Archive | novembre, 2009

Les minarets et les peurs suisses

30 nov

Par Henry Tincq

Les électeurs suisses ont sanctionné le symbole d’une volonté d’enracinement de l’islam dans le paysage européen.

Par une majorité de 57,5 % des votants, les électeurs suisses ont accepté, dimanche 29 novembre, d’introduire dans la Constitution fédérale un article visant à interdire la construction de minarets sur tout le territoire. Ainsi ont-ils approuvé une initiative populaire lancée par la seule Union Démocratique du Centre, parti d’extrême droite, souverainiste et populiste. Ce résultat dément tous les sondages des instituts, puisqu’on estimait que jamais la barre des 40% de «oui» ne serait atteinte. Le vote extrémiste avait été une fois de plus sous-estimé par les sondages. La participation s’est élevée à 53,4%, un taux plutôt élevé pour les votations suisses.

Ce scrutin faisait suite à des semaines de campagne agitée, où les arguments des partisans de l’initiative populaire reposaient sur un amalgame entre la construction de minarets, l’islam et l’extrémisme islamiste, et ceux des opposants qui rappelaient l’importance de la cohabitation pacifique des religions et la garantie de liberté confessionnelle donnée par la Constitution. La majorité des cantons alémaniques a dit «oui» à l’interdiction des minarets, à l’exception de Bâle-Ville (51,6% de «non»). En Suisse Romande, les cantons de Genève (avec la plus forte proportion de «non»: 59,7%), Vaud (53,1%) et Neuchâtel (50,8%) l’ont rejetée. En revanche, Fribourg, le Jura et le Valais l’ont acceptée.

On peut d’abord s’indigner devant le piège de cette démocratie directe à la suisse: 100.000 signatures de citoyens — pour une population de 7, 5 millions d’habitants — suffisent à déclencher une procédure de référendum par «oui» ou par «non», inadaptée  pour  trancher une question aussi complexe touchant aux minarets, c’est-à-dire à la visibilité de l’islam dans l’espace public. On s’étonne que les autorités fédérales suisses n’aient pas fait le nécessaire pour bloquer cette initiative dès le départ en la déclarant anticonstitutionnelle, parce que contraire à la garantie de la liberté religieuse. On aurait épargné à la Suisse le climat malsain et insidieux qui a présidé à cette campagne électorale.

Le principal sujet de stupéfaction, c’est bien la fin d’une tradition d’hospitalité qui, en Suisse désormais, s’arrête à l’islam. Tous ceux qui avaient milité contre ce projet — gouvernement (Conseil fédéral) et partis de gauche, Eglises, organisations de défense des droits de l’homme, etc — se disent aujourd’hui aussi surpris qu’horrifiés par le résultat du vote de dimanche. Pour eux, une telle interdiction de construction des minarets est discriminatoire. Elle menace la paix confessionnelle du pays et ne favorise pas du tout l’intégration des musulmans à la société suisse, par tradition multiculturelle.

Ce sont bien des peurs irrationnelles qui l’ont emporté. La Suisse ne compte que quatre minarets, dont aucun n’est utilisé pour l’appel public à la prière. La communauté musulmane en Suisse ne compte également que 400.000 membres. Essentiellement d’origine turque ou balkanique, cette minorité se distingue par sa modération et sa volonté de se fondre dans une société laïque. Mais la question du minaret est fortement symbolique: à tort ou à raison, elle représente une volonté d’enracinement durable dans le paysage européen et même d’influence et d’expansion.

Ce «non» aux minarets semble ainsi dépasser le vote traditionnel d’extrême droite. Il traverse toutes les catégories et représente un courant d’opinion qui dénonce, avec l’islam, un retour du religieux intolérant, notamment en matière des droits de la femme. Une opinion alimentée par les peurs que nourrissent les médias. Il y a fort à parier qu’une telle procédure référendaire sur un autre sujet également symbolique comme la burqa se solderait, en Suisse ou partout ailleurs en Europe, par un résultat identique.

La communauté musulmane est aujourd’hui sous le choc. Elle se dit stigmatisée par des messages démagogiques. Vivant à Genève, enseignant à Oxford, Tariq Ramadan a jugé «catastophique» le résultat de ce référendum, même s’il convient que les Suisses ont exprimé un «questionnement profond» sur la place de l’islam en Europe. Les réactions sont nombreuses dans les pays musulmans qui voient dans cette initiative suisse une «insulte» faite à l’islam, un signe de haine et d’intolérance pour la communauté musulmane.

Sans doute faut-il s’attendre à ce que le paragraphe introduit dimanche dans la Constitution suisse soit déféré à la Cour européenne des droits de l’homme. Mais les premières difficultés qui attendent le gouvernement helvétique sont d’ordre diplomatique: il va devoir calmer les inquiétudes des gouvernements et des milieux d’affaires des pays musulmans, avec lesquels la confédération entretient des rapports réguliers et traditionnellement bons.

L’Europe soutient la « régionalisation » de l’Afghanistan

29 nov

Par Ulrich Rippert

Les Etats-Unis et ses alliés planifient augmenter de façon importante le nombre de leurs soldats en Afghanistan. Dans une allocution télévisée qu’il donnera mardi prochain à l’école militaire de West Point, le président américain Barack Obama annoncera son intention d’augmenter le contingent de l’armée américaine en Afghanistan d’environ 30.000 soldats. Il y a actuellement 68.000 soldats américains dans ce pays.

Le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen cherche au même moment à ce que les pays européens déploient 10.000 soldats de plus en Afghanistan. Et tout laisse croire qu’on acquiescera à ses demandes. Malgré la croissance des tensions économiques et politiques entre les Etats-Unis et les puissances européennes, ces dernières appuient entièrement la guerre en Afghanistan. Ayant soutenu la guerre dès son commencement, les puissances européennes souffriraient autant que les Etats-Unis des conséquences d’une débâcle comme celle du Viet Nam.

Selon le nouveau secrétaire de la Défense allemand, Karl Theodor zu Guttenberg, les Etats-Unis et ses alliés sont condamnés « à réussir » en Afghanistan. Le déploiement est « le test déterminant, non seulement pour l’alliance transatlantique, mais pour tout l’Occident », a-t-il déclaré.

La décision du président Obama suit des disputes acerbes au sein des dirigeants américains et de l’OTAN. En plus d’une augmentation substantielle du nombre des troupes, le résultat en est une nouvelle stratégie dont les implications réelles sont masquées par le terme de « régionalisation ».

Durant sa première visite à Washington, Guttenberg a dit qu’il était nécessaire de mettre de côté « l’idée romantique de la démocratisation de tout un pays selon le modèle occidental » et qu’il fallait plutôt « céder le contrôle des provinces une à une aux forces de sécurité afghanes ».

Ces vues sont clairement partagées par le gouvernement américain et sont la conclusion des discussions ayant eu lieu au sein de l’administration américaine. Guttenberg, qui est ministre depuis quatre semaines seulement, a été reçu à bras ouverts à Washington. Il a depuis cultivé des rapports transatlantiques étroits avec des politiciens influents comme le secrétaire à la Défense Robert Gates, le sénateur John McCain et l’adjoint au secrétaire d’Etat Jim Steinberg. Gates a décrit son collègue plus jeune comme « une autorité respectée » en matière de politique sécuritaire et comme un « grand ami » des Etats-Unis. Le président du centre d’expertise sur la politique étrangère Center for Strategic and International Studies, John Hamre, a dit de Guttenberg que c’était « le politicien d’Allemagne et probablement d’Europe qui a été le plus souvent invité à Washington ».

A Washington, Guttenberg a fait part du fait que le gouvernement allemand était prêt à s’impliquer davantage le long de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan et à prendre « une plus grande part du fardeau ». Officiellement, il n’y aura pas de décision avant la conférence internationale sur l’Afghanistan prévue en janvier, mais le secrétaire à la Défense allemand n’a pas laissé de doute sur le fait que son gouvernement soutiendra l’expansion prévue de la guerre.

La nouvelle stratégie de « régionalisation » de l’Afghanistan a pour but de diviser ce pays en cantons individuels, à la manière de ce qui a été fait au Liban et dans l’ancienne Yougoslavie. Jusqu’à ce jour, les occupants américains et de l’OTAN soutenaient le gouvernement de Hamid Karzaï et vendait la guerre à la population comme un processus de « démocratisation » du pays. Toutefois, les forces d’occupation, de plus en plus, se préparent à donner le pouvoir aux seigneurs de guerre régionaux et à leurs milices, avec l’hypothèse que de telles forces régionales suivront mieux les ordres de leurs maîtres impériaux. Aussitôt qu’il n’y aura plus de danger dans une province donnée, a déclaré Guttenberg, alors les troupes internationales devraient en être retirées.

Le Frankfurter Neue Presse a écrit sur la nouvelle stratégie en Afghanistan : « L’Afghanistan est une société tribale et clanique, dans laquelle les chefs de clan déterminent quels candidats présidentiels devraient être choisis par leurs sujets. Celui qui a le soutien d’un nombre suffisant de chefs de clan gagne l’élection. »Le quotidien cite ensuite le général britannique Paul Newton qui, d’une façon entièrement cynique, a résumé la nouvelle stratégie de guerre en déclarant qu’on doit se munir « de sacs d’or » pour acheter la collaboration des chefs régionaux.

Hamid Karzaï, la marionnette des forces d’occupation, n’a pu conserver le pouvoir qu’en achetant les bonnes grâces des plus importants chefs de clan régionaux. Alors que les forces de l’occupation appellent publiquement Karzaï à agir contre la corruption et le favoritisme, ils ont aujourd’hui adopté une stratégie visant à obtenir la collaboration des éléments les plus corrompus de l’Afghanistan.

Les talibans, qui ont joué jusqu’à ce jour le rôle crucial du vilain dans la propagande des Etats-Unis et de l’OTAN pour justifier la guerre, font aussi partie de ceux avec qui on désire augmenter la collaboration. Selon les journaux, le gouvernement américain autait déjà contacté des éléments talibans « modérés » en Afghanistan. Selon le magazine allemand Der Spiegel, le médiateur principal avec les talibans est la famille royale d’Arabie saoudite.

La nouvelle stratégie de guerre aura des conséquences catastrophiques pour la population de l’Afghanistan. L’augmentation du nombre de soldats mènera à une expansion du conflit et à un niveau plus élevé de victimes civiles. Le renforcement du statut de chef de clan et de seigneur de guerre régional va davantage paralyser le pays et le plonger dans un conflit au caractère encore plus civil et tribal.

La manipulation continuelle des conflits régionaux fait du pays, à long terme, un jouet pour les impérialistes. A sa propre manière présomptueuse, Guttenberg appelle cela une « structure de sécurité auto-suffisante ». En fait, c’est la plus vieille tactique dans le livre de la guerre néocoloniale : diviser pour régner.

La nature véritable de la guerre en Afghanistan devient de plus en plus évidente. Ce n’est pas la question de la démocratie, ni de la lutte contre les talibans ou al-Qaïda, dont les partisans en Afghanistan ne seraient qu’au nombre de quelques dizaines, qui est en jeu. C’est plutôt le contrôle impérialiste d’un pays qui, des décennies durant, a été d’une grande importance géopolitique pour sa position entre l’Iran et le sous-continent indien et les deux plus importantes régions productrices de pétrole au monde, le golfe Persique et l’Asie centrale.

La guerre n’est pas seulement faite contre le peuple afghan ; elle va à l’encontre de la volonté et, dans une large mesure, se décide à l’insu des populations américaine et européenne, qui rejettent en majorité la guerre.

 

Source : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=16319

L’Assemblée nationale, la burqa et les minarets suisses

29 nov

Par Alain Gresh

« Après les établissements scolaires, l’Assemblée nationale va-t-elle devenir le prochain lieu public d’où sera banni le voile islamique ? La question, ressentie comme une nouvelle stigmatisation de l’islam par la communauté musulmane, se pose après la demande de la députée (UMP) du Nord, Françoise Hostalier, de modifier le règlement de l’Assemblée nationale pour y interdire le port du voile.

Cette nouvelle polémique a surgi après la visite, le 12 novembre, dans les tribunes de l’Assemblée nationale, d’une classe d’un lycée de Garges-lès-Gonesse. La présence d’une élève portant le voile islamique avait suscité la colère de plusieurs députés pour qui cette tenue relevait de la “provocation”. “Elle était fortement voilée et agitée”, précise aujourd’hui Mme Hostalier. »

La députée n’explique pas ce qu’est une femme « faiblement voilée ».

« Avec plusieurs de ses collègues, la députée avait alors demandé, en vain, que soit appliqué sur-le-champ le règlement de l’Assemblée nationale, et notamment son article 8 qui dispose que les personnes assises dans le public doivent être “découvertes”. »

« Face à l’émotion persistante, le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a adressé une lettre à tous les députés le 19 novembre. Il y rappelle qu’“aucune disposition de notre règlement n’autorise le président de séance à refuser l’accès des tribunes du public à une personne pour ce motif”. Il indique par ailleurs que la prescription demandant aux visiteurs d’avoir la tête découverte est “vieille de plus d’un siècle et ne saurait être opposée au foulard” et rappelle que “les libertés de religion et d’opinion font partie des droits fondamentaux”. »

Haut lieu de la représentation nationale, l’Assemblée serait-elle menacée ? Le lieu même serait-il sacré au point de n’admettre aucun « signe religieux » ? Pourtant, qui se rappelle qu’il n’y a pas si longtemps siégeaient à l’assemblée des députés-prêtres qui portaient la soutane ? Les plus célèbres d’entre eux ont été Henri Grouès (1946-1951), dit aussi abbé Pierre et le chanoine Felix Kir (1946-1967), le chanoine Kir, maire de Dijon, antigaulliste et allié à la gauche. Personne alors ne semblait choqué par le port de la soutane dans l’hémicycle… Il est vrai que ce n’étaient pas des musulmans…

Pendant ce temps, imperturbable, alors que le chômage s’aggrave et que s’accélère le démantèlement du service public, la Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national poursuit ses travaux. Les compte-rendus, et notamment les interventions des députés, pourraient faire l’objet d’une anthologie des fantasmes, des peurs, de la démagogie aussi de nombre d’élus.

On pourra lire toutefois des interventions plus raisonnables, notamment celles de l’historien Benjamin Stora, de Jean Baubérot, celles des représentantes du collectif des féministes pour l’égalité (Ismahane Chouder et Monique Crinon), celle de Farhad Khosrokhavar. Mais la plupart de ces contributions auront peu d’impact, tant est grande la démagogie des politiques.

« L’UMP lance un site pour débattre de la burqa » (Celia Heron, lemonde.fr, 18 novembre)

« Lors de son discours, jeudi 12 novembre, à La Chapelle-en-Vercors (Drôme), Nicolas Sarkozy avait exhorté les Français à “prendre part au débat sur l’identité nationale”. Commençant par s’en emparer lui-même, il avait insisté sur le fait que “la France est un pays où il n’y a pas de place pour la burqa, pas de place pour l’asservissement de la femme”. Parallèlement à la mission parlementaire sur le voile intégral, mise en place par l’Assemblée nationale début juillet, le groupe UMP à l’Assemblée a pris l’initiative de lancer un site sur ce qu’il qualifie de “phénomène de société” : la-burqa-en-debat.fr. »

Mais l’utilisation du chiffon rouge musulman n’est pas l’apanage, loin s’en faut, des seuls élus et politiques français.

Dépêche de l’Agence France-Presse, du 27 novembre : « La droite populiste helvétique, qui ne manque jamais une occasion d’attiser la peur de l’étranger, demande aux Suisses d’interdire dimanche (29 novembre) par référendum la construction de minarets, accusés de symboliser une revendication de pouvoir politique de l’islam. (…)

Les partisans de l’interdiction n’ont pas fait dans la nuance : leurs affiches représentent une femme complètement voilée devant le drapeau suisse couvert de minarets, dont la silhouette stylisée évoque des missiles. Après les affiches appelant à bouter les “moutons noirs” étrangers hors de Suisse, la propagande de la droite populiste a encore fait scandale. Cette image “attise la haine”, a dénoncé la Commission fédérale contre le racisme (CFR), un organisme public consultatif, tandis que le Comité des droits de l’homme de l’ONU s’est inquiété de cette campagne d’“affiches sinistres”. Comme l’objet du référendum, le débat sur la campagne d’affichage divise profondément la Suisse : plusieurs villes ont banni cette propagande tandis que d’autres ont préféré ne pas limiter le droit à la liberté d’expression. »

Dans un éditorial du quotidien Le Temps (21 novembre), intitulé « Minarets : non à l’offense irréparable ! », (et dont le sous-titre est « Sommes-nous prêts à blesser nos libertés fondamentales pour parer un danger largement imaginaire ? ») Jean-Jacques Roth écrit :

« Il faut dire non. Un non catégorique, vibrant, indigné. L’initiative qui veut interdire la construction de minarets est tout d’abord inutile : les minarets de Suisse (quatre !) ne dérangent personne, et nul ne projette d’en construire une marée. Les lois actuelles suffisent à les proscrire là où on ne les veut pas, et les muezzins ne sont pas tolérés. C’est donc une mauvaise réponse à une question qui ne se pose pas.

Mais ce n’est pas aux minarets qu’une forte proportion de citoyens s’apprête à dire “stop”, comme les y invitent des affiches menaçantes. Derrière ces tours virtuelles, les motifs d’inquiétude se bousculent : les visées de la cinquième colonne terroriste, la charia qui voudra un jour voiler nos femmes et interdire Noël, l’allégeance religieuse plutôt que le respect de la laïcité républicaine. Non au Hamas, non à la burqa ! Et si l’on ne pose pas cette limite aujourd’hui, demain sera trop tard… »

Sur les arguments en faveur de l’interdiction, on lira l’article de La Tribune de Genève du 5 mars de Marc Chuard, « Les minarets ? “Un débat ridicule et dangereux” » :

« En effet, l’UDC ne vise pas que les minarets, loin s’en faut. Jasmine Hutter (UDC/SG) affirme vouloir combattre en vrac la charia, les extrémistes et “l’islamisation” de la société suisse. Et d’ajouter : “Aucune Suissesse ne tolère la façon dont les fondamentalistes musulmans traitent les femmes.”

(…) “Hans Fehr (UDC/ZH) fustige le manque de “volonté d’intégration” de certains musulmans. Il use de la métaphore militaire, qualifiant les minarets de “baïonnettes du pouvoir islamique contre les mécréants” – citation attribuée à un ministre turc.

“Oskar Freysinger (UDC/VS) se lance dans la théologie, observant que “le christianisme a retenu le concept d’amour du prochain, alors que 3% seulement des textes islamiques parlent d’amour du prochain”. »

Pour comprendre le sens du débat, on lira avec profit le livre réalisé sous la direction de Patrick Haenni et Stéphane Lathion, Les minarets de la discorde, Infolio-Religioscope, Paris, 2009, 112 pages, 8 euros. Et notamment le texte de Patrick Haenni et Samir Amghar, « Leur conquête de l’Ouest n’aura pas lieu ».

Pourtant, nombre d’élus et d’intellectuels se mobilisent contre cette invasion. Le sujet n’est pas prêt de disparaître des colonnes des journaux, des discours des responsables politiques, des interventions des intellectuels.

 

Source : http://blog.mondediplo.net/2009-11-27-L-Assemblee-nationale-la-burqa-et-les-minarets

Conflit(s) au Yémen

27 nov

Après la mort, le 3 novembre dernier, d’un garde-frontière et l’incursion de rebelles yéménites sur son territoire, l’Arabie  saoudite est désormais impliquée militairement dans les problèmes sécuritaire du Yémen. Voici quelques éléments pour mieux en  comprendre les enjeux :

Des divisions du passé qui ressurgissent

L’existence du Yémen que l’on connaît actuellement est en fait toute récente. Au XIXe siècle, le pays était divisé en deux  parties, le Nord étant sous la domination de l’empire Ottoman et le Sud étant contrôlé par les Britanniques.

En 1918, la région septentrionale accède à l’indépendance et devient le royaume mutawakkilite du Yémen, gouverné par Yahya  Muhammad Hamid ed-Din, l’imam des zaïdites, une branche de l’islam chiite. En 1962, cette monarchie chiite est renversée par  un coup d’Etat mené par les sunnites et la province prend le nom de République arabe du Yémen (ou Yémen du Nord).

De son côté, la région méridoniale devient la République démocratique populaire du Yémen du Sud après le départ des  Britanniques en 1967 et adopte la doctrine marxiste.

En 1990, les deux entités finissent par fusionner pour former la République du Yémen, présidée par Ali Abdullah Saleh, qui  dirigeait auparavant le Yémen du Nord. Cependant, cette réunification n’est pas synonyme de stabilité. En 1994, le sud du  pays a tenté de faire sécession, sans succès. Puis, à partir de 2004, c’est un mouvement rebelle de la minorité chiite  zaïdite qui commence à faire parler de lui dans le nord, et plus précisement dans la province de Saada.

La rebellion Houthiste

Economiquement sous-développée, la province de Saada est un bastion des chiites d’obédience zaïdite. En 1997, Cheikh Hussein  Badr Eddine Al-Houthi fonde un mouvement appelé « Jeunesses croyantes » (shabab al-mu’min). S’estimant opprimés par le régime  du président Saleh, ceux qui se font appeler les « houthistes » prennent les armes en juin 2004.

La mort de son chef, trois mois plus tard, aurait pu porter un coup fatal à la rébellion. Or, il n’en a rien été, bien au  contraire : elle compterait quelques milliers de combattants actuellement, contre seulement 400 il y a cinq ans. Jusqu’à  présent, les combats avec les forces gouvernementales et les insurgés avaient été sporadiques. Mais depuis le mois d’août,  Sanaa est décidé à en finir avec les houthistes, en lançant une vaste offensive militaire.

Ainsi, soi-disant pour éviter d’être encerclés par l’armée yéménites, des rebelles zaïdites sont entrés en Arabie saoudite.  Au cours de cette incursion, un garde-frontière saoudien est tué. Et c’est cet incident qui va ainsi pousser Riadh à  s’impliquer dans ce conflit interne au Yémen, notamment en bombardant les positions houthistes.

Le rôle de l’Iran

Comme l’a souligné le géopolitologue Olivier Kempf, il n’y a pas de preuves d’un éventuel soutien à la rébellion houthiste de la part de l’Iran  chiite. Seulement des présomptions, sur la base de la proximité confessionnelle entre les dirigeants iraniens et les insurgés  zaïdites. Encore que, le chiisme de ces derniers présentent quelques différences dogmatiques avec celui qui est pratiqué à  Téhéran.

Cependant, plusieurs déclarations de responsables du pays des mollahs montrent leur intérêt pour les opérations militaires en  cours contre les houthistes, comme celle du chef d’état-major iranien, le général Hassan Firouzabadi, qui a qualifié  l’intervention saoudienne de « terrorisme d’Etat » susceptible de mettre en danger la région et d’alimenter l’extrémisme dans  le monde musulman. Et même si Maouchehr Mottaki, le ministre iranien des Affaires étrangères a proposé, le 11 novembre, une  coopération avec Sanaa, cela n’a pas empêché un journal ultraconservateur de Téhéran d’assimiler le conflit yéménite à une  attaque « des Arabes contre les chiites ».

Reste que le Yémen et l’Arabie Saoudite accusent l’Iran de soutenir les rebelles. Le 28 octobre dernier, soit quelques jours  avant l’intervention saoudienne, les autorités yéménites avaient annoncé la prise, au large des côtes du nord du pays, d’un  bateau présenté comme étant iranien et chargé d’armes.

