Archive | juin, 2009

Le gouvernement américain pourrait ordonner la fermeture des banques américaines en Septembre

30 juin

burntdollar

 Bob Chapman spécialiste financier, réputée pour sa fiabilité en matière d’information économique et financière prévoit que le gouvernement américain pourrait annoncer la fermeture des banques américaines. Cette décision pourrait intervenir en Septembre. (en rapport avec la situation géographique de l’ambassade)

Des sources bien placées ont indiqué à Bob Chapman que certaines ambassades américaines se débarrassent du dollar américain par l’achat massif de devises locales.

« Certaines ambassades américaines sont invités à acheter des quantités massives de devises locales » a indiqué Harry Schultz. « suffisamment pour que ces ambassades puissent tenir un an »

Harry Schultz, qui dirige la publication d’une revue financière, économique, et géopolitique sur Internet pensent que l’élite mondial est en train d’orchestrer la fermeture des banques, dont la durée serait indéterminée , et ce dans le but de remettre de l’ordre dans le secteur bancaire et d’imposer de nouvelles règles financières.

Le 5 Mars 1933, alors que la situation économique américaine avait plongé dans la Grande Dépression, le Président Franklin Roosevelt, fraichement élu, avait ordonné la fermeture des banques pour 4 jours. Roosevelt avait ainsi entériné une loi d’urgence financière. Adoptée par le congrès américain, la loi avait conféré au gouvernement des pouvoirs d’exception pour restaurer le bon fonctionnement des établissements financiers.

Cette loi avait aussi permis au secrétaire d’état au trésor américain d’obliger les citoyens et les entreprises à renoncer à l’utilisation de l’or, pour l’adoption obligatoire de la monnaie papier pour les achat et les échanges commerciaux.

Le 10 mars de cette même année, Rossevelt avait émis un arrêté présidentiel, visant à interdire tout envoi et exportation d’or à l’étranger. L’arrêté présidentiel visait aussi à prohiber les opérations d’échanges de quantités d’or contre de l’argent (papier).

En clair, cette loi était la plus grande escroquerie de l’histoire, jusqu’à maintenant.

Comme le fit remarquer Schultz, une nouvelle fermeture des banques serait susceptible de mener aussi à une dévaluation du dollar américain. « Mais le dévaluer contre quoi ? l’euro ? j’en doute !. L’or ? peut-être ! ou peut être contre les droits de tirages internationaux du FMI ?(qui constituent un panier de devises internationales, une sorte de monnaie d’échange internationale déjà en vigueur)

Ce n’est pas un secret ! l’élite ambitionne d’établir une monnaie mondiale depuis longtemps. En 2007, Ben Steil, le directeur du bureau« économie internationale » auprès du CFR (Council on Foreign Relations) avait indiqué que le dollar et l’euro sont des devises temporaires « Ce sont les marchés financiers qui permettent au dollar américain d’être une monnaie utilisé dans le monde entier. Ce que les marchés financiers donnent, les marchés financiers peuvent aussi le reprendre !. Si les marchés décident d’abandonner le dollar américain, le dollar américain s’effondrera alors les marchés décideront de privatiser la monnaie sur leurs propres décisions ».

Les Bankstères veulent aussi mettre un terme aux souverainetés nationales parce qu’une monnaie mondiale exige la suppression des politiques monétaires nationales qu’adoptent chaque pays.

Richard Haas, président du CFR, avait déclaré : « Les états doivent être préparé à abandonner leurs souverainetés au profit des institutions internationales, dès que ces dernières seront prêtes à prendre la relève »

M. Schultz pense qu’une fermeture des banques américaines ne serait que la suite logique du programme établi par l’élite crapuleuse international. Lorsque Roossevelt avait décidé de fermer les banques, « Des milliers de banques n’ont plus jamais rouverts ! C’était un moyen détourné de les fermer définitivement. Je pense que la même chose se produirait aujourd’hui. Des milliers de banques ont peu ou pas de valeurs, et sont criblés de dettes »

L’administration Obama, a proposé un plan qui confère à la Réserve Fédérale américaine des pouvoirs de régulation totale sur l’économie américaine. Les nouvelles règles de la Réserve fédérale permettront de briser toutes les entreprises ou activités qui menaceraient les intérêts monopolistiques des Banques américaines.

Le plan de régulation financière d’Obama n’est rien d’autre que la prise d’assaut des états unis par le cartel des banques privées et ces dernières usurperont les pouvoirs des institutions existantes , qui sont actuellement accusés d’être les responsables de la crise financière. Elles sont vouées à être supplanter par la Réserve Fédérale qui fera la pluie et le beau temps, comme bon lui semble.

La fermeture des banques mènerait tout droit à la dévaluation du dollar américain, et la mise en place d’une monnaie supranationale qui permettra l’asservissement de bon nombre d’entre nous.

Si les prédictions de Monsieur Schultz s’avèrent réelles, alors nous devrions nous attendre à des émeutes de grande importance et à ce que la loi martiale soit décrétée.

Reproduction autorisée pour les bloggers à condition de citer clairement SpreadTheTruth.fr

Plus de cinquante ans de « coups tordus » : L’équipe de choc de la CIA

29 juin
Par Hernando Calvo Ospina

cia
Si l’on a retenu la présence massive de Cubains de l’exil dans la tentative d’invasion de la baie des Cochons en 1961, on connaît moins leur rôle dans les opérations ultérieures de la Central Intelligence Agency (CIA). Du Chili au Nicaragua en passant par le Vietnam, à travers coups d’Etat, assassinats de dirigeants, trafics d’armes et de drogue, ils ont été l’un des instruments les plus secrets et les plus meurtriers de la politique étrangère américaine.

« Notre seul délit a été de nous donner nos propres lois, notre crime a été de les appliquer à l’United Fruit. » Elu président du Guatemala en 1951, Jacobo Arbenz, entre autres mesures progressistes, promulgue une réforme agraire. Le 4 mars 1953, il exproprie partiellement la compagnie bananière américaine United Fruit, la privant de 84 000 hectares sur 234 000. Les 17 et 18 juin 1954, une armée mercenaire venue du Nicaragua et du Honduras pénètre au Guatemala et, le 27 juin, renverse Arbenz. Le secrétaire d’Etat américain John Foster Dulles et son frère Allen, directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), sont alors tous deux actionnaires de l’United Fruit ! L’opération — nom de code PB/Success — a bénéficié de la participation active d’une « équipe de choc » de la CIA qui va traverser les décennies.

Venant après le renversement en Iran du dirigeant nationaliste Mohammad Mossadegh, le 19 août 1953, PB/Success fait à la CIA une réputation d’invincibilité et devient un modèle pour ses opérations clandestines dans le monde entier. En mars 1960, le président Dwight Eisenhower donne son feu vert à une nouvelle action destinée, cette fois, à déstabiliser Cuba, où la révolution a triomphé le 1er janvier 1959. La plupart des agents qui ont participé au renversement d’Arbenz se retrouvent responsables du « projet Cuba ». Il s’agit notamment, et à leur tête, de Richard Bissell, numéro deux de la CIA ; de Tracy Barnes, qui assume la constitution de la Cuban Task Force ; de David Atlee Phillips, responsable de la guerre psychologique ; de Howard Hunt, chargé de former le « gouvernement cubain provisoire ». Deux jeunes gens se joignent au groupe : M. Porter Goss, officier du contre-espionnage de l’armée, et M. George Herbert Walker Bush (1). Ce dernier aide à « recruter des exilés cubains pour l’armée d’invasion de la CIA (2) ».

Le 17 avril 1961, les quelque mille cinq cents hommes de cette armée, la brigade 2506, débarquent dans la baie des Cochons. Après leur défaite, en moins de soixante-dix heures, les numéros un et deux de la CIA, Dulles et Bissell, doivent démissionner.

Ulcéré par cette déroute, le président John F. Kennedy octroie un pouvoir exorbitant à l’Agence, décision qui affectera les affaires du monde pendant longtemps (3). Ministre de la justice et frère du président, Robert Kennedy supervise une nouvelle agression contre Cuba. Miami devient l’épicentre de la plus grande opération paramilitaire — JM/WAVE — jamais montée sur le sol américain. A sa tête, Theodore « Ted » Shackley et M. Thomas « Tom » Clines. Le groupe reçoit notamment le renfort du général Edward Lansdale, arrivé d’Indochine, où il a travaillé avec les services secrets français impliqués dans la guerre coloniale ; de M. Richard Secord, officier de l’US Air Force ; et de David Sánchez Morales, officier du contre-espionnage de l’armée.

Formés à la contre-guérilla

Lorsque, le 14 octobre 1962, éclate la « crise des fusées », Washington exige que les missiles balistiques installés par l’Union soviétique à Cuba soient retirés. Moscou cède, à condition que les Etats-Unis s’engagent à ne pas envahir l’île (et à renoncer à leurs propres missiles en Turquie). Kennedy accepte et ordonne de démanteler JM/WAVE.

La révolution cubaine n’en amène pas moins Washington à modifier radicalement sa stratégie de sécurité régionale. La restructuration des armées latino-américaines commence, et un centre d’entraînement et d’endoctrinement — l’Ecole des Amériques — voit le jour dans la zone américaine du canal de Panamá. Lorsque Kennedy est assassiné, le 22 novembre 1963, à Dallas (Texas), sa doctrine de sécurité nationale est déjà en place. Le renversement du président brésilien João Goulart, le 31 mars 1964, donne le signal d’une série de coups d’Etat et marque le début des disparitions et tortures d’opposants politiques, de façon massive et sophistiquée.

Cette nouvelle stratégie ne peut négliger l’expérience des agents cubains de la JM/WAVE, ni celle de certains des mille cent quatre-vingt-neuf hommes capturés lors de la tentative d’invasion de la baie des Cochons et de retour aux Etats-Unis en décembre 1962 (4). Environ trois cents d’entre eux, quasiment tous cubains (puis, dans la plupart des cas, cubano-américains par l’obtention de la nationalité du pays d’accueil), reçoivent une formation d’officier dans les académies d’opérations spéciales de Fort Benning (Georgie), Fort Mayers (Floride), Fort Peary (Virginie), etc. D’autres sont envoyés à Fort Gulick (Ecole des Amériques), pour être formés à la contre-guérilla. Ils s’appellent José Basulto, Jorge Mas Canosa (5), Francisco « Pepe » Hernández (6), Luis Posada Carriles, Félix Rodríguez Mendigutía, etc. Censés ne jamais émerger de l’anonymat, leurs noms défraieront bientôt régulièrement la chronique. « L’Amérique du Sud sera le “Far West” où ils tiendront le rôle de pionniers (7) » ; et, par leurs actions clandestines, ils « brilleront » même bien au-delà.

Par exemple, dans l’ex-colonie belge du Congo. Ils y débarquent fin 1962 pour fournir, entre autres, un soutien aérien aux forces du futur dictateur Joseph-Désiré Mobutu. Les avions appartiennent à Air America, compagnie récemment constituée et propriété de la CIA. Au sol, les hommes constituent la compagnie 58, chargée de pister et de poursuivre, sans succès, Ernesto Che Guevara et un petit groupe de révolutionnaires cubains. A la demande de Laurent-Désiré Kabila, le Che est en effet arrivé fin avril pour conseiller en techniques de guérilla ceux qui combattaient Mobutu (8).

Cette équipe de choc se renforce définitivement au Vietnam. Elle reprend et développe les méthodes des forces spéciales françaises vaincues, en finançant des opérations sales avec l’argent du trafic d’opium laotien et birman (là encore avec les avions d’Air America). On retrouve les hommes de JM/WAVE : Shackley, Clines, Sánchez Morales, Secord, « Ed » Dearborn, Rodríguez Mendigutía, en compagnie de M. Donald Gregg, inspecteur des agents de la CIA ; de M. John Dimitri Negroponte, « conseiller politique » de toute l’opération ; du général John Singlaub, ancien chef de la CIA en Corée ; de Lansdale, chargé des opérations depuis le Pentagone ; et de M. Oliver North, du service de renseignement de l’US Navy. En 1968, William (« Bill ») Colby est envoyé sur place pour diriger l’Accelerated Pacification Campaign (nom de code : Phoenix). Objectif : terroriser la population civile afin de neutraliser la résistance vietnamienne. En presque quatre ans, environ quarante mille suspects seront tués.

C’est toutefois sur un autre continent que l’équipe va connaître son succès le plus spectaculaire. En mars 1967, parmi la vingtaine d’hommes des forces spéciales américaines qui débarquent en Bolivie pour poursuivre Che Guevara, figure le Cubain Rodríguez Mendigutía. Lorsque le Che, blessé, est capturé le 8 octobre 1967, c’est lui qui transmet l’ordre de le tuer.

Trois ans plus tard néanmoins, la CIA ne peut éviter l’élection du socialiste Salvador Allende à la présidence du Chili. Richard Nixon ordonne à l’Agence d’empêcher son entrée en fonctions. L’équipe envoyée sur place échoue, mais parvient à assassiner le commandant en chef des forces armées, le général René Schneider, loyal à Allende. Son successeur s’appellera Augusto Pinochet. De nouveau, Phillips et Sánchez Morales figurent parmi les responsables des opérations sur le terrain. Devenu chef de la direction de l’Hémisphère occidental de la CIA grâce à son travail sur Cuba et au Vietnam, Shackley est chargé de la déstabilisation du gouvernement. Il nomme Clines pour qu’il se concentre sur le « cas Allende (9) ». Sous-directeur des opérations spéciales, Colby chapeaute l’ensemble. L’organisation de la campagne internationale de diffamation contre le gouvernement Allende incombe à l’ambassadeur américain auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU) : M. Bush.

Allende éliminé en septembre 1973, Pinochet au pouvoir, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si… La CIA devient un objet de scandale et voit ses ailes rognées, une bonne partie de ses crimes étant révélée par la presse et par les commissions d’enquête parlementaires Church (10) et Rockefeller (11). Qu’à cela ne tienne. L’Agence « délègue » une bonne partie de ses actions aux services avec lesquels elle collabore dans le cadre de l’opération « Condor » (12) et à ses agents cubains du Commando d’organisations révolutionnaires unies (CORU). Celui-ci a été fondé en République dominicaine, en mai 1976, sur instructions de la CIA, dirigée du 30 janvier 1976 au 20 janvier 1977 par M. Bush.

A la tête du CORU, dont le financement provient surtout du trafic de drogue (13), se trouvent MM. Orlando Bosch et Posada Carriles. Depuis Caracas (Venezuela), ils organisent l’attentat qui, le 6 octobre 1976, détruit en vol un avion de la Cubana de Aviación (soixante-treize morts). Mais, peut-être parce qu’il a été commis en plein Washington, le crime du binôme Condor-CORU qui causera le plus d’émoi sera, le 21 septembre, l’assassinat de l’ex-ministre des affaires étrangères d’Allende, Orlando Letelier.

Parmi les cinq hommes ultérieurement détenus figurent trois vétérans du « projet Cuba ». La CIA de M. Bush fait son possible pour entraver l’enquête et occulter les preuves. Devenu président, le même Bush amnistiera les coupables, lesquels n’auront passé que quelques années en prison. L’un d’entre eux, M. Guillermo Novo Sampol, sera arrêté au Panamá, le 17 novembre 2000, en compagnie de M. Posada Carriles, alors qu’ils préparent un attentat à la bombe contre M. Fidel Castro, en visite dans ce pays. Condamnés à huit ans de prison le 20 avril 2004, ils seront amnistiés le 25 août suivant par la présidente panaméenne Mireya Moscoso, grande amie des Etats-Unis.

Drogue contre armes

Entre-temps, la guerre de basse intensité de Washington contre le Nicaragua a réuni la plupart de ces agents. Le vice-président Bush supervise les opérations, tandis que MM. Gregg et North, ancien du Vietnam, dirigent le complot. Ambassadeur des Etats-Unis au Honduras — on l’y appelle « le proconsul » —, M. Negroponte transforme ce pays en une plate-forme militaire d’agression, tandis que les escadrons de la mort de l’armée hondurienne — le bataillon 3-16 — répriment l’opposition. Passé de la Bolivie aux rizières asiatiques puis au Salvador, M. Rodríguez Mendigutía ravitaille les contre-révolutionnaires nicaraguayens (la contra) — assisté par M. Posada Carriles (et par M. Basulto en territoire nicaraguayen). Pour lui confier cette mission, la CIA et les milieux anticastristes de Miami ont organisé l’évasion (août 1985) de M. Posada Carriles de la prison vénézuélienne où il avait été incarcéré après l’attentat contre l’appareil de la Cubana de Aviación.

Tout soutien financier aux contras ayant été interdit par le Congrès américain, le vice-président Bush récolte des fonds tous azimuts et par tous les moyens. La vente illégale d’armes à l’Iran, par l’intermédiaire d’Israël, débouchera en 1986 sur le scandale de l’« Iran-contragate ». M. Bush devenu président, la commission du Sénat dirigée par M. John Kerry démontrera l’existence d’une alliance entre la CIA et la mafia colombienne (14). Au Costa Rica, en juillet 1989, MM. North et Secord, entre autres membres des cercles du pouvoir américain, seront formellement accusés d’être responsables du réseau « drogue contre armes » organisé dans ce pays pendant la guerre antisandiniste…

Epurée par le président James Carter à la mi-août 1978, régulièrement mise en cause par des commissions d’enquête officielles ou la déclassification de ses archives (en particulier sous l’administration de M. William Clinton), la CIA, depuis sa naissance en juillet 1947, a certes connu des hauts et des bas. Toutefois, tous ceux qui ont participé aux actions clandestines du groupe de choc constitué en 1954 et élargi au fil des années ont bénéficié d’une constante : l’impunité. Pour n’en citer que quelques-uns, MM. Posada Carriles et Bosch vivent en liberté à Miami. M. Rodríguez Mendigutía, qui fit exécuter le Che, réside dans cette même ville, où il dirige une entreprise de conseil en sécurité. Après avoir été le premier ambassadeur des Etats-Unis en « Irak libéré », puis avoir passé vingt mois comme super-patron des services de renseignement américains, M. Negroponte est devenu numéro deux du département d’Etat en janvier 2007. Quant à M. Porter Goss, présent dans le « projet Cuba » dès 1960, il fut directeur de la CIA de septembre 2004 à mai 2006.

 


Notes

 

(1) Il ne sera question dans cet article que de M. George Bush père.

(2) Common Cause, Washington DC, 4 mars 1990.

(3) William Colby, Trente Ans de CIA, Presses de la Renaissance, Paris, 1978.

(4) Ils ont été échangés par Cuba contre 54 millions de dollars d’aliments et de médicaments.

(5) Futur président de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), principale organisation anticastriste basée à Miami, qu’il dirigera jusqu’à sa mort en novembre 1997. La FNCA a été impliquée, entre autres, dans la vague d’attentats qui a affecté La Havane en 1997.

(6) Actuel président de la FNCA.

(7) Jean-Pierre Gillet, Les Bérets verts. Les commandos de la CIA, Albin Michel, Paris, 1981.

(8) Le Che et ses hommes se retireront en novembre 1965.

(9) David Corn, Blond Ghost : Ted Shackley and the CIA’s Crusades, Simon & Schuster, New York, 1994.

(10) Congrès américain, « Select committee to study governmental operations with respect to intelligence activities », 1976.

(11) Publié le 10 juin 1975, sous la présidence de Gerald Ford (1974-1977), le rapport Rockefeller accuse la CIA d’activités illégales « depuis vingt ans ». Les anciens présidents Lyndon Johnson (1963-1969) et Nixon (1969-1974) sont mis en cause.

(12) Coopération des services secrets des dictatures du sud du continent pour la répression et l’assassinat des opposants politiques.

(13) Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics. Drugs, Armies, and the CIA in Central America, University of California Press, Los Angeles, 1991.

(14) Ibid.


Hernando Calvo Ospina : Journaliste. Auteur de Sur un air de Cuba, Le Temps des cerises, Pantin, 2005, de Rhum Bacardi. CIA, Cuba et mondialisation, EPO, Bruxelles, 2000, et de Colombie. Derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat , Le Temps des cerises, Pantin, 2008.

 

Articles de Hernando Calvo Ospina publiés par Mondialisation.ca

L’ayatollah Khatami prône de sévères châtiments pour les leaders des fauteurs de troubles

28 juin

Khatami

Téhéran, le 26 juin 2009

L’imam provisoire de la prière de vendredi de Téhéran, l’ayatollah Ahmad Khatami, a prôné des châtiments exemplaires à l’encontre des leaders à l’origine des récents troubles survenus dans les rues en Iran.

