Archive | janvier, 2010

Prochaine étape pour George Galloway : la mer

31 jan

par Silvia Cattori

George Galloway, présent à Lyon mardi dernier, fait état de ses projets dans un entretien avec Silvia Cattori. Tous unis avec les musulmans pour briser le siège de Gaza ” George Galloway, député britannique à la Chambre des communes (*), est un homme posé, vif, chaleureux. Son regard bleu est attentif et amical. Il n’a pas de temps à perdre. Il est préoccupé par la gravité de la situation à Gaza. Il a mille fers au feu mais il a néanmoins accepté de venir donner, le 26 janvier, une conférence à Lyon (**). C’est dans ce cadre que nous l’avons rencontré. D’une voix forte, claire et limpide, il délivre son message : face à la guerre que mène l’Occident contre le monde musulman, c’est une faiblesse mortelle de la gauche de ne pas s’unir avec les musulmans [1]. Il est impératif que toutes les forces progressistes et anti-guerre s’unissent avec eux. Car les positions des musulmans aujourd’hui sont objectivement les mêmes que celles de tous les progressistes dans le monde : en finir avec les guerres et les injustices.

Silvia Cattori : Après le dernier convoi de « Viva Palestina » à Gaza [2], que comptez-vous faire ?

George Galloway : Je pense que le temps des discussions est passé. Les actions parlent plus fort que les mots. Nous devons briser le siège de Gaza par tous les moyens. Nous l’avons brisé trois fois au cours des derniers onze mois ; nous devons continuer de le briser de plus en plus pour obtenir la fin définitive de ce siège.

Nous n’allons pas laisser seule la population de Gaza. Le prochain convoi se fera par la mer. Nous n’avons pas d’autre choix. On prendra la mer en mai 2010. Il y aura des navires d’Afrique du Sud, du Venezuela, de Malaisie, de Turquie, etc. Nous avons besoin d’autant de navires que possible, du soutien d’autant de gouvernements que possible, de la protection d’autant de drapeaux que possibles pour apporter à Gaza autant d’aide que possible ; du ciment, du bois, des clous, pour reconstruire Gaza.

Certes, c’est beaucoup plus difficile maintenant que l’Egypte a interdit l’entrée de son territoire aux convois. J’aurais préféré aller par terre plutôt que par mer, je ne suis pas un marin, mais c’est la seule voie pour aller à Gaza. Nous voulons que ce convoi international puisse naviguer sous pavillon turc, qu’il y ait à son bord des personnalités éminentes, et qu’il puisse transporter une grande quantité de matériel. Nous avons de bonnes chances d’arriver à bon port. Si nous y parvenons, nous pourrons revenir avec nos bateaux remplis de produits de Gaza, et amorcer ainsi une ligne commerciale maritime entre Gaza et le monde.

Nous sommes en train de construire une coalition internationale ; le mouvement « Viva Palestina » existe maintenant dans de nombreux pays : Afrique du Sud, Australie, États-Unis, Malaisie, Grande Bretagne, Irlande ; je souhaite voir le mouvement de solidarité en France se joindre à nous.

Silvia Cattori : Si je comprends bien, vous comptez rassembler et unifier internationalement les groupes et les gens, actuellement dispersés et affaiblis, pour atteindre la plus grande efficacité possible et devenir éventuellement le leader de ce mouvement ?

George Galloway : Non, je ne pense pas en être le leader. Je crois que la Turquie est le leader. Le Premier ministre, M. Erdogan, devrait être notre leader. C’est, je crois, le seul homme d’État qui peut réellement avoir un large écho – en particulier dans le monde musulman, le monde arabe – et qui peut réveiller le géant endormi de l’opinion publique arabe.

La Turquie a été un élément très important dans notre réussite. Elle est un nouveau facteur dans cette équation palestinienne. Après des décades d’alliance stratégique avec Israël, la Turquie est dirigée aujourd’hui par un gouvernement que les citoyens du monde ne peuvent qu’admirer. L’ONG humanitaire ” Turkish Relief Foundation” (IHH) a été décisive dans le succès de notre dernier convoi. Elle nous a apporté des véhicules et plus du 40% des personnes qui ont participé au convoi. M. Erdogan est intervenu personnellement pour obtenir que Moubarak nous laisse passer. Il nous a apporté tout le soutien politique et diplomatique qu’il nous fallait pour que nous puissions atteindre notre objectif d’entrer à Gaza pour offrir à la population notre matériel et notre soutien.

Silvia Cattori : Je comprends que vous soyez pressé de repartir, et de vous lancer dans un nouveau défi pour attirer l’attention du monde sur Gaza et sa population délibérément affamée, et toujours prise au piège d’un enfermement plus que jamais cruel et dangereux. Mais n’est-ce pas un rêve irréalisable ? En naviguant sous pavillon turc, ne craignez-vous pas d’être accusé de vouloir dresser un État contre un État ? Cela ne sera-t-il pas considéré par Israël comme un acte de guerre ?

George Galloway : Non, cela ne sera pas un acte de guerre parce que les eaux internationales sont les eaux internationales ; et après c’est la mer de Gaza. Il faut seulement avoir le courage de passer des eaux internationales aux eaux de Gaza. Il n’y a aucune menace contre Israël. Le convoi peut être inspecté par des fonctionnaires des Nations Unies, pour vérifier qu’il n’y a pas d’armes. Déjà plusieurs bateaux sont passés.

Silvia Cattori : Les deux dernières tentatives d’atteindre Gaza par la mer, en 2008, ont échoué ! Et les trois premières tentatives, si elles ont réussi, n’est-ce pas qu’Israël avait peut-être à ce moment là, un intérêt à les laisser passer ?

George Galloway : Il s’agissait d’un ou deux bateaux, et ils n’avaient pas la protection d’États importants. Il faut s’assurer la protection d’États qui pèsent d’un certain poids. C’est à quoi nous travaillons maintenant.

Je crois que nous sommes en mesure de créer les conditions qui nous permettront d’arriver à bon port. Nous devons essayer coûte que coûte ; dans ce contexte de blocus, il n’y a pas d’autre voie pour atteindre Gaza que d’y aller par la mer. Au début des années 1960, quand Berlin Ouest était isolé, tous les pays européens ont organisé un pont aérien pour lui apporter de l’aide. C’est d’un tel pont dont nous avons besoin. Nous ne pouvons pas le faire par air mais nous pouvons le faire par mer. Plus important il sera, mieux ce sera. Nous devons y aller en grand nombre ; nous devons avoir à bord des personnalités de renom, et le soutien d’États importants, ou au moins d’un État important. Et la Turquie sera, je crois, la clé.

Silvia Cattori : Le groupe de « Free Gaza » n’a-t-il pas annoncé son intention d’aller à Gaza à la même époque ? Ne travaillez-vous pas ensemble ?

George Galloway : Je ne sais pas ce que va faire « Free Gaza » ; nous respectons ce qu’ils font. Nous savons qu’ils ont déjà différé trois fois leur voyage ; je souhaite qu’ils se joignent à notre convoi, mais s’ils décident d’y aller seuls, ils ont mon entier soutien.

Silvia Cattori : Les gens qui vous ont fait confiance, qui vous ont accompagné durant les trois convois, surtout lors du dernier, comment vont-ils ? Cela a dû être une expérience fascinante et sans doute enrichissante, mais aussi très traumatisante. Comment sont-ils revenus du troisième et dernier convoi de décembre-janvier ? Et vous-même ? Brisés ou plus forts ?

George Galloway : Plus forts. Mais le prochain convoi par mer ne nécessitera pas d’engager la présence d’autant de personnes. Dans ce cas, les seules personnes qui peuvent être un soutien, qui peuvent être vraiment efficaces, sont des personnalités connues, des gros donateurs, et des gens qui ont une expérience de marin. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de passagers dans ces bateaux. C’est une tactique différente, celle-ci. Dans un convoi par terre, tout le monde était le bienvenu. Dans le dernier, nous avions avec nous 520 personnes de 17 pays. Ici, nous n’aurons besoin que de 15 à 20 personnes par bateau.

Silvia Cattori : Les gens qui ont suivi votre longue et pénible odyssée ont été impressionnés. Cela doit vous faire plaisir de savoir que l’on entend dire : « Si vous voyez quelqu’un de la trempe de Galloway, suivez-le ». Mais vos succès ne pèsent-ils pas lourd sur vos épaules ? C’est une grande responsabilité !

George Galloway : Oui. Mais je suis dans ce combat depuis 35 ans. J’avais 21 ans quand je l’ai commencé. Je ne vais pas l’abandonner. Nous n’allons pas laisser seule la population de Gaza.

Notes

(*) Voir le site web de George Galloway : http://www.georgegalloway.com/index.php

(**) Invité par l’association Résistance Palestine.

[1] Par deux fois le public s’est levé et l’a ovationné pour lui exprimer son admiration pour avoir réussi par trois fois de véritables exploits en assurant l’arrivée des convois de « Viva Palestina » à Gaza.

[2] Voir : « “Viva Palestina”, et maintenant ? », par Stuart Littlewood, info-palestine.net, 14 janvier 2010.

Entre légitimité populaire et intérêts économiques : qu’en est-il de la vraie raison du vote anti-minarets ?

31 jan

par Xavier Laroche

La votation suisse a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Les minarets sont interdits en Suisse. La vraie question n’est pas de crier ou non victoire, ni même de s’attarder sur cette décision. Légitime, approuvée populairement, le débat ne se pose plus. Non, la vraie question semble être ailleurs. Entre les rotomontades pseudo-humaniste des élites occidentales, reprochant à la Suisse – pays le plus démocrate du vieux continent – une fascisation latente ;  l’air faussement outragé des médias d’Etat qui hurlent à la xénophobie ;  et le contraste de réjouissance d’une grande partie d’Européens appauvris par la crise et la mondialisation galopante qui voient en cette décision un espoir de préservation de leur culture, il est évident que tout le monde est concerné. Divisés également. Y compris chez les musulmans eux-même, perdus (comme une grande partie de la population) entre incompréhension, manipulation, et réactions passionnées. Tout le monde, donc, aura eu quelque chose à dire sur ce sujet.

Mais justement, et c’est là que la véritable interrogation survient. En ces temps de police de la pensée, de flicage généralisé, de délit d’opinion et de déni démocratique (on pourra penser au traité de Lisbonne et le « non » irlandais) il semble étrange que l’opinion publique ait tout à coup repris une si grande importance. Les répercussions du vote suisse ont engendré à travers l’Europe occidentale une vague sans précédents de sondages, de questionnements, d’études ne tout genre sur des questions autrefois taboues : les minarets bien sûr, la place de l’Islam, les constructions de mosquées, le problème du voile intégral, la conditions des femmes musulmanes, et caetera…

Seulement voilà, pourquoi cette accélération subite de la mise en avant du « problème musulman » dont chacun s’empare aujourd’hui, certains en faisant même l’objet central du débat sur une identité nationale qui a perdu sons sens à force d’en parler ? La Suisse est peut-être au cœur de l’explication.

Pour en remonter à ces dernières années, les attentats du 11 septembre 2001 (sans rentrer dans le débat concernant les incohérences de la version officielle, d’autres y travaillent depuis longtemps), ont été le début d’une psychose organisée et généralisée sur un islamisme rampant et sournois, qui a été désigné comme la cause principale des problèmes de l’Occident. Or, comme chacun sait, la « bouc-emissiarisation » du monde Arabo-Musulman a surtout été dans le but de s’acaparer les abondantes réserves énergétiques dont recèlent les sous-sol moyen-orientaux, la « guerre juste » de démocratisation menée par les occidentaux, USA en tête, n’étant qu’une forme de néo-colonialisme économique sous couvert de Droits de l’Homme conquérants et d’ingérence humanitaire.

Fort de ces constatations, l’opinion publique a eu tendance à se montrer de plus en plus défavorable aux interventions en Irak et en Afghanistan, le conflit s’enlisant et déstabilisant totalement un Proche-Orient déjà en crise depuis fort longtemps. Il fallait donc trouver un nouveau moteur pour relancer les offensives, maintenir les troupes sur place pretextant « sécuriser » des zones mises à feu et à sang par leurs pseudo-libérateurs, et même envoyer des hommes supplémentaires pour faire face à des insurrections de plus en plus violentes et efficaces, capables de mettre à mal la puissante machine de guerre occidentale.

C’est là que la question suisse commence à trouver son intêret, et plusieurs spécificités de ce petit pays à la réputation tenace peuvent s’avérer excellentes pour se relancer sur les fronts évoqués précedemment.

D’abord, il convient de se rappeler du contexte actuel : la France, via son président, vient de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN, le président américain Obama vient de recevoir un prix Nobel de la paix très discutable (surtout en voyant les récents renforts de troupes déployés récemment) et la crise économique n’est toujours pas résorbée, ce qui inquiète à juste titre les populations des deux côtés de l’Atlantique. Une crise qui, en Europe, se superpose à tous les problèmes récurrents de ces dernières années, à savoir le chômage, l’immigration incontrôlée, l’insécurité, les délocalisations.

Ainsi, fin novembre 2009 arrive dans ce contexte troublé une surprenante initiative populaire en Suisse, visant à interdire la construction de nouveaux minarets au surplomb des mosquées. Passons encore une fois sur le fond, le nombre de musulmans présents en Suisse, ou encore les (fausses) questions de libertés religieuses ou urbanistiques, pour se concenter sur les vraies questions : pourquoi la Suisse, pourquoi maintenant, pourquoi cette initiative ?

Une hypothèse probable, et qui sera certainement dérangeante, serait de considérer la Suisse comme l’épicentre d’un séisme médiatico-politique voulu par des élites mondialisées dont les buts paraissent de plus en plus clair. Explication :

La Suisse ne fait pas partie de l’Union Européenne. Ce statut de neutralité, un classique de l’histoire suisse, lui permet d’être en retrait juridique par rapport aux institutions européennes, comme la CJCE par exemple, et garder une indépendance vis-à-vis des autres pays, en bref c’est un pays souverain.

Ensuite, la Suisse à une autre longue tradition, c’est sa démocratie populaire. Encore une fois sans rentrer dans les détails techniques, un projet de loi peut-être présenté au peuple qui va s’exprimer par référendum quand à l’adoption ou non d’un nouveau texte.

Enfin, et c’est encore un classique de la Suisse, son attractivité bancaire (malgré des pressions de plus en plus forte) en font un lieu sur lequel le monde entier a toujours un oeil, et tout particulièrement les pays voisins.

Par conséquent, ces caractéritiques peuvent amener à penser que la Suisse est le terrain d’une manipulation de grande ampleur visant à légitimer les actions occidentales au Proche-Orient. Sans remettre en cause l’intégrité et l’honneteté du charismatique Oskar Freysinger, il ne serait pas impossible de penser que les dirigeants de l’UDC ait été influencés (si ce n’est même conseillés, voire obligés) de proposer une initiative visant, de manière détournée, l’Islam et les musulmans en général. Profitant d’une exaspération générale quand à l’implantation de cette religion depuis quelques dizaines d’années en Europe de l’Ouest, résultats de politiques d’immigration libérales malsaines et d’une assimilation ratée (volontairement ?), faire voter une loi limitant le développement d’un symbole musulman, à l’architecture orientale comme le minaret, est un signe fort du refus de changement de traditions d’une population qui peut se sentir menacée.

Ainsi, le résultat escompté étant obtenu (victoire des anti-minarets), les conséquences recherchées arrivent. Un déferlement médiatique touche la plupart des pays d’Europe à forte concentration d’immigrés de tradition musulmane, le débat est sur toutes les lèvres, et les passions se déchainent. Les médias organisent des sondages qui montrent une hostilité grandissante envers l’Islam, une méfiance vis-à-vis des musulmans qui est générale et de moins en moins camouflée. En contraste avec cela, les élites cosmopolites européennes s’indignent, prenant le contre-pied de leurs populations, rivalisant de mensonge et de démagogie afin de traîner les suisses dans la boue, les couvrant de sobriquets insultants, infantilisant un peuple majeur et souverain.

Double victoire pour nos dirigeants. Avoir utilisé la Suisse, pays hors-UE, permet de ne pas s’encombrer des questions de droit communautaire ; et avoir eu recours au vote populaire permet une légitimation de la décision à laquelle ont été sensibles les autres populations d’Europe. Ainsi, les dirigeants ont pu préserver leur bonne image de tolérance et de mondialisme béat,  tout en instrumentalisant la question de l’Islam à des fins économico-politiques. Maintenant que le libéralisme s’exporte, que les immigrés amenés en Europe – après avoir été intouchables au nom de la productivité – sont moins utiles, il faut bien les remettres au goût du jour. Les populations européennes commençant à contester de plus en plus les agissements américains et des forces coalisées en terre d’Islam, la nouvelle stratégie consiste justement à rappeler aux Européens que leurs problèmes viennent de l’immigration massive, mais pas n’importe laquelle : l’immigration musulmane. Stratégie habile car en stigmatisant les musulmans, et en gavant médiatiquement le peuple du « courageux combat » mené en Orient contre l’Islam, le but recherché est de remettre l’opinion publique derrière les coalisés. Une opinion publique déjà derrière la population Suisse, se détournant ainsi de la véritable origine de ses problèmes. La contestation doit s’etouffer en donnant au gens l’espoir que leurs conditions de vie ne se dégraderont pas encore plus, grâce à ces guerres que l’on veut faire passer pour nécessaires. Nécessaires, oui, pour ceux qui manipulent, sèment la zizanie et mentent depuis trop longtemps, afin que ces derniers puissent continuer leur œuvre de destruction massive, de pillage, indispensable à leur enrichissement : lobbies pétroliers, complexes militaro-industriels et hommes politiques en tête.

Une drôle d’aide à Haïti

30 jan

par Néstor Núñez

Les balles avant les antibiotiques, les fusils avant les bistouris…

Les centaines de médecins haïtiens qui ont été formés à Cuba ces dernières années ont volé au secours de leurs compatriotes. Ils travaillent au coude à coude avec les membres des brigades de spécialistes cubains qui prêtent leur assistance aux survivants du séisme qui a rasé Port au Prince. L’un d’entre eux a su résumer clairement la situation en ces quelques mots : « Ce dont nous avons besoin, a-t-il déclaré à la télévision, ce sont des médecins, des secouristes, des pompiers, des ingénieurs et des architectes. Nous n’avons rien à faire de soldats ni d’armes au milieu de cette tragédie nationale. »

Pourtant, il semble bien qu’il existe des pays disposant d’énormes ressources qui seraient d’une effectivité fabuleuse si elles étaient bien utilisées, mais qui font passer le souci de maintenir « l’ordre et la sécurité » avant la tâche de sauver des vies humaines.

C’est la raison pour laquelle, quelques heures après qu’ait été connue la nouvelle du désastre causé par le séisme, plus de mille soldats du Commando Sud sont immédiatement arrivés à Haïti pour prendre en main la situation à l’aéroport de la capitale du pays, assurer unilatéralement le contrôle des pistes et même gêner l’arrivée rapide et efficace d’avions envoyés par de nombreux autres pays et transportant des vivres, des médicaments, des engins pour dégager les décombres, des tentes et tout un approvisionnement d’articles de première utilité pour les presque 3 millions de victimes du tremblement de terre.

Ce n’est pas de la médisance. Les pilotes de nombreux pays qui se sont vus dans l’impossibilité d’atterrir à Port au Prince avec leurs chargements peuvent en témoigner, ainsi que d’autres qui se sont vus relégués dans des recoins obscurs de l’aéroport sans que le personnel militaire présent sur place leur accorde la moindre attention.

Parmi les nouvelles promesses d’ « aide » nord-américaine, on retrouve celle de l’augmentation du nombre de troupes devant arriver pour s’installer aux endroits stratégiques d’un pays ruiné et endeuillé, comme si la catastrophe était le meilleur des prétextes pour répéter les épisodes d’occupation militaire nord-américaine qui se sont succédées de 1916 à 1934.

On est en droit de se demander si, à Washington, certains « cerveaux guerriers » ont imaginé que, dans le cas où l’état haïtien et ses institutions, durement atteintes par le séisme, ne parviendraient plus à jouer leur rôle, le « grand voisin » ne pourrait pas se charger de « la noble tâche » d’assumer le contrôle du pays et de le réorganiser selon ses propres critères. Il était donc prudent d’installer, dès le début, les forces armées qui, le moment venu, se chargeraient de mener à bien leur mission de mainmise sur le pays.

C’est pour cela que les balles sont arrivées avant les antibiotiques, les fusils avant les bistouris et les soldats avant les spécialistes de la santé.

Pendant ce temps, la demande du jeune médecin haïtien flotte sur les ruines qui recouvrent les morts.

Source : http://www.legrandsoir.info/Une-drole-d-aide-a-Haiti.html

Apocalypse, année zéro ?

30 jan

par Philippe Leymarie

L’agenda sur le nucléaire militaire a rarement été aussi chargé que cette année. Trois rapports, trois sommets, un nouveau traité sur la limitation des arsenaux américain et russe (START), la révision du Traité de non-prolifération (TNP), les initiatives de l’Iran ou de la Corée du Nord et les répliques de la « communauté internationale », les premiers pas du nouveau patron de l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA)…

« Le nucléaire rend sage » : la formule est du général Gallois, un des pères de la dissuasion française. Est-ce la raison pour laquelle un faisceau d’initiatives, cette année, devraient converger pour tenter de réorganiser ce secteur ? La première salve sera tirée fin janvier, avec la publication presque parallèle d’un rapport sur la nouvelle politique de dissuasion nucléaire russe, et d’un autre issu de la Nuclear review américaine. Le président Barack Obama a en outre programmé un rendez-vous sur le désarmement en avril, un an après son discours de Prague, où il avait défendu l’idée d’un monde sans armement nucléaire. Et l’organisation des Nations unies a convoqué pour mai, à New York, une réunion internationale pour passer au crible le TNP

Entretemps, les promoteurs de l’initiative « Global Zero », lancée fin 2008 par une centaine de personnalités politiques et militaires russes et américaines, auront tenté, lors d’un sommet à Paris en ce début d’année 2010, de défendre leur plan, qui vise à l’élimination totale des armes nucléaires en quatre étapes, sur vingt ans : il prendrait appui sur le nouveau Strategic Arms Reduction Treaty (START 2) – en cours de négociation entre Russes et Américains (lesquels concentrent à eux seuls 95 % des moyens nucléaires militaires mondiaux) ; mais il préconise d’en élargir les engagements.