Mais si les preuves d’un soutien de Téhéran à la rébellion houthiste ne sont pas formellement établies, il n’en reste pas  moins que ce conflit sert les intérêts iraniens. Depuis la chute de Saddam Hussein et la venue au pouvoir de chiites à  Bagdad, l’Arabie Saoudite et d’autres monarchies du golfe Persique ont une obsession : l’émergence d’un « Croissant chiite »,  qui serait au service d’un possible hégémonie de l’Iran dans la région.

Cette crainte est d’autant plus justifiée qu’une forte minorité chiite (10% de la population) est présente dans la péninsule  arabique. Et l’on ne peut pas dire que les revendications de cette dernière aient souvent été prises en compte dans un pays  où le wahhabisme, c’est à dire l’interprétation rigoriste de l’islam sunnite, est la doctrine officielle. Et le conflit qui  oppose les houthistes au pouvoir central yéménite pourrait bien inspirer les chiites saoudiens, ou du moins. D’où un possible  effet de contagion.

Par ailleurs, il se trouve que les chiites représentent près de 30% de la population de la province saoudienne du Hasa. Or,  le sous-sol de cette dernière recèle une grande partie des réserves pétrolières du royaume… Par conséquent, des troubles  dans cette région affaibliraient Riyad, ce qui pourrait affecter la production d’or noir du pays , au grand bénéfice de l’Iran,  dont les exportations de bruts pourraient être menacées par d’éventuelles sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU en  fonction de son attitude sur la question de son programme nucléaire.

Cette menace de « Croissant chiite » fait que les membres du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Koweit, Bahreïn,  Oman et les Emirats arabes unis), ainsi que la Jordanie et l’Egypte, soutiennent le Yémen dans sa lutte contre les rebelles  houthistes.

En toile de fond : al-Qaïda

Le réseau al-Qaïda est très actif au Yémen. N’oublions pas que c’est dans le port d’Aden que le destroyer américain USS Cole  avait été la cible d’un attentat attribué à la nébuleuse terroriste, en octobre 2000. Plusieurs attaques et enlèvements  (notamment contre l’ambassade américaine en 2008) ont été revendiqués par les djihadistes locaux.

Récemment, les branches saoudiennes et yéménites d’al-Qaïda ont fusionné en un seul groupe, appelé « Al Qaïda dans la  péninsule arabique » (AQAP). En fait, il semblerait que les fidèles saoudiens d’Oussama ben Laden aient décidé de faire du  Yémen leur base arrière à partir de laquelle ils peuvent mener des actions contre Riyad. C’est de ce pays qu’est venu  l’auteur de la tentative d’attentat d’août dernier, contre le prince saoudien Mohammed Ben Nayef Al-Saoud, le chef de la  lutte antiterroriste.

Bien qu’engagé aux côtés des Etats-Unis dans ce qui est appelé « la guerre contre le terrorisme » depuis le 11 septembre 2001,  le Yémen n’a pas vraiment les moyens pour lutter contre al-Qaïda sur son sol. Et ceci est d’autant plus vrai que vient  s’ajouter le conflit contre les houthites. L’armée yéménite, qui bénéficie d’un budget qui représente 6% du PIB et 40% des  dépenses de l’Etat, ne dispose pas d’effectifs suffisants et d’armements assez modernes pour mener une lutte sur deux fronts. Aussi, c’est la raison pour laquelle les militants d’al-Qaïda sont relativement en sécurité au Yémen.

Par ailleurs, même si c’est pour des raisons différentes, le gouvernement central et les combattants islamistes partagent le  même combat contre les houthistes. C’est sans doute pour cela que le président Saleh aurait recruté des djihadistes  « repentis » pour mener des opérations contre les rebelles zaïdites, mais aussi contre les « ennemis de l’Etat », c’est à dire  les militants marxistes nostalgiques de la République démocratique populaire du Yémen Sud, dont le marxisme en fait des  athées.

Enfin, le 10 novembre, un des responsables de l’AQAP, Mohammed ben Abdel Rahman al-Rachid, s’en était pris aux chiites,  considérés comme hérétiques, et donc aux Iraniens. « La menace (ndlr: des chiites) contre l’islam et son peuple est bien plus  importante que celle des juifs et des chrétiens » avait-il affirmé dans un enregistrement sonore repéré par SITE Intelligence,  le groupe américain spécialisé dans la surveillance des activités islamistes sur Internet.

« Nous appelons la nation à être aux côtés des (ndlr: sunnites) avec tous leurs moyens contre le danget de l’Iran et des  fidèles à la foi chiite dans la région » avait-il poursuivi. « Ne voyez-vous ni n’entendez-vous les aspirations des houthis au  Yémen et leur incursion contre les sunnites ? » avait-il aussi demandé.

Cependant, al-Qaïda continue de s’en prendre aux autorités yéménites. En effet, Bassam Tarbush, un haut responsable  anti-terroriste, a été assassiné par des membres du réseau terroriste. Enlevé en juin dernier, il aurait payé son implication  dans l’élimination d’Ali Qaed Sunian al-Harithi, alias Abu Ali, lors d’une frappe aérienne réalisée par un drone américain en  2002. Enfin, le 5 novembre dernier, l’AQAP-Yémen a revendiqué une embuscade qui avait fait six tués parmi les forces de  sécurité yéménites.

 

Source : http://www.opex360.com/2009/11/27/conflits-au-yemen/

Le Message des USA à la Chine : Aidez nous à contenir l’Iran, sinon Israël passera à l’attaque

27 nov

Par John Pomfret et Joby Warrick

Deux hauts fonctionnaires américains se sont rendus en Chine avant la visite présidentielle, et ont averti les chinois que s’ils ne soutenaient pas Washington sur le dossier iranien, Israël passerait à l’attaque, ce qui provoquerait le chaos dans l’approvisionnement pétrolier indispensable à la Chine. L’Iran est le deuxième fournisseur de pétrole du pays, et les entreprises chinoises y ont massivement investi. Pour desserrer cette contrainte, les USA ont également proposé aux chinois de les aider à réduire leur dépendance aux approvisionnements iraniens. Les demandes américaines semblent avoir été entendues. Pour la première fois depuis plusieurs années la Chine a voté une résolution de l’AIEA condamnant l’Iran.

Washington Post

Deux semaines avant la visite en Chine du président Obama, deux hauts responsables de la Maison Blanche se sont rendus à Pékin en « mission spéciale » pour tenter de persuader la Chine de faire pression sur l’Iran afin qu’il renonce à son éventuel programme d’armement nucléaire.

Ces deux envoyés de haut niveau, Dennis Ross et Jeffrey Bader, qui sont membres du Conseil de Sécurité National, ont informé les chinois que si Pékin n’apportait pas son aide aux États-Unis sur ce dossier, les conséquences pourraient être graves.

Les chinois ont été avertis qu’Israël considère le programme nucléaire iranien comme un problème « existentiel, et que les pays qui ont un problème existentiel n’écoutent pas les autres nations », selon un haut responsable gouvernemental. Les conséquences sont claires : Israël pourrait bombarder l’Iran, provoquant une crise dans la région du golfe Persique et entraînant presque inévitablement des problèmes sur le pétrole dont la Chine a besoin pour alimenter son irrésistible essor économique, a déclaré ce responsable, qui s’est exprimé à condition de rester anonyme.

La Maison-Blanche a obtenu une réponse cette semaine. La Chine a informé les États-Unis qu’elle apporterait son soutien à une déclaration à la teneur très ferme, présentée par les USA, et qui critiquerait les violations des résolutions de l’ONU qu’a commises par la République islamique en construisant une usine secrète d’uranium enrichi. Cette déclaration, obtenue par le Washington Post, fait partie d’un projet de résolution qui devrait être présenté dès jeudi par les 35 nations qui siègent au conseil d’administration de l’Agence Internationale de l’Energie atomique, l’organe de surveillance nucléaire des Nations Unies.

Bien que cette résolution soit largement symbolique, ce sera la première depuis 2006 qu’un tel document recueillera le soutien de la Chine et la Russie. Cette décision marque un nouveau départ pour la Chine, qui s’était abstenue depuis longtemps de critiquer la politique nucléaire de l’Iran. La position chinoise à ce sujet est perçue comme le premier test d’une relation qu’Obama a décrite comme devant « façonner le 21e siècle. »

Compte tenu du soutien obtenu des plus anciens alliés de l’Iran, les diplomates européens s’attendent à ce que cette résolution soit adoptée. Ce texte qualifie de « violation de ses obligations » envers l’ONU et les règles de l’AIEA la construction par Téhéran d’une usine souterraine d’enrichissement à proximité de Qom. Si elle est approuvée, elle sera ensuite soumise au Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui pourrait décider d’adopter des sanctions plus sévères contre la République islamique.

« Notre patience ne durera pas éternellement », a déclaré à la presse à la veille de la session de l’AIEA le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, dont le gouvernement a rédigé la résolution.

Si les diplomates et les experts du contrôle des armements se félicitent du soutien de la Chine à la résolution de l’AIEA, certains font remarquer qu’il n’est pas encore acquis que la Russie et la Chine aillent plus loin et acceptent de nouvelles sanctions contre l’Iran. Nos tentatives visant à contacter des membres de l’ambassade de Chine aux fins de commentaires ont été infructueuses.

« Ils expriment leur mécontentement au sujet de l’Iran, mais que cela se traduise par une résolution au Conseil de sécurité est une autre affaire », estime David Albright, ancien inspecteur nucléaire de l’ONU et président du Washington Institute for Science and International Security.

L’Iran, qui affirme vouloir utiliser l’énergie nucléaire uniquement pour la production d’électricité, a reconnu cette semaine faire l’objet de pression de la part de la Russie au sujet de son réseau d’installations nucléaires. Un haut responsable militaire, le général Mohammad Hassan Mansourian, a déclaré à l’agence de presse d’Etat Press TV que la Russie était revenue sur sa promesse de livrer des armements « en raison des pressions exercées par le lobby sioniste et les américains. » [http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2913

Faut-il avoir peur de la finance islamique ?

26 nov

Par George Malbrunot

« Pas du tout », répond Rodolphe Cazavant. Ce jeune cadre de 32 ans a quitté en début d’année sa banque londonienne pour rejoindre un établissement du Qatar, spécialisé dans la finance islamique. Et il ne s’en plaint pas. « J’ai beaucoup plus de responsabilités et une qualité de vie bien meilleure qu’à la City », ajoute ce père de deux jeunes enfants, qui a découvert les charmes du désert.

A Doha, Abou Dhabi ou Bahreïn, de nombreux cadres français travaillent désormais dans les départements « Finance islamique » des banques locales. Fondée sur la « charia », la finance islamique interdit le recours aux intérêts, la spéculation, et les investissements considérés comme impurs (jeu, alcool, armement…).

La plupart des banquiers français, rencontrés lors d’un récent séjour à Doha, dédramatisent l’arrivée prochaine dans l’Hexagone des « sukuks », ces obligations conformes à la loi islamique.

« Même au Moyen-Orient, la finance islamique reste un phénomène marginal, puisqu’elle ne concerne que 17% de l’activité financière de la région », explique Rodolphe Cazavant. « Mais, c’est vrai qu’elle est en net développement ».

Au Qatar, même si la finance islamique ne représente que 20% de l’activité bancaire, le financement des grands projets gaziers fait désormais appel aux « sukuks ». Et la majorité des licences accordées aux nouvelles banques bénéficient aux établissements pratiquant la finance islamique. « Et puis, la finance islamique elle aussi se modernise, selon R. Cazavant, elle essaie de copier la finance traditionnelle ».

Au Qatar, une cinquantaine d’experts en science islamique se partage les postes dans les « charia board » des banques qui pratiquent la finance islamique. Ce sont eux qui doivent dire si tel projet à financer est « charia compatible ». Mais de la théorie à la pratique, il y a parfois un fossé. « Regardez la finance islamique en Extrême-Orient, elle est très différente de celle que nous pratiquons dans le Golfe », assure André Gilles, un autre banquier.

La plupart regrette que les mentalités françaises ne soient pas encore prêtes pour les “sukuks“. « Ca fait peur, nous sommes un pays foncièrement laïc », constate A. Gilles. Pourtant, à entendre tous ces banquiers, la finance islamique n’a rien d’inquiétant.

Depuis quelques années, la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, plaide fermement pour son arrivée dans l’Hexagone. Pourquoi un tel engouement, se demandent nombre de banquiers français à Doha. Pour attirer les fonds souverains du Golfe ? « Mais ceux-ci concernent majoritairement des activités conventionnelles », rétorquent-ils.

La plupart, en revanche, s’accorde à reconnaître que « l’activité vente au détail d’une banque islamique peut intéresser une petite frange de la population française de confession musulmane », selon Arnaud Depierrefeu, avocat d’affaires installé à Doha.

Finalement beaucoup en conviennent : la finance islamique est surtout un moyen pour les responsables politiques occidentaux de renvoyer l’ascenseur vers ceux qui les ont aidés à affronter la crise financière. « Nous sommes plus dans le politique que dans l’économie pure », soutient A. Depierrefeu.

Le Qatar, par exemple, a pris une partie du capital de Crédit Suisse, de Barclays Bank ainsi que 9% de Lagardère. « Les grosses entreprises françaises avaient du mal à se refinancer durant la crise, elles se sont dits pourquoi pas recourir à la finance islamique », note un expert économique. Et dernièrement, des assureurs français sont venus au Qatar, afin d’y examiner les possibilités de développer à leur tour une activité finance islamique.

 

Source : http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2009/11/faut-il-avoir-peur-de-la-finan.html

La DCA iranienne est incapable de défendre les sites nucléaires en l’absence de missiles S-300, estime un expert russe

26 nov

Les missiles Tor-M1, dont est à l’heure actuelle dotée la défense anti-aérienne iranienne, sont incapables d’assurer une protection en profondeur des installations nucléaires, en raison de leur rayon d’action limité à 20 km, estime l’expert Vladimir Evséïev. L’Iran a fait l’acquisition du nouveau système russe S-300, dont chaque unité peut engager simultanément six cibles à une distance de 150 km, mais aucune livraison n’a été effectuée, et les nombreuses annonces en la matière ont toujours été démenties.

La vétusté du matériel de défense antiaérienne (DCA) explique le désir de Téhéran de se doter de systèmes russes de missiles antiaériens S-300, a déclaré mercredi lors d’un entretien à RIA Novosti Vladimir Evséïev, de l’institut russe de l’économie mondiale et des relations internationales.

“L’Iran ne possède pas de systèmes modernes, la DCA étant équipée de Tor-M1. Ces systèmes assurent une protection anti-aérienne dans un rayon de 20km et ils ne sont pas mobiles. Cela veut dire que l’Iran ne possède pas de systèmes capables de se protéger, aussi Téhéran voudrait-il obtenir les systèmes russes de missiles antiaériens S-300″, a indiqué Vladimir Evséïev.

D’autre part, le chercheur russe a précisé que “le S-300 se marie très bien avec le Tor-M1. Il était initialement prévu que les Tor-M1 protègent les S-300, chargés à leur tour d’assurer la protection du territoire du pays. L’Iran est incapable de fabriquer seul des S-300 à cause de son retard technologique difficilement rattrapable. Téhéran ne peut pas non plus copier ce système. Les Tor-M1 ne pourront pas protéger les sites nucléaires iraniens. Tout ceci fait que l’Iran cherche à obtenir les S-300″.

Quant aux exercices militaires qui se déroulent actuellement en Iran, M.Evséïev a indiqué que “l’Iran exploite très bien ses particularités géographiques. Le poste de défense le plus récent a été aménagé dans un rocher, un autre, situé à Natanz, est souterrain. Mais les systèmes de défense antiaérienne sont vétustes et ils seront dans la quasi-impossibilité de contrer, par exemple, une attaque de l’aviation israélienne.

Comme tous les exercices, les manœuvres iraniennes ont un aspect ostensiblement publicitaire. Pour Téhéran, il s’agit de montrer qu’il dispose de moyens capables de protéger l’Iran. Ces manoeuvres sont également destinées à perfectionner les actions interarmes de l’armée, car l’Iran s’entraîne à repousser une attaque adverse par des tirs de missiles.

Chose importante à signaler, les exercices se déroulent sur un tiers du territoire iranien, ce qui veut dire qu’ils sont d’une assez grande envergure. Les Iraniens se préparent à contrer des attaques. Mais j’estime qu’en réalité, Téhéran n’est pas capable de se protéger contre, par exemple, une attaque massive israélienne, compte tenu des technologies de pointe dont dispose Tel-Aviv. Sinon, l’Iran ne lorgnerait pas sur les systèmes S-300.

Quant aux déclarations des généraux iraniens sur la capacité de Téhéran de mettre au point des systèmes analogues à ceux des S-300, j’estime qu’il s’agit de bluff. L’Iran est simplement incapable de produire de tels systèmes en raison de son retard technologique. Pour rattraper ce retard, il lui faudra au moins cinq ans. Tout ce que dit Téhéran officiel contient une bonne part de mystification. Par exemple, les Iraniens essaient de faire passer un missile chinois pour un missile “made in Iran“. Il est impossible que l’Iran puisse se doter de S-300, car les pays disposant de S-300 n’accepteront pas de livrer ce matériel de guerre, alors que les pays qui maintiennent de bonnes relations avec l’Iran, ne possèdent pas de S-300. Par exemple, la Syrie est un bon voisin de l’Iran, mais elle n’a pas de S-300″ a conclu l’interlocuteur de l’agence.

 

Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2909

Un état d’exception qui ne dit pas son nom ? Le roi de Jordanie dissout le Parlement et soutient l’Arabie saoudite contre l’Iran

26 nov

Par Khaled Asmar

Le roi Abdallah II de Jordanie était le premier responsable arabe à avoir mis en garde, solennellement, contre le “croissant chiite” que Téhéran s’employait à étendre depuis l’Iran jusqu’à Gaza, en passant par le Liban, la Syrie et l’Irak. Aujourd’hui, la Révolution chiite iranienne passe à la vitesse supérieure et cherche à installer la guerre au cœur du monde sunnite, avec la rébellion Al-Houthi au Yémen et ses retombées dans la Péninsule arabique. La Jordanie s’y serait engagée militairement.

Un diplomate arabe en poste à Beyrouth nous a fait part de son pessimisme quant à l’évolution de la situation au Yémen, et par extension au cœur de la Péninsule arabique et en Arabie saoudite plus particulièrement. Il regrette que « les mises en gardes lancées depuis plusieurs années par le roi Abdallah II de Jordanie, puis par le président égyptien Hosni Moubarak, soient restées vaines ». Le premier avait en effet mis en garde, en 2004, contre le croissant chiite voulu par Téhéran ; le second avait douté, en 2006, de la loyauté des Chiites arabes à leur pays, les accusant d’être à la solde de l’Iran et de Wilayat e-Faguih.

Notre interlocuteur ajoute que « le monde découvre aujourd’hui la justesse des positions du Caire et d’Amman et assiste impuissant à la montée de l’influence iranienne dans la région ». Selon le diplomate, « cette impuissance est due à plusieurs facteurs, dont essentiellement l’impunité dont a joui l’Iran et l’absence de réactions internationales, en temps utile, face aux ingérences iraniennes régionales. La communauté internationale a laissé faire Téhéran, pourtant accusé d’exploiter Al-Qaïda contre le pouvoir saoudien et d’héberger des dizaines de ses dirigeants ; de rearmer les Taliban en Afghanistan ; de renforcer les milices chiites en Irak ; de contrôler le Hezbollah au Liban ; et d’utiliser les palestiniens du Hamas comme chair à canon, à Gaza… ». Aujourd’hui, ajoute-t-il, « ce sont les zaïdites yéménites qui sont littéralement sacrifiés pour déstabiliser le Yémen et contrôler l’entrée sud de la Mer Rouge afin de prendre en étau l’Arabie saoudite et achever l’encerclement du monde sunnite. Une véritable guerre préventive menée par Téhéran et ses alliés ».

C’est dans ce contexte que le souverain hachémite, Abdallah II, vient de dissoudre le Parlement, en vue d’organiser des élections législatives anticipées, en 2010. Or, au même moment, nous apprenons que « la Jordanie aurait dépêché quelque 2.000 soldats des forces spéciales en Arabie pour épauler l’armée saoudienne dans sa guerre contre les rebelles yéménites d’Al-Houthi qui harcèlent le royaume ». L’engagement militaire jordanien semble indispensable pour la protection de l’Arabie. Car, en dépit de son équipement moderne et sophistiqué, payé au prix fort, l’armée saoudienne n’a jamais combattu depuis plus d’un demi-siècle. Sa participation à la libération du Koweït, en 1991, n’était que symbolique. Les Saoudiens, habitués au confort, ne s’engagent pas dans l’armée ou la Garde nationale. Cette situation avait obligé Riyad à « louer », par le passé, des pilotes de chasse au Pakistan, au Maroc et à la Jordanie…

Or, la dynastie hachémite semble redouter la réaction hostile de son opposition islamiste, menée par les Frères musulmans, très proches du Hamas et sensibles aux arguments iraniens. Le guide des Frères égyptiens, Mohammed Mehdi Akef, qui, en 2008, avait coordonné avec le Hamas palestinien la déstabilisation de l’Egypte, a récidivé en rendant récemment un inestimable service à l’Iran. Il a invité l’Arabie saoudite à « cesser la guerre contre les Houthi et à négocier avec les rebelles chiites pour épargner le sang musulman ! ». Pour éviter un débat parlementaire synonyme de dérapage politique, le roi Abdallah II de Jordanie aurait ainsi préféré dissoudre le Parlement, une façon déguisée de suspendre momentanément la vie démocratique et décréter de facto l’état d’exception.

En tout état de cause, il convient de noter l’absence de manifestations dans les pays arabes, et en Occident, contre l’usage par les Saoudiens de munitions au phosphore semblables à celles qui avaient été déversées sur Gaza, en décembre 2008 et janvier 2009. Pour notre interlocuteur, « le monde semble avoir pris conscience que le Hamas et les Houthi avaient conduit les Palestiniens de Gaza et les Yéménites de Saada vers une véritable boucherie au service de Téhéran, comme l’avait fait le Hezbollah au Liban en 2006 ». La supercherie n’émeut plus l’opinion publique arabe.

