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Le consumérisme et le matérialisme sont les véritables causes de la crise climatique

8 jan

Allocution de Mahmoud Ahmadinejad à Copenhague

La cause véritable des atteintes à l’environnement est celle du modèle consumériste, accuse le président iranien dans ce discours prononcé au sommet de Copenhague. « Vouloir produire pour consommer plus et consommer pour produire plus a engendré un interminable et destructeur cercle vicieux », affirme-t-il, en dénonçant le « matérialisme » de l’occident uniquement préoccupé de profit, et l’accaparement des ressources naturelles par un Nord « dominateur » et « mu par l’avidité ». — Nombre d’arguments développés par Ahmadinejad – quelles que soient par ailleurs ses évidentes arrières pensées politiques lorsqu’il se lance dans un plaidoyer pro domo pour le nucléaire et un « retour aux valeurs divines » – ne manquent ni de force ni de pertinence, et pourraient être repris par la plupart des nations du Sud. A ce titre, ils méritent d’être entendus. Contre Info.

Chaque année, des millions de personnes perdent la vie à cause de la pollution, et les maladies respiratoires et de la peau sont en augmentation. Si les gaz à effet de serre continuent d’augmenter au rythme actuel, ils vont atteindre un niveau double de celui existant avant l’industrialisation. En d’autres termes, au lieu d’une réduction de 50 pour cent, ils vont croître de 50 pour cent et posent un véritable défi pour l’environnement.

Messieurs, peut-être rapprochez vous ces remarques avec diverses questions semblables, qui dans votre esprit sont associées. Toutefois, la question est la suivante : Quelle est la cause ? La première réponse, c’est l’augmentation de la consommation des combustibles fossiles, et une interférence généralisée et destructrice avec la nature. Mais la question principale, la plus grave, est la suivante : Quel est le facteur responsable de l’augmentation de l’utilisation des combustibles fossiles et de cette interférence avec la nature ? Je voudrais apporter une réponse à cette question sur deux plans.

Le premier adopte un point de vue fondamental et macroscopique sur ce problème. Le phénomène du changement climatique est-il un simple problème écologique ou est-ce d’abord et avant tout un problème culturel, comportemental et économique ?

Chers collègues, l’observation des transformations de la situation sociale et des processus de pensée, depuis au moins les deux dernières décennies, révèle la prédominance acquise par le matérialisme sur la pensée, le comportement et les liens sociaux, dans de vastes régions du monde. La survie du capitalisme dépend de l’expansion obstinée du consumérisme et d’une interférence généralisée avec la nature.

On assiste à une concurrence permanente et sans fin pour la accroitre la consommation en vue d’accroître les revenus des gros investisseurs. Ce type de progrès, fondé sur le consumérisme, a été voulu et largement promu. Dans certaines parties du monde, le consumérisme est devenu une valeur sociale. Vouloir produire pour consommer plus et consommer pour produire plus a engendré un interminable et destructeur cercle vicieux.

Nous avons tous été témoins de la façon dont il (l’Occident, vraisemblablement – ndt) a créé d’énormes problèmes conduisant à la récente crise économique, avec l’invention de 30 milliards [1] de dollars de faux actifs de papier et l’ accroissement de la consommation. La satisfaction personnelle maximum et le profit maximum sont les objectifs stratégiques qui sont fixés, basés, sur une conception matérialiste.

La promotion de la consommation, l’élimination des rivaux, la conquête des marchés mondiaux, en monopolisant les nouvelles technologies et en empêchant les nations d’atteindre l’autosuffisance, sont autant de manifestations de cette école de pensée. Cette conception ne s’arrête pas là : elle va même jusqu’à attiser les flammes de la course aux armements et de la guerre, et considère comme acceptable le développement du commerce des armes. N’est-il pas vrai qu’il s’agit là du résultat des modèles du système capitaliste et de l’économie libérale, et du besoin énorme de consommer des énergies à bon marché, en détruisant la nature ?

Le deuxième niveau de réponse est politique. La manière dont les ressources énergétiques de la planète sont contrôlées et utilisées est l’un des facteurs contribuant aux guerres et aux tensions internationales. L’énergie a toujours été une question relevant de la sécurité et du politique.