Sous surveillance

Dans l’esprit de ses concepteurs, cette initiative aurait un double effet : consolider dans un premier temps le Traité de non-prolifération, mis à mal par la dangereuse chevauchée des « cavaliers de l’Apocalypse » du moment – Iran, Israël, Pakistan, Corée du Nord – et les ambitions de plusieurs pays (dont des détenteurs actuels de l’arme nucléaire, comme la Chine) ; et inciter progressivement l’ensemble des pays à s’engager sur la voie du désarmement.

Global Zero a publié ces derniers mois un sondage mené dans vingt et un pays par le Program on International Policy Attitudes (PIPA), de l’Université du Maryland, où il était bien précisé que tous les pays seraient surveillés, pour vérifier qu’ils appliquent l’accord de désarmement. Dans les cinq pays disposant d’importants arsenaux nucléaires, une large majorité se serait déclarée en faveur de ce plan d’action – Russie (69%), Etats-Unis (77%), Chine (83%), France (86%) et Grande-Bretagne (81%). Dans les pays qui n’ont pas d’armes nucléaires, des majorités de même ampleur se seraient dégagées – ce qui est moins étonnant.

Vide stratégique

Global Zero affirme avoir notamment le soutien d’une pléiade d’anciens décideurs politiques et militaires, comme l’ambassadeur Richard Burt, ancien négociateur en chef américain dans les discussions stratégiques sur la réduction des armes ; Jack Sheehan, général en retraite, ex-commandant en chef du Commandement US Atlantic ; Lawrence Eagleburger, ancien secrétaire d’Etat américain ; Franck Carlucci, ancien secrétaire américain à la défense ; le Dr Anthony Lane, ancien conseiller américain à la sécurité nationale ; Alexander Bessmertnykh, ancien ministre russe des Affaires étrangères ; Yevgeny Maslin, général en retraite, ancien directeur au ministère russe de la défense ; le Dr Evgeny Velikhov, président de l’Institut Kurchatov, etc. L’association revendique au total le soutien de neuf anciens chefs d’Etat ; huit anciens ministres des affaires étrangères (américains, russes, britanniques ou indiens) ; trois anciens ministres de la défense (anglais et américains) ; six anciens conseillers à la sécurité nationale (Russie, Inde, Pakistan), et dix-neuf anciens commandants militaires (américains, chinois, anglais, indiens et pakistanais).

Cette initiative est cependant accueillie souvent avec un certain scepticisme : il n’y aurait « pas de relation de cause à effet entre l’intention d’éliminer toutes les armes et la prévention de la prolifération »  [1]. Global Zero compte beaucoup sur le soutien, au moins politique, du président américain, mais l’attitude de Barack Obama paraît contradictoire, lorsqu’il affirme « vouloir prendre des initiatives concrètes en vue d’un monde sans armes nucléaires », mais défend le « maintien d’un arsenal sûr et efficace pour empêcher un quelconque adversaire d’agir [2] ». En outre, si la dissuasion nucléaire américaine venait à perdre de sa crédibilité, d’autres pays pourraient tenter d’occuper aussitôt tout ou partie du « vide » stratégique ainsi ouvert …

Périmètre nucléaire

Depuis décembre dernier, le traité START 1 sur la réduction des armements stratégiques est arrivé à expiration. Signé en 1991 entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, il prévoyait une réduction par ces deux puissances de leurs arsenaux nucléaires respectifs à moins de 6 000 ogives et moins de 1 600 vecteurs [3]. START 1 aura permis la réduction d’un tiers des arsenaux nucléaires. Mais, malgré six mois de discussions à Genève entre les experts des deux pays, l’accord sur un nouveau traité START 2 – souhaité par les deux parties, et qui prévoit de réduire leurs arsenaux respectifs à un effectif de 1 500 à 1 675 ogives opérationnelles, et de 500 à 1 000 vecteurs – n’a pu être bouclé en temps utile, ouvrant une période de transition.

En dépit d’une relative extension du périmètre nucléaire – cinq Etats en étaient officiellement dotés lors de la signature du TNP, ils sont neuf aujourd’hui, et cinq autres sont en mesure de rejoindre ce « club » –, la politique de dissuasion a plutôt réussi, les Etats s’étant servi jusqu’ici de l’arme nucléaire comme arme de défense et non d’attaque. « Ce raisonnement, relève un rapport parlementaire français, vaut pour les armes nucléaires produites, stockées et maintenues par des Etats capables de maîtriser des processus complexes : mise au point et construction d’unités d’enrichissement d’uranium, fission, miniaturisation, balistique … Il vaut moins pour les autres armes de destruction massive (ADM), dont les techniques de fabrication sont moins complexes, et dont il est difficile de toujours identifier les détenteurs, qui pourraient le cas échéant être autres que des Etats [4]. »

La cote du bio

Les auteurs de ce rapport ont listé les « avantages » techniques des ADM chimiques et biologiques, du point de vue de leurs manipulateurs :

— minimum d’outillage et d’espace, et temps court, pour la fabrication ; faible coût financier ;
— facilité de camouflage (un appartement, une cave …) ;
— inutilité d’essais préalables (indispensables pour le nucléaire) ;
— vaste palette de diffusion ( aliments, liquides, vapeur ou aérosol, contact humain direct…) ;
— nature horrible des effets, génératrice de panique et de désordre social ;
— difficulté de détection ;
— laps de temps entre la libération de l’agent biologique ou chimique, et la perception de ses effets (qui permet la fuite des auteurs) ;
— choix de cible plus souple et précis que dans le cas du nucléaire, etc.

Mais les attentats cybernétiques sont d’un usage plus commode encore, car « un moyen rapide, peu coûteux et dépourvu de risque pour désorganiser les sociétés modernes » : selon ce rapport parlementaire, la France serait mal préparée à ce type de guerre, en dépit d’initiatives récentes.

Les députés concluent, sur un mode rassurant en terme de sécurité, que « la dissuasion relève des Etats, et que les terroristes n’ont pas accès aux armes de destruction massive », mais relèvent que l’actuel engouement pour les centrales nucléaires – 439 réacteurs en service dans 31 pays, 240 en projet – peut constituer un risque de prolifération, le nucléaire étant – comme par exemple l’aéronautique – une technologie « duale », susceptible de passer rapidement d’un usage civil à une application militaire…

Notes

[1] Rapport sur « les développements en cours en matière de non-prolifération et de désarmement nucléaires », présenté en décembre 2009 devant l’Assemblée européenne de sécurité et de défense, à Paris.

[2] Discours place Hradcany, à Prague, le 5 avril 2009.

[3] Un accord complémentaire signé à Moscou et 2002 (connu sous le nom de « Traité de Moscou ») envisageait une nouvelle réduction du nombre d’ogives entre 1 700 et 2 200 pour décembre 2012.

[4] Jean-Michel Boucheron, Jacques Myard, « Les enjeux géostratégiques des proliférations », Rapport d’information n° 2085, Assemblée nationale, décembre 2009.

Source : http://blog.mondediplo.net/2010-01-04-Apocalypse-annee-zero

Terrorisme : Al-Qaïda est-elle encore la Base ?

29 jan
par Dr. Pascal Sacré
Opinions publiques occidentales, réveillez-vous !
Introduction
Al-Qaïda veut dire La Base en arabe, mouvement islamiste fondé par le cheikh Abdullah Yusuf Azzam et son élève Oussama Ben Laden en 1987. (1)

C’est à partir du 11 septembre 2001 qu’Al-Qaïda s’est mis à jouer en première base, pour reprendre les termes du base-ball, dans la section terrorisme, sous-section ennemi de l’Occident.

L’Occident et ses leaders démocratiques ne considérèrent pas Al-Qaïda comme une organisation terroriste, ni Ben Laden comme un assassin sanguinaire, avant les années 1990, car jusqu’à cette date, ils n’avaient « terrorisé » et « assassiné » que des Russes, les « grands ennemis » de l’époque pour l’Occident.  Même que certains « chuchotent » que la Base fut construite par les Étasuniens en réponse à l’invasion soviétique de l’Afghanistan de 1979. Il semble que les Étasuniens aient toujours aimé jouer avec le feu, autant que le répandre.

Ainsi, l’opération cyclone (1979 à 1987) est une opération militaire géopolitique américaine secrète initiée par le président Jimmy Carter en 1979 et menée par la CIA pour armer les moudjahidines afghans contre l’URSS au cours de la guerre d’Afghanistan (1979-1989). (2)  Durant la guerre froide (1947 à 1991) entre les États-Unis et l’Union soviétique, à la suite du coup d’État communiste en Afghanistan de 1978 puis de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979, le président des États-Unis, Jimmy Carter annonce que « l’invasion soviétique de l’Afghanistan est la plus grande menace pour la paix depuis la Seconde Guerre mondiale ». (2)  Déjà, l’art des formules choc.  Art porté aux nues dans les mains de la belliqueuse administration Bush, mais encore davantage dans celles du président pacifique, nobélisé, Barack Obama.

Il est impératif de plonger dans les eaux troubles de ces opérations clandestines et de cette époque complexe pour comprendre vraiment, complètement et non partiellement, le phénomène Al-Qaïda. Étudier le soi-disant terrorisme islamiste en faisant abstraction de toutes ses relations, passées et probablement présentes, avec les gouvernements occidentaux, c’est comme essayer de comprendre le réchauffement climatique en faisant abstraction du soleil.

Dans l’histoire officielle, relayée par Wikipedia et les médias occidentaux, c’est à partir des années 90 que l’élève aurait commencé à mordre la main de son maître.

  • 1992, bombardements ciblant des troupes américaines à Aden, au Yémen.
  • 1993, attaque d’hélicoptères et de soldats américains en Somalie.
  • 1993, attaque à la bombe du World Trade Center.
  • 1998, attaque à la bombe sur les ambassades des Etats-Unis de Nairobi au Kenya, et de Dar es Salaam en Tanzanie (300 morts, 5000 blessés).
  • 2000, attentat à la bombe contre le destroyer américain USS Cole à Aden, au Yémen (17 marins tués, 50 blessés).
  • Plus toute une série d’opérations avortées et déjouées.

Ce n’est pas en 1987, à la naissance d’Al-Qaïda, que le « terrorisme » est né (attentats palestiniens, ETA, IRA, Brigades Rouges, Cellules communistes combattantes, Fraction armée rouge…), encore moins en 2001.  2001 marque l’accession d’Al-Qaïda à la célébrité, éclipsant toutes les autres formes de terrorisme. Celles-ci n’ont pas cessé d’exister mais étaient tellement pâles en comparaison qu’elles sont devenues presque invisibles, insipides, inintéressantes. Ou inutiles ?  C’est un peu comme si tous les projecteurs s’étaient éteints, sauf ceux braqués sur l’organisation de Ben Laden. Au travers d’Al-Qaïda, le terrorisme s’est hissé au premier rang des préoccupations mondiales, au point d’éclipser des problèmes autrement plus destructeurs comme la pauvreté, l’analphabétisme, le sous-développement et le sida.

Si le terrorisme et ses actions sanglantes occupaient déjà régulièrement et ponctuellement nos écrans de télévision, c’est devenu depuis 2001, depuis Al-Qaïda, un sujet majeur, presque quotidien, relancé magistralement par les attentats de Madrid en 2004, de Londres en 2005, ainsi que par des opérations plus modestes (Robert Reid en décembre 2001 sur le vol 63 d’American Airlines Paris-Miami, Umar Farouk Abdul Mutallab en décembre 2009 sur le vol 253 de Northwest Airlines Amsterdam-Détroit), mais contribuant tout autant à entretenir la psychose et à enraciner la peur et la haine de l’Islam.

Car ce qui est également arrivé en 2001, c’est l’élection d’un champion. Ce n’est pas, comme on l’a vu, la naissance d’Al-Qaïda mais son sacre. Comme si le terrorisme et toutes ses facettes régionales, se transformant en peau de chagrin, s’étaient réduit exclusivement, en un jour, au terrorisme islamique, le Jihad, lequel occupe aujourd’hui 99% de la scène de la « terreur internationale ».  Un peu comme si une sélection avait été faite, entraînant l’attribution d’un poste particulier au candidat choisi, en le dotant de supers pouvoirs et d’une logistique proprement effrayants.

Après la seconde guerre mondiale avec la destruction d’Hitler et l’impitoyable mise au pas du Japon, après la chute du « grand Satan » communiste et de son héraut l’URSS, l’Occident s’est retrouvé sans adversaire à sa taille,  sans ennemi assez terrifiant pour justifier la permanence, encore moins la croissance du gigantesque complexe militaro-industriel, si craint par le clairvoyant Dwight D. Einsehower (3).  Après avoir servi à contrer « l’ogre soviétique » et contribué largement à sa chute, quelle montée en puissance providentielle que celle d’Al-Qaïda, « cadeau » littéralement tombé du ciel, en ce jour sombre pour la liberté et la démocratie, sur le sol étasunien. Une aubaine « miraculeuse » pour le complexe militaro-industriel en quête de justification à ses ambitions mégalomaniaques.

En 2010, Al-Qaïda est-il encore la Base ?

Pourtant, la question qui déchire les spécialistes des démocraties occidentales, et présentée comme la donnée vitale dont la compréhension va nous donner la victoire, porte sur un détail insignifiant : qu’est devenu Al-Qaïda ? Détail insignifiant ? Pas selon les experts. Les « vrais », ceux que les médias écoutent religieusement et que les opinions publiques divinisent… Par Washington Post et Foreign Affairs interposés, deux camps s’affrontent.

Les partisans du jihad sans leader.

Les partisans du jihad déclinant décrivent un jihad sans leadership, où Al-Qaïda n’est plus la Base, n’est plus l’organisation structurée qu’elle a pu être en 2001.  Al-Qaida ne serait plus qu’une idéologie, l’al-qaïdisme, source inspirante pour une soi-disant nouvelle génération de terroristes, la troisième selon Marc Sageman (4), pour lesquels la Base ne serait plus que ça : un modèle, une référence.

Dans cette mouvance tout a commencé avec les déclarations du directeur de la CIA, Michael Hayden, selon lesquelles le réseau d’Oussama ben Laden avait perdu la partie […] et qu’il se trouvait en position défensive à travers le monde (Reuters, 30 mai 2008).  Est venu l’appuyer le chef du Department of Homeland security américain, Michael Chertoff, pour lequel le Hezbollah avait largement ravi la place à Al-Qaïda au hit-parade des terroristes les plus dangereux pour la sécurité nationale étasunienne (Fox News, 29 mai 2008), la Base étant devenue l’ombre d’elle-même.  Changement de pouvoir.

En renfort, Laurence Wright (5), expert du terrorisme, prouvait, par un long article dans le New Yorker, “The Rebellion Within”, l’affaiblissement, la désintégration même, du « mouvement islamiste extrémiste » (The New Yorker, 2 juin 2008, «The Rebellion Within»).

Le fer de lance du mouvement est probablement Marc Sageman (6). Spécialiste du terrorisme, sociologue, ancien analyste de la CIA au Pakistan et en Afghanistan, Mr Sageman était à l’honneur dans le Washington Post de février 2008 (Washington Post, «The Fading Jihadists», 28 février 2008).  Pour Sageman, les jihadistes actuels ne correspondent plus du tout à la structure Al-Qaïda telle qu’elle est apparue en 2001.

Nous en serions aujourd’hui à la troisième génération de terroristes islamistes, une génération tout à fait particulière, composée de combattants sans leader physique (“leaderless jihad”), formant des réseaux peu structurés, volatils, de petites cellules locales, s’auto-organisant (par échanges directs, où internet joue un rôle prépondérant) mais qui n’ont aucun lien physique avec une hiérarchie ou un chef comme Ben Laden. Le mouvement initié par celui-ci, avec son geste fort de 2001, resterait un dénominateur commun idéologique puissant, sorte de souvenir historique galvanisant, motivant la poursuite du combat.

Nous ne serions plus confrontés à la Base, mais à une multitude de bases indépendantes, en autarcie complète, improvisant des plans là où elles se trouvent, prenant des initiatives et s’autogérant, seulement réunies idéologiquement par l’image transcendante du grand frère, disparu en tant qu’entité physique.  Le « terrorisme islamiste » ne serait plus qu’une structure éparpillée, décentralisée, sans leader. (7)  Par exemple, pour Sageman, Mohamed Bouyeri, l’assassin du cinéaste néerlandais Theo van Gogh à Amsterdam le 2 novembre 2004, est représentatif de ce nouveau type de terroristes : peu politisés, mais fascinés, structurés par la violence qu’ils peuvent provoquer, prouvant ainsi, de loin, leur allégeance au jihad.  « La plupart […] n’aspirent qu’à une chose : se retrouver sur une affiche barrée de la mention ‘Most wanted’ » (8)

Sageman prédit la disparition lente du jihad sans leader, une sorte d’affaissement sur lui-même (9), à condition que les États-Unis le laissent s’éteindre sans provoquer un sursaut par une offensive contre-terroriste trop violente (Washington Post, «The Fading Jihadists», 28 février 2008).  Toutefois, Al-Qaïda est un label, une marque déposée, qui marche encore trop bien dans les médias occidentaux.  Rappelez-vous en 2001, il fallait un champion, un ennemi suffisamment terrifiant et structuré pour justifier, faire accepter en face, un sauveur, quelque chose qui pour nous protéger, en jouant sur nos peurs constamment entretenues, doit pouvoir continuer à dévorer toutes nos ressources (financières, énergétiques, climatiques, environnementales) sans rendre de comptes.  Ce sauveur est toujours le complexe militaro-industriel dont le centre névralgique est aux États-Unis.

Les partisans d’une Base encore bien vivante.

Al-Qaida est la Base, et puis c’est tout !  Bruce Hoffman et Michael Scheuer sont venus au secours d’Al-Qaida, au secours également des ambitions du complexe militaro-industriel. Effet ricochet…  Michael Scheuer, d’abord.  Ancien agent de la CIA lui aussi, chef de la section chargée de la traque d’Oussama ben Laden, selon le magazine The Economist il rapporte que les jihadistes sont toujours bien représentés, très structurés, bien intégrés, présents par milliers, en Grande Bretagne et en Allemagne.(10) D’éminents jihadistes, des leaders, seraient encore bien vivants, exerçant toujours une forte influence en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen. (11)

Ces experts-là sont, bizarrement, les chouchous du complexe militaro-industriel américain, et travaillent pour lui par ONG interposée.  Bruce Hoffman est un expert en terrorisme et lui, face aux propos de Mr Sageman, il en a perdu son sang-froid et s’en est pris violemment aux affirmations de l’ex-analyste de la CIA.  Mr Hoffman, c’est l’expert des voix officielles, professeur à l’université de Georgetown à Washington, ancien conseiller pour les questions de contre-terrorisme en Irak, auteur d’un livre sur la mécanique terroriste et membre de la Rand Corporation, ONG, institut de recherche du complexe militaro-industriel des États-Unis. (12)

Pour Bruce, les « analyses » de Mr Sageman sont des dénis de la réalité et son ignorance des faits n’est surpassée que par le traitement superficiel de la théorie sociologique qu’il affirme utiliser. (13)  Pour lui, Al-Qaïda a changé de stratégie mais reste Al-Qaïda, la Base physique, concrète, vivante, et pas seulement idéologique du « mouvement terroriste islamiste ».

Michael Scheuer, lui, s’est plutôt focalisé sur Peter Bergen, éminent connaisseur du mouvement salafiste jihadiste global (Peter Bergen et Paul Cruickshank, «The Unraveling, The Jihadist Revolt Against bin Laden»).  Selon Scheuer («Rumors of al-Qaeda’s Death May Be Highly Exaggerated», Terrorism Focus), Bergen ou Wright prennent leurs désirs pour des réalités et leurs sources, non fiables, discréditent leurs conclusions.

A ce concert de contradictions s’ajoute le travail très sérieux d’Audrey Kurth Cronin, de l’École nationale de guerre, qui détaille les raisons du déclin et de la fin des organisations terroristes (14). Elle conclut également, comme Sageman, à l’extinction progressive de la Base.Dans ce brouhaha, la personne de Bruce Hoffman fait figure de référence, notamment pour les journalistes et les médias occidentaux. Il est respecté et non remis en question.  En matière de terrorisme, il équivaut à Albert Osterhaus pour l’OMS dans la problématique des vaccins antigrippaux, et aux membres du GIEC dans la problématique du réchauffement climatique.  C’est la source à laquelle nous devons tous nous référer si nous voulons aborder les ressorts du terrorisme international.  Dans le numéro 1002 du courrier international, la revue d’analyse très sérieuse et très respectée répercute les visions de Bruce Hoffman, en l’introduisant en ces termes, expert reconnu, l’universitaire américain […] tire les enseignements des derniers attentats commis au nom de l’organisation.  Suivent toute une série de points détaillant le changement de stratégie du nouvel Al-Qaïda. (15)  Dans ce même numéro, le Courrier international, prête ses pages à l’article de Hazem Al-Amin (Al-Hayat, Londres), qui analyse un peu plus subtilement la situation, précisant que : […] Il n’est d’ailleurs pas certain qu’Omar Abdulmutallab (16) ait véritablement appartenu à Al-Qaïda. (17).

Les grands médias télévisuels occidentaux, notamment belges et français, dans leur réflexe conditionné pavlovien, depuis 2001, de rattacher tout attentat impliquant un islamiste à Al-Qaïda, suivant systématiquement la vision de Bruce Hoffman et du complexe militaro-industriel, gagneraient beaucoup à lire le Courrier international.   Ce serait déjà ça.

D’autres anciens de la CIA, contredisant la version du centre nerveux guerrier des États-Unis et de leur héraut de Washington, expriment leurs points de vue dans certains journaux. (18)  Sans faire de généralités, il semble que la CIA ne fasse pas la même analyse de terrain que les industriels, le Département de la Défense et la Rand Corporation.  Toutefois, le plus souvent, le débat se limite à ça.

Autre question, autre hypothèse, en 2010, Al-Qaïda n’a-t-elle pas tout simplement rempli son contrat ?

Les guerres ont été menées. Et justifiées. Les pays aux ressources convoitées ont été pillés, dévastés. A quoi a servi Al-Qaïda, réellement ? Quelles missions Ben Laden  aurait-il rempli pour les musulmans ?  Comment le jihad aurait-il pu défier aussi longtemps une super puissance comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, avec leurs moyens militaires, leurs technologies de pointe capables d’enregistrer une conversation n’importe où dans le monde, et leurs services de renseignement déjà infiltrés, bien avant 2001, dans tous les mouvements jihadistes de la planète, impliqués même dans leur création, pour beaucoup d’entre eux ? Comment ? Enfin, cette coïncidence n’est-elle pas trop belle pour être vraie ?

Juste au moment où le complexe militaro-industriel se retrouve sans ennemi à sa taille, la menace d’un démantèlement se profilant à l’horizon, surgit  Ben Laden, jusque là petit lieutenant parmi d’autres de la grande armée de mercenaires terroristes formée par la CIA et des occidentaux pour mener à distance, pour leur compte, des guerres de basse intensité.

