britannique, l’illustre Louis Mountbatten, suivant les considérations religieuses – hindou, musulman et sikh – exigées par le fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah, le leader indien du parti politique de la Ligue musulmane. 

le Cachemire

Source de la carte : Cachemire : quelques repères (Philippe Rekacewicz)

La libération du Bangladesh 

En 1970 et 1971, pendant la Guerre Froide, l’Inde est une nation alliée de l’URSS et les relations avec les Etats-Unis sont au plus bas. De son côté, le Pakistan servait d’intermédiaire aux Américains pour se rapprocher de la Chine. Le gouvernement central du Pakistan était essentiellement composé de Penjabis, les Bengalis du Pakistan oriental n’étaient pratiquement pas représentés. Le redoutable cyclone de Bhola qui a dévasté le Pakistan oriental et la province indienne du Bengale occidental, les 12 et 13 novembre 1970, a fait officiellement entre 224.000 et 300.000 morts, officieusement plus de 500.000. Bhola est considéré comme le cyclone le plus meurtrier de tous les temps dans l’histoire des catastrophes naturelles avec le séisme de Tangshan en 1976 et le tsunami de l’Océan Indien en décembre 2004. Les secours du gouvernement central ont tardé à intervenir, le Pakistan occidental refusa l’aide de l’Inde, et par conséquent cela à peser lourd lors des élections législatives du 

Yahya Khan

21 mars 1971. La Ligue Awami ayant obtenu la majorité au Parlement (160 sièges sur 162) s’est vue interdite d’entrer en fonction par le président et ancien général en chef de l’armée pakistanaise, Yahya Khan, qui fit arrêter le leader politique bengali, Mujibur Rahman, dans la nuit du 25 mars 1971. Au lendemain, Ziaur Rahman, un officier rebelle de l’armée pakistanaise orientale déclarait l’indépendance du Bangladesh au nom de Mujibur Rahman. Appuyée par les forces armées du Pakistan oriental, l’opération Searchlight est lancée par le Pakistan occidental en guise de répression sévère contre les Bengalis. L’élite dirigeante de la Ligue Awami s’exila à Calcutta et 10 millions de personnes ont fui vers l’Inde. Les combats durèrent 9 mois et ont fait entre 500.000 et 3 000.000 de décès de civils bengalis. En d’autres termes, un nettoyage ethnique ou une Shoah bengalie qui ne dérangeait pas du tout la Maison Blanche qui ferma les yeux sur ce côté sombre du conflit. C’est grossier à dire, et sans doute choquant, mais le dictateur Pol Pot du Cambodge, leader des Khmers Rouges bénis par la CIA, fait figure d’amateur comparé à Yahya Khan. Le plus choquant, d’après moi, réside surtout dans les implications occidentales, tant anglo-saxonne que française, soutenant tous ces monstrueux régimes autoritaires, dans la plupart des cas pour s’accaparer leurs ressources énergétiques, mais c’est un autre sujet de la longue descente aux enfers de tout le continent asiatique. 

Indira Gandhi

En avril 1971, la Première ministre de l’Inde, Indira Gandhi, décide d’aider les séparatistes bengalis à libérer le Pakistan oriental du joug des Penjabis d’Islamabad. New Delhi commence dès lors à accumuler ses forces armées le long de la frontière de la Cachemire et attend l’hiver afin d’éviter le soutien de la Chine au Pakistan occidental. L’aviation pakistanaise répond à la menace cachemirie en attaquant les camps de réfugiés suspects de Bahini de Mukti situés sur le territoire indien à l’ouest du Pakistan oriental. Pendant les mois sanglants de la violente guerre civile entre les deux entités pakistanaises, les Etats-Unis du président Nixon et/ou du sécretaire d’Etat Henry Kissinger soutiennent le Pakistan occidental en craignant que l’Inde finisse par annexer le Cachemire et devienne un poids lourd dans la région passant sous contrôle soviétique. Le 3 décembre 1971, des avions pakistanais bombardent plusieurs bases militaires indiennes dans le nord de l’Inde, et le 4 décembre à minuit, New Delhi entre officiellement en guerre contre le Pakistan occidental. C’est le début de la Troisième Guerre indo-pakistanaise ou guerre de libération du Bangladesh. L’Inde lance une invasion massive du Pakistan oriental mettant en déroute les forces armées pakistanaises. Islamabad est sous pression, le Pakistan occidental, déjà menacé au nord par les forces armées indiennes amassées le long du Cachemire, voit son port de Karachi placé sous le blocus de l’Indian Navy. L’armée de terre indienne sous le commandement du lieutenant général Jagjit Singh Aurora remporte une victoire décisive le 16 décembre en capturant 90.000 soldats pakistanais. Pour refroidir les ardeurs de l’Inde, Washington envoie le porte-avions américain USS Enterprise tremper dans les eaux du Golfe du Bengale dans le but d’intimider l’Inde et littéralement l’obliger à conclure un cessez-le-feu. 

Au bout de 13 jours de combats intenses, la perte entre 10.000 et 30.000 soldats dans les deux camps et plus de 93.000 prisonniers de guerre, l’armée pakistanaise finit par capituler. Islamabad a perdu le Pakistan oriental. Le président pakistanais Yahya Khan démissionne le 20 décembre 1971. Zulficar Ali Bhutto, père de Benazir Bhutto, lui succède et fait libérer Mujibur Rahman, le 22 décembre 1971, devenant le premier Premier ministre de la République populaire du Bangladesh. Le 2 juillet 1972, l’Inde et le Pakistan s’assoient à la table et signent le Pacte de Simla, consentant à respecter la Ligne de Contrôle imposée en 1949 par l’ONU entre le Jammu-et-Cachemire indien et l’Azad Kashmir pakistanais, jusqu’à ce que la question soit définitivement résolue. 

Le conflit de Kargil 

Le conflit de Kargil s’est déroulée du 9 mai au 26 juillet 1999. Il s’est disputé sur des hauteurs himalayennes à plus de 5.000 mètres d’altitude et souvent à des températures inférieures à 0° d’où son surnom de « guerre des glaciers ». Appuyés par les hélicoptères de l’aviation pakistanaise et équipés par les services secrets du Pakistan en mitrailleuses moyennes, des mortiers lourds, des missiles Stinger pour se protéger de l’aviation indienne et des petites armes sophistiqués afin de se battre avec les mobiles de neige, des centaines d’éléments issus des 40 camps concentrés à Gultari, Faranshat, Shaqma, Olthingthang, Marol et Kharmang, dans l’Azad Kashmir, se sont infiltrés dans le secteur de Batalik de l’autre côté de la Ligne de Contrôle. Leur objectif était de prendre le contrôle de la route stratégique reliant les villes indiennes de Srinagar, la plus grande ville du Jammu-et-Cachemire située à l’ouest, à Leh du district de Ladakh, situé plus à l’est et surnommé le Petit Tibet, une autre région disputée entre l’Inde et la Chine qui revendique aussi une partie du Cachemire. Kargil se situe entre les deux villes, légèrement au nord de la route Srinagar-Leh. Des patrouilles de l’armée indienne du Jammu-et-Cachemire ont découvert les éléments infiltrés, le 8 mai 1999, et la tension entre les deux pays a très vite grimpé. Le 31 mai, le Premier ministre de l’Inde, Atal Behari Vajpayee, disait qu’il y avait une « situation de guerre » à Kargil. Le 6 juin, les forces armées indiennes lancaient l’opération Vijay, une offensive massive dans les secteurs de Kargil et Drass. Elle était accompagnée de frappes aériennes. L’objectif de la stratégie de reconquête était de garder la route cruciale Srinagar-Leh libre de toute menace pakistanaise. Trois jours plus tard, l’armée indienne prennait le sommet de Tololing en parvennant à chasser les combattants pakistanais vers Batalik. La Chine demeurant neutre, le 4 juillet, le président américain Bill Clinton réclamait aux combattants pakistanais de se retirer du Jammu-et-Cachemire. Le 10 juillet, Kargil est libéré par l’armée indienne. Le lendemain, Vajpanee visitait la ville et ordonna le retrait de tous les éléments infiltrés pour le 16 juillet. Le 12 juillet, le Premier ministre du Pakistan, Nawaz Sharif, annonçait le retrait à la télévision et proposait des entretiens avec Vajpayee. Malgré quelques combats de basse intensité, les combattants pakistanais commencèrent à se replier vers l’Azad Kashmir. Le 14 juillet, Vajpanee déclarait l’opération Vijay comme un succès. Le 26 juillet marque à présent la date d’anniversaire de la victoire indienne, « Kargil Vijay Diwas » ou « Fête de la victoire de Kargil ». Nul besoin d’être un véritable expert en géopolitique pour comprendre que l’attaque pakistanaise était tout sauf une nouvelle tentative d’Islamabad pour s’emparer du Jammu-et-Cachemire. 

La soif de pouvoir du « Muhadjir » 

le Premier ministre déchu Nawaz Sharif

La défaite du conflit de Kargil qui s’est accompagné du désaveu de ses principaux alliés, américain et chinois, ainsi que les accusations de corruption qui pesèrent sur Nawaz Sharif déclenchèrent un coup d’État militaire, le 12 octobre 1999. L’armée renversa le gouvernement civil du Nawaz Sharif, sans effusion de sang, et plaça le général limogé par Nawaz, Pervez Musharraf, à son poste jusqu’au 23 novembre 2002. Dès la veille du coup d’État, le conflit de Kargil avait pris une tournure de complot orchestré par l’ISI contre son propre gouvernement. Entre temps, le 20 juin 2001, Pervez Musharraf a été élu à la tête de l’État faisant donc de lui, simultanément le chef d’état-major des armées, le Premier ministre et le Président de la République islamique du Pakistan. Ce qu’il convient d’appeler un dictateur. Après le référendum de novembre 2002 où il parvint à obtenir 97,5% des suffrages, ce qui lui permit de prolonger son mandat présidentiel de cinq ans, Pervez Musharraf abandonna la fonction de Premier ministre. Pour éviter de comparaître devant les juges et répondre des accusations de corruption, Nawaz Sharif s’exila du Pakistan et s’envola pour l’Arabie Saoudite. Devenu l’un des plus importants alliés de Washington dans sa guerre contre le terrorisme, Pervez Musharraf fit interdire cinq organisations religieuses, surveiller les mosquées et les madrassas, mit 2.000 islamistes en prison dont Sufi Mohammed et livra 450 membres présumés d’Al-Qaïda aux Américains qui soupçonnaient la pieuvre ISI de soutenir le réseau des Taliban afghans et pakistanais dans leurs opérations visant la coalition ISAF en Afghanistan. Le choix de cette coopération lui valu une progressive perte de confiance de la population pakistanaise. Pour le Talibanistan, le natif de Delhi fut considéré comme un ennemi de l’Islam. En décembre 2003, il échappa à deux attentats perpétrés par des hommes soupçonnés d’appartenir à Al-Qaïda. En dépit de quelques avancées démocratiques, notamment pour les femmes, en mars 2007, le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry, président de la Cour suprême, que Musharraf accusa d’abus de pouvoir, fut suspendu de ses fonctions, ce qui provoqua de nombreuses manifestations dans les villes pakistanaises à majorité anti-Musharraf. Le juge Chaudhry fut rétabli à son poste quelques mois plus tard mais de violentes émeutes éclatèrent à partir de mai 2007 entre sunnites et chiites et entre partisans et adversaires du dictateur. Réélu le 6 octobre 2007 à la présidence du Pakistan avec 252 voix sur 257 malgré sa grande impopularité, Pervez Musharraf abandonna son poste de chef d’état-major des armées. C’est le général Ashfaq Kiyani, 55 ans, qui lui succéda avec, bien sûr, la bénédiction de celui-ci, dont il est, depuis plusieurs années, l’homme de confiance. 

le dictateur Pervez Musharraf

Il autorisa Nawaz Sharif à rentrer au pays et signa également un décret d’amnistie qui marqua l’abandon des poursuites pour corruption à l’encontre de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto après huit années d’exil. Après les éléctions législatives, au début de l’année 2008, qui marquèrent le triomphe du parti de Bhutto assassinée, le PPP (fondé par Zulficar Ali Bhutto), et de la Ligue musulmane (PML-N) de Nawaz Sharif, Yousouf Raza Gilani, candidat du PPP qui était soutenu par le veuf Asif Ali Zardari, fut élu Premier ministre et s’engagea aussitôt dans une épreuve de force avec Pervez Musharraf. La nouvelle coalition qui s’est emparée du pouvoir fit accuser le dictateur de violations graves de la Constitution. La coalition lança une motion de destitution à son encontre, en août 2008, en lui reprochant notamment d’avoir volontairement évincé des magistrats qui s’apprêtaient à statuer sur sa réélection contestée en octobre 2007 et d’avoir instauré des mesures impopulaires durant l’état d’urgence en novembre 2007 sans oublier l’animosité personnelle que lui vouait Nawaz Sharif. « Nous avons de bonnes nouvelles pour la démocratie », lançait Asif Ali Zardari au cours d’une conférence de presse. Le 18 du même mois, Pervez Musharraf, âgé de 65 ans, se décida finalement à démissionner, pour éviter d’être destitué, après avoir dirigé le Pakistan pendant neuf longues années. « Après avoir considéré la situation et consulté divers conseillers en droit et alliés politiques, sur leurs conseils, j’ai décidé de démissionner », déclarait-t-il lors de son dernier discours télévisé à la nation en remettant son avenir de Muhadjir (immigré) entre les mains du peuple. Ayant quitté la scène politique, le 23 novembre 2008, muni d’un visa ordinaire et accompagné de son épouse, Pervez Musharraf à la retraite arriva à Londres à bord d’un vol régulier en provenance d’Islamabad et fut accueilli, sans strass et paillettes, par un simple chargé d’affaires de l’ambassade. Après une visite au domicile d’un vieil ami, l’ex-général Niaz Ahmed, Pervez Musharraf prononça une conférence à l’université de Cambridge avant de s’envoler pour une tournée en Europe et aux États-Unis. D’après des officiels de l’actuel président, Asif Ali Zardari, l’ex-protégé de Bush junior aurait acquis une demeure dans le comté de Buckinghamshire, au nord de Londres, et aurait l’intention de s’installer définitivement au Royaume-Uni. 

Comme chien et chat 

Dans une dernière rixe diplomatique, survenue en octobre 2003, Faisal Saleh Hayat, le ministre pakistanais de l’Intérieur, a accusé l’Inde d’avoir ouvert six camps d’entraînement terroristes en Afghanistan qui se situeraient à proximité des consulats indiens de Djalâlâbâd et d’Hérat. « RAW (les services secrets indiens) fournit les fonds et procure les faux papiers pakistanais et la fausse monnaie aux recrues qui sont ensuite envoyées au Pakistan après avoir été entraînées à mener des attaques », a-t-il précisé. Des camps d’entrainement pour mener des tentatives de déstabilisation sur son sol, ou pour porter atteinte aux intérêts pakistanais en Afghanistan. Ainsi, les autorités pakistanaises ont déclaré que la « main de l’Inde » a téléguidé l’attentat contre la mosquée chiite de Quetta, dans la province du Balouchistan, le 4 juillet 2003 faisant 53 morts, ou le saccage de l’ambassade du Pakistan à Kaboul dans les jours qui suivèrent. Le 15 octobre 2003, un séminaire était organisé par le parti pakistanais pro-pachtoune Pakhtun Quami et réunissait de nombreuses personnalités pachtounes, tant pakistanaises qu’afghanes pour débattre de « L’influence néfaste de la ligne Durand sur le peuple pachtoune » accentuant les prémices de déstabilisation du Pakistan. 

