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MERCENAIRES SANS FRONTIERES, Les « chiens de guerre » de la mondialisation financière

Dans Abou Graïb, Analyse, Armement, Axe du Mal, États-Unis, Barack H. Obama, Blackwater, Capitalisme, CIA, cyclone Katrina, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, DynCorp, George W. Bush, Guerre contre le Terrorisme, GWOT, Halliburton, Ingérence, Irak, Mondialisation, Moyen-Orient, New World Order, Nouvel Ordre Mondial, NWO, Occident, Pétrole, Pentagone, Police, SMP, Société Militaire Privée, Surveillance, Tony Blair le 29 août 2009 à 20:05

Prologue

Le terme « mercenaire » évoque très souvent chez nos concitoyens l’image d’un Bob Denard, des « soldats de fortune » et autres « affreux ». Mais le grand public ignore souvent la nouvelle réalité, bien plus affreuse, celle des Sociétés militaires privées (SMP), les fameuses Private Military Contractors (PMC).

Depuis l’effondrement du système soviétique en 1989, la donne a changé. Si, par le passé, les mercenaires vendaient, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, leur sale besogne à des dictateurs à la dérive, des entreprises en mal de milice patronales ou des services secrets en quête d’hommes de main pour des coups tordus dans l’ombre, aujourd’hui c’est au grand jour que des Etats dits « civilisés » et leurs institutions sont devenus les principaux donneurs d’ordre des SMP : Pentagone, Département d’Etat, ONU, UE, OSCE, OUA et même certaines ONG et la Croix Rouge !

Le scandale de British Aerospace Systems, qui secoue actuellement le Royaume-Uni et les Etats-Unis, révélant une corruption financière et politique autour d’énormes contrats de vente d’armes de la société britannique BAE Systems à l’Arabie saoudite, a levé un coin du voile sur le véritable projet de société que tente d’imposer l’oligarchie financière internationale. Il s’agit d’un modèle d’empire inspiré de la Compagnie britannique des Indes orientales, qui, au XVIIe siècle dominait avec son monopole financier, son commerce et ses armées, les océans d’un « empire où le soleil ne se couche jamais ».

Hier, comme aujourd’hui, il s’agit d’ériger un cartel de financiers, qui, en mariant pouvoir financier, puissance militaire, technologique et informatique imposent leur contrôle sur les ressources de la planète et ses habitants. Comme les pirates de jadis, les Sociétés militaires privées exécutent comme sous-traitants les basses œuvres de l’empire dont elles portent la gloire.

Un bref examen des carrières des dirigeants actuels de BAE Systems, ainsi que leurs carnets d’adresses dans le monde politique, financier et des affaires, confirment sans ambiguïté qu’avec BAE nous n’avons plus affaire à une simple entreprise, mais à un cartel de producteurs d’armes high-tech dans l’informatique et le spatial (BAE Systems, United Defense Industries, Lockheed Martin), de financiers spéculateurs (Lazard, Goldman Sachs, Deutsche Bank), de gestionnaires de matières premières (British Petroleum, Shell Oil) avec sur le terrain, les SMP.

La Société militaire privée DynCorp, qui forme des milliers de soldats et de policiers et dont nous parlerons plus loin, est également une caricature grotesque de ce mariage criminel entre grandes compagnies de mercenaires et grandes compagnies de spéculateurs. Le principal actionnaire de DynCorp a été pendant très longtemps Capricorn Holdings, une société dirigée par un certain Herbert S. Winokur Jr., qui siège à DynCorp tout en présidant le conseil financier de la société Enron, le géant texan de l’énergie connu pour ses malversations retentissantes. Récemment, DynCorp fut racheté par un fonds d’investissement, Veritas Capital, dirigé par Robert B. McKeon, ancien PDG de Wasserstein Perella Management Partners. L’ancien partenaire de McKeon est Bruce Wasserstein qui dirige aujourd’hui la banque synarchiste Lazard Frères…

Si le cartel fascisant BAE a pu s’implanter aussi massivement dans les interstices du pouvoir américain, allant jusqu’à porter atteinte à sa souveraineté, c’est essentiellement à cause de l’anglophilie sans limites du vice-président américain Dick Cheney et de sa femme Lynne, têtes de proue de la secte des néo-conservateurs. Le scandale de la BAE a été un révélateur du vrai projet politique de cette faction. Sous couvert de « révolution dans les affaires militaires (RMA) », une politique systématique de « privatisations » et « d’externalisation » ainsi que de réduction massive des effectifs de l’armée américaine, doublée d’une course aux armements « miracles » (informatique, espace, etc.) confiés à quelques super professionnels opérant dans le plus grand secret, a créé le cadre de l’explosion fulgurante du marché des sociétés militaires privées.

Aussi fou que ceci puisse paraître, cette vaste machine militaire, devenue instrument de chantage, leur permettrait l’instauration d’un « gouvernement mondial » tenant le monde en otage avec des armes positionnées dans l’espace, tout en gérant le chaos des populations avec des entités de mercenaires, une génétique sans éthique, une désinformation constante et des drogues régulatrices. Cette « dictature scientifique », l’utopie dangereuse dont rêvaient George Orwell dans 1984 et Aldous Huxley dans Le retour au meilleur des mondes, popularisée par tant de bandes dessinées, sera la réalité du monde de demain si nous réagissons pas.

 

Introduction

En 2004 s’est tenue au Middlebury College, dans l’Etat du Vermont aux Etats-Unis, une conférence sous les auspices du Centre Rohatyn pour les affaires internationales, sur le thème de « la privatisation de la défense nationale américaine. »

Félix Rohatyn, ancien ambassadeur américain à Paris et ancien banquier de Lazard Frères, y partageait la tribune avec des géopoliticiens tel que Michaël Ignatief, un professeur d’Harvard qui affirme que l’Amérique devrait abandonner le républicanisme pour le « libéral-impérialisme », William Dobson, l’éditeur de la revue du Conseil des relations étrangères (CFR) Foreign Affairs, et un certain nombre d’anciens militaires habitués à effectuer des allers-retours entre le Pentagone et un secteur militaire privé en pleine croissance grâce au développement très lucratif des sociétés militaires privées.

Mentionnons aussi, par exemple, le général Ed Soyster, annoncé au programme comme un « conseiller spécial auprès du ministère de la Défense ». Si Soyster a été réellement chef du service de contre-espionnage américain, la D.I.A. (Defense Intelligence Agency), il est aujourd’hui vice-président en charge des relations internationales de MPRI (Military Professionals Resources Inc.), une des plus importantes sociétés militaires privées du monde.

Sept ans plus tôt la même D.I.A. avait déjà organisé un colloque à huis clos sur le thème de « la privatisation des fonctions de défense nationale en Afrique sub-saharienne », réunissant des SMP américaines et anglaises. En dehors des responsables de MPRI, il y avait aussi Eeben Barlow, directeur de la fameuse société de mercenaires Executive Outcomes, qui se faisait rémunérer en diamants en Sierra Leone, ainsi que celle de Timothy Spicer dont nous parlerons plus tard.

Un mois après cette conférence, dans le Financial Times, Félix Rohatyn en personne livrait ses pensées sur la question. Depuis une décennie, dit Rohatyn, une révolution tranquille est en marche. Dans la première guerre du Golfe, « la proportion de troupes américaines sur le terrain par rapport au nombre de SMP était de 50 contre 1. Dans la guerre d’Irak en 2003, la proportion était de 10 contre 1, tout comme pendant l’intervention en Bosnie et au Kosovo, sous Clinton. (…) Pour donner un ordre de grandeur de cette évolution, le montant total des contrats d’Halliburton en Irak se chiffre à ce jour autour de 11 à 13 milliards de dollars, soit plus du double du coût payé par les Etats-Unis pour la première guerre du Golfe. (…) Dans l’histoire de la guerre, continue Rohatyn, la sous-traitance et le déploiement de mercenaires n’ont rien de neuf. L’empire anglais a été bâti avec des soldats mercenaires, et une armée de citoyens n’est apparue que dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Mais il y a deux différences structurelles entre l’empire anglais du XIXe et l’américain du XXe. D’abord, ce sont des compagnies cotées en bourse qui mènent des opérations militaires privées. Ensuite, le marché de cette nouvelle force possède aujourd’hui un caractère vraiment mondial, ce qui fait apparaître des nouvelles prérogatives de responsabilité et de régulation. »

Un marché de 100 milliards de dollars

Lors de l’invasion américaine de l’Irak, en mars 2003, des hommes de la Navy pilotaient les bateaux de guerre américains. Mais à leurs côtés, opérait le personnel de quatre sociétés privées, pilotant quelques-unes des armes les plus sophistiquées du monde. Quand les drones prédateurs, les Hawks, et les bombardiers fantômes B2 entraient en action, leurs systèmes étaient également manoeuvrés par des sociétés privées.

Le rôle des SMP a été encore plus important dans la période dite de « l’après-guerre ». En 2003, sur les 87 milliards dépensés par les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, un tiers (30 milliards) l’a été pour les SMP. Rien qu’en Irak le General Accounting Office (GAO, équivalent américain de la Cour des Comptes en France) affichait en 2005 la présence de quelque 60 SMP employant environ 25.000 personnes, chiffre qui est passé en 2006 à 181 sociétés employant un peu plus de 48.000 personnes, soit plus de quatre fois les 11.000 soldats du contingent britannique !

Les officiers de l’armée anglaise se plaignent presque quotidiennement du fait que leurs soldats qualifiés rejoignent le privé pour toucher des salaires généralement entre cinq à vingt fois plus élevés que ce qu’ils gagnent dans l’armée de sa glorieuse majesté. Un ancien commando du SAS britannique, des forces Delta américaines ou d’autres troupes d’élite, peut gagner jusqu’à 1000 dollars par jour en Irak. L’hémorragie est telle que même l’armée américaine a dû se résoudre à verser une prime de 150.000 dollars pour tout sous-officier qui renouvelle son engagement pour six ans de plus.

« Révolution dans les affaires militaires » revue Inflexions N°5, janvier-mai 2007 Si cette « révolution dans les affaires militaires » (RMA), décrite dans le livre The Transformation of War de Martin van Creveld, où les Etats-nations sont remplacés par des « entités guerrières », est en marche depuis longtemps, son ampleur prend désormais une dimension plus qu’inquiétante.

D’abord, en remontant un peu dans le temps, on constate que depuis la fin de la guerre froide, presque six millions de militaires ont été jetés sur le marché du travail avec comme unique qualification leur expérience militaire. Les effectifs considérables de l’Armée Rouge, ceux des armées de l’Allemagne de l’Est ou de l’Afrique du Sud ont été massivement réduits. Les armées des pays européens et des Etats-Unis n’ont pas résisté à la tendance générale. Ainsi, l’armée américaine est passée de 2,1 millions d’hommes sous les armes en 1990 à 1,4 million en 2003, soit un tiers de moins ! C’est cette réduction massive des effectifs de l’armée américaine sous Clinton, un « downsizing » ou rétrécissement accéléré massivement par l’administration Bush-Cheney, qui a fait exploser le marché du privé. Grâce à Donald Rumsfeld, qui arguait qu’on pouvait « externaliser toutes les fonctions militaires sauf les tirs », les contrats gouvernementaux avec les SMP ont conquis un marché pesant plus de 100 milliards de dollars par an, qui a englouti environ le quart des 439,3 milliards de dollars du budget de la défense des Etats-Unis en 2006. Dans la pure tradition du double langage orwellien, les SMP ont formé leur propre lobby pour défendre la profession, l’International Peace Operations Association.

DynCorp, un Etat dans l’Etat

Examinons pour commencer le cas de la Société militaire privée DynCorp. Basée à Church Falls en Virginie, DynCorp (dont l’ancien patron de la CIA James Woolsey fut actionnaire) emploie 26.000 personnes dans des dizaines de pays. Racheté par un fonds d’investissement coté à la bourse de New York, Dyncorp est un véritable Etat dans l’Etat. La société se vante de ses performances en informatique qui lui ont valu les contrats de gestion des données comptables de plus de trente agences et ministères de l’Etat américain, y compris le FBI, le Département d’Etat, le Département de la Justice, le Département de la Défense, l’agence de répression contre les stupéfiants (DEA), le Bureau des Prisons et l’Office national de la politique contre la toxicomanie. C’est une des rares sociétés ayant accès au système PROMIS, qui permet un accès illimité à tous les comptes bancaires de la planète, système qui aurait servi pour « balayer » les comptes en banque de Manuel Noriega et de Ferdinand Marcos ! L’ancien poids lourd du ministère de la Sécurité intérieure américaine, Dwight. M. Williams, vient d’en être nommé vice-président pour les questions de sécurité tandis qu’un ancien haut responsable de BAE a été nommé directeur. Que demande le peuple ?