L’énergie et le pétrole ont été les facteurs essentiels et stratégiques des politiques étrangère et de sécurité du gouvernement américain depuis un siècle, de façon similaire à ce qui existait dans les précédents empires. Depuis cette époque, les régions du monde riches en pétrole ont toujours été soumises à des guerres et des expéditions militaires visant à dominer les ressources énergétiques.

J’attire votre attention. L’Amérique, avec moins de 5 pour cent de la population mondiale, consomme 25 pour cent de l’énergie et du pétrole du monde, plus de 18 pour cent du bois utilisé dans le monde, et près de 14 pour cent de l’eau de la planète. En outre, environ 40 pour cent des véhicules dans le monde circulent dans ce pays.

Ce gouvernement a un budget militaire qui est l’équivalent (du total) de celui de la plupart des pays du monde. Il a une présence active dans toutes les régions du monde où se déroulent des guerres et des conflits. Ceux que l’on appelle les pays industrialisés comptent près de 20 pour cent de la population sur terre mais consomment 85 pour cent de l’énergie mondiale, et sont donc les plus gros pollueurs. Que se passerait-il si les autres pays adoptaient le mode de vie de ces nations ?

Le gouvernement américain et ses amis insistent sur le développement de la production de combustibles fossiles et ils utilisent des méthodes d’intimidation pour mettre un terme au développement et à la diffusion des nouvelles technologies utilisant des ressources renouvelables et propres. Dans le même temps, en refusant d’honorer leurs engagements internationaux et en faisant de vaines promesses, ils empêchent que se manifeste une volonté mondiale de lutter contre l’augmentation de la pollution. Il est clair que les conditions climatiques actuelles sont le résultat des conceptions et du comportement arrogant d’un certain nombre de gouvernements et de pays mus par l’avidité, qui croient avoir la suprématie sur les autres, et qui poursuivent leurs intérêts ultimes et la domination du monde sans aucune considération pour les conséquences.

Mes amis, il est impossible que la situation actuelle perdure. Elle mènerait à la destruction de la vie humaine. La question est donc celle-ci : quelle est la solution ? Sur la base de ce qui a été dit, il est clair que la solution fondamentale passe par un retour aux valeurs divines et humaines. Dieu a créé l’homme comme un être qui lui est cher. Il a voulu la dignité de l’humanité, sa croissance et sa prospérité. Il a accordé à l’homme des droits et il a invité l’humanité au monothéisme, à la justice et la droiture. Il ne permet pas qu’existent la discrimination et l’injustice. Dieu a demandé aux hommes de respecter mutuellement leurs droits, de faire preuve de compassion envers autrui, de s’entraider mutuellement dans leur progression et leur développement, de partager leurs joies et leurs peines, de sacrifier leurs possessions dans l’intérêt de la prospérité et du bien-être d’autrui, de faire régner la justice et l’équité par leur comportement envers la nature et autrui, et d’éviter l’avidité et la recherche de la domination sur autrui. Il devrait être remercié par un usage propice de ces bénédictions divines que sont les forêts, les bois, l’eau et l’air, usage qui ne débouche pas sur l’anéantissement et la destruction des mers et du climat.

Chers collègues. Sans aucun doute, si une telle pensée et les écoles de pensée qui ont été transmises à l’humanité par les prophètes divins étaient utilisées comme fondement de la vie, il serait mis un terme à la destruction de l’environnement, et le climat pourrait se régénérer de lui-même et créer de meilleures conditions pour la continuation de la vie. Sur cette base, nous aimerions proposer ce qui suit :

1) Un groupe de travail composé d’intellectuels, déterminés à résoudre les problèmes de l’humanité, venant de pays volontaires, devrait définir et mettre à disposition de l’humanité, dans un délai imparti, les bases de sa prospérité, fondées sur les conceptions divines et humaines qui sont partagées par la plupart des peuples du monde. La consommation peut être rééquilibrée en réformant ses critères, et en répartissant équitablement les biens publics dans le monde. Il est possible de créer une société prospère où les richesses sont distribuées de manière efficace et équitable, où la vie se déroule dans une atmosphère de relations sincères, où la compétition pour la suprématie se transforme en une compétition pour la compassion, et où la consommation est contrôlée en fonction des besoins.