Voilà des interrogations pertinentes que les grands médias et leurs sources, les experts reconnus, n’abordent pas, ou plus.  Ce n’est pas cela, pour eux, le point crucial à éclaircir.  Pourtant…

Al-Qaïda a renforcé son ennemi beaucoup plus qu’il n’a aidé la cause du peuple musulman, qu’il soit palestinien, irakien, afghan, pakistanais, yéménite ou indonésien.  Cet ennemi, d’un allié jusque là utile dans sa lutte contre le communisme, a fait d’Al-Qaïda son adversaire suivant, en l’hypertrophiant, en lui donnant d’une main pour mieux pouvoir le frapper avec l’autre. Et justifier tout cet enfer, autour de nous.

Le Pentagone, le complexe militaro-industriel, la politique impérialiste du monde occidental qui a repris une guerre de colonisation mondiale : voilà les vrais gagnants de la prétendue croisade d’Al-Qaïda, le diable enturbanné qui aurait succédé providentiellement au sale rouge communiste.

C’est le prétexte par lequel les envahisseurs ont pu déferler sur les pays tant convoités (ressources et position géostratégique), en réussissant la prouesse de faire passer cela pour de la légitime défense.  Le caractère morcelé de la Base, en cellules disséminées dans plusieurs pays, a servi admirablement le plan.

La prouesse ultime, réalisée sur les cendres encore chaudes de la terreur des populations traumatisées par les images brutales du 11 septembre, répétées en boucle interminable, a tout de même été d’associer le chiite religieux Ben Laden au sunnite laïque Saddam Hussein, en prétextant la menace d’armes imaginaires, existence contestée par certains des experts occidentaux eux-mêmes, preuve du caractère dangereusement sélectif des opinions publiques lorsqu’elles prennent des décisions sous l’effet de la peur, et de l’importance prépondérante que prennent les médias télévisuels et leurs raccourcis erronés quand la terreur est de mise.  C’est une chose inscrite dans la psyché humaine, que manifestement, les gouvernements connaissent bien, et utilisent.

Ce que des experts reconnus qualifient de terrorisme inacceptable, est pour certains de la résistance.  Pour d’autres, une façon, la seule parfois, de s’exprimer, de se défendre, de survivre. Dans la bouche des envahisseurs, ceux qui décident quand le terrorisme est acceptable, et quand il ne l’est plus, portant alors un autre nom,  le terme pour envahir, opprimer, coloniser sera : frappe préventive, guerre d’auto-défense. L’auto-défense des autres devient le seul vrai terrorisme, sale et illégal, qui implique des civils et ne respecte aucune des règles ou conventions de la guerre.

Bien sûr quand des mercenaires étasuniens, de firmes privées engagées par le gouvernement pour assurer la protection des personnalités occidentales, quand ces contractuels  tirent sur des civils indigènes et massacrent des gens désarmés, cela s’appelle dignement dommage collatéral.(19) Depuis le Far-West, les cow-boys ont l’habitude de tirer les premiers. Les règles, c’est pour les autres et il est inacceptable que ceux-ci ne veulent pas des dés pipés des Étasuniens.  Si les attentats sanglants de par le monde peuvent être attribués à Al-Qaïda, alors un martèlement médiatique est aussitôt enclenché. Les bavures, innombrables et toutes étouffées, de Blackwater (devenue Xe le 13 février 2009), ont plus de chance. Dans ce cas, les médias regardent ailleurs.(20)

Pour étayer ces analyses qui élargissent et approfondissent le débat, et rendent possible une compréhension plus juste du terrorisme, des auteurs et chercheurs, très sérieux eux aussi, écrivent et donnent des conférences. Qu’ils ne fassent pas partie des sources officielles des journalistes et médias occidentaux n’enlève rien à la qualité et au professionnalisme de leur travail.

Daniele Ganser, né en 1972, est un historien suisse, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bâle et président de l’ASPO-Suisse (Association for the Study of Peak Oil and Gas). (21)  Il met bien en évidence la véritable raison d’être du terrorisme, et ses racines, dans nos sociétés occidentales.  Cela remonte à l’après-guerre avec la constitution, sous la supervision des services secrets britanniques et américains, de réseaux d’agents dormants dans toute l’Europe, les réseaux Stay-Behind, composant Le Gladio (Le Glaive). Comme on le voit, l’Islam n’a rien inventé.

A ce moment le grand ennemi était l’URSS et en cas d’invasion, ou de prise de pouvoir des communistes par la voie des élections, ces réseaux contrôlés par des agents infiltrés devaient mener des actions de sabotage et de guérilla contre les mouvements de gauche, avec des attentats à la clé, l’implication de civils innocents étant tout à fait envisageable, voire souhaitable, pour choquer et révolter les populations non pas contre les vrais instigateurs des attentats, mais contre ceux désignés comme boucs-émissaires.

Le travail méticuleux de Daniele Ganser montre bien que le terrorisme, employé pour manipuler et contrôler l’opinion des populations alliées, par le biais de la peur et de la colère, a largement été utilisé, en premier, par ces mêmes nations qui aujourd’hui, disent le combattre par une guerre sans fin.  Dans le livre de Ganser, Les Armées Secrètes de l’OTAN (22), nous sommes choqués d’apprendre, de comprendre que le terrorisme utilisé par la Grande-Bretagne et les États-Unis pour  garder la mainmise sur ses alliés, ne l’était pas directement contre l’ennemi communiste, mais pour diaboliser celui-ci, en faisant commettre des attentats meurtriers par des organisations connues comme étant de gauche, mais en réalité infiltrées par les agents des réseaux Stay-Behind, les agents doubles du Gladio. Ce sont les opérations sous faux-drapeau.

Un exemple très médiatisé fut l’époque ensanglantée par les attentats des Brigades Rouges, les années de plomb, en Italie.  L’attentat de la gare de Bologne, 85 morts. (23)  Les Brigades Rouges étaient une organisation de gauche, procommuniste. Elles sont également impliquées dans l’assassinat d’Aldo Moro, politicien italien socialiste, qui, sous la pression des urnes et de la réalité économique et sociale difficile de l’Italie, avait œuvré au rapprochement avec le parti communiste d’Enrico Berlinguer.(24)  Par analogie avec Al-Qaïda, pensez-vous que les Brigades Rouges aient rendu service, une seule fois, aux communistes, aux mouvements de gauche, en Italie ?  Jamais. En assassinant Aldo Moro, ils ont ôté toute chance aux communistes de participer au pouvoir en Italie, alors que la situation politique leur était très favorable. Leurs attentats n’ont engendré que haine, colère et ressentiment envers la Gauche, de la part d’une population choquée et terrifiée.  On peut même aller jusqu’à dire que les mouvements communistes et de gauche en général se seraient bien mieux portés sans les Brigades Rouges.  Par contre, la Grande-Bretagne et les États-Unis, les grands gagnants, eux qui n’auraient jamais toléré qu’un parti communiste accède au pouvoir dans leurs colonies attitrées, même par la voie des élections et de la démocratie, ont largement bénéficié des attentats des Brigades Rouges.  Si vous associez à cela l’existence bien réelle, et bien documentée, des réseaux Stay Behind du Gladio, est-il si absurde de considérer ce scénario plus que plausible, même s’il est moins reluisant pour les puissances capitalistes occidentales, mais néanmoins plus proche de la vérité.

Les réseaux Stay Behind n’ont pas disparu à la chute du mur de Berlin.  Ils sont toujours là, dormants ou plus ou moins actifs, ayant tissé avec le temps des relations et noué des contacts à travers toutes les strates de la société des pays qu’ils infestent, observant, renseignant, infiltrant, neutralisant, faisant porter le chapeau de leurs actions à d’autres, sacrifiant, si nécessaire, pour la réussite de leurs missions, des civils innocents, pour satisfaire les ambitions de nos gouvernements.

Avant 2001, il semble que le terrorisme mis en scène par les services secrets de Grande-Bretagne et des États-Unis, d’Israël aussi, et peut-être d’autres pays, ait surtout servi à maintenir au pouvoir, et même à renforcer, des partis de droite, voire d’extrême droite, autoritaires, plébiscités par les populations elles-mêmes, demandeuses de plus de sécurité et de sévérité envers les prétendus terroristes.

La dérive sécuritaire était déjà bien présente avant 2001. Chaque pays européen avait son mouvement terroriste, les Brigades Rouges en Italie, l’IRA en Angleterre, l’ETA en Espagne, les tueurs du Brabant et les CCC (cellules communistes combattantes) en Belgique, Fraction Armée Rouge en Allemagne…  Le terrorisme d’avant 2001 avait plutôt une utilité nationale, servant de prétexte pour chaque pays vassal de la super puissance américaine au développement de mesures sécuritaires, de surveillance et de contrôle de sa population bien loin d’imaginer que la véritable cible de dette surveillance et de ce contrôle était bien elle, et non le mouvement terroriste utilisé comme prétexte.

Sous l’impulsion des États-Unis et de la Grande Bretagne, grands vainqueurs après la seconde Guerre mondiale, sans plus aucun concurrent idéologique après la chute du mur de Berlin, les pays européens vassalisés devaient propager l’idéologie gagnante, le capitalisme et le libéralisme, avides de nouveaux marchés.  Dans cette vision, le terrorisme est un outil.  Utilisé par des nations froides et calculatrices. Ces nations sont pourtant dominantes mais elles ont tellement peur de perdre du terrain qu’il leur faut agir en permanence, anticiper, tramer, surveiller, contrôler.  Ces nations ont développé leur domination dans le terreau de la terreur. Elles ne connaissent que cela. Rien d’autre.

D’une utilité nationale, assurant des budgets toujours plus élevés aux industriels de l’armement, renforçant les pouvoirs des gouvernements au détriment du peuple, qu’il faut à tout prix empêcher de s’autodéterminer, le terrorisme est passé à la vitesse supérieure en 2001, prenant une ampleur mondiale et pour cela, il fallait « élire » un champion.

Ce n’est pas tant Al-Qaïda, encore moins Oussama ben Laden mais le jihad islamique qui fut élu.  Avec, pour commencer, comme visage, comme masque à présenter aux populations, la mouvance du cheikh Abdullah Yusuf Azzam, créée en 1987 par la CIA lors de l’opération Cyclone, pour combattre les Russes en Afghanistan. (25)

Pourquoi ?  Pour conquérir de nouveaux vassaux, de nouveaux pions et avancer sur l’échiquier. Pour mener des guerres impérialistes, aux conséquences bénéfiques innombrables.  Pour reprendre la colonisation et le pillage des ressources mondiales, sous couvert d’aide humanitaire et de libération de peuples opprimés.  Pour offrir au complexe militaro-industriel des États-Unis de nouvelles occasions d’assouvir sa faim dévorante.

Pour permettre au marché, mot fétiche de tous les capitalistes conquérants du monde entier, de trouver de nouveaux débouchés.

L’Islam pouvait faire le poids. Qui d’autre ? La Chine ?  Pas encore prête.  Cela viendra.

En jouant sur le racisme alimenté de clichés et d’amalgames, et l’intolérance,  latents dans tous les pays occidentaux prompts à trouver dans l’immigré le coupable parfait de tout ce qui ne va pas chez soi (difficultés économiques, emploi, sécurité, violences), pour l’occidental, nourri pendant des années de la propagande d’un choc inévitable des civilisations, le Musulman était l’Ennemi idéal.

Tout était prêt.

Seule une telle mise en perspective, un tel recul, un tel approfondissement du sujet peut, dans le cas du terrorisme, nous permettre d’approcher la vérité, et de comprendre ce qu’il est vraiment, la menace réelle qu’il représente, quels sont ses acteurs, à quoi il sert, à qui il sert et bénéficie, en remontant jusqu’à la formation des réseaux Stay Behind, et en essayant d’expliquer comment ces mouvements terroristes, les mieux organisés, parviennent à se financer, et à survivre au cœur des pays occidentaux les mieux surveillés, les plus contrôlés et les plus quadrillés de la planète.

Nafeez Mosaddeq Ahmed, auteur de La Guerre contre la vérité, (26), et d’autres analystes comme Michel Chossudovsky, Peter Dale Scott, Richard Labévière, Eric Laurent, entre autres, soulignent que le terrorisme, et son champion islamique, ne peuvent pas être compris si l’on persiste à ignorer à quel point les réseaux existants sont utilisés par les services de renseignement militaires occidentaux, quand ils n’ont pas été créés par eux, à la fois pour contrôler les ressources énergétiques stratégiques des pays envahis sous prétexte de la guerre à ce terrorisme, et pour contrer les rivaux géopolitiques, en occupant des régions limitrophes.  Les accusations de collusion entre les réseaux islamiques et les agences de renseignement occidentales, si elles sont graves, ne sont pas prononcées à la légère et sont minutieusement développées, mises à jour et documentées par ces auteurs libres de tout compte à rendre au complexe militaro-industriel. (27)

Dire qu’on est spécialiste du terrorisme, divulguer ses conclusions aux opinions publiques, sans tenir compte de tous les éléments, et pas seulement de ceux qui correspondent aux discours des gouvernements ou des médias conditionnés, c’est comme étudier la physique en s’arrêtant à Newton.  Si le physicien anglais a certes découvert des choses intéressantes, il est illusoire d’expliquer le monde sans recourir aussi à la physique quantique, ou à la théorie des cordes et des supercordes. (28)

Conclusions

Quelle population, correctement informée, accepterait de son propre gouvernement de la mettre volontairement en danger en laissant se développer des organisations terroristes, en les aidant même à se développer, sous prétexte que ces organisations leur sont beaucoup plus utiles actives et meurtrières, que démantelées ?

La réalité est très différente de celle qui est présentée par les « démocraties occidentales », aidées pour y arriver par tous les médias, surtout télévisés, et où le terrorisme apparaît comme un ennemi insaisissable, incontrôlable et ne pouvant être combattu qu’en mettant le monde entier à feu et à sang.

Pour les personnes au pouvoir dans ces démocraties, appuyées par des experts complaisants et conformistes, aux compétences universitaires réelles, mais à la vision très sélective, ces terroristes coalisés seraient les coupables tout désignés responsables de toutes ces guerres meurtrières que l’Occident doit mener bien malgré lui, pour se défendre.

Nous aurions intérêt à nous frotter les yeux, et nous rappeler les paroles de ces présidents Dwight D Eisenhower, Franklin D Roosevelt et John F. Kennedy, malgré leur collaboration au système, ont, sur la fin,.  Ils ont tous essayé de nous mettre en garde.

Quant aux médias et journalistes officiels, s’ils pouvaient ne jamais sacrifier, au nom de la simplification ou de la vulgarisation, du conflit d’intérêt ou de la peur, la vérité, et permettre aux opinions publiques qui y ont droit, l’accès à tous les points de vue éclairés et toutes les analyses, pas uniquement celles des spécialistes conformistes et proposés par les gouvernements, alors ils seraient à la hauteur de leur difficile travail.

Il est temps que les opinions publiques occidentales se réveillent. Vraiment.

Notes

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Qaida

(2) Opération Cyclone, http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Cyclone

(3) Dans son célèbre discours de fin de mandat, le président Eisenhower (président des Etats-Unis de 1953 à 1961) met en garde les États-Unis contre les dangers du « complexe militaro-industriel » : « Cette conjonction entre un immense establishment militaire et une importante industrie privée de l’armement est une nouveauté dans l’histoire américaine. (…) Nous ne pouvons ni ignorer, ni omettre de comprendre la gravité des conséquences d’un tel développement. (…) nous devons nous prémunir contre l’influence illégitime que le complexe militaro-industriel tente d’acquérir, ouvertement ou de manière cachée. La possibilité existe, et elle persistera, que cette influence connaisse un accroissement injustifié, dans des proportions désastreuses et échappant au contrôle des citoyens. Nous ne devons jamais permettre au poids de cette conjonction d’intérêts de mettre en danger nos libertés ou nos méthodes démocratiques. Rien, en vérité, n’est définitivement garanti. Seuls des citoyens alertes et informés peuvent prendre conscience de la toile d’influence tissée par la gigantesque machinerie militaro-industrielle et la confronter avec nos méthodes et objectifs démocratiques et pacifiques, afin que la sécurité et les libertés puissent fleurir côte à côte. »

(4) Marc Sageman, Leaderless Jihad: Terror Networks in the Twenty-first Century, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2008.

(5) Lawrence Wright, The Looming Tower: Al-Qaeda and the Road to 9/11, Vintage, New York, 2007.

(6) Marc Sageman, op. cit.

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(9) Ibid. p. 146

(10) Michael Scheuer, «Is Global Jihad a Fading Phenomenon?», 1er avril 2008

(11) Michael Scheuer, op. cit.

(12) Bruce Hoffman, Inside Terrorism, Columbia University Press, 1998, 3e éd. 2006 ; « The myth of grass-roots terrorism: Why Osama bin Laden still matters », Foreign Affairs, mai-juin 2008.

(13) Bruce Hoffman, op. cit.

(14) Kurth Cronin, «How al-Qaida Ends, The Decline and Demise of Terrorist Groups»).

(15) Courrier international, n°1002, 14 au 20 janvier 2010, Al-Qaida, une nouvelle stratégie se dessine, p.8-9

(16) Auteur de l’attentat sur le vol de la compagnie Northwest Airlines Amsterdam-Detroit le 25 décembre 2009.

(17) Courrier international, op. cit., p9

(18) Courrier international, http://www.courrierinternational.com/article/2010/01/15/une-menace-terroriste-tres-exageree

(19) Un rapport accablant du Congrès américain diffusé la semaine passée, indiquait que Blackwater a été impliquée dans 195 incidents armés en Irak depuis 2005. Dans 84% des cas, ses agents auraient tiré les premiers.

http://www.liberation.fr/monde/010121392-en-irak-blackwater-accuse-de-massacre-delibere

(20) op. cit.

(21) http://www.voltairenet.org/article144415.html, la stratégie de la tension, Daniele Ganser, auteur de Les Armées Secrètes de l’OTAN

http://www.editionsdemilune.com/lesarmessecrtesdelotan-p-16.html

http://www.voltairenet.org/article163478.html#article163478

(22) op. cit.

(23) http://www.voltairenet.org/article12840.html

(24) http://fr.wikipedia.org/wiki/Aldo_Moro

(25) Opération Cyclone, op. cit.

(26) http://www.newint.org/features/2009/10/01/blowback-extended-version/  Nafeez Mosaddeq Ahmed, auteur de La Guerre contre la vérité,

http://www.editionsdemilune.com/laguerrecontrelavrit-p-7.html

(27) op. cit.

(28) http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_supercordes

L’obsession antimissile des Etats-Unis

29 jan

par Olivier Zajec

Archives — Juillet 2007

Les ministres de la défense de l’Alliance atlantique ont tacitement approuvé, le 14 juin dernier, le projet de bouclier antimissile américain en Europe, tout en acceptant l’offre de coopération russe. Mais l’activisme des Etats-Unis, qui contraste avec l’apathie de l’Union européenne, est plus fondé sur une « religion politique » que sur une analyse stratégique. L’obsession antimissile de Washington, partagée par les républicains et les démocrates, remonte en fait aux années 1950.

Dans un rapport d’information parlementaire, l’Assemblée nationale française s’est penchée, le 28 mars 2001, sur les projets américains de défense antimissile (1). Publié six mois avant que ne s’effondrent les tours jumelles de New York, le document interprétait ces projets comme reposant moins sur une « analyse stratégique » que sur une « théologie politique ». Cette théologie serait dotée d’une trinité identifiable : le « fantasme de sécurité absolue des Etats-Unis » ; le « mythe de la frontière » (ici, la frontière technologique) ; une « dichotomie bons-méchants ». « L’empire du mal, dénonçait alors ce rapport, n’est plus un Etat désigné, l’Union soviétique, mais une catégorie d’Etats relativement fluctuante, aujourd’hui la Corée du Nord, l’Irak ou l’Iran et, demain, peut-être d’autres. »

Début 2007, l’annonce de l’installation prochaine d’éléments du programme « National Missile Defense » (NMD) américain en Europe est venue relancer les spéculations sur la signification de ce programme. Les intercepteurs de Pologne et les radars tchèques font réagir Moscou, inquiètent les « vieux Européens », et marginalisent une Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) soudainement très mal à l’aise.

Les commentaires de la presse se focalisent surtout sur les réactions russes, prétextes à d’innombrables parallèles historiques ressuscitant la guerre froide. Pourtant, le fond du débat se situe ailleurs. Par exemple dans les pistes lancées par le rapport parlementaire français de 2001. Obsession de l’invulnérabilité, tropisme de la frontière et « moralisation » de la politique internationale : en quoi cette grille de lecture explique-t-elle l’éternel retour de la défense antimissile américaine, malgré les remises en question consécutives au 11-Septembre ?

En 1957, la défense antimissile américaine naît d’une prise de conscience brutale, celle de la vulnérabilité des Etats-Unis. Le premier Spoutnik commence en effet ses révolutions autour de la planète. Traumatisée par son célèbre signal, qui résonne pour elle comme un glas, l’Amérique doit cesser de se penser comme une île hors d’atteinte : ce succès spatial ouvre aux soviétiques la possibilité d’atteindre le territoire américain à l’aide de missiles balistiques intercontinentaux.

Dès 1957, le programme défensif « Nike Zeus » prévoit des intercepteurs de longue portée à charge nucléaire, capables de détruire en vol les missiles visant les Etats-Unis. John Fitzgerald Kennedy, élu en 1960 sur le thème d’un « retard américain » en matière balistique (le missile gap), est bientôt le premier président à engager résolument son pays à la fois sur un programme de perfectionnement des missiles balistiques intercontinentaux (2) et sur la voie de la défense antimissile. Le programme « Sentinel », en 1966, compte installer autour des villes américaines des silos de missiles intercepteurs, protégeant ainsi les grands centres de population, cibles probables des Soviétiques. Vingt-cinq sites de protection sont prévus, dotés de missiles eux aussi à tête nucléaire, censés détruire les missiles ennemis tant en deçà qu’au-delà de la couche atmosphérique.

Des armes nucléaires obsolètes Face à la réaction très négative des citoyens américains, qui ne conçoivent pas de vivre avec des armes nucléaires à leur porte, « Sentinel » est transformé en 1974 en « Safeguard », un programme « dérivé » ne protégeant plus les centres urbains mais les sites de lancement de missiles intercontinentaux. Toutefois, en ces années 1970, le Vietnam a creusé les déficits et, devant le coût du projet, un seul site sera concerné par « Safeguard ». De son côté, l’URSS bâtit des silos de défense antimissile autour de Moscou, aucune réaction de la population n’empêchant, contrairement aux Etats-Unis, la réalisation de ce projet et l’installation des missiles Galosh.