Les attentats de Bombay 

les lieux des attentats de Bombay

Du mercredi 26 au samedi 29 novembre 2008, à Bombay, l’Inde a vécu son « 11 septembre », l’épisode terroriste le plus terrible de son histoire dont le bilan s’est élevé à 174 morts parmi lesquels neuf des dix assaillants, une trentaine d’Occidentaux et plus de 300 blessés. Véritable opération techno-commando, tant dans la préparation ingénieuse que l’exécution implacable qui a paralysé toute la stratégie usuelle du contre-terrorisme de plusieurs milliers de policiers et militaires indiens, les 10 kamikazes pakistanais, d’une moyenne d’âge de 20 ans, ont notamment utilisé selon Charles Bwele pour Alliance Géostratégique : 

  • des mobiles GPS pour l’orientation et des téléphones satellittaires pour la coordination opérationnelle lors du trajet maritime entre le Pakistan et l’Inde,
  • des PDA Blackberry et la VoiP (voix par Internet) pour la communication tactique,
  • Google Earth pour la géolocalisation tridimensionnelle des sites ciblés : les docks de Mazagaon, les hôtels de luxe Oberoi-Trident et Taj Mahal, le terminus ferroviaire Chhatrapati Shivaji, la station de métro Vile Pale, le restaurant touristique Léopold Café, l’hôpital Cama, le siège juif du Mouvement Loubavitch Nariman House et le siège de la police de Bombay
  • des plate-formes Web 2.0 pour l’analyse en temps réel de la couverture (e-)médiatique des attentats et le suivi permanent de la réaction policière et militaire.

Alors que l’Inde et le Pakistan s’orientaient vers un processus de paix pour le Cachemire depuis 2003, est-ce que les attentats de Bombay étaient réellement de l’oeuvre des séparatistes du Lashkar-e-Toiba, que tout semble accuser y compris les aveux du kamikaze capturé Azam Kasav Amir, ou du groupuscule inconnu baptisé Moudjahidins du Deccan, défendant la cause des musulmans indiens opprimés, qui a revendiqué les attaques ? Quoiqu’il en soit, dans le cadre de la guerre globale contre le terrorisme, les attentats de Bombay n’ont fait que fortifier la volonté hégémonique américaine de frapper fort les mouvements islamistes du nord du Pakistan, au grand dam de la Chine. Du moins, c’était encore le cas jusqu’à ce mois de janvier 2010 comme nous le verrons plus loin. Toutefois, le partenariat nucléaire entre Washington et New Delhi a oté au Pakistan toute illusion d’une véritable amitié américaine malgré l’alliance qui lui a été imposée. Ce partenariat a poussé le Pakistan à nouer plus fort encore ses vieux liens avec l’autre ennemi de l’Inde, et le principal des États-Unis, la Chine. 

Le Balouchistan dans la ligne de mire des enjeux internationaux

Qu’est-ce que la ligne Goldsmith ? 

On nomme la ligne Goldsmith la frontière internationale entre l’ancien grand royaume de Kalat (1695 à 1955) et la Perse qui a été établie en 1871 par la Compagnie des Indes britanniques. En accord avec les autorités perses, la ligne Goldsmith divisa l’aire de population baloutche en abandonnant plus d’un quart du Balouchistan à la Perse qui avait déjà conquis une large partie du territoire occidental du royaume de Kalat. Les informations demeurent très floues quand à l’origine exacte de ce Goldsmith ou Goldsmid selon Selig S. Harrison, directeur du Center for International Policy à Washington. Était-ce cet officier juif et intendant particulier du roi Edouard VII qui s’éleva au rang du commandant en chef de l’armée de la Grande-Bretagne en Afrique ? En accord avec les autorités afghanes, suite au tracé de la ligne Durand, le vieux royaume de Kalat, devenue la province autonome du Balouchistan britannique, est à nouveau morcelé en quatre états : Makran (sud), Kharan (centre), Las Bela (nord), et Kalat (ouest) qui n’était plus qu’un vestige. 

un Baloutche qui s'en va en guerre

Malgré le souhait d’un Balouchistan réunifié et indépendant proclamé par le roi Ahmad Yar Khan du Kalat, en 1948, l’armée pakistanaise intervient dans l’état du Kalat et un accord met tout de suite fin à son indépendance. Le frère du roi Ahmad Yar Khan, le prince Abdoul Karim refusa cet accord et entama une guérilla contre le pouvoir central. C’est la première guerre baloutche entre le natif Pakistan occidental et le mouvement nationaliste baloutche. Toujours sur des fonds ethniques, religieux et stratégiques, les Baloutches revendiquant plus d’autonomie ainsi qu’une plus juste répartition des richesses de leur territoire, la deuxième guerre baloutche a eu lieu en 1955, le troisième de 1958 à 1969 et la quatrième de 1973 à 1977 qui fut sans doute la plus violente, faisant 8.600 morts dont 5.300 Baloutches. L’invasion soviétique d’Afghanistan de 1979 qui entraîna un lot massif de centaines de milliers de réfugiés afghans dans le Balouchistan, fit passer les revendications baloutches au second plan. Le cinquième conflit baloutche a éclaté en 2004. 

le Balouchistan

Située au sud-ouest du pays, près de la frontière de l’Afghanistan, Quetta est la capitale de cette plus vaste province pakistanaise, 347.190 km² (42 %) – une superficie quasi équivalente à celle de l’Allemagne – des 800.000 km² du Pakistan, mais aussi la moins peuplée avec seulement 7,5 millions d’habitants dont 6,67 millions de Baloutches. De l’autre côté de la ligne Goldsmith, le Sistan-Balouchistan est la seconde plus grande province iranienne, avec une superficie de 181.600 km² (11 %) sur les 1 648.195 km² que compte l’Iran, une population d’environ 2,3 millions d’habitants dont 1,15 millions de Baloutches et son chef-lieu se nomme Zahedan. La province du Baloutchistan a le revenu moyen par habitant le plus bas du Pakistan, alors qu’elle est la plus riche, concentrant 20 % des ressources minières de cuivre, de fer, de zinc, d’uranium, de charbon et de gaz principalement, pour ces deux dernières ressources, dans la région de Sui. Le seul gisement de Sui représente 45 % de la production annuelle de gaz naturel du Pakistan. Pour donner un exemple concret de ces inégalités, Islamabad achète l’unité de gaz pour 170 roupies à la province du Sindh, pour 190 roupies à la province du Pendjab, et seulement pour 27 roupies à la province du Baloutchistan. Par ailleurs, seuls 4 des 26 districts du Balouchistan sont approvisionnés en gaz. En 2005, le gouvernement de Pervez Musharraf fait l’acquisition de terrains destinés à la construction de nouvelles garnisons militaires ou à l’extension de casernes dans les districts de Gwadar, Dera Bugti, Quetta, Khuzdar et de Kohlu, le bastion de la tribu des Marri la plus nationaliste, avec les Bugti et les Mengal. 

Sunnites hanéfites comme le peuple pachtoune, les tribus baloutches sont des éleveurs nomades de langue iranienne. Ils auraient migré vers l’an 1000, depuis les bords de la Mer Caspienne, pour s’installer entre le désert du sud-est de la Perse et la Mer d’Oman. Les Baloutches iraniens, au sentiment anti-perse et anti-chiite semblable à celui qui existe à l’ouest dans la province iranienne du Khuzestan, ont également des relations très tendues avec le régime chiite de Téhéran se résumant, dans les grandes lignes, à l’oppression discriminatoire des sunnites de la part des institutions gouvernementales et, comme les Baloutches pakistanais avec Islamabad, les retombées de l’exploitation des mines d’or et de cuivre du Sistan-et-Balouchistan. 

Toutes les routes mènent à Gwadar 

Gwadar

Surnommé le « Gibraltar » sino-pakistanais par l’Inde, Gwadar est une petite ville d’à peine 54.000 habitants, située en bordure de la Mer d’Arabie de l’Océan Indien, à 100 kilomètres de la frontière iranienne. Ancienne enclave du Sultanat d’Oman jusqu’en 1959, Gwadar se trouve à l’est du Golfe Persique et son fameux Détroit d’Ormuz, long de 63 kilomètres et large de 40 kilomètres, où transite le pétrole d’Arabie Saoudite, du Koweït, du Qatar, des Émirats Arabes Unis, du Bahreïn et d’Irak. 17 millions de barils chaque jour, soit 2.400 pétroliers par an, passent par le Détroit d’Ormuz, d’une importance stratégique décisive dans le trafic international, selon les données du Département de l’Énergie américain. Une raison importante parmi d’autres, c’est pour anticiper à un éventuel blocage du Détroit d’Ormuz, par l’Iran comme probable mesure de riposte en cas d’agression sur son territoire par des forces étrangères, que la Chine a fait construire le port de Gwadar. 

la « perle » pakistanaise de la Chine

La « Phase One » du complexe portuaire ultramoderne en eau profonde à vocation civile et militaire de Gwadar a été inaugurée le 27 mars 2007, par le président Pervez Musharraf en personne. Gwadar permet à présent au Pakistan d’avoir une seconde base navale et un nouvel accès au commerce international mais aussi de décongestionner Karachi afin d’éviter un nouveau blocus comme en 1971 durant la Troisième Guerre indo-pakistanaise. Un aéroport international, un terminal pétrolier et une raffinerie, une zone spéciale dédiée à l’export et une autre à l’industrie en cours de construction s’ajouteront au port de Gwadar. Conçu pour durer, bâti pour briller comme une « perle » et financé à hauteur de 85 % des 1,2 milliards de dollars par la Chine, le nouveau port de Gwadar sert aussi à la Chine pour relier, via la liaison ferroviaire Dalbandin-Gwadar dans le Balouchistan qui se prolongera jusqu’à Rawalpindi dans le Penjab pakistanais, la longue route de Karakoram, d’environ 1.300 km de long, qui relie Havelian, dans la province NWFP du Pakistan, à Kashgar dans la province autonome ouïghoure du Xinjiang. Empruntant l’un des itinéraires de la Route de la Soie, la route de Karakoram, qui pourrait être doublée d’un oléoduc transpakistanais, est la plus haute route asphaltée du monde en franchissant le col de Khunjerab à 4.693 mètres d’altitude. D’ouest en est, un tronçon supplémentaire relie les villes de Kaboul, par la Passe de Khyber, Lahore, Peshawar et Islamabad, à la grande route transcontinentale qui traverse tout le nord de l’Inde, vers Amritsar, au Penjab indien, à Sonargaon dans le Bengale occidental. Le Pakistan et l’Ouzbékistan prévoient de construire une route et une voie ferrée pour relier l’Ouzbékistan à la route de Karakoram. 

La chimère TAP 

Dans le contexte géostratégique terrestre d’Asie Centrale, en observant la carte avec du recul, toutes les zones instables indo-pakistanaises, du Cachemire à travers la province NWFP, en passant par celle du FATA jusqu’au Balouchistan, paralysent autant l’accès au pétrole iranien à la Chine que le projet iranien du gazoduc IPI (Iran-Pakistan-Inde), censé être opérationnel en 2015 si les travaux débutent bel et bien en 2010. 

les différentes zones de conflits du Cachemire au Balouchistan en passant par le Pachtounistan

Le gazoduc IPI évite donc l’Afghanistan instable mais traverse tout le territoire sud-pakistanais depuis la ville iranienne d’Assuliyeh, près du gisement de South Pars, à la ville indienne de Barmer dans la province du Rajasthan, soit 2.775 kilomètres. Il y a peu, cette situation à hauts risques était encore du pain béni pour l’Amérique du Nord et l’Europe tous impatients d’enfin pouvoir se lancer dans la construction d’un gazoduc transafghan reliant la ville turkmène d’Ashgâbât à Gwadar et/ou au terminal indien de Dabhol selon le vieux tracé d’Enron ou d’Unocal avec le gazoduc TAP (Trans Afghanistan Pipeline) d’Achgâbât à Karachi devenu, en 2008, le gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde). Les gazoducs IPI d’Iran et TAPI de l’Occident nourissent par conséquent une grande rivalité que les médias n’osent pas en parler. 

les tracés des gazoducs IPI (blanc) et TAP (rouge)

un autre tracé du gazoduc TAP (Trans Afghanistan Pipeline)

Le vieux projet de gazoduc transafghan TAP est débattu sur de nombreux forums, même sur Facebook, depuis des années. Rappelons que la société californienne Unocal, intéressée par l’Afghanistan dès 1993, a offert son soutien aux Taliban durant la guerre civile contre l’Alliance du Nord. Ils négocièrent par l’intermédiaire de la société américano-saoudienne Delta Petroleum, dont les liens supposés avec la CIA et les services secrets d’Arabie Saoudite n’ont jusqu’à ce jour jamais été ni prouvés ni démentis. Le projet d’Unocal fut d’abord menacé par la société argentine Bridas, dont l’ancien président Carlos Bulgheroni noua une relation de confiance avec les Bhutto au Pakistan et pu négocier plus habilement que les Américains et directement avec les différentes factions tribales d’Afghanistan. Puis, le projet du gazoduc TAP fut officiellement abandonné en 1998 lorsque Washington prit ses distances avec le nouveau régime de Kaboul à cause peut-être des révélations dans la presse des pratiques auxquelles se livrèrent les Taliban et des réactions qu’elles suscitaient au sein de l’opinion publique. Rappelons aussi que, selon des informations révélées par le journal Le Monde, le président Hamid Karzaï aurait été autrefois un conseiller d’Unocal. Le 11 septembre 2001 réactiva le projet d’Unocal avec cette fois le soutien de la Banque Asiatique de Développement (ABD) qui s’était engagé à en financer une partie. En mai 2002, le redémarrage officiel du projet TAP est annoncé par les trois présidents d’Afghanistan, du Pakistan, et du Turkménistan réunis à Islamabad. Des doutes commencent alors à planer sur la capacité du Turkménistan à honorer ses engagaments à cause notamment de la Russie qui achète 80 % du gaz turkmène et les premières négociations avec la Chine dont le projet faramineux d’un long gazoduc TOKC, de 1.833 kilomètres, traversant l’Ouzbékistan et l’immense Kazakhstan jusqu’au Xinjiang. Qui plus est, le tracé du gazoduc TAP traverse le Talibanistan et le conflit afghan n’est toujours pas fini. Après les trois inaugurations, en 2001, de l’oléoduc CPC (Caspian Pipeline Consortium) qui relie le gisement kazakh de Tengiz au port russe de Novorossiisk sur la Mer Noire, en 2006, de l’oléoduc BTC (Baku Tbilissi Ceyhan) et, en 2007, du gazoduc SCP (South Caucasus Pipeline) qui relie Baku à Erzurum via Tbilissi, tous les trois dans des régions stables, l’itinéraire choisi pour le gazoduc TAP perd beaucoup de son intérêt et le projet passe à nouveau au second plan. C’est à croire qu’il est maudit mais dans un nouveau coup de théâtre, en octobre 2008, le cabinet britannique Gaffney Clines and Associates (CGA) publie les résultats de son audit ne concernant que les réserves de la partie est du Turkménistan. Le seul gisement d’Osman-South Yoloton contiendrait déjà entre 4 et 6 tcm (trillions de mètres cube) de gaz, ce qui en fait le quatrième gisement au monde. Cet audit rassure les investisseurs américains, chinois et indiens sur les capacités du Turkménistan à produire, sur le long terme, les volumes pour lesquels il s’était engagé. Malgré toutes les difficultés cumulées, les risques et les retards, le vieux projet d’Unocal n’est pas encore abandonnée. Il a déjà 15 ans mais la construction n’a même pas encore débuté. 

le réseau de pipelines (gazoducs et oléoducs) vers l'Europe

Source de la carte : « Grand jeu » autour du pétrole et du gaz (Philippe Rekacewicz)

Pourquoi alors cela n’est plus que du pain moisi ? Premièrement, deux jours après l’inauguration de la partie kazakhe du gazoduc TOKC (Turkménistan Ouzbékistan Kazakhstan Chine), la partie turkmène a été inaugurée, le 14 décembre 2009, au cours d’une grande cérémonie à Saman-Depe avec les quatre présidents concernés, Hu Jintao de la Chine, Gurbanguly Berdimuhamedov du Turkménistan, Islam Karimov de l’Ouzbékistan et Noursoultan Nazarbayev du Kazakhstan [28]. Et deuxièmement, en dépit de toute la calomnieuse propagande anti-iranienne, les États-Unis menaçant le régime des mollahs de nouvelles sanctions depuis plusieurs années et prétendant que « Téhéran se trouve de plus en plus isolé », le 6 janvier 2010, le Turkménistan a finalement décidé d’attribuer la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, la Russie et l’Iran. Un événement majeur dans le Grand Échiquier qui est totalement passé inaperçu dans la presse occidentale tellement son importance était lourde de conséquences avec le bourbier afghan ayant pris, ici, une nouvelle proportion calamiteuse. Avec l’inauguration du gazoduc DSK (Dauletabad-Sarakhs-Khangiran) qui relie le nord de l’Iran dans le bassin de la Mer Caspienne, puis par ramification vers la Turquie par le gazoduc existant, long de 2.577 km, entre Tabriz, au nord de l’Iran, et Ankara, le président turkmène Berdymukhammedov n’est plus vraiment intéressé par les différents projets de tracés transafghans proposés par les États-Unis et l’Union Européenne. Dans une politique multivectorielle comme le Kazakhstan, le Turkménistan compte dorénavant bien profiter du vaste réseau de pipelines iraniens pour développer de nouvelles voies d’acheminement de gaz vers le reste du monde. 

