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Prochaine étape pour George Galloway : la mer

31 jan

par Silvia Cattori

George Galloway, présent à Lyon mardi dernier, fait état de ses projets dans un entretien avec Silvia Cattori. Tous unis avec les musulmans pour briser le siège de Gaza ” George Galloway, député britannique à la Chambre des communes (*), est un homme posé, vif, chaleureux. Son regard bleu est attentif et amical. Il n’a pas de temps à perdre. Il est préoccupé par la gravité de la situation à Gaza. Il a mille fers au feu mais il a néanmoins accepté de venir donner, le 26 janvier, une conférence à Lyon (**). C’est dans ce cadre que nous l’avons rencontré. D’une voix forte, claire et limpide, il délivre son message : face à la guerre que mène l’Occident contre le monde musulman, c’est une faiblesse mortelle de la gauche de ne pas s’unir avec les musulmans [1]. Il est impératif que toutes les forces progressistes et anti-guerre s’unissent avec eux. Car les positions des musulmans aujourd’hui sont objectivement les mêmes que celles de tous les progressistes dans le monde : en finir avec les guerres et les injustices.

Silvia Cattori : Après le dernier convoi de « Viva Palestina » à Gaza [2], que comptez-vous faire ?

George Galloway : Je pense que le temps des discussions est passé. Les actions parlent plus fort que les mots. Nous devons briser le siège de Gaza par tous les moyens. Nous l’avons brisé trois fois au cours des derniers onze mois ; nous devons continuer de le briser de plus en plus pour obtenir la fin définitive de ce siège.

Nous n’allons pas laisser seule la population de Gaza. Le prochain convoi se fera par la mer. Nous n’avons pas d’autre choix. On prendra la mer en mai 2010. Il y aura des navires d’Afrique du Sud, du Venezuela, de Malaisie, de Turquie, etc. Nous avons besoin d’autant de navires que possible, du soutien d’autant de gouvernements que possible, de la protection d’autant de drapeaux que possibles pour apporter à Gaza autant d’aide que possible ; du ciment, du bois, des clous, pour reconstruire Gaza.

Certes, c’est beaucoup plus difficile maintenant que l’Egypte a interdit l’entrée de son territoire aux convois. J’aurais préféré aller par terre plutôt que par mer, je ne suis pas un marin, mais c’est la seule voie pour aller à Gaza. Nous voulons que ce convoi international puisse naviguer sous pavillon turc, qu’il y ait à son bord des personnalités éminentes, et qu’il puisse transporter une grande quantité de matériel. Nous avons de bonnes chances d’arriver à bon port. Si nous y parvenons, nous pourrons revenir avec nos bateaux remplis de produits de Gaza, et amorcer ainsi une ligne commerciale maritime entre Gaza et le monde.

Nous sommes en train de construire une coalition internationale ; le mouvement « Viva Palestina » existe maintenant dans de nombreux pays : Afrique du Sud, Australie, États-Unis, Malaisie, Grande Bretagne, Irlande ; je souhaite voir le mouvement de solidarité en France se joindre à nous.

Silvia Cattori : Si je comprends bien, vous comptez rassembler et unifier internationalement les groupes et les gens, actuellement dispersés et affaiblis, pour atteindre la plus grande efficacité possible et devenir éventuellement le leader de ce mouvement ?

George Galloway : Non, je ne pense pas en être le leader. Je crois que la Turquie est le leader. Le Premier ministre, M. Erdogan, devrait être notre leader. C’est, je crois, le seul homme d’État qui peut réellement avoir un large écho – en particulier dans le monde musulman, le monde arabe – et qui peut réveiller le géant endormi de l’opinion publique arabe.

La Turquie a été un élément très important dans notre réussite. Elle est un nouveau facteur dans cette équation palestinienne. Après des décades d’alliance stratégique avec Israël, la Turquie est dirigée aujourd’hui par un gouvernement que les citoyens du monde ne peuvent qu’admirer. L’ONG humanitaire ” Turkish Relief Foundation” (IHH) a été décisive dans le succès de notre dernier convoi. Elle nous a apporté des véhicules et plus du 40% des personnes qui ont participé au convoi. M. Erdogan est intervenu personnellement pour obtenir que Moubarak nous laisse passer. Il nous a apporté tout le soutien politique et diplomatique qu’il nous fallait pour que nous puissions atteindre notre objectif d’entrer à Gaza pour offrir à la population notre matériel et notre soutien.