Le traité antimissile balistique (ABM) (3) de 1972 figera ces progrès antimissiles parallèles russes et américains, pour des raisons d’équilibre stratégique. Dès 1976 néanmoins, le système américain est abandonné pour des raisons de politique intérieure, de budget et d’efficacité technique, alors que le système installé autour de Moscou, quoique peu performant, demeure. Cette première course antimissile tourne donc à l’échec pour les Etats-Unis. Le jeune secrétaire américain à la défense qui doit à l’époque se résigner à annuler « Safeguard » s’appelle Donald Rumsfeld. Dès lors, pour Washington, le volet offensif, avec l’amélioration des missiles intercontinentaux, marginalise logiquement le volet défensif. Cette éclipse de la défense antimissile prend pourtant fin avec éclat le 23 mars 1983.

Ce jour-là, dans le discours qui officialise l’Initiative de défense stratégique (IDS, dite « guerre des étoiles »), le président Ronald Reagan annonce son ambition de marginaliser les armes nucléaires « obsolètes et inefficaces ». Le moyen : une défense antimissile globale, fondée sur des satellites et des lasers spatiaux, capable d’intercepter tout tir de missile balistique intercontinental à charge nucléaire venant d’Union soviétique (4). Ce discours a marqué la mémoire collective en raison de la course aux armements qu’il induisait et de l’asphyxie consécutive qui mit à genoux le système soviétique. Il faut toutefois nuancer : comme on l’a vu, l’URSS dispose alors d’une avance sur les Etats-Unis en matière antimissile. De plus, l’ambition de l’IDS va très vite être revue à la baisse. En 1987, il ne s’agit déjà plus que de protéger les sites de lancement de missiles lors d’une première frappe russe.

En 1991, l’IDS est rebaptisée « Protection globale contre les frappes limitées », et le nombre de cibles à intercepter est réduit. La même logique qui avait abouti en 1976 à l’abandon de « Safeguard » se reproduit : l’IDS est rapidement dénaturée. L’année 1991 marque une rupture avec l’élan reaganien, le National Missile Defense Act focalisant désormais l’effort national sur une défense antimissile « de théâtre » (opérationnelle sur le terrain) capable d’intercepter des vecteurs de courte portée lancés par des Etats « voyous » : la leçon de la première guerre du Golfe (1990-1991) et de la médiatisation des frappes de Scud irakiens, en particulier sur Israël, est ainsi tirée. La défense antimissile de théâtre remplace donc la défense antimissile de territoire (c’est-à-dire intercontinentale, basée sur une opposition entre les deux supergrands).

Ainsi, entre 1957 et 1991, seule l’URSS a pu déployer un système de défense antimissile intercontinental effectif. Aux Etats-Unis, les programmes se sont succédé, appuyés sur des déclarations politiques retentissantes, mais aucun n’a débouché sur un système opérationnel généralisé et cohérent.

Elu en 1992, le président William Clinton avait pris acte du passage d’une défense de territoire à une défense de théâtre, rebaptisant la très reaganienne Initiative de défense stratégique en une Organisation de la défense antimissile balistique, moins idéologique. C’est pourtant sous sa présidence qu’apparaît pour la troisième fois le thème de l’antimissile, fruit d’un rapport de forces entre une présidence démocrate affaiblie et, à partir de 1995, un Congrès républicain conquérant sur le plan des idées. L’élément-clé sur lequel s’appuie ce Congrès est la publication, en 1998, du rapport d’une commission parlementaire, présidée par M. Rumsfeld, qui réévalue la menace balistique mondiale en se fondant non plus sur les intentions des acteurs, mais sur leurs capacités.

La même année, les essais nucléaires pakistanais et indien, le tir d’un missile Taepodong-1 nord-coréen et d’un missile iranien valident l’analyse de la commission Rumsfeld, plaçant les démocrates sur la défensive. Capitalisant ce succès et arrivant au pouvoir en 2001, le président George W. Bush donne à la défense antimissile un nouvel élan. La systématisation du concept par les Américains ainsi que son extension géographique, augmentant les chances d’intercepter les projectiles adverses en phase de lancement, sont, depuis, les signes visibles de cette troisième saga antimissile dans l’histoire stratégique américaine.

L’idée de la défense antimissile ne date donc pas de la seconde présidence Bush. L’assurance d’une invulnérabilité de leur territoire, béni par la géographie, a toujours fondé le sentiment de sécurité des Etats-Unis, que le providentialisme de leurs fondateurs assimile très tôt à une Jérusalem terrestre. Dans ce contexte, toute atteinte au territoire américain ne constitue pas seulement un affront, mais bien une profanation du tabernacle de la liberté. Celui qui le commet est sacrilège, justiciable en quelque sorte du feu du ciel. Dans cette éventualité de guerre punitive, la stratégie américaine repose à la fois sur une dilection pour l’offensive influencée par le général Antoine-Henri Jomini (5) et sur le postulat d’annihilation stratégique de l’adversaire.

De fait, la triade des moyens nucléaires – sous-marins lanceurs d’engins, missiles balistiques intercontinentaux, bombardiers stratégiques – permet aux Etats-Unis de toucher virtuellement tout le globe. Mais que vaut ce potentiel offensif dès lors que l’invulnérabilité du sanctuaire – le territoire des Etats-Unis – n’est plus garantie ? Ayant tout juste effacé par le feu nucléaire déclenché sur Hiroshima la profanation de Pearl Harbor, les Etats-Unis ont vécu, dès les années 1950, la capacité balistique nucléaire russe – parce qu’elle pouvait atteindre leur territoire – comme une nouvelle hérésie contrariant leur destinée manifeste. Hérésie d’autant plus douloureuse que la posture de dissuasion à laquelle sont contraints les Etats-Unis laisse leur défense reposer sur l’assurance d’une destruction mutuelle, censée geler tout déclenchement de l’apocalypse. Casuistique nucléaire perverse qui revient, dans la mentalité américaine, à composer de manière inacceptable avec le Mal.

A Oskar Morgenstern, cofondateur de la théorie des jeux qui, en 1959, dans The Question of National Defense, défend encore l’offensive appliquée à la stratégie nucléaire, Bernard Brodie peut répondre en publiant la même année La stratégie à l’âge des missiles (6), que la destruction mutuelle assurée (mutually assured destruction, MAD), qui « fait dépendre la sécurité des Etats-Unis de la capacité du Kremlin à demeurer rationnel », est inacceptable pour des raisons morales (7). De ce besoin métaphysique d’une meilleure répartition entre attaque et défense découle l’impératif catégorique de la défense antimissile, nécessité morale à laquelle la psyché américaine se voit sans cesse ramenée.

La date du débat de 1959 entre Brodie et Morgenstern, juste avant l’accession au pouvoir du président Kennedy, est importante. Se comporter « moralement » à l’âge nucléaire, c’est ne pas considérer la vulnérabilité américaine comme une fatalité. Significativement, les Américains citent souvent le sermon célèbre de 1630, A Model of Christian Charity, dans lequel le pasteur puritain John Whintrop use d’une formule appelée à connaître une fortune étonnante. Loin, bien loin de Machiavel, il dépeint l’Amérique comme une « cité sur la colline » (city upon the hill), point de mire régénérateur du monde, tenue de se comporter moralement pour l’édification des nations. Onze jours avant son entrée en fonctions, Kennedy cita ce sermon (8). Plusieurs fois, Reagan fit de même. A ces deux présidences « morales » se rattache, signe fort, le lancement de programmes antimissiles importants (9).

Dans cette filiation, les projets actuels renouvellent le cycle. Dans un discours de 2000 précédant son élection, M. Bush soulignait ainsi son objectif de réduire le nombre de missiles nucléaires offensifs, jusqu’au « plus petit nombre possible compatible avec notre sécurité nationale (10) ». La même année, le futur secrétaire à la défense Rumsfeld déclarait lors d’une tournée en Europe que poursuivre la défense antimissile était une « question de morale », et non technologique (11). Le lancement d’une révision nucléaire (nuclear review) par le même président Bush au début de son premier mandat (12) a ainsi ressemblé à un examen de conscience national renouvelant les lustrations accomplies en leur temps par Kennedy et Reagan.

Le rapport parlementaire français de 2001, en pointant une « théologie politique » au fondement de la défense antimissile américaine, donnait une des clés du débat. Le primat de la métaphysique providentialiste dans la psyché américaine et l’histoire toujours recommencée des programmes de défense antimissile depuis 1957 laissent à penser que rien ne fera renoncer Washington au mouvement à nouveau relancé. Reste une question pour le Vieux continent : programme NMD américain en Europe ou défense antimissile européenne ? Tel est le vrai choix.

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/20…

Notes

(1) Rapport d’information n° 2961 sur les projets américains de défense antimissile, enregistré le 28 mars 2001 à la présidence de l’Assemblée nationale.

(2) Entre autres, augmentation du nombre de missiles Polaris et acquisition de nouveaux bombardiers stratégiques.

(3) Les Etats-Unis se sont retirés de ce traité en juin 2002.

(4) Lire Norman Spinrad, « Quand “la guerre des étoiles” devient réalité », Le Monde diplomatique, juillet 1999.

(5) Militaire et historien, il a fait partie de l’état-major de Napoléon. Il a écrit plusieurs ouvrages de théorie militaire, notamment un Précis de l’art de la guerre (1839), réédition Champ libre, Paris, 1977.

(6) Bernard Brodie, Strategy in the Missile Age. Princeton University Press, 1959.

(7) « Il faut avoir une foi extraordinaire en la technologie, ou désespérer de solutions de rechange, pour dépendre seulement des défenses actives », Strategy in the Missile Age, cité par Jean-Philippe Baulon dans Soixante ans de défense contre les missiles balistiques, Institut de stratégie comparée, Paris, 2005.

(8) Discours de John Fitzgerald Kennedy à Boston (Massachusetts), 9 janvier 1961.

(9) Dont la justification « morale » a marqué les esprits : « Ne serait-ce pas mieux de sauver des vies que de les venger ? » (Reagan, allocution télévisée du 23 mars 1983).

(10) « Press conference on security matters at the National Press Club », Federal News Service, Washington, 23 mai 2000.

(11) Cité par Ivo Daadler et Karla Nieting, dans La stratégie de défense antimissile des Etats-Unis, Annuaire français des relations internationales, Paris, 2002.

(12) L’objectif de cette révision était une réduction finale des têtes nucléaires américaines de sept mille cinq cents à deux mille cinq cents

Les sauveurs de la « Bible Belt » débarquent en Haïti

29 jan

Port-au-Prince — Les « mercenaires de la foi » déferlent sur Haïti. « Une armée de la fin des temps, prophétiques, des missionnaires de la pitié », prévient le site Internet de Crisis Response International, ONG de Kansas City, capables de faire la « démonstration de pouvoir du royaume de Dieu ». « On va là où Jésus nous appelle », dit l’un d’eux. Beaucoup d’illuminés, médecins ou simples missionnaires, ont visiblement entendu des voix.

« Ils sont venus prospérer sur la misère », déplore l’abbé Pierre-André, de l’église Sainte-Bernadette, à Martissant. Comme à la Quisqueya Christian School (QCS), rue 75, à Delmas. Là, de rutilants 4×4 immatriculés « Pray for America » patientent. Six immenses tentes y sont dressées sur un terrain où déambulent des rednecks au teint crayeux. « On ne reçoit pas de journalistes, je vais vous demander de sortir, vite », dit un « fidèle ». QCS se veut un « centre de commandes » d’une multitude de réseaux des « Églises nouvelles ». Mieux, assure l’une des ouailles, l’armée américaine elle-même en aurait fait un arrière-camp…

Ils sont partout à Haïti. Des religieux parfois de bonne foi, souvent aux pratiques sectaires. Et qui sermonnent ou évangélisent, opèrent ou baptisent, pullulent et agacent, surtout. « Qui sont-ils ? Comment sont-ils venus ? Quels comptes rendent-ils ? », demande Véronique Ductan, infirmière haïtienne venue de Montréal. Aucun: ils agissent en toute impunité. « C’est le déluge, on n’en a jamais vu autant », raconte un diplomate. Au nom d’un leitmotiv: sauver Haïti. Sauver qui ? Les pauvres ? L’enseignement à QCS se veut « 100 % chrétien » et coûte plus de 2000 $ par an.

Ils ont afflué comme jamais, par des Cesna ou des avions nolisés, sur le tarmac. « Engorgeant l’aéroport tenu par les Américains dès le deuxième jour, et retardant l’arrivée, parfois de 48 heures, de stocks vitaux de médicaments », tempête un médecin haïtien. La plupart débarquent de la « Bible Belt », la ceinture des États religieux américains. On en avait croisé lors de l’ouragan Katrina, prédicateurs de fin du monde sur fond de fiasco d’aide gouvernementale. Ils se sont multipliés comme des petits pains.

Qui connaît Act of Mercy, inconnu au bataillon humanitaire ? « On vient de Waco, au Texas, dit Justin Boland. On a débarqué avec des cargos. On est privés, souples, efficaces. On va là où Dieu nous appelle, en Afghanistan s’il le faut. » Mais visiblement, Haïti semble plus hospitalier, même si « l’association » s’est fait refouler de plusieurs hôpitaux par l’ONU… Open Hands, ça ne vous dit rien ? « On vient de Colombus, dans l’Ohio, raconte Tim Morris. On a formé des équipes de secours il y a cinq ans, après le tsunami en Indonésie. » Accessoirement, « l’Église » promet de soigner le sida par la nutrition… Terrible dans un pays qui, comme Haïti, a su faire baisser la prévalence du virus de 6 à 2. Rare success story dont on parle peu et qui se retrouve menacée, pas uniquement à cause du séisme.

Et Convoy of Hope, croisé comme tant d’autres ? Le «Convoi de l’espoir» se targue d’avoir « distribué 294 296 repas et installé 30 unités de purification d’eau à Haïti ». Impossible de le vérifier. Comme l’avoue Bob Swann, pasteur floridien de La Mission Inc., devant l’ambassade américaine: « Je ne sais pas combien on est de missionnaires, je ne sais pas trop ce qu’on fait, mais ça doit être énorme... » Il glisse sa carte: « Quiconque appelle au nom de Dieu sera sauvé, “épître aux Romains”, 10:13. »

Les missionnaires du chaos avancent en terrain conquis. Même si le sculpteur Patrick Vilaire relativise: « Ici, on est marron… On prend la bouffe, on tente d’avoir un visa, mais on ne tombe pas dans le panneau. » Voir. Ici, les cybercafés s’appellent « Jésus de Nazareth »; des tap-tap (bus), « Dieu est partout »; des boulangers, « L’Éternel est mon verger »; des morgues, « Fils de Noé ». Et, selon les Nations unies, 55 % des 10 millions d’Haïtiens sont catholiques, près de 30 % protestants (15 % de baptistes, 8 % de pentecôtistes, 3 % d’adventistes, 1,5 % et 0,7 % de méthodistes, d’anglicans). Les autres — ou les mêmes — sont animistes et adeptes du vaudou. Aux côtés des évangélistes locaux, telle l’Église Shalom tabernacle de gloire, qui a un soir investi le Champ-de-Mars (où s’entassent 10 000 rescapés), les expatriés multiplient le prosélytisme. Partout.

Dans les camps comme dans les hôtels, où le révérend Lee Butler, de la Floride, directeur général de l’International Fellowship of Chaplains, passe entre deux extrêmes onctions : « Quand on est sur le point de mourir, on ne regarde pas qui vous donne la main ou la bénédiction », dit-il en souriant, à deux pas d’une piscine et de ventilos. Tant pis si son site Internet, qui multiplie les appels aux dons, évoque les conditions extrêmes de travail des bénévoles. Dans les orphelinats, on a ainsi pu croiser sept jeunes Américains d’une Église baptiste, paumés: « On vient sauver des orphelins. On est là depuis une semaine, mais on n’en sait pas plus. Cependant, Fox News, CNN, etc., nous ont adoptés. »

Dans les hôpitaux, des scientologues, cette fois. Plus de 80, tee-shirt jaune, dont une majorité de médecins, venus pour 400 000 $ en jet privé ou avec John Travolta. Avec les amputés, ils expérimentent le « procédé d’assistance par le toucher », histoire de « rétablir la communication avec des parties du corps blessées ou malades ». Sur le tarmac de l’ONU, on peut aussi croiser des témoins de Jéhovah. « Moi, je suis né témoin, j’ai arrêté le jour où j’ai découvert la fornication », dit le docteur David, médecin haïtien de l’hôpital adventiste. En sortant, une vieille en charpie brandit une bible, et hurle: « Les derniers temps sont arrivés. »

Merci au Chevalier Jedi pour l’information.

Source : http://www.ledevoir.com/international/amerique-latine/281897/les-sauveurs-de-la-bible-belt-debarquent-en-haiti

Pays-Bas : Geert Wilders, à l’extrême droite de l’Oncle Sam

28 jan

par Christian Bouchet

Le 20 janvier dernier, s’est ouvert à Amsterdam le procès du député Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté. Une organisation politique qui, lors des élections européennes de 2009 en Hollande, est arrivée en deuxième position avec 17% des suffrages, talonnant la liste du Premier ministre Jan Peter Balkenende.

Que reproche-t-on au juste à cet homme ? Rien d’autre qu’un délit d’opinion, soit « d’avoir insulté les musulmans dans leur ensemble » et « d’avoir incité à la discrimination et à la haine contre des personnes en raison de leur race ou de leur religion ». En clair, dans le film Fitna, qu’il a réalisé, ainsi que dans divers entretiens, Geert Wilders a comparé le Coran à Mein Kampf, décrit l’islam comme « fasciste », prôné la fermeture des frontières des Pays-Bas à tout musulman, réclamé une amende pour les musulmanes portant le foulard et demandé l’interdiction de la burqa et des minarets. À l’aune de ces accusation, on constatera que beaucoup d’islamophobes français de gauche pourraient se retrouver devant les tribunaux de la République !

La liberté d’expression ne se divisant pas, affirmons tout d’abord clairement que ce procès est à nos yeux un scandale et que toutes les opinions, même les plus contestables, devraient pouvoir librement s’exprimer.

Cela étant dit, il n’est pas inutile de se pencher sur la personnalité de Geert Wilders et de savoir qui sont ses amis, afin de comprendre les raisons de l’engagement d’un homme qui appartient très clairement au camp de nos ennemis. Pour ce faire, on dispose d’un excellent outil : une récente chronique de Daniel Pipes, un théoricien néo-con yankee, intitulée « Why I Stand with Geert Wilders ? ». Dans celle-ci, Pipes, qui a été de 2000 à 2004 un des conseillers de George Bush en matière de politique proche-orientale – il s’était alors illustré par son activisme médiatique anti-musulman, anti-palestinien et anti-iranien, ainsi que par son appui à la guerre d’agression contre l’Irak et son soutien sans faille à l’État israélien – avoue une chose fort intéressante : le think tank qu’il préside – le Middle East Forum – contribue financièrement très largement à la défense de l’homme politique hollandais.

Pourquoi cela ? Tout simplement parce que, pour Daniel Pipes, Geert Wilders « est, aujourd’hui , l’Européen le plus important, (…) le mieux placé pour faire face au défi islamique auquel le continent est confronté. Il a les qualités nécessaires pour devenir une figure historique mondiale ». Bigre ! me direz-vous… Mais ce n’est pas tout, pour Pipes, si Wilders « est le leader incontesté de ces Européens qui souhaitent conserver leur identité historique », c’est que son parti diffère de la plupart des autres partis nationalistes d’Europe, les partis anti-immigrants traditionnels comme le Front national.

Daniel Pipes nous explique ensuite pourquoi le leader du Parti de la liberté est vu favorablement, aux États-Unis, par la droite républicaine : parce qu’il « est ultra libéral, qu’il est dépourvu de liens historiques avec l’extrême droite, ainsi qu’avec l’hostilité aux immigrants, l’antisionisme ou autres formes d’extrémisme. Wilders dit publiquement qu’il est l’émule de Ronald Reagan ». Et d’enfoncer le clou : « Ce qui montre bien cette modération, c’est l’attachement, depuis longtemps, de Geert Wilders pour Israël , et cela comprend deux années de résidence dans l’État juif, des dizaines de visites et un engagement en faveur du transfert de l’ambassade des Pays-Bas à Jérusalem. » De plus, notre néo-con insiste sur le fait que si Geert Wilders est hostile à l’islam il ne l’est nullement vis-à-vis de l’immigration. Pourquoi cela ? Tout simplement parce qu’il estime, en bon libéral, que l’immigration à un intérêt économique, alors que la religion musulmane a le désavantage de véhiculer des normes réactionnaires parmi lesquelles il met l’accent sur l’hostilité au système bancaire traditionnel, au féminisme, aux homosexuels, et … à l’État d’Israël.

On se rend compte, sans mal, que Daniel Pipes désigne aussi, en creux, les mauvais populistes européens : ceux qui sont anti-libéraux, ceux qui affirment que le problème central n’est pas l’islam mais l’immigration, ceux qui estiment que la justice doit régner dans les relations internationales et que l’Europe n’a pas à s’aligner de manière systématique sur les États-Unis.

Pour en revenir au procès qui débute, divers observateurs soulignent qu’étant donné qu’il est parti pour durer plusieurs mois, Geert Wilders se voit, en fait, offrir une intéressante tribune médiatique avant les élections législatives qui auront lieu l’an prochain… Certains, comme Bert Wagendorp, chroniqueur du quotidien De Volkskrant, vont même jusqu’à dénoncer une manipulation occulte de la justice afin de faire du Parti de la liberté un allié incontournable de toute coalition gouvernementale. L’avantage serait alors double. Tout d’abord, la droite néo-con de Washington et de Tel-Aviv aurait ainsi un allié de poids au sein du gouvernement hollandais. Ensuite, la nomination de Wilders ou d’un de ses adjoints à un ministère serait un coup de tonnerre pour toute l’Oumma et nuirait, une fois de plus, à ses bonnes relations avec l’Europe, là encore au plus grand bénéfice des faucons des USA et d’Israël.

Source : http://www.geostrategie.com/2361/geert-wilders-a-l%e2%80%99extreme-droite-de-l%e2%80%99oncle-sam

Sectarisme: les salafistes font monter les enchères

28 jan

par Habib Trabelsi

La tension interconfessionnelle est montée d’un cran en Arabie saoudite: quarante et un oulémas salafistes ont apporté leur soutien au prédicateur saoudien Mohammed Al-Arifi qui avait insulté le dignitaire chiite irakien, l’Ayatollah Ali Sistani, et irrité les chiites. Les «takfiristes» wahhabites traitent les chiites d’«hérétiques» et les appellent au «repentir», au risque d’attiser la haine communautaire, déjà à fleur de peau, dans le royaume et dans la région.