2) Le système économique actuel doit être fondé sur les conditions précitées et être organisé et défini en accord avec les valeurs de justice et de dignité humaine. Le modèle de consommation doit être fondé sur des besoins réalistes et ne devrait pas être conçu de manière à augmenter la consommation.

3) Les pays dits industrialisés doivent honorer leurs engagements internationaux. Dans le même temps, des mécanismes clairs et applicables doivent être établis, permettant de contrôler les gouvernements et les secteurs économiques contrevenant aux accords, et les obligeant à payer des amendes aux pays qui ont subi des dommages. On estime que plus de 250 milliards de dollars ont été dépensés pour l’expédition en Afghanistan et que le coût de la guerre en Irak approche les 1 000 milliards de dollars. Si on avait consacré 50 milliards de dollars à l’infrastructure et au développement économique de l’Afghanistan n’aurait-on pas transformé ce pays en un pays développé ? Et 200 milliards de dollars consacrés au développement de nouvelles technologies et à une utilisation soutenable des combustibles fossiles n’auraient-ils pas ramené le niveau de pollution à celui de la période précédant l’industrialisation ?

4) Bien que l’augmentation des gaz à effet de serre provoque 1 000 fois plus de morts silencieuses que les actions des terroristes, qui sont les êtres les plus haïs, n’est-il pas vrai que tous les objectifs de la Convention [de Copenhague] seraient accomplis avec seulement la moitié du budget militaire de l’Amérique ? N’est-il pas préférable d’allouer une partie du budget militaire des grandes nations à des actions destinées à promouvoir le bien-être de la population et à réduire la pollution ?

5) En abandonnant cette conception monopolistique orientée vers le profit, de nouvelles technologies, diverses sources d’énergie et des énergies propres et renouvelables deviendraient accessibles et bon marché pour tous les pays : l’éolien, le solaire, l’énergie marémotrice, la géothermie et l’énergie nucléaire. Ces pays n’auraient alors plus besoin de recourir à l’utilisation massive de combustibles fossiles à faible rendement.

6) Afin d’atteindre le mieux possible les objectifs à long terme de la Convention, les nations devraient accepter de participer au financement du fonds mondial pour le climat en proportion de leur part de pollution dans le passé. Et les ressources de ce fonds doivent être réparties de manière juste et sans qu’elles soient contrôlées par les principaux pollueurs. Ne serait-il pas préférable de réorienter les fonds destinés à la production et la diffusion d’armes nucléaires vers le désarmement mondial, le développement des nouvelles technologies, l’aide sociale et la lutte contre la pauvreté ? Nous proposons que l’année 2011 soit celle de la redéfinition du modèle de consommation, de la réduction de la pollution et nous proposons l’élaboration d’un plan visant à promouvoir les valeurs humaines.

Vos Excellences, Mesdames et Messieurs, la République islamique d’Iran mentionne sa responsabilité dans la protection de l’environnement dans l’article 50 de sa Constitution, en tant que principe conforme aux enseignements du Coran et aux valeurs divines, et elle en fait un devoir public. A cette fin, le gouvernement a orienté son action sur les points suivants :

  • Réduction de la consommation d’énergie grâce à l’amélioration des normes dans les industries et la production,
  • Gestion de la consommation et élimination des subventions à l’énergie de façon planifiée,
  • Conversion au fonctionnement au gaz de très nombreux véhicules, d’industries et de centrales électriques,
  • Fourniture de l’accès au gaz naturel à plus de 90 pour cent des villes et dans de nombreux villages,
  • Recherches approfondies sur l’utilisation des énergies propres, notamment éolienne et solaire, et développement de plans pour la production de combustible nucléaire et la mise en œuvre de 20 000 MW d’électricité d’origine nucléaire.

Tout en soutenant les accords de Kyoto et le renforcement de ces accords, la République islamique d’Iran annonce qu’elle est prête à poursuivre sa coopération, en particulier dans l’utilisation efficace des ressources énergétiques et l’adaptation locale des technologies liées à l’environnement, tout en apportant un soutien financier et technologique aux mécanismes d’énergies propres, ou sous forme de coopération bilatérale.

L’Iran est prêt à mettre les résultats de ses recherches et son expérience dans l’utilisation des énergies propres à la disposition des autres pays. Nous voudrions proposer qu’une banque ou un centre de technologie soit mis en place pour transférer ces recherches et cette expérience au sein du Groupe des 77 pays et de la Chine, sous la supervision du secrétariat de la Convention. J’espère que les gouvernements qui ont créé la situation actuelle prendront leurs responsabilités, et que grâce à la coopération de tous, cette réunion historique et importante pourra parvenir à des accords constructifs et saura apporter une réponse adéquate aux nombreuses demandes exprimées par différents pays et nations.

Je tiens à remercier tous ceux qui aiment la nature et la vie humaine, ainsi que les groupes qui, à travers leurs discours, les rassemblements et leurs éclairages, ont stimulé les sensibilités envers la nécessité de protéger l’environnement. Je voudrais également demander à Dieu d’aider chacun à être au service de l’humanité, à faire revivre les valeurs humaines et divines, à mettre en œuvre la justice et la droiture, et à protéger l’environnement de la planète, ce qui deviendra possible sous la conduite des justes.

Je voudrais sincèrement vous remercier tous pour l’attention que vous m’avez accordée.

Note

[1] La traduction de l’USG Open Source indique 30 milliards. Ce chiffre apparaît cependant étonnamment faible – ndt

Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2942

L’Inde déchirée par des guerres civiles (+ vidéo)

8 jan

par Mira Kamdar

un Naxalite de l'Armée Rouge d'Inde

Depuis l’aube de son indépendance, l’Inde a dû faire face aux différentes menaces contre son intégrité territoriale. Au Cachemire, en Assam, au Nagaland, ces régions frontalières avec respectivement le Pakistan, la Chine ou la Birmanie, l’Etat indien est en guerre quasi-perpétuelle contre des forces sécessionnistes, des mouvements révolutionnaires, des groupes terroristes — islamistes ou autres. Dans les années 1980, le Pendjab, ayant frontière commune avec le Pakistan, avait été emporté à son tour par un mouvement sécessionniste mené par des extrémistes Sikhs. La réponse de l’Etat indien fut aussi violente — plusieurs milliers de victimes — qu’efficace. Il faut se rappeler que le premier ministre d’alors, Indira Gandhi, fut assassinée par un de ses gardes de corps Sikhs.

Des charniers au Jammu-et-Cachemire

Les premières victimes en sont les citoyens indiens vivant dans ces zones, qui sont pris entre la violence des rebelles et celle de l’Etat. Leurs droits semblent n’avoir aucune importance. Ni pour les groupes armés, par définition hors la loi. Ni pour l’Etat indien qui ne se montre guère plus attentionné, comme le souligne un rapport de l’organisation International People’s Tribunal on Human Rights and Justice in Kashmir (IPTK) publié le 2 décembre 2009 (« Buried Evidence : Unknown, Unmarked, and Mass Graves in Indian-administered Kashmir »). Selon ce rapport, des charniers contenant 2 943 corps ont été retrouvés dans cinquante-cinq villages du Jammu-et-Cachemire — 2 943 victimes de ce que les Indiens appellent des « rencontres » avec ses forces de l’ordre. Depuis vingt ans, plus de 70 000 personnes ont été tuées dans cette région où l’Inde maintient une présence de 700 000 militaires.

Les Cachemiris ont acquis le sentiment qu’il ne faut guère attendre quelque justice de l’Etat fédéral. Ce sentiment est renforcé par le verdict récemment prononcé par le Central Bureau of Investigation (CBI) sur la mort, dans la Vallée du Cachemire, de deux jeunes femmes dont les corps avaient été retrouvés le 30 mai 2009. Parties cueillir des pommes, elles ne sont jamais rentrées du verger qui se trouve à proximité de deux bases militaires. Un premier rapport avaient indiqué que les femmes avaient été violées puis tuées. Celui du CBI dément cette conclusion : selon lui, les femmes se sont tout bêtement noyées dans le petit ruisseau qu’elles devaient traverser. Inutile de dire que la population locale a accueilli cette conclusion avec colère. Pour le pouvoir indien, l’honneur des militaires revêt manifestement beaucoup plus d’importance que celui des femmes. Sans même parler des droits humains les plus élémentaires.

Pourtant, c’est loin du Cachemire que le premier ministre Manmohan Singh a identifié la menace la plus grave contre son pays. Selon lui, elle ne vient ni du terrorisme, ni d’une éventuelle confrontation avec le Pakistan, ni du différend frontalier avec la Chine — encore moins du changement climatique, ou de la crise agricole, ou de l’inflation galopante qui mine les revenus des travailleurs. La grande menace viendrait de la révolution maoïste, au cœur du pays, dans les Etats du Jharkhand, Chhasttisgarh, Bihar, et de l’Orissa.

Renforcement des Naxalites

Appelées Naxals ou Naxalites, les forces rebelles maoïstes se fixent comme objectif la destruction totale de l’Etat indien, responsable à leurs yeux de l’aliénation de la population, pour la plupart très pauvre. Elles comptent des dizaines de milliers de partisans armés et contrôlent désormais 223 districts dans ce pays qui en compte 610. Depuis quelques années, les maoïstes sont devenus de plus en plus violents, s’attaquant à des gendarmeries, des trains, des politiciens. Dernièrement, ils s’en sont même pris à des écoles, alors que, déjà dans ces régions, les opportunités scolaires se font déjà rares.

Il est vrai, comme le note un rapport du Human Rights Watch, que le gouvernement indien lui-même s’est servi des écoles pour monter ses opérations anti-maoïstes. Dans ces régions presque totalement négligées par l’état, les quelques bâtiments scolaires sont souvent les seules structures qui lui appartiennent et les seules construites en béton, et donc les seuls abris susceptibles de servir de bases d’opérations policières dans des régions pour la plupart hostiles. Résultat : les maoïstes ont attaqué non seulement les écoles occupées par les forces de l’ordre, mais aussi des douzaines d’écoles non-occupées. Ces dernières sont des cibles faciles, car non gardées, mais symboliquement importantes, car seuls signes de la présence du gouvernement. Dans tous les cas, ce sont les étudiants, en très grande majorité très pauvre, qui en souffrent le plus.

Dans les Etats comme le Jharkhand, le Chhasttisgarh, le Bihar, l’Orissa, les populations sont très majoritairement au-dessous du seuil de pauvreté. Y vivent les Adivasis — les « tribaux », comme on les appelle en raison de leur vie traditionnellement forestière ; ils appartiennent aux basses castes que la bureaucratie indienne appelle des « Scheduled Casts » (dalits) ou « Scheduled Tribes ». Ces populations sont parmi les plus marginalisées ; elles n’ont aucune idée de cette « Inde qui brille » (Shining India) que l’on vante si souvent en Occident. Négligées depuis longtemps, elles font désormais l’objet de toutes les attentions : pour leur plus grand malheur, on vient de découvrir dans ces régions de vastes dépôts de minéraux tels que le fer et le bauxite. Elles deviennent indésirables. Vieille histoire des peuples indigènes : les voilà tout d’un coup de trop sur leurs terres ancestrales, terres que des politiciens locaux sont trop heureux de vendre à la première multinationale venue.

La commission de planification (Planning Commission) de l’Etat indien reconnaît, bien que tardivement, que la source du problème se trouve dans l’injustice sociale. Dans un récent rapport (PDF), elle reconnaît la responsabilité des gouvernements successifs, qui n’ont pas su, depuis plus de soixante ans, protéger les droits les plus élémentaires des populations marginalisées par la pauvreté et par leur basse caste. « La pratique généralisée de la discrimination sociale, le statut d’intouchable, la violence domestique (…) se maintiennent, malgré des promesses faites aux peuples opprimés de ce pays », indique le rapport. Pointant le caractère national des inégalités qui se sont accentuées avec la libéralisation de l’économie, la commission souligne le lien entre celles-ci et le mouvement maoïste révolutionnaire. Selon elle, les basses castes et les tribaux « souffrent de l’oppression multi-facettes et des dénis de justice, des droits sociaux, juridiques et politiques ». Cela constitue un « terreau pour le mouvement naxalite »

Dans l’ensemble du pays, les inégalités s’aggravent et l’écart entre les riches et les pauvres devient de plus en plus visible. On compte 52 milliardaires qui possèdent 25 % du produit national brut. Malgré un taux de croissance qui frôle à nouveau 7 %, l’Inde tient le rang misérable de 134e dans le classement mondial de l’indice de développement humain mis au point par le programme des Nations unies pour le développement (PNUD). La commission sonne l’alarme : « Dans cette situation, il n’est pas surprenant qu’une grande partie de la population soit en colère et se sente coupée de la cité. » Selon elle, on ne pourra combattre efficacement « la violence des mouvements radicaux » sans éradiquer « les violences structurelles de la société ».

Au lieu de s’attaquer résolument à cette question qui fait le lit des extrémismes, le gouvernement indien, qui redoute que la révolution maoïste prenne davantage d’ampleur — ce qui inquièterait les investisseurs internationaux —, a lancé en octobre 2009 une opération contre-révolutionnaire baptisée « Green Hunt » (Chasse Verte) dans laquelle 70 000 policiers et autres forces de l’ordre sont engagées. L’écrivaine Arundhati Roy a dénoncé ces opérations qui « tuent des gens innocents qui vivent dans les forêts pour aider les multinationales à piller leur territoire » (The Hindu, 23 novembre 2009). Certes, dans le même temps, le gouvernement de M. Singh assure qu’il cherche à négocier avec les maoïstes. La réponse de ces derniers : une augmentation des attaques.

Mira Kamdar, chercheuse, World Policy Institute, New York ; auteure de Planet India : L’ascension turbulente d’un géant démocratique (Actes Sud, Arles, 2008).

Source : http://blog.mondediplo.net/2010-01-08-L-Inde-dechiree-par-des-guerres-civiles

On brûle les Bibles en Inde

Les fausses pistes terroristes et les nouvelles guerres

8 jan

par Pino Cabras

Comment interpréter les réactions démesurées des USA et des autres pays occidentaux après l’attentat manqué du vol Amsterdam-Détroit le jour de Noël ? C’est comme si tout à coup le Yémen était devenu l’ennemi public numéro un par la faute d’un jeune paumé de 23 ans, dont même l’ex-président de la Commission sur le 11-Septembre Tom Kean dit qu’”il nous a rendu un fier service” avec sa tentative d’attentat [1]. Pino Cabras, le rédacteur du site italien MegaChip, revient sur les témoignages troublants de passagers du même avion ce jour-là, et nous livre l’analyse de l’écrivain Webster Tarpley sur les enjeux autour de cette diabolisation du Yémen.

Umar Farouk Abdul Mutallab, une marionnette ou un terroriste ?

Megachip

Nombreux sont les éléments qui ne cadrent pas dans cette affaire du Nigérian qui voulait faire sauter l’avion au-dessus de l’Atlantique. Les autorités politiques et autres journalistes perroquets ont des réponses toutes prêtes. Mais nous devrons leur poser les questions qu’ils ne veulent pas aborder. L’attentat s’est-il vraiment déroulé de la façon dont ils nous le racontent ? Existe-t-il réellement une nouvelle menace d’al-Qaida ?

Le fantôme d’al-Qaida est toujours bien présent. Il alimente de façon permanente un sentiment diffus d’attente d’un événement inconnu qui rappelle la grande représentation du 11/9. L’élan initial qu’a donné cette tragédie permet désormais à de modestes événements d’être montés en epingle jusqu’à l’hystérie.

Un jeune Nigérian de 23 ans issu d’une famille aisée, Umar Farouk Abdul Mutallab, a essayé de faire sauter un engin dissimulé contre son périnée. L’engin fait long feu et il se blesse. Une fois capturé, il déclare appartenir à al-Qaida et s’être entraîné au Yémen. C’est dans tous les médias du monde. Impossible d’ignorer pourtant les déclarations de deux passagers – les avocats Kurt et Lori Haskell, mari et femme – qui rapportent sur l’antenne de Detroit Mlive avoir été les témoins d’une histoire incroyable. Au point que même CNN et d’autres médias se réveillent et veulent les interviewer.

[En Italie] nos journaux et télévisions poursuivent leur léthargie sur commande.

Kurt Haskell raconte avoir remarqué Muttallab près de la porte d’embarquement, en même temps qu’un autre homme non identifié. Alors que Muttallab était plutôt mal habillé, l’autre, un indien sur la cinquantaine, portait un complet élégant et sans doute coûteux. Haskell l’a distinctement entendu demander aux agents chargés de recueillir les cartes d’embarquement si Muttalab pouvait  monter dans l’avion sans passeport. “Le type leur a dit : ‘ il vient du Soudan et on fait ça à chaque fois’ ”. Nous qui ?

Les Haskell supposent que le monsieur élégant cherchait à gagner la clémence pour ce voyageur en le faisant passer pour un réfugié soudanais.
Il ne vous est certainement jamais arrivé de prendre un vol intercontinental sans avoir votre passeport en règle.
 […]

Et bien ici en revanche, un présumé Soudanais inconnu en provenance d’un pays inscrit sur la liste des “rogue states”, les États voyous, pays accusé depuis toujours d’accueillir de fantomatiques bases d’al-Qaida, réussit à embarquer sans ses papiers. L’histoire a des relents bien plus nauséabonds qu’une simple “faille dans les systèmes de sécurité”. Les époux Haskell racontent que les agents ont emmené Muttallab et son ange gardien cravaté voir leur supérieur hiérarchique au fond de la salle. Kurt Haskell perd alors de vue Muttallab et le revoit seulement “après qu’il ait, semble-t-il, tenté de faire d’actionner un engin explosif à bord de l’avion” quelques minutes avant d’atterrir à Détroit.

Que s’est-il passé entre-temps ? N’attendez pas de Vittorio Zucconi de la Repubblica qu’il vous donne la réponse. Il aura déjà à faire avec les journaux intimes dans lesquels le terroriste africain raconte sa dépression.

Ne pouvant pas compter sur les médias italiens [ni français, faut-il le rappeler – Ndlr], il faut nous transporter jusqu’à Milwakee pour trouver d’autres témoins oculaires, comme Patricia “Scotty” Keepman et sa fille, qui ont raconté au journal radio 620 WTMJ un fait tout à fait singulier. Elles racontent que devant elles se trouvait “un homme qui a filmé pendant toute la durée du vol avec son caméscope, y compris la scène de la tentative d’attentat”, explique Patricia.

En plus de Muttallab, nous avons donc déjà deux personnes qui s’intéressaient à ses actions, le persuasif monsieur distingué de type indien, et l’impassible “stakanov” au caméscope. Qui sont-ils ?

Nous savons que Muttallab est aussi passé par l’aéroport de Lagos, avant de s’envoler pour Amsterdam. Des révélations surprenantes nous arrivent du quotidien britannique The Telegraph à propos des caractéristiques de cet aéroport situé dans un pays sujet à des foyers de guerre civile à base religieuse.  “L’aéroport de Lagos a obtenu récemment la certification “all clear” de la part de l’” US Transportation Security Administration”, l’administration américaine chargée de la sécurité dans les transports, créée suite aux attentats du 11-Septembre pour améliorer la sécurité des vols de lignes américains.” Quels sont les autres aéroports “all clear” et ceux qui ne le sont pas ? Et selon quels critères ?

D’un côté, il semble que Muttallab ait été sur la liste ‘antiterrorisme’ mais pas sur celle des personnes interdites de vols” rappelle Magnus Ranstorp du Centre d’études suédois sur les menaces asymétriques. “Tout ceci ne tient pas debout, car le Département US pour la Sécurité intérieure a d’énormes capacités de traitement des données (“data-mining”). Je ne comprends pas comment il pouvait avoir un visa valide tout en étant sur la liste antiterrorisme ’” a déclaré Ranstorp au journal britannique The Independent. Passons sur le fait que Muttallab ait été sur la liste ‘antiterrorisme’ et que son père l’ait signalé aux autorités comme une personne dangereuse. Il y aura toujours quelqu’un pour dire que les failles de sécurité ne dérivent pas de choix faits par des organes d’États subversifs, mais simplement de cas d’incompétence, et que le terroriste, même psychologiquement fragile, sait se faufiler au travers des interstices ménagés pas l’incompétence.

Peut­-être, mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’ont pas ménagé leurs efforts, à commencer par le prix Nobel de la Paix Barack Obama, pour mettre en garde contre tous les enfers et amplifier démesurément cet épisode comme une menace mortelle pour les USA et appelant à des ripostes drastiques.

Le Sénateur néoconservateur Joe Lieberman – candidat en 2000 à la vice-présidence en tandem avec Al Gore – a déclaré à Fox News que les USA devaient bombarder le Yémen sans délai. “L’Irak c’était la guerre du passé, l’Afghanistan celle d’aujourd’hui. Si nous n’agissons pas de manière préventive, le Yémen sera la guerre de demain.” Sa thèse selon laquelle le Yémen est le nouveau refuge d’al-Qaida est devenue instantanément un refrain dans tous les grands médias. Et ce refrain des mass-médias anglo-saxons a été repris sans exception par leurs homologues italiens [et français bien sûr – Ndlr]. Pourquoi le Yémen ? La thèse que donne l’analyste politique Webster Tarpley sur Russia Today est intéressante.

Que nous dit Tarpley ? Obama a mis à jour la liste des pays de l’”Axe du Mal”, en direction de l’entité Afghanistan-Pakistan (AfPak), mais aussi de la Somalie et du Yémen. Au Yémen sévit une guerre civile contre le gouvernement central prosaoudite et une guérilla chiite pro-iranienne de la part des Houthi, qui ont été bombardés à plusieurs reprises par les USA. L’objectif de fond est d’alimenter la tension déjà très forte entre l’Iran et l’Arabie Saoudite afin de les affaiblir tous les deux. Tarpley signale que les USA sont en train de réorganiser la “légion arabe” d’al-Qaida (l’entité qui a toujours servi de levier à la CIA) justement au Yémen. C’est l’une des façons de vider le “goulag” caraïbéen de Guantanamo. La nouvelle agence de terroristes se résume à “al-Qaida dans la péninsule arabique”, alias AQAP, une entité composée de boucs-émissaires, de fanatiques et de fous-furieux qui ont promptement revendiqué l’opération de Umar Farouk Abdul Mutallab.

L’objectif à court terme [pour les USA] est multiple : imposer leur domination sur les étroits passages de la Mer Rouge et du Canal de Suez, soulager le dollar qui est au bord du gouffre en stimulant une hausse du prix du baril de pétrole. D’où la première étape : augmenter la tension dans la péninsule arabique. Dans ce contexte, d’après Tarpley, Muttallab est simplement une marionnette des Services secrets utilisée comme une provocation qui devait avoir le maximum d’effets avec le minimum de moyens. Le tout facilité par la perception générale sur al-Qaida qu’aucun rédacteur ou homme politique n’ose remettre en cause en Occident. Sous peine de devoir rouvir la question du 11/9.

Si al-Qaida n’est pas une organisation, alors qu’est-ce que c’est ? On nous dit que c’est une étiquette, une sorte de logo, comme une “franchise du terrorisme international”. Et cela arrange ceux qui l’utilisent, et encore plus ceux qui, en théorie, la combattent.

Al-Qaida constitue pour les gouvernements qui affirment être en guerre contre le terrorisme, un ennemi pratique à désigner à l’opinion publique, un alibi idéal pour instrumentaliser des buts internes (lois d’exception toujours plus restrictives, libertés individuelles toujours plus contraintes). Al-Qaida apparait tellement “ fonctionnelle ” pour de nombreux gouvernements occidentaux. Si elle n’existait pas, ils auraient tout intérêt à l’inventer et à l’évoquer.

Note

[1] INFOWARS : 9/11 Commission Chairman: Plane Bomber “Did Us A Favor”

Source : http://www.reopen911.info/News/2010/01/07/megachip-les-fausses-pistes-terroristes-et-les-nouvelles-guerres/