 

à lire également :

Comment le blocus de Gaza a-t-il menacé l’Arabie et l’Egypte (22 décembre 2008)

Comment éviter une défaite militaire occidentale en Afghanistan, en Irak, et dans toute la région ? (22 septembre 2009)

 

Source : MediArabe.info http://mediarabe.info/spip.php?article1771

Quand et comment attaquer l’Iran

26 nov

Par Benny Morris

L’historien israélien Benny Morris fait régulièrement part de ses vues apocalyptiques sur le conflit au Proche-Orient. Pour lui, face à l’Iran, la seule solution est de bombarder les installations nucléaires. Cette attaque, qu’il juge inévitable, devrait intervenir au printemps, estime-t-il. Reste cependant à obtenir le feu vert d’Obama. — L’argumentaire développé ici montre combien le recours à la force est vain. Morris reconnait que seule une campagne aérienne prolongée pourrait détruire les capacités iraniennes, mais que celle-ci est hors de portée des forces israéliennes. Ce qui revient à constater qu’en l’absence d’une implication des USA, que Morris juge peu vraisemblable tant ils sont « empêtrés » dans les guerres d’Afghanistan et d’Irak, la région serait mise à feu et à sang – Morris envisage des opérations terrestres à Gaza et au Liban, le début d’une « guerre prolongée » avec l’Iran – à la seule fin de parvenir à retarder de quelques années un programme d’armement dont la réalité n’est toujours pas avérée. Tout cela n’a aucun sens. Sauf à imaginer qu’Israël parvienne à déclencher une guerre totale entre les USA et l’Iran. Et c’est peut-être le pari fou et criminel que font certains stratèges israéliens. Contre Info

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Guardian

Le débat en Israël, – et notamment la semaine dernière dans Haaretz, le principal quotidien du pays- porte explicitement et ouvertement sur une guerre au printemps ou à l’été prochain. Le ciel sera dégagé pour les opérations aériennes, le bouclier israélien anti missiles contre les armes de courte et moyenne portée sera au moins partiellement opérationnel, la communauté internationale, dirigée par le président Obama, aura visiblement échoué à contrecarrer le programme d’armement nucléaire iranien. Et L’Iran se sera encore rapproché de la bombe.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Ehud Barak devront alors décider si Israël peut vivre avec un Iran nucléaire et compter sur la dissuasion. Mais si l’on juge trop important le risque d’une attaque nucléaire contre Israël, l’armée du pays devra faire ce qui est en son pouvoir pour détruire les installations nucléaires de l’Iran, malgré les répercussions probables qui seront dévastatrices pour la région et pour le monde.

On assistera probablement à des tirs massifs de roquettes sur les villes israéliennes et les bases militaires par les Iraniens et le Hezbollah (à partir du Liban), et peut-être par le Hamas (à partir de Gaza). Cela pourrait déclencher des guerres terrestres au Liban et à Gaza, ainsi qu’une guerre prolongée avec l’Iran. Il pourrait y avoir des opérations terroristes menées par des agents iraniens contre des objectifs israélien (et juif) à travers le monde ; une forte augmentation des cours mondiaux du pétrole, dont Israël aura à subir le contrecoup politique ; des actions de l’Iran contre des cibles américaines en Irak, en Afghanistan et dans le Golfe. Plus généralement, le terrorisme islamiste contre des cibles occidentales ne pourrait qu’augmenter.

Mais ce ne sont pas seulement les dirigeants d’Israël qui devront décider. Obama aura à le faire également. C’est un homme qui, dans l’arène internationale, a fait preuve d’une propension à l’indécision (sauf quand il s’agit des colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie). Donnera-t-il aux Israéliens le feu vert (et peut-être certains équipements supplémentaires qu’ils veulent obtenir pour faciliter une attaque) et accordera-t-il l’ouverture d’un couloir arien au dessus de l’Irak ? Ou acceptera-t-il que les mollahs aient en mains l’arme atomique ?

Il est clair – et cela devrait l’être d’ici là pour tout le monde en dehors des partisans ramollis de l’apaisement – que l’approche diplomatique ne va nulle part, lorsque les Iraniens manoeuvrent, fournissent des réponses évasives et traînent des pieds, tout en enrichissant davantage d’uranium. Téhéran se moque de nous, comme il l’a déjà fait, sur ce chemin vers l’Apocalypse. Ahmadinejad et les mollahs savent pertinemment que l’Occident ne pourra jamais imposer les seules sanctions qui pourraient être efficaces (un boycott total du pétrole iranien et un arrêt de toutes les livraisons de marchandises vers l’Iran).

En occident, certains espèrent joyeusement que les Iraniens veulent une arme rustique qui « resterait à la cave », et non pas des armes immédiatement utilisables, ce qui réduirait la nécessité d’une frappe militaire préventive. Mon sentiment est que l’Iran n’a pas fait cet immense pari afin de seulement parvenir à une capacité nucléaire incertaine et implicite : il ne s’arrêtera pas en deçà d’armes atomiques réellement utilisables avec lesquelles il pourra intimider, acquérir une hégémonie sur ses voisins, dissuader l’Occident et, peut-être, détruire Israël.

Le moment de vérité se rapproche donc rapidement pour Obama. Son prédécesseur George Bush avait à plusieurs reprises assuré à Israël que les États-Unis ne permettraient pas que l’Iran fondamentaliste obtienne la bombe. Cela impliquait que l’Amérique elle-même prévienne cette éventualité – et en dernier recours par des moyens militaires.

Aujourd’hui, cela semble hautement improbable. Obama est empêtré dans deux guerres dans les pays musulmans, avec un conflit en Afghanistan qui paraît de plus en plus ingagnable, et un Irak qui se dirige soit vers une partition de facto, soit vers une subordination croissante à l’Iran chiite. Avec une opinion publique américaine de plus en plus lasse de la guerre, de toute guerre, le président américain ne mobilisera sans doute pas les forces aériennes, la marine et les forces spéciales pour détruire les installations nucléaires iraniennes.

Il y a une double ironie amère en cette circonstance. Les Iraniens et leurs agents vont vraisemblablement attaquer des cibles américaines, que les États-Unis soient ou non impliqués dans une attaque contre l’Iran. Et alors que les capacités militaires conventionnelles israéliennes sont limitées et ne pourraient probablement retarder que de quelques années l’obtention par l’Iran d’armes nucléaires, les forces conventionnelles américaines – si on les mobilisait résolument et efficacement dans la bataille – pourraient arrêter complètement le projet nucléaire iranien et détruire totalement ses défenses militaires en quelques semaines de bombardements intensifs. En fait, le régime lui-même pourrait s’effondrer comme un château de cartes, tout comme celui de Saddam Hussein sous l’assaut américain en mars 2003.

Cela n’adviendra pas. Mais Obama devra néanmoins bientôt décider s’il convient de donner le feu vert à Israël, et quel sera son intensité. Il devra le faire vite. Car le printemps approche à grands pas.

 

Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2906

Puisque ni Arafat, ni Abbas, ni Haniyeh ne conviennent… n’est-il pas temps de tirer les conclusions ?

26 nov

Par Daniel Vanhove

Pour tout observateur attentif, rien de bien neuf dans les déclarations récentes de l’ensemble de la diplomatie occidentale à propos de la décision du président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas de ne pas se représenter aux élections prochaines, prévues début 2010. Chacun y est allé de sa petite intervention – jusqu’à Shimon Pérès ! – pour inviter l’intéressé à revoir sa position.

Là où les représentants de nos divers gouvernements ont ignoré depuis des décennies, la détérioration toujours plus grave de la situation dans les Territoires occupés par Israël et tout particulièrement à Gaza, l’empressement à soutenir de manière presque unanime et encourager Mahmoud Abbas à se représenter à ces futures élections, devrait au minimum, nous interpeller.

En effet, comment comprendre que pendant des années, nos élus et leurs médias serviles n’ont cessé de mettre en exergue la corruption endémique et généralisée de l’appareil étatique palestinien jusqu’à son sommet ; n’ont cessé d’abandonner les leaders palestiniens à leur funeste sort ; n’ont cessé d’ignorer les multiples compromis acceptés par une population étranglée ; n’ont cessé d’encourager et soutenir les initiatives israéliennes de tous genres, y compris dans le laisser-faire du Mur d’apartheid, dans l’alliance du gouvernement avec l’extrême-droite, dans le blocus assassin de la Bande de Gaza, dans l’emprisonnement de parlementaires et de mineurs, dans la non-application des résolutions des Nations-unies et le non-respect du Droit international et humanitaire, etc… et d’assister au revirement soudain de ces mêmes élus trouvant aujourd’hui toutes les qualités à Mahmoud Abbas, pour qu’il reste à la tête d’un hypothétique Etat ? Comment comprendre une telle attitude, sinon que l’homme de l’ombre, le pâle représentant des Palestiniens, celui-là même qui parfois s’accrochait au cou d’Ehud Olmert pour l’embrasser est tellement consensuel, tellement faible qu’il convient parfaitement aux interlocuteurs israéliens en premier lieu et par ricochet à tous ceux qui soutiennent activement Israël dans la poursuite de sa politique profondément injuste, hors-la-loi et criminelle ?

A l’heure où Mahmoud Abbas se dirige peut-être vers la décision politique la plus courageuse de sa carrière, c’est la panique dans les chancelleries. Perdre un tel interlocuteur s’avère sans doute perdre un allié bien utile et fort peu encombrant. La décision est même interprétée par certains comme une manœuvre tactique visant à le rendre incontournable, indispensable, quelques mois avant les élections, lui assurant ainsi la certitude d’une réélection aisée et massivement soutenue de l’extérieur. Et puis, qui donc pourrait remplacer cet évanescent papy, si peu vindicatif, si peu déterminé, si policé et si soumis aux dictats qui lui sont imposés !? A 74 ans, la retraite volontaire de celui-là même qui fut l’un des artisans des moribonds Accords d’Oslo ne semble pas recevoir l’aval de ses interlocuteurs étrangers qui n’osent imaginer devoir faire face à un nouveau candidat dont on ne connaît pas encore le nom, ni la tête, et moins encore les intentions. Diable, que nous préparent encore ces imprévisibles insoumis !?…

Or, pour la population palestinienne qui a tout enduré depuis plus de soixante ans sans percevoir la moindre lueur dans l’avènement de son Etat, ces prochaines élections ne sont-elles pas une opportunité de faire table rase de tout ce qui a manifestement échoué ? Et d’en tirer les conclusions ? Puisque rien ni personne ne semble jamais convenir aux différents gouvernements israéliens : ni Yasser Arafat qui était trop ceci, ni Mahmoud Abbas qui est trop cela, ni Ismaïl Haniyeh qui n’est ni ceci ni cela tout en même temps ; qu’ils volent, pillent, emprisonnent et massacrent toujours plus leurs voisins au fil des ans ; qu’ils refusent obstinément l’arrêt de la colonisation et par leur comportement affichent une arrogance peu commune, peut-être est-ce le moment de remettre en cause le partage-même de ce qui fut décidé sans l’avis des premiers concernés, en 1947… et de dénoncer la solution choisie par les Etats dits démocratiques qui leur fut imposée, la déclarant caduque et impossible à réaliser de par l’intransigeance coloniale israélienne…

Et peut-être dans la foulée conviendrait-il de rappeler que finalement, le problème des pogroms puis du génocide des juifs pendant la dernière guerre mondiale était bien un problème européen qui ne concernait pas le Proche-Orient où ils vivaient tranquilles. Problème qui dès lors, ne devrait pas trouver sa solution sur le dos des Palestiniens qui aujourd’hui continuent à payer notre ardoise ! Et de suggérer aux Européens et leurs alliés de trouver sur leurs terres, un endroit pour l’établissement de l’Etat « juif » d’Israël. Ce sera l’occasion de voir si leur détermination au soutien d’un tel Etat déguisé en démocratie sera toujours aussi appuyée et inconditionnelle…

Ainsi, voilà bientôt deux ans, je proposais dans La Démocratie Mensonge, une solution à la question israélo-palestinienne, sous forme de « pensées interdites » :

« (…) Si l’on regarde l’Histoire humaine, rien n’y est jamais définitif. Tout est, là également, en constante évolution. Et tout particulièrement, les frontières délimitant les limites de tel ou tel pays. Il n’est qu’à jeter un œil sur les cartes géographiques d’antan. Celles d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles d’hier ou d’avant hier. Et ne sont probablement pas à l’image de celles de demain. Transformées elles aussi, par la conjonction des forces qui les (re)dessinent. Et dans ce cas-là, les forces en question sont la volonté et les décisions des hommes et des femmes qui peuplent le monde et ses régions, et en modèlent, en modifient ses étendues et ses limites. Il ne faut pas remonter bien loin dans le passé pour en avoir des exemples : que ce soit en ex-URSS, en ex-Yougoslavie, en ex-Tchécoslovaquie pour ne parler que d’une Europe qui n’a de cesse de se redessiner, les récentes nouvelles frontières sont nombreuses. Et ne sont certainement pas définitives. Dans quelque temps, qu’adviendra-t-il du Kosovo, du Monténégro, de l’îlot russe de Kaliningrad enclavé en pays baltes eux-mêmes rattachés à l’Union européenne, du Kurdistan inscrit sur plusieurs pays, du Sahara occidental, ou du Tibet, … ? Bien malin qui pourrait en dessiner aujourd’hui les futures frontières.

Mais l’observation des faits scientifiques nous a appris aussi autre chose, d’essentiel : dans son évolution, l’univers a horreur du gaspillage d’énergie, étant entendu que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Pour une fois, essayons donc d’en tirer les leçons et de nous les appliquer.

Il n’y a pas si longtemps, au moment où quelques responsables juifs réclamaient une terre pour accueillir leur projet de foyer national, étaient envisagées trois éventualités : la Palestine, l’Argentine et l’Ouganda. Le choix s’est porté sur la Palestine, pour diverses raisons dont celle d’un retour à la Terre Promise… cette fadaise ! Aujourd’hui, plutôt que de continuer dans cette option qui paraît sans issue, dans cette obsession sanglante et meurtrière d’imposer les frontières du jeune Etat d’Israël au cœur de la Palestine historique dont les habitants n’ont jamais eu leur mot à dire sur cette décision, et d’en payer le prix le plus fort depuis 60 ans, pourquoi ne pas envisager une quatrième voie, plus économe à tout point de vue ? En outre, dans l’esprit de la « globalisation » où tout est bon à n’importe quelle entreprise pour améliorer ses marges bénéficiaires par l’entremise de la délocalisation, l’idée s’inscrit tout à fait dans l’air du temps…

De toutes les manières, plus les années passent, plus la domination d’Israël sur la région semble comptée. Depuis 1967, à l’inverse de ce qui apparaît au premier coup d’œil, l’Etat israélien a perdu une partie du terrain volé à ses voisins. Il a rétrocédé le Sinaï à l’Egypte, a quitté la majeure partie du Sud Liban, s’est retiré de Gaza, et devra tôt ou tard négocier le Golan syrien… avant d’entamer des pourparlers au sujet des nombreuses colonies implantées en Cisjordanie dont on sait que toutes sont illégales.

Son recours à une oppression féroce sur ce qui lui reste en est d’autant plus brutale : les Palestiniens en font les frais chaque jour… avant, sans doute, l’implosion de l’Etat israélien sous sa forme actuelle, condamné à disparaître par la définition même de ses statuts racistes et de ses pratiques d’apartheid impossibles à perpétuer éternellement dans un monde qui prône la « démocratie » comme modèle…

L’Algérie a résisté pendant plus de 130 ans à l’occupation française… Même dans un infernal quotidien, les Palestiniens savent avoir encore du temps devant eux… et il est fort improbable que les pays arabes voisins acceptent la disparition du 3ème lieu saint de l’Islam à Jérusalem, au seul profit du judaïsme…

Ainsi, puisqu’il est établi que les Etats-Unis soutiennent inconditionnellement et, envers et contre tout, le gouvernement et le peuple israéliens, pourquoi ne pas offrir à ces derniers, l’un des plus grands espaces qui soit – la superficie des USA est de 9.630.000 km² et celle d’Israël de 20.770 km², soit moins de 0,25 % du territoire américain – en leur permettant d’y édifier leur Etat ? Les espaces désertiques ne manquent pas dans le Sud-Ouest des USA et quelques grands déserts pourraient bien accueillir ceux qui semblent avoir un penchant atavique pour la chose.

Avec les techniques actuelles, nul doute qu’il soit possible de déménager les quelques vieilles pierres restantes du Mur des Lamentations… Et si vraiment cela ne pouvait être envisagé par crainte de dommages irréversibles au site historique, ou par respect pour ceux qui désireraient rester à Jérusalem, ainsi que pour le tourisme qui retrouverait-là son affluence d’antan, on pourrait assurément compter sur les techniciens d’Hollywood pour effectuer de parfaits décors de la Ville Sainte, plus vrais que nature ! Et pourquoi pas, envisager jusqu’à la reconstruction totale du Temple de Salomon qui trônerait alors, dans toute sa splendeur, au centre d’une nouvelle capitale, baptisée New-Jerusalem !?

Ce serait tout avantage pour les Israéliens : ils ne seraient pas trop dépaysés par l’environnement naturel ; seraient directement sous l’aile protectrice et satellitaire de leur bienfaiteur ; ne devraient plus utiliser leur argutie habituelle de peurs paranoïaques alimentées par la présence d’Arabes et de musulmans innombrables à leurs frontières ; n’auraient plus besoin d’un budget militaire exponentiel pour garantir la paix avec leurs voisins, ce qui leur permettrait de se pencher sur le problème réel de la pauvreté dans le pays ; n’auraient plus à vivre en état de stress permanent parce qu’ils seraient mieux abrités d’éventuelles attaques suicides ; pourraient se livrer sans limite à leur occupation favorite, à savoir, l’extension de leur territoire, etc… Le colossal budget militaire ainsi économisé pourrait servir à édifier très rapidement les infrastructures modernes dont ils bénéficient aujourd’hui, et pourrait en outre être consacré aux soins psychologiques indispensables pour soigner les nombreuses névroses d’une grande majorité de citoyens.

Enfin, comble de bonheur, ils seraient proches du Saint des Saints puisque le souffle divin traverse aussi le Président yankee [à l’époque du président Bush- ndlr], qui conduit désormais le monde de vision en vision… Comme on peut le voir, là également, point de dépaysement…

La région du Moyen-Orient serait finalement libérée de l’une de ses tensions majeures. La Communauté internationale serait définitivement débarrassée de l’un de ses plus épineux problèmes puisque le cas échéant, tout problème israélien deviendrait interne aux Etats-Unis. Là également, que d’économies d’argent et d’énergie ! Le calme reviendrait sans doute dans l’ensemble de la région. Ainsi peut-être que sur les cours pétroliers. Le nouveau Moyen-Orient ainsi reconstitué pourrait être sécurisé d’Est en Ouest et du Nord au Sud et nettoyé de tout danger nucléaire, y compris en Iran. Et les peuples libérés pourraient enfin se consacrer à l’essentiel. Ce qui au vu des dégâts à tous niveaux, éliminerait le chômage et assurerait du travail pour tous, pendant des décennies entières. Nous serions en Europe, soulagés des interventions indigestes des prétentieux de salons, politologues incompétents, journalistes verbeux, « spécialistes » pédants, etc… Et chacun de nous pourrait en définitive, consacrer son temps à autre chose.

Quand on voit les milliards engloutis, dans la conquête spatiale pour les armes sophistiquées des uns, dans la reconstruction et l’aide humanitaire sans fin des autres, sans compter les coûts indécents d’une diplomatie inopérante de tous, en termes strictement économiques, l’impact d’un tel plan serait i-ni-ma-gi-na-ble ! Au lieu d’entraîner les forces vives du pays dans leurs guerres ruineuses, les Etats-Unis pourraient booster leur économie de façon vertigineuse. Les places boursières s’envoleraient. Et leur image extérieure retrouverait une blancheur (presque) immaculée.

Plutôt que de renouveler sans cesse des promesses jamais tenues à propos d’un futur Etat palestinien, celui-ci pourrait éclore dans ses limites historiques, et la place libérée par une partie de la communauté juive permettrait d’y accueillir tous les réfugiés entassés dans les pays voisins qui, eux aussi, seraient débarrassés d’un douloureux problème à l’intérieur de leurs frontières… Tous les Israéliens, juifs ou non, qui le désirent pourraient rester en Palestine et cohabiter sereinement avec leurs compatriotes arabes, musulmans, chrétiens ou laïcs, comme c’était le cas par le passé, ainsi que dans nombre de pays de par le monde.

De son côté, le nouvel Israël pourrait négocier son rattachement comme 51ème Etat aux cinquante actuels qui forment les Etats-Unis d’Amérique. Il serait ainsi, enfin reconnu par toutes les Nations, y compris par les Etats arabes les plus réticents, dans son « droit d’exister »…

L’ensemble des anciennes Résolutions des Nations Unies seraient déclarées caduques et une nouvelle ère de réelle prospérité s’ouvrirait pour chacun. Bref, ce serait la paix pour tous, dans le meilleur des mondes… Cela s’avèrerait une véritable manne céleste, proche du miracle… Mais, quoi de plus naturel, pour le peuple élu dont les plus convaincus n’ont de cesse de répéter qu’ils sont en dialogue direct avec Dieu !? (…) »

Daniel Vanhove : Observateur civil – Membre du MCP (Mouvement Citoyen Palestine)/ La Démocratie Mensonge, Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire, 2008. Chez le même éditeur : « Si vous détruisez nos maisons vous ne détruirez pas nos âmes. Palestine, descente aux enfers », 2004 et Retour de Palestine, éd. Vista 2002.

Décrypter les mécanismes du « Nouvel Ordre Mondial »

25 nov

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

article rédigé le 16 mars 2009

G20, sommet de l’OTAN… La crise économique mondiale accélère un processus entamé il y a déjà fort longtemps. La pression sur les États va encore s’accentuer, dans les prochaines semaines, afin qu’ils participent à de nouveaux « plans de sauvetages », aussi inutiles qu’onéreux. Lorsqu’ils crouleront sous le poids des dettes et seront menacé de faillite, le « nouvel ordre mondial » pourra s’imposer de lui même. L’histoire du monde nous démontre que les mécanismes de la manipulation sont toujours les mêmes et qu’ils s’étalent presque au grand jour, pour ceux qui se donnent la peine de garder les yeux ouverts.

DIALOGUES AUX ENFERS ENTRE MACHIAVEL ET MONTESQUIEU

Dans le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu (1864), Maurice Joly (1829-1878) décrit – sous couvert d’une discussion philosophique entre Machiavel et Montesquieu, personnages qu’il a réuni de manière fictive, sur les fins de la politique – comment Napoléon III a manipulé les milieux économiques, la presse, l’opinion publique, les syndicats, les milieux ouvriers, le peuple, etc, pour établir les bases solides d’un pouvoir qu’on pourrait qualifier de totalitaire. Selon l’auteur, l’empereur a fait du peuple français un peuple d’esclaves, oublieux de sa liberté et consentant à tous les asservissements.

Puisque je trouve les caractéristiques d’un gouvernement totalitaire admirablement décrites dans cette oeuvre, je vous propose ce recueil d’extraits que j’ai commenté. Vous serez sans doute surpris de voir à quel point de nombreux critères correspondent à merveille avec notre société actuelle, et à quel point les mécanismes du despotisme sont intemporels et ne changent que par la forme à travers le temps, jamais en substance. D’où l’intérêt de connaître le passé pour comprendre le présent.

Prologue:

« Machiavel :

L’instinct mauvais chez l’homme est plus puissant que le bon. L’homme a plus d’entraînement vers le mal que vers le bien ; la crainte et la force ont sur lui plus d’empire que la raison. Les hommes aspirent tous à la domination, et il n’en est point qui ne fût oppresseur, s’il le pouvait ; tous ou presque tous sont prêts à sacrifier les droits d’autrui à leurs intérêts. Qui contient entre eux ces animaux dévorants qu’on appelle les hommes ? A l’origine des sociétés, c’est la force brutale et sans frein ; plus tard, c’est la loi, c’est-à-dire encore la force, réglée par des formes.

Sous certaines latitudes de l’Europe, il y a des peuples incapables de modération dans l’exercice de la liberté. Si la liberté s’y prolonge, elle se transforme en licence ; la guerre civile ou sociale arrive, et l’État est perdu, soit qu’il se fractionne et se démembre par l’effet de ses propres convulsions, soit que ses divisions le rendent la proie de l’étranger. Dans des conditions pareilles, les peuples préfèrent le despotisme à l’anarchie ; ont-ils tort ? Les États une fois constitués ont deux sortes d’ennemis : les ennemis du dedans et les ennemis du dehors. Quelles armes emploieront-ils en guerre contre les étrangers ? Les deux généraux ennemis se communiqueront-ils réciproquement leurs plans de campagne pour se mettre mutuellement en état de se défendre ? S’interdiront-ils les attaques nocturnes, les pièges, les embuscades, les batailles en nombre de troupes inégal ? Non, sans doute, n’est-ce pas ? et de pareils combattants apprêteraient à rire. Et ces pièges, ces artifices, toute cette stratégie indispensable à la guerre, vous ne voulez pas qu’on l’emploie contre les ennemis du dedans, contre les factieux ?