Silvia Cattori : Je comprends que vous soyez pressé de repartir, et de vous lancer dans un nouveau défi pour attirer l’attention du monde sur Gaza et sa population délibérément affamée, et toujours prise au piège d’un enfermement plus que jamais cruel et dangereux. Mais n’est-ce pas un rêve irréalisable ? En naviguant sous pavillon turc, ne craignez-vous pas d’être accusé de vouloir dresser un État contre un État ? Cela ne sera-t-il pas considéré par Israël comme un acte de guerre ?

George Galloway : Non, cela ne sera pas un acte de guerre parce que les eaux internationales sont les eaux internationales ; et après c’est la mer de Gaza. Il faut seulement avoir le courage de passer des eaux internationales aux eaux de Gaza. Il n’y a aucune menace contre Israël. Le convoi peut être inspecté par des fonctionnaires des Nations Unies, pour vérifier qu’il n’y a pas d’armes. Déjà plusieurs bateaux sont passés.

Silvia Cattori : Les deux dernières tentatives d’atteindre Gaza par la mer, en 2008, ont échoué ! Et les trois premières tentatives, si elles ont réussi, n’est-ce pas qu’Israël avait peut-être à ce moment là, un intérêt à les laisser passer ?

George Galloway : Il s’agissait d’un ou deux bateaux, et ils n’avaient pas la protection d’États importants. Il faut s’assurer la protection d’États qui pèsent d’un certain poids. C’est à quoi nous travaillons maintenant.

Je crois que nous sommes en mesure de créer les conditions qui nous permettront d’arriver à bon port. Nous devons essayer coûte que coûte ; dans ce contexte de blocus, il n’y a pas d’autre voie pour atteindre Gaza que d’y aller par la mer. Au début des années 1960, quand Berlin Ouest était isolé, tous les pays européens ont organisé un pont aérien pour lui apporter de l’aide. C’est d’un tel pont dont nous avons besoin. Nous ne pouvons pas le faire par air mais nous pouvons le faire par mer. Plus important il sera, mieux ce sera. Nous devons y aller en grand nombre ; nous devons avoir à bord des personnalités de renom, et le soutien d’États importants, ou au moins d’un État important. Et la Turquie sera, je crois, la clé.

Silvia Cattori : Le groupe de « Free Gaza » n’a-t-il pas annoncé son intention d’aller à Gaza à la même époque ? Ne travaillez-vous pas ensemble ?

George Galloway : Je ne sais pas ce que va faire « Free Gaza » ; nous respectons ce qu’ils font. Nous savons qu’ils ont déjà différé trois fois leur voyage ; je souhaite qu’ils se joignent à notre convoi, mais s’ils décident d’y aller seuls, ils ont mon entier soutien.

Silvia Cattori : Les gens qui vous ont fait confiance, qui vous ont accompagné durant les trois convois, surtout lors du dernier, comment vont-ils ? Cela a dû être une expérience fascinante et sans doute enrichissante, mais aussi très traumatisante. Comment sont-ils revenus du troisième et dernier convoi de décembre-janvier ? Et vous-même ? Brisés ou plus forts ?

George Galloway : Plus forts. Mais le prochain convoi par mer ne nécessitera pas d’engager la présence d’autant de personnes. Dans ce cas, les seules personnes qui peuvent être un soutien, qui peuvent être vraiment efficaces, sont des personnalités connues, des gros donateurs, et des gens qui ont une expérience de marin. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de passagers dans ces bateaux. C’est une tactique différente, celle-ci. Dans un convoi par terre, tout le monde était le bienvenu. Dans le dernier, nous avions avec nous 520 personnes de 17 pays. Ici, nous n’aurons besoin que de 15 à 20 personnes par bateau.

Silvia Cattori : Les gens qui ont suivi votre longue et pénible odyssée ont été impressionnés. Cela doit vous faire plaisir de savoir que l’on entend dire : « Si vous voyez quelqu’un de la trempe de Galloway, suivez-le ». Mais vos succès ne pèsent-ils pas lourd sur vos épaules ? C’est une grande responsabilité !

George Galloway : Oui. Mais je suis dans ce combat depuis 35 ans. J’avais 21 ans quand je l’ai commencé. Je ne vais pas l’abandonner. Nous n’allons pas laisser seule la population de Gaza.

Notes

(*) Voir le site web de George Galloway : http://www.georgegalloway.com/index.php

(**) Invité par l’association Résistance Palestine.

[1] Par deux fois le public s’est levé et l’a ovationné pour lui exprimer son admiration pour avoir réussi par trois fois de véritables exploits en assurant l’arrivée des convois de « Viva Palestina » à Gaza.