«Rafidhas» et «Laïcs» dans le même sac

Les 41 salafistes — dont des professeurs de théologie musulmane, des prédicateurs, des imams, des juges et deux responsables de site internet à connotation franchement «takfiriste» — s’en prennent aux «rafidhas» (terme péjoratif désignant les chiites dans la phraséologie salafiste) et à «leurs congénères, les laïcs» (autrement dit les écrivains et journalistes saoudiens qui avaient dénoncé les propos de cheikh Arifi et mis en garde contre les risques d’une «Irakisation» de l’Arabie saoudite).

«Cheikh Arifi (qui avait traité Sistani d’ «hérétique» et de «dépravé») n’a dit que la vérité», proclament les 41 dignitaires religieux dans un communiqué publié sur le site de cheikh Nasser ben Suleiman Al-Omr, nommé «le Nazi» par les chiites, puis reproduit par de nombreux sites, dont “Lojainiat” (pro-sunnite) et par “Rasid” (pro-chiite).

Les signataires précisent que «Sistani est l’un des symboles des Rafidhas (…) qui insultent les Compagnons (du Prophète Mahomet), jettent l’anathème sur les sunnites et autorisent l’effusion de leur sang, comme ce fut le cas en Irak et en Iran, vénèrent les tombes et pratiquent d’autres rites erronés».

«Nous appelons tous les chiites à se repentir», ajoutent les signataires, avec à leur tête cheikh Abderraman ben Nasser Al-Barak, ex-professeur à l’Université islamique d’Al-Imam Mohamed ben Saoud et éminence grise du salafisme.

Ils s’en prennent aussi aux «laïcs, ces ennemis de l’islam et des oulémas, ces hypocrites, ces suppôts des rafidhas et de tous ceux qui complotent contre les musulmans».

Appels pressants à «étouffer la sédition»

Comme d’habitude, les réactions des lecteurs font apparaitre les clivages au sein de la société saoudienne: certains ont exprimé leur mépris des «rafidhas» et des «laïcs» et leur soutien à cheikh Arifi auquel un site a été dédié dans le cadre d’ «une campagne populaire destinée à recueillir un million de signatures pour battre en brèche les allégations des défenseurs de Sistani».

En revanche, des centaines de lecteurs, y compris des sunnites, ont déversé leur vindicte contre «ces wahhabites qui prônent la haine et sèment la sédition», «ces takfiris, adeptes des talibans et dont la place est à Guantanamo ou à Tora Bora, aux côtés d’Oussama ben Laden, et non dans le pays des deux Haramains», l’Arabie saoudite qui abrite les deux saintes Mosquées à La Mecque et à Médine.

Des lecteurs en appellent au roi Abdallah, «l’homme du dialogue entre les religions», pour qu’il «frappe d’une main de fer cette clique de salafistes qui cherchent à diviser les musulmans et à saper l’unité nationale».

D’autres exhortent les autorités à «promulguer une loi punissant ceux qui prônent la haine et menacent l’unité nationale».

«Wahhabi et Irhabi (wahhabite et terroriste): deux faces de la même médaille», s’exclame «Abou Salem» pour qui «les oulémas wahhabites sont en train d’exécuter un plan diabolique américano-sioniste visant à semer la division dans les rangs des musulmans».

«L’Amérique n’est pas sérieuse dans sa lutte contre le terrorisme. Elle mobilise ses flottes et envoie ses troupes pour frapper à l’est et à l’ouest, tout en sachant que le terrorisme est alimenté par les oulémas salafistes dans la péninsule arabique», renchérit «Amin».

Pragmatique, «Mohammed» propose de riposter par «la publication, par plus de 80 oulémas chiites, d’un communiqué encore plus fort. Œil pour œil, dent pour dent !».

Mutisme officiel

Les autorités continuaient cependant à observer le mustisme près d’un mois après le prêche diffamatoire contre Sistani.

Et jeudi (28 janvier), un poème, ironiquement intitulé «Excuses à Sistani», est mis en ligne sur “Lojainiat“: une satire cinglante du Grand ayatollah ! écrite par Hassan Al-Salem.

«C’est dans les habitudes des autorités de garder le silence pour ne pas envenimer la situation. Mais par leur silence à l’égard de ce groupe, elles donnent l’impression de cautionner les activités des takfiristes», s’indigne jeudi un internaute sur «Rasid».

Le même jour, le journaliste d’«Al-Hayat», Daoud Al-Chariyane, appelle indirectement le Ministère des Affaires islamiques à présenter des excuses à Sistani.

«Arifi a prononcé son prêche du haut du minbar (la chaire de la mosquée). Les minbars sont sous le contrôle du Ministère des Affaires islamiques. Laisser passer le prêche sans explication et sans excuses signifierait que les prêches du vendredi dans le royaume sont l’avis personnel des orateurs, ce qui est grave», argumente Chariyane.

Source : http://www.saudiwave.com/index.php?option=com_content&view=article&id=5452:sectarisme-les-salafistes-font-monter-les-encheres&catid=40:politique-interieure&Itemid=67

Britanniques et Allemands face au cauchemar afghan

28 jan

par Philippe Leymarie

Mieux sécuriser le pays pour aboutir à un règlement politique : c’est l’ambition du général américain Stanley McChrystal. Le commandant en chef des troupes des Etats-Unis et de l’OTAN en Afghanistan espère sortir de la conférence de Londres, convoquée ce jeudi, avec un engagement renforcé de la coalition aux côtés du régime de Kaboul. Il pense pouvoir affaiblir suffisamment les rebelles talibans pour qu’ils acceptent de négocier une paix. Les pays de l’OTAN, hors USA, alignent 43 000 hommes, et pourraient annoncer des renforts de 7 à 10 000 soldats, pour répondre aux demandes pressantes du président Barack Obama.

« Tell my mother I love her » (Dites à ma mère que je l’aime) : ce seraient, d’après son officier du 2e bataillon de fusiliers engagé à Sangin, dans la province du Hemland, les derniers mots de Peter Aldridge au médecin qui tentait de le sauver après une explosion. Ce vendredi 22 janvier 2010, il était le 250e soldat britannique à périr en Afghanistan, depuis le début de l’engagement du Royaume uni, en 2001. Il avait 19 ans, et s’était engagé à 17

La Grande-Bretagne est dans une position de plus en plus délicate. Ses troupes, déployées majoritairement dans la province très exposée du Hemland dans le sud, fief des talibans et grande région de culture du pavot, ont perdu une centaine d’hommes pour la seule année 2009, et ont évacué plus de 1 000 blessés. La rallonge financière au titre des opérations en Afghanistan – protection contre les explosifs improvisés (IED), achat d’hélicoptères, etc., soit 900 millions de livres – est imputée, pour la première fois, au budget de la défense, imposant des coupes sur les grands programmes d’équipement.

Un rapport de la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes (PDF), publié en juillet 2009, concluait à un « glissement de la mission » des troupes britanniques déployées en Afghanistan : elles ne peuvent atteindre leurs objectifs, car elles assument trop de responsabilités (lutte contre le trafic de drogue, protection des droits de la personne, reconstruction de l’Etat). Le « partage inégal » entre les nations de la coalition est aussi « une source de tensions » pour les soldats déployés. Le rapport proposait de recentrer la mission britannique en Afghanistan sur la seule sécurité.

Mais, toujours en première ligne aux côtés des Etats-Unis, le gouvernement travailliste de M. Brown a accédé aux demandes du président Barrack Obama de « finir le travail », et envoyé dès le début décembre un premier renfort de 500 soldats supplémentaires, portant le contingent britannique total à 9 500 hommes (plus de 10 000, en y incluant les forces spéciales) – soit le second contingent derrière les Etats-Unis.

Restrictions d’emploi

« L’Allemagne décidera après la conférence de Londres si elle fait ou non des efforts supplémentaires et, le cas échéant, quels efforts », avait indiqué la chancelière Angela Merkel à la mi-décembre. Elle insistait une fois de plus sur le fait que que le concept de sécurité prôné par l’OTAN inclut des efforts « militaires, mais aussi de reconstruction civile » – ce que Berlin considère comme la seule vocation possible pour son contingent, le troisième en importance avec 4 500 soldats. La province de Mazar El Charif, dans le nord, où sont stationnés en majorité les soldats de la Bundeswehr, a été longtemps préservée, mais le nombre des accrochages y a augmenté de 60% en un an.

Le parrain américain souhaitait initialement que Mme Angela Merkel autorise l’envoi de 2 000 hommes supplémentaires et obtienne du parlement leur déploiement dans des zones plus disputées, au sud et à l’est du pays. La prolongation d’un an début décembre du mandat du contingent actuel a été assortie des habituelles restrictions d’emploi (maintien au nord, usage des armes seulement en cas de légitime défense,etc.).

Déjà impopulaire, la participation de l’armée allemande aux opérations en Afghanistan a été « plombée » par la gestion plutôt catastrophique de la « bavure » aérienne de Kunduz provoquée en septembre par le commandement allemand, qui avait amené la démission du secrétaire d’Etat à la défense et du chef d’état-major général, ainsi que le dédommagement financier de plus d’une centaine de familles de victimes afghanes.

Ces derniers jours, Mme Angela Merkel a tenté de préparer l’opinion allemande à l’envoi de renforts, sans évoquer de chiffres, en laissant entendre que la Bundeswehr se consacrerait davantage à la formation des forces de sécurité afghanes – mais dans une proportion qui dépendrait des « résultats » de la conférence de Londres.

Au nombre de ces résultats, la « réintégration des insurgés dans la société afghane », retenue comme une nécessité par les ministres européens des affaires étrangères, qui se sont concertés lundi dernier avant le rendez-vous de Londres. « Tous ceux qui combattent ne sont pas des talibans », avait plaidé le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle… dont les propos sont plutôt en résonance avec les dernières réflexions rendues publiques par le général McChrystal [1].

Le Nigéria au bord de l’implosion ?

28 jan

par Sonia Le Gouriellec

Un président hospitalisé depuis le 23 novembre en Arabie Saoudite, un vice-président chargé par la Haute Cour fédérale d’assurer les pouvoirs du chef de l’État jusqu’à son retour, des affrontements entre factions de la secte islamiste Kala-Kato fin décembre, des Nigérians placés sur la liste américaine des passagers à surveiller après la tentative d’attentat d’Umar Farouk Abdulmutallab, des centaines de morts à Jos (au centre du pays) lors d’affrontements entre chrétiens et musulmans… Qu’arrive t-il au Nigéria ? Le leader régional est-il en passe d’imploser ?

Un survol et quelques éclairages de Sonia Le Gouriellec, du blog Good Morning Afrika.

Sur le plan interne

Eléments de géopolitique interne : l’une des particularités du Nigéria est d’avoir été construite par le colonisateur britannique sur la base de la juxtaposition au sein d’un même territoire de deux aires géographiques (aires soudanaise et guinéenne). Bien qu’associées, ces deux parties ont été maintenues dissociées au niveau géographique, politique et administratif jusqu’à l’indépendance du pays. Effectivement, le Nigéria est partagée en trois avec au Nord les Haoussas et les Fulanis qui sont des musulmans, à l’Est les Ibos (catholiques) et à l’Ouest les Yorubas (autant de musulmans que de protestants), auxquels il faut ajouter près de 250 ethnies. Il existait différents cercles de colonisation, en fonction de la population et des intérêts économiques. Par exemple, le littoral était exploité directement par les Anglais alors que l’intérieur du pays l’était par l’intermédiaire des autorités locales. Le problème récurrent est donc de maintenir l’unité entre ces trois parties régionales qui luttent pour le contrôle du centre fédéral. Par ailleurs, il convient de relativiser ce modèle d’opposition géopolitique car au sein même des régions les divisions sont courantes (exemple : Biafra 1967).

Avec ses trente-six États et ses soixante-quatorze gouvernements locaux, le pays reste fragile, les forces centrifuges et le pouvoir central sont constamment en lutte et l’État fédéral a été remanié à plusieurs reprises depuis 1967 afin de satisfaire les demandes de partage émanant des minorités désireuses d’avoir un État propre (douze États en 1967, dix-neuf en 1976 puis vingt et un en 1988, trente en 1991 et trente-six en 1996).

Napoléon considérait que la puissance des États est dans leur géographie, l’important est la maitrise de l’espace. Or, avec 20 % de Yorouba, 18 % d’Ibo et 28 % d’Haoussa-Foulani, la population nigériane est autant un élément de puissance qu’un facteur déstabilisateur. Les problèmes ethnico-religieux internes renforcent l’idée que le Nigéria ne saurait réguler les comportements régionaux tant que sa situation interne n’est pas stable. À moins de sombrer dans une situation de type libanais, le Nigéria doit encourager les positions laïques. Mais une telle nécessité ne séduit pas les intégristes des différentes religions, notamment les fondamentalistes islamiques qui ont installé la charia (loi islamique) dans les États du nord. On assiste d’ailleurs à une radicalisation de l’islam nigérian. Le pays concentre le plus grand nombre de mouvements islamistes de la région (six sont listés par les services de sécurité nigérians). Une estimation globale indique que les islamistes radicaux représenteraient environ 20 % de la population musulmane, estimée à 60 millions environ. Un des grands enjeux reste la bonne intégration du nord-Nigéria, qui voit à la fois progresser l’application de la charia et qui doit lutter contre le déclin économique.

Par ailleurs, les progrès dans l’éducation et la santé ont été mineurs ces dernières années, le pays s’est avéré incapable de résoudre le problème chronique de la pénurie d’électricité et de produits dérivés du pétrole. Le trafic de drogue, le crime, les pogroms interethniques, les affrontements armés de factions militaires, les agressions, les vols et piratages, les réactions immédiates de justice expéditives sont en recrudescence. L’agriculture est tombée en déliquescence et le pays est devenu un grand importateur de denrées alimentaires. L’éducation et les systèmes de santé se sont effondrés. Le développement humain reste très modeste (158ème pays sur 182 d’après l’Indice de Développement Humain 2009). L’économie du Nigéria est fortement dépendante de l’industrie pétrolière qui représente près de la moitié du PIB, 95 % des exportations et plus de 70 % des recettes budgétaires. Les potentialités économiques et le poids démographiques du pays tranchent avec son état général. Le Nigéria est un pays très corrompu (130ème place sur 180 pays selon Transparency International en 2009), l’économie informelle place le pays au troisième rang des pays africains pour l’importance de ce secteur (58 % du PIB global en 1999-2000) et les chiffres officiels ne donnent pas une idée réelle de la situation du pays.

Sur le plan extérieur

Dans la région, le Nigéria est doté d’un fort potentiel particulièrement au regard des facteurs traditionnels de la puissance (démographie, espace, dispositif militaire, ressources). Le pays est considéré comme un « poumon économique » en Afrique de l’Ouest : sa population représente 25 % de la population africaine et 65 % de celle de la CEDEAO, ses exportations de produits manufacturés et son économie informelle (vente de produits pétroliers de la contrebande dans la région) sont importantes. Les Nigérians sont presque vingt fois plus nombreux que les Béninois et les Tchadiens (sept et huit millions d’habitants respectivement), plus de dix fois plus nombreux que les Nigériens (11 millions) et huit fois plus que les Camerounais (16 millions). Plus grand, plus riche le Nigéria a tendance à « aspirer » ses voisins.

En tant que puissance régionale, le Nigéria aspire à devenir le leader des pays qui l’entourent. Cependant, son inscription dans le monde anglophone l’isole des pays francophones voisins. Il se veut africain mais sa participation à l’OPEP renforce les liens de ses musulmans avec le Moyen-Orient ou le Maghreb.Le géant régional contribue à promouvoir la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) basée à Abuja et l’ECOMOG (Economic Community of West States Cease-fire Monitoring Group, ou Brigade de surveillance du cessez-le-feu aussi appelé « Casques blancs »), le bras armé de la CEDEAO où les contingents nigérians sont les plus nombreux. Du coup l’Ecomog apparaît comme un instrument de la politique extérieure du Nigéria, l’ancien secrétaire général de l’ONU l’a reconnu : « La contribution du Nigéria à l’Ecomog est si importante que si elle devait décliner, c’est la viabilité militaire de l’organisation qui serait menacée ».

Cependant, les interventions nigérianes ne sont pas toujours exemplaires. En 2000, un rapport au conseil de sécurité de l’ONU rédigé par le major général Vijay Jetley, commandant de la Minusil (Mission des Nations Unies en Sierra-Leone), dénonçait la collusion entre le général nigérian de l’Ecomog et les rebelles du Front uni révolutionnaire : « L’armée nigériane voulait rester en Sierra-Leone, en raison des bénéfices substantiels qu’elle tirait du commerce illicite de diamants ».

La contribution du Nigéria au maintien de la paix en Afrique de l’Ouest et sur le continent n’est reste pas moins indéniable et le pays souhaiterait être récompensé de son investissement en obtenant un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Le 5 janvier, il a obtenu une place de membre non permanent avec la Bosnie-Herzégovine, le Brésil, le Gabon et le Liban. Le nombre de missions onusiennes auxquelles les soldats nigérians ont participé (même en dehors du continent) est un argument de poids. En 2009, 5827  soldats et policier Nigérians participaient à des missions de l’ONU ou de l’UA (dont 3861 au Soudan) sur le continent africain.

Au-delà du cadre régional, le pays a multiplié les initiatives en matière de résolution des conflits. Des réunions de médiations ou de facilitations ont été organisées à Abuja notamment pour le Soudan, la République Démocratique du Congo (RDC), le Zimbabwe, le Togo et dernièrement la Côte d’Ivoire, bien que le Nigéria ne fût pas le seul acteur ni le plus influent. De plus, en 2003 le rayonnement du pays a été renforcé avec la tenue des jeux africains et l’organisation du 17ème Sommet des pays du Commonwealth en présence de la reine Elisabeth II ainsi qu’en décembre 2006 avec la Conférence de l’OPEP.

Cette position de leader régional s’est plus imposée au Nigéria qu’il ne l’a imposé à ses voisins plus faibles et plus petits. En effet, aucun autre pays environnant ne pouvait disputer au Nigéria ce statut. Bien que dans le contexte de la mise en place des Forces Africaines en Attente (FAA) c’est-à-dire des brigades régionales déployables en 14 jours par rotation, le Sénégal s’avère être un deuxième pilier en Afrique de l’Ouest. Le Nigéria semble plus empêtré dans ses problèmes internes et pas vraiment intéressé par cette affaire.

Le Nigéria possède beaucoup des atouts traditionnels de la puissance – espace, population, richesses naturelles et même, depuis la hausse du prix du pétrole, argent. Il lui manque, naturellement, les atouts nouveaux – technologie en particulier. Mais il lui manque surtout ce qui, aujourd’hui comme hier, constitue le fondement essentiel de la puissance : la cohésion nationale, ce que Zaki Laïdi nomme la capacité de l’État à « faire sens ».

Source : http://www.alliancegeostrategique.org/2010/01/27/le-nigeria-au-bord-de-l%e2%80%99implosion%c2%a0/

Propagande et désinformation à l’israélienne (II)

26 jan

par Alain Gresh

Dans un précédent envoi, le 13 janvier, j’avais commencé l’analyse d’un document publié par The Israel Project, une officine défendant l’Etat d’Israël. Ce texte d’une centaine de pages, qui ne devait pas être rendu public, avait été dévoilé au mois de juillet dernier par Douglas Bloomfield, un ancien et important responsable du lobby pro-israélien AIPAC, dans un article du New Jersey Jewish News, sous le titre « Change the policy or change the subject ? ». Cet article fut suivi par un autre, écrit par Chris McGreal pour le quotidien britannique The Guardian (23 août 2009), sous le titre « Pro-Israel groups accuse Obama of promoting “ethnic cleansing” ». Selon le journaliste, dans le document mentionné, The Israel Project affirmait que le démantèlement des colonies israéliennes équivalait à un nettoyage ethnique et mettait en cause la sécurité d’Israël.

A la suite d’un coup de fil demandant des précisions, Jennifer Laszlo Mizrahi, fondatrice et présidente de The Israel Project, nous a transmis cette précision :

« La version de ce guide qui circulait sur le Web était une version préliminaire et elle contenait des choses que nous avons retirées. Par exemple, dans l’ébauche, nous avons utilisé les mots “nettoyage ethnique” : une grosse erreur qui a été retirée. Mais l’ancienne version de ce guide a été mise en ligne : nous avons donc envoyé une explication et des excuses aux journalistes qui nous ont interrogés à ce sujet. »

Elle m’a aussi envoyé une mise au point allant dans le même sens qu’elle avait fait parvenir au Guardian et que ce quotidien avait reproduite le 26 août sous le titre « No ethnic cleansing ».

J’ai ensuite demandé à Mme Mizrahi de m’envoyer la version définitive du texte. Elle m’a expliqué que ce document n’était pas important, qu’elle ne s’en servait pas, qu’elle ne l’avait pas regardé depuis plusieurs mois, etc.

J’en ai conclu que, bien que The Israel Project ait fait son autocritique sur la question du « nettoyage ethnique », ce texte restait significatif de ce que son organisation faisait, et j’en poursuis donc l’analyse. D’autant que Jennifer Mizrahi écrivait en introduction du texte dont elle prétend aujourd’hui qu’elle ne le lit plus :

« Au nom de notre conseil et de l’équipe, nous vous proposons ce guide destiné aux leaders visionnaires qui sont sur les lignes de front de la guerre médiatique pour Israël. Nous voulons que vous réussissiez à gagner les cœurs et les esprits du public. Nous savons que, en réussissant votre mission, vous contribuez à la fois à aider Israël et notre famille juive mondiale. Ainsi, nous vous offrons ces mots avec nos vœux les plus sincères pour votre succès. Puissent vos paroles aider à apporter la paix et la sécurité à Israël et au peuple juif ! »

Il faut dire aussi un mot de l’auteur de ce texte, Frank Luntz, un homme lié à la droite américaine, commentateur sur la chaîne de télévision Fox et dont on trouvera une intéressante biographie sur Wikipedia. Il a notamment joué un rôle actif auprès du président Bush dans la campagne pour minimiser les risques liés au changement climatique.