Sans doute, on y mettra moins de rigueur ; mais, au fond, les règles seront les mêmes. Est-il possible de conduire par la raison pure des masses violentes qui ne se meuvent que par des sentiments, des passions et des préjugés ? Je vous l’ai dit tout à l’heure, et je le maintiens, même en présence de l’histoire contemporaine : tous les pouvoirs souverains ont eu la force pour origine, ou, ce qui est la même chose, la négation du droit. Ce mot de droit lui-même, d’ailleurs, ne voyez-vous pas qu’il est d’un vague infini ? Où commence-t-il, où finit-il ? Quand le droit existera-t-il, et quand n’existera-t-il pas ? Dans les États, le principe du droit est dominé par celui de l’intérêt. Abstraitement parlant, la violence et l’astuce sont-elles un mal ? Oui ; mais il faudra bien les employer pour gouverner les hommes, tant que les hommes ne seront pas des anges.

Tout est bon ou mauvais, suivant l’usage qu’on en fait et le fruit que l’on en tire ; la fin justifie les moyens : et maintenant si vous me demandez pourquoi, moi républicain, je donne partout la préférence au gouvernement absolu, je vous dirai que, témoin dans ma patrie de l’inconstance et de la lâcheté de la populace, de son goût inné pour la servitude, de son incapacité à concevoir et à respecter les conditions de la vie libre ; c’est à mes yeux une force aveugle qui se dissout tôt ou tard, si elle n’est dans la main d’un seul homme ; je réponds que le peuple, livré à lui-même, ne saura que se détruire ; qu’il ne saura jamais administrer, ni juger, ni faire la guerre. Je vous dirai que la Grèce n’a brillé que dans les éclipses de la liberté ; que sans le despotisme de l’aristocratie romaine, et que, plus tard, sans le despotisme des empereurs, l’éclatante civilisation de l’Europe ne se fût jamais développée.Chercherai-je mes exemples dans les États modernes ? Ils sont si frappants et si nombreux…

Montesquieu :

Vous conviendrez cependant que, quand il s’agit de gouvernement, il faut aboutir à des principes. Vous ne faites aucune place, dans votre politique, ni à la morale, ni à la religion, ni au droit ; vous n’avez à la bouche que deux mots : la force et l’astuce. Si votre système se réduit à dire que la force joue un grand rôle dans les affaires humaines, que l’habileté est une qualité nécessaire à l’homme d’État, vous comprenez bien que c’est là une vérité qui n’a pas besoin de démonstration ; mais ; si vous érigez la violence en principe, l’astuce en maxime de gouvernement ; si vous ne tenez compte dans vos calculs d’aucune des lois de l’humanité, le code de la tyrannie n’est plus que le code de la brute, car les animaux aussi sont adroits et forts, et il n’y a, en effet, parmi eux d’autre droit que celui de la force brutale. Ce n’est pas seulement au nom de l’intérêt, c’est au nom du devoir qu’agissent tous les oppresseurs. Ils le violent, mais ils l’invoquent ; la doctrine de l’intérêt est donc aussi impuissante à elle seule que les moyens qu’elle emploie. »

Commentaire :

Cet extrait des Dialogues issu du prologue met les choses à leur place d’une manière objective: si le gouvernement est coupable de bien des vices, ses fondations reflètent la nature de peuples. En effet, comme le dit le proverbe, « on a les politiciens que l’on mérite », et il me semble particulièrement intéressant de constater, lorsque l’on remonte aux sources des causes de la perversité de nos gouvernements, que beaucoup de mesures moralement contestables que ces derniers sont forcés de mettre en place sont dues à l’irresponsabilité et à la méchanceté des peuples. Il me semble, d’ailleurs, que l’extrait est suffisamment éloquent à ce sujet. Le problème est que, comme le souligne Montesquieu, les gouvernements auront tendance à s’égarer dans la force, à négliger le bien de ses sujets, et à ne favoriser que les intérêts du « prince » (souverain) et ses proches. La solution ne se trouverait donc pas dans un système, puisque tous devront user de moyens douteux à un instant ou à un autre de leur existence, mais bien dans l’attitude des dirigeants; il ne faut pas qu’ils s’égarent sur la voie de la facilité et estiment leurs citoyens comme un troupeau de bétail qui n’a d’autre utilité que celle d’être exploité. Ils doivent, au contraire, être conscients que si les peuples manquent de responsabilité, ils doivent être ceux qui les guideront pour les amener à s’améliorer, comme un parent bienveillant éduque son enfant. Hélas, nous savons tous que les gouvernements de notre temps (et ceux d’une écrasante majorité à travers l’histoire, d’ailleurs) empruntent la voie inverse, et ont bien peu de scrupules moraux et philosophiques. Mais il n’empêche que nous ne devons pas être aveugle et ne voir que leurs fautes; nous devons aussi avoir un regard introspectif et admettre la responsabilité de la collectivité, ce qui, je pense, se fait bien trop rarement de notre temps, alors que l’on ne peut arriver à un vision juste des choses en l’absence de la considération de ce point.

« Machiavel :

Ici, je vous arrête ; vous faites une part à l’intérêt, cela suffit pour justifier toutes les nécessités politiques qui ne sont pas d’accord avec le droit.

Montesquieu:

C’est la raison d’État que vous invoquez. Remarquez donc que je ne puis pas donner pour base aux sociétés précisément ce qui les détruit. Au nom de l’intérêt, les princes et les peuples, comme les citoyens, ne commettront que des crimes. L’intérêt de l’État, dites-vous ! Mais comment reconnaîtrai-je s’il lui est réellement profitable de commettre telle ou telle iniquité ? Ne savons-nous pas que l’intérêt de l’État, c’est le plus souvent l’intérêt du prince en particulier, ou celui des favoris corrompus qui l’entourent ?

Vous ne songez donc pas qu’avec des maximes pareilles, il n’y a pas de société qui puisse vivre ; vous croyez que le sujet tiendra longtemps ses serments quand il verra le souverain les trahir ; qu’il respectera les lois quand il saura que celui qui les lui a données les a violées, et qu’il les viole tous les jours ; vous croyez qu’il hésitera dans la voie de la violence, de la corruption et de la fraude, quand il y verra marcher sans cesse ceux qui sont chargés de le conduire ? Détrompez-vous ; sachez que chaque usurpation du prince dans le domaine de la chose publique autorise une infraction semblable dans la sphère du sujet ; que chaque perfidie politique engendre une perfidie sociale ; que chaque violence en haut légitime une violence en bas. Voilà pour ce qui regarde les citoyens entre eux.

Pour ce qui les regarde dans leurs rapports avec les gouvernants, je n’ai pas besoin de vous dire que c’est la guerre civile introduite à l’état de ferment, au sein de la société. Le silence du peuple n’est que la trêve du vaincu, pour qui la plainte est un crime. Attendez qu’il se réveille : vous avez inventé la théorie de la force ; soyez sûr qu’il l’a retenue. Au premier jour, il rompra ses chaînes ; il les rompra sous le prétexte le plus futile peut-être, et il reprendra par la force ce que la force lui a arraché.

La maxime du despotisme, c’est le perinde ac cadaver des jésuites ; tuer ou être tué : voilà sa loi ; c’est l’abrutissement aujourd’hui, la guerre civile demain.

Sans doute, les orages de la liberté existeront toujours, et il se commettra encore bien des crimes en son nom : mais le fatalisme politique n’existe plus. Si vous avez pu dire, dans votre temps, que le despotisme était un mal nécessaire, vous ne le pourriez pas aujourd’hui, car, dans l’état actuel des mœurs et des institutions politiques chez les principaux peuples de l’Europe, le despotisme est devenu impossible. »

Commentaire :

Ici, nous retrouvons ce que nous avons laissé entendre précédemment en plus approfondi; les citoyens créent une entité qui leur ressemble par sa nature, l’État, qui constitue l’autorité. Mais l’autorité influence toujours, voire façonne entièrement, le caractère de ce qui dépend d’elle. Donc, si l’autorité est vertueuse, la morale des citoyens aura tendance à s’améliorer, et inversément si elle est vicieuse. De là découle toute l’importance de ce que les dirigeants assument les mauvais aspects qui existent naturellement, et tentent d’améliorer la situation, plutôt que de se complaire égoïste dans l’état imparfait des choses, en ne se souciant guère du bien commun.

« Machiavel :

Impossible ?… Si vous parvenez à me prouver cela, je consens à faire un pas dans le sens de vos idées.

Montesquieu :

Je vais vous le prouver très-facilement, si vous voulez bien me suivre encore.

Machiavel :

Très-volontiers, mais prenez garde ; je crois que vous vous engagez beaucoup. Je me propose de démolir, pièce à pièce, toutes les belles choses que vous venez de dire, et de vous démontrer que ce sont mes doctrines seules qui l’emportent même aujourd’hui, malgré les nouvelles idées, malgré les nouvelles mœurs, malgré vos prétendus principes de droit public, malgré toutes les institutions dont vous venez de me parler.

Machiavel :

En écoutant vos théories sur la division des pouvoirs et sur les bienfaits que lui doivent les peuples de l’Europe, je ne pouvais m’empêcher d’admirer, Montesquieu, à quel point l’illusion des systèmes peut s’emparer des plus grands esprits. A la première occasion, le mouvement se produira par la rupture d’un des ressorts que vous avez si soigneusement forgés. Croyez-vous que les pouvoirs resteront longtemps dans les limites constitutionnelles que vous leur avez assignées, et qu’ils ne parviendront pas à les franchir ? Quelle est l’assemblée législative indépendante qui n’aspirera pas à la souveraineté ? Quelle est la magistrature qui ne fléchira pas au gré de l’opinion ? Quel est le prince, surtout, souverain d’un royaume ou chef d’une république, qui acceptera sans réserve le rôle passif auquel vous l’aurez condamné ; qui, dans le secret de sa pensée, ne méditera pas le renversement des pouvoirs rivaux qui gênent son action ? En réalité, vous aurez mis aux prises toutes les forces contraires, suscité toutes les entreprises, donné des armes à tous les partis. Vous aurez livré le pouvoir à l’assaut de toutes les ambitions, et fait de l’État une arène où se déchaîneront les factions. Dans peu de temps, ce sera le désordre partout ; d’intarissables rhéteurs transformeront en joutes oratoires les assemblées délibérantes ; d’audacieux journalistes, d’effrénés pamphlétaires attaqueront tous les jours la personne du souverain, discréditeront le gouvernement, les ministres, les hommes en place…

Dans vos calculs, vous n’avez compté qu’avec des minorités sociales. Il y a des populations gigantesques rivées au travail par la pauvreté, comme elles l’étaient autrefois par l’esclavage. Qu’importent, je vous le demande, à leur bonheur toutes vos fictions parlementaires ? Votre grand mouvement politique n’a abouti, en définitive, qu’au triomphe d’une minorité privilégiée par le hasard comme l’ancienne noblesse l’était par la naissance. Qu’importe au prolétaire courbé sur son labeur, accablé sous le poids de sa destinée, que quelques orateurs aient le droit de parler, que quelques journalistes aient le droit d’écrire ? Vous avez créé des droits qui resteront éternellement pour la masse du peuple à l’état de pure faculté, puisqu’il ne saurait s’en servir. Ces droits, dont la loi lui reconnaît la jouissance idéale et dont la nécessité lui refuse l’exercice réel, ne sont pour lui qu’une ironie amère de sa destinée. Je vous réponds qu’un jour il les prendra en haine, et qu’il les détruira de sa main pour se confier au despotisme. Le tempérament de vos institutions est de donner plus de force à l’aristocratie qu’au peuple, plus de force au prince qu’à l’aristocratie, proportionnant ainsi les pouvoirs à la capacité politique de ceux qui doivent les exercer.

Le peuple, par une conséquence absolument inévitable, s’emparera, un jour ou l’autre, de tous les pouvoirs dont on a reconnu que le principe était en lui. Sera-ce pour les garder ? Non. Après quelques jours de folie, il les jettera, par lassitude, au premier soldat de fortune qui se trouvera sur son chemin. Dans votre pays, vous avez vu, en 1793, comment les coupe-têtes français ont traité la monarchie représentative : le peuple souverain s’est affirmé par le supplice de son roi, puis il a fait litière de tous ses droits ; il s’est donné à Robespierre, à Barras, à Bonaparte.

Vous êtes un grand penseur, mais vous ne connaissez pas l’inépuisable lâcheté des peuples ; je ne dis pas de ceux de mon temps, mais de ceux du vôtre ; rampants devant la force, sans pitié devant la faiblesse, implacables pour des fautes, indulgents pour des crimes, incapables de supporter les contrariétés d’un régime libre, et patients jusqu’au martyre pour toutes les violences du despotisme audacieux, brisant les trônes dans des moments de colère, et se donnant des maîtres à qui ils pardonnent des attentats pour le moindre desquels ils auraient décapité vingt rois constitutionnels.

Cherchez donc la justice ; cherchez le droit, la stabilité, l’ordre, le respect des formes si compliquées de votre mécanisme parlementaire avec des masses violentes, indisciplinées, incultes, auxquelles vous avez dit : Vous êtes le droit, vous êtes les maîtres, vous êtes les arbitres de l’État ! Ce que vous savez, ainsi que moi, du passé, m’autorise, dès à présent, à dire que le principe de la souveraineté populaire est destructif de toute stabilité, qu’il consacre indéfiniment le droit des révolutions. Il met les sociétés en guerre ouverte contre tous les pouvoirs humains et même contre Dieu ; il est l’incarnation même de la force. Il fait du peuple une brute féroce qui s’endort quand elle est repue de sang, et qu’on enchaîne ; et voici la marche invariable que suivent alors les sociétés dont le mouvement est réglé sur ce principe : la souveraineté populaire engendre la démagogie, la démagogie engendre l’anarchie, l’anarchie ramène au despotisme. Le despotisme, pour vous, c’est la barbarie. Eh bien, vous voyez que les peuples retournent à la barbarie par le chemin de la civilisation.

Mais ce n’est pas tout, et je prétends qu’à d’autres points de vue encore le despotisme est la seule forme de gouvernement qui soit réellement appropriée à l’état social des peuples modernes, car, avec vos grands États, qui ne vivent plus que par l’industrie ; avec vos populations sans Dieu et sans foi, dans des temps où les peuples ne se satisfont plus par la guerre, et où leur activité violente se reporte nécessairement au dedans, la liberté, avec les principes qui lui servent de fondement, ne peut être qu’une cause de dissolution et de ruine. De la lassitude des idées et du choc des révolutions sont sorties des sociétés froides et désabusées qui sont arrivées à l’indifférence en politique comme en religion, qui n’ont plus d’autre stimulant que les jouissances matérielles, qui ne vivent plus que par l’intérêt, qui n’ont d’autre culte que l’or, dont les moeurs mercantiles le disputent à celles des juifs qu’ils ont pris pour modèles. Croyez-vous que ce soit par amour de la liberté en elle-même que les classes inférieures essayent de monter à l’assaut du pouvoir ? C’est par haine de ceux qui possèdent ; au fond, c’est pour leur arracher leurs richesses, instrument des jouissances qu’ils envient.

Ceux qui possèdent implorent de tous les côtés un bras énergique, un pouvoir fort ; ils ne lui demandent qu’une chose, c’est de protéger l’État contre des agitations auxquelles sa constitution débile ne pourrait résister, de leur donner à eux-mêmes la sécurité nécessaire pour qu’ils puissent jouir et faire leurs affaires. Quelles formes de gouvernement voulez vous appliquer à des sociétés où la corruption s’est glissée partout, où la fortune ne s’acquiert que par les surprises de la fraude, où la morale n’a plus de garantie que dans les lois répressives, où le sentiment de la patrie lui-même s’est éteint dans je ne sais quel cosmopolitisme universel ? Je ne vois de salut pour ces sociétés, véritables colosses aux pieds d’argile, que dans l’institution d’une centralisation à outrance, qui mette toute la force publique à la disposition de ceux qui gouvernent « 

Commentaire :

Il y a peu à redire là-dessus, si ce n’est que, après 145 ans, ce texte reste d’une grande actualité. Il est effectivement saisissant de constater à quel point des passages tels que ceux qui sont surlignés restent valables, et sont sans doute même bien plus vrai qu’à l’époque; les masses de travaux qui ont continué à écraser bien des hommes malgré l’abolition de l’esclavage sont effectivement une poursuite de ce dernier dans une autre forme, surtout aujourd’hui où tout est si bien réglementé et où tant de personnes sont assommées par le crédit que l’on n’a d’autre choix que de suivre une route toute tracée et qui se présente en simulacre de liberté.

La propension qu’ont les hommes à se reposer sur la force de quelqu’un d’autre, et ainsi à leur confier tant de responsabilités qu’ils rendent pour ainsi dire quelqu’un d’autre maître de leur vie, est aussi très bien illustrée dans ce dernier extrait. Mais l’élément le plus frappant est encore, à mon sens, ces sociétés indifférentes aux valeurs essentielles et obsédées par les jouissances matérielles dont parle Maurice Joly, presque prophétiquement, lorsqu’on voit à quel point ces aspects se sont développés et empirés aujourd’hui. Les moeurs ont effectivement été très bousculées, au point que tout ce qui pourrait s’opposer vertueusement aux dérives matérialistes, comme l’idée même de Dieu, est systématiquement renié sans un semblant de réflexion, ce qui engendre un extrême avilissement des peuples occidentaux consommateurs, et les poussent dans l’acception systématique de leurs pulsions primaires et animales, ce qui ne les rend que bien plus simples à contrôler et manipuler, puisque leurs facultés intellectuelles tombent en désuétude.

« Machiavel :

Avec des sociétés nouvelles, il faut employer des procédés nouveaux. Il ne s’agit pas aujourd’hui, pour gouverner, de commettre des iniquités violentes, de décapiter ses ennemis, de dépouiller ses sujets de leurs biens, de prodiguer les supplices ; non, la mort, la spoliation et les tourments physiques ne peuvent jouer qu’un rôle assez secondaire dans la politique intérieure des États modernes. Il s’agit moins aujourd’hui de violenter les hommes que de les désarmer, de comprimer leurs passions politiques que de les effacer, de combattre leurs instincts que de les tromper, de proscrire leurs idées que de leur donner le change en se les appropriant.

Le principal secret du gouvernement consiste à affaiblir l’esprit public, au point de le désintéresser complétement des idées et des principes avec lesquels on fait aujourd’hui les révolutions. Dans tous les temps, les peuples comme les hommes se sont payés de mots. Les apparences leur suffisent presque toujours ; ils n’en demandent pas plus. On peut donc établir des institutions factices qui répondent à un langage et à des idées également factices ; il faut avoir le talent de ravir aux partis cette phraséologie libérale, dont ils s’arment contre le gouvernement. Il faut en saturer les peuples jusqu’à la lassitude, jusqu’au dégoût. On parle souvent aujourd’hui de la puissance de l’opinion, je vous montrerai qu’on lui fait exprimer ce qu’on veut quand on connaît bien les ressorts cachés du pouvoir. Mais avant de songer à la diriger, il faut l’étourdir, la frapper d’incertitude par d’étonnantes contradictions, opérer sur elle d’incessantes diversions, l’éblouir par toutes sortes de mouvements divers, l’égarer insensiblement dans ses voies. Un des grands secrets du jour est de savoir s’emparer des préjugés et des passions populaires, de manière à introduire une confusion de principes qui rend toute entente impossible entre ceux qui parlent la même langue et ont les mêmes intérêts.

Le prince devra s’attacher avant tout à détruire les partis, à dissoudre les forces collectives partout où elles existent, à paralyser dans toutes ses manifestations l’initiative individuelle ; ensuite le niveau des caractères descendra de lui-même, et tous les bras molliront bientôt contre la servitude. Le pouvoir absolu ne sera plus un accident, il deviendra un besoin. Les moyens d’action du despotisme, les plus puissants peut-être, seront précisément ceux que l’on aura le talent d’emprunter à ce même régime industriel qui fait votre admiration. »

Commentaire :

Nous retrouvons ici la concrétisation de ce que je laissais présager précédemment: l’esprit public est affaibli, malléable, et si désintéressé de la nature de son monde qu’il se contentera de croire ce que les autorités présenteront comme la vérité. Ainsi, le citoyen moyen d’aujourd’hui aime croire qu’il vit dans un système réellement démocratique et respectueux des valeurs humaines en s’extasiant devant les discours officiels incohérents et grossièrement simplistes relayés par son poste télévisé. Il serait si malheureux que l’on tente de le sortir de la béatitude qu’engendre son inconscience qu’il occultera sa réflexion encore plus qu’il ne le fait d’habitude si jamais il entend quelqu’un essayer de lui faire prendre conscience de la véritable réalité des choses; n’écoutant pas, se voilant derrière ses impressions et ses sentiments irrationnels, il continuera d’être un mouton trop occupé par les futilités de son existence et trop égoïste pour réfléchir aux problèmes que connait le monde. Il est alors effectivement extrêmement simple de le manier dans le sens où on l’entend, du moment que l’on lui promettre de pouvoir demeurer dans sa prison dorée d’inconscience. Outre cette actualisation de l’extrait, ce dernier s’exprime si bien de lui-même que je n’ai rien de plus à ajouter.

« Machiavel :

A l’aide du seul pouvoir réglementaire, j’instituerais, par exemple, d’immenses monopoles financiers, réservoirs de la fortune publique, dont dépendrait si étroitement le sort de toutes les fortunes privées, qu’elles s’engloutiraient avec le crédit de l’État le lendemain de toute catastrophe politique. Vous êtes un économiste, Montesquieu, pesez la valeur de cette combinaison. Voici une autre combinaison empruntée a l’ordre industriel : Dans le temps actuel, l’aristocratie, en tant que force politique, a disparu ; mais la bourgeoisie territoriale est encore un élément de résistance dangereux pour les gouvernements, parce qu’elle est d’elle-même, indépendante ; il peut être nécessaire de l’appauvrir ou même de la ruiner complétement. Il suffit, pour cela, d’aggraver les charges qui pèsent sur la propriété foncière, de maintenir l’agriculture dans un état d’infériorité relative, de favoriser à outrance le commerce et l’industrie, mais principalement la spéculation ; car la trop grande prospérité de l’industrie peut elle-même devenir un danger, en créant un nombre trop considérable de fortunes indépendantes. Il faut arriver à ce qu’il n’y ait plus, dans l’État, que des prolétaires, quelques millionnaires et des soldats. »

Commentaire :

Quoi de plus actuel, à nouveau, que la mainmise des immenses monopoles financiers sur le système ? Il y a cependant ici une inversion; dans l’État imaginé par Machiavel, ces fortunes sont à la solde de l’État et le public domine le privé. Dans les temps actuels, c’est le contraire.