«Les leaders des récents troubles survenus dans la rue sont soutenus par les Etats-Unis et Israël ; nous lançons un appel à la justice pour condamner sévèrement ces personnes de sorte que cela serve de leçons à d’autres» a martelé l’ayatollah Khatami dans son deuxième sermon de la prière de vendredi devant de nombreux fidèles réunis sur le campus de l’université de Téhéran.
L’ayatollah Khatami a déclaré que les fauteurs de troubles et leurs leaders devraient savoir que toute discussion concernant l’annulation des résultats des dernières élections présidentielles est injuste et que la nation iranienne ne se rendra pas sous la pression.
Du point de vue de la jurisprudence, l’ayatollah Khatami a évoqué le « Moharebeh » ( crime important commis à l’encontre de l’Islam et de l’état islamique) ; et quiconque se rend coupable d’un tel crime, l’Islam envisage la punition la plus dure pour cette personne » a précisé l’ayatollah Khatami, en dénonçant le récent malaise qui secoue la rue, les sabotages, les feux perpétrés contre les mosquées et les autobus, la destruction des biens publics et l’insécurité qui règne, la panique sociale et le harcèlement de la nation iranienne.
Il a alors remercié la police et les forces de sécurité, particulièrement les Basidjis, pour leurs efforts implacables afin de réprimer les agitations et de garantir la sécurité, souhaitant le prompt rétablissement des blessés.
Il a invité le gagnant et les candidats qui ont perdu de revenir à davantage de morale, de faire preuve de patience et d’adopter des comportements rationnels.
Tout en exprimant sa joie après la participation massive de 40 millions d’électeurs aux récentes élections présidentielles du 12 juin dernier, l’ayatollah a indiqué qu’il s’agit de respecter les directives du guide suprême de la révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei et d’observer la loi.
«Quelques 40 millions (soit plus de 85 pour cent) de citoyens se sont fortement mobilisés aux élections présidentielles garantissant ainsi la force et la dignité du système» a-t-il souligné tout en poursuivant que la République Islamique d’Iran a démontré qu’elle est le porteur étendard de la démocratie religieuse parce que durant 30 ans, après la victoire en 1979 de la révolution islamiques, 30 élections se sont tenues dans le pays, ce qui traduit un niveau élevé de démocratie religieuse.
«Un des outils de la démocratie est la protestation. Toutes les élections ont soulevé de nécessaires protestations à chaque occasion. Les protestations doivent se faire par le biais des canaux légaux ; le droit de manifester est un droit légal qui doit emprunter une voie légale qui n’est autre que celle du Conseil des gardiens de la révolution».
Il a par la suite rejeté les recours de fraude déposés dans le cadre des élections présidentielles, soulignant que si la différence de voix était d’un million, alors elle aurait pu déboucher sur un conflit, mais une différence de voix portant sur 11 millions de votes écarte tout doute.
Ailleurs dans son sermon, l’ayatollah Khatami a dénoncé les politiques « déloyales» des médias des Etats-Unis :« les médias occidentaux ont fait preuve d’une très grande trahison. Prenant l’exemple de Neda Agha-Soltan, Ahmad Khatami a dénoncé les fauteurs de troubles qui ont tué Neda pour ensuite accuser le régime islamique.
“Regardez l’affaire de cette dame qui a été tuée et pour laquelle le président américain Barack Obama a versé des larmes de crocodiles. N’importe qui voyant ce film comprend que ce sont les émeutiers qui ont monté de toutes pièces cette histoire “, a-t-il affirmé.
« Le secrétaire général de l’ONU s’est dit inquiet, pourquoi n’a-t-il pas montré davantage d’inquiétude après le massacre de quelques 400 enfants à Gaza, de plus de 100 femmes tuées également à Gaza et les crimes quotidiens perpétrés en Irak et en Afghanistan » a déclaré l’ayatollah Khatami.
« L’ONU n’est pas l’organisation des nations mais plutôt celle des gouvernements ; les nations devraient rechercher un vrai ONU » a poursuivi l’imam provisoire de la prière de vendredi tout en critiquant durement les Etats-Unis et certains états européens, comme le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, pour leurs récentes déclarations anti-iraniennes.
«Le gouvernement américain défend les droits de l’Homme en dépit des violations flagrantes de ces mêmes droits de l’Homme. « Vos crimes à Guantanamo et Abou Ghraib n’ont pas été encore oubliés même si vous prétendez toujours défendre les droits de l’Homme » a dénoncé l’ayatollah en s’adressant aux responsables américains

Concluant son sermon, l’ayatollah Khatami a dénoncé les récents agissements naïfs de certains états européens témoignant d’un manque évident de maturité politique

« Le monde devrait savoir que notre grande révolution islamique n’est pas le moins du monde effrayée de toutes les vagues qui surgissent et opposera une ferme résolution en défendant toutes ses valeurs».

 

Source : Irna

Une hystérique propagande contre l’Iran

24 juin

 

2285777762_bfa9ddc82cLes pays capitalistes se déchaînent en ce moment contre l’Iran. Les États-Unis et l’Europe essentiellement, c’est-à-dire des pays impérialistes, mènent une intense propagande contre la République Islamique d’Iran.

Les résultats des élections ne sont qu’un grossier prétexte. Le monde entier et notamment les peuples opprimés savent que ces pays ont soutenu des dictateurs et des dictatures les plus féroces. Commençons par l’Amérique latine : Artur da Costa e Silva au Brésil, Augusto Pinochet au Chili, Juan Carlos Onganía et Videla en Argentine, le régime somoziste au Nicaragua, Maximiliano Hernández Martínez au Salvador, le régime de Fulgencio Batista à Cuba, de Marcos Pérez Jiménez au Venezuela, de Banzer en Bolivie etc. En Asie on peut trouver Soeharto en l’Indonésie, Marcos aux Philippines, Musharraf au Pakistan. En Afrique on peut citer, entre autres, Hosni Moubarak en Egypte, Gnassingbé Eyadéma au Togo, Idriss Déby au Tchad, Denis Sassou N’Guesso au Congo, Paul Biya au Cameroun sans oublier le fidèle serviteur de l’impérialisme français Omar Bongo. Ce dernier résume à lui seul le comportement de l’impérialisme français en Afrique. Le 16 juin 2009 aux obsèques de ce dictateur, qui a ruiné son pays et son peuple, Nicolas Sarkozy l’actuel président de la République et l’ancien président Jacques Chirac ont été hués par la population gabonaise. Car elle sait que la politique de ces deux hommes et celle de tous les présidents français depuis qu’Omar Bongo est au pouvoir et même avant sont largement sources de sa misère alors que le pays regorge de richesses : « La France est ingrate.
Bois, pétrole, manganèse, on vous a tout donné » scandaient les gabonais ou encore « On ne veut plus de vous, partez ! ». Les grands médias français, s’ils ont évoqué cette visite, ont été très discrets sur l’hostilité de la population à l’égard de Sarkozy et de Chirac, car ils préfèrent parler des élections iraniennes.

Sarkozy et Chirac ne représentaient pas la France à l’enterrement du dictateur, mais la bourgeoisie française. Le journal Le Monde du 16 juin décrivait ainsi l’hommage rendu par les patrons français à Omar Bongo : « des centaines de couronnes mortuaires sont empilées sous des tentes face à l’océan. Axa, Bolloré ou Air France y adressent leurs condoléances et leurs « regrets éternels ». L’une d’elles a été déposée par l’ancien patron d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent en personne au nom de sa société pétrolière Pilatus Group ».

« L’ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction » déclarait Sarkozy du palais présidentiel devant le cercueil de son ami dictateur, Omar Bongo, en parlant des élections iraniennes. On peut être à la fois démocrate et ami des dictateurs !

Toutes ces dictatures ont été installées avec l’aide des États-Unis, de la France, de la Grande Bretagne (en se rendant complice des coups d’État ou en validant des élections truquées). Ils leur apportent un soutien économique, financier et militaire décisif sans lequel ces régimes ne peuvent survivre. Ils se taisent également sur les exactions et les violations des droits de l’homme commises par ces dictateurs contre leur propre population.

Donc ce n’est ni la démocratie, ni la régularité des élections, ni les droits de l’homme qui motivent aujourd’hui cette hystérique propagande contre l’Iran, mais bel et bien son programme nucléaire.

Il y a trop de pétrole dans cette région ! Il faut que ces puissances impérialistes puissent accéder sans trop de contraintes ni d’entraves à cette richesse indispensable à leur économie et, partant, aux profits de leurs bourgeoisies. La création de l’État d’Israël dans cette région du monde répond d’abord à cette impérieuse nécessité. Ce n’est pas un hasard si cet État est la seule puissance nucléaire et dont les grands médias n’en parle(du nucléaire israélien) pour ainsi dire jamais. Il joue le rôle du gendarme dans cette région tourmentée. Aucun autre pays du Moyen Orient ne peut développer un programme nucléaire sans qu’Israël et les pays impérialistes, grands et petits, ne réagissent très violemment.

Ainsi en 1981 Israël, qui redoutait que l’Irak ne se dote de l’arme nucléaire, a totalement détruit le réacteur Osirak. Aujourd’hui, il est insupportable pour Israël que l’Iran deviennent à son tour une puissance nucléaire. Il veut garder, vaille que vaille, le monopole sur cette terrible arme conformément aux seuls intérêts des bourgeoisies des pays impérialistes. Détruire les installations nucléaires iraniennes est devenu l’obsession des dirigeants israéliens. Benyamin Netanyahou en fait même la mission de sa vie(1).

Pendant que cette hystérique propagande contre l’Iran se poursuit inlassablement, la bourgeoisie des pays impérialistes, qui possède l’essentiel des grands médias, continue à jeter par milliers des familles d’ouvriers dans le chômage et la misère. Des « plans sociaux » succèdent à d’autres « plans sociaux ». Pire, elle demande même aux salariés de travailler gratuitement(voir le cas de British Airways) ou d’être partiellement payés ! Parler de l’Iran permet aussi de détourner la population des vrais combats à mener et au gouvernement de faire passer, sans trop de résistance, des « réformes » douloureuses pour l’immense majorité de la population.

Les iraniens sont capables, comme les autres peuples, de régler eux-mêmes leurs problèmes. Ils n’ont surtout pas besoin des pays impérialistes dont toute l’histoire est chargée de conquêtes coloniales, de crimes et d’asservissement des peuples.

Mohamed Belaali

les fondements des luttes de pouvoir en Iran

24 juin

La lutte au sommet dans les cercles dirigeants iraniens oppose deux factions ayant des conceptions radicalement différentes de la République Islamique, selon Muhammad Sahimi. D’un côté, les héritiers de Khomeiny, défenseurs d’une théocratie constitutionnelle, et de l’autre, appuyés par les Gardiens de la Révolution, des fondamentalistes que Khamenei qualifie de « traditionalistes à la pensée courte, restés à l’âge de pierre. » Pour ces disciples de l’ayatollah Mesbah Yazdi, « peu importe ce que les gens pensent. Ce sont des moutons ignorants ».

Par Muhammad Sahimi, Antiwar, 24 juin 2009

Le monde entier est fasciné par les événements qui se sont déroulés en Iran au cours des dernières semaines. Tout d’abord, on a assisté à une campagne électorale acharnée durant laquelle Mir Hossein Moussavi, le principal candidat réformiste, montait dans les sondages. D’énormes rassemblements ont eu lieu à travers l’Iran en soutien à sa candidature. Pour la première fois depuis la révolution de 1979, les iraniens et les expatriés semblaient être unis dans leur quête pour évincer le président Mahmoud Ahmadinejad.

Le 12 Juin, une heure après que le vote ait pris fin, le ministère de l’Intérieur iranien a appelé le quartier général de Moussavi pour l’informer qu’il allait gagner, et qu’il devait préparer une déclaration de victoire sans triomphalisme, afin de ne pas irriter les supporters d’Ahmadinejad. Puis soudainement, tout a changé. Plusieurs commandants des Gardiens de la Révolution de l’Iran (GRI) se sont rendus au siège de campagne de Moussavi et lui ont dit que sa campagne électorale était une sorte de « révolution de velours », et qu’ils ne l’autoriseraient pas à l’emporter. Ensuite, les résultats des élections truquées ont été annoncés, déclenchant les manifestations qui se poursuivent aujourd’hui.

Mais quel est le pouvoir réel à l’oeuvre derrière cette élection présidentielle truquée, qualifiée de « coup d’Etat électoral » par un porte-parole de Moussavi ? On considère généralement qu’en tant que commandant en chef des forces armées de l’Iran, le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, est le chef de ce coup d’Etat. Mais la question est plus complexe.

Depuis qu’il a été nommé commandant en chef des GRI, il y a trois ans, le major général Mohammad Ali Jafari a fait état de la « menace intérieure » contre la révolution islamique. Il a même réorganisé la garde pour qu’elle soit mieux préparée à faire face à toute révolte. En outre, quelques jours avant les élections du 12 Juin, le responsable de la direction politique des GRI, le Brigadier Général Yadollah Javani, a accusé Moussavi et d’autres réformateurs de tenter de lancer une révolution de couleur ( Moussavi a utilisé le vert comme symbole de sa campagne), et a averti que la garde « l’asphyxierait avant même qu’elle ne naisse ». Les auteurs de ce coup d’Etat sont en fait les membres du haut commandement des GRI. Ils représentent l’aile droite de la deuxième génération des révolutionnaires iraniens.

Cette seconde génération de révolutionnaires avait une vingtaine d’année à l’époque de la révolution iranienne de 1978-1979. Ils ont rejoint les GRI presque immédiatement après la Révolution et mené deux guerres féroces dans les années 1980 : contre les forces de Saddam Hussein, qui avaient envahi l’Iran en septembre 1980, et contre les forces des Moujahidines du Peuple, un groupe armé islamique de gauche qui s’était opposé au Shah. Lorsque les Moujahidines ont commencé à assassiner des dirigeants iraniens en Juin 1981, les jeunes révolutionnaires ont mené une bataille sanglante contre eux, les tuant par milliers, et les ont contraint à s’exiler en Irak, où il ont collaboré avec Saddam Hussein. Les Moujahidines du Peuple sont maintenant catalogués par le Département d’Etat comme une organisation terroriste.

Utilisant la guerre avec l’Irak comme prétexte, les jeunes révolutionnaires islamiques ont également aidé leurs leaders – l’ayatollah Khomeini, Akbar Hashemi Rafsanjani (qui a été élu à la présidence de l’Iran pendant deux mandats en 1989-1997 et reste un homme politique puissant), l’ayatollah Khamenei ( qui a été président dans les années 1980), et d’autres – à imposer une répression politique sévère en Iran, avec pour résultat l’élimination de la scène politique iranienne de tous les groupes politiques laïques, portant un coup terrible au développement de la vie politique du pays.

La guerre avec l’Irak a pris fin en Juillet 1988. Beaucoup de jeunes révolutionnaires islamiques ont soutenu l’exécution de milliers de prisonniers politiques de juillet à septembre 1988 ou sont restés silencieux et n’ont pas protesté. L’ayatollah Khomeiny est ensuite décédé en Juin 1989. Les jeunes révolutionnaires se sont alors scindés en deux camps.

Dans le camp de la gauche islamique on estimait que l’Iran avait besoin d’une politique d’ouverture pour mettre fin à la répression féroce des années 1980. De nombreux membres de ce groupe étaient issus de l’appareil de renseignement et étaient par conséquent parfaitement au courant de ce qui se passait dans la société et sentaient le danger d’une explosion sociale et d’une contre-révolution. Ce sont eux qui sont désormais les leaders du mouvement de réforme.

Les jeunes révolutionnaires du camp opposés étaient les conservateurs. Certains, comme le général Javani et le Général Jafari sont restés dans les GRI après la guerre. D’autres, venant des GRI, comme le président Ahmadinejad, le ministre de l’Intérieur Sadegh Mahsouli, et son principal adjoint Kamran Daneshjou , qui supervisait les élections, ont rejoint l’administration.

La mort de l’ayatollah Khomeini a eu une autre conséquence à long terme dont les effets se font sentir aujourd’hui. Elle a permis à un groupe islamiste réactionnaire de réémerger. Ce groupe, appelé la société Hojjatiyeh, avait été fondée dans les années 1950 et était farouchement opposé à la foi Bahai et à l’islam sunnite. Il avait même travaillé avec les services secrets du Shah pour lutter contre la propagation du communisme en Iran. Il s’était également opposé à la Révolution de 1979 et au concept de « Valaayat-e-Faghih » (la gouvernance des juristes islamiques) développé par l’ayatollah Khomeini, qui est le fondement de la constitution de l’Iran et du système politique. L’ayatollah Khomeini a interdit l’Hojjatiyeh en 1983 et avait déclaré à leur sujet qu’ils « ne peuvent même pas diriger une boulangerie, et encore moins un pays. »

Après sa réapparition au début des années 1990, l’appellation Hojjatiyeh n’a jamais été utilisée. Ses membres ont commencé a préconiser un gouvernement islamique dirigé par chef suprême non élu, au lieu d’une République islamique. Leur chef actuel est l’ayatollah Mohammad Taghi Mesbah Yazdi, un religieux réactionnaire partisan de la ligne dure, qui s’est ouvertement opposé à toute élection et est le chef spirituel d’Ahmadinejad.

L’ayatollah Mesbah, ainsi qu’il est appelé en Iran, a déclaré : « Peu importe ce que les gens pensent. Ce sont des moutons ignorants ». Il estime que le chef suprême est choisi par Dieu, et que la tâche des ayatollahs qui sont membres de l’Assemblée des Experts (un organe constitutionnel qui choisit le chef suprême) consiste à le découvrir. L’ancien président réformateur Mohammad Khatami a fait référence aux disciples de l’ayatollah Mesbah comme étant des « traditionalistes à la pensée courte, restés à l’âge de pierre. »

Parmi les disciples de l’ayatollah Mesbah, on trouve le ministre du renseignement Gholamhossein Mohseni Ejehei, Mojtaba Hashemi Samareh (un adjoint d’Ahmadinejad), et Ahmadinejad lui-même. En fait, tous les ministres du renseignement iranien depuis la Révolution ont été des élèves de l’ayatollah Mesbah et ont suivi son séminaire à Qom. Bon nombre des hauts commandants des GRI sont ses disciples. La milice Basidj, un groupe paramilitaire, contrôlée par les GRI a également été profondément pénétrée par ses disciples, de même que le pouvoir judiciaire. Depuis qu’il a été élu président en 2005, Ahmadinejad a utilisé à maintes reprises les mots de l’ayatollah Mesbah parlant de « gouvernement islamique d’Iran » plutôt que « République islamique d’Iran. »

Les hommes qui sont derrière ce coup électoral sont donc la deuxième génération de révolutionnaires, dont le chef spirituel est l’ayatollah Mesbah. Deux semaines avant les élections Mesbah a publié une fatwa secrète – dont le contenu a été révélé par certains membres du ministère de l’Intérieur – autorisant l’utilisation de tous les moyens pour réélire Ahmadinejad, donnant ainsi le feu vert pour le trucage des élections.

Mais quels sont les objectifs du coup d’Etat ? Il semble y avoir trois.

L’un est de purger l’ancienne première génération de dirigeants révolutionnaires, y compris le plus important d’entre eux, l’ex président Rafsandjani. Depuis qu’Ahmadinejad l’a battu lors de l’élection présidentielle très disputée de 2005, lui et ses partisans sont d’âpres ennemis de Rafsandjani et de ses partisans. Rafsandjani a fait savoir qu’il pense qu’Ahmadinejad porte préjudice aux intérêts nationaux de l’Iran en raison de sa politique étrangère, de sa rhétorique contre Israël et des déclarations incendiaires sur l’Holocauste.

Mais l’antagonisme contre Rafsanjani a également une dimension économique. Lui et sa famille sont fabuleusement riches et sont favorables à une économie moderne. Et tout comme Ahmadinejad a consolidé la mainmise des GRI sur l’Iran par la nomination de membres du Conseil des ministres, de gouverneurs de province, de généraux et de maires en provenance des rangs des GRI, il veut aussi consolider l’emprise des GRI sur l’économie iranienne. Sous son mandat, les GRI ont remporté plus de 10 milliards de dollars de contrats au cours des quatre dernières années. Les GRI veulent éliminer la concurrence de Rafsandjani et de ses partisans.

Dans son discours de « victoire » du dimanche 14 Juin, Ahmadinejad n’a jamais mentionné une seule fois l’ayatollah Khomeini ou la République islamique. Ainsi, tout comme Deng Xiaoping et ses successeurs ont conservé les photos de Mao Zedong et que Joseph Staline conservait celles de Lénine, tout en agissant contre ce que Mao et Lénine, avaient préconisé, la seconde génération de révolutionnaires conservera les photos de l’ayatollah Khomeini (ainsi que celles de Khamenei) tout en agissant contre ses enseignements, y compris le plus célèbre, « La mesure [ de l’acceptation d’un homme politique] est le vote du peuple ».

Le deuxième objectif du coup d’Etat consiste à rapprocher le pays d’un gouvernement islamique où des élections sans signification pourront être facilement truquées ou manipulées, ce qui détruira l’aspect républicain du système politique iranien. Cela est compris par les réformistes ainsi que par la grande la majorité du peuple iranien, et c’est pourquoi ils résistent à ces élections truquées. Mais les dirigeants du coup d’Etat ne s’attendaient pas à cette résistance.

Le troisième objectif est de commencer les préparatifs pour le remplacement à venir de l’ayatollah Khamenei, que l’on sait malade, par un homme qui a leur confiance. Rafsandjani préside l’Assemblée des Experts qui choisit le chef suprême. Étant donné son rôle important dans la Révolution et son influence, Rafsandjani va jouer un rôle crucial dans ce processus de succession. Ainsi, s’il peut être éliminé, cela ouvrira la voie à l’ayatollah Mesbah Yazdi, ou à l’un de ses disciples, pour devenir le guide suprême.

Il s’agit d’un tournant dans l’histoire contemporaine de l’Iran, et même du Moyen-Orient. Si la seconde génération de révolutionnaires réussit, l’Iran va entrer dans une période de répression politique extrême, qui rendra plus aisé pour le parti de la guerre et le lobby pro-israélien de faire pression pour tenter de convaincre l’opinion que la question du programme nucléaire iranien doit être résolue par des frappes militaires.

Mais si les protestations parviennent à faire annuler les élections truquées, les réformistes et les groupes démocratiques auront une occasion en or de rapprocher beaucoup plus vite l’Iran d’un système politique démocratique, ce qui sera crucial pour la stabilité du Moyen-Orient.

Muhammad Sahimi est universitaire et enseigne à l’université de Californie. Il a publié de nombreux articles sur le programme nucléaire iranien.

Source : ContreInfo

Iran : mouvement populaire et lutte de pouvoirs

23 juin

Comment va évoluer la crise iranienne ? Le mouvement populaire qui s’est manifesté dans la rue au lendemain de l’élection paraît s’étioler sous les coups de la répression des miliciens, mais le Grand Ayatollah Montazeri, qui vient d’appeler à trois jours de deuil à partir de mercredi, pourrait lui indiquer une autre voie, celle de la grève et de la désobéissance civile, telles qu’elles avaient été pratiquées à l’époque du Shah. Dans le même temps, à Qom, Rafsandjani – l’homme clé de la situation – est à la manoeuvre en coulisses et tente de rassembler une opposition à la faction réunissant Khamenei, Ahmadinejad et les Gardiens de la Révolution. Si l’issue de ces luttes au sommet et dans la rue reste incertaine, l’embarras d’un pouvoir fragilisé est palpable. Rappelons que Ali Larijani, le président du parlement iranien, qui fait partie du camp conservateur, a lui même admis dimanche sur la chaîne de télévision d’Etat qu’ « une majorité de gens sont d’opinion que les résultats réels de l’élection sont différents de ce qui a été annoncé officiellement. » Pepe Escobar, grand reporter à Asia Times, propose ici sa lecture des derniers développements.

Par Pepe Escobar, Asia Times, 22 juin 2009

En cette période où le sang est répandu dans les rues, où les cris retentissent sur les toits et où les dagues sont dégainées dans les allées du pouvoir, la révolution islamique d’Iran a rendez-vous avec le destin : le défi qui lui est lancé est de célébrer finalement le mariage entre l’islam et la démocratie.

L’ancien président Mohammad Khatami, l’homme du dialogue des civilisations, a manifesté une fois de plus sa stature morale lorsqu’il a fait l’éloge des grandes manifestations silencieuses (qui ont eu lieu avant la répression sanglante), et souligné que les 40 millions d’électeurs iraniens, y compris ceux qui contestent le résultat « officiel », sont les « propriétaires » de la révolution.

Le leader suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a quant-à lui préféré qualifier cette marée de manifestants de « terroristes ».

Khatami a également décrit Ahmad Jannati, le leader du Conseil des Gardiens qui est favorable au président Mahmoud Ahmadinejad, comme « un arbitre faisant l’objet de suspicion et de plaintes ». La « seule solution », a déclaré Khatami, pour « régler la crise au mieux des intérêts du peuple iranien et des principes de la révolution » serait la création d’une commission impartiale pour examiner les éléments constitutifs d’un truquage des élections. Mir Hossein Moussavi, le candidat malheureux à l’élection présidentielle, considère qu’une telle commission est « un droit », et permettrait de « parvenir à une nouvelle forme de la vie politique dans le pays ».

A l’heure actuelle il n’existe aucune indication que l’oligarchie politico-religieuse qui vient de renforcer son pouvoir en Iran envisage la possibilité de nommer une telle commission.

Montazeri à la rescousse

L’élément clé de la situation pour les prochains jours, est l’appel du Grand Ayatollah Montazeri Hussein à trois jours de deuil en mémoire des victimes, de mercredi a vendredi. L’interprétation qu’en font les progressiste de Téhéran – et parmi l’ intelligentsia des exilés iraniens – est qu’il s’agit d’une référence subtile au code de la désobéissance civile employé en 1979, suggérant aux habitants de se mettre en grève illimitée.

Faire grève est un moyen de protestation plus sûr, et beaucoup plus subversif que de descendre dans la rue et de s’exposer aux coups des miliciens Basiji. Il y a 30 ans, les grèves ont été un élément fondamental pour le succès de la révolution. Montazeri indique également de façon subtile la stratégie permettant de rallier la majorité silencieuse de l’Iran – qui pourrait représenter de 30% à 40% de la population totale. Cette stratégie, appliquée judicieusement au cours des jours et des semaines qui viennent, pourrait transformer le flot des manifestations populaires en un formidable océan.

Comme si une force irrésistible lui chuchotait à l’oreille « M. Montazeri, abattez ce mur [islamique] »

Dans le même temps, dans la rue, le mouvement populaire pleurera ses morts et combattra l’implacable contrôle de toute les technologies modernes en revenant au papier… Bienvenue au retour des Samizdats (publications clandestines à l’époque soviétique) du 21ème siècle.

En l’espace de seulement une semaine, la révolution verte populaire s’est transformée en un mouvement qui va bien au-delà de Moussavi. La colère, la rage, le sentiment d’avoir subi une injustice énorme (qu’il ne faut jamais sous-estimer dans une société chiite), le ressentiment, ont grandi à l’extrême. Le régime a perdu le contrôle de l’arène du débat politique, et la répression a été très brutale. Une idée très simple a finalement vu le jour : nous en avons assez. Vous êtes des menteurs. Mort au dictateur. Allah Akbar. Et nous allons pleurer toutes les nuits sur les toits et nous ne serons pas réduits au silence, jusqu’à ce que vous entendiez le message.

En blâmant les « terroristes », les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne – la réaction de panique de l’oligarchie politico-religieuse est totalement à côté de la plaque. Tout comme le sont de larges secteurs de la gauche occidentale – prisonnières de cette logique erronée du « quiconque lutte contre l’impérialisme américain est mon ami ». Ils ont été dupés – avalant sans discernement la propagande du régime, aveugles à la complexité de la société iranienne, et incapables d’identifier une nouvelle équation politique pour ce qu’elle est. Il est complètement absurde de croire que ce sont des « marionnettes manipulées par l’occident » qui crient Allah Akbar sur tous les toits de l’Iran, ou sont abattus par les miliciens Basiji dans les rues.

Moussavi, Khatami, Montazeri ne sont pas des néo-révolutionnaires (et encore moins des contre-révolutionnaires). Tous acceptent les principes et les institutions de la République Islamique d’Iran, y compris les Gardiens de la Révolution et les milices Basiji, mais ils critiquent « les déviations et les mensonges », selon les termes de Moussavi et Khatami. Ils ne veulent rien d’autre que le « retour de la pureté des principes de la Révolution islamique ». Et ils insistent sur le fait que cela implique toutes les formes de liberté d’expression.

Le peuple iranien rêve maintenant qu’un dialogue permanent et sans entrave s’installe au sein de la société civile. Et ce pas en avant n’est pas nécessairement associé avec l’adoption en Iran de la démocratie libérale occidentale. Les Perses sont suffisamment sophistiqués pour que la question aille bien au-delà. Comme si une feuille de route avait été établie non seulement pour une réédition iranienne post-moderne de la Révolution française, mais aussi pour une Réforme de l’Islam.

Rafsanjani à Qom

Pendant ce temps, les intrigues dans les couloirs de palais se poursuivent. Sans surprise, l’ancien président Hashemi Rafsandjani, déroule son jeu à Qom. Il pourrait ne pas parvenir à co-opter les Gardiens de la Révolution – qui le craignent et le détestent – mais il pourrait gagner à lui d’influents ayatollahs et entreprendre de délégitimer Khamenei. L’entourage du leader suprême a fait savoir sans ambages à Rafsandjani que s’il continuait ses intrigues, lui et toute sa famille seraient en grande difficulté. [2] lorsque qu’il a été choisi comme successeur l’ayatollah Khomeini à la faveur d’intrigues. Il n’a pas le rang de « Marja » ( chef spirituel), et n’est pas considéré comme une référence.

Le problème pour Rafsanjani est qu’il lutte contre un redoutable ennemi : l’ayatollah Mesbah Yazdi, mentor spirituel d’Ahmadinejad, qui a perdu son influence au bénéfice de Rafsanjani lors de la dernière élection pour le Conseil des Experts, à la fin 2006. On a donc à faire une fois encore à une bataille (invisible) entre le « requin » et le « crocodile », surnoms attribués en Iran à Rafsandjani et Yazdi. La chaîne Al-Arabiya, fait état de sources selon lesquelles Rafsandjani chercherait à installer une direction collégiale pour remplacer le chef suprême. Aucun blogueur iranien n’a confirmé l’émergence possible d’un politburo des ayatollahs.

Shah Ali Khamenei

Pour l’instant, l’oligarchie politico-religieuse (Khamenei / Ahmadinejad / Gardiens de la Révolution), qui a consolidé son pouvoir et ses privilèges, a fait très clairement savoir qu’elle souhaite un gouvernement islamique où la souveraineté populaire est réduite à rien. La légitimité tirée de la puissance divine se suffit à elle même. C’est le sens du discours de Khamenei vendredi dernier. Cette oligarchie ne se laissera pas priver de son pouvoir.

Mais au milieu de tous ces événement qui agitent Iran, une chose est certaine. Il est trop tard pour faire marche arrière désormais. Tous les éléments montrent que le mouvement populaire s’installe sur le long terme, quelle que soit la violence des miliciens Basiji, qui sont issus de la classe ouvrière et méprisés par les classes moyennes et supérieures instruites. Et des fissures vont émerger au sommet.

Une autre option serait celle d’une dictature militaire illégitime et brutale d’une mollarchie divisée, appuyé par des légions de miliciens Basiji. Cette solution ne pourrait pas durer.

A Téhéran, des rumeurs insistantes font état d’une aide que le pouvoir recevrait de la Russie et la Chine pour mener sa contre-insurrection. Khamenei, Ahmadinejad et les Gardiens de la Révolution peuvent toujours menacer de transformer Téhéran en Tiananmen et l’emporter – pour l’instant. Mais l’Iran de 2009 n’a rien à voir avec la Chine de 1989.

Moussavi se trouve placé sans qu’il l’ait voulu dans l’œil d’un cyclone de dimension historique. Il suit désormais cette marée humaine. Celle-ci indique que le chef suprême est illégitime. Sa crédibilité en tant qu’autorité religieuse a été et reste fragile. Désormais, sa crédibilité en tant que chef suprême est fragilisée elle aussi.

La thèse centrale défendue par Khamenei, le « velayat-e faqih » (la règle de la jurisprudence), n’a jamais été celle d’une révélation divine (Il a été influencé par la lecture que faisait Khomeini de Platon et d’Aristote). C’est seulement une interprétation chiite de l’islam politique, selon laquelle une jurisprudence islamique voit ses pouvoirs divins et ses règles entourées de gardiens.

Aujourd’hui, les gens disent, « nous en avons assez des gardiens ». Et ils disent aussi que la solution est criée sur les toits. Voilà ce que ce mouvement populaire pense : si Dieu est grand, il va nous permettre d’obtenir la démocratie au sein de l’islam. Quant au leader suprême, il est désormais nu. Moussavi pourrait n’être pas Khomeini. Mais Khamenei rapproche lui-même de façon croissante son image de celle du Shah.

 

Publication originale Asia Times, traduction Contre Info


[1] Cinq membres de la famille de Rafsandjani ont été arrêtés durant plusieurs heures dimanche (ndt)

[2] Docteur en théologie

Mauvais Orient, mauvais Occident

21 juin

par Mustapha Cherif

Sur le plan international, les conséquences de cinq événements marquent l’actualité brulante : la guerre criminelle d’Israël contre Gaza, que les puissants de ce monde ont laissés faire, l’arrivée au pouvoir d’une droite voyou au gouvernement israélien, la reconduction contestée du président iranien, à la politique radicale et provocatrice et l’arrivée d’Obama avec son discours du Caire. Que peut-on dire pour l’avenir et déchiffrer ce nouveau visage des USA, qui se présente comme Janus, à double figure ? Il y a de quoi être inquiet, avec en plus un contexte de faillite des régimes arabes, de recul du droit et de convulsions du libéralisme sauvage. Le citoyen musulman, du monde entier, demande aux décideurs occidentaux d’être juste.

Pathétique diversion

Alors qu’il est question de justice, l’accent est aujourd’hui mis sur des questions vestimentaires, et des points culturels. Certes dénoncer l’islamophobie, d’une part, et l’intégrisme, d’autre part, ce n’est pas négligeable tant la méconnaissance, les amalgames et la stigmatisation ont fait des ravages comme diversion. Imaginer qu’actuellement des médias et des hommes politiques français au lieu de s’occuper des soucis de leurs concitoyens débattent, sans honte bue, de la tenue obscurantiste et rarissime en Europe et en Méditerranée, de la « burqua », et disent vouloir aider les musulmans à marcher vers la lumière, c’est ubuesque. La diversion cousue de fil blanc est pathétique, tragico-comique. Obama et l’Occident seront jugés sur la question politique du droit du peuple palestinien à vivre libre et indépendant. Les palestiniens, et derrière eux l’opinion publique internationale, refusent de rester colonisés, asservis, opprimés et promis à un bantoustan sans réelle souveraineté. Sans le règlement de cette question vitale la mondialisation de l’insécurité va s’aggraver et l’horizon restera fermé. Ce n’est pas les régimes arabes sans bases, et corrompus qui vont régler la question de la stabilité.

De la question palestinienne dépend l’avenir de la démocratie dans le monde, tous les peuples sont concernés. Comme hier durant la deuxième mondiale au sujet des juifs victimes de l’innommable, aujourd’hui Nous sommes tous palestiniens est le mot d’ordre secret ou déclaré de centaines de millions de citoyens à travers le monde, y compris des juifs et des israéliens. Cela inquiète nombres d’officines étrangères. Les peuples ne sont pas dupes, ils voient bien qui colonise, réprime, bafoue le droit, la liberté et la dignité des gens, même si en même temps ils condamnent aussi les réactions aveugles. Le discours du président américain, Barack Obama est paradoxal. Il redonne apparemment de l’espoir, mais ses limites, ses non –dits et ses contradictions sont hautement significatifs de la difficulté à changer la situation. Il suffit de voir comment le premier ministre israélien se moque du monde dans son dernier discours en posant cyniquement des conditions humiliantes et impossibles, comment le MAE israélien extrémiste est reçu à Washington et la manière dont la secrétaire d’Etat Clinton ménage « l’allié privilégié ». Le mutisme, encore une fois, et plus encore la complicité et la duplicité d’occidentaux face à l’arrogance des décideurs israéliens désespèrent les plus patients, qui savent qu’à terme tout le monde sera perdant. Qui en prendra conscience ?

La mondialisation de l’insécurité

Un début d’espérance, le discours du Caire, comme nous l’avons déjà souligné, montre que le président américain actuel et son équipe ont compris que l’islamophobie est contre productive et participe à la mondialisation de l’insécurité. Mais ils ne semblent pas avoir compris que ce qui est revendiqué est la justice. Ils ne tirent pas la conclusion que les causes de l’insécurité sont les injustices. La réaction aveugle est injustifiable, mais il faut en cerner les causes. La colonisation féroce en Palestine, on ne le répétera jamais assez, transforme le monde en poudrière. Même si tout est lié, Obama, dans une démarche qui apparaît de diversion, en insistant sur la religion dilue la question centrale, celle de l’occupation de la Palestine. Sur un discours de plusieurs milliers de mot deux phrases en 19 mots liquident la question de la guerre de Gaza, qui a fait 1300 morts dont la majorité des femmes et des enfants. L’impression première à la lecture du discours est celle de l’équilibre entre juifs et palestiniens, mais à bien lire on découvre une politique pernicieuse : Obama envoie un message pour rassurer les israéliens, il ne condamne jamais la colonisation exponentielle et les violences qu’ils commettent à ciel ouvert. A peine s’ils les regrettent, alors que le droit international est irréfragable.

Plus dure sera la chute

Il faut rester vigilants, plus que jamais, car sur le fond rien n’a encore changé. Certes, sur la forme, c’est une ouverture qu’il ne faut pas rater. D’autant que, si sur le fond c’est un mensonge grossier qui court, la vérité, à l’épreuve des faits, le rattrapera vite. On doit contribuer à favoriser le changement vers la démocratisation des  relations internationales et la logique du choc en celle de la symbiose, si on arrive à changer de l’intérieur. Apparemment, ce n’est pas le cas, d’autant que le régime voyou d’Israël et obscur d’Iran, qui s’alimentent, risquent de précipiter le monde vers l’irréparable. Le quotidien israélien Haaretz du 14 juin, explique que la victoire d’Ahmadinejad est ce qu’il y a de mieux pour Israël. Les mots aimables, les soporifiques, la désinformation, et les actions de publiques relations occidentales en direction du monde musulman, commencent à trouver leurs limites. Faute de règlement définitif et juste de la question palestinienne, et partant du rapport entre le Nord et le Sud, une guerre de mille ans, se profile entre un mauvais Orient et un mauvais Occident. Inutile de se voiler la face.

Depuis des décennies, les êtres de bonne volonté tentent de réfuter la propagande de la confrontation nuisible pour tous, de bâtir des ponts, de dialoguer, de retrouver l’amitié judéo-arabe et islamo-chrétienne et de rappeler qu’il n’ y a pas de paix sans justice, mais l’aveuglement des décideurs israéliens, des puissants de ce monde et des extrémistes de tous bords ruinent l’humanité actuelle. Il faut choisir : le droit à l’autodétermination des palestiniens ou le chaos. Les USA et l’Europe assument une lourde responsabilité. Si Barak Obama et les européens ne font que du « cinéma » pour tenter de calmer le monde musulman et asseoir l’hégémonie américano sioniste, l’avenir est sombre. Si par contre, dans l’intérêt général, comme il l’a souligné au Caire, ils font vraiment pression sur les israéliens pour stopper les colonies et démanteler celles qui gangrènent les territoires palestiniens, le monde pourra réinventer une nouvelle civilisation. A cette condition aussi, les extrémistes de tous bords verront leur fond de commerce se tarir, et le régime iranien se retrouvera sans prétexte.

Ce qui se passe en ce moment en Iran, peuple à la civilisation millénaire, avec cette protesta populaire déterminée, qui a obligé Khamenei le « guide de leur « révolution » ce vendredi à monter au créneau, montre que les fissures sont profondes et que tout n’est pas perdu dans le monde musulman qui n’a pas tiré la leçon de la fin tragique du régime irakien et de son chef. Les régimes arabo-musulmans sont coupés de leur peuple. Leurs relais sont artificiels, ou fondés sur la répression. Le moindre mal pour ces pays serait une sorte de despotisme éclairé, dans l’attente d’une culture de la démocratie. Mais même ce « despotisme éclairé » n’existe pas, car les potentats refusent tout changement, marginalisent les élites, ne dialoguent pas et règnent par la violence, en méprisant toutes les formes d’intelligence. Plus dure sera la chute.

MC est président du Forum des Intellectuels Algériens

source : www.mustapha-cherif.net

Dé-dollarisation : le démantèlement de l’empire militaire et financier américain

18 juin

par Michael Hudson

Les membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai, réunis à Iekaterinbourg avec l’Inde et le Brésil, n’ont guère d’autre choix que de rechercher une alternative au dollar, juge l’économiste Michael Hudson. Continuer à financer à crédit la consommation américaine, les dépenses du Pentagone et de ses 750 bases à l’étranger, en accumulant des dollars et des bons du Trésor équivaudrait pour eux à accumuler en parallèle les risques tant financiers que militaires. Ils sont désormais contraints, estime-t-il, d’inventer une voie de sortie du dollar. L’heure est venue pour un monde multipolaire a affirmé le Président russe Medvedev, et le président de la Banque centrale chinoise lui fait écho en déclarant que l’objectif est désormais de créer une une monnaie de réserve internationale qui ne serve pas les intérêts exclusifs des USA. Hudson indique que les autorités américaines se sont vues infliger une fin de non recevoir à leur demande d’assister au sommet de l’OCS. Ce non, dit-il, c’est un mot que les américains vont entendre beaucoup plus souvent à l’avenir.

La ville Russe de Iekaterinbourg, la plus importante à l’est de l’Oural, pourrait désormais être connue comme le lieu où sont morts non seulement les tsars mais aussi l’hégémonie américaine. Non pas uniquement l’endroit où le pilote américain Gary Powers a été abattu en 1960, mais aussi celui où l’ordre financier international dominé par les USA a été mis à bas.

La remise en cause de l’Amérique sera le thème principal des réunions élargies de Iekaterinbourg, en Russie (ex-Sverdlovsk) des 15 et 16 Juin rassemblant le président chinois Hu Jintao, le président russe Dmitri Medvedev et les représentant les six pays de l’ Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Cette alliance regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan. L’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie y ont le statut d’observateurs. Mardi le Brésil s’y joindra pour les discussions commerciales entre les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). 

Les participants ont assuré à des diplomates américains que leur objectif n’était pas le démantèlement de l’ empire financier et militaire des États-Unis. Ils veulent simplement discuter de l’aide mutuelle, indépendamment du rôle des États-Unis, de l’OTAN ou du dollar américain en tant que support du commerce international. Les diplomates américains se demandent ce que cela signifie vraiment, si ce n’est une étape visant à rendre l’hégémonie américaine obsolète. C’est ce que signifie « monde multipolaire », après tout. Pour commencer, en 2005, l’OCS avait demandé à Washington d’établir un calendrier de retrait de ses bases militaires en Asie centrale. Deux ans plus tard, les pays de l’OCS se sont ralliés officiellement à la position des ex-républiques de la CEI appartenant à l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), qui avait été fondée en 2002 en tant que contrepoids à l’OTAN. 

Pourtant, la réunion n’a suscité que le désintérêt collectif de la presse aux États-Unis et même en Europe, bien que l’ ordre du jour y soit de remplacer le standard mondial du dollar par un nouveau système financier, ainsi qu’un nouveau système de coopération pour la défense. Un porte-parole du Conseil des Relations Extérieures (Un institut d’études géopolitiques américain, ndt) a déclaré qu’il pouvait difficilement imaginer que la Russie et la Chine puissent surmonter leurs rivalités géopolitiques [2], est fondé sur « un seul grand centre de consommation, financé par un déficit croissant, et donc de plus en plus de dettes, une monnaie de réserve jadis forte et une domination dans le système de l’évaluation des actifs et des risques. » A la racine de la crise financière mondiale, a t-il conclu, il y a le fait que les États-Unis produisent trop peu et dépensent trop. Leurs dépenses militaires sont particulièrement choquantes, comme par exemple le renforcement de l’aide militaire américaine à la Géorgie annoncé la semaine dernière, le bouclier de l’OTAN en Europe de l’Est, et la mainmise des États-Unis dans les régions riches en pétrole comme le Moyen-Orient et l’Asie centrale. 

Le point de friction avec tous ces pays est celui de la capacité qu’ont les États-Unis de faire fonctionner indéfiniment la planche à billets. Le surplus de dépenses d’importations des consommateurs américains par rapport aux exportations, les rachats par les USA de quantités de sociétés étrangères et de biens immobiliers, les dépenses que le Pentagone effectue à l’étranger : tous ces dollars aboutissent dans les banques centrales étrangères. Elles sont ensuite confrontées à un choix difficile : soit recycler ces dollars aux États-Unis en achetant des bons du trésor américains, soit laisser le « marché libre » déterminer le cours de leur monnaie par rapport au dollar – et par là même à déterminer le prix de leurs exportations sur les marchés mondiaux, créant ainsi du chômage et provoquant la faillite d’entreprises.

Lorsque la Chine et d’autres pays recyclent leurs flux de dollar US en achetant des bons du Trésor pour « investir » aux États-Unis, cette accumulation n’est pas vraiment volontaire. Cela ne reflète pas une foi en l’économie américaine qui rémunèrerait l’épargne des banques centrales, ni une quelconque préférence d’investissement, mais tout simplement un manque d’alternatives. Les « marchés libres » à la mode des USA piègent les pays dans un système qui les obligent à accepter indéfiniment des dollars. Mais désormais, ils veulent en sortir.

Cela implique la création d’une nouvelle alternative. Plutôt que de faire simplement « des changements cosmétiques comme certains pays et peut-être les organisations financières internationales pourraient le vouloir », comme l’a dit M. Medvedev à Saint-Pétersbourg : « ce dont nous avons besoin, ce sont des institutions financières d’un type tout à fait nouveau, où ne domineraient ni les problèmes politiques et les motivations [sous-jacentes], ni aucun pays en particulier. »

Lorsque les dépenses militaires à l’étranger ont provoqué le déficit la balance des paiements US et ont conduit les Etats-Unis à abandonner l’étalon or en 1971, les banques centrales se sont trouvées démunies de cet actif traditionnellement utilisé pour solder les déséquilibres des paiements. La solution par défaut a consisté à investir les flux issus des paiements ultérieurs en obligations du Trésor américain, comme si celles-ci étaient « aussi fiables que l’or ». Les banques centrales détiennent maintenant pour 4 000 milliards de dollars de ces obligations dans leurs réserves internationales. Ces prêts ont également financé la plupart des déficits budgétaires du gouvernement américain depuis maintenant plus de trois décennies ! Etant donné que la moitié environ des dépenses discrétionnaires du gouvernement américain est consacrée aux opérations militaires – dont plus de 750 bases militaires à l’étranger et dans des opérations de plus en plus coûteuses dans les pays producteurs de pétrole et ceux qui permettent son transit – le système financier international est organisé de manière à financer le Pentagone, ainsi que les rachats par les États-Unis d’actifs étrangers censés rapporter beaucoup plus que les bons du Trésor que les banques centrales étrangères détiennent.

La principale question à laquelle sont confrontées les banques centrales mondiales est donc de savoir comment éviter d’ajouter encore plus de dollars US à leurs réserves et, par conséquent, de financer encore plus les dépenses qui creusent le déficit des États-Unis – y compris les dépenses militaires à leurs propres frontières ? 

Pour commencer, les six pays de SCO et les pays du BRIC ont l’intention de commercer dans leurs propres monnaies afin de bénéficier mutuellement du crédit que les États-Unis avait monopolisé jusqu’à présent à son profit. À cette fin, la Chine a passé des accords bilatéraux avec l’Argentine et le Brésil pour effectuer leur échanges commerciaux en renminbi, la monnaie chinoise, plutôt qu’en dollar, en livre sterling ou en euros [4]. L’ancien Premier ministre, le Dr. Tun Mahathir Mohamad, m’a expliqué en janvier qu’en tant que pays musulman la Malaisie voulait éviter de faire tout ce qui pourrait faciliter l’action militaire américaine contre les pays islamiques, y compris la Palestine. La nation a trop d’actifs en dollars, ont expliqué ses collègues. Le gouverneur de la Banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, a écrit officiellement sur son site Internet que l’objectif est maintenant de créer une monnaie de réserve « indépendante d’une nation particulière » [6

À l’heure actuelle, c’est l’épargne étrangère, et non pas celle des américains, qui finance le déficit budgétaire américain en achetant la plupart des bons du Trésor. Cela se traduit par un impôt levé sans la contrepartie d’une représentation des électeurs étrangers sur la manière dont le gouvernement des États-Unis utilise leur épargne forcée. Pour les « diplomates » du système financier , il est donc nécessaire d’élargir le champ d’application de leurs politiques, au-delà du seul marché de secteur privé. Les taux de change sont déterminés par de nombreux facteurs, en plus de celui des « consommateurs brandissant des cartes de crédit » , pour reprendre l’euphémisme habituel qu’utilisent les médias américains à propos du déficit de la balance des paiements. Depuis le 13ème siècle, la guerre a été un facteur dominant dans la balance des paiements des grandes nations – et de leurs dettes. Les obligations d’Etat financent essentiellement des dettes de guerre, dans la mesure ou en temps de paix les budgets ont tendance à être équilibrés. Ceci relie directement le budget de la guerre à la balance des paiements et aux taux de change. 

Les pays étrangers se voient encombrés de reconnaissances de dette qui ne seront pas honorées – dans des conditions telles que s’ils agissent afin de mettre fin au festin américain, le dollar va plonger et leurs avoirs en dollars vont chuter par rapport à leur monnaie nationale et aux autres devises. Si la monnaie chinoise s’apprécie de 10% par rapport au dollar, sa banque centrale enregistrera l’équivalent de 200 milliards de dollars de pertes sur ses 2 000 milliards de dollars.

Cela explique pourquoi, quand les agences de notation envisagent que les titres du Trésor des États-Unis puissent perdre leur notation AAA, elles ne veulent pas signifier que le gouvernement ne serait pas en mesure d’imprimer des dollars papier pour honorer ses dettes. Elles indiquent plutôt que la valeur du dollar va se déprécier internationalement. Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment. Lorsque M. Geithner prit un visage grave pour déclarer devant un auditoire à l’Université de Pékin au début du mois de Juin qu’il croyait en un « dollar fort » et que les investissements de la Chine aux États-Unis étaient sûrs, il a été accueilli par des rires sarcastiques [8].

  Même sans contrôle des capitaux, les pays réunis à Iekaterinbourg prennent des mesures pour éviter de recevoir involontairement de plus en plus de dollars. Voyant que l’hégémonie globale des États-Unis ne peut pas se poursuivre en l’absence du pouvoir d’achat qu’ils leur procurent eux-mêmes, ces gouvernements cherchent à hâter ce que Chalmers Johnson a nommé dans son ouvrage « les douleurs de l’empire » : la faillite de l’ordre mondial financier et militaire américain. Si la Chine, la Russie et leurs alliés non-alignés suivent leur propre chemin, les États-Unis ne pourront plus vivre grâce à l’épargne des autres (sous la forme de leurs propres dollars recyclés), ni disposer de cet argent pour financer des dépenses militaires illimitées. 

Des responsables américains voulaient assister à la réunion de Iekaterinbourg en tant qu’observateurs. On leur a répondu : non. C’est un mot que les américains vont entendre beaucoup plus souvent à l’avenir. 

Michael Hudson est un économiste spécialisé dans le domaine de la balance des paiements. Il a été le conseiller économique en chef du candidat Démocrate à la présidentielle Dennis Kucinich. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont : « Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire »

source : ContreInfo

[1] Andrew Scheineson, “The Shanghai Cooperation Organization,” Council on Foreign Relations, Updated : March 24, 2009 : “While some experts say the organization has emerged as a powerful anti-U.S. bulwark in Central Asia, others believe frictions between its two largest members, Russia and China, effectively preclude a strong, unified SCO.”

[2] Kremlin.ru, June 5, 2009, in Johnson’s Russia List, June 8, 2009, #8.

[3] Jamil Anderlini and Javier Blas, “China reveals big rise in gold reserves,” Financial Times, April 24, 2009. See also “Chinese political advisors propose making yuan an int’l currency.” Beijing, March 7, 2009 (Xinhua). “The key to financial reform is to make the yuan an international currency, said [Peter Kwong Ching] Woo [chairman of the Hong Kong-based Wharf (Holdings) Limited] in a speech to the Second Session of the 11th National Committee of the Chinese People’s Political Consultative Conference (CPPCC), the country’s top political advisory body. That means using the Chinese currency to settle international trade payments …”

[4] Shai Oster, “Malaysia, China Consider Ending Trade in Dollars,” Wall Street Journal, June 4, 2009.

[5] Jonathan Wheatley, “Brazil and China in plan to axe dollar,” Financial Times, May 19, 2009.

[6] “Another Dollar Crisis inevitable unless U.S. starts Saving – China central bank adviser. Global Crisis ‘Inevitable’ Unless U.S. Starts Saving, Yu Says,” Bloomberg News, June 1, 2009.

[7] Kathrin Hille, “Lesson in friendship draws blushes,” Financial Times, June 2, 2009.

[8] Steven R. Weisman, “U.S. Tells China Subprime Woes Are No Reason to Keep Markets Closed,” The New York Times, June 18, 2008.

Ombre & Lumière

14 juin

oeil-complotCensure, extrémisme, famine, guerre, mondialisation, pétrole, virus, la Terre est malade. Arrivé au stade critique du capitalisme, le mal qui la gangrène se résume dans la plupart des cas de près comme de loin à un seul mot, argent. Tout comme la City à Londres et diverses nations entrées en récession économique nationalisant à tout va les banques pour sauver les meubles, le moteur de Wall Street se noye dans les grosses injections de capitaux provenant du contribuable américain pendant que les petits actionnaires payent le plus lourd tribut à la crise financière. De l’argent qui aurait été bien utile ailleurs à en croire les alarmistes écologistes faisant l’apologie du film Home qui ne traite pas une seule seconde du nucléaire mais qui culpabilise quasiment le commun des mortels à la place des politiciens véreux, le seul pouvoir humainement capable de taper du poing sur la table pour changer les équations énergétiques. Un monde de mensonges car ce qui importe le plus est l’économie et non l’économe. Pendant que nous y sommes, pourquoi ne pas se dire carpe diem et que les civilisations du futur découvriront bien un jour les nouvelles technologies oubliées dans certains placards pour annihiler l’émission de CO2 et réduire l’effet de serre à vitesse grand v, bien que des études scientifiques ont prouvé qu’il n’y avait pas cause à effet, en rattrapant ainsi tout le temps perdu par la cupidité des investisseurs n’ayant pas voulu poursuivre les illustres précurseurs de l’énergie infinie tel que Nikolas Tesla ? L’évolution serait-elle tombée en panne ? Le mental aurait-il cédé sa place à l’ignorance ? Ou alors ce sont des choix volontairement décidés par les élites maçonniques aux commandes du monde ? Chut. Pas un mot. Ce n’est que de la théorie du complot. Des divagations sans fondement à l’heure où des satellites parviennent à identifier un cheveu gris sur la tête et que des fusées déposent des robots autonomes sur Mars, dans cette sombre époque où la faucheuse de la liberté Big Brother écoute tout, voit tout, et que les nanotechnologies ouvrent une nouvelle ère de l’atome d’Hiroshima à Tchernobyl pendant que certaines autres régions reculées du globe n’ont ni l’électricité, ni de l’eau potable à la maison dans leur bidonville d’un misérable pays possédant pourtant diamant, or, pétrole ou uranium. Money makes the world go round chanterait R-Kelly.

 
Loin du peuple, loin de la démocratie

541035-4-think-tankL’humanité ministérielle ne prête guère plus l’oreille qu’aux seuls intellectuels réunis au sein de la voyance moderne, les fameux cercles de réflexion « think tanks » dont le maître-mot de certaines de ces instituts sibyllines n’est ni plus ni moins que le business au profit de puissants consortiums impliquant parfois qu’ils doivent exercer d’énormes pressions sur un gouvernement comme les tristement célèbres CFR (Council on Foreign Relations) qui jouait hier principalement de son influence sur le rôle des États-Unis au sein de la scène internationale, aujourd’hui en interne sur un grand nombre des branches de l’administration Obama avec notamment Tom Vilsack à l’agriculture, Ken Salazar à l’intérieur, Robert Gates à la défense, Timothy Geithner au trésor, faisant tous partis du think tank maintes fois plébiscité par les conspirationnistes, et l’AEI (American Enterprise Institute) qui a été l’un des architectes majeurs des politiques néo-conservatrices de l’administration Bush dont font partie Irving Kristol, le fondateur du néoconservatisme qui a encouragé le capitalisme en disant notamment longtemps avant la crise des subprimes : ” Les businessmen qui ne peuvent même pas persuader leurs enfants que le business est une activité légitime et morale ne peuvent espérer en persuader le reste du monde. ” ainsi que la seconde dame des États-Unis Lynne Cheney étant la femme de l’ancien virulent vice-président Dick Cheney et l’ancien collaborateur des services secrets américains, israélien et italien Michael Ledeen soupçonné dans le Nigergate et consultant du SISMI (services secrets militaires italiens) impliqué dans les scandales de la loge P2 et le Gladio durant les années de plomb. Un franc-maçon ?

Les rapports volumineux des think tanks aux graphiques complexes et à la rhétorique alambique rédigés loin des yeux de l’opinion publique car leur but est d’influencer la décision publique sont aussitôt entérinés par les géantes multinationales, le poids lourd des instances étatiques, les ayant auscultés avant de soumettre ou contraindre les diplomates des différentes institutions gouvernementales et organismes transatlantiques de changer leur attitude ou de modifier la constitution de leur État pour légitimer leurs nouvelles idées géopolitiques, d’études stratégiques aux relations internationales en passant par les affaires publiques. Dans le pire des cas, les litiges si litige il y a entre un gouvernement et une entreprise du calibre de Monsanto se sentant lésée par les décisions politiques se règlent dorénavant auprès de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) dépourvue quand à elle de la moindre éthique morale, favorisant le funeste néo-libéralisme des pays riches au détriment des pays en voie de développement et surtout ayant d’avantage de pouvoir sur le droit commercial que l’ensemble des constitutions nationales des pays membres de l’OMC ainsi que celles des organisations continentales comme cela a été le cas de l’Union Européenne pénalisée par l’ORD (Organe de règlement des différends, organe judiciaire de l’OMC) pour avoir refusée d’importer du bœuf aux hormones américain et peut-être bientôt à nouveau devant ces tribunaux face au Canada sur la controverse de la cruelle chasse au phoque dont l’UE a banni le 5 mai 2009 tous les produits dérivés du phoque sur l’ensemble de son territoire.

traite-simplifieLe moribond lobbying de l’intelligence économique de ces pragmatiques sociétés d’influence combat principalement les intérêts, les valeurs et les autorités traditionnelles comme l’Etat. Tel a été le cas avec le si mystique traité de Lisbonne qui modifie plusieurs centaines de dispositions de l’ancien traité de Maastricht de 1992 et du vieux traité de Rome datant de 1957. « Comme trois autres sages du groupe Amato (le néerlandais Wim Kok, le français Michel Barnier et le belge Jean-Luc Dehaene), Giuliano Amato fréquente assidûment les conférences du Bilderberg. Tout les quatre figurent comme administrateurs du think-tank eurocratique, siégeant à Bruxelles, FOE (Friends of Europe) qui permet à ce réseau de façonner les débats de l’Union Européenne. » Solidarité & Progrès, l’histoire secrète du traité de Lisbonne. Amato est-il un de ces bilderbergers qui se réunissent une fois par an dans le secret absolu ? C’était sous la demande explicite de la présidence allemande que le groupe Amato s’est efforcé de trouver une nouvelle base d’entente; c-à-d une énième réécriture de la Constitution européenne après le rejet de deux pays; pour toutes les nations d’Europe et en particulier des trois autres pays déjà hostiles au traité de Rome de 2004. « Il fallait aussi satisfaire les gouvernements des pays qui ne voulaient pas de référendum pour leurs citoyens, avec le risque d’un rejet du traité remplaçant la Constitution européenne. Référendum souhaité par 76 % des Allemands, 75 % des Britanniques, 72 % des Italiens, 65 % des Espagnols et 71 % des Français. En France, après le rejet par 55 % des français du traité de Rome de 2004, la France n’a pas proposé de nouveau référendum à ses citoyens. Une révision de la Constitution française, effectuée par la voie du Congrès le 4 février bush-et-sarkozy2008, a permis la ratification du traité lui-même par la voie parlementaire le 8 février. » Wikipedia. Ne pas demander l’avis du citoyen sur une question capitale le concernant fondamentalement est une violation grave du code de déontologie de la démocratie. Un amendement autoritaire de l’ère Sarkozy pleines d’obscures manigances dans les coulisses du pouvoir et de la même trempe que les oeuvres dictatoriales du président américain George W. Bush lorsqu’il imposa The Patriot Act au peuple des Etats-Unis d’Amérique en octobre 2001 à la suite des attentats du World Trade Center, presque sans discussion du Congrès. Soumis à la voie référendaire, les Irlandais se sont opposés au traité de Lisbonne par 53,4 % des voix mais pourtant le processus de ratification poursuit son acheminement partout dans l’UE avec des mesures exceptionnelles pour l’Irlande. Les lois sont faites soite pour être contournées, soite pour être créés. Encore et encore. De quoi plaindre les juristes de demain.

Le nouveau traité stipulant sobrement une seule et unique constitution pour toute l’Europe étant tellement compliqué dans le fond pour le commun des mortels que la majorité des citoyens européens n’en ont pas la moindre idée de ce qu’il représente exactement mais qui plus est ils s’en fichent royalement tout comme de l’Europe d’ailleurs, preuve à l’appui aux dernières élections européennes de juin 2009 dont le grand gagnant fut l’abstention. Près de 60 % en France, 73 % au Portugal, 57 % en Allemagne, d’autres sommets vertigineux dans les jeunes pays démocratiques de l’Est ou le taux de vote atteint faiblement en République tchèque 28 %, Slovénie 28 %, Pologne 24,5 %, Lituanie 21 %, Roumanie 27,5 % et la palme pour la Slovaquie avec 19,5 % de participation. Une grave erreur aux lourdes répercussions tandis que les droits constitutionnels restreinent dans certains pays du Vieux Continent et que les nations disparaissent petit à petit au nom de l’avénement922579 imminent de la gouvernance globale du Nouvel Ordre Mondial. Il ne faudra pas dire : « On ne l’a pas vu venir. » Dans la lumière des flash crépitants des photographes, les chefs d’Etat osent commémorer les souvenirs amers de la Seconde Guerre Mondiale, cependant dans l’obscurité habité par le fantôme du communisme sur le point de jouer avec un grand sourire la Dies irae pour le capitalisme, elle se poursuit toujours sauf que cette fois-ci la principale cible des exutoires du fascisme n’est pas l’économie protectionniste suite à la Grande Dépression de 1929 qui est d’ors et déjà tombée aux mains des gigantesques entreprises du globe mais le simple être humain et ses agrégats régaliens de démocratie, libre-arbitre et socialisme.

 
Le chaos arabique

Il parait que c’est dans l’adversité que le monde se réunit, que c’est face à une épreuve commune que l’humanité se surpasse et que c’est contre la peur du lendemain que la silhouette d’une forme humaniste se dessine dans les brumes opaques d’un nouvel âge des ténèbres. « Nous avons mis longtemps à sortir du Moyen-Age, mais nous mettrons beaucoup moins de temps pour y retourner… » Sity.Net 2005 Vers un nouveau Moyen-Âge. Les ténèbres envahissent le Moyen-Orient. Comme au temps des iconoclastes de l’Inquisition, des chasses aux sorcières ou plus livres_brules_nazirécemment encore le célèbre autodafé nazi du 10 mai 1933 à Berlin où plus de 20 000 livres païens, juifs, antiallemands notamment de Heinrich Heine, Karl Marx et Sigmund Freud furent brûlés sur la Bebelplatz (place de l’opéra) sous l’autorité du Dr. Joseph Goebbels, ministre du Reich pour l’Education populaire et la Propagande malgré la citation avant-gardiste de 1817 dans Almansor « Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. » en-390-dbabadu poète Heinrich Heine, parallèlement à la destruction par les Talibans des géants Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan datant des Vème et VIème siècles, les tablettes d’écriture sumériennes vieilles de 5000 ans ont été détruites dans la folie, dans la barbarie de la guerre d’Irak par les odieux cowboys de George W. Bush au seul nom des ressources pétrolières appartenant en toute légimité à la population irakienne victime du génocide de plus d’un million et trois cent mille âmes, le premier génocide de ce nouveau millénaire malgré le prétexte de présence d’armes de destruction massives de Saddam Hussein qui n’ont jamais été trouvées, pas plus qu’un quelconque soutien à Al Qaïda dans les attentats du 11 septembre 2001.

Les calamiteuses croisades eurasiennes des Balkans au Pakistan sont à la fois destructrices pour l’humanité en terme de vies humaines que pour l’héritage culturel de l’humanité aux prochaines générations. Le flagrant constat d’une civilisation décadente n’a d’égal que les moyens mis en oeuvre pour atteindre des objectifs inavouables qui vont bien au-delà du politiquement incorrect, c’est une infamie politique où tous les gouvernements de la planète des Nations-Unies sont pleinement coupables des crimes contre l’humanité et de non-assistance à peuple en danger comme au Congo, au Darfour en Somalie, au Rwanda, au Sri Lanka, en Timor Oriental, au Togo et l’ex-Yougoslavie. Je n’oserais aborder la question palestinienne et la mosquée al-Aqsa à al-Quds (Jérusalem) en Palestine occupée par Sion et endeuillée depuis 1948. Du temps du belliqueux shérif George W. Bush, il est fort probable que la moindre ingérence dans les affaires américaines et israéliennes aurait sans doute déclenché l’embrasement de la Troisième Guerre Mondiale dans le Grand Moyen-Orient à moins qu’elle n’ait déjà subversiment éclatée contre le musulman comme hier le juif d’Europe sous le sobriquet hypocrite de la Guerre contre le Terrorisme.

obamasilo_300Mais « Salam Aleykoum. » a dit dans la lumière le charismatique président Barack Hussein Obama, et ses trois longues années d’expérience au Sénat des Etats-Unis, lors de son discours au Caire qui d’une main tendue au monde musulman lui suggère ouvertement d’ouvrir l’Islam à l’Occident vu que l’option militaire a pleinement échoué en Afghanistan comme en Irak et qui dans l’ombre de son autre main ferme étrangle la communauté pachtoune de l’Afpak sous une pluie de bombes lancés par les drones Predator pilotés à distance depuis le Pentagone comme dans un jeu vidéo sauf que les cibles sont bien réelles. Être incapable d’arrêter des barbus vivant dans des grottes selon certains termes employés maintes fois malgré une redoutable puissance de feu à la pointe de la technologie, c’est être un pitoyable donneur de leçons à la moralité conquérante digne du Far West ensanglantée lors de néophytes guerres bactériologiques (coqueluche, rougeole, variole, peste bubonique) par l’innommable massacre de 200 millions de Nord-Amérindiens, 200 millions d’âmes, le plus grand holocauste de l’histoire de l’humanité jamais orchestrée par la main de l’Homme tombée dans l’indifférence mondiale la plus totale. Qu’est-ce que peut bien représenter un million de juifs de plus ou de moins pour la Shoah ? Du négationnisme, de l’antisémitisme ou un énième constat de la cruauté du colon sur le colonisé ? « La seule leçon que l’on peut retenir de l’histoire est que les hommes n’ont jamais retenu aucune leçon de l’histoire. » Hegel. C’est au mépris des larmes de la mère afghane de Granai ou irakienne de Fallouja, en dépit de la douleur du père palestinien contemplant les oliviers brûlés du village d’Awarta au sud-est de Naplouse que la conquète de l’Orient par l’Occident se poursuit inéxorablement avec l’aval des dictateurs arabes telle la coopération sioniste de l’Egypte à la frontière de Rafah asphyxiant la Bande de Gaza et même du soutien financier à Israël lors de la Guerre de Gaza par le si richissime royaume d’Arabie saoudite.

 
Nucléarisation du Moyen-Orient

Comme l’Iran également signataire du Traité de non-prolifération nucléaire qui interdit donc une nation de chercher à acquérir la technologie des bombes atomiques, d’en produire, de s’en procurer et d’aider une autre nation à en posséder, l’Arabie saoudite qui détient 25 % des QATAR-GULF-GCC-IRAN-SAUDIressources pétrolières de la planète s’est sentie, dans une logique d’équilibre des forces de la région face à la montée en puissance de l’Iran et non de développement durable avec un soleil omniprésent 300 jours par année tel que je cite le républicain Edward J. Markey : « le soleil étouffant d’Arabie saoudite chauffe les dunes de sable au lieu d’alimenter des panneaux photovoltaïques », obligée de devoir construire ses propres installations nucléaires depuis que le rival iranien s’était lui-même lancé que peu probablement sur la voie d’enrichissement d’uranium à caractère militaire et malgré que des rapports du NIS (National Intelligence Estimate) publiés en 2007 prétendaient justement que l’Iran avait abandonné son programme d’armes nucléaires en 2003.

Dans ce contexte dangereux de Guerre Froide aux facteurs géopolitique et religieux avec l’Iran fournissant notamment des armes aux groupes armés chiites d’Irak et du Liban, avec la Maison Blanche opposée au choix saoudien de posséder un programme d’armement nucléaire après que les Etats-Unis aient retenu les leçons du passé en ayant apporté leur aide à l’Iran dans le programme Atome pour la Paix à l’époque du shah juste avant la Révolution islamique de 1979, où les pressions de Riyad pour obtenir la technologie nucléaire étant si importantes, quitte à passer par le Pakistan voire la Chine communiste comme au temps de l’achat des 36 missiles balistiques CCS 2 de 70 tonnes chacune avec une portée de 1900 miles encourant ainsi la colère de l’administration Reagan, que les dirigeants saoudiens refusaient pertinemment depuis des semaines d’augmenter sa production de pétrole laissant le reste du monde connaître la crise énergétique, au péril d’une récession pour n5639429215_361911_7845certains pays avec un baril de brut record à 150 $ en prélude à la crise financière, c’est au cours de mai 2008 lors de la seconde visite littéralement providentielle de George W. Bush en Arabie saoudite en l’espace de seulement quatre mois, que des accords sans titre péjoratif ” Pétrole contre Nucléaire ” entre Riyad et Washington furent finalement signés avec toujours le bon prétexte de mieux protéger du terrorisme les infrastructures du royaume sunnite mais principalement pour coopérer dans le domaine du nucléaire civil ouvrant ainsi, après Israël, un nouveau chapitre ténébreux de l’histoire du nucléaire dans la région la plus instable du monde. Si les militaires de la Corée du Nord profondément enracinée dans la misère ont bien réussi à exploiter la technologie nucléaire, l’Arabie saoudite peut tout acheter avec ses pétrodollars tant que l’empire américain aura besoin de la manne du pétrole pour ses gros SUV et par-dessus tout d’en contrôler mondialement les flux. Pour conclure sur ce dernier point, la question cynique pourrait bien être qui est la vache à lait de qui ? La question essentielle pour combien de temps encore les spéculations sur les réserves réelles de l’or noir permettront de telles magouilles internationales ? Et la question fondamentale à se poser est quelle nation exerce-t-elle véritablement des pressions sur la communauté internationale à propos de l’épineux dossier du nucléaire iranien ?

 
Saïd Ahmiri

Sources : le blog finance, Huyghe.fr, Objectif-info, Sity.Net, Solidarité & Progrès, Wikipedia

Afghanistan – Pakistan: Le trou noir de l’Empire

11 juin

Pourquoi Bush est allé en Afghanistan. Pourquoi Obama y va aussi. Les routes du gaz et du pétrole. Les causes de la remontée des Talibans et de l’effondrement de Karzaï. Qui profite de l’opium ? Pourquoi le Pakistan voisin risque d’éclater ?

Interview de Mohamed Hassan, spécialiste du Moyen-Orient par Grégoire Lalieu et Michel Collon

Est-il possible de gagner la guerre en Afghanistan ? Non, répondent les experts. Pourtant, l’Otan poursuit ses efforts pour venir à bout des Talibans et c’est le Pakistan qui s’embrase. Quelles sont les véritables raisons de cette guerre ? Les visées hégémoniques des Etats-Unis plongeront-elles la région dans le chaos ? Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan répond à ces questions. Et il nous explique pourquoi c’est au peuple du Pakistan de sauver son pays d’une possible disparition…

En 2001, les Etats-Unis lançaient l’opération « Enduring Freedom » en Afghanistan car, selon eux, les Talibans refusaient de céder Oussama Ben Laden. Sept ans plus tard, plus personne ne parle de l’ennemi public numéro un. Quelles sont les raisons de cette guerre aujourd’hui?

Tout d’abord, vous devez considérer que les Talibans n’ont rien à voir avec Oussama Ben Laden. En 1996, Ben Laden, renvoyé d’Arabie Saoudite, trouvait refuge au Soudan. Les Saoudiens firent alors pression sur ce pays pour qu’il expulse le célèbre terroriste. C’est à ce moment que Ben Laden est venu en Afghanistan. Mais les attentats du 11 septembre n’avaient aucun rapport avec ce pays. Il y a juste cette réaction des Talibans lorsque Washington réclama Ben Laden : « Si vous voulez que Ben Laden soit jugé, donnez-nous les preuves et laissons-le juger par une cour islamique dans quelque pays musulman que ce soit ». En fait, les néoconservateurs de l’administration Bush ont surtout utilisé cet événement tragique comme un alibi.

Avec quelles intentions?

Trois ouvrages majeurs nous permettent de comprendre les racines de la vision des Etats-Unis. D’abord, La fin de l’Histoire de Francis Fukuyama. Il prétendait que l’Histoire de l’humanité était arrivée à son terme avec l’effondrement de l’Union soviétique et la domination de la démocratie libérale. Ensuite, Le choc des civilisations, de Samuel Huntington. Selon qui l’Histoire ne dépendrait pas de la lutte des classes mais plutôt d’un conflit entre civilisations. Huntington a donc divisé le monde entre ces différentes civilisations, décrétant que la plus agressive serait l’islamique. Le dernier ouvrage, Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski, considère que celui qui dominera l’Eurasie sera l’unique puissance du 21ème siècle. En effet, la majorité de l’humanité vit dans cette zone et l’activité économique y devient plus importante.

A présent, retournons à la fin de l’administration Clinton. L’année 1997 a été marquée par une sérieuse crise économique : avec l’éclatement de la bulle financière en Asie, le NASDAQ s’est effondré. Lorsque les néoconservateurs ont débarqué à la Maison Blanche avec Georges W. Bush en 2001, la situation économique n’était donc pas brillante. Malgré quoi, ils ont exposé leur objectif très clairement : personne ne doit être capable de rivaliser avec les Etats-Unis. Pour y arriver, la nouvelle administration cherchait à contrôler le monde en contrôlant les ressources les plus importantes, essentiellement le gaz et le pétrole.

Sous l’influence de Brzezinski, Clinton voulait d’abord dominer l’Europe en élargissant l’Otan, et ensuite gagner l’Asie Centrale. Mais les néoconservateurs ont dit : « Non, nous n’avons pas le temps pour cela. Vu cette crise, nous devons créer et contrôler le Grand Moyen-Orient pour disposer du pétrole ». On sent ce changement dans le discours de Bush après les attentats du 11 septembre lorsqu’il dit : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Avec sa conception de l’Axe du Mal, il voulait élargir la guerre.

La guerre d’Afghanistan – qui pour la première fois dans l’Histoire a été planifiée par la CIA sans la collaboration du Pentagone – n’était donc qu’un prétexte pour entraîner les troupes US et leur donner l’expérience nécessaire pour ensuite attaquer l’Irak. Vous devez savoir que le renversement de Saddam Hussein était planifié bien avant les attentats du 11 septembre. 

Obama veut incarner le changement. Pourquoi concentre-t-il les efforts militaires en Afghanistan au lieu de l’Irak ?

D’abord, la guerre en Irak a soulevé des difficultés non prévues. Le gouvernement US pensait que c’était la cible la plus facile, car Saddam Hussein ne disposait pas d’une grande armée et une large partie de la population irakienne détestait son régime. Il n’aura fallu que quelques jours, du 20 mars au 10 avril 2003, pour que les Etats-Unis prennent Bagdad. Ensuite, ils ont uniquement protégé l’industrie pétrolière et laissé tout le reste exploser. Paul Bremer, le gouverneur US d’Irak, a détruit les bases de l’ancien régime irakien, démobilisé la police et la structure de l’armée. A ce moment, la résistance a augmenté, et aussi le coût de l’occupation US : huit milliards de dollars chaque mois, (auxquels vous pouviez ajouter un milliard et demi pour l’Afghanistan) ! Durant huit ans, l’administration néoconservatrice a dépensé tout son argent dans cette guerre, sans aucun résultat : ils ne sont parvenus ni à pacifier le pays, ni à créer le gouvernement qu’ils voulaient, ni à obtenir une base populaire, ni à contrôler le pétrole.

Lorsque la résistance irakienne a révélé la faiblesse de l’impérialisme US et son incapacité à remporter le conflit, le peuple des Etats-Unis est devenu plus attentif sur le plan politique. Le manque de soutien de l’opinion publique pour cette guerre a donc aussi poussé Obama à ce changement. D’autant que sur la scène internationale, cette guerre ne faisait pas l’unanimité : la France, l’Allemagne et d’autres pays ont refusé de partir en Irak. Bref, la décision d’Obama est aussi un moyen de maintenir l’alliance de l’Otan. Mais une défaite en Afghanistan pourrait marquer la fin de celle-ci.

Les Talibans n’ont pas toujours été les ennemis des Etats-Unis. L’ancienne secrétaire d’Etat US Madeleine Albright avait salué leur arrivée au pouvoir en 1996 comme un « pas positif ». Il semble même que ce pas ait été encouragé. Ce que l’ancienne ministre pakistanaise Benazir Bhutto résumait ainsi : « L’idée était anglaise, le financement saoudien, la supervision pakistanaise et l’armement américain ».  

A la fin des années 70, les Soviétiques vinrent en Afghanistan pour soutenir le gouvernement révolutionnaire menacé par des combats internes. Brzezinski, conseiller du président Carter, entreprit de faire de l’Afghanistan le Vietnam des Soviétiques pour porter ainsi un coup fatal à l’influence du socialisme dans la région. Pour combattre l’Union Soviétique et le gouvernement révolutionnaire d’Afghanistan, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite soutinrent donc les moudjahidines par l’intermédiaire du Pakistan. Quand l’Armée rouge quitta l’Afghanistan en 1989, les Etats-Unis savaient que les Soviétiques traversaient une sérieuse crise. Ayant atteint leur but, ils se lavèrent les mains et quittèrent la région qui se trouva plongée dans le chaos. En fait, Washington a utilisé les moudjahidines comme un préservatif : quand ils n’étaient plus d’aucune utilité, ils les ont jetés. Qui en a souffert ? Les peuples d’Afghanistan et du Pakistan.

En effet, lorsque les services secrets pakistanais ont soutenu les moudjahidines pour combattre les communistes, ils n’ont pas unifié ce mouvement, mais ont soutenu chaque seigneur de guerre séparément. Une fois les Etats-Unis partis, une sévère compétition a opposé les seigneurs de guerre afghans. Le pays a été totalement détruit par cette guerre civile. Des millions de réfugiés ont fui vers le Pakistan, alors touché lui-même par une grave crise, son économie déclinant avec l’arrivée de nombreux Afghans et barons de la drogue.

Dans ce contexte, apparurent les Talibans, des étudiants issus de la plus jeune génération de ces réfugiés. Leur arrivée au pouvoir offrait une opportunité aux Etats-Unis et au Pakistan. Mais en fait, ces trois acteurs avaient chacun des intérêts très différents.

C’est-à-dire ?

Le Pakistan, lorsque les pays d’Asie centrale sont devenus indépendants, a réalisé que son principal ennemi, l’Inde, était fort, alors que lui-même se trouvait en position délicate. La bourgeoisie pakistanaise décida, pour se développer économiquement et concurrencer l’Inde, d’utiliser l’Afghanistan comme porte d’accès aux marchés d’Asie centrale. Elle favorisa donc l’accès au pouvoir des Talibans en Afghanistan.
L’intérêt des Etats-Unis était de contrôler et dominer les richesses d’Asie centrale. La compagnie pétrolière US Unocal voulait construire un pipeline dans la région. Mais pour cela, il fallait que l’Afghanistan soit pacifié.

Enfin, l’intérêt des Talibans était de pacifier le pays et d’instaurer une révolution islamique. Ce qui rencontrait les intérêts de l’Arabie Saoudite qui souhaitait exporter l’idéologie islamique en Asie centrale, afin d’affaiblir la Russie et de contrôler le gaz dans cette région.

Appuyés donc par des puissances étrangères, les Talibans ont combattu les seigneurs de guerre et pris le pouvoir. Fatigué, le peuple d’Afghanistan voulait la paix. Les Talibans furent bien accueillis.

Finalement, ce plan n’a pas marché : les Etats-Unis n’ont pas réussi à pacifier la région, le Pakistan n’a pu s’ouvrir un accès au marché de l’Asie centrale et les Talibans ont été renversés. Pourquoi ?

L’Afghanistan comporte différents groupes ethniques. Le plus représenté est celui des Pachtounes : presque 50% de la population. Ensuite, il y a les Tadjiks, les Hazaras et les Kazakhs autour desquels la rivalité entre les seigneurs de guerre s’articule. Enfin, il y a d’autres minorités. Les Talibans sont Pachtounes. Un trait caractéristique de ce groupe est qu’ils sont très indépendants ! Les Etats-Unis et le Pakistan voulaient les utiliser comme des mercenaires, mais les Talibans avaient leur propre vision des choses. De plus, les Pachtounes ne reconnaissent pas la frontière séparant Afghanistan et Pakistan.

Pourquoi ?

Retournons au 19ème siècle, quand l’Inde était la précieuse colonie de l’Empire britannique, qu’inquiétait l’expansion des Russes en Asie centrale. Pour protéger leur colonie, les Britanniques souhaitaient utiliser l’Afghanistan. Cela a débouché sur trois guerres anglo-afghanes. Ce qui nous intéresse particulièrement est un résultat de la seconde guerre : en 1893, le gouverneur d’Inde, Sir Durand, traça une ligne dans le territoire pachtoune, afin de protéger sa colonie en créant une zone tampon entre l’Afghanistan et l’Inde britannique. Cette ligne est la frontière actuelle entre l’Afghanistan et le Pakistan. C’est pourquoi beaucoup de Pachtounes ne reconnaissent pas l’existence du Pakistan. Quand ce pays est devenu indépendant, le seul membre à voter contre son entrée aux Nations Unies était l’Afghanistan !

Il était donc clair que les Talibans, lorsqu’ils auraient pris le pouvoir, ne se soumettraient pas à ces intérêts étrangers. En mai 2001, six mois avant l’attaque du World Trade Center, Washington allouait sans aucun résultat une subvention de 43 millions de dollars au régime taliban dans le cadre du projet de pipeline d’Unocal. Mais avec le 11 septembre, tout le programme tomba à l’eau.

Les forces de la coalition ont facilement renversé le régime taliban mais n’ont pas réussi à prendre le contrôle du pays. Pourquoi ?

Tout d’abord, l’actuel gouvernement d’Afghanistan n’est pas reconnu par les Pachtounes. Quand les Talibans ont été renversés, les Etats-Unis ont placé Hamid Karzai comme président. Karzai, qui a travaillé pour Unocal, est un Pachtoune mais il n’a pas de base sociale en Afghanistan. En fait, les Pachtounes, premier groupe ethnique du pays, ne sont pas vraiment représentés dans ce gouvernement. Il y a juste quelques marionnettes de Washington sans aucune légitimité auprès de la population. Au départ, les Etats-Unis essayèrent bien d’acheter des Pachtounes représentatifs pour participer au gouvernement, mais ceux-ci ont pris l’argent et se sont tirés : comme je l’ai dit, les Pachtounes sont très indépendants !

Deuxièmement, les seigneurs de guerre présents au gouvernement travaillent chacun dans leur propre intérêt. Ils ne paient pas de taxes au gouvernement central, mais s’approprient les richesses. Chaque ministère est le ministère indépendant d’un seigneur de guerre. Une situation chaotique qui paralyse le gouvernement.

Troisièmement, les seigneurs de guerre ne font pas confiance aux Pachtounes. Ils pensent que si ces derniers prennent la majorité au gouvernement, ils imposeront leur vision. Bref, c’est un gouvernement où tout le monde est contre tout le monde. Tous les films que l’Occident s’est faits, ça ne marche absolument pas !

Enfin, nous pouvons dire également que les forces de l’Otan n’aident pas Hamid Karzai dans son travail en bombardant des paysans dans leurs fermes, dans les mosquées, à des mariages ou à des funérailles… L’actuel gouvernement est perçu par une grosse partie de la population comme un instrument de l’agresseur. Tous ces meurtres ont créé un soulèvement populaire et unifié la résistance des Talibans.

Conséquence de cette guerre, la production d’opium a augmenté : plus de 3.000% depuis la chute du régime taliban. Le département d’Etat US a accusé les Talibans d’utiliser la drogue pour financer la résistance…

L’opium est un produit chimique provenant du pavot. Quand la fleur de pavot éclot, vous la coupez, collectez le lait qui en coule et le vendez. C’est ce que font les paysans afghans. Ensuite, des personnes assèchent ce lait, le travaillent dans une machine en ajoutant des produits chimiques pour finalement obtenir de l’opium. Pour produire cette drogue, vous avez besoin d’un laboratoire et de connaissances en chimie. Je ne pense pas que les paysans afghans détiennent tous un diplôme de chimiste. Si c’était le cas, l’Afghanistan serait un pays très développé ! Pour tirer de l’argent du trafic d’opium, vous avez également besoin d’une certaine logistique pour pouvoir ramener le produit en Occident. Les Talibans n’ont rien de tout cela. En fait, l’opium provient des seigneurs de guerre, avec l’aide de la CIA. La plupart du temps, cette drogue vient des services secrets US qui l’utilisent comme un fonds rentable, portant la drogue dans les pays occidentaux, la vendant au prix du marché et utilisant ensuite cet argent sale pour financer leurs guerres.

En Afghanistan, la culture du pavot a commencé avec la guerre contre les Soviétiques et aujourd’hui, l’industrie de l’opium est aux mains de seigneurs de guerre. Or, pour un paysan, cultiver le pavot rapporte beaucoup plus que cultiver des tomates. Pour se constituer une base sociale, les seigneurs de guerre ont donc laissé les paysans cultiver ce qu’ils voulaient.

Par contre, lorsque les Talibans avaient pris le pouvoir dans les années 90, ils avaient brûlé les champs de pavots. Se faisant beaucoup d’ennemis au sein de la paysannerie. C’est pourquoi aujourd’hui, les Talibans n’empêchent plus les paysans de cultiver le pavot, mais interdisent la production d’opium. Ils retirent même des bénéfices grâce à la contribution financière des paysans. En fait, le gouvernement central n’a aucune possibilité de percevoir une taxe dans le Sud du pays, car tout est aux mains des Talibans. Or, un gouvernement incapable de percevoir une taxe n’est pas un gouvernement !

Beaucoup de spécialistes considèrent que la guerre en Afghanistan est impossible à gagner. Le général français Georgelin l’a même qualifiée de « merdier ingérable ». Quelles sont les difficultés rencontrées par les forces de la coalition ?  

L’OTAN tue des civils chaque jour. Dès lors, la population s’est rapprochée des Talibans. A présent, ceux-ci contrôlent le Sud du pays, avec un gouvernement de fait dans chaque village. Ils sont mélangés à la population et les forces de l’OTAN enregistrent des pertes. Du coup, dès que quelque chose de suspect bouge, les GI’s ouvrent le feu, tuant des civils par la même occasion. Donc, les Afghans font face, d’un côté, aux seigneurs de guerre impérialistes bombardant des civils et, de l’autre côté, aux seigneurs de guerre régionaux pillant le pays et vendant de la drogue. Voilà pourquoi les Talibans ont le soutien de la population. Non qu’ils aient des idées progressistes, mais elle attend d’eux qu’ils ramènent la paix dans le pays. Exactement comme ils l’ont fait en 1992.

Est-ce pour cela qu’Obama s’est dit prêt à négocier avec les Talibans modérés ?

Il essaie de protéger les Etats-Unis d’une crise qui s’est accumulée depuis les sept dernières décennies. Et c’est très difficile. Obama veut montrer qu’il n’y a pas de guerre contre les musulmans, qu’il rejette le prétendu choc des civilisations. Il s’est donc dit prêt à négocier avec les Talibans modérés. Telle est la nouvelle politique US pour de nombreux endroits du monde où il y a des mouvements musulmans : les diviser entre les bons et les méchants.

Je ne sais si ce genre de négociations pourra mettre fin au conflit. Si Washington essaie cette voie, elle devra probablement programmer une nouvelle propagande montrant les Talibans sous leur bon côté. Mais ils ont des mentalités arriérées : ils ont détruit des temples bouddhistes pour installer la révolution islamique, leurs positions contre les femmes sont primitives et leur vision du monde archaïque. D’un autre côté, pour obtenir le soutien de la population, ils ont quand même appris de leurs erreurs. J’ai évoqué la culture du pavot. Un autre exemple : contrairement à ce qu’ils avaient préconisé par le passé, les Talibans sont aujourd’hui d’accord avec le fait que les filles puissent aller à l’école. Ils ont évolué et sont plus forts pour résister. Mais ça ne veut pas forcément dire qu’ils seront ouverts pour négocier avec les Etats-Unis. Enfin, vous devez aussi tenir compte du fait que, désormais, le plus gros de la crise n’est plus en Afghanistan, mais au Pakistan.

Pourquoi la guerre afghane a-t-elle provoqué une telle crise au Pakistan ?

Comme je l’ai dit, la ligne de Durand tracée dans le territoire historique des Pachtounes est l’actuelle frontière séparant les deux pays. Ce qui veut dire que vous avez des Pachtounes des deux côtés de la frontière. Au Pakistan, ils sont le deuxième groupe ethnique après les Punjabis. C’est très important. Car l’élite pakistanaise, depuis l’indépendance du pays, a toujours soutenu l’impérialisme US. Vous pouvez travailler en tant qu’agent de votre patron quand vous accomplissez pour lui un boulot au loin, en Amérique du Sud ou en Afrique par exemple. Mais dans le cas de la guerre d’Afghanistan, c’est un suicide car les deux pays sont voisins et se partagent des groupes ethniques.

Il y a des Talibans dans le Nord du Pakistan aussi. Chaque jour, ils attaquent et détruisent les ravitaillements des forces de la coalition supposés passer du Pakistan à l’Afghanistan par un endroit stratégique de la frontière. Pour résoudre ce problème, le gouvernement pakistanais, marionnette de Washington, autorise l’Otan à bombarder les Pachtounes sur son propre territoire. En conséquence, les Talibans pakistanais se sont développés et estiment maintenant que leur ennemi est au Pakistan. Ils ont déclaré vouloir marcher sur Islamabad.

C’est pourquoi la frontière entre les deux pays n’a plus de sens. Et le peuple pakistanais doit faire face à ce problème : où est la légitimité du gouvernement pakistanais s’il laisse l’OTAN bombarder ses propres civils ? Le peuple pakistanais a maintenant deux solutions : devenir nationaliste et refuser le diktat US ou continuer sur cette voie qui mène à la disparition de son pays.

Quelles pourraient être les conséquences de cette crise ?

La clé, c’est la stratégie des Etats-Unis pour bloquer la Chine. Quand le tsunami est survenu, Washington a envoyé une importante aide humanitaire en Indonésie. En profitant pour y construire une base militaire dans la province d’Aceh. Cette base fait face au détroit de Malacca et c’est par ce détroit que passe le pétrole provenant de l’Océan Indien et à destination de la Chine.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont installés à cet endroit stratégique. Au moindre problème avec la Chine, ils seront en mesure de fermer ce détroit et priver Pékin de son pétrole. Tenant compte de cette situation, le géant asiatique – qui a de plus en plus besoin de pétrole pour développer son pays – cherche d’autres voies d’acheminement. Une solution passe par la Birmanie, qui a des ressources et qui pourrait permettre un accès vers le Bangladesh.

Une autre possibilité, c’est le port de Gwandar, construit par la Chine au Baluchistan qui est la plus grande province du Pakistan : environ 48% de la superficie du pays. Mais c’est aussi la province la moins peuplée : 5% de la population totale. Cette province a d’importantes réserves de gaz et de pétrole. Pékin pourrait aussi construire un pipeline partant de l’Iran et passant par le Baluchistan avant de rejoindre la Chine occidentale. Mais les Etats-Unis veulent absolument empêcher cette province de passer dans la sphère d’influence chinoise. D’où leur soutien au mouvement séparatiste du Baluchistan, afin de prendre, eux, le contrôle du port de Gwandar.

Avec, d’un côté, le problème des Pachtounes, et, de l’autre côté, la possible sécession de sa plus grande province, le Pakistan risque une balkanisation : l’éclatement en une série de petits Etats. Aujourd’hui, le peuple pakistanais devient plus attentif. C’est à lui que revient le devoir de stopper ce désastre et de virer les Etats-Unis du Pakistan. Mais c’est aussi la responsabilité de tous les mouvements démocratiques révolutionnaires de la région. En effet, si le Pakistan connaît le même sort que la Yougoslavie, toute la région devra faire face à des très graves problèmes.

Mohamed Hassan recommande les lectures suivantes :

  • Ahmed Rashid, Taliban. Militant Islam, Oil and Fundamentalism in Central Asia, Yale University Press, 2001 (existe en français: Ahmed Rashid, L’ombre des Talibans, Autrement, 2001)
  • Antonio Giustozzi, War, Politics and Society in Afghanistan, 1978-1992, Georgetown University Press, 2000
  • Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin in Southeast Asia. CIA complicity in the global drug trade, Harper & Row, 1972 (existe en français: Alfred W. McCoy, La politique de l’héroïne l’implication de la CIA dans le trafic de drogues, Ed. du Lézard, 1998)
  • Michel Collon, Media Lies and the Conquest of Kosovo, Unwritten History, 2007 (existe en français: Michel Collon, Monopoly, L’Otan à la conquête du monde, EPO, 2000)

Article de Michel Collon publié sur son site le 4 juin 2009

Les origines religieuses du mondialisme

3 juin

Entretien avec Hervé Ryssen

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Hervé Ryssen, vous venez de publier un livre qui met enfin en pleine lumière la logique mondialiste et ses soubassements religieux. Depuis trop longtemps, en effet, les intellectuels de la mouvance nationale n’osent pas aborder les « sujets qui fâchent » et s’interdisent de dénoncer la propagande cosmopolite. Pourriez-vous tout d’abord expliciter le titre de votre livre pour nos lecteurs ?

HR : Je me suis penché sur la production écrite des intellectuels juifs afin de tenter de comprendre leur vision du monde. Après avoir lu des dizaines d’essais politiques, de romans et de récits en tout genre, je me suis aperçu que le mot « espérance » apparaissait régulièrement dans les textes. Il s’agit bien entendu pour eux de l’attente d’un monde meilleur, du messie et de la « terre promise ». Rappelons que si les chrétiens ont reconnu leur messie, les juifs attendent toujours le leur. Cette attente messianique est au cœur de la religion hébraïque et de la mentalité juive en général, y compris chez les juifs athées. C’est le point fondamental. Quant au terme « planétarien », c’est un néologisme qui ne signifie rien d’autre que l’aspiration à un monde sans frontière.

Mon travail est exclusivement centré sur les intellectuels juifs. Contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, l’utilisation du mot « juif » ne tombe pas encore sous le coup de la loi. Je sais bien que nombreux sont ceux dans le milieu nationaliste qui se mettent à avoir des sueurs à la simple évocation de ce mot, mais c’est probablement parce qu’ils craignent de tenir des propos antisémites, qui sont effectivement aujourd’hui lourdement condamnés. Personnellement, je n’éprouve nullement cette crainte, puisque mes travaux sont exclusivement basés sur la recherche à travers les sources hébraïques. Disons que j’ai une approche rationnelle du sujet, et, osons le dire, totalement dépassionnée.

On entend effectivement souvent parler chez les juifs de « terre promise » et de « messie », mais nous avons toujours du mal à comprendre ce que ces concepts signifient. La « terre promise », n’est-ce pas l’Etat d’Israël ?

HR : Historiquement, c’est bien la terre du pays de Canaan, que Yahvé à donné à Abraham, ainsi qu’on peut le lire dans la Genèse, le premier livre de la Torah. Mais avant même la destruction du second Temple par les légions romaines de Titus et la dispersion, de nombreux juifs vivaient déjà dans la diaspora. Il n’en demeure pas moins qu’en 1917, avec la déclaration Balfour qui créait un « foyer juif en Palestine », certains juifs ont pu penser qu’en récupérant la « terre promise », les temps messianiques étaient enfin proches. Mais il ne faut pas oublier que d’autres juifs, beaucoup plus nombreux, pensaient à alors la même époque que cette terre promise se situait plus au Nord, dans cette immense Union soviétique où, après la révolution d’Octobre 1917, tant de juifs apparaissaient aux plus hauts échelons du pouvoir. Cependant, il suffit de lire des textes un peu plus anciens pour s’apercevoir qu’au XIXe siècle, c’était la France – le pays des droits de l’homme – qui soulevait tous les espoirs et constituait aux yeux des juifs du monde entier la « terre promise ». La Vienne du début du XXe siècle, ou l’Allemagne de Weimar durant l’entre-deux guerres ont aussi pu être considérées comme des « terres promises », tant la culture et la finance, notamment, étaient à ce moment-là très largement influencées par les banquiers, les intellectuels et les artistes d’origine juive.

On notera que cet espoir se termine toujours par une cruelle désillusion. Le fait est que l’Etat d’Israël ne constitue pas un havre de paix, c’est le moins que l’on puisse dire. Quant à la Russie judéo-bolchevique, elle s’est retournée contre les juifs qui ont été évincés du pouvoir après la Seconde Guerre mondiale. La « France des droits de l’homme » est aujourd’hui en voie de tiers-mondisation, et l’on entend depuis 2001 certains juifs appeler à fuir ce pays « antisémite », où les juifs subissent de plus en plus la colère des jeunes Arabes. Bref, pour les juifs, tout semble se finir toujours très mal, où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent.

La « terre promise » s’est aussi pendant longtemps incarnée dans le rêve américain. Dès les années 1880, des dizaines de milliers de juifs d’Europe centrale partent pour les Etats-Unis où ils espèrent une vie meilleure, loin des Cosaques, des pogroms et de ce tsar honni. Mais la « terre promise » la plus récente fut évidemment la Russie après l’effondrement du soviétisme. En quelques années, une poignée d’« oligarques » avait réussi à mettre le grappin sur une grande partie des richesses russes privatisées. Le plus connu d’entre eux, le milliardaire Khodorkovski, dort aujourd’hui dans les prisons de la nouvelle Russie de Vladimir Poutine. Manifestement, cette nouvelle « terre promise » n’a pas non plus été la bonne ! Bref, vous l’avez compris, depuis la sortie du ghetto, les juifs ne cessent de changer de « terre promise », et leur errance se termine systématiquement par une déception. Seuls les Etats-Unis représentent toujours à leurs yeux cet Eldorado et nourrissent encore leurs espérances. Mais pour combien de temps ?

Vous nous entretenez ici d’histoire et de géographie, mais le messianisme et l’idée de terre promise ne sont-ils pas plutôt des concepts religieux ?

HR : Nous rentrons ici au cœur du sujet. Si vous allez discuter avec un rabbin dans la rue des Rosiers, il va immédiatement vous dire que les juifs aspirent par-dessus tout à l’instauration d’un monde de Paix, un monde dans lequel tous les conflits auront disparu, qu’il s’agisse des conflits sociaux, ou qu’il s’agisse des conflits entre races ou nations. C’est à ce monde de Paix universelle qu’il faut parvenir, parce que ce monde de Paix se confond pour eux avec les temps messianiques. Les auteurs sont ici assez clairs. Voici ce qu’écrit le philosophe Emmanuel Lévinas à ce sujet : « On peut grouper les promesses des prophètes en deux catégories : politique et sociale. L’aliénation qu’introduit l’arbitraire des puissances politiques dans toute entreprise humaine, disparaîtra ; mais l’injustice sociale, l’emprise des riches sur les pauvres disparaîtra en même temps que la violence politique… Quant au monde futur, poursuit-il, notre texte le définit comme “humanité unie dans un destin collectif “. » (Difficile liberté, 1963, pp. 85-86.)

Le Grand Rabbin du Consistoire central, Jacob Kaplan a rappelé lui aussi dans Le vrai Visage du judaïsme (Stock, 1987) le passage célèbre qui est l’une des sources du messianisme juif : « le loup habitera avec la brebis, le tigre reposera avec le chevreau ; veau, lionceau, bélier vivront ensemble et un jeune enfant les conduira. » (Isaïe, XI, 6 à 9). « C’est évidemment une image, ajoute Kaplan, des relations qui s’établiront entre les nations, heureuses de maintenir entre elles l’union et la concorde. »

Dans son livre sur le messianisme, David Banon confirme bien cette vision du monde : « L’ère messianique telle qu’elle a été décrite par l’ensemble des prophètes consiste en la suppression de la violence politique et de l’injustice sociale (1). »

Les prophéties hébraïques nous promettent donc à la fois une progression de l’humanité vers un monde unifié, et parallèlement à cela, la suppression des inégalités sociales. On reconnaît là évidemment aussi bien les sources primitives du marxisme que celles qui inspirent aujourd’hui notre idéologie planétarienne en ce début de troisième millénaire, et qui, publicité aidant, fait rêver tant de nos concitoyens. Voilà le point central de la vision juive du monde. C’est de là qu’il faut partir si l’on veut comprendre l’univers mental des juifs. Et c’est ce qui explique que les juifs ont toujours le mot « paix » plein la bouche. Leur « combat pour la paix » est incessant.

Un exemple : En mars 2000, Chirac inaugura un « Mur pour la paix » sur le Champ de Mars, conçu par Clara Halter, l’épouse de l’écrivain Marek Halter : c’est une sorte de vestibule de verre, où la petite Clara a écrit le mot « Paix » en trente-deux langues, pour narguer, on imagine, les élèves-officiers de l’école militaire installés juste en face. Ces œuvres ont une signification religieuse que bien peu de goys peuvent déceler.

On peut donc avancer que le concept de « terre promise » ne signifie rien d’autre qu’un espoir de dimension planétaire, où toutes les nations auront disparu. C’est bien ce que nous dit le philosophe Edgar Morin, lorsqu’il écrit : « Nous n’avons pas la Terre promise, mais nous avons une aspiration, un vouloir, un mythe, un rêve : réaliser la Terre patrie (2). » Et c’est aussi ce dont parle Jacques Attali, dans L’Homme nomade : « faire du monde une terre promise (3). » C’est donc ce monde unifié, pacifié, qui sera la « terre promise ». Mais les textes nous laissent parfois penser que dans l’esprit de certains intellectuels, l’idée est prise au sens littéral : ce serait bien toute la Terre qui leur serait promise ! D’où certains comportement parfois un peu envahissants…

A en juger par la politique du président américain George Bush, il n’apparaît pas que les conseillers sionistes, qui sont nombreux à ses côtés, agissent en faveur du monde de « paix » dont vous parlez. Comment expliquez vous ces contradictions ?

HR : Il est indéniable que les chefs de la communauté juive américaine ont une bonne part de responsabilité dans la guerre en Irak. Il faut être aveugle pour ne pas le voir ; il faut être de mauvaise foi pour le nier. Leur poids politique dans les gouvernements américains successifs a d’ailleurs toujours été important depuis le début du XXe siècle. Les nationalistes américains comme le fameux aviateur Charles Lindbergh dénonçait en son temps les pressions du « lobby juif » (aux Etats-Unis, c’est un lobby parmi d’autres) pour pousser un peuple trop isolationniste à la guerre contre l’Allemagne nazie. Déjà, dans les années vingt, le constructeur Henry Ford avait pris la mesure du problème et faisait largement diffuser ce type d’informations dans un journal créé à cet effet. On rappellera encore que Madeleine « Albright » et les faucons du département d’Etat américain ont pesé aussi de tout leur poids dans la guerre contre la Serbie en 1999. Vous avez donc parfaitement raison en soulignant cette contradiction entre la foi messianique et les « opérations terrestres », si je puis dire.

Mais c’est très sincèrement que l’on vous déclarera alors que ces guerres sont « œuvre de « paix » ! Écoutez un peu Elie Wiesel, un prix Nobel de la « paix », justement, qui était naturellement un ultra-belliciste en 1991, quand il s’agissait, d’aller bombarder l’Irak : « Il ne s’agit pas seulement d’aider le Koweït, disait-il alors, il s’agit de protéger le monde arabe tout entier. » Tout les Occidentaux devaient donc se mobiliser contre « le tueur de Bagdad », coupable de faire peser une menace sur l’Etat d’Israël : « A sa guerre, écrit Elie Wiesel, il est impératif de faire la guerre. A la force destructrice qu’il emploie contre l’humanité, il faut opposer une force plus grande pour que l’humanité reste en vie. Car il y va de la sécurité du monde civilisé, de son droit à la paix, et non seulement de l’avenir d’Israël… Soif de vengeance ? Non : soif de justice. Et de paix (4). »

Vous constatez ici que l’on n’hésite pas à se draper dans les grands idéaux de paix et d’amour quand il s’agit d’anéantir son ennemi. Mais il est bien entendu hors de question que l’Etat juif s’occupe lui-même de ces basses œuvres militaires. C’est là le travail des Occidentaux, qu’il s’agit donc de convaincre, par des campagnes de « sensibilisation », d’aller déboulonner le dictateur. Une fois votre ennemi vaincu, votre inlassable combat pour la démocratie et « pour la Paix » se retrouve à nouveau en phase avec la situation politique. Après avoir écrasé ses ennemis, effectivement, on est toujours pour la « paix ».

Vous parlez de « démocratie »… Quel rapport peut-il y avoir entre un système politique et la foi messianique ? La démocratie est-elle nécessaire à l’arrivée du messie ?

HR : La démocratie n’a pas toujours été le seul cheval de bataille des espérances planétariennes. Pendant longtemps, l’idéal marxiste a aussi joué ce rôle. On sait que Marx lui-même, et la grande majorité des principaux doctrinaires et des chefs marxistes étaient juifs : Lénine avait des origines juives, Léon Trotsky, Rosa Luxemburg, Georg Lukacks, Ernest Mandel, etc., de même que la quasi totalité des leaders de mai 68. Ce n’est pas un hasard, et il n’y a guère que le petit militant communiste de base qui ne s’en rende pas compte. Le marxisme aspire à l’établissement d’un monde parfait, où les religions, comme les nations, auront disparu en même temps que les conflits sociaux. Ce schéma, on le constate, entre parfaitement dans le cadre messianique. La pensée de Marx n’est finalement que la sécularisation de l’eschatologie juive traditionnelle.

George Steiner a pu présenter le marxisme dans la perspective des prophéties bibliques : « Le marxisme, dit-il, est au fond un judaïsme qui s’impa-tiente. Le Messie a trop tardé à venir ou, plus précisément, à ne pas venir. C’est à l’homme lui-même d’instaurer le royaume de la justice, sur cette terre, ici et maintenant… prêche Karl Marx dans ses manuscrits de 1844, où l’on reconnaît l’écho transparent de la phraséologie des Psaumes et des prophètes (5). »

Ni Marx, Ni Lénine, Ni Trotsky ne croyaient en Dieu, et pourtant, leurs origines juives apparaissent en pleine lumière à travers la grille de lecture du messianisme juif. Le marxisme politique a néanmoins été marginalisé en Europe depuis la chute du Mur de Berlin. Le fait est que, dans les projets d’unification planétaire, la démocratie a triomphé partout où le communisme a échoué. On constate cependant que les groupes d’extrême gauche continuent de bénéficier de toute l’attention médiatique dans les sociétés occidentales : c’est parce qu’ils représentent le fer de lance du projet de société égalitaire et multiraciale et canalisent dans un sens mondialiste les oppositions radicales que suscite le système libéral. Cette utopie mobilisatrice est toujours nécessaire à un système démocratique désespérant, qui ne propose à sa jeunesse que de déambuler dans les supermarchés. C’est donc niché à l’intérieur même de la démocratie que le marxisme rend finalement ses meilleurs services. Marxisme et démocratie sont deux forces absolument complémentaires et indispensables l’une à l’autre dans le projet d’édification de l’Empire global. Sans le communisme, les opposants se dirigeraient immanquablement vers les courants nationalistes, et le Système n’y survivrait pas.

Après l’échec du communisme d’Etat, la démocratie multiraciale et les « droits de l’homme » seraient donc l’arme absolue des forces « planétariennes » ?

HR : L’objectif des mondialistes est de détruire les cultures traditionnelles enracinées pour parvenir à un monde uniforme. Cette aspiration à l’unité a été exprimé par le philosophe hassidique Martin Buber, qui ne paraît pas vraiment se rendre compte qu’il nous donne ici la définition exacte du totalitarisme : « Partout, écrit-il, on trouvera [dans le judaïsme] l’aspiration vers l’unité. Vers l’unité au sein de l’individu. Vers l’unité entre les membres divisés du peuple, et entre les nations. Vers l’unité de l’homme et de toute chose vivante, vers l’unité de Dieu et du monde. » (Judaïsme, 1982, p. 35). Pour parvenir à ce monde parfait, il faut donc broyer, concasser, dissoudre toutes les résistances nationales et les identités ethniques ou religieuses. L’« unité » ne pourra se faire qu’à partir de la poudre humaine et des résidus des grandes civilisations, et dans cette entreprise de destruction des civilisations traditionnelles, l’immigration joue un rôle essentiel. La doctrine des « Droits de l’homme » est ici une arme de guerre d’une terrible efficacité.

Voici ce qu’en dit le Grand Rabbin Kaplan : « Pour l’avènement d’une ère sans menace pour le genre humain, nous devrions pouvoir compter beaucoup sur la déclaration universelle des Droits de l’homme… Le respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme est une obligation si impérieuse qu’il est du devoir de chacun de contribuer à toutes les actions tendant à la faire appliquer universellement et intégralement. » L’humanité tout entière doit s’y soumettre. Autant dire que les « Droits de l’homme » sont l’outil privilégié pour voir se réaliser les promesses de Yahvé. Là encore, ce n’est pas un hasard si René Cassin, l’inspirateur de la déclaration de 1948, était aussi le secrétaire général de l’Alliance israélite universelle. En 1945, le général de Gaulle le nomma à la tête du Conseil d’Etat. Son corps repose au Panthéon, dans le temple des grands hommes de la république.

Peut-on dire qu’il y a une homogénéité de pensée des intellectuels juifs sur la question de l’immigration ?

HR : Les intellectuels juifs peuvent être libéraux, marxistes, sionistes, religieux ou athées. Mais toutes ces divergences n’invalident en rien le fondement messianique de leurs aspirations. Et sur l’immigration, justement, je puis vous confirmer qu’il y a chez eux une unanimité. Voici par exemple ce que nous dit Daniel Cohn-Bendit, ancien leader de mai 68 et maire-adjoint de Francfort : « A Francfort-sur-le-Main, la population résidente est composée d’étrangers pour plus de 25 %, mais on peut dire que Francfort ne s’effon-drerait pas si le pourcentage d’étrangers atteignait un jour le tiers de la population globale. » (Xénophobies, 1998, p. 14.) Il est en cela parfaitement en phase avec le socialiste Jacques Attali, qui écrit, au sujet de l’Allemagne, confrontée au vieillissement de sa population : « Il faudrait en effet que la part de la population étrangère naturalisée atteigne un tiers de la population globale, et la moitié de celle des villes. » (Dictionnaire du XXIe siècle, 1998). Il y aurait aussi une autre solution, qui serait d’encourager la natalité allemande, mais Jacques Attali ne l’envisage pas, car seule une société multiraciale est garante de la réalisation des projets planétariens. Pour la France, Attali présente la même solution : « Il lui faudra tout à la fois se donner les moyens d’un net rajeunissement, accepter l’entrée d’un grand nombre d’étrangers. » (L’Homme nomade, 2003, p. 436). Un rapport récent de la Banque mondiale (novembre 2005) encourage aussi la Russie à ouvrir ses frontières et à entreprendre une grande politique d’immigration, qui serait « l’une des principales conditions d’une croissance économique stable » et permettrait de faire face au vieillissement de la population. Notons tout de même que Paul Wolfowitz, le président de la Banque mondiale, n’a jamais encouragé l’immigration arabe en Israël pour soutenir la démographie vacillante de ce pays.

Les propos allant dans ce sens se retrouvent systématiquement chez la quasi totalité des intellectuels juifs, qu’ils soit marxistes, comme Jacques Derrida, socialiste, comme Guy Konopnicki, ou libéraux, comme Guy Sorman ou Alain Minc. Les uns et les autres présentent de surcroît une fâcheuse tendance à nous prendre pour des demeurés, en nous faisant accroire, par exemple, que l’immigration n’a pas augmenté depuis vingt ans ou encore que l’insécurité ne serait en aucun cas liée à ce phénomène. Cohn-Bendit nous assure carrément que « pour enrayer le racisme, le mieux serait encore d’augmenter le nombre d’étrangers » ! Leurs propos à ce sujet sont hallucinants de culot. Voyez encore Guy Sorman qui nous explique tranquillement que la France d’antan, avec ses dialectes et ses patois, était somme toute « plus multiculturelle qu’elle l’est aujourd’hui ? » (En attendant les barbares, pp. 174-179). C’est un exemple parmi d’autres de ce culot à toute épreuve, dont ils sont très fiers, et qu’ils appellent « houtzpah » (Prononcer Rroutzpah).

L’objectif est de détruire le monde blanc, et, de manière plus générale, toutes les sociétés enracinées. Tous ces intellectuels nous assurent que cette évolution est inéluctable, et que par conséquent, rien ne sert de s’y opposer. On rappellera ici que dans le schéma marxiste, c’était déjà la société sans classe qui devait être « inéluctable ». Ecoutons le directeur de presse Jean « Daniel » : « Rien n’arrêtera les mouvements des populations misérables vers un Occident vieux et riche… C’est pourquoi la sagesse, la raison, consiste désormais à faire comme si nous allions recevoir de plus en plus d’émigrés dont il faut préparer l’accueil. » (Le Nouvel Observateur du 13 octobre 2005). Vous l’avez compris, il s’agit de nous interdire l’idée même de nous défendre. L’homogénéité du discours cosmopolite est à ce sujet vraiment étonnante.

On entend souvent dire que les juifs étaient considérés par les nazis comme une « race inférieure ». Vos recherches, je crois, tendent à démontrer qu’ils auraient plutôt tendance à se considérer eux-mêmes comme « la race supérieure ». Qu’en est-il ?

HR : Je puis vous assurer qu’il existe un orgueil immense d’appartenir au « peuple élu ». Et cet orgueil se combine chez les intellectuels, avec un mépris non moins grand pour les nations sédentaires, considérés, comme très nettement inférieures. Les propos à ce sujet sont innombrables. Voici ce qu’écrivait par exemple Bernard-Henri Lévy, dans le premier numéro du journal Globe en 1985 : « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, bourrées, binious, bref franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux ». Les « patries en tout genre et leurs cortèges de vieilleries » le dégoûte au dernier degré : tout cela n’est qu’un « repli frileux et crispé sur les identités les plus pauvres ». « Parler patois, danser au rythme des bourrées, marcher au son des binious… tant d’épaisse sottise » l’ « écœure ». (L’Idéologie française, 1981, pp. 212-216).

Le philosophe Emmanuel Lévinas a exprimé lui aussi sa foi dans les vertus du déracinement et du nomadisme. Pour lui, la plus grande arriération, assurément, est celle que représentent les civilisations païennes de l’antiquité : « Le paganisme, écrit-il, c’est l’esprit local : le nationalisme dans ce qu’il a de cruel et d’impitoyable. Une humanité forêt, une humanité pré-humaine. » Assurément, tout cela ne vaut pas le génie des bédouins du désert : « C’est sur le sol aride du désert où rien ne se fixe, que le vrai esprit descendit dans un texte pour s’accomplir universellement… La foi en la libération de l’homme ne fait qu’un avec l’ébran-lement des civilisations sédentaires, avec l’effritement des lourdes épaisseurs du passé… Il faut être sous-développé pour les revendiquer comme raison d’être et lutter en leur nom pour une place dans le monde moderne (6). »

Il ne suffit donc pas à ces intellectuels de nous raconter n’importe quoi, de nous endormir avec les droits de l’homme, de nous ligoter les mains dans le dos avec les lois répressives, et de nous injecter dans les veines un corps étranger. Il faut aussi qu’ils nous glissent à l’oreille leur mépris pour nos vieilles cultures. Mais le mépris ne semble pas apaiser complètement leur esprit de vengeance. Il faut encore qu’ils nous insultent et nous crachent au visage : « ignorants, xénophobes, paranoïaques, stupides, délirants, etc. » : voilà ce que nous sommes. Dans La Vengeance des Nations (1990), Alain Minc, qui nous explique les bienfaits de l’immigration, nous assure que c’est « l’ignorance qui alimente la xénophobie » (p. 154), qu’il faut donc « lutter contre le délire xénophobe » et en finir avec cette « paranoïa française » (pp. 208). Et pour ce faire, Alain Minc propose de favoriser systématiquement les immigrés par rapport aux Français sur le modèle américain. Comme le proclame le très médiatique Michael Moore, aux Etats-Unis, dans son livre sorti en 2002, ce n’est plus vraiment la peine de prendre de gants avec ces Stupid White Men (c’est le titre du livre), puisqu’ils ne comprennent rien à rien à ce qui leur arrive.

Et je ne vous récapitulerai pas ici de tous ces films innombrables dans lesquels les cinéastes cosmopolites semblent assouvir leur vengeance contre la civilisation chrétienne et l’homme blanc en général. Il me paraît évident, au regard de toute cette logorrhée, que ces gens-là nous haïssent. S’ils étaient fluorescents, clignotants ou s’ils portaient un gyrophare sur le tête, on y verrait un peu plus clair !

Comment expliquez-vous ce sentiment manifeste de vengeance, alors que les textes religieux tendent vers la paix universelle ? D’où vient cette vengeance dont vous parlez ?

HR : L’esprit de vengeance se retrouve dans de très nombreux textes. Il transparaît sous la plume de romanciers comme Albert Cohen, dans Frères humains, ou chez Patrick Modiano (La Place de l’Etoile). Le grand Gourou américain du courant afro-centriste, Martin Bernal, qui est un « blanc », lui aussi, a lui aussi évoqué ce sentiment : « Mon but est de réduire l’arrogance intellectuelle des Européens. » Maintenant, si l’on se plonge dans un passé plus lointain, on peut se rendre compte que ces permanences ont traversé les siècles sans prendre une seule ride.

Au début du XVIe siècle, par exemple, Rabbi Chlomo Molkho, qui était considéré par de nombreux juifs comme une figure messianique, écrivit ses visions prophétiques très révélatrices dans lesquelles on retrouve l’idée d’une « vengeance contre les peuples » qui va s’accomplir. Il nous assure aussi que « les étrangers seront brisés » et que « les nations trembleront. » (Moshe Idel, Messianisme et mystique, 1994, pp. 65-66). Et Moshe Idel fait ce commentaire : « le poème de Molkho évoque clairement l’avènement d’une double vengeance : contre Edom et contre Ismaël », c’est-à-dire contre la chrétienté et l’islam, puis ajoute un peu plus loin : « Dieu révèle non seulement comment lutter contre le christianisme… mais encore comment briser la force du christianisme pour qu’advienne la Rédemption. » (page 48). C’est clair, non ?

On peut trouver ce type de délire prophétique chez bien d’autres personnages historiques juifs, tel cet Isaac Abravanel (Editions du Cerf, Paris, 1992), qui était le chef de la communauté juive d’Espagne avant l’expulsion de 1492, et qui devint un des héros mythique des Juifs d’origine ibérique. Il a lui aussi exprimé très explicitement la vengeance du peuple d’Israël contre la chrétienté et appelait déjà « toutes les nations à monter vers la guerre contre le pays d’Edom » (vision d’Obadia, dans la Genèse 20, 13) (page 256).

Pour ceux qui s’interrogent encore sur les raisons de cette haine séculaire, voici une petite explication : « Il est proche le jour où l’éternel tirera vengeance de toutes les nations qui ont détruit le Premier Temple et qui ont asservi Israël dans l’exil. Et à toi aussi, Edom, comme tu as fait lors de la destruction du Second Temple, tu connaîtras le glaive et la vengeance. (Obadia)… Toute délivrance promise par Israël et associé à la chute d’Edom. » [Lamentations 4, 22] (page 276).

Cette haine vengeresse de vingt siècles a été aussi exprimée par le philosophe Jacob Talmon, qui écrit aussi en 1965 : « Les Juifs ont des comptes sanglants et très anciens à régler avec l’Occident chrétien (7). » Pierre Paraf, l’ancien président de la LICA (Ligue contre l’antisémitisme), rappelle, par la voix d’un personnage de son roman réédité en l’an 2000 : « Tant de nos frères, marqués de la rouelle, gémissent sous le fouet du chrétien. Gloire à Dieu ! Jérusalem les réunira un jour ; ils auront leur revanche (8) ! » 2000 ans de haine ! Il faut croire que ces gens-là ont la rancune tenace !

On est effectivement assez loin des clichés du « pauvre petit juif persécuté » véhiculé au cinéma. Peut-on accréditer finalement l’idée communément admise, ou le « préjugé », que « les Juifs veulent dominer le monde » ?

HR : Vous savez, je n’ai pas d’idées personnelles à ce sujet, et je me contente d’analyser ce qui est écrit. Par conséquent, je ne puis affirmer qu’il s’agit d’une disposition générale de l’ensemble des intellectuels juifs. Mais cette idée a été exprimée par certains d’entre eux. Le livre sur Abravanel confirme cette interprétation, sur la base des textes bibliques : « A l’époque messianique, écrit-il, Schmouel a pensé que toutes les nations seraient soumises à Israël, conformément à ce qui est écrit : “Son empire s’étendra d’une mère à l’autre et du fleuve aux extrémités de la terre” [Zacharie 9, 10] » (page 181). « Lors de la délivrance à venir, un roi de la maison de David régnera. » (page 228). Ce sera « la grande paix qui régnera sur la terre à l’époque du Roi-Messie. » (page 198). Nous avons bien ici la confirmation qu’Israël milite pour la « paix » !

Dans Flammes juives (9), un roman paru en 1936, et réédité en 1999 par Les Belles Lettres, Camille Marbo raconte encore l’histoire de jeunes Juifs marocains qui quittent leur mellah dans les années 20 pour s’installer en France. On y parle explicitement de « conquête du monde par Israël. » (page 10). On trouve plus loin ces passages : « Israël doit gouverner le monde, dit Daniel… – On a peur de nous, répétait le vieux Benatar, parce que nous sommes de la race des Prophètes » (page 18) ; « Ce n’est pas encore notre génération qui peut conquérir la chrétienté. Vous pourrez, vous, jeter les fondements et vos enfants seront à pied d’œuvre. Ils se mêleront aux chrétiens. Israël mènera le monde ainsi qu’il le doit. » (page 126). Il existe encore bien d’autres textes sur le sujet.

La volonté d’instaurer un gouvernement mondial n’est donc pas un délire d’ « illuminés », comme le dirait Taguieff ?

HR : Il est bien certain que tout est mis en œuvre pour nous faire renier nos racines, nos traditions, notre histoire, nos familles et nos patries, afin de mieux nous faire accepter la société « ouverte » chère aux esprits cosmopolites et l’idée d’un gouvernement mondial. Alain Finkielkraut a insisté sur ce point : « Le Mal, écrit-il, vient au monde par les patries et par les patronymes (10). » L’homme post-moderne doit cesser de « pourchasser les traces du passé en lui-même comme dans les autres. » Son titre de gloire, « c’est d’être cosmopolite, et de partir en guerre contre l’esprit de clocher (11). » A partir de là, on peut enfin admettre l’idée d’une « confédération planétaire », comme le souhaite le sociologue Edgar « Morin » dans tous ses livres, ou mieux encore, œuvrer pour l’instauration du gouvernement mondial, ainsi que l’exprime Jacques Attali : « Après la mise en place d’institutions continentales européennes, apparaîtra peut-être l’urgente nécessité d’un gouvernement mondial. » (Dictionnaire du XXIe siècle). Tout cela, bien évidemment, n’empêchera pas le célèbre trappeur antifasciste Pierre-André Taguieff de s’indigner des élucubrations antisémites et de prétendre que l’idée domination mondiale est une aberration ou une « supercherie ».

On ne peut nier cependant que les juifs ont connu d’atroces persécutions au fil des siècles. Comment eux-mêmes expliquent-ils leurs malheurs ?

HR : C’est probablement le chapitre le plus étonnant de la question. Sur ce point, là encore, les explications sont tous concordantes et reposent la plupart du temps sur la théorie du « bouc-émissaire », qui voudrait qu’en période difficile, le gouvernement ou le peuple se retournent contre une victime toute désignée que l’on charge de « toutes » les fautes « passées, présentes ou à venir ».

Mais les principaux intéressés manifestent souvent aussi une incompréhension totale du phénomène. Ainsi, pour Clara Malraux (l’épouse de l’écrivain) la haine antisémite « est moins dure à supporter quand on la sait totalement et absolument injustifiée et que, de ce fait, l’ennemi se transforme en ennemi de l’humanité (12). » L’ennemi des juifs est l’ennemi de l’humanité toute entière. C’est aussi ce qu’exprime Elie Wiesel, qui écrit dans le tome 2 de ses Mémoires : « C’est ainsi et l’on n’y peut rien : l’ennemi des Juifs est l’ennemi de l’humanité… En tuant les Juifs, les tueurs entreprenaient d’assassiner l’humanité tout entière (13). » En effet, tuer un juif, pour ainsi dire, par nature innocent, c’est forcément s’en prendre à toute personne innocente ou à tout autre communauté. C’est donc bien se définir comme l’ennemi de l’humanité. Il y a aussi une autre interprétation, plus classique, qui se base sur l’idée que les juifs seuls se définissent comme l’humanité, les autres nations n’étant, selon une soi-disant formule du Talmud, que « la semence du bétail. »

Dans son livre intitulé Le Discours de la haine, paru en 2004, le philosophe André Glucksmann assure que « la haine des Juifs est l’énigme entre les énigmes… Le juif n’est aucunement la source de l’antisémitisme ; il faut penser cette passion en elle-même et par elle-même, comme si ce juif qu’elle poursuit, sans le connaître, n’existait pas… Deux millénaires que le juif embarrasse. Deux millénaires qu’il est une question vivante pour son entourage. Deux millénaires qu’il n’y est pour rien (14). » Vous l’avez compris, « le juif » est toujours innocent. Là encore, ce ne sont pas de témoignages isolés, et cette attitude semble être celle d’une majorité des intellectuels juifs. Emmanuel Lévinas a aussi exprimé cette opinion, tout comme un autre philosophe juif, Shmuel Trigano pour qui le phénomène antisémite est « resté inexpliqué malgré une bibliothèque immense sur le sujet (15). »

On entend aussi souvent dire que l’antisémitisme est une maladie mentale…

HR : Puisque le phénomène est inexpliqué, et que les juifs sont innocents, le problème ne peut logiquement venir que des goys. Ecoutons ce témoignage de Yeshayahu Leibowitz, philosophe des religions, trouvé dans le livre intitulé Portraits juifs : « C’est un phénomène qui est historiquement incompréhensible. L’antisémitisme n’est pas pour moi le problème des Juifs mais des goyim (16) ! » Dans le premier tome de ses Mémoires, Elie Wiesel écrit lui aussi : « Je n’étais pas loin de me dire : c’est leur problème, pas le nôtre (17). »

L’explication par le dérangement mental des antisémites se retrouve très fréquemment sous la plume des intellectuels juifs. Le livre de Raphaël Draï, Identité juive, identité humaine, publié en 1995, reprend cette idée : « L’antisémite prête au Juif les intentions qu’il nourrit lui-même à son endroit… La dimension psychopathologique d’une telle construction doit retenir l’attention… Les Juifs mis en scène sont des Juifs projectifs ; l’image “judaïsée” est propre au délire des antisémites (18). »

L’écrivain russe Vassili Grossman, a exprimé la même idée : « L’antisémitisme, dit-il, est le miroir des défauts d’un homme pris individuellement, des sociétés civiles, des systèmes étatiques. Dis-moi ce dont tu accuses les Juifs et je te dirai ce dont tu es toi-même coupable. Le national-socialisme, quand il prêtait à un peuple juif qu’il avait lui-même inventé des traits comme le racisme, la volonté de dominer le monde ou l’indifférence cosmopolite pour sa patrie allemande, a en fait doté les Juifs de ses propres caractéristiques (19). » En somme, vous l’avez compris, l’antisémite rejette sur les Juifs ses propres tares. A ce niveau-là, cela relève effectivement du domaine de la psychothérapie. Reste à savoir si c’est vraiment le goy qui en a le plus besoin !

Sur le même sujet, nous vous conseillons de visiter l’indispensable site d’Hervé Ryssen

Article paru le 24 février 2009 sur Mecanopolis

Derniers ouvrages parus :

Les Espérances planétariennes, Éditions Baskerville, Levallois-Perret, 2005

Psychanalyse du judaïsme, Éditions Baskerville, Levallois-Perret, 2006

Le Fanatisme juif, Éditions Baskerville, Levallois-Perret, 2007

La Mafia juive, Éditions Baskerville, Levallois-Perret, 2008

Miroir du judaïsme, Éditions Baskerville, Levallois-Perret, 2009

Notes

(1) David Banon, Le Messianisme, Presses universitaires de France, 1998, pp. 15-16.

(2) Edgar Morin, Un nouveau commencement, Seuil, 1991, p. 9.

(3) Jacques Attali, L’Homme nomade, Fayard, 2003, Livre de poche, p. 34.

(4) Elie Wiesel, Mémoires 2, Editions du Seuil, 1996, pp. 144, 146, 152.

(5) George Steiner, De la Bible à Kafka, 1996, Bayard, 2002, pour l’édition française.

(6) Emmanuel Lévinas, Difficile liberté, Albin Michel, 1963, éditions de 1995, p. 299.

(7) J.-L. Talmon, Destin d’Israël, 1965, Calmann-Lévy, 1967, p. 18.

(8) Pierre Paraf, Quand Israël aima, 1929, Les belles lettres, 2000, p. 19.

(9) Camille Marbo, Flammes juives, 1936, Les Belles Lettres, 1999.

(10) Alain Finkielkraut, L’Humanité perdue, p.154.

(11) Alain Finkielkraut, Le Mécontemporain, Gallimard, 1991, pp. 174-177.

(12) Clara Malraux, Rahel, Ma grande sœur…, Editions Ramsay, Paris, 1980, p. 15.

(13) Elie Wiesel, Mémoires 2, Editions du Seuil, 1996, p. 72, 319.

(14) André Glucksmann, Le Discours de la haine, Plon 2004, pp. 73, 86, 88.

(15) Shmuel Trigano, L’Idéal démocratique… à l’épreuve de la shoah, Editions Odile Jacob, 1999, p. 17.

(16) Herlinde Loelbl, Portraits juifs, L’Arche éditeur, Francfort, 1989, 2003 pour la version française.

(17) Elie Wiesel, Mémoires, tome I, Le Seuil, 1994, pp. 30, 31

(18) Raphaël Draï, Identité juive, identité humaine, Armand Colin 1995, pp. 390-392.

(19) Vassili Grossman, Vie et destin, 1960, Ed. Julliard, Pocket, 1983 pour la traduction française, pp. 456-8.

L’Administration US veut faire du Pakistan un État défaillant

3 juin

par Rashid Zubair

L’armée pakistanaise, encadrée par les États-Unis, a tenté d’écraser les talibans dans l’ex-principauté de Swat. Les combats, particulièrement imprécis, ont provoqué l’exode de 2 millions de personnes. Selon Rashid Zubair, les talibans de Swat incarneraient avant tout une révolte des pauvres, tandis que la stratégie US les instrumenterait pour provoquer une guerre civile et justifier une confiscation des armes atomiques.

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Lorsqu’il y a plus d’un an le gouvernement Musharraf est tombé, beaucoup de Pakistanais espéraient voir s’ouvrir une nouvelle ère politique – un espoir amèrement déçu.

L’une des principales raisons de l’impopularité du gouvernement Musharraf était son proaméricanisme et la destitution du juge suprême du Pakistan, Iftikhar Chaudhry.

Mais le gouvernement actuel n’a pas davantage respecté le mandat populaire, il a même pulvérisé tous les records de docilité envers les États-uniens. Le gouvernement du PPP (Pakistan Peoples Party, Parti du peuple pakistanais) est allé jusqu’à envoyer des blindés et des avions contre son propre peuple dans le Nord du Pakistan, ce que même Musharraf n’avait pas osé faire quand il était au pouvoir. Le feu vert aux attaques de drones qui ont coûté la vie à des centaines de Pakistanais est à mettre au compte du PPP. Selon les déclarations officielles et celles des États-uniens, des combattants d’Al Qaïda auraient été tués, mais cela n’a pas été prouvé. Et même si c’est exact, c’étaient des gens tellement insignifi ants qu’ils ne figuraient pas sur les listes du FBI.

Selon des informations d’origine états-unienne, les drones sont partis du territoire pakistanais, ce que le ministère pakistanais de la Défense confirme, alors que celui des Affaires étrangères le conteste. Ces contradictions ont ébranlé la confiance de la population dans le gouvernement du PPP. Avant même l’escalade de la violence au mois de mai, environ 12 000 Pakistanais, tous des civils, ont perdu la vie dans des attaques pakistanaises ou États-uniennes.

Et, toujours avant cette escalade, on comptait 800 000 réfugiés de l’intérieur, pour la plupart insuffisamment pris en charge. L’extension du conflit a fait du drame des réfugiés une véritable catastrophe.

Le Président Zardari a obtenu tous les pouvoirs spéciaux, entre autres le droit de dissoudre le Parlement quand bon lui semblera. D’une part des millions de Pakistanais sont victimes de l’augmentation du prix de l’énergie et des prix en général, d’autre part le Pakistan ne compte pas moins de 60 ministres. On essaie de satisfaire tous les partenaires de coalition et camarades de parti aux frais du peuple.

La situation dans la vallée de Swat

Les médias occidentaux avaient longtemps laissé entendre que le gouvernement pakistanais avait laissé la vallée de Swat aux Talibans, mais ce n’est pas tout à fait exact. Pour bien comprendre la situation, il faut en connaître la genèse.

Jusqu’en 1969 Swat jouissait d’une administration autonome de juridiction islamique (charia). La population en était satisfaite car les décisions rendues étaient rapides et équitables. Après son incorporation au Pakistan [par la dissolution de la Principauté en 1969, NdR] Swat ne disposait plus d’aucun système juridique fonctionnel.

En 1989 le mollah Soufi Mohammed demanda le rétablissement de la charia, soutenu en cela par une grande partie de la population. Son mouvement n’était pas militant et il survécut à deux gouvernements pakistanais successifs. Soufi Mohammed vint en aide à deux gouvernements laïques en convainquant des groupes armés, eux aussi partisans de la charia, de ne pas prendre les armes contre les forces de sécurité gouvernementales. Il a obtenu des militants la libération de précieux otages et contribué à faire lever le blocus sur des axes routiers et des aéroports. A ces deux occasions on lui avait promis en échange de rétablir la charia, des promesses non suivies d’effets.

Puis l’Afghanistan a été attaqué par les États-Unis et Soufi Mohammed s’y est rendu pour combattre les occupants. A son retour, il a été emprisonné par le gouvernement de Pervez Musharraf. Il a été libéré en 2008, en signe de bonne volonté de la part du nouveau gouvernement, dirigé par l’ANP (Awami National Party).

Durant la captivité de Soufi Mohammed son gendre, un ex-liftier, prit les choses en mains. Il tenta d’imposer par les armes une administration parallèle dans la vallée de Swat, ce qui provoqua des mois de conflit avec les forces de sécurité nationales et fit beaucoup de victimes dans la population civile. Soufi Mohammed prit ses distances avec les actions menées par son gendre, mais ne put influencer le cours des choses. Le gouvernement du NAP pria alors Soufi Mohammed de rétablir la paix à Swat en échange de la réintroduction de la charia, que la population souhaitait aussi, comme l’ont montré les manifestations massives du 12 janvier 2008.

Soufi Mohammed promit en échange de désarmer les militants talibans, de rétablir l’autorité de l’État pakistanais et de ne créer ni administration ni juridictions parallèles. Depuis la passation de cet accord, la vie, à Swat, était revenue à la normale. Écoles et bazars étaient ouverts et le quotidien avait repris son cours.

Les USA face aux Talibans : deux poids et deux mesures

L’OTAN et les USA montrèrent quelques réticences, mais le chef de l’ANP, Asfan Yar Wali, défendit cet accord et le gouvernement du district souligna qu’il était parfaitement légal. Le chef du gouvernement de district, Hoti, menaça de démissionner si Islamabad s’y opposait. L’ex-Premier ministre Nawas Sharif et le ministre de l’Intérieur sous Musharraf mirent en garde contre les conséquences désastreuses qu’aurait le non-respect des accords conclus. Le porte-parole de l’armée pakistanaise déclara que la situation à Swat évoluait de manière positive.

Beaucoup de Pakistanais ne comprennent pas le « deux poids, deux mesures » des États-uniens avec les Talibans. Quand ils négocient directement avec eux, c’est légal, mais si le gouvernement pakistanais en fait autant, c’est presque de la trahison.

Hamid Mir, journaliste pakistanais réputé, et collaborateur de Géo, la plus populaire des chaînes privées, a écrit le 23 février 2008 dans le journal Jang : « Les villas de la famille princière de Swat sont vides et abandonnées, mais Musrat Begum, une veuve appartenant à la famille princière, vit avec son serviteur dans un coin du palais. Elle héberge des femmes sans abri et dans le besoin. On l’appelle « la mère de Swat ». La charia ne lui fait pas peur. Ma conversation avec elle m’a laissé l’impression qu’elle était favorable aux talibans. Même chose pour Ghulam Faroog, l’éditeur du journal régional Chamal. Je lui ai demandé pourquoi la population de Swat était en majorité favorable aux Talibans et hostile à l’armée pakistanaise. Les talibans sont issus de la couche opprimée de la population, c’est-à-dire eux-mêmes. Les riches sont hostiles aux talibans, car ceux-ci font partie de la piétaille. L’étincelle qui a donné naissance à la rébellion contre les riches, qu’on appelle les khawanines (les nobles), date des années 70. C’est par crainte des troubles que l’administrateur de l’époque a rattaché Swat au Pakistan. Cette conversation m’a rappelé le roman, paru en 2003 qu’Ahmed Bachir a écrit sur Swat. On peut y lire, page 763 : « Les pauvres de Swat sont prêts à combattre jusqu’à la mort. Quand leur lutte commencera, des organisations apparaîtront d’elles-mêmes. »

Ahmed Bachir ignorait que cette organisation aurait pour nom « les talibans ». J’ai eu l’occasion de voir de mes yeux divers théâtres de combat. Bien que disposant d’artillerie lourde, de blindés et d’avions de combat, l’armée pakistanaise n’a pu venir à bout des talibans. La seule explication en est que les pauvres du pays étaient derrière les talibans. Les habitants de Swat en avaient assez d’injustices qui duraient depuis des années, la politique d’agression des États-uniens a jeté de l’huile sur le feu. Le mélange explosif de colère contre l’injustice et de haine contre les États-uniens a donné naissance à un mouvement de résistance extrémiste. »

Des agents étrangers camouflés en talibans

Ce qui précède apporte une des réponses possibles à la question des médias US : « Comment se fait-il que 12 000 soldats pakistanais n’ont pu venir à bout de 3 000 insurgés ? » On en trouve une autre dans les déclarations du major Athar Abbas, porte-parole de l’armée pakistanaise : « Derrière les troubles dans la vallée de Swat et les zones tribales voisines on trouve des services secrets étrangers qui arment et financent les extrémistes. Selon le journal Jang, des forces de sécurité pakistanaises ont arrêté dans les zones tribales 200 agents étrangers camouflés en talibans. Beaucoup de Pakistanais se demandent pourquoi on trouve 29 consulats de pays voisins dans la zone frontalière pakistano-afghane. Cela expliquerait aussi le grand nombre d’actes de cruauté imputés aux talibans. Il n’est pas exclu que nombre d’atrocités commises contre les forces de sécurité soient destinées à venger des proches, victimes de l’assaut contre la Mosquée Rouge ou des attaques pakistano-américaines. »

La majorité des Pakistanais ne considèrent pas la prétendue « guerre contre le terrorisme » comme leur guerre, mais comme une guerre états-unienne par procuration. Tant que le gouvernement pakistanais sera aux ordres des USA, il n’y aura pas de paix. Les États-uniens veulent déstabiliser le Pakistan. Le Pakistan doit être considéré comme un État défaillant, afin de pouvoir réquisitionner son arsenal nucléaire. L’armée US dispose déjà d’une unité spéciale pour cette tâche.

Swat a connu une brève période de paix. Par le passé on a souvent conclu avec les talibans dans différentes zones des accords de paix, anéantis ensuite par des « incidents ». Maintenant la guerre, là-bas, s’est à nouveau déchaînée. On l’impute aux talibans, mais c’est ce qui se dit dans les cercles gouvernementaux, il n’existe pas de liberté d’information.

En admettant que les talibans soient les coupables, les victimes des opérations militaires, elles, restent les membres de la population. L’introduction de la charia était demandée par la population, mais elle souhaitait que ce fût le fait du gouvernement et non des talibans. Le gouvernement ne voulait pas autoriser les talibans à établir une administration parallèle, mais la simple force des armes ne suffit pas à l’empêcher. Pour cela il faudrait une stratégie multilatérale et un consensus national, et malheureusement le gouvernement Zardari ne dispose ni de l’un ni de l’autre.

Les médias ont annoncé par exemple que « les talibans étaient aux portes d’Islamabad » ou que « des armes nucléaires pourraient tomber aux mains des talibans ». C’est une bonne plaisanterie.

Il faut savoir que les talibans ne contrôlent que 3,4 % du Pakistan. La population totale des zones tribales ne représente que 2 % de la population pakistanaise et tous ne sont pas des talibans. Les 2,5 millions de gens qui peuplent les zones tribales – et ne sont pas tous des talibans – ne peuvent pas contrôler 157 millions de Pakistanais. Les Pakistanais n’accepteraient jamais un Islam tel que le veulent les talibans. Quant aux bombes atomiques, ce ne sont pas des pétards du Jour de l’An qu’on peut emporter dans sa poche. 80 ogives nucléaires nécessitent 70 000 hommes dont quelques milliers de scientifiques.

L’épouvantail taliban n’est qu’un prétexte. Les États-uniens visent tout autre chose. Une preuve en est que le général Musharraf dans les derniers mois de son gouvernement s’était plaint que l’ISI (services secrets pakistanais, ndt.) avait informé les USA des divers lieux où se trouvait Baitullah Mehsud, le chef des talibans, mais que ceux-ci n’avaient entrepris aucune action contre lui.

Le Ministre de l’Intérieur pakistanais a dit que les extrémistes étaient financés et armés par l’Afghanistan. Mais la question est : qui arme et finance les talibans en Afghanistan ?

On ne peut pas être sûr de ce qui les USA trament dans l’ombre. Mais une chose est sûre : c’est toujours la population qui paie l’addition. La force armée ne résoudra jamais les problèmes de cette région.

Rachid Zubair