Peut-on alors dire que le projet ancestral d’Unocal a été tué dans l’oeuf ? Avant de l’enterrer hâtivement, n’oublions pas qu’il a su traverser de nombreux obstacles en bientôt deux décades. La chimère TAP a fait dépenser des quantités astronomiques d’argent, a été débattu pendant des milliers d’heures en diplomatie et en négociations, et a coûté la vie à des milliers de militaires. Dans ces circonstances, la décision turkmène signifie surtout que cela risque de fortement aggraver la sécurité dans toute la région dont le Balouchistan et probablement d’avantage du côté iranien de la ligne Goldsmith que pakistanais. La défaite assurée de l’OTAN en Afghanistan et les nouveaux retards qui seront occasionnés par l’hypothétique pacification du Talibanistan sont deux principaux facteurs que les investisseurs vont devoir prendre en compte avant de revoir l’éventualité d’exploiter le corridor énergétique afghan sérieusement compromis. L’échec du conflit amplifié à présent de cet accord turkmène sera dur à digérer pour les impérialistes atlantistes qui, en plus des 30.000 nouveaux soldats américains déployés par Barack H. Obama, avaient déployé énormément d’efforts dès le lendemain de l’effondrement de l’URSS lorsque les compagnies pétrolières occidentales commencèrent à prendre pied tout autour de la Mer Caspienne pour s’y accaparer les riches ressources énergétiques au nez de la Chine et de la Russie [29]. 

Opportunisme baloutche ou ingérence au Balouchistan ? 

Avant de définitivement quitter le Pakistan pour aller faire un petit tour en Iran et ensuite prendre la mer, récapitulons un instant quelques uns des derniers incidents qui se sont produits de part et d’autre la ligne Goldsmith. Le cinquième conflit baloutche aurait débuté, entre les mois de mai et de juin 2004, avec les mêmes révendications indépendantistes ainsi que l’arrêt des constructions des nouvelles installations militaires de l’armée pakistanaise et du complexe portuaire de Gwadar qui voit l’arrivée massive de Pendjabis, des non-Baloutches et des Chinois pour travailler sur le chantier. Les premiers incidents imputés aux différents mouvements séparatistes de la rébellion baloutche ont éclaté de mai à août 2004. Le 3 mai, 3 Chinois sont tués dans un attentat à la voiture piégée. 11 personnes, dont 9 Chinois, sont également blessées. Le 6 juin, 2 personnes sont tuées et deux autres blessées suite à l’explosion d’une mine dans le district de Kohlu. Le 19 juin, un attentat à la bombe détruit le terminal de l’aéroport de Sui. Le 27 juin, 2 policiers et 3 baloutches sont tués au cours de combats à Maiwand. Au total, 120 attaques à la roquette ont déjà été enregistrées pour le seul mois de juin. Le 2 juillet, 7 membres des Frontier Constabulary sont blessés dans l’explosion d’une mine dans la région de Sui. Le 18 juillet, le leader et membre de l’Assemblée nationale, le maulana Muhammad Khan Sherani, échappe à une tentative d’assassinat dans le district de Qilla Saifullah. Le 1er août, 5 soldats et un civil sont tués par 3 hommes armés qui attaquent leur véhicule à proximité de Zinda Pir, sur la route menant à Khuzdar, à proximité d’un cantonnement militaire. Revendiquée par l’Armée de Libération du Baloutchistan (ALB) en réponse aux opérations militaires menées dans la région de Turbat et à la construction d’infrastructures militaires. Le 2 août, le gouverneur de la province, Jan Mohammad Youssouf, échappe à un attentat près de Surab, à 180 kilomètres au sud-ouest de Quetta. Le 14 août, le jour de l’indépendance du Pakistan, 14 explosions retentissent à Quetta. 

le leader baloutche Nawab Muhammed Akbar Bugti

Un combat se mène sur plusieurs fronts à la fois. Le mouvement pour la revendication des droits des Baloutches n’est pas seulement composé de cellules autonomes de combattants séparatistes mais aussi d’un mouvement politique s’adonnant à des marches de protestation et des manifestations pacifiques. Le mouvement politique est divisé en quatre partis : Jamhoori Watan Party, National Party, Baloutchistan National Party essentiellement composée par des membres de la tribu Mengal et Baluch Haqtawar. Tous ne désirant pas l’indépendance du Balouchistan, les quatre partis séparatistes ont essuyé les critiques de la part d’autres Baloutches nationalistes issus de l’alliance entre le parti pro-Mucharraf et les islamistes de la Muttahida Majlis-e Amal. Avec les autres incidents au Talibanistan, la guerre dans les zones tribales du FATA et NWFP qui vient également d’éclater, le Pakistan d’une main dialogue avec les quatre partis séparatistes et de l’autre accroit sa répression pour anéantir la guérilla indépendantiste mais les attaques tribales ne s’arrêtèrent pas pour autant et le rythme augmenta. Le 17 décembre 2005, lors de l’inauguration de la nouvelle base militaire de Kohlu, le président Pervez Mucharraf avait été accueilli par des tirs de roquettes. L’armée lança des opérations de représailles visant la population civile. Sous le prétexte du viol d’une doctoresse par des agents de la sécurité du gisement gazier de Sui, la tribu Bugti, encouragée par leur chef Nawab Muhammed Akbar Bugti et soutenue par l’ALB, a lancé une grande opération contre les installations du gisement de Sui qui représente 45 % de la production annuelle de gaz naturel du Pakistan. Bénéficiant de l’aide des tribus Mengal, Mazai et Marri qui campaient à proximité de Sui prêtes à intervenir, ce sont plus de 450 roquettes et 60 obus de mortiers qui ont été tirés durant l’opération entraînant de lourdes conséquences pour Karachi qui a connu des coupures quotidiennes et une chute de la production industrielle de 25 %. Localement, des conduites de gaz ont été endommagées provoquant la fermeture de la principale installation fournissant en gaz les provinces environnantes. 8 personnes ont été tuées, dont trois membres des forces de sécurité du site, et 35 autres ont été blessées. De plus, 12 employés de l’Autorité de l’eau et de l’électricité pakistanaise ont été enlevés pendant plusieurs jours avant d’être libérés le 14 janvier 2006. 

Face à la troublante technicité opérationnelle des tribus baloutches unies risquant de s’étendre en Iran et de menacer le réchauffement avec New Dehli, Islamabad, craignant un réveil du vieux conflit indépendantiste, donne l’ordre à 1.000 paramilitaires du Frontier Corps de se déployer dans la région du Sui pour sécuriser l’important site gazier. Entre temps, le 11 janvier 2006 et d’après le rapport d’une commission pakistanaise des droits de l’Homme, 12 personnes ont été exécutées par des paramilitaires du Frontier Corps dans le village de Pattar Nala. Des représailles qui avaient fait suite à l’explosion d’une mine à proximité du Pattar Nala, quelques heures plus tôt, ayant coûté la vie à plusieurs paramilitaires. Deux « anciens » du village désignés pour aller chercher les corps à la base de Kohlu ont également été abattus. Finalement, 14 dépouilles ont été remises aux femmes de Pattar Nala. L’escalade s’est poursuivie dans les mois qui suivèrent, le dimanche 2 avril 2006, deux explosions quasi-simultanées se sont produites dans une ferme gérée par des paramilitaires, dans le district de Kohlu, tuant trois civils, un homme, une femme et une fillette et faisant sept blessés. Dans le district de Bolan, au centre de la province du Balouchistan, cinq policiers et un civil membre d’une société chargée de la sécurité d’un site pétrolier et gazier ont été tués dans un attentat à la bombe, a indiqué Mohammed Anjoum, responsable de la police tribale. Dans la district voisin de Nasirabad, une nouvelle explosion d’une mine au passage d’un tracteur tue le conducteur et blesse deux personnes, selon la police tribale. Le lundi 4 avril 2006, un démineur appartenant aux paramilitaires du Frontier Corps a été tué alors qu’il tentait de désamorcer un engin piégé dans le village de Taraman, dans le district de Kohlu. Enfin, un camion-citerne d’eau des forces paramilitaires a sauté sur une mine à proximité des champs de gaz de Loti. Deux paramilitaires ont été blessés. 

la capitale provinciale Quetta

La mèche de la cinquième guerre baloutche est allumée – par qui là est la question – et ne désempilla plus. Le mardi 14 avril 2009, on pouvait encore lire dans l’AFP que l’assassinat de 3 leaders politiques de l’alliance nationaliste, dont les corps avaient été retrouvés à Turba, une ville du sud-ouest de la province, provoqua une grève générale à Quetta qui tourna en de violentes émeutes ayant fait une vingtaine de morts, et à la paralysie de toute la région. Les manifestants s’en étaient alors pris aux commissariats de police et aux forces de l’ordre mais aussi à des voitures de l’ONU, à des agences bancaires et à des bâtiments gouvernementaux. Les autoroutes menant à Quetta étaient bloquées. Les activistes baloutches ont accusé les services secrets pakistanais de l’assassinat des 3 leaders politiques mais le gouvernement démentit ses accusations. Les exploitations économiques et installations gouvernementales étaient d’ailleurs toujours prises pour cibles. Le samedi 11 avril 2009, l’ABL revendiqua l’assassinat de six ouvriers qui travaillaient dans une mine de charbon. L’autopsie de leur corps avait démontré qu’il s’agissait d’une exécution, les ouvriers ayant tous les six été tués d’une balle dans la tête. Tout comme un Américain qui fut detenu en otage, pendant deux mois, par un prétendu mouvement nationaliste, ce qui parait fort étrange compte tenu de la position des nationalistes, les incidents qui ont progressivement commencé à dégénérer dans toute la province sont devenus de plus en plus curieux, en tournant au désavantage du Pakistan et accentuant ainsi sa déstabilisation par ce nouveau foyer du Balouchistan. « (…) mentionnons en outre le Front du Baloutchistan uni né en 2003 et basé à Londres (toujours cette étonnante concordance de date). » [30] Même une guérilla de ce type coûte de l’argent, beaucoup d’argent sur le long terme. Un comble pour une province si pauvre qui ne bénéficie même pas des retombées économiques de leur riche sous-sol car ce n’est sûrement pas l’impôt sur le transit de l’opium vers l’Iran qui suffirait à financer les roquettes, les mortiers des opérations de la rébellion baloutche. 

Iraniquement votre 

C’est pour ainsi dire à la même époque de l’inauguration de la base de Kohlu en décembre 2005 que les premiers incidents ont eu lieu de l’autre côté de la ligne Goldsmith, dans la province iranienne du Sistan-et-Balouchistan. Je renvoie à la pertinente remarque sur la concordance de date de Jean-Michel Vernochet. En respectant la chronologie des faits, le 15 décembre 2005, deux gardes du corps du cortège du président Mahmoud Ahmadinejad ont été tués par des bandits dans la région de Sahevan. Deux semaines plus tard, le 31 décembre 2005, le Joundallah (les Soldats de Dieu), de confession sunnite, avaient enlevé neuf soldats iraniens, près de la frontière pakistanaise, lors d’une attaque d’un poste de police. La liste des attentats publiée sur de nombreux sites se poursuit. En mars 2006, 22 personnes, qui circulaient sur une route proche du Pakistan, avaient été tuées. Le même mois, un attentat à la bombe qui a eu lieu à Tasuki fut suivi d’une prise d’otages. Dix sept personnes ont été condamnées à mort pour cet attentat précis. En mai 2006, l’attaque contre quatre véhicules du convoi du gouverneur de la province du Sistan-Baloutchistan avait fait 12 morts dans la province voisine de Kerman. Une voiture piégée avait explosé le 15 décembre à Zahedan, à la veille des élections locales, ne faisant là qu’une seule victime. Pour tenter de mater cette rébellion, le gouvernement iranien avait choisi de répondre par la répression en exécutant publiquement par pendaison sept membres présumés du Joundallah qui auraient pris part à la tuerie des 22 personnes de mars 2006. Nouvelle mesure qui n’a visiblement pas eu l’effet dissuasif souhaité par Téhéran car le mercredi 14 février 2007, à Zahedan, un nouvel attentat à la bombe contre un autobus des Pasdarans, les Gardiens de la Révolution Islamique, faisait 42 victimes dont 11 morts. Le 28 mai 2009, revendiqué par le Joundallah, un énième attentat contre une mosquée chiite de Zahedan a fait 25 morts et une centaine de blessés graves. Téhéran, implaccable, répond le 1er juillet par 13 pendaisons [31]. 

Abdolmalek Rigi, le leader du Joundallah

D’après les informations du site Geostratos, le 31 mai 2009 sur Rang-A-Rang TV, le leader du mouvement, Abdolmalek Rigi, a déclaré que le Joundallah avait signé un accord avec l’OMPI (Organisation des Moudjahidins du Peuple d’Iran), une autre organisation terroriste basée en France qui existait déjà en 1979 lors de la Révolution Islamique d’Iran et protégée, en Irak, par les troupes d’occupation anglo-saxonnes jusqu’au 28 juillet 2008. Un accord échangeant des renseignements nécessaires aux attentats fournis par l’OMPI au Joundallah contre le transit de personnes de l’OMPI en Iran. Toujours selon Abdolmalek Rigi, le rapprochement entre l’OMPI et le Joundallah aurait été opéré par l’intermédiaire d’Abu Omar al-Baghdadi, le leader d’Al-Qaïda en Irak [32]. Le 12 juin 2009, jour des élections présidentielles, éclate une nouvelle révolution de couleur, la Révolution de Velours ou Révolution Verte, avec les mêmes caractéristiques que les Révolution des Roses en Georgie du 23 novembre 2003, Révolution Orange en Ukraine du 22 novembre 2004, Révolution du Cèdre au Liban du 14 février 2005, Révolution des Tulipes au Kyrgyzstan du 24 mars 2005, Révolution Safran en Birmanie en août 2007 [33] ainsi que les autres en Azerbaïdjan dès mars 2005 [34], en Ouzbékistan en mai 2005 [35], en Mongolie en juillet 2008 [36], en Moldavie en avril 2009 [37]. « Ces révolutions se sont toutes déroulées suivant le même mécanisme : au moment où le pouvoir en place tentait de se renouveler, les partis d’opposition, soutenues par de puissantes ONG locales, ont contesté le résultat des élections et bloqué le pays par des manifestations pacifiques. Cette dynamique des sociétés civiles a débouché sur la chute du pouvoir et son remplacement par des équipes gouvernementale proaméricaines. » [38] 

Abdolhamid Rigi

Temporairement sorti du couloir de la mort, Abdolhamid Rigi, le frère d’Abdolmalek Rigi, a déclaré : « Les Etats-Unis ont créé et soutenu Joundallah et nous recevions nos ordres d’eux », lors d’une conférence de presse, en août 2009, dans un bâtiment gouvernemental de la ville de Zahedan. Il a ajouté que les Etats-Unis nous disaient : « qui frapper et ne pas frapper. (…) Ils disaient qu’ils allaient nous fournir tout ce dont nous avions besoin en terme d’argent et de matériel » [39]. Ces accusations rejoignent les éclaircissements de l’enquête de Seymour Hersh, publiée par The New Yorker, le 7 juillet 2008, et reprise par Le Monde, signalant que les chefs de file républicains et démocrates du Congrès américain auraient accordé, fin 2007, au président George W. Bush les financements nécessaires à l’intensification des opérations secrètes contre l’Iran en vue de déstabiliser le régime des mollahs. Pour appuyer ses dires, Seymour Hersh cita Robert Bear, un ancien chef d’antenne de la CIA au Kurdistan : « le groupe armé sunnite iranien Joundallah ferait partie des groupes bénéficiant du soutien des services américains ». Ainsi que dans Le Monde Diplomatique paru précédemment, en octobre 2007, où Selig S. Harrison a détaillé le mécanisme utilisé par la Maison Blanche dans son offensive de déstabilisation de l’Iran directement de l’intérieur « en aidant des groupes séparatistes, qu’ils soient arabes, kurdes, baloutches ou azéris ». Dernier fait en date, le dimanche 18 octobre 2009 où l’attentat-suicide le plus meurtrier a eu lieu à Pishin et a fait 41 tués dont plusieurs hauts commandants locaux du corps d’élite des Pasdarans. Sept commandants des Gardiens de la Révolution Islamique parmi lesquels le général Nour-Ali Shoushtari, adjoint du commandant de l’armée de terre des Gardiens de la Révolution, le général Rajab-Ali Mohammad-Zadeh, commandant pour le Sistan-Balouchistan, le commandant des Gardiens pour la ville d’Iranshahr et le commandant de l’unité visée, Amir-al Momenin, ont été tués dans cet attentat. L’article du géopolitologue Jean-Michel Vernochet, intitulé « Attentat au Sistan-Balouchistan… un acte de guerre décisif ? » auquel certaines données ont été reprises ci-dessus, paru au lendemain de ce dernier attentat et repris par de nombreux sites, nous informe qu’« il existe depuis juillet 2005 un projet de gazoduc irano-indien (IPI) devant passer à travers le Baloutchistan, projet qui s’est, en toute logique géostratégique, heurté à une vive hostilité de la part du Département d’État » [40]. Cela se passe de tout commentaire. 