Pour ce qui est de ruiner toute force indépendante, il est aisé de constater à quel point les supermarchés et autres organismes de centralisations, véritables monopoles aux mains de l’État (et une centralisation aussi puissante de biens essentiels dans une seule paire de mains est toujours une des caractéristiques terribles du despotisme), ont aidé à rendre très difficile toute réussite magistrale dans le commerce ou l’artisanat indépendants. Le despotisme doit rendre ses citoyens dépendants de son gouvernement, et n’aura de cesse de les appauvrir, tant matériellement qu’intellectuellement et spirituellement, pour s’assurer la longévité. En effet, moins les citoyens sont riches, moins ils ont de possibilités de se révolter… Comme le dit Machiavel: « Il faut arriver à ce qu’il n’y ait plus, dans l’État, que des prolétaires et quelques millionnaires ». On devine de quel côté seront les millionnaires.

Remarquons également, à propos de la spéculation, à quel point cette dernière a explosé aujourd’hui et que le danger que voit Machiavel dans les fortunes indépendantes a eu raison des gouvernements, puisque la richesse du secteur privé dépasse de loin celle du public. Á titre d’exemple, les 500 plus grosses entreprises des États-Unis possèdent 80% du PIB du pays; le mot du gouvernement a donc bien moins à dire que celui des multinationales…

De plus, les plus puissantes personnes des secteurs de pouvoir, qui ne sont soumis à aucune censure démocratique, désignent le plus souvent leur successeur parmi leurs enfants ou leur entourage, ce qui est relativement conforme à la dynastie royale que voudrait imposer Machiavel après son coup d’État despotique.

« Machiavel :

Le pouvoir que je rêve, bien loin, comme vous le voyez, d’avoir des moeurs barbares, doit attirer à lui toutes les forces et tous les talents de la civilisation au sein de laquelle il vit. Il devra s’entourer de publicistes, d’avocats, de jurisconsultes, d’hommes de pratique et d’administration, de gens qui connaissent à fond tous les secrets, tous les ressorts de la vie sociale, qui parlent tous les langages, qui aient étudié l’homme dans tous les milieux. Il faut les prendre partout, n’importe où, car ces gens-là rendent des services étonnants par les procédés ingénieux qu’ils appliquent à la politique. Il faut, avec cela, tout un monde d’économistes, de banquiers, d’industriels, de capitalistes, d’hommes à projets, d’hommes à millions, car tout au fond se résoudra par une question de chiffres.

L’usurpateur d’un État est dans une situation analogue à celle d’un conquérant. Il est condamné à tout renouveler, à dissoudre l’État, à détruire la cité, à changer la face des moeurs.

C’est là le but, mais dans les temps actuels il n’y faut tendre que par des voies obliques, des moyens détournés, des combinaisons habiles, et, autant que possible, exemptes de violence. Je ne détruirai donc pas directement les institutions, mais je les toucherai une à une par un trait de main inaperçu qui en dérangera le mécanisme. Ainsi je toucherai tour à tour à l’organisation judiciaire, au suffrage, à la presse, à la liberté individuelle, à l’enseignement.

Je vous disais, il y a peu d’instants, que les peuples étaient comme les hommes, qu’ils tenaient plus aux apparences qu’à la réalité des choses ; c’est là, en politique, une règle dont je suivrais scrupuleusement les indications ; veuillez me rappeler les principes auxquels vous tenez le plus et vous verrez que je n’en suis pas aussi embarrassé que vous paraissez le croire. Vous ne manqueriez sans doute pas de me parler du principe de la séparation des pouvoirs, de la liberté de la parole et de la presse, de la liberté religieuse, de la liberté individuelle, du droit d’association, de l’égalité devant la loi, de l’inviolabilité de la propriété et du domicile, du droit de pétition, du libre consentement de l’impôt, de la proportionnalité des peines, de la non rétroactivité des lois. Je ne vois nul inconvénient à proclamer ces principes ; j’en ferai même, si vous le voulez, le préambule de ma constitution.

Les gouvernés seront toujours contents du prince, lorsqu’il ne touchera ni à leurs biens, ni à leur honneur, et dès lors il n’a plus à combattre que les prétentions d’un petit nombre de mécontents, dont il vient facilement à bout.

Montesquieu :

On pourrait vous répondre que les droits politiques aussi sont des biens ; qu’il importe aussi à l’honneur des peuples de les maintenir, et qu’en y touchant vous portez en réalité atteinte à leurs biens comme à leur honneur.

Machiavel :

Vous semblez toujours croire que les peuples modernes sont affamés de liberté. Avez-vous prévu le cas où ils n’en veulent plus, et pouvez-vous demander aux princes d’avoir pour elle plus de passion que n’en ont les peuples ? Or, dans vos sociétés si profondément relâchées, où l’individu ne vit plus que dans la sphère de son égoïsme et de ses intérêts matériels, interrogez le plus grand nombre, et vous verrez si, de tous côtés, on ne vous répond pas : Que me fait la politique ? Que m’importe la liberté ? Est-ce que tous les gouvernements ne sont pas les mêmes ? Est-ce qu’un gouvernement ne doit pas se défendre ?

Remarquez-le bien, d’ailleurs, ce n’est même pas le peuple qui tiendra ce langage ; ce seront les bourgeois, les industriels, les gens instruits, les riches, les lettrés, tous ceux qui sont en état d’apprécier vos belles doctrines de droit public. Ils me béniront, ils s’écrieront que je les ai sauvés, qu’ils sont en état de minorité, qu’ils sont incapables de se conduire. Tenez, les nations ont je ne sais quel secret amour pour les vigoureux génies de la force. A tous les actes violents marqués du talent de l’artifice, vous entendrez dire avec une admiration qui surmontera le blâme : Ce n’est pas bien, soit, mais c’est habile, c’est bien joué, c’est fort ! »

La presse

« Machiavel :

Puisque c’est une si grande force que le journalisme, savez-vous ce que ferait mon gouvernement ? Il se ferait journaliste, ce serait le journalisme incarné. Je compterai le nombre de journaux qui représenteront ce que vous appelez l’opposition. S’il y en a dix pour l’opposition, j’en aurai vingt pour le gouvernement ; s’il y en a vingt, j’en aurai quarante ; s’il y en a quarante, j’en aurai quatre-vingts. Voilà à quoi me servira, vous le comprenez à merveille maintenant, la faculté que je me suis réservée d’autoriser la création de nouvelles feuilles politiques. Il ne faut pas que la masse du public puisse soupçonner cette tactique ; la combinaison serait manquée et l’opinion se détacherait d’elle-même des journaux qui défendraient ouvertement ma politique.

Je diviserai en trois ou quatre catégories les feuilles dévouées à mon pouvoir. Au premier rang je mettrai un certain nombre de journaux dont la nuance sera franchement officielle, et qui, en toutes rencontres, défendront mes actes à outrance. Ce ne sont pas ceux-là, je commence par vous le dire, qui auront le plus d’ascendant sur l’opinion. Au second rang je placerai une autre phalange de journaux dont le caractère ne sera déjà plus qu’officieux et dont la mission sera de rallier à mon pouvoir cette masse d’hommes tièdes et indifférents qui acceptent sans scrupule ce qui est constitué, mais ne vont pas au delà dans leur religion politique.

C’est dans les catégories de journaux qui vont suivre que se trouveront les leviers les plus puissants de mon pouvoir. Ici, la nuance officielle ou officieuse se dégrade complétement, en apparence, bien entendu, car les journaux dont je vais vous parler seront tous rattachés par la même chaîne à mon gouvernement, chaîne visible pour les uns, invisible à l’égard des autres. Je n’entreprends point de vous dire quel en sera le nombre, car je compterai un organe dévoué dans chaque opinion, dans chaque parti ; j’aurai un organe aristocratique dans le parti aristocratique, un organe républicain dans le parti républicain, un organe révolutionnaire dans le parti révolutionnaire, un organe anarchiste, au besoin, dans le parti anarchiste. Comme le dieu Wishnou, ma presse aura cent bras, et ces bras donneront la main à toutes les nuances d’opinion quelconque sur la surface entière du pays. On sera de mon parti sans le savoir. Ceux qui croiront parler leur langue parleront la mienne, ceux qui croiront agiter leur parti agiteront le mien, ceux qui croiront marcher sous leur drapeau marcheront sous le mien.

Montesquieu :

Je me demande seulement, comment vous pourrez diriger et rallier toutes ces milices de publicité clandestinement embauchées par votre gouvernement.

Machiavel :

Ce n’est là qu’une affaire d’organisation, vous devez le comprendre ; j’instituerai, par exemple, sous le titre de division de l’imprimerie et de la presse, un centre d’action commun où l’on viendra chercher la consigne et d’où partira le signal. Alors, pour ceux qui ne seront qu’à moitié dans le secret de cette combinaison, il se passera un spectacle bizarre ; on verra des feuilles, dévouées à mon gouvernement, qui m’attaqueront, qui crieront, qui me susciteront une foule de tracas.

Remarquez bien que jamais les bases ni les principes de mon gouvernement ne seront attaqués par les journaux dont je vous parle ; ils ne feront jamais qu’une polémique d’escarmouche, qu’une opposition dynastique dans les limites les plus étroites. Le résultat, vraiment considérable déjà, sera de faire dire, par le plus grand nombre : Mais vous voyez bien qu’on est libre, qu’on peut parler sous ce régime, qu’il est injustement attaqué, qu’au lieu de comprimer, comme il pourrait le faire, il souffre, il tolère ! Un autre résultat, non moins important, sera de provoquer, par exemple, des observations comme celles-ci : Voyez à quel point les bases de ce gouvernement, ses principes, s’imposent au respect de tous ; voilà des journaux qui se permettent les plus grandes libertés de langage, eh bien, jamais ils n’attaquent les institutions établies. Il faut qu’elles soient au-dessus des injustices des passions, puisque les ennemis mêmes du gouvernement ne peuvent s’empêcher de leur rendre hommage.

Montesquieu :

Voilà, je l’avoue, qui est vraiment machiavélique.

Machiavel :

Vous me faites beaucoup d’honneur, mais il y a mieux : A l’aide du dévouement occulte de ces feuilles publiques, je puis dire que je dirige à mon gré l’opinion dans toutes les questions de politique intérieure ou extérieure. J’excite ou j’endors les esprits, je les rassure ou je les déconcerte, je plaide le pour et le contre, le vrai et le faux. Je fais annoncer un fait et je le fais démentir suivant les circonstances ; je sonde ainsi la pensée publique, je recueille l’impression produite, j’essaie des combinaisons, des projets, des déterminations soudaines, enfin ce que vous appelez, en France, des ballons d’essai. Je combats à mon gré mes ennemis sans jamais compromettre mon pouvoir, car, après avoir fait parler ces feuilles, je puis leur infliger, au besoin, les désaveux les plus énergiques ; je sollicite l’opinion à de certaines résolutions, je la pousse ou je la retiens, j’ai toujours le doigt sur ses pulsations, elle reflète, sans le savoir, mes impressions personnelles, et elle s’émerveille parfois d’être si constamment d’accord avec son souverain. On dit alors que j’ai la fibre populaire, qu’il y a une sympathie secrète et mystérieuse qui m’unit aux mouvements de mon peuple. »

Commentaire :

Il n’est pas aisé, au premier abord, de se douter de combien les médias d’aujourd’hui sont reliés aux intérêts des gouvernements et/ou des grands empires financiers. En effet, les chaînes de télévision, de radio, les journaux, les maisons d’édition de livres, etc., qui n’appartiennent pas directement au gouvernement sont les biens de grandes entreprises privées. Ainsi, Europe 1 et Hachette appartiennent à Lagardère, l’actionnaire principal de TF1 est Bouygues, RTL Group appartient à Bertelsmann, etc… Parce que toute entreprise de communication qui sera écoutée et popularisée ne pourra qu’être financée par un ou des puissants groupes qui ont tous de nombreux intérêts communs avec leurs semblables, il est toujours vital de rechercher qui donne les subsides de quelle entreprise ou de quel institut. C’est parce que l’on ignore souvent ces sources que l’on peut être leurré par tel moyen de communication d’opposition, qui en fait, pourrait très bien être relié aux intérêts du poivoir, tout comme dans le gouvernement imaginé par Machiavel. Il est alors aussi facile de diriger la pensée de ceux qui se laisseront tromper que de piéger ceux qui participeront à des manifestations ou autres activités d’opposition qui seraient, en fait, également liées au pouvoir. Dans ces cas-là, par exemple, quelques agitateurs infiltrés se débrouillent parfaitement bien pour discréditer toute l’optique de manifestants. De même, un candidat à une élection, quelle qu’elle soit, jouera peut-être le mécontent du système, le grand réformateur, mais s’avérera souvent être un pion d’intérêts financiers qui auront misé sur la confiance et l’enthousiasme qu’il aura suscités chez les gens pour mieux les tromper. Les vraies forces d’opposition indépendantes, les vrais hommes rebelles qui ne répondent pas d’intérêts oligarchiques, sont discrédités par une propagande abondante, dans le cas où ils auraient réussi à se rallier un certain nombre d’adeptes. Dans la plupart des cas, peu popularisés, ils ne constituent pas une menace digne d’être écartée.

En outre, les médias populaires, prétendument objectifs, qui font de la soi-disante opposition ne remettront jamais en question les bases du système. Comme le dit si bien Machiavel, les gens penseront alors que le fait qu’il y ait une critique signifiera qu’il y a de la liberté, mais que les fondations mêmes du système sont trop parfaites pour pouvoir être critiquées, infaillibles. Nous remarquons parfaitement la même chose lorsque nous sommes longuement bassinés par telle ou telle injure qu’aurait prononcée le président Sarkozy, appelés à s’indigner sur le prix exorbitant de ses dernières vacances, sur tel scandale de détournement de fonds qui pourtant, s’empresserait-on d’ajouter ou de sous-entendre, serait un cas isolé,… Ce ton critique, agressif, osé, donne l’impression d’une opposition, mais ces choses sont d’une frivolité telle qu’elles ne serviront qu’à en maintenir l’illusion, car jamais l’essentiel ne sera mis en cause; au contraire, la multitude des informations insignifiantes que l’on préférera dispenser massivement au lieu de cela empêcheront de s’en apercevoir.

« Montesquieu :

Ces diverses combinaisons me paraissent d’une perfection idéale. Je vous soumets cependant encore une observation, mais très-timide cette fois : Si vous sortez du silence de la Chine, si vous permettez à la milice de vos journaux de faire, au profit de vos desseins, l’opposition postiche dont vous venez de me parler, je ne vois pas trop, en vérité, comment vous pourrez empêcher les journaux non affiliés de répondre, par de véritables coups, aux agaceries dont ils devineront le manége. Ne pensez-vous pas qu’ils finiront par lever quelques-uns des voiles qui couvrent tant de ressorts mystérieux ? Quand ils connaîtront le secret de cette comédie, pourrez-vous les empêcher d’en rire ? Le jeu me paraît bien scabreux.

Machiavel :

Pas du tout ; je vous dirai que j’ai employé, ici, une grande partie de mon temps à examiner le fort et le faible de ces combinaisons, je me suis beaucoup renseigné sur ce qui touche aux conditions d’existence de la presse dans les pays parlementaires. Vous devez savoir que le journalisme est une sorte de franc-maçonnerie : ceux qui en vivent sont tous plus ou moins rattachés les uns aux autres par les liens de la discrétion professionnelle ; pareils aux anciens augures, ils ne divulguent pas aisément le secret de leurs oracles. Ils ne gagneraient rien à se trahir, car ils ont pour la plupart des plaies plus ou moins honteuses. Il est assez probable, j’en conviens, qu’au centre de la capitale, dans un certain rayon de personnes, ces choses ne seront pas un mystère ; mais, partout ailleurs, on ne s’en doutera pas, et la grande majorité de la nation marchera avec la confiance la plus entière sur la trace des guides que je lui aurai donnés.

Vous savez avec quelle discrétion et quels ménagements ingénieux doivent être rédigés les documents de l’autorité, dans les conjonctures importantes : le problème à résoudre en pareil cas est de donner une sorte de satisfaction à tous les partis. Eh bien, chacun de mes journaux, suivant sa nuance, s’efforcera de persuader à chaque parti que la résolution que l’on a prise est celle qui le favorise le plus. Ce qui ne sera pas écrit dans un document officiel, on l’en fera sortir par voie d’interprétation ; ce qui ne sera qu’indiqué, les journaux officieux le traduiront plus ouvertement, les journaux démocratiques et révolutionnaires le crieront par dessus les toits ; et tandis qu’on se disputera, qu’on donnera les interprétations les plus diverses à mes actes, mon gouvernement pourra toujours répondre à tous et à chacun : Vous vous trompez sur mes intentions, vous avez mal lu mes déclarations ; je n’ai jamais voulu dire que ceci ou que cela.

Ce sont les paroles bien plus que les actes qu’il s’agit de faire accorder. Comment voulez-vous que la grande masse d’une nation puisse juger si c’est la logique qui mène son gouvernement ? Il suffit de le lui dire. Je veux donc que les diverses phases de ma politique soient présentées comme le développement d’une pensée unique se rattachant à un but immuable. Chaque événement prévu ou imprévu sera un résultat sagement amené, les écarts de direction ne seront que les différentes faces de la même question, les voies diverses qui conduisent au même but, les moyens variés d’une solution identique poursuivie sans relâche à travers les obstacles. Le dernier événement sera donné comme la conclusion logique de tous les autres.

Je n’oublierais pas que je vis dans une époque où l’on croit pouvoir résoudre, par l’industrie, tous les problèmes de la société, où l’on s’occupe sans cesse de l’amélioration du sort des classes ouvrières. Je m’attacherais d’autant plus à ces questions, qu’elles sont un dérivatif très-heureux pour les préoccupations de la politique intérieure. Chez les peuples méridionaux, il faut que les gouvernements paraissent sans cesse occupés ; les masses consentent à être inactives, mais à une condition, c’est que ceux qui les gouvernent leur donnent le spectacle d’une activité incessante, d’une sorte de fièvre ; qu’ils attirent constamment leurs yeux par des nouveautés, par des surprises, par des coups de théâtre ; cela est bizarre peut-être, mais, encore une fois, cela est.

Je me conformerais de point en point à ces indications ; en conséquence, je ferais, en matière de commerce, d’industrie, d’arts et même d’administration, étudier toutes sortes de projets, de plans, de combinaisons, de changements, de remaniements, d’améliorations dont le retentissement dans la presse couvrirait la voix des publicistes les plus nombreux et les plus féconds. L’économie politique a, dit-on, fait fortune chez vous, eh bien, je ne laisserais rien à inventer, rien à publier, rien à dire même à vos théoriciens, à vos utopistes, aux déclamateurs les plus passionnés de vos écoles. Le bien-être du peuple serait l’objet unique, invariable, de mes confidences publiques. Soit que je parle moi-même, soit que je fasse parler par mes ministres ou mes écrivains, on ne tarirait jamais sur la grandeur du pays, sur la prospérité, sur la majesté de sa mission et de ses destinées ; on ne cesserait de l’entretenir des grands principes du droit moderne, des grands problèmes qui agitent l’humanité. Le libéralisme le plus enthousiaste, le plus universel, respirerait dans mes écrits. »

Commentaire :

Á nouveau, Machiavel parle de la facilité avec laquelle il est facile de tromper l’opinion publique en arguant de bonnes intentions, et du peu d’importance qu’auront les quelques rares esprits, incompris et raillés, qui auront percé la ruse à jour. Il confirme également ce que nous avons dit précédemment lorsqu’il dit qu’il faut donner des préoccupations à l’opinion publique, occuper son esprit, par toute une foule de choses qui occulteront des informations plus essentielles. Pendant ce temps, il pourra continuer de régner tranquillement, voire même faire passer l’une ou l’autre mesure qui aurait soi-disant pour but d’aider à accomplir telle ou telle grande oeuvre sur laquelle la société s’échine. Il est effectivement facile de constater que lorsque l’esprit public est occupé ou choqué, comme cela s’est passé lors du 11 septembre ou de quelque grand autre événement comme un cataclysme naturel, des mesures passent en force et, si elles ne sont pas présentées comme garantes d’une amélioration de la situation, dans l’ignorance et l’indifférence générales.

« Machiavel :

Il serait très-important de mettre en relief les fautes de ceux qui m’ont précédé, de montrer que j’ai su les éviter toujours. On entretiendrait ainsi, contre les régimes auxquels mon pouvoir a succédé, une sorte d’antipathie, d’aversion même, qui finirait par devenir irréparable comme une expiation.

Dans les pays les plus avancés de l’Europe en civilisation, l’invention de l’imprimerie a fini par donner naissance à une littérature folle, furieuse, effrénée, presque immonde, c’est un grand mal. Eh bien, cela est triste à dire, mais il suffira presque de ne pas la gêner, pour que cette rage d’écrire, qui possède vos pays parlementaires, soit à peu près satisfaite.

Cette littérature pestiférée dont on ne peut empêcher le cours, la platitude des écrivains et des hommes politiques qui seraient en possession du journalisme, ne manquerait pas de former un contraste repoussant avec la dignité du langage qui tomberait des marches du trône, avec la dialectique vivace et colorée dont on aurait soin d’appuyer toutes les manifestations du pouvoir. Vous comprenez, maintenant, pourquoi j’ai voulu environner le prince de cet essaim de publicistes, d’hommes d’administration, d’avocats, d’hommes d’affaires et de jurisconsultes qui sont essentiels à la rédaction de cette quantité de communications officielles dont je vous ai parlé, et dont l’impression serait toujours très-forte sur les esprits. »

Commentaire :

Encore une fois, on compte sur l’effet ménagé par toute cette panoplie « d’experts » dont regorge le gouvernement pour impressionner les gens, qui, espère t-on, seront plus tentés de remettre leur confiance en ces personnes qu’en qui que ce soit d’autre. L’apparence joue donc un grand rôle, à nouveau.

Les sociétés secrètes

« Machiavel :

Le monde souterrain des sociétés secrètes est rempli de cerveaux vides, dont je ne fais pas le moindre cas, mais il y a là des directions à donner, des forces à mouvoir. S’il s’y agite quelque chose, c’est ma main qui remue ; s’il s’y prépare un complot, le chef c’est moi : je suis le chef de la ligue.

Montesquieu :

Et vous croyez que ces cohortes de démocrates, ces républicains, ces anarchistes, ces terroristes vous laisseront approcher et rompre le pain avec eux ; vous pouvez croire que ceux qui ne veulent point de domination humaine accepteront un guide qui sera autant dire un maître !

Montesquieu :

C’est que vous ne connaissez pas, ô Montesquieu, ce qu’il y a d’impuissance et même de niaiserie chez la plupart des hommes de la démagogie européenne. Ces tigres ont des âmes de mouton, des têtes pleines de vent ; il suffit de parler leur langage pour pénétrer dans leur rang. Leurs idées ont presque toutes, d’ailleurs, des affinités incroyables avec les doctrines du pouvoir absolu. Leur rêve est l’absorption des individus, dans une unité symbolique. Ils demandent la réalisation complète de l’égalité, par la vertu d’un pouvoir qui ne peut être en définitive que dans la main d’un seul homme. Vous voyez que je suis encore ici le chef de leur école ! Et puis il faut dire qu’ils n’ont pas le choix. Les sociétés secrètes existeront dans les conditions que je viens de dire ou elles n’existeront pas. »

Commentaire :

Peu de chose à ajouter par rapport à ce que nous avons déjà dit, mais cet extrait renforce la présence du gouvernement dans ce qui pourrait constituer une opposition potentielle, pour la dévier de son but et être au courant des éventuels complots qui se trament. Cela ne fait que rejoindre ce que j’ai dit à propos des gens qui penseront se diriger vers quelque forme d’opposition, et que l’on piégera.