Le chapitre III du document explique comment il faut parler du « self government » des Palestiniens, alors que la majorité des Américains et des Européens soutiennent l’idée de deux Etats vivant côte à côte. Le manuel propose de ne pas aller ouvertement contre cette conviction, mais de dire que la paix doit venir avant la définition des frontières :

« “La paix avant les frontières politiques” met en place la dynamique parfaite pour vous. Ce slogan met en avant la nécessité d’arrêter les roquettes, arrêter les bombardements, et de créer un cessez-le-feu, tout en minimisant subtilement l’importance de d’une solution à deux Etats en l’appelant “les frontières politiques”. Le slogan de la paix est toujours plus fort que celui de la politique dans l’esprit de l’élite. Toujours. »

Plus loin, l’auteur demande de souligner que la lutte est « une lutte idéologique, pas une lutte pour la terre, une lutte contre le terrorisme, pas une lutte pour les territoires. C’est pourquoi vous devez éviter d’utiliser les arguments religieux d’Israël pour la terre pour justifier le refus d’abandonner la terre. De telles affirmations font apparaître Israël comme extrémiste aux yeux de gens qui ne sont pas des croyants chrétiens ou juifs. »

Il faut aussi apparaître comme « pro-palestinien » (sic), parce que c’est ce que la gauche européenne ou américaine veut entendre. Mais un danger surgit du fait que l’opinion américaine commence à faire la différence entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. « C’est une évolution très inquiétante parce que cela peut l’amener à excuser ou à écarter le terrorisme et la culture de la haine propagée par l’Autorité palestinienne elle-même. » Quoi qu’il en soit, conclut ce chapitre, apparaître comme soutenant les Palestiniens est la manière la plus crédible de défendre Israël…

(La suite dans un prochain envoi, si j’ai le courage de continuer…)

Source : http://blog.mondediplo.net/2010-01-26-Propagande-et-desinformation-a-l-israelienne-II

Le monopole des concessions pétrolières d’Arabie Saoudite accordé aux USA

25 jan

Un pôle de stabilité dans un environnement régional dégradé

A. Le maintien d’une relation spéciale avec les Etats-Unis

La relation saoudo-américaine est ancienne et profonde. Elle repose sur une alliance de raison entre le besoin de sécurité du Royaume face à ses voisins et le souci américain de la stabilité du premier producteur mondial de pétrole. Scellée le 14 février 1945 entre le roi Abdelaziz et le président Roosevelt à bord du USS Quincy, sur le canal de Suez, cette relation s’est renforcée durant la période de guerre froide.

Dans une région alors souvent tentée par l’alliance avec l’Union soviétique, l’Arabie saoudite a représenté un rempart à l’expansion de l’influence soviétique dans la région et même au delà, par la combinaison d’une idéologie puissante et de moyens financiers importants.

Avec la fin de la guerre froide, les inconvénients de cette alliance sont apparus plus nettement. En novembre 1995 et juin 1996, deux attentats ont visé les forces américaines, témoignant du ressentiment de certaines franges de la population à l’égard de cette présence militaire étrangère.

Depuis la fin des années 1990, les Etats Unis ont pour leur part procédé à un vaste redéploiement de leurs troupes vers les Etats du pourtour de la péninsule arabique, en renforçant leur présence au Qatar, aux Émirats arabes unis, ainsi qu’à Bahreïn.

En janvier 2002, le retrait des 5000 militaires américains stationnés en Arabie depuis la première guerre du Golfe a été annoncé. Un tel retrait avait déjà eu lieu au début des années 1960, lorsque les Américains avaient quitté la base de Dahran, dans l’est du pays.

S’il peut témoigner d’un « rafraîchissement » des relations, ce redéploiement permet aussi de ménager la position du régime saoudien face à une opinion publique largement anti-américaine. De façon symétrique, l’opinion américaine est devenue foncièrement hostile à l’Arabie saoudite depuis le 11 septembre 2001. La crise a atteint son paroxysme avec la plainte déposée par les familles de victimes contre les autorités saoudiennes.

Cette dégradation des relations a encouragé les Saoudiens à diversifier leurs partenaires extérieurs. De même entendent-ils réorienter la destination de leurs étudiants envoyés à l’étranger, jusqu’alors essentiellement présents dans les universités américaines.

Lors des entretiens de la délégation, la position américaine sur le conflit israélo-palestinien a souvent été tenue pour première cause de la dégradation de la relation saoudo-américaine mais celle-ci ne se dément pas, chacun des deux partenaires étant irremplaçable pour l’autre.

L’importance des intérêts financiers mutuels, l’aspect stratégique de la coopération énergétique et le réalisme diplomatique du Royaume conduisent finalement à de réelles convergences. 25 000 américains vivent en Arabie et les Etats Unis restent le premier investisseur étranger. La lutte contre le terrorisme a aussi constitué un véritable test pour la relation bilatérale.

B. Un engagement résolu dans la lutte contre le terrorisme

Au cours de l’année 2003, les autorités saoudiennes ont multiplié les opérations contre les cellules islamistes radicales. Ces opérations ont conduit à de nombreuses arrestations dont celle de 16 des 26 terroristes les plus recherchés du Royaume et à une centaine de morts dans les rangs islamistes.

Le contrôle financier et policier des organisations caritatives a été renforcé.

En février 2005, le Royaume a organisé une conférence internationale sur la lutte contre le terrorisme, affichant son engagement à l’échelle internationale.

C. Une puissance régionale attachée au réglement des conflits

1. Des relations normalisées avec les Etats de la région L’Arabie a longtemps eu des différends frontaliers avec la quasi-totalité de ses voisins. Ces relations sont désormais apaisées, les frontières avec le Qatar, le Koweït et le Yémen ayant fait l’objet d’accords bilatéraux.

Les relations du Royaume avec l’Iran sont fortes ; les deux Etats sont liés depuis 2001 par un traité de sécurité et un accord commercial. Le développement des relations a d’ailleurs largement contribué à l’apaisement et à l’amélioration du sort de la communauté chiite.

Aujourd’hui c’est davantage la situation chaotique de l’Iraq, avec lequel l’Arabie partage plus de 800 kilomètres de frontière, qui constitue un véritable souci de sécurité.

2. Les difficultés de l’intégration régionale Créé en 1981, le Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe8(*) (CCEAG) constitue une union douanière depuis le 1er janvier 2003 mais prépare l’union monétaire dans un contexte difficile. Les craintes partagées à l’égard de l’Iran et de l’Iraq, qui fondaient la cohésion originelle du Conseil, ont disparu sans laisser place à d’autres facteurs fédérateurs.

Sur le plan politique, l’intégration régionale a souffert du déséquilibre entre le poids prépondérant d’un grand pays -l’Arabie-, par rapport à ses voisins et de différends frontaliers entre les Etats de la péninsule. Ces différends sont désormais réglés mais d’importantes différences d’appréciation subsistent, notamment avec le Qatar qui a fait le choix d’une normalisation progressive de ses relations avec l’Etat d’Israël.

De tous les Etats du CCEAG, l’Arabie saoudite est le seul à ne pas être membre de l’OMC. Les échanges intra-régionaux restent faibles en raison de la complémentarité réduite des économies du Golfe.

Les Etats du Golfe développent leurs relations commerciales bilatérales avec les Etats-Unis, à l’instar de Bahreïn, déjà signataire d’un accord de libre échange, du Koweït et des Emirats arabes unis qui ont engagé des négociations.

Un accord de libre-échange est en cours de négociations 1991 entre le CCEAG et l’Union européenne, que la signature d’accords bilatéraux avec les Etats Unis pourrait remettre en cause. Les membres du Maglis Al shura craignent que ces accords bilatéraux ne conduisent à la disparition du CCEAG et au délitement de la solidarité économique des Etats de la péninsule.

Le projet de réforme de la Ligue arabe proposé en 2004 à Tunis par l’Arabie pour reprendre l’initiative face aux propositions américaines de Grand Moyen-Orient, n’a pas connu de suite.

3. Une position convergente avec la France sur les conflits de la région Interrogés sur les questions régionales, les interlocuteurs de la délégation ont avant tout manifesté le souci prioritaire de la stabilité. Partisans d’une ligne réaliste, ils ont fait part de leur attachement à un règlement du conflit israélo-palestinien, ferment d’instabilité.

Comme pour d’autres Etats de la région, le conflit israélo-palestinien représente aussi une question de politique intérieure pour l’Arabie saoudite.

La seconde Intifada et la dégradation très rapide de la situation dans les territoires palestiniens qui ont suivi l’échec des négociations de Camp David à l’été 2000 ont conduit le prince héritier Abdallah à formuler des propositions, reprises par le sommet de la Ligue arabe lors du sommet de Beyrouth en mars 2002, et renouvelées lors du sommet d’Alger de mars 2005. Le plan repose sur un retrait d’Israël des territoires occupés en contrepartie d’une normalisation de ses relations avec les Etats arabes.

La question israélo-palestinienne, instrumentalisée par les mouvements islamistes, alimente les difficultés du régime face à son opinion publique dans sa relation avec les Etats-Unis.

Sur l’Iraq, les autorités saoudiennes font preuve de réserve et de pragmatisme. Restée à l’écart des opérations militaires, menées depuis le Qatar, l’Arabie saoudite affirme aujourd’hui son attachement à la stabilité du pays et au respect des droits de la minorité sunnite.

Les interlocuteurs de la délégation ont soutenu la mise en oeuvre de la résolution 1546 et la constitution du gouvernement iraquien, tout en faisant part de leur inquiétude et de leur pessimisme quant à l’évolution de la situation sécuritaire.

Sur le dossier libanais, les autorités saoudiennes ont exprimé le même souci de stabilité, s’interrogeant sur la capacité des autorités libanaises à la maintenir après le retrait syrien, considérant qu’aucune stabilité politique n’est possible sans sécurité.

Le Prince Abdallah a joué un rôle de médiation avec le président syrien Al Assad en faveur du retrait des troupes syriennes du Liban, tout en ménageant les positions syriennes.

Les interlocuteurs de la délégation au Maglis Al Shura ont critiqué le confessionnalisme qui régit la vie politique libanaise, considéré comme contraire au concept moderne de l’évolution politique et estimant qu’il convenait de « transférer le sentiment national de la religion à la patrie ».

D. Un rôle modérateur sur le marché des hydrocarbures

1. Un producteur irremplaçable L’Arabie détient 25 % des réserves mondiales de pétrole avec 260 milliards de barils et assure 12 % de la production mondiale avec des coûts de production remarquablement faibles, de l’ordre de 2 dollars le baril. Premier exportateur mondial, elle produit environ 8 millions de barils par jour, avec une capacité supplémentaire de 2 millions de barils. Elle occupe par ailleurs le quatrième rang mondial pour les réserves de gaz.

2. Un rôle modérateur Au sein de l’OPEP, le Royaume a toujours privilégié une stratégie à long terme de maintien de prix modérés pour préserver une croissance mondiale consommatrice d’hydrocarbures et décourager le développement d’énergies alternatives, tout en poursuivant l’objectif d’un niveau de revenus satisfaisant.

Le Royaume s’est substitué à plusieurs reprises à des producteurs défaillants (Irak ou Vénézuela) tout en contribuant largement au redressement des cours du pétrole en plaidant pour le respect des quotas au sein de l’OPEP

Les cours actuels peuvent aussi rentabiliser des investissements très lourds permettant d’augmenter la capacité de production. L’Arabie saoudite a récemment porté sa capacité à 11 millions de barils/jour et souhaite maintenir une capacité de production inutilisée de 1 à 2 millions de barils/jour, pour assurer un rôle de régulateur. L’Arabie a l’intention de porter cette capacité à 12,5 millions d’ici à 2009. Elle est d’ailleurs le seul producteur à disposer de cette marge de manoeuvre, déterminante pour la stabilité des cours et la sécurité des approvisionnements, alors que l’Irak peine à reprendre son rang parmi les pays producteurs.

http://www.senat.fr/rap/r04-270/r04…

* 8 Le CCEAG comprend six pays : l’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, Bahreïn, Oman et le Qatar.

source : http://www.geopolintel.fr/article200.html

Le monde en 2020 : réveil du dragon, déclin de l’aigle

25 jan

par Michael T. Klare

La première décennie du siècle a vu se dérouler des transformations majeures dans l’équilibre du monde. Les mouvements tectoniques que nous ressentons tous augurent-ils d’un basculement définitif du centre de gravité global durant la décennie qui vient ? Michael T. Klare tente de répondre à cette question en analysant les développements prévisibles de l’affaiblissement des USA et de la montée en puissance de la Chine, que rien ne semble devoir ralentir.

Tom Dispatch

Alors que débute la deuxième décennie du XXIème siècle, nous nous trouvons à l’un de ces moments, assez rares dans l’histoire, où des passations majeures de pouvoir deviennent visibles aux yeux de tous. Si la première décennie du siècle a vu des changements profonds, le monde de 2009 ressemblait tout au moins un peu à celui de 1999 sur certains points essentiels : les États-Unis sont restés la puissance militaire mondiale suprême, le dollar la monnaie dominante dans le monde, et l’OTAN la première alliance militaire, pour n’en citer que trois.

Toutefois, à la fin de la deuxième décennie, notre monde aura sans doute un aspect vraiment différent. Les transformations considérables dans les rapports de puissance dans le monde et le changement de régime impérial qui se dessinent aujourd’hui seront beaucoup plus prononcés en 2020, lorsque de nouveaux acteurs, de nouvelles tendances, de nouvelles préoccupations et de nouvelles institutions domineront l’espace global. Ces transformations sont la norme dans l’histoire, quelle que puisse être l’intensité dramatique avec laquelle nous les percevons.

Ce qui est moins habituel – et représente l’inconnue de cette deuxième décennie (et au delà) – c’est l’intervention de la planète elle-même. Les perturbations et contrecoups, qui relèvent aujourd’hui de phénomènes politique, auront en 2020 une composante naturelle. La nature est prête à riposter de manière imprévisible, et les effets pourraient être très déconcertants et peut-être même dévastateurs.

Quelles seront donc les caractéristiques dominantes de la deuxième décennie du vingt et unième siècle ? Se livrer à des prévisions de ce genre présente bien sûr un risque inhérent élevé, mais l’extrapolation des tendances actuelles permet de dégager quatre points clés pour cette deuxième décennie : la montée en puissance de la Chine, le (relatif) déclin des Etats-Unis, le développement du rôle des pays du Sud et, enfin – peut-être le plus spectaculaire – l’impact d’un environnement de plus en plus turbulent et la raréfaction croissante des ressources.

Commençons par les facteurs historiques humains et nous aborderons ensuite l’inconnue qu’est l’avenir de la planète elle même.

Le réveil du Dragon

Que la Chine soit devenue une puissance mondiale n’est plus sujet à discussion. La nouvelle puissance acquise par ce pays était perceptible au sommet sur le climat de Copenhague en décembre, lorsqu’il est devenu clair qu’aucun progrès significatif n’était possible sur la question du réchauffement de la planète sans l’assentiment de Pékin. Son importance croissante est également manifeste dans la façon dont elle a réagi à la grande récession, en déversant des milliards de dollars dans des projets de relance économique intérieure, évitant ainsi un ralentissement important de son économie. Elle a également dépensé plusieurs dizaines de milliards pour les matières premières et dans de nouveaux investissements en Afrique, en Amérique latine et Asie du Sud, aidant ainsi au redémarrage économique de ces régions.

Si la Chine est un géant économique aujourd’hui, elle sera une locomotive en 2020. Selon le Département de l’Energie américain (DoE), le produit intérieur brut de ce pays (PIB) passera d’un montant estimatif de 3 300 milliards de dollars en 2010 à 7 100 milliards de dollars en 2020 (en dollars constants de 2005). Son économie aura alors dépassé toutes les autres, en dehors des États-Unis. En fait, son PIB devrait alors dépasser celui de tous les pays d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient réunis. Durant cette décennie, la Chine devrait constamment s’élever sur l’échelle du progrès technologique, fabricant des produits toujours plus sophistiqués, y compris dans les énergies vertes et les systèmes innovants de transport qui seront essentiels dans les futures économies post-carbone. Ces avancées lui procureront un poids croissant dans les affaires internationales.

La Chine va surement utiliser également sa richesse croissante et ses prouesses technologiques afin d’accroître sa puissance militaire. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), la Chine a déjà le deuxième plus gros budget militaire, bien que les 85 milliards de dollars qu’elle a consacré à ses forces armées en 2008 pèsent peu à côté des 607 milliards de dollars alloués par les États-Unis. En outre, ses forces restent techniquement frustes et ses armements ne sont au niveau des équipements modernes des États-Unis du japon et des européens. Toutefois, cet écart se comblera de façon significative durant cette deuxième décennie, lorsque la Chine affectera plus de ressources à sa modernisation militaire.

La question cruciale est celle-ci : comment la Chine utilisera-t-elle ce pouvoir accru pour atteindre ses objectifs ?

Jusqu’à présent, les dirigeants chinois ont exercé cette force grandissante avec prudence, en évitant les comportements qui suscitent peur et la méfiance de la part de leurs voisins et partenaires économiques. Ils ont privilégié l’emploi du pouvoir de l’argent et du « soft power » – la diplomatie vigoureuse, l’aide au développement, et les liens culturels – pour cultiver les relations avec leurs amis et alliés. Mais la Chine va-t-elle continuer à poursuivre cette approche « harmonieuse », non menaçante, lorsqu’auront diminué les risques inhérents à la poursuite d’une politique vigoureuse de défense de ses intérêts nationaux ? Cela semble peu probable.

Une Chine plus affirmée, laissant percevoir ce que le Washington Post qualifie d’ « arrogance » était déjà évidente dans les derniers mois de 2009, lors des réunions au sommet entre les présidents Barack Obama et Hu Jintao à Pékin et Copenhague. Dans les deux cas, la partie chinoise n’a pas recherché un résultat « harmonieux » : à Pékin, l’accès d’Obama à la presse a été restreint et Hu Jintao a refusé de céder du terrain sur le Tibet ou sur des sanctions plus sévères contre l’Iran, qui est un partenaire commercial majeur en matière d’énergie ; à un moment crucial à Copenhague, la Chine a chargé des fonctionnaires subalternes de négocier avec Obama – une évidente indélicatesse – et contraint à un compromis qui épargne à la Chine des limitations contraignantes sur les émissions de carbone.

Si ces sommets fournissent une indication, les dirigeants chinois sont prêts à jouer de la diplomatie de la manière forte, en insistant sur le respect de leurs exigences fondamentales et en concédant peu, même sur des questions d’importance secondaire. La Chine sera de plus en plus capable d’agir de cette façon parce que le sort économique de nombreux pays est désormais lié à ses modes de consommation et d’investissement – un rôle mondial central, auparavant joué par les Etats-Unis – et parce que sa taille et son emplacement lui offrent une position dominante dans la région la plus dynamique de la planète. En outre, durant la première décennie de ce siècle, les dirigeants chinois se sont avérés particulièrement aptes à entretenir des liens avec les dirigeants des grands et petits pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine qui joueront un rôle toujours plus important en matière d’énergie et dans les affaires du monde.

À quelles fins la Chine utilisera-t-elle son pouvoir grandissant ? Pour les hauts dirigeants de Pékin, trois objectifs seront sans aucun doute primordiaux : assurer la continuation du monopole politique du Parti communiste chinois (PCC), soutenir le rythme rapide de croissance économique qui justifie sa position dominante, et rétablir la grandeur historique du pays. Ces trois objectifs sont en fait liés : Le PCC ne restera au pouvoir, estiment ses hauts dirigeants, que tant qu’il orchestrera la poursuite de la croissance économique et satisfera les aspirations nationalistes de l’opinion et du haut commandement de l’Armée de Libération du Peuple. Tout ce que Pékin entreprend, au plan national et international, est adapté à ces objectifs. Lorsque le pays deviendra plus fort, il utilisera ses pouvoirs accrus pour façonner l’environnement mondial à son avantage, tout comme les États-Unis l’ont fait pendant si longtemps. Dans le cas de la Chine, cela signifie un monde largement ouvert aux importations de produits chinois et aux investissements qui permettent aux entreprises chinoises de s’approprier les ressources mondiales, tout en tablant de moins en moins sur le dollar US comme monnaie d’échange international.

Une question reste sans réponse : La Chine commencera-t-elle à utiliser sa puissance militaire grandissante ? Pékin le fera sans doute, tout au moins de manière indirecte. En fournissant des armes et des conseillers militaires à son réseau croissant d’alliés à l’étranger, la Chine mettra en place une présence militaire dans des régions de plus en plus nombreuses. Je soupçonne que la Chine va continuer d’éviter le recours à la force dans toute situation qui pourrait mener à une confrontation avec les grandes puissances occidentales, mais elle pourrait ne pas hésiter à engager son armée dans tout affrontement de volontés nationales impliquant les pays voisins. Une telle situation pourrait survenir, par exemple, au sujet d’un différend maritime pour le contrôle des eaux riches en énergie de la mer de Chine du Sud, ou bien en Asie centrale, si l’une des anciennes républiques soviétiques devenait un havre pour les militants ouïghours cherchant à affaiblir le contrôle de la Chine sur la province du Xinjiang.

L’Aigle atterrit

Tout comme la montée de la Chine est aujourd’hui un fait acquis, le déclin des États-Unis l’est également. On a beaucoup écrit sur la perte inévitable de la primauté de l’Amérique alors que le pays subit les conséquences de sa mauvaise gestion économique et de son impérialisme trop étendu. Cette vision a été développée dans « Tendances Mondiales 2025 », une étude de prospective stratégique pour les prochaines décennies préparée pour la future administration Obama par le National Intelligence Council (NIC), filiale de la Central Intelligence Agency. « Bien que les États-Unis puissent rester l’acteur le plus puissant [en 2025], » le NIC y prévoyait que « la force relative des États-Unis – même dans le domaine militaire – va diminuer et l’influence des USA sera plus limitée. »

Catastrophe imprévue mise à part, les USA ne devraient toutefois pas s’être appauvris en 2020 ou avoir pris du retard technologique. En fait, selon la prévision la plus récente du Département de l’Energie, le PIB des USA en 2020 sera d’environ 17 500 milliards de dollars (en dollars de 2005), en augmentation de près d’un tiers par rapport à aujourd’hui. En outre, certaines des initiatives déjà lancées par le président Obama pour stimuler le développement des énergies nouvelles devraient commencer à porter leurs fruits, procurant sans doute aux États-Unis un avantage dans certaines technologies vertes. Notons aussi que les États-Unis demeureront la première puissance militaire du globe, la Chine se situant loin derrière, et aucun autre rival potentiel ne sera capable de mobiliser des forces – ne serait-ce qu’au même niveau que la Chine – pour contester la suprématie militaire des États-Unis.