La stratégie chinoise du « collier de perles »

C’est notamment pour faire transiter le pétrole iranien vers l’Océan Indien et assurer la sécurité des supertankers que Gwadar fut choisi par la Chine dans une colossale stratégie maritime surnommée le « collier de perles ». Une théorie, développée par le cabinet d’études stratégiques Booz-Allen-Hamilton travaillant pour le Pentagone, considérée par tous les états-majors du monde, de même que par les services de renseignement et les centres spécialisés en géostratégie, comme une évolution stratégique majeure de la Chine. Pour définir le « collier de perles », il représente un vaste réseau de ports, les « perles », et de bases navales formant le « collier » sous la forme de stations d’écoute, d’accords navals et d’accès portuaires, dans l’Océan Indien y compris les côtes orientales de l’Afrique et depuis le Golfe Persique au Détroit de Malacca, connectant ainsi la Chine aux ressources énergétiques du Moyen-Orient et d’Afrique.

Simultanément géoéconomiques et géostratégiques, certaines « perles » sont considérées de grandes importances pour la marine nationale chinoise (People’s Liberation Army Navy), notamment pour accueillir ses sous-marins nucléaires non-officiellement reconnues par Pékin qui, par la voix de ses diplomates et de ses responsables politiques, semble camper pour le moment sur une ligne de déni absolu. Et d’autres « perles » pour permettre à ses pétroliers d’y faire escale sur la route stratégique depuis le Golfe Persique. Il est important de préciser que toutes ces « perles » ne sont pas des ports et des bases navales exclusivement chinois mais comme les Etats-Unis dans la plupart des cas, les Chinois sont autorisés à utiliser des installations déjà existantes, à les renover ou à en construire de nouvelles. Les accords sont par conséquent révocables. Il faut donc noter que certains ports sont temporairement exploités et d’autres sont directement financés comme au Soudan et au Kenya. Nombre de ces ports sont en cours de développement, d’autres ont déjà été inaugurées et quelques uns intéressent la Chine de retour sur les mers comme au temps de ses flamboyantes jonques. Toutefois, la Chine ne se contente pas seulement de renover que les installations portuaires. Généreuse, la Chine dépense énormement dans diverses infrastructures, dans ces pays stratégiques, allant de la rénovation des routes et des voies ferroviaires à la construction de centrale électrique. Je signalerai donc dans une liste non-exhaustive selon les dernières mises à jour au 20 février 2010 : 

  • la Birmanie (Myanmar), les ports de Kyaukphyu au nord, de Rangoon, de Thilawa, de Thandwe, de Munaung, de Hainggvi, de Yangon au sud de Sittwe, les sites des îles de Katan et de Zadaikyi ainsi que la base de l’archipel Mergui au large du Tenasserim et enfin, l’île Coco dans le Golfe du Bengale à proximité de la base indienne des îles Andaman, où ils ont également installé une station d’interceptions électroniques, pour observer les tirs d’essais de missiles indiens de Chandipore lancés dans l’Océan Indien à partir des côtes de l’Orissa, mais qui a été extrêmement endommagée à la suite du tsunami en décembre 2004 et n’aurait ainsi pas été réparée depuis, malgré les demandes des généraux chinois.
  • le Pakistan, le port de Gwadar qui est sans doute destiné à devenir la base la plus importante de la marine nationale chinoise avec les installations pakistanaises d’Ormara sur les côtes de l’Océan Indien.
  • le Bangladesh, le port de Chittagong dont la modernisation est en cours avec la collaboration de la Corée du Sud.
  • le Sri-Lanka, les ports de Colombo et de Hambantota, ceci est la dernière des « perles » de la stratégie chinoise pour contrôler les voies maritimes entre les Océan Pacifique et Océan Indien.
  • les Maldives, le port de l’île de Marao, dont l’atoll, à 40 kilomètres au sud de la capitale, aurait été loué pour 25 ans à la Chine que les experts du « collier » suspectent de devenir une base sous-marine.
  • l’île Maurice, la capitale Port-Louis visitée en février 2009 par Hu Jintao mais aucun accord militaire précis mentionnant la construction de bases navales n’a été ratifié entre Pékin, l’île Maurice et les Seychelles.
  • les Seychelles, le port de Victoria dont la valeur stratégique pourrait faire un rival de poids à la base américaine insulaire Diego Garcia située dans un atoll de l’archipel des Chagos où des bombardiers furtifs B-2 sont présents et bientôt quatre sous-marins nucléaires grâce à un port flottant [41].
  • le Cambodge, le port de Woody Island.
  • le Kenya, le port de Lamu [42].
  • le Soudan, Port-Soudan sur la mer Rouge [43].
les facteurs géopolitiques et géostratégiques de l'Océan Indien

les facteurs géopolitiques et géostragétiques de l'Océan Indien

Source de la carte : Rivalités maritimes en Asie (Philippe Rekacewicz)

tracé de la route maritime du pétrole vers la Chine

Les exportations africaines vers la Chine sont essentiellement du pétrole (plus de 60 % du total) d’Angola (premier fournisseur de brut de la Chine), de Guinée Equatoriale, du Soudan et de la République démocratique du Congo ainsi que des minéraux, du bois et diverses matières premières comme le manganèse, le fer, le cuivre, le chrome et le coltane (minerai rare utilisé dans la production de puces de téléphones portables). Pour donner une petite idée du chiffre, le montant du commerce sino-africain a été multiplié par 20 en 10 ans. Il est passé de 5 milliards de dollars en 1995, à environ 100 milliards de dollars annoncés en 2008. A titre d’information, il est bon d’également signaler ici, dans l’exploitation portuaire hors de Chine et hors de l’océan Indien, le poids croissant que prend la seule entreprise chinoise Hutchison Whampoa Ltd (Hong Kong) du milliardaire chinois Li Ka Shing dans la prise de contrôle de terminaux portuaires. Cette société gère aujourd’hui 39 ports ou terminaux à conteneurs dans 19 pays. En Europe ce sont les ports de Felixstowe, Thamesport et Harwich au Royaume-Uni, et les terminaux d’ECT-Rotterdam et Gdynia en Pologne. Avec Taiwan et Singapour (Port of Singapore Authority), ce sont, en plus, les ports suivants qui sont à présent contrôlés par des intérêts chinois : Colon au Panama, Tarente en Italie, Tacoma, Oakland et Longbeach, New York-New Jersey aux Etats-Unis. 

D’une importance stratégique de premier ordre également pour la Chine et le Japon mais aussi pour les relations commerciales Occident-Orient, c’est par le Détroit de Malacca, long de 800 km et large de 50 à 320 kilomètres (2,8 kilomètres de large dans son point le plus étroit) situé entre la Malaisie et l’Indonésie, que plus de 50.000 navires passent chaque année, 20 à 25 % du transport maritime mondial et la moitié du commerce maritime de pétrole, 1,5 millions de tonnes de pétrole y transite par jour (plus de 11 millions de barils par jour en 2003), neuf fois plus que le canal de Suez. 

Aigle, Tigre et Dragon 

On sait également que les îles Spratley sont disputées par la Chine, Taiwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et le Sultanat de Brunei. Les îles Paracels sont quant à elles réclamées par la Chine qui les occupe depuis 1974, le Vietnam et Taiwan. Les îles Senkaku (Diaoyutai) ne sont disputées qu’avec le Japon. Selon l’étude de Booz-Allen-Hamilton : « La Chine ne cherche pas seulement à bâtir une marine de haute mer pour contrôler les routes maritimes, mais aussi à développer des capacités de missiles et de mines sous-marines pour dissuader toute attaque sur ses lignes d’approvisionnement énergétique de la part de menaces potentielles, ce qui inclut l’US Navy, particulièrement en cas de conflit avec Taïwan ». Tout comme le principal rival régional, l’Inde, se sentant encerclé, les Etats-Unis voient d’un très mauvais oeil le « collier de perles » qui affaiblit sa domination dans l’Océan Indien et sa capacité de projection militaire en Afrique oriental comme en Somalie, en Asie Centrale et du Sud-Ouest ainsi qu’au Moyen-Orient. 

les présidents chinois Hu Jintao et américain Barack H. Obama

Sans nul doute, les diverses avancées chinoises dans sa stratégie du « collier de perles » sont une raison essentielle de la grande vente d’armes américaine, le samedi 30 janvier 2010, à Taïwan selon une proposition datant de 2001, d’un coût de 15 à 18 milliards de dollars incluant huit sous-marins diesel-électriques, quatre anti-missile guidés, douze avions de patrouille maritime Lockheed P-3C et d’avion anti-sous-marin, des hélicoptères de dragage de mines, 60 hélicoptères Black Hawk (3,1 milliards), des missiles pour un côut de 421 millions de dollars pour les avions de combat F-16, 114 missiles anti-missile Patriot (2,81 milliards de dollars), des torpilles, des missiles Harpoon anti-navires, des véhicules d’assaut amphibies ainsi que des mortiers de 155 millimètres. Quel arsenal, de destruction maritime ou de défense territoriale, pour un si petit pays que la Chine a toujours considèré comme une de ses provinces. Cette vente d’armes à Taïwan a refroidi les relations commerciales et attisé les relations diplomations déjà très tendues entre la Chine et les États-Unis. Fin janvier 2010, le président Hu Jintao adressait son mécontentement au président Barack H. Obama en le menaçant de sanctions économiques et en guise de première protestation, Pékin a déjà suspendu tous ses échanges militaires avec Washington. Dans une précédente conférence de presse au Camp Smith de Honolulu, Hawai, le secrétaire de la Défense Robert Gates, a déclaré qu’il énumérerait les activités américaines et initiatives dans la région de l’Asie du Pacifique : « Il est tout a fait clair que nous restons profondément engagés, que nous sommes activement engagés, que nous avons été une puissance asiatique – une puissance Pacifique – pour un très long terme et que nous prévoyons de continuer à en être une » [44]. 

la base américaine de Futenma

Ces arrogantes paroles survenaient en 2007, bien avant l’important changement politique survenu au Japon, fin septembre 2009, qui a vu la montée au pouvoir des libéraux-démocrates après avoir été maintenu plus d’un demi-siècle par les conservateurs. La nouvelle classe politique a demandé au Premier ministre Yukio Hatoyama le retrait des troupes américaines sur son sol ou le déplacement de ses bases militaires étant à la fois les sources constante d’irritation de la population locale à cause des nuisances et fréquente de disputes diplomatiques au sujet des coûts respectifs. Principalement visées, dans un premier temps, la base aérienne de Yokota, située en plein coeur de la mégalopole de Tokyo, et la base de Futenma, située au coeur de la zone urbaine d’Okinawa, au sud du Japon, qui abrite le plus gros du contingent américain au Japon ainsi que la plupart du matériel et des ressources de l’armée américaine dans l’Océan Pacifique. Un accord conclu, en 2006, entre Washington et Tokyo prévoyait déjà le déménagement de Futenma vers la baie de Henoko. Dans une annonce faite au Pentagone au mois de décembre 2009, le général James Conway, commandant du Corps des Marines, a averti que la perte de Yokota et Funtenma risquait de remettre en cause tout le programme de réorganisation des bases américaines du Japon, y compris le retrait de plusieurs milliers de Marines de la base d’Okinawa vers l’île américaine de Guam prévu en 2012. Il y aurait 47.000 soldats américains présents sur le sol japonais dont la moitié sont basés à Futenma. Le 15 février dernier, le sénateur démocrate Jim Webb, qui dirige au Sénat la sous-commission des Affaires étrangères chargée de l’Asie orientale, a déclaré : « Je pense que la présence militaire américaine au Japon peut être modifiée. (…) C’est la seule région au monde où les intérêts stratégiques et militaires de la Chine, de la Russie, du Japon et des Etats-Unis se rencontrent » en parlant de la stabilité du nord-est de l’Asie. Le gouvernement japonais doit rendre sa décision d’ici la fin du mois de mai 2010 [45]. Du fait de partager certaines similitudes, le Japon s’aligne sur la Chine entreprenante, surtout en matière de sécurité pour son approvisionnement énergétique dans les mers indiennes du Détroit d’Ormuz au Détroit de Malacca. Le départ des troupes américaines du Japon aurait de graves conséquences sur la stratégie globale de l’US Navy pour l’Océan du Pacifique et d’Océan Indien en Asie du Sud-Est. 

Conclusion

Jadis, le Grand Jeu ne s’est achevé qu’en semant la discorde entre les religions attisées, entre les tribus manipulées, entre les ethnies spoliées et entre les nations nouvellement créées. Ce n’est pas un hasard que certaines personnes nomment le Grand Échiquier d’Asie Centrale de Nouveau Grand Jeu. « L’homme du 20ième siècle est moins confiant que son ancêtre du 19ième siècle. Il a été témoin et a fait l’expérience des pouvoirs maléfiques de l’histoire. Ce qui semblait appartenir au passé a ressurgi : la foi fanatique, les dirigeants infaillibles, l’esclavage et les massacres, le déracinement de populations entières, la barbarie impitoyable. » Hans Kohn cité par l’actuel conseiller géostratégique Zbigniew Brzezinski de Barack H. Obama, à la page 270, de son célèbre ouvrage, le Grand Échiquier. Les énormes défis énergétiques de la Chine et de l’Inde du 21ième siècle mais aussi du mode de vie de l’Occident sont au coeur des enjeux géostratégiques disputés en Asie Centrale. Désireuse de limiter ses échanges avec l’Arabie Saoudite, la Terre Sainte de l’Islam, l’hyperpuissance étatsunienne, qui a bâti une large partie de son hégémonie sur la manne pétrolière saoudienne, s’est donnée la mission divine de contrôler la moindre goutte de pétrole dans le monde et d’en réguler tout le trafic. Ce qui implique l’interdiction de certains pays à le vendre à d’autres pays, sans leur accord préalable. Dans son arrogance, la Statue de la Liberté peut tirer une bien vilaine grimace. Par ailleurs, l’Océan Indien est devenu un autre enjeu majeur entre Pékin et Washington. Nous pouvons clairement constater que chaque nouvel événement mineur ou majeur dans la géopolitique de l’énergie, que ce soit des négociations de projets de construction de pipeline ou des contrats d’attribution de quota énergétique, déclenche une recrudescence flagrante des activités terroristes et de piraterie dans la zone circonscrite d’acheminement de l’énergie par gazoduc, oléoduc ou voies maritimes. Est-ce une pure coïncidence ? Il n’y a qu’à suivre les informations géopolitiques pour en douter. Est-ce que le Pakistan est menacé d’une balkanisation, d’une nouvelle partition ? La Chine a beaucoup investi dans ce pays mais, sachant que George W. Bush s’est passé de toute autorisation onusienne pour attaquer l’Irak, le droit de véto au Conseil de Sécurité suffira-t-il à Pékin, et Moscou, pour empêcher Washington de balkaniser le Balouchistan ? Est-ce que sous la pression d’Israël, Barack H. Obama va finalement craquer en se hasardant à attaquer l’Iran ou simplement changer son fusil d’épaule ? Est-ce que c’est la poudrière du Moyen-Orient qui va s’embraser à nouveau, le brasier d’Asie Centrale qui va s’étendre un peu plus ou, dans un registre fataliste, une troisième guerre mondiale qui va éclater avec une majorité d’acteurs principaux – la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Inde, le Pakistan et la Russie – possédant tous un arsenal d’armes nucléaires ? Les prochains mois s’annoncent particulièrement caniculaires et d’autant plus intéressants à surveiller de très près car de toute évidence des décisions cruciales vont être prises à la Maison Blanche.