Législatif et judiciaire

« Machiavel :

La cour de cassation est plus qu’un corps judiciaire : c’est, en quelque sorte, un quatrième pouvoir dans l’État, parce qu’il lui appartient de fixer en dernier ressort le sens de la loi. Aussi vous répéterai-je ici ce que je crois vous avoir dit à propos du Sénat et de l’Assemblée législative : une semblable cour de justice qui serait complétement indépendante du gouvernement pourrait, en vertu de son pouvoir d’interprétation souverain et presque discrétionnaire, le renverser quand elle voudrait. Il lui suffirait pour cela de restreindre ou d’étendre systématiquement, dans le sens de la liberté, les dispositions de lois qui règlent l’exercice des droits politiques.

Montesquieu :

Et c’est apparemment le contraire que vous allez lui demander ?

Machiavel :

Je ne lui demanderai rien, elle fera d’elle-même ce qu’il conviendra de faire. Car c’est ici que concourront le plus puissamment les différentes causes d’influence dont je vous ai parlé plus haut. Plus le juge est près du pouvoir, plus il lui appartient. L’esprit conservateur du règne se développera là à un plus haut degré que partout ailleurs, et les lois de haute police politique recevront, dans le sein de cette grande assemblée, une interprétation si favorable à mon pouvoir, que je serai dispensé d’une foule de mesures restrictives qui, sans cela, deviendraient nécessaires.

Il faut maintenant donner au gouvernement le moyen de résister à l’influence de l’opposition, d’empêcher qu’elle ne fasse déserter les rangs de ceux qui veulent le défendre. Au moment des élections, les partis ont pour habitude de proclamer leurs candidats et de les poser en face du gouvernement ; je ferai comme eux, j’aurai des candidats déclarés et je les poserai en face des partis. J’irai jusqu’à fermer les yeux sur les agissements de quelques candidatures populaires qui s’agiteront bruyamment au nom de la liberté ; seulement, il est bon de vous dire que ceux qui crieront le plus fort seront des hommes à moi.

L’essentiel est bien moins de ne commettre aucune faute, que d’en supporter la responsabilité avec une attitude d’énergie qui impose aux détracteurs. Quand même l’opposition parviendrait à introduire dans ma chambre quelques déclamateurs, que m’importerait ? Je ne suis pas de ceux qui veulent compter sans les nécessités de leur temps.

Un de mes grands principes est d’opposer les semblables. De même que j’use la presse par la presse, j’userais la tribune par la tribune ; j’aurais autant qu’il en faudrait d’hommes dressés à la parole et capables de parler plusieurs heures sans s’arrêter. L’essentiel est d’avoir une majorité compacte et un président dont on soit sûr. Il y a un art particulier de conduire les débats et d’enlever le vote. Aurais-je besoin d’ailleurs des artifices de la stratégie parlementaire ? Les dix-neuf vingtièmes de la Chambre seraient des hommes à moi qui voteraient sur une consigne, tandis que je ferais mouvoir les fils d’une opposition factice et clandestinement embauchée ; après cela, qu’on vienne faire de beaux discours : ils entreront dans les oreilles de mes députés comme le vent entre dans le trou d’une serrure. »

Commentaire :

Bien qu’un bon nombre de précautions conseillées par Machiavel dans les Dialogues aux Enfers n’existent pas aujourd’hui (c’est pourquoi je ne les ai pas extraites), il semble que le même effet de domination du pouvoir sur des organes tels que l’Assemblée Nationale, le Sénat, et les institutions judiciaires, aient pu se faire avec nettement plus de facilité que ce qu’il imaginait. On peut effectivement se douter que le député, le juge et le sénateur, faisant partie d’un corps social privilégié, aient une tendance naturelle à aider les intérêts des « riches », de même que, pour accéder à leur fonction, ils doivent sans doute avoir assuré de jouer le jeu. En tout cas, il est clair que, dans la réalité des choses, ces forces sont bel et bien sous influence. Ainsi, l’UMP est censé faire opposition au PS en France, et inversément; mais il faudrait être bien dupe pour croire qu’il existe des différences réelles entre les deux partis. Il n’y a effectivement pas de ligne réellement définie; ils servent les mêmes intérêts. Le PS a souvent plus privatisé qu’il n’a nationalisé, et ses membres s’entendent généralement bien avec l’UMP pour faire avancer les intérêts d’un amour qu’ils ont le plus particulièrement en commun: celui de l’argent. Donc, aucune loi et aucune décision judiciaire ne pourront gêner réellement l’ordre établi.

L’éducation

« Machiavel :

En ce qui touche l’Université, l’ordre de choses actuel me satisfait à peu près. Vous n’ignorez pas, en effet, que ces grands corps d’enseignement ne sont plus organisés, aujourd’hui, comme ils l’étaient autrefois. Ils ont presque partout, m’assure-t-on, perdu leur autonomie et ne sont plus que des services publics à la charge de l’État. Or, ainsi que je vous l’ai dit plus d’une fois, là où est l’État, là est le prince ; la direction morale des établissements publics est entre ses mains ; ce sont ses agents qui inspirent l’esprit de la jeunesse. Les chefs comme les membres des corps enseignants de tous les degrés sont nommés par le gouvernement, ils y sont rattachés, ils en dépendent, cela suffit ; s’il reste çà et là quelques traces d’organisation indépendante dans quelque école publique ou Académie que ce soit, il est facile de la ramener au centre commun d’unité et de direction. C’est l’affaire d’un règlement ou même d’un simple arrêté ministériel. Il faut que les générations qui naissent sous mon règne soient élevées dans le respect des institutions établies, dans l’amour du prince ; aussi ferais-je un usage assez ingénieux du pouvoir de direction qui m’appartient sur l’enseignement : je crois qu’en général dans les écoles on a un grand tort, c’est de négliger l’histoire contemporaine. Il est au moins aussi essentiel de connaître son temps que celui de Périclès »

Commentaire :

Voilà bien un secteur où l’ordre établi ne risquera pas non plus d’être remis sérieusement en cause, avec toute la sincérité des professeurs, si ce n’est l’une ou l’autre exception qui bénéficiera d’assez de lucidité et d’indépendance. Il est aussi intéressant de constater que comme le dit Machiavel, on y néglige à tort l’histoire comtemporaine. La tendance est plutôt dans la diabolisation des temps anciens et la vénération du système présent, ce que j’aime appeler le culte du présent. En effet, les régimes absolutistes d’autrefois n’étaient-ils pas si laids, et notre démocratie si merveilleuse d’aujourd’hui n’est-elle pas si belle ? Il n’y a malheureusement que trop peu de gens qui se rendent compte que ce que l’on fait aujourd’hui n’est que ce que l’on faisait hier dans une forme différente…

Les complots

« Machiavel :

Je voudrais avoir un prince de ma maison, assis sur les marches de mon trône, qui jouerait au mécontent. Sa mission consisterait à se poser en libéral, en détracteur de mon gouvernement et à rallier ainsi, pour les observer de plus près, ceux qui, dans les rangs les plus élevés de mon royaume, pourraient faire un peu de démagogie. A cheval sur les intrigues intérieures et extérieures, le prince auquel je confierais cette mission ferait ainsi jouer un jeu de dupe à ceux qui ne seraient pas dans le secret de la comédie.

Il y aura des complots sous mon règne : il faut qu’il y en ait.

Il y aura peut-être des complots vrais, je n’en réponds pas ; mais à coup sûr il y aura des complots simulés. A de certains moments, ce peut être un excellent moyen pour exciter la sympathie du peuple en faveur du prince, lorsque sa popularité décroît. En intimidant l’esprit public on obtient, au besoin, par là, les mesures de rigueur que l’on veut, ou l’on maintient celles qui existent. Les fausses conspirations, dont, bien entendu, il ne faut user qu’avec la plus grande mesure, ont encore un autre avantage : c’est qu’elles permettent de découvrir les complots réels, en donnant lieu à des perquisitions qui conduisent à rechercher partout la trace de ce qu’on soupçonne.

Avec le système que j’organiserai, je serai si complétement renseigné, que je pourrai tolérer même des agissements coupables, parce qu’à chaque minute du jour j’aurai le pouvoir de les arrêter. »

Commentaire :

La meilleure preuve contemporaine que l’on peut prendre des mesures extraordinaires grâce à un complot simulé me semble être le 11 septembre; comme nous en avons déjà parlé, le choc de cet événement a permis de faire passer toute une série de mesures sous prétexte d’empêcher que cela se reproduise. Mais quoi de pire que la perspective que l’événement ait été créé de toute pièces ? Face à l’absurdité de la version officielle et aux analyses minutieuses qui ont été faites à ce sujet, nous savons malheureusement que cela a d’ailleurs bien été le cas…

« Montesquieu :

Les tolérer, et pourquoi ?

Machiavel :

Parce que dans les États européens le monarque absolu ne doit pas indiscrètement user de la force ; parce qu’il y a toujours, dans le fond de la société, des activités souterraines sur lesquelles on ne peut rien quand elles ne se formulent pas ; parce qu’il faut éviter avec grand soin d’alarmer l’opinion sur la sécurité du pouvoir ; parce que les partis se contentent de murmures, de taquineries inoffensives, quand ils sont réduits à l’impuissance et que prétendre désarmer jusqu’à leur mauvaise humeur, serait une folie. On les entendra donc se plaindre, çà et là, dans les journaux, dans les livres ; ils essaieront des allusions contre le gouvernement dans quelques discours ou dans quelques plaidoyers ; ils feront, sous divers prétextes, quelques petites manifestations d’existence ; tout cela sera bien timide, je vous le jure, et le public s’il en est informé, ne sera guère tenté que d’en rire. On me trouvera bien bon de supporter cela, je passerai pour trop débonnaire ; voilà pourquoi je tolérerai ce qui, bien entendu, me paraîtra pouvoir l’être sans aucun danger : je ne veux pas même que l’on puisse dire que mon gouvernement est ombrageux. »

La manipulation de la religion

Montesquieu :

Il n’est que trop vrai que l’on peut prêter aux mesures les plus détestables, le langage de la raison ! Mais voyons, qu’allez-vous faire maintenant à l’égard du clergé ? Voilà une institution qui ne dépend de l’État que par un côté et qui relève d’une puissance spirituelle, dont le siége est ailleurs que chez vous. Je ne connais rien de plus dangereux pour votre pouvoir, je vous le déclare, que cette puissance qui parle au nom du ciel et dont les racines sont partout sur la terre : n’oubliez pas que la parole chrétienne est une parole de liberté. Sans doute, les lois de l’État ont établi une démarcation profonde entre l’autorité religieuse et l’autorité politique ; sans doute, la parole des ministres du culte ne se fera entendre qu’au nom de l’Évangile ; mais le spiritualisme divin qui s’en dégage est la pierre d’achoppement du matérialisme politique. C’est ce livre si humble et si doux qui a détruit, à lui seul, et l’empire Romain, et le césarisme, et sa puissance. Les nations franchement chrétiennes échapperont toujours au despotisme, car le christianisme élève la dignité de l’homme trop haut pour que le despotisme puisse l’atteindre, car il développe des forces morales sur lesquelles le pouvoir humain n’a pas de prise[10]. Prenez garde au prêtre : il ne dépend que de Dieu, et son influence est partout, dans le sanctuaire, dans la famille, dans l’école. Vous ne pouvez rien sur lui : sa hiérarchie n’est pas la vôtre, il obéit à une constitution qui ne se tranche ni par la loi, ni par l’épée. Si vous régnez sur une nation catholique et que vous ayez le clergé pour ennemi, vous périrez tôt ou tard, quand bien même le peuple entier serait pour vous.

[10] Esp. des lois, p. 371, liv. XXIV, ch. I et suiv.

Machiavel :

Je ne sais pas trop pourquoi il vous plaît de faire du prêtre un apôtre de liberté. Je n’ai jamais vu cela, ni dans les temps anciens, ni dans les temps modernes ; j’ai toujours trouvé dans le sacerdoce un appui naturel du pouvoir absolu.

Commentaire :

L’histoire démontre que Machiavel a amplement raison ; la religion a toujours été un prétexte à la mise en place d’un pouvoir temporel déguisé et despotique. Bien qu’elle joue un bien moindre rôle aujourd’hui, il n’empêche qu’il subsiste un bon nombre de « fidèles » loyaux à la parole du pape et des autres personnages haut placés du Vatican. À partir du moment où l’on contrôle l’opinion publique par tous les stratagèmes que nous avons abordés, il est logique de souhaiter dominer également le Vatican de sorte à ce que le pouvoir de manipulation des esprits soit complet. Malheureusement, cette vérité est elle aussi réalité, comme le démontrent les extraits suivants, qui utilisent honteusement le message religieux pour promouvoir, de façon plus ou moins subliminale, le mondialisme.

Le 24 décembre 2005, Benoît XVI a délivré son message de Noël : « La force vivifiante de sa lumière (de Dieu) t’encourage à t’engager dans l’édification d’un Nouvel Ordre Mondial, fondé sur de justes relations éthiques et économiques. Que son amour guide les peuples et éclaire leur conscience commune d’être une famille appelée à construire des relations de confiance et de soutien mutuel. L’humanité unie pourra affronter les problèmes nombreux et préoccupants du monde présent. »

« Peter-Hans Kolvenbach, supérieur général de l’Ordre des Jésuites. Dans un discours tenu en 1997, ce prince de l’Église a réaffirmé la nécessité de l’unité dans des termes proches de l’Être suprême : « L’homme de foi est intimement convaincu que l’histoire de l’union humaine peut être écrite en collaboration avec le Seigneur de l’Histoire. L’échec de la tour de Babel n’est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phénomène pentecostal où chacun, avec ses particularités, se fait communion avec l’esprit. »

« Dès que possible, nous devons arriver à élaborer un gouvernement mondial et une religion mondiale dirigées par un leader mondial » Robert Muller (ancien assistant au secrétaire général de l’ONU)

Cette dernière citation montre que la religion n’a pas cessé d’être perçu comme un outil de manipulation utile et efficace par ceux qui se trouvent dans les plus hautes sphères du pouvoir.

Montesquieu :

Ce serait un coup de maître, si vous teniez à Rome une garnison perpétuelle, car vous disposeriez presque du Saint-Siége, comme s’il résidait dans quelque province de votre royaume. Mais enfin, si au lieu de trouver dans la chaire de Saint-Pierre un Borgia ou un Dubois, comme vous paraissez y compter, vous aviez en face de vous un pape qui résistât à vos intrigues et bravât votre colère, que feriez-vous ?

Machiavel :

Alors, il faudrait bien s’y résoudre, sous prétexte de défendre le pouvoir temporel, je déterminerais sa chute.

Montesquieu :

Vous avez ce que l’on appelle du génie !

Les finances

 « Montesquieu:

Oui, mais c’est ici que commence la difficulté. Je sais comment les gouvernements représentatifs pourvoient à leurs besoins financiers, mais je n’ai aucune idée des moyens d’existence du pouvoir absolu dans les sociétés modernes. Si j’interroge le passé, je vois très-clairement qu’il ne peut subsister qu’aux conditions suivantes : il faut, en premier lieu, que le monarque absolu soit un chef militaire, vous le reconnaissez sans doute.

Machiavel:

Oui.

Montesquieu:

Il faut, de plus, qu’il soit conquérant, car c’est à la guerre qu’il doit demander les principales ressources qui lui sont nécessaires pour entretenir son faste et ses armées. S’il les demandait à l’impôt, il écraserait ses sujets. Vous voyez par là que ce n’est pas, parce que le monarque absolu dépense moins, qu’il doit ménager les tributs, mais parce que la loi de sa subsistance est ailleurs. »

Commentaire :

Il n’est pas utile de s’étendre sur ce point, car je pense que tout le monde aura fait le rapprochement avec le comportement belliqueux des États-Unis, plus grande « démocratie absolutiste » du monde, et qui, avec 400 milliards de $ attribués chaque année au secteur militaire, dépendent de guerres chroniques pour suivre la logique de leur économie. Outre les deux conflits mondiaux, quand ils ne sont pas en Corée (1951), au Vietnam (1964-1973), au Panama (1989), en Irak (1991), en Serbie (1999), en Afghanistan (2001), encore en Irak (2003), ils trouvent toujours bien l’un ou l’autre pays à qui vendre des armes, un camp à aider contre un autre, comme Taïwan ou plusieurs pays africains.

« Machiavel :

Il y a une manière particulière de présenter le budget, d’en dissimuler, au besoin, l’élévation croissante. Il n’est pas de gouvernement qui ne soit dans la nécessité d’en agir ainsi.

Montesquieu :

Puisque vos dépenses augmentent, il faut bien que vos ressources croissent dans la même proportion. Trouverez-vous, comme Jules César, une valeur de deux milliards de francs dans les coffres de l’État, ou découvrirez-vous les sources du Potose ?

Machiavel :

Vos traits sont fort ingénieux ; je ferai ce que font tous les gouvernements possibles, j’emprunterai.

Quelquefois il y a, vous le savez, en finances des mots tout faits, des phrases stéréotypées, qui font beaucoup d’effet sur le public, le calment, le rassurent.

Ainsi, en présentant avec art telle ou telle dette passive, on dit : ce chiffre n’a rien d’exorbitant ; – il est normal, il est conforme aux antécédents budgétaires ; – le chiffre de la dette flottante n’a rien que de très-rassurant. Il y a une foule de locutions semblables dont je ne vous parle pas parce qu’il est d’autres artifices pratiques, plus importants, sur lesquels je dois appeler votre attention.

D’abord, dans tous les documents officiels il est nécessaire d’insister sur le développement de la prospérité, de l’activité commerciale et du progrès toujours croissant de la consommation.

Le contribuable s’émeut moins de la disproportion des budgets, quand on lui répète ces choses, et on peut les lui répéter à satiété, sans que jamais il s’en défie, tant les écritures authentiques produisent un effet magique sur l’esprit des sots bourgeois. Lorsque l’équilibre des budgets est rompu et que l’on veut, pour l’année suivante, préparer l’esprit public à quelque mécompte, on dit à l’avance, dans un rapport, l’année prochaine le découvert ne sera que de tant.

Si le découvert est inférieur aux prévisions, c’est un véritable triomphe ; s’il est supérieur, on dit : « le déficit a été plus grand qu’on ne l’avait prévu, mais il s’était élevé à un chiffre supérieur l’année précédente ; de compte fait, la situation est meilleure, car on a dépensé moins et cependant on a traversé des circonstances exceptionnellement difficiles : la guerre, la disette, les épidémies, des crises de subsistances imprévues, etc. »

« Mais, l’année prochaine, l’augmentation des recettes permettra, suivant toute probabilité, d’atteindre un équilibre depuis si longtemps désiré : la dette sera réduite, le budget convenablement balancé. Ce progrès continuera, on peut l’espérer, et, sauf des événements extraordinaires, l’équilibre deviendra l’habitude de nos finances, comme il en est la règle. »

Montesquieu :

Mais ne vous préoccuperez-vous pas de payer enfin ?

Machiavel :

A cet égard les moyens sont très-variés : il y a d’abord l’impôt.

Machiavel :

Il y a d’autres moyens : il y a ce que l’on appelle la conversion. Ceci est relatif à la dette que l’on appelle consolidée, c’est-à-dire à celle qui provient de l’émission des emprunts. On dit aux rentiers de l’État, par exemple : jusqu’à ce jour je vous ai payé 5 p.c. de votre argent ; c’était le taux de votre rente. J’entends ne plus vous payer que le 4 1/2 ou le 4 p.c. Consentez à cette réduction ou recevez le remboursement du capital que vous m’avez prêté.

Montesquieu :

Mais si l’on rend réellement l’argent, je trouve le procédé encore assez honnête.

Machiavel :

Sans doute on le rend, si on le réclame ; mais très-peu s’en soucient ; les rentiers ont leurs habitudes ; leurs fonds sont placés ; ils ont confiance dans l’État ; ils aiment mieux un revenu moindre et un placement sûr. Si tout le monde demandait son argent il est évident que le Trésor serait pris au lacet. Cela n’arrive jamais et l’on se débarrasse par ce moyen d’un passif de plusieurs centaines de millions. Voici une autre combinaison relative à un autre genre de dette. Je vous disais tout à l’heure que l’État avait à sa disposition les fonds des caisses de prévoyance et qu’il s’en servait en payant le loyer, sauf à les rendre à première réquisition. Si, après les avoir longtemps maniés, il n’est plus en mesure de les rendre, il consolide la dette qui flotte dans ses mains.

Montesquieu :

Je sais ce que cela signifie ; l’État dit aux déposants : Vous voulez votre argent, je ne l’ai plus ; voilà de la rente.

Machiavel :

Précisément, et il consolide de la même manière toutes les dettes auxquelles il ne peut plus suffire. Il consolide les bons du Trésor, les dettes contractées envers les villes, envers les banques, enfin toutes celles qui forment ce que l’on appelle très-pittoresquement la dette flottante, parce qu’elle se compose de créances qui n’ont point d’assiette déterminée et qui sont à une échéance plus ou moins rapprochée. Je ne vous indique seulement pas la millième partie des combinaisons que l’on peut employer. Loin de redouter l’accroissement des rentes perpétuelles, je voudrais que la fortune publique entière fût en rentes ; je ferais en sorte que les villes, les communes, les établissements publics convertissent en rentes leurs immeubles ou leurs capitaux mobiliers. C’est l’intérêt même de ma dynastie qui me commanderait ces mesures financières. Il n’y aurait pas dans mon royaume un écu qui ne tînt par un fil à mon existence.

Montesquieu :

Mais à ce point de vue même, à ce point de vue fatal, atteindrez-vous votre but ? Ne marchez-vous pas, de la manière la plus directe, à votre ruine à travers la ruine de l’État ? Ne savez-vous pas que chez toutes les nations de l’Europe il y a de vastes marchés de fonds publics, où la prudence, la sagesse, la probité des gouvernements est mise à l’enchère ? A la manière dont vous dirigez vos finances, vos fonds seraient repoussés avec perte des marchés étrangers et ils tomberaient aux plus bas cours, même à la Bourse de votre royaume.

Machiavel :

C’est une erreur flagrante. Un gouvernement glorieux, comme serait le mien, ne peut que jouir d’un grand crédit à l’extérieur. A l’intérieur, sa vigueur dominerait les appréhensions. Au surplus je ne voudrais pas que le crédit de mon État dépendît des transes de quelques marchands de suif ; je dominerais la Bourse par la Bourse.

Montesquieu :

Qu’est-ce encore ?

Machiavel :

J’aurais de gigantesques établissements de crédit institués en apparence pour prêter à l’industrie, mais dont la fonction la plus réelle consisterait à soutenir la rente. Capables de jeter pour 400 ou 500 millions de titres sur la place, ou de raréfier le marché dans les mêmes proportions, ces monopoles financiers seraient toujours maîtres des cours.

Commentaire :

Outre les discours visant à rassurer le public sur la situation des finances, et les méthodes visant à cacher cette même situation, nous connaissons tous à quel point la situation de la dette est catastrophique et Ô combien son montant est exponentiel. Cette dette permet au gouvernement de vivre au-dessus de ses moyens, et condamne le contribuable à être pris dans un système d’esclavage où il devra toujours s’échiner à rembourser une dette qui ne fera qu’augmenter, paradoxalement.

Quant aux gigantesques établissements de crédits, maîtres des cours, le plus frappant est sans doute la Réserve Fédérale des États-Unis (La FED, banque centrale), qui, par la gestion de la masse monétaire et donc des cours de l’argent, détermine également la valeur de ce dernier.