[2] Voir : « “Viva Palestina”, et maintenant ? », par Stuart Littlewood, info-palestine.net, 14 janvier 2010.

Entre légitimité populaire et intérêts économiques : qu’en est-il de la vraie raison du vote anti-minarets ?

31 jan

par Xavier Laroche

La votation suisse a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Les minarets sont interdits en Suisse. La vraie question n’est pas de crier ou non victoire, ni même de s’attarder sur cette décision. Légitime, approuvée populairement, le débat ne se pose plus. Non, la vraie question semble être ailleurs. Entre les rotomontades pseudo-humaniste des élites occidentales, reprochant à la Suisse – pays le plus démocrate du vieux continent – une fascisation latente ;  l’air faussement outragé des médias d’Etat qui hurlent à la xénophobie ;  et le contraste de réjouissance d’une grande partie d’Européens appauvris par la crise et la mondialisation galopante qui voient en cette décision un espoir de préservation de leur culture, il est évident que tout le monde est concerné. Divisés également. Y compris chez les musulmans eux-même, perdus (comme une grande partie de la population) entre incompréhension, manipulation, et réactions passionnées. Tout le monde, donc, aura eu quelque chose à dire sur ce sujet.

Mais justement, et c’est là que la véritable interrogation survient. En ces temps de police de la pensée, de flicage généralisé, de délit d’opinion et de déni démocratique (on pourra penser au traité de Lisbonne et le « non » irlandais) il semble étrange que l’opinion publique ait tout à coup repris une si grande importance. Les répercussions du vote suisse ont engendré à travers l’Europe occidentale une vague sans précédents de sondages, de questionnements, d’études ne tout genre sur des questions autrefois taboues : les minarets bien sûr, la place de l’Islam, les constructions de mosquées, le problème du voile intégral, la conditions des femmes musulmanes, et caetera…

Seulement voilà, pourquoi cette accélération subite de la mise en avant du « problème musulman » dont chacun s’empare aujourd’hui, certains en faisant même l’objet central du débat sur une identité nationale qui a perdu sons sens à force d’en parler ? La Suisse est peut-être au cœur de l’explication.

Pour en remonter à ces dernières années, les attentats du 11 septembre 2001 (sans rentrer dans le débat concernant les incohérences de la version officielle, d’autres y travaillent depuis longtemps), ont été le début d’une psychose organisée et généralisée sur un islamisme rampant et sournois, qui a été désigné comme la cause principale des problèmes de l’Occident. Or, comme chacun sait, la « bouc-emissiarisation » du monde Arabo-Musulman a surtout été dans le but de s’acaparer les abondantes réserves énergétiques dont recèlent les sous-sol moyen-orientaux, la « guerre juste » de démocratisation menée par les occidentaux, USA en tête, n’étant qu’une forme de néo-colonialisme économique sous couvert de Droits de l’Homme conquérants et d’ingérence humanitaire.

Fort de ces constatations, l’opinion publique a eu tendance à se montrer de plus en plus défavorable aux interventions en Irak et en Afghanistan, le conflit s’enlisant et déstabilisant totalement un Proche-Orient déjà en crise depuis fort longtemps. Il fallait donc trouver un nouveau moteur pour relancer les offensives, maintenir les troupes sur place pretextant « sécuriser » des zones mises à feu et à sang par leurs pseudo-libérateurs, et même envoyer des hommes supplémentaires pour faire face à des insurrections de plus en plus violentes et efficaces, capables de mettre à mal la puissante machine de guerre occidentale.

C’est là que la question suisse commence à trouver son intêret, et plusieurs spécificités de ce petit pays à la réputation tenace peuvent s’avérer excellentes pour se relancer sur les fronts évoqués précedemment.

D’abord, il convient de se rappeler du contexte actuel : la France, via son président, vient de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN, le président américain Obama vient de recevoir un prix Nobel de la paix très discutable (surtout en voyant les récents renforts de troupes déployés récemment) et la crise économique n’est toujours pas résorbée, ce qui inquiète à juste titre les populations des deux côtés de l’Atlantique. Une crise qui, en Europe, se superpose à tous les problèmes récurrents de ces dernières années, à savoir le chômage, l’immigration incontrôlée, l’insécurité, les délocalisations.

Ainsi, fin novembre 2009 arrive dans ce contexte troublé une surprenante initiative populaire en Suisse, visant à interdire la construction de nouveaux minarets au surplomb des mosquées. Passons encore une fois sur le fond, le nombre de musulmans présents en Suisse, ou encore les (fausses) questions de libertés religieuses ou urbanistiques, pour se concenter sur les vraies questions : pourquoi la Suisse, pourquoi maintenant, pourquoi cette initiative ?