 

Saïd Ahmiri pour Mecanoblog

Notes

[1] : Afghanistan : quand l’OTAN et George Soros voulaient légaliser l’opium 

[2] : PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), Afghanistan Human Development Report 2007, publié le 26 septembre 2007. 

[3] : Afghanistan Opium Survey, août 2007 

[4] : L’Afghanistan et ses minerais stratégiques 

[5] : La Chine accusée de « disparitions forcées » au Xinjiang, après des rafles systématiques visant les Ouïgours 

[6] : Ben Laden localisé au Pakistan 

[7] : Le Commonwealth réintègre le Pakistan 

[8] : Pakistani Taliban commander Abdullah Mehsud killed during raid 

[9] : The legacy of Nek Mohammed 

[10] : Qui tue qui dans la zone tribale pakistanaise ? 

[11] : Pakistan : les dessous de l’assaut de la Mosquée rouge 

[12] : Une nouvelle tête pour le renseignement pakistanais 

[13] : C’est Cheney qui a fait assassiner Hariri et Bhutto 

[14] : Un général pakistanais accuse Blackwater de l’assassinat de Bhutto et Hariri 

[15] : L’armée se déploie dans la vallée du Swat 

[16] : Les États-Unis intensifient les attaques par drones et les assassinats dans l’escalade de la guerre AfPak 

[17] : Attaques contre des sites nucléaires au Pakistan 

[18] : Retour à Swat : Quelle liberté de la presse après la défaite des Taliban ? 

[19] : The Frontier Against Terrorism 

[20] : Des proches de l’émir Mehsud soupçonnées de l’avoir dénoncé 

[21] : L’armée pakistanaise prend le contrôle du fief des talibans au Waziristan 

[22] : Analysis: A look at US airstrikes in Pakistan through September 2009 

[23] : Hakimullah dead, say US channels, newspapers 

[24] : Chronologie des attentats au Pakistan depuis 2007 

[25] : Blackwater et Xe tuent au Pakistan et en Afghanistan 

[26] : Pakistan : la guerre secrète des mercenaires 

[27] : La monstrueuse vivisection de l’Inde  

[28] : Des articles font état d’attaques au Pakistan par des troupes américaines au sol 

[29] : China extends influence into C.Asia with pipeline 

[30] : Pipeline Geopolitics: Major Turnaround. Russia, China, Iran Redraw Energy Map 

[31] : Iran : minorités nationales, forces centrifuges et fractures endogènes 

[32] : L’OMPI et le Jundallah main dans la main, mains dans le sang ! 

[33] : Birmanie : la révolution safran 

[34] : Pourquoi l’Azerbaïdjan n’a pas basculé 

[35] : Tolkatchev : “Il nous reste peu de temps pour organiser la révolution ouzbèke” 

[36] : Le soubresaut 

[37] : Une caricature de révolution colorée 

[38] : Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, page 90. 

[39] : « Washington est derrière la rébellion sunnite en Iran » 

[40] : Attentat au Sistan-Balouchistan… un acte de guerre décisif ? 

[41] : La Chine aide le Soudan à exporter son pétrole 

[42] : Diplomatie pétrolière 

[43] : L’US Navy veut transformer Diego Garcia en base sous-marine 

[44] : Conférence de presse de Robert Gates 

[45] : La présence des bases américaines au Japon est modifiable, selon un sénateur 

Cette analyse a pu être élaborée d’après les études, les rapports et les livres : 

- Un nouvel enjeu international : le Baloutchistan de Seliq S. Harrison, année 1980 

- L’océan Indien : un enjeu pour les puissances asiatiques de Barthélémy Courmont, juillet 2007 

- La question des ventes d’armes à Taïwan de Hall Gardner, septembre 2007 

- Là où l’Asie du Sud et du Sud-Est se rencontrent, l’ombre de la Chine d’Alain Lamballe, avril 2008 

- Offensive chinoise en Afrique de Tanguy Struye de Swielande, avril 2009 

- Présence de la Chine en Afrique du Master Monde chinois des affaires Année 2009-10 

- Renversement d’Armand Nouri 

- Les émissions d’Arte ” Le dessous des cartes “ 

- La route de la Soie de Pierre Biarnès, aux éditions Ellipses, 2008 

- La résistance afghane de Michael Barry, aux éditions Champs-Flammarion,1989

Coup d’Etat au Niger

22 fév

par Anne-Cécile Robert

Le président du Niger, M. Mamadou Tandja a été renversé le 17 février. Le chef de l’Etat, qui devait se retirer du pouvoir au terme de son mandat en décembre dernier, avait fait modifier la Constitution afin de pouvoir se représenter. Devant les réticences de la classe politique, il avait dû dissoudre l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle, et faire avaliser son coup de force par un référendum boycotté par les partis d’opposition. Son comportement avait été condamné par les organisations panafricaines (Union africaine, Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et la « communauté internationale ».

Riche en matières premières, le Niger représente un enjeu stratégique pour des pays comme la France et la Chine. En effet, avec 7,5 % de la production mondiale, il est l’un des premiers producteurs d’uranium. La société française Areva y exploite notamment la mine géante d’Imouraren. Cet atout ne profite cependant pas à la population : le pays occupe la dernière place au classement de l’indice de développement humain (IDH) effectué par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sur 182 pays membres de l’ONU.

Le Niger a déjà connu plusieurs coups d’Etat — le dernier avait été organisé par M. Tandja lui-même en 1999 —, et cette nouvelle crise illustre la fragilité des démocraties africaines. Marquées par les inégalités sociales et dominées de l’extérieur (par les institutions financières internationales ou les ex-puissances coloniales comme la France), elles peinent à définir leur propre modèle de « gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ». Cinquante ans après l’accession à l’indépendance de 17 pays africains, Le Monde diplomatique de février (en kiosques), revient sur les défis et les difficultés de la transition démocratique sur le continent : « de Conakry à Nairobi, les Africains votent mais ne décident pas.

Source : Le Monde Diplomatique

Dialoguer avec le Hamas

18 fév

Par Arik Diamant et David Zonsheine

Exprimant leur « honte » devant l’opération Plomb Durci dont la plupart des victimes étaient des civils, Arik Diamant et David Zonsheine, tous deux soldats de réserve, s’élèvent contre une stratégie de confrontation avec le Hamas qu’ils jugent inefficace pour Israël et appellent à un dialogue direct avec un groupe qui représente une partie importante du peuple palestinien et a prouvé par le passé sa capacité à faire respecter un accord. — L’assassinat d’un militant du Hamas à Dubaï, qui s’apparente à du terrorisme d’Etat, montre que la voie choisie en Israël est toute autre. Le Hamas, s’il décide de venger ce crime, fournirait alors un alibi aux partisans de l’escalade et du conflit perpétuel, qui redoutent plus que tout la paix et le sacrifice des conquêtes territoriales illégales qui devrait l’accompagner. Contre Info.

Guardian

Les médias israéliens ont pratiquement transformé en célébration le premier anniversaire la guerre contre Gaza, l’opération « Plomb Durci ». L’opération est presque unanimement considérée en Israël comme un triomphe militaire, un combat victorieux contre l’un des plus mortels ennemis d’Israël : le Hamas.

En tant que soldats des Forces de Défense Israéliennes, nous avons de sérieux doutes sur cette conclusion, principalement parce qu’il n’y a pratiquement pas eu de combat contre le Hamas durant l’opération. Dès son début, le Hamas est passé dans la clandestinité.

La plupart des pertes palestiniennes ont été infligées par les raids aériens, les tirs d’artillerie, et les tireurs d’élite postés à distance. Un combat victorieux ? Plutôt du tir aux pigeons. L’opération Plomb Durci a consisté principalement à bombarder l’un des endroits les plus surpeuplés de la terre, en frappant des cibles civiles, comme des maisons, des écoles et des mosquées, laissant finalement plus de 1.300 blessés, essentiellement des civils, dont plus de 300 étaient des enfants. En tant que soldats de réserve de Tsahal, la honte nous fait baisser la tête devant cette horrible attaque contre une population civile.

Les objectifs de l’opération, sont aussi discutables. L’opération Plomb Durci prétendait arrêter les tirs de missiles du Hamas. Mais la question des missiles Qassam avait été résolue avant que l’opération ne commence. L’accord de cessez-le feu entre le Hamas et Israël depuis le 19 Juin 2008 avait amené une réduction drastique du nombre de missiles tirés depuis Gaza, qui était passé de quelques centaines par mois à environ une douzaine sur une période de cinq mois. C’est Israël qui n’a jamais appliqué son engagement de mettre fin au siège de Gaza, a violé le cessez-le feu en novembre 2008 en attaquant des cibles dans la bande de Gaza, a pour l’essentiel ignoré la proposition du Hamas pour renouveler la trêve et a finalement lancé l’opération Plomb Durci quelques semaines plus tard.

Le véritable objectif de cette opération était différent de celui annoncé par les autorités israéliennes. Le véritable objectif n’était pas d’arrêter les Qassams, mais de renverser le gouvernement du Hamas. En tant que telle, l’opération a échoué. Le Hamas à Gaza est plus fort que jamais.

Un an après cette guerre brutale, il est nécessaire de changer de stratégie. Israël devrait commencer à entamer immédiatement des pourparlers avec le Hamas, à négocier non seulement un cessez-le feu, mais aussi sur les « questions fondamentales » qui doivent entrer dans un accord de fin de conflit. Il est clairement dans l’intérêt d’Israël d’entamer un dialogue ouvert avec le Hamas.

Tout d’abord, parce que le Hamas ayant été démocratiquement élu à Gaza et ayant gagné la confiance et le respect d’une partie importante du peuple palestinien, tous ceux qui espèrent résoudre ce conflit seront finalement obligés de négocier avec ce groupe.

Deuxièmement, le Hamas s’est montré capable d’offrir la paix et la tranquillité aux citoyens vivant au sud d’Israël. Comme il l’a démontré précédemment, le Hamas a une forte emprise sur toutes les organisations agissant dans la bande de Gaza et peut faire appliquer une trêve.

En troisième lieu, un échange de prisonniers est notre seule chance de libérer Gilad Shalit, le soldat enlevé. En retour, Israël libérera des centaines de prisonniers du Hamas, parmi les 8000 palestiniens détenus dans les prisons israéliennes. Un tel marché peut avoir une influence apaisante sur l’opinion publique tant en Israël qu’en Palestine et pourrait marquer une étape importante vers la réconciliation entre les deux peuples.

Le Hamas est actuellement l’ennemi d’Israël, mais on fait la paix avec ses ennemis, pas avec ses amis. Le Hamas est également un mouvement puissant, pragmatique et bien organisé, qui peut-être un futur partenaire avec lequel Israël peut « conclure un marché ». Les réticences à reconnaître le Hamas comme étant la partie au pouvoir dans la bande de Gaza résultent en une stratégie qui a échoué et doit être remplacée. Une nation qui est à la recherche d’une paix véritable ne peut se permettre d’ignorer ses partenaires.

• Arik Diamant et David Zonsheine sont les fondateurs de Courage to Refuse, un mouvement de soldats réservistes israéliens qui refusent de servir dans les territoires occupés. En Novembre 2009, ils ont lancé une initiative appelant Israël à ouvrir un dialogue avec le Hamas.

Source : Contre Info

Webster Tarpley: la Chine et le dilemme iranien (audio)

18 fév

La Chine va de Charybde en Scylla, elle est confrontée à ce choix cornélien : trahir l’Iran et perdre 12 % de son pétrole, ou laisser une crise armée générale dans le Golfe risquer de la priver de 40 % de ses ressources pétrolières.

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Arabie Saoudite : le « scandale » du pétrole en contrebande vers l’Europe, via la France

16 fév

par Habib Trabelsi

La presse saoudienne parle depuis plus d’une semaine d’un « scandale » de pétrole en contrebande destiné à des pays européens, via la France, dans lequel est impliquée une société traitant avec la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures, Arabian American Oil Company (Aramco), depuis le terminal géant de Yanbu, situé sur la mer Rouge.

Citant « des sources informées », le quotidien « Okaz », le premier journal à en avoir fait état, a rapporté le 11 février que « le département des investigations administratives (Administrative Investigation Department, AID) avait fait échec à des opérations de contrebande de cargaisons de pétrole devant être acheminées du port industriel du roi Fahd (King Fahd Industrial Port) à Yanbu vers la Fance et des pays européens ».

« Barils » ou « pipelines », du pareil au même !

Le journal a précisé que les trafiquants remplissaient le pétrole dans des barils utilisés normalement pour l’exportation d’huiles de vidange usagées et récupérées dans des stations service et des garages, en vue d’être recyclées à l’étranger et transformées en produits raffinés.

Le journal a précisé que l’AID et le ministère du Pétrole et des Ressources minérales ont prouvé l’implication dans ces opérations du propriétaire de la société incriminée et de dix autres fonctionnaires travaillant pour le compte d’entreprises spécialisées dans le secteur pétrochimique.

Mais ni les noms des compagnies, ni ceux des personnes impliquées dans cette contrebande présumée n’avaient encore été révélés.

Le 13 février, le même journal, citant le directeur du port, Dr. Hmoud Al-Sobei, a révélé que les trafiquants avaient procédé autrement.

« Ils en sont arrivés à transférer le pétrole (en contrebande) depuis les réservoirs de la compagnie, situés à l’extérieur du terminal, jusqu’aux pétroliers (mouillant en mer Rouge), directement, au moyen de pipelines géants, et sans avoir besoin de barils ou d’autres procédés », a-t-il affirmé.

Une contrebande vieille de onze ans

Mardi (16 février), le même journal a fait une autre « révélation » sur cette affaire, évoquée aussi par plusieurs sites internet.

Le journal, citant encore « des sources informées », a rapporté que « la société mise en cause a procédé à ces opérations de contrebande durant plus de onze ans, en rusant sur la nature des liquides transférés des réservoirs de la compagnie vers les pétroliers se rendant directement à l’étranger ».

Citant également le porte-parole de la Douane saoudienne et directeur général du département des relations publiques, Abdallah ben Saleh Al-Kharbouch, le journal avait récemment affirmé que celui-ci « a reconnu l’existence de plusieurs tentatives de contrebande de produits pétroliers (…), sous prétexte que ces produits sont autorisés à l’exportation par voie maritime ou terrestre ».

M. Kharbouch a toutefois indiqué que « les services de douane les considèrent comme faisant partie des crimes de contrebande, conformément aux règlements en vigueur à la Douane ».

Pour sa part, le secrétaire général de la Chambre de Commerce franco-arabe, Dr. Saleh Bakr Al-Tayar, avait réclamé la dénonciation des entreprises et des fonctionnaires impliquées dans cette contrebande (…) pour dissuader quiconque penserait dilapider les biens de l’Etat et porter préjudice aux intérêts commerciaux internationaux. Qui est responsable de cette « pétrolegate » ?

Dans un article d’une ironie cinglante, publié mardi par le quotidien « Al-Hayat », le journaliste Abdel Aziz Al-Soueid souligne que le ministère du Pétrole « a suspendu » les activités de la société impliquée dans la contrebande, en déplorant toutefois que le ministère n’ait pas publié de communiqué éclairant les tenans et aboutissants de cette affaire.

« Des pipelines géants installés sans l’accord de la direction du port, pourrait relever d’une corruption de grande envergure et peut-être d’une négligence enore plus grande », écrit-il.

Et Al-Soueid d’ironiser en ces termes: « les informations sur ce scandale sont infuffisantes et risibles. Nous ne savons rien sur le nom de la société, ni sur son propriétaire ou son directeur. Je pense que toutes ces informations seront enterrées dans ces barils ».