Ce qui changera, ce sera la position de l’Amérique par rapport à la Chine et aux autres nations – et donc, bien sûr, sa capacité à dominer l’économie mondiale et l’agenda politique mondial. Toujours à partir des projections du DoE, on constate qu’en 2005, le PIB américain, d’une valeur de 12 400 milliards de dollars, surpasse celui de toutes les nations d’Asie et d’Amérique du Sud réunies, y compris le Brésil, la Chine, l’Inde et le Japon. En 2020, le PIB combiné de l’Asie et l’Amérique du Sud sera d’environ 40% supérieur à celui des États-Unis, et il croîtra à un rythme beaucoup plus rapide. D’ici là, les États-Unis se seront bien plus endettés envers les pays étrangers les plus solvables, notamment la Chine, pour trouver les fonds nécessaires pour financer les déficits budgétaires persistants causés par les guerres en Irak et en Afghanistan, le budget du Pentagone, le plan de relance fédéral, et l’absorption des « actifs toxiques » des banques et des entreprises en difficulté.

On peut s’attendre à ce que dans une économie mondiale de plus en plus concurrentielle, où les entreprises américaines voient se réduire leurs avantages, les perspectives pour les Américains ordinaires seront nettement plus sombres. Certains secteurs de l’économie et certaines régions du pays vont certainement continuer à prospérer, mais d’autres vont subir le sort de Detroit, devenant sinistrées économiquement et subissant un appauvrissement général. Pour de nombreux Américains – peut-être la plupart – le monde de 2020, pourrait encore procurer un niveau de vie bien supérieur à celui dont bénéficie une grande partie de la planète, mais les avantages que la plupart des membres de la classe moyenne considéraient comme acquis – l’accès à l’université, des soins médicaux relativement accessibles et abordables , les repas au restaurant, les voyages à l’étranger – seront beaucoup moins aisés à se procurer.

L’avantage militaire américain sera lui aussi bien plus remis en cause. Le coût colossal des désastreuses guerres en Irak et en Afghanistan limitera la capacité de déployer d’importantes opérations militaires à l’étranger. Il faut se souvenir que dans la première décennie de ce siècle, une proportion importante des équipements et des armements de l’Armée et du Corps des Marines a été endommagée ou détruite dans ces guerres, et que les unités de combat elles-mêmes ont été durement éprouvées par de multiples tours de service. La réparation de ces dommages nécessitera au moins une décennie de calme relatif, qui n’est nulle part en vue.

Les contraintes croissantes pesant sur la puissance américaine ont été récemment reconnues par le président Obama dans un cadre insolite, lors de son discours à West Point annonçant un renforcement des troupes en Afghanistan. Loin de proposer une expression triomphaliste de la puissance américaine et de sa prééminence, comme dans les discours du président Bush sur la guerre en Irak, il s’agissait d’un aveu implicite de déclin. Faisant allusion à l’arrogance de son prédécesseur, M. Obama a souligné que « nous avons échoué à faire la relation entre notre sécurité nationale et notre économie. Dans le sillage de la crise économique, de trop nombreux voisins et amis sont au chômage et luttent pour payer les factures …. Dans le même temps, la concurrence dans l’économie mondiale est devenue plus féroce. Donc, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’ignorer le prix de ces guerres. »

Beaucoup ont choisi d’interpréter la décision d’Obama d’envoyer de renforts en Afghanistan comme un nouvel exemple, typique du 20ème siècle, de la propension de l’Amérique à intervenir n’importe où sur la planète à tout moment. Je la vois plutôt comme une mesure temporaire destinée à empêcher l’effondrement total d’une entreprise militaire mal conçue à une époque où les États-Unis sont de plus en plus obligés de compter sur les moyens non militaires que sont la persuasion et la coopération avec les alliés, quels que soient leur caractère. Le Président Obama a déclaré : « il va falloir être agile et précis dans notre utilisation de la puissance militaire …. Et nous ne pouvons pas compter sur la seule force militaire. » Cela sera de plus en plus souvent le mot d’ordre de planification stratégique qui régira l’aigle américain sur le déclin.

A suivre

Michael T. Klare enseigne au Hampshire College. Il est l’auteur de : Rising Powers, Shrinking Planet : The New Geopolitics of Energy

Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2967

Loin de la burqa, la finance islamique arrive pour sauver le soldat France…

25 jan

par Chaker Nouri

Tout  ce qui touche à la charia fait polémique, sauf peut-être  la finance islamique qui pourrait bien aider à remplir les caisses françaises.

1 000 milliards de dollars en 2010, c’est l’encours prévu par les économistes pour la finance islamique. Un chiffre en constante progression depuis de nombreuses années. De 2003 à 2007, il a enregistré une hausse de 15 %. Des résultats qui peuvent surprendre dans un contexte mondial où la finance est tellement décriée depuis la crise des subprimes. Si ce n’est que la finance islamique se base sur des règles éthiques et religieuses : interdiction des intérêts, de l’incertitude et de la spéculation, partage des profits. Ce qui fait dire à certain que ce concept inhérent au Coran est une des solutions pour moraliser la finance conventionnelle. Mais derrière ce vœu pieux, il y a surtout une volonté d’attirer les pétrodollars, et parmi ces nouveaux partisans de la charia, la France n’est pas en reste.

Le porte-drapeau de cette nouvelle cause n’est ni plus ni moins notre ministre de l’Économie, Christine Lagarde, qui lors d’un colloque en 2009 a annoncé que « les banques qui souhaiteraient réaliser des opérations conformes aux dispositions de la charia, le territoire français est évidemment prêt à les accueillir… Considérez le territoire français comme une terre d’accueil ». Terre d’accueil, qui pour l’instant est plutôt la City de Londres, et ce depuis une dizaine d’années. La France déroule donc le tapis rouge pour rattraper son retard. Il faut dire que l’enjeu est de taille : 120 milliards d’euros à l’horizon 2020. Une véritable bouffée d’oxygène pour l’état des finances publiques. Aujourd’hui, seuls les investisseurs institutionnels profitent de ce nouveau concept, dans l’Hexagone, par l’intermédiaire de fonds d’investissement « islamo-compatibles ». Les particuliers devront patienter encore un peu. En attendant, certains s’impatientent, et pas seulement les personnes de confession musulmane.

Comme Charles Garreau, 54 ans, entrepreneur qui voit d’un bon œil l’arrivée de la finance islamique, « Contrairement à ce que l’on croit, dit-il, ce n’est pas une finance éthique. Le principe fondateur de la finance islamique, c’est le partage des risques. En clair, un investisseur qui investit dans une boîte, prend autant de risque que le porteur de projet, contrairement au système classique. » Un concept beaucoup plus sain que la finance conventionnelle, selon lui : « Vous contractez un prêt auprès de votre banquier afin de financer votre activité commerciale. Si votre boîte par la suite fait faillite, vous serez toujours redevable. Or, en théorie, votre banque est un partenaire pour le pire et le meilleur… surtout pour le meilleur en l’occurrence ».

Cet aspect participatif intéresse aussi les primo-accédants, « J’ai vécu de nombreuses années à Dubaï, raconte Xavier Ducros, 38 ans, trader. J’ai  travaillé sur la finance islamique, où, l’accession à la propriété est le fruit d’un partenariat entre la banque et le client. La banque achète le bien, le revend au client, avec une plus-value. On détermine une durée de remboursement sur plusieurs années. Le client détiendra la pleine propriété uniquement lorsque la somme totale sera remboursée. Pendant ce temps, le bien sera en copropriété. » Un mécanisme qu’il souhaite utiliser pour l’acquisition de sa résidence principale : « Si aujourd’hui j’achète un appartement, je devrais passer par la finance classique. Ce qui, pour ma part, représente trop de risque. Car, la banque me prête sans tenir compte de la suite des événements. Or, dans la finance islamique, en tant que copropriétaires, nous sommes solidaires. Un peu comme dans un mariage ou un pacs ».

De toute évidence, l’argent halal a le vent poupe. Deux universités en France, Strasbourg et Dauphine, enseignent les us et coutumes de cette finance si particulière. Hervé de Charrette, ancien ministre des Affaires étrangères, court les médias afin de promouvoir ce concept, et les banques françaises pressent le gouvernement d’agir au plus vite pour mettre en conformité la législation française et la charia… Une fois n’est pas coutume un sujet issu de l’islam semble recueillir l’unanimité.

Source : http://fr.biz.yahoo.com/14012010/395/loin-de-la-burqua-la-finance-islamique-arrive-pour-sauver.html

Craintes d’une « Irakisation » de l’Arabie

25 jan

par Habib Trabelsi

L’offense faite par un prédicateur saoudien au grand dignitaire chiite irakien, l’Ayatollah Ali Sistani, a provoqué une vague de protestations, notamment en Iran et en Irak, mais aussi la crainte d’une montée en puissance des tensions interconfessionnelles en Arabie saoudite où de nombreux intellectuels agitent l’épouvantail d’une «Irakisation» du royaume, dominé  par les sunnites qui s’inspirent du wahhabisme, une doctrine rigoriste de l’islam.

Le prédicateur, Mohammed Al-Arifi, avait qualifié M. Sistani  d’«hérétique » et de «dépravé», lors de la prière du vendredi, début janvier à Ryad. L’outrage a été vigoureusement dénoncé de la province orientale du royaume, à majorité chiite, jusqu’au Liban, en passant par l’Iran et l’Irak.

Le Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki s’en est même pris à l’establishment religieux saoudien alors que le président irakien, Jalal Talabani, a demandé au roi Abdallah ben Abdel Aziz, le chantre du dialogue interreligieux, d’intervenir auprès de ses oulémas pour les «mettre en garde contre les dangers des appels à la sédition et de l’incitation à la haine».

Un autodafé virtuel

Cette levée de boucliers n’a toutefois pas mis fin à l’animosité des fondamentalistes sunnites et à leurs attaques virulentes contre le Grand Ayatollah, via internet.

Ainsi, «Loujainiyat», un site saoudien anti-chiite, a mis en ligne le 15 janvier une vidéo intitulée «toute la vérité sur Sistani», du Prophète Mahomet, ainsi que leur guerre contre les sunnites.

L’enregistrement, de 10:53, évoque «un plan sur 50 ans visant à exporter la Révolution (iranienne), à déstabiliser les gouvernements des pays habités par des chiites et à semer la sédition dans les pays sunnites».

«Ce film, le plus largement répandu, dénonce les visées iraniennes dans la région», souligne «Loujainiyat».

Et l’Ayatollah Sistani, «cet Iranien qui habite à Najaf», est accusé de tous les maux, en particulier d’«avoir soutenu l’invasion américaine de l’Irak»  et «l’incitation au génocide des sunnites» dans ce pays.

Le procès s’achève sur un fond de brasier: des flammes géantes enveloppent une photo du haut dignitaire, à la barbe blanche et au turban noir, qui disparait dans un nuage de fumées.

Le « suppôt de Sistani »

Le chef religieux chiite saoudien, cheikh Hassan Al-Saffar, pourtant considéré comme un modéré, n’a pas été épargné par les fondamentalistes qui l’accusent sur «Loujainiyat», et sur «Al-Saha» d’ «allégeance à l’Iran».

Un ouléma, cheikh Abderrahman ben Mohamed Al-Harfi, l’accuse même d’«être l’un des agents de Sistani, auquel il est inféodé et obéissant et dont il tire sa légitimité et son statut social, en contrepartie de millions de riyals par an».

Cheikh Saffar avait vivement condamné les propos de cheikh Arifi, et estimé que «le moment est venu de poser le problème de la discrimination sectaire dans le royaume“, dans une conférence dans la province de Qatif.

Dans son prèche du vendredi, cheikh Arifi avait également appelé à la démolition des églises dans les pays musulmans et s’en était pris aux chiites saoudiens, estimant que «n’eût été la vigilance des services de sécurité, les Saoudiens en auraenit vu de toutes les couleurs».

Le Conseiller au Diwan (Palais royal saoudien), cheikh Abdel Mohsen Obeikan, devait intervenir, via la chaine de télévision satellitaire Al-Arabiya, basée à Dubai et contrôlée par des capitaux saoudiens, pour préciser que «les propos de Arifi ne représentent pas l’opinion du gouvernement» saoudien.

« Dialogue national » compromis

En réponse à cheikh Arifi, un religieux chiite saoudien, Sayed Mounir Al-Khabbaz,  a néanmoins menacé de boycottage des rencontres sur le «Dialogue national», instaurées depuis 2003 et auxquelles participent diverses personnalités, y compris des figures de la communauté chiite.

Dans un communiqué sur son site électronique, il a posé comme condition «la promulgation d’une loi punissant ceux qui menacent l’unité nationale».

La «Loi Fondamentale», instituée en 1992 par le roi Fahd, interdit le sectarisme et stipule l’égalité des citoyens en droits et en devoirs.

Mais les chiites saoudiens — qui représentent environ 10% de la population autochtone, estimée à quelque 20 millions d’habitants — affirment souffrir de discriminations, en particulier l’interdiction d’accès aux postes politiques clés, aux postes militaires, diplomatiques et de sécurité, ainsi que d’exercer leurs rites religieux et leurs activités culturelles.

Le gouvernement saoudien assure toutefois que les chiites jouissent de tous leurs droits.

Pour ne pas jeter de l’huile sur le feu, les autorités locales à Jizane (sud-ouest) ont annulé, mi-janvier, un colloque sur les croyances des chiites, auquel avait appelé un organisme dépendant du ministère des Affaires religieuses et dont le thème avait suscité une vague de protestations sur des sites internet.

Gare au confessionnalisme politique !

Autre geste de bonne volonté: plusieurs écrivains et journalistes sont partis en guerre contre le sectarisme qui, selon eux, risque de plonger le royaume dans un cycle de violences confessionnelles, à l’instar de l’Irak, qu’ils citent à l’envi.

«Nous vivons aujourd’hui dans une atmosphère empoisonnée de sectarisme»,  écrivait le 17 janvier Turki Al-Dakhil dans le quotidien Al-Watan.

«Si nous cédons devant le confessionnalisme rampant, qui est attisé par des forces régionales qui se nourrissent essentiellement du racisme, de l’ethnocentrisme et du sectarisme, si nous ne prenons pas conscience de l’ampleur de la catastrophe, si les sages parmi les deux communautés n’interviennent pas pour éteindre ce feu, notre patrie, cette tente qui nous abrite tous,  s’embrasera de la même ampleur que l’embrasement en Irak ! », écrivait-il sous le titre éloquent « les chiites aussi sont saoudiens !».

Le même jour, son confrère Ali Saad Al-Moussa écrivait dans Al-Watan, sous le titre «une analyse à froid des bombes incendiaires de Arifi», que « certains discours sont plus dangereux que les bombes » et que «la diffamation sectaire est un jeu avec le feu autrement plus dangereux».

«Est-ce que les discours politiques incendiaires ont pu mettre fin aux massacres quotidiens aveugles dans les rues de Bagdad ou d’Islamabad ? Est ce que ces discours ont rayé de l’existence une ethnie ou une communauté ? Notre objectif est-il que Bagdad ou Islamabad servent de modèles pour Riyad, Al-Ahsa, Abha ou à Médine ? “,  s’est-il interrogé.

Le ver est dans le fruit 

D’autres  écrivains ont imputé la responsabilité de la haine confessionnelle à des institutions officielles, notamment religieuses et éducationnelles.

«Les propos de cheikh Arifi sont révélateurs de l’inconscient collectif. N’est-ce pas la conséquence  naturelle d’une superstructure socio-politique dominante, enracinée et véhiculée par des institutions gouvernementales, comme l’enseignement ou la justice ? Ces propos ne sont-ils pas l’expression sincère de l’idéologie adoptée par l’Etat ? », écrivait ainsi Nazir Majed dans un aticle fleuve publié par «Rasid», intitulé «Au-delà des propos de Arifi».

«Le takfir (le fait de jeter l’anathème sur un musulman et de le traiter de mécréant) prononcé par Arifi (contre Sistani) est en adéquation avec les propos de cheikh Lahidane qui avait promulgué une fatwa appelant au meurtre des propriétaires de chaînes de télévision satellitaires» qui, selon lui, «propagent la dépravation et la luxure», a estimé Nazir Majed.

Cheikh Saleh Lahidane, alors président du Haut Conseil de la Justice et membre du Comité des Grands oulémas, avait été limogé en février 2009 par le roi Abdallah, fermement engagé dans le dialogue interreligieux, dans le cadre d’un important remaniement de son gouvernement.

Et Majid de conclure que «même s’il existe une volonté politique sérieuse pour freiner les tendances takfiristes, elle demeurera incomplète et inefficace tant que le l’enseignement sectaire aura une place prépondérante dans les programmes et les établissements scolaires ».

Ahmed Chihab souligne quant à lui «la nécessité de propager la culture de la tolérance dans les salles de classe, les institutions religieuses et civiques et dans les médias officiels».

«Ces médias semblent emprunter une voie sectaire, dans la mesure où ils s’intéressent à une seule école de jurisprudence et font fi des autres», a-t-il déploré dans un article publé par le site «Awan».

En avril dernier, le ministre de l’Intérieur et homme fort du régime, le prince Nayef ben Abdel Aziz, avait évoqué «la solidité et la profondeur des relations entre la direction et les citoyens, indépendamment de leurs confessions» religieuses, soit sept, dont  quatre écoles sunnites (hanbalite, malékite, hanéfite, chafiite) et  trois chiites (chiisme duodécimal, Ismaïlisme et Zaydisme).
 
En mars, le ministre avait averti qu’ «en aucun cas il ne sera permis de contrevenir au sunnisme salafiste», en appelant les citoyens des autres confessions, en particulier les chiites, à respecter le wahhabisme.

Source : http://www.saudiwave.com/index.php?option=com_content&view=article&id=5142:craintes-dune-l-irakisation-r-de-larabie&catid=40:politique-interieure&Itemid=67

Opérations conjointes de la CIA et de l’ISI en AfPak

23 jan

Afghanistan-Pakistan, les fronts de l’insurrection (Cecile Marin – Les blogs du Diplo)

Des informations fournies par des officiers de l’ISI et de l’OTAN confirment l’existence d’opérations terrestres américaines au Pakistan, ainsi que d’opérations conjointes CIA-ISI.

Selon un ancien officier de l’OTAN, les forces américaines auraient mené, entre 2003 et 2008, plusieurs incursions sur le territoire pakistanais depuis l’Afghanistan. Ces opérations auraient pour la plupart consisté en des raids héliportés de forces spéciales. L’une de ces incursions aurait eu pour but la récupération d’un drone Predator après son crash en territoire pakistanais, afin d’éviter sa capture par des insurgés ou par les forces régulières. Toujours selon cet officier, ces incursions auraient été menées sans que le Pentagone n’en ait avisé les autorités pakistanaises.

Un officiel de l’ISI a pour sa part affirmé que les militaires pakistanais sont particulièrement impliqués dans la lutte contre les talibans et contre Al-Qaïda, ajoutant que la CIA et l’ISI ont mené une soixantaine d’opérations conjointes sur le territoire pakistanais, principalement au Balouchistan. Ces opérations spéciales consistaient surtout en la capture et en l’élimination de commandants insurgés. Ces informations viennent confirmer les rumeurs d’incursions américaines en territoire pakistanais, où la CIA opère déjà officiellement depuis une base aérienne dans le cadre de ses opérations de reconnaissance et de bombardement par drones.

En Afghanistan, les forces spéciales américaines sont particulièrement actives, notamment dans le Sud et l’Est du pays, menant des opérations de mentoring et de renseignement, des éliminations ciblées et des négociations avec les forces tribales. Les opérateurs de la Delta Force et des Navy Seals appuient également les opérations de la CIA, qui déploierait plus de 700 de ses agents en AfPak. Le rôle de l’ISI et des militaires pakistanais dans la lutte contre les insurgés demeure toutefois très critiqué, entre coopération active avec les forces américaines et opposition molle contre certains groupes terroristes.

Le ministre américain de la défense Robert Gates, a annoncé cette semaine lors d’une visite au Pakistan que les Etats-Unis étudient la possibilité de fournir douze drones de reconnaissance Shadow aux forces pakistanaises, suite aux demandes insistantes du gouvernement pakistanais. Robert Gates a également confirmé la présence d’employés de Xe/Blackwater au Pakistan, dans le cadre de contrats signés avec le Pentagone.

Source : http://zonedinteret.blogspot.com/2010/01/operations-conjointes-de-la-cia-et-de.html

Naomi Klein met en garde contre l’application d’un “capitalisme du désastre” à Haïti

22 jan

par Antonin Sabot

Naomi Klein

Alors que les secours peinent toujours à se mettre en place en Haïti et que la population éprouve des difficultés à trouver de quoi se nourrir et boire, les pays qui lui viennent en aide parlent déjà de la reconstruction. Devant l’ampleur de la catastrophe, la tâche s’annonce énorme. Leonel Fernandez, président de la République dominicaine, estime que 10 milliards de dollars devront être débloqués pour permettre au pays de se reconstruire. Un travail qui, selon l’ambassadeur haïtien en Espagne, pourrait demander jusqu’à 25 ans.

Au concert de bonnes volontés qui demandent l’annulation de la dette du pays ou l’augmentation des aides, viennent s’ajouter certaines qui disent voir dans la catastrophe des “opportunités pour les Etats-Unis”. Des voix, comme celle du think-tank conservateur américain Heritage Foundation, que la journaliste Naomi Klein accuse vouloir profiter de la catastrophe. Dans son dernier ouvrage, La Théorie du choc, elle explique comment certains groupes de pression “profitent des crises comme prétexte pour imposer les politiques qu’ils ne peuvent pas mettre en place dans des conditions de stabilité” : “Durant les périodes de crises extrêmes, les peuples sont assez désespérés pour recevoir une aide humanitaire de toute nature, toute forme de financement, et ils ne se trouvent pas dans une position favorable pour négocier les conditions de cette aide.”

Sur son site et lors d’une intervention dans le programme télévisé Democracy Now!, d’Amy Goodman, Naomi Klein redoute que ce qu’elle nomme le “capitalisme du désastre” ne vienne s’appliquer en Haïti (voir la vidéo). Elle dénonce par exemple la posture de la Heritage Foundation qui, parmi les “opportunités” présentées par la crise haïtienne, avance “l’amélioration de l’image des Etats-Unis dans la région” et présente comme une nécessité de renforcer les capacités des gardes-côtes pour empêcher les Haïtiens de prendre la mer en direction des Etats-Unis.