Une hypothèse probable, et qui sera certainement dérangeante, serait de considérer la Suisse comme l’épicentre d’un séisme médiatico-politique voulu par des élites mondialisées dont les buts paraissent de plus en plus clair. Explication :

La Suisse ne fait pas partie de l’Union Européenne. Ce statut de neutralité, un classique de l’histoire suisse, lui permet d’être en retrait juridique par rapport aux institutions européennes, comme la CJCE par exemple, et garder une indépendance vis-à-vis des autres pays, en bref c’est un pays souverain.

Ensuite, la Suisse à une autre longue tradition, c’est sa démocratie populaire. Encore une fois sans rentrer dans les détails techniques, un projet de loi peut-être présenté au peuple qui va s’exprimer par référendum quand à l’adoption ou non d’un nouveau texte.

Enfin, et c’est encore un classique de la Suisse, son attractivité bancaire (malgré des pressions de plus en plus forte) en font un lieu sur lequel le monde entier a toujours un oeil, et tout particulièrement les pays voisins.

Par conséquent, ces caractéritiques peuvent amener à penser que la Suisse est le terrain d’une manipulation de grande ampleur visant à légitimer les actions occidentales au Proche-Orient. Sans remettre en cause l’intégrité et l’honneteté du charismatique Oskar Freysinger, il ne serait pas impossible de penser que les dirigeants de l’UDC ait été influencés (si ce n’est même conseillés, voire obligés) de proposer une initiative visant, de manière détournée, l’Islam et les musulmans en général. Profitant d’une exaspération générale quand à l’implantation de cette religion depuis quelques dizaines d’années en Europe de l’Ouest, résultats de politiques d’immigration libérales malsaines et d’une assimilation ratée (volontairement ?), faire voter une loi limitant le développement d’un symbole musulman, à l’architecture orientale comme le minaret, est un signe fort du refus de changement de traditions d’une population qui peut se sentir menacée.

Ainsi, le résultat escompté étant obtenu (victoire des anti-minarets), les conséquences recherchées arrivent. Un déferlement médiatique touche la plupart des pays d’Europe à forte concentration d’immigrés de tradition musulmane, le débat est sur toutes les lèvres, et les passions se déchainent. Les médias organisent des sondages qui montrent une hostilité grandissante envers l’Islam, une méfiance vis-à-vis des musulmans qui est générale et de moins en moins camouflée. En contraste avec cela, les élites cosmopolites européennes s’indignent, prenant le contre-pied de leurs populations, rivalisant de mensonge et de démagogie afin de traîner les suisses dans la boue, les couvrant de sobriquets insultants, infantilisant un peuple majeur et souverain.

Double victoire pour nos dirigeants. Avoir utilisé la Suisse, pays hors-UE, permet de ne pas s’encombrer des questions de droit communautaire ; et avoir eu recours au vote populaire permet une légitimation de la décision à laquelle ont été sensibles les autres populations d’Europe. Ainsi, les dirigeants ont pu préserver leur bonne image de tolérance et de mondialisme béat,  tout en instrumentalisant la question de l’Islam à des fins économico-politiques. Maintenant que le libéralisme s’exporte, que les immigrés amenés en Europe – après avoir été intouchables au nom de la productivité – sont moins utiles, il faut bien les remettres au goût du jour. Les populations européennes commençant à contester de plus en plus les agissements américains et des forces coalisées en terre d’Islam, la nouvelle stratégie consiste justement à rappeler aux Européens que leurs problèmes viennent de l’immigration massive, mais pas n’importe laquelle : l’immigration musulmane. Stratégie habile car en stigmatisant les musulmans, et en gavant médiatiquement le peuple du « courageux combat » mené en Orient contre l’Islam, le but recherché est de remettre l’opinion publique derrière les coalisés. Une opinion publique déjà derrière la population Suisse, se détournant ainsi de la véritable origine de ses problèmes. La contestation doit s’etouffer en donnant au gens l’espoir que leurs conditions de vie ne se dégraderont pas encore plus, grâce à ces guerres que l’on veut faire passer pour nécessaires. Nécessaires, oui, pour ceux qui manipulent, sèment la zizanie et mentent depuis trop longtemps, afin que ces derniers puissent continuer leur œuvre de destruction massive, de pillage, indispensable à leur enrichissement : lobbies pétroliers, complexes militaro-industriels et hommes politiques en tête.