Conclusion

« Montesquieu :

La souveraineté du pouvoir humain correspond à une idée profondément subversive, la souveraineté du droit humain ; c’est cette doctrine matérialiste et athée, qui a précipité la Révolution française dans le sang, et lui a infligé l’opprobre du despotisme après le délire de l’indépendance. Il n’est pas exact de dire que les nations sont maîtresses absolues de leurs destinées, car leur souverain maître c’est Dieu lui-même, et elles ne seront jamais hors de sa puissance. Si elles possédaient la souveraineté absolue, elles pourraient tout, même contre la justice éternelle, même contre Dieu ; qui oserait aller jusque-là ? Mais le principe du droit divin, avec la signification qui s’y trouve communément attachée, n’est pas un principe moins funeste, car il voue les peuples à l’obscurantisme, à l’arbitraire, au néant, il reconstitue logiquement le régime des castes, il fait des peuples un troupeau d’esclaves, conduits, comme dans l’Inde, par la main des prêtres, et tremblant sous la verge du maître. Comment en serait-il autrement ? Si le souverain est l’envoyé de Dieu, s’il est le représentant même de la Divinité sur la terre, il a tout pouvoir sur les créatures humaines soumises à son empire, et ce pouvoir n’aura de frein que dans des règles générales d’équité, dont il sera toujours facile de s’affranchir.

C’est dans le champ qui sépare ces deux opinions extrêmes, que se sont livrées les furieuses batailles de l’esprit de parti ; les uns s’écrient : Point d’autorité divine ! les autres : Point d’autorité humaine ! O Providence suprême, ma raison se refuse à accepter l’une ou l’autre de ces alternatives ; elles me paraissent toutes deux un égal blasphème contre ta sagesse ! Entre le droit divin qui exclut l’homme et le droit humain qui exclut Dieu, il y a la vérité, Machiavel ; les nations comme les individus sont libres entre les mains de Dieu. Elles ont tous les droits, tous les pouvoirs, à la charge d’en user suivant les règles de la justice éternelle. La souveraineté est humaine en ce sens qu’elle est donnée par les hommes, et que ce sont les hommes qui l’exercent ; elle est divine en ce sens qu’elle est instituée par Dieu, et qu’elle ne peut s’exercer que suivant les préceptes qu’il a établis. »

Cette formule de Maurice Joly me semble parfaitement synthétiser ce qui a toujours prévalu au cours de l’histoire des civilisations : « Il ne s’agit que de mettre le despotisme en harmonie avec les mœurs modernes. »

En outre, la politique du juste milieu est la seule qui puisse être valable; écoeurés par les abus d’un clergé ecclésiastique, nous avons sombré dans l’autre extrême, les abus d’un groupe privilégié de matérialistes. Nous sommes passés de l’obscurantisme religieux à l’obscurantisme matériel. Espérons qu’un jour, les peuples seront capables de la maturité qui leur permettra d’établir un système qui puisse enfin être subtil et nuancé, ce qui le rendra juste.

Les Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu peuvent être consultés en lecture sur Wikisource

L’Afghanistan et ses minerais stratégiques

25 nov

Dans un contexte de concurrence internationale sur les minerais stratégiques, le sous-sol afghan suscite l’intérêt des grands pays industriels.

Les minerais considérés comme stratégiques, sont les minerais dont une nation a un besoin essentiel, à des fins industrielles ou de production énergétique et qui peuvent difficilement être remplacés par d’autres matériaux dans leurs applications respectives. Leur importance est accrue lorsqu’une nation s’approvisionne en ces minerais principalement par l’importation, du fait de leur rareté sur son territoire ou des obstacles, notamment écologiques ou économiques, qui entravent leur extraction.

Pour exemple, le zinc, le cobalt, le chrome, le nickel et le manganèse, sont essentiels dans la production métallurgique et dans les industries d’intérêt stratégique, telles que l’aéronautique ou la défense. D’autres minerais, comme le coltan, l’or ou le cuivre, ne peuvent être remplacés dans la production de composants électroniques. L’uranium et le charbon ont pour leur part un rôle majeur dans la production d’énergie mondiale.

Les gisements exploitables de certains de ces minerais sont concentrés dans quelques régions du monde, dont certaines connaissent une forte instabilité. Cette situation impose donc aux pays industriels d’être présents dans ces régions, sur les plans industriel, diplomatique et sécuritaire. La fin de la guerre froide, marquée par l’écoulement des réserves minérales stratégiques mises en place par les pays industrialisés et l’arrivée de nouveaux acteurs industriels, notamment la Chine, ont instauré une forte concurrence sur l’appropriation des gisements.

C’est dans ce contexte que les prospecteurs ont réinvesti l’Afghanistan depuis l’instauration du gouvernement Karzaï en 2001, avec la présence de deux acteurs principaux que sont les USA et la Chine. L’exploitation des ressources minérales du pays est contrôlée par le ministère afghan des mines, sous l’autorité du ministre Mohammad Ibrahim Adel, un proche d’Hamid Karzai. Si des gisements de charbon, de fer (gisements des provinces de Bamyan et Baghlan), de cuivre (provinces de Kaboul, Logar, Kandahar, Zaboul et Herat) et d’or (province de Badakhshan), sont connus et exploités depuis des décennies par la population afghane, l’étendue des ressources minières est longtemps demeurée incertaine.

C’est pour palier à cette méconnaissance du sous-sol afghan que les USA ont lancé une véritable opération civilo-militaire, visant à localiser et identifier les ressources minérales d’Afghanistan. Cette mission lancée dès 2005, menée conjointement par l’USGS (US Geological Survey), le DoD Reconstruction Office et le US Navy NRL (Naval Research Laboratory), a permis d’effectuer des relevés géologiques rendant possible une évaluation de l’état des ressources minières afghanes. Le Pentagone a mobilisé d’importants moyens afin d’effectuer ces relevés, notamment un P-3 Orion modifié par Lockheed (NP-3D), emportant un magnétomètre, un gravimètre, un radar à synthèse d’ouverture (SAR), un capteur d’imagerie hyperspectral et un capteur optronique. L’US Air Force aurait également déployé un WB-57 modifié au cours de cette mission géologique, mais cette information n’est pas confirmée.

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Les conclusions préliminaires présentées au terme de cette campagne de relevés ne manquent pas d’intérêt en matière de prospection en Afghanistan. Selon l’USGS, le sous-sol afghan pourrait contenir plusieurs gisements substantiels de minerais stratégiques, notamment de cobalt, chrome, mica, bauxite, zinc, beryllium et lithium. Les gisements de la vallée d’Aynak, dans lesquels a fortement investi la Chine, pourraient contenir 17 millions de tonnes de cuivre et 600 000 tonnes de cobalt. Les gisements de plomb et de zinc, sont évalués à 244 000 tonnes de minerais mélangés. D’importants gisements de chromite seraient présents dans le sous-sol des provinces de Logar et de Khost. L’Afghanistan possède également des ressources importantes en pierres précieuses et semi-précieuses, telles que les rubis, les saphirs, les émeraudes et les lapis-lazuli.

Ces précieux gisements font d’ores et déjà l’objet d’une féroce concurrence des compagnies minières occidentales et asiatiques, concurrence à laquelle la corruption de fonctionnaires ne semble pas étrangère. Le gisement de cuivre d’Aynak, le plus important d’Afghanistan par sa taille, mais également un des plus accessibles, aurait fait l’objet d’un pot-de-vin chinois de plusieurs millions de dollars au ministre afghan chargé des mines, afin de s’assurer que le projet d’exploitation de la compagnie chinoise MCC soit retenu.

En Afghanistan comme dans le reste du monde, la compétition internationale pour les matières premières stratégiques bat son plein, avec des politiques offensives en matière d’exploitation et d’approvisionnement, menées par les puissances industrielles que sont les USA, le Canada, le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et le Japon. En Europe, le sujet des approvisionnements en minerais stratégiques est généralement traité au second plan, sans réelle coordination, une situation dont s’inquiétait en 2007, Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, lors des auditions du LBSDN. Selon elle, ” [...] nous sommes dans le domaine des matières premières stratégiques dans la même situation où nous étions pour l’énergie cinq ans auparavant. À cette époque-là, très peu de gens étaient convaincus que la question de l’énergie était essentielle. “. Elle concluait sur la question des matières premières stratégiques: “Nous sommes au cœur d’une évolution extrêmement importante et qui n’est pas du tout analysée en Europe. Je crains que nous nous réveillions avec des conséquences fortes sur le tissu industriel et sur les coûts.”.

 

Source : http://zonedinteret.blogspot.com/2009/11/lafghanistan-et-ses-minerais.html

 

Bombay : pourquoi le Pakistan n’est pas près de punir les coupables

25 nov

Par Marie-France Calle

Un an après les massacres de novembre 2008, les Indiens s’interrogent. Certains se demandent comment dix terroristes ont pu envahir la capitale économique et financière du pays, la prendre en otage trois jours durant et y tuer près de 200 personnes. La presse regorge d’analyses sur la capacité des gouvernements, central et régionaux, à éviter une nouvelle tragédie de cette ampleur. Enfin, quelques-uns s’inquiètent de voir qu’en un an, le Pakistan n’a toujours rien fait pour mettre un terme aux activités du Lashkar-e-Taiba (LeT). Il y a de bonnes raisons à cela.

Au lendemain des attentats de Bombay, l’Inde a certes bénéficié de la sympathie de la communauté internationale. Pas pour longtemps. Bien que montré du doigt en raison des groupes djihadistes qu’il héberge, le Pakistan s’est vite posé en victime potentielle de l’Inde, criant haut et fort qu’il redoutait des frappes de l’armée indienne sur son territoire. Le message s’adressait bien évidemment aux Etats-Unis. A Delhi, les partisans d’une action militaire contre le Pakistan étaient loin de faire l’unanimité. Cela n’a pas empêché les médias pakistanais de relayer les informations les plus alarmistes, ravivant auprès de l’opinion publique pakistanaise un fort sentiment anti-indien. Rien de plus facile.

La réaction des Etats-Unis est plus alarmante.  Même si l’on peut parler de ” realpolitik “. Engluée dans la guerre afghane, la nouvelle administration Obama n’avait aucune envie de voir le Pakistan déplacer ses troupes des régions frontalières de l’Afghanistan, où elles sont supposées combattre les rebelles islamistes, pour les positionner le long de la frontière indienne. C’est pourtant ce qu’a fait l’armée pakistanaise. Washington n’avait plus qu’une solution : pousser Delhi à reprendre le dialogue avec le Pakistan, gelé au lendemain des attaques de Bombay, et lui demander de relâcher la pression sur Islamabad.

Il est intéressant, un an après Bombay, de faire le point de la situation sur l’axe Inde-Pakistan-Afghanistan-USA.

  • Au Pakistan, sept personnes suspectées d’avoir participé à l’organisation des attentats de Bombay ont été arrêtées. Leur procès est remis de jour en jour. Hafiz Saeed, le fondateur du Jamaat-ud-Dawa, l’avatar humanitaire derrière lequel se cache le Lashkar-e-Taiba depuis qu’il a été officiellement interdit, a été relâché, faute de preuves. Islamabad accuse régulièrement l’Inde de financer et de soutenir les talibans, dans la Vallée de Swat et au Sud-Waziristan (ceux qui organisent des attentats au Pakistan). Il l’accuse aussi de fomenter la rébellion au Baloutchistan. Enfin, le Pakistan se plaint de l’influence grandissante de Delhi en Afghanistan, se jugeant menacé.
  • Aux Etats-Unis, l’idée que l’Inde est devenue ” encombrante ” dans la guerre contre le terrorisme version américaine fait son chemin. Au point que dans son rapport d’évaluation sur la situation en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, commandant des troupes de la coalition en Afghanistan, relève : l’influence croissante de l’Inde dans ce pays ne manquera pas d’exacerber les tensions régionales…. Obama ne vient-il pas de demander à la Chine de veiller à ce que l’Inde et le Pakistan reprennent langue ? Une sacrée bourde quelques jours avant la visite du Premier ministre indien, Manmohan Singh, à Washington, où il se trouve actuellement.

Bref, comme le souligne l’analyste politique Frédéric Grare dans une libre opinion publiée par The Hindu, ” il est triste de constater que l’incapacité de la communauté internationale à répondre de manière appropriée aux attaques de Bombay a concédé la victoire, même par défaut, aux terroristes qui ont attaqué la ville .

S’il est un mot pour qualifier la réponse internationale aux attaques de Bombay, c’est bien celui de confusion. D’un côté, tous les principaux protagonistes ont compris la nature du problème. Beaucoup reconnaissent la responsabilité, au bas mot indirecte, que le Pakistan assume dans les brutales attaques terroristes contre l’Inde. De surcroît, toutes les grandes puissances ont fait pression sur le Pakistan pour qu’il sévisse contre les groupes de militants qui opèrent de son territoire. Dans le même temps, cependant, les objectifs antiterroristes internationaux se heurtaient aux objectifs plus larges de la contre-insurrection dans la guerre en Afghanistan. Certains acteurs de la communauté internationale, et pas des moindres, ont commencé à demander à l’Inde de faire preuve de retenue dans sa réaction. Il a été demandé à l’Inde de faire des concessions, notamment en acceptant de reprendre au plus tôt le dialogue avec le Pakistan “, explique Grare.

à lire également : http://mecanoblog.wordpress.com/2009/11/23/un-an-apres-bombay-un-terrorisme-de-plus-en-plus-global/

Source : http://blog.lefigaro.fr/inde/2009/11/bombay-pourquoi-le-pakistan-ne.html?xtor=RSS-24

Conflit israélo-palestinien: 8 900 morts depuis vingt ans

25 nov

Par George Malbrunot

D’abord une guerre de basse intensité. Un seul chiffre en dit parfois beaucoup plus qu’un long discours. 8 881 : c’est le nombre de tués en deux décennies de conflit israélo-palestinien, nous apprend B’Tselem, l’organisation israélienne de défense des droits de l’Homme, qui fête ses vingt ans d’existence.

La grande majorité – 7 398 – sont Palestiniens, dont 1 537 mineurs. Israël, de son côté, déplore 1 483 morts, dont 139 mineurs.

Ces vingt dernières années ont été marquées par trois affrontements : la première Intifida entre 1987 et 1993, la deuxième, qui a commencé en 2000, et l’opération militaire « Plomb durci » de début 2009 contre la bande de Gaza. A signaler que ces vingt années là ont été beaucoup plus violentes que les vingt précédentes (1967-1987), après l’occupation de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et Jérusalem-est, à l’issue de la Guerre des Six jours.

B’Tselem nous apprend également que 1999 a été l’année la moins meurtrière à la fois pour les Palestiniens – 8 tués – et pour les Israéliens – 4 morts. Les deux parties étaient encore engagées dans un processus de paix, fut-il moribond.

Ces chiffres nous montrent une fois de plus que le lancinant conflit israélo-palestinien est une guerre de basse intensité, selon le jargon des militaires. Sur les vingt dernières années, l’Etat hébreu a perdu en moyenne 70 citoyens chaque année, c’est-à-dire moins que le nombre des tués sur les routes d’Israël au cours de la même période.

De cette réalité, certains n’hésitent pas à tirer la conclusion suivante : pourquoi Israël aurait-il intérêt à faire de douloureuses concessions territoriales aux Palestiniens ?

D’autant que le coût de l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-est est largement supporté par la communauté internationale – singulièrement par l’Union européenne – puisque c’est elle qui finance le budget de l’Autorité palestinienne. D’autant qu’avec la construction du Mur de séparation entre l’Etat hébreu et la Cisjordanie, Israël a remporté la guerre contre le terrorisme. Et qu’avec la deuxième Intifada et les attentats du 11 Septembre, les dirigeants israéliens ont réussi à retourner le débat sur une occupation illégale de territoires en une lutte contre le terrorisme, soutenue par l’Occident.

Assez peu répandue, cette thèse est défendue par nombre de militaires, mais aussi par certains bons connaisseurs d’Israël, ou « amis de l’Etat hébreu ». Je pense notamment à Gérard Araud, l’ancien ambassadeur de France en Israël au début des années 2000 qui fut en poste à Jérusalem, vingt ans plus tôt, avant de devenir Directeur politique du Quai d’Orsay.

Pour cet esprit vif et intelligent, aucune contrainte forte ne s’exerce à court terme sur l’Etat hébreu pour le pousser à signer la paix avec les Palestiniens. Même si cette thèse est « politiquement incorrecte », il convient de ne pas la sous estimer, si l’on veut comprendre l’obstination des dirigeants israéliens à refuser, depuis quinze ans, les indispensables concessions à toute paix véritable avec leurs voisins palestiniens.

 

Source : http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2009/11/conflit-israelo-palestinien-8.html

L’Iran menace de poursuivre la Russie devant la justice internationale

25 nov

L’Iran menace de poursuivre la Russie devant la justice internationale si elle ne lui livre pas comme convenu le système antimissile S-300. Téhéran accuse les Russes de céder ainsi aux pressions des pays occidentaux et d’Israël.

Ce système de défense donnerait à Téhéran une chance de contrer une éventuelle décision américaine ou israélienne de bombarder ses installations nucléaires que l’Occident suspecte d’avoir une destination militaire. Le contrat signé entre Téhéran et Moscou remonte à 2007 mais la livraison du système antimissile était attendue pour le premier trimestre 2009.

Des retards techniques ont été évoqués mais il n’est bien sûr pas du tout indifférent que cette question soit remise sur le tapis des discussions par Téhéran et cela à quelques semaines de l’échéance du délai qui lui a été fixé pour répondre à la proposition internationale de faire enrichir son uranium à l’étranger sous le contrôle de l’agence atomique, l’AIEA.

Début novembre, alors que les Etats-Unis se déclaraient consternés par l’entêtement iranien, Téhéran avait déjà accusé la Russie de céder aux pressions américaines et au « lobby sioniste » comme l’avait dit son commandement militaire. Il le répète aujourd’hui, sur fond de manœuvres militaires, assurant en même temps que l’Iran peut se passer de la technologie russe. De son côté, Moscou souffle le chaud et le froid vis-à-vis de l’Iran, mais aussi des Occidentaux et d’Israël.

Source : RFi http://www.rfi.fr/contenu/20091124-liran-pourrait-poussivre-moscou-refus-livraison-missiles

Afghanistan: pour gagner la guerre, il faut s’allier aux milices

25 nov

Par Fred Kaplan

La société afghane a toujours été structurée par les tribus. Il n’y a jamais eu de pouvoir central fort.

«Les milices afghanes combattent les talibans avec l’aide des Etats-Unis». Tel est le titre de l’article de Dexter Filkins, paru le 21 novembre 2009 dans le New York Times. Ce papier ne prétend pas percer les intentions d’Obama; pour autant il pourrait bien lever un coin du voile sur l’examen stratégique du président et ses projets pour l’Afghanistan.

Présentons les choses autrement: si Obama décide de renforcer l’engagement américain en Afghanistan, et si sa stratégie ne ressemble en rien à l’approche présentée par Filkins… l’échec de notre armée sera alors presque inévitable.

Selon Filkins, qui compte parmi les plus intrépides correspondants de guerre, les forces spéciales américaines viennent depuis peu en aide aux milices antitalibanes dans le sud et l’ouest de l’Afghanistan, où sont concentrés la majorité les insurgés. Ces milices se sont constituées d’elles-mêmes au sein de certaines tribus; les commandants de l’armée américaine espèrent pouvoir user de l’exemple de telles révoltes pour «encourager la naissance de groupes armés similaires au cœur des terres talibanes

De fait cette situation éveille l’intérêt – on peut même parler d’enthousiasme – des Américains pour deux raisons. Tout d’abord, ces évènements rappellent ceux de «l’Eveil d’Anbar», en 2006-2007, quand des chefs de tribus sunnites de l’ouest irakien s’étaient alliés aux forces américaines (qui se faisaient tirer dessus par ces mêmes sunnites quelques mois auparavant) pour venir à bout d’un acteur plus menaçant encore: Al-Qaïda. D’autre part, ces évènements ont poussé l’armée à s’intéresser de plus près à un rapport de 45 pages rédigé par le major Jim Gant, l’ancien chef d’un détachement de forces spéciales stationné dans la province de Kunar. L’auteur du document (intitulé «Une tribu à la fois: quelle stratégie adopter pour vaincre en Afghanistan») y raconte comment il a constitué des «tribal engagement teams» (équipes d’engagement auprès des tribus) pour aider les combattants de la région à repousser les talibans; il y expose ensuite sa stratégie visant à constituer des équipe de ce type dans le reste du pays.

Le rapport de Jim Gant a sans aucun doute éveillé l’intérêt de sa hiérarchie: au lieu d’être envoyé en Irak – comme prévu -, le major a été redéployé en Afghanistan pour aider à la création d’autres équipes d’engagement.

Dans son introduction, il affirme que l’Afghanistan «n’a jamais été un Etat au pouvoir central fort, et ne le sera jamais». La société du pays et sa hiérarchie politique ont toujours été organisées autour du système tribal; si les Etats-Unis et l’OTAN espèrent vaincre les talibans, il leur faudra donc passer par les tribus.

L’approche adoptée par les Etats-Unis depuis maintenant sept ans (se concentrer sur Kaboul et sur la formation d’une armée et d’une police… nationales) est donc vouée à l’échec. Gant ne nie pas que l’approche tribale comporte elle aussi un bon nombre de risques. Le jeu en vaut néanmoins la chandelle, selon lui. Et pour cause: «rien d’autre ne marchera».

Certains signes laissent penser qu’Obama caresse l’idée d’une stratégie similaire. Le président a rencontré sept fois ses conseillers militaires; lors de l’une de ces réunions, il a demandé un rapport sur les provinces afghanes, afin de savoir quelles régions du pays étaient en mesure d’assurer leur propre défense, et dans quelles proportions. Dans une interview récente accordée à Jake Tapper, de la chaîne ABC, il a déclaré que ses conseillers et lui-même avaient cessé de «se consacrer au seul gouvernement national de Kaboul», pour s’intéresser également «aux acteurs des gouvernements provinciaux, qui sont légitimes dans l’immédiat».

Obama a toutes les raisons d’opter pour une stratégie reposant sur le système tribal. Cela permettrait tout d’abord de placer le peuple afghan – et non plus l’occupant américain – au centre des opérations. Dans ce cas de figure, le soldat américain vit près des tribus, gagne leur confiance, les entraîne, les approvisionne en vivres et en matériel, obtient des renseignements, et combat à leurs côtés. L’Américain était un chef; il devient un allié.

Deuxième avantage: ces équipes de soldats américains fonctionnent par petits groupes. Cette approche, comme l’explique Gant, prend énormément de temps (plusieurs mois pour créer le contact, des années pour établir un lien durable) mais réclame un nombre limité de soldats. Si Obama cherche à contrer les talibans et à assurer la sécurité de l’Afghanistan sans avoir à mobiliser le renfort de 40.000 hommes demandé par le général Stanley McChrystal, il pourrait s’engager dans cette voie.

Troisième point: cette stratégie permet à l’armée américane de moins dépendre des succès politiques du président afghan Hamid Karzaï. Le succès des campagnes anti-insurrection dépend souvent du comportement des autorités locales: si ces dernières ont la réputation d’être corrompues, la campagne échouera. Karzaï a promis des réformes, ce qui pourrait redorer son blason et le rendre plus légitime aux yeux du peuple afghan. Mais même s’il ne tenait pas ses engagements, ou si ses efforts ne rencontraient pas le succès escompté, la stratégie de Gant n’en pâtirait pas vraiment: les chefs de tribus sont les seules autorités qui comptent.