« Peut-être aussi que la responsabilité sera rejetée sur … un ouvrier du Bangladesh », a-t-il ajouté en se posant mille questions: « Quel est le montant du pétrole volé ? Depuis quand a commencé la contrebande ? Celle-ci a-t-elle débuté depuis que la société a commencé à opérer ou bien se pratiquait-elle bien avant ? Y a-t-il d’autres complices et des intermédiaires dans cette affaire ‘liquifiée’ ».

Non moins ironique, Hael Al-Abidan, écrit le même jour dans « Al-Watan », sous le titre « Tamam, ya afandam ! » (Tout est pour le mieux, Sire !): « Dieu merci, tout va bien. Rien dans l’actualité ne mérite d’être signalé ».

« J’ai passé des heures à fouiller dans les informations locales. Rien n’a attiré mon attention, sinon un seul fait ‘simple’, celui d’une société attrapée en flagrant délit de contrebande de pétrole au port industriel du roi Fahd à Yanbu. L’affaire est ‘simple’ et ne mérite même pas d’être signalée. Et pour preuve: le nom de la société impliquée n’a même pas été cité, ni d’aucun de ses responsables (…). Donc, tout est OK ! ».

Le syndrome de Djeddah

Plus virulents encore sont les commentaires des lecteurs sur les pages électroniques de ces journaux, dont l’un s’en prend vivement aux « suceurs du sang du peuple ». « Pendant onze ans le pétrole du peuple est volé. Ni vu, ni connu ! Pourquoi ? N’y a-t-il personne dans ce pays ? », s’interroge « Khaled ».

« Onze ans, ce n’est pas rien ! J’espère que nos vénérables cheikhs, mettront en garde contre de telles pratiques et diront que l’argent qui en provient est illicite ! », renchérit « Badr Al-Badaoui ».

Quant à « Abou Kayan », il s’en remet lui au roi Abdallah ben Abdel Aziz.

« J’appelle Abou Metab à ajouter ce scandale au prédédent … celui des inondations de Djeddah … Il faut absolument combattre la corruption et démasquer les suceurs du sang du peuple et les responsables des milliards dilapidés », écrit-il dans une allusion à l’enquête ordonnée par le souverain saoudien sur « la catastrophe de Djeddah ».

Source : Saudiwave

AfPak : les Taliban perdent leur n°2

16 fév

Le mollah Abdul Ghani Baradar, numéro un de la hiérarchie militaire talibane, a été capturé au Pakistan au cours d’une opération conjointe des services de renseignement américains et pakistanais a confirmé Washington mardi après des révélations du New York Times.

Un coup sévère porté aux talibans ? Selon Washington, le chef des armées talibanes, le mollah Abdul Ghani Baradar, numéro 2 dans l’organigramme des étudiants en théologie afghans derrière le mollah Omar, a été capturé à Karachi par les services de renseignement américains et pakistanais. Les talibans ont toutefois démentie l’information. ” Je dirais que c’est significatif. Mais, même quand on capture leurs dirigeants, ils font preuve d’une formidable capacité à rebondir “, a déclaré un membre de l’administration américaine à l’annonce de la capture du n°2 taliban. La nouvelle, dévoilée par le New York Times , a été confirmée par un autre haut fonctionnaire américain. Tous deux ont requis l’anonymat.

Comme un frère pour le mollah Omar

Le mollah Baradar, 42 ans, était un proche du mollah Omar, chef suprême du mouvement, et une figure importante du conseil de commandement – Baradar signifie ” frère ” et c’est le mollah Omar qui l’aurait dénommé ainsi pour affirmer leur proximité. D’après le New York Times, le mollah Baradar a été capturé à Karachi. Un représentant de la milice a toutefois assuré qu’il était toujours à son poste, en Afghanistan. ” Il n’a pas été capturé. Ils veulent répandre cette rumeur simplement pour détourner l’attention de leur défaite à Marjah et semer la confusion dans le public “, a déclaré à Reuters Zabihullah Mujahid, évoquant l’offensive de l’Otan dans la province de l’Helmand, en Afghanistan. Coté pakistanais, la police et les autorités civiles de Karachi disent tout ignorer de cette capture. La Maison blanche, la CIA et le Pentagone n’ont pas souhaité réagir.

Pour le New York Times, la capture du mollah Baradar est l’oeuvre de l’Inter-Services Intelligence (ISI), les services de renseignement militaires pakistanais, et d’agents de la CIA, selon lequel l’opération marque l’entrée dans une nouvelle phase de la coopération entre Washington et Islamabad. Le quotidien new-yorkais explique avoir appris l’opération jeudi, mais dit avoir reporté sa publication sur demande de la Maison Blanche qui craignait qu’elle ne nuise à une opération jugée très réussie. Le journal a décidé de révéler l’affaire quand Washington a reconnu qu’elle s’était ébruitée dans la région. Selon les responsables américains cités par le journal, outre les opérations militaires des talibans, le mollah Baradar régnait sur leur conseil de direction établi à Quetta, au Pakistan.

Source : le JDD

Ben Laden et la faucheuse de marguerites

15 fév

par Michel Pinton

Créées pendant la guerre du Vietnam pour faire des trous dans la jungle, les « faucheuses de marguerites » ont aussi été utilisées contre les troupes irakiennes pendant la Guerre du Golfe. Ces bombes ont servi contre les positions des talibans sur les lignes de front, selon des informations en provenance d’Afghanistan. Ces engins coûtent environ 27.000 dollars pièce.

Archives du 31 janvier 2002

Elles sont larguées depuis un avion-cargo C-130 qui vole à au moins 1.800 mètres d’altitude, pour éviter de subir l’onde de choc au moment de la déflagration. Chacune fait plus de cinq mètres de long pour 1,50 mètre de diamètre, environ la taille de la Coccinelle de Volkswagen en beaucoup plus lourd et moins sympathique.

C’est une arme mystérieuse que celle-là : seuls quelques spécialistes en parlent à mi-voix. Ils lui ont donné le nom fleuri de « faucheuse de marguerites » (daisy cutter en américain). Cet aimable qualificatif désigne une des bombes les plus meurtrières qui soient.

Sous sa forme habituelle, elle apparaît comme un monstre de six tonnes, qu’aucun bombardier n’est capable de transporter. On l’installe dans un avion de transport géant. Celui-ci la largue à deux mille mètres au-dessus de sa cible. Descendue à bonne distance du sol, elle disperse dans l’air un immense aérosol, mélange de polystyrène, de poudre d’aluminium et de nitrate d’ammonium. Dès que l’aérosol a atteint un volume suffisant, un détonateur y met le feu. L’air, l’eau et le sol, pénétrés de millions de particules incandescentes, brûlent dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Rien n’y échappe.

Mais les effets dévastateurs de la faucheuse de marguerites ne s’arrêtent pas à cette boule infernale. Son explosion provoque aussi une gigantesque surpression à laquelle aucun mur, aucune barrière, aucun obstacle ne résistent. Son souffle est aussi puissant que celui d’une bombe atomique de petit calibre. Même les mines les mieux enterrées dans le sol, lui cèdent : elles sautent toutes à la fois.

Plus fort encore : pour entretenir sa combustion, Daisy Cutter aspire en son centre tout l’oxygène de l’air. Elle n’en laisse pas aux êtres vivants qui ont la mauvaise fortune de se trouver à sa portée. Les bunkers, les souterrains mêmes, ne protègent personne contre cet effet là. Ceux qui se croient à l’abri dans de profonds refuges, sont proprement asphyxiés. Selon les descriptions les plus précises, leurs poumons sont arrachés de leurs corps.

Il serait justifié qu’une bombe aussi terrible entrât dans la catégorie des armes chimiques interdites par les conventions internationales. De fait, aucun Etat au monde n’en revendique la possession. Elle n’est décrite dans aucune encyclopédie d’armements. Elle ne figure dans les inventaires d’aucune armée. Officiellement, elle n’existe pas.

Ce n’est pas qu’elle fasse appel à des techniques compliquées ou à des préparations coûteuses. Elle est à la portée de n’importe lequel des Etats d’aujourd’hui. Les mêmes spécialistes qui lui ont donné son nom pastoral, l’appellent aussi la bombe atomique du pauvre.

Il y a dix ans déjà, on soupçonnait l’Irak de l’avoir construite en secret. Au moment de lancer l’offensive qui allait libérer le Koweit, les généraux américains redoutaient que leurs troupes fussent décimées par un barrage de faucheuses de marguerites. Pour en éliminer le risque, ils pourchassèrent dans les airs, détruisirent au sol et harcelèrent au fond des abris tout avion ennemi susceptible de la transporter. Le président Bush, alerté, lança à Saddam Hussein des mises en garde solennelles : qu’il ne s’aventure pas à utiliser cette arme horrible ! L’opinion mondiale prise à témoin, eût certainement été soulevée par une houle d’indignation et des représailles eussent paru justifiées. Saddam Hussein n’a pas voulu ou pas pu lancer la bombe atomique du pauvre.

C’est l’Etat le plus riche de la planète, et lui seul, qui l’a fait.

Il l’a expérimentée au Vietnam il y a trente ans. La faucheuse de marguerites était encore artisanale. L’Etat major américain ne lui demandait rien de plus que de nettoyer la jungle là où il voulait installer une plate-forme pour ses hélicoptères. Nettoyer voulait dire brûler à la fois la végétation hors sol et les Vietcongs cachés dans leurs trous.

Vingt ans plus tard, Daisy Cutter atteignait son âge adulte. Elle était devenue plus maniable, plus efficace et sa doctrine d’emploi mûrissait. La guerre du Golfe éclate. L’armée irakienne a la naïveté de s’abriter derrière des lignes de front bien repérables ; elle se croit protégée par des champs de mines, des tranchées, des postes de tirs enfouis. Les faucheuses de marguerites américaines écrasent ces défenses en un clin d’œil et ouvrent des voies triomphales aux chars lancés vers Bassorah. Le Pentagone n’a pas eu les scrupules moraux du Président des Etats-Unis. Et il a eu raison puisque l’opinion publique mondiale n’a pas bougé. Il faut dire que Daisy Cutter était employée discrètement. Elle n’avait pas l’honneur d’un rôle principal. Et puis, critique-t-on une armée qui, en moins d’une semaine, met en déroute, sans pertes ou presque, un adversaire qu’on avait décrit comme formidable et décidé à une lutte acharnée ? On l’admire en silence, voilà tout.

Encore dix ans d’inactivité. Daisy Cutter arrive à sa pleine maturité. Viennent les attentats terroristes du 11 septembre dernier puis la riposte américaine en Afghanistan. Après un mois de tâtonnements et l’essai peu convaincant d’armes précises, le Pentagone en vient à la conclusion qu’une autre tactique est nécessaire. Les tribus tadjiks et ouzbeks du nord du pays proposent d’abattre le régime du mollah Omar . Leur offre est séduisante ; mais, depuis des années, leurs guerriers en guenilles se sont avérés incapables de percer la ligne de front, si sommaire qu’elle soit, que leur opposent les talibans. L’Amérique décide de les aider. Son action est simple, rapide et d’une efficacité dans parade. Quelques faucheuses de marguerites judicieusement larguées, écrasent les abris de brique et de parpaings, nettoient les tranchées et font sauter les champs de mines. Epouvantés, les rescapés talibans s’enfuient. Les chars de l’alliance du nord s’engouffrent dans les passages ouverts par leur puissant protecteur. La suite de leur campagne est une promenade militaire de ville en ville. Quelques semaines plus tard, la faucheuse de marguerites est à nouveau mise à contribution pour débusquer Ben Laden des grottes bétonnées où, dit-on, il se cache.

Des images médiatiques soigneusement distillées nous font croire que les victoires éclatantes remportées en Afghanistan sont dues aux techniques militaires de pointe dont les Etats-Unis ont le secret. L’opinion mondiale, muette de surprise et d’admiration, a conclu à la force irrésistible de la modernité américaine. On imagine des porte-avions inaccessibles, aidés par des satellites invisibles, envoyant des nuées d’avions furtifs lancer des missiles précis sur des cibles militaires soigneusement repérées. On imagine aussi des hélicoptères invulnérables, surgissant comme l’éclair et débarquant des commandos à la puissance de feu irrésistible, qui achèvent l’écrasement d’un ennemi désorganisé. La réalité est moins flatteuse. C’est la vieille « daisy cutter » qui a été la vedette cachée de cette guerre. Pour la première fois, le rôle principal lui a été accordé. Les bombardiers du dernier modèle, les missiles sophistiqués, les arsenaux futuristes de satellites d’observation, drônes espions et explosifs à effet dirigé, ont tous dû s’incliner devant la faucheuse et la laisser porter les coups décisifs.

Pour autant, est-elle devenue une arme légitime ? Les services qu’elle rend aux Etats-Unis justifient-ils l’horreur de son emploi ? Le crime commis à New-York appelle-t-il un châtiment aussi barbare sur l’Afghanistan ? L’Amérique ne se pose pas de telles questions. Il est vrai que ses chefs politiques et militaires n’ont jamais reconnu utiliser « daisy cutter ». Tout se passe comme s’ils voulaient, de décennie en décennie, de conflit en conflit, préparer leur opinion publique à la considérer comme une arme parmi les autres, dont l’emploi est si routinier qu’il n’appelle aucune interrogation.

Reste à voir si l’accoutumance espérée servira l’hégémonie américaine ou si elle ne dépassera pas rapidement les limites dans lesquelles les stratèges de Washington pensent la tenir. Si l’utilisation de la faucheuse finit par paraître banale au peuple américain, elle paraîtra banale à d’autres aussi. Ils voudront posséder cette bombe. Ils n’auront guère de difficulté tant elle est facile à fabriquer. Le Pentagone se suscitera des émules et l’arme se retournera contre le gouvernement qui croit pouvoir la lancer impunément sur ses ennemis. Qui ose mettre en garde les Etats-Unis triomphants ? Qui leur dit que la puissance est une tentation redoutable parce qu’elle grise et illusionne ? Comme il serait utile que la conscience européenne s’arrache à son sommeil complaisant ! En parlant haut et clair, elle rendrait un inestimable service à l’Amérique et à toute l’humanité.

Car, pour l’heure, seuls les ennemis des Etats-Unis méditent les leçons de la faucheuse de marguerites. Ils le font à leur manière et dans leur intérêt. Tout bien pesé, les a-t-elle tellement vaincus ? L’horreur que son utilisation suscite chez leurs partisans accroît leur haine de l’Amérique, sert à justifier leurs actes et leur attire des recrues. Et puis, ils ont maintenant appris à esquiver ses coups. Ben Laden, le mollah Omar et les autres se sont volatilisés dans le désert afghan, à moins qu’ils se soient fondus sans la foule des grandes villes pakistanaises. Contre cette tactique-là, Daisy Cutter est impuissante.

Ainsi va cette guerre impitoyable. L’engrenage de la violence est bien lancé. Rien ne permet de croire qu’il va s’arrêter.

Source : Geopolintel

Les multiples déconvenues de la politique étrangère d’Obama

15 fév

par Jim Lobe

Que reste-t-il des espoirs levés par Obama ? Escalade de la guerre en Afghanistan, absence de progrès au Proche-Orient, échec du sommet de Copenhague, impasse de la tentative d’ouverture avec l’Iran, regain de violence en Irak, déception dans le monde arabe mais aussi en Amérique du sud, tensions croissantes avec la Chine, remise en cause de l’alliance stratégique par Tokyo, le paysage diplomatique de la Maison Blanche s’est considérablement assombri en l’espace d’un an. Analyse de Jim Lobe.

IPS News

Au Moyen-Orient et en Asie du Sud, où ont été déployés l’essentiel des efforts en politique étrangère depuis son investiture il y a un an, Obama n’a réalisé que peu ou pas de progrès dans deux de ses principales priorités régionales : une action résolue vers une solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien et une stabilisation de l’Afghanistan.

Et tandis qu’il a respecté son calendrier pour un désengagement graduel des troupes américaines d’Irak, les récentes évolutions politiques sur place – y compris l’interdiction faite à quelque 500 hommes politiques principalement sunnites de se présenter aux élections de mars, ainsi que les attentats meurtriers de cette semaine au coeur de Bagdad – ont souligné la fragilité des progrès qui y ont été réalisés.