Dans le même ordre d’idée, l’International Peace Operations Association (un groupement d’entreprises privées spécialisées dans l’aide en cas de catastrophe) propose d’ores et déjà ses services pour reconstruire Haïti. Services déjà à l’œuvre en Irak et en Afghanistan, dont ceux de l’entreprise Triple Canopy, organe de sécurité privé, successeur de Blackwater en Irak.

voir la vidéo : http://i3.democracynow.org/2010/1/14/naomi_klein_issues_haiti_disaster_capitalism (en anglais)

Source : http://news.blog.lemonde.fr/2010/01/21/naomi-klein-met-en-garde-contre-lapplication-dun-capitalisme-du-desastre-a-haiti/

Haïti : Naomi Klein, les arrêter avant qu’ils imposent le ’choc’ encore une fois

Une intervention de Naomi Klein jeudi 14 janvier, dans le programme d’Amy Goodman de Democracy Now !, sur les événements d’Haïti et sur ceux qui tirent déjà profit de cette tragédie.

Amy Goodman : Retournons à Naomi Klein. Son commentaire sur ce qui se passe actuellement en Haïti et qui en profite déjà.

Naomi Klein : Comme je l’ai écrit dans “The Shock Doctrine” (“La doctrine du choc“), ils profitent des crises comme prétexte pour imposer les politiques qu’ils ne peuvent pas mettre en place dans des conditions de stabilité. Durant les périodes de crises extrêmes, les peuples sont assez désespérés pour recevoir une aide humanitaire de toute nature, toute forme de financement, et ils ne se trouvent pas dans une position favorable pour négocier les conditions de cette aide.

Je veux juste faire une petite pause pour lire un document extraordinaire. Je viens juste de le publier sur mon site web [NDT :naomiklein.org]. Le titre est “Haïti : les arrêter avant qu’ils imposent le ’choc’ encore une fois“. L’information dont je parle étaient présente il y a encore quelques heures sur le site de l’Heritage Foundation (l’un “think-tank” de l’élite de la classe dominante américaine qui formule les politiques et les idéologies mises en application par les gouvernements US).

Au milieu de la souffrance, la crise en Haïti offre des opportunités aux États-Unis. En plus de fournir une aide humanitaire immédiate, la réponse des États-Unis face au tragique tremblement de terre donne l’occasion, en plus d’améliorer l’image des États-Unis dans cette région, de restructurer le gouvernement et l’économie d’Haïti qui sont en dysfonctionnement depuis un certain temps“. Et le document continue…

Maintenant, je ne sais pas si les choses sont entrain de s’améliorer ou non, parce que ça a demandé 13 jours à l’Heritage Foundation pour sortir 32 propositions néolibérales pour l’ouragan Katrina. Nous avons publié également ce document là sur notre site web. Leurs propositions pour les victimes de la Nouvelle-Orléans étaient d’arrêter les projets de logements publics, de transformer la côte du Golfe du Mexique en une zone franche et de se débarrasser du droit du travail qui oblige les entrepreneurs à payer un salaire minimum à leurs employées. Super, alors cela leur a pris 13 jours avant qu’ils ne fassent cela dans le cas de Katrina. Pour le cas d’Haïti il n’ont même pas attendu 24 heures.

Maintenant, pourquoi je dis que ’je ne sais pas s’ils améliorent les choses’ parce il y a deux heures ils ont enlevé ce document de leur site web. Alors quelqu’un a dû leur dire que ça n’était pas correct. Alors ils ont mis un document beaucoup plus sensible. Heureusement, les journalistes de Democracy Now ! ont réussi à découvrir le précédent document dans le cache de Google. Mais ce que vous trouverez maintenant est beaucoup plus doux “Ce dont il faut tenir compte pendant que nous aidons Haïti” ["Things to Remember While Helping Haiti"]. Et plus bas, il est dit “Pour la démocratie haïtienne et son économie les réformes sur le long terme sont aussi très en retard“.

Mais le point important est que nous devons nous assurer que l’aide qui va en Haïti est un don, pas un prêt. C’est absolument crucial. C’est un pays qui est déjà lourdement endetté. C’est un désastre qui, comme le disait Amy, d’un côté est naturel, le tremblement de terre, et d’un autre côté créé, accentué par la pauvreté dans laquelle nos gouvernements ont aidé Haïti à plonger. Les crises, les catastrophes naturelles sont pires dans les pays comme Haïti, par exemple, parce qu’il y a une forte érosion du sol parce que la pauvreté pousse les gens à construire de manière très, très précaire, alors les maisons glissent parce qu’elles sont construites dans des endroits où elles ne devraient pas. Tout ceci est interconnecté. Mais il doit être absolument clair que cette tragédie, qui est en partie naturelle, en partie non-naturelle, ne doit, sous aucune circonstance, être utilisé, un, pour endetter Haïti et deux, pour pousser les intérêts de nos compagnies au travers de politiques corporatistes impopulaires. Et ceci n’est pas une théorie de la conspiration. Ils font cela encore et encore.

Source : http://www.primitivi.org/spip.php?article198

Le régime d’Hugo Chávez accuse les Etats-Unis d’avoir causé le séisme à Haïti

22 jan
Le 18 janvier dernier, la télévision d’Etat vénézuélienne ViVe a mis en ligne sur son site internet un texte affirmant que le séisme à Haïti était « le résultat d’un test de la Marine étatsunienne ». C’est « un tremblement de terre expérimental des Etats-Unis » qui aurait ravagé la petite république caribéenne, cible d’une arme secrète connue sous le nom de « projet HAARP ».

Selon ViVe, le séisme qui a eu lieu en Chine, dans la région du Sichuan, le 12 mai 2008, aurait également eu pour origine un test militaire du projet HAARP. De même qu’un autre « test qui s’est déroulé dans le Pacifique la semaine dernière et qui a provoqué un séisme de magnitude 6,5 [sur l’échelle de Richter] en Californie, sans faire de morts, à la différence de la tragédie haïtienne ». Ces tests n’auraient d’autre but final que « de détruire l’Iran avec une série de tremblements de terre destinés à renverser le régime islamique »…

Les sources de ViVe ? Un rapport « établi par la Flotte russe du Nord », laquelle « contrôle les activités navales des Etats-Unis dans les Caraïbes depuis 2008, lorsque Washington a rétabli la IVème Flotte qui avait été dissoute en 1950 et que la Russie a commencé ses premiers exercices dans la zone depuis la Guerre Froide ». Selon la chaîne pro-gouvernementale, « il est plus que probable que les Etats-Unis soient au courant des dégâts qu’ils provoquent parce qu’ils avaient envoyé à Haïti le général P. K. Keen [le n° 2 de l’US Southern Command – NDLR], afin de superviser les efforts de secours si nécessaire ».

Les cinq lettres de l’acronyme HAARP signifient High Frequency Active Auroral Research Project. Il s’agit d’un programme américain de recherche scientifique sur la ionosphère, basé en Alaska et lancé en 1990. Depuis lors, le HAARP, souvent présenté comme une « arme de destruction massive », est l’objet de toutes les spéculations et de tous les fantasmes complotistes. Il serait notamment capable de modifier le climat et d’influencer les comportements humains.

Sur le site du ministère vénézuélien de la communication et de l’information (dont dépend directement la chaîne de télévision ViVe), on trouve ainsi un texte présentant le projet HAARP comme « faisant partie de l’arsenal militaire du Nouvel Ordre Mondial ». Son auteur ? Michel Chossudovsky, animateur du site conspirationniste Mondialisation.ca.

La théorie du complot sur le séisme à Haïti a été développée dès le 14 janvier (48 heures après l’événement) par un internaute répondant au pseudonyme de “Sorcha Faal” (selon certains, il s’agirait d’un dénommé David Booth) sur son site internet. HAARP est également accusé d’être à l’origine du cyclone Nargis qui a frappé la Birmanie le 2 mai 2008 ou du tsunami du 26 décembre 2004. La théorie du complot selon laquelle les Etats-Unis étaient derrière le raz-de-marée qui a dévasté l’Asie du Sud-Est avait notamment été répandue par le journaliste conspirationniste australien Joe Vialls (un collaborateur du Réseau Voltaire) et par l’astrophysicien et ufologue Jean-Pierre Petit .

Comme le note Marion Solletty (Slate.fr), « le séisme qui s’est produit à Haïti (…) n’a rien d’étonnant pour les experts. La zone de Port-au-Prince, plus particulièrement au niveau de la ville de Leogane, est [en effet] traversée en surface par une immense fissure, la faille d’Enriquillo, qui va de la République dominicaine à la Jamaique ». La journaliste rappelle aussi qu’« Haïti est connue pour avoir une sismologie très importante. Sept tremblements de terre d’une magnitude similaire se sont produits dans cette zone durant les deux derniers siècles, comme en 1701 ou en 1784 ».

Selon Audrey Fournier (Le Monde.fr), « la volonté d’Hugo Chavez de contester le leadership américain dans la gestion de la crise, en allant jusqu’à l’accuser d’être responsable de la catastrophe, s’inscrit dans une tentative de longue haleine du Venezuela d’étendre son influence sur la région Caraïbe ».

Source : http://www.conspiracywatch.info/Le-regime-d-Hugo-Chavez-accuse-les-Etats-Unis-d-avoir-cause-le-seisme-a-Haiti_a477.html

Haïti : nouveau délire du “Monde” contre Chavez

par Thierry Deronne

Audrey Fournier (du “Monde”) a publié hier un billet intitulé : Haiti et ses “amis” vénézuélien et cubain.

Selon elle “Hugo Chavez affirme que les États-Unis ont provoqué le séisme“.

Or le président vénézuélien n’a jamais prononcé ces propos.

À aucun moment Audrey Fournier n’a cherché à vérifier à la source.

Ce faux lui permet de nous expliquer que “La volonté d’Hugo Chavez de contester le leadership américain dans la gestion de la crise, en allant jusqu’à l’accuser d’être responsable de la catastrophe, s’inscrit dans une tentative de longue haleine du Venezuela d’étendre son influence sur la région Caraïbe.”

Mensonge d’autant plus obscène (il a également circulé dans les colonnes de ABC (quotidien de droite espagnol) ou dans une news de “Russia Today”) que le Vénézuéla n’a pas attendu les tremblements de terre pour découvrir le peuple haïtien, poussant un certain Bill Clinton à saluer il y a quelques mois son aide désintéressée.

Arrivées très rapidement sur les lieux avec des tonnes de matériel aéroporté et une brigade formée par la nombreuse communauté haïtienne de Caracas, les équipes mixtes de médecins et secouristes haïtiens et vénézuéliens travaillent elles aussi à sauver des vies.

Pendant ce temps les États-Unis installent sur place une base militaire de plus qui n’a bien entendu aucun lien avec le coup d’État au Honduras, ni avec les sept bases US en Colombie, ni avec les prochaines élections en Haïti, ni avec l’avancée des forces de changement au Venezuela et dans le reste de l’Amérique Latine.

Avec la nouvelle génération de “petits soldats” formatés par les “bonnes écoles de journalisme”, la reléve de Jean-Pierre Langellier et de Bertrand de la Grange est en tout cas assurée au Monde, au-delà de toutes les espérances.

Exemples récents de “l’information” du “Monde” sur le Vénézuéla :

- 01.09.2009. Mr. Langelier prend un aller simple pour le pays des soviets.

- 12.10.2009. Chantal Rayes piégée à Sao Paulo.

- 19.01.2010. Jean-Pierre Langellier procède à une nouvelle dévaluation du journalisme.

Source : http://www.legrandsoir.info/Haiti-nouveau-delire-du-Monde-contre-Chavez.html

Le mythe de la fin du pétrole (+ vidéo)

22 jan

Opinion d’Evrard Lancrey

Depuis longtemps on nous affirme que le pétrole va manquer. Déjà en 1913 le Bureau des mines aux Usa affirmait qu’il n’y en avait plus que pour 40 ans de réserves. En 1972, le Club de Rome publie “Les limites de la croissance“, estimant que les réserves seraient épuisées à la fin des années 1990. Aujourd’hui certains affirment que les réserves de pétrole sont épuisées, d’autres affirment que ces réserves s’épuiseront d’ici quelques années.

La quantité de pétrole disponible ne dépend que de la technologie utilisée et donc du prix auquel on peut le payer car le pétrole n’est pas un liquide stocké dans un réservoir dont on connaît la quantité exacte et qu’on peut pomper jusqu’à la dernière goutte. Les meilleurs pétroles sont très légers et jaillissent sous pression du sous sol, mais la plupart sont pâteux, mélangés à du sable ou imbibés dans des roches poreuses, plus ou moins profond dans le sous sol ou sous les océans.

On ne connaît pas toutes les réserves existantes puisque tout le sous sol de la planète n’a pas été exploré. On ne connait bien que les deux premiers kilomètres du sous sol et que sur les terres émergées, alors qu’on peut trouver du pétrole jusqu’à cinq kilomètres de profondeur. On connaît mal le sous sol du plancher océanique, situé à plusieurs milliers de mètres sous l’eau. Depuis qu’on exploite le pétrole on améliore les techniques de prospection avec l’analyse sismique en 3 dimensions. Ces techniques nouvelles et très onéreuses permettent de sonder plus profondément les sous sols et trouver de nouvelles poches sur les champs déjà exploités. On a amélioré les techniques d’extraction par exemple lorsque le pétrole est trop épais, ou trop dispersé dans le sous sol, on arrive à l’extraire en injectant de l’eau chaude, des solvants ou du gaz sous pression. Avec des forages obliques, horizontaux, multidirectionnels, on peut atteindre des poches de pétrole dans des endroits qui étaient inaccessibles ou qui demandaient un forage supplémentaire et élevaient les coûts de production.

Ces techniques inconnues il y a quelques années augmentent la quantité de pétrole disponible. Grâce à ces nouvelles techniques on sait exploiter les pétroles dits “non conventionnels“. Les pétroles conventionnels sont liquides, alors que les pétroles non conventionnels sont mélangé à du sable ou des roches. Pour les extraire, il faut enlever la couche supérieure du sol pour atteindre la couche pétrolifère, puis avec d’énormes pelleteuses il faut extraire le sable ou les roches, les concasser et enfin il faut les chauffer pour en récupérer le pétrole.

L’extraction de ces pétrole coûte plus cher, mais les prix diminuent régulièrement. Cette exploitation est très polluante a déjà détruit d’immenses étendues au Canada. Cependant les producteurs se sont engagés à régénérer les sites dégradés pour que la nature reprenne sa place. De plus de nouvelles techniques permettent maintenant d’exploiter ces zones sans creuser le sol, en chauffant les couches pétrolifères pour liquéfier le bitume, puis le récupérer en le pompant.

Les réserves de pétroles non conventionnels sont gigantesques. Il y a plus de 2000 milliards de barils rien qu’en Amérique du Nord, qu’il faut ajouter aux gisements du Venezuela, du Brésil, du Golfe de Guinée, ceux de Russie et de Chine qui sont immenses et peu connus. Sans oublier les réserves possibles dans l’Arctique et en Antarctique. Ces réserves se rajoutant à celles déjà exploitées aujourd’hui assurent qu’on aura du pétrole au moins jusqu’à la fin de ce siècle. Plusieurs experts prévoient que la production de pétrole atteindra un maximum, : le fameux pic pétrolier, puis diminuera définitivement. Signant ainsi le début d’une crise économique mondiale par manque de pétrole.

L’erreur de cette théorie est que la quantité de pétrole produite diminuera non pas parce que les réserves s’épuisent, mais parce qu’on utilisera d’autres sources d’énergie. “Nous n’avons pas arrêté d’utiliser les pierres pour fabriquer des outils car il n’y avait plus de pierres, mais parce qu’on a découvert les métaux“. Cheikh Yamani, ministre du pétrole en Arabie et fondateur de l’Opep.

Le charbon

Parc à charbon en Provence

Le charbon est déjà beaucoup utilisé dans les centrales à combustion pour produire de l’électricité. Mais on sait aussi transformer le charbon en carburant. Inventé en 1780, le procédé Fischer Tropsch permet d’obtenir un carburant synthétique d’excellente qualité, sa combustion émet peu de particules polluantes. Cette technique est déjà largement utilisée par l’entreprise Sasol en Afrique du Sud. Le charbon est très bien réparti sur la planète puisque c’est dans les pays qui consomment le plus d’énergie qu’on en trouve le plus et dans des zones politiquement moins sensibles. Les réserves de charbon sont immenses et augmentent régulièrement. Il y aurait près de 240 ans de réserves, sans doute beaucoup plus parce qu’on a arrêté les recherches depuis l’utilisation massive du pétrole.

Le gaz naturel

Le gaz naturel n’est pas cher et pour les mêmes raisons que le charbon, les réserves estimées aujourd’hui à

100 ans augmentent régulièrement. Il y aurait d’énormes dépôts de méthane entre 90 et 200 km sous terre, mais nous n’avons pas encore la technologie pour les extraire. On envisage d’exploiter les hydrates de méthane : c’est du gaz méthane emprisonné dans de la glace, dans le sous sol ou profond sous les océans. Les réserves sont colossales, plus du double de l’ensemble pétrole, charbon, gaz, et assureraient plusieurs centaines d’années d’énergie, mais l’exploitation de ce gaz est encore très difficile.

Les biocarburants

L’usage des huiles végétales comme carburant pourrait devenir aussi important que le pétrole ou le charbon aujourd’hui“. Rudoph Diesel, 1912. Depuis longtemps on a cultivé et amélioré les plantes pour l’alimentation, pour le bois de chauffe, pour les outils, pourquoi on n’améliorerait pas des plantes qui produisent des carburants ? Il y a quatre sortes de biocarburants : les produits végétaux mis à fermenter puis distillés pour obtenir de l’éthanol. Les produits végétaux mis à fermenter pour récupérer le gaz méthane et les graines produisant de l’huile utilisable dans un moteur diesel. Le principal problème avec ces biocarburants est qu’ils proviennent de produits destinés à notre consommation. Les agriculteurs préfèrent vendre leur récolte aux producteurs qui l’achète plus cher, diminuant d’autant les ressources alimentaires de certaines populations. L’autre problème est la destruction des forêts primaires pour les remplacer par ces agro carburants. Une révolution est en cours avec les carburants produits à partir de microalques. Ils assurent des rendements déjà 120 fois supérieurs aux rendements des agrocarburants traditionnels. Ces micro algues fournissent de l’huile pour les moteurs diesels, ils peuvent aussi produire du gaz, du plastique, des chimiques, de la nourriture ou du pétrole. Les microalgues ont d’énormes avantages : elles n’entrent pas en compétition avec les cultures alimentaires, il n’y a pas besoin de détruire les forêts pour les cultiver, on peut les nourrir avec les eaux usées des villes, on peut obtenir plusieurs récoltes par an.

production mondiale d'éthanol et de biodiesel

L’hydrogène

L’hydrogène n’est pas une source d’énergie comme le pétrole, c’est un transporteur d’énergie. Puisqu’on ne trouve pas d’hydrogène dans la nature on doit le produire en faisant passer un courant électrique dans de l’eau très pure. Ainsi lorsqu’on utilise l’hydrogène dans un moteur, on ne fait que récupérer une partie de l’énergie fournie pour le produire : le rendement est donc fortement négatif. L’hydrogène est très difficile à transporter et son stockage est difficile puisqu’on doit le compresser à 700 bars à une température de -250°, ce qui demande aussi beaucoup d’énergie. En comparaison, un pneu de voiture est gonflé à 2 bars et un congélateur domestique descend à -15°. Il faut fabriquer des réservoirs très résistants car ce gaz oxyde rapidement les métaux et s’évapore très facilement. Les infrastructures nécessaires à la distribution de l’hydrogène sont complexes car ce gaz très volatile s’enflamme facilement. On ne pourrait pas livrer de l’hydrogène aux stations services comme on livre de l’essence. La fabrication de véhicules à hydrogène est beaucoup plus complexe et donc beaucoup plus chère. Il y a encore beaucoup de défis à relever pour que l’hydrogène devienne un carburant pour les véhicules. Pour la même distance il faut un volume beaucoup plus élevé d’hydrogène que de carburant classique. Pour des raisons de sécurité il faut nécessairement un réservoir cylindrique qu’il est difficile de placer dans un véhicule. Il y a bien les véhicules fonctionnant avec une pile à hydrogène, mais c’est une technologie très chère, il faut utiliser des électrodes en métal précieux, platine ou palladium.

Les énergies renouvelables

Le vent, le soleil, la géothermie, les rivières et fleuves, les marées, les courants marins. Ces énergies représentent moins de 1% de la production mondiale. Leur rendement est faible. Elles restent très chères. Trop dépendantes des conditions météo, ces énergies ne peuvent absolument pas répondre à une demande de façon régulière. Et elles ne sont pas utilisables pour les transports, ni pour alimenter un tgv ou des industries. Ce sont surtout des énergies de complément, idéales pour l’alimentation d’habitations ou de villages isolés.

L’énergie nucléaire

On ne peut pas dans un article aussi court développer tout ce concerne l’énergie nucléaire, cependant on peut énoncer quelques faits au sujet de l’électronucléaire. Cette énergie est extrêmement puissante : 1 kg d’uranium enrichi produit autant d’énergie que 2000 kg de pétrole. Cette énergie se développera de plus en plus dans les années à venir : il y a déjà 434 centrales nucléaires en service, 33 en construction et 400 autres en projet. C’est le seul moyen pour alimenter des villes de plusieurs millions d’habitants. Les déchets les plus dangereux ne sont pas abandonnés, ils sont coulés dans une enceinte en verre, puis stockés dans des locaux en béton à plusieurs centaines de mètres sous terre dans des endroits ne présentant aucun risque sismique, aucune nappe phréatique. Même si suite à un bouleversement géologique de l’eau venait à pénétrer dans ces zones, elle devrait d’abord éroder l’enceinte en béton, puis l’enceinte en verre avant d’atteindre les parties irradiées. Cela prendrait tellement de temps que la radioactivité de des déchets serait devenue tout à fait négligeable. L’industrie nucléaire est celle qui tue le moins : en 60 ans d’exploitation, il n’y a eu que deux accidents graves : Three Miles Island et Tchernobyl tuant et blessant quelques milliers de personnes. C’est tragique, mais c’est insignifiant comparé aux millions de gens qui sont tués chaque année à cause des accidents de la route, de l’alcool ou du tabac.

le cycle du nucléaire

Comme on le voit nous ne manquerons ni de pétrole, ni d’énergie. Il ne faut pas écouter les prophètes de malheur nous annonçant une pétro-apocalypse, une crise mondiale à cause de l’épuisement des sources d’énergie. C’est notre travail qui transforme les ressources naturelles en bien économique. Ainsi la quantité de ressources disponibles n’est fonction que de notre connaissance et de notre travail qui n’ont aucune limite.

Source : http://www.toutsaufsarkozy.com/cc/article04/EkyuEEkEVVGTvxROiZ.shtml

Vidéo : Qu’est-ce que le pic pétrolier (Peak Oil) ?

« La seule certitude que nous avons aujourd’hui est que l’ère du pétrole bon marché est désormais révolue. »