Gant est parfaitement lucide quant aux difficultés que pourrait poser ce rapprochement tribal. Le risque principal serait, selon lui, de se retrouver impliqué dans on ne sait quelles luttes intestines. En 2001, pendant l’invasion américaine en Afghanistan, il arrivait que nos alliés dans la guérilla locale signalent à l’aviation et à l’artillerie américaines des «cibles talibanes» devant être détruites – en fait de talibans, ces cibles s’avéraient parfois être des camps de tribus rivales.

L’un des objectifs les plus transparents – et les plus essentiels – de la stratégie de Gant consiste à créer un réseau de tribus indépendantes, en commençant par celles d’une même province, puis d’une même région, avant de passer à la nation entière; réseau lié au gouvernement de Kaboul par un système d’échanges de bons procédés (défense mutuelle, approvisionnement). Le major n’explique pas comment cette approche « ascendante » de l’unité nationale afghane pourrait concrètement prendre forme, mais il est sûr d’une chose: si cette stratégie n’est pas mise en place, les talibans conserveront l’avantage en jouant sur les rivalités tribales.

Il précise également qu’une telle stratégie ne pourra pas, à elle seule, vaincre les talibans. Les officiers qui ont fait circuler le rapport de Gant, et qui en discutent lors de réunions en huis clos, sont de toute manière loin d’être optimistes.

Il y a deux semaines, lorsqu’un journaliste lui a demandé où en étaient les longues discussions en interne sur le sujet, le secrétaire à la Défense Robert Gates a répondu que le président Obama était en train d”« associer les meilleurs éléments des différentes idées » avancées par ses conseillers.

Lorsque Obama fera connaître sa décision – quelle stratégie adopter, combien de renforts envoyer -, il nous faudra étudier son projet avec soin. Et répondre à cette question cruciale: quel rôle aura-t-il donné aux tribus afghanes ?

 

Lire également sur la guerre en Afghanistan: Afghanistan: la corruption des Karzaï fera perdre la guerre, L’Afghanistan, un nouveau Vietnam et Il faut rester en Afghanistan.

Source : Slate http://www.slate.fr/story/13497/afghanistan-pour-gagner-la-guerre-il-faut-sallier-aux-milices

The Divine Book (vidéo)

24 nov

Entre les idées préconçues, les manipulations politiques et les mensonges des mass médias nourrissant autant le prétendu choc des civilisations que les croisades modernes ou la guerre des religions, Mecanoblog vous invite à suivre la mini-série The Divine Book. Une série théologique basée sur le message de paix entre les hommes, commun des trois religions monothéistes que sont le Judaïsme, l’Église du Christ et l’Islam, et qui a été réalisée par l’équipe Wake Up Project à qui nous devons déjà les séries The Arrivals et Phase 3

Mecanoblog tient à signaler que le site ne cherche aucunement à faire du prosélytisme pour un dogme en particulier ou à influencer l’opinion de quiconque mais uniquement à relayer une source d’informations pour vous permettre d’élargir votre horizon et de bâtir votre propre opinion sur le débat tant disputé qu’est la religion.

 Traduction : La Némésis du Nouvel Ordre Mondial

Première épisode : Introduction

Deuxième épisode : Jésus (pbsl) dans le Coran

Troisième épisode : Jésus (pbsl) n’est pas Dieu

Quatrième épisode : la Bible originale

Cinquième épisode : Islam & Christianisme

Sixième épisode : L’embryologie humaine

Loi rabbinique de guerre: appel à l’extermination

24 nov

Par Leila Mazboudi

Des rabbins sionistes ont revendiqué haut et fort ce qu’Israël a toujours fait tout bas depuis sa création. Dans un recueil intitulé ” Dogme du roi “, inspiré des préceptes de la Thora, selon les auteurs les deux rabbins Itshak Shapira et Youssi Allistor, et s’apparentant au ” Prince ” italien de Machiavel, une véritable sentence de mort  est lancée.

Répondant à la question, quand est-il permis de tuer les ” autres “, (ou les Goyims selon le terme hébraïque donné aux non juifs), elle en appelle à tuer par anticipation, par prévention et par vengeance tout ceux qui sont contre Israël, que ce soit de par les actes, les paroles, ou  même les sentiments. Par extension, elle permet de tuer mêmes ceux qui ne sont pas les ennemis d’Israël, mais seulement parce qu’ils se trouvent sr le lieu où se trouve l’ennemi à abattre. De part et d’autre, le manuscrit vise surtout les civils.

Partout, là où la présence de ce Goyim pourrait porter atteinte à la vie d’un Israélien, il est permis de le tuer, même s’il aime les autres peuples du monde, et n’est pas coupable de la condition naissante “. Et d’expliquer ” qu’il faut tuer quelqu’un qui ne veut pas tuer de Juif lorsque ceci permet d’empêcher la mort d’un juif  “.

Concernant les civils en temps de guerre, le pamphlet ne prescrit aucune précaution. Bien au contraire, arguant “  les nécessités de la guerre “, il accorde une certaine légitimité à leur massacre: à l’origine, selon les préceptes de la Thora, tous les Goyims sont censés avoir du sang juif sur les mains. Lorsqu’il s’agit du peuple de l’ennemi, les règles sont encore plus sanguinaires. Tous sont considérés être des ennemis voire des combattants, du fait ” qu’ils aident les combattant, les encouragent ou expriment leur satisfaction quant à leur combat “.
En dehors des temps de guerre, ils devraient faire l’objet des mesures de rétorsion, dans le but d’opérer ” l’équilibre de terreur “. Le texte cite: ” Ceux qui appartiennent au peuple de l’ennemi sont l’ennemi, car ils aident les assassins. Raison pour laquelle il faut agir avec eux par vengeance et selon la loi du talion; la vengeance est indispensable avec eux pour rendre vain le mal. Les actes pourraient parfois être féroces mais ils ont pour but de créer un équilibre de terreur efficace “.
    
Mêmes les enfants ne sauraient être épargnés: Qualifiés ” d’obstructeurs du chemin“, il devient permis de les tuer à bout portant: sont évoqués les fils des commandants des ennemis d’Israël, car le fait de les tuer devrait permettre de faire pression sur leurs pères. Figurent aussi les enfants qui peuvent constituer une menace lorsqu’ils grandiront, ou ceux qui constituent un obstacle dans l’affrontement des méchants ou durant les opérations de sauvetage de Juifs.
 
Une sentence de mort peut même être décrétée à l’encontre de ceux qui critiquent Israël, ou a contrario de ceux qui flattent la résistance contre lui. Faisant partie des “oppresseurs“, le paragraphe les concernant permet des explications aléatoires, voire arbitraires.  ” … est considéré oppresseur celui qui affaiblit notre royaume de par les paroles “. 
 
Selon des observateurs, la publication de ce livre qui dispose déjà du soutien d’un  grand nombre de rabbins influents, à l’instar d’Itshak Guinsbourg, Dov Léor et Jacob Joseph est porteuse de plusieurs significations. De point de vue sociologique, il illustre une volonté d’insuffler à son paroxysme l’esprit belliciste à tous les Israéliens, voire à tous les sionistes pour les amener à s’investir totalement, en cas de guerre. S’attaquant de front à ceux qui sont contre l’entité sioniste, le livre n’en comporte pas moins insidieusement des menaces contre ceux qui sont contre la politique israélienne ou s’aventure à la critiquer. Ils pourraient désormais payer de leur peau leurs positions. Pas seulement en Palestine, mais aussi partout ailleurs dans le monde. De par la franchise avec laquelle il révèle la dimension frôlant les thèses d’extermination du  dogme qui régit l’action militaire et d’intelligence de l’entité sioniste depuis sa création, il reflète plus que jamais l’arrogance d’impunité chez les Israéliens.

Une arrogance qui ne saurait dissimuler la peur qui l’attise !

 

Source : Al-ManarTV http://almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=110748&language=fr

Le budget du Pentagone : le plus élevé de tous les temps et en augmentation constante

24 nov

Par Sara Flounders

Le 28 octobre, le président Barack Obama a signé le décret d’autorisation de la Défense pour 2010, c’est-à-dire le plus gros budget militaire de l’histoire des EU. Il n’est pas seulement le plus gros budget militaire au monde, il est en même temps plus important que l’ensemble des dépenses militaires du reste de la planète.

Workers World

Et, d’année en année, il ne cesse de croître. Le budget militaire de 2010 – qui ne couvre même pas toute une série de dépenses ayant trait à la guerre – a été fixé à 680 milliards de dollars. En 2009, il était de 651 milliards alors qu’en 2000, il n’était encore que de 280 milliards. Il a donc plus que doublé en dix ans.

Quel contraste avec la question des soins de santé !

Le Congrès américain a ergoté autour d’un plan des soins de santé de base – une chose que possèdent tous les autres pays industrialisés sous une forme ou une autre – durant plus de six mois. Il y a eu d’intenses pressions de la part des compagnies d’assurances, des menaces de la droite et des mises en garde sévères : le plan des soins de santé ne pourrait accroître le déficit d’un seul cent.

Pourtant, au beau milieu de ce débat d’une importance vitale pour les soins médicaux des millions de travailleurs et de pauvres qui ne bénéficient d’aucune couverture de soins, une subvention gargantuesque aux plus importantes des sociétés américaines a été adoptée sans qu’il y ait pratiquement de discussion et d’articles dans la presse, alors que la chose concerne des contrats militaires et des systèmes d’armement, lesquels génèrent chaque fois de véritables déficits.

L’organisation Médecins pour un programme national de santé estime qu’un plan de santé entièrement financé par l’État coûterait 350 milliards de dollars par an, ce qui, en fait, équivaudrait au montant économisé avec l’élimination de tous les frais administratifs de l’actuel système privé de soins de santé – un système qui exclut presque 50 millions de personnes.

Comparez cela aux dépassements du budget militaire chaque année. Même le président Obama a déclaré, en signant le budget du Pentagone : « Le Bureau gouvernemental des comptes (GAO – Government Accountability Office), a examiné 96 importants projets de défense de l’an dernier et a découvert que les dépassements totalisaient 296 milliards de dollars. » (voir : whitehouse.gov , 28 octobre 2009)

La pyramide de Ponzi à 50 milliards de dollars de Bernard Madoff, dont certains prétendent qu’elle est la plus grosse arnaque de l’histoire, semble minable, en comparaison. Pourquoi n’y a-t-il pas d’enquête pénale sur ce vol de plusieurs dizaines de milliards de dollars ? Où sont les questions du Congrès ou les manifestations d’hystérie médiatique sur ces 296 milliards de dépassements ? Pourquoi les PDG des sociétés ne sont-ils pas amenés menottés au tribunal ?

Les dépassements de frais font partie intégrante des subventions militaires aux plus grandes des sociétés américaines. Ils sont traités comme des affaires ordinaires. Qu’importe le parti au pouvoir, le budget du Pentagone grossit, les dépassements de frais grossissent et la proportion des dépenses domestiques rétrécit.

Accro à la guerre

 Le budget militaire de cette année n’est que le dernier exemple de la façon dont l’économie américaine est maintenue à flot à l’aide de moyens artificiels. Des décennies de relance constante de l’économie capitaliste via le stimulus des dépenses de guerre ont créé une dépendance morbide vis-à-vis du militarisme, au point que les entreprises américaines ne peuvent plus s’en passer. Mais ce moyen n’a plus l’ampleur suffisante pour résoudre le problème capitaliste de la surproduction.

On a justifié ce coup de seringue annuel de plusieurs centaines de milliards de dollars en disant qu’il contribuerait à amortir ou à éviter complètement une récession capitaliste et à résorber le chômage. Mais rappelons la mise en garde du fondateur du Workers World Party, Sam Marcy, en 1980, dans « Generals Over the White House » (Les généraux sont au-dessus de la Maison-Blanche), lorsqu’il parlait d’une très longue période pendant laquelle ces stimulants allaient être de plus en plus nécessaires. Finalement, il se fait qu’ils ont un effet diamétralement opposé et qu’ils se muent en un dépresseur massif qui contamine et pourrit toute la société.

La racine du mal réside dans le fait que la technologie devient plus productive, que les travailleurs ont une part de plus en plus restreinte de ce qu’ils produisent. L’économie américaine dépend de plus en plus du stimulant des superprofits et des dépassements des coûts militaires (296 milliards de dollars !) pour absorber une part de plus en plus grande de ce qui est produit. C’est une partie essentielle de la redistribution constante de la richesse loin des poches des travailleurs et directement dans celles des gens richissimes.

Selon le Centre du contrôle des armements et de la non-prolifération, les dépenses militaires américaines sont aujourd’hui considérablement plus élevées, en dollars 2009 ajustés à l’inflation, qu’elles ne l’étaient au plus fort de la guerre de Corée (1952 : l’équivalent de 604 milliards de dollars actuels), de la guerre du Vietnam (1968 : 513 milliards) et de la mise sur pied de l’ère militaire sous Reagan, dans les années 80 (1985 : 556 milliards). Et, pourtant, cela ne suffit plus à maintenir l’économie américaine à flot.

Même en forçant les pays riches en pétrole dépendant des EU à devenir des nations débitrices via des achats sans fin d’armes, on ne pourra résoudre le problème. Plus de deux tiers de toutes les armes vendues dans le monde en 2008 provenaient de sociétés militaro-industrielles américaines. (Reuters, 6 septembre 2009)

Alors que, dans les années 30, un gigantesque programme militaire était en mesure de tirer l’économie américaine d’un effondrement dévastateur, sur une longue période, ce stimulant artificiel sape les processus capitalistes.

L’économiste Seymour Melman, dans des ouvrages comme « Pentagon Capitalism » (Le capitalisme pentagonal), « Profits without Production » (Des bénéfices sans produire), « The Permanent War Economy : American Capitalism in Decline » (Une économie de guerre permanente : le capitalisme américain en déclin), mettait en garde contre la détérioration de l’économie américaine et du niveau de vie de millions de personnes.

Melman et d’autres économistes progressistes étaient partisans d’une « conversion économique » rationnelle ou d’un passage de la production militaire à la production civile par les industries militaires. Ils expliquaient comment un seul bombardier B-1 ou un sous-marin Trident pouvait payer les salaires de milliers d’enseignants, fournir des bourses ou des soins ambulants ou reconstruire des routes. Cartes et graphiques montraient que le budget militaire emploie beaucoup moins de travailleurs que les mêmes sommes dépensées pour couvrir les besoins civils.

C’étaient toutes des idées valables et raisonnables, hormis le fait que le capitalisme n’a rien de rationnel. Dans sa pulsion insatiable à vouloir maximiser les profits, il choisira les aumônes du superprofit immédiat et laissera de côté même les meilleurs intérêts de sa survie à long terme.

Pas de « dividende de paix »

Les grands espoirs, après la fin de la guerre froide et l’effondrement de l’URSS, de voir des milliards de dollars se muer désormais en « dividendes de paix » se sont écrasés face à la croissance astronomique continue du budget du Pentagone. Cette pénible réalité a tellement démoralisé et submergé les économistes progressistes qu’on n’accorde quasiment plus d’attention aujourd’hui à la « conversion économique » ou au rôle du militarisme dans l’économie capitaliste, même s’il est infiniment plus important aujourd’hui qu’aux moments les plus forts de la guerre froide.

Les centaines de milliards de dollars des subventions militaires annuelles sur lesquelles ont compté les économistes bourgeois depuis la Grande Dépression pour amorcer la pompe et réenclencher une fois de plus le cycle de l’expansion capitaliste ne suffisent plus, aujourd’hui.

Une fois que les sociétés sont devenues dépendantes des centaines de milliards de dollars de subventions, leur appétit n’a plus connu de limites. En 2009, dans un effort pour écarter la liquéfaction complète de l’économie capitaliste mondiale, on a refilé plus de 700 milliards de dollars aux banques les plus importantes. Et ce n’a été que le début. Le renflouage des banques se chiffre aujourd’hui en milliers de milliards de dollars.

Même 600 ou 700 millions de dollars par an de dépenses militaires ne peut plus relancer l’économie capitaliste ni engendrer la prospérité. Pourtant, l’Amérique des entreprises ne peut s’en passer.

Le budget militaire s’est accru dans des proportions si importantes qu’il menace maintenant de submerger et de dévorer la totalité du budget social. Son poids réel met à plat les fonds nécessaires à chaque besoin humain. Les villes américaines s’écroulent. L’infrastructure des ponts, routes, barrages, canaux et tunnels se désintègre. Vingt-cinq pour cent de l’eau potable américaine est considérée de « piètre qualité ». Le chômage atteint officiellement 10 pour cent et, en réalité, il est le double de ce chiffre. Le chômage chez les jeunes Afro- et Latino-américains dépasse les 50 pour cent. Quatorze millions d’enfants aux EU vivent dans des ménages situés en dessous du niveau de pauvreté.  

La moitié  des dépenses militaires sont cachées

Le budget militaire annoncé pour 2010, 680 milliards de dollars, ne représente en réalité qu’environ la moitié du coût annuel des dépenses militaires américaines.

Ces dépenses sont si importantes qu’il y a un effort concerté pour cacher de nombreuses dépenses militaires dans d’autres éléments du budget. L ‘analyse annuelle de la Ligue des opposants à la guerre a répertorié les véritables dépenses militaires américaines pour 2009 et les a évaluées à 1.449 milliards de dollars, et non pas l’officiel budget de 651 milliards. Wikipedia, citant diverses sources, est arrivé à un budget militaire total de 1.144 milliards. Mais qu’importe qui compte, il ne fait absolument aucun doute que le budget militaire dépassée aujourd’hui les 1.000 milliards de dollars.

Le Projet des priorités nationales, le Centre d’information sur la Défense et le Centre du contrôle des armements et de la non-prolifération analysent et dénoncent de nombreuses dépenses militaires cachées qu’on a planquées dans certaines autres parties du budget total des EU.

Par exemple, les allocations des vétérans, qui totalisent 91 milliards de dollars, ne sont pas reprises dans le budget du Pentagone. Les pensions militaires (48 milliards au total) sont répertoriées dans le budget du département du Trésor. Le département de l’Énergie cache dans on budget 18 milliards de dollars de programmes d’armes nucléaires. Les 38 milliards du financement des ventes d’armes étrangères est compris dans le budget du département d’État (= ministère des Affaires étrangères). L’un des postes cachés les plus importants représente les intérêts des dattes encourues lors des guerres passées : 237 milliards et 390 milliards de dollars. C’est en réalité un subside sans fin aux banques et celles-ci sont étroitement liées aux industries militaires.

Chaque partie de ces budgets goitreux est censée augmenter de 5 à 10 pour cent par an, alors que le financement des États et des villes par le fédéral diminue annuellement de 10 à 15 pour cent, ce qui amène des crises de déficit.

Selon le Bureau de la gestion et du budget, 55 pour cent du budget total américain pour 2010 ira à l’armée. Plus de la moitié ! Pendant ce temps, des pans entiers des dotations fédérales aux États et villes sur le plan des services humains vitaux – écoles, formation des enseignants, programmes de soins à domicile, repas scolaires, entretien des infrastructures de base de la distribution d’eau potable, entretien des égouts, des ponts, des tunnels et des routes – diminuent à vue d’œil.

Le militarisme nourrit la répression

L’aspect le plus dangereux de la croissance de l’armée est la pénétration insidieuse de son influence politique dans tous les domaines de la société. C’est l’institution la plus éloignée du contrôle populaire et la plus encline à l’aventurisme militaire et à la répression. Des généraux retraités font une tournante dans les conseils d’administration des sociétés, deviennent des vedettes du crachoir dans les principaux organes médiatiques, des lobbyistes, conseillers et hommes politiques grassement payés.

Ce n’est pas une coïncidence si, non contents de posséder la plus importante machine de guerre du monde, les EU ont également la plus importante population carcérale de la planète. Le complexe carcéro-industriel est la seule industrie à connaître une croissance. Selon le Bureau de la statistique du département américain de la Justice, plus de 7,3 millions d’adultes étaient en probation, en liberté sur parole ou incarcérés en 2007. Plus de 70 pour cent des personnes incarcérées sont des Afro- ou Latino-américain(e)s, des Amérindiens et autres personnes de couleur. Les adultes noirs risquent quatre fois plus la prison que leurs homologues blancs.

Exactement comme pour l’armée, avec ses centaines de milliers de contractuels et de mercenaires, la frénésie à vouloir maximiser les profits a abouti à une privatisation croissante du système carcéral.

Le nombre de détenus a augmenté sans relâche. Il y a 2,5 fois plus de gens dans le système carcéral actuel qu’il y a 25 ans. Comme le capitalisme américain est de moins en moins en mesure de procurer des emplois, des formations à l’emploi ou un enseignement tout court, les seules solutions proposées sont les prisons ou l’armée, provoquant ainsi la désolation chez les individus ou au sein des familles et des communautés.

Le poids de l’armée pousse l’appareil répressif de l’État vers toutes les couches de la société. Il y a une augmentation énorme des polices en tous genres et d’innombrables agences de police et de renseignement.

Le budget de 16 agences de renseignement américaines atteignait 49,8 milliards de dollars, pour l’année fiscale 2009 : 80 pour cent de ces agences secrètes de renseignement sont des bras du Pentagone. (Associated Press, 30 octobre 2009). En 1998, ces dépenses étaient de 26,7 milliards de dollars. Mais ces agences ultrasecrètes ne sont pas reprises dans le budget militaire. Pas plus que les agences de répression de l’immigration et de contrôle des frontières.

Les forces armées américaines sont stationnées dans plus de 820 bases militaires disséminées dans le monde entier. Et ce chiffre n’inclut pas les centaines de bases louées, de postes clandestins d’écoute et ainsi que les centaines de navires et de sous-marins.

Mais plus la machine militaire prend de l’ampleur, moins il est possible de contrôler son empire mondial, parce qu’elle n’offre pas de solutions ni n’améliore les niveaux de vie. Les armes high tech du Pentagone peuvent lire une plaque minéralogique de voiture à partir d’un satellite de surveillance, leurs lunettes de lecture nocturne peuvent pénétrer l’obscurité la plus profonde et leurs drones peuvent incendier un village isolé. Mais elles sont incapables de fournir de l’eau potable, des écoles ou la stabilité aux nations qu’elles attaquent.

En dépit de toutes ces armes du Pentagone à la technologie fantastique, la position géopolitique américaine se dégrade d’année en année. En dépit de sa puissance de feu massive et de son armement à la pointe de l’art, l’impérialisme américain a été incapable de reconquérir les marchés mondiaux et la position du capital financier américain. L’économie et l’industrie des EU ont été entraînées vers le gouffre par le simple poids du maintien en état de la machine militaire. Et, comme l’a montré la résistance en Irak et en Afghanistan, cette machine ne peut rivaliser avec la détermination des peuples à vouloir contrôler eux-mêmes leur propre avenir.

Puisque la puissante économie capitaliste américaine n’est capable que de proposer de moins en moins aux travailleurs d’ici, aux EU, il est certain que ce niveau de résistance déterminée va s’enraciner également.

Source : Investig’Action

Pigeon : Impossible

24 nov

Dans une rue de Washington D.C., un officier de renseignement remet discrètement à un agent de la Maison Blanche une valise permettant de déclencher une attaque nucléaire. Mais un pigeon, apparemment pacifique, va s’emparer de cette mallette…

à lire également : Iran, le Vevak http://mecanoblog.wordpress.com/2009/11/09/iran-le-vevak/

Source : Casus Belli http://meridien.canalblog.com/