De même, Obama a réussi à repousser les pressions exercées par Israël et ses puissants soutiens politiques aux Etats-Unis en faveur d’une politique de confrontation avec l’Iran. Toutefois, on ignore s’il pourra continuer dans cette voie, surtout en l’absence d’une réponse conciliante du régime combatif et divisé en place à Téhéran, tout comme d’un comportement plus unitaire des autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment la Russie et la Chine.

Bien que les défis dans le monde islamique – pour la plupart hérités de la politique désastreuse de son prédécesseur, George W. Bush – vont assurément rester sur le devant de la scène de la politique étrangère lors de la deuxième année à la présidence Obama, l’ Asie, en particulier les relations avec le Japon et la Chine, devient également une zone de préoccupations importantes – et potentiellement encore plus lourdes de conséquences.

Tout comme le soutien populaire dont jouit Obama, bien que restant encore plus élevé que toute autre personnalité politique américaine, a diminué par rapport à ses premiers mois au pouvoir, l’énorme bienveillance suscitée à l’étranger par son élection semble se dissiper – quoique beaucoup plus progressivement.

La conclusion décevante du Sommet de Copenhague sur le climat, où l’Europe a été littéralement exclue de la négociation finale – associée à l’escalade militaire d’Obama en Afghanistan et aux pressions incessantes sur les alliés membres de l’OTAN pour qu’ils y accroissent leurs engagements – ont souligné dans nombre de nations du « Vieux Monde » que la politique américaine était plus marquée par la continuité que par le changement, en dépit du passage de relais à la tête de l’Etat.

L’étoile d’Obama semble même pâlir en Amérique latine, où sont déçues les grandes attentes d’ouverture d’une nouvelle ère dans les relations entre les deux hémisphères.

Les vieux ressentiments ont ré émergé du fait de la timidité de ses mesures d’allègement de l’embargo contre Cuba que Washington impose depuis 50 ans, du manque de concertation dans les négociations ouvrant l’accès à des bases militaires en Colombie, et de son abandon brutal de sa demande initiale de rétablissement dans ses fonctions du président hondurien Manuel Zelaya après le coup d’Etat militaire de juin dernier.

Le fait qu’Obama entre dans sa deuxième année au pouvoir dans une position politique affaiblie sur le plan intérieur – l’exemple le plus récent de cet affaiblissement ayant été spectaculairement apporté par la perte dans le Massachusetts la semaine dernière d’un siège Démocrate critique au Sénat – réduira presque certainement sa liberté d’action sur la scène internationale.

Sans une majorité absolue dans la chambre haute, il sera sensiblement plus difficile d’obtenir une loi ambitieuse de réduction des émissions américaines de gaz à effet de serre – que la plupart des observateurs internationaux considèrent comme une pré-condition pour qu’un nouveau traité contraignant puisse prendre la place du Protocole de Kyoto.

Il en va de même pour les espoirs d’Obama d’obtenir la ratification par le Sénat du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT), depuis longtemps attendu, que les experts considèrent comme essentiel pour la crédibilité de l’ambitieux agenda de non-prolifération nucléaire qu’il avait détaillé pour la première fois dans un discours en avril dernier.

Pour l’emporter, dans l’un ou les deux cas, Obama devra dépenser un précieux capital politique, ne serait-ce que pour obtenir le soutien des démocrates conservateurs, qui sont les plus vulnérables dans les prochaines élections de mi-terme en Novembre – sans même évoquer le cas des républicains.

Un échec ou un retard de ces initiatives seraient susceptibles de porter un coup majeur à la fois à sa crédibilité internationale, en particulier parmi les alliés européens de Washington, et à ses efforts pour promouvoir la coopération multilatérale.

De même, la faiblesse supposée d’Obama et les préoccupations électorales des démocrates au Congrès le rendront probablement moins enclin à faire pression sur Israël pour obtenir des compromis essentiels sur le projet de la solution à deux Etats, en dépit des affirmations récentes de son envoyé spécial, George Mitchell, sur le fait que Washington s’attend à un accord dans les deux ans.

Une paralysie persistante sur ce front, cependant, est très préoccupante pour de nombreux fonctionnaires de l’administration et des experts indépendants qui pensent qu’elle affaiblira davantage les forces modérées dans le monde arabe et au-delà au profit de l’Iran, de Al-Qaïda et de ses affiliés.

Certains, y compris les plus proches alliés arabes de Washington, avertissent de la possibilité d’une nouvelle intifada palestinienne qui pourrait raviver, selon la façon dont Israël et Washington réagiraient, le sentiment anti-américain dans la région aux niveaux sans précédent atteints sous Bush, surtout après l’invasion de 2003 et de nouveau pendant l’offensive militaire israélienne de l’an dernier à Gaza.

Pendant ce temps, la fragilité de la situation politique en Irak – notamment la disqualification des candidats sunnites prétendument liés au parti Baas – est à l’origine de difficultés considérables, un certain nombre d’experts avertissant que, si cette situation devait se prolonger, elle pourrait déstabiliser le pays et forcer Washington à réviser complètement sa stratégie de sortie.

Dans le même temps, de hauts responsables militaires américains prédisent une année sanglante en Afghanistan alors qu’ils tentent, avec les alliés de l’OTAN, de faire basculer la perception d’une guerre gagnée par l’insurrection talibane. Leur récent échec à persuader l’armée pakistanaise de s’en prendre aux sanctuaires talibans dans le Waziristan du Nord rendra probablement leur tâche beaucoup plus difficile.

Mais c’est cependant l’Asie qui pourrait poser pour l’administration ses plus épineux défis à long terme.

Après une quinzaine d’années de calme relatif, les relations sino-américaines pourraient entrer dans une période de tensions graves au milieu d’accusations et contre-accusations de censure sur Internet et d’espionnage, les énergiques protestations contre les ventes prévues d’armes américaines à Taiwan, et le renforcement des capacités militaires chinoises qui, combinés au statut de Pékin de plus gros créancier de Washington, ont donné naissance aux Etats-Unis à un malaise grandissant face à l’émergence de la Chine comme puissance mondiale.

Dans le même temps, la victoire électorale du Parti démocrate du Japon (PDJ), dont le programme de politique étrangère appelait à un rééquilibrage des accords de sécurité entre Tokyo et Washington et le resserrement des liens avec Pékin et le reste de l’Asie, semble avoir paralysé les décideurs des Etats-Unis.

A moins d’être gérés avec soin, les contretemps actuels sur la relocalisation des forces américaines du sud de l’île d’Okinawa pourraient bien marquer le début inopportun d’une réévaluation fondamentale de la plus importante et conséquente alliance stratégique de Washington dans le Pacifique.

Source : Contre Info

Programme nucléaire en Birmanie ?

14 fév

« Nous savons qu’il y a aussi des inquiétudes grandissantes quant à la coopération militaire entre la Corée du Nord et la Birmanie, que nous prenons très au sérieux » avait déclaré Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, en juillet 2009, lors du Forum régional de l’ASEAN (Association des pays de l’Asie du Sud-Est).

En fait, cette préoccupation évoquée par la diplomatie américaine concerne d’éventuels liens entre les deux pays dans le domaine du nucléaire à vocation militaire. Seulement, cette collaboration reste difficile à prouver. Tout au plus a-t-on des faisceaux d’indices qui trahirait l’existence d’une telle collaboration.

Ainsi, l’affaire du cargo nord-coréen « Kang Nam I » en fait partie. Ce navire, dont la nature de la cargaison reste officiellement inconnue, avait été contraint de rebrousser chemin sous la contrainte d’un bâtiment de l’US Navy alors qu’il naviguait vers la Birmanie. Selon un expert des services de renseignement sud-coréens, qui s’était appuyé, à l’époque, sur des photographies prises par satellites, le Kang Nam I aurait en fait transporté du matériel nucléaire, ainsi que des missiles Scud.

Autre élément, l’information dévoilée par Radio Free Asia, un medium basé à Washington, selon laquelle de hauts responsables militaires birmans se seraient rendus en Corée du Nord dans la plus grande discrétion en 2007. Cette visite aurait eu pour objet la signature d’un pacte pour renforcer la coopération militaire entre les deux pays afin de moderniser l’armée birmane et de construire des installations souterraines.

Si le contenu de cette accord n’a pas été confirmé, il n’en reste pas moins que près de 800 tunnels ont été construits en Birmanie, avec l’aide nord-coréenne, entre 2003 et 2006. Ces constructions, réalisées dans le cadre de l’opération « Carapaces de Tortue », ont été photographiées et filmées, puis diffusées en juin 2009. Un journaliste qui a pu voir ces clichés, Bertil Lintner, a confirmé leur authenticité. Seulement voilà, on ignore à quoi peuvent bien servir ces tunnels, si ce n’est à abriter, peut-être, un programme d’armement nucléaire secret.

En plus de ces éléments, la Birmanie, signataire du Traité de non-prolifération (TNP) en 1992, a commandé auprès de la Russie un réacteur nucléaire de 10 mégawatts pour faire de la recherche. De plus, les affirmations de dissidents birmans nourrissent la suspicion. Selon eux, un chantier militaire appelé « Ayelar », situé à une quinzaine de kilomètres de la ville de Pyin Oo Lwin, abriterait les activités nucléaires birmanes

Enfin, un rapport publié le 28 janvier dernier par l’Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS), un think tank américain, résume tous ces soupçons et va encore plus loin en mettant en avant la nature d’équipements dits de « technologie duale », c’est à dire à la fois militaire et civile, acquis par la Birmanie. « Certains matériels pouvant être utilisés dans un programme nucléaire ou balistique ont été transférés vers des infrastructures industrielles isolées dont la finalité demeure inconnue » ont écrit les experts David Albright et Paul Brannan dans leur rapport. Selon eux, l’Allemagne, la Suisse et le Japon auraient ainsi vendu des systèmes électroniques de haute technologies sans connaître l’usage ultérieur qui en serait fait. Par ailleurs, l’ISIS évoque l’activité en Birmanie de la Namchongang Trading (NCG), une société nord-coréenne inscrite sur la liste noire du Conseil de sécurité de l’ONU. Or, il se trouve qu’elle est soupçonnée de jouer un rôle dans la prolifération, notamment en Syrie.

Cela étant, et avec tous ces indices, la junte birmane est-elle sur le point d’acquérir une arme nucléaire ? Rien n’est moins sûr et les auteurs du rapport de l’ISIS ne sont pas affirmatifs sur ce dossier qu’ils jugent toutefois assez préoccupant pour mettre en garde les sociétés occidentales susceptibles d’être contactés par des responsables birmans ou des entreprises écrans nord-coréennes. « Les faits évoqués incitent les gouvernements et les entreprises à agir avec la plus extrême prudence dans leurs échanges avec la Birmanie » et de traiter d’éventuelles demandes « de la même manière que celles venants de l’Iran, du Pakistan ou de la Syrie », trois pays régulièrement cités pour leurs activités proliférantes.

Qu’il y ait une volonté de la part de la junte birmane de se procurer une arme nucléaire en collaboration avec la Corée du Nord est tout à fait plausible. Mais, pour le moment, Pyongyang ne dispose pas de la technologie permettant de fabriquer des têtes nucléaires pour armer des missiles. Faire des essais souterrains, comme cela a été le cas en mai 2009, est une chose. Concevoir l’arme en elle-même en est une autre.

Les propos tenus par Chan Tun, un ancien ambassadeur birman en Corée du Nord devenu un militant pour la démocratie, décrivent sans doute le mieux ce programme supposé de la junte. « Pour être clair : la Birmanie veut se procurer la technologie pour développer une bombe nucléaire » a-t-il déclaré, en 2009, au magazine thaïlandais Irrawaddy. « Cependant, je dois dire que c’est puéril de la part des généraux de rêver d’acquérir la technologie nucléaire, alors qu’ils n’arrivent même pas à procurer de l’électricité en permanence à la Birmanie » a-t-il nuancé.

Source : Zone Militaire

Le Yémen et la militarisation des voies navigables stratégiques

14 fév

Sécuriser le contrôle étasunien de l’île de Socotra et du golfe d’Aden

par Michel Chossudovsky

« Quiconque atteindra la suprématie maritime dans l’océan Indien sera(it) un joueur important sur la scène internationale. » Géostratège de la Marine des États-Unis, le contre-amiral Alfred Thayus Mahan (1840-1914)

L’archipel yéménite de Socotra (ou Suqutra) dans l’océan Indien est situé à quelque 80 kilomètres de la corne de l’Afrique et à 380 kilomètres au sud du littoral yéménite. Les îles de Socotra sont une réserve faunique reconnue par l’UNESCO comme patrimoine naturel mondial.

Socotra se situe au carrefour des voies navigables stratégiques de la mer Rouge et du golfe d’Aden (voir la carte ci-dessous). L’île est d’une importance cruciale pour l’armée étasunienne.

La militarisation des voies maritimes figure parmi les objectifs tactiques de Washington. Ce cours d’eau stratégique relie la Méditerranée à l’Asie du Sud-Est et à l’Extrême-Orient par le canal de Suez, la mer Rouge et le golfe d’Aden.

 

Il s’agit d’un important passage pour les pétroliers. Une grande part des exportations industrielles de la Chine vers l’Europe de l’Ouest passe par cette voie navigable stratégique. Le commerce maritime de l’Afrique de l’Est et du Sud vers l’Europe de l’Ouest transite également à proximité de Socotra, par le golfe d’Aden et la mer Rouge (voir la carte ci-dessous). Une base militaire à Socotra pourrait être utilisée pour superviser le mouvement des navires, dont les navires de guerre entrant et sortant du golfe d’Aden.

« L’[océan] Indien est un couloir maritime majeur reliant le Moyen-Orient, l’Asie de l’Est et l’Afrique avec l’Europe et les Amériques. Il possède quatre voies d’accès cruciales facilitant le commerce maritime international, à savoir le canal de Suez en Égypte, Bab-el-Mandeb (longeant Djibouti et le Yémen), le détroit d’Ormuz (longeant l’Iran et Oman) et le détroit de Malacca (longeant l’Indonésie et la Malaisie). Ces « points d’étranglement » sont primordiaux pour le commerce mondial du pétrole puisque d’énormes quantités de pétrole passent par ceux-ci. » (Amjed Jaaved, A new hot-spot of rivalry, Pakistan Observer, 1er juillet 2009)

Le pouvoir maritime

D’un point de vue militaire, l’archipel de Socotra est un carrefour maritime stratégique. De plus, à la sortie est du golfe d’Aden, l’archipel s’étend sur une zone maritime relativement grande, de l’île d’Abd al Kuri jusqu’à l’île principale de Socotra (voir la carte 1 ci-dessus). Cette zone maritime de transit international se trouve dans les eaux territoriales yéménites. Le but des États-Unis est de maintenir l’ordre sur toute la voie maritime du golfe d’Aden à partir des littoraux du Yémen et de la Somalie. (Voir carte 1)

Socotra se situe à quelque 3000 km de la base navale étatsunienne de Diego Garcia, l’une des plus grandes installations militaires des États-Unis à l’étranger.

La base militaire de Socotra

Le 2 janvier 2010, le président Saleh et le général David Petraeus, commandant du l’US Central Command se sont rencontrés derrière des portes closes pour des discussions de haut niveau.

La rencontre Saleh-Petraeus a été simplement présentée par les médias comme une réaction opportune à l’attentat à la bombe déjoué de Noël à Détroit à bord du vol 253 de Northwest. Cette rencontre avait apparemment été planifiée sur une base ad hoc comme moyen de coordonner les initiatives de contre-terrorisme dirigées contre Al-Qaida au Yémen, incluant « l’utilisation (de) drones étasuniens et de missiles sur les terres du Yémen ».

Toutefois, plusieurs reportages ont confirmé que les réunions Saleh-Petraeus visaient à redéfinir l’engagement militaire des États-Unis au Yémen, incluant l’établissement d’une base militaire à part entière sur l’île de Socotra. Le président du Yémen, Ali Abdullah Saleh, aurait « cédé Socotra aux Étatsuniens qui y construiraient une base militaire, en soulignant que les représentants étatsuniens et le gouvernement yéménite s’étaient entendus pour l’établissement d’une telle base à Socotra afin de contrer les pirates et Al-Qaida » (Fars News 19 janvier 2010)

Le 1er janvier, un jour avant les rencontres entre Saleh et Petraeus à Sanaa, le général Petraeus a confirmé en conférence de presse à Bagdad que l’« assistance à la sécurité » au Yémen allait plus que doubler, passant de 70 millions à plus de 150 millions de dollars, ce qui représente une augmentation multipliée par 14 depuis 2006. (Scramble for the Island of Bliss: Socotra!, War in Iraq, 12 janvier 2010. Voir aussi CNN 9 janvier 2010, The Guardian, 28 décembre 2009).

