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Prochaine étape pour George Galloway : la mer

Dans Conflit Israélo-Palestinien, Egypte, Gaza, Guerre de Gaza, Hamas, Humanitaire, Israël, Ligue Arabe, Monde Musulman, Moyen-Orient, Occident, ONG, Palestine, Plomb Durci, Royaume-Uni, Turquie le 31 janvier 2010 à 22:17

par Silvia Cattori

George Galloway, présent à Lyon mardi dernier, fait état de ses projets dans un entretien avec Silvia Cattori. Tous unis avec les musulmans pour briser le siège de Gaza ” George Galloway, député britannique à la Chambre des communes (*), est un homme posé, vif, chaleureux. Son regard bleu est attentif et amical. Il n’a pas de temps à perdre. Il est préoccupé par la gravité de la situation à Gaza. Il a mille fers au feu mais il a néanmoins accepté de venir donner, le 26 janvier, une conférence à Lyon (**). C’est dans ce cadre que nous l’avons rencontré. D’une voix forte, claire et limpide, il délivre son message : face à la guerre que mène l’Occident contre le monde musulman, c’est une faiblesse mortelle de la gauche de ne pas s’unir avec les musulmans [1]. Il est impératif que toutes les forces progressistes et anti-guerre s’unissent avec eux. Car les positions des musulmans aujourd’hui sont objectivement les mêmes que celles de tous les progressistes dans le monde : en finir avec les guerres et les injustices.

Silvia Cattori : Après le dernier convoi de « Viva Palestina » à Gaza [2], que comptez-vous faire ?

George Galloway : Je pense que le temps des discussions est passé. Les actions parlent plus fort que les mots. Nous devons briser le siège de Gaza par tous les moyens. Nous l’avons brisé trois fois au cours des derniers onze mois ; nous devons continuer de le briser de plus en plus pour obtenir la fin définitive de ce siège.

Nous n’allons pas laisser seule la population de Gaza. Le prochain convoi se fera par la mer. Nous n’avons pas d’autre choix. On prendra la mer en mai 2010. Il y aura des navires d’Afrique du Sud, du Venezuela, de Malaisie, de Turquie, etc. Nous avons besoin d’autant de navires que possible, du soutien d’autant de gouvernements que possible, de la protection d’autant de drapeaux que possibles pour apporter à Gaza autant d’aide que possible ; du ciment, du bois, des clous, pour reconstruire Gaza.

Certes, c’est beaucoup plus difficile maintenant que l’Egypte a interdit l’entrée de son territoire aux convois. J’aurais préféré aller par terre plutôt que par mer, je ne suis pas un marin, mais c’est la seule voie pour aller à Gaza. Nous voulons que ce convoi international puisse naviguer sous pavillon turc, qu’il y ait à son bord des personnalités éminentes, et qu’il puisse transporter une grande quantité de matériel. Nous avons de bonnes chances d’arriver à bon port. Si nous y parvenons, nous pourrons revenir avec nos bateaux remplis de produits de Gaza, et amorcer ainsi une ligne commerciale maritime entre Gaza et le monde.

Nous sommes en train de construire une coalition internationale ; le mouvement « Viva Palestina » existe maintenant dans de nombreux pays : Afrique du Sud, Australie, États-Unis, Malaisie, Grande Bretagne, Irlande ; je souhaite voir le mouvement de solidarité en France se joindre à nous.

Silvia Cattori : Si je comprends bien, vous comptez rassembler et unifier internationalement les groupes et les gens, actuellement dispersés et affaiblis, pour atteindre la plus grande efficacité possible et devenir éventuellement le leader de ce mouvement ?

George Galloway : Non, je ne pense pas en être le leader. Je crois que la Turquie est le leader. Le Premier ministre, M. Erdogan, devrait être notre leader. C’est, je crois, le seul homme d’État qui peut réellement avoir un large écho – en particulier dans le monde musulman, le monde arabe – et qui peut réveiller le géant endormi de l’opinion publique arabe.

La Turquie a été un élément très important dans notre réussite. Elle est un nouveau facteur dans cette équation palestinienne. Après des décades d’alliance stratégique avec Israël, la Turquie est dirigée aujourd’hui par un gouvernement que les citoyens du monde ne peuvent qu’admirer. L’ONG humanitaire ” Turkish Relief Foundation” (IHH) a été décisive dans le succès de notre dernier convoi. Elle nous a apporté des véhicules et plus du 40% des personnes qui ont participé au convoi. M. Erdogan est intervenu personnellement pour obtenir que Moubarak nous laisse passer. Il nous a apporté tout le soutien politique et diplomatique qu’il nous fallait pour que nous puissions atteindre notre objectif d’entrer à Gaza pour offrir à la population notre matériel et notre soutien.

Silvia Cattori : Je comprends que vous soyez pressé de repartir, et de vous lancer dans un nouveau défi pour attirer l’attention du monde sur Gaza et sa population délibérément affamée, et toujours prise au piège d’un enfermement plus que jamais cruel et dangereux. Mais n’est-ce pas un rêve irréalisable ? En naviguant sous pavillon turc, ne craignez-vous pas d’être accusé de vouloir dresser un État contre un État ? Cela ne sera-t-il pas considéré par Israël comme un acte de guerre ?

George Galloway : Non, cela ne sera pas un acte de guerre parce que les eaux internationales sont les eaux internationales ; et après c’est la mer de Gaza. Il faut seulement avoir le courage de passer des eaux internationales aux eaux de Gaza. Il n’y a aucune menace contre Israël. Le convoi peut être inspecté par des fonctionnaires des Nations Unies, pour vérifier qu’il n’y a pas d’armes. Déjà plusieurs bateaux sont passés.

Silvia Cattori : Les deux dernières tentatives d’atteindre Gaza par la mer, en 2008, ont échoué ! Et les trois premières tentatives, si elles ont réussi, n’est-ce pas qu’Israël avait peut-être à ce moment là, un intérêt à les laisser passer ?

George Galloway : Il s’agissait d’un ou deux bateaux, et ils n’avaient pas la protection d’États importants. Il faut s’assurer la protection d’États qui pèsent d’un certain poids. C’est à quoi nous travaillons maintenant.

Je crois que nous sommes en mesure de créer les conditions qui nous permettront d’arriver à bon port. Nous devons essayer coûte que coûte ; dans ce contexte de blocus, il n’y a pas d’autre voie pour atteindre Gaza que d’y aller par la mer. Au début des années 1960, quand Berlin Ouest était isolé, tous les pays européens ont organisé un pont aérien pour lui apporter de l’aide. C’est d’un tel pont dont nous avons besoin. Nous ne pouvons pas le faire par air mais nous pouvons le faire par mer. Plus important il sera, mieux ce sera. Nous devons y aller en grand nombre ; nous devons avoir à bord des personnalités de renom, et le soutien d’États importants, ou au moins d’un État important. Et la Turquie sera, je crois, la clé.

Silvia Cattori : Le groupe de « Free Gaza » n’a-t-il pas annoncé son intention d’aller à Gaza à la même époque ? Ne travaillez-vous pas ensemble ?

George Galloway : Je ne sais pas ce que va faire « Free Gaza » ; nous respectons ce qu’ils font. Nous savons qu’ils ont déjà différé trois fois leur voyage ; je souhaite qu’ils se joignent à notre convoi, mais s’ils décident d’y aller seuls, ils ont mon entier soutien.

Silvia Cattori : Les gens qui vous ont fait confiance, qui vous ont accompagné durant les trois convois, surtout lors du dernier, comment vont-ils ? Cela a dû être une expérience fascinante et sans doute enrichissante, mais aussi très traumatisante. Comment sont-ils revenus du troisième et dernier convoi de décembre-janvier ? Et vous-même ? Brisés ou plus forts ?

George Galloway : Plus forts. Mais le prochain convoi par mer ne nécessitera pas d’engager la présence d’autant de personnes. Dans ce cas, les seules personnes qui peuvent être un soutien, qui peuvent être vraiment efficaces, sont des personnalités connues, des gros donateurs, et des gens qui ont une expérience de marin. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de passagers dans ces bateaux. C’est une tactique différente, celle-ci. Dans un convoi par terre, tout le monde était le bienvenu. Dans le dernier, nous avions avec nous 520 personnes de 17 pays. Ici, nous n’aurons besoin que de 15 à 20 personnes par bateau.

Silvia Cattori : Les gens qui ont suivi votre longue et pénible odyssée ont été impressionnés. Cela doit vous faire plaisir de savoir que l’on entend dire : « Si vous voyez quelqu’un de la trempe de Galloway, suivez-le ». Mais vos succès ne pèsent-ils pas lourd sur vos épaules ? C’est une grande responsabilité !

George Galloway : Oui. Mais je suis dans ce combat depuis 35 ans. J’avais 21 ans quand je l’ai commencé. Je ne vais pas l’abandonner. Nous n’allons pas laisser seule la population de Gaza.

Notes

(*) Voir le site web de George Galloway : http://www.georgegalloway.com/index.php

(**) Invité par l’association Résistance Palestine.

[1] Par deux fois le public s’est levé et l’a ovationné pour lui exprimer son admiration pour avoir réussi par trois fois de véritables exploits en assurant l’arrivée des convois de « Viva Palestina » à Gaza.

[2] Voir : « “Viva Palestina”, et maintenant ? », par Stuart Littlewood, info-palestine.net, 14 janvier 2010.

Entre légitimité populaire et intérêts économiques : qu’en est-il de la vraie raison du vote anti-minarets ?

Dans 11 Septembre 2001, Analyse, États-Unis, Barack H. Obama, Choc des Civilisations, Complexe Militaro-Industriel, Démocratie, Europe, Géopolitique, George W. Bush, Guerre contre le Terrorisme, Guerres Énergétiques, GWOT, Identité Nationale, Islam, Islamophobie, Liberté d'Expression, Liberté d'Opinion, Lobby Pétrolier, Manipulation, Mass Médias, Monde Musulman, Moyen-Orient, Nationalisme, Néocolonialisme, Occident, Pétrole, Propagande, Réflexion, Samuel Huntington, Suisse le 31 janvier 2010 à 16:05

par Xavier Laroche

La votation suisse a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Les minarets sont interdits en Suisse. La vraie question n’est pas de crier ou non victoire, ni même de s’attarder sur cette décision. Légitime, approuvée populairement, le débat ne se pose plus. Non, la vraie question semble être ailleurs. Entre les rotomontades pseudo-humaniste des élites occidentales, reprochant à la Suisse – pays le plus démocrate du vieux continent – une fascisation latente ;  l’air faussement outragé des médias d’Etat qui hurlent à la xénophobie ;  et le contraste de réjouissance d’une grande partie d’Européens appauvris par la crise et la mondialisation galopante qui voient en cette décision un espoir de préservation de leur culture, il est évident que tout le monde est concerné. Divisés également. Y compris chez les musulmans eux-même, perdus (comme une grande partie de la population) entre incompréhension, manipulation, et réactions passionnées. Tout le monde, donc, aura eu quelque chose à dire sur ce sujet.

Mais justement, et c’est là que la véritable interrogation survient. En ces temps de police de la pensée, de flicage généralisé, de délit d’opinion et de déni démocratique (on pourra penser au traité de Lisbonne et le « non » irlandais) il semble étrange que l’opinion publique ait tout à coup repris une si grande importance. Les répercussions du vote suisse ont engendré à travers l’Europe occidentale une vague sans précédents de sondages, de questionnements, d’études ne tout genre sur des questions autrefois taboues : les minarets bien sûr, la place de l’Islam, les constructions de mosquées, le problème du voile intégral, la conditions des femmes musulmanes, et caetera…

Seulement voilà, pourquoi cette accélération subite de la mise en avant du « problème musulman » dont chacun s’empare aujourd’hui, certains en faisant même l’objet central du débat sur une identité nationale qui a perdu sons sens à force d’en parler ? La Suisse est peut-être au cœur de l’explication.

Pour en remonter à ces dernières années, les attentats du 11 septembre 2001 (sans rentrer dans le débat concernant les incohérences de la version officielle, d’autres y travaillent depuis longtemps), ont été le début d’une psychose organisée et généralisée sur un islamisme rampant et sournois, qui a été désigné comme la cause principale des problèmes de l’Occident. Or, comme chacun sait, la « bouc-emissiarisation » du monde Arabo-Musulman a surtout été dans le but de s’acaparer les abondantes réserves énergétiques dont recèlent les sous-sol moyen-orientaux, la « guerre juste » de démocratisation menée par les occidentaux, USA en tête, n’étant qu’une forme de néo-colonialisme économique sous couvert de Droits de l’Homme conquérants et d’ingérence humanitaire.

Fort de ces constatations, l’opinion publique a eu tendance à se montrer de plus en plus défavorable aux interventions en Irak et en Afghanistan, le conflit s’enlisant et déstabilisant totalement un Proche-Orient déjà en crise depuis fort longtemps. Il fallait donc trouver un nouveau moteur pour relancer les offensives, maintenir les troupes sur place pretextant « sécuriser » des zones mises à feu et à sang par leurs pseudo-libérateurs, et même envoyer des hommes supplémentaires pour faire face à des insurrections de plus en plus violentes et efficaces, capables de mettre à mal la puissante machine de guerre occidentale.

C’est là que la question suisse commence à trouver son intêret, et plusieurs spécificités de ce petit pays à la réputation tenace peuvent s’avérer excellentes pour se relancer sur les fronts évoqués précedemment.

D’abord, il convient de se rappeler du contexte actuel : la France, via son président, vient de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN, le président américain Obama vient de recevoir un prix Nobel de la paix très discutable (surtout en voyant les récents renforts de troupes déployés récemment) et la crise économique n’est toujours pas résorbée, ce qui inquiète à juste titre les populations des deux côtés de l’Atlantique. Une crise qui, en Europe, se superpose à tous les problèmes récurrents de ces dernières années, à savoir le chômage, l’immigration incontrôlée, l’insécurité, les délocalisations.

Ainsi, fin novembre 2009 arrive dans ce contexte troublé une surprenante initiative populaire en Suisse, visant à interdire la construction de nouveaux minarets au surplomb des mosquées. Passons encore une fois sur le fond, le nombre de musulmans présents en Suisse, ou encore les (fausses) questions de libertés religieuses ou urbanistiques, pour se concenter sur les vraies questions : pourquoi la Suisse, pourquoi maintenant, pourquoi cette initiative ?

Une hypothèse probable, et qui sera certainement dérangeante, serait de considérer la Suisse comme l’épicentre d’un séisme médiatico-politique voulu par des élites mondialisées dont les buts paraissent de plus en plus clair. Explication :

La Suisse ne fait pas partie de l’Union Européenne. Ce statut de neutralité, un classique de l’histoire suisse, lui permet d’être en retrait juridique par rapport aux institutions européennes, comme la CJCE par exemple, et garder une indépendance vis-à-vis des autres pays, en bref c’est un pays souverain.

Ensuite, la Suisse à une autre longue tradition, c’est sa démocratie populaire. Encore une fois sans rentrer dans les détails techniques, un projet de loi peut-être présenté au peuple qui va s’exprimer par référendum quand à l’adoption ou non d’un nouveau texte.

Enfin, et c’est encore un classique de la Suisse, son attractivité bancaire (malgré des pressions de plus en plus forte) en font un lieu sur lequel le monde entier a toujours un oeil, et tout particulièrement les pays voisins.

Par conséquent, ces caractéritiques peuvent amener à penser que la Suisse est le terrain d’une manipulation de grande ampleur visant à légitimer les actions occidentales au Proche-Orient. Sans remettre en cause l’intégrité et l’honneteté du charismatique Oskar Freysinger, il ne serait pas impossible de penser que les dirigeants de l’UDC ait été influencés (si ce n’est même conseillés, voire obligés) de proposer une initiative visant, de manière détournée, l’Islam et les musulmans en général. Profitant d’une exaspération générale quand à l’implantation de cette religion depuis quelques dizaines d’années en Europe de l’Ouest, résultats de politiques d’immigration libérales malsaines et d’une assimilation ratée (volontairement ?), faire voter une loi limitant le développement d’un symbole musulman, à l’architecture orientale comme le minaret, est un signe fort du refus de changement de traditions d’une population qui peut se sentir menacée.

Ainsi, le résultat escompté étant obtenu (victoire des anti-minarets), les conséquences recherchées arrivent. Un déferlement médiatique touche la plupart des pays d’Europe à forte concentration d’immigrés de tradition musulmane, le débat est sur toutes les lèvres, et les passions se déchainent. Les médias organisent des sondages qui montrent une hostilité grandissante envers l’Islam, une méfiance vis-à-vis des musulmans qui est générale et de moins en moins camouflée. En contraste avec cela, les élites cosmopolites européennes s’indignent, prenant le contre-pied de leurs populations, rivalisant de mensonge et de démagogie afin de traîner les suisses dans la boue, les couvrant de sobriquets insultants, infantilisant un peuple majeur et souverain.

Double victoire pour nos dirigeants. Avoir utilisé la Suisse, pays hors-UE, permet de ne pas s’encombrer des questions de droit communautaire ; et avoir eu recours au vote populaire permet une légitimation de la décision à laquelle ont été sensibles les autres populations d’Europe. Ainsi, les dirigeants ont pu préserver leur bonne image de tolérance et de mondialisme béat,  tout en instrumentalisant la question de l’Islam à des fins économico-politiques. Maintenant que le libéralisme s’exporte, que les immigrés amenés en Europe – après avoir été intouchables au nom de la productivité – sont moins utiles, il faut bien les remettres au goût du jour. Les populations européennes commençant à contester de plus en plus les agissements américains et des forces coalisées en terre d’Islam, la nouvelle stratégie consiste justement à rappeler aux Européens que leurs problèmes viennent de l’immigration massive, mais pas n’importe laquelle : l’immigration musulmane. Stratégie habile car en stigmatisant les musulmans, et en gavant médiatiquement le peuple du « courageux combat » mené en Orient contre l’Islam, le but recherché est de remettre l’opinion publique derrière les coalisés. Une opinion publique déjà derrière la population Suisse, se détournant ainsi de la véritable origine de ses problèmes. La contestation doit s’etouffer en donnant au gens l’espoir que leurs conditions de vie ne se dégraderont pas encore plus, grâce à ces guerres que l’on veut faire passer pour nécessaires. Nécessaires, oui, pour ceux qui manipulent, sèment la zizanie et mentent depuis trop longtemps, afin que ces derniers puissent continuer leur œuvre de destruction massive, de pillage, indispensable à leur enrichissement : lobbies pétroliers, complexes militaro-industriels et hommes politiques en tête.

Une drôle d’aide à Haïti

Dans États-Unis, Barack H. Obama, Catastrophes Naturelles, Famine, Haïti, Humanitaire, Impérialisme Américain, Ingérence Humanitaire, Néocolonialisme, Pauvreté, Pax Americana, Pentagone, Réflexion, Robert Gates, Sécurité, Tiers-Monde, US Army le 30 janvier 2010 à 18:21

par Néstor Núñez

Les balles avant les antibiotiques, les fusils avant les bistouris…

Les centaines de médecins haïtiens qui ont été formés à Cuba ces dernières années ont volé au secours de leurs compatriotes. Ils travaillent au coude à coude avec les membres des brigades de spécialistes cubains qui prêtent leur assistance aux survivants du séisme qui a rasé Port au Prince. L’un d’entre eux a su résumer clairement la situation en ces quelques mots : « Ce dont nous avons besoin, a-t-il déclaré à la télévision, ce sont des médecins, des secouristes, des pompiers, des ingénieurs et des architectes. Nous n’avons rien à faire de soldats ni d’armes au milieu de cette tragédie nationale. »

Pourtant, il semble bien qu’il existe des pays disposant d’énormes ressources qui seraient d’une effectivité fabuleuse si elles étaient bien utilisées, mais qui font passer le souci de maintenir « l’ordre et la sécurité » avant la tâche de sauver des vies humaines.

C’est la raison pour laquelle, quelques heures après qu’ait été connue la nouvelle du désastre causé par le séisme, plus de mille soldats du Commando Sud sont immédiatement arrivés à Haïti pour prendre en main la situation à l’aéroport de la capitale du pays, assurer unilatéralement le contrôle des pistes et même gêner l’arrivée rapide et efficace d’avions envoyés par de nombreux autres pays et transportant des vivres, des médicaments, des engins pour dégager les décombres, des tentes et tout un approvisionnement d’articles de première utilité pour les presque 3 millions de victimes du tremblement de terre.

Ce n’est pas de la médisance. Les pilotes de nombreux pays qui se sont vus dans l’impossibilité d’atterrir à Port au Prince avec leurs chargements peuvent en témoigner, ainsi que d’autres qui se sont vus relégués dans des recoins obscurs de l’aéroport sans que le personnel militaire présent sur place leur accorde la moindre attention.

Parmi les nouvelles promesses d’ « aide » nord-américaine, on retrouve celle de l’augmentation du nombre de troupes devant arriver pour s’installer aux endroits stratégiques d’un pays ruiné et endeuillé, comme si la catastrophe était le meilleur des prétextes pour répéter les épisodes d’occupation militaire nord-américaine qui se sont succédées de 1916 à 1934.

On est en droit de se demander si, à Washington, certains « cerveaux guerriers » ont imaginé que, dans le cas où l’état haïtien et ses institutions, durement atteintes par le séisme, ne parviendraient plus à jouer leur rôle, le « grand voisin » ne pourrait pas se charger de « la noble tâche » d’assumer le contrôle du pays et de le réorganiser selon ses propres critères. Il était donc prudent d’installer, dès le début, les forces armées qui, le moment venu, se chargeraient de mener à bien leur mission de mainmise sur le pays.

C’est pour cela que les balles sont arrivées avant les antibiotiques, les fusils avant les bistouris et les soldats avant les spécialistes de la santé.

Pendant ce temps, la demande du jeune médecin haïtien flotte sur les ruines qui recouvrent les morts.

Source : http://www.legrandsoir.info/Une-drole-d-aide-a-Haiti.html

Apocalypse, année zéro ?

Dans Analyse, Armement, Europe, Iran, Israël, France, Russie, Chine, OTAN, ONU, États-Unis, Technologie, Armes de Destruction Massives, Barack H. Obama, Nucléaire, Pakistan, Pentagone, Brésil, Inde, Dimitri Medvedev, Corée du Nord, Royaume-Uni, Pax Americana, Vladimir Poutine, Mini-Nukes, Conseil de Sécurité, AIEA, Impérialisme Américain, TNP, Arme Nucléaire, Complexe Militaro-Industriel, Traité ABM, Robert Gates, Géostratégie, ABM, Bouclier Antimissiles Américain, ADM, NBC, NRBC, Arme Chimique, Arme Biologique, Traité START le 30 janvier 2010 à 17:41

par Philippe Leymarie

L’agenda sur le nucléaire militaire a rarement été aussi chargé que cette année. Trois rapports, trois sommets, un nouveau traité sur la limitation des arsenaux américain et russe (START), la révision du Traité de non-prolifération (TNP), les initiatives de l’Iran ou de la Corée du Nord et les répliques de la « communauté internationale », les premiers pas du nouveau patron de l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA)…

« Le nucléaire rend sage » : la formule est du général Gallois, un des pères de la dissuasion française. Est-ce la raison pour laquelle un faisceau d’initiatives, cette année, devraient converger pour tenter de réorganiser ce secteur ? La première salve sera tirée fin janvier, avec la publication presque parallèle d’un rapport sur la nouvelle politique de dissuasion nucléaire russe, et d’un autre issu de la Nuclear review américaine. Le président Barack Obama a en outre programmé un rendez-vous sur le désarmement en avril, un an après son discours de Prague, où il avait défendu l’idée d’un monde sans armement nucléaire. Et l’organisation des Nations unies a convoqué pour mai, à New York, une réunion internationale pour passer au crible le TNP

Entretemps, les promoteurs de l’initiative « Global Zero », lancée fin 2008 par une centaine de personnalités politiques et militaires russes et américaines, auront tenté, lors d’un sommet à Paris en ce début d’année 2010, de défendre leur plan, qui vise à l’élimination totale des armes nucléaires en quatre étapes, sur vingt ans : il prendrait appui sur le nouveau Strategic Arms Reduction Treaty (START 2) – en cours de négociation entre Russes et Américains (lesquels concentrent à eux seuls 95 % des moyens nucléaires militaires mondiaux) ; mais il préconise d’en élargir les engagements.

Sous surveillance

Dans l’esprit de ses concepteurs, cette initiative aurait un double effet : consolider dans un premier temps le Traité de non-prolifération, mis à mal par la dangereuse chevauchée des « cavaliers de l’Apocalypse » du moment – Iran, Israël, Pakistan, Corée du Nord – et les ambitions de plusieurs pays (dont des détenteurs actuels de l’arme nucléaire, comme la Chine) ; et inciter progressivement l’ensemble des pays à s’engager sur la voie du désarmement.

Global Zero a publié ces derniers mois un sondage mené dans vingt et un pays par le Program on International Policy Attitudes (PIPA), de l’Université du Maryland, où il était bien précisé que tous les pays seraient surveillés, pour vérifier qu’ils appliquent l’accord de désarmement. Dans les cinq pays disposant d’importants arsenaux nucléaires, une large majorité se serait déclarée en faveur de ce plan d’action – Russie (69%), Etats-Unis (77%), Chine (83%), France (86%) et Grande-Bretagne (81%). Dans les pays qui n’ont pas d’armes nucléaires, des majorités de même ampleur se seraient dégagées – ce qui est moins étonnant.

Vide stratégique

Global Zero affirme avoir notamment le soutien d’une pléiade d’anciens décideurs politiques et militaires, comme l’ambassadeur Richard Burt, ancien négociateur en chef américain dans les discussions stratégiques sur la réduction des armes ; Jack Sheehan, général en retraite, ex-commandant en chef du Commandement US Atlantic ; Lawrence Eagleburger, ancien secrétaire d’Etat américain ; Franck Carlucci, ancien secrétaire américain à la défense ; le Dr Anthony Lane, ancien conseiller américain à la sécurité nationale ; Alexander Bessmertnykh, ancien ministre russe des Affaires étrangères ; Yevgeny Maslin, général en retraite, ancien directeur au ministère russe de la défense ; le Dr Evgeny Velikhov, président de l’Institut Kurchatov, etc. L’association revendique au total le soutien de neuf anciens chefs d’Etat ; huit anciens ministres des affaires étrangères (américains, russes, britanniques ou indiens) ; trois anciens ministres de la défense (anglais et américains) ; six anciens conseillers à la sécurité nationale (Russie, Inde, Pakistan), et dix-neuf anciens commandants militaires (américains, chinois, anglais, indiens et pakistanais).

Cette initiative est cependant accueillie souvent avec un certain scepticisme : il n’y aurait « pas de relation de cause à effet entre l’intention d’éliminer toutes les armes et la prévention de la prolifération »  [1]. Global Zero compte beaucoup sur le soutien, au moins politique, du président américain, mais l’attitude de Barack Obama paraît contradictoire, lorsqu’il affirme « vouloir prendre des initiatives concrètes en vue d’un monde sans armes nucléaires », mais défend le « maintien d’un arsenal sûr et efficace pour empêcher un quelconque adversaire d’agir [2] ». En outre, si la dissuasion nucléaire américaine venait à perdre de sa crédibilité, d’autres pays pourraient tenter d’occuper aussitôt tout ou partie du « vide » stratégique ainsi ouvert …

Périmètre nucléaire

Depuis décembre dernier, le traité START 1 sur la réduction des armements stratégiques est arrivé à expiration. Signé en 1991 entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, il prévoyait une réduction par ces deux puissances de leurs arsenaux nucléaires respectifs à moins de 6 000 ogives et moins de 1 600 vecteurs [3]. START 1 aura permis la réduction d’un tiers des arsenaux nucléaires. Mais, malgré six mois de discussions à Genève entre les experts des deux pays, l’accord sur un nouveau traité START 2 – souhaité par les deux parties, et qui prévoit de réduire leurs arsenaux respectifs à un effectif de 1 500 à 1 675 ogives opérationnelles, et de 500 à 1 000 vecteurs – n’a pu être bouclé en temps utile, ouvrant une période de transition.

En dépit d’une relative extension du périmètre nucléaire – cinq Etats en étaient officiellement dotés lors de la signature du TNP, ils sont neuf aujourd’hui, et cinq autres sont en mesure de rejoindre ce « club » –, la politique de dissuasion a plutôt réussi, les Etats s’étant servi jusqu’ici de l’arme nucléaire comme arme de défense et non d’attaque. « Ce raisonnement, relève un rapport parlementaire français, vaut pour les armes nucléaires produites, stockées et maintenues par des Etats capables de maîtriser des processus complexes : mise au point et construction d’unités d’enrichissement d’uranium, fission, miniaturisation, balistique … Il vaut moins pour les autres armes de destruction massive (ADM), dont les techniques de fabrication sont moins complexes, et dont il est difficile de toujours identifier les détenteurs, qui pourraient le cas échéant être autres que des Etats [4]. »

La cote du bio

Les auteurs de ce rapport ont listé les « avantages » techniques des ADM chimiques et biologiques, du point de vue de leurs manipulateurs :

— minimum d’outillage et d’espace, et temps court, pour la fabrication ; faible coût financier ;
— facilité de camouflage (un appartement, une cave …) ;
— inutilité d’essais préalables (indispensables pour le nucléaire) ;
— vaste palette de diffusion ( aliments, liquides, vapeur ou aérosol, contact humain direct…) ;
— nature horrible des effets, génératrice de panique et de désordre social ;
— difficulté de détection ;
— laps de temps entre la libération de l’agent biologique ou chimique, et la perception de ses effets (qui permet la fuite des auteurs) ;
— choix de cible plus souple et précis que dans le cas du nucléaire, etc.

Mais les attentats cybernétiques sont d’un usage plus commode encore, car « un moyen rapide, peu coûteux et dépourvu de risque pour désorganiser les sociétés modernes » : selon ce rapport parlementaire, la France serait mal préparée à ce type de guerre, en dépit d’initiatives récentes.

Les députés concluent, sur un mode rassurant en terme de sécurité, que « la dissuasion relève des Etats, et que les terroristes n’ont pas accès aux armes de destruction massive », mais relèvent que l’actuel engouement pour les centrales nucléaires – 439 réacteurs en service dans 31 pays, 240 en projet – peut constituer un risque de prolifération, le nucléaire étant – comme par exemple l’aéronautique – une technologie « duale », susceptible de passer rapidement d’un usage civil à une application militaire…

Notes

[1] Rapport sur « les développements en cours en matière de non-prolifération et de désarmement nucléaires », présenté en décembre 2009 devant l’Assemblée européenne de sécurité et de défense, à Paris.

[2] Discours place Hradcany, à Prague, le 5 avril 2009.

[3] Un accord complémentaire signé à Moscou et 2002 (connu sous le nom de « Traité de Moscou ») envisageait une nouvelle réduction du nombre d’ogives entre 1 700 et 2 200 pour décembre 2012.

[4] Jean-Michel Boucheron, Jacques Myard, « Les enjeux géostratégiques des proliférations », Rapport d’information n° 2085, Assemblée nationale, décembre 2009.

Source : http://blog.mondediplo.net/2010-01-04-Apocalypse-annee-zero

Terrorisme : Al-Qaïda est-elle encore la Base ?

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par Dr. Pascal Sacré
Opinions publiques occidentales, réveillez-vous !
Introduction
Al-Qaïda veut dire La Base en arabe, mouvement islamiste fondé par le cheikh Abdullah Yusuf Azzam et son élève Oussama Ben Laden en 1987. (1)

C’est à partir du 11 septembre 2001 qu’Al-Qaïda s’est mis à jouer en première base, pour reprendre les termes du base-ball, dans la section terrorisme, sous-section ennemi de l’Occident.

L’Occident et ses leaders démocratiques ne considérèrent pas Al-Qaïda comme une organisation terroriste, ni Ben Laden comme un assassin sanguinaire, avant les années 1990, car jusqu’à cette date, ils n’avaient « terrorisé » et « assassiné » que des Russes, les « grands ennemis » de l’époque pour l’Occident.  Même que certains « chuchotent » que la Base fut construite par les Étasuniens en réponse à l’invasion soviétique de l’Afghanistan de 1979. Il semble que les Étasuniens aient toujours aimé jouer avec le feu, autant que le répandre.

Ainsi, l’opération cyclone (1979 à 1987) est une opération militaire géopolitique américaine secrète initiée par le président Jimmy Carter en 1979 et menée par la CIA pour armer les moudjahidines afghans contre l’URSS au cours de la guerre d’Afghanistan (1979-1989). (2)  Durant la guerre froide (1947 à 1991) entre les États-Unis et l’Union soviétique, à la suite du coup d’État communiste en Afghanistan de 1978 puis de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979, le président des États-Unis, Jimmy Carter annonce que « l’invasion soviétique de l’Afghanistan est la plus grande menace pour la paix depuis la Seconde Guerre mondiale ». (2)  Déjà, l’art des formules choc.  Art porté aux nues dans les mains de la belliqueuse administration Bush, mais encore davantage dans celles du président pacifique, nobélisé, Barack Obama.

Il est impératif de plonger dans les eaux troubles de ces opérations clandestines et de cette époque complexe pour comprendre vraiment, complètement et non partiellement, le phénomène Al-Qaïda. Étudier le soi-disant terrorisme islamiste en faisant abstraction de toutes ses relations, passées et probablement présentes, avec les gouvernements occidentaux, c’est comme essayer de comprendre le réchauffement climatique en faisant abstraction du soleil.

Dans l’histoire officielle, relayée par Wikipedia et les médias occidentaux, c’est à partir des années 90 que l’élève aurait commencé à mordre la main de son maître.

  • 1992, bombardements ciblant des troupes américaines à Aden, au Yémen.
  • 1993, attaque d’hélicoptères et de soldats américains en Somalie.
  • 1993, attaque à la bombe du World Trade Center.
  • 1998, attaque à la bombe sur les ambassades des Etats-Unis de Nairobi au Kenya, et de Dar es Salaam en Tanzanie (300 morts, 5000 blessés).
  • 2000, attentat à la bombe contre le destroyer américain USS Cole à Aden, au Yémen (17 marins tués, 50 blessés).
  • Plus toute une série d’opérations avortées et déjouées.

Ce n’est pas en 1987, à la naissance d’Al-Qaïda, que le « terrorisme » est né (attentats palestiniens, ETA, IRA, Brigades Rouges, Cellules communistes combattantes, Fraction armée rouge…), encore moins en 2001.  2001 marque l’accession d’Al-Qaïda à la célébrité, éclipsant toutes les autres formes de terrorisme. Celles-ci n’ont pas cessé d’exister mais étaient tellement pâles en comparaison qu’elles sont devenues presque invisibles, insipides, inintéressantes. Ou inutiles ?  C’est un peu comme si tous les projecteurs s’étaient éteints, sauf ceux braqués sur l’organisation de Ben Laden. Au travers d’Al-Qaïda, le terrorisme s’est hissé au premier rang des préoccupations mondiales, au point d’éclipser des problèmes autrement plus destructeurs comme la pauvreté, l’analphabétisme, le sous-développement et le sida.

Si le terrorisme et ses actions sanglantes occupaient déjà régulièrement et ponctuellement nos écrans de télévision, c’est devenu depuis 2001, depuis Al-Qaïda, un sujet majeur, presque quotidien, relancé magistralement par les attentats de Madrid en 2004, de Londres en 2005, ainsi que par des opérations plus modestes (Robert Reid en décembre 2001 sur le vol 63 d’American Airlines Paris-Miami, Umar Farouk Abdul Mutallab en décembre 2009 sur le vol 253 de Northwest Airlines Amsterdam-Détroit), mais contribuant tout autant à entretenir la psychose et à enraciner la peur et la haine de l’Islam.

Car ce qui est également arrivé en 2001, c’est l’élection d’un champion. Ce n’est pas, comme on l’a vu, la naissance d’Al-Qaïda mais son sacre. Comme si le terrorisme et toutes ses facettes régionales, se transformant en peau de chagrin, s’étaient réduit exclusivement, en un jour, au terrorisme islamique, le Jihad, lequel occupe aujourd’hui 99% de la scène de la « terreur internationale ».  Un peu comme si une sélection avait été faite, entraînant l’attribution d’un poste particulier au candidat choisi, en le dotant de supers pouvoirs et d’une logistique proprement effrayants.

Après la seconde guerre mondiale avec la destruction d’Hitler et l’impitoyable mise au pas du Japon, après la chute du « grand Satan » communiste et de son héraut l’URSS, l’Occident s’est retrouvé sans adversaire à sa taille,  sans ennemi assez terrifiant pour justifier la permanence, encore moins la croissance du gigantesque complexe militaro-industriel, si craint par le clairvoyant Dwight D. Einsehower (3).  Après avoir servi à contrer « l’ogre soviétique » et contribué largement à sa chute, quelle montée en puissance providentielle que celle d’Al-Qaïda, « cadeau » littéralement tombé du ciel, en ce jour sombre pour la liberté et la démocratie, sur le sol étasunien. Une aubaine « miraculeuse » pour le complexe militaro-industriel en quête de justification à ses ambitions mégalomaniaques.

En 2010, Al-Qaïda est-il encore la Base ?

Pourtant, la question qui déchire les spécialistes des démocraties occidentales, et présentée comme la donnée vitale dont la compréhension va nous donner la victoire, porte sur un détail insignifiant : qu’est devenu Al-Qaïda ? Détail insignifiant ? Pas selon les experts. Les « vrais », ceux que les médias écoutent religieusement et que les opinions publiques divinisent… Par Washington Post et Foreign Affairs interposés, deux camps s’affrontent.

Les partisans du jihad sans leader.

Les partisans du jihad déclinant décrivent un jihad sans leadership, où Al-Qaïda n’est plus la Base, n’est plus l’organisation structurée qu’elle a pu être en 2001.  Al-Qaida ne serait plus qu’une idéologie, l’al-qaïdisme, source inspirante pour une soi-disant nouvelle génération de terroristes, la troisième selon Marc Sageman (4), pour lesquels la Base ne serait plus que ça : un modèle, une référence.

Dans cette mouvance tout a commencé avec les déclarations du directeur de la CIA, Michael Hayden, selon lesquelles le réseau d’Oussama ben Laden avait perdu la partie […] et qu’il se trouvait en position défensive à travers le monde (Reuters, 30 mai 2008).  Est venu l’appuyer le chef du Department of Homeland security américain, Michael Chertoff, pour lequel le Hezbollah avait largement ravi la place à Al-Qaïda au hit-parade des terroristes les plus dangereux pour la sécurité nationale étasunienne (Fox News, 29 mai 2008), la Base étant devenue l’ombre d’elle-même.  Changement de pouvoir.

En renfort, Laurence Wright (5), expert du terrorisme, prouvait, par un long article dans le New Yorker, “The Rebellion Within”, l’affaiblissement, la désintégration même, du « mouvement islamiste extrémiste » (The New Yorker, 2 juin 2008, «The Rebellion Within»).

Le fer de lance du mouvement est probablement Marc Sageman (6). Spécialiste du terrorisme, sociologue, ancien analyste de la CIA au Pakistan et en Afghanistan, Mr Sageman était à l’honneur dans le Washington Post de février 2008 (Washington Post, «The Fading Jihadists», 28 février 2008).  Pour Sageman, les jihadistes actuels ne correspondent plus du tout à la structure Al-Qaïda telle qu’elle est apparue en 2001.

Nous en serions aujourd’hui à la troisième génération de terroristes islamistes, une génération tout à fait particulière, composée de combattants sans leader physique (“leaderless jihad”), formant des réseaux peu structurés, volatils, de petites cellules locales, s’auto-organisant (par échanges directs, où internet joue un rôle prépondérant) mais qui n’ont aucun lien physique avec une hiérarchie ou un chef comme Ben Laden. Le mouvement initié par celui-ci, avec son geste fort de 2001, resterait un dénominateur commun idéologique puissant, sorte de souvenir historique galvanisant, motivant la poursuite du combat.

Nous ne serions plus confrontés à la Base, mais à une multitude de bases indépendantes, en autarcie complète, improvisant des plans là où elles se trouvent, prenant des initiatives et s’autogérant, seulement réunies idéologiquement par l’image transcendante du grand frère, disparu en tant qu’entité physique.  Le « terrorisme islamiste » ne serait plus qu’une structure éparpillée, décentralisée, sans leader. (7)  Par exemple, pour Sageman, Mohamed Bouyeri, l’assassin du cinéaste néerlandais Theo van Gogh à Amsterdam le 2 novembre 2004, est représentatif de ce nouveau type de terroristes : peu politisés, mais fascinés, structurés par la violence qu’ils peuvent provoquer, prouvant ainsi, de loin, leur allégeance au jihad.  « La plupart […] n’aspirent qu’à une chose : se retrouver sur une affiche barrée de la mention ‘Most wanted’ » (8)

Sageman prédit la disparition lente du jihad sans leader, une sorte d’affaissement sur lui-même (9), à condition que les États-Unis le laissent s’éteindre sans provoquer un sursaut par une offensive contre-terroriste trop violente (Washington Post, «The Fading Jihadists», 28 février 2008).  Toutefois, Al-Qaïda est un label, une marque déposée, qui marche encore trop bien dans les médias occidentaux.  Rappelez-vous en 2001, il fallait un champion, un ennemi suffisamment terrifiant et structuré pour justifier, faire accepter en face, un sauveur, quelque chose qui pour nous protéger, en jouant sur nos peurs constamment entretenues, doit pouvoir continuer à dévorer toutes nos ressources (financières, énergétiques, climatiques, environnementales) sans rendre de comptes.  Ce sauveur est toujours le complexe militaro-industriel dont le centre névralgique est aux États-Unis.

Les partisans d’une Base encore bien vivante.

Al-Qaida est la Base, et puis c’est tout !  Bruce Hoffman et Michael Scheuer sont venus au secours d’Al-Qaida, au secours également des ambitions du complexe militaro-industriel. Effet ricochet…  Michael Scheuer, d’abord.  Ancien agent de la CIA lui aussi, chef de la section chargée de la traque d’Oussama ben Laden, selon le magazine The Economist il rapporte que les jihadistes sont toujours bien représentés, très structurés, bien intégrés, présents par milliers, en Grande Bretagne et en Allemagne.(10) D’éminents jihadistes, des leaders, seraient encore bien vivants, exerçant toujours une forte influence en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen. (11)

Ces experts-là sont, bizarrement, les chouchous du complexe militaro-industriel américain, et travaillent pour lui par ONG interposée.  Bruce Hoffman est un expert en terrorisme et lui, face aux propos de Mr Sageman, il en a perdu son sang-froid et s’en est pris violemment aux affirmations de l’ex-analyste de la CIA.  Mr Hoffman, c’est l’expert des voix officielles, professeur à l’université de Georgetown à Washington, ancien conseiller pour les questions de contre-terrorisme en Irak, auteur d’un livre sur la mécanique terroriste et membre de la Rand Corporation, ONG, institut de recherche du complexe militaro-industriel des États-Unis. (12)

Pour Bruce, les « analyses » de Mr Sageman sont des dénis de la réalité et son ignorance des faits n’est surpassée que par le traitement superficiel de la théorie sociologique qu’il affirme utiliser. (13)  Pour lui, Al-Qaïda a changé de stratégie mais reste Al-Qaïda, la Base physique, concrète, vivante, et pas seulement idéologique du « mouvement terroriste islamiste ».

Michael Scheuer, lui, s’est plutôt focalisé sur Peter Bergen, éminent connaisseur du mouvement salafiste jihadiste global (Peter Bergen et Paul Cruickshank, «The Unraveling, The Jihadist Revolt Against bin Laden»).  Selon Scheuer («Rumors of al-Qaeda’s Death May Be Highly Exaggerated», Terrorism Focus), Bergen ou Wright prennent leurs désirs pour des réalités et leurs sources, non fiables, discréditent leurs conclusions.

A ce concert de contradictions s’ajoute le travail très sérieux d’Audrey Kurth Cronin, de l’École nationale de guerre, qui détaille les raisons du déclin et de la fin des organisations terroristes (14). Elle conclut également, comme Sageman, à l’extinction progressive de la Base.Dans ce brouhaha, la personne de Bruce Hoffman fait figure de référence, notamment pour les journalistes et les médias occidentaux. Il est respecté et non remis en question.  En matière de terrorisme, il équivaut à Albert Osterhaus pour l’OMS dans la problématique des vaccins antigrippaux, et aux membres du GIEC dans la problématique du réchauffement climatique.  C’est la source à laquelle nous devons tous nous référer si nous voulons aborder les ressorts du terrorisme international.  Dans le numéro 1002 du courrier international, la revue d’analyse très sérieuse et très respectée répercute les visions de Bruce Hoffman, en l’introduisant en ces termes, expert reconnu, l’universitaire américain […] tire les enseignements des derniers attentats commis au nom de l’organisation.  Suivent toute une série de points détaillant le changement de stratégie du nouvel Al-Qaïda. (15)  Dans ce même numéro, le Courrier international, prête ses pages à l’article de Hazem Al-Amin (Al-Hayat, Londres), qui analyse un peu plus subtilement la situation, précisant que : […] Il n’est d’ailleurs pas certain qu’Omar Abdulmutallab (16) ait véritablement appartenu à Al-Qaïda. (17).

Les grands médias télévisuels occidentaux, notamment belges et français, dans leur réflexe conditionné pavlovien, depuis 2001, de rattacher tout attentat impliquant un islamiste à Al-Qaïda, suivant systématiquement la vision de Bruce Hoffman et du complexe militaro-industriel, gagneraient beaucoup à lire le Courrier international.   Ce serait déjà ça.

D’autres anciens de la CIA, contredisant la version du centre nerveux guerrier des États-Unis et de leur héraut de Washington, expriment leurs points de vue dans certains journaux. (18)  Sans faire de généralités, il semble que la CIA ne fasse pas la même analyse de terrain que les industriels, le Département de la Défense et la Rand Corporation.  Toutefois, le plus souvent, le débat se limite à ça.

Autre question, autre hypothèse, en 2010, Al-Qaïda n’a-t-elle pas tout simplement rempli son contrat ?

Les guerres ont été menées. Et justifiées. Les pays aux ressources convoitées ont été pillés, dévastés. A quoi a servi Al-Qaïda, réellement ? Quelles missions Ben Laden  aurait-il rempli pour les musulmans ?  Comment le jihad aurait-il pu défier aussi longtemps une super puissance comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, avec leurs moyens militaires, leurs technologies de pointe capables d’enregistrer une conversation n’importe où dans le monde, et leurs services de renseignement déjà infiltrés, bien avant 2001, dans tous les mouvements jihadistes de la planète, impliqués même dans leur création, pour beaucoup d’entre eux ? Comment ? Enfin, cette coïncidence n’est-elle pas trop belle pour être vraie ?

Juste au moment où le complexe militaro-industriel se retrouve sans ennemi à sa taille, la menace d’un démantèlement se profilant à l’horizon, surgit  Ben Laden, jusque là petit lieutenant parmi d’autres de la grande armée de mercenaires terroristes formée par la CIA et des occidentaux pour mener à distance, pour leur compte, des guerres de basse intensité.

Voilà des interrogations pertinentes que les grands médias et leurs sources, les experts reconnus, n’abordent pas, ou plus.  Ce n’est pas cela, pour eux, le point crucial à éclaircir.  Pourtant…

Al-Qaïda a renforcé son ennemi beaucoup plus qu’il n’a aidé la cause du peuple musulman, qu’il soit palestinien, irakien, afghan, pakistanais, yéménite ou indonésien.  Cet ennemi, d’un allié jusque là utile dans sa lutte contre le communisme, a fait d’Al-Qaïda son adversaire suivant, en l’hypertrophiant, en lui donnant d’une main pour mieux pouvoir le frapper avec l’autre. Et justifier tout cet enfer, autour de nous.

Le Pentagone, le complexe militaro-industriel, la politique impérialiste du monde occidental qui a repris une guerre de colonisation mondiale : voilà les vrais gagnants de la prétendue croisade d’Al-Qaïda, le diable enturbanné qui aurait succédé providentiellement au sale rouge communiste.

C’est le prétexte par lequel les envahisseurs ont pu déferler sur les pays tant convoités (ressources et position géostratégique), en réussissant la prouesse de faire passer cela pour de la légitime défense.  Le caractère morcelé de la Base, en cellules disséminées dans plusieurs pays, a servi admirablement le plan.

La prouesse ultime, réalisée sur les cendres encore chaudes de la terreur des populations traumatisées par les images brutales du 11 septembre, répétées en boucle interminable, a tout de même été d’associer le chiite religieux Ben Laden au sunnite laïque Saddam Hussein, en prétextant la menace d’armes imaginaires, existence contestée par certains des experts occidentaux eux-mêmes, preuve du caractère dangereusement sélectif des opinions publiques lorsqu’elles prennent des décisions sous l’effet de la peur, et de l’importance prépondérante que prennent les médias télévisuels et leurs raccourcis erronés quand la terreur est de mise.  C’est une chose inscrite dans la psyché humaine, que manifestement, les gouvernements connaissent bien, et utilisent.

Ce que des experts reconnus qualifient de terrorisme inacceptable, est pour certains de la résistance.  Pour d’autres, une façon, la seule parfois, de s’exprimer, de se défendre, de survivre. Dans la bouche des envahisseurs, ceux qui décident quand le terrorisme est acceptable, et quand il ne l’est plus, portant alors un autre nom,  le terme pour envahir, opprimer, coloniser sera : frappe préventive, guerre d’auto-défense. L’auto-défense des autres devient le seul vrai terrorisme, sale et illégal, qui implique des civils et ne respecte aucune des règles ou conventions de la guerre.

Bien sûr quand des mercenaires étasuniens, de firmes privées engagées par le gouvernement pour assurer la protection des personnalités occidentales, quand ces contractuels  tirent sur des civils indigènes et massacrent des gens désarmés, cela s’appelle dignement dommage collatéral.(19) Depuis le Far-West, les cow-boys ont l’habitude de tirer les premiers. Les règles, c’est pour les autres et il est inacceptable que ceux-ci ne veulent pas des dés pipés des Étasuniens.  Si les attentats sanglants de par le monde peuvent être attribués à Al-Qaïda, alors un martèlement médiatique est aussitôt enclenché. Les bavures, innombrables et toutes étouffées, de Blackwater (devenue Xe le 13 février 2009), ont plus de chance. Dans ce cas, les médias regardent ailleurs.(20)

Pour étayer ces analyses qui élargissent et approfondissent le débat, et rendent possible une compréhension plus juste du terrorisme, des auteurs et chercheurs, très sérieux eux aussi, écrivent et donnent des conférences. Qu’ils ne fassent pas partie des sources officielles des journalistes et médias occidentaux n’enlève rien à la qualité et au professionnalisme de leur travail.

Daniele Ganser, né en 1972, est un historien suisse, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bâle et président de l’ASPO-Suisse (Association for the Study of Peak Oil and Gas). (21)  Il met bien en évidence la véritable raison d’être du terrorisme, et ses racines, dans nos sociétés occidentales.  Cela remonte à l’après-guerre avec la constitution, sous la supervision des services secrets britanniques et américains, de réseaux d’agents dormants dans toute l’Europe, les réseaux Stay-Behind, composant Le Gladio (Le Glaive). Comme on le voit, l’Islam n’a rien inventé.

A ce moment le grand ennemi était l’URSS et en cas d’invasion, ou de prise de pouvoir des communistes par la voie des élections, ces réseaux contrôlés par des agents infiltrés devaient mener des actions de sabotage et de guérilla contre les mouvements de gauche, avec des attentats à la clé, l’implication de civils innocents étant tout à fait envisageable, voire souhaitable, pour choquer et révolter les populations non pas contre les vrais instigateurs des attentats, mais contre ceux désignés comme boucs-émissaires.

Le travail méticuleux de Daniele Ganser montre bien que le terrorisme, employé pour manipuler et contrôler l’opinion des populations alliées, par le biais de la peur et de la colère, a largement été utilisé, en premier, par ces mêmes nations qui aujourd’hui, disent le combattre par une guerre sans fin.  Dans le livre de Ganser, Les Armées Secrètes de l’OTAN (22), nous sommes choqués d’apprendre, de comprendre que le terrorisme utilisé par la Grande-Bretagne et les États-Unis pour  garder la mainmise sur ses alliés, ne l’était pas directement contre l’ennemi communiste, mais pour diaboliser celui-ci, en faisant commettre des attentats meurtriers par des organisations connues comme étant de gauche, mais en réalité infiltrées par les agents des réseaux Stay-Behind, les agents doubles du Gladio. Ce sont les opérations sous faux-drapeau.

Un exemple très médiatisé fut l’époque ensanglantée par les attentats des Brigades Rouges, les années de plomb, en Italie.  L’attentat de la gare de Bologne, 85 morts. (23)  Les Brigades Rouges étaient une organisation de gauche, procommuniste. Elles sont également impliquées dans l’assassinat d’Aldo Moro, politicien italien socialiste, qui, sous la pression des urnes et de la réalité économique et sociale difficile de l’Italie, avait œuvré au rapprochement avec le parti communiste d’Enrico Berlinguer.(24)  Par analogie avec Al-Qaïda, pensez-vous que les Brigades Rouges aient rendu service, une seule fois, aux communistes, aux mouvements de gauche, en Italie ?  Jamais. En assassinant Aldo Moro, ils ont ôté toute chance aux communistes de participer au pouvoir en Italie, alors que la situation politique leur était très favorable. Leurs attentats n’ont engendré que haine, colère et ressentiment envers la Gauche, de la part d’une population choquée et terrifiée.  On peut même aller jusqu’à dire que les mouvements communistes et de gauche en général se seraient bien mieux portés sans les Brigades Rouges.  Par contre, la Grande-Bretagne et les États-Unis, les grands gagnants, eux qui n’auraient jamais toléré qu’un parti communiste accède au pouvoir dans leurs colonies attitrées, même par la voie des élections et de la démocratie, ont largement bénéficié des attentats des Brigades Rouges.  Si vous associez à cela l’existence bien réelle, et bien documentée, des réseaux Stay Behind du Gladio, est-il si absurde de considérer ce scénario plus que plausible, même s’il est moins reluisant pour les puissances capitalistes occidentales, mais néanmoins plus proche de la vérité.

Les réseaux Stay Behind n’ont pas disparu à la chute du mur de Berlin.  Ils sont toujours là, dormants ou plus ou moins actifs, ayant tissé avec le temps des relations et noué des contacts à travers toutes les strates de la société des pays qu’ils infestent, observant, renseignant, infiltrant, neutralisant, faisant porter le chapeau de leurs actions à d’autres, sacrifiant, si nécessaire, pour la réussite de leurs missions, des civils innocents, pour satisfaire les ambitions de nos gouvernements.

Avant 2001, il semble que le terrorisme mis en scène par les services secrets de Grande-Bretagne et des États-Unis, d’Israël aussi, et peut-être d’autres pays, ait surtout servi à maintenir au pouvoir, et même à renforcer, des partis de droite, voire d’extrême droite, autoritaires, plébiscités par les populations elles-mêmes, demandeuses de plus de sécurité et de sévérité envers les prétendus terroristes.

La dérive sécuritaire était déjà bien présente avant 2001. Chaque pays européen avait son mouvement terroriste, les Brigades Rouges en Italie, l’IRA en Angleterre, l’ETA en Espagne, les tueurs du Brabant et les CCC (cellules communistes combattantes) en Belgique, Fraction Armée Rouge en Allemagne…  Le terrorisme d’avant 2001 avait plutôt une utilité nationale, servant de prétexte pour chaque pays vassal de la super puissance américaine au développement de mesures sécuritaires, de surveillance et de contrôle de sa population bien loin d’imaginer que la véritable cible de dette surveillance et de ce contrôle était bien elle, et non le mouvement terroriste utilisé comme prétexte.

Sous l’impulsion des États-Unis et de la Grande Bretagne, grands vainqueurs après la seconde Guerre mondiale, sans plus aucun concurrent idéologique après la chute du mur de Berlin, les pays européens vassalisés devaient propager l’idéologie gagnante, le capitalisme et le libéralisme, avides de nouveaux marchés.  Dans cette vision, le terrorisme est un outil.  Utilisé par des nations froides et calculatrices. Ces nations sont pourtant dominantes mais elles ont tellement peur de perdre du terrain qu’il leur faut agir en permanence, anticiper, tramer, surveiller, contrôler.  Ces nations ont développé leur domination dans le terreau de la terreur. Elles ne connaissent que cela. Rien d’autre.

D’une utilité nationale, assurant des budgets toujours plus élevés aux industriels de l’armement, renforçant les pouvoirs des gouvernements au détriment du peuple, qu’il faut à tout prix empêcher de s’autodéterminer, le terrorisme est passé à la vitesse supérieure en 2001, prenant une ampleur mondiale et pour cela, il fallait « élire » un champion.

Ce n’est pas tant Al-Qaïda, encore moins Oussama ben Laden mais le jihad islamique qui fut élu.  Avec, pour commencer, comme visage, comme masque à présenter aux populations, la mouvance du cheikh Abdullah Yusuf Azzam, créée en 1987 par la CIA lors de l’opération Cyclone, pour combattre les Russes en Afghanistan. (25)

Pourquoi ?  Pour conquérir de nouveaux vassaux, de nouveaux pions et avancer sur l’échiquier. Pour mener des guerres impérialistes, aux conséquences bénéfiques innombrables.  Pour reprendre la colonisation et le pillage des ressources mondiales, sous couvert d’aide humanitaire et de libération de peuples opprimés.  Pour offrir au complexe militaro-industriel des États-Unis de nouvelles occasions d’assouvir sa faim dévorante.

Pour permettre au marché, mot fétiche de tous les capitalistes conquérants du monde entier, de trouver de nouveaux débouchés.

L’Islam pouvait faire le poids. Qui d’autre ? La Chine ?  Pas encore prête.  Cela viendra.

En jouant sur le racisme alimenté de clichés et d’amalgames, et l’intolérance,  latents dans tous les pays occidentaux prompts à trouver dans l’immigré le coupable parfait de tout ce qui ne va pas chez soi (difficultés économiques, emploi, sécurité, violences), pour l’occidental, nourri pendant des années de la propagande d’un choc inévitable des civilisations, le Musulman était l’Ennemi idéal.

Tout était prêt.

Seule une telle mise en perspective, un tel recul, un tel approfondissement du sujet peut, dans le cas du terrorisme, nous permettre d’approcher la vérité, et de comprendre ce qu’il est vraiment, la menace réelle qu’il représente, quels sont ses acteurs, à quoi il sert, à qui il sert et bénéficie, en remontant jusqu’à la formation des réseaux Stay Behind, et en essayant d’expliquer comment ces mouvements terroristes, les mieux organisés, parviennent à se financer, et à survivre au cœur des pays occidentaux les mieux surveillés, les plus contrôlés et les plus quadrillés de la planète.

Nafeez Mosaddeq Ahmed, auteur de La Guerre contre la vérité, (26), et d’autres analystes comme Michel Chossudovsky, Peter Dale Scott, Richard Labévière, Eric Laurent, entre autres, soulignent que le terrorisme, et son champion islamique, ne peuvent pas être compris si l’on persiste à ignorer à quel point les réseaux existants sont utilisés par les services de renseignement militaires occidentaux, quand ils n’ont pas été créés par eux, à la fois pour contrôler les ressources énergétiques stratégiques des pays envahis sous prétexte de la guerre à ce terrorisme, et pour contrer les rivaux géopolitiques, en occupant des régions limitrophes.  Les accusations de collusion entre les réseaux islamiques et les agences de renseignement occidentales, si elles sont graves, ne sont pas prononcées à la légère et sont minutieusement développées, mises à jour et documentées par ces auteurs libres de tout compte à rendre au complexe militaro-industriel. (27)

Dire qu’on est spécialiste du terrorisme, divulguer ses conclusions aux opinions publiques, sans tenir compte de tous les éléments, et pas seulement de ceux qui correspondent aux discours des gouvernements ou des médias conditionnés, c’est comme étudier la physique en s’arrêtant à Newton.  Si le physicien anglais a certes découvert des choses intéressantes, il est illusoire d’expliquer le monde sans recourir aussi à la physique quantique, ou à la théorie des cordes et des supercordes. (28)

Conclusions

Quelle population, correctement informée, accepterait de son propre gouvernement de la mettre volontairement en danger en laissant se développer des organisations terroristes, en les aidant même à se développer, sous prétexte que ces organisations leur sont beaucoup plus utiles actives et meurtrières, que démantelées ?

La réalité est très différente de celle qui est présentée par les « démocraties occidentales », aidées pour y arriver par tous les médias, surtout télévisés, et où le terrorisme apparaît comme un ennemi insaisissable, incontrôlable et ne pouvant être combattu qu’en mettant le monde entier à feu et à sang.

Pour les personnes au pouvoir dans ces démocraties, appuyées par des experts complaisants et conformistes, aux compétences universitaires réelles, mais à la vision très sélective, ces terroristes coalisés seraient les coupables tout désignés responsables de toutes ces guerres meurtrières que l’Occident doit mener bien malgré lui, pour se défendre.

Nous aurions intérêt à nous frotter les yeux, et nous rappeler les paroles de ces présidents Dwight D Eisenhower, Franklin D Roosevelt et John F. Kennedy, malgré leur collaboration au système, ont, sur la fin,.  Ils ont tous essayé de nous mettre en garde.

Quant aux médias et journalistes officiels, s’ils pouvaient ne jamais sacrifier, au nom de la simplification ou de la vulgarisation, du conflit d’intérêt ou de la peur, la vérité, et permettre aux opinions publiques qui y ont droit, l’accès à tous les points de vue éclairés et toutes les analyses, pas uniquement celles des spécialistes conformistes et proposés par les gouvernements, alors ils seraient à la hauteur de leur difficile travail.

Il est temps que les opinions publiques occidentales se réveillent. Vraiment.

Notes

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Qaida

(2) Opération Cyclone, http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Cyclone

(3) Dans son célèbre discours de fin de mandat, le président Eisenhower (président des Etats-Unis de 1953 à 1961) met en garde les États-Unis contre les dangers du « complexe militaro-industriel » : « Cette conjonction entre un immense establishment militaire et une importante industrie privée de l’armement est une nouveauté dans l’histoire américaine. (…) Nous ne pouvons ni ignorer, ni omettre de comprendre la gravité des conséquences d’un tel développement. (…) nous devons nous prémunir contre l’influence illégitime que le complexe militaro-industriel tente d’acquérir, ouvertement ou de manière cachée. La possibilité existe, et elle persistera, que cette influence connaisse un accroissement injustifié, dans des proportions désastreuses et échappant au contrôle des citoyens. Nous ne devons jamais permettre au poids de cette conjonction d’intérêts de mettre en danger nos libertés ou nos méthodes démocratiques. Rien, en vérité, n’est définitivement garanti. Seuls des citoyens alertes et informés peuvent prendre conscience de la toile d’influence tissée par la gigantesque machinerie militaro-industrielle et la confronter avec nos méthodes et objectifs démocratiques et pacifiques, afin que la sécurité et les libertés puissent fleurir côte à côte. »

(4) Marc Sageman, Leaderless Jihad: Terror Networks in the Twenty-first Century, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2008.

(5) Lawrence Wright, The Looming Tower: Al-Qaeda and the Road to 9/11, Vintage, New York, 2007.

(6) Marc Sageman, op. cit.

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(9) Ibid. p. 146

(10) Michael Scheuer, «Is Global Jihad a Fading Phenomenon?», 1er avril 2008

(11) Michael Scheuer, op. cit.

(12) Bruce Hoffman, Inside Terrorism, Columbia University Press, 1998, 3e éd. 2006 ; « The myth of grass-roots terrorism: Why Osama bin Laden still matters », Foreign Affairs, mai-juin 2008.

(13) Bruce Hoffman, op. cit.

(14) Kurth Cronin, «How al-Qaida Ends, The Decline and Demise of Terrorist Groups»).

(15) Courrier international, n°1002, 14 au 20 janvier 2010, Al-Qaida, une nouvelle stratégie se dessine, p.8-9

(16) Auteur de l’attentat sur le vol de la compagnie Northwest Airlines Amsterdam-Detroit le 25 décembre 2009.

(17) Courrier international, op. cit., p9

(18) Courrier international, http://www.courrierinternational.com/article/2010/01/15/une-menace-terroriste-tres-exageree

(19) Un rapport accablant du Congrès américain diffusé la semaine passée, indiquait que Blackwater a été impliquée dans 195 incidents armés en Irak depuis 2005. Dans 84% des cas, ses agents auraient tiré les premiers.

http://www.liberation.fr/monde/010121392-en-irak-blackwater-accuse-de-massacre-delibere

(20) op. cit.

(21) http://www.voltairenet.org/article144415.html, la stratégie de la tension, Daniele Ganser, auteur de Les Armées Secrètes de l’OTAN

http://www.editionsdemilune.com/lesarmessecrtesdelotan-p-16.html

http://www.voltairenet.org/article163478.html#article163478

(22) op. cit.

(23) http://www.voltairenet.org/article12840.html

(24) http://fr.wikipedia.org/wiki/Aldo_Moro

(25) Opération Cyclone, op. cit.

(26) http://www.newint.org/features/2009/10/01/blowback-extended-version/  Nafeez Mosaddeq Ahmed, auteur de La Guerre contre la vérité,

http://www.editionsdemilune.com/laguerrecontrelavrit-p-7.html

(27) op. cit.

(28) http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_supercordes

L’obsession antimissile des Etats-Unis

Dans ABM, AIEA, Analyse, Anders Fogh Rasmussen, Arme Nucléaire, Armement, Armes de Destruction Massives, Atlantiste, États-Unis, Barack H. Obama, Bases Américaines à l'Etranger, Bouclier Antimissiles Américain, CFR, Chine, Complexe Militaro-Industriel, Corée du Nord, Dimitri Medvedev, Donald Rumsfeld, Europe, Géostratégie, George W. Bush, Henry Kissinger, Kim Jong-il, Mahmoud Ahmadinejad, Moyen-Orient, OTAN, Pakistan, Pentagone, République Islamique d'Iran, Robert Gates, RPDC, Russie, Sécurité, Soviétiques, Technologie, TNP, Traité ABM, URSS, Vladimir Poutine le 29 janvier 2010 à 19:25

par Olivier Zajec

Archives — Juillet 2007

Les ministres de la défense de l’Alliance atlantique ont tacitement approuvé, le 14 juin dernier, le projet de bouclier antimissile américain en Europe, tout en acceptant l’offre de coopération russe. Mais l’activisme des Etats-Unis, qui contraste avec l’apathie de l’Union européenne, est plus fondé sur une « religion politique » que sur une analyse stratégique. L’obsession antimissile de Washington, partagée par les républicains et les démocrates, remonte en fait aux années 1950.

Dans un rapport d’information parlementaire, l’Assemblée nationale française s’est penchée, le 28 mars 2001, sur les projets américains de défense antimissile (1). Publié six mois avant que ne s’effondrent les tours jumelles de New York, le document interprétait ces projets comme reposant moins sur une « analyse stratégique » que sur une « théologie politique ». Cette théologie serait dotée d’une trinité identifiable : le « fantasme de sécurité absolue des Etats-Unis » ; le « mythe de la frontière » (ici, la frontière technologique) ; une « dichotomie bons-méchants ». « L’empire du mal, dénonçait alors ce rapport, n’est plus un Etat désigné, l’Union soviétique, mais une catégorie d’Etats relativement fluctuante, aujourd’hui la Corée du Nord, l’Irak ou l’Iran et, demain, peut-être d’autres. »

Début 2007, l’annonce de l’installation prochaine d’éléments du programme « National Missile Defense » (NMD) américain en Europe est venue relancer les spéculations sur la signification de ce programme. Les intercepteurs de Pologne et les radars tchèques font réagir Moscou, inquiètent les « vieux Européens », et marginalisent une Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) soudainement très mal à l’aise.

Les commentaires de la presse se focalisent surtout sur les réactions russes, prétextes à d’innombrables parallèles historiques ressuscitant la guerre froide. Pourtant, le fond du débat se situe ailleurs. Par exemple dans les pistes lancées par le rapport parlementaire français de 2001. Obsession de l’invulnérabilité, tropisme de la frontière et « moralisation » de la politique internationale : en quoi cette grille de lecture explique-t-elle l’éternel retour de la défense antimissile américaine, malgré les remises en question consécutives au 11-Septembre ?

En 1957, la défense antimissile américaine naît d’une prise de conscience brutale, celle de la vulnérabilité des Etats-Unis. Le premier Spoutnik commence en effet ses révolutions autour de la planète. Traumatisée par son célèbre signal, qui résonne pour elle comme un glas, l’Amérique doit cesser de se penser comme une île hors d’atteinte : ce succès spatial ouvre aux soviétiques la possibilité d’atteindre le territoire américain à l’aide de missiles balistiques intercontinentaux.

Dès 1957, le programme défensif « Nike Zeus » prévoit des intercepteurs de longue portée à charge nucléaire, capables de détruire en vol les missiles visant les Etats-Unis. John Fitzgerald Kennedy, élu en 1960 sur le thème d’un « retard américain » en matière balistique (le missile gap), est bientôt le premier président à engager résolument son pays à la fois sur un programme de perfectionnement des missiles balistiques intercontinentaux (2) et sur la voie de la défense antimissile. Le programme « Sentinel », en 1966, compte installer autour des villes américaines des silos de missiles intercepteurs, protégeant ainsi les grands centres de population, cibles probables des Soviétiques. Vingt-cinq sites de protection sont prévus, dotés de missiles eux aussi à tête nucléaire, censés détruire les missiles ennemis tant en deçà qu’au-delà de la couche atmosphérique.

Des armes nucléaires obsolètes Face à la réaction très négative des citoyens américains, qui ne conçoivent pas de vivre avec des armes nucléaires à leur porte, « Sentinel » est transformé en 1974 en « Safeguard », un programme « dérivé » ne protégeant plus les centres urbains mais les sites de lancement de missiles intercontinentaux. Toutefois, en ces années 1970, le Vietnam a creusé les déficits et, devant le coût du projet, un seul site sera concerné par « Safeguard ». De son côté, l’URSS bâtit des silos de défense antimissile autour de Moscou, aucune réaction de la population n’empêchant, contrairement aux Etats-Unis, la réalisation de ce projet et l’installation des missiles Galosh.

Le traité antimissile balistique (ABM) (3) de 1972 figera ces progrès antimissiles parallèles russes et américains, pour des raisons d’équilibre stratégique. Dès 1976 néanmoins, le système américain est abandonné pour des raisons de politique intérieure, de budget et d’efficacité technique, alors que le système installé autour de Moscou, quoique peu performant, demeure. Cette première course antimissile tourne donc à l’échec pour les Etats-Unis. Le jeune secrétaire américain à la défense qui doit à l’époque se résigner à annuler « Safeguard » s’appelle Donald Rumsfeld. Dès lors, pour Washington, le volet offensif, avec l’amélioration des missiles intercontinentaux, marginalise logiquement le volet défensif. Cette éclipse de la défense antimissile prend pourtant fin avec éclat le 23 mars 1983.

Ce jour-là, dans le discours qui officialise l’Initiative de défense stratégique (IDS, dite « guerre des étoiles »), le président Ronald Reagan annonce son ambition de marginaliser les armes nucléaires « obsolètes et inefficaces ». Le moyen : une défense antimissile globale, fondée sur des satellites et des lasers spatiaux, capable d’intercepter tout tir de missile balistique intercontinental à charge nucléaire venant d’Union soviétique (4). Ce discours a marqué la mémoire collective en raison de la course aux armements qu’il induisait et de l’asphyxie consécutive qui mit à genoux le système soviétique. Il faut toutefois nuancer : comme on l’a vu, l’URSS dispose alors d’une avance sur les Etats-Unis en matière antimissile. De plus, l’ambition de l’IDS va très vite être revue à la baisse. En 1987, il ne s’agit déjà plus que de protéger les sites de lancement de missiles lors d’une première frappe russe.

En 1991, l’IDS est rebaptisée « Protection globale contre les frappes limitées », et le nombre de cibles à intercepter est réduit. La même logique qui avait abouti en 1976 à l’abandon de « Safeguard » se reproduit : l’IDS est rapidement dénaturée. L’année 1991 marque une rupture avec l’élan reaganien, le National Missile Defense Act focalisant désormais l’effort national sur une défense antimissile « de théâtre » (opérationnelle sur le terrain) capable d’intercepter des vecteurs de courte portée lancés par des Etats « voyous » : la leçon de la première guerre du Golfe (1990-1991) et de la médiatisation des frappes de Scud irakiens, en particulier sur Israël, est ainsi tirée. La défense antimissile de théâtre remplace donc la défense antimissile de territoire (c’est-à-dire intercontinentale, basée sur une opposition entre les deux supergrands).

Ainsi, entre 1957 et 1991, seule l’URSS a pu déployer un système de défense antimissile intercontinental effectif. Aux Etats-Unis, les programmes se sont succédé, appuyés sur des déclarations politiques retentissantes, mais aucun n’a débouché sur un système opérationnel généralisé et cohérent.

Elu en 1992, le président William Clinton avait pris acte du passage d’une défense de territoire à une défense de théâtre, rebaptisant la très reaganienne Initiative de défense stratégique en une Organisation de la défense antimissile balistique, moins idéologique. C’est pourtant sous sa présidence qu’apparaît pour la troisième fois le thème de l’antimissile, fruit d’un rapport de forces entre une présidence démocrate affaiblie et, à partir de 1995, un Congrès républicain conquérant sur le plan des idées. L’élément-clé sur lequel s’appuie ce Congrès est la publication, en 1998, du rapport d’une commission parlementaire, présidée par M. Rumsfeld, qui réévalue la menace balistique mondiale en se fondant non plus sur les intentions des acteurs, mais sur leurs capacités.

La même année, les essais nucléaires pakistanais et indien, le tir d’un missile Taepodong-1 nord-coréen et d’un missile iranien valident l’analyse de la commission Rumsfeld, plaçant les démocrates sur la défensive. Capitalisant ce succès et arrivant au pouvoir en 2001, le président George W. Bush donne à la défense antimissile un nouvel élan. La systématisation du concept par les Américains ainsi que son extension géographique, augmentant les chances d’intercepter les projectiles adverses en phase de lancement, sont, depuis, les signes visibles de cette troisième saga antimissile dans l’histoire stratégique américaine.

L’idée de la défense antimissile ne date donc pas de la seconde présidence Bush. L’assurance d’une invulnérabilité de leur territoire, béni par la géographie, a toujours fondé le sentiment de sécurité des Etats-Unis, que le providentialisme de leurs fondateurs assimile très tôt à une Jérusalem terrestre. Dans ce contexte, toute atteinte au territoire américain ne constitue pas seulement un affront, mais bien une profanation du tabernacle de la liberté. Celui qui le commet est sacrilège, justiciable en quelque sorte du feu du ciel. Dans cette éventualité de guerre punitive, la stratégie américaine repose à la fois sur une dilection pour l’offensive influencée par le général Antoine-Henri Jomini (5) et sur le postulat d’annihilation stratégique de l’adversaire.

De fait, la triade des moyens nucléaires – sous-marins lanceurs d’engins, missiles balistiques intercontinentaux, bombardiers stratégiques – permet aux Etats-Unis de toucher virtuellement tout le globe. Mais que vaut ce potentiel offensif dès lors que l’invulnérabilité du sanctuaire – le territoire des Etats-Unis – n’est plus garantie ? Ayant tout juste effacé par le feu nucléaire déclenché sur Hiroshima la profanation de Pearl Harbor, les Etats-Unis ont vécu, dès les années 1950, la capacité balistique nucléaire russe – parce qu’elle pouvait atteindre leur territoire – comme une nouvelle hérésie contrariant leur destinée manifeste. Hérésie d’autant plus douloureuse que la posture de dissuasion à laquelle sont contraints les Etats-Unis laisse leur défense reposer sur l’assurance d’une destruction mutuelle, censée geler tout déclenchement de l’apocalypse. Casuistique nucléaire perverse qui revient, dans la mentalité américaine, à composer de manière inacceptable avec le Mal.

A Oskar Morgenstern, cofondateur de la théorie des jeux qui, en 1959, dans The Question of National Defense, défend encore l’offensive appliquée à la stratégie nucléaire, Bernard Brodie peut répondre en publiant la même année La stratégie à l’âge des missiles (6), que la destruction mutuelle assurée (mutually assured destruction, MAD), qui « fait dépendre la sécurité des Etats-Unis de la capacité du Kremlin à demeurer rationnel », est inacceptable pour des raisons morales (7). De ce besoin métaphysique d’une meilleure répartition entre attaque et défense découle l’impératif catégorique de la défense antimissile, nécessité morale à laquelle la psyché américaine se voit sans cesse ramenée.

La date du débat de 1959 entre Brodie et Morgenstern, juste avant l’accession au pouvoir du président Kennedy, est importante. Se comporter « moralement » à l’âge nucléaire, c’est ne pas considérer la vulnérabilité américaine comme une fatalité. Significativement, les Américains citent souvent le sermon célèbre de 1630, A Model of Christian Charity, dans lequel le pasteur puritain John Whintrop use d’une formule appelée à connaître une fortune étonnante. Loin, bien loin de Machiavel, il dépeint l’Amérique comme une « cité sur la colline » (city upon the hill), point de mire régénérateur du monde, tenue de se comporter moralement pour l’édification des nations. Onze jours avant son entrée en fonctions, Kennedy cita ce sermon (8). Plusieurs fois, Reagan fit de même. A ces deux présidences « morales » se rattache, signe fort, le lancement de programmes antimissiles importants (9).

Dans cette filiation, les projets actuels renouvellent le cycle. Dans un discours de 2000 précédant son élection, M. Bush soulignait ainsi son objectif de réduire le nombre de missiles nucléaires offensifs, jusqu’au « plus petit nombre possible compatible avec notre sécurité nationale (10) ». La même année, le futur secrétaire à la défense Rumsfeld déclarait lors d’une tournée en Europe que poursuivre la défense antimissile était une « question de morale », et non technologique (11). Le lancement d’une révision nucléaire (nuclear review) par le même président Bush au début de son premier mandat (12) a ainsi ressemblé à un examen de conscience national renouvelant les lustrations accomplies en leur temps par Kennedy et Reagan.

Le rapport parlementaire français de 2001, en pointant une « théologie politique » au fondement de la défense antimissile américaine, donnait une des clés du débat. Le primat de la métaphysique providentialiste dans la psyché américaine et l’histoire toujours recommencée des programmes de défense antimissile depuis 1957 laissent à penser que rien ne fera renoncer Washington au mouvement à nouveau relancé. Reste une question pour le Vieux continent : programme NMD américain en Europe ou défense antimissile européenne ? Tel est le vrai choix.

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/20…

Notes

(1) Rapport d’information n° 2961 sur les projets américains de défense antimissile, enregistré le 28 mars 2001 à la présidence de l’Assemblée nationale.

(2) Entre autres, augmentation du nombre de missiles Polaris et acquisition de nouveaux bombardiers stratégiques.

(3) Les Etats-Unis se sont retirés de ce traité en juin 2002.

(4) Lire Norman Spinrad, « Quand “la guerre des étoiles” devient réalité », Le Monde diplomatique, juillet 1999.

(5) Militaire et historien, il a fait partie de l’état-major de Napoléon. Il a écrit plusieurs ouvrages de théorie militaire, notamment un Précis de l’art de la guerre (1839), réédition Champ libre, Paris, 1977.

(6) Bernard Brodie, Strategy in the Missile Age. Princeton University Press, 1959.

(7) « Il faut avoir une foi extraordinaire en la technologie, ou désespérer de solutions de rechange, pour dépendre seulement des défenses actives », Strategy in the Missile Age, cité par Jean-Philippe Baulon dans Soixante ans de défense contre les missiles balistiques, Institut de stratégie comparée, Paris, 2005.

(8) Discours de John Fitzgerald Kennedy à Boston (Massachusetts), 9 janvier 1961.

(9) Dont la justification « morale » a marqué les esprits : « Ne serait-ce pas mieux de sauver des vies que de les venger ? » (Reagan, allocution télévisée du 23 mars 1983).

(10) « Press conference on security matters at the National Press Club », Federal News Service, Washington, 23 mai 2000.

(11) Cité par Ivo Daadler et Karla Nieting, dans La stratégie de défense antimissile des Etats-Unis, Annuaire français des relations internationales, Paris, 2002.

(12) L’objectif de cette révision était une réduction finale des têtes nucléaires américaines de sept mille cinq cents à deux mille cinq cents

Les sauveurs de la « Bible Belt » débarquent en Haïti

Dans Analyse, Église Évangélique, États-Unis, Évangélisme, Bible, Catastrophes Naturelles, Christianisme, Eschatologie, Faucons de Washington, Haïti, Humanitaire, Impérialisme Américain, Ingérence Humanitaire, Intégrisme Religieux, Néoconservateurs, Néoconservatisme, Neocons, Pax Americana, Propagande, Prosélytisme, Religion, USAID le 29 janvier 2010 à 16:28

Port-au-Prince — Les « mercenaires de la foi » déferlent sur Haïti. « Une armée de la fin des temps, prophétiques, des missionnaires de la pitié », prévient le site Internet de Crisis Response International, ONG de Kansas City, capables de faire la « démonstration de pouvoir du royaume de Dieu ». « On va là où Jésus nous appelle », dit l’un d’eux. Beaucoup d’illuminés, médecins ou simples missionnaires, ont visiblement entendu des voix.

« Ils sont venus prospérer sur la misère », déplore l’abbé Pierre-André, de l’église Sainte-Bernadette, à Martissant. Comme à la Quisqueya Christian School (QCS), rue 75, à Delmas. Là, de rutilants 4×4 immatriculés « Pray for America » patientent. Six immenses tentes y sont dressées sur un terrain où déambulent des rednecks au teint crayeux. « On ne reçoit pas de journalistes, je vais vous demander de sortir, vite », dit un « fidèle ». QCS se veut un « centre de commandes » d’une multitude de réseaux des « Églises nouvelles ». Mieux, assure l’une des ouailles, l’armée américaine elle-même en aurait fait un arrière-camp…

Ils sont partout à Haïti. Des religieux parfois de bonne foi, souvent aux pratiques sectaires. Et qui sermonnent ou évangélisent, opèrent ou baptisent, pullulent et agacent, surtout. « Qui sont-ils ? Comment sont-ils venus ? Quels comptes rendent-ils ? », demande Véronique Ductan, infirmière haïtienne venue de Montréal. Aucun: ils agissent en toute impunité. « C’est le déluge, on n’en a jamais vu autant », raconte un diplomate. Au nom d’un leitmotiv: sauver Haïti. Sauver qui ? Les pauvres ? L’enseignement à QCS se veut « 100 % chrétien » et coûte plus de 2000 $ par an.

Ils ont afflué comme jamais, par des Cesna ou des avions nolisés, sur le tarmac. « Engorgeant l’aéroport tenu par les Américains dès le deuxième jour, et retardant l’arrivée, parfois de 48 heures, de stocks vitaux de médicaments », tempête un médecin haïtien. La plupart débarquent de la « Bible Belt », la ceinture des États religieux américains. On en avait croisé lors de l’ouragan Katrina, prédicateurs de fin du monde sur fond de fiasco d’aide gouvernementale. Ils se sont multipliés comme des petits pains.

Qui connaît Act of Mercy, inconnu au bataillon humanitaire ? « On vient de Waco, au Texas, dit Justin Boland. On a débarqué avec des cargos. On est privés, souples, efficaces. On va là où Dieu nous appelle, en Afghanistan s’il le faut. » Mais visiblement, Haïti semble plus hospitalier, même si « l’association » s’est fait refouler de plusieurs hôpitaux par l’ONU… Open Hands, ça ne vous dit rien ? « On vient de Colombus, dans l’Ohio, raconte Tim Morris. On a formé des équipes de secours il y a cinq ans, après le tsunami en Indonésie. » Accessoirement, « l’Église » promet de soigner le sida par la nutrition… Terrible dans un pays qui, comme Haïti, a su faire baisser la prévalence du virus de 6 à 2. Rare success story dont on parle peu et qui se retrouve menacée, pas uniquement à cause du séisme.

Et Convoy of Hope, croisé comme tant d’autres ? Le «Convoi de l’espoir» se targue d’avoir « distribué 294 296 repas et installé 30 unités de purification d’eau à Haïti ». Impossible de le vérifier. Comme l’avoue Bob Swann, pasteur floridien de La Mission Inc., devant l’ambassade américaine: « Je ne sais pas combien on est de missionnaires, je ne sais pas trop ce qu’on fait, mais ça doit être énorme... » Il glisse sa carte: « Quiconque appelle au nom de Dieu sera sauvé, “épître aux Romains”, 10:13. »

Les missionnaires du chaos avancent en terrain conquis. Même si le sculpteur Patrick Vilaire relativise: « Ici, on est marron… On prend la bouffe, on tente d’avoir un visa, mais on ne tombe pas dans le panneau. » Voir. Ici, les cybercafés s’appellent « Jésus de Nazareth »; des tap-tap (bus), « Dieu est partout »; des boulangers, « L’Éternel est mon verger »; des morgues, « Fils de Noé ». Et, selon les Nations unies, 55 % des 10 millions d’Haïtiens sont catholiques, près de 30 % protestants (15 % de baptistes, 8 % de pentecôtistes, 3 % d’adventistes, 1,5 % et 0,7 % de méthodistes, d’anglicans). Les autres — ou les mêmes — sont animistes et adeptes du vaudou. Aux côtés des évangélistes locaux, telle l’Église Shalom tabernacle de gloire, qui a un soir investi le Champ-de-Mars (où s’entassent 10 000 rescapés), les expatriés multiplient le prosélytisme. Partout.

Dans les camps comme dans les hôtels, où le révérend Lee Butler, de la Floride, directeur général de l’International Fellowship of Chaplains, passe entre deux extrêmes onctions : « Quand on est sur le point de mourir, on ne regarde pas qui vous donne la main ou la bénédiction », dit-il en souriant, à deux pas d’une piscine et de ventilos. Tant pis si son site Internet, qui multiplie les appels aux dons, évoque les conditions extrêmes de travail des bénévoles. Dans les orphelinats, on a ainsi pu croiser sept jeunes Américains d’une Église baptiste, paumés: « On vient sauver des orphelins. On est là depuis une semaine, mais on n’en sait pas plus. Cependant, Fox News, CNN, etc., nous ont adoptés. »

Dans les hôpitaux, des scientologues, cette fois. Plus de 80, tee-shirt jaune, dont une majorité de médecins, venus pour 400 000 $ en jet privé ou avec John Travolta. Avec les amputés, ils expérimentent le « procédé d’assistance par le toucher », histoire de « rétablir la communication avec des parties du corps blessées ou malades ». Sur le tarmac de l’ONU, on peut aussi croiser des témoins de Jéhovah. « Moi, je suis né témoin, j’ai arrêté le jour où j’ai découvert la fornication », dit le docteur David, médecin haïtien de l’hôpital adventiste. En sortant, une vieille en charpie brandit une bible, et hurle: « Les derniers temps sont arrivés. »

Merci au Chevalier Jedi pour l’information.

Source : http://www.ledevoir.com/international/amerique-latine/281897/les-sauveurs-de-la-bible-belt-debarquent-en-haiti

Pays-Bas : Geert Wilders, à l’extrême droite de l’Oncle Sam

Dans AEI, AIPAC, Antisionisme, Église Évangélique, États-Unis, Évangélisme, Charia, Conflit Israélo-Palestinien, Coran, Fascisme, George W. Bush, Islam, Islamophobie, Israël, Jérusalem, Liberté d'Expression, Lobby Pro-Israélien, Monde Musulman, Nationalisme, Occident, Pays-Bas, Sionisme le 28 janvier 2010 à 16:39

par Christian Bouchet

Le 20 janvier dernier, s’est ouvert à Amsterdam le procès du député Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté. Une organisation politique qui, lors des élections européennes de 2009 en Hollande, est arrivée en deuxième position avec 17% des suffrages, talonnant la liste du Premier ministre Jan Peter Balkenende.

Que reproche-t-on au juste à cet homme ? Rien d’autre qu’un délit d’opinion, soit « d’avoir insulté les musulmans dans leur ensemble » et « d’avoir incité à la discrimination et à la haine contre des personnes en raison de leur race ou de leur religion ». En clair, dans le film Fitna, qu’il a réalisé, ainsi que dans divers entretiens, Geert Wilders a comparé le Coran à Mein Kampf, décrit l’islam comme « fasciste », prôné la fermeture des frontières des Pays-Bas à tout musulman, réclamé une amende pour les musulmanes portant le foulard et demandé l’interdiction de la burqa et des minarets. À l’aune de ces accusation, on constatera que beaucoup d’islamophobes français de gauche pourraient se retrouver devant les tribunaux de la République !

La liberté d’expression ne se divisant pas, affirmons tout d’abord clairement que ce procès est à nos yeux un scandale et que toutes les opinions, même les plus contestables, devraient pouvoir librement s’exprimer.

Cela étant dit, il n’est pas inutile de se pencher sur la personnalité de Geert Wilders et de savoir qui sont ses amis, afin de comprendre les raisons de l’engagement d’un homme qui appartient très clairement au camp de nos ennemis. Pour ce faire, on dispose d’un excellent outil : une récente chronique de Daniel Pipes, un théoricien néo-con yankee, intitulée « Why I Stand with Geert Wilders ? ». Dans celle-ci, Pipes, qui a été de 2000 à 2004 un des conseillers de George Bush en matière de politique proche-orientale – il s’était alors illustré par son activisme médiatique anti-musulman, anti-palestinien et anti-iranien, ainsi que par son appui à la guerre d’agression contre l’Irak et son soutien sans faille à l’État israélien – avoue une chose fort intéressante : le think tank qu’il préside – le Middle East Forum – contribue financièrement très largement à la défense de l’homme politique hollandais.

Pourquoi cela ? Tout simplement parce que, pour Daniel Pipes, Geert Wilders « est, aujourd’hui , l’Européen le plus important, (…) le mieux placé pour faire face au défi islamique auquel le continent est confronté. Il a les qualités nécessaires pour devenir une figure historique mondiale ». Bigre ! me direz-vous… Mais ce n’est pas tout, pour Pipes, si Wilders « est le leader incontesté de ces Européens qui souhaitent conserver leur identité historique », c’est que son parti diffère de la plupart des autres partis nationalistes d’Europe, les partis anti-immigrants traditionnels comme le Front national.

Daniel Pipes nous explique ensuite pourquoi le leader du Parti de la liberté est vu favorablement, aux États-Unis, par la droite républicaine : parce qu’il « est ultra libéral, qu’il est dépourvu de liens historiques avec l’extrême droite, ainsi qu’avec l’hostilité aux immigrants, l’antisionisme ou autres formes d’extrémisme. Wilders dit publiquement qu’il est l’émule de Ronald Reagan ». Et d’enfoncer le clou : « Ce qui montre bien cette modération, c’est l’attachement, depuis longtemps, de Geert Wilders pour Israël , et cela comprend deux années de résidence dans l’État juif, des dizaines de visites et un engagement en faveur du transfert de l’ambassade des Pays-Bas à Jérusalem. » De plus, notre néo-con insiste sur le fait que si Geert Wilders est hostile à l’islam il ne l’est nullement vis-à-vis de l’immigration. Pourquoi cela ? Tout simplement parce qu’il estime, en bon libéral, que l’immigration à un intérêt économique, alors que la religion musulmane a le désavantage de véhiculer des normes réactionnaires parmi lesquelles il met l’accent sur l’hostilité au système bancaire traditionnel, au féminisme, aux homosexuels, et … à l’État d’Israël.

On se rend compte, sans mal, que Daniel Pipes désigne aussi, en creux, les mauvais populistes européens : ceux qui sont anti-libéraux, ceux qui affirment que le problème central n’est pas l’islam mais l’immigration, ceux qui estiment que la justice doit régner dans les relations internationales et que l’Europe n’a pas à s’aligner de manière systématique sur les États-Unis.

Pour en revenir au procès qui débute, divers observateurs soulignent qu’étant donné qu’il est parti pour durer plusieurs mois, Geert Wilders se voit, en fait, offrir une intéressante tribune médiatique avant les élections législatives qui auront lieu l’an prochain… Certains, comme Bert Wagendorp, chroniqueur du quotidien De Volkskrant, vont même jusqu’à dénoncer une manipulation occulte de la justice afin de faire du Parti de la liberté un allié incontournable de toute coalition gouvernementale. L’avantage serait alors double. Tout d’abord, la droite néo-con de Washington et de Tel-Aviv aurait ainsi un allié de poids au sein du gouvernement hollandais. Ensuite, la nomination de Wilders ou d’un de ses adjoints à un ministère serait un coup de tonnerre pour toute l’Oumma et nuirait, une fois de plus, à ses bonnes relations avec l’Europe, là encore au plus grand bénéfice des faucons des USA et d’Israël.

Source : http://www.geostrategie.com/2361/geert-wilders-a-l%e2%80%99extreme-droite-de-l%e2%80%99oncle-sam

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