Derrière cette honnêteté de façade se cache une réalité bien moins reluisante. Un mémorandum diplomatique américain affirme que « quelque 300 officiers de la police haïtienne ont obtenu une formation de gestion des foules ». Les experts de l’ambassade pensent que ce sera la tâche principale de la police haïtienne en 1997, puisque « la stagnation de l’économie engendre un fort sentiment de frustration dans la populace. »

Le site internet CorpWatch souligne que certains contrats semblent formatés explicitement pour contourner la loi américaine. Après les guerres coloniales au Laos et au Cambodge, le Congrès américain a limité à 400 le nombre de soldats que le pays peut déployer à l’étranger et imposé l’autorisation du Congrès pour tout contrat au-dessus de 50 millions de dollars. En multipliant des contrats moindres rebaptisés « missions de la paix » et en faisant appel à des SMP ainsi qu’à des étrangers, le Congrès est mis hors du coup. Janice Shakowsky, une démocrate de l’Illinois, posait publiquement la question : « Est-ce que l’armée américaine privatise ses missions pour éviter toute contestation ou critique en soustrayant les cadavres au regard de l’opinion publique ? »

Comme nous l’avons souligné au début de cet article, DynCorp est presque une caricature de la Compagnie des Indes orientales, mariage criminel entre grandes compagnies de mercenaires et grandes compagnies de spéculateurs. L’actionnaire principal de DynCorp a été pendant très longtemps Capricorn Holdings, une société dirigée par un certain Winokur, qui siège à DynCorp tout en étant président du conseil financier de la société Enron, le géant texan de l’énergie connu pour ses malversations. On pense que ce qui a permis à Winukur d’éviter la prison, ce sont les rapports intimes de DynCorp avec le système judiciaire américain. Au début de l’année 2007, DynCorp fut racheté par un fonds d’investissement, Veritas Capital, dirigé par Robert B. McKeon, ancien PDG de Wasserstein Perella Management Partners. L’ancien partenaire de McKeon est le sulfureux Bruce Wasserstein, qui dirige aujourd’hui la banque synarchiste Lazard Frères. Commentant les récents et fabuleux profits de DynCorp, qui « dépassent tous les espoirs de Wall Street », le site internet Forbes.com commentait que « Si la cupidité est bonne, la guerre est meilleure », affirmant que « puisque les conflits continuent à faire la une, les analystes anticipent de bonnes perspectives pour les sous-traitants militaires ».

SMP et humanitaire

Le déguisement en gardiens de la paix et en co-acteurs dans le domaine humanitaire a permis à certaines SMP d’empocher des contrats auprès de donneurs d’ordres parfaitement respectables : Pentagone, Département d’Etat, ONU, UE, OSCE, OUA, voir certaines ONG et même la Croix Rouge !

Bernard Kouchner, dont l’esprit d’ouverture est désormais légendaire, y fait allusion dans un article récent publié dans une revue de référence, où il affirme que « la question majeure en effet n’est sans doute plus de savoir si l’espace humanitaire doit rester l’exclusivité des ONG (si tant est qu’il l’ait jamais été), mais bien plutôt de savoir comment un nombre croissant d’acteurs agissant aujourd’hui dans le secours aux victimes -ONG, organisations onusiennes, sécurité civile, forces militaires nationales et transnationales, acteurs privés, etc. – peuvent avoir des mandats, démarches et périmètres d’actions qui permettent de répondre le plus efficacement possible, et avec le meilleur rapport coût-efficacité aux besoins des populations touchées par les crises. » [1]

On le voit, pour Kouchner il ne s’agit pas de combattre ce phénomène, mais de le réguler afin de profiter du « meilleur rapport coût-efficacité », c’est-à-dire du marché ! Pour faire passer la pilule amère à une opinion publique française jugée « trente ans en retard sur les Anglo-Saxons », certains plaident pour « adopter le vocable de société d’appui stratégique et opérationnel (SASO), de préférence à celui de société militaire privée (SMP) » Mais le message est clair : « Monsieur, nous ne sommes pas des mercenaires, détrompez-vous ! Nous faisons un travail professionnel, sérieux, quoique pour quelques poignées de dollars. » Comme d’habitude, la révolution des mots est en marche.

La loi française et la Convention de Genève

Mais une opposition réelle aux SMP existe dans notre pays. Le 3 avril 2003, les députés français ont voté – à l’unanimité des différents partis – un nouveau texte de loi sur « la répression de l’activité mercenaire ». A l’occasion, la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, entre autres, a exprimé toute la réticence que la France ressent instinctivement à l’encontre de ces SMP : « De véritables entreprises de guerre, souvent d’origine anglo-saxonnes, ont, sur ce terreau, pu apparaître et fructifier. Elles fournissent à des Etats à la dérive des produits guerriers “clés en main” et à des oppositions peu soucieuses du respect des procédures légales, les moyens de parvenir à leurs fins. Il est à noter, d’ailleurs, qu’il ne s’agit plus du mercenariat traditionnel, individuel, mais de véritables entreprises commerciales, d’autant plus redoutables qu’elles disposent de moyens importants. »

La loi adoptée est presque identique au protocole I du 8 juin 1977, additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949, article 47, 2. Ce dernier est plus qu’explicite sur la question : « Le terme “mercenaire” s’entend de toute personne : a) qui est spécialement recrutée dans le pays ou à l’étranger pour combattre dans un conflit armé ; b) qui en fait prend une part directe aux hostilités ; c) qui prend part aux hostilités essentiellement en vue d’obtenir un avantage personnel et à laquelle est effectivement promise, par une Partie au conflit ou en son nom, une rémunération matérielle nettement supérieure à celle qui est promise ou payée à des combattants ayant un rang et une fonction analogues dans les forces armées de cette Partie ; d) qui n’est ni ressortissant d’une Partie au conflit, ni résident du territoire contrôlé par une Partie au conflit ; e) qui n’est pas membre des forces armées d’une Partie au conflit ; et f) qui n’a pas été envoyée par un Etat autre qu’une Partie au conflit en mission officielle en tant que membre des forces armées dudit Etat. »

Il est à noter ici que beaucoup de pays, y compris les Etats-Unis, ne sont pas signataires du Protocole additionnel (APGC77), définissant le statut de mercenaire. Mais, compte tenu du fait que les six critères doivent s’appliquer en même temps, ce texte manque de sévérité. Malheureusement, la nouvelle loi française ne fait qu’intégrer au code pénal français cette qualification juridique de « mercenaire » telle qu’elle se trouve déjà définie par la Convention de Genève. Sur le terrain, la loi s’avère inopérante car elle se limite à des mercenaires individuels et pas à des entreprises. Par exemple, en Côte d’Ivoire, la France a été incapable d’inculper les « mercenaires » slaves ou sud-africains, auteurs du bombardement de Bouaké sur les forces militaires françaises, car juridiquement ils étaient employés par les forces armées du pays. Juridiquement, cette attaque était un acte de guerre de la Côte d’Ivoire contre la France, qui, dès lors, ne pouvait plus s’appuyer sur la Convention de Genève pour poursuivre les mercenaires en question. Plus grave encore, aucune loi n’empêche pour l’instant une société de droit français de « contracter » avec l’armée américaine ou avec des organismes humanitaires en Irak ou en Afghanistan, afin de mettre à leur disposition les compétences d’un vivier d’anciens soldats français dans des missions de protection.

Notons aussi que certains en France veulent se mettre à l’heure anglo-saxonne. Ainsi, l’ancien patron de la direction du renseignement militaire, le général Heinrich, a créé sa propre société Géos qui connaît une forte croissance et dispose déjà de quelque 120 anciens de la DGSE. Elle a décroché le contrat pour la sécurité du pipeline Tchad-Cameroun. Bien qu’elle refuse de traiter « des missions qui reviennent en principe aux pouvoirs publics », elle peut dans l’urgence, intervenir, avec le feu vert du Quai d’Orsay, tout en évitant « toute participation directe ».

De Machiavel à Eisenhower

Comme les généraux romains à la fin de l’empire, qui se faisaient couronner empereur à Rome en achetant les voix de la plèbe avec le butin des conquêtes impériales, l’élection de la dynastie Bush a largement bénéficié des contributions des compagnies mercenaires et des fonds d’investissements qui les contrôlent. Impossible de chiffrer avec précision les millions de dollars versés par les SMP aux candidats sur le devant de la scène politique. Ce qui est connu, c’est que Blackwater USA a versé 2,4 millions à des candidats républicains, tandis que DynCorp, Bechtel et Halliburton leur ont allongé plus de 2,2 millions de dollars, ainsi qu’à la candidature de George W. Bush.

Sommes-nous prêts à vendre notre liberté et nos âmes aux diables de la guerre en acceptant la privatisation des dernières fonctions régaliennes de nos Etats-nations souverains ?

A un étudiant qui lui demandait, lors d’un débat à l’université John Hopkins, s’il envisageait une législation pour ramener les SMP sous le coup de la loi, le président Bush répliqua, en rigolant, qu’il « allait décrocher le téléphone et dire, Monsieur le Ministre, j’ai une question intéressante », déclenchant un éclat de rire général.

Deux voix plus sages du passé nous mettent en garde contre tout pouvoir excessif d’un complexe militaro-industriel, devenu aujourd’hui militaro-financier. D’abord celle de Machiavel, l’homme d’Etat florentin et ami de Léonard de Vinci, s’adressant au duc Sforza dans Le Prince, en 1532. Ensuite, plus proche de nous, celle du grand ami du général de Gaulle, le général et président Dwight Eisenhower, lorsqu’il prononça son allocution de départ en janvier 1961.

Machiavel, qui voyait dans les condottieres et leurs mercenaires la principale cause de la ruine de l’Italie à son époque, écrit : « Le Prince dont le pouvoir n’a pour appui que des troupes mercenaires ne sera jamais aussi assuré ni tranquille ; car de telles troupes sont désunies, ambitieuses, sans discipline, infidèles, hardies envers les amis, lâches contre les ennemis ; et elles n’ont ni crainte de Dieu, ni probité à l’égard des hommes. Le Prince ne tardera d’être ruiné qu’autant qu’on différera de l’attaquer. Pendant la paix, il sera dépouillé par ces mêmes troupes ; pendant la guerre, il le sera par l’ennemi. La raison en est que de pareils soldats servent sans aucune affection, et ne sont engagés à porter les armes que par une légère solde ; motif sans doute incapable de les déterminer à mourir pour celui qui les emploie. Ils veulent bien être soldats tant qu’on ne fait point la guerre ; mais sitôt qu’elle arrive ils ne savent que s’enfuir et déserter. » (…) « Les capitaines mercenaires sont ou ne sont pas de bons guerriers : s’ils le sont, on ne peut s’y fier, car ils ne tendent qu’à leur propre grandeur, en opprimant, soit le prince même qui les emploie, soit d’autres contre sa volonté ; s’ils ne le sont pas, celui qu’ils servent est bientôt ruiné. Si l’on dit que telle sera pareillement la conduite de tout autre chef, mercenaire ou non, je répliquerai que la guerre est faite ou par un prince ou par une république ; que le prince doit aller en personne faire les fonctions de commandant ; et que la république doit y envoyer ses propres citoyens : que si d’abord celui qu’elle a choisi ne se montre point habile, elle doit le changer ; et que s’il a de l’habilité elle doit le contenir par les lois, de telle manière qu’il n’outrepasse point les bornes de sa commission. »

Enfin, le général Dwight Eisenhower, le 17 janvier 1961, trois jours avant la fin de son mandat présidentiel, avertissait contre le danger de ce qu’il appelait le complexe militaro-industriel en ces termes : « Dans les allées du pouvoir, nous devons nous protéger contre l’obtention d’influence injustifiée, délibérément recherchée ou pas, par le complexe militaro-industriel. Le potentiel pour un accroissement désastreux ou déplacé du pouvoir existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés ou le processus démocratique… »

FIN

Dix cas d’espèce

- ANGOLA : à la recherche du diamant vert et de l’or noir en Angola

 

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Le blason des brigades spéciales d’Executive Outcomes

Avant la fin de la guerre froide, les Américains armaient discrètement les combattants de l’UNITA cherchant à renverser le régime angolais pro-soviétique. L’UNITA occupait une vaste région où sont localisées les richesses minières du pays. En 1992, l’Angola embauche la société britannique Executive Outcomes (EO), une SMP formée par un petit millier d’anciens du SAS britannique et membres des forces spéciales sud-africaines. Comme Roger Moore l’a documenté dans Executive Intelligence Review, EO « se payait sur la bête » en se faisant rémunérer, dans le pur style colonial, par des concessions de pétrole et de diamants accordées à Tony Buckingham, un des dirigeants d’EO. Ses débordements entraînent sa dissolution en 1998 et l’adoption d’une loi anti-mercenaire en Afrique du Sud. (Sources : Inflexions n°5, janv.-mai 2007 ; « Privatizing War » de Ken Silverstein, The Nation, 28 juillet 1997)

- CROATIE : Aider les Croates à joindre l’OTAN : « Opération Tempête »

Le général Ed Soyster, ancien directeur de la DIA qui assista à la conférence de Rohatyn mentionnée plus haut, est vice-président de Military Professional Resources Inc. MPRI compte parmi ses dirigeants 22 anciens hauts gradés, dont le général Carl Vuono, chef de l’état-major américain pendant l’invasion du Panama et la première guerre du Golfe. Selon ses dires, MPRI dispose d’un fichier de plus de 10.000 officiers et sous officiers, dont 340 généraux disponibles à tout moment pour des missions. S’il ne travaillent pas tous en permanence, ils peuvent être sollicités pour des « piges », comme cefut le cas en Irak. Dans le secteur, on raconte que chez MPRI, il y a « plus de généraux au mètre carré qu’au Pentagone ». MPRI a aussi écrit de nombreux manuels pour l’armée américaine… « Les Croates espéraient joindre l’OTAN, disait le général Soyster, et si vous désirez rejoindre le club, il faut avoir l’air de membres. » Malgré l’embargo voté à l’ONU en 1991 contre toute livraison d’armes aux pays de l’ex-Yougoslavie, MPRI fut embauché en 1994 par le département d’Etat américain pour former de toute urgence l’armée croate, jugée trop amateur. Après quelques mois d’entraînement, l’armée croate lançait « Opération Tempête » dans la région de Krajina, provoquant le départ d’au moins 100.000 Serbes en quatre jours. Les enquêteurs du TPI ont inculpé plusieurs officiers croates pour « meurtres et autres actes inhumains ». Soyster affirme qu’aucun employé de MPRI ne participa à l’opération, mais avoue que quelques Croates avaient assisté aux sessions de formation. Lors du débat parlementaire en 2003, le député français Paul Quilès, pour le groupe socialiste, dénonça le fait que des SMP « permettent à certains Etats d’intervenir sans apparaître ouvertement. C’est ainsi que les Etats-Unis ont pu contourner l’embargo décrété par l’ONU au Rwanda en payant une société, Ronco, pour faire le déminage et livrer du matériel militaire, et intervenir en Croatie en 1995, à travers MPRI, pour former, entraîner et équiper l’armée croate. » En Bosnie, un responsable de l’armée confiait qu’il y avait « un conflit d’intérêt. Moi, je représente l’intérêt national, mais eux ce sont des hommes d’affaires. J’aurais préféré une coopération directe avec les organisations des Etats telles que l’OTAN ou l’OSCE. Mais on ne nous a pas laissé le choix, il fallait employer MPRI. » (Sources : Ken Silverstein, « Privatizing War », The Nation, 28 juillet 1997 ; Leslie Wayne, “America’s For-Profit Secret Army”, New York Times, Octobre 13, 2002 ; résumé du livre de John Geddes (ancien du SAS) « L’autoroute vers l’enfer », sur armees.com)

- BOSNIE : Esclavage sexuel

Comme préalable à la signature des accords de paix de Dayton qui scellait la fin de la guerre, le gouvernement bosniaque exigeait légitimement une aide internationale afin de mettre sur pied une armée nationale. Le contrat fut accordé à MPRI, qui a raflé des milliers de dollars provenant de pays musulmans donateurs, Arabie saoudite, Brunei, Emirats arabes unis et Malaisie, qui déposaient l’argent sur un compte spécial du Trésor américain ! Sur place, un observateur remarqua : « Si en Bosnie un GI américain utilise son arme pendant une bagarre de bistro, il est soumis à la loi militaire américaine. Si un vigile américain privé qui protège ITT à Tuzla fait la même chose, il est jugé selon la loi bosniaque. » Cependant, par la nature des choses, les SMP opèrent dans des pays défaillants, où la loi est souvent purement notionnelle. La tentation de se faire plaisir dans ce flou légal semble avoir eu son effet pour une autre SMP, DynCorp, chargée de former la police bosniaque. Certains employés de la société y furent accusés de viol et de trafic de jeunes filles âgées d’à peine 12 ans. Les deux personnes qui dénoncèrent l’affaire furent licenciées, mais DynCorp ne fut jamais condamné. Dans son procès contre son employeur, l’un des deux accusateurs relate comment ses supérieurs vendaient et achetaient des femmes pour leur satisfaction personnelle, vantant l’âge et les talents divers des personnes achetées. Madeleine Rees, principale responsable pour l’ONU des droits de l’homme à Sarajevo, fut abasourdie qu’après ce scandale, DynCorp ait encore pu obtenir un gros contrat pour former la police Irakienne. ( Sources : Ian Traynor, « The privatisation of War”, The Guardian, 10 décembre 2003 ; l’ancien responsible du Parti Républicain Catherine Fitts, “Enron, the anatomy of a cover-up” ; Eric Leser, “L’armées américaines fait de plus en plus appel au secteur privé”, Le Monde, 10 février 2003)

- COLOMBIE : guerre à la drogue ?

A de nombreuses reprises, les Etats-Unis ont voulu aider les pays d’Amérique latine, notamment la Colombie, le Pérou ou la Bolivie, à détruire les cultures de coca. DynCorp fut donc embauché pour ce travail payé 170 millions de dollars (entre 1996 et 2001). Petit détail : DynCorp Aerospace Technology sous-traite depuis une dizaine d’années l’épandage des herbicides à une autre société : Eagle Aviation Services and Technology (EAST). Autre petit détail : EAST et son fondateur Richard Gadd ont aidé le colonel américain Oliver North à fournir des armes aux « Contras » qui combattaient le régime pro-communiste du Nicaragua. En échange, et pour payer les armes, ces derniers chargeaient les avions avec de la cocaïne… Dernier petit détail : Dick Cheney a toujours été un supporter inconditionnel d’Oliver North et a financé sa campagne sénatoriale (ratée). (Source : Ken Guggenheim, « Drug Fight in Colombia questioned », Associated Press, 5 juin 2001.)

- LIBERIA : Enlèvement à gages

En décembre 2003, une SMP Britannique, Northbridge Services Group, se propose d’enlever l’ancien président libérien Charles Taylor pour bénéficier de la récompense de 2 milliards de dollars promise par le Congrès américain. Charles Taylor, recherché par une cour internationale de l’ONU en Sierra Leone, avait obtenu l’asile politique au Nigeria, malgré un mandat d’arrêt international d’Interpol. En novembre 2003, le président George Bush avait débloqué 87,5 milliards de dollars pour les opérations en Irak et en Afghanistan, dont 2 milliards de récompense pour l’arrestation d’un inculpé recherché par une cour de Sierra Leone soutenue par l’ONU… (Source : BBC, « Firm seeks Charles Taylor Bounty », le 11 décembre 2003)

- GUINEE : Tentative de putch

 

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Simon Mann, dirigeant d’EO proche de Mark Thatcher, jeté en prison au Zimbabwe

En mars 2004, un avion en provenance d’Afrique du Sud est arraisonné au Zimbabwe. A bord, une centaine d’hommes et leurs dirigeants : le britannique Simon Mann et le sud-africain Nick Du Toit, deux ex-dirigeants d’Executive Outcomes. But de l’opération : renverser le régime de la Guinée équatoriale, pays qu’on surnomme le « Koweit de l’Afrique » à cause de ses immenses réserves d’hydrocarbures. Instigateur de l’opération : Mark Thatcher, fils de l’ancien Premier ministre britannique, arrêté le 15 août 2004 en Afrique du Sud. Une entreprise de son associé en affaires et co-instigateur de la tentative de coup, le conservateur anglais Gary Hart, aurait bénéficié de 20 millions d’euros provenant de BAE Systems. (Source : Philippe Leymarie, Le Monde Diplomatique, « En Afrique, une nouvelle génération de “Chiens de guerre”« , novembre 2004)

- OURAGAN KATRINA : buvez-vous du Blackwater ?

 

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Les mercenaires de Blackwater USA “sécurisent” la Nouvelle Orléans après l’Ouragan Katrina

Quelque 150 hommes de Blackwater USA, armés jusqu’aux dents, ont débarqué à la Nouvelle-Orléans juste après l’ouragan Katrina pour se « joindre à l’effort humanitaire ». Il s’agissait de « sécuriser » les quartiers et d’« affronter les criminels » en exhibant les grosses mitraillettes et les cartouches de munition. D’autres étaient dans les starting-blocks, comme la SMP israélienne Instinctive Shooting International (sic). En Louisiane, en moins de quinze jours, le nombre de sociétés de sécurité privées passa de 185 à 235. Certaines étaient au service du gouvernement fédéral, mais la plupart étaient là pour le privé. Si chacun se payait sa propre police, ça serait moins cher, non ? (Source : Jeremy Scahill, « Blackwater Down », The Nation, 10 octobre 2005)

- SOUDAN : Génocide pour le pétrole

En 1983, sous la direction de John Garang, le SPLA lance une rébellion au Sud-Soudan, riche en pétrole. Entraîné par DynCorps pour 3 millions de dollars en 2001, le SPLA, sous pression des Etats-Unis, est intégré dans le gouvernement soudanais et contrôlera la région semi autonome du Sud Soudan. En récompense de ces services, le SPLA n’hésite pas à octroyer le « Bloc B », qui est exploité par le groupe français Total, au pétrolier anglais White Nile… En 2006, DynCorp renouvelle le contrat pour faire du SPLA une armée régulière. Plusieurs sources pensent qu’à travers le SPLA, DynCorp alimente les rébellions du Darfour où d’autres champs pétroliers les attendent. Au Darfour en 2004, alors que débarquent 4500 soldats nigérians et rwandais de l’Union Africaine, le département américain signe un contrat d’une valeur de 20,6 millions dollars avec deux SMP : DynCorp et Pacific Architects & Engeneers (PAE), connu pour avoir grossièrement surfacturé ses services en RDC. Notez que le budget total de l’OUA pour 2004 se chiffrait à 43 millions de dollars, l’équivalent misérable d’un demi Airbus A320… En 2005, DynCorp fut chargé d’organiser le déplacement des rebelles àla conférence de paix de Nairobi, grâce à un staff spécial établi à Washington. « Pourquoi utilisons-nous des SMP pour conduire des négociations de paix au Soudan ? » La réponse est simple, répond un haut responsable du gouvernement américain : « La loi américaine nous interdit de financer un parti politique ou un agenda. En utilisant des SMP, on peut contourner ce dispositif de la loi. Considérez cela comme quelque chose située entre une opération sous couverture de la CIA et un programme public de l’agence américaine de développement international. C’est une façon d’échapper au droit de regard du Congrès. ».CorpWatch) (Source : Pratap Chatterjee, « Darfur diplomacy : Enter the Contractors », 21 octobre 2004,

- USA : Vive les prisons !

Halliburton et DynCorp sont déjà aujourd’hui de gros acteurs sur le marché carcéral privé. Le 24 janvier 2006, KBR, une filiale d’Halliburton, obtient un contrat de 385 millions de dollars du service en charge de l’immigration au Departement of Homeland Security. Il s’agit de prévoir la détention « éventuelle » des 400.000 travailleurs clandestins présents sur le territoire « en cas d’urgence ». La construction de ces prisons fait partie d’un plan décennal baptisé « Endgame », qui prévoit l’internement de tous les clandestins et terroristes potentiels. Dans les années 1980, Cheney et Rumsfeld travaillaient sur des plans secrets classés sous la rubrique « Continuité de gouvernement » (COG) en cas de catastrophe nucléaire. Ce plan, qui projetait la suspension de la Constitution, fut activé après le 11 septembre.

- IRAK : racket de guerre et torture

 

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Torture à la prison d’Abu Graîb. Les services de renseignement ont sous-traité les interrogatoires, confiés à des “conseillers culturels” formés par des SMP. Leurs contrats furent renouvellés en fonction des résultats obtenus…

Bien avant l’invasion de l’Irak, les SMP vautours encerclent le cadavre annoncé. Halliburton, une compagnie texane de pétrole et de BTP qui emploie plus de 20.000 personnes dans plus de 100 pays, a été dirigée par Dick Cheney qui en reste le plus gros actionnaire individuel avec 45,5 millions de dollars. Bien qu’elle soit officiellement un fournisseur de l’armée, Halliburton ne sous-traite sa sécurité qu’à des SMP. Avant l’invasion, Halliburton emploie 1800 personnes pour monter des villages de tentes au Koweit, restauration et service de blanchisserie compris, pendant que des gardes de DynCorp patrouillent les environs pour repousser des villageois furieux. En même temps, dans les bases américaines du Koweit, des instructeurs de MPRI forment des militaires à l’utilisation des armes. Loin du front, en Californie, deux autres SMP prépareront des opérations plus délicates : Titan Corporation recrute des espions et traducteurs kurdes, ses fameux « conseillers culturels » qui ont fait si bonne réputation à la prison d’Abou Graïb. Les agences de renseignement ont sous-traité le délicat travail des interrogatoires. Les « soldats » privés ne sont pas redevables devant les tribunaux militaires et leur contrat est renouvelé en fonction des résultats obtenus… Entre-temps, Science Applications International Corp est payé pour monter de toute urgence un gouvernement d’Irakiens en exil et Richard Perle, ancien président du Defense Policy Board et néo-conservateur de la première heure, conseille les clients de Goldman Sachs sur le potentiel des futurs contrats de la reconstruction. Après la « victoire » de la coalition, le général Jay Garner est promu proconsul à Bagdad. Il songe à employer d’anciens soldats de l’ex-armée irakienne pour des tâches de maintien de l’ordre dans un pays qu’il croit finalement libéré. Le rapport du GAO de juin 2005 rapporte que les sociétés de reconstruction « avaient prévu des mesures de sécurité minimales dans leurs contrats, comme l’emploi de vigiles pour prévenir les vols sur leurs chantiers. » Le Pentagone rejette la proposition de Garner et Paul Bremer est désigné comme son remplaçant le 6 mai 2003. Pas question d’employer des Irakiens ! Paul Bremer est l’ancien assistant d’Alexander Haig et l’un des directeurs de Kissinger Associés. La décision américaine plonge le pays dans le chaos et l’insécurité. Erreur ou politique délibérée, cette décision tragique permettra aux SMP d’ouvrir ce qu’ils ont fièrement appelé « une mine d’or ». On en sera pas étonné d’apprendre que Paul Bremer est lui-même un responsable de Marsh McLellan, propriétaire de Kroll Inc., une société de sécurité qui travaille pour le gouvernement américain et l’industrie de l’armement. Sans surprise aussi : la première décision de Bremer consiste à rendre les SMP non redevables devant la loi irakienne ! Kellogs, Brown & Roots (KBR), autre filiale d’Halliburton, obtient le quasi-monopole de la logistique de l’armée américaine en Irak. Un contrat de 200 millions de dollars, signé en décembre 2001, quelques mois après le 11 septembre, charge KBR de loger et nourrir environ 100.000 soldats. KBR doit aussi réparer les installations pétrolières (28,2 millions de dollars) et construire des centres de détention. Notons ici qu’elle a également touché 40,8 millions de dollars pour héberger l’Iraqi Survey Group, déployé pour trouver les armes de destruction de masse. Déjà, à la fin de la première guerre du Golfe, Dick Cheney, alors ministre de la Défense américain, avait payé 8,9 millions dollars à Brown & Root services pour étudier comment les SMP pourraient appuyer l’effort de guerre américain dans les zones de combat. Inutile de lire le rapport pour connaître les recommandations. KBR décrocha un contrat de 7 milliards de dollars pour éteindre les incendies de puits pétroliers et rétablir la production pétrolière. Quand on regarde qui étaient les conseillers de Paul Bremer, on comprend mieux, car leur figure centrale était Philip J. Carroll, ancien grand patron de Shell Oil et actuellement un des directeurs de BAE Systems. Bremer a aussi offert à Blackwater USA un contrat de 7,1 millions de dollars pour lui fournir des gardes du corps. Avec DynCorp, Blackwater protège le président afghan Kharzai. La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie dénonça leur agressivité lors de sa visite en Afghanistan. Fondée en 1997 en Caroline du Nord par l’ancien commando des forces navales, le millionnaire « chrétien » Erik Prince, Blackwater assure la formation de l’armée et de la police irakienne. Un film documentaire met fortement en cause sa responsabilité dans le scandale d’Abou Graïb. Mais il y a pire : Un nouveau contingent de Marines s’étant installé à Falloudja en 2004, ils comptaient y établir une cohabitation cordiale, se limitant à faire du « soft patrolling ». Par inadvertance, 4 simples logisticiens de Blackwater sont tués dans une embuscade en traversant le centre ville. Leurs corps brûlés et mutilés sont pendus sous un pont sur l’Euphrate. Ces images firent le tour du monde, et tout espoir de cohabitation tomba à l’eau. Ce qui n’a pas empêché le magazine américain Fast Company d’inscrire Blackwater USA sur la liste des 50 sociétés offrant les perspectives les plus prometteuses, car sa croissance cumulée entre 2002-2005 était de 600  % ! 

 Quand les « pitbulls préférés de Tony Blair » travaillent pour BAE

Avec autant de tireurs à vue aux lunettes à verre teinté dans les parages, l’on comprend aisément que l’Irak soit devenu un endroit fort dangereux. Les SMP elles-mêmes se préoccupent d’ailleurs de plus en plus de la proportion inquiétante de tirs dits « amis » (« friendly fire »).

Si, officiellement, seulement 9 % des morts proviennent de tirs amis, le site internet Iraq Casualties Org, affiche que 31,9 % des décès parmi le personnel des SMP proviennent d’attaques de convois (embuscades avec ou sans échanges de coups de feu, tir de lance-roquettes, etc.) contre seulement 23,7 % résultant d’explosions d’engins explosifs improvisés…

Puisque la cohabitation entre SMP et entre les SMP et l’armée américaine s’avère souvent exécrable, pour tenter de diminuer le « friendly fire », les Etats-Unis ont eu la bonne idée, depuis 2004, de mettre en place un Centre d’opération et de reconstruction (COR). Ce COR fonctionne sur une base purement volontaire et l’on n’y partage pas forcément toutes les informations. On le comprend. Le gouvernement américain a confié la gestion du centre à la SMP britannique Aegis Defense Services, les héritiers d’Executive Outcomes et de Sandline International, dirigé par l’ami personnel de Tony Blair, Tim Spicer et présidé par Lord Peter Inge, un conseiller de BAE ! Aegis figure en excellente position pour devenir, à la grande stupéfaction des grosses SMP américaines, la plus puissante SMP du monde. Le contrat en Irak, selon une source diplomatique, fut attribué après que Tony Blair se fut plaint que les Anglais obtenaient peu d’avantages en échange de leur engagement militaire en Irak… « Les compagnies américaines sont furieuses. Spicer ne sera pas leur patron, mais il aura accès à des informations sensibles provenant du renseignement militaire et sera chargé de coordonner certaines de leurs activités », disait un consultant britannique sur place. « Etre obligé de passer par cet Anglais, avec sa réputation d’aventurier, afin de pouvoir parler au Pentagone leur semble une hérésie… »

Un correspondant du Monde commentait ainsi la situation : « Après l’attaque sur les convois de Blackwater, le Pentagone décida d’offrir une protection aérienne aux convois de SMP. Il proposa de mettre en place une agence de coordination dans ce but. Ainsi, aujourd’hui, c’est Tim Spicer qui coordonne le soutien aérien pour toutes les SMP dûment enregistrées dans son service. Le nom du programme est « Quarterback ». C’est incroyable ! C’est le Far West ! Des hélicoptères Apache et des troupes terrestres vont “sécuriser” les routes pour les sociétés privées. » Aboutissement fatal d’une logique infernale : pourtant jugés périmées, les troupes des Etats-nations, « qui coûtent cher », sont appelées en renfort pour protéger les sociétés militaires privées « rentables » !

www.solidariteetprogres.org

Imposer par la force la démocratie à Kaboul ?

Dans Afghanistan, AfPak, Al Qaïda, Analyse, Axe du Mal, États-Unis, Barack H. Obama, Ben Laden, Bernard Kouchner, CIA, Drone, France, Guerre contre le Terrorisme, GWOT, Hamid Karzaï, Islamistes, Islamophobie, Manipulation, Nicolas Sarkozy, Occident, ONU, OPEP, OTAN, Pétrole, Pentagone, Propagande, Talibans le 25 août 2009 à 14:11

par Gérard Filoche

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Kouchner prétend que si les talibans ne veulent pas d’élection, donc pas de démocratie, il faut la leur imposer par la force (sic). Ca lui va bien, lui qui a imposé avec Sarkozy, à la France, l’alliance privilégiée, avec les émirs d’Abou Dhabi…où il n’y a pas d’élection, pas de parti, pas de syndicat, pas d’association, mise au secret, torture, esclavage, travail forcé, racisme, sexisme…

Résultat du “scrutin” du 20 août en Afghanistan  : – de 50 % puis – de 40 % en fait 10 % de votants, des dizaines de morts dont la presse n’a pas le droit de parler, et deux candidats, Karzaï et Abdullah s’autoproclament avant les résultats. La « démocratie » ne s’importe pas avec des missiles et des camps de zombies GI’s équipés comme des astronautes, par 40° à l’ombre.

52 % des britanniques sont CONTRE la guerre en Afghanistan, et maintenant 54 % des américains..

Près des deux tiers des républicains soutiennent la guerre en Afghanistan.

Trois quarts des démocrates y sont opposés, Obama doit réfléchir.

Une majorité de français est CONTRE dans tous les sondages.

Sarkozy prétend combattre les barbares et moyenâgeux PAUVRES (Talibans) mais il s’allie avec les barbares et moyenâgeux RICHES (Abou Dhabi), c’est tout lui.

Selon que tu es riche ou puissant, émir ou afghan, Kouchner et Sarkozy t’aimeront ou te combattront.

De façon générale, l’impérialisme dominant choisit ses victimes et ennemis : 18 sur 20 des hommes qui ont fait le coup du 11 sept 2001 étaient saoudiens, mais ce n’est pas l’Arabie saoudite qui a été attaquée… ce sont l’Irak et l’Afghanistan…

Pourtant en matière de dictature et d’obscurantisme, l’Arabie saoudite, c’est la puissance dix. Sans l’excuse du sous-développement puisque c’est un des pays les plus riches du monde.

Richesses ? Tout ce qui est dépensé pour la guerre contre les Afghans, coûte plus que ce que l’Afghanistan produit de richesses. Construisez des trains, des routes, des écoles… le progrès fera reculer l’obscurantisme davantage que l’occupation militaire.

Il y a de braves gens pour gober qu’il ne faut « pas laisser les talibans gagner », que c’est trop horrible, qu’ils coupent (comme le dit cyniquement Sarkozy) « les mains des petites filles qui se mettent du rouge à ongles », etc..

Ils croient que l’OTAN là-bas défend la « civilisation ». Mais les talibans sont des créatures de l’OTAN, les alliés des US pendant la guerre contre les Russes de 1979 à 1989, et à l’époque, nul se souciait des petites filles auxquelles ils coupaient les mains !

Et demain, si les Talibans, inéluctablement victorieux, car ils sont chez eux, progressent comme c’est le cas chaque jour, l’OTAN négociera toujours sans se soucier des petites filles… La seule chose qui sera négociée ce ne sera pas la civilisation, c’est la sécurité du pipe line pour le pétrole et le gaz entre l’Asie centrale et le Golfe !

Alors, oui, oui, retrait immédiat des troupes !

“On se barre”, tout de suite, illico, pas un jour de plus ! On n’aurait jamais dû y être. Pendant la guerre d’Algérie, y’ en avait toujours pour rester un peu plus… Dans ce genre de guerre, chaque jour de plus fait des dégâts pour des décennies de plus.

Vous voulez la “civilisation” là-bas ? Cessez d’y importer la barbarie en bombardant des villages ou périssent des milliers de civils.

Les “arguments” pour envahir l’Afghanistan sont les mêmes arguments que pour envahir le Vietnam, la guerre d’Algérie, le débarquement à Saint-Domingue, Grenade, la baie des Cochons, le Nicaragua, l’Irak… Le droit dit d’ingérence baguenaudé par Kouchner est une couverture éhontée de toutes les agressions impérialistes façon Bush.

Jamais cette société n’évoluera par l’invasion !

Les Afghans ont déjà mis une pâtée sévère en 1852 aux britanniques en 1842. Ceux qui ne connaissent pas l’histoire devraient l’étudier (cf post-face de votre serviteur aux écrits de Marx-Engels sur l’Afghanistan aux Ed mille et une nuits, 2002)

Marx et Engels montraient en 1857 comment les Britanniques occupaient l’Afghanistan “possession indispensable pour repousser toute force d’invasion venue d’Asie centrale et indispensable contre la Russie”. Les Britanniques opposaient tribu contre tribu, caste contre caste et tandis que “tous luttaient contre tous” les hommes d’affaires britanniques progressaient. Pareil aujourd’hui pour l’accès au pétrole et au gaz !

Comment les Britanniques furent-ils vaincus en 1842 ?

Comme le sera l’OTAN demain :

Les moyens employés par la nation insurgée ne peuvent être mesuré selon les règles reconnues de conduite d’une guerre régulière ni d’après nul autre étalon abstrait mais d’après le degré de civilisation de la nation insurgée.” Marx décrit alors, non pas la prise d’un avion avec des cutters, ni l’envoi d’anthrax par la poste, mais les chinois qui incorporent de l’arsenic dans la farine du pain de la colonie européenne d’Hongkong, ou embarquent des armes cachées dans les vapeurs de commerce, enlèvent ou séquestrent les passagers européens, “se mutinent et plutôt que de se rendre, coulent ou périssent dans les flammes“. “Que peut une armée contre un peuple recourant à des tels moyens de guerre ? Où jusqu’à quel point, peut-elle pénétrer en pays ennemi et comment s’y maintenir ?”

Engels raconte la déroute totale d’une armée de 12 000 soldats anglais et de 40 000 suivants devant Kaboul, Kandahar, et Djalalabad. Alors qu’ils pensaient avoir accompli la conquête du territoire afghan et avoir poussé les armées afghanes à la déroute, les troupes anglo-indiennes ont vu se dresser contre eux, le 2 novembre 1841, les forces insurrectionnelles coalisées de toutes les tribus et clans afghans.

Tous les régiments, toutes les garnisons, tous les soldats de l’empire de l’époque furent alors vaincus, poursuivis, tués, jusqu’à ce que la capitulation soit totale : les Britanniques ne gagnèrent qu’en 1898, lors d’une autre guerre… Avant que ne viennent les Russes de 1979 à 1989 et les Américains en 2001… nouvelle odyssée de l’histoire à laquelle nous assistons.

On ne libérera ni les femmes ni les hommes avec des chars et des missiles. C’est le contraire : la guerre actuelle contre les afghans renforce les intégristes pour des décennies ! Les “insurgés” deviennent des héros nationaux. Elle leur… donne une légitimité qu’ils seraient peut être en train de perdre progressivement sinon…

source : le blog de Gérard Filoche

Parlons-en ! L’industrie de la “paix” au Moyen-Orient

Dans Abbas, Analyse, Benyamin Netanyahou, Gaza, Guerre, Hamas, Islam, Israël, Judaïsme, Knesset, Moyen-Orient, ONU, Palestine, Sionisme le 24 août 2009 à 18:42
par Faris Giacaman
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En découvrant que je suis Palestinien, de nombreuses personnes rencontrées dans une université aux Etats-Unis désirent m’informer des différentes activités auxquelles ils ont participé afin de promouvoir la “coexistence” et le “dialogue” entre les deux parties du «conflit», attendant sans doute de ma part un signe d’approbation.  Toutefois, ces efforts sont nuisibles et fragilisent l’appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël de la société civile palestinienne – le seul moyen de faire pression sur Israël pour qu’il cesse ses violations des droits des Palestiniens.
 
Les tentatives d’établir un «dialogue», alors qu’Israël continue d’opprimer les Palestiniens, ne font que fragiliser l’appel au boycott. (Activestills)
 
 Lorsque j’étais lycéen, à Ramallah, l’un des initiatives “de peuple à peuple» les plus connues, les Graines de la Paix, sont souvent venues dans mon école pour demander aux étudiants de se joindre à leur programme. Presque chaque année, ils envoient quelques-uns de mes camarades de classe pour un camp d’été aux États-Unis avec un groupe similaire d’étudiants israéliens.

Selon le site internet de Graines de la Paix, on leur apprend au camp “à développer l’empathie, le respect et la confiance ainsi que les techniques de leadership, de communication et de négociation – tous les éléments essentiels qui faciliteront une coexistence pacifique pour la prochaine génération.” Ils dépeignent un tableau optimiste, et la plupart des gens à l’université sont très surpris d’entendre que je pense que ces activités sont peu judicieuses, au mieux, et immorales, au pire. Pourquoi diable devrais-je être contre la “coexistence”, demandaient-ils toujours?

Au cours des dernières années, il y a eu des appels grandissants pour mettre un terme à l’oppression d’Israël sur le peuple palestinien par le biais d’un mouvement international de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). L’une des objections les plus courantes pour le boycott, c’est qu’il est contre-productif, et que «le dialogue» et «une promotion de la coexistence” sont beaucoup plus constructifs que les boycotts.

Avec le début des accords d’Oslo en 1993, il y a eu toute une industrie qui a déployé ses efforts pour faire venir les Israéliens et les Palestiniens dans ces groupes de «dialogue». L’objectif déclaré de ces groupes est la création de la compréhension entre les «deux parties du conflit,” afin de “construire des ponts» et «surmonter les obstacles.” Toutefois, l’hypothèse que ces activités contribueront à faciliter la paix n’est pas seulement incorrecte, mais elle manque en fait de morale.

L’hypothèse que le dialogue est nécessaire afin de parvenir à la paix ne tient absolument pas compte du contexte historique de la situation en Palestine. Cela suppose que les deux parties ont commis, plus ou moins, une quantité égale d’atrocités contre l’autre et sont également coupables des torts qui ont été causés.

Cela suppose qu’aucune des deux parties n’a totalement raison ou totalement tort, mais que les deux parties ont des revendications légitimes qui devraient être examinées, et que certains points doivent être surmontés. Par conséquent, les deux parties doivent écouter le point de vue de “l’autre” afin de favoriser la compréhension et la communication, ce qui conduirait probablement à une «coexistence» ou «réconciliation».

Une telle approche est jugée “équilibrée” ou “modérée”, comme si c’était une bonne chose. Toutefois, la réalité sur le terrain est très différente du point de vue «modéré» de ce soi-disant «conflit». Même le terme «conflit» est trompeur, car il implique un litige entre deux parties symétriques. Ce n’est pas la réalité, il ne s’agit pas d’un cas de simple malentendu ou de haine mutuelle qui se trouverait sur le chemin de la paix. Le contexte de la situation en Israël/Palestine est celle du colonialisme, de l’apartheid et du racisme, une situation dans laquelle il y a un oppresseur et un opprimé, un colonisateur et un colonisé.

Dans le cas du colonialisme et de l’apartheid, l’histoire montre que les régimes coloniaux n’abandonnent pas le pouvoir sans lutte et résistance populaire, ou de pressions directes internationales. Il est particulièrement naïf de croire que la persuasion et les “discussions” pourront convaincre un système oppressif de renoncer à son pouvoir.

Le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, par exemple, a pris fin après des années de lutte avec l’aide indispensable d’une campagne internationale de sanctions, désinvestissements et de boycotts. Si l’on avait proposé aux opprimés Sud-Africains vivant dans des bantoustans d’essayer de comprendre le point de vue de l’autre (c’est-à-dire le point de vue de la suprématie blanche d’Afrique du Sud), les gens auraient éclaté de rire à une notion aussi ridicule.

De même, pendant la lutte des Indiens pour l’émancipation de la domination coloniale britannique, le Mahatma Gandhi n’aurait pas été vénérée comme un combattant de la justice, s’il avait renoncé à satyagraha – “s’en tenir fermement à la vérité”, son terme pour son mouvement de résistance non-violente – et s’il avait plaidé pour le dialogue avec les occupants colons britanniques afin de comprendre leur version de l’histoire.

Maintenant, il est vrai que certains Sud-Africains blancs étaient solidaires des opprimés noirs sud-africains, et ont participé à la lutte contre l’apartheid. Et il y avait, bien sûr, certains opposants britanniques à la politique coloniale de leur gouvernement. Mais ces partisans se sont explicitement tenus aux côtés des opprimés avec l’objectif clair de mettre fin à l’oppression, de lutter contre les injustices commises par leurs gouvernements et leurs représentants.

Donc, tout rassemblement des deux parties ne peut être moralement sain que lorsque les citoyens de l’état d’oppression sont solidaires avec les membres du groupe opprimé, et non pas sous la bannière de “dialogue” pour «comprendre l’autre version de l’histoire.” Le dialogue n’est acceptable que lorsqu’il est engagé pour mieux comprendre le sort des opprimés, et non pas dans le cadre “d’écouter les deux parties.”

Cependant, les partisans palestiniens de ces groupes de dialogue ont affirmé que de telles activités pourraient être utilisées comme outil – non pas pour promouvoir ce que l’on appelle la «compréhension», – mais en fait pour remporter la lutte palestinienne pour la justice sur les Israéliens en les persuadant ou “en leur faisant reconnaître notre humanité.”

Toutefois, cette hypothèse est également naïve. Malheureusement, la plupart des Israéliens ont été victimes de la propagande sioniste et de ses nombreux exutoires qui les alimentent depuis leur plus jeune âge.

En outre, il faudra un énorme effort concerté pour contrer cette propagande par le biais de la persuasion. Par exemple, la plupart des Israéliens ne seront pas convaincus que leur gouvernement a atteint un niveau de criminalité qui justifie un appel au boycott.

Même s’ils sont logiquement convaincus de la brutalité de l’oppression israélienne, il ne sera probablement pas suffisant de susciter en eux toute forme d’action dirigée contre lui. Cela s’est avéré vrai à de nombreuses reprises et est évident dans le lamentable échec de ces groupes de dialogue à former un mouvement global de lutte contre l’occupation depuis leur création, avec le processus d’Oslo.

En réalité, seule une pression soutenue – et non la persuasion – fera réaliser aux Israéliens que les droits des Palestiniens doivent être rétablis. C’est la logique du mouvement de BDS qui est totalement opposé à la fausse logique du dialogue.

Sur la base d’un rapport de 2002 non publié réalisé par Israel/Palestine Center for Research and Information, le San Francisco Chronicle a indiqué en Octobre dernier que rien qu”entre 1993 et 2000, les gouvernements occidentaux et des fondations ont dépensé entre 20 millions et 25 millions de dollars pour les groupes de dialogue. “Par la suite, une enquête à grande échelle réalisée auprès de Palestiniens qui ont participé aux groupes de dialogue a révélé que ces dépenses énormes avaient échoué à produire “un seul pacifiste des deux côtés.” Cela confirme la conviction, chez les Palestiniens, que l’ensemble de l’entreprise est une perte de temps et d’argent.

L’enquête a également révélé que les participants palestiniens ne sont pas pleinement représentatifs de leur société. De nombreux participants ont tendance à être “les enfants ou les amis de hauts responsables palestiniens ou des élites économiques. Seuls 7% des participants étaient des résidents de camps de réfugiés, bien qu’ils représentent 16% de la population palestinienne.”

L’enquête a également révélé que 91% des participants palestiniens n’avaient pas conservé de liens avec les Israéliens qu’ils avaient rencontrés. En outre, 93% n’ont pas été contactés par l’action de suivi du camp, et seulement 5% étaient d’accord avec l’idée que cela avait aidé à «promouvoir la culture de la paix et le dialogue entre les participants.”

Malgré l’échec retentissant de ces projets sur le dialogue, de l’argent continue à y être investi. Comme l’a expliqué Omar Barghouti, l’un des membres fondateurs du mouvement BDS en Palestine, dans The Electronic Intifada : “il y a eu tellement de tentatives de dialogue depuis 1993 … c’est devenu une industrie – que nous appelons l’industrie de la paix.”

Cela pourrait être en partie attribuable à deux facteurs. Le facteur dominant est l’utilité de tels projets dans les relations publiques. Par exemple, le site internet des Graines de la Paix promeut sa légitimité en présentant une sélection impressionnante de soutiens venant de politiciens et autorités populaires, comme Hillary Clinton, Bill Clinton, George Mitchell, Shimon Peres, George Bush, Colin Powell et Tony Blair, entre autres.

Le deuxième facteur est le besoin de certains “gauchistes” et “libéraux” israéliens de sentir qu’ils font quelque chose d’admirable pour “se poser des questions», alors qu’en réalité ils ne prennent aucune réelle position contre les crimes commis en leur nom par leur gouvernement.

Les politiciens et les gouvernements occidentaux continuent de financer de tels projets, ce qui renforce leur image de partisans de la “coexistence” et les participants “libéraux” israéliens peuvent s’exonérer de toute culpabilité en participant à la noble action de “promotion de la paix.” Une relation de symbiose, en quelque sorte.

Le manque de résultats de ces initiatives n’est pas surprenant, puisque les objectifs des groupes de dialogue et de “coexistence” n’incluent pas de convaincre les Israéliens d’aider les Palestiniens à obtenir le respect de leurs droits inaliénables. L’exigence minimale d’une reconnaissance de la nature oppressive d’Israël est absente dans ces groupes de dialogue.

Au contraire, ces organisations opèrent sous l’hypothèse douteuse que le “conflit” est très complexe et à multiples facettes, où il y a “deux versions dans chaque histoire, et chaque récit a certaines affirmations valables et d’autres fausses.

Comme l’explique clairement l’appel lancé par la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël, toute activité commune israélo-palestinienne – qu’il s’agisse de films ou des camps d’été – ne peut être acceptable lorsque leur objectif est de mettre fin, de protester et/ou de sensibiliser à l’oppression des Palestiniens.

Tout Israélien cherchant à interagir avec les Palestiniens, avec l’objectif clair de solidarité et de les aider à mettre fin à l’oppression, sera accueilli à bras ouverts. Toutefois, la prudence est conseillée lorsque des invitations sont envoyées pour participer à un dialogue entre les “deux côtés” du soi-disant «conflit».

Toute demande pour un discours “équilibré” sur cette question – quand la devise «il y a deux versions dans chaque histoire” est formulée presque religieusement – est moralement et intellectuellement malhonnête, et ignore le fait que, quand il s’agit d’un cas de colonialisme, d’apartheid et d’oppression, il n’existe pas d”équilibre”.

En général, la société de l’oppresseur ne renoncera pas à ses privilèges sans pressions. C’est pourquoi la campagne BDS est un important instrument de changement.

Article original en anglais : http://electronicintifada.net/

Traduction : MG pour ISM.

Guerre sans fin de l’Afghanistan au Pakistan

Dans Afghanistan, AfPak, Al Qaïda, Analyse, Axe du Mal, États-Unis, Barack H. Obama, Ben Laden, CIA, Drone, Guerre contre le Terrorisme, GWOT, Hamid Karzaï, Islamistes, Pakistan, Pentagone, Talibans le 24 août 2009 à 17:56

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La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan et de l’étendre au Pakistan est loin d’être assurée face au scepticisme croissant des démocrates à propos de cette guerre, à la fois ruineuse et incertaine. D’où les contradictions entre ses déclarations et celles du commandant des forces américaines en Afghanistan alors que les cadavres des civils afghans s’accumulent :

La Maison Blanche a déclaré lundi que la stratégie de Barack Obama en Afghanistan était “gagnante”. “La stratégie du président n’a pas encore été totalement mise en oeuvre. Mais nous croyons réellement qu’avec notre statégie, avec les moyens que nous déployons sur le terrain, nous allons être capables d’atteindre les objectifs que nous essayons d’atteindre”. Cette déclaration contraste avec les propos du général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan. Ce dernier, qui doit présenter prochainement un rapport d’évaluation sur le conflit, a déclaré dans un entretien au site internet du Wall Street Journal que la résurgence de la guérilla islamiste imposait un changement de tactique aux forces étrangères. Romandie News

Dans une interview au Wall Street Journal, le général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines en Afghanistan, estime que les talibans ont pris le dessus sur les troupes de la coalition. Selon lui, cela devrait forcer les États-Unis à modifier leur stratégie sur le terrain, en déployant notamment plus de troupes à Kandahar. Courrier international

La manchette du Wall Street Journal, lundi 10 août, ne laissait pas place au doute : “Les Talibans sont en train de gagner.” Elle résumait fidèlement les propos que le général Stanley McChrystal, commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan, avait tenus dans son quartier général-bunker de Kaboul aux journalistes du quotidien américain. Le Monde

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan est très proche de celle de l’armée française en Algérie :

L’objectif consiste à se concentrer d’abord sur la population afghane et ses besoins, et ensuite seulement à chasser les talibans. « On tente de séparer les talibans de la population ordinaire, et ça provoque des combats avec les insurgés. On veut les repousser dans des zones moins peuplées, ce qui permettra ensuite de lancer des projets de développement et de reconstruction dans les villages. » Maintenant, lors d’une opération militaire, les soldats restent sur place après les combats et la déroute des talibans. L’armée tente alors de créer une bulle de protection autour du village pour que les projets de développement et de reconstruction voient le jour. Auparavant, les forces se retiraient après l’opération militaire, faute de soldats en nombre suffisant pour rester sur place. Les militaires devaient aller chasser les insurgés dans un autre village. Armees

La stratégie de Barack Obama d’étendre la guerre au Pakistan n’est pas avouée publiquement, mais se déroule implacablement sur le terrain :

Une nouvelle attaque de drone américain sur les zones tribales du nord-ouest du Pakistan a tué mardi au moins 10 rebelles, selon des responsables locaux [...] Le drone a tiré plusieurs missiles sur un camp d’entraînement rebelle présumé dans le village montagneux et reculé de Kanniguram, selon plusieurs responsables pakistanais de sécurité. AFP-Google

Les États-Unis multiplient les frappes sur le Pakistan. Plusieurs missiles tirés à partir d’un drone auraient fait ainsi dix nouvelles victimes hier, présentées comme des combattants talibans pakistanais. Une allégation bien difficile à confirmer alors que plusieurs autres attaques du même type se sont soldées par la mort de civils. l’Humanité

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan et de l’étendre au Pakistan est présentée par les médias dominants comme légitime puisqu’elle viserait à chasser les Talibans (des terroristes islamistes), à reconstruire le pays (détruit par qui ?) et à imposer par les armes un “gouvernement démocratique” (comme dans les colonies africaines).

Le lecture religieuse des conflits en Afghanistan, pratiquée en Occident, est d’autant plus absurde que la population est à 99% musulmane – sunnites (81%) et chiites (19% les Hazaras). On a diabolisé les Talibans pour justifier la guerre, en omettant de dire que tous les combattants afghans contre l’occupation russe étaient des moudjahidines – des combattants du jihâd – et que les Talibans ont pris le pouvoir en 1996 grâce aux divisions entre les principaux “chefs islamistes” : Gulbuddin Hekmatyar (Pachtoune), Ahmad Shah Massoud (Tadjik) et Rachid Dostum (Ouzbek).

Depuis 2001, l’Empire américain ne parvient pas à atteindre les objectifs publiquement affichés. L’occupation militaire et les bombardements de la population civile ont détruit l’économie du pays et ont imposé un gouvernement corrompu par le trafic de la drogue (le frère du président Karzai et le frère du commandant Massoud sont largement impliqués) et ne contrôlant que la capitale.

On oublie que l’Afghanistan a été au cœur d’un échiquier géostratégique entre la sphère d’influence britannique (l’Empire des Indes) et la sphère d’influence russe (l’Iran). C’est pour avoir cherché à assurer son indépendance, à l’origine par les jeux diplomatiques, que le pays s’est ainsi retrouvé à trois reprises en guerre contre le Royaume-Uni (1839-1842, 1878-1880 et 1919). En 1893, l’Empire britannique a fixé autoritairement la frontière (la ligne Durand) entre son Empire des Indes et l’Afghanistan, séparant ainsi l’ethnie pachtoune en deux.

L’imbrication des deux pays [Afghanistan et Pakistan] est donc évidente. Elle l’est encore plus si on prend en compte un élément largement oublié et occulté par le côté islamiste du mouvement taliban : son unité ethnique. Les Talibans sont des Pachtounes et leur objectif n’est peut-être pas de prendre le pouvoir à Islamabad, mais de réunir dans un État taliban les Pachtouns des deux pays séparés par la colonisation britannique. Car dans des frontières artificielles, une fois de plus, se trouve l’origine d’un mouvement qui n’est pas, loin s’en faut, que religieux. [...] Le conflit d’aujourd’hui est donc en fait un conflit frontalier issu de la colonisation puis de la décolonisation et transformé par le contexte actuel de l’islamisme taliban. C’est la ligne Durand qui coupe les territoires pachtounes entre l’Afghanistan et le Pakistan depuis 1893 qui est à la base d’un conflit majeur entre les deux pays. En effet, les territoires pachtounes sont divisés alors par un officier britannique en 1893 pour 100 ans entre l’Afghanistan et le Pakistan qui était une colonie de sa très gracieuse majesté britannique, impératrice des Indes. Mais le Pakistan indépendant n’a jamais accepté le retour de « ses » Pachtounes à l’Afghanistan même pas à la date technique de rétrocession, soit 1993. Ces Pachtouns pakistanais peuplent des zones où depuis toujours l’État pakistanais n’exerce qu’un contrôle distant, laissant aux autorités coutumières un grand pouvoir. C’est dans ces territoires que se sont naturellement consolidés à partir de 2003 divers groupes talibans pakistanais dont l’emprise s’étend donc aujourd’hui à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) voisine, où se trouvent Swat et Buner. C’est dans ces mêmes zones tribales qu’auparavant, à l’automne 2001, s’étaient réfugiés les Talibans afghans chassés du pouvoir par l’offensive américaine postérieure aux attentats du 11 septembre. Le Reporter

Alors que le commandement américain s’enlise en Afghanistan, les tentatives de dialogue avec certains Talibans, qualifiés de “modérés” (qui sont-ils ?), s’avèrent une propagande illusoire :

Karzai ne semble pas être l’homme des négociations si on rappelle que, pour sa réélection, le président afghan a choisi comme potentiels vice-présidents, deux anciens chefs de guerre ayant combattu les talibans dans les années 1990, Mohammad Qasim Fahim et Karim Khalili. Il est également allié au chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostom, accusé d’avoir tué des milliers de combattants talibans, y compris en massacrant ceux qui s’étaient rendus après l’invasion américaine de la fin de 2001. De plus, qu’est-ce qui pousserait aujourd’hui les talibans à négocier ? Sont-ils en position de faiblesse ? C’est loin d’être le cas puisque ces derniers continuent à opérer normalement depuis le Pakistan. Ils s’en tiendront donc à leur première requête, défendue depuis 2001 : pas de négociation sans départ préalable des quelque 100 000 soldats étrangers déployés dans le pays pour soutenir le gouvernement. « Nous ne parlerons jamais au gouvernement de marionnettes de Karzai », a déclaré l’un des porte-parole des talibans, Yousuf Ahmadi, cité par l’AFP. La Tribune Online Quand Le Monde dit « Les forces étrangères mènent depuis plusieurs mois de nombreuses opérations dans la province afin de chasser les talibans de leurs bastions et de permettre aux habitants de voter. », cela revient justifier la guerre contre les Pachtounes des deux côtés de la frontière tracée par l’Empire britannique… en 1893.

Serge LEFORT pour Monde en Question 13/08/2009

L’Amérique d’Obama ne tient pas ses promesses

Dans Brève le 24 août 2009 à 17:42

Gideon Lévy – Ha’aretz

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Il ne reste rien des discours prononcés au Caire et à l’université de Bar Ilan. Obama se tait et Yishai parle. Même les « amis d’Israël » à Washington partisans de l’occupation relèvent à nouveau la tête.

Nous avons la profonde douleur de vous annoncer la mort de notre dernier espoir. Les rumeurs concernant cette mort sont peut-être très exagérées, pour paraphraser la célèbre citation de Mark Twain, mais les craintes se confirment de jour en jour. L’Amérique de Barack Obama ne tient pas ses promesses. Trinquer avec un policier raciste et donner une tape dans le dos de Hugo Chavez n’est pas ce que l’on attendait ; et les négociations globales sur le gel de la construction des colonies ne sont pas non plus ce que nous attendions. Six mois à peine après que le Président le plus prometteur de tous ait inauguré son mandat, l’espoir a peut-être encore un dernier souffle, mais il est sur son lit de mort. L’arrivée d’Obama au pouvoir a fait beaucoup de bruit. Son discours du Caire a enflammé la moitié du globe. Faire des colonies sa priorité principale nous a fait espérer qu’il y avait enfin un homme d’État à la Maison-Blanche qui comprenait que la racine de tous nos maux est l’occupation et que la racine du mal de l’occupation, ce sont les colonies. Depuis Le Caire, un décollage semblait possible. L’horizon était sans limites. Ensuite, l’administration Obama est tombée dans le piège monté par Israël et il ne semble pas qu’elle puisse s’en remettre. Le gel des colonies, est une chose qu’aurait dû comprendre un Premier ministre qui fanfaronne beaucoup au sujet des deux Etats – question périphérique à laquelle Israël s’est engagée dans la Feuille de route – et cette question du gel est devenue brusquement centrale. L’envoyé spécial, Georges Mitchell, perd son temps et son prestige dans de mesquins mégotages. Un gel de six mois ou d’un an ? Et qu’en est-il des 2 500 appartements déjà en construction ? Et de la croissance naturelle ? Et des jardins d’enfants ? Ils arriveront peut-être à un compromis de neuf mois, qui n’autorisera pas la croissance naturelle, mais qui permettra d’achever des appartements déjà en construction. Belle réussite ! Jérusalem a imposé sa volonté à Washington. Une fois de plus, nous nous retrouvons à la case départ – nous nous occupons de bagatelles à partir desquelles il est impossible de faire le grand saut au-dessus du gouffre. Nous attendions mieux d’Obama. Menachem Begin promettait moins, mais il a conclu la paix dans le même délai qui a suivi son entrée en fonction. La principale question étant le démantèlement des colonies, la vibrante impulsion donnée par Obama part en quenouille. Au lieu de cela, nous pagayons dans les hauts-fonds. Mitchell/Schmitchel. Qu’est-ce que la paix y gagnera ? Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, le rencontrera encore une fois à Londres à la fin du mois. On trouvera peut-être là-bas une « formule magique » pour un gel des colonies, mais l’élan est brisé. Pas en Israël pourtant. Ici les gens se sont rapidement rendu compte qu’il n’y a rien à craindre d’Obama et plus rien ne les freine. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, s’est empressé de déclarer qu’il n’y a pas de partenaire palestinien, même après que la conférence du Fatah eut élu les dirigeants les plus modérés qui ont jamais été assemblés en Palestine. Ensuite, en un acte de provocation flagrante, Barak a apporté une Torah au coeur du quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem, devant les caméras de télévision, pour que l’Amérique voie qui est le chef ici. Le vice-Premier ministre, Eli Yishai, et le speaker de la Knesset, Reuven Rivlin, deux autres politiciens qui perçoivent la faiblesse des États-uniens, ont rapidement déclaré, pendant une visite à Ma’aleh Adumim, qu’Israël ne gèlerait aucune construction. Obama pouvait aller au diable. Les colons ont continué à s’installer dans de nouvelles maisons à Jérusalem-Est. Netanyahou se tait et les Israéliens sentent que le « danger » est passé. Une fois de plus Israël peut faire ce qu’il veut. Le propriétaire est une fois de plus devenu fou. Sauf que le propriétaire est devenu fou parce que le véritable propriétaire montre des signes de faiblesse, des signes de retrait, parce qu’il cesse de s’intéresser aux événements dans la région qui représente le plus grand danger pour la paix dans le monde. Il ne reste rien des discours prononcés au Caire et à l’université de Bar Ilan. Obama se tait et Yishai parle. Même les « amis d’Israël » à Washington partisans de l’occupation relèvent à nouveau la tête. Un familier d’Obama le comparait cette semaine à un homme qui gonfle un certain nombre de ballons tous les jours dans l’espoir que l’un d’eux s’envolera. Il atteindra son but. Cette personne le comparait à Shimon Peres, comparaison qui devrait être insultante pour Obama. Les ballons sondes que le Président états-unien nous envoie doivent encore prendre l’air. Évidemment, on peut toujours attendre le ballon suivant, le plan de paix d’Obama, mais le temps commence à manquer. Et Israël ne se tourne pas les pouces. À la minute où Jérusalem a détecté le manque de détermination étasunien, il est retombé dans ses travers et ses excuses. « Il n’y a pas de partenaire » « Abou Mazen est faible » « Le Hamas est fort ». Et on exige la reconnaissance d’un État juif et le droit de survoler l’Arabie Saoudite – n’importe quoi pour ne rien faire. Une Amérique qui ne fera pas pression sur Israël est une Amérique qui n’apportera pas la paix. Il est vrai que l’on ne peut pas compter que le Président états-unien souhaite la paix plus que les Palestiniens et les Israéliens, mais il est l’adulte responsable du monde et son grand espoir. Ceux d’entre nous qui sommes ici, Monsieur le Président, nous sombrons dans une boue maudite, dans la période « Injury time ».

Vous avez dit contre-révolution ?

Dans Ali Khamenei, Analyse, Axe du Mal, Ayatollahs, États-Unis, Barack H. Obama, Basiji, Benyamin Netanyahou, CIA, Espionnage, Gardiens de la Révolution Islamique, Guerre contre le Terrorisme, GWOT, Ingérence, Insurrection, Iran, Islam, Islamistes, Islamophobie, Israël, Mahmoud Ahmadinejad, Mir Hossein Moussavi, Mohammad Khatami, Moyen-Orient, Neda Agha-Soltan, Nucléaire, Occident, Propagande, Qom, République Islamique d'Iran, Rouhollah Khomeiney, Sionisme le 20 août 2009 à 12:10
Iran
 
La Révolution verte iranienne serait-elle un premier pas vers une contre-révolution ?
par Claude Herdhuin

Depuis le 12 juin, l’encre n’a cessé de couler au sujet des élections iraniennes. Le président sortant, Mahmoud Ahamdinejad, était donné perdant et a pourtant remporté haut la main les élections devant son adversaire, Mir Hossein Moussavi. L’Iran est aujourd’hui dans toutes les discussions, ou presque, mais en lisant ou écoutant les médias occidentaux, je ne peux réprimer un moment d’irritation. En effet, les analyses sont toutes le fruit d’une réflexion occidentale, c’est-à-dire incomplète, voire orientées.

L’Iran nous est systématiquement présenté comme un pays musulman conservateur et menaçant pour notre sécurité. Bizarre que les États-Unis apparaissent comme des sauveurs alors que leur discours ne laisse aucun doute : dominer par tous les moyens. Après l’ère Bush, dont la volonté guerrière a été prouvée, et avant d’entrer dans l’ère Obama, Hillary Clinton a tenu des propos on ne peut plus clairs dans le cadre du programme Good Morning America, diffusé par ABC le 22 avril 2008 : « Je veux que les Iraniens le sachent, si je suis la présidente, nous attaquerons l’Iran. Et je veux leur faire comprendre que cela signifie qu’ils doivent examiner de très près la question, parce que quel que soit le stade de développement où pourrait être leur programme d’armement nucléaire au cours des 10 prochaines années, au cours desquelles ils pourraient envisager de lancer bêtement une attaque contre Israël, nous serions en mesure de les effacer totalement. »

Aujourd’hui, le monde vit sous Obama. Mais n’oublions pas que ce dernier représente le même parti que celui pour lequel Hillary Clinton faisait campagne. Le président américain, je devrais dire, ses conseillers, a simplement adopté un discours et une conduite plus politically correct, afin de regagner la confiance des États et de la population de la planète. La main tendue par les États-Unis aux pays musulmans cache des pièges. Les États-Unis aimeraient récupérer l’Iran, qui occupe une position stratégique au Moyen-Orient, à des fins économiques (accès aux ressources pétrolières et gazières d’Asie), et politiques (nous entrons dans une deuxième guerre froide et il est important pour les Américains que l’Iran quitte la Chine et la Russie pour se ranger de son côté). Avec les élections volées du 12 juin en Iran et la Révolution verte qui a suivi, les Iraniens sont soudain devenus sympathiques au monde et surtout à l’Occident en se battant contre un régime insupportable par sa violence et ses idées.

Nous devons toutefois « regarder » ou accueillir le soutien du « Monde » au peuple iranien avec la méfiance nécessaire. Le « Monde » pourrait facilement faire un amalgame entre le mouvement iranien actuel contre le régime et un mouvement général contre les pays islamiques. Chacun voit dans les évènements récents ce qu’il veut bien voir. Le 11 juin, veille des élections iraniennes, j’étais à New York. J’ai dit à une amie avocate que je pensais que la jeunesse iranienne pourrait opter, dans un avenir plus ou moins proche, pour une contre-révolution. Sa réponse a été brève : « Impossible. Ils croient en leur religion. » Les évènements n’ont pas tardé à me donner raison. La Révolution verte pourrait être le premier pas vers une contre-révolution qui permettrait de dissocier la religion de l’État. Les jeunes Iraniens et Iraniennes commencent à parler d’un pays où la religion retournerait dans le domaine du privé. Ils ne renient pas l’Islam, ils condamnent la place qu’il occupe au sein du gouvernement. Un ami iranien m’a déclaré de son côté : « Ce régime [le régime des mollahs] n’attend qu’une guerre pour détourner l’attention des Iraniens ainsi que celle du monde entier des problèmes sociaux, économiques, politiques… »

Le peuple iranien est conscient qu’il doit se rapprocher de l’Occident, mais pas à n’importe quel prix. Il a connu la monarchie, la révolution, le pouvoir religieux. S’il décide de faire une contre-révolution quelles sont les voies qui s’offrent à lui? Une monarchie « modérée », du type Espagnol? Ce serait faire marche arrière. Une dictature militaire semble improbable, car aucune des actions des opposants au régime ne va dans ce sens. Le même ami m’a expliqué pourquoi en quelques mots : « La raison m’est claire: tous les Iraniens ont déjà eu l’expérience de l’autocratie et de la dictature au cours des cent dernières années. C’est-à-dire la période d’après la grande révolution constitutionnelle de 1906 durant laquelle l’autorité du clergé a été soumise à la volonté du peuple (les mollahs se vengeront plus tard avec la révolution islamique de 1979 qu’ils ont détournée à leur profit) ». Reste la démocratie. Cette dernière peut s’accommoder de la religion en la replaçant dans le domaine de la vie privée, comme c’est le cas en France depuis 1905, avec la loi de séparation des Églises et de l’État, promulguée le 9 décembre 1905. Le peuple iranien est-il prêt à se battre pour la démocratie ? Les derniers évènements semblent l’indiquer. Mais advenant une contre-révolution, l’Iran pourra-t-il se protéger contre l’intervention de l’Occident, et surtout des États-Unis qui se targuent d’œuvrer pour la Démocratie tout en ponctuant les discours présidentiels d’un God Bless America, sans ambiguïté sur la mission quasi divine dont cette nation se sent investie. À une autre époque, Hitler scandait Gott Mit Uns… L’Angleterre se recueille au son de God bless the Queen… et la République islamique d’Iran use et abuse du slogan Allah Akbar (Allah est grand)…

Au-delà des intérêts économiques et politiques de l’Occident en Iran, l’Occident accueille et récupère les évènements récents à des fins de propagande idéologique. L’Iran est un pays musulman qui se lève contre l’oppression d’un régime islamique. En s’appropriant les évènements post-électoraux, l’Occident donne raison aux États-Unis et à la guerre contre le terrorisme… Demandons aux Iraniens qui ont défilé dans la rue s’ils l’ont fait sous la houlette des États-Unis. J’ai posé la question à plusieurs Iraniens et Iraniennes et leur réaction a été d’abord la stupéfaction, puis la colère. Pourquoi l’Occident, avec à sa tête les États-Unis, veut-il faire croire et se persuader qu’il peut tout contrôler. Le peuple Iranien serait-il trop stupide ou ignorant pour décider par lui-même de ses actes et de son avenir? Certes non, car c’est un peuple extrêmement éduqué et très bien informé. Le pourcentage du groupe d’âge 18-24 ans fréquentant l’université en République islamique d’Iran est passé de 5 % en 1979 à 24 % en 1997 , l’Iran compte aujourd’hui plus de 3,5 millions d’étudiants universitaires dont 60 % sont des jeunes filles.

Enfin dans cette guerre de religion qui oppose l’Occident aux pays musulmans, l’Iran occupe une place très particulière. En effet, la religion de la Perse était le zoroastrisme, avant que le peuple perse ne soit converti de force à l’Islam avec la conquête de la Perse par les Arabes à partir de 636.  La défaite des Sassanides à marqué la fin du zoroastrisme dont il ne reste aujourd’hui que quelque 50 000 fidèles en République islamique d’Iran. Le zoroastrisme était également pratiqué en Inde. Il repose sur la notion du dualisme du Bien et du Mal qui coexistent dans tous les êtres vivants. Toute personne se doit de répondre de ses actes par la bonne pensée et de chercher le Bien. Peut-être y a-t-il là quelque chose que l’Occident pourrait apprendre des Iraniens.

Claude Jacqueline Herdhuin : Scénariste, assistante-réalisatrice, auteure.

Claude Herdhuin est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.

Inutile élection : Le peuple afghan pris au piège

Dans Afghanistan, AfPak, Al Qaïda, Analyse, Axe du Mal, États-Unis, Ben Laden, CIA, Guerre contre le Terrorisme, GWOT, Hamid Karzaï, Ingérence, Islam, Islamistes, Manipulation, Moyen-Orient, OTAN, Talibans le 20 août 2009 à 11:41

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« La guerre en Afghanistan ne réduit pas le risque terroriste et, loin d’améliorer la vie des Afghans, sème la mort et la désolation dans tout le pays. La Grande-Bretagne n’a rien à faire dans ce pays. »
Joe Glenton, un jeune déserteur britannique

Ce jeudi l’Afghanistan, nous dit-on, a rendez vous avec l’histoire. Elle va élire « démocratiquement » à la magistrature suprême le candidat désigné par Les Etats-Unis, en l’occurrence l’inamovible Karzaï. Hamid Karzaï, né le 24 décembre 1957 à Kandahar. Depuis décembre 2001, il est président de la République islamique d’Afghanistan. Il fait ses études en Inde. Il fait partie d’un petit mouvement de résistance afghan pro-royaliste, et est nommé vice-ministre des Affaires étrangères lorsque les moudjahidins prennent Kaboul en 1992. Il collabore ensuite avec les talibans mais, après la prise de Kaboul en 1996, il refuse le poste de représentant des talibans à l’ONU proposé par le mollah Omar. Hamid Karzaï est repéré dans les années 1990 par Zalmay Khalilzad, un afghan naturalisé aux États-Unis à l’époque ambassadeur des États-Unis en Afghanistan. Le Département d’État décide de le promouvoir comme futur président. Le 13 juin 2002, il est élu président pour deux ans par la Loya Jirga (assemblée coutumière des chefs de clans). Le 9 octobre 2004, soutenu par les États-Unis, il remporte le scrutin. Son autorité se limite à la capitale Kaboul.

« Malgré le foisonnement de candidatures à la présidentielle (41), écrit Zafar Hilaly, la compétition devrait vraisemblablement se résumer à un duel entre le président sortant et l’ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah. (…) Voilà pourquoi le Pachtoune Hamid Karzai, issu de la plus importante communauté ethnique afghane (40 % de la population), les poches garnies de billets qu’il peut distribuer à loisir et flanqué d’une administration locale à ses ordres, est le favori incontestable.(…) Pour les Pakistanais, Hamid Karzai est une vieille connaissance. Son parti pris contre le Pakistan, d’abord contenu, s’est épanoui sous l’influence des Tadjiks de l’Alliance du Nord, qui vouent au voisin la même haine que les extrémistes hindous. Son rapprochement avec l’Inde en témoigne.(…) L’actuel chef de l’Etat afghan a forgé une alliance militaire avec l’Inde qui, selon certains, représente une menace non négligeable pour la sécurité du Pakistan. Intelligent, habile, corrompu et capable de tirer profit de toutes les situations, Hamid Karzai n’en est pas moins un dirigeant faible, un homme flexible comme un roseau, doté, pour reprendre les mots d’un président américain [Theodore Roosevelt], de “la colonne vertébrale d’un éclair au chocolat” – ce qui explique probablement pourquoi Washington l’a choisi pour en faire son représentant en Afghanistan. Le Pakistan et l’Afghanistan sont pourtant condamnés à coopérer. Le président pakistanais Asif Ali Zardari a eu, semble-t-il, raison de traiter Hamid Karzai en ami ». (1)
« Tout le monde s’accorde à penser que les Américains ne tiendront en Afghanistan guère plus de deux ou trois ans. Et, à moins qu’il ne parte avec eux, comme le président Thieu du Vietnam [en 1975], c’est l’homme que les Afghans se choisiront comme chef de l’Etat, le 20 août, qui présidera aux destinées du pays après leur départ. (…) A Washington non plus, personne ne retient son souffle : l’identité du vainqueur importe peu, car ce sont les Etats-Unis qui mèneront la barque afghane dans le futur proche ». (1)

Que devient le peuple afghan dans cette tragédie qui dure depuis plus de trente ans avec l’invasion de l’URSS ? On sait que les talibans avaient jusqu’ici appelé au boycott de ces élections, invitant les Afghans à prendre les armes contre les « envahisseurs » étrangers, les troupes internationales qui ont renversé le régime taliban fin 2001. Aujourd’hui, fortes de 100 000 hommes, les troupes de la coalition de l’Otan sont chargées avec les forces afghanes de veiller à la sécurité des élections. Les Afghans oseront-ils défier ces menaces directes pour aller soutenir des politiciens souvent discrédités ou corrompus ? Risqueront-ils leur vie pour voter pour le président Hamid Karzaï, dont la réélection semble déjà garantie de toute façon mais dont l’autorité s’affaiblit ? Un chiffre : en mars 2008, après plus de six ans de combat, selon les données de l’Afghanistan Conflict Monitor se référant au total de ceux qui ont péri dans cette guerre, il dépasse les 8000 personnes en 2007. Nous aurions un total estimé entre 20.000 et 25.000 morts entre octobre 2001 et juin 2008. (2)
Ajoutons à cela les bavures appelées pudiquement « dommages collatéraux » par drones interposés. D’ailleurs, obnubilé par la doctrine « zéro américain mort » on apprend que dans un article paru dans le Washington Post, que le Pentagone avait publié une proposition pour embaucher des « agents de sécurité », c’est-à-dire des mercenaires, pour accomplir certaines tâches pour lesquelles l’armée américaine ne dispose pas de personnel suffisant. Comme si cela ne suffisait pas, l’armée américaine réfléchit, en plus des drones qui font des ravages, au développement de robots sophistiqués pour être déployés sur les terres de conflits à la place des hommes. Pour les questions éthiques on verra plus tard… « A la prison de Bagram, écrit Mireille Delamarre, sont enfermés de nombreux détenus afghans, souvent pendant des mois voire des années, sans qu’ils puissent bénéficier de l’aide d’un avocat ou sans même savoir le motif de leur incarcération. Bagram est l’équivalent de Guantanamo en Afghanistan ». (3)

Dans la première année de guerre en Afghanistan, le coût financier de la guerre s’élèverait à $1 milliard par mois. Les États-Unis ont déjà envoyé 6000 missiles et bombes sur le sol afghan. Le coût de certains missiles s’élève à $1 million pièce. L’argent coule à flot et le peuple n’en voit pas la couleur. Une nouvelle faune détourne les ressources provenant principalement des Etats Unis. Cette nouvelle élite est en fait constituée des personnels d’agences d’aide étrangères gouvernementales ou non gouvernementales. « Cela pose une nouvelle fois, écrit Patrick Cockburn, la question de la complicité active à une guerre coloniale de ces agences et de leur personnel, dans un pays touché par une pauvreté extrême et ravagé par des années de conflits armés. Le mode de vie style « cage dorée»  dévoile la vérité dans toute sa laideur concernant l’aide étrangère en Afghanistan. De vastes sommes d’argent sont gaspillées par des agences d’aide occidentales pour leur propre personnel en Afghanistan alors que l’extrême pauvreté poussent de jeunes afghans à combattre pour les Talibans. Actuellement les Talibans paient 4$ pour une attaque contre un barrage de police dans l’ouest du pays, mais les consultants étrangers à Kaboul, dont les salaires sont payés avec les budgets des aides pour l’étranger, peuvent bénéficier de salaires compris entre 250000$ et 500000$ par an.

« Les dépenses élevées pour payer, protéger et loger dans des conditions luxueuses les responsables occidentaux gérant les aides permet de comprendre pourquoi l’Afghanistan occupe la 174 ème place sur 178 sur une liste de l’ONU classant les pays selon leur richesse. En 2006, Jean Mazurelle, le directeur de la Banque Mondiale de l’époque, a calculé qu’entre 35 et 40% des aides ont été « mal dépensées» . Il y a eu de nombreuses attaques contre des étrangers à Kaboul et des attentats suicide ont été selon les Talibans efficaces pour concentrer la plupart des expatriés dans des quartiers sécurisés où les conditions de vie peuvent être luxurieuses mais où on mène une vie aussi confinée que dans une prison. « J’étais dans la province du Badhakshan dans le nord de l’Afghanistan où vivent 830 000 Afghans, la plupart dépendant pour leur subsistance de l’agriculture,»  a dit Matt Waldman, directeur politique et conseil d’Oxfam à Kaboul. « La totalité du budget du bureau local de l’agriculture, irrigation et bétail, qui est extrêmement important pour les paysans au Badakhstan, est juste de 40 000$. C’est le salaire d’un consultant expatrié à Kaboul pendant quelques mois.»  (…) « Le programme d’aide international est plus important en Afghanistan car le gouvernement a peu de sources de revenus. Les dons des gouvernements étrangers constituent 90% des dépenses publiques. L’aide est bien plus importante qu’en Irak, où le gouvernement a des revenus pétroliers. En Afghanistan, le salaire mensuel d’un policier est seulement de 70$ ce qui n’est pas suffisant pour vivre sans toucher des pots de vin ». (4)
Alors qu’un attentat-suicide a frappé samedi 15 août le centre de Kaboul, les rebelles islamistes harcèlent les forces de sécurité afghanes et les troupes de l’Otan pour terroriser la population et empêcher les élections de jeudi Le spectaculaire attentat-suicide commis à Kaboul samedi 15 août révèle en tout cas de sérieuses brèches dans la sécurité de la capitale afghane. L’Otan et les Américains se rendent compte que la partie ne sera pas facile. Les Talibans se battent bien et occasionnent des pertes sérieuses. Dans une interview au quotidien de Wall Street, le 11 aout 2009, le général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines en Afghanistan, estime que les talibans ont pris le dessus sur les troupes de la coalition.
Dans un entretien à CNN dimanche 9 aout, Susan Rice, l’Ambassadrice états-unienne à l’ONU, a confirmé pleinement cette perspective : « Je m’attends à dix années supplémentaires d’engagement des Etats-Unis, et je prévois que le coût de [cet engagement] sera bien plus grand que celui de la guerre d’Irak. Nous voulons investir ce qui sera nécessaire pour atteindre cet objectif ». D’ailleurs le président Obama a encore répété que la guerre ne sera ni facile ni rapide. Il a annoncé vouloir « gagner les cœurs et les esprits » des Afghans afin de retourner la population contre les insurgés. En clair, réduire les frappes aériennes, notamment dans les zones peuplées. Une stratégie qui n’a pas échappé aux talibans. Ils ont remis en circulation leur petit guide de conduite du combattant islamiste, datant du mois de mai, dans lequel il est recommandé de préserver les civils pour gagner leurs coeurs. Depuis Bruxelles, le 28 juillet, David Miliband, le ministre des Affaires étrangères britannique, a envoyé au président afghan un message « sans équivoque» , narre le quotidien anglais Times. Alors que des élections générales doivent avoir lieu le 20 août en Afghanistan, il a appelé Hamid Karzai pour lancer le dialogue avec les talibans modérés. Réponse du berger à la bergère : « Nous ne parlerons jamais au gouvernement de marionnettes de Karzai », a déclaré le porte-parole des talibans, Yousuf Ahmadi, cité par l’AFP.

Quel serait en définitive la raison de cette guerre ? Ecoutons ce plaidoyer : « Motif principal de la guerre en Afghanistan en 2001, la guerre au terrorisme en Afghanistan est devenu un objectif secondaire mais préalable à la réalisation des enjeux militaro-pétrolier de la région. Il en est de même pour la démocratisation, la sécurisation et la stabilisation du pays. Ces objectifs secondaires auxquels s’ajoutent la reconstruction et l’aide humanitaire forment la base de la propagande de justification de l’intervention militaire occidentale en Afghanistan. (…) La majorité des gens normaux dans le monde sont sincèrement préoccupés par le sort fait aux femmes en Afghanistan mais il serait naïf de penser que l’administration Bush et les généraux de l’OTAN en ait fait un enjeu stratégique. C’est le dernier de leurs soucis sauf que c’est un motif vertueux très commode pour manipuler l’opinion publique. Donc la démocratie et la libération des femmes afghanes sont des motifs très secondaires, mais des arguments vertueux utiles pour la propagande de guerre ». (5)

Que dire en conclusion ? L’Otan, dit-on, est désarmée face à l4emprise talibane. L’analyse suivante nous parait pertinente : « (…) La vraie question est : quelle histoire l’Afghanistan est-elle en train d’écrire ? Il suffit de parcourir les rues de Kaboul, la capitale, et d’interroger les habitants sur la signification que le mot démocratie a pour eux. Les plus âgés disent qu’ils n’en savent rien, que ce mot n’évoque rien pour eux. D’autres, plus jeunes, observent que cette démocratie correspond à une augmentation de l’insécurité, et à une licence des mœurs qui, s’ils ne la réprouvent pas ouvertement, les gêne, car elle ne colle pas avec leurs traditions, même celles qui sont antérieures à l’époque talibane. En réalité, le problème le plus important de l’Afghanistan réside dans la méthode. On a voulu plaquer sur ce pays aux traditions, spécificités et fonctionnement très particulier, des recettes types, éprouvées mais adaptées à nos sociétés occidentales. Un fait tout simple : l’organisation de l’Afghanistan repose sur un système tribal et de pouvoirs locaux, villageois même. Il ne s’agit pas là des fameux chefs de guerre, mais de chefs de village, de tribus… Pas forcément talibans, ou fondamentalistes. Comment, alors, un président élu, même démocratiquement pourrait-il avoir une légitimité ? Mixer le respect de ces traditions avec une dose de démocratie peut permettre aux Afghans d’écrire leur propre histoire, tout en donnant un rôle d’acteur aux Occidentaux » (6)

Les Afghans forment une vieille civilisation. Ils sont harassés et fatigués de mourir tous les jours pour un pouvoir aussi pourri que les précédents. A Florence Aubenas qui les a côtoyés, ils avouent : « On ne touche que la poussière des 4×4, pas les milliards. » Sept ans après la chute des talibans, ni la communauté internationale ni le gouvernement afghan n’ont été à la hauteur des espoirs qu’ils avaient suscités. Et les Afghans souffrent toujours autant des rivalités claniques, de l’incompétence de leurs dirigeants, et surtout de la corruption. « Ils regrettent le temps des talibans. C’est tout dire »( 7)

A n’en point douter, ces élections ne changeront rien à la donne. On aurait cru que la grandeur des Etats-Unis sous l’ère Obama aurait permis l’avènement de la paix. Il ne faut pas oublier que les talibans, quand ils étaient en odeur de sainteté, avaient un bureau de recrutement à New York pour drainer l’internationale islamique contre « el kouffar » – les soviétiques – et disposaient des fameux lance-roquettes Stinger qui avaient fait des ravages dans les chars russes.

C.E. Chitour
legrandsoir.info

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