Ce doublement de l’aide militaire au Yémen a été présenté à l’opinion publique mondiale comme étant une réaction à l’incident de Détroit, prétendument ordonné par les opérateurs d’Al-Qaida au Yémen.

Les médias étasuniens ont décrit la construction d’une base aérienne sur l’île de Socotra comme faisant partie de la « guerre mondiale au terrorisme » :

« Parmi les nouveaux programmes, MM. Saleh et Petraeus se sont mis d’accord pour permettre l’utilisation d’aéronefs étatsuniens, possiblement des drones, ainsi que des “missiles maritimes”, tant que les opérations sont préapprouvées par les Yéménites, selon un haut représentant du Yémen ayant requis l’anonymat lorsqu’il abordait des sujets délicats. Des représentants des États-Unis disent que l’île de Socotra, à 200 miles au large de la côte du Yémen, sera renforcée. Sa petite piste d’atterrissage (sous la juridiction de l’armée du Yémen) sera transformée en une base complète afin de soutenir le programme d’aide élargi, ainsi que pour combattre les pirates somaliens. Le général Petraeus tente également de fournir de l’équipement de base aux forces yéménites, tel que des humvees avec protection additionnelle et possiblement plus d’hélicoptères » (Newsweek, 18 janvier 2010, c’est l’auteur qui souligne).

Installation navale étatsunienne ?

Cependant l’installation militaire étatsunienne de Socotra que l’on propose ne se limite pas à une base aérienne. Une base navale étasunienne a aussi été envisagée.

Le développement de l’infrastructure navale de Socotra était déjà en cours de réalisation. À peine quelques jours avant (29 décembre 2009) les discussions entre MM. Petraeus et Saleh (2 janvier 2010), le Cabinet du Yémen a approuvé un prêt de 14 millions de dollars aux États-Unis venant du Kuwait Fund for Arab Economic Development (Fonds koweitien pour le développement économique arabe, KFAED), en appui au développement du projet de port maritime à Socotra.

Le Grand Jeu

L’archipel de Socotra relève du Grand Jeu opposant la Russie et les États-Unis.

Durant la guerre froide, l’Union Soviétique avait une présence militaire à Socotra, qui faisait partie à l’époque du Yémen du Sud.

Il y a à peine un an, les Russes ont renoué les discussions avec le gouvernement du Yémen concernant la création d’une base navale sur l’île de Socotra. Un an plus tard, en janvier 2010, dans la semaine suivant la rencontre Petraeus-Saleh, un communiqué de la Marine russe « a confirmé que la Russie n’abandonnait pas ses plans d’ avoir des bases pour ses navires […] sur l’île Socotra. » (DEFENSE and SECURITY (Russie), 25 janvier 2010)

Les discussions entre MM. Petraeus et Saleh le 2 janvier 2010 ont joué un rôle crucial dans la diminution des ouvertures diplomatiques de la Russie au gouvernement du Yémen.

L’armée étasunienne a l’œil sur l’île de Socotra depuis la fin de la guerre froide.

En 1999, Socotra a été choisie « comme site sur lequel les États-Unis planifiaient construire un système de renseignement électro-magnétique […] ». Les médias de l’opposition yéménite ont rapporté que « le gouvernement du Yémen avait accepté de permettre à l’armée étatsunienne d’accéder à la fois à un port et à un aéroport sur Socotra ». Selon le quotidien de l’opposition Al-Haq, « un nouvel aéroport civil construit sur Socotra pour promouvoir le tourisme avait été construit conformément aux spécifications militaires des États-Unis ». (Pittsburgh Post-Gazette (Pennsylvania), October 18, 2000)

La militarisation de l’océan Indien

La construction d’une base militaire étasunienne à Socotra relève d’un processus élargi de militarisation de l’océan Indien. Ce dernier consiste à intégrer et relier Socotra à une structure existante, ainsi qu’à renforcer le rôle clé que joue la base militaire de Diego Garcia dans l’archipel des Chagos.

Le géostratège et contre-amiral de la Marine étatsunienne Alfred T. Mahan avait suggéré avant la Première Guerre mondiale que « quiconque atteindra la suprématie maritime dans l’océan Indien sera un joueur important sur la scène internationale » (Indian Ocean and our Security)

Dans les écrits du contre-amiral Mahan, c’est le contrôle stratégique par les États-Unis des grandes voies maritimes océaniques, plus particulièrement de l’océan Indien, qui était en jeu : « Cet océan est la clé des sept mers du 21e siècle : le destin du monde se décidera dans ces eaux. »

Article original en anglais, Yemen and The Militarization of Strategic Waterways, Securing US Control over Socotra Island and the Gulf of Aden, Global Research, le 7 février 2010.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

Source : Mondialisation.ca

Article relié sur Global Research: Rick Rozoff,  U.S., NATO Expand Afghan War To Horn Of Africa And Indian Ocean, Global Research,  8 January 2010.

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues)

Afghanistan : les Etats-Unis sont sur le point de lancer une opération similaire à celle menée contre Fallujah

14 fév

par Bill Van Auken

Au moment où les troupes américaines et britanniques se préparent à attaquer la ville de Marjah dans la province du Helmand en Afghanistan, les commandants militaires et les médias comparent ouvertement cette opération au siège de la ville irakienne de Fallujah en novembre 2004. Ce fut l’un des crimes de guerre les plus sanglants de la guerre en Irak.

L’opération qui doit se dérouler dans la province de Helmand, pendant longtemps une région de forte résistance à l’occupation menée par les Etats-Unis, constituera la plus vaste offensive militaire depuis que Washington a envahi l’Afghanistan en octobre 2001. Au moins 15.000 soldats doivent faire le siège de cette ville située dans la vallée de la rivière Helmand. Elle compte 80.000 habitants et l’armée américaine la qualifie de bastion des talibans.

125.000 personnes en tout vivent dans le district autour de Marjah, un centre agricole à 350 miles à l’Ouest de Kaboul. La population y a été grossie par les Afghans qui ont fui des villages occupés par les Marines américains l’été dernier, une conséquence de l’annonce, faite peu de temps après sa prise de fonction, par le président Obama du déploiement de 21.000 soldats supplémentaires.

Les Marines américains, frustrés et en colère en raison du nombre de victimes que leur a infligé un ennemi invisible capable d’attaquer et de se dissoudre dans la population locale, seront lancés contre la ville dans un assaut militaire féroce et aux conséquences prévisibles.

Le général de brigade Larry Nicholson, commandant les US Marines dans le Sud de l’Afghanistan, a révélé le caractère de la prochaine offensive. Ceux qui se trouveront à Marjah auront trois possibilités : « L’une est de rester, de combattre et sans doute de mourir, » a-t-il dit. « La seconde est de faire la paix avec son gouvernement en réintégrant sa place. » La troisième serait d’essayer de s’échapper, « En quel cas, nous aurons vraisemblablement des gens là dehors pour les attendre aussi. »

« Nous n’allons pas lésiner, » a dit Nicholson, le commandant de la 2ème brigade expéditionnaire des Marines. « Je ne m’attends pas à un combat équitable, » a-t-il ajouté.

Dans une démarche hautement inhabituelle, le commandement américain a annoncé publiquement les projets pour l’offensive. « C’est une manière quelque peu inhabituelle de procéder, mais cela permet à tout le monde d’avoir la possibilité de réfléchir à ce qu’ils vont faire avant d’être subitement touché par une offensive en pleine nuit » a dit le général Stanley McChrystal, le commandant américain en chef en Afghanistan.

L’intention déclarée de révéler l’objectif de l’offensive à venir est de permettre aux civils de fuir avant l’arrivée des Marines. Elle fournit également un alibi à usage préemptif pour l’offensive américaine en dépeignant ceux qui ne tiennent pas compte de l’avertissement de talibans jusqu’au-boutistes qui méritent d’être tués.

Stratfor, un site Internet d’analyse du renseignement militaire qui a des liens étroits avec l’appareil d’Etat américain, a rapporté jeudi que « l’assaut pourrait inclure le bouclage de la région, de nombreux combattants voués à sa défense seront probablement obligés de se battre jusqu’à mort s’en suive ou de se rendre. »

L’article poursuit en disant : « Avec les assauts contre Fallujah et Ramadi en Irak à leur actif, les Marines ont acquis de l’expérience avec ce genre d’assaut en milieu urbain. »

Quel est le bilan des assauts urbains « de ce genre » ?

L’assaut des Marines contre Fallujah en novembre 2004 avait réduit en ruines la plus grande partie de cette ville de 300.000 habitants; l’aviation y avait largué des milliers de tonnes d’explosifs, les hélicoptères et les chars de combat avaient tiré sur les bâtiments et les maisons à coup de missiles et leurs canons avaient mitraillé la ville.

Le commandement militaire américain avait affirmé avoir tué 2.000 « insurgés, » mais le véritable bilan des victimes reste inconnu. Les civils qui étaient restés dans la ville furent assujettis au même bombardement. Certains furent fusillés durant les combats de maison en maison qui s’ensuivirent et d’autres furent tués en cherchant à fuir. Les combattants blessés furent exécutés sommairement et les installations médicales furent la cible d’attaques militaires. Tous ceux présents dans la ville furent privés de nourriture, d’eau et d’électricité pendant plus de dix jours.

L’opération avait été un exercice brutal de punition collective de la population de Fallujah pour le meurtre dans cette ville de quatre mercenaires de Blackwater et eut lieu aussi en raison de la résistance prolongée de la ville contre l’occupation étrangère. Caractérisée qu’elle fut par des violations multiples et graves des lois de la guerre, elle a exprimé le caractère criminel de toute cette guerre

A en croire les commandants militaires américains, une opération identique est mise au point en Afghanistan et pour des raisons identiques, la ville de Marjah devant être transformée en champ de la mort.

Comme à Fallujah, la vengeance joue un rôle. L’armée américaine a connu au cours de l’année passée une augmentation continue du nombre de victimes tandis que la CIA a enduré une attaque humiliante fin décembre qui a entraîné la mort de sept de ses agents près de la frontière afghane.

En Afghanistan, tout comme en Irak, le commandement militaire américain estime important de faire un exemple en punissant une ville à population importante connue pour être un centre de résistance à l’occupation et en faisant parvenir le message à tout le pays qu’une telle résistance est futile et qu’on y répondra par le massacre et la destruction.

La tuerie est officiellement justifiée au nom de la lutte sans fin contre le terrorisme. Au-delà de la propagande, la force motrice de la guerre en Afghanistan, comme la guerre en Irak, se trouve la tentative de l’élite dirigeante américaine de contrer la crise du capitalisme américain par le recours à la force et par la saisie de positions stratégiques dans le Golfe persique et en Asie centrale, deux régions renfermant de vastes réserves énergétiques.

Il y a un an, lorsque Barack Obama est entré à la Maison Blanche, il y avait l’espoir parmi de vastes couches de la population américaine que son mandat reléguerait des mots comme Fallujah, Abou Ghraib, Guantánamo, Blackwater, torture et « restitution » à une époque sombre et honteuse mais révolue de l’histoire des Etats-Unis.

La préparation de l’offensive de Marjah ne fait que souligner que, loin d’être achevés, les crimes du gouvernement Bush se poursuivent et s’intensifient sous le président démocrate.

Aujourd’hui, il y a davantage de troupes américaines déployées dans des guerres et des occupations de type colonial que sous Bush et les massacres se sont propagés de l’Irak et de l’Afghanistan au Pakistan et au Yémen. Le gouvernement Obama cherche actuellement à obtenir 322 milliards de dollars pour les deux guerres et occupations en cours, une somme à laquelle s’ajouteront sûrement d’autres requêtes de financement « complémentaires. »

Le soi-disant candidat de « l’espoir » et « du changement » s’est de plus en plus clairement avéré être l’agent sélectionné par les parties de l’establishment politique et du renseignement militaire qui voulaient apporter certains changements tactiques à la politique tout en continuant à recourir à l’armée à l’étranger et à mener un assaut implacable contre la classe ouvrière à l’intérieur.

La population laborieuse américaine ne peut accepter une nouvelle série de crimes de guerre commis en son nom. La revendication pour un retrait immédiat et inconditionnel de toutes les troupes américaines et étrangères d’Afghanistan doit être liée à une offensive politique contre le gouvernement Obama et l’oligarchie financière qu’il défend.

Source : WSWS

Gaza-Strophe : le jour d’après (vidéo)

11 fév

Mecanoblog vous propose de voir, ou revoir, Gaza-Strophe : le jour d’après, un film documentaire du franco-égyptien Samir Abdallah et du franco-algérien Kheiredine Mabrouk, qui a été produit par Iskra, L’Yeux ouverts et RFO.

Synopsis AFPS : Gaza-strophe. Le jour d’après, qui sort un an après l’abominable opération de guerre israélienne « Plomb durci » contre Ghaza et sa population, témoigne de la dignité d’un peuple qui veut vivre coûte que coûte, qui s’accroche à la poésie et à l’humour comme à une bouée de sauvetage pour ne pas sombrer. Samir Abdallah et Kheiridine Mabrouk nous livrent des images insoutenables d’une guerre criminelle menée jour et nuit pendant trois semaines – du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 – par l’armée israélienne, qui a causé un véritable bain de sang – plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés – dont les séquelles et les conséquences sur la nature et la population perdurent encore.

Le film de Samir Abdallah et de Kheiredine Mabrouk nous donne à voir toute la tragédie vécue par la population de Ghaza pendant les trois semaines de bombardements qui n’ont épargné ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants, ni les malades. Ce que les missiles n’ont pas accompli a été achevé par les chars : maisons systématiquement détruites, usines, terres cultivées, arbres fruitiers, écoles… Des images apocalyptiques et, au milieu des décombres, des hommes, des femmes, des enfants dignes dans leur douleur et leurs souffrances, criant leur impuissance face à l’injustice et à l’arbitraire imposés par un ennemi surarmé et tout puissant qui les tient sous le contrôle de sa suprématie technologique, à l’exemple de ce ballon dans le ciel contenant un radar qui surveille tout Ghaza.

Ghaza, une vaste prison de laquelle les Palestiniens ne peuvent sortir sans autorisation, comme cet agriculteur qui, depuis sept ans, n’a pu approcher de la délimitation frontalière, à quelques dizaines de mètres de son lopin de terre, sous peine d’être mitraillé. Des hommes et des femmes enfermés dans une bande étroite de quelques dizaines de kilomètres carrés, encerclés par le feu et les bombes au phosphore, des hommes et des femmes à qui on a tout enlevé, sauf leur dignité, leur enracinement à la terre de leurs ancêtres et leur humanité. Car ces Ghazaouis n’ont pas perdu ce qui fait l’essence de l’être humain. Et dans le désespoir le plus profond, ils en viennent à l’humour et à la poésie.

D’où, certainement, le titre du documentaire, Gaza-strophe. Il est à souligner que le rapport Goldstone – du nom du juge désigné par les Nations unies pour conduire une mission d’établissement des faits à Ghaza – présenté devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève, le 29 septembre 2009, précise que « la mission conclut que le comportement des forces armées israéliennes constitue une grave violation de la quatrième Convention de Genève concernant les meurtres délibérés et la volonté de causer de grandes souffrances à des personnes protégées ». « Elle a aussi découvert que viser directement et tuer arbitrairement des civils palestiniens est une violation du droit à la vie. »

Le rapport critique « la politique délibérée et systématique des forces armées israéliennes de cibler des sites industriels et des installations d’eau » et « l’usage de civils palestiniens comme boucliers humains ». Concernant les objectifs et la stratégie de l’opération militaire israélienne, la mission a conclu que les stratèges militaires ont suivi délibérément une doctrine impliquant « l’usage d’une force disproportionnée et suscitant de gros dégâts et des destructions de biens et d’infrastructures civils et des souffrances chez les populations civiles ».

Autre film sur la guerre de Gaza à voir également : To shoot